Sukkah 35a — Quel fruit, et à qui doit-il appartenir

Sukkah 35a

Sougya : Le folio se demande d'abord de quel fruit parle le verset lorsqu'il dit péri etz hadar. Une baraita donne un signe botanique -- l'arbre dont le bois a le goût du fruit -- et conclut au cédrat ; mais la Guemara objecte aussitôt que le poivre répond au même signe, comme le prouve une baraita de Rabbi Meir sur la orla, et il faut écarter le poivre par la mitsva elle-même : un grain ne se voit pas dans la main, et plusieurs grains contredisent le singulier du verset.

Suivent trois lectures alternatives du mot hadar -- hadir l'enclos pour Rabbi, ha-dar celui qui demeure pour Rabbi Abbahou, idour l'eau grecque pour Ben Azzai -- qui convergent toutes sur le trait propre au cédrat, dont les fruits restent sur l'arbre d'une année à l'autre. La seconde moitié du folio quitte l'identification pour la propriété : pourquoi la michna invalide-t-elle des cédrats parfaits venus d'un arbre idolâtre, de la orla ou de la terouma impure ?

Rabbi Hiyya bar Avin et Rabbi Assi divergent sur la raison -- absence de permission de consommation, ou absence de statut de bien -- et la Guemara montre, par le cas de la terouma impure, que la consommation est exigée de tous et que seule la valeur fait débat, avec pour nafka mina le maasser cheni à Jérusalem selon Rabbi Meir. Le folio se termine sur trois mitsvot alignées par Rabbi Assi -- cédrat, matsa, halla -- et sur la question de Rav Papa : la matsa n'a aucun verset possessif, d'où la gezera chava le'hem-le'hem qui reste en suspens jusqu'au verso.

Le fil du folio : quel fruit, et à qui doit-il appartenir Trois mouvements. Identifier le cédrat, puis découvrir que le posséder compte autant que le reconnaître. Mouvement 1 (seg. 0-4) -- de quel fruit la Torah parle-t-elle quand elle dit péri etz hadar ? Une baraita donne un signe botanique : l'arbre dont le bois a le même goût que le fruit. Ce sera le cédrat. Objection immédiate : le poivre répond exactement au même signe, et R. Meir le prouve depuis la orla. Réponse : le poivre est écarté non par la botanique mais par la mitsva -- un grain ne se voit pas dans la main. Trois lectures alternatives suivent, toutes sur le même mot : hadir (enclos), ha-dar (qui demeure), idour (eau). Elles convergent sur un trait unique du cédrat : le fruit reste sur l'arbre plusieurs années de suite. Leçon de méthode : un signe qui désigne deux objets ne désigne rien -- il faut un second critère. Mouvement 2 (seg. 5-10) -- pourquoi certains cédrats parfaits sont-ils pourtant passoul ? La michna en invalide trois : arbre idolâtre, ville entraînée, orla, terouma impure. Chacun a sa raison. Pour l'arbre idolâtre, la raison est nette : voué au feu, il est déjà compté comme cendre -- mikhtat chi oureï. Pour la orla, deux amoraim divergent : parce qu'on ne peut pas le manger, ou parce qu'il ne vaut rien. Première lecture : chacun n'exige que son critère. La michna sur la terouma impure ruine cette lecture. Conclusion : tous exigent la consommation ; ils ne divergent que sur l'exigence supplémentaire de valeur. Nafka mina : le maasser cheni à Jérusalem selon R. Meir -- mangeable, mais bien du Haut, sans valeur privée. La Guemara identifie alors le tenant de la valeur : c'est R. Assi, d'après un enseignement à lui bien connu. Le mot qui porte tout : lakhem, à vous. Il exige à la fois l'usage entier et la propriété réelle. Tossefot ajoute que plusieurs de ces cas auraient suffi seuls -- la discussion vise en réalité le maasser cheni. Mouvement 3 (seg. 11-12) -- une même question posée à trois mitsvot R. Assi généralise : cédrat le jour de fête, matsa à Pessa'h, pâte soumise à la halla -- même structure à chaque fois. Si le maasser cheni appartient au Haut, ces trois mitsvot échouent ; s'il appartient à l'homme, elles tiennent. Rav Papa demande d'où vient l'exigence dans chaque cas. Deux versets répondent, un troisième manque. Cédrat : lakhem. Pâte : rechit arissotekhem. Matsa : aucun possessif -- il faut donc une gezera chava. Le'hem oni de la matsa rejoint le le'hem de la halla, et l'exigence de propriété passe de l'une à l'autre. Le folio s'interrompt sur le mot ve-khativ hatam -- le verset cité est donné au verso.
Vue d ensemble du folio : identifier le cédrat, puis découvrir à qui il doit appartenir.
Quatre façons de lire un seul mot : hadar Le verset dit péri etz hadar. Chaque maître y entend autre chose, et tous arrivent au cédrat. péri etz hadar Lévitique 23,40 -- le fruit de l'arbre hadar Baraita (seg. 0) hadar = beau Lecture par le signe : l'arbre dont le bois a le même goût que le fruit. Problème : le poivre aussi. Ecarté par la mitsva, non par la botanique (seg. 2). Un grain ne se voit pas. Rabbi (seg. 3) hadar = hadir, l'enclos Dans un enclos cohabitent grandes et petites bêtes, saines et tarées. Objection : tout arbre a des fruits inégaux. Sens retenu : les petits arrivent, les grands restent. R. Abbahou (seg. 4) hadar = ha-dar, qui demeure Le fruit qui reste sur son arbre d'année en année. Rachi : c'est la même idée que celle de Rabbi. Ils ne diffèrent que sur la racine lue : dir, l'enclos, ou dira, la demeure. Ben Azzai (seg. 4) hadar = idour, l'eau En grec, idor désigne l'eau. Le cédrat est le fruit qui pousse par toutes les eaux, arrosage comme pluie. Lecture par le mode de culture, non par le fruit. Le cédrat -- etrog Quatre chemins, une seule identification. Ce que ces lectures ont en commun : elles cherchent toutes un trait que le cédrat seul possède. Un signe partagé avec le poivre ne suffit pas ; un signe partagé avec toute la nature non plus. Le trait finalement décisif : la permanence du fruit sur son arbre d'une année à l'autre.
Les quatre lectures du mot hadar et le trait qu elles cherchent toutes.
Heter akhila ou din mamon : deux exigences tirées d'un seul mot Le verset dit ou-lekahtem lakhem, vous prendrez pour vous. Que réclame exactement ce lakhem ? Hava amina (seg. 7) -- deux critères exclusifs Qui exige la consommation ne réclame pas la valeur. Qui exige la valeur ne réclame pas la consommation. Conséquence testable : le second déclarerait apte un cédrat de terouma impure -- on peut la brûler sous son plat, donc elle vaut quelque chose. Or la michna la déclare passoul. La lecture tombe. Maskana (seg. 8) -- un socle commun, un supplément Tous exigent heter akhila : sans consommation permise, le fruit n'est pas lakhem, car il échappe à un usage. Premier maître : cela suffit. Second maître : il faut en outre din mamon, la valeur. La divergence devient un supplément, non une opposition. Elle ne se voit donc que là où les deux se séparent. Les cas, passés au crible des deux critères Cas Mangeable ? À une valeur ? Verdict de la michna Achera et ir ha-nidahat Voué au feu : sa mesure compte pour broyée non non passoul Orla Interdite à la consommation et à la jouissance non non passoul -- des deux côtés Terouma impure Non mangeable, mais on peut la brûler comme combustible non oui passoul -- d'où la maskana Tevel Interdit à la consommation, permis à la jouissance non oui passoul selon la maskana Maasser cheni à Jérusalem, selon R. Meir Bien du Haut : on le mange, mais on ne le possède pas oui non c'est la nafka mina Ce que la nafka mina permet de conclure (seg. 10) R. Assi enseigne ailleurs qu'un cédrat de maasser cheni ne libère pas selon R. Meir et libère selon les Sages. C'est exactement la position qui exige din mamon : R. Assi est donc le tenant de la valeur, l'autre est R. Hiyya bar Avin.
Heter akhila et din mamon : la mahloket, les cas testés, et la nafka mina.
1
גְּמ׳ תָּנוּ רַבָּנַן: ״פְּרִי עֵץ הָדָר״, עֵץ שֶׁטַּעַם עֵצוֹ וּפִרְיוֹ שָׁוֶה — הֱוֵי אוֹמֵר זֶה אֶתְרוֹג.

Guemara. Nos maîtres ont enseigné : péri etz hadar (le fruit de l'arbre hadar) -- un arbre dont le goût du bois et celui du fruit sont identiques ; tu dois dire que c'est le cédrat (etrog).

📜 Rachi (1)
גְּמ' פְּרִי עֵץ שֶׁהָעֵץ כִּפְרִי בְּטַעַם שָׁוֶה:
Guemara. Peri etz, le fruit de l'arbre -- que le bois soit comme le fruit, d'un goût identique.
💡 Explication

Le folio s'ouvre sur une baraita qui cherche à identifier le premier des quatre espèces. Le verset (Lévitique 23,40) dit péri etz hadar, le fruit de l'arbre hadar, sans nommer d'espèce. Il faut donc un signe qui permette de reconnaître l'arbre visé.

Le signe proposé est botanique et très précis : etz che-taam etso ou-piryo chave, un arbre dont le bois a le même goût que le fruit. Chez le cédratier, l'écorce et la pulpe partagent en effet la même amertume parfumée, ce qui n'est le cas d'aucun arbre fruitier ordinaire.

Noter la forme de l'argument : la baraita ne lit pas hadar comme un adjectif de beauté, mais comme le nom d'une propriété à identifier. Toute la première partie du folio va tourner autour de cette seule question : quelle propriété, exactement ?

2
וְאֵימָא פִּלְפְּלִין; כִּדְתַנְיָא, הָיָה רַבִּי מֵאִיר אוֹמֵר: מִמַּשְׁמָע שֶׁנֶּאֱמַר ״וּנְטַעְתֶּם כָּל עֵץ״, אֵינִי יוֹדֵעַ שֶׁהוּא עֵץ מַאֲכָל? מַה תַּלְמוּד לוֹמַר ״עֵץ מַאֲכָל״, עֵץ שֶׁטַּעַם עֵצוֹ וּפִרְיוֹ שָׁוֶה — הֱוֵי אוֹמֵר זֶה פִּלְפְּלִין. לְלַמֶּדְךָ שֶׁהַפִּלְפְּלִין חַיָּיבִין בְּעָרְלָה. וְאֵין אֶרֶץ יִשְׂרָאֵל חֲסֵרָה כְּלוּם, שֶׁנֶּאֱמַר: ״לֹא תֶחְסַר כֹּל בָּהּ״.

Et dis donc que c'est le poivre (pilpelin) ! Comme il a été enseigné dans une baraita : Rabbi Meir disait : de ce qui est dit ou-netatem kol etz (et vous planterez tout arbre), ne sais-je pas déjà qu'il s'agit d'un arbre à nourriture ?

Que vient donc enseigner etz maakhal (arbre à nourriture) ? Un arbre dont le goût du bois et celui du fruit sont identiques -- tu dois dire que c'est le poivre.

Cela t enseigne que les poivres sont soumis à la orla (l'interdit des trois premières années). Et la terre d'Israël ne manque de rien, comme il est dit : lo tehsar kol ba (tu n'y manqueras de rien).

📜 Rachi (3)
מִמַּשְׁמָע שֶׁנֶּאֱמַר וּנְטַעְתֶּם וּכְתִיב בְּסוֹפֵיהּ לֹא יֹאכַל אֵינִי יוֹדֵעַ דִּבְעֵץ מַאֲכָל מִשְׁתַּעֵי קְרָא:
Mi-machma che-neemar ou-netatem, de ce qui est dit et vous planterez -- et il est écrit à la fin du verset lo yeakhel, il ne sera pas mangé : ne sais-je pas déjà que le verset parle d'un arbre à nourriture ?
חַייָּבִין בְּעָרְלָה דְּלָא. תֵּימָא מִין יָרָק הוּא מִפְּנֵי שֶׁהוּא עֵץ שָׁפֵל כְּמִין רֹותֶם שֶׁאֵינוֹ גָבוֹהַּ מִן הָאָרֶץ:
Hayavin be-orla, soumis à la orla -- pour que tu ne dises pas que c'est une espèce de légume, du fait que c'est un arbrisseau bas, du genre du genêt (rotem), qui ne s'élève pas au-dessus du sol.
לֹא תֶחְסַר כֹּל בָּהּ וְלִמֶּדְךָ הַאי עֵץ מַאֲכָל דַּאֲפִילּוּ פִּלְפְּלִין בִּכְלָל:
Lo tehsar kol ba, tu n'y manqueras de rien -- et ce mot etz maakhal t a enseigné que même les poivres sont compris [dans la orla, donc qu'ils poussent bien en terre d'Israël].
🗂️ Tossefot (1)
לְלַמֶּדְךָ שֶׁהַפִּלְפְּלִין חַייָּבִין בְּעָרְלָה. דְּלָא תֵּימָא מִין יָרָק הוּא מִפְּנֵי שֶׁהוּא עֵץ שָׁפֵל כְּמוֹ רֹותֶם שֶׁאֵינוֹ גָּבוֹהַּ כָּךְ פֵּי' בַּקּוּנְטְרֵס וְקַשְׁיָא דְּלָא בְּהָכִי תַּלְיָא מִלְּתָא וְכַמָּה עֵצִים שְׁפָלִים הֵם שֶׁיֵּשׁ לָהֶם תּוֹרַת אִילָן אֶלָּא הַיְינוּ טַעְמָא מִשּׁוּם דְּאָמְרִינַן פֶּ' בָּתְרָא דְּיוֹמָא (דַּף פֹּא: וְשָׁם) כַּס פִּלְפְּלֵי בְּיוֹמָא דְכִיפּוּרֵי פָּטוּר וּפָרִיךְ מֵהַךְ דְּפִלְפְּלִין חַייָּבִין בְּעָרְלָה וּמְשַׁנֵּי הָא בְּרַטִּיבְתָּא הָא בְּיַבֶּשְׁתָּא וס"ד כֵּיוָן דְּסוֹפוֹ לִיבַשׁ אֲפִילּוּ רְטִיבְתָּא פְּטוּרִין וא"ת וּמִנָּלַן דִּקְרָא בְּפִלְפְּלִין אֵימָא אֶתְרוֹג וְאֵימָא תִּלְתָּן דְּאֶתְרוֹג טַעַם עֵצוֹ וּפִרְיוֹ שָׁוֶה כִּדְאָמַר הָכָא וְכֵן תִּלְתָּן כִּדְאָמְרִינַן בְּשִׁילְהֵי פ' קַמָּא דְּבֵיצָה (דַּף יג.) וי"ל אֶתְרוֹג אֵין זֶה חִידּוּשׁ אִם הוּא חַייָּב בְּעָרְלָה וְתִלְתָּן מִין יָרָק הוּא מִדַּחֲשִׁיב כִּלְאַיִם בְּכֶרֶם כְּדִתְנַן בְּמַס' עָרְלָה (פ"ג מ"ו) וּמַיְיתִי לָהּ בְּרֵישׁ בֵּיצָה (דַּף ג.) וּבְשִׁילְהֵי הֶעָרֵל (יְבָמוֹת דַּף פֹּא. וְשָׁם) מִי שֶׁהָיוּ לוֹ חֲבִילֵי תִּלְתָּן שֶׁל כִּלְאֵי הַכֶּרֶם:
Lelamedkha che-ha-pilpelin hayavin be-orla, cela t enseigne que les poivres sont soumis à la orla. Pour que tu ne dises pas que c'est une espèce de légume, parce que c'est un arbrisseau bas comme le genêt, qui n'est pas haut -- ainsi a expliqué le Kountras (Rachi). Et cela fait difficulté, car la chose ne dépend pas de cela : combien d'arbres bas ont pourtant le statut d'arbre ! Le motif est plutôt celui-ci : nous disons au dernier chapitre de Yoma (81b) que celui qui a mâché du poivre le jour de Kippour est exempt, et l'on objecte depuis notre passage, où les poivres sont soumis à la orla ; on répond : ici quand ils sont frais, là quand ils sont secs. On aurait pu penser que, puisqu'ils finissent par sécher, même frais ils seraient exempts -- d'où l'enseignement. Et si tu demandes : d'où savons-nous que le verset parle du poivre ? Dis donc le cédrat, ou dis le fenugrec (tiltan) ! Car le cédrat a bien le goût du bois identique à celui du fruit, comme il est dit ici, et de même le fenugrec, comme nous le disons à la fin du premier chapitre de Beitsa (13a). On peut répondre : pour le cédrat, ce ne serait pas une nouveauté qu'il soit soumis à la orla ; et le fenugrec est une espèce de légume, comme on le voit du fait qu'il compte comme kilaim (mélange interdit) dans la vigne, ainsi qu'il est enseigné au traité Orla (3,6), cité au début de Beitsa (3a) et à la fin du chapitre Hé-arel (Yevamot 81a) : celui qui avait des bottes de fenugrec de kilei ha-kerem.
💡 Explication

La Guemara attaque aussitôt le signe donné par la baraita. Il n'est pas exclusif : le poivre présente lui aussi un bois au goût de son fruit. La preuve n'est pas anecdotique -- c'est une baraita de Rabbi Meir qui l'établit, à propos d'un tout autre sujet, la orla.

Le raisonnement de R. Meir : le verset de la orla dit déjà vous planterez tout arbre et parle de manger ; l'ajout etz maakhal serait donc redondant. Il faut qu'il vienne inclure un cas particulier -- l'arbre dont le bois lui-même se mange, c'est-à-dire le poivre. Corollaire savoureux, relevé par le verset lo tehsar kol ba : si la orla s'applique au poivre, c'est qu'il pousse en terre d'Israël, laquelle ne manque de rien.

Tossefot conteste ici l'explication de Rachi sur le mot hayavin be-orla. La hauteur de la plante n'est pas le critère pertinent, dit-il, puisque bien des arbres bas ont statut d'arbre. Le vrai enjeu vient de Yoma : mâché le jour de Kippour, le poivre sec n'entraîne pas de faute, et l'on aurait pu croire qu'il n'est jamais traité comme un aliment.

3
הָתָם מִשּׁוּם דְּלָא אֶפְשָׁר, הֵיכִי נַעֲבִיד? נִנְקֹוט חֲדָא — לָא מִינַּכְרָא לְקִיחָתָהּ. נִנְקוֹט תְּרֵי אוֹ תְּלָתָא — (אֶחָד) אֲמַר רַחֲמָנָא, וְלֹא שְׁנַיִם וּשְׁלֹשָׁה פֵּירוֹת, הִלְכָּךְ לֹא אֶפְשָׁר.

Là-bas [pour les quatre espèces], c'est parce que ce n'est pas possible. Comment ferions-nous ?

Si nous en prenons un seul [grain] -- sa prise n'est pas perceptible. Si nous en prenons deux ou trois -- un seul fruit a dit le Miséricordieux, et non deux ou trois fruits.

Donc ce n'est pas possible.

📜 Rachi (2)
נִנְקוֹט חֲדָא גַּרְעִין אֶחָד:
Ninkot hada, prenons-en un -- un seul grain.
לָא מִינַּכְרָא לְקִיחָתַהּ מִתּוֹךְ קָוטְנָהּ:
Lo minkera lekihata, sa prise n'est pas perceptible -- du fait de sa petitesse.
⚖️ Rosh (1)
גְּמָ' אָמַר רַב יְהוּדָה אָמַר שְׁמוּאֵל הֲלָכָה כְּרַבִּי טַרְפוֹן וְהָא דְּמַכְשִׁיר בַּהֲדַס קָטוּם טְפֵי מִלּוּלָב וַעֲרָבָה פִּי' ה"ר יְשַׁעְיָה זַ"ל מִשּׁוּם דַּעֲנָפָיו חוֹפִין אֶת עֵצָיו וְאֵין קְטִימְתּוּ נִרְאֵית כָּל כָּךְ וְהָרָאָבָ"ד זַ"ל וּבַעַל הַמָּאוֹר זַ"ל חִלְּקוּ בֵּין נִקְטַם רֹאשׁוֹ לִקְטֹום דְּהָכָא וּפֵירוּשָׁם רָחוֹק מִן הַדַּעַת וְכָל הָנֵי שִׁיעוּרֵי שֶׁלֹּא לְפָחוֹת מֵהֶם אֲבָל לְהוֹסִיף יָכוֹל וְאֵין כָּאן מִשּׁוּם בַּל תּוֹסִיף אֲפִילּוּ לָמֶ"ד לוּלָב צָרִיךְ אֶגֶד אֶלָּא אִם כֵּן מוֹסִיף מִין אַחֵר כִּדְמוֹכַח סוֹף פ' רָאוּהוּ בֵּית דִּין (רֹאשׁ הַשָּׁנָה דַּף כֹּח:) וְהָרַמְבַּ"ם זַ"ל כָּתַב פ"ז מֹהַל' לוּלָב הֵל' ז' אִם רָצָה לְהוֹסִיף בַּהֲדַס כְּדֵי שֶׁתִּהְיֶה אֲגֻודָּה גְּדוֹלָה מוֹסִיף וְנוֹי מִצְוָה הוּא אֲבָל שְׁאָר הַמִּינִים אֵין מוֹסִיפִין עַל מִנְיָנָם וְאֵין גּוֹרְעִין מֵהֶן וְאִם הוֹסִיף אוֹ גָּרַע פָּסוּל וְאִפְכָּא מִסְתַּבְּרָא דְּבַהֲדַס כְּתִיב מִנְיָנָא עָנָף עֵץ עָבֹות וּבַעֲרָבָה כְּתִיב עַרְבֵי וּמִיעוּט עַרְבֵי שְׁתַּיִם אֲבָל כָּל מַה שֶׁמּוֹסִיף בִּכְלַל עַרְבֵי הוּא. וְחַכְמֵי פרובינצי"א הִקְשׁוּ עָלָיו וְחָזַר בּוֹ וְהִכְשִׁיר הַכֹּל וְיֵרָאֶה שֶׁכֵּן בְּאֶתְרוֹג וְלוּלָב אֵין בָּהֶם מִשּׁוּם בַּל תּוֹסִיף אע"ג דִּכְתִיב כְּפַת וּפְרִי עֵץ כֵּיוָן שֶׁאֵינוֹ מוֹסִיף מִין אַחֵר וְהָא דְּאָמְרִי' לְקַמָּן (סֻוכָּה דַּף לה.) פְּרִי אֶחָד אָמַר רַחֲמָנָא וְלֹא שְׁנַיִם וּשְׁלֹשָׁה הַייְנוּ לְעִנְיַן חוֹבַת לְקִיחָה כְּלוֹמַר אִם בָּאתָ לְהַצְרִיךְ שְׁנַיִם וּשְׁלֹשָׁה כִּי הֵיכִי דְּמִתְנְכַר לְקִיחָה פְּרִי אֶחָד אָמַר רַחֲמָנָא וְלֹא שְׁנַיִם וּבַהֲדַס שֶׁאֵינוֹ עָבוֹת נֶחְלְקוּ הַגְּדוֹלִים אִם הוּא מִין הֲדַס וְיָכוֹל לְהוֹסִיף מִמֶּנּוּ לְנוֹי בה"ג כָּתַב דַּהֲדַס שׁוֹטֶה אַפֵּי' בַּהֲדֵי אָסָא אַחֲרֵינִי פָּסוּל וְר' נַטְרוֹנַאי כָּתַב אִם יוּכַל לַעֲשׂוֹת כֻּולּוֹ מִן הֶעָבוֹת מִצְוָה מִן הַמֻּובְחָר וְאִם אֵינוֹ מוֹצֵא אֶלָּא שְׁלֹשָׁה הֲדַסִּים עָבוֹת מְמַלֵּא אוֹתוֹ הֲדַס שׁוֹטֶה וְשַׁפִּיר דָּמֵי וְכֵן כָּתַב רַבִּי פְּלַטְיָא מִן הַמִּקְרָא הָיָה מַשְׁמַע דִּשְׁנֵי מִינִין הֵן דִּכְתִיב בְּעֶזְרָא וַעֲלֵי הֲדַס וְעָלַי עֵץ עָבֹות. וְאָמְנָם אָנוּ רוֹאִין שֶׁגְּדֵלִים בַּעֲרוּגָה אַחַת וְשָׁוִין בְּמַרְאֶה וּבְקוֹמָה זֶה יוֹצְאִין עָלָיו עָבוֹת וְזֶה אֵין יוֹצְאִין עָלָיו עָבוֹת וַאֲפִילּוּ שֶׁפְּסָלוֹ הַכָּתוּב לְמִצְוַת הֲדַס מ"מ מִין אֶחָד הוּא וְאֵין כָּאן בַּל תּוֹסִיף מִידִי דַּהֲוָה אַסֵּיב וְעִיקָּרָא דְּדִיקְלָא דְּאָמַר לְקַמָּן (סֻוכָּה דַּף לוֹ:) דְּאוֹגְדִים בּוֹ אֶת הַלּוּלָב לְרַבִּי יְהוּדָה אֲבָל לֹא בְּמִין אַחֵר מִשּׁוּם דְּסָבַר לוּלָב צָרִיךְ אֶגֶד וְאִי מַיְיתֵי מִינָא אַחֲרִינָא הָוֵה לֵיהּ ה' מִינִים אֲבָל סִיב וְעִיקָּרָא דְּדִיקְלָא אֵין בּוֹ מִשּׁוּם בַּל תּוֹסִיף מִשּׁוּם דְּמִינָא דְּדִיקְלָא הוּא אע"פ שֶׁאֵינוֹ כָּשֵׁר לְלוּלָב וּמַה שֶׁחֲלָקוֹ הַכָּתוּב לִשְׁנַיִם לָאו מִשּׁוּם דִּשְׁתֵּי מִינִין נִינְהוּ אֶלָּא אָמַר לָהֶם עֶזְרָא שֶׁיְּדַקְדְּקוּ וְיַחְפְּשׂוּ לְהָבִיא עֲבוֹת לְמִצְוַת לוּלָב וּמַעֲלֵי הֲדַס יָבִיאוּ הִרְבָּה לַעֲשׂוֹת סֻוכָּה בַּגְּמָרָא לְעֵיל (סֻוכָּה דַּף יב.). תַּנְיָא אָמַר רַבִּי אֱלִיעֶזֶר יָכוֹל יְאַגְּדֵן כֻּולָּן כְּאֶחָד אָמַרְתָּ וְכִי נֶאֱמַר וְכַפּוֹת וַהֲלֹא לֹא נֶאֱמַר אֶלָּא כַּפֹּות תְּמָרִים וּמִנַּיִן שֶׁמְּעַכְּבִין זֶה אֶת זֶה ת"ל וּלְקַחְתֶּם לְקִיחָה תַּמָּה. תַּנְיָא ד' מִינִין שֶׁבַּלּוּלָב אֵין פּוֹחֲתִין מֵהֶן וְאֵין מוֹסִיפִין עֲלֵיהֶן לֹא מָצָא אֶתְרוֹג לֹא יָבִיא פָּרִישׁ וְלֹא רִימּוֹן וְלֹא דָּבָר אַחֵר וְיֵשׁ שֶׁרוֹצִים לְדַקְדֵּק מִכָּאן דְּאִם לֹא מָצָא אֶתְרוֹג כָּשֵׁר מְבָרֵךְ בִּפְסוּל מִדִּנְקַט פָּרִישׁ וְרִמּוֹן דַּוְקָא וְלָא נְקַט פְּסִיל ואור"י דְּיֵשׁ לִדְחוֹת דְּנָקֵיט פָּרִישׁ וְרִמּוֹן לִרְבוּתָא אע"פ שֶׁהוּא הָדָר וְשָׁלֵם אֲבָל י"ל דְּשָׁרֵי כְּמוֹ לוּלָב פָּסוּל לְרַבָּנָן דְּשָׁרֵי בִּשְׁעַת הַדְּחָק דְּתַנְיָא בְּכֻולָּן כְּמוּשִׁים כְּשֵׁרִים יְבֵשִׁים פְּסוּלִים ר' יְהוּדָה אוֹמֵר אַף יְבֵשִׁים כְּשֵׁרִים אָמַר רַבִּי יְהוּדָה מַעֲשֶׂה בִּבְנֵי כְּרַכִּים שֶׁהָיוּ מוֹרִישִׁים אֶת לוּלְבֵיהֶם לִבְנֵיהֶם אָמְרוּ לוֹ אֵין שְׁעַת הַדְּחָק רְאָיָה מִכָּאן מַשְׁמַע שֶׁבִּשְׁעַת הַדְּחָק יוֹצְאִים אֲפִילּוּ בִּפְסוּל וְכֵן כָּתַב הָר' יְשַׁעְיָה דְּטַרָאנִי וְכֵן כָּתַב הָרָאָבָ"ד זַ"ל וְשׁוּב חָזַר בּוֹ וְאוֹמֵר דְּבֵין בִּשְׁעַת הַדְּחָק וּבֵין שֶׁלֹּא בִּשְׁעַת הַדְּחָק אֵין יוֹצְאִין בְּיָבֵשׁ כְּלָל דְּכָל הֵיכָא דְּקָתָנֵי פָּסוּל דְּמַשְׁמַע אֲפִילּוּ דִּיעֲבַד אֲפִילּוּ בִּמְקוֹם הַדְּחָק לֹא יָצָא בּוֹ דְּאֵיךְ יִתָּכֵן זֶה לִהְיוֹת שֶׁבִּמְקוֹם הַדְּחָק יוֹצְאִין בּוֹ וּמְבָרְכִין עָלָיו לְכַתְּחִלָּה וְשֶׁלֹּא בִּמְקוֹם הַדְּחָק אַפֵּי' דִּיעֲבַד לֹא יָצָא וּסְבָרָא הוּא כִּי הַיָּבֵשׁ כְּמֵת הוּא וְכַמָּה שֶׁנִּכְתַּת שִׁיעוּרוֹ וְאֵינֶנּוּ וְאֵין מְבָרְכִין עָלָיו אֶלָּא שֶׁנּוֹטְלִין אוֹתוֹ בְּיָדַיִם בִּשְׁעַת הַדְּחָק כְּדֵי שֶׁלֹּא תִּשְׁתַּכַּח מֵהֶן תּוֹרַת לוּלָב וְאֶתְרוֹג וְזֶהוּ שֶׁאוֹמֵר אֵין שְׁעַת הַדְּחָק רְאָיָה כְּלוֹמַר שֶׁלֹּא עָשׂוּ כֵּן אֶלָּא כְּדֵי שֶׁלֹּא תִּשְׁתַּכַּח מֵהֶן תּוֹרַת לוּלָב וּכְמוֹ שֶׁאָמַרְנוּ בִּיבֵשִׁים שֶׁנּוֹטְלִין אוֹתוֹ לְזִכָּרוֹן בְּעָלְמָא שֶׁלֹּא תִּשְׁתַּכַּח וְכוּ' ה"נ בְּמָקוֹם שֶׁיֵּשׁ לוֹ לוּלָב וְאֵין לוֹ אֶתְרוֹג אע"פ שֶׁמְּעַכְּבִין זֶה אֶת זֶה וְאֵין מְבָרְכִין עַל הַלּוּלָב בְּלֹא אֶתְרוֹג אַפֵּ"ה מִצְוָה לִיטֹּול אֶת הַלּוּלָב לְבַדּוֹ בְּלֹא אֶתְרוֹג לְזִכָּרוֹן בְּעָלְמָא כְּדֵי שֶׁלֹּא תִּשְׁתַּכַּח תּוֹרַת לוּלָב כִּדְאָמְרִינַן לֹא מָצָא אֶתְרוֹג וְכוּ' וְאָמְרִי' פְּשִׁיטָא מַהוּ דְּתֵימָא כִּי הֵיכִי דְּלֹא תִּשְׁתַּכַּח מִצְוַת אֶתְרוֹג קמ"ל זִימְנִין דְּנָפֵיק מִינֵּיהּ חֻורְבָּה דְּכִי אִיתֵיהּ לְאֶתְרוֹג נָמֵי שָׁבֵיק לֵיהּ וּמַייְתִי לְהָנָךְ שְׁמַע מִינָּה הֵיכָא דְּלֵיכָּא לְמִיחַשׁ לְחֻורְבָּה כִּי הָכָא צָרִיךְ לְמִינְקַט כִּי הֵיכִי דְּלָא לִישְׁתְּכַח מִצְוַת לוּלָב וְעוֹד מִדְּקָאָמַר נַיְיתֵי כִּי הֵיכִי דְּלָא לִישְׁתְּכַח מִצְוַת אֶתְרוֹג וְאִי לָא נָקֵיט לוּלָב אַמַּאי מַייְתֵי פָּרֵישׁ שֶׁלֹּא תִּשְׁתַּכַּח תּוֹרַת אֶתְרוֹג וְכִי חָמוּר תּוֹרַת אֶתְרוֹג מִתּוֹרַת לוּלָב אֶלָּא ש"מ דְּנָקֵיט לוּלָב אע"פ שֶׁאֵין אֶתְרוֹג וְסָלְקָא דַּעְתָּךְ אָמֵינָא לִינְקֹוט בַּהֲדֵיהּ פָּרִישׁ אוֹ רִמּוֹן לְזִכָּרוֹן דְּהַאי אֶתְרוֹג קמ"ל דְּמוּטָב לִיטֹּול הַלּוּלָב וְלֹא לִיטֹּול עִמּוֹ מִין אַחֵר בִּמְקוֹם אֶתְרוֹג מִשּׁוּם דְּנָפֵיק מִינֵּיהּ חֻורְבָּה וְאִם תֹּאמַר בְּלוּלָב נָמֵי נָפֵיק חֻורְבָּה מִינֵּיהּ דְּזִימְנִין הֲוָה לֵיהּ תַּרְוַיְיהוּ וּבָעֵי לְמִיפַּק בַּלּוּלָב לְחוּדֵיהּ וְלֹא הִיא דְּאַרְבָּעָה מִינִין שֶׁבַּלּוּלָב מְפָרְשִׁי בְּאוֹרָיְיתָא וְלָא אֲתָא לְמִיטְעֵי אֲבָל אֶתְרוֹג לָא אִתַּפְרַשׁ בְּהֶדְיָא וְקָסָבַר אִינִישׁ דְּפָרֵישׁ אוֹ רִימּוֹן פְּרִי עֵץ הָדָר הוּא וּבֵין יְבֵשִׁים לְלַחִים לֵיכָּא לְמִיגְזַר מִשּׁוּם חָרְבָה דְּהֵיכָא דְּאִיכָּא לַחִין לָא שָׁבְקִי לַחִין וְעָבְדִי יְבֵשִׁים ע"כ. וּמִלְּשׁוֹן אֵין שְׁעַת הַדְּחָק רְאָיָה אֵינוֹ מוֹרֶה עַל פִּי' זֶה דְּרַבִּי יְהוּדָה הֵבִיא רְאָיָה לִדְבָרָיו דְּאָמַר יְבֵשִׁים כְּשֵׁרִים וּמְבָרְכִין עֲלֵיהֶם מִבְּנֵי כְּרַכִּים שֶׁהָיוּ מְבָרְכִין עַל הַיְּבֵשִׁים וְאָמְרוּ לוֹ חֲכָמִים אֵין שְׁעַת הַדְּחָק רְאָיָה שֶׁאֵין לִלְמֹוד שֶׁלֹּא בִּשְׁעַת הַדְּחָק מִשְּׁעַת הַדְּחָק אֲבָל מוֹדוּ רַבָּנָן דִּבְמָקוֹם הַדְּחָק הָיוּ מְבָרְכִין דְּאִם לֹא כֵן יֹאמְרוּ לוֹ בִּשְׁעַת הַדְּחָק נָמֵי לֹא הָיוּ מְבָרְכִין אֶלָּא כָּל הָנֵי פְּסוּלֵי מְסָרָן הַכָּתוּב לַחֲכָמִים וְהֵם אָמְרוּ שֶׁלֹּא בִּשְׁעַת הַדְּחָק אֲפִילּוּ בְּדִיעֲבַד לֹא יָצָא כְּדֵי שֶׁיִּזָּהֲרוּ יִשְׂרָאֵל בְּמִצְוֹת אֲבָל בִּמְקוֹם הַדְּחָק הִכְשִׁירוּם כֵּיוָן שֶׁאִי אֶפְשָׁר בְּעִנְיָן אַחֵר מְבָרְכִין עֲלֵיהֶן. בְּפֶ' הַקּוֹמֵץ רַבָּה (מְנָחוֹת דַּף כז.) אַרְבָּעָה מִינִין שֶׁבַּלּוּלָב מְעַכְּבִין זֶה אֶת זֶה וְאָמַר רַב חָנָן בַּר רָבָא לֹא שָׁנוּ אֶלָּא שֶׁאֵין לוֹ אֲבָל יֵשׁ לוֹ אֵין מְעַכְּבִין ואע"ג דְּנָטַל כֹּל חַד וְחַד לְחוֹדֵיהּ נָפֵיק יְדֵי חוֹבְתֵיהּ דקי"ל לוּלָב אֵין צָרִיךְ אֶגֶד וְכֵן פֵּירֵשׁ בה"ג וְלָא נְהִירָא לר"ת דְּכֵיוָן דְּכֻולָּן מִצְוָה אַחַת לֹא מִיסְתַּבֵּר שֶׁיּוֹעִילוּ בְּזֶה אַחַר זֶה וְהִגִּיהַּ בַּסְּפָרִים לֹא שָׁנוּ דִּמְעַכְּבִין מִשּׁוּם תַּמָּה אֶלָּא שֶׁאֵין לוֹ אֲבָל יֵשׁ לוֹ תַּמָּה הִיא אע"פ שֶׁלֹּא חִבְּרָם בַּאֲגֻודָּה אַחַת כְּרַבָּנָן דְּלָא דָּרְשִׁי לְקִיחָה לְקִיחָה וְלָא נְהִירָא לִי גִּירְסָתוֹ וּפֵירוּשׁוֹ דְּאִם לֹא בָּא לְהַשְׁמִיעֵנוּ רַב חָנָן בַּר רָבָא אֶלָּא דַּהֲלָכָה כְּרַבָּנָן דְּלוּלָב אֵין צָרִיךְ אֶגֶד לֵימָא הֲלָכָה כְּרַבָּנָן וְעוֹד לָמָּה לִי כְּלָל מִמֵּילָא יָדַעְנָא דְּהִלְכְתָא כְּרַבִּים אֶלָּא אֲתָא לְאַשְׁמְעִינַן דְּכֵיוָן שֶׁמֻּונָּחִין כָּל אַרְבַּעְתָּן לְפָנָיו שֶׁמְּבָרֵךְ וְנוֹטְלָן זֶה אַחַר זֶה וּמִסְתַּבֵּר שֶׁמַּגְבִּיהַּ הַלּוּלָב תְּחִלָּה שֶׁמַּזְכִּירִים אוֹתוֹ בִּבְרָכָה:
Guemara. Rav Yehouda a dit au nom de Chemouel : la halakha est comme Rabbi Tarfon. Et le fait qu'il déclare apte un hadas (myrte) étêté plus facilement que le loulav et la arava, Rabbenou Yechaya [de Trani] l'a expliqué ainsi : parce que ses rameaux recouvrent son bois et que l'étêtement ne s'y voit pas tellement. Le Raavad et le Baal ha-Maor ont distingué entre niktam rocho (dont l'extrémité a été brisée) et le katum d'ici, mais leur explication est loin du bon sens. Et toutes ces mesures sont données pour ne pas en retrancher ; mais on peut ajouter, et il n'y a là aucun problème de bal tossif (interdit d'ajouter à la mitsva), même pour celui qui tient que le loulav doit être lié -- sauf si l'on ajoute une autre espèce, comme cela ressort de la fin du chapitre Raouhou Beit Din (Roch Hachana 28b). Le Rambam a écrit au chapitre 7 des Hilkhot Loulav, halakha 7 : s'il veut ajouter du hadas pour que le bouquet soit grand, il ajoute, et c'est un embellissement de la mitsva ; mais pour les autres espèces, on n'ajoute pas à leur nombre et on n'en retranche pas, et s'il a ajouté ou retranché, c'est passoul. Or l'inverse serait plus logique : pour le hadas un nombre est écrit -- anaf etz avot [au singulier] -- tandis que pour la arava il est écrit arvei, dont le minimum est deux, mais tout ajout reste compris dans le mot arvei. Les sages de Provence lui ont objecté, et il s'est rétracté et a tout déclaré apte. Et il semble qu'il en aille de même pour le cédrat et le loulav : il n'y a pas en eux de bal tossif, bien qu'il soit écrit kapot [temarim] et péri etz [hadar au singulier], dès lors qu'on n'ajoute pas une autre espèce. Quant à ce que nous disons plus loin (Souka 35a) -- un seul fruit a dit le Miséricordieux, et non deux ou trois -- cela concerne l'obligation de la prise : c'est-à-dire, si tu viens exiger deux ou trois fruits pour que la prise soit perceptible, [on te répond] un seul fruit a dit le Miséricordieux, et non deux. Sur le hadas qui n'est pas avot (touffu), les grands maîtres ont divergé : est-il de l'espèce du hadas, de sorte qu'on puisse en ajouter pour l'ornement ? Les Halakhot Guedolot ont écrit que le hadas chote (myrte sauvage) est passoul même avec d'autres myrtes. Rav Netronai a écrit : s'il peut faire tout [le bouquet] de myrte avot, c'est la mitsva la plus accomplie ; et s'il ne trouve que trois myrtes avot, il complète avec du hadas chote et c'est bien. Ainsi a écrit également Rav Paltoi. Du verset il semblait qu'il s'agit de deux espèces, puisqu'il est écrit chez Ezra : des feuilles de myrte et des feuilles d'arbre touffu. Mais en vérité nous voyons qu'ils poussent dans une même plate-bande, semblables d'aspect et de taille, l'un poussant des feuilles en touffe et l'autre non ; et même si le verset l'a disqualifié pour la mitsva du hadas, il reste une seule et même espèce, et il n'y a pas là de bal tossif. Il en va comme du siv (fibre du palmier) et de la ikra de-dikla (souche du palmier), dont il est dit plus loin (Souka 36b) qu'on lie le loulav avec eux selon Rabbi Yehouda, mais non avec une autre espèce -- car il tient que le loulav doit être lié, et que s'il apportait une autre espèce il aurait cinq espèces ; mais le siv et la ikra de-dikla ne relèvent pas de bal tossif, puisqu'ils sont de l'espèce du palmier, même s'ils ne sont pas aptes comme loulav. Et si le verset les a séparés en deux, ce n'est pas parce que ce seraient deux espèces : Ezra leur a dit d'être attentifs et de chercher à apporter du avot pour la mitsva du loulav, et d'apporter en quantité des feuilles de myrte pour faire la soukka, comme dans la Guemara plus haut (Souka 12a). Il a été enseigné : Rabbi Eliezer a dit : peut-être faut-il les lier toutes ensemble ? Tu dis : est-il écrit ve-khapot (et des palmes) ? Il n'est écrit que kapot temarim. Et d'où [sait-on] qu'elles se rendent indispensables l'une l'autre ? De ce qu'il est dit ou-lekahtem -- une prise entière (lekiha tama). Il a été enseigné : les quatre espèces du loulav, on n'en retranche pas et on n'y ajoute pas. S'il n'a pas trouvé de cédrat, qu'il n'apporte ni coing (perich) ni grenade ni autre chose. Certains veulent en déduire que, s'il n'a pas trouvé de cédrat kacher, il récite la bénédiction sur un [cédrat] passoul, puisque la baraita a mentionné précisément le coing et la grenade et non un [cédrat] invalide. Le Ri dit qu'on peut réfuter : elle a mentionné le coing et la grenade pour la force de l'enseignement, bien qu'ils soient beaux et entiers. Mais on peut dire que c'est permis, comme le loulav passoul l'est selon les Sages en cas de nécessité pressante (che-at ha-dehak) -- car il a été enseigné : pour toutes [les espèces], flétries elles sont aptes, séchées elles sont passoul ; Rabbi Yehouda dit : même séchées elles sont aptes. Rabbi Yehouda a dit : il est arrivé que les habitants des villes fortifiées léguaient leurs loulavim à leurs fils. On lui répondit : d'une heure de nécessité on ne tire pas de preuve. De là il ressort qu'en cas de nécessité on s'acquitte même avec un [objet] passoul ; ainsi a écrit Rabbenou Yechaya de Trani, et ainsi a écrit le Raavad. Puis celui-ci s'est rétracté et a dit qu'en cas de nécessité comme hors nécessité on ne s'acquitte pas du tout avec du sec : car partout où il est enseigné passoul, cela vaut même a posteriori (bediavad), même en cas de nécessité. Comment serait-il possible qu'en cas de nécessité on s'en acquitte et qu'on récite dessus la bénédiction a priori, alors que hors nécessité on ne s'en acquitterait même pas à posteriori ? Et c'est logique, car le sec est comme un mort, comme si sa mesure était broyée : il n'existe plus. On ne récite donc pas de bénédiction dessus, mais on le prend en main en cas de nécessité afin que la loi du loulav et du cédrat ne soit pas oubliée. C'est le sens de la réponse d'une heure de nécessité on ne tire pas de preuve : ils n'ont agi ainsi que pour que la loi du loulav ne soit pas oubliée. De même lorsqu'on a un loulav sans cédrat : bien qu'ils se rendent indispensables l'un l'autre et qu'on ne bénisse pas sur le loulav sans cédrat, il y a néanmoins mitsva de prendre le loulav seul, en simple mémorial, pour que la loi du loulav ne soit pas oubliée -- comme nous disons s'il n'a pas trouvé de cédrat, etc. On demande : cela va de soi ! [On répond] : on aurait pu dire qu'il apporte [un coing] pour que la mitsva du cédrat ne soit pas oubliée -- d'où l'enseignement qu'il en sortirait parfois une ruine (hourba), car même lorsqu'il aura un cédrat il le délaissera et apportera ceux-là. Apprends-en que là où il n'y a pas à craindre de ruine, comme ici, il faut le prendre pour que la mitsva du loulav ne soit pas oubliée. De plus, du fait qu'il est dit qu'il apporte [un coing] pour que la mitsva du cédrat ne soit pas oubliée : s'il ne prend pas de loulav, pourquoi apporterait-il un coing pour que la loi du cédrat ne soit pas oubliée ? La loi du cédrat serait-elle plus grave que celle du loulav ? Apprends-en donc qu'il prend le loulav même sans cédrat. Et l'on aurait pu penser qu'il prenne avec lui un coing ou une grenade en mémorial du cédrat -- d'où l'enseignement qu'il vaut mieux prendre le loulav sans y joindre une autre espèce à la place du cédrat, parce qu'il en sortirait une ruine. Et si tu dis : pour le loulav aussi il en sortirait une ruine, car parfois il aura les deux et voudra s'acquitter avec le loulav seul ? Il n'en est rien : les quatre espèces du loulav sont explicitées dans la Torah et l'on ne viendra pas à se tromper ; le cédrat, en revanche, n'est pas explicité, et une personne pourrait penser que le coing ou la grenade est le péri etz hadar. Et entre le sec et le frais il n'y a pas lieu de décréter par crainte de ruine, car là où il y a du frais on ne délaisse pas le frais pour prendre du sec. Fin de citation. Mais l'expression d'une heure de nécessité on ne tire pas de preuve n'indique pas cette explication. Car Rabbi Yehouda a apporté une preuve à ses propos -- que les [espèces] séchées sont aptes et qu'on récite dessus la bénédiction -- depuis les habitants des villes fortifiées qui bénissaient sur des [loulavim] secs ; et les Sages lui ont répondu que d'une heure de nécessité on ne tire pas de preuve, car on n'apprend pas ce qui vaut hors nécessité de ce qui vaut en nécessité. Mais les Sages concèdent qu'en cas de nécessité ils bénissaient, sinon ils lui auraient répondu qu'en cas de nécessité non plus ils ne bénissaient pas. Toutes ces invalidations, en vérité, le verset les a remises aux Sages : ils ont dit que hors nécessité on ne s'acquitte pas même a posteriori, afin qu'Israël soit attentif aux mitsvot ; mais en cas de nécessité ils les ont déclarées aptes, puisqu'on ne peut faire autrement, et l'on récite la bénédiction dessus. Au chapitre Ha-kometz Rabba (Menahot 27a) : les quatre espèces du loulav se rendent indispensables l'une l'autre. Et Rav Hanan bar Rava a dit : on n'a enseigné cela que lorsqu'il ne les a pas toutes, mais s'il les a, elles ne se rendent pas indispensables -- et même s'il a pris chacune séparément il s'est acquitté, car nous tenons que le loulav n'a pas besoin d'être lié. Ainsi a expliqué le Behag. Mais cela ne paraît pas juste à Rabbenou Tam : puisque toutes forment une seule mitsva, il n'est pas logique qu'elles vaillent l'une après l'autre. Il a donc corrigé dans les livres : on n'a enseigné qu'elles se rendent indispensables au titre de [la prise] tama que lorsqu'il ne les a pas ; mais s'il les a, elle est tama même s'il ne les a pas réunies en un seul bouquet, selon les Sages qui n'interprètent pas lekiha-lekiha [par gezera chava]. Mais sa leçon et son explication ne me paraissent pas justes : si Rav Hanan bar Rava ne venait nous enseigner que la halakha est comme les Sages, que le loulav n'a pas besoin d'être lié, qu'il dise donc la halakha est comme les Sages ! Et de plus, pourquoi le dire du tout ? Je sais de moi-même que la halakha suit la majorité. Il vient plutôt nous enseigner que, dès lors que les quatre sont posées devant lui, il récite la bénédiction et les prend l'une après l'autre ; et il est logique qu'il soulève d'abord le loulav, puisque c'est lui que l'on mentionne dans la bénédiction.
💡 Explication

La réponse de la Guemara est remarquable par son déplacement : elle ne conteste pas que le poivre satisfasse le signe botanique. Elle montre qu'il ne peut pas être l'objet d'une lekiha, d'une prise en main.

Deux essais, deux échecs. Un grain unique est trop petit : lo minkera lekihata, sa prise ne se voit pas, et une mitsva de prise suppose un geste perceptible. Plusieurs grains résoudraient la visibilité, mais le verset écrit péri au singulier -- un fruit, pas trois. Aucune quantité ne convient, donc lo efchar : c'est impossible.

Le Roch, dans le siman rattaché à ce passage, tire de cette même phrase une conséquence importante pour le bal tossif, l'interdit d'ajouter à une mitsva : la formule un fruit et non deux ne dit rien de ce qu'on peut ajouter par ornement, elle ne fixe que ce que la prise exige.

🖼️ Schéma
Pourquoi le poivre est écarté -- non par le signe, mais par la prise Le poivre satisfait le critère botanique. Il échoue sur ce que la mitsva demande de faire du fruit. Point de départ accordé : le poivre a bien le goût du bois identique à celui du fruit. R. Meir le prouve depuis etz maakhal : les poivres sont soumis à la orla, et rien ne manque en terre d'Israël. Alors essayons de prendre du poivre le jour de fête Option A -- un seul grain La prise n'est pas perceptible. Rachi : du fait de sa petitesse. Une mitsva de prise suppose un objet visible dans la main. Option B -- deux ou trois grains Un seul fruit a dit le Miséricordieux, et non deux ou trois fruits. Le singulier péri exclut le nombre. Hilkakh lo efchar -- donc ce n'est pas possible Le verset ne peut viser un fruit dont aucune quantité ne satisfait la mitsva.
Le poivre satisfait le signe mais échoue sur la prise -- ni un grain, ni plusieurs.
4
רַבִּי אוֹמֵר: אַל תִּקְרֵי ״הָדָר״, אֶלָּא ״הִדִּיר״. מַה דִּיר זֶה יֵשׁ בּוֹ גְּדוֹלִים וּקְטַנִּים, תְּמִימִים וּבַעֲלֵי מוּמִין — הָכִי נָמֵי יֵשׁ בּוֹ גְּדוֹלִים וּקְטַנִּים, תְּמִימִים וּבַעֲלֵי מוּמִין. אַטּוּ שְׁאָר פֵּירוֹת לֵית בְּהוּ גְּדוֹלִים וּקְטַנִּים, תְּמִימִין וּבַעֲלֵי מוּמִין?! אֶלָּא הָכִי קָאָמַר: עַד שֶׁבָּאִין קְטַנִּים, עֲדַיִין גְּדוֹלִים קַיָּימִים.

Rabbi dit : ne lis pas hadar, mais hadir (l'enclos). De même que dans cet enclos il y a des grandes et des petites [bêtes], des [bêtes] sans défaut et des [bêtes] tarées, de même ici [sur cet arbre] il y a des grands et des petits, des [fruits] parfaits et des [fruits] tarés.

Est-ce à dire que les autres fruits n'ont pas, eux aussi, des grands et des petits, des parfaits et des tarés ?! Non : voici ce qu'il veut dire -- lorsque les petits arrivent, les grands sont encore là.

📜 Rachi (3)
הִדִּיר פְּרִי עֵץ שֶׁדּוֹמֶה אִילָנוֹ לְדִיר שֶׁל צֹאן:
Hadir, l'enclos -- le fruit d'un arbre dont l'arbre ressemble à un enclos de brebis.
אַטּוּ כּוּלְּהוּ אִילָנֵי לֵית בְּהוּ פֵּירוֹת גְּדוֹלִים וּקְטַנִּים וַהֲלֹא כָּל תַּפּוּחֵי אִילָן אֶחָד אֵינָן שָׁווֹת:
Ato koulhou ilanei leit behou perot gedolim ou-ketanim, est-ce à dire que tous les arbres n'ont pas des fruits grands et petits -- mais toutes les pommes d'un même arbre ne sont pas identiques !
ה"ק עַד שֶׁבָּאִים קְטַנִּים כו' כְּלוֹמַר הַאי גְּדוֹלִים וּקְטַנִּים לָאו שֶׁל שָׁנָה אַחַת קָאָמַר אֶלָּא גְּדוֹלִים שֶׁל אֶשְׁתָּקַד וּקְטַנִּים שֶׁל שָׁנָה זוֹ שֶׁהָאֶתְרוֹג דָּר וְגָדֵל בְּאִילָנוֹ שְׁתַּיִם וְשָׁלֹשׁ שָׁנִים וּכְשֶׁבָּאִין וְחוֹנְטִין שֶׁל עַכְשָׁיו עֲדַייִן גְּדוֹלִים דְּאֶשְׁתָּקַד קַיָּימִין בּוֹ:
Hakhi kaamar, ad che-baim ketanim etc., voici ce qu'il dit : jusqu'à ce que viennent les petits, etc. -- c'est-à-dire que ces grands et ces petits ne sont pas d'une même année : les grands sont de l'an passé et les petits de cette année, car le cédrat demeure et grandit sur son arbre deux et trois ans ; et lorsque ceux de maintenant viennent et nouent, ceux de l'an passé, les grands, sont encore là.
💡 Explication

Rabbi ne lit plus hadar comme un adjectif mais comme le mot hadir, l'enclos à bétail. L'image est celle d'un troupeau mélangé : grandes et petites bêtes, saines et tarées, toutes ensemble.

La Guemara refuse la première lecture de l'image, et c'est un bon exemple de sa méthode : un signe qui convient à tout ne signale rien. Tout verger porte des fruits inégaux, comme le note Rachi -- les pommes d'un même arbre ne sont jamais identiques.

Le sens retenu est donc temporel, non dimensionnel. Ce qui fait l'enclos, c'est la cohabitation simultanée des générations. Le cédrat reste sur son arbre deux ou trois années : quand les jeunes fruits nouent, ceux de l'an passé y pendent encore. Aucun autre fruit ne se comporte ainsi.

🖼️ Schéma
Quatre façons de lire un seul mot : hadar Le verset dit péri etz hadar. Chaque maître y entend autre chose, et tous arrivent au cédrat. péri etz hadar Lévitique 23,40 -- le fruit de l'arbre hadar Baraita (seg. 0) hadar = beau Lecture par le signe : l'arbre dont le bois a le même goût que le fruit. Problème : le poivre aussi. Ecarté par la mitsva, non par la botanique (seg. 2). Un grain ne se voit pas. Rabbi (seg. 3) hadar = hadir, l'enclos Dans un enclos cohabitent grandes et petites bêtes, saines et tarées. Objection : tout arbre a des fruits inégaux. Sens retenu : les petits arrivent, les grands restent. R. Abbahou (seg. 4) hadar = ha-dar, qui demeure Le fruit qui reste sur son arbre d'année en année. Rachi : c'est la même idée que celle de Rabbi. Ils ne diffèrent que sur la racine lue : dir, l'enclos, ou dira, la demeure. Ben Azzai (seg. 4) hadar = idour, l'eau En grec, idor désigne l'eau. Le cédrat est le fruit qui pousse par toutes les eaux, arrosage comme pluie. Lecture par le mode de culture, non par le fruit. Le cédrat -- etrog Quatre chemins, une seule identification. Ce que ces lectures ont en commun : elles cherchent toutes un trait que le cédrat seul possède. Un signe partagé avec le poivre ne suffit pas ; un signe partagé avec toute la nature non plus. Le trait finalement décisif : la permanence du fruit sur son arbre d'une année à l'autre.
Les quatre derachot sur hadar, et le trait unique qu'elles cherchent toutes.
5
רַבִּי אָבָהוּ אָמַר: אַל תִּקְרֵי ״הָדָר״, אֶלָּא ״הָדָר״ — דָּבָר שֶׁדָּר בְּאִילָנוֹ מִשָּׁנָה לְשָׁנָה. בֶּן עַזַּאי אוֹמֵר: אַל תִּקְרֵי ״הָדָר״, אֶלָּא ״אִידּוֹר״, שֶׁכֵּן בְּלָשׁוֹן יְווָנִי קוֹרִין לְמַיִם אִידוֹר, וְאֵיזוֹ הִיא שֶׁגָּדֵל עַל כָּל מַיִם — הֱוֵי אוֹמֵר זֶה אֶתְרוֹג.

Rabbi Abbahou a dit : ne lis pas hadar, mais ha-dar (celui qui demeure) -- une chose qui demeure sur son arbre d'année en année. Ben Azzai dit : ne lis pas hadar, mais idour, car en langue grecque on appelle l'eau idor ; et quel est [le fruit] qui pousse grâce à toutes les eaux ?

Tu dois dire que c'est le cédrat.

📜 Rachi (1)
הֲדַר וְהִיא הִיא דְּרַבִּי אֶלָּא בְּמַשְׁמָעוּתָא פְּלִיגִי מַר דָּרֵישׁ לֵיהּ לְשׁוֹן דִּיר וּמַר דְּרֵישׁ לֵיהּ לְשׁוֹן דִּירָה:
Ha-dar -- c'est la même chose que ce que dit Rabbi ; ils ne diffèrent que dans la manière de lire : l'un l'interprète au sens de dir (enclos), l'autre au sens de dira (demeure).
💡 Explication

Deux dernières lectures du même mot. R. Abbahou entend ha-dar, celui qui demeure : le fruit qui reste sur son arbre d'une année à l'autre. Rachi souligne que ce n'est pas une opinion nouvelle -- c'est exactement la conclusion tirée de l'image de l'enclos, obtenue par une racine différente. Rabbi passe par dir, l'enclos ; R. Abbahou par dira, la demeure ; le contenu halakhique est identique.

Ben Azzai, lui, quitte l'hébreu : en grec, idor désigne l'eau. Le cédratier a la particularité de réclamer une irrigation constante et de prospérer de toute eau disponible, pluie comme arrosage, là où les autres arbres dépendent d'une source unique. Le signe n'est plus pris sur le fruit mais sur son mode de culture.

6
שֶׁל אֲשֵׁרָה וְשֶׁל עִיר הַנִּדַּחַת — פָּסוּל. מַאי טַעְמָא? כֵּיוָן דְּלִשְׂרֵפָה קָאֵי — כַּתּוּתֵי מִיכְתַּת שִׁיעוּרֵיהּ.

[La michna a enseigné :] celui d'une achera (arbre voué à l'idolâtrie) et celui d'une ir ha-nidahat (ville entraînée à l'idolâtrie) sont passoul (invalides). Quelle en est la raison ?

Puisqu'il est destiné à être brûlé, sa mesure est considérée comme broyée (ketoutei mikhtat chi ourei).

💡 Explication

La Guemara passe des identifications du fruit aux invalidations de la michna. Le premier cas est le plus radical : un cédrat provenant d'un arbre idolâtre, ou d'une ville condamnée, doit légalement être détruit par le feu.

Le principe applique est celui de ketoutei mikhtat chi ourei : puisque la loi ordonne sa destruction, on le considère dès maintenant comme réduit en cendres. Il n'a donc plus la taille minimale exigée du cédrat -- non parce qu'il a rétréci, mais parce que son volume n'a plus d'existence juridique.

C'est une fiction juridique puissante, qui reviendra dans les Tossefot du segment suivant : elle permet d'invalider un objet sans avoir à discuter ni de sa propriété ni de son usage.

7
וְשֶׁל עָרְלָה פָּסוּל. מַאי טַעְמָא? פְּלִיגִי בַּהּ רַבִּי חִייָּא בַּר אָבִין וְרַבִּי אַסִּי. חַד אָמַר: לְפִי שֶׁאֵין בָּהּ הֶיתֵּר אֲכִילָה, וְחַד אָמַר: לְפִי שֶׁאֵין בָּהּ דִּין מָמוֹן.

[La michna a enseigné :] et celui de orla est passoul. Quelle en est la raison ?

Rabbi Hiyya bar Avin et Rabbi Assi divergent là-dessus. L'un dit : parce qu'il n'y a pas en lui de permission de consommation (heter akhila).

Et l'autre dit : parce qu'il n'a pas de statut de bien (din mamon).

📜 Rachi (2)
לְפִי שֶׁאֵין בָּהּ הֶיתֵּר אֲכִילָה וְרַחֲמָנָא אָמַר לָכֶם הָרָאוּי לָכֶם בְּכָל דַּרְכֵי הֲנָאָתוֹ:
Lefi che-ein ba heter akhila, parce qu'il n'y a pas en lui de permission de consommation -- or le Miséricordieux a dit lakhem, à vous : ce qui vous convient dans tous ses modes de jouissance.
לְפִי שֶׁאֵין בָּהּ דִּין מָמוֹן שֶׁאֵינוֹ שָׁוֶה פְּרוּטָה דְּאִיסּוּרֵי הֲנָאָה הוּא הִלְכָּךְ לָאו שֶׁלָּכֶם הוּא:
Lefi che-ein ba din mamon, parce qu'il n'a pas de statut de bien -- il ne vaut pas une perouta, puisqu'il est interdit à la jouissance ; il n'est donc pas lakhem, à vous.
🗂️ Tossefot (1)
לְפִי שֶׁאֵין בּוֹ הֶיתֵּר אֲכִילָה. וְרַחֲמָנָא אָמַר לָכֶם הָרָאוּי לָכֶם בְּכָל דַּרְכֵי הֲנָאָתָן וְאַף עַל גַּב דְּגַבֵּי תְּרוּמָה טְמֵאָה דָּרְשִׁינַן פ' בַּמֶּה מַדְלִיקִין (שַׁבָּת דַּף כֹּה.) מִדִּכְתִיב לְךָ שֶׁלְּךָ תְּהֵא לְהַסִּיקָהּ תַּחַת תַּבְשִׁילְךָ כֵּיוָן דְּנִטְמֵאת וַאֲסָרָהּ הַכָּתוּב שַׁיָּיךְ לִדְרֹושׁ לְךָ דִּידֵיהּ לְגַבֵּי שְׁאָר הֲנָאוֹת כְּמוֹ לָכֶם דְּלוּלָב דְּלָא שַׁיָּיךְ בֵּיהּ אֲכִילָה וא"ת גַּבֵּי לוּלָב שֶׁל אֲשֵׁרָה וְשֶׁל עִיר הַנִּדַּחַת (לְעֵיל סֻוכָּה לא.) לָמָּה לָן טַעְמָא דִּמְיכַתַּת שִׁיעוּרֵיהּ תִּיפּוֹק לֵיהּ מִשּׁוּם דְּבָעֵינַן דִּין מָמוֹן דַּאֲפִילּוּ מַאן דְּלָא חָיֵישׁ הָכָא גַּבֵּי אֶתְרוֹג לְדִין מָמוֹן הַיְינוּ מִשּׁוּם דְּעִיקָּרוֹ לַאֲכִילָה אֲבָל לוּלָב דְּלֵית בֵּיהּ אֲכִילָה כְּתִיב לָכֶם דִּידֵיהּ לְעִנְיַן דִּין מָמוֹן וי"ל דִּנְקַט דִּמְיכַתַּת שִׁיעוּרֵיהּ כְּדֵי לִפְסוֹל בי"ט שֵׁנִי וא"ת אֶתְרוֹג שֶׁל עָרְלָה תִּיפּוֹק לֵיהּ דִּמְיכַתַּת שִׁיעוּרֵיהּ דְּמִצְוָתוֹ בִּשְׂרֵפָה דְּקָחֲשִׁיב לֵיהּ בִּתְמוּרָה פֶּרֶק בָּתְרָא (דַּף לג:) בַּהֲדֵי נִשְׂרָפִין וְאָמְרִינַן הָתָם הַנִּשְׂרָפִין לֹא יִקָּבְרוּ וְאֶפְשָׁר דַּאֲפִילּוּ מִדְּאוֹרַיְיתָּא הָוְיָא עָרְלָה בִּשְׂרֵפָה דְּיָלְפִינַן לָהּ מִכִּלְאֵי הַכֶּרֶם דִּכְתִיב בָּהּ פֶּן תִּקְדַּשׁ וְדָרְשִׁינַן (חֻולִּין דַּף קטו.) פֶּן תּוּקַד אֵשׁ וּמֵהַאי טַעְמָא נָמֵי פְּסוּל אֶתְרוֹג שֶׁל תְּרוּמָה טְמֵאָה דְּמִצְוָתָהּ בִּשְׂרֵפָה וְלָמָּה לָן טַעְמָא דְּהֶיתֵּר אֲכִילָה וְי"ל דְּוַדַּאי לֹא הָיָה צָרִיךְ אֶלָּא נֶחְלְקוּ בְּהָנָךְ טַעְמֵי לְעִנְיַן עָרְלָה מִשּׁוּם דְּנָפְקָא מִינָּהּ לְעִנְיַן מַעֲשֵׂר שֵׁנִי כִּדְמַסְּקִינַן אִיכָּא בֵּינַייְהוּ מַעֲשֵׂר שֵׁנִי וְאַלִּיבָּא דְּרַבִּי מֵאִיר (וּמַאן דְּמַכְשִׁיר הַייְנוּ אַלִּיבָּא דְּרַבָּנַן) וַהֲוָה מָצֵי לְמֵימַר נָמֵי מַעֲשֵׂר שֵׁנִי בְּגִבּוּלִין וְאַלִּיבָּא דְּכֻולֵּי עָלְמָא כִּדְמוֹכַח בְּסוֹף חֵלֶק (סַנְהֶדְרִין דַּף קיב:) שֶׁהוּא מָמוֹן גָּבוֹהַּ:
Lefi che-ein bo heter akhila, parce qu'il n'y a pas en lui de permission de consommation. Or le Miséricordieux a dit lakhem, à vous : ce qui vous convient dans tous ses modes de jouissance. Et bien qu'à propos de la terouma impure nous interprétions, au chapitre Bameh Madlikin (Chabbat 25a), depuis ce qui est écrit lekha, à toi : elle sera tienne, pour la brûler sous ton plat -- [c'est que] dès lors qu'elle a contracté l'impureté et que le verset l'a interdite, il est pertinent d'interpréter lekha, elle est sienne, quant aux autres modes de jouissance, comme le lakhem du loulav, où la consommation n'a pas cours. Et si tu demandes : à propos du loulav d'une achera et d'une ir ha-nidahat (plus haut, Souka 31a), pourquoi nous faut-il la raison que sa mesure est broyée ? Qu'on le déduise de ce que nous exigeons un statut de bien ! Car même celui qui, ici, pour le cédrat, ne se soucie pas du statut de bien, c'est parce que l'usage principal du cédrat est la consommation ; mais pour le loulav, où il n'y a pas de consommation, lakhem est écrit -- et le sien renvoie alors au statut de bien. On peut répondre qu'il a mentionné la mesure broyée afin de l'invalider aussi le second jour de fête. Et si tu demandes : le cédrat de orla, qu'on le déduise de ce que sa mesure est broyée, puisque sa mitsva est d'être brûlé -- il est en effet compté au dernier chapitre de Temoura (33b) parmi les [objets] à brûler, et l'on y dit que ce qui doit être brûlé ne sera pas enfoui. Il est même possible que la orla doive être brûlée de par la Torah, car nous le déduisons des kilei ha-kerem, où il est écrit pen tikdach, que nous interprétons (Houlin 115a) pen touked ech, de peur qu'il ne soit brûlé au feu. Et pour cette même raison le cédrat de terouma impure serait passoul, puisque sa mitsva est d'être brûlé -- pourquoi alors nous faut-il la raison de la permission de consommation ? On peut répondre qu'en vérité ce n'était pas nécessaire, mais qu'ils ont divergé sur ces raisons à propos de la orla parce qu'il en découle une conséquence quant au maasser cheni, comme nous le concluons : la différence entre eux porte sur le maasser cheni, et selon Rabbi Meir (celui qui le déclare apte suivant alors les Sages). On aurait pu dire aussi : le maasser cheni en province (bi-gvouline), et selon tous, comme cela ressort de la fin du chapitre Helek (Sanhédrin 112b), qu'il est un bien du Haut (mamon gavoha).
💡 Explication

Ici commence la vraie sougya du folio. Le cédrat de orla -- un fruit des trois premières années de l'arbre -- est physiquement parfait ; il est pourtant passoul. Deux amoraim proposent deux raisons différentes, et le choix entre elles va structurer tout le reste.

Les deux raisons partent du même mot du verset : lakhem, à vous. Pour le premier, lakhem exige que le fruit vous convienne dans tous ses modes de jouissance, consommation comprise : un fruit interdit à table n'est pas pleinement à vous. Pour le second, lakhem exige la propriété au sens patrimonial : la orla, interdite à toute jouissance, ne vaut pas une perouta, donc elle n'appartient à personne.

Tossefot pose ici une question qui reviendra hanter la sougya : la orla doit être brûlée, on aurait donc pu l'invalider par mikhtat chi ourei, sans aucune de ces deux raisons. Sa réponse éclaire tout : la discussion ne porte pas vraiment sur la orla, elle sert à fixer le critère pour un autre cas, le maasser cheni.

8
קָא סָלְקָא דַּעְתֵּיהּ מַאן דְּבָעֵי הֶיתֵּר אֲכִילָה לָא בָּעֵי דִּין מָמוֹן, וּמַאן דְּבָעֵי דִּין מָמוֹן לָא בָּעֵי הֶיתֵּר אֲכִילָה. תְּנַן: שֶׁל תְּרוּמָה טְמֵאָה — פְּסוּלָה, בִּשְׁלָמָא לְמַאן דְּאָמַר לְפִי שֶׁאֵין בָּהּ הֶיתֵּר אֲכִילָה — שַׁפִּיר. אֶלָּא לְמַאן דְּאָמַר לְפִי שֶׁאֵין בָּהּ דִּין מָמוֹן — אַמַּאי? הֲרֵי מַסִּיקָהּ תַּחַת תַּבְשִׁילוֹ!

Il monte à l'esprit [de la Guemara] que celui qui exige la permission de consommation n'exige pas le statut de bien, et que celui qui exige le statut de bien n'exige pas la permission de consommation. Nous avons appris [dans la michna] : celui de terouma impure est passoul.

Soit, pour celui qui dit : parce qu'il n'y a pas en lui de permission de consommation -- c'est bien. Mais pour celui qui dit : parce qu'il n'a pas de statut de bien -- pourquoi [serait-il passoul] ?

Il peut pourtant la brûler sous son plat !

📜 Rachi (4)
קָא סָלְקָא דַּעְתֵּיהּ מַאן דְּבָעֵי הֶיתֵּר אֲכִילָה אִי הָוֵי בֵּיהּ הֶיתֵּר אֲכִילָה כְּגוֹן מַעֲשֵׂר שֵׁנִי בִּירוּשָׁלַיִם לָא בָּעֵי דִּין מָמוֹן דאע"פ שֶׁאֵין מָמוֹנוֹ לְרַבִּי מֵאִיר דְּאָמַר בְּקִדּוּשִׁין (דַּף נב:) מַעֲשֵׂר שֵׁנִי מָמוֹן גָּבוֹהַּ הוּא וְאֵינוֹ נִכְסֵי הֶדְיוֹט לְקַדֵּשׁ בּוֹ אִשָּׁה כָּשֵׁר לָצֵאת בּוֹ:
Ka salka daatei man de-baei heter akhila, il monte à l'esprit que celui qui exige la permission de consommation -- si celle-ci existe, comme pour le maasser cheni à Jérusalem, il n'exige pas le statut de bien : bien que ce ne soit pas son bien selon Rabbi Meir, qui dit dans Kidouchin (52b) que le maasser cheni est un bien du Haut et non un bien de particulier avec lequel on puisse consacrer une femme, il est néanmoins apte pour s'en acquitter.
וּמַאן דְּבָעֵי דִּין מָמוֹן לָא בָּעֵי הֶיתֵּר אֲכִילָה וּמַכְשִׁיר אֶתְרוֹג שֶׁל טֶבֶל שֶׁאָסוּר בַּאֲכִילָה וּמֻותָּר בַּהֲנָאָה:
Ou-man de-baei din mamon lo baei heter akhila, et celui qui exige le statut de bien n'exige pas la permission de consommation -- il déclare donc apte un cédrat de tevel (produit dont les prélèvements n'ont pas été faits), interdit à la consommation mais permis à la jouissance.
אֶלָּא לְמ"ד לְפִי שֶׁאֵין בָּהּ דִּין מָמוֹן אֲבָל הֶיתֵּר אֲכִילָה לָא בָּעֵינַן וּמִשּׁוּם דִּין מָמוֹן קָרֵינָא בֵיהּ לָכֶם:
Ela le-man de-amar lefi che-ein ba din mamon, mais pour celui qui dit parce qu'il n'a pas de statut de bien -- alors qu'il n'exige pas la permission de consommation, et que c'est en raison du statut de bien que nous lisons à son sujet lakhem, à vous.
הֲרֵי מְסִיקָה לְזוֹ תַּחַת תַּבְשִׁילוֹ כִּדְאָמְרִינַן (בְּשַׁבָּת דַּף כֹּה:) תִּתֵּן לוֹ וְלֹא לְאוּרוֹ מִכְּלָל דְּבַת אוּרוֹ הוּא:
Harei massika la-zo tahat tavchilo, il peut pourtant la brûler sous son plat -- comme nous disons (Chabbat 25b) : titen lo, tu [la] lui donneras, et non le-oro, pour son feu ; d'où il ressort par implication qu'elle est de celles qui peuvent servir de combustible.
💡 Explication

La Guemara teste la lecture la plus naturelle de la mahloket : chacun poserait un seul critère, à l'exclusion de l'autre. Conséquence immédiate, relevée par Rachi : le tenant du din mamon devrait déclarer apte un cédrat de tevel, interdit à la consommation mais permis à la jouissance.

C'est la michna elle-même qui réfute cette lecture, avec le cas de la terouma impure. Elle ne peut plus être mangée, mais le cohen a le droit de la brûler comme combustible sous son plat -- elle a donc une valeur économique réelle. Si le din mamon suffisait, ce cédrat serait apte. Or la michna le déclare passoul.

Rachi appuie ce droit de combustion sur une derasha de Chabbat 25b : le verset exclut expressément un usage pour l'éclairage dans un autre cas, ce qui prouve par contraste que la terouma impure, elle, peut alimenter un feu. La valeur est donc établie, et l'objection tient.

9
אֶלָּא: בְּהֶיתֵּר אֲכִילָה כֻּולֵּי עָלְמָא לָא פְּלִיגִי דְּבָעֵינַן, כִּי פְּלִיגִי בְּדִין מָמוֹן. מַר סָבַר: הֶיתֵּר אֲכִילָה בָּעֵינַן, דִּין מָמוֹן לָא בָּעֵינַן, וּמַר סָבַר: דִּין מָמוֹן נָמֵי בָּעֵינַן. מַאי בֵינַיְיהוּ?

Non : quant à la permission de consommation, tous s'accordent à l'exiger ; leur divergence porte sur le statut de bien. Un maître tient : nous exigeons la permission de consommation, nous n'exigeons pas le statut de bien ; et l'autre maître tient : nous exigeons aussi le statut de bien.

Quelle est la différence [pratique] entre eux ?

📜 Rachi (3)
אֶלָּא בְּהֶיתֵּר אֲכִילָה דכ"ע בָּעֵינַן וַאֲפִילּוּ יֵשׁ בָּהּ דִּין מָמוֹן לָא מִתְכַּשְּׁרִין בְּלֹא הֶיתֵּר אֲכִילָה דְּכֵיוָן דְּלָא חַזְיָא לְכָל דַּרְכֵי הֲנָאָה לָאו לָכֶם הוּא:
Ela be-heter akhila de-koulei alma baeinan, non : quant à la permission de consommation, tous l'exigent -- et même s'il y a un statut de bien, [ces cédrats] ne deviennent pas aptes sans permission de consommation ; car dès lors que le fruit ne convient pas à tous les modes de jouissance, il n'est pas lakhem, à vous.
דִּין מָמוֹן לָא בָּעֵינַן אִם מֻותֶּרֶת בַּאֲכִילָה כְּגוֹן מַעֲשֵׂר שֵׁנִי בִּירוּשָׁלַיִם וְאַלִּיבָּא דְּרַבִּי מֵאִיר כָּשֵׁר וּמַתְנִיתִין דְּקָתָנֵי שֶׁל מַעֲשֵׂר שֵׁנִי בִּירוּשָׁלַיִם כָּשֵׁר אֲפִילּוּ כְּר' מֵאִיר דְּאָמַר מַעֲשֵׂר שֵׁנִי מָמוֹן גָּבוֹהַּ הוּא מִתּוֹקְמָא:
Din mamon lo baeinan, nous n'exigeons pas le statut de bien -- si [le fruit] est permis à la consommation, comme le maasser cheni à Jérusalem, il est apte même selon Rabbi Meir ; et la michna qui enseigne que celui de maasser cheni à Jérusalem est apte peut alors s'expliquer même selon Rabbi Meir, qui dit que le maasser cheni est un bien du Haut.
דִּין מָמוֹן נָמֵי בָּעֵינַן וּמַעֲשֵׂר שֵׁנִי לְר' מֵאִיר פָּסוּל וּמַתְנִי' דְּקָתָנֵי כָּשֵׁר רַבָּנָן הִיא דְּאָמְרִי מָמוֹן הֶדְיוֹט הוּא וּמְקַדְּשִׁין בּוֹ אֶת הָאִשָּׁה:
Din mamon nami baeinan, nous exigeons aussi le statut de bien -- et le maasser cheni est alors passoul selon Rabbi Meir ; la michna qui enseigne qu'il est apte suit les Sages, qui disent que c'est un bien de particulier et qu'on peut consacrer une femme avec lui.
💡 Explication

La sougya se réorganise. Les deux critères ne sont pas concurrents mais emboîtés : la permission de consommation est un socle que personne ne conteste, et le statut de bien une exigence supplémentaire que l'un ajoute et l'autre non.

Cette reformulation a un coût logique intéressant. Tant que les critères étaient exclusifs, la divergence se voyait partout ; maintenant qu'ils sont emboîtés, elle ne peut plus se voir que dans un cas très étroit : un fruit mangeable mais sans valeur patrimoniale. D'où la question immédiate de la Guemara : mai beinaihou, quelle est la différence ?

Rachi anticipe déjà la réponse en signalant, dans les deux directions, comment se lit alors la michna sur le maasser cheni à Jérusalem : selon le premier maître elle vaut même d'après R. Meir, selon le second elle ne peut suivre que les Sages.

🖼️ Schéma
Heter akhila ou din mamon : deux exigences tirées d'un seul mot Le verset dit ou-lekahtem lakhem, vous prendrez pour vous. Que réclame exactement ce lakhem ? Hava amina (seg. 7) -- deux critères exclusifs Qui exige la consommation ne réclame pas la valeur. Qui exige la valeur ne réclame pas la consommation. Conséquence testable : le second déclarerait apte un cédrat de terouma impure -- on peut la brûler sous son plat, donc elle vaut quelque chose. Or la michna la déclare passoul. La lecture tombe. Maskana (seg. 8) -- un socle commun, un supplément Tous exigent heter akhila : sans consommation permise, le fruit n'est pas lakhem, car il échappe à un usage. Premier maître : cela suffit. Second maître : il faut en outre din mamon, la valeur. La divergence devient un supplément, non une opposition. Elle ne se voit donc que là où les deux se séparent. Les cas, passés au crible des deux critères Cas Mangeable ? A une valeur ? Verdict de la michna Achera et ir ha-nidahat Voué au feu : sa mesure compte pour broyée non non passoul Orla Interdite à la consommation et à la jouissance non non passoul -- des deux côtés Terouma impure Non mangeable, mais on peut la brûler comme combustible non oui passoul -- d'où la maskana Tevel Interdit à la consommation, permis à la jouissance non oui passoul selon la maskana Maasser cheni à Jérusalem, selon R. Meir Bien du Haut : on le mange, mais on ne le possède pas oui non c'est la nafka mina Ce que la nafka mina permet de conclure (seg. 10) R. Assi enseigne ailleurs qu'un cédrat de maasser cheni ne libère pas selon R. Meir et libère selon les Sages. C'est exactement la position qui exige din mamon : R. Assi est donc le tenant de la valeur, l'autre est R. Hiyya bar Avin.
De la lecture exclusive à la lecture emboîtée : les cas qui tranchent.
10
אִיכָּא בֵּינַייְהוּ מַעֲשֵׂר שֵׁנִי שֶׁבִּירוּשָׁלַיִם. אַלִּיבָּא דְּרַבִּי מֵאִיר, לְמַאן דְּאָמַר לְפִי שֶׁאֵין בָּהּ הֶיתֵּר אֲכִילָה — הֲרֵי יֵשׁ בָּהּ הֶיתֵּר אֲכִילָה, לְמַאן דְּאָמַר לְפִי שֶׁאֵין בָּהּ דִּין מָמוֹן — מַעֲשֵׂר שֵׁנִי מָמוֹן גָּבוֹהַּ הוּא.

La différence entre eux porte sur le maasser cheni [consommé] à Jérusalem, selon l'avis de Rabbi Meir. Pour celui qui dit : parce qu'il n'y a pas en lui de permission de consommation -- or il y a bien en lui permission de consommation [il est donc apte].

Pour celui qui dit : parce qu'il n'a pas de statut de bien -- le maasser cheni est un bien du Haut [il est donc passoul].

💡 Explication

Voici le cas étroit annoncé. Le maasser cheni, la seconde dîme, doit être monté à Jérusalem et consommé par son propriétaire : il est donc parfaitement mangeable. Mais selon Rabbi Meir, il reste mamon gavoha, un bien du Haut -- l'homme a le droit de le manger sans en être le propriétaire.

C'est exactement la configuration recherchée : consommation permise, propriété absente. Pour le maître qui n'exige que le heter akhila, un tel cédrat est apte ; pour celui qui exige en plus le din mamon, il est passoul. Chaque position produit ici un verdict opposé, ce qui prouve qu'elles diffèrent réellement.

11
תִּסְתַּייַּם דְּרַבִּי אַסִּי דְּאָמַר לְפִי שֶׁאֵין בָּהּ דִּין מָמוֹן. דְּאָמַר רַבִּי אַסִּי: אֶתְרוֹג שֶׁל מַעֲשֵׂר שֵׁנִי, לְדִבְרֵי רַבִּי מֵאִיר — אֵין אָדָם יוֹצֵא בּוֹ יְדֵי חוֹבָתוֹ בְּיוֹם טוֹב, לְדִבְרֵי חֲכָמִים — אָדָם יוֹצֵא בּוֹ יְדֵי חוֹבָתוֹ בְּיוֹם טוֹב. תִּסְתַּיֵּים.

Concluons donc que c'est Rabbi Assi qui dit : parce qu'il n'a pas de statut de bien. Car Rabbi Assi a dit : un cédrat de maasser cheni -- selon les propos de Rabbi Meir, on ne s'en acquitte pas le jour de fête ; selon les propos des Sages, on s'en acquitte le jour de fête.

Concluons-le en effet.

📜 Rachi (1)
תִּסְתַּייֵּם דר' אַסִּי הוּא דְּאָמַר לְפִי שֶׁאֵין בָּהּ דִּין מָמוֹן וא"נ אִיכָּא הֶיתֵּר אֲכִילָה דִּין מָמוֹן נָמֵי בָּעֵינַן וְשֶׁל מַעֲשֵׂר לְר' מֵאִיר פָּסוּל:
Tistayem de-Rabbi Assi hou de-amar lefi che-ein ba din mamon, concluons que c'est Rabbi Assi qui dit parce qu'il n'a pas de statut de bien -- et même s'il y a permission de consommation, nous exigeons aussi le statut de bien ; celui de maasser [cheni] est donc passoul selon Rabbi Meir.
💡 Explication

La Guemara attribue maintenant les deux positions anonymes à leurs auteurs. La méthode est standard : on cherche, ailleurs dans le corpus, un enseignement signé de l'un des deux amoraim qui coïncide avec l'une des positions.

Or R. Assi enseigne ailleurs que le cédrat de maasser cheni ne libère pas selon R. Meir et libère selon les Sages. C'est mot pour mot la nafka mina du segment précédent, vue depuis la position qui exige le din mamon. Donc R. Assi est le tenant de la valeur, et R. Hiyya bar Avin celui de la consommation seule.

Le mot tistayem, répété à l'ouverture et à la clôture, marque ce type de conclusion : une identification obtenue par recoupement, non par argument.

12
גּוּפָא. אָמַר רַבִּי אַסִּי: אֶתְרוֹג שֶׁל מַעֲשֵׂר שֵׁנִי, לְדִבְרֵי רַבִּי מֵאִיר — אֵין אָדָם יוֹצֵא בּוֹ יְדֵי חוֹבָתוֹ בְּיוֹם טוֹב. לְדִבְרֵי חֲכָמִים — אָדָם יוֹצֵא בּוֹ יְדֵי חוֹבָתוֹ בְּיוֹם טוֹב. מַצָּה שֶׁל מַעֲשֵׂר שֵׁנִי, דִּבְרֵי רַבִּי מֵאִיר — אֵין אָדָם יוֹצֵא בָּהּ יְדֵי חוֹבָתוֹ בְּפֶסַח, לְדִבְרֵי חֲכָמִים — אָדָם יוֹצֵא בָּהּ יְדֵי חוֹבָתוֹ בְּפֶסַח. עִיסָּה שֶׁל מַעֲשֵׂר שֵׁנִי, לְדִבְרֵי רַבִּי מֵאִיר — פְּטוּרָה מִן הַחַלָּה, לְדִבְרֵי חֲכָמִים — חַיֶּיבֶת בְּחַלָּה.

Revenons à l'enseignement lui-même (goufa). Rabbi Assi a dit : un cédrat de maasser cheni -- selon les propos de Rabbi Meir, on ne s'en acquitte pas le jour de fête ; selon les propos des Sages, on s'en acquitte le jour de fête.

Une matsa de maasser cheni -- selon les propos de Rabbi Meir, on ne s'en acquitte pas à Pessa'h ; selon les propos des Sages, on s'en acquitte à Pessa'h. Une pâte de maasser cheni -- selon les propos de Rabbi Meir, elle est exempte de la halla ; selon les propos des Sages, elle est soumise à la halla.

📜 Rachi (2)
אֵין יוֹצֵא בָּהּ יְדֵי חוֹבָתוֹ בְּפֶסַח יְדֵי חוֹבַת אֲכִילַת מַצָּה לַיְלָה הָרִאשׁוֹן וּלְקַמָּן פָּרֵיךְ מִי כְּתִיב מַצַּתְכֶם:
Ein yotse ba yedei hovato be-Pessa'h, on ne s'en acquitte pas à Pessa'h -- de l'obligation de manger de la matsa la première nuit ; et plus loin la Guemara objectera : est-il donc écrit matsatkhem, votre matsa ?
פְּטוּרָה מִן הַחַלָּה דִּכְתִיב עֲרִיסוֹתֵיכֶם וְהַאי דְּגָבוֹהַּ הִיא וְאע"ג דְּאִיכָּא הֶיתֵּר אֲכִילָה כֵּיוָן דְּלֵית בָּהּ דִּין שְׁאָר מָמוֹן לָאו דִּידֵיהּ הוּא:
Peturah min ha-halla, exempte de la halla -- car il est écrit arissotekhem, vos pâtes, et celle-ci appartient au Haut ; et bien qu'il y ait permission de consommation, dès lors qu'elle n'a pas le statut des autres biens, elle n'est pas la sienne.
💡 Explication

La Guemara revient à l'enseignement de R. Assi pour lui-même -- c'est le sens de goufa -- et découvre qu'il ne portait pas seulement sur le cédrat. Trois mitsvot y sont alignées, avec la même structure : selon R. Meir on échoue, selon les Sages on réussit.

Le cédrat le jour de fête, la matsa la première nuit de Pessa'h, la pâte soumise ou non au prélèvement de la halla. Dans les trois cas, la question sous-jacente est unique : la seconde dîme appartient-elle à l'homme ou au Haut ?

Rachi note déjà au passage la difficulté qui va suivre : pour la halla, le verset dit arissotekhem, vos pâtes ; pour le cédrat, il dit lakhem. Mais pour la matsa, aucun possessif n'est écrit -- d'où vient alors l'exigence ?

🖼️ Schéma
Trois mitsvot, une seule question : le maasser cheni est-il à moi ? R. Assi aligne trois cas. Rav Papa demande à chacun de montrer son verset. Cédrat -- Souccot R. Meir : on ne s'en acquitte pas. Les Sages : on s'en acquitte. Verset : lakhem ou-lekahtem lakhem -- vous prendrez pour vous, du vôtre. Le possessif est explicite. Rav Papa n'a rien à objecter. Matsa -- Pessa'h R. Meir : on ne s'en acquitte pas. Les Sages : on s'en acquitte. Verset : aucun possessif Est-il écrit matsatkhem, votre matsa ? Non. C'est ici que la chaîne casse. Il faut aller chercher ailleurs. Pâte -- halla R. Meir : exempte de la halla. Les Sages : soumise à la halla. Verset : arissotekhem rechit arissotekhem -- les prémices de vos pâtes. Le possessif est explicite. Et il contient un mot utile : le'hem. La réponse : gezera chava le'hem -- le'hem Ici, pour la matsa : le'hem oni, le pain de misère (Deutéronome 16,3). Là-bas, pour la halla : le mot le'hem revient -- et le folio s'arrête sur ve-khativ hatam. L'exigence de propriété portée par arissotekhem passe ainsi de la halla à la matsa. Enjeu de fond : le maasser cheni est-il mamon gavoha, un bien du Haut confié à l'homme, ou son bien propre ? R. Meir tient le premier, les Sages le second -- et trois mitsvot en dépendent d'un seul coup. Tossefot ajoute le cas voisin du tevel, où la matsa se comporte autrement que le cédrat.
Les trois mitsvot alignées par R. Assi et le verset que chacune doit produire.
13
מַתְקִיף לַהּ רַב פָּפָּא: בִּשְׁלָמָא עִיסָּה, כְּתִיב: ״רֵאשִׁית עֲרִיסוֹתֵיכֶם״. אֶתְרוֹג נָמֵי — כְּתִיב: ״לָכֶם״, מִשֶּׁלָּכֶם. אֶלָּא מַצָּה, מִי כְּתִיב ״מַצַּתְכֶם״? אָמַר רַבָּה בַּר שְׁמוּאֵל, וְאִיתֵּימָא רַב יֵימַר בַּר שֶׁלֶמְיָא: אָתְיָא ״לֶחֶם״ ״לֶחֶם״. כְּתִיב הָכָא ״לֶחֶם עֹונִי״, וּכְתִיב הָתָם

Rav Papa objecte : soit, pour la pâte -- il est écrit rechit arissotekhem (les prémices de vos pâtes) ; pour le cédrat aussi -- il est écrit lakhem, [c'est-à-dire] du vôtre. Mais pour la matsa -- est-il donc écrit matsatkhem, votre matsa ?

Rabba bar Chemouel a dit, et certains disent Rav Yeimar bar Chelamya : cela se déduit par [l'analogie verbale] le'hem-le'hem (pain-pain). Il est écrit ici le'hem oni (pain de misère), et il est écrit là-bas

🗂️ Tossefot (1)
אָתְיָא לֶחֶם לָחֶם. תֵּימַהּ בְּפֶרֶק כָּל שָׁעָה (פְּסָחִים דַּף לה:) דְּאֵין יוֹצְאִין יְדֵי מַצָּה בְּטֶבֶל מִדִּכְתִיב לֹא תֹאכַל עָלָיו חָמֵץ שִׁבְעַת יָמִים תֹּאכַל עָלָיו מַצּוֹת יָצָא מִי שֶׁאִיסּוּרוֹ עָלֶיהָ מִשּׁוּם בַּל תֹּאכַל טֶבֶל תִּיפּוֹק לֵיהּ מִשּׁוּם דְּבָעֵינַן מַצָּה מִשֶּׁלָּכֶם וְטֶבֶל לָא חֲשִׁיב לָכֶם כִּדְמוֹכַח הָכָא גַּבֵּי אֶתְרוֹג דְּעַד כָּאן לָא פְּלִיגִי בֵּית שַׁמַּאי וּבֵית הִילֵּל אֶלָּא בִּדְמַאי מִשּׁוּם דְּאִי בָּעֵי מַפְקַר לֵיהּ לְנִכְסֵיהּ וְהָוֵי עָנִי וַחֲזֵי לֵיהּ אֲבָל בְּטֶבֶל וַדַּאי כּוּלְּהוּ מוֹדוּ וי"ל דְּלָא דָּמֵי דְּהָא דְּאֵין יָכוֹל לָצֵאת בְּאֶתְרוֹג שֶׁל טֶבֶל דְּהָוֵי כְּמוֹ אֶתְרוֹג דְּשֻׁותָּפִין שֶׁיֵּשׁ לַכֹּהֵן וּלְלֵוִי בּוֹ חֵלֶק וְדָמֵי לְאַחִין שֶׁקָּנוּ אֶתְרוֹג בִּתְפִיסַת הַבַּיִת בְּסוֹף יֵשׁ נוֹחֲלִין (ב"ב דַּף קלז: וְשָׁם) אֲבָל גַּבֵּי מַצָּה כְּשֶׁאָכַל מִמֶּנָּה כַּמָּה זֵיתִים אִם יֵשׁ מִשֶּׁלּוֹ כַּזַּיִת יָצָא וּמֵהַאי טַעְמָא נָמֵי נִיחָא דְּעִיסָּה שֶׁל טֶבֶל חַייֶּבֶת בְּחַלָּה כִּדְמוֹכַח בִּירוּשַׁלְמִי דִּדְמַאי פֶּרֶק חֲמִישִׁי דְּתַנְיָא הָרוֹצֶה לְהַפְרִישׁ תְּרוּמָה וּתְרוּמַת מַעֲשֵׂר וְחַלָּה כְּאַחַת וּבְוַדַּאי אַיְירֵי מִדְּזָקוּק לְהַפְרִישׁ תְּרוּמָה גְּדוֹלָה וְלָא פָּטְרִינַן לֵיהּ מִדִּכְתִיב עֲרִיסוֹתֵיכֶם דְּמַיְירֵי בְּשֶׁיֵּשׁ שָׁם חֲמֵשֶׁת רְבָעִים בְּלֹא חֶלְקוֹ שֶׁל כֹּהֵן (אע"ג) דִּבְפֶרֶק רֵאשִׁית הַגֵּז (חֻולִּין דַּף קַלָּה:) יָלְפִינַן עִיסָּה דְּשֻׁותָּפִין:
Atya le'hem le'hem, cela se déduit par le'hem-le'hem. C'est étonnant : au chapitre Kol Chaa (Pessahim 35b), [il est enseigné] qu'on ne s'acquitte pas de la matsa avec du tevel, depuis ce qui est écrit lo tokhal alav hamets, chivat yamim tokhal alav matsot -- ce qui exclut celui dont l'interdit porte sur lui du fait de bal tokhal tevel (ne pas manger de tevel). Or qu'on le déduise plutôt de ce que nous exigeons une matsa qui soit du vôtre (mi-chelakhem), le tevel n'étant pas considéré comme lakhem, comme cela ressort ici à propos du cédrat -- car Beit Chammai et Beit Hillel n'ont divergé qu'à propos du demai (produit douteusement dîme), du fait que, s'il le voulait, il pourrait déclarer ses biens sans maître, devenir pauvre, et le demai lui conviendrait ; mais pour le tevel, assurément tous s'accordent. On peut répondre que ce n'est pas comparable. Si l'on ne peut pas s'acquitter avec un cédrat de tevel, c'est qu'il est comme un cédrat en indivision, où le cohen et le levi ont une part -- semblable au cas des frères qui ont acheté un cédrat sur les fonds de la maison, à la fin de Yech Nohalin (Baba Batra 137b). Mais pour la matsa, lorsqu'il en a mangé plusieurs kezayit, s'il y a du sien un kezayit, il s'est acquitté. Et pour cette même raison il est compréhensible qu'une pâte de tevel soit soumise à la halla, comme cela ressort du Yerouchalmi de Demai, cinquième chapitre, où il est enseigné : celui qui veut prélever ensemble la terouma, la teroumat maasser et la halla -- et il s'agit assurément de tevel, puisqu'il doit encore prélever la terouma guedola ; nous ne l'exemptons donc pas au titre de ce qui est écrit arissotekhem, car il s'agit d'un cas où il y a cinq quarts [de kav] sans la part du cohen. [Cela] bien qu'au chapitre Rechit ha-Guez (Houlin 135b) nous déduisions [l'obligation] d'une pâte en indivision.
💡 Explication

Rav Papa met chaque cas au défi de produire son verset. Pour la pâte, le verset dit rechit arissotekhem, les prémices de vos pâtes -- le possessif est écrit. Pour le cédrat, lakhem joue le même rôle. Mais pour la matsa, la Torah ne dit nulle part votre matsa.

La réponse passe par une gezera chava, une analogie verbale entre deux occurrences du mot le'hem. La matsa est appelée le'hem oni, pain de misère ; la halla est prélevée sur du le'hem. Le mot commun autorise à transporter d'un texte à l'autre une exigence non écrite : la propriété requise par arissotekhem s'applique aussi à la matsa.

Le folio s'interrompt sur ve-khativ hatam, et il est écrit là-bas : le second verset de l'analogie n'est cité qu'au verso. Tossefot, lui, complique le tableau avec le cas du tevel, où matsa et cédrat se comportent différemment -- pour la matsa il suffit d'avoir un kezayit à soi parmi ce qu'on mange, tandis que le cédrat, indivis avec le cohen et le levi, ne devient jamais entièrement sien.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).