Sukkah 36a — Le cédrat abîmé, mal coloré ou trop jeune

Sukkah 36a

Sougya : Le folio achève la liste des cédrats invalides et cherche à en dégager la logique. Il commence par résoudre la contradiction sur le cédrat pelé -- selon qu'il l'est en entier ou en partie -- puis calibre, avec Oula bar Hanina, le trou qui invalide : traversant, la moindre taille suffit ; borgne, il faut la largeur d'un issar.

Rava pose alors la question de principe du daf : peut-on juger un cédrat avec la grille des simanei terefa, ces atteintes internes qui condamnent une bête ? La Guemara élimine trois correspondances déjà tranchées par la michna et fait apparaître le seul cas non couvert, celui du poumon liquéfié sous une membrane intacte dont les simponot tiennent encore -- transposé au cédrat dont la chair s'est dissoute sous une écorce entière ; Rava lui-même donne l'argument qui pourrait séparer les deux cas, l'air qui a prise sur le fruit et le fait pourrir alors que le poumon, enfermé, peut guérir.

Une baraita énumérant onze cédrats invalides est appelée en preuve, mais la lecture qui la rendait décisive -- saroua'h désignant une pourriture interne -- est refusée, et la question de Rava sort du folio sans réponse. La fin du daf traite deux mots de cette même baraita : le kouchi, où Abaye recadre le texte tandis que Rava répartit les sources entre deux publics par ha lan ve-ha lehou, et le bosser, où Rabba rapproche Rabbi Akiva de Rabbi Chimon avant qu'Abaye ne démonte le rapprochement en deux objections symétriques -- hadar d'un côté, le verset de la semence de l'autre.

Le fil du folio : un cédrat abîmé, un cédrat mal coloré, un cédrat trop jeune Trois mouvements. Chaque fois, la même question : à partir de quand ce fruit cesse-t-il d'être un cédrat ? Mouvement 1 (seg. 0-3) -- le cédrat lu comme une bête : les simanei terefa On achève la michna : pelé en entier ou en partie, fendu, percé. Oula bar Hanina calibre le trou percé. Trou traversant : passoul à la moindre taille. Trou non traversant : il faut la largeur d'un issar. Rava pose alors une question de principe : et si des simanei terefa apparaissaient dans le cédrat ? La Guemara élimine d'abord trois lectures : pelé, fendu, percé -- la michna a déjà tranché les trois. Reste un seul cas non couvert : le poumon liquéfié comme le contenu d'une cruche, écorce intacte. Leçon de méthode : Rava importe une grille venue des lois de la chehita dans une loi de mitsva. Ce transfert est lui-même l'enjeu -- rien ne garantit qu'un fruit se lise comme un organe. Mouvement 2 (seg. 4-6) -- la baraita des cédrats invalides, et le cédrat noir Une baraita est appelée en renfort : tafouah, saroua'h, macéré, bouilli, kouchi, blanc, tacheté -- tous passoul. Le mot saroua'h semblait viser une pourriture interne : ce serait la réponse à Rava. La Guemara refuse. Les deux mots visent l'extérieur : l'un a gonflé sans pourrir, l'autre a pourri sans gonfler. La question de Rava reste donc ouverte à la fin du folio -- aucune preuve n'a tenu. Puis contradiction sur le kouchi : une baraita le déclare kacher, une autre passoul. Deux sorties. Abaye recadre le texte : la michna ne parlait jamais du kouchi lui-même, mais de ce qui lui ressemble. Rava garde les deux textes et les répartit géographiquement : ha lan ve-ha lehou, ici et là-bas. Ce qui décide n'est pas la couleur en soi, mais l'écart avec ce que l'œil local tient pour normal. Mouvement 3 (seg. 7-9) -- le bosser : deux maîtres disent-ils la même chose ? Le cédrat vert, non mûr : Rabbi Akiva l'invalide, les Sages le déclarent kacher. Rabba rapproche : Rabbi Chimon exempte lui aussi les cédrats du maasser tant qu'ils sont petits. Même thèse apparente : tant qu'il n'est pas mûr, le cédrat n'est pas encore un fruit. Abaye démonte le rapprochement par deux fois, en montrant que chacun a un motif local et non général. Rabbi Akiva peut n'invalider qu'ici, où le verset exige hadar -- ailleurs il suivrait les Sages. Rabbi Chimon peut n'exempter que là-bas, sur le verset de la semence -- ici il suivrait les Sages.
Vue d ensemble du folio : le fruit abîmé, le fruit mal coloré, le fruit trop jeune.
La question de Rava : lire le cédrat avec la grille des terefot La Guemara teste un à un les signes. Trois sont déjà connus. Un seul reste sans réponse. Signe de terefa chez la bête Équivalent proposé dans le cédrat La michna a-t-elle déjà tranché ? Ha-gueloudah -- la bête dont toute la peau a été enlevée. Nikhlaf -- le cédrat pelé. Rachi : en partie passoul ; R. Hananel : l'inverse. Oui -- tanina, déjà appris. Gargeret fendue sur toute sa longueur, sans anneau restant. Nisdak -- le cédrat fendu. Oui -- tanina, déjà appris. Membrane du cerveau percée. Nikkav -- le cédrat percé. Traversant : le moindre trou. Sinon : un issar. Oui -- tanina, déjà appris. Réa shenichpekha ke-kiton : poumon liquéfié, membrane intacte. Kacher si les simponot tiennent (Rava). Cédrat liquéfié à l'intérieur, écorce entière, loges des pépins encore en place (Rachi : les loges = les simponot du fruit). NON -- c'est exactement la question de Rava. Aucun cas parallèle en michna. Côté kacher Chez la bête, le poumon est enfermé : l'air n'a pas prise sur lui. Il peut se rétablir -- hadar bari. Si le cédrat se lit pareil : kacher. Côté passoul Le cédrat, lui, est exposé : l'air a prise sur sa chair liquéfiée. Il ne guérit pas, il pourrit. Serouhei masrahat -- donc passoul. Le folio tente une preuve par la baraita (tafouah saroua'h) -- et elle échoue. Les deux mots visent l'extérieur du fruit. La question de Rava sort du daf sans réponse.
La grille des terefot appliquée au cédrat : trois cas déjà tranchés, un seul reste ouvert.
Le bosser : Rabba rapproche deux maîtres, Abaye sépare les motifs Un même fruit vert jugé dans deux domaines différents -- la mitsva du loulav et la dîme. Rabba : amrou davar ehad R. Akiva et R. Chimon ont dit une seule et même chose Rabbi Akiva -- domaine : loulav Le cédrat bosser est passoul pour la mitsva. Les Sages le déclarent kacher. Thèse que Rabba lui prête : tant qu'il n'a pas fini de mûrir, le cédrat n'est pas encore un fruit. Rabbi Chimon -- domaine : maasser Il exempte les cédrats de la dîme tant qu'ils sont petits. Thèse que Rabba lui prête : la même -- un fruit non mûr n'est pas encore un fruit. Abaye : dilma lo hi -- peut-être pas Deux objections symétriques, une par maître Objection 1 (seg. 8) R. Akiva n'invalide peut-être qu'ici, parce que le verset exige hadar et que le bosser ne l'a pas. Pour le maasser il suivrait les Sages : comestible du début à la fin = fruit. Objection 2 (seg. 9) R. Chimon n'exempte peut-être que là-bas, sur asser te asser et kol tevouat zarekha -- ce qu'on sème. Critère agricole, non botanique : un petit cédrat planté ne germe pas.
Rabba rapproche R. Akiva et R. Chimon ; Abaye montre que chacun a un motif local.
1
הָא בְּכֻולָּהּ, הָא בְּמִקְצָתָהּ.

L'un porte sur le cas où il est pelé en entier, l'autre sur le cas où il ne l'est qu'en partie.

📜 Rachi (2)
בְּכֻולָּהּ כָּשֵׁר:
Be-khoulah, en entier -- kacher.
בְּמִקְצָתָהּ פָּסוּל דִּמְנֻומָּר הוּא:
Be-miktsatah, en partie -- passoul, car il est alors comme un cédrat menoumar (tacheté).
🗂️ Tossefot (1)
הָא בְּכֻולַּהּ הָא בְּמִקְצָתַהּ. פֵּי' בַּקּוּנְטְרֵס בְּמִקְצָתָהּ פָּסוּל דְּמִיחְזֵי כִּמְנֻומָּר וְרַבֵּינוּ חֲנַנְאֵל פִּי' אִיפְּכָא בְּכֻולָּהּ פָּסוּל דְּלִטְרֵיפוֹת מְדַמֵּי לָהּ בִּשְׁמַעְתִּין וְגַבֵּי טְרֵיפוֹת אַשְׁכְּחַן בְּפֶרֶק אֵלּוּ טְרֵפוֹת (חֻולִּין דַּף נה:) הַגְּלוּדָה טְרֵיפָה וְאִם נִשְׁתַּייֵּר בָּהּ כְּסֶלַע כְּשֵׁרָה דְּהָדְרָא בָּרִיא וְכֵן מוּכָח מִדְּפָרִיךְ אִי נִקְלַף תְּנֵינָא כְּלוֹמַר אִם סִימָן טְרֵיפָה דְּקָא אָמְרִינַן הַייְנוּ נִקְלַף דְּסִימָן טְרֵיפָה הוּא הַגְּלוּדָה תְּנֵינָא בְּמָתְנֵי' שֶׁהוּא פָּסוּל בְּאֶתְרוֹג מַשְׁמַע בְּהֶדְיָא דִּכְעֵין טְרֵפָה מִיפְּסִיל:
Ha be-khoulah ha be-miktsatah, l'un en entier l'autre en partie. Le Kountras (Rachi) a expliqué : pelé en partie, il est passoul parce qu'il a l'air d'un menoumar (tacheté). Rabbenou Hananel a expliqué l'inverse : pelé en entier il est passoul, car notre sougya l'assimile aux terefot, et à propos des terefot nous trouvons au chapitre Elou terefot (Houlin 55b) : la bête entièrement écorchée (ha-gueloudah) est terefa, mais s'il lui est resté [de peau] la surface d'un sela elle est kachera, car elle se rétablit et guérit. Et cela se prouve aussi de l'objection tanina, nous l'avons déjà appris, faite sur nikhlaf : c'est-à-dire que si le signe de terefa dont nous parlons est le fait d'être pelé -- lequel est bien un signe de terefa, la gueloudah -- alors nous avons déjà appris dans notre michna qu'il est passoul pour le cédrat. Cela indique explicitement que le cédrat est invalide pour une raison de type terefa.
⚖️ Rosh (1)
נִקְלַף אָמַר רָבָא הַאי אֶתְרוֹגָא דְּאִיגְּלִיד כִּי אֲהִינָא סֻומָּקָא כָּשֵׁר פֵּירוּשׁ שֶׁלְּאַחַר שֶׁנִּיטְּלָה הַקְּלִיפָּה הוּא מַאְדִּים כִּתְמָרָה אֲדֻומָּה וְכֵן כָּל פֵּירוֹת הַנִּקְלָפִין מַאְדִּימִים וּמַיְירֵי שֶׁלֹּא נִיטַּל אֶלָּא הַקְּלִיפָּה הָאֲדֻומָּה וְלֹא נִיטַּל מִן הַלָּבָן עִמָּהּ כְּלוּם דא"כ הֲוָה לֵיהּ חָסֵר. וְהִתְנָן נִקְלַף פָּסוּל דַּף לוֹ. לָא קַשְׁיָא הָא בְּכֻולַּהּ הָא בְּמִקְצָתַהּ פרש"י בְּמִקְצָתָהּ פְּסוּלָה דַּהֲוָה לֵיהּ מְנֻומָּר ור"ח פֵּירֵשׁ אִיפְּכָא בְּכֻולָּהּ פְּסוּלָה דְּהָא לִטְרֵפָה מִדְּמֵינַן לֵיהּ וְגַבֵּי טְרֵיפָה אָמְרִינַן הַגְּלוּדָה טְרֵיפָה וְאִם נִשְׁתַּייֵּר בָּהּ כְּסֶלַע כְּשֵׁרָה וְכֵן כָּתַב הָרָאָבָ"ד זַ"ל וְעוֹד כָּתַב דַּוְקָא שֶׁנִּקְלַף בְּמָקוֹם אֶחָד אֲבָל אִם נִקְלַף בִּשְׁנַיִם וּשְׁלֹשָׁה מְקוֹמוֹת אַפִּיל. בְּמִיעוּטוֹ נָמֵי פָּסוּל מִשּׁוּם דה"ל כִּמְנֻומָּר כִּי מָקוֹם הַנִּקְלָף אֵין מַרְאֵהוּ דּוֹמֶה לְשֶׁאֵינוֹ נִקְלָף וְאִם הָיוּ מַרְאָיו שָׁוִין כָּשֵׁר וְיֵשׁ אוֹמְרִים שאע"פ שֶׁנִּקְלַף בִּשְׁנַיִם וּשְׁלֹשָׁה מְקוֹמוֹת וְאֵין מַרְאָיו שָׁוִין כָּשֵׁר לְפִי שֶׁאֵינוֹ דּוֹמֶה לַחֲזָזִית כִּי הַחֲזָזִית אֵינוֹ מִמַּרְאֵה הָאֶתְרוֹג אֲבָל נִקְלַף אַף עַל פִּי שֶׁאֵין מַרְאֵיהֶן שָׁוִין מִכָּל מָקוֹם כֻּולָּן מִמַּרְאֵה אֶתְרוֹג הֵם וְלֹא אָמְרוּ מְנֻומָּר פָּסוּל אֶלָּא כְּשֶׁהוּא מִשְׁתַּנֶּה לַחֲבַרְבּוּרוֹת כְּמִין מַרְאוֹת אֲחֵרוֹת כְּמוֹ חֲזָזִית וְהַלָּבָן וְהַכּוּשִׁי שֶׁהוּא פָּסוּל אֲבָל אִם נִשְׁתַּנָּה מְקוֹם הַקָּלוּף לְמַרְאֶה פָּסוּל זֶהוּ וַדַּאי כִּמְנֻומָּר. וּבְחָוטְמוֹ אֲפִילּוּ בְּמַשֶּׁהוּ פָּסוּל דֻּומְיָא דַּחֲזָזִית וְהָא דְּאָמְרִינַן בְּכֻולּוֹ פָּסוּל לָאו דַּוְקָא כֻּולּוֹ אֶלָּא אֲפִילּוּ רֻובּוֹ דְּדָמֵי לַחֲזָזִית דְּפָסוּל בְּרֻובָּא ע"כ וּמַייְרֵי שֶׁנִּשְׁתַּנָּה לְמַרְאֶה פָּסוּל אֲבָל אִם נִשְׁתַּנָּה לְמַרְאֶה כָּשֵׁר אֲפִילּוּ אִם לֹא נִשְׁתַּייֵּר בּוֹ אֶלָּא כְּסֶלַע כָּשֵׁר:
Nikhlaf, pelé. Rava a dit : ce cédrat qui a été pelé au point d'être rouge comme une datte rouge est kacher. Explication : une fois l'écorce enlevée il rougit comme une datte rouge, et de même tous les fruits que l'on pèle rougissent. Il s'agit du cas où seule l'écorce colorée a été enlevée, sans qu'on ait retiré avec elle quoi que ce soit de la partie blanche -- car sinon il serait haser (amoindri, donc passoul à ce titre). Or nous avons appris dans la michna : pelé, passoul (fol. 36a). Pas de difficulté : l'un en entier, l'autre en partie. Rachi a expliqué : en partie il est passoul, car il est alors comme un menoumar. Rabbenou Hananel a expliqué l'inverse : en entier il est passoul, puisque nous l'assimilons à une terefa, et à propos de la terefa nous disons que la bête écorchée est terefa, mais que s'il lui est resté [de peau] la surface d'un sela elle est kachera. Ainsi a écrit aussi le Raavad, de mémoire bénie. Et il a écrit encore : cela ne vaut que s'il a été pelé en un seul endroit ; mais s'il a été pelé en deux ou trois endroits, il est passoul même sur la plus petite partie, parce qu'il est alors comme un menoumar, l'endroit pelé n'ayant pas la même apparence que le reste. Et si ses apparences étaient identiques, il serait kacher. Certains disent que même pelé en deux ou trois endroits et sans que les apparences soient identiques, il reste kacher, parce que ce n'est pas comparable au hazazit (la croûte) : le hazazit n'est pas de la couleur du cédrat, tandis que les zones pelées, même dissemblables entre elles, sont toutes de la couleur du cédrat. Et l'on n'a déclaré le menoumar passoul que lorsqu'il vire à des taches d'une autre couleur, comme le hazazit, le blanc ou le kouchi, qui sont passoul. Mais si l'endroit pelé a viré à une couleur invalidante, celui-là est certainement comme un menoumar. Et sur le hotem (la pointe du fruit), la moindre atteinte suffit à le rendre passoul, comme pour le hazazit. Quant à ce que nous disons, en entier il est passoul, ce n'est pas exactement en entier, mais dès la plus grande partie, par analogie avec le hazazit qui rend passoul dès la plus grande partie -- fin de citation. Et il s'agit du cas où il a viré à une couleur invalidante ; mais s'il a viré à une couleur valide, il est kacher même s'il ne lui reste que la surface d'un sela.
💡 Explication

Le folio s'ouvre au milieu d'une phrase : la Guemara vient de confronter la michna, qui déclare passoul le cédrat nikhlaf (pelé), à un enseignement de Rava qui déclarait kacher un cédrat pelé devenu rouge comme une datte. La résolution tient en cinq mots : ha be-khoulah, ha be-miktsatah -- l'un parle du fruit entièrement pelé, l'autre du fruit partiellement pelé.

Mais quel cas va dans quelle case ? Rachi et Rabbenou Hananel se séparent exactement ici. Pour Rachi, peler la totalité est sans dommage puisque la couleur reste uniforme ; c'est le pelage partiel qui invalide, car il crée un contraste et rend le fruit semblable à un menoumar (tacheté). Pour Rabbenou Hananel, c'est l'inverse : la sougya raisonne par analogie avec les terefot, et une bête entièrement écorchée est terefa alors qu'un reste de peau grand comme une pièce suffit à la sauver.

La divergence n'est pas de détail : elle porte sur ce qui est réellement en cause. Chez Rachi, le critère est esthétique -- l'uniformité visuelle exigée par hadar. Chez Rabbenou Hananel, il est vital -- la capacité du fruit à survivre à la blessure, exactement comme un organe. Toute la première partie du folio, avec la question de Rava sur les simanei terefa, donne raison à l'intuition de Rabbenou Hananel.

2
נִסְדַּק, נִיקַּב. תָּנֵי עֻולָּא בַּר חֲנִינָא: נִיקַּב נֶקֶב מְפֻולָּשׁ — בְּמַשֶּׁהוּ, וְשֶׁאֵינוֹ מְפֻולָּשׁ — בִּכְאִיסָּר.

Nisdak (fendu), nikkav (percé). Oula bar Hanina a enseigné : s'il a été percé d'un nekev mefoulach (trou traversant) -- il est passoul pour la moindre taille ; et [d'un trou] qui n'est pas traversant -- il faut la largeur d'un issar (une petite pièce de monnaie).

📜 Rachi (1)
תָּנֵי עֻולָּא בַּר חֲנִינָא אַנִּיקַּב וְלֹא חָסֵר קָאֵי דְּמַכְשַׁר תַּנָּא דְּמַתְנִי' וַאֲתָא הַאי תַּנָּא לְמֵימַר דְּאִם מְפֻולָּשׁ הוּא מִצִּידּוֹ לְצִידּוֹ פָּסוּל בְּנֶקֶב כָּל שֶׁהוּא אֲפִילּוּ שֶׁל מַחַט וְנֶקֶב שֶׁאֵינוֹ מְפֻולָּשׁ בִּכְאִיסָּר אִם רָחָב כְּאִיסָּר פָּסוּל ואע"פ שֶׁלֹּא חָסֵר כְּלוּם כְּגוֹן שֶׁתָּחַב בּוֹ יָתֵד עָבָה וּמַתְנִי' בְּפָחוֹת מִכְּאִיסָּר וּבְשֶׁאֵינוֹ מְפֻולָּשׁ:
Oula bar Hanina a enseigné -- il se rapporte au cas de la michna percé sans perte de matière, que le tana de la michna déclarait kacher. Ce tana-ci vient dire que s'il est traversant d'un côté à l'autre, il est passoul avec un trou de n'importe quelle taille, même fait d'une aiguille ; et un trou non traversant, dès la largeur d'un issar : s'il est large comme un issar il est passoul, et cela même si rien n'a été retiré, par exemple si l'on y a enfoncé un piquet épais. La michna, elle, parle d'un trou plus étroit qu'un issar et non traversant.
💡 Explication

La michna avait déjà distingué nikkav ve-haser (percé avec perte de matière), passoul, de nikkav ve-lo haser (percé sans perte), kacher. Oula bar Hanina vient affiner cette seconde catégorie, qui paraissait trop large.

Son critère est géométrique et non quantitatif : ce qui compte d'abord est de savoir si le trou traverse le fruit. Un trou mefoulach, d'un côté à l'autre, invalide be-machehou, pour la moindre taille -- même une piqûre d'aiguille. Un trou borgne, lui, doit atteindre la largeur d'un issar pour invalider.

Rachi ajoute une précision qui évite un contresens : le trou non traversant invalide dès l'issar même s'il n'y a eu aucune perte de matière, par exemple si l'on a simplement enfoncé un piquet épais qui a écarté la chair. Le défaut ici n'est donc pas le manque, mais l'atteinte visible portée à l'intégrité du fruit.

🖼️ Schéma
Le calibre du trou selon Oula bar Hanina Deux régimes distincts : ce qui traverse le fruit, et ce qui ne fait que l'entamer. Nekev mefoulach -- trou traversant Percé d'un côté à l'autre du fruit. Passoul be-machehou -- au moindre trou. Nekev che-eino mefoulach -- non traversant Il entre mais ne ressort pas. Passoul seulement dès la largeur d'un issar. Rachi : ce calibre vaut même sans perte de matière -- par exemple si on a enfoncé un piquet épais. La michna qui déclarait kacher parle donc d'un trou non traversant et plus étroit qu'un issar.
Deux calibres pour un même défaut : le trou qui traverse et celui qui n'entame que la chair.
3
בָּעֵי רָבָא: נוֹלְדוּ בָּאֶתְרוֹג סִימָנֵי טְרֵפָה, מַהוּ? מַאי קָמִיבַּעְיָא לֵיהּ? אִי נִקְלַף — תְּנֵינָא! אִי נִסְדַּק — תְּנֵינָא! אִי נִיקַּב — תְּנֵינָא!

Rava a demandé : des simanei terefa (signes rendant une bête terefa) sont apparus dans le cédrat, quelle est la loi ? Que demande-t-il donc ?

S'il s'agit du pelé -- nous l'avons déjà appris ! S'il s'agit du fendu -- nous l'avons déjà appris !

S'il s'agit du percé -- nous l'avons déjà appris !

📜 Rachi (4)
סִימָנֵי טְרֵפָה שֶׁהַבְּהֵמָה נִטְרְפָה בָּהּ וּלְקַמֵּיהּ מְפָרֵשׁ לֵיהּ:
Simanei terefa, signes de terefa -- ceux par lesquels une bête devient terefa ; la Guemara l'explique plus loin.
נִקְלַף סִימָנֵי טְרֵפָה הוּא דְּהַיְינוּ הַגְּלוּדָה:
Nikhlaf, pelé -- c'est bien un signe de terefa, à savoir la gueloudah (la bête dont la peau a été enlevée).
נִסְדַּק דְּהַייְנוּ גַּרְגֶּרֶת שֶׁנִּסְדַּק כֻּולָּהּ שֶׁלֹּא נִשְׁתַּיֵּיר בָּהּ חֻולְיָא לְמַעְלָה וְחֻולְיָא לְמַטָּה:
Nisdak, fendu -- c'est-à-dire la gargeret (trachée) fendue sur toute sa longueur, sans qu'il reste un anneau en haut et un anneau en bas.
נִיקַּב כְּגוֹן נִיקַּב קְרוּם שֶׁל מוֹחַ:
Nikkav, percé -- par exemple lorsque la membrane du cerveau a été percée.
🗂️ Tossefot (1)
אִי נִסְדַּק תְּנֵינָא. שֶׁהוּא כְּעֵין טְרֵפוֹת בַּגַּרְגֶּרֶת שֶׁנִּסְדְּקָה כֻּולָּהּ שֶׁלֹּא נִשְׁתַּיֵּיר בָּהּ חֻולְיָא לְמַעְלָה וְחֻולְיָא לְמַטָּה תְּנֵינָא בְּמָתְנֵי' נִסְדַּק פָּסוּל וּבְכִי הַאי גַּוְונָא שֶׁנִּסְדַּק עַל פְּנֵי כֻּולָּהּ אִי נִיקַּב שֶׁגַּם הוּא סִימָן טְרֵיפָה כְּמוֹ נִיקַּב קְרוּם שֶׁל מוֹחַ וְהַשְׁתָּא הָא דְּפָרִיךְ עֲלָהּ תְּנֵינָא לָא הָוֵי כְּעֵין אַחֲרֵינִי אֶלָּא כְּלוֹמַר תְּנֵינָא שֶׁהוּא כָּשֵׁר גַּבֵּי אֶתְרוֹג כִּדְקָתָנֵי מַתְנֵי' נִיקַּב וְלֹא חָסַר כָּשֵׁר וּמִכָּל מָקוֹם אע"ג דִּלְעִנְיַן טְרֵפוֹת אָסוּר הָתָם הוּא מִשּׁוּם דִּקְרוּם לְחוּדֵיהּ קָאֵי אֲבָל הָכָא כּוּלֵּיהּ אֶתְרוֹג חִיבּוּר הוּא וְדָמֵי לְנִיקַּב הַלֵּב וְלֹא לְבֵית חֲלָלוֹ וְיִתָּכֵן דְּגַבֵּי אֶתְרוֹג נָמֵי אִם נִיקַּב עַד חַדְרֵי הַזֶּרַע שֶׁהַגַּרְעִינִין לְתוֹכָן פָּסוּל אע"ג שֶׁלֹּא חָסֵר וּלְעֵיל דְּבָעֵי נֶקֶב מְפֻולָּשׁ הַייְנוּ שֶׁלֹּא כְּנֶגֶד אוֹתָן חֲדָרִים וְאִם נִיקַּב עַד שָׁם בִּכְלָל מְפֻולָּשׁ הוּא דְּאוֹתָן חֲדָרִים בִּמְקוֹם סִימְפּוֹנוֹת דְּרֵיאָה קָייְמִי כִּדְמוֹכַח שְׁמַעְתִּין דְּבָעֵי לֵיהּ לְמִיפְסַל נִשְׁפְּכָה כְּקִיתוֹן מִשּׁוּם דְּלָא קָייְמִי סִימְפּוֹנַהָא וְאִי הֲוָה מְפָרְשִׁי דְּמַתְנִיתִין דְּקָתָנֵי נִיקַּב וְחָסַר כָּל שֶׁהוּא פָּסוּל תְּרֵי מִילֵּי נִינְהוּ הֲוָה נִיחָא טְפֵי דְּהָוֵי תְּנֵינָא דֻּומְיָא דְּאַחַרְיָנֵי כְּלוֹמַר נִיקַּב נֶקֶב מְפֻולָּשׁ אוֹ לְבֵית הַסִּימְפּוֹנוֹת אוֹ חִסֵּר כָּל שֶׁהוּא בְּלֹא מְפֻולָּשׁ אֲבָל אִי אֶפְשָׁר לוֹמַר כֵּן דְּמַשְׁמַע דַּחֲדָא מִלְּתָא הִיא מִדְּקָתָנֵי סֵיפָא נִיקַּב וְלֹא חָסַר כָּשֵׁר:
Si c'est nisdak, nous l'avons déjà appris. C'est-à-dire : ce qui est du type de la terefout se produit dans la gargeret fendue sur toute sa longueur, sans qu'il reste un anneau en haut et un anneau en bas ; or nous avons déjà appris dans notre michna que le fendu est passoul, et précisément dans un cas de ce genre, où la fente court sur tout le fruit. Si c'est nikkav -- lui aussi est un signe de terefa, comme la membrane du cerveau percée. Mais alors, l'objection tanina faite sur ce dernier cas n'a pas le même sens que les précédentes : elle veut dire que nous avons déjà appris qu'il est <i>kacher</i> pour le cédrat, comme l'enseigne notre michna, percé sans perte de matière, kacher. Et de toute manière, bien qu'en matière de terefout ce soit interdit, c'est là-bas parce que la membrane est un organe isolé ; ici en revanche tout le cédrat est d'un seul tenant, et cela ressemble au cœur percé sans que la perforation atteigne sa cavité. Il est d'ailleurs vraisemblable que pour le cédrat aussi, s'il a été percé jusqu'aux loges des pépins où se trouvent les graines, il soit passoul même sans perte de matière ; et ce qui a été dit plus haut, qu'il faut un trou traversant, vise un trou qui ne se trouve pas face à ces loges -- car s'il a été percé jusqu'à elles, il entre dans la catégorie du traversant, ces loges tenant chez le fruit la place des simponot (bronches) du poumon, comme le prouve notre sougya, qui veut invalider le cas du poumon répandu comme une cruche précisément parce que ses simponot ne tiennent pas. Et si l'on expliquait que la michna, en enseignant percé et amoindri de la moindre quantité est passoul, énonce deux choses distinctes, tout irait mieux, car l'objection tanina serait alors du même type que les autres, à savoir : percé d'un trou traversant, ou percé jusqu'à la chambre des simponot, ou amoindri de la moindre quantité sans être traversant. Mais il est impossible de dire cela, car il ressort qu'il s'agit d'une seule et même chose, puisque la fin de la michna enseigne : percé sans perte de matière, kacher.
💡 Explication

Rava change de registre. Jusqu'ici la michna énumérait des défauts un à un ; lui propose une grille : et si l'on jugeait le cédrat comme on juge une bête, en lui appliquant les simanei terefa, ces atteintes internes qui condamnent l'animal à mourir dans l'année ?

La Guemara ne comprend pas immédiatement l'intérêt de la question, et procède par élimination. Rachi reconstitue chaque correspondance : nikhlaf répond à la gueloudah (bête écorchée), nisdak à la trachée fendue de bout en bout, nikkav à la membrane du cerveau percée. Or ces trois cas figurent déjà dans la michna -- tanina, nous les avons déjà appris. La question de Rava semble donc vide.

Tossefot signale une asymétrie que la formule uniforme masque : pour nikhlaf et nisdak, tanina veut dire nous savons déjà que c'est passoul ; pour nikkav, il veut dire nous savons déjà que c'est kacher. Tossefot en tire une conséquence pratique importante : un trou qui atteint les loges des pépins devrait invalider même sans perte de matière, ces loges jouant pour le fruit le rôle que les simponot jouent pour le poumon.

4
כִּי קָא מִיבַּעְיָא לֵיהּ כִּדְעֻולָּא אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: רֵיאָה שֶׁנִּשְׁפְּכָה כְּקִיתוֹן — כְּשֵׁרָה. וְאָמַר רָבָא: וְהוּא דְּקָיְימִי סִימְפּוֹנַהָא. הָא לָא קָייְמִי סִימְפּוֹנַהָא — טְרֵפָה. הָכָא מַאי? דִּלְמָא הָתָם הוּא דְּלָא שָׁלֵיט בַּהּ אַוֵּירָא, הֲדַר בָּרִיא, אֲבָל הָכָא דְּשָׁלֵיט בַּהּ אַוֵּירָא — סְרוּחֵי מַסְרְחָא, אוֹ דִּלְמָא לָא שְׁנָא?

Sa question porte en réalité sur un cas comparable à ce que Oula a dit au nom de Rabbi Yo'hanan : un poumon qui s'est répandu comme [le contenu d ] une cruche (kiton) -- [la bête] est kachera. Et Rava a dit : à condition que ses simponot (bronches) tiennent encore ; mais si ses simponot ne tiennent pas -- elle est terefa.

Ici, quelle est la loi ? Peut-être est-ce seulement là-bas [chez la bête] que, l'air n'ayant pas prise sur le poumon, il se rétablit et guérit ; mais ici, où l'air a prise, il finit par pourrir.

Ou peut-être n'y a-t-il aucune différence ?

📜 Rachi (4)
רֵיאָה שֶׁנִּשְׁפְּכָה כְּקִיתוֹן הַבָּשָׂר שֶׁבְּתוֹךְ הַקְּרוּם נִימּוֹחַ וְנַעֲשֶׂה כַּמַּיִם:
Un poumon qui s'est répandu comme une cruche -- la chair contenue à l'intérieur de la membrane s'est dissoute et est devenue comme de l'eau.
הָא לָא קָייְמִי סִימְפּוֹנַהָא טְרֵפָה אַלְמָא מִסִּימָנֵי טְרֵפָה הוּא:
Mais si ses simponot ne tiennent pas, terefa -- il en résulte que cela relève bien des signes de terefa.
הָכָא מַאי אִם נִימּוֹחַ וְקָייְמִי סִימְפּוֹנַהָא דְּהַייְנוּ חַדְרֵי הַזֶּרַע שֶׁהַגַּרְעִינִין בְּתוֹכָם:
Ici, quelle est la loi -- si [la chair du cédrat] s'est dissoute alors que ses simponot tiennent encore, c'est-à-dire les loges des pépins, celles où se trouvent les graines.
סְרוּחֵי מַסְרַחַת נִרְקֶבֶת:
Serouhei masrahat -- elle pourrit.
💡 Explication

Voici enfin le cas que visait Rava. Rabbi Yo'hanan enseigne, dans les lois de la chehita, qu'un poumon entièrement liquéfié -- au point que son contenu se verse comme d'une cruche -- ne rend pas la bête terefa, pourvu que les simponot, les canaux bronchiques, tiennent encore. La structure survit à la substance.

Rava transpose : un cédrat dont la chair s'est dissoute sous une écorce intacte, mais dont les loges des pépins tiennent encore -- Rachi identifie explicitement ces loges aux simponot du fruit -- est-il kacher ? La question porte sur la validité même de l'analogie, et Rava lui-même donne le point qui pourrait la briser.

Ce point est l air. Le poumon est enfermé dans le corps : l'air n'a pas prise sur lui, et il peut se rétablir -- hadar bari. Le cédrat, lui, est exposé : sa chair liquéfiée ne guérira pas, elle pourrira -- serouhei masrahat. L'argument est physiologique, non textuel : ce n'est pas la loi qui séparerait les deux cas, mais le milieu dans lequel chaque corps se trouve.

5
תָּא שְׁמַע: אֶתְרוֹג תָּפוּחַ סָרוּחַ, כָּבוּשׁ, שָׁלוּק, כּוּשִׁי, לָבָן, וּמְנֻומָּר — פָּסוּל. אֶתְרוֹג כְּכַדּוּר — פָּסוּל, וְיֵשׁ אוֹמְרִים: אַף הַתְּיוֹם. אֶתְרוֹג הַבֹּוסֶר — רַבִּי עֲקִיבָא פּוֹסֵל, וַחֲכָמִים מַכְשִׁירִין. גִּדְּלוֹ בִּדְפוּס וַעֲשָׂאוֹ כְּמִין בְּרִיָּה אַחֶרֶת — פָּסוּל.

Viens et entends : un cédrat tafouah (gonflé), saroua'h (putride), kavouch (macéré), chalouk (bouilli), kouchi (noir), lavan (blanc) ou menoumar (tacheté) -- passoul. Un cédrat en forme de kadour (balle) -- passoul ; et certains disent : le teyom (le jumeau) aussi.

Le cédrat bosser (encore vert) -- Rabbi Akiva l'invalide, et les Sages le déclarent kacher. S'il l'a fait pousser dans un moule (dfous) et lui a donné l'aspect d'une autre créature -- passoul.

📜 Rachi (8)
תָּפוּחַ סָרוּחַ מְפָרֵשׁ לְקַמָּן:
Tafouah saroua'h -- explique plus loin.
כָּבוּשׁ בְּחֹומֶץ אוֹ בְּחַרְדָּל:
Kavouch, macéré -- dans du vinaigre ou de la moutarde.
שָׁלוּק מְבֻושָּׁל בְּיוֹתֵר בְּאוֹר בְּרוֹתְחִין:
Chalouk, bouilli -- excessivement cuit sur le feu, dans l'eau bouillante.
(כַּדּוּר) הֶעָשׂוּי כְּמִין כַּדּוּר עָגֹול כַּדּוּר פלוט"א:
Kadour -- fait en forme de balle ronde ; kadour, ploute en langue vernaculaire (vieux français).
הַתְּיוֹם שְׁנַיִם דְּבוּקִין יַחַד:
Ha-teyom, le jumeau -- deux [cédrats] collés l'un à l'autre.
הַבֹּוסֶר קָטָן כְּפוֹל הַלָּבָן:
Ha-bosser -- petit, de la taille d'une fève blanche.
גִּידְּלוֹ בִּדְפוּס שֶׁעוֹשֶׂה לוֹ דְּפוּס כְּשֶׁהוּא קָטָן וְנוֹתְנוֹ בְּתוֹכוֹ בִּמְחֻובָּר וְגָדֵל כְּמִדַּת הַדְּפוּס דְּפוּס פורמ"א בְּלַעַ"ז כָּל דָּבָר הֶעָשׂוּי לַעֲשׂוֹת לְמִדָּתוֹ דְּבָרִים אֲחֵרִים עַל גַּבָּיו כְּמוֹ מִנְעָלִין אוֹ בְּתוֹכוֹ כְּעֵין שֶׁהָיוּ עוֹשִׂין קְדֵרוֹת לְלֶחֶם הַפָּנִים שֶׁיַּכְנִיסוּ הָעִיסָּה לְתוֹךְ הַקְּדֵרָה וְהַלֶּחֶם נַעֲשֶׂה בְּצוּרָתָהּ כְּגוֹן אֵלּוּ קָרֵי דְּפוּס:
Il l'a fait pousser dans un moule -- il lui fabrique un moule alors qu'il est encore petit et l'y place tant qu'il tient à l'arbre, si bien qu'il grandit à la mesure du moule. Dfous : forma en langue vernaculaire -- tout objet fabriqué pour donner sa mesure à d'autres choses, soit par-dessus, comme pour les chaussures, soit à l'intérieur, comme les récipients que l'on faisait pour le pain de proposition, où l'on introduisait la pâte dans le récipient pour que le pain prenne sa forme : de tels objets sont appelés dfous.
כְּמִין בִּרְיָה אַחֶרֶת שֶׁאֵינוֹ דּוֹמֶה לְאֶתְרוֹג כְּלָל:
Comme une autre créature -- qui ne ressemble plus du tout à un cédrat.
🗂️ Tossefot (2)
אֶתְרוֹג כְּכַדּוּר פָּסוּל. כְּלוֹמַר עָשׂוּי כְּמִין כַּדּוּר שֶׁל עוֹר שֶׁמְּשַׂחֲקוֹת הַבָּנוֹת בּוֹ כִּדְדָרְשִׁינַן (בִּפְשִׁיקְתָּא רַבָּתִי) דִּבְרֵי חֲכָמִים כַּדָּרְבֹונוֹת כְּכַדּוּר שֶׁל בָּנוֹת שֶׁזּוֹרְקוֹת זוֹ לְזוֹ כָּךְ דִבְרֵי תוֹרָה נִזְרָקִין מִפֶּה אֶל פֶּה פלוט"א בְּלַעַ"ז כִּי הַהִיא דְּהַכַּדּוּר וְהָאִימּוּם דְּסוֹף אַרְבַּע מִיתוֹת (סַנְהֶדְרִין דַּף סח. וְשָׁם) וְאִית דְּגָרַס כְּדָוִד בְּדָלֶ"ת וְהַייְנוּ עָשׂוּי כְּמִין דָּוִד וְעָגוֹל כִּקְדֵרָה: [וְע"ע תּוֹסְ' סַנְהֶדְרִין כו. ד"ה כַּדּוּר וְתוֹסְ' חֻולִּין סד. ד"ה כּוֹדֶרֶת]:
Un cédrat en forme de kadour est passoul. C'est-à-dire fait comme ces balles de cuir avec lesquelles jouent les jeunes filles, ainsi que nous l'exposons (dans la Pessikta Rabbati) sur le verset les paroles des sages sont comme des aiguillons : comme la balle des jeunes filles qu'elles se lancent l'une à l'autre, ainsi les paroles de Torah se lancent d'une bouche à l'autre. Ploute en langue vernaculaire, comme dans le passage de la balle et de la forme à chaussure à la fin de Arba mitot (Sanhédrin 68a). Et certains ont pour version kadoud avec un dalet, c'est-à-dire fait comme une marmite (doud) et rond comme un pot. [Voir encore Tossefot Sanhédrin 26a s.v. kadour et Tossefot Houlin 64a s.v. koderet.]
אֶתְרוֹג הַבֹּוסֶר. פֵּי' בַּקּוּנְטְרֵס קָטָן כְּפוֹל הַלָּבָן וְלֹא יִתָּכֵן כִּדְפָרֵישִׁית בְּרֵישׁ פִּירְקִין (סֻוכָּה דַּף לא:) אַהַהִיא דְּשִׁיעוּר אֶתְרוֹג דְּמַיְיתִינַן הָתָם:
Le cédrat bosser. Le Kountras (Rachi) a expliqué : petit comme une fève blanche. Cela ne se peut pas, ainsi que je l'ai expliqué au début de notre chapitre (Soukka 31b), à propos de la question de la mesure minimale du cédrat que nous y avons rapportée.
💡 Explication

La Guemara cherche une preuve pour trancher la question de Rava, et convoque une baraita qui énumère d'une traite tous les cédrats invalides. L'énumération mélange des registres très différents : chair altérée (tafouah, saroua'h, kavouch, chalouk), couleur anormale (kouchi, lavan, menoumar), forme ou stade (kadour, teyom, bosser, moule).

Deux mots seulement intéressent l'argument : tafouah saroua'h. Si saroua'h désignait la pourriture interne d'un fruit dont l'écorce est restée intacte, la baraita aurait déjà tranché le cas de Rava -- et dans le sens du passoul. Toute la portée du ta chema tient à cette lecture, qui sera refusée au segment suivant.

Noter au passage le cas du dfous : un fruit parfaitement sain, mais contraint pendant sa croissance à prendre une autre forme. Rachi précise que le moule est posé sur le fruit alors qu'il tient encore à l'arbre. L'invalidation ne vient donc d'aucune atteinte à la substance, mais de la seule perte de l'identité visible du cédrat -- ke-min briya aheret, comme une autre créature.

🖼️ Schéma
La baraita des cédrats invalides, classée par motif Onze cas énumérés d'un trait. Trois familles de raisons se laissent distinguer. Chair altérée Tafouah -- il a gonflé. Saroua'h -- il a pourri. Kavouch -- macéré dans le vinaigre ou la moutarde. Chalouk -- trop bouilli. Ces deux derniers ne sont plus un fruit, mais un aliment préparé. Cible du ta chema de Rava. Couleur anormale Kouchi -- noir. Lavan -- blanc. Menoumar -- tacheté. Le kouchi fera aussitôt difficulté : une autre baraita le déclare kacher. Le Roch : blanc ou noir sur un seul endroit se juge comme le hazazit ; sur deux ou trois, c'est menoumar. Forme ou stade Ke-kadour -- en boule. Ha-teyom -- jumeau soudé (yech omerim seulement). Bosser -- encore vert. Poussé dans un moule et devenu autre créature. Seul le bosser est en mahloket : R. Akiva contre les Sages. Pourquoi la Guemara cite-t-elle cette baraita ici ? Pour répondre à Rava : si saroua'h désignait une pourriture interne sous une écorce intacte, le cas du cédrat liquéfié serait déjà tranché -- et il serait passoul. La réponse du segment suivant ruine la preuve Idi ve-idi mi-bahoutz : les deux mots visent l'extérieur. Tafouah = gonflé sans pourrir ; saroua'h = pourri sans gonfler. Rien ne se dit sur ce qui se passe sous l'écorce.
Les onze cas de la baraita, regroupés par motif, et la raison de sa citation ici.
6
קָתָנֵי מִיהַת תָּפוּחַ סָרוּחַ, מַאי לַָאו: תָּפוּחַ מִבַּחוּץ, וְסָרוּחַ מִבִּפְנִים! לֹא, אִידִי וְאִידִי מִבַּחוּץ, וְלָא קַשְׁיָא: הָא דִּתְפַח אַף עַל גַּב דְּלָא סְרַח, הָא דִּסְרַח אַף עַל גַּב דְּלָא תְּפַח.

En tout cas la baraita enseigne bien tafouah saroua'h : n'est-ce pas dire tafouah à l'extérieur et saroua'h à l'intérieur ? Non : l'un et l'autre visent l'extérieur, et il n'y a pas de difficulté -- l'un vise le cas où il a gonflé bien qu'il n'ait pas pourri, l'autre le cas où il a pourri bien qu'il n'ait pas gonflé.

📜 Rachi (3)
מַאי לָאו תָּפוּחַ מִבַּחוּץ שֶׁנִּפְחַת וְנִרְקַב מִבַּחוּץ:
N'est-ce pas tafouah à l'extérieur -- qu'il a gonflé et pourri à l'extérieur.
סָרוּחַ מִבִּפְנִים וּקְלִיפָּתוֹ קַייֶּמֶת כְּמִין רֵיאָה שֶׁנִּשְׁפְּכָה כְּקִיתוֹן:
Saroua'h à l'intérieur -- son écorce restant intacte, à la manière du poumon qui s'est répandu comme une cruche.
לֹא תָּפַח אע"ג דְּלָא סָרַח סָרַח אע"ג דְּלָא תָּפַח תָּפַח אינפל"ה בְּלַעַ"ז כְּגוֹן שֶׁנָּפְלוּ גְּשָׁמִים בְּתָלוּשׁ וְתָפַח סָרַח נִרְקַב ל"א תָּפַח נִרְקַב סָרַח רֵיחוֹ רַע מֵחֲמַת תּוֹלָעִים שֶׁאֲכָלוּהוּ:
Non : il a gonflé bien qu'il n'ait pas pourri, il a pourri bien qu'il n'ait pas gonflé -- tafah : enflé en langue vernaculaire, par exemple lorsque des pluies sont tombées sur le fruit déjà cueilli et qu'il a gonflé ; sarah : il a pourri. Autre explication : tafah, il a pourri ; sarah, son odeur est mauvaise à cause des vers qui l'ont rongé.
💡 Explication

La preuve reposait sur une lecture précise : tafouah vaudrait pour le dehors et saroua'h pour le dedans. Rachi montre bien ce que cette lecture aurait donné -- saroua'h désignerait alors exactement le cas de Rava, une écorce intacte sur une chair dissoute, ke-min réa che-nichpekha ke-kiton.

La Guemara refuse : idi ve-idi mi-bahoutz, l'un et l'autre visent l'extérieur. Les deux mots ne décrivent pas deux localisations mais deux altérations indépendantes, et la baraita les mentionne toutes deux parce qu'aucune n'implique l'autre : on peut gonfler sans pourrir, et pourrir sans gonfler.

Conséquence : la baraita ne dit rien de ce qui se passe sous une écorce intacte, et la question de Rava sort du folio sans réponse. C'est un résultat en soi -- la sougya a sérieusement testé une preuve et l'a rejetée, plutôt que de la faire tenir de force. La suite du daf quitte le sujet pour revenir aux autres mots de la même baraita.

7
אָמַר מַר: אֶתְרוֹג כּוּשִׁי — פָּסוּל. וְהַתַּנְיָא: כּוּשִׁי כָּשֵׁר, דּוֹמֶה לְכוּשִׁי — פָּסוּל! אָמַר אַבַּיֵּי: כִּי תְּנַן נָמֵי מַתְנִיתִין, דּוֹמֶה לְכוּשִׁי תְּנַן. רָבָא אָמַר: לָא קַשְׁיָא הָא לַן, וְהָא לְהוּ.

Le Maître a dit : un cédrat kouchi -- passoul. Mais n'a-t-on pas enseigné dans une autre baraita : un kouchi est kacher, et ce qui ressemble à un kouchi est passoul !

Abaye a dit : lorsque nous avons enseigné notre michna aussi, c'est de ce qui ressemble à un kouchi que nous avons parlé. Rava a dit : il n'y a pas de difficulté -- ceci vaut pour nous, cela vaut pour eux.

📜 Rachi (3)
דּוֹמֶה לְכוּשִׁי שֶׁגָּדֵל כָּאן וַהֲרֵי הוּא שָׁחוֹר:
Ce qui ressemble à un kouchi -- celui qui a poussé ici et se trouve être noir.
פָּסוּל שֶׁנִּדְמֶה הוּא קונטרפא"ט בְּלַעַ"ז אֲבָל כּוּשִׁי עַצְמוֹ הַיְינוּ טַעַם דְּכָשֵׁר דְּאוֹרְחֵיהּ הוּא:
Passoul -- car c'est un nidmeh (un fruit qui a pris l'apparence d'autre chose), contrefait en langue vernaculaire. Mais le kouchi lui-même est kacher, et la raison en est que telle est sa nature.
הָא לַן וְהָא לְהוּ לְעוֹלָם מַתְנֵי' כּוּשִׁי נָמֵי פְּסִיל וְלָא קַשְׁיָא מַתְנִיתִין לִבְנֵי אֶרֶץ יִשְׂרָאֵל שֶׁרְחוֹקִין מֵאֶרֶץ כּוּשׁ וְאֵינָם רְגִילִים בָּהֶם בָּרַיְיתָא לִבְנֵי בָּבֶל שֶׁקְּרוֹבִים לְכוּשׁ וּרְגִילִין בָּהֶם וּמִכָּל מָקוֹם בְּגָדֵל כָּאן וְדוֹמֶה לְכוּשִׁי נִדְמֶה הוּא וּפָסוּל:
Ceci pour nous, cela pour eux -- en vérité la michna invalide bien le kouchi lui-même, et il n'y a pas de difficulté : la michna vise les gens d'Erets Israël, qui sont éloignés du pays de Kouch et n'y sont pas habitués ; la baraita vise les gens de Bavel, qui en sont proches et y sont habitués. Et dans tous les cas, celui qui pousse ici et ressemble à un kouchi est un nidmeh, et il est passoul.
⚖️ Rosh (1)
תַּנְיָא אֶתְרוֹג תָּפוּחַ סָרוּחַ כָּבוּשׁ שָׁלוּק כּוּשִׁי לָבָן מְנֻומָּר פָּסוּל אֶתְרוֹג כַּדּוּר פָּסוּל וי"א אַף הַתְּיוֹם אֶתְרוֹג הַבֹּוסֶר רַבִּי עֲקִיבָא פּוֹסֵל וַחֲכָמִים מַכְשִׁירִין כּוּשִׁי וְלָבָן אִם הֵם בְּמָקוֹם אֶחָד בְּרֻובּוֹ שֶׁל אֶתְרוֹג כְּמוֹ חֲזָזִית וְאִם הוּא בִּשְׁנַיִם וּשְׁלֹשָׁה מְקוֹמוֹת הַיְינוּ מְנֻומָּר. גִּדְּלוֹ בִּדְפוּס וַעֲשָׂאוֹ כְּמִין בְּרִיָּה אַחֶרֶת פָּסוּל אֲבָל כִּבְרִיָּיתוֹ אֲפִילּוּ עַבְדֵיהּ דְּפִי דְּפִי כָּשֵׁר. כּוּשִׁי פָּסוּל וְהָתַנְיָא כּוּשִׁי כָּשֵׁר דּוֹמֶה לְכוּשִׁי פָּסוּל לָא קַשְׁיָא הָא לַן וְהָא לְהוּ בְּנֵי א"י הָרְחוֹקִים מֵאֶרֶץ כּוּשׁ כּוּשִׁי פָּסוּל לָהֶם לְפִי שֶׁאֵינָם רְגִילִין בְּהוּ אֲבָל בְּנֵי בָּבֶל הַקְּרוֹבִים לְכוּשׁ וּרְגִילִין בָּהֶם כּוּשִׁי כָּשֵׁר אֲבָל אֶתְרוֹג הַגָּדֵל בְּבָבֶל וְדוֹמֶה לְכוּשִׁי פָּסוּל דְּנִדְמֶה הוּא:
Il a été enseigné : un cédrat tafouah, saroua'h, macéré, bouilli, kouchi, blanc, tacheté -- passoul ; un cédrat en forme de balle -- passoul, et certains disent le jumeau aussi ; le cédrat bosser -- Rabbi Akiva l'invalide et les Sages le déclarent kacher. Le noir et le blanc : s'ils occupent un seul endroit sur la plus grande partie du cédrat, c'est comme le hazazit ; et s'ils occupent deux ou trois endroits, c'est le menoumar. S'il l'a fait pousser dans un moule et lui a donné l'aspect d'une autre créature -- passoul ; mais s'il a gardé sa forme naturelle, même s'il l'a fait pousser côtelé, il est kacher. Le kouchi est passoul -- mais n'a-t-on pas enseigné : le kouchi est kacher, ce qui ressemble à un kouchi est passoul ! Pas de difficulté : ceci pour nous, cela pour eux. Les gens d'Erets Israël, éloignés du pays de Kouch, tiennent le kouchi pour passoul, parce qu'ils n'y sont pas habitués ; mais les gens de Bavel, proches de Kouch et habitués à de tels fruits, le tiennent pour kacher. En revanche, un cédrat qui pousse à Bavel et ressemble à un kouchi est passoul, car il est un nidmeh.
💡 Explication

La Guemara revient sur un mot de la baraita et bute sur une contradiction frontale : ici le kouchi est passoul, ailleurs il est déclaré kacher et c'est seulement ce qui lui ressemble qui est passoul. Deux amoraim proposent deux sorties de nature très différente.

Abaye corrige la lecture du texte : la michna n'a jamais parlé du vrai kouchi, elle disait kouchi pour domeh le-kouchi. La loi redevient unique et universelle : le cédrat noir originaire de Kouch est toujours kacher, celui qui a poussé ailleurs et a noirci est toujours passoul. Rachi donne le mot du problème -- nidmeh, un fruit qui a pris l'apparence d'une autre espèce.

Rava conserve les deux textes et les répartit : ha lan ve-ha lehou, ceci pour nous, cela pour eux. Rachi et le Roch précisent la répartition : la source qui invalide vise Erets Israël, loin de Kouch et peu accoutumée à ces fruits, celle qui valide vise Bavel, qui en a l'habitude. Ce qui invalide n'est donc pas la couleur en elle-même, mais l écart avec la normalité locale -- un critère qui peut varier d'un lieu à l'autre.

🖼️ Schéma
Le cédrat kouchi : deux baraitot opposées, deux façons de les concilier Baraita A : kouchi passoul. Baraita B : kouchi kacher, ce qui lui ressemble est passoul. Abaye -- on corrige la lecture du texte La michna ne visait jamais un vrai kouchi. Quand elle dit kouchi, elle veut dire domeh le-kouchi -- ce qui lui ressemble. Une seule loi pour tout le monde : le vrai kouchi est toujours kacher, l'imitateur est toujours passoul. Rava -- on garde les deux textes tels quels Ha lan ve-ha lehou : chaque baraita vaut pour un public différent. Selon Rachi et le Roch : la michna qui invalide vise Erets Israël, loin de Kouch ; celle qui valide vise Bavel, qui en a l'habitude et ne s'en étonne pas. Ce qui invalide n'est pas la couleur, mais l'écart Rachi donne le mot décisif : nidmeh, un fruit qui a pris l'apparence d'une autre espèce. Un cédrat noir venu de Kouch est dans sa nature -- ourheh hou. Un cédrat noir poussé ici ne l'est pas. Pour Rava, ce seuil de normalité dépend même du lieu où l'on se tient. Nafka mina entre Abaye et Rava Pour Abaye, un vrai cédrat de Kouch est kacher partout, y compris en Erets Israël. Pour Rava tel que le lit Rachi, ce même fruit serait passoul là où nul n'y est habitué.
Deux résolutions de la contradiction sur le kouchi, et la nafka mina qui les sépare.
8
אֶתְרוֹג הַבֹּוסֶר — רַבִּי עֲקִיבָא פּוֹסֵל וַחֲכָמִים מַכְשִׁירִין. אָמַר רַבָּה: רַבִּי עֲקִיבָא וְרַבִּי שִׁמְעוֹן אָמְרוּ דָּבָר אֶחָד. רַבִּי עֲקִיבָא — הָא דַּאֲמָרָן. רַבִּי שִׁמְעוֹן מַאי הִיא — (דְּתַנְיָא:) רַבִּי שִׁמְעוֹן פּוֹטֵר אֶת הָאֶתְרוֹגִים בְּקָוטְנָן.

Le cédrat bosser -- Rabbi Akiva l'invalide et les Sages le déclarent kacher. Rabba a dit : Rabbi Akiva et Rabbi Chimon ont dit une seule et même chose.

Rabbi Akiva -- c'est ce que nous venons de dire. Rabbi Chimon, qu'est-ce donc ?

Comme il a été enseigné : Rabbi Chimon exempte les cédrats [du maasser] tant qu'ils sont petits.

📜 Rachi (2)
רַבִּי עֲקִיבָא דְּאָמַר דְּעַד גְּמַר בִּישּׁוּלֵיהּ לָא הָוֵי אֶתְרוֹג פְּרִי וְרַבִּי שִׁמְעוֹן אָמְרוּ דָּבָר אֶחָד:
Rabbi Akiva -- qui dit que tant qu'il n'a pas achevé sa maturation le cédrat n'est pas un fruit -- et Rabbi Chimon ont dit une seule et même chose.
פּוֹטֵר אֶת הָאֶתְרוֹגִים בְּקָוטְנָן מִן הַמַּעַשְׂרוֹת:
Il exempte les cédrats tant qu'ils sont petits -- des maasserot (les dîmes).
💡 Explication

Reste le dernier mot en litige de la baraita : le bosser, le cédrat encore vert. Rabbi Akiva l'invalide, les Sages le déclarent kacher. Rabba propose alors un rapprochement de type classique : amrou davar ehad, deux maîtres qui, dans deux domaines sans rapport, défendent en réalité la même thèse.

L'autre maître est Rabbi Chimon, sur un sujet entièrement différent : le maasser. Il exempte les cédrats de la dîme be-kotnan, tant qu'ils sont petits. Or l'obligation de dîme ne pèse que sur un fruit. Rabba en déduit une thèse commune : un cédrat non mûr n'est pas encore un fruit, ni pour la mitsva ni pour la dîme.

Ce type de rapprochement a un enjeu réel : il permettrait de savoir, sur des questions non tranchées, de quel côté se rangerait chacun des deux maîtres. C'est précisément ce que l'objection d'Abaye va empêcher.

9
אָמַר לֵיהּ אַבַּיֵּי: דִּלְמָא לָא הִיא, עַד כָּאן לָא קָאָמַר רַבִּי עֲקִיבָא הָכָא, דְּבָעֵינַן ״הָדַר״ וְלֵיכָּא, אֲבָל הָתָם — כְּרַבָּנָן סְבִירָא לֵיהּ.

Abaye lui dit : peut-être n'en est-il pas ainsi. Rabbi Akiva n'a dit son avis qu'ici, parce que nous exigeons hadar (la beauté) et qu'elle fait défaut ; mais là-bas [pour la dîme], il pense peut-être comme les Sages.

📜 Rachi (1)
כְּרַבָּנָן סְבִירָא לֵיהּ דְּחַייָּבִין בְּמַעֲשֵׂר דִּפְרִי הוּא הוֹאִיל וּתְחִילָּתָן וְסוֹפָן אֹוכֶל:
Il pense comme les Sages -- qui les tiennent pour soumis au maasser, puisque c'est un fruit, du fait que du début à la fin il est comestible.
💡 Explication

Abaye brise le rapprochement par le premier bout. Rabbi Akiva peut invalider le bosser sans soutenir du tout qu'il n'est pas un fruit : il lui suffit d'une exigence propre à la mitsva, celle de hadar. Un fruit vert peut être parfaitement un fruit et manquer néanmoins de la beauté que le verset requiert.

Sur le terrain de la dîme, où hadar n'a aucune place, Rabbi Akiva suivrait donc les Sages. Rachi donne leur critère, tiré de Maasserot : est soumis à la dîme ce qui est comestible du début à la fin -- un cédrat vert se mange déjà, même s'il gagnera encore à mûrir.

La forme de l'objection mérite d'être notée : Abaye ne réfute rien, il dit dilma lo hi, peut-être n'en est-il pas ainsi. Il suffit d'exhiber un motif local plausible pour qu'un rapprochement fondé sur un principe général perde sa force.

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אִי נָמֵי, עַד כָּאן לָא קָאָמַר רַבִּי שִׁמְעוֹן הָתָם, אֶלָּא דִּכְתִיב: ״עַשֵּׂר תְּעַשֵּׂר אֵת כָּל תְּבוּאַת זַרְעֶךָ״, כְּדֶרֶךְ שֶׁבְּנֵי אָדָם מוֹצִיאִין לִזְרִיעָה. אֲבָל הָכָא, כְּרַבָּנָן סְבִירָא לֵיהּ.

Ou bien : Rabbi Chimon n'a dit son avis là-bas que parce qu'il est écrit asser te asser et kol tevouat zarekha (tu prélèveras la dîme de tout le produit de ta semence) -- de la manière dont les gens sortent [le grain] pour semer. Mais ici, il pense peut-être comme les Sages.

📜 Rachi (1)
שֶׁבְּנֵי אָדָם מוֹצִיאִין לִזְרִיעָה פְּרִי הֶעָשׂוּי לִצְמֹוחַ וְלָא מַשְׁכַּחַת לָהּ אֶלָּא בְּבָשַׁל כָּל צָורְכּוֹ וְהָא דִּנְקַט אֶתְרוֹגִין מִשּׁוּם דְּלָא פְּלוּג רַבָּנָן בְּנֵי פְּלֻוגְתַּייְהוּ לְחַיּוֹבֵי בְּקָוטְנָן אֶלָּא אֶתְרוֹגִין וְתַפּוּחִין דְּקָסָבְרִי תְּחִילָּתָן וְסוֹפָן אֹוכֶל הוּא כְּדִתְנַן לָהּ פ"ק דְּמַסֶּכֶת מַעַשְׂרוֹת כֹּל שֶׁתְּחִילָּתוֹ וְסוֹפוֹ אֹוכֶל אע"פ שֶׁשּׁוֹמְרוֹ בִּמְחֻובָּר לְהוֹסִיף אֹוכֶל חַייָּב בֵּין גָּדוֹל בֵּין קָטָן וְכָל שֶׁאֵין תְּחִילָּתוֹ אֹוכֶל וְסוֹפוֹ אֹוכֶל אֵינוֹ חַייָּב עַד שֶׁיַּעֲשֶׂה אֹוכֶל כו' הָאֶתְרוֹגִים וְהַתַּפּוּחִים חַייָּבִין בֵּין גְּדוֹלִים בֵּין קְטַנִּים וּפְלִיג ר' שִׁמְעוֹן עֲלַייְהוּ בָּאֶתְרוֹגִים וּמוֹדֵי בְּתַפּוּחִים דְּקָסָבַר כְּדֶרֶךְ שֶׁבְּנֵי אָדָם מוֹצִיאִין לִזְרִיעָה וְאֶתְרוֹגִים קְטַנִּים שֶׁנּוֹטְעָם אֵינָם צוֹמְחִין אֲבָל תַּפּוּחִין קִים לֵיהּ דְּאַף עַל פִּי שֶׁלֹּא בִּישְּׁלוּ כָּל צָורְכָן צוֹמְחִין וּבִקְטַנֵּי קְטַנִּים אֲפִילּוּ בְּתַפּוּחִין וַדַּאי פְּלִיגִי הוֹאִיל וְטַעֲמָא מִשּׁוּם מוֹצִיאִין לִזְרִיעָה הוּא:
De la manière dont les gens sortent [le grain] pour semer -- un fruit capable de germer, ce qui ne se trouve que lorsqu'il est complètement mûr. Et s'il a mentionné les cédrats, c'est parce que les Sages qui le contredisent n'ont déclaré soumis [au maasser] dans leur petitesse que les cédrats et les pommes, tenant qu'ils sont comestibles du début à la fin, comme on l'enseigne au premier chapitre du traité Maasserot : tout ce qui est comestible à son début et à sa fin, même si on le laisse sur l'arbre pour qu'il grossisse, y est soumis, grand ou petit ; et tout ce qui n'est pas comestible à son début mais l'est à sa fin n'y est soumis que lorsqu'il devient comestible, etc. Les cédrats et les pommes y sont soumis, grands ou petits. Rabbi Chimon les contredit pour les cédrats et leur concède pour les pommes, car il retient le critère de la manière dont les gens sortent [le grain] pour semer : les petits cédrats, si on les plante, ne poussent pas, tandis que pour les pommes il tient pour établi que même sans être complètement mûres elles poussent. Et pour les fruits vraiment minuscules, même pour les pommes ils divergent certainement, puisque la raison tient à ce que l'on sort pour semer.
💡 Explication

Abaye brise maintenant le rapprochement par l'autre bout, avec une symétrie parfaite. Rabbi Chimon n'exempte peut-être les petits cédrats de la dîme que pour une raison textuelle et locale : le verset dit kol tevouat zarekha, tout le produit de ta semence, ce qui vise ce que les gens sortent effectivement pour semer.

Le critère n'est donc pas la maturité en tant que telle, mais la capacité à germer. Rachi montre que c'est exactement ce qui permet à Rabbi Chimon de traiter différemment deux fruits que les Sages traitaient ensemble : un petit cédrat planté ne pousse pas, une petite pomme si. Il diverge donc pour les cédrats et concède pour les pommes.

Les deux objections d'Abaye ont la même structure : chaque maître a, dans son propre domaine, un motif qui n'a pas cours dans l'autre -- hadar pour la mitsva, la semence pour la dîme. Le folio se termine ainsi sur une leçon de méthode : deux positions qui coïncident dans leurs conclusions ne coïncident pas nécessairement dans leurs raisons.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).