Sougya : Le folio ferme la liste des cédrats invalides et ouvre une michna nouvelle sur le lien du bouquet. Rava commence par restreindre l'invalidation du cédrat moulé : ce n'est pas le moule qui condamne, mais le changement d'espèce apparente -- un fruit simplement cannelé reste kacher.
Vient ensuite la sougya centrale du cédrat percé par des souris, où Rav le déclare non hadar tandis que Rabbi Hanina entamait le sien et s'en acquittait : la Guemara dégage la clé qui commande tout le chapitre -- le premier jour de fête, la Torah exige une lekiha tama, une prise entière, tandis que les jours suivants, d'institution rabbinique, ne l'exigent plus ; Rav, qui avait parlé de hadar et non de manque, doit se sauver autrement, par le dégoût que laissent les souris, avant qu'une seconde version ne lui prête exactement la position inverse. Le folio note encore que le couple de mesures noix / œuf sépare les mêmes maîtres à propos des pierres portées aux cabinets le Chabbat, et que le cédrat géant de Rabbi Akiva n'est pas la preuve que Rabbi Yossi y voyait.
La michna suivante oppose Rabbi Yehuda, qui n'admet pour lier que l'espèce elle-même, à Rabbi Meir, qui accepte une simple cordelette ; Rava fournit le motif -- loulav tsarikh aguid, le lien fait partie de la mitsva, donc une matière étrangère ferait cinq espèces et tomberait sous bal tossif -- puis prouve que le siv et la souche du palmier sont bien du palmier par la baraita où Rabbi Yehuda restreint aussi le toit de la soukka aux quatre espèces. Le daf se termine sur la réfutation formelle de son kal va-homer : un raisonnement qui commence en rigueur et finit en indulgence n'est pas un raisonnement.
Et il n'y a rien de plus à dire.
Le folio s'ouvre sur la formule de clôture ve-tou lo midi, littéralement et rien de plus. Elle solde la discussion du folio précédent, où Rabba avait rapproché Rabbi Akiva -- qui invalide le cédrat bosser, encore vert -- de Rabbi Chimon, qui exempte les jeunes cédrats du maasser. Abaye avait montré par deux fois que chacun pouvait avoir un motif propre, local, sans partager la thèse de l'autre.
La formule ne dit pas qui a raison : elle dit que le rapprochement ne tient pas, et qu'il n'y a plus rien à en tirer. C'est une clause de méthode -- la Guemara ferme une piste avant d'en ouvrir une autre.
S'il l'a fait pousser dans un moule et lui a donné l'aspect d'une autre espèce -- passoul (invalide). Rava a dit : on n'a enseigné cela que lorsqu'il a l'aspect d'une autre espèce ; mais s'il garde son aspect propre -- kacher.
Cela va de soi ! C'est bien ce qui a été enseigné : comme une autre espèce !
Non, [le propos de Rava] était nécessaire pour le cas où on l'a façonné en cannelures, comme des planches accolées.
La baraita invalide le cédrat qu'on a fait grandir dans un moule pour lui donner l'aspect d'une autre créature. Rava lit la formule au plus près : ce qui invalide n'est pas le moule, c'est le résultat. Un fruit moulé mais resté reconnaissable comme cédrat -- ke-veriyato, selon son aspect propre -- demeure kacher.
La Guemara objecte que cette précision est superflue : la baraita disait déjà comme une autre espèce, donc a contrario un fruit qui garde son espèce est valide. La réponse déplace le cas limite : Rava vise le cédrat dapei dapei, moulé en cannelures. Sa surface n'est plus celle d'un cédrat ordinaire ; on aurait pu croire que cette déformation suffit. Rava tranche que non.
Le principe dégagé vaut au-delà : une intervention humaine sur la forme ne fait pas sortir le fruit de son espèce. Seule une métamorphose de l'apparence au point de changer d'identité invalide.
Il a été dit : un cédrat que des souris ont percé -- Rav a dit : ce n'est pas hadar (beau). Est-ce ainsi ?
Mais Rabbi Hanina y trempait [sa nourriture, en mangeant une partie du fruit] et s'en acquittait ! Et pour Rabbi Hanina, notre michna fait difficulté !
Nouvelle sougya, introduite par itmar -- il a été dit -- qui signale un enseignement d'Amoraim. Un cédrat percé par des souris : Rav le déclare non hadar. Noter le mot : Rav ne dit pas que le fruit est haser, amoindri, mais qu'il n'est plus beau. Ce choix de vocabulaire va commander toute la suite, car les deux disqualifications n'ont pas le même régime dans le temps.
Contre lui, la conduite de Rabbi Hanina : il entamait son cédrat au cours du repas -- matbil, il y trempait, selon la manière de manger de l'époque, précise Rachi -- et s'acquittait ensuite avec ce qui restait. Un fruit entamé était donc utilisable à ses yeux.
Mais alors la michna, qui déclare passoul le cédrat haser kol chehou, amoindri de quoi que ce soit, fait difficulté contre Rabbi Hanina lui-même. Deux fronts sont ouverts en même temps : c'est la structure à résoudre dans le segment suivant.
Certes, pour Rabbi Hanina la michna ne fait pas difficulté : ici, il s'agit du premier jour de fête ; la, du second jour de fête. Mais pour Rav, cela fait difficulté !
Rav peut te répondre : les souris, c'est autre chose, car elles sont répugnantes.
La résolution repose sur une distinction de régime des jours. Le premier jour de Soukkot, la prise des quatre espèces est une obligation de la Torah, et le verset ou-lekahtem impose une lekiha tama, une prise entière : le moindre manque invalide. Les jours suivants, l'obligation est d'institution rabbinique, en souvenir du Temple, et cette exigence d'intégralité ne s'applique plus. La michna parle du premier jour, Rabbi Hanina agissait le second.
Mais cette clé ne sauve pas Rav, et c'est ici que le choix de son vocabulaire se paie. Rav n'avait pas invoqué haser, il avait invoqué hadar -- et hadar, explique Rachi, vaut tous les jours, parce qu'on prononce une bénédiction sur la mitsva et qu'une mitsva sur laquelle on mentionne le Nom du Ciel doit être belle. C'est déjà pourquoi le loulav sec est passoul tous les jours.
Rav se dégage par une autre voie : chani akhbarei de-meissi -- les souris sont différentes, parce qu'elles sont répugnantes. La distinction n'est plus quantitative mais qualitative : un fruit entamé par un homme reste un beau fruit diminué ; un fruit rongé par des souris est un fruit souillé. Le critère de hadar est ainsi rapporté au dégoût, non au volume manquant.
Certains rapportent ainsi : Rav a dit : cela est hadar, puisque Rabbi Hanina y trempait et s'en acquittait. Et pour Rabbi Hanina, la michna fait difficulté !
Pas de difficulté : ici, le premier jour de fête ; la, le second jour de fête.
La Guemara rapporte une seconde tradition -- ikka de-amrei, certains disent -- qui inverse exactement le propos de Rav. Loin d'invalider le fruit rongé, Rav le déclarait hadar, et prenait appui sur la conduite de Rabbi Hanina comme sur une preuve.
Dans cette version, une seule difficulté subsiste, celle de la michna contre Rabbi Hanina, et elle se résout par la même clé : premier jour de fête contre jours suivants. Le renversement n'est pas anecdotique -- il change la pratique. Selon la première version, un cédrat rongé est écarté tous les jours ; selon la seconde, il redevient utilisable dès le second jour.
Un cédrat petit, etc. Rafram bar Papa a dit : telle est la controverse ici, telle est la controverse à propos des pierres arrondies.
Car il a été enseigné : le Chabbat, il est permis de porter trois pierres arrondies dans les cabinets. Et quelle est leur mesure ?
Rabbi Meir dit : comme une noix. Rabbi Yehuda dit : comme un œuf.
La Guemara reprend la michna sur la taille minimale du cédrat -- une noix pour Rabbi Meir, un œuf pour Rabbi Yehuda -- et Rafram bar Papa signale que le même couple de mesures sépare les mêmes maîtres dans un domaine totalement étranger : la taille des pierres qu'on peut porter aux cabinets le Chabbat.
L'intérêt n'est pas conceptuel. Les deux débats n'ont aucun principe commun : ici il s'agit de savoir à partir de quelle taille un fruit compte comme fruit, là de savoir quelle pierre sert effectivement à se nettoyer. Ce que Rafram propose est un siman, un appui de mémoire -- deux mahlokot qui se superposent numériquement et se retiennent ensemble.
La baraita citée est elle-même remarquable : déplacer des pierres le Chabbat relève du mouktse, mais on l'a permis au nom de kevod ha-beriyot, la dignité des créatures, principe qui écarte un interdit d'ordre rabbinique. Tossefot y consacre une longue discussion sur la nature du lieu -- champ ouvert ou pièce close -- et sur ce qui vaut pour des cabinets fixes.
Et pour un grand, de sorte qu'il puisse en tenir, etc. Il a été enseigné : Rabbi Yossi a dit : il est arrivé que Rabbi Akiva vint à la synagogue avec son cédrat sur l'épaule !
Rabbi Yehuda lui répondit : est-ce là une preuve ? Eux aussi lui ont dit : ce n'est pas hadar.
La michna limitait la taille maximale du cédrat : deux dans une seule main pour Rabbi Yehuda, un seul dans les deux mains pour Rabbi Yossi. La baraita apporte au soutien de Rabbi Yossi un maasse, un précédent : Rabbi Akiva venu à la synagogue avec un cédrat porté sur l'épaule. Un fait, chez un maître de cette stature, vaut argument.
Rabbi Yehuda démonte le précédent sans le nier : le fait est vrai, mais la scène ne se termine pas où Rabbi Yossi l'arrête. Les Sages présents ont bien dit à Rabbi Akiva ein ze hadar, ce n'est pas beau. Le précédent, lu jusqu'au bout, se retourne contre celui qui l'invoquait.
Rachi note une finesse : la position de Rabbi Yehuda ne repose pas elle-même sur hadar. Il argumente donc ad hominem -- même dans les termes de son contradicteur, la preuve ne tient pas.
MICHNA. On ne lie le loulav qu'avec son espèce, parole de Rabbi Yehuda.
Rabbi Meir dit : même avec (un fil) une cordelette. Rabbi Meir a dit : il est arrivé que les gens de Jérusalem liaient leurs loulavim avec des anneaux d'or.
Ils lui ont répondu : c'est avec son espèce qu'ils le liaient, en dessous.
Michna nouvelle. Le loulav est lié en bouquet avec le hadass et l'arava ; la question est de savoir avec quoi. Rabbi Yehuda impose be-mino, avec son espèce -- c'est-à-dire avec une matière issue des espèces elles-mêmes. Rabbi Meir permet n'importe quel lien, jusqu'à une simple ficelle.
Rabbi Meir argumente par un précédent, comme Rabbi Yossi au segment précédent : les gens de Jérusalem liaient leurs loulavim avec des guimoniyot, des anneaux d'or ouvragés. La réponse suit exactement la même technique que celle de Rabbi Yehuda plus haut -- on ne conteste pas le fait, on complète la scène : sous l'or, il y avait un lien fait de l'espèce elle-même. L'or ne liait pas, il décorait.
GUEMARA. Rava a dit : même avec du siv (la fibre qui pousse autour du palmier), même avec [un rejet de] la souche du palmier.
Et Rava a dit : quelle est la raison de Rabbi Yehuda ? Il tient que le loulav requiert un lien, et si l'on apporte une autre espèce, cela ferait cinq espèces.
Rava fait deux choses distinctes. D'abord il élargit la matière admise chez Rabbi Yehuda : le siv, cette bourre fibreuse qui enveloppe le tronc du dattier, et l ikkara de-dikla, un rejet de la souche pelé jusqu'à devenir souple. Ni l'un ni l'autre ne ressemble à une palme, et pourtant l'un et l'autre sont du palmier.
Ensuite il donne le motif de fond, qui explique pourquoi la matière du lien compte : loulav tsarikh aguid -- le loulav requiert un lien. Si le lien est requis par la mitsva, alors il n'est pas un simple accessoire technique : il entre dans l'objet de la mitsva. Et ce qui entre dans l'objet entre dans le compte des espèces.
D'où la conclusion : une matière étrangère porterait le bouquet à cinq espèces, et l'on tomberait sous bal tossif, l'interdit d'ajouter aux mitsvot. Rachi insiste sur le point décisif -- la position de Rabbi Yehuda n'a rien d'esthétique ; c'est une question d'arithmétique des espèces.
Et Rava a dit : d'où est-ce que je dis cela, que le siv et la souche du palmier sont de l'espèce du loulav ? De ce qu'il a été enseigné : ba-soukkot téchvou, vous demeurerez dans des soukkot -- une soukka faite de n'importe quoi, parole de Rabbi Meir.
Rabbi Yehuda dit : la soukka ne se pratique qu'avec les quatre espèces du loulav. Et le raisonnement le veut : si le loulav, qui ne se pratique pas la nuit comme le jour, ne se pratique qu'avec quatre espèces, la soukka, qui se pratique la nuit comme le jour, n'est-il pas juste qu'elle ne soit faite que des quatre espèces !
Rava doit encore prouver que le siv et la souche sont bien min de-loulav, de l'espèce du palmier, et non une matière quelconque. Sa preuve vient d'ailleurs : de la baraita sur le matériau de la soukka. Rabbi Yehuda y soutient que le toit ne peut être fait que des quatre espèces -- or on couvre couramment avec du siv. S'il ne proteste pas, c'est que le siv compte comme palmier.
La baraita elle-même présente une position isolée et forte. Rabbi Meir lit ba-soukkot téchvou sans restriction de matière ; Rabbi Yehuda restreint aux quatre espèces et l'appuie par un kal va-homer : le loulav, mitsva de jour seulement, est déjà limité à quatre espèces -- la soukka, qui vaut nuit et jour, doit l'être à plus forte raison.
Le raisonnement transporte une gravité d'un cas léger vers un cas lourd : c'est exactement la forme d'un kal va-homer. Le segment suivant montrera que la forme ne suffit pas.
Ils lui ont dit : tout raisonnement que tu conduis, dont le début est une rigueur et la fin une indulgence, n'est pas un raisonnement.
Les Sages ne répondent pas au contenu du kal va-homer : ils en refusent la forme d'effet. La règle énoncée est générale et vaut pour toute la logique talmudique : tout din dont le début est une rigueur et la fin une indulgence n'est pas un din.
Applique ici : Rabbi Yehuda part d'une rigueur -- restreindre le matériau du toit aux quatre espèces -- mais il aboutit à une facilité, car ces espèces couvrent mal et fournissent un toit moins consistant que les branchages ordinaires. Le raisonnement détruit en arrivant ce qu'il prétendait établir en partant.
Tossefot signale aussitôt que la règle n'est pas appliquée partout : sur l'élimination du hamets (Pessahim 27b), la halakha suit Rabbi Yehuda alors que le même reproche lui était fait. Sa réponse est que la halakha y repose sur un autre appui -- un ma matsinou tiré du notar -- et non sur le kal va-homer contesté. La règle tient donc ; c'est la base de la décision qui diffère.
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).