Sukkah 36b — Le cédrat entamé et le lien du loulav

Sukkah 36b

Sougya : Le folio ferme la liste des cédrats invalides et ouvre une michna nouvelle sur le lien du bouquet. Rava commence par restreindre l'invalidation du cédrat moulé : ce n'est pas le moule qui condamne, mais le changement d'espèce apparente -- un fruit simplement cannelé reste kacher.

Vient ensuite la sougya centrale du cédrat percé par des souris, où Rav le déclare non hadar tandis que Rabbi Hanina entamait le sien et s'en acquittait : la Guemara dégage la clé qui commande tout le chapitre -- le premier jour de fête, la Torah exige une lekiha tama, une prise entière, tandis que les jours suivants, d'institution rabbinique, ne l'exigent plus ; Rav, qui avait parlé de hadar et non de manque, doit se sauver autrement, par le dégoût que laissent les souris, avant qu'une seconde version ne lui prête exactement la position inverse. Le folio note encore que le couple de mesures noix / œuf sépare les mêmes maîtres à propos des pierres portées aux cabinets le Chabbat, et que le cédrat géant de Rabbi Akiva n'est pas la preuve que Rabbi Yossi y voyait.

La michna suivante oppose Rabbi Yehuda, qui n'admet pour lier que l'espèce elle-même, à Rabbi Meir, qui accepte une simple cordelette ; Rava fournit le motif -- loulav tsarikh aguid, le lien fait partie de la mitsva, donc une matière étrangère ferait cinq espèces et tomberait sous bal tossif -- puis prouve que le siv et la souche du palmier sont bien du palmier par la baraita où Rabbi Yehuda restreint aussi le toit de la soukka aux quatre espèces. Le daf se termine sur la réfutation formelle de son kal va-homer : un raisonnement qui commence en rigueur et finit en indulgence n'est pas un raisonnement.

Le fil du folio : la fin du cédrat, puis le lien du loulav Le daf ferme la liste des cédrats invalides, puis ouvre une michna nouvelle sur l'aguid. Mouvement 1 (seg. 0-1) -- le cédrat moulé Fin de la discussion précédente : rien de plus à dire, R. Akiva et R. Chimon ne coïncident pas. La baraita : fait pousser dans un moule et rendu semblable à une autre espèce -- passoul. Rava restreint : seulement si l'aspect a changé d'espèce ; garde son aspect propre -- kacher. Objection : c'est évident, la baraita dit déjà kemin beriya aheret, comme une autre espèce. Réponse : le cas utile est dapei dapei -- moulé en cannelures, comme des planches accolées. Un cédrat rainuré reste un cédrat : la forme a été travaillée, l'espèce n'a pas bougé. Mouvement 2 (seg. 2-6) -- le cédrat entamé, et la taille du fruit Un cédrat percé par des souris : Rav dit que ce n'est pas hadar. Mais R. Hanina mangeait le sien. Deux difficultés croisées : la michna contre R. Hanina, la conduite de R. Hanina contre Rav. Clé de partage : premier jour, lekiha tama exigée par la Torah -- jours suivants, exigence allégée. Rav garde sa rigueur autrement : les souris, c'est autre chose -- elles sont répugnantes, meissi. Ikka de-amrei : une seconde version renverse le propos de Rav -- il déclarait le fruit hadar. Puis la taille : R. Meir une noix, R. Yehuda un œuf ; même couple de mesures que les pierres du Chabbat. Et le cédrat géant de R. Akiva, porté sur l'épaule : R. Yehuda répond que cela non plus n'est pas hadar. Mouvement 3 (seg. 7-10) -- michna nouvelle : avec quoi lie-t-on le loulav ? R. Yehuda : seulement avec son espèce. R. Meir : même une cordelette. Les anneaux d'or de Jérusalem. Rava élargit la matière permise : siv (fibre du palmier) et ikkara de-dikla (rejet de la souche). Motif de R. Yehuda : loulav tsarikh aguid -- le lien fait partie de la mitsva, donc il compte. Une autre espèce dans le lien ferait cinq espèces : transgression de bal tossif. Preuve que siv et souche sont bien du palmier : la baraita sur le matériau de la soukka. R. Yehuda y soutient par kal va-homer que la soukka aussi n'admet que les quatre espèces. Les Sages refusent la forme même du raisonnement : commence en rigueur, finit en indulgence. Le folio se ferme sur cette règle de méthode, avant que la suite ne reprenne l'argument.
Vue d ensemble du folio : la fin de la liste des cédrats, puis la michna du lien.
Le cédrat entamé : deux exigences, deux régimes de jours Toute la sougya tient à une distinction : ce que la Torah exige le premier jour, et ce qui vaut ensuite. Premier jour de fête (Torah) Deuxième jour et suivants (rabbinique) Lekiha tama -- prise entière Verset ou-lekahtem : le fruit doit être pris complet. Amoindri de quoi que ce soit -- passoul. C'est la michna : haser kol chehou passoul. Lekiha tama non exigée Un fruit entamé reste utilisable. R. Hanina en mangeait une part et s'acquittait. La michna ne vise donc pas ces jours-là. Hadar -- beauté du fruit Exigée, comme toute qualité du fruit. Le sec est passoul aussi ce jour-là. Pas de discussion sur ce point. Hadar -- toujours exigée (Rachi) Car on prononce le Nom du Ciel sur la mitsva. Donc le sec est passoul tous les jours. C'est ici que Rav coince R. Hanina. La difficulté de Rav, et sa sortie Rav ne dit pas haser, il dit hadar : donc son invalidation vaut aussi le second jour, où R. Hanina mangeait. La distinction premier jour / second jour ne le sauve pas -- il lui faut un autre partage. Réponse : chani akhbarei de-meissi -- les souris sont répugnantes ; leur morsure salit, elle n'amoindrit pas seulement. Un fruit que l'homme entame reste beau ; un fruit rongé par des souris cesse de l'être. La seconde version (ikka de-amrei) : Rav dit exactement l'inverse Rav : ze hadar -- ce fruit reste beau, et la preuve en est la conduite de R. Hanina. La seule difficulté qui subsiste est celle de la michna, résolue par premier jour / second jour. Nafka mina : selon la première version il faut écarter le fruit rongé ; selon la seconde il reste utilisable après le premier jour.
Le cédrat entamé : lekiha tama le premier jour, hadar tous les jours, et les deux versions de Rav.
Avec quoi lie-t-on le loulav ? La carte de la mahloket Le désaccord n'est pas esthétique : il porte sur le statut du lien lui-même. Rabbi Yehuda -- seulement avec son espèce Rabbi Meir -- même une cordelette Prémisse : loulav tsarikh aguid Le lien n'est pas un accessoire : il est requis par la mitsva, donc il en fait partie. Conséquence Ce qui lie entre dans le compte des espèces. Une matière étrangère ferait cinq espèces. Or la Torah en fixe quatre : bal tossif. Le motif n'est donc pas hadar, mais un compte. Prémisse : le lien reste extérieur Il tient le bouquet, il n'est pas la mitsva ; sa matière n'entre dans aucun compte. Conséquence Fil, cordelette, anneaux d'or : tout convient. Preuve invoquée : les gens de Jérusalem. Réponse des Sages : sous l'or, un lien de son espèce. La preuve tombe : l'or n'était que décoration. L'élargissement de Rava : ce qui compte comme du palmier Même avec le siv -- la fibre qui enveloppe le tronc du dattier -- et même avec un rejet de la souche. Ces deux matières ne ressemblent pas à une palme, mais elles sont du même min : elles ne font pas nombre. Preuve : R. Yehuda tient que la soukka ne se couvre que des quatre espèces -- or on y couvre avec du siv. Le lien peut donc être pauvre en apparence sans être étranger en espèce. Le kal va-homer de R. Yehuda, et sa réfutation formelle Si le loulav, qui ne vaut pas la nuit, exige quatre espèces -- la soukka, qui vaut nuit et jour, à plus forte raison. Réponse des Sages : le raisonnement commence en rigueur et finit en indulgence -- ein ze din. Rigueur au départ : restreindre le matériau du toit. Indulgence à l'arrivée : ces espèces sont peu couvrantes. Un kal va-homer doit rester du même signe d'un bout à l'autre ; sinon il se détruit lui-même.
La mahloket sur l aguid : le lien fait-il partie de la mitsva, et que peut-on y mettre ?
1
וְתוּ לָא מִידִּי.

Et il n'y a rien de plus à dire.

📜 Rachi (1)
וְתוּ לָא מִידִּי אֵין לָדוּן אַחַר דָּבָר זֶה דְּלָא סָבַר ר"ש כר"ע וְלֹא ר"ע סָבַר כְּר' שִׁמְעוֹן:
Il n'y a plus lieu de discuter sur ce point : Rabbi Chimon ne pense pas comme Rabbi Akiva, et Rabbi Akiva ne pense pas comme Rabbi Chimon.
💡 Explication

Le folio s'ouvre sur la formule de clôture ve-tou lo midi, littéralement et rien de plus. Elle solde la discussion du folio précédent, où Rabba avait rapproché Rabbi Akiva -- qui invalide le cédrat bosser, encore vert -- de Rabbi Chimon, qui exempte les jeunes cédrats du maasser. Abaye avait montré par deux fois que chacun pouvait avoir un motif propre, local, sans partager la thèse de l'autre.

La formule ne dit pas qui a raison : elle dit que le rapprochement ne tient pas, et qu'il n'y a plus rien à en tirer. C'est une clause de méthode -- la Guemara ferme une piste avant d'en ouvrir une autre.

2
גִּדְּלוֹ בִּדְפוּס וַעֲשָׂאוֹ כְּמִין בְּרִיָּה אַחֶרֶת — פָּסוּל. אָמַר רָבָא: לֹא שָׁנוּ אֶלָּא כְּמִין בְּרִיָּה אַחֶרֶת, אֲבָל כִּבְרִיָּיתוֹ — כָּשֵׁר. פְּשִׁיטָא! כְּמִין בְּרִיָּה אַחֶרֶת (תְּנַן)! לָא צְרִיכָא, דַּעֲבִידָא דְּפִי דְּפִי.

S'il l'a fait pousser dans un moule et lui a donné l'aspect d'une autre espèce -- passoul (invalide). Rava a dit : on n'a enseigné cela que lorsqu'il a l'aspect d'une autre espèce ; mais s'il garde son aspect propre -- kacher.

Cela va de soi ! C'est bien ce qui a été enseigné : comme une autre espèce !

Non, [le propos de Rava] était nécessaire pour le cas où on l'a façonné en cannelures, comme des planches accolées.

📜 Rachi (1)
דַּעֲבִידָא דְּפִי דְּפִי כְּמִין קְרָשִׁים קְרָשִׁים כְּעֵין גַּלְגַּל שֶׁל רֵחַייִם שֶׁל מַיִם וְרָבָא אַשְׁמְעִינַן דְּהוּא נָמֵי בְּרִיָּיתוֹ:
Façonné en cannelures -- comme une succession de planches, à la manière de la roue d'un moulin à eau. Et Rava nous apprend que cela aussi compte comme son aspect naturel.
⚖️ Rosh (1)
תַּנְיָא אֶתְרוֹג תָּפוּחַ סָרוּחַ כָּבוּשׁ שָׁלוּק כּוּשִׁי לָבָן מְנֻומָּר פָּסוּל אֶתְרוֹג כַּדּוּר פָּסוּל וי"א אַף הַתְּיוֹם אֶתְרוֹג הַבֹּוסֶר רַבִּי עֲקִיבָא פּוֹסֵל וַחֲכָמִים מַכְשִׁירִין כּוּשִׁי וְלָבָן אִם הֵם בְּמָקוֹם אֶחָד בְּרֻובּוֹ שֶׁל אֶתְרוֹג כְּמוֹ חֲזָזִית וְאִם הוּא בִּשְׁנַיִם וּשְׁלֹשָׁה מְקוֹמוֹת הַיְינוּ מְנֻומָּר. גִּדְּלוֹ בִּדְפוּס וַעֲשָׂאוֹ כְּמִין בְּרִיָּה אַחֶרֶת פָּסוּל אֲבָל כִּבְרִיָּיתוֹ אֲפִילּוּ עַבְדֵיהּ דְּפִי דְּפִי כָּשֵׁר. כּוּשִׁי פָּסוּל וְהָתַנְיָא כּוּשִׁי כָּשֵׁר דּוֹמֶה לְכוּשִׁי פָּסוּל לָא קַשְׁיָא הָא לַן וְהָא לְהוּ בְּנֵי א"י הָרְחוֹקִים מֵאֶרֶץ כּוּשׁ כּוּשִׁי פָּסוּל לָהֶם לְפִי שֶׁאֵינָם רְגִילִין בְּהוּ אֲבָל בְּנֵי בָּבֶל הַקְּרוֹבִים לְכוּשׁ וּרְגִילִין בָּהֶם כּוּשִׁי כָּשֵׁר אֲבָל אֶתְרוֹג הַגָּדֵל בְּבָבֶל וְדוֹמֶה לְכוּשִׁי פָּסוּל דְּנִדְמֶה הוּא:
Il a été enseigné : un cédrat tafouah (gonflé), saroua'h (pourri), macéré, bouilli, kouchi (noir), blanc, menoumar (tacheté) -- passoul. Un cédrat en forme de boule -- passoul ; et certains disent : le jumeau aussi. Le cédrat bosser (vert, non mûr) : Rabbi Akiva l'invalide et les Sages le déclarent kacher. Le kouchi et le blanc : s'ils sont en un seul endroit, [ils invalident] sur la plus grande partie du cédrat, comme le hazazit (la croûte) ; et s'ils sont en deux ou trois endroits, c'est précisément le menoumar. S'il l'a fait pousser dans un moule et lui a donné l'aspect d'une autre espèce -- passoul ; mais s'il garde son aspect propre, même s'il l'a façonné en cannelures, il est kacher. Le kouchi est passoul -- mais il a été enseigné : le kouchi est kacher, et celui qui ressemble au kouchi est passoul ! Pas de difficulté : ha lan ve-ha lehou, ceci pour nous et cela pour eux. Pour les gens de terre d'Israël, éloignés du pays de Kouch, le kouchi est passoul, parce qu'ils n'y sont pas habitués ; mais pour les gens de Babylonie, proches de Kouch et habitués à ces fruits, le kouchi est kacher. En revanche, un cédrat qui pousse en Babylonie et qui ressemble à un kouchi est passoul, car il est nidmeh -- il n'en a que l'apparence.
💡 Explication

La baraita invalide le cédrat qu'on a fait grandir dans un moule pour lui donner l'aspect d'une autre créature. Rava lit la formule au plus près : ce qui invalide n'est pas le moule, c'est le résultat. Un fruit moulé mais resté reconnaissable comme cédrat -- ke-veriyato, selon son aspect propre -- demeure kacher.

La Guemara objecte que cette précision est superflue : la baraita disait déjà comme une autre espèce, donc a contrario un fruit qui garde son espèce est valide. La réponse déplace le cas limite : Rava vise le cédrat dapei dapei, moulé en cannelures. Sa surface n'est plus celle d'un cédrat ordinaire ; on aurait pu croire que cette déformation suffit. Rava tranche que non.

Le principe dégagé vaut au-delà : une intervention humaine sur la forme ne fait pas sortir le fruit de son espèce. Seule une métamorphose de l'apparence au point de changer d'identité invalide.

🖼️ Schéma
Le cédrat moulé : où passe la limite ? La michna interdit le moule ; Rava montre que c'est le résultat, non le moule, qui décide. Ke-veriyato selon son aspect propre KACHER le moule n'a rien changé Dapei dapei cannelé, comme des planches KACHER (Rava) forme travaillée, espèce intacte Kemin beriya aheret semblable à une autre espèce PASSOUL l'œil n'y voit plus un cédrat
Le moule ne rend pas passoul par lui-même : ce qui décide, c'est l'espèce que l'œil reconnaît au bout.
3
אִיתְּמַר אֶתְרוֹג שֶׁנְּקָבוּהוּ עַכְבָּרִים, אָמַר רַב: אֵין זֶה הָדָר. אֵינִי? וְהָא רַבִּי חֲנִינָא מְטַבֵּיל בֵּהּ וְנָפֵיק בֵּהּ! וּלְרַבִּי חֲנִינָא קַשְׁיָא מַתְנִיתִין!

Il a été dit : un cédrat que des souris ont percé -- Rav a dit : ce n'est pas hadar (beau). Est-ce ainsi ?

Mais Rabbi Hanina y trempait [sa nourriture, en mangeant une partie du fruit] et s'en acquittait ! Et pour Rabbi Hanina, notre michna fait difficulté !

📜 Rachi (3)
וְהָא ר' חֲנִינָא מַטְבִּיל בָּהּ אוֹכֵל מִקְצָתוֹ:
Mais Rabbi Hanina y trempait -- il en mangeait une partie.
וְנָפֵיק וְיוֹצֵא יְדֵי חוֹבָתוֹ בַּנּוֹתָר וּמְבָרֵךְ עָלָיו וְהָא דִּנְקַט מַטְבִּיל שֶׁכָּל מַאֲכָלָם ע"י טִיבּוּל הָיָה כִּדְאָמַר בִּפְסָחִים (דַּף קז:) הַשַּׁמָּשׁ מַטְבִּיל בִּבְנֵי מֵעַיִים רַבִּי יִצְחָק מַטְבִּיל בְּיַרְקָא:
Et il s'en acquittait -- il s'acquittait de son obligation avec ce qui restait, et récitait la bénédiction dessus. Si le texte dit qu'il y trempait, c'est que toute leur manière de manger passait par le trempage, comme il est dit dans Pessahim (107b) : le serviteur trempait dans les entrailles, Rabbi Yits'hak trempait dans un légume.
וּפָרְכִינַן וְלֵר' חֲנִינָא קַשְׁיָא מַתְנִי' דְּקָתָנֵי חָסַר כָּל שֶׁהוּא פָּסוּל:
Et nous objectons : mais pour Rabbi Hanina, notre michna fait difficulté -- puisqu'elle enseigne : amoindri de quoi que ce soit, passoul.
⚖️ Rosh (2)
אִיתְּמַר אֶתְרוֹג עַכְבָּרִים אָמַר רַב אֵין זֶה הָדָר וְלֹא הִיא דְּהָא רַבִּי חֲנִינָא מְטַבֵּיל וְנָפֵיק בֵּיהּ ואע"פ דְּאֶתְרוֹג אִתַּקְצַאי לְמִצְוָתוֹ וְאָסוּר בַּאֲכִילָה כֵּיוָן שֶׁנִּשְׁאַר בּוֹ שִׁיעוּר לָצֵאת בּוֹ הַיּוֹתֵר מִכַּשִּׁיעוּר לָא אִתַּקְצַאי וּלְרַבִּי חֲנִינָא קָשֶׁה מַתְנֵי' דִּתְנַן חָסַר כָּל שֶׁהוּא פָּסוּל ל"ק מַתְנִיתִין בְּיוֹם טוֹב רִאשׁוֹן וּדְרַבִּי חֲנִינָא בְּיוֹם טוֹב שֵׁנִי וְכֵן הִלְכְתָא:
Il a été dit : un cédrat [percé par] des souris -- Rav a dit : ce n'est pas hadar. Mais il n'en est pas ainsi, car Rabbi Hanina y trempait et s'en acquittait. Et bien que le cédrat soit itkatsa (mis à part) pour sa mitsva et interdit à la consommation, dès lors qu'il en reste la mesure requise pour s'en acquitter, ce qui excède cette mesure n'a pas été mis à part. Et pour Rabbi Hanina, la michna fait difficulté, puisque nous avons appris : amoindri de quoi que ce soit, passoul. Pas de difficulté : la michna vise le premier jour de fête, et le propos de Rabbi Hanina le second jour de fête. Telle est la halakha.
גְּמ' אֲמַר לְהוּ רַבָּה לְהָנְהוּ דְּגָדְלִי הוֹשַׁעְנָא לְבֵי רֵישׁ גָּלוּתָא כִּי גָּדְלִיתוּ הוֹשַׁעְנָא שַׁיִּירוּ בֵּיהּ בֵּית יָד כִּי הֵיכִי דְּלָא תֶּיהְוֵי חֲצִיצָה רָבָא אָמַר כָּל לְנָאוֹתוֹ לָא הָוֵי חֲצִיצָה אָמַר רַבָּה לָא לִנְקוֹט אִינִישׁ הוֹשַׁעְנָא בְּסוּדָר דְּבָעֵינַן וּלְקַחְתֶּם לָכֶם וְלֵיכָּא רָבָא אָמַר לְקִיחָה עַל יְדֵי דָּבָר אַחֵר שְׁמָהּ לְקִיחָה אָמַר רַבָּה לָא לִידוּץ אִינִישׁ לוּלִיבָּא בְּהוֹשַׁעְנָא דְּנָתְרִי טַרְפֵי וְהָוֵי חֲצִיצָה רָבָא אָמַר מִין בְּמִינוֹ אֵינוֹ חוֹצֵץ וְאָמַר רַבָּה לָא לִיגּוֹד אִינִישׁ לוּלִיבָּא בְּהוֹשַׁעְנָא דְּנָתְרִי הוּצֵי וְהָוֵי חֲצִיצָה רָבָא אָמַר מִין בְּמִינוֹ אֵינוֹ חוֹצֵץ וְהִילְכְתָא בְּכוּלְּהוּ כְּרָבָא:
Guemara. Rabba dit à ceux qui tressaient les hocha'anot pour la maison de l'exilarque : quand vous tressez la hocha'ana, laissez-y un emplacement pour la main, afin qu'il n'y ait pas de hatsitsa (interposition). Rava a dit : tout ce qui est fait pour l'embellir ne constitue pas une hatsitsa. Rabba a dit : que l'on ne saisisse pas la hocha'ana avec un linge, car nous exigeons ou-lekahtem lakhem, vous prendrez pour vous, et cela manque ici. Rava a dit : une prise faite par l'intermédiaire d'une autre chose est bien une prise. Rabba a dit : que l'on n'enfonce pas le loulav dans la hocha'ana, car des feuilles s'en détachent et cela fait hatsitsa. Rava a dit : une espèce parmi son espèce ne fait pas interposition. Et Rabba a dit : que l'on ne taille pas le loulav dans la hocha'ana, car des folioles (houtsin) s'en détachent et cela fait hatsitsa. Rava a dit : une espèce parmi son espèce ne fait pas interposition. Et la halakha suit Rava dans tous ces cas.
💡 Explication

Nouvelle sougya, introduite par itmar -- il a été dit -- qui signale un enseignement d'Amoraim. Un cédrat percé par des souris : Rav le déclare non hadar. Noter le mot : Rav ne dit pas que le fruit est haser, amoindri, mais qu'il n'est plus beau. Ce choix de vocabulaire va commander toute la suite, car les deux disqualifications n'ont pas le même régime dans le temps.

Contre lui, la conduite de Rabbi Hanina : il entamait son cédrat au cours du repas -- matbil, il y trempait, selon la manière de manger de l'époque, précise Rachi -- et s'acquittait ensuite avec ce qui restait. Un fruit entamé était donc utilisable à ses yeux.

Mais alors la michna, qui déclare passoul le cédrat haser kol chehou, amoindri de quoi que ce soit, fait difficulté contre Rabbi Hanina lui-même. Deux fronts sont ouverts en même temps : c'est la structure à résoudre dans le segment suivant.

4
בִּשְׁלָמָא מַתְנִיתִין לְרַבִּי חֲנִינָא לָא קַשְׁיָא: כָּאן בְּיוֹם טוֹב רִאשׁוֹן, כָּאן בְּיוֹם טוֹב שֵׁנִי. אֶלָּא לְרַב קַשְׁיָא! אָמַר לָךְ רַב: שָׁאנֵי עַכְבָּרִים דְּמֵאִיסִי.

Certes, pour Rabbi Hanina la michna ne fait pas difficulté : ici, il s'agit du premier jour de fête ; la, du second jour de fête. Mais pour Rav, cela fait difficulté !

Rav peut te répondre : les souris, c'est autre chose, car elles sont répugnantes.

📜 Rachi (2)
וּמִשָּׁנֵינַן בִּשְׁלָמָא מַתְנֵי' לֵר' חֲנִינָא ל"ק מַתְנֵי' בְּיוֹם טוֹב רִאשׁוֹן שֶׁלְּקִיחָתוֹ מִן הַתּוֹרָה וּבָעֵינַן לְקִיחָה תַּמָּה דִּכְתִיב (וַיִּקְרָא כ״ג:ל״ט) וּלְקַחְתֶּם לְקִיחָה תַּמָּה וּבְיוֹם טוֹב שֵׁנִי נָפֵיק בֵּיהּ ר' חֲנִינָא אע"ג דְּלָא הָיָה שָׁלֵם:
Et nous répondons : certes, pour Rabbi Hanina la michna ne fait pas difficulté. La michna vise le premier jour de fête, où la prise est d'ordre toranique et où nous exigeons une lekiha tama, une prise entière, comme il est écrit ou-lekahtem, vous prendrez -- une prise complète ; tandis que le second jour de fête, Rabbi Hanina s'en acquittait bien que le fruit ne fût pas entier.
אֶלָּא לְרַב דְּאָמַר אֵין זֶה הָדָר קַשְׁיָא דְּר' חֲנִינָא דְּהָא אֲפִילּוּ בַּשֵּׁנִי נָמֵי לְרַב לָא נָפֵיק דְּהָא מִצְוָה הֲדוּרָה בָּעֵינַן הוֹאִיל וּמַזְכִּיר שֵׁם שָׁמַיִם עָלָיו כִּדְאָמַר בְּרֵישׁ פִּירְקִין יָבֵשׁ פָּסוּל לָא שְׁנָא בי"ט רִאשׁוֹן וְלָא שְׁנָא בי"ט שֵׁנִי וְאוֹקֵימְנָא דְּבָעֵינַן הָדַר וְלֵיכָּא:
Mais pour Rav -- qui dit : ce n'est pas hadar -- la conduite de Rabbi Hanina fait difficulté, car même le second jour on ne s'en acquitte pas selon Rav : nous exigeons une mitsva embellie, dès lors que l'on prononce sur elle le Nom du Ciel, comme il a été dit au début de notre chapitre : le sec est passoul, sans différence entre le premier jour de fête et le second jour de fête, et nous avons établi que nous exigeons hadar, ce qui manque ici.
💡 Explication

La résolution repose sur une distinction de régime des jours. Le premier jour de Soukkot, la prise des quatre espèces est une obligation de la Torah, et le verset ou-lekahtem impose une lekiha tama, une prise entière : le moindre manque invalide. Les jours suivants, l'obligation est d'institution rabbinique, en souvenir du Temple, et cette exigence d'intégralité ne s'applique plus. La michna parle du premier jour, Rabbi Hanina agissait le second.

Mais cette clé ne sauve pas Rav, et c'est ici que le choix de son vocabulaire se paie. Rav n'avait pas invoqué haser, il avait invoqué hadar -- et hadar, explique Rachi, vaut tous les jours, parce qu'on prononce une bénédiction sur la mitsva et qu'une mitsva sur laquelle on mentionne le Nom du Ciel doit être belle. C'est déjà pourquoi le loulav sec est passoul tous les jours.

Rav se dégage par une autre voie : chani akhbarei de-meissi -- les souris sont différentes, parce qu'elles sont répugnantes. La distinction n'est plus quantitative mais qualitative : un fruit entamé par un homme reste un beau fruit diminué ; un fruit rongé par des souris est un fruit souillé. Le critère de hadar est ainsi rapporté au dégoût, non au volume manquant.

5
אִיכָּא דְאָמְרִי, אָמַר רַב: זֶה הֲדַר, דְּהָא רַבִּי חֲנִינָא מְטַבֵּיל בֵּהּ וְנָפֵיק בֵּהּ. וּלְרַבִּי חֲנִינָא קַשְׁיָא מַתְנִיתִין! לָא קַשְׁיָא: כָּאן בְּיוֹם טוֹב רִאשׁוֹן, כָּאן בְּיוֹם טוֹב שֵׁנִי.

Certains rapportent ainsi : Rav a dit : cela est hadar, puisque Rabbi Hanina y trempait et s'en acquittait. Et pour Rabbi Hanina, la michna fait difficulté !

Pas de difficulté : ici, le premier jour de fête ; la, le second jour de fête.

📜 Rachi (1)
ה"ג וְאִיכָּא דְּאָמְרִי אָמַר רַב זֶה הָדָר דְּהָא ר' חֲנִינָא מְטַבֵּיל בֵּהּ וְנָפֵיק:
Telle est la version à retenir : Et certains rapportent : Rav a dit, cela est hadar, puisque Rabbi Hanina y trempait et s'en acquittait.
⚖️ Rosh (1)
נִפְרְצוּ עָלָיו בְּרוֹב עָלִין אַייְרֵי כִּדְאִיתָא בַּתּוֹסֶפְתָּא ופרש"י שֶׁנִּפְרְצוּ מִן הַשִּׁדְרָה וְאֵינוֹ מְחֻובָּר אֶלָּא ע"י אֲגֻודָּה. מַשְׁמַע שֶׁרָצָה לוֹמַר שֶׁנִּתְלְשׁוּ לְגַמְרֵי מִן הַשִּׁדְרָה וְלֹא מַשְׁמַע כֵּן בַּגְּמָרָא דִּמְפָרֵשׁ נִפְרְצוּ דְּעָבֵיד כִּי חֻופְיָא וְהֶעָלִין שֶׁנִּתְלְשׁוּ מִן הַשִּׁדְרָה הוּצִין מִקְּרוּ כִּדְאָמַר לְקַמָּן (סֻוכָּה דַּף לז:) אָמַר רָבָא לָא לִיגּוֹז אִינִישׁ לוּלַבָּא בְּהוֹשַׁעְנָא דְּנָתְרִי הוּצִין וְהָוֵי חֲצִיצָה כְּלוֹמַר אִם הוּא אָרֹוךְ יוֹתֵר מִדַּאי מִן הָעֲרָבָה וּבָא לְקָוצְצוֹ מִתַּחַת לֹא יִקְצְצוּ כְּשֶׁהוּא בַּאֲגֻודָּה דְּהוּצִין הַנִּתְלָשִׁין מִן הַשִּׁדְרָה הָוֵי חֲצִיצָה אַלְמָא עָלִין הַנִּתְלָשִׁין מִקְּרוּ הוּצִין וּמֵהוּצִין עוֹשִׂין חֻופְיָא כִּדְאִיתָא פֶּרֶק הַגּוֹזֵל קַמָּא (בָּבָא קַמָּא דַּף צו.) הַאי מַאן דִּגְזַל לוּלִיבָּא וְעַבְדִינְהוּ הוּצֵי קָנֵי מֵעִיקָּרָא לוּלִיבָּא וְהַשְׁתָּא הוּצֵי הוּצֵי וְעַבְדִינְהוּ חֻופְיָא קָנֵי מֵעִיקָּרָא הוּצֵי וְהַשְׁתָּא חֻופְיָא וְהַיְינוּ שֶׁחִילֵּק כָּל עָלֶה לִשְׁנַיִם בְּמָקוֹם שֶׁהוּא כָּפוּל מִגַּבּוֹ וְאָז נִקְרָא חֻופְיָא וְעוֹשִׂין מֵהֶן מַכְבְּדוֹת הַייְנוּ נִפְרְצוּ עָלָיו דְּהָכָא שֶׁנִּפְרַץ רֹאשׁ כָּל עָלֶה וְעָלֶה מִגַּבּוֹ בְּרוֹב עָלָיו שֶׁבַּלּוּלָב: גְּמ' מַתְנִיתִין לוּלָב הַגָּזוּל וְהַיָּבֵשׁ. קָא פָסֵיק וְתָנֵי ל"ש ביו"ט רִאשׁוֹן כוּ' בִּשְׁלָמָא יָבֵשׁ בָּעֵינַן הָדָר וְלֵיכָּא אֶלָּא גָּזוּל בִּשְׁלָמָא ביו"ט רִאשׁוֹן וּלְקַחְתֶּם לָכֶם מִשֶּׁלָּכֶם אֲמַר רַחֲמָנָא וְהַאי לָאו דִּידֵיהּ הוּא אֶלָּא ביו"ט שֵׁנִי אַמַּאי לָא מַשְׁמַע דִּפְשִׁיטָא לֵיהּ דְּבָעֵינַן הָדַר לְכֻולֵּי יוֹמֵי אֲבָל לָכֶם מִשֶּׁלָּכֶם לָא בָּעֵינַן בִּשְׁאָר יָמִים וְכֵן וּלְקַחְתֶּם דְּדָרְשִׁינַן מִינֵּיהּ דְּבָעֵי לְקִיחָה תַּמָּה לָא מִיפְּסִיל אֶלָּא ביו"ט רִאשׁוֹן כִּדְאָמַר בְּפִרְקִין דַּף לוֹ: רַבִּי חֲנִינָא מְטַבֵּל בֵּיהּ וְנָפֵיק בֵּיהּ ביו"ט שֵׁנִי וְתֵימַהּ מַאי שְׁנָא זֶה מִזֶּה הָא כֻּולְּהוּ בַּהֲדֵי הֲדָדֵי כְּתִיבִי בְּחַד קְרָא וּלְקַחְתֶּם לָכֶם בַּיּוֹם הָרִאשׁוֹן פְּרִי עֵץ הָדָר וְאִי מִשּׁוּם דְּמַשְׁמַע דְּהָנָךְ דִּכְתִיבִי מִקַּמֵּי יוֹם רִאשׁוֹן דַּוְקָא עָלֶיהָ קָיְימִי וְלֹא רָצוּ לְתַקֵּן שֶׁיְּהוּ נוֹהֲגִים בִּשְׁאָר הַיָּמִים אֲבָל הָדָר דִּכְתִיב בָּתְרֵיהּ תִּיקּוּן בְּכָל הַיָּמִים. אַכַּתִּי קָשֶׁה דְּהָא מִן וּלְקַחְתֶּם לָכֶם דָּרְשִׁינַן בְּהַקּוֹמֵץ רַבָּה דַּף כז. וּלְקַמָּן בְּפִירְקִין (סֻוכָּה דַּף לד.) דְּאַרְבָּעָה מִינִין שֶׁבַּלּוּלָב מְעַכְּבִין זֶה אֶת זֶה דְּבָעֵינַן לְקִיחָה תַּמָּה. וּבְשִׁלְהֵי פִּירְקִין דַּף מא: וּבְרֵישׁ לוּלָב וַעֲרָבָה (סֻוכָּה דַּף מג.) דָּרְשִׁינַן נַמֵּי מִדִּכְתִיב וּלְקַחְתֶּם לְשׁוֹן רַבִּים שֶׁתְּהֵא לְקִיחָה לְכָל אֶחָד וְאֶחָד מִדְּלָא כְּתִיב וְלָקַחְתָּ לְשׁוֹן יָחִיד כִּי הֵיכִי דְּדָרְשִׁינַן בְּפֶרֶק רַבִּי יִשְׁמָעֵאל (מְנָחוֹת דַּף סה:) סְפִירָה לְכָל אֶחָד וְאֶחָד מִדִּכְתִיב וּסְפַרְתֶּם וא"כ בִּשְׁאָר הַיָּמִים תִּיסְגֵּי בְּמִין אֶחָד וּבִלְקִיחָה לְאֶחָד בִּשְׁבִיל כֻּולָּם הִלְכָּךְ נִרְאֶה דְּהַייְנוּ טַעְמָא מִשּׁוּם דְּיוֹם רִאשׁוֹן דְּאוֹרָייְתָא בַּגִּבּוּלִין וּשְׁאָר הַיָּמִים דְּרַבָּנָן זֵכֶר לַמִּקְדָּשׁ כִּדְאִיתָא בְּרֵישׁ לוּלָב וַעֲרָבָה (סֻוכָּה דַּף מד.) הִלְכָּךְ בְּעִיקַּר הַלְּקִיחָה כְּגוֹן ד' מִינִים בַּלּוּלָב וּלְקִיחָה לְכָל אֶחָד וְאֶחָד תִּיקּוּן גַּם בִּשְׁאָר יָמִים כְּעֵין דְּאוֹרָייְתָא וְכֵן בְּהָדָר מִשּׁוּם הִדּוּר מִצְוָה אֲבָל בְּחָסֵר לֹא תִּיקּוּן וְלֹא בְּשָׁאוּל. וּבְגָזוּל פְּלִיגִי בִּשְׁמַעְתִּין רַבִּי שִׁמְעוֹן בֶּן יוֹחַי סָבַר דְּתִיקּוּן מִשּׁוּם דְּהָוֵי מִצְוָה הַבָּאָה בַּעֲבֵירָה וּשְׁמוּאֵל סָבַר כֵּיוָן שֶׁהוּא מִדְּרַבָּנָן לָא חֲשִׁיב מִצְוָה הַבָּאָה בַּעֲבֵירָה. וְהָרַב אַלְפָסִי זַ"ל שֶׁלֹּא הֵבִיא אֶלָּא הַמִּשְׁנָה כְּצוּרָתָהּ וְלֹא הֵבִיא פְּלֻוגְתָּא דְּאָמוֹרָאֵי דִּפְלִיגִי בְּגָזוּל מִכְּלָל דִּסְבִירָא לֵיהּ כִּסְתָמָא דִּגְמָרָא דְּאָמַר קָפָסֵיק וְתָנֵי לָא שְׁנָא ביו"ט רִאשׁוֹן וְלָא שְׁנָא ביו"ט שֵׁנִי וּפְסִיל לֵיהּ מִשּׁוּם מִצְוָה הַבָּאָה בַּעֲבֵירָה. ואע"ג דִּקְרָא גַּבֵּי קָרְבָּן כְּתִיב ה"ה בְּכָל מִצְוָה כִּדְמוֹכַח בְּרֵישׁ הַגּוֹזֵל קַמָּא (בָּבָא קַמָּא דַּף צַד.) דְּקָאָמַר הֲרֵי שֶׁגָּזַל סְאָה שֶׁל חִטִּין וּטְחָנָהּ וַאֲפָאָהּ וְהִפְרִישׁ מִמֶּנָּה חַלָּה אֵין זֶה מְבָרֵךְ אֶלָּא מְנָאֵץ וְלֹא כִּשְׁמוּאֵל דְּסָבַר דְּלָא אָמְרִינַן הָכִי אֶלָּא בְּמִצְוָה שֶׁהִיא מִדְּאוֹרַיְיתָּא וְלֹא. מִיסְתַּבֵּר טַעְמֵיהּ דְּכֵיוָן דִּמְבָרֵךְ וּמַזְכִּיר שֵׁם שָׁמַיִם מְנָאֵץ הוּא בְּמִילֵּי דְּרַבָּנָן כְּמוֹ בְּמִילֵּי דְּאוֹרָייְתָא וְעוֹד דְּרַב נַחְמָן בַּר יִצְחָק דְּהוּא בָּתְרָא פָּרִיךְ לִשְׁמוּאֵל מִמַּתְנִיתִין ואע"ג דְּדָחֵי לֵיהּ לָא סָמְכִינַן אַשִּׁינּוּיָא דְּחִיקָא וְכֵן פָּסַק בה"ג וְרַב פַּלְטוֹיִיא גָּאוֹן נִמְצָא שֶׁאֵין חִילּוּק בֵּין יו"ט רִאשׁוֹן לְכָל שְׁאָר הַיָּמִים אֶלָּא בְּחָסֵר כִּדְאָמַר לְקַמָּן רַבִּי חֲנִינָא מְטַבֵּל וּנְפַק בֵּיהּ וְכֵן שָׁאוּל אֲבָל כָּל שְׁאָר הַפְּסוּלִים נוֹהֲגִים בְּכָל הַיָּמִים ויו"ט שֵׁנִי דִּידַן הוּא כַּיּוֹם הָרִאשׁוֹן דִּסְפֵיקָא הוּא וְרָאִיתִי דֵּעוֹת אֲחֵרוֹת לַפּוֹסְקִים וְנִלְאֵיתִי לְכוֹתְבָם כִּי לֹא יָשְׁרוּ בְּעֵינַי וְכַאֲשֶׁר כָּתַבְתִּי כָּךְ עִיקָּר:
Nifretsou alav, ses feuilles ont été fendues : il s'agit de la majorité des feuilles, comme il figure dans la Tossefta. Rachi a expliqué : elles ont été détachées de la tige centrale (chidra) et ne tiennent plus que par le lien -- ce qui laisse entendre qu'il veut dire qu'elles ont été entièrement arrachées de la tige. Mais ce n'est pas ce qui ressort de la Guemara, qui explique nifretsou par : il l'a rendu semblable à un balai (hofya). Or les feuilles arrachées de la tige s'appellent houtsin, comme il est dit plus loin (Soukka 37b) : Rava a dit, que l'on ne taille pas le loulav dans la hocha'ana, car des houtsin s'en détachent et cela fait hatsitsa -- c'est-à-dire : s'il dépasse trop le saule et qu'on veut le couper par le bas, qu'on ne le coupe pas alors qu'il est déjà lié, car les houtsin arrachés de la tige font interposition. Il en ressort que les feuilles arrachées s'appellent houtsin, et que des houtsin on fait un hofya, comme il figure au chapitre Ha-gozel kama (Bava Kama 96a) : celui qui a volé un loulav et en a fait des houtsin l'a acquis -- au départ c'était un loulav, maintenant ce sont des houtsin ; des houtsin dont il a fait un hofya, il l'a acquis -- au départ c'étaient des houtsin, maintenant c'est un hofya. C'est-à-dire qu'il a fendu chaque feuille en deux à l'endroit où elle est repliée sur son dos : on l'appelle alors hofya, et l'on en fait des balais. Tel est le nifretsou alav dont il s'agit ici : la tête de chaque feuille a été fendue par le dos, sur la majorité des feuilles du loulav. Guemara : la michna énonce le loulav volé et le loulav sec. Elle énonce sans distinguer : sans différence entre le premier jour de fête et le second, etc. Certes pour le sec : nous exigeons hadar et cela manque. Mais pour le volé : certes le premier jour de fête, ou-lekahtem lakhem -- des vôtres, a dit le Miséricordieux, et celui-ci n'est pas le sien ; mais le second jour de fête, pourquoi non ? Il en ressort qu'il tient pour évident que hadar est exigé tous les jours, mais que lakhem, des vôtres, n'est pas exigé les autres jours ; de même ou-lekahtem, dont nous dérivons l'exigence d'une lekiha tama, n'invalide que le premier jour de fête, comme il est dit dans notre chapitre (36b) : Rabbi Hanina y trempait et s'en acquittait -- le second jour de fête. Et c'est étonnant : quelle différence entre l'un et l'autre, alors que tout cela est écrit ensemble dans un seul verset, ou-lekahtem lakhem ba-yom ha-richon péri ets hadar ? Et si l'on répond que ce qui est écrit avant ba-yom ha-richon, le premier jour, se rapporte spécifiquement à ce jour, et que les Sages n'ont pas voulu instituer que cela vaille les autres jours, tandis que hadar, écrit après, ils l'ont institué pour tous les jours -- cela reste difficile, car de ou-lekahtem lakhem nous dérivons dans Ha-kometz rabba (Menahot 27a) et plus loin dans notre chapitre (Soukka 34a) que les quatre espèces du loulav se rendent indispensables les unes aux autres, puisque nous exigeons une lekiha tama. Et à la fin de notre chapitre (41b) ainsi qu'au début de Loulav va-arava (43a), nous dérivons aussi de ou-lekahtem, écrit au pluriel, qu'il faut une prise pour chacun et chacun, puisqu'il n'est pas écrit ou-lakahta au singulier -- de la même manière que nous dérivons au chapitre Rabbi Yichmael (Menahot 65b) un compte pour chacun et chacun, de ce qu'il est écrit ou-sefartem. S'il en est ainsi, les autres jours il devrait suffire d'une seule espèce et d'une prise faite par un seul pour tous. C'est pourquoi il semble que la raison soit celle-ci : le premier jour est d'ordre toranique même hors du Temple, et les autres jours sont d'ordre rabbinique, en souvenir du Temple, comme il figure au début de Loulav va-arava (44a). Dès lors, sur l'essentiel de la prise -- les quatre espèces du loulav, et une prise pour chacun -- ils ont institué aussi pour les autres jours à l'image de la Torah ; et de même pour hadar, au titre de l'embellissement de la mitsva ; mais pour l'amoindri (haser) ils n'ont pas institué, ni pour l'emprunté. Quant au volé, nos maîtres divergent dans notre sougya : Rabbi Chimon ben Yohai tient qu'ils l'ont institué, parce que c'est une mitsva accomplie par une transgression, tandis que Chmouel tient que, puisque c'est d'ordre rabbinique, cela n'est pas considéré comme une mitsva accomplie par une transgression. Et le Rav Alfassi, de mémoire bénie, qui n'a rapporté que la michna telle quelle sans rapporter la controverse des Amoraim sur le volé, montre par là qu'il tient comme l'énoncé anonyme de la Guemara, lequel dit qu'elle énonce sans distinguer, sans différence entre le premier jour de fête et le second -- et il l'invalide au titre de la mitsva accomplie par une transgression. Et bien que le verset [dont on tire ce principe] soit écrit à propos des sacrifices, il en va de même pour toute mitsva, comme le prouve le début de Ha-gozel kama (Bava Kama 94a), où il est dit : celui qui a volé une mesure de blé, l'a moulue, l'a cuite et en a prélevé la halla -- celui-là ne bénit pas, il blasphème. Et non comme Chmouel, qui tient que l'on ne dit cela que pour une mitsva d'ordre toranique ; sa raison ne paraît pas convaincante, car dès lors qu'il bénit et prononce le Nom du Ciel, il blasphème dans les choses rabbiniques comme dans les choses toraniques. De plus, Rav Nahman bar Yits'hak, qui est postérieur, objecte à Chmouel à partir de notre michna, et bien qu'il ait repoussé l'objection, nous ne nous appuyons pas sur une réponse forcée. Ainsi ont tranché les Halakhot Guedolot et Rav Paltoy Gaon. Il se trouve donc qu'il n'y a de différence entre le premier jour de fête et tous les autres jours que pour l'amoindri -- comme il est dit plus loin : Rabbi Hanina y trempait et s'en acquittait -- et de même pour l'emprunté ; mais tous les autres cas d'invalidité valent tous les jours. Et notre second jour de fête [en diaspora] est comme le premier, puisqu'il est d'un statut douteux. J'ai vu d'autres opinions chez les décisionnaires, et j'ai renoncé à les écrire car elles ne m ont pas paru justes ; ce que j'ai écrit est l'essentiel.
💡 Explication

La Guemara rapporte une seconde tradition -- ikka de-amrei, certains disent -- qui inverse exactement le propos de Rav. Loin d'invalider le fruit rongé, Rav le déclarait hadar, et prenait appui sur la conduite de Rabbi Hanina comme sur une preuve.

Dans cette version, une seule difficulté subsiste, celle de la michna contre Rabbi Hanina, et elle se résout par la même clé : premier jour de fête contre jours suivants. Le renversement n'est pas anecdotique -- il change la pratique. Selon la première version, un cédrat rongé est écarté tous les jours ; selon la seconde, il redevient utilisable dès le second jour.

6
אֶתְרוֹג קָטָן וְכוּ׳. אָמַר רַפְרָם בַּר פָּפָּא: כְּמַחֲלֹוקֶת כָּאן, כָּךְ מַחְלֹוקֶת בַּאֲבָנִים מְקֻורְזָלוֹת. דְּתַנְיָא: בְּשַׁבָּת שָׁלֹשׁ אֲבָנִים מְקֻורְזָלוֹת מֻותָּר לְהַכְנִיס לְבֵית הַכִּסֵּא, וְכַמָּה שִׁיעוּרָן? רַבִּי מֵאִיר אוֹמֵר: כֶּאֱגוֹז, רַבִּי יְהוּדָה אוֹמֵר: כַּבֵּיצָה.

Un cédrat petit, etc. Rafram bar Papa a dit : telle est la controverse ici, telle est la controverse à propos des pierres arrondies.

Car il a été enseigné : le Chabbat, il est permis de porter trois pierres arrondies dans les cabinets. Et quelle est leur mesure ?

Rabbi Meir dit : comme une noix. Rabbi Yehuda dit : comme un œuf.

📜 Rachi (4)
כְּדֶרֶךְ שֶׁחוֹלְקִין כָּאן כְּשִׁיעוּרָן כָּאן כָּךְ שִׁיעוּרָן כָּאן:
De la même façon qu'ils divergent ici -- leur mesure là-bas est celle-là même qu'ils fixent ici.
מֻותָּר לְהַכְנִיס לבהכ"ס בְּתוֹךְ ד' אַמּוֹת ובהכ"ס בְּשָׂדֶה וְאֵינוֹ מֻוקָּף מְחִיצּוֹת וְאֵין כָּאן אֶלָּא טִלְטוּל דְּרַבָּנָן וּמִשּׁוּם כְּבוֹד הַבְּרִיּוֹת לָא גְּזוּר:
Il est permis de les porter dans les cabinets -- à l'intérieur de quatre coudées, les cabinets étant en plein champ et non entourés de cloisons ; il n'y a là qu'un déplacement d'ordre rabbinique, et par égard pour la dignité des créatures on n'a pas décrété d'interdit.
בִּמְקֻורְזָלוֹת הַרְאוּיָם לְקִינּוּחַ מְקֻורְזָלוֹת פיקוד"ש בְּלַעַ"ז:
Arrondies -- celles qui conviennent pour s'essuyer ; mekourzalot, pikoudes en langue vernaculaire.
כֶּאֱגוֹז קָסָבַר בְּהָכִי חַזְיָא לְקִינּוּחַ אֲבָל גְּדוֹלָה לָא חַזְיָא:
Comme une noix -- il tient que de cette taille elle convient pour s'essuyer, mais qu'une plus grande ne convient pas.
🗂️ Tossefot (2)
מְקֻורְזָלוֹת פֵּי' בַּקּוּנְטְרֵס פיקוד"ש בְּלַעַ"ז חֲדוּדוֹת וְטוֹבוֹת לְקַנֵּחַ וְלֹא מַשְׁמַע כֵּן פֶּרֶק אֵלּוּ עוֹבְרִין (פְּסָחִים דַּף מז.) גַּבֵּי יֵשׁ חוֹרֵשׁ תֶּלֶם אֶחָד דְּפָרִיךְ וְאִי אָמְרִינַן הוֹאִיל אַחֲרִישָׁה לָא לִיחַייַּב הוֹאִיל וְחָזֵי לְכַסּוֹת בּוֹ דַּם צִפּוֹר וּמְשַׁנֵּי בַּאֲבָנִים מְקֻורְזָלוֹת וּמַה שַׁייָּךְ לְהַזְכִּיר שָׁם אֲבָנִים חֲדוּדוֹת וּמְפָרֵשׁ רַבֵּינוּ תָּם דִּמְקֻורְזָלוֹת הַייְנוּ [רַכּוֹת] דַּחֲזוּ לַחֲרִישָׁה וְלִזְרִיעָה וְכֵן יָסַד הַפַּיָּיט אֲשִׁישַׁת שְׁלוּחָתוֹ בְּקֹטֶב תָּלָה אֲשִׁישׁוֹת לְהָנֵיץ בְּתִיחוּחַ קִירְזוּלָהּ:
Arrondies. Le Kountras (Rachi) a expliqué : pikoudes en langue vernaculaire, c'est-à-dire pointues et bonnes pour s'essuyer. Mais cela ne ressort pas du chapitre Elou ovrin (Pessahim 47a), à propos de celui qui laboure un seul sillon : la Guemara y objecte que si nous appliquons le principe de hoil, puisque, il ne devrait pas être passible pour le labour, puisque la terre retournée est propre à recouvrir le sang d'un oiseau ; et elle répond : il s'agit de pierres mekourzalot. Or que viendrait faire la mention de pierres pointues ? Rabbenou Tam explique donc que mekourzalot signifie tendres, friables, qui conviennent au labour et aux semailles. Ainsi l'a formulé le paytan : Achichat cheloukhato be-ketev tala, achichot lehanets be-tihouah kirzoula.
בְּשַׁבָּת שָׁלֹשׁ אֲבָנִים מְקֻורְזָלוֹת מֻותָּר לְהַכְנִיס לְבֵית הַכִּסֵּא. בְּתוֹךְ ד' אַמּוֹת וּבֵית הַכִּסֵּא בַּשָּׂדֶה וְאֵינוֹ מֻוקָּף מְחִיצּוֹת וְאֵין כָּאן אֶלָּא טִלְטוּל דְּרַבָּנָן וּמִשּׁוּם כְּבוֹד הַבְּרִיּוֹת לָא גְּזוּר כָּךְ פֵּי' בַּקּוּנְטְרֵס וּמִדְּקָאָמַר לְהַכְנִיס מַשְׁמַע דְּאִיכָּא מְחִיצּוֹת וּלְשׁוֹן בֵּית הַכִּסֵּא מַשְׁמַע בַּיִת וְכֵן מַשְׁמַע פ"ק דְּתָמִיד (דַּף כז:) דְּאָמַר רַב סָפְרָא הֲוָה יָתֵיב בְּבֵית הַכִּסֵּא אֲתָא ר' אַבָּא נָחַר לֵיהּ וּבְפֶרֶק כֹּהֵן גָּדוֹל (סַנְהֶדְרִין יט.) שֶׁיְּהוּ נָשִׁים מְסַפְּרוֹת בְּבֵית הַכִּסֵּא מִשּׁוּם יִחוּד מַשְׁמַע דְּמָקוֹם צָנוּעַ הָיָה וּמֻוקָּף מְחִיצּוֹת וְאֵין רוֹאִין הָעוֹמְדִים בַּחוּץ וְאַפֵּ"ה הִתִּירוּ לְהַכְנִיס ואע"ג דְּמַכְנִיס מִכַּרְמְלִית לִרְשׁוּת הַיָּחִיד וְתֵדַע דְּהָא אִיסּוּר טִלְטוּל מֻוקְצֶה חָמוּר מֵאִיסּוּר כַּרְמְלִית שֶׁלֹּא הִתִּירוּ טִלְטוּל בְּמֵת אֶלָּא ע"י כִּכָּר אוֹ תִּינוֹק כִּדְמוֹכַח פֶּרֶק בַּמֶּה מַדְלִיקִין (שַׁבָּת דַּף ל:) וּבְפֶרֶק נוֹטֵל (שַׁבָּת דַּף קמב:) וּור כַּרְמְלִית אַשְׁכְּחַן דְּשָׁרֵי בְּמֵת בְּשִׁילְהֵי הַמַּצְנִיעַ (שַׁבָּת דַּף צַד:) בָּא שִׁיכְבָא דִּשְׁרָא לְהוּ רַב נַחְמָן לְאַפּוֹקֵיהּ לְכַרְמְלִית מִשּׁוּם כְּבוֹד הַבְּרִיּוֹת וְגַבֵּי בֵּית הַכִּסֵּא דְּהִתִּירוּ טִלְטוּל אֲבָנִים מִשּׁוּם כְּבוֹד הַבְּרִיּוֹת כ"ש דְּהִתִּירוּ אַרְבַּע אַמּוֹת בְּכַרְמְלִית לְהַכְנִיס מִכַּרְמְלִית לִרְשׁוּת הַיָּחִיד וּמֵרְשׁוּת הַיָּחִיד לְכַרְמְלִית וּמִיהוּ לְדִידַן דְּיֵשׁ לָנוּ בֵּית הַכִּסֵּא קָבוּעַ בְּבִנְיָן אָסוּר כִּדְמוֹכַח בְּשִׁילְהֵי הַמּוֹצִיא יַיִן (שַׁבָּת דַּף פא: וְשֶׁדַּשְׁרֵי רַב חִסְדָּא לְהַעֲלוֹתוֹ אַחֲרָיו לְגַג וּמַקְשֶׁה לֵיהּ רָבִינָא מֵהָא דְּאָסְרִינַן לְעֵיל מִינֵּיהּ לִיטֹּול קִיסּוּם מִשֶּׁלְּפָנָיו לַחֲצוֹת בּוֹ שִׁינָּיו וּמְשַׁנֵּי הָתָם אָדָם קוֹבֵעַ מָקוֹם לִסְעוּדָה הָכָא אֵין אָדָם קוֹבֵעַ מָקוֹם לְבֵית הַכִּסֵּא מַשְׁמַע דְּהֵיכָא דְּקָבַע אָסוּר ואע"פ שָׁפֵי' שָׁם בַּקּוּנְטְרֵס דְּהָא דְּבָעֵי לְמֵיסַר בַּגַּג מִשּׁוּם טִירְחָא יַתִּירָא בְּהַעֲלָאָה לַגַּג לֹא מַשְׁמַע כֵּן דְּא"כ כִּי מַקְשֶׁה לֵיהּ רָבִינָא מֵהָא דְּאָסְרִינַן קֵיסָם מִשֶּׁלְּפָנָיו לַחֲצוֹת בּוֹ שִׁינָּיו תִּיקְשֵׁי לֵיהּ כֻּולָּהּ שְׁמַעְתָּתָא דְּהָתָם דְּשָׁרֵי לְטַלְטֵל אֲבָנִים מְקֻורְזָלוֹת אֶלָּא לְפִי שֶׁהָיָה יָכוֹל לְהַעֲלוֹתָן לַגַּג מֵעֶרֶב שַׁבָּת הֲוָה בָּעֵי לְמֵיסַר כֵּיוָן דְּאֶפְשָׁר לְהַזְמִינָן וּמַסִּיק דְּשָׁרֵי מִשּׁוּם דְּאֵין אָדָם קוֹבֵעַ מָקוֹם וְהָא דְּאָמַר ר' יַנַּאי הָתָם אִם יֵשׁ לוֹ מָקוֹם קָבוּעַ לְבֵית הַכִּסֵּא מְלֹא הַיָּד הָתָם בְּשָׂדוֹת אַיְירֵי דְּמָקוֹם רָחוֹק הוּא וְטוֹרֵחַ לְהַזְמִין מֵעֶרֶב שַׁבָּת אֲבָל לְדִידַן דְּיֵשׁ לָן מָקוֹם קָבוּעַ בַּבַּיִת אָסוּר אֶלָּא אִם כֵּן הִזְמִין וְשֶׁמָּא כֵּיוָן דִּנְפִישִׁי בְּנֵי הַבַּיִת דְּהָווּ שָׁקְלִי לְהוּ לֹא אֶפְשָׁר וְשָׁרִי:
Le Chabbat, il est permis de porter trois pierres arrondies dans les cabinets. À l'intérieur de quatre coudées, les cabinets étant en plein champ et non entourés de cloisons ; il n'y a là qu'un déplacement d'ordre rabbinique, et par égard pour la dignité des créatures on n'a pas décrété -- ainsi a expliqué le Kountras. Mais du fait que le texte dit lehakhnis, y faire entrer, il ressort qu'il y a des cloisons ; et l'expression beit ha-kisse évoque bien une maison. C'est aussi ce qui ressort du premier chapitre de Tamid (27b), où il est dit que Rav Safra était assis dans les cabinets, que Rabbi Abba vint et se raclât la gorge pour l'avertir ; et au chapitre Kohen gadol (Sanhédrin 19a) : que des femmes bavardent [ensemble] dans les cabinets, à cause de l'interdit d'isolement -- il en ressort que c'était un lieu discret, entouré de cloisons, où ceux qui se tiennent dehors ne voient pas. Et malgré cela ils ont permis d'y faire entrer les pierres, bien que l'on fasse ainsi passer de la karmelit au domaine privé. La preuve : l'interdit de déplacer du mouktse est plus grave que l'interdit de karmelit, puisqu'on n'a permis de déplacer un mort que par le moyen d'un pain ou d'un enfant, comme le prouvent le chapitre Ba-me madlikin (Chabbat 30b) et le chapitre Notel (Chabbat 142b) ; tandis que pour la karmelit, nous trouvons qu'on l'a permis pour un mort à la fin de Ha-matsnia (Chabbat 94b) : il y eut un mort que Rav Nahman leur permit de sortir vers la karmelit, par égard pour la dignité des créatures. Et puisque, pour les cabinets, on a permis de déplacer des pierres par égard pour la dignité des créatures, à plus forte raison à-t-on permis les quatre coudées en karmelit, ainsi que de faire entrer de la karmelit au domaine privé et de sortir du domaine privé vers la karmelit. Toutefois, pour nous qui avons des cabinets fixes, bâtis, cela est interdit, comme le prouve la fin de Ha-motsi yayin (Chabbat 81b), où Rav Hisda a permis de monter les pierres après soi sur le toit, et où Ravina lui objecte à partir de ce qui est interdit juste avant -- prendre un copeau devant soi pour se curer les dents ; et l'on répond : là-bas, l'homme se fixe un lieu pour son repas, ici l'homme ne se fixe pas de lieu pour les cabinets. D'où il ressort que là où il s'en fixe un, c'est interdit. Et bien que le Kountras ait expliqué là que la raison pour laquelle on voulait interdire sur le toit tenait à la peine excessive de la montée, cela ne paraît pas exact ; car s'il en était ainsi, lorsque Ravina objecte à partir de l'interdit du copeau pour se curer les dents, toute la sougya de là-bas, qui permet de déplacer des pierres arrondies, lui ferait objection. C'est plutôt parce qu'il aurait pu les monter sur le toit depuis la veille du Chabbat que l'on voulait interdire, dès lors qu'il était possible de les préparer ; et la Guemara conclut que c'est permis parce que l'homme ne se fixe pas de lieu. Quant à ce que dit la Rabbi Yannai -- s'il a un lieu fixe pour les cabinets, une pleine poignée est permise -- cela vise les champs, où le lieu est éloigné et où il est pénible de les préparer la veille de Chabbat ; mais pour nous, qui avons un lieu fixe dans la maison, c'est interdit à moins de les avoir préparées. Et peut-être que, les gens de la maison étant nombreux et les emportant, cela n'est pas possible, et c'est donc permis.
⚖️ Rosh (1)
מַתְנֵי' שִׁיעוּר אֶתְרוֹג קָטָן ר"מ אוֹמֵר כֶּאֱגוֹז רַבִּי יְהוּדָה אוֹמֵר כְּבֵיצָה וּבַגָּדוֹל כְּדֵי שֶׁיֶּאֱחֹז שְׁנַיִם בְּיָדוֹ אַחַת דִּבְרֵי רַבִּי יְהוּדָה רַבִּי יוֹסֵי אוֹמֵר אֲפִילּוּ אֶחָד בִּשְׁתֵּי יָדָיו וַהֲלָכָה כְּרַבִּי יְהוּדָה בַּקָּטָן וַהֲלָכָה כְּרַבִּי יוֹסֵי בְּגָדוֹל וְרַבָּנָן דְּמַכְשְׁרִי בְּבֹוסֶר מוֹדוֹ בְּפָחוֹת מִכַּבֵּיצָה דְּפָסוּל דְּבֹוסֶר הוּא יוֹתֵר מִכַּבֵּיצָה וְסוֹפוֹ לִיגָּמֵר וַחֲשִׁיב כְּפֵירֵי. אֵין אוֹגְדִים הַלּוּלָב אֶלָּא בְּמִינוֹ רַבִּי מֵאִיר אוֹמֵר אֲפִילּוּ בִּמְשִׁיחָה אָמַר רַבִּי מֵאִיר מַעֲשֶׂה בְּאַנְשֵׁי יְרוּשָׁלַיִם שֶׁהָיוּ אוֹגְדִים לוּלְבֵיהֶן בְּגִימוֹנִיּוֹת שֶׁל זָהָב אָמַר לוֹ רַבִּי יְהוּדָה מִשָּׁם רְאָיָה בְּמִינוֹ הָיוּ אוֹגְדִין אוֹתוֹ לְמַטָּה רַבִּי יְהוּדָה לְטַעְמֵיהּ דְּאָמַר לוּלָב צָרִיךְ אֶגֶד וְכִי אַגִּיד לְהוּ בְּמִינָא אַחַרְיַנָא הָווּ לְהוּ ה' מִינִים אֲבָל לְאַחַר שֶׁנַּעֲשָׂה בּוֹ אֶגֶד שֶׁל חוֹבָה אִם הוֹסִיף אֶגֶד אַחֵר לְנוֹי לֵיכָּא בַּל תּוֹסִיף וּמִינָּהּ נִשְׁמַע לְרַבָּנָן דְּאִם הוֹסִיף מִין אַחֵר לְנוֹי אֲפִילּוּ דֶּרֶךְ גְּדִילָתוֹ אֵין בּוֹ מִשּׁוּם בַּל תּוֹסִיף כֵּיוָן דְּלָא נִתְכַּוֵּין אֶלָּא לְנוֹי ואע"ג דְּבִזְמַנּוֹ לָא בָּעֵי כַּוָּונָה לְבַל תּוֹסִיף הַייְנוּ בִּסְתָם אֲבָל אִם כִּוֵּון לְנוֹי אֲפִילּוּ דֶּרֶךְ גְּדִילָתוֹ הָוֵי כְּאֶגֶד יְתֵירָה לְר' יְהוּדָה וקי"ל בְּהָא כר"מ:
Michna : la mesure d'un cédrat petit -- Rabbi Meir dit : comme une noix ; Rabbi Yehuda dit : comme un œuf. Et pour un grand : de sorte qu'il puisse en tenir deux dans une seule main, parole de Rabbi Yehuda ; Rabbi Yossi dit : même un seul dans ses deux mains. La halakha suit Rabbi Yehuda pour le petit, et la halakha suit Rabbi Yossi pour le grand. Et les Sages, qui déclarent kacher le bosser, admettent que moins d'un volume d'œuf est passoul, car le bosser fait plus qu'un volume d'œuf, finira par mûrir et compte déjà comme un fruit. On ne lie le loulav qu'avec son espèce ; Rabbi Meir dit : même avec une cordelette. Rabbi Meir a dit : il est arrivé que les gens de Jérusalem liaient leurs loulavim avec des anneaux d'or. Rabbi Yehuda lui répondit : est-ce là une preuve ? C'est avec son espèce qu'ils le liaient, en dessous. Rabbi Yehuda est fidèle à sa position, lui qui dit : le loulav requiert un lien (aguid) ; et s'il les lie avec une autre espèce, cela fait cinq espèces. Mais une fois accompli le lien obligatoire, s'il ajoute un autre lien pour l'ornement, il n'y a pas de bal tossif. Et de là nous apprenons, selon les Sages, que s'il a ajouté une autre espèce pour l'ornement, même dans le sens de sa croissance, il n'y a pas de bal tossif, puisqu'il n'a eu en vue que l'ornement. Et bien qu'au temps [de la mitsva] l'intention ne soit pas requise pour transgresser bal tossif -- cela vaut pour un ajout sans intention particulière ; mais s'il a eu en vue l'ornement, même dans le sens de sa croissance, c'est comme un lien surnuméraire selon Rabbi Yehuda. Et nous tenons sur ce point comme Rabbi Meir.
💡 Explication

La Guemara reprend la michna sur la taille minimale du cédrat -- une noix pour Rabbi Meir, un œuf pour Rabbi Yehuda -- et Rafram bar Papa signale que le même couple de mesures sépare les mêmes maîtres dans un domaine totalement étranger : la taille des pierres qu'on peut porter aux cabinets le Chabbat.

L'intérêt n'est pas conceptuel. Les deux débats n'ont aucun principe commun : ici il s'agit de savoir à partir de quelle taille un fruit compte comme fruit, là de savoir quelle pierre sert effectivement à se nettoyer. Ce que Rafram propose est un siman, un appui de mémoire -- deux mahlokot qui se superposent numériquement et se retiennent ensemble.

La baraita citée est elle-même remarquable : déplacer des pierres le Chabbat relève du mouktse, mais on l'a permis au nom de kevod ha-beriyot, la dignité des créatures, principe qui écarte un interdit d'ordre rabbinique. Tossefot y consacre une longue discussion sur la nature du lieu -- champ ouvert ou pièce close -- et sur ce qui vaut pour des cabinets fixes.

🖼️ Schéma
Deux débats, un seul couple de mesures Rafram bar Papa ne dit pas que les raisons sont les mêmes : il note que les chiffres le sont. Ici : le cédrat trop petit En dessous de quelle taille n'est-ce plus un fruit ? Rabbi Meir ke-egoz : comme une noix Rabbi Yehuda ke-beitsa : comme un œuf Enjeu : à partir de quand le fruit compte comme fruit. Le Roch tranche ici comme Rabbi Yehuda. Et pour le grand : R. Yehuda veut deux dans une main, R. Yossi admet même un seul dans les deux mains. Là-bas : les pierres du Chabbat Quelle taille de pierre peut-on porter aux cabinets ? Rabbi Meir ke-egoz : comme une noix Rabbi Yehuda ke-beitsa : comme un œuf Enjeu : jusqu'où la pierre sert-elle à se nettoyer. Le déplacement est permis par kevod ha-beriyot, la dignité des créatures, qui lève un interdit rabbinique. Aucun rapport de fond avec le cédrat : un simple appui de mémoire.
Rafram bar Papa ne rapproche pas deux raisons, mais deux couples de mesures : un appui de mémoire.
7
וּבַגָּדוֹל כְּדֵי שֶׁיֹּאחַז כּוּ׳. תַּנְיָא, אָמַר רַבִּי יוֹסֵי: מַעֲשֶׂה בְּרַבִּי עֲקִיבָא שֶׁבָּא לְבֵית הַכְּנֶסֶת וְאֶתְרוֹגוֹ עַל כְּתֵפוֹ! אָמַר לוֹ רַבִּי יְהוּדָה: מִשָּׁם רְאָיָה? אַף הֵם אָמְרוּ לוֹ: אֵין זֶה הָדָר.

Et pour un grand, de sorte qu'il puisse en tenir, etc. Il a été enseigné : Rabbi Yossi a dit : il est arrivé que Rabbi Akiva vint à la synagogue avec son cédrat sur l'épaule !

Rabbi Yehuda lui répondit : est-ce là une preuve ? Eux aussi lui ont dit : ce n'est pas hadar.

📜 Rachi (2)
עַל כְּתֵפוֹ מֵרֹוב גָּודְלוֹ:
Sur son épaule -- tant il était gros.
אֵין זֶה הָדָר ואע"ג דְּאוֹקֵימְנָא (לְעֵיל סֻוכָּה לא.) דְּטַעֲמָא דר' יְהוּדָה לָאו מִשּׁוּם הָדַר הוּא הָכִי קָאָמַר לֵיהּ אֲפִילּוּ לְדִידָךְ דְּלָא חָיְישַׁתְּ לְאִנְּפוֹלֵי וּמַייְתֵית רְאָיָה מֻדַּר' עֲקִיבָא אֵינָהּ רְאָיָה דְּאַף הֵם אָמְרוּ לוֹ אֵין זֶה הָדָר:
Ce n'est pas hadar -- et bien que nous ayons établi plus haut (Soukka 31a) que la raison de Rabbi Yehuda n'est pas fondée sur hadar, voici ce qu'il lui dit : même selon toi, qui ne te soucies pas de l'anpouli [du risque qu'il échappe des mains] et qui tires argument de Rabbi Akiva -- ce n'est pas une preuve, car eux aussi lui ont dit : ce n'est pas hadar.
💡 Explication

La michna limitait la taille maximale du cédrat : deux dans une seule main pour Rabbi Yehuda, un seul dans les deux mains pour Rabbi Yossi. La baraita apporte au soutien de Rabbi Yossi un maasse, un précédent : Rabbi Akiva venu à la synagogue avec un cédrat porté sur l'épaule. Un fait, chez un maître de cette stature, vaut argument.

Rabbi Yehuda démonte le précédent sans le nier : le fait est vrai, mais la scène ne se termine pas où Rabbi Yossi l'arrête. Les Sages présents ont bien dit à Rabbi Akiva ein ze hadar, ce n'est pas beau. Le précédent, lu jusqu'au bout, se retourne contre celui qui l'invoquait.

Rachi note une finesse : la position de Rabbi Yehuda ne repose pas elle-même sur hadar. Il argumente donc ad hominem -- même dans les termes de son contradicteur, la preuve ne tient pas.

8
מַתְנִי׳ אֵין אוֹגְדִין אֶת הַלּוּלָב אֶלָּא בְּמִינוֹ, דִּבְרֵי רַבִּי יְהוּדָה. רַבִּי מֵאִיר אוֹמֵר: אֲפִילּוּ (בְּחוּט) בִּמְשִׁיחָה. אָמַר רַבִּי מֵאִיר: מַעֲשֶׂה בְּאַנְשֵׁי יְרוּשָׁלַיִם שֶׁהָיוּ אוֹגְדִין אֶת לוּלְבֵיהֶן בְּגִימוֹנִיּוֹת שֶׁל זָהָב. אָמְרוּ לוֹ: בְּמִינוֹ הָיוּ אוֹגְדִין אוֹתוֹ מִלְּמַטָּה.

MICHNA. On ne lie le loulav qu'avec son espèce, parole de Rabbi Yehuda.

Rabbi Meir dit : même avec (un fil) une cordelette. Rabbi Meir a dit : il est arrivé que les gens de Jérusalem liaient leurs loulavim avec des anneaux d'or.

Ils lui ont répondu : c'est avec son espèce qu'ils le liaient, en dessous.

📜 Rachi (4)
מַתְנִי' אֵין אוֹגְדִין אֶת הַלּוּלָב אֶלָּא בְּמִינוֹ כְּדִמְפָרֵשׁ בגמ':
Michna. On ne lie le loulav qu'avec son espèce -- comme la Guemara l'explique.
חוּט שֶׁל מְשִׁיחָה ליכויי"ל בְּלַעַ"ז:
Un fil de cordelette -- lichouyel en langue vernaculaire.
גִּימוֹנִיּוֹת חוּטֵי זָהָב כְּפּוּפִין כְּגִימוֹן עַל שֵׁם הֲלִכּוֹף כְּאַגְמוֹן (יְשַׁעְיָהוּ נח):
Guimoniyot -- des fils d'or recourbés comme un guimon, d'après le verset : courber [la tête] comme un jonc (Isaie 58).
בְּמִינוֹ אוֹגְדִין אוֹתוֹ מִלְּמַטָּה לְשֵׁם מִצְוַת אֶגֶד וְזֶה לְנוֹי בְּעָלְמָא:
C'est avec son espèce qu'ils le liaient en dessous -- au titre de la mitsva du lien ; et l'or n'était là que pour l'ornement.
💡 Explication

Michna nouvelle. Le loulav est lié en bouquet avec le hadass et l'arava ; la question est de savoir avec quoi. Rabbi Yehuda impose be-mino, avec son espèce -- c'est-à-dire avec une matière issue des espèces elles-mêmes. Rabbi Meir permet n'importe quel lien, jusqu'à une simple ficelle.

Rabbi Meir argumente par un précédent, comme Rabbi Yossi au segment précédent : les gens de Jérusalem liaient leurs loulavim avec des guimoniyot, des anneaux d'or ouvragés. La réponse suit exactement la même technique que celle de Rabbi Yehuda plus haut -- on ne conteste pas le fait, on complète la scène : sous l'or, il y avait un lien fait de l'espèce elle-même. L'or ne liait pas, il décorait.

9
גְּמ׳ אָמַר רָבָא: אֲפִילּוּ בְּסִיב, אֲפִילּוּ בְּעִיקָּרָא דְּדִיקְלָא. וְאָמַר רָבָא: מַאי טַעְמֵיהּ דְּרַבִּי יְהוּדָה, קָסָבַר: לוּלָב צָרִיךְ אֶגֶד, וְאִי מַיְיתֵי מִינָא אַחֲרִינָא — הֲוָה חֲמִשָּׁה מִינֵי.

GUEMARA. Rava a dit : même avec du siv (la fibre qui pousse autour du palmier), même avec [un rejet de] la souche du palmier.

Et Rava a dit : quelle est la raison de Rabbi Yehuda ? Il tient que le loulav requiert un lien, et si l'on apporte une autre espèce, cela ferait cinq espèces.

📜 Rachi (4)
גְּמ' בְּסִיב אוליר"ה שֶׁגָּדֵל סְבִיב הַדֶּקֶל וְנִכְרָךְ סְבִיבוֹ כְּלוּלְבֵי גְּפָנִים:
Guemara. Avec du siv -- olire en langue vernaculaire : ce qui pousse autour du palmier et s'enroule autour de lui, comme les vrilles de la vigne.
עִיקָּרָא דְּדִיקְלָא לַחְתֹּוךְ מִמֶּנּוּ נְצָרִים וְקוֹלְפָן עַד שֶׁרְאוּיִין לְאֶגֶד וְטַעֲמָא דר' יְהוּדָה לָאו מִשּׁוּם הָדָר הוּא דְּהָא אוֹקִימְנָא דְּלָא בָּעֵי הָדַר אֶלָּא מִשּׁוּם דְּבָעֵי מִינוֹ:
La souche du palmier -- on en coupe des rejets que l'on pèle jusqu'à ce qu'ils soient propres à lier. Et la raison de Rabbi Yehuda n'est pas hadar, car nous avons déjà établi qu'il n'exige pas hadar ; c'est seulement qu'il exige son espèce.
וּמַאי טַעְמָא בָּעֵי מִינוֹ כֵּיוָן דְּאָמַר לוּלָב צָרִיךְ אֶגֶד הֲוָה לֵיהּ אַף הָאֶגֶד מִן הַמִּצְוָה:
Et quelle est la raison -- pour laquelle il exige son espèce ? Puisqu'il dit que le loulav requiert un lien, le lien lui-même fait partie de la mitsva.
וְאִי מַייְתֵי מִינָא אַחֲרִינָא כו' וְעוֹבֵר מִשּׁוּם בַּל תּוֹסִיף:
Et s'il apporte une autre espèce, etc. -- il transgresse alors bal tossif, l'interdit d'ajouter.
💡 Explication

Rava fait deux choses distinctes. D'abord il élargit la matière admise chez Rabbi Yehuda : le siv, cette bourre fibreuse qui enveloppe le tronc du dattier, et l ikkara de-dikla, un rejet de la souche pelé jusqu'à devenir souple. Ni l'un ni l'autre ne ressemble à une palme, et pourtant l'un et l'autre sont du palmier.

Ensuite il donne le motif de fond, qui explique pourquoi la matière du lien compte : loulav tsarikh aguid -- le loulav requiert un lien. Si le lien est requis par la mitsva, alors il n'est pas un simple accessoire technique : il entre dans l'objet de la mitsva. Et ce qui entre dans l'objet entre dans le compte des espèces.

D'où la conclusion : une matière étrangère porterait le bouquet à cinq espèces, et l'on tomberait sous bal tossif, l'interdit d'ajouter aux mitsvot. Rachi insiste sur le point décisif -- la position de Rabbi Yehuda n'a rien d'esthétique ; c'est une question d'arithmétique des espèces.

10
וְאָמַר רָבָא: מְנָא אָמֵינָא לַהּ דְּסִיב וְעִיקָּרָא דְּדִיקְלָא מִינָא דְלוּלַבָּא הוּא — דְּתַנְיָא: ״בְּסֻוכּוֹת תֵּשְׁבוּ״, סֻוכָּה שֶׁל כָּל דָּבָר, דִּבְרֵי רַבִּי מֵאִיר. רַבִּי יְהוּדָה אוֹמֵר: אֵין סֻוכָּה נוֹהֶגֶת אֶלָּא בְּאַרְבָּעָה מִינִים שֶׁבַּלּוּלָב. וְהַדִּין נוֹתֵן: וּמַה לוּלָב שֶׁאֵין נוֹהֵג בַּלֵּילוֹת כְּבַיָּמִים, אֵינוֹ נוֹהֵג אֶלָּא בְּאַרְבַּעַת מִינִין, סֻוכָּה שֶׁנּוֹהֶגֶת בַּלֵּילוֹת כְּבַיָּמִים — אֵינוֹ דִּין שֶׁלֹּא תְּהֵא אֶלָּא בְּאַרְבַּעַת מִינִין!

Et Rava a dit : d'où est-ce que je dis cela, que le siv et la souche du palmier sont de l'espèce du loulav ? De ce qu'il a été enseigné : ba-soukkot téchvou, vous demeurerez dans des soukkot -- une soukka faite de n'importe quoi, parole de Rabbi Meir.

Rabbi Yehuda dit : la soukka ne se pratique qu'avec les quatre espèces du loulav. Et le raisonnement le veut : si le loulav, qui ne se pratique pas la nuit comme le jour, ne se pratique qu'avec quatre espèces, la soukka, qui se pratique la nuit comme le jour, n'est-il pas juste qu'elle ne soit faite que des quatre espèces !

📜 Rachi (1)
אֶלָּא בְּאַרְבַּעַת מִינִין שֶׁבַּלּוּלָב וְכוּ' לְקַמָּן בְּפָ' לוּלָב וַעֲרָבָה (סֻוכָּה דַּף מג.) יָלְפִינַן מִקְּרָאֵי לוּלָב בַּיּוֹם וְסֻוכָּה בֵּין בַּיּוֹם בֵּין בַּלַּיְלָה:
Sinon avec les quatre espèces du loulav, etc. -- plus loin, au chapitre Loulav va-arava (Soukka 43a), nous dérivons des versets que le loulav se pratique de jour, et la soukka de jour comme de nuit.
🗂️ Tossefot (2)
דְּסִיב וְעִיקָּרָא דְּדִיקְלָא. מִכָּאן קָשֶׁה לְפִי' הַקּוּנְטְרֵס דְּפֶ' כָּל שָׁעָה (פְּסָחִים דַּף לט.) דִּתְנַן אֵלּוּ יְרָקוֹת שֶׁאָדָם יוֹצֵא בָּהֶן יְדֵי חוֹבָתוֹ בַּפֶּסַח וְקָחֲשִׁיב חַרְחֲבִינָא וּמְפָרֵשׁ בַּגְּמָרָא אַצְוָותָא דְּדִיקְלָא וּפִי' שָׁם בַּקּוּנְטְרֵס סִיב הַדֶּקֶל שֶׁגָּדֵל סְבִיב הַדֶּקֶל וְהָכָא מַשְׁמַע שֶׁהוּא מִין אִילָן וּבְהֶדְיָא אָמְרִינַן הָתָם מַה מַצָּה מִין זְרָעִים אַף מָרוֹר מִין זְרָעִים:
Que le siv et la souche du palmier. De la surgit une difficulté contre l'explication du Kountras au chapitre Kol chaa (Pessahim 39a) : nous y avons appris la liste des légumes avec lesquels on s'acquitte de son obligation à Pessa'h, et l'on y compte le harhavina, que la Guemara explique par atsvata de-dikla ; et le Kountras y a expliqué : le siv du palmier, qui pousse autour du palmier. Or ici il ressort que c'est une espèce d'arbre, alors que l'on dit explicitement là-bas : de même que la matsa est une espèce de semences, de même le maror doit être une espèce de semences.
רַבִּי יְהוּדָה אוֹמֵר אֵין סֻוכָּה נוֹהֶגֶת אֶלָּא בְּאַרְבַּעַת מִינִין שֶׁבַּלּוּלָב. וְלֵית לֵיהּ הָא דְּדָרְשִׁינַן בפ"ק (דַּף יב.) בְּאָסְפְּךָ מִגָּרְנְךָ וּמִיִּקְבֶךָ בִּפְסֹולֶת גֹּורֶן וָיֶקֶב הַכָּתוּב מְדַבֵּר ומ"מ מוֹדֶה דְּאֵין מְסַכְּכִין בְּדָבָר הַמְקַבֵּל טֻומְאָה אֲפִילּוּ מֵאַרְבַּעַת הַמִּינִים כְּגוֹן שֶׁעָשָׂה מֵהֶם כְּלִי אוֹ פֵּירוֹת דֶּקֶל דְּבָעֵינַן דֻּומְיָא (דַּאֲוִיר) לָמֶ"ד עַנְנֵי כָּבוֹד הָיוּ וּלְמַאן דְּאָמַר סֻוכּוֹת מַמָּשׁ עָשׂוּ לָהֶם יָלְפִי מִדְּאִיתַּקַּשׁ סֻוכָּה לַחֲגִיגָה דְּלָא שַׁייָּךְ לְאַקְשׁוֹיֵי אִי מָה חֲגִיגָה בַּעֲלֵי חַיִּים מֵאַחַר דְּלָא מַכְשִׁירִין אֶלָּא מֵאַרְבַּעַת הַמִּינִים וְהָא דְּאִיפְּלִיגוּ ר"מ וְר' יְהוּדָה בפ"ק (דַּף יד:) בִּנְסָרִים שֶׁאֵין בָּהֶם ד' וְקָתָנֵי וּמוֹדֶה ר"מ דְּאִם יֵשׁ בֵּין נֶסֶר לְנֶסֶר כִּמְלֹא נֶסֶר שֶׁמַּנִּיחַ פְּסָל אֶחָד בֵּינֵיהֶן דְּמַשְׁמַע פָּסַל לְשׁוֹן פְּסֹולֶת הַגֹּורֶן וְיֶקֶב כִּדְפֵירֵשׁ שָׁם בַּקּוּנְטְרֵס וְקָאָמַר דְּמוֹדֶה לְרַבִּי יְהוּדָה לֹא בִּשְׁבִיל שֶׁיַּכְשִׁיר רַבִּי יְהוּדָה בִּפְסֹולֶת גֹּורֶן וְיֶקֶב אִי נָמֵי מַה שֶׁגָּזַר וּפָסַל מִן הָאִילָן קָרֵי לֵיהּ פָּסַל:
Rabbi Yehuda dit : la soukka ne se pratique qu'avec les quatre espèces du loulav. Il n'admet donc pas ce que nous dérivons au premier chapitre (12a) de be-ospekha mi-gornekha ou-mi-yikvekha : le verset parle des déchets de l'aire et du pressoir. Et néanmoins il admet que l'on ne couvre pas avec ce qui est susceptible d'impureté, même parmi les quatre espèces -- par exemple s'il en a fait un ustensile, ou avec les fruits du palmier -- car nous exigeons quelque chose de semblable (à l'air), selon celui qui dit que c'étaient les nuées de gloire ; et selon celui qui dit qu'ils se sont fait de véritables cabanes, on le dérive de ce que la soukka est mise en analogie avec la hagiga, sans qu'on puisse objecter : de même que la hagiga est un être vivant -- puisqu'il ne déclare valides que les quatre espèces. Quant à la divergence de Rabbi Meir et Rabbi Yehuda au premier chapitre (14b) à propos des planches n'ayant pas quatre [largeurs de main], où il est enseigné : et Rabbi Meir admet que s'il y a entre planche et planche la largeur d'une planche, on place un pessal entre elles -- d'où il ressort que pessal désigne les déchets (pessolet) de l'aire et du pressoir, comme le Kountras l'a expliqué là, et où il est dit qu'il concède à Rabbi Yehuda -- ce n'est pas parce que Rabbi Yehuda déclarerait valides les déchets de l'aire et du pressoir ; ou bien encore : ce que l'on a coupé et taillé de l'arbre est appelé pessal.
⚖️ Rosh (1)
גְּמָ' אָמַר רַב מַחְלֹוקֶת בִּנְסָרִים שֶׁיֵּשׁ בָּהֶן אַרְבָּעָה דְּרַבִּי מֵאִיר אִית לֵיהּ גְּזֵירַת תִּקְרָה ור"י לֵית לֵיהּ גְּזֵירַת תִּקְרָה אֲבָל אֵין בָּהֶן ד' דִּבְרֵי הַכֹּל כְּשֵׁירָה וּשְׁמוּאֵל אָמַר בִּנְסָרִים שֶׁאֵין בָּהֶן אַרְבָּעָה מַחֲלֹוקֶת אֲבָל יֵשׁ בָּהֶן אַרְבָּעָה ד"ה פְּסוּלִים וּפָרִיךְ אֵין בָּהֶן אַרְבָּעָה וַאֲפִילּוּ פָּחוֹת מג' קָנִים בְּעָלְמָא נִינְהוּ אָמַר רַב פָּפָּא ה"ק יֵשׁ בָּהֶן אַרְבָּעָה דִּבְרֵי הַכֹּל פְּסוּלָה פָּחוֹת מִשְּׁלֹשָׁה ד"ה כְּשֵׁירָה כִּי פְּלִיגִי מג' וְעַד אַרְבָּעָה מ"ס כֵּיוָן דְּלֵיכָּא שִׁיעוּר מָקוֹם לָא גָּזְרִינַן ומ"ס כֵּיוָן דִּנְפַקוּ לְהוּ מִתּוֹרַת לָבוּד גָּזְרִינַן: אִיתְּמַר הֲפָכָן עַל צַיְּדָן לְהָנֵי נְסָרִים שֶׁיֵּשׁ בָּהֶן אַרְבָּעָה רַב הוּנָא אָמַר פְּסוּלָה רַב חִסְדָּא וְרַבָּה בַּר רַב הוּנָא אָמְרִי כְּשֵׁירָה. אִיקְּלַע רַב נַחְמָן לְסוּרָא עַל לְגַבֵּיהּ רַב חִסְדָּא וְרַבָּה בַּר רַב הוּנָא אֲמַרוּ לוֹ הֲפָכָן עַל צַיְּדָן מַהוּ אָמַר לָהֶן פְּסוּלָה נַעֲשִׂין כְּשַׁפּוּדִין שֶׁל מַתֶּכֶת וְכֵן הִלְכְתָא וְאַלִּיבָּא דְּרַב לָא מִיתּוֹקְמָא הַךְ פְּלֻוגְתָּא דְּאָמוֹרָאֵי אֶלָּא אַלִּיבָּא דְרַבִּי מֵאִיר וּבִרְחָבִין אַרְבָּעָה וקי"ל בְּפֶרֶק מִי שֶׁהוֹצִיאוּהוּ (עֵירוּבִין דַּף מו:) דְּרַבִּי מֵאִיר וְרַבִּי יְהוּדָה הֲלָכָה כְּרַבִּי יְהוּדָה אֲבָל אַלִּיבָּא דִּשְׁמוּאֵל מִיתּוֹקְמָא שַׁפִּיר לכ"ע וּמִתּוֹךְ כָּךְ נִרְאֶה דְּהִלְכְתָא כִּשְׁמוּאֵל ואע"ג דקי"ל הִלְכְתָא כְּרַב בְּאִיסּוּרֵי וְעוֹד לְקַמָּן בְּפֶרֶק לוּלָב הַגָּזוּל (סֻוכָּה דַּף לוֹ:) דְּקָאָמַר רַבִּי יְהוּדָה סֻוכָּה אֵינָהּ נוֹהֶגֶת אֶלָּא בְּאַרְבָּעָה מִינִין שֶׁבַּלּוּלָב וּפָרִיךְ שָׁם לז. מֵהָא בָּרַיְיתָא דְּתַנְיָא כְּוָותֵיהּ דִּשְׁמוּאֵל סִיכְּכָהּ בִּנְסָרִים שֶׁל אֶרֶז וְלָא מַיְיתֵי מֵהַךְ דְּתַנְיָא כְּוָותֵיהּ דְּרַב ש"מ דְּהַךְ דִּשְׁמוּאֵל עִיקָּר. וְכֵן פָּסַק הָרַב אַלְפָסִי וְהֵבִיא רְאָיָה מֵהָא דְּרַב פָּפָּא דס"ל כְּוָותֵיהּ וְאֵינָהּ. רְאָיָה כָּל כָּךְ לְפִי שֶׁדֶּרֶךְ אָמוֹרָאֵי בָּתְרָאֵי לְפָרֵשׁ דִּבְרֵי הָרִאשׁוֹנִים וְאַף עַל גַּב דְּלָא סְבִירָא לְהוּ כְּוָותַיְהוּ וְכֵן פָּסַק ר"ח וְהָרַמְבַּ"ם זַ"ל פ"ה מֹהַל' סֻוכָּה ה"ז והר"ז הַלֵּוִי וה"ר יְשַׁעְיָה דְּטַרָאנִי דַּהֲלָכָה כִּשְׁמוּאֵל וְהָרָאָבָ"ד זַ"ל פָּסַק כְּר' מֵאִיר בִּגְזֵירוֹתָיו וּכְרַב וְהַכֹּל עוֹלֶה לְסִגְנוֹן אֶחָד:
Guemara. Rav a dit : la controverse porte sur des planches ayant quatre [largeurs de main], car Rabbi Meir tient le décret de la toiture (guezerat tikra) et Rabbi Yehuda ne le tient pas ; mais si elles n'ont pas quatre, tous s'accordent qu'elle est valide. Et Chmouel a dit : la controverse porte sur des planches n'ayant pas quatre ; mais si elles ont quatre, tous s'accordent qu'elles sont invalides. Et la Guemara objecte : si elles n'ont pas quatre, même moins de trois, ce ne sont que de simples roseaux ! Rav Papa a dit : voici ce qu'il veut dire -- si elles ont quatre, tous s'accordent qu'elle est invalide ; moins de trois, tous s'accordent qu'elle est valide ; leur divergence porte sur ce qui va de trois à quatre. L'un tient que, puisqu'il n'y a pas la mesure d'un lieu, on ne décrète pas ; l'autre tient que, puisqu'elles sont sorties de la règle de lavoud, on décrète. Il a été dit : s'il les a retournées sur le côté -- pour ces planches qui ont quatre -- Rav Houna a dit : invalide ; Rav Hisda et Rabba bar Rav Houna ont dit : valide. Rav Nahman se trouva à Soura ; Rav Hisda et Rabba bar Rav Houna vinrent à lui et lui demandèrent : s'il les a retournées sur le côté, qu'en est-il ? Il leur répondit : invalide, elles deviennent comme des broches de métal. Telle est la halakha. Or, selon Rav, cette controverse d'Amoraim ne peut se soutenir que selon Rabbi Meir et pour des planches larges de quatre -- et nous avons pour règle, au chapitre Mi che-hotsiouhou (Erouvin 46b), que dans une divergence entre Rabbi Meir et Rabbi Yehuda la halakha suit Rabbi Yehuda. Selon Chmouel, en revanche, elle se soutient bien selon tous. De là il paraît que la halakha suit Chmouel, bien que nous ayons pour règle que la halakha suit Rav en matière d'interdits. De plus, plus loin au chapitre Loulav ha-gazoul (Soukka 36b), où Rabbi Yehuda dit que la soukka ne se pratique qu'avec les quatre espèces du loulav, la Guemara objecte là (37a) à partir de la baraita enseignée conformément à Chmouel -- s'il l'a couverte de planches de cèdre -- et elle n'apporte pas celle qui a été enseignée conformément à Rav : preuve que la position de Chmouel est l'essentiel. Ainsi a tranché le Rav Alfassi, qui apporte une preuve du propos de Rav Papa, lequel tiendrait comme lui ; mais ce n'est pas une preuve si forte, car il est d'usage chez les derniers Amoraim d'expliquer les propos des premiers même sans tenir comme eux. Ainsi ont tranché également Rabbenou Hananel, le Rambam de mémoire bénie (Lois de la Soukka, chapitre 5, halakha 7), Rabbi Zerahia ha-Levi et Rabbi Yechaya di Trani : la halakha suit Chmouel. Le Raavad, de mémoire bénie, a tranché comme Rabbi Meir dans ses décrets et comme Rav -- et tout revient au même résultat.
💡 Explication

Rava doit encore prouver que le siv et la souche sont bien min de-loulav, de l'espèce du palmier, et non une matière quelconque. Sa preuve vient d'ailleurs : de la baraita sur le matériau de la soukka. Rabbi Yehuda y soutient que le toit ne peut être fait que des quatre espèces -- or on couvre couramment avec du siv. S'il ne proteste pas, c'est que le siv compte comme palmier.

La baraita elle-même présente une position isolée et forte. Rabbi Meir lit ba-soukkot téchvou sans restriction de matière ; Rabbi Yehuda restreint aux quatre espèces et l'appuie par un kal va-homer : le loulav, mitsva de jour seulement, est déjà limité à quatre espèces -- la soukka, qui vaut nuit et jour, doit l'être à plus forte raison.

Le raisonnement transporte une gravité d'un cas léger vers un cas lourd : c'est exactement la forme d'un kal va-homer. Le segment suivant montrera que la forme ne suffit pas.

🖼️ Schéma
Le kal va-homer de Rabbi Yehuda, et pourquoi il se retourne La forme du raisonnement est correcte ; c'est son effet final qui le disqualifie. Le loulav -- le cas léger Ne se pratique pas la nuit comme le jour. Et pourtant : limité à quatre espèces. Moins de portée, et déjà une contrainte forte. La soukka -- le cas lourd Se pratique la nuit comme le jour. À plus forte raison : quatre espèces seulement. Conclusion voulue par Rabbi Yehuda. Le retournement Début : on durcit -- le toit ne peut plus être fait de n'importe quoi. Fin : on allège -- ces quatre espèces couvrent mal, et le toit devient plus permissif qu'il ne devrait. La règle des Sages : ein ze din Tout din dont le début est rigueur et la fin indulgence n'est pas un din. Un kal va-homer transporte une gravité ; s'il aboutit à une facilité, il a détruit ce qu'il transportait.
Le kal va-homer de Rabbi Yehuda : sa forme est correcte, mais son point d'arrivée dément son point de départ.
11
אָמְרוּ לוֹ: כָּל דִּין שֶׁאַתָּה דָּן תְּחִלָּתוֹ לְהַחְמִיר וְסוֹפוֹ לְהָקֵל — אֵינוֹ דִּין.

Ils lui ont dit : tout raisonnement que tu conduis, dont le début est une rigueur et la fin une indulgence, n'est pas un raisonnement.

📜 Rachi (1)
אָמְרוּ לוֹ כָּל דִּין ק"ו שֶׁאַתָּה דָּן שֶׁתְּחִילָּתוֹ לְהַחְמִיר וְסוֹפוֹ לְהָקֵל אֵינוֹ דִּין קַל וָחֹומֶר שֶׁאַתָּה מַתְחִיל לִדְרֹושׁ עַל יְדֵי חֹומֶר שֶׁיֵּשׁ בּוֹ לְהָבִיא לוֹ חֹומֶר אַחֵר בק"ו מִן הַקַּל כְּגוֹן זֶה וְסוֹפוֹ שֶׁאַתָּה מֵיקֵל עָלָיו בְּחֹומֶר זֶה שֶׁהֵבֵאתָ בּוֹ שֶׁהוּא נֶהְפַּךְ לְהָקֵל אֵינוֹ ק"ו הָגוּן שֶׁהֲרֵי הַדִּין מְלַמֵּד עָלָיו חֹומֶר וְאַתָּה מֵבִיא עָלָיו קַל:
Ils lui ont dit : tout kal va-homer que tu conduis, dont le début est une rigueur et la fin une indulgence, n'est pas un raisonnement -- un kal va-homer que tu commences à déduire au moyen d'une rigueur qui se trouve dans un cas, pour lui apporter une autre rigueur par kal va-homer depuis le cas léger, comme celui-ci, et qui finit par te faire alléger sur lui du fait même de cette rigueur que tu lui as apportée, en sorte qu'elle se retourne en indulgence -- ce n'est pas un kal va-homer convenable, car le raisonnement enseignait sur lui une rigueur et voilà que tu lui apportes une facilité.
🗂️ Tossefot (1)
כָּל דִּין שֶׁאַתָּה דָּן תְּחִילָּתוֹ לְהַחְמִיר וְסוֹפוֹ לְהָקֵל אֵינוֹ דִּין. כִּי הַאי גַווְנָא פְּלִיגִי פֶּרֶק כָּל שָׁעָה (פְּסָחִים דַּף כז: וְשָׁם) דָּר' יְהוּדָה אוֹמֵר אֵין בִּיעוּר חָמֵץ אֶלָּא שְׂרֵיפָה ק"ו מִנּוֹתָר שֶׁאֵינוֹ בְּבַל יֵרָאֶה וּמַהְדְּרִי לֵיהּ רַבָּנָן שֶׁאוֹתוֹ דִּין תְּחִילָּתוֹ לְהַחְמִיר וְסוֹפוֹ לְהָקֵל אִם לֹא מָצָא עֵצִים לְשָׂורְפוֹ וּבְהַהִיא קַייְמָא לַן כְּרַבִּי יְהוּדָה דִּסְתָם מַתְנִיתִין פֶּרֶק בָּתְרָא דִתְמוּרָה (דַּף לג:) דְּחָמֵץ בִּשְׂרֵיפָה אַלְמָא חָשְׁבִינַן לֵיהּ דִּין אַף עַל פִּי שֶׁסּוֹפוֹ לְהָקֵל וְתֵימַהּ דְּהָכָא אֵין הֲלָכָה כְּר' יְהוּדָה דְּלָא מַכְשַׁר אֶלָּא בְּד' מִינִין דִּסְתָם מַתְנֵי' בפ"ק (דַּף יא.) כְּרַבָּנָן בְּהִדְלָה עָלֶיהָ אֶת הַגֶּפֶן וְאֶת הַדְּלַעַת דְּקָתָנֵי אוֹ שֶׁקָּצַץ כְּשֵׁרָה וְי"ל דְּהָא דקי"ל הָתָם כְּרַבִּי יְהוּדָה הַיְינוּ מִכֹּחַ דִּין אַחֵר וְיָלֵיף בְּמַה מָצִינוּ מִנּוֹתָר שֶׁיֶּשְׁנוֹ בְּבַל תּוֹתִירוּ וְחָמֵץ יֶשְׁנוֹ בְּבַל תּוֹתִירוּ מַה נוֹתָר בִּשְׂרֵיפָה אַף חָמֵץ בִּשְׂרֵיפָה דאע"פ שֶׁאָמְרוּ לוֹ חֲכָמִים אָשָׁם תָּלוּי וְחַטָּאת הַבָּא עַל הַסָּפֵק יוֹכִיחוּ שֶׁהֵם בְּבַל תּוֹתִירוּ וְאַתְּ אָמַרְתָּ בִּקְבוּרָה וְשָׁתַק ר' יְהוּדָה אַלְמָא הֲדַר בֵּיהּ מֵהַהִיא אע"ג דְּהוּא. שָׁתַק אֲנַן לָא שָׁתְקִינַן דְּלָא שָׁתַק אֶלָּא מִתּוֹךְ דִּבְרֵי עַצְמוֹ בְּמַה שֶׁאוֹמֵר בְּמָקוֹם אַחֵר דְּנוֹתָר בִּקְבוּרָה אֲבָל אֲנַן סָבְרִינַן בִּשְׂרֵיפָה וְאֵין כָּאן יוֹכִיחַ:
Tout raisonnement que tu conduis, dont le début est une rigueur et la fin une indulgence, n'est pas un raisonnement. Une divergence du même ordre figure au chapitre Kol chaa (Pessahim 27b) : Rabbi Yehuda dit que l'élimination du hamets ne se fait que par le feu, par kal va-homer depuis le notar, qui pourtant n'est pas sous le coup de bal yéraéh ; et les Sages lui répondent que ce raisonnement commence par une rigueur et finit par une indulgence -- s'il ne trouve pas de bois pour le brûler. Or la-bas, nous tranchons comme Rabbi Yehuda, puisque la michna anonyme du dernier chapitre de Temoura (33b) enseigne que le hamets se détruit par le feu : il en ressort que nous tenons cela pour un raisonnement valable bien que sa fin soit une indulgence. Et c'est étonnant, car ici la halakha ne suit pas Rabbi Yehuda, qui ne déclare valides que les quatre espèces, la michna anonyme du premier chapitre (11a) suivant les Sages -- à propos de celui qui a fait courir sur elle une vigne ou une courge, où il est enseigné : ou bien s'il l'a coupée, elle est valide. On peut répondre : ce pour quoi nous tranchons là-bas comme Rabbi Yehuda tient à un autre raisonnement -- il dérive par ma matsinou depuis le notar : le notar est sous le coup de bal totîrou et le hamets est sous le coup de bal totîrou ; de même que le notar se détruit par le feu, de même le hamets se détruit par le feu. Et bien que les Sages lui aient dit : l'acham talouy et le hattat apporté en cas de doute le prouveront, eux qui sont sous le coup de bal totîrou et dont tu dis pourtant qu'ils s'éliminent par enfouissement -- et bien que Rabbi Yehuda se soit tu, ce qui indiquerait qu'il s'est rétracté de ce raisonnement -- même s'il s'est tu, nous ne nous taisons pas : il ne s'est tu qu'en raison de ses propres paroles, ayant dit ailleurs que le notar s'élimine par enfouissement, alors que nous, nous tenons qu'il se détruit par le feu ; et dès lors il n'y a ici aucune preuve contraire.
💡 Explication

Les Sages ne répondent pas au contenu du kal va-homer : ils en refusent la forme d'effet. La règle énoncée est générale et vaut pour toute la logique talmudique : tout din dont le début est une rigueur et la fin une indulgence n'est pas un din.

Applique ici : Rabbi Yehuda part d'une rigueur -- restreindre le matériau du toit aux quatre espèces -- mais il aboutit à une facilité, car ces espèces couvrent mal et fournissent un toit moins consistant que les branchages ordinaires. Le raisonnement détruit en arrivant ce qu'il prétendait établir en partant.

Tossefot signale aussitôt que la règle n'est pas appliquée partout : sur l'élimination du hamets (Pessahim 27b), la halakha suit Rabbi Yehuda alors que le même reproche lui était fait. Sa réponse est que la halakha y repose sur un autre appui -- un ma matsinou tiré du notar -- et non sur le kal va-homer contesté. La règle tient donc ; c'est la base de la décision qui diffère.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).