Sougya : Le folio achève d'abord la réfutation du kal va-homer par lequel Rabbi Yehouda voulait restreindre le s'khakh de la soukka aux seules quatre espèces du loulav : on lui oppose qu'un tel raisonnement de rigueur produirait un allègement complet pour qui ne trouve pas ces espèces, puis le verset de Nehemie qui fait bâtir des soukkot avec de l'olivier et de l'arbre à huile ; Rabbi Yehouda s'en tire en partageant le verset entre parois et couverture. De ce détour la Guemara tire enfin la réponse à la question ouverte en 36b : puisqu'il autorise les planches, tirées du tronc du palmier, c'est que le siv et le tronc comptent pour lui comme espèce du loulav, et servent donc au lien.
Une dernière baraita le montre validant des planches de erez ; la parade est lexicale — erez ne désigne pas ici le cèdre mais le myrte, car dix arbres portent ce nom — et Tossefot signale aussitôt qu'elle ne vaut pas dans l'école de Rav, tandis que le Roch en tire de quoi trancher la halakha comme Shmuel. La seconde moitié du folio passe au loulav lui-même et à ce qui s'interpose entre lui et la main : les anneaux d'or des notables de Jérusalem, sauvés par un lien de même espèce placé dessous ; la consigne de Rabba de réserver un beit yad sous le lien du hochana de l'Exilarque ; l'interdiction, toujours de Rabba, de saisir le loulav à travers une étoffe, faute de lekiha tama.
Rava s'y oppose deux fois — ce qui embellit n'interpose pas, et prendre par l'intermédiaire d'un autre objet est bien prendre — puis argumente depuis l'hysope rallongé d'un fil dans les eaux de la vache rousse. Cette preuve est écartée, le fil attaché valant comme le corps de l'hysope, et le folio se ferme sur une seconde preuve : la cendre tombée seule du tube dans la cuve invalide la sanctification, signe que c'est l'acte de prendre, et non le contact, que la Torah requiert.
S'il n'a pas trouvé les quatre espèces, resterait-il assis sans rien faire ?! Or la Torah a dit : « Dans des soukkot vous demeurerez sept jours » — une soukka faite de n'importe quel matériau.
Et de même, dans Ezra il est dit : « Sortez vers la montagne et rapportez des feuilles d'olivier, des feuilles d'arbre à huile, des feuilles de myrte, des feuilles de palmier et des feuilles d'arbre touffu, et (faites) des soukkot comme il est écrit » !
Le folio s'ouvre au milieu d'une réfutation. En 36b, Rabbi Yehouda déduisait par kal va-homer (à fortiori) que la soukka ne peut être couverte qu'avec les quatre espèces du loulav : si le loulav, mitsva plus légère puisqu'elle ne vaut pas la nuit, exige néanmoins ces quatre espèces, la soukka, plus grave puisqu'elle vaut nuit et jour, les exigerait à plus forte raison.
Deux objections tombent ici. La première est une reductio ad absurdum : celui qui n'a pas de quatre espèces sous la main n'aurait alors aucune soukka du tout. Un raisonnement de rigueur produirait ainsi un allégement complet, ce qui le disqualifie ; et le verset dit simplement « soukkot », sans spécifier de matière. La seconde est un verset historique : au retour de l'exil, Nehemie fait construire des soukkot avec de l'olivier et de l'arbre à huile — qui ne sont pas des quatre espèces.
Et Rabbi Yehouda soutient : celles-là — [feuilles d'olivier et d'arbre à huile] — sont pour les parois ; les feuilles de myrte, les feuilles de palmier et les feuilles d'arbre touffu sont pour le s'khakh (la couverture). Et nous avons appris dans une michna : on couvre [la soukka] avec des planches, paroles de Rabbi Yehouda.
Il en ressort donc que le siv (la fibre du palmier) et le tronc du palmier sont de l'espèce du loulav. Conclus-en qu'il en est bien ainsi.
Rabbi Yehouda se défend en partageant le verset de Nehemie : les espèces qui ne sont pas du loulav servaient aux parois, dont personne n'a jamais exigé qu'elles soient d'une matière particulière ; celles qui sont du loulav — myrte, palmier, arbre touffu — servaient au s'khakh. La thèse tient donc.
La Guemara en tire alors un bénéfice inattendu, qui résout la question ouverte en 36b : de quoi peut-on faire le lien (agad) du loulav sans introduire une cinquième espèce ? Rabbi Yehouda autorise de couvrir la soukka avec des planches ; or les planches viennent du tronc du palmier. S'il les admet alors qu'il n'admet que les quatre espèces, c'est donc que le siv (la fibre) et l'ikkara de-dikla (le tronc) comptent à ses yeux comme espèce du loulav. La preuve est bouclée : chema mina.
Mais Rabbi Yehouda a-t-il vraiment dit : les quatre espèces, oui ; autre chose, non ? N'a-t-on pas enseigné dans une baraita : s'il l'a couverte de planches de erez (cèdre) qui ont quatre tefahim [de large], tous s'accordent qu'elle est passoul (invalide).
Si elles n'ont pas quatre tefahim — Rabbi Meir invalide et Rabbi Yehouda déclare kacher. Et Rabbi Meir concède que s'il y a entre une planche et l'autre l'équivalent de la largeur d'une planche, on place entre elles du pessal (les déchets de l'aire et du pressoir) et elle est kacher !
Troisième attaque, et la plus sérieuse : une baraita montre Rabbi Yehouda validant une soukka couverte de planches de erez. Le cèdre n'appartient pas aux quatre espèces — il accepterait donc bien d'autres matières.
La baraita mobilise deux notions techniques. La gezerat tikra : une planche large ressemble à un vrai plafond de maison, et l'on craint que l'on ne finisse par tenir sa maison pour une soukka ; d'où le seuil de quatre tefahim (largeurs de main). Et le pessal : les rebuts de l'aire et du pressoir, matière de couverture indiscutablement valable, que l'on intercale entre les planches pour rompre l'impression de plafond.
Qu'est-ce que le erez [dont parle la baraita] ? Le myrte — conformément à Rabba bar Rav Houna.
Car Rabba bar Rav Houna a dit : on dit dans la maison de Rav qu'il y a dix espèces de erez, ainsi qu'il est dit : « Je mettrai dans le désert le erez, l'acacia, le myrte, etc. »
La parade est lexicale et non juridique : le mot erez ne désigne pas le seul cèdre. Isaie 41,19 énumère plusieurs arbres à la suite, et l'école de Rav lit cette liste comme une énumération de dix variétés portant toutes ce nom — le myrte (hadas) en faisant partie. La baraita parlait donc de planches de myrte, qui est bien l'une des quatre espèces, et cesse d'être une contre-preuve.
Tossefot signale aussitôt la fragilité du procédé : selon Rav Yehouda au nom de Rav (Roch Hachana 23a), il n'y a que quatre espèces de erez, et le myrte n'y figure pas. La réponse ne fonctionne donc pas dans toutes les écoles — ce qui est précisément l'un des arguments que le Roch mobilise pour trancher entre Rav et Shmuel.
« Rabbi Meir dit : même avec une ficelle, etc. » Il a été enseigné : Rabbi Meir a dit — il est arrivé que les notables de Jérusalem liaient leurs loulavim avec des anneaux d'or. Ils lui répondirent : est-ce là une preuve ?
C'est avec son espèce qu'ils le liaient, en dessous.
Le folio revient à la michna. Le débat porte sur la matière du lien du loulav. Pour les Sages, il faut lier avec la même espèce, sans quoi on ajouterait une cinquième espèce à celles que la Torah a prescrites — transgression de bal tossif (ne rien ajouter). Rabbi Meir autorise n'importe quelle ficelle et invoque un précédent : les notables de Jérusalem employaient des anneaux d'or.
La réponse des Sages est fine : ces anneaux existaient bien, mais sous eux se trouvait un lien de la même espèce. Comme le lien halakhiquement opérant était déjà en place, l'or n'était plus qu'un ornement — et un ornement n'ajoute rien à la mitsva, donc ne transgresse pas bal tossif. Le principe qui se dégage ici (ce qui embellit ne compte pas comme composant) est exactement celui que Rava invoquera au segment suivant contre Rabba.
Rabba dit à ceux qui confectionnaient le hochana (le bouquet des quatre espèces) de la maison du Resh Galouta (l'Exilarque) : quand vous liez le hochana de la maison de l'Exilarque, laissez-y une prise pour la main (beit yad), afin qu'il n'y ait pas de hatsitsa (interposition).
Application pratique. Le bouquet de l'Exilarque — chef de la communauté de Babylonie — était richement lié et décore sur toute sa hauteur. Rabba craint que celui qui le prend ne touche jamais le loulav lui-même : sa main ne rencontrerait que le lien.
Sa consigne est de réserver au bas une zone nue, le beit yad (littéralement : la maison de la main), pour éviter une hatsitsa. Deux présupposés portent cette instruction : d'abord que le lien ne fait pas partie de la mitsva — sinon il ferait corps avec elle — ce qui aligne Rabba sur les Sages pour qui l'agad n'est pas requis ; ensuite que même une matière de même espèce (min be-mino) interpose, ou au moins pourrait interposer. Tossefot montre que ce second point est précisément ce qui n'est pas établi.
Rava dit : tout ce qui est destiné à l'embellir n'interpose pas. Et Rabba a dit : qu'un homme ne saisisse pas le hochana avec un soudar (une étoffe), car j'exige une lekiha tama (une prise complète) et il n'y en a pas.
Et Rava dit : une prise par l'intermédiaire d'un autre objet est appelée prise.
Rava conteste la consigne de Rabba par un principe général : ce qui est là pour embellir l'objet de la mitsva n'est pas un corps étranger, il en fait partie — c'est exactement la logique des Sages sur les anneaux d'or du segment 4. Aucun beit yad n'est donc nécessaire.
Le même couple se rejoue aussitôt sur un second cas, plus net : tenir le loulav à travers une étoffe enroulée sur la main. Ici le tissu n'embellit rien, et la fracture apparaît dans sa forme pure. Rabba exige une lekiha tama — une prise entière, sans médiation. Rava pose au contraire que lekiha al yedei davar aher chema lekiha : ce que la Torah requiert est l'acte de prendre, non le contact de la peau. Tossefot nuancera : cette permission ne vaut que derekh kavod, de manière honorable, et non lorsque le procédé est dégradant pour la mitsva.
Rava dit : d'où est-ce que je tire qu'une prise par l'intermédiaire d'un autre objet est appelée prise ? De ce que nous avons appris dans une michna : un hysope trop court — on le rallonge avec un fil ou avec un fuseau, puis on le trempe, on le retire, on saisit l'hysope et on asperge.
Or pourquoi [serait-ce valable] ? « Il prendra », « et il trempera », a dit le Miséricordieux !
Il faut donc bien en conclure : une prise par l'intermédiaire d'un autre objet est appelée prise.
Rava cherche un appui textuel dans un tout autre domaine : la purification par les eaux de la para adouma (la vache rousse). Ces eaux étaient transportées et conservées dans de longs tubes de roseau ; l'hysope avec lequel on asperge pouvait être trop court pour atteindre le liquide au fond. La michna autorise alors à le rallonger d'un fil ou d'un fuseau.
L'argument est serré. Le verset (Nombres 19,18) dit « il prendra de l'hysope et trempera dans l'eau » : la prise est donc requise au moment même du trempage. Or à ce moment-là, la main ne tient pas l'hysope mais son prolongement — et c'est néanmoins valable. Donc la prise indirecte est une prise. Rachi ajoute une précision d'exécution : le fil ne sert qu'à tremper ; pour l'aspersion elle-même, il faut reprendre l'hysope en main, sinon il oscille et l'on ne vise plus.
D'où [cette preuve tiendrait-elle] ? Peut-être est-ce différent là-bas : puisqu'il l'a attaché, c'est comme son propre corps.
Plutôt, [tirons-le] de ceci : si [la cendre] est tombée du tube dans la cuve — c'est passoul.
La preuve de Rava est écartée par une distinction : le fil est attaché à l'hysope, donc juridiquement assimilé à son propre corps — la prise n'y est pas indirecte du tout. L'étoffe, elle, n'est pas attachée au loulav ; le cas ne se transpose pas.
Rava produit alors une seconde preuve, prise du même rituel. Pour sanctifier l'eau, on verse la cendre de la vache rousse depuis un tube dans la cuve (choket). Si la cendre y tombe d'elle-même, la sanctification est passoul : le verset exige « ils prendront de la cendre... et il mettra », donc un acte de prise délibérée. Cela établit exactement ce que Rava soutient : ce qui est requis est l'acte de prendre — et c'est pourquoi il peut être accompli par un intermédiaire, alors qu'une chute accidentelle, même avec contact parfait, ne vaut rien.
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).