Soukka 37a — De quoi couvre-t-on une soukka, et comment tient-on un loulav : le mot erez et la question de la hatsitsa

Sukkah 37a

Sougya : Le folio achève d'abord la réfutation du kal va-homer par lequel Rabbi Yehouda voulait restreindre le s'khakh de la soukka aux seules quatre espèces du loulav : on lui oppose qu'un tel raisonnement de rigueur produirait un allègement complet pour qui ne trouve pas ces espèces, puis le verset de Nehemie qui fait bâtir des soukkot avec de l'olivier et de l'arbre à huile ; Rabbi Yehouda s'en tire en partageant le verset entre parois et couverture. De ce détour la Guemara tire enfin la réponse à la question ouverte en 36b : puisqu'il autorise les planches, tirées du tronc du palmier, c'est que le siv et le tronc comptent pour lui comme espèce du loulav, et servent donc au lien.

Une dernière baraita le montre validant des planches de erez ; la parade est lexicale — erez ne désigne pas ici le cèdre mais le myrte, car dix arbres portent ce nom — et Tossefot signale aussitôt qu'elle ne vaut pas dans l'école de Rav, tandis que le Roch en tire de quoi trancher la halakha comme Shmuel. La seconde moitié du folio passe au loulav lui-même et à ce qui s'interpose entre lui et la main : les anneaux d'or des notables de Jérusalem, sauvés par un lien de même espèce placé dessous ; la consigne de Rabba de réserver un beit yad sous le lien du hochana de l'Exilarque ; l'interdiction, toujours de Rabba, de saisir le loulav à travers une étoffe, faute de lekiha tama.

Rava s'y oppose deux fois — ce qui embellit n'interpose pas, et prendre par l'intermédiaire d'un autre objet est bien prendre — puis argumente depuis l'hysope rallongé d'un fil dans les eaux de la vache rousse. Cette preuve est écartée, le fil attaché valant comme le corps de l'hysope, et le folio se ferme sur une seconde preuve : la cendre tombée seule du tube dans la cuve invalide la sanctification, signe que c'est l'acte de prendre, et non le contact, que la Torah requiert.

Le fil du folio : de quoi couvre-t-on une soukka, et comment tient-on un loulav Deux sujets, une même question de fond : jusqu'où un objet interposé reste-t-il l'objet de la mitsva ? Mouvement 1 (seg. 0-1) -- on démolit le kal va-homer de Rabbi Yehouda Rabbi Yehouda déduisait par kal va-homer que la soukka ne se couvre qu'avec les quatre espèces du loulav. Objection 1 : celui qui n'en trouve pas resterait sans soukka -- un raisonnement de rigueur produit un allègement. Objection 2 : le verset de Nehemie énumère olivier et arbre à huile, qui ne sont pas des quatre espèces. Réponse de Rabbi Yehouda : olivier et arbre à huile servaient aux parois, non au s'khakh (la couverture). Bonus : puisqu'il autorise les planches, tirées du tronc du palmier, il tient siv et tronc pour espèce de loulav. C'est la conclusion de la discussion ouverte en 36b sur ce dont on peut faire le lien (agad) du loulav. Chemin type : une déduction est testée par ses conséquences absurdes, puis sauvée par une relecture du verset. Mouvement 2 (seg. 2-3) -- la baraita des planches de cèdre : le mot erez sauve la thèse Contre-preuve : une baraita fait valider par Rabbi Yehouda une soukka couverte de planches de erez (cèdre). Le cèdre n'est pas des quatre espèces : Rabbi Yehouda accepterait donc bien autre chose. Réponse : erez n'est pas le cèdre ici mais le myrte -- il existe dix arbres nommés erez (Isaie 41,19). Le mot ne change pas ; c'est son extension qui change. Un seul terme couvre toute une famille d'arbres. Tossefot signale que Rav, lui, ne compte que quatre espèces de erez : la réponse ne vaut pas pour tous. Mouvement 3 (seg. 4-8) -- le lien, l'étoffe, le fil : qu'est-ce qui s'interpose ? Retour à la michna : Rabbi Meir autorise à lier le loulav avec une simple ficelle, preuve des anneaux d'or. Les Sages rétorquent : sous l'anneau il y avait un lien de la même espèce -- l'or n'était qu'un ornement. Rabba prescrit alors de laisser une prise nue (beit yad) sous le lien, pour éviter une hatsitsa main / loulav. Rava conteste : tout ce qui sert à embellir n'interpose pas -- le lien n'est pas un corps étranger. Même couple sur l'étoffe : Rabba exige une lekiha tama (prise complète), Rava admet la prise indirecte. Rava argumente depuis l'hysope rallongé d'un fil (para adouma) : on prend bien par l'intermédiaire d'un objet. Réfute : le fil est attaché, donc assimilé au corps de l'hysope -- l'étoffe, elle, n'est pas attachée au loulav. Nouvelle preuve : la cendre tombée seule du tube dans la cuve invalide -- il faut une prise, fût-elle indirecte. Le folio se ferme sur cette seconde preuve : c'est l'acte de prendre qui est requis, pas le contact de la peau.
Le fil du folio en trois mouvements : la réfutation du kal va-homer, le mot erez, puis la question de l'interposition.
Le kal va-homer de Rabbi Yehouda mis à l'épreuve, et ce qu'il en reste Trois attaques successives contre une même déduction. Aucune ne la tue -- mais chacune la reforme. La thèse de départ (36b) Le loulav est léger : il ne vaut pas la nuit comme le jour. Il exige pourtant les quatre espèces. La soukka est grave : elle vaut nuit et jour. À plus forte raison exige-t-elle les quatre espèces. Attaque 1 -- la conséquence absurde Qui ne trouve pas les quatre espèces n'aurait aucune soukka du tout. Le raisonnement était censé durcir la loi ; il finit par la dispenser entièrement. Règle de méthode : un kal va-homer qui produit un allègement se retourne contre lui-même. Appui : le verset dit soukkot sans préciser la matière. Attaque 2 -- le verset de Nehemie 8,15 Feuilles d'olivier, d'arbre à huile, de myrte, de palmier, d'arbre touffu : on en fait des soukkot. Olivier et arbre à huile ne sont pas du loulav. Parade : ces deux-là étaient pour les parois. Myrte, palmier, arbre touffu : pour le s'khakh. La thèse survit -- au prix d'un partage du verset. Attaque 3 -- la baraita des planches de erez (seg. 2) Rabbi Yehouda valide une soukka couverte de planches de erez de moins de quatre tefahim. Or le cèdre n'appartient pas aux quatre espèces : il accepterait donc bien d'autres matières que le loulav. Parade : le mot erez ne désigne pas ici le cèdre mais le myrte. Dix arbres portent ce nom (Isaie 41,19). Le myrte étant l'une des quatre espèces, la baraita cesse d'être une contre-preuve. Tossefot : pour Rav il n'y a que quatre erez, sans le myrte -- la parade ne vaut donc pas dans son école. Gain collatéral : de quoi peut-on faire le lien du loulav ? Les planches viennent du tronc du palmier. Si Rabbi Yehouda les admet pour le s'khakh, c'est que, pour lui, siv (fibre) et tronc du palmier comptent comme espèce du loulav -- donc utilisables pour l'agad. C'est la réponse.
Les trois attaques contre la déduction de Rabbi Yehouda et les parades qui la maintiennent -- avec le gain collatéral sur le lien du loulav.
Rabba contre Rava : trois cas, une seule ligne de fracture Faut-il que la main touche le loulav lui-même, ou suffit-il que l'acte de prendre soit accompli ? Le cas Rabba -- exigeant Rava -- permissif Le lien (agad) Il saisit le loulav à l'endroit même du lien ou de l'ornement. Laissez une prise nue sous le lien : le lien ferait hatsitsa entre la main et le loulav. Sous-entendu : min be-mino interpose. Tout ce qui sert à embellir n'interpose pas : le lien fait corps avec la mitsva, il n'est pas un écran. Aucune précaution à prendre. L'étoffe (soudar) Il enroule un tissu sur sa main et tient le loulav à travers lui. Interdit : il faut une lekiha tama, une prise complète -- et ici elle ne l'est pas. La prise doit être intégrale, non médiée. Permis : lekiha al yedei davar aher chema lekiha -- prendre par l'intermédiaire d'un objet est prendre. Ce qui compte est l'acte, non le contact. L'hysope rallonge Trop court pour atteindre l'eau, on lui ajoute fil ou fuseau. Ce n'est pas une preuve contre moi : le fil est attaché à l'hysope, donc assimile à son propre corps. Le soudar, lui, n'est pas attaché au loulav. La Torah dit prendra et trempera : or il trempe par le fil et c'est valable. Donc la prise indirecte est une prise. Preuve avancée -- puis écartée (seg. 8). La seconde preuve de Rava (seg. 8) -- la cendre tombée toute seule Si la cendre de la vache rousse tombe d'elle-même du tube dans la cuve, la sanctification de l'eau est passoul. Pourquoi ? Le verset exige ils prendront de la cendre... et il mettra : il faut un acte de prise délibérée. Donc quand on prend valablement par un intermédiaire, c'est bien parce que l'acte, et non le contact, fait la lekiha. Nafka mina pratique Pour Rabba : il faut dégager une zone nue du loulav et ne pas le tenir à travers un tissu ou un gant. Pour Rava : ni le lien ni l'étoffe ne gênent -- sous réserve, dit Tossefot, que ce soit fait de manière honorable (voir Soukka 42a : un loulav sorti dans un récipient, derekh kavod oui, derekh bizayon non).
Rabba contre Rava sur trois cas parallèles : le lien, l'étoffe et l'hysope rallongé, plus la preuve finale de la cendre.
1
לֹא מָצָא אַרְבַּעַת מִינִין יְהֵא יוֹשֵׁב וּבָטֵל, וְהַתּוֹרָה אָמְרָה: ״בַּסֻּוכֹּות תֵּשְׁבוּ שִׁבְעַת יָמִים״ — סֻוכָּה שֶׁל כָּל דָּבָר. וְכֵן בְּעֶזְרָא אוֹמֵר: ״צְאוּ הָהָר וְהָבִיאוּ עֲלֵי זַיִת וַעֲלֵי עֵץ שֶׁמֶן וַעֲלֵי הֲדַס וַעֲלֵי תְמָרִים וַעֲלֵי עֵץ עָבֹות (וְעָשׂוּ) סֻוכּוֹת כַּכָּתוּב״!

S'il n'a pas trouvé les quatre espèces, resterait-il assis sans rien faire ?! Or la Torah a dit : « Dans des soukkot vous demeurerez sept jours » — une soukka faite de n'importe quel matériau.

Et de même, dans Ezra il est dit : « Sortez vers la montagne et rapportez des feuilles d'olivier, des feuilles d'arbre à huile, des feuilles de myrte, des feuilles de palmier et des feuilles d'arbre touffu, et (faites) des soukkot comme il est écrit » !

📜 Rachi (2)
לֹא מָצָא אֶחָד מד' מִינִין הַלָּלוּ יְהֵא יוֹשֵׁב וּבָטֵל מִסֻּוכָּה נִמְצָא זֶה קַל וְהַדִּין הָיָה מְלַמֵּד חֹומֶר מִתְּחִלָּתוֹ כְּדִדְרָשַׁת מַה לוּלָב הַקַּל שֶׁאֵינוֹ נוֹהֵג בַּלֵּילוֹת כְּבַיָּמִים יֵשׁ בּוֹ חֹומֶר זֶה שֶׁאֵינוֹ נוֹהֵג אֶלָּא בַּד' מִינִין סֻוכָּה חֲמוּרָה שֶׁנּוֹהֵג בַּלֵּילוֹת כו':
[Il resterait assis] sans rien faire — c'est-à-dire sans soukka. Il se trouve alors que ce raisonnement aboutit à un allégement, alors que le din (le kal va-homer) enseignait au départ une rigueur, comme tu l'as exposé : si le loulav, qui est léger — puisqu'il ne s'applique pas la nuit comme le jour — comporte malgré tout cette rigueur de ne valoir qu'avec les quatre espèces, alors la soukka, qui est grave puisqu'elle s'applique la nuit comme le jour, etc.
עֲלֵי זַיִת וַעֲלֵי עֵץ שֶׁמֶן לָאו ד' מִינִין נִינְהוּ:
Ce ne sont pas là des quatre espèces.
🗂️ Tossefot (1)
וְהֵבִיאוּ עֲלֵי זַיִת. רַבִּי יְהוּדָה הֲוָה מוּקֵי לֵיהּ לַדְּפָנוֹת:
« Et rapportez des feuilles d'olivier » — Rabbi Yehouda l'établissait comme visant les parois.
💡 Explication

Le folio s'ouvre au milieu d'une réfutation. En 36b, Rabbi Yehouda déduisait par kal va-homer (à fortiori) que la soukka ne peut être couverte qu'avec les quatre espèces du loulav : si le loulav, mitsva plus légère puisqu'elle ne vaut pas la nuit, exige néanmoins ces quatre espèces, la soukka, plus grave puisqu'elle vaut nuit et jour, les exigerait à plus forte raison.

Deux objections tombent ici. La première est une reductio ad absurdum : celui qui n'a pas de quatre espèces sous la main n'aurait alors aucune soukka du tout. Un raisonnement de rigueur produirait ainsi un allégement complet, ce qui le disqualifie ; et le verset dit simplement « soukkot », sans spécifier de matière. La seconde est un verset historique : au retour de l'exil, Nehemie fait construire des soukkot avec de l'olivier et de l'arbre à huile — qui ne sont pas des quatre espèces.

2
וְרַבִּי יְהוּדָה סָבַר: הָנֵי — לַדְּפָנוֹת, עֲלֵי הֲדַס וַעֲלֵי תְמָרִים וַעֲלֵי עֵץ עָבֹות — לְסַכֵּךְ. וּתְנַן: מְסַכְּכִין בִּנְסָרִין, דִּבְרֵי רַבִּי יְהוּדָה. אַלְמָא סִיב וְעִיקָּרָא דְּדִיקְלָא מִינָא דְלוּלַבָּא הוּא, שְׁמַע מִינָּה.

Et Rabbi Yehouda soutient : celles-là — [feuilles d'olivier et d'arbre à huile] — sont pour les parois ; les feuilles de myrte, les feuilles de palmier et les feuilles d'arbre touffu sont pour le s'khakh (la couverture). Et nous avons appris dans une michna : on couvre [la soukka] avec des planches, paroles de Rabbi Yehouda.

Il en ressort donc que le siv (la fibre du palmier) et le tronc du palmier sont de l'espèce du loulav. Conclus-en qu'il en est bien ainsi.

📜 Rachi (1)
ור"י סָבַר הָנָךְ לַדְּפָנוֹת וַעֲלֵי הֲדַס וַעֲלֵי תְמָרִים וַעֲלֵי עֵץ עָבֹות לִסְכָךְ וּתְנַן מְסַכְּכִין בִּנְסָרִים ול"ג שֶׁל אֶרֶז וּנְהִי נָמֵי דְּהָנֵי נְסָרִים מֵאֶחָד מד' מִינִים הֵם מִיהוּ מֵעִיקָּרָא דְּדִיקְלָא נִינְהוּ אַלְמָא לר"י סִיב וְעִיקָּרָא דְּדִיקְלָא כְּשֵׁירִין לְאָגְדוֹ שֶׁל לוּלָב דְּאִי לָאו הָכִי הָווּ לְהוּ כְּמִין אַחֵר דְּהָא לר"י אֵין סֻוכָּה אֶלָּא בְּהֶכְשֵׁר לוּלָב מק"ו:
On ne lit pas ici « de cèdre ». Et même en admettant que ces planches proviennent de l'une des quatre espèces, elles viennent tout de même du tronc du palmier : il en ressort donc que, pour Rabbi Yehouda, le siv (la fibre) et le tronc du palmier sont valables pour le lien (agad) du loulav — car sinon ils seraient une autre espèce, puisque pour Rabbi Yehouda il n'y a de soukka valable qu'avec ce qui est kacher pour le loulav, par kal va-homer.
💡 Explication

Rabbi Yehouda se défend en partageant le verset de Nehemie : les espèces qui ne sont pas du loulav servaient aux parois, dont personne n'a jamais exigé qu'elles soient d'une matière particulière ; celles qui sont du loulav — myrte, palmier, arbre touffu — servaient au s'khakh. La thèse tient donc.

La Guemara en tire alors un bénéfice inattendu, qui résout la question ouverte en 36b : de quoi peut-on faire le lien (agad) du loulav sans introduire une cinquième espèce ? Rabbi Yehouda autorise de couvrir la soukka avec des planches ; or les planches viennent du tronc du palmier. S'il les admet alors qu'il n'admet que les quatre espèces, c'est donc que le siv (la fibre) et l'ikkara de-dikla (le tronc) comptent à ses yeux comme espèce du loulav. La preuve est bouclée : chema mina.

🖼️ Schéma
Le kal va-homer de Rabbi Yehouda mis à l'épreuve, et ce qu'il en reste Trois attaques successives contre une même déduction. Aucune ne la tue -- mais chacune la réforme. La thèse de départ (36b) Le loulav est léger : il ne vaut pas la nuit comme le jour. Il exige pourtant les quatre espèces. La soukka est grave : elle vaut nuit et jour. À plus forte raison exige-t-elle les quatre espèces. Attaque 1 -- la conséquence absurde Qui ne trouve pas les quatre espèces n'aurait aucune soukka du tout. Le raisonnement était censé durcir la loi ; il finit par la dispenser entièrement. Règle de méthode : un kal va-homer qui produit un allégement se retourne contre lui-même. Appui : le verset dit soukkot sans préciser la matière. Attaque 2 -- le verset de Nehemie 8,15 Feuilles d'olivier, d'arbre à huile, de myrte, de palmier, d'arbre touffu : on en fait des soukkot. Olivier et arbre à huile ne sont pas du loulav. Parade : ces deux-là étaient pour les parois. Myrte, palmier, arbre touffu : pour le s'khakh. La thèse survit -- au prix d'un partage du verset. Attaque 3 -- la baraita des planches de erez (seg. 2) Rabbi Yehouda valide une soukka couverte de planches de erez de moins de quatre tefahim. Or le cèdre n'appartient pas aux quatre espèces : il accepterait donc bien d'autres matières que le loulav. Parade : le mot erez ne désigne pas ici le cèdre mais le myrte. Dix arbres portent ce nom (Isaie 41,19). Le myrte étant l'une des quatre espèces, la baraita cesse d'être une contre-preuve. Tossefot : pour Rav il n'y a que quatre erez, sans le myrte -- la parade ne vaut donc pas dans son école. Gain collatéral : de quoi peut-on faire le lien du loulav ? Les planches viennent du tronc du palmier. Si Rabbi Yehouda les admet pour le s'khakh, c'est que, pour lui, siv (fibre) et tronc du palmier comptent comme espèce du loulav -- donc utilisables pour l'agad. C'est la réponse.
Les trois attaques contre le kal va-homer de Rabbi Yehouda, leurs parades, et le gain sur le lien du loulav.
3
וּמִי אָמַר רַבִּי יְהוּדָה אַרְבַּעַת מִינִין — אִין, מִידִּי אַחֲרִינָא — לֹא? וְהַתַּנְיָא: סִיכְּכָהּ בִּנְסָרִים שֶׁל אֶרֶז שֶׁיֵּשׁ בָּהֶן אַרְבָּעָה טְפָחִים — דִּבְרֵי הַכֹּל פְּסוּלָה. אֵין בָּהֶן אַרְבָּעָה טְפָחִים — רַבִּי מֵאִיר פּוֹסֵל, וְרַבִּי יְהוּדָה מַכְשִׁיר. וּמוֹדֶה רַבִּי מֵאִיר שֶׁאִם יֵשׁ בֵּין נֶסֶר לְנֶסֶר כִּמְלֹא נֶסֶר — שֶׁמַּנִּיחַ פָּסָל בֵּינֵיהֶן, וּכְשֵׁירָה!

Mais Rabbi Yehouda a-t-il vraiment dit : les quatre espèces, oui ; autre chose, non ? N'a-t-on pas enseigné dans une baraita : s'il l'a couverte de planches de erez (cèdre) qui ont quatre tefahim [de large], tous s'accordent qu'elle est passoul (invalide).

Si elles n'ont pas quatre tefahim — Rabbi Meir invalide et Rabbi Yehouda déclare kacher. Et Rabbi Meir concède que s'il y a entre une planche et l'autre l'équivalent de la largeur d'une planche, on place entre elles du pessal (les déchets de l'aire et du pressoir) et elle est kacher !

📜 Rachi (1)
סִכְּכָהּ בִּנְסָרִים שֶׁל אֶרֶז גָּרְסִינַן הָכָא:
« S'il l'a couverte de planches de cèdre » — telle est la leçon (girsa) que l'on lit ici.
⚖️ Rosh (1)
גְּמָ' אָמַר רַב מַחְלֹוקֶת בִּנְסָרִים שֶׁיֵּשׁ בָּהֶן אַרְבָּעָה דְּרַבִּי מֵאִיר אִית לֵיהּ גְּזֵירַת תִּקְרָה ור"י לֵית לֵיהּ גְּזֵירַת תִּקְרָה אֲבָל אֵין בָּהֶן ד' דִּבְרֵי הַכֹּל כְּשֵׁירָה וּשְׁמוּאֵל אָמַר בִּנְסָרִים שֶׁאֵין בָּהֶן אַרְבָּעָה מַחֲלֹוקֶת אֲבָל יֵשׁ בָּהֶן אַרְבָּעָה ד"ה פְּסוּלִים וּפָרִיךְ אֵין בָּהֶן אַרְבָּעָה וַאֲפִילּוּ פָּחוֹת מג' קָנִים בְּעָלְמָא נִינְהוּ אָמַר רַב פָּפָּא ה"ק יֵשׁ בָּהֶן אַרְבָּעָה דִּבְרֵי הַכֹּל פְּסוּלָה פָּחוֹת מִשְּׁלֹשָׁה ד"ה כְּשֵׁירָה כִּי פְּלִיגִי מג' וְעַד אַרְבָּעָה מ"ס כֵּיוָן דְּלֵיכָּא שִׁיעוּר מָקוֹם לָא גָּזְרִינַן ומ"ס כֵּיוָן דִּנְפַקוּ לְהוּ מִתּוֹרַת לָבוּד גָּזְרִינַן: אִיתְּמַר הֲפָכָן עַל צַיְּדָן לְהָנֵי נְסָרִים שֶׁיֵּשׁ בָּהֶן אַרְבָּעָה רַב הוּנָא אָמַר פְּסוּלָה רַב חִסְדָּא וְרַבָּה בַּר רַב הוּנָא אָמְרִי כְּשֵׁירָה. אִיקְּלַע רַב נַחְמָן לְסוּרָא עַל לְגַבֵּיהּ רַב חִסְדָּא וְרַבָּה בַּר רַב הוּנָא אֲמַרוּ לוֹ הֲפָכָן עַל צַיְּדָן מַהוּ אָמַר לָהֶן פְּסוּלָה נַעֲשִׂין כְּשַׁפּוּדִין שֶׁל מַתֶּכֶת וְכֵן הִלְכְתָא וְאַלִּיבָּא דְּרַב לָא מִיתּוֹקְמָא הַךְ פְּלֻוגְתָּא דְּאָמוֹרָאֵי אֶלָּא אַלִּיבָּא דְרַבִּי מֵאִיר וּבִרְחָבִין אַרְבָּעָה וקי"ל בְּפֶרֶק מִי שֶׁהוֹצִיאוּהוּ (עֵירוּבִין דַּף מו:) דְּרַבִּי מֵאִיר וְרַבִּי יְהוּדָה הֲלָכָה כְּרַבִּי יְהוּדָה אֲבָל אַלִּיבָּא דִּשְׁמוּאֵל מִיתּוֹקְמָא שַׁפִּיר לכ"ע וּמִתּוֹךְ כָּךְ נִרְאֶה דְּהִלְכְתָא כִּשְׁמוּאֵל ואע"ג דקי"ל הִלְכְתָא כְּרַב בְּאִיסּוּרֵי וְעוֹד לְקַמָּן בְּפֶרֶק לוּלָב הַגָּזוּל (סֻוכָּה דַּף לוֹ:) דְּקָאָמַר רַבִּי יְהוּדָה סֻוכָּה אֵינָהּ נוֹהֶגֶת אֶלָּא בְּאַרְבָּעָה מִינִין שֶׁבַּלּוּלָב וּפָרִיךְ שָׁם לז. מֵהָא בָּרַיְיתָא דְּתַנְיָא כְּוָותֵיהּ דִּשְׁמוּאֵל סִיכְּכָהּ בִּנְסָרִים שֶׁל אֶרֶז וְלָא מַיְיתֵי מֵהַךְ דְּתַנְיָא כְּוָותֵיהּ דְּרַב ש"מ דְּהַךְ דִּשְׁמוּאֵל עִיקָּר. וְכֵן פָּסַק הָרַב אַלְפָסִי וְהֵבִיא רְאָיָה מֵהָא דְּרַב פָּפָּא דס"ל כְּוָותֵיהּ וְאֵינָהּ. רְאָיָה כָּל כָּךְ לְפִי שֶׁדֶּרֶךְ אָמוֹרָאֵי בָּתְרָאֵי לְפָרֵשׁ דִּבְרֵי הָרִאשׁוֹנִים וְאַף עַל גַּב דְּלָא סְבִירָא לְהוּ כְּוָותַיְהוּ וְכֵן פָּסַק ר"ח וְהָרַמְבַּ"ם זַ"ל פ"ה מֹהַל' סֻוכָּה ה"ז והר"ז הַלֵּוִי וה"ר יְשַׁעְיָה דְּטַרָאנִי דַּהֲלָכָה כִּשְׁמוּאֵל וְהָרָאָבָ"ד זַ"ל פָּסַק כְּר' מֵאִיר בִּגְזֵירוֹתָיו וּכְרַב וְהַכֹּל עוֹלֶה לְסִגְנוֹן אֶחָד:
Guemara (Soukka 14a) : Rav a dit — le désaccord porte sur des planches qui ont quatre [tefahim], car Rabbi Meir retient la gezerat tikra (le décret motivé par la ressemblance avec un plafond) et Rabbi Yehouda ne la retient pas ; mais si elles n'ont pas quatre, tous s'accordent qu'elle est kacher. Et Shmuel a dit : le désaccord porte sur des planches qui n'ont pas quatre ; mais si elles ont quatre, tous s'accordent qu'elles sont passoul. Et l'on objecte : « qui n'ont pas quatre » — même moins de trois ? Ce ne sont alors que de simples roseaux ! Rav Papa a dit : voici ce qu'il veut dire — si elles ont quatre, tous s'accordent qu'elle est passoul ; moins de trois, tous s'accordent qu'elle est kacher ; leur désaccord porte sur l'intervalle de trois à quatre. L'un des maîtres tient que, faute d'atteindre la mesure d'un « lieu », on ne décrète pas ; l'autre tient que, dès lors qu'elles sont sorties de la règle du lavoud (l'assimilation des écarts de moins de trois tefahim à une continuité), on décrète. Il a été dit : s'il les a retournées sur leur tranche — il s'agit de ces planches qui ont quatre — Rav Houna dit : passoul ; Rav Hisda et Rabba bar Rav Houna disent : kacher. Rav Nahman se trouva à Soura ; Rav Hisda et Rabba bar Rav Houna vinrent à lui et lui demandèrent : retournées sur leur tranche, qu'en est-il ? Il leur répondit : passoul, elles deviennent comme des broches de métal. Et telle est la halakha. Or, selon Rav, ce désaccord d'Amoraim ne peut s'établir que selon Rabbi Meir et pour des planches larges de quatre ; et nous tenons, au chapitre Mi she-hotsiouhou (Erouvin 46b), que dans un litige entre Rabbi Meir et Rabbi Yehouda la halakha suit Rabbi Yehouda. Selon Shmuel, en revanche, il s'établit parfaitement pour tous. Il en ressort que la halakha suit Shmuel, bien que nous tenions que la halakha suit Rav en matière d'interdits. En outre, plus loin, au chapitre Loulav ha-gazoul (Soukka 36b), la où Rabbi Yehouda dit que la soukka ne vaut qu'avec les quatre espèces du loulav, on objecte (37a) à partir de cette baraita même, qui est enseignée conforme à Shmuel — « s'il l'a couverte de planches de cèdre » — et l'on ne cite pas celle qui est enseignée conforme à Rav : conclus-en que la version de Shmuel est la principale. Ainsi a tranché le Rav Alfassi (Rif), qui apporte une preuve de Rav Papa, lequel raisonne comme lui ; mais ce n'est pas une preuve si forte, car il est d'usage que les Amoraim tardifs expliquent les paroles des premiers même lorsqu'ils ne les suivent pas. Ainsi ont également tranché Rabbenou Hananel, le Rambam (Lois de la Soukka 5,7), Rav Zerahia HaLevi (le Baal HaMaor) et Rabbenou Yeshaya de Trani : la halakha suit Shmuel. Le Raavad, lui, a tranché comme Rabbi Meir dans ses décrets et comme Rav — et tout revient au même résultat pratique.
💡 Explication

Troisième attaque, et la plus sérieuse : une baraita montre Rabbi Yehouda validant une soukka couverte de planches de erez. Le cèdre n'appartient pas aux quatre espèces — il accepterait donc bien d'autres matières.

La baraita mobilise deux notions techniques. La gezerat tikra : une planche large ressemble à un vrai plafond de maison, et l'on craint que l'on ne finisse par tenir sa maison pour une soukka ; d'où le seuil de quatre tefahim (largeurs de main). Et le pessal : les rebuts de l'aire et du pressoir, matière de couverture indiscutablement valable, que l'on intercale entre les planches pour rompre l'impression de plafond.

🖼️ Schéma
Couvrir la soukka avec des planches : le tableau des largeurs Le désaccord Rabbi Meir / Rabbi Yehouda est lu de deux façons opposées par Rav et par Shmuel (Soukka 14a). Largeur de la planche Lecture de Rav Lecture de Shmuel Rav Papa précise Shmuel 4 tefahim ou plus largeur d'un plafond C'est ici qu'ils se disputent : R. Meir invalide (gezerat tikra), R. Yehouda valide. Tous s'accordent : passoul. La planche ressemble trop à un vrai plafond de maison. Passoul pour tous c'est le cas de notre baraita de 3 à 4 tefahim hors de la règle du lavoud Kacher pour tous. Rav ne voit ici aucun litige. C'est ici qu'ils se disputent. Notre baraita : R. Yehouda valide. R. Meir décrète car la planche a quitté le lavoud ; R. Yehouda ne décrète pas, faute de shiour. moins de 3 tefahim de simples roseaux Kacher pour tous. Kacher pour tous. Kacher pour tous Pourquoi notre folio choisit cette baraita La baraita citée ici -- passoul à 4 tefahim, litige en dessous -- est exactement celle qui suit Shmuel. Le Roch en tire un argument : si la Guemara la choisit comme référence, c'est que la version de Shmuel est la principale. Deux précisions du Roch 1. Planches larges posées sur la tranche : passoul quand même -- elles deviennent comme des broches de métal (Rav Nahman). 2. Halakha comme Shmuel : ainsi Rif, Rabbenou Hananel, Rambam (Hil. Soukka 5,7), Baal HaMaor, R. Yeshaya de Trani.
Le tableau des largeurs de planches selon Rav et selon Shmuel, la précision de Rav Papa, et les deux conclusions halakhiques du Roch.
4
מַאי ״אֶרֶז״ — הֲדַס, כִּדְרַבָּה בַּר רַב הוּנָא. דְּאָמַר רַבָּה בַּר רַב הוּנָא, אָמְרִי בֵּי רַב: עֲשָׂרָה מִינֵי אֲרָזִים הֵן, שֶׁנֶּאֱמַר: ״אֶתֵּן בַּמִּדְבָּר אֶרֶז שִׁיטָּה וַהֲדַס וְגוֹ׳״.

Qu'est-ce que le erez [dont parle la baraita] ? Le myrte — conformément à Rabba bar Rav Houna.

Car Rabba bar Rav Houna a dit : on dit dans la maison de Rav qu'il y a dix espèces de erez, ainsi qu'il est dit : « Je mettrai dans le désert le erez, l'acacia, le myrte, etc. »

📜 Rachi (1)
י' מִינֵי אֲרָזִים הֵם וַהֲדַס חַד מִינַּייְהוּ בְּמַסֶּכֶת ר"ה (דַּף כג.):
« Il y a dix espèces de erez » — et le myrte est l'une d'elles, [comme il est exposé] dans le traité Roch Hachana (23a).
🗂️ Tossefot (1)
מַאי אֶרֶז הֲדַס כִּדְרַבָּה בַּר רַב הוּנָא דְּאָמַר י' מִינֵי אֲרָזִים הֵם. תֵּימַהּ וּלְרַב יְהוּדָה אָמַר רַב דִּפְלִיג עָלָיו מַאי אִיכָּא לְמֵימַר דְּאָמַר בְּמַס' ר"ה פ' אִם אֵינָן מַכִּירִין (רֹאשׁ הַשָּׁנָה דַּף כג. וְשָׁם) ד' מִינֵי אֲרָזִים הֵם אֵלּוּ הֵן אֶרֶז וְקַתְרוֹס וְעֵץ שֶׁמֶן וּבְרוֹשׁ וְלַסְּפָרִים דְּגָרְסִי לְעֵיל בְּפ"ק (סֻוכָּה דַּף יד:) בָּרַיְיתָא דְּתַנְיָא כְּוָותֵיהּ דְּרַב סִיכְּכָהּ בִּנְסָרִים שֶׁאֵין בָּהֶן אַרְבָּעָה דִּבְרֵי הַכֹּל כְּשֵׁרָה ול"ג שֶׁל אֶרֶז נִיחָא דְּבַבָּרַיְיתָא דְּהָכָא תַּנְיָא כְּוָותֵיהּ דִּשְׁמוּאֵל וְלָא חֲשִׁיב לָהּ רַב עִיקָּר:
« Qu'est-ce que le erez ? Le myrte, conformément à Rabba bar Rav Houna qui a dit : il y a dix espèces de erez. » C'est étonnant : et selon Rav Yehouda au nom de Rav, qui le contredit, que dire ? Car il affirme dans le traité Roch Hachana, chapitre Im einan makkirin (23a), qu'il y a quatre espèces de erez, à savoir : erez, katros, l'arbre à huile et le berosh (cyprès). Mais pour les manuscrits qui lisent plus haut, au premier chapitre (Soukka 14b), la baraita enseignée conforme à Rav — « s'il l'a couverte de planches qui n'ont pas quatre, tous s'accordent qu'elle est kacher », sans lire « de cèdre » — tout s'arrange : la baraita citée ici est enseignée conforme à Shmuel, et Rav ne la tient pas pour la version principale.
💡 Explication

La parade est lexicale et non juridique : le mot erez ne désigne pas le seul cèdre. Isaie 41,19 énumère plusieurs arbres à la suite, et l'école de Rav lit cette liste comme une énumération de dix variétés portant toutes ce nom — le myrte (hadas) en faisant partie. La baraita parlait donc de planches de myrte, qui est bien l'une des quatre espèces, et cesse d'être une contre-preuve.

Tossefot signale aussitôt la fragilité du procédé : selon Rav Yehouda au nom de Rav (Roch Hachana 23a), il n'y a que quatre espèces de erez, et le myrte n'y figure pas. La réponse ne fonctionne donc pas dans toutes les écoles — ce qui est précisément l'un des arguments que le Roch mobilise pour trancher entre Rav et Shmuel.

5
רַבִּי מֵאִיר אוֹמֵר אֲפִילּוּ בִּמְשִׁיחָה כּוּ׳. תַּנְיָא אָמַר רַבִּי מֵאִיר: מַעֲשֶׂה בְּיַקִּירֵי יְרוּשָׁלַיִם שֶׁהָיוּ אוֹגְדִין אֶת לוּלְבֵיהֶן בְּגִימוֹנִיּוֹת שֶׁל זָהָב. אָמְרוּ לוֹ: מִשָּׁם רְאָיָה?! בְּמִינוֹ הָיוּ אוֹגְדִין אוֹתוֹ מִלְּמַטָּה.

« Rabbi Meir dit : même avec une ficelle, etc. » Il a été enseigné : Rabbi Meir a dit — il est arrivé que les notables de Jérusalem liaient leurs loulavim avec des anneaux d'or. Ils lui répondirent : est-ce là une preuve ?

C'est avec son espèce qu'ils le liaient, en dessous.

📜 Rachi (2)
בְּיַקִּירֵי יְרוּשָׁלַיִם מִנִּכְבְּדֵי יְרוּשָׁלַיִם הָעֲשִׁירִים:
« Parmi les notables de Jérusalem » — parmi les personnages honorés de Jérusalem, les riches.
בְּמִינוֹ אוֹגְדִין אוֹתוֹ מִלְּמַטָּה נִמְצָא אֶגֶד הָעֶלְיוֹן לְנוֹי בְּעָלְמָא וְלֹא לְהַכְשִׁיר מִצְוָה לְפִיכָךְ אֵינוֹ תּוֹסֶפֶת לַעֲבֹור עַל בַּל תּוֹסִיף:
« C'est avec son espèce qu'ils le liaient en dessous » — il se trouve donc que le lien supérieur n'était qu'un ornement et ne servait pas à rendre la mitsva valable ; c'est pourquoi il ne constitue pas un ajout qui ferait transgresser bal tossif.
💡 Explication

Le folio revient à la michna. Le débat porte sur la matière du lien du loulav. Pour les Sages, il faut lier avec la même espèce, sans quoi on ajouterait une cinquième espèce à celles que la Torah a prescrites — transgression de bal tossif (ne rien ajouter). Rabbi Meir autorise n'importe quelle ficelle et invoque un précédent : les notables de Jérusalem employaient des anneaux d'or.

La réponse des Sages est fine : ces anneaux existaient bien, mais sous eux se trouvait un lien de la même espèce. Comme le lien halakhiquement opérant était déjà en place, l'or n'était plus qu'un ornement — et un ornement n'ajoute rien à la mitsva, donc ne transgresse pas bal tossif. Le principe qui se dégage ici (ce qui embellit ne compte pas comme composant) est exactement celui que Rava invoquera au segment suivant contre Rabba.

6
אֲמַר לְהוּ רַבָּה לְהָנְהוּ מְגַדְּלֵי הוֹשַׁעְנָא דְּבֵי רֵישׁ גָּלוּתָא: כִּי גָּדְלִיתוּ הוֹשַׁעְנָא דְּבֵי רֵישׁ גָּלוּתָא, שַׁיִּירוּ בֵּיהּ בֵּית יָד — כִּי הֵיכִי דְּלָא תֶּיהְוֵי חֲצִיצָה.

Rabba dit à ceux qui confectionnaient le hochana (le bouquet des quatre espèces) de la maison du Resh Galouta (l'Exilarque) : quand vous liez le hochana de la maison de l'Exilarque, laissez-y une prise pour la main (beit yad), afin qu'il n'y ait pas de hatsitsa (interposition).

📜 Rachi (3)
מְגַדְּלֵי הוֹשַׁעְנָא אוֹגְדֵי הַלּוּלָבִים לְשׁוֹן גְּדֵילִין וּלְשׁוֹן הַשַּׁ"ס לוֹמַר לְכָל אֻומָּן בְּדָבָר לָשׁוֹן זֶה כְּגוֹן הַךְ דִּבְפֶרֶק מַשְׁקִין (מו"ק דַּף יא.) לִמְגַדְּלֵי אוּהָרֵי וְלִמְגַדְּלֵי תַּנּוּרֵי בְּחֻולּוֹ שֶׁל מוֹעֵד הָא לָמַדְתָּ שֶׁפֵּירוּשׁ לָשׁוֹן זֶה לְשׁוֹן עֲשִׂיָּה וְתִקּוּן:
« Ceux qui confectionnaient le hochana » — ceux qui liaient les loulavim ; le terme vient de gedilin (tresses). Le Talmud emploie cette expression pour tout artisan d'une chose, comme au chapitre Machkin (Moed Katan 11a) : « pour ceux qui fabriquent des tentes et ceux qui fabriquent des fours » pendant hol ha-moed. Tu apprends donc que ce terme signifie faire et façonner.
שְׁייָרֵי בֵּיהּ בֵּית יָד מִתַּחַת לָאֶגֶד שֶׁלֹּא יִקָּחֶנּוּ בִּמְקוֹם אַגְדּוֹ דְּקָסָבַר אֵין הָאֶגֶד מִן הַמִּצְוָה כְּרַבָּנָן דְּאָמְרִי אֵין צָרִיךְ אֶגֶד:
« Laissez-y une prise pour la main » — en dessous du lien, pour qu'il ne le saisisse pas à l'endroit même de son lien ; car il tient que le lien ne fait pas partie de la mitsva, conformément aux Sages qui disent qu'aucun lien n'est requis.
דְּלָא נֶהֱוֵי חֲצִיצָה בֵּין יָד לְהוֹשַׁעְנָא וְאֵין זוֹ לְקִיחָה:
« Afin qu'il n'y ait pas de hatsitsa » — entre la main et le hochana ; car ce ne serait pas une prise [valable].
🗂️ Tossefot (1)
כִּי הֵיכִי דְּלָא לֶיהֱוֵי חֲצִיצָה. דְּקָסָבַר רַבָּה מִין בְּמִינוֹ חוֹצֵץ אִי נָמֵי מִשּׁוּם דִּמְסַפְּקָא לֵיהּ כִּדְמוֹכַח פֶּרֶק בְּהֵמָה הַמְקַשָּׁה (חֻולִּין דַּף ע. וְשָׁם) כְּרָכַתּוּ אֲחוֹתוֹ וְהוֹצִיאַתּוּ מַהוּ דִּמְפָרֵשׁ ר"ת הַייְנוּ נְקֵבָה שֶׁנּוֹלְדָה עִמּוֹ וְקָרֵי לָהּ אֲחוֹתוֹ כִּדְאַשְׁכְּחַן פֶּרֶק כָּל הַבָּשָׂר (חֻולִּין דַּף קיד.) אֵין לִי אֶלָּא בַּחֲלֵב אִמּוֹ בַּחֲלֵב אֲחוֹתוֹ הַגְּדוֹלָה מִנַּיִין וְהָא דְּאָמַר פּ"ק דִבְכוֹרוֹת (דַּף ט. וְשָׁם) גַּבֵּי חֲמוֹרָה שֶׁלֹּא בִּיכְּרָה וְיָלְדָה שְׁנֵי זְכָרִים וְרַבָּנָן לֵימָא קָסָבְרִי מִקְצָת רֶחֶם מַקְדֵּשׁ דְּאִי כֻּולֵּיהּ רֶחֶם מַקְדֵּשׁ נְהִי דא"א לְצַמְצֵם חֲצִיצָה מִיהָא אִיכָּא אָמַר רַב אַשִּׁי מִין בְּמִינוֹ אֵינוֹ חוֹצֵץ הָתָם הוּא דִּפְשִׁיטָא לָן מִשּׁוּם דְּאִיכָּא מִקְצָת רֶחֶם בְּלֹא חֲצִיצָה ואע"ג דְּהָכָא נָמֵי הָוֵי חוֹצֵץ לָאֶגֶד וּמִקְצָתָהּ בְּלֹא חֲצִיצָה וְקָא קָפֵיד רַבָּה דִּלְמָא לֵידָה שָׁאנֵי דְּאוֹרְחַייְהוּ שֶׁל תְּאוֹמִים בְּהָכִי וְהָא דְּאַשְׁכְּחַן בְּסוֹף שְׁתֵּי מִדּוֹת (מְנָחוֹת דַּף צַד.) דִּמְרַבֶּה כָּל בַּעֲלֵי חוֹבְרִין לִסְמִיכָה [וּבִתְנוּפוֹת אֶחָד מֵנִיף ע"י כֻּולָּם] וְלָא בָּעֵי לְמֵילַף תְּנוּפָה בק"ו מִסְּמִיכָה דְּלָא אֶפְשָׁר דְּהֵיכִי נֵיעָבֵד לַינְפּוּ כֻּולְּהוּ בַּהֲדֵי הֲדָדֵי קָא הָוְיָא חֲצִיצָה אֲפִילּוּ לְרָבָא דְּאָמַר הָכָא מִין בְּמִינוֹ אֵינוֹ חוֹצֵץ מ"מ פִּירְכָא הִיא וְעוֹד מִידִי דְּלָאו אוֹרְחֵיהּ סְבָרָא הוּא דְּחוֹצֵץ כְּדִתְנַן פ"ב דִּזְבָחִים (דַּף טו:) עַל גַּבֵּי רֶגֶל חֲבֵרוֹ פָּסוּל וּבְפֶ' הוֹצִיאוּ לוֹ (יוֹמָא נח. וְשָׁם) מִיבַּעְיָא לֵיהּ לְרָמִי בַּר חָמָא הִנִּיחַ מִזְרָק [תּוֹךְ מִזְרָק] וְקִבֵּל בּוֹ אֶת הַדָּם מַהוּ מִין בְּמִינוֹ חוֹצֵץ אוֹ אֵינוֹ חוֹצֵץ וּמַסִּיק דְּאֵינוֹ חוֹצֵץ דִּכְתִיב אֲשֶׁר יְשָׁרְתוּ בָם בַּקֹּודֶשׁ שְׁנַיִם כֵּלִים וְשִׁירוֹת אֶחָד וַהֲדַר מִיבַּעְיָא לֵיהּ הִנִּיחַ סִיב בְּתוֹךְ הַמִּזְרָק דְּהָוֵי מִין בְּשֶׁאֵינוֹ מִינוֹ אִי חוֹצֵץ אוֹ אֵינוֹ חוֹצֵץ וְאֵין לְדַמּוֹת כָּל הַדְּבָרִים:
« Afin qu'il n'y ait pas d'interposition. » Parce que Rabba tient que min be-mino (une matière de même espèce) interpose ; ou bien parce qu'il en doute, comme le prouve le chapitre Behema ha-maksha (Houlin 70a) : « sa sœur l'a enveloppé et l'a fait sortir, qu'en est-il ? », que Rabbenou Tam explique ainsi — il s'agit d'une femelle née avec lui, appelée « sa sœur », comme on le trouve au chapitre Kol ha-basar (Houlin 114a) : « je n'ai que le lait de sa mère ; d'où tirer le lait de sa sœur aînée ? » Quant à ce qui est dit au premier chapitre de Bekhorot (9a) à propos d'une ânesse qui n'avait pas encore mis bas et qui enfanta deux mâles — et [l'on demande] : les Sages tiendraient-ils qu'une partie de la matrice sanctifie ? Car si la matrice entière sanctifiait, même en admettant qu'il est impossible de déterminer une simultanéité parfaite, il y aurait de toute façon interposition. Rav Achi répondit : min be-mino n'interpose pas. — là, cela nous est évident parce qu'une partie de la matrice reste sans interposition. Et bien qu'ici aussi le lien interpose alors qu'une partie reste sans interposition, et que Rabba s'en préoccupe pourtant, on peut dire que l'enfantement est différent, car c'est la manière habituelle des jumeaux. Quant à ce que l'on trouve à la fin de Shtei Middot (Menahot 94a), où l'on inclut tous les associés pour la semikha [et pour les tenoufot un seul balance au nom de tous], et où l'on refuse de déduire la tenoufa de la semikha par kal va-homer parce que c'est impossible — comment feraient-ils ? qu'ils balancent tous ensemble : il y aurait interposition ! — même selon Rava qui dit ici que min be-mino n'interpose pas, cela reste une objection valable. En outre, une chose qui n'est pas dans son usage normal, il est logique qu'elle interpose, comme nous l'avons appris au deuxième chapitre de Zevahim (15b) : [recevoir le sang] en se tenant sur le pied de son compagnon est passoul. Et au chapitre Hotsiou lo (Yoma 58a), Rami bar Hama demande : s'il a placé un bassin [dans un bassin] et y a recueilli le sang, qu'en est-il ? min be-mino interpose-t-il ou non ? Et l'on conclut qu'il n'interpose pas, car il est écrit « avec lesquels ils officient dans le sanctuaire » : deux récipients et un seul service. Puis il demande : s'il a placé du siv (de la fibre) dans le bassin, ce qui est min be-she-eino mino (matière d'une autre espèce), interpose-t-il ou non ? Et l'on ne saurait assimiler tous ces cas les uns aux autres.
💡 Explication

Application pratique. Le bouquet de l'Exilarque — chef de la communauté de Babylonie — était richement lié et décore sur toute sa hauteur. Rabba craint que celui qui le prend ne touche jamais le loulav lui-même : sa main ne rencontrerait que le lien.

Sa consigne est de réserver au bas une zone nue, le beit yad (littéralement : la maison de la main), pour éviter une hatsitsa. Deux présupposés portent cette instruction : d'abord que le lien ne fait pas partie de la mitsva — sinon il ferait corps avec elle — ce qui aligne Rabba sur les Sages pour qui l'agad n'est pas requis ; ensuite que même une matière de même espèce (min be-mino) interpose, ou au moins pourrait interposer. Tossefot montre que ce second point est précisément ce qui n'est pas établi.

🖼️ Schéma
La consigne de Rabba : réserver une prise nue sous le lien Le hochana de l'Exilarque était richement lié ; Rabba craint que la main ne touche jamais le loulav lui-même. Mal lié -- selon Rabba La main se ferme sur le lien, jamais sur le loulav. Hatsitsa : la prise n'est pas une prise. Bien lié -- beit yad réservé beit yad Zone laissée libre sous le lien, au bas du loulav. La main touche directement les espèces. Ce que suppose la consigne 1. Le lien n'est pas partie de la mitsva (comme les Sages : aucun agad requis). 2. Donc il redevient un corps étranger entre la main et l'objet de la mitsva. 3. Et même min be-mino -- une matière de même espèce -- interpose selon Rabba. Rava refuse les trois étapes : ce qui est là pour embellir l'objet ne s'interpose pas -- il en fait partie. Tossefot ajoute que Rabba peut n'être qu'en doute sur min be-mino, et non certain qu'il interpose (Houlin 70a). La consigne serait alors une précaution.
Ce que Rabba demande aux confectionneurs du hochana : une zone nue sous le lien, et les trois présupposés de sa consigne.
7
רָבָא אָמַר: כֹּל לִנְאוֹתוֹ — אֵינוֹ חוֹצֵץ. וְאָמַר רַבָּה: לָא לִינְקוֹט אִינִישׁ הוֹשַׁעְנָא בְּסוּדָרָא, דְּבָעֵינָא לְקִיחָה תַּמָּה וְלֵיכָּא. וְרָבָא אָמַר: לְקִיחָה עַל יְדֵי דָּבָר אַחֵר — שְׁמָהּ לְקִיחָה.

Rava dit : tout ce qui est destiné à l'embellir n'interpose pas. Et Rabba a dit : qu'un homme ne saisisse pas le hochana avec un soudar (une étoffe), car j'exige une lekiha tama (une prise complète) et il n'y en a pas.

Et Rava dit : une prise par l'intermédiaire d'un autre objet est appelée prise.

📜 Rachi (1)
לָא לִינְקוֹט אִינִישׁ הוֹשַׁעְנָא בְּסוּדָרָא כְּשֶׁנּוֹטְלוֹ לָצֵאת בּוֹ לֹא יִכְרֹוךְ סוּדָר שֶׁבֵּין כְּתֵפָיו עַל יָדוֹ וְיֶאֱחֹוז בּוֹ הַלּוּלָב:
« Qu'un homme ne saisisse pas le hochana avec un soudar » — lorsqu'il le prend pour s'en acquitter, qu'il n'enroule pas sur sa main l'étoffe qu'il porte entre les épaules pour tenir le loulav avec elle.
🗂️ Tossefot (1)
דְּבָעֵינָא לְקִיחָה תַּמָּה וְלֵיכָּא. הָכָא לֹא שַׁיָּיךְ לְמֵימַר דְּלָא לֶיהֱוֵי חֲצִיצָה כִּדְאָמַר לְעֵיל דִּלְעֵיל אַייְרֵי כְּשֶׁיֶּאֱגֹד בַּלּוּלָב וְהָכָא כְּשֶׁכָּרַךְ בְּיָדוֹ וּבְדָבָר הַכָּרוּךְ בְּיָדוֹ לֹא שַׁייָּךְ חֲצִיצָה וּבְסוֹף מָקוֹם שֶׁנָּהֲגוּ (פְּסָחִים נז. וְשָׁם) גַּבֵּי יִשָּׂשכָר אִישׁ כְּפַר בַּרְקַאי דַּהֲוָה כָּרֵיךְ יְדֵיהּ בְּשִׁירָאֵי וְעָבֵיד עֲבוֹדָה וּפִי' בַּקּוּנְטְרֵס וַחֲצִיצָה פּוֹסֶלֶת בְּקָדָשִׁים דִּכְתִיב וְלָקַח הַכֹּהֵן בָּעֵינַן שֶׁתְּהֵא לְקִיחָה בְּעַצְמוֹ שֶׁל כֹּהֵן אע״ג דִּלְקִיחָה עַל יְדֵי ד״א שְׁמָהּ לְקִיחָה [לְרָבָא] ה״מ דֶּרֶךְ כָּבוֹד כִּדְמוֹכַח בְּסוֹף פִּירְקִין (סֻוכָּה דַּף מב.) גַּבֵּי לוּלָב שֶׁהוֹצִיאוֹ בִּכְלִי דְּפָרִיךְ עֲלָהּ וְהָאָמַר רָבָא לְקִיחָה עַל יְדֵי דָּבָר אַחֵר שְׁמָהּ לְקִיחָה וּמְשַׁנֵּי הָנֵי מִילֵּי דֶּרֶךְ כָּבוֹד אֲבָל דֶּרֶךְ בִּזָּיוֹן לָא וְהַשְׁתָּא נָמֵי אע״ג דִּכְרִיךְ יָדֶיהָ בְּשִׁירָאֵי לִכְבוֹד עַצְמוֹ הָיָה עוֹשֶׂה שֶׁלֹּא יִתְלַכְלְכוּ יָדָיו בְּדַם הָאֵבָרִים וּמְבַזֶּה קָדְשֵׁי שָׁמַיִם קָרֵי לֵיהּ הָתָם אִי נָמֵי. דִּלְטַעְמֵיהּ דַּחֲצִיצָה נֶעֱנַשׁ מִשּׁוּם בִּזְיוֹן קָדָשִׁים כִּדְמוֹכַח מִבַּת קוֹל וּמִיהוּ לֹא יִתָּכֵן פֵּירוּשׁ זֶה מִדְּמַיְיתֵי עֲלָהּ הַהִיא דְּאֵזוֹב שֶׁסְּפֵקוֹ בְּחוּט אֶלָּא י״ל דְּאֶגֶד הַצָּרִיךְ לְלוּלָב שֶׁלֹּא יִתְפָּרְדוּ הַמִּינִין שַׁיָּיךְ בֵּיהּ חֲצִיצָה אֲבָל הָכָא סוּדָרָא לָא בָּעֵי לוּלָב וּמִיהוּ גַּם זֶה לֹא יִתָּכֵן דכ״ש דַּהֲוָה לֵיהּ לְמֵימַר דְּחוֹצֵץ כִּדְמוֹכַח בַּעְיָא דְּרָמֵי בַּר חָמָא דְּפֶרֶק הוֹצִיאוּ לוֹ (יוֹמָא דַּף נח. וְשָׁם) דְּהִנִּיחַ מִזְרָק בְּתוֹךְ מִזְרָק דְּבָעֵי לְמִיפַּשְׁטָה מֵהַהִיא דְּעַל גַּבֵּי רֶגֶל חֲבֵירוֹ פָּסוּל וְדָחֵי שָׁאנֵי רֶגֶל דְּלָא מְבַטֵּל לֵיהּ וְי״ל דְּמַיְירֵי שֶׁעָשָׂה מִן הַסּוּדָר כְּמִין בֵּית יָד לְלוּלָב וְאֵין שַׁייָּךְ כָּאן חֲצִיצָה שֶׁכָּל הַלּוּלָב חוּץ מִיָּדוֹ וְאוֹחֲזוֹ בְּבֵית יָד הַבּוֹלֵט הַנַּעֲשֶׂה מִן הַסּוּדָר וְדָמֵי לְאֵזוֹב שֶׁסְּפֵקוֹ בְּחוּט וְלָא חֲשִׁיב לֵיהּ רַבָּה לְקִיחָה תַּמָּה וְרָבָא סָבַר שְׁמָהּ לְקִיחָה וְלוּלָב שֶׁהוֹצִיא בִּכְלִי דְּסוֹף פִּירְקִין לֹא בְּשֶׁאוֹחֵז בְּדֻופְנֵי הַכְּלִי אֶלָּא מַנִּיחַ יָדוֹ תַּחַת שׁוּלָיו אוֹ שֶׁאוֹחֵז בְּבֵית יָד שֶׁל כְּלִי:
« Car j'exige une prise complète et il n'y en a pas. » Ici il ne convient pas de dire « afin qu'il n'y ait pas d'interposition » comme plus haut, car plus haut il s'agissait de lier le loulav, tandis qu'ici il s'agit d'une étoffe enroulée sur la main — et pour ce qui est enroulé sur la main, la notion d'interposition ne s'applique pas. À la fin de Makom she-nahagou (Pessahim 57a), à propos de Yissakhar de Kfar Barkai qui enroulait ses mains dans de la soie et accomplissait le service, Rachi explique que l'interposition invalide dans les kodachim, car il est écrit « et le kohen prendra » : nous exigeons que la prise soit faite par le kohen lui-même. Et bien qu'une prise par l'intermédiaire d'un autre objet soit appelée prise [selon Rava], cela ne vaut que fait de manière honorable (derekh kavod), comme le prouve la fin de notre chapitre (Soukka 42a) à propos d'un loulav que l'on a sorti dans un récipient : on objecte « mais Rava n'a-t-il pas dit qu'une prise par l'intermédiaire d'un autre objet est appelée prise ? », et l'on répond : cela ne vaut que de manière honorable, mais non de manière méprisante. Or ici aussi, bien qu'il enroulât ses mains dans la soie, il le faisait pour son propre honneur, afin que ses mains ne se salissent pas du sang des membres — et le texte là-bas l'accuse de mépriser les choses saintes du Ciel. Ou bien, selon sa propre explication : il fut puni pour l'interposition parce qu'elle constituait un mépris des choses saintes, comme le prouve la voix céleste. Toutefois cette explication ne tient pas, puisqu'on lui oppose le cas de l'hysope rallongé par un fil. On pourrait plutôt dire : le lien nécessaire au loulav, pour que les espèces ne se séparent pas, tombe bien sous la notion d'interposition, tandis qu'ici l'étoffe n'est nullement requise par le loulav. Mais cela non plus ne tient pas, car il aurait fallu à plus forte raison dire qu'elle interpose, comme le prouve la question de Rami bar Hama au chapitre Hotsiou lo (Yoma 58a) sur un bassin placé dans un bassin, qu'il voulait résoudre à partir du cas de « sur le pied de son compagnon, passoul », et que l'on écarte en disant : le pied est différent, car il ne l'annule pas [au profit du récipient]. On peut donc dire qu'il s'agit ici du cas où il a façonne avec l'étoffe une sorte de poignée pour le loulav : l'interposition ne s'applique pas, puisque tout le loulav est hors de sa main et qu'il le tient par la poignée saillante faite de l'étoffe. Cela ressemble à l'hysope rallongé par un fil : Rabba ne le considère pas comme une prise complète, et Rava tient que c'est bien une prise. Quant au loulav sorti dans un récipient, à la fin du chapitre, il ne s'agit pas de celui qui tient les parois du récipient, mais de celui qui place sa main sous son fond ou qui le tient par l'anse du récipient.
💡 Explication

Rava conteste la consigne de Rabba par un principe général : ce qui est là pour embellir l'objet de la mitsva n'est pas un corps étranger, il en fait partie — c'est exactement la logique des Sages sur les anneaux d'or du segment 4. Aucun beit yad n'est donc nécessaire.

Le même couple se rejoue aussitôt sur un second cas, plus net : tenir le loulav à travers une étoffe enroulée sur la main. Ici le tissu n'embellit rien, et la fracture apparaît dans sa forme pure. Rabba exige une lekiha tama — une prise entière, sans médiation. Rava pose au contraire que lekiha al yedei davar aher chema lekiha : ce que la Torah requiert est l'acte de prendre, non le contact de la peau. Tossefot nuancera : cette permission ne vaut que derekh kavod, de manière honorable, et non lorsque le procédé est dégradant pour la mitsva.

🖼️ Schéma
Rabba contre Rava : trois cas, une seule ligne de fracture Faut-il que la main touche le loulav lui-même, ou suffit-il que l'acte de prendre soit accompli ? Le cas Rabba -- exigeant Rava -- permissif Le lien (agad) Il saisit le loulav à l'endroit même du lien ou de l'ornement. Laissez une prise nue sous le lien : le lien ferait hatsitsa entre la main et le loulav. Sous-entendu : min be-mino interpose. Tout ce qui sert à embellir n'interpose pas : le lien fait corps avec la mitsva, il n'est pas un écran. Aucune précaution à prendre. L'étoffe (soudar) Il enroule un tissu sur sa main et tient le loulav à travers lui. Interdit : il faut une lekiha tama, une prise complète -- et ici elle ne l'est pas. La prise doit être intégrale, non médiée. Permis : lekiha al yedei davar aher chema lekiha -- prendre par l'intermédiaire d'un objet est prendre. Ce qui compte est l'acte, non le contact. L'hysope rallongé Trop court pour atteindre l'eau, on lui ajoute fil ou fuseau. Ce n'est pas une preuve contre moi : le fil est attaché à l'hysope, donc assimilé à son propre corps. Le soudar, lui, n'est pas attaché au loulav. La Torah dit prendra et trempera : or il trempe par le fil et c'est valable. Donc la prise indirecte est une prise. Preuve avancée -- puis écartée (seg. 8). La seconde preuve de Rava (seg. 8) -- la cendre tombée toute seule Si la cendre de la vache rousse tombe d'elle-même du tube dans la cuve, la sanctification de l'eau est passoul. Pourquoi ? Le verset exige ils prendront de la cendre... et il mettra : il faut un acte de prise délibérée. Donc quand on prend valablement par un intermédiaire, c'est bien parce que l'acte, et non le contact, fait la lekiha. Nafka mina pratique Pour Rabba : il faut dégager une zone nue du loulav et ne pas le tenir à travers un tissu ou un gant. Pour Rava : ni le lien ni l'étoffe ne gênent -- sous réserve, dit Tossefot, que ce soit fait de manière honorable (voir Soukka 42a : un loulav sorti dans un récipient, derekh kavod oui, derekh bizayon non).
Rabba contre Rava sur trois cas parallèles — le lien, l'étoffe, l'hysope — et la nafka mina pratique.
8
אָמַר רָבָא: מְנָא אָמֵינָא לַהּ דִּלְקִיחָה עַל יְדֵי דָּבָר אַחֵר שְׁמָהּ לְקִיחָה, דִּתְנַן: אֵזוֹב קָצָר — מְסַפְּקוֹ בְּחוּט וּבְכוּשׁ, וְטוֹבֵל וּמַעֲלֶה וְאוֹחֵז בָּאֵזוֹב וּמַזֶּה. אַמַּאי — ״וְלָקַח״ ״וְטָבַל״ אֲמַר רַחֲמָנָא! אֶלָּא לָאו, שְׁמַע מִינָּה: לְקִיחָה עַל יְדֵי דָּבָר אַחֵר — שְׁמָהּ לְקִיחָה.

Rava dit : d'où est-ce que je tire qu'une prise par l'intermédiaire d'un autre objet est appelée prise ? De ce que nous avons appris dans une michna : un hysope trop court — on le rallonge avec un fil ou avec un fuseau, puis on le trempe, on le retire, on saisit l'hysope et on asperge.

Or pourquoi [serait-ce valable] ? « Il prendra », « et il trempera », a dit le Miséricordieux !

Il faut donc bien en conclure : une prise par l'intermédiaire d'un autre objet est appelée prise.

📜 Rachi (5)
אֵזוֹב קָצָר שֶׁהָיוּ מְבִיאִין מֵי חַטָּאת מֵעִיר לְעִיר בִּשְׁפוֹפֶרֶת שֶׁל קָנִים אֲרֻוכּוֹת וּמַצְנִיעִין אוֹתָם בָּהֶם לְטַהֲרַת טְמֵאִים וּמַטְבִּיל הָאֵזוֹב וּמִזֶּה וְאִם הָיָה קָצָר כְּשֶׁמַּכְנִיסוֹ בְּפִי הַשְּׁפוֹפֶרֶת אֵינוֹ מַגִּיעַ לַמַּיִם שֶׁבָּרֹאשׁ הַשֵּׁנִי:
« Un hysope trop court » — car on transportait les eaux de purification (mei hatat) d'une ville à l'autre dans un tube fait de longs roseaux, et on les y conservait pour la purification de ceux qui étaient impurs ; on y trempe l'hysope et l'on asperge. Et s'il était trop court, lorsqu'on l'introduit dans l'ouverture du tube il n'atteint pas l'eau qui se trouve à l'autre extrémité.
מְסַפְּקוֹ מַאֲרִיכוֹ כְּדֵי סִפּוּקוֹ:
« On le rallonge » — on l'allonge de ce qu'il faut pour qu'il suffise.
בְּכוֹשׁ פֶּלֶךְ פוזי"ל בְּלַעַ"ז שֶׁהַנָּשִׁים טְוָות בּוֹ:
« Avec un fuseau » — un pelekh, fouzil en langue vernaculaire (la'az), avec lequel les femmes filent.
וְלָקַח אֵזוֹב וְטָבַל בַּמַּיִם בִּשְׁעַת טְבִילָה בָּעֵינַן לְקִיחָה:
« Il prendra » — de l'hysope, « et il trempera dans l'eau » : au moment du trempage, nous exigeons une prise.
אֶלָּא שְׁמַע מִינָּה שְׁמָהּ לְקִיחָה וּמִיהוּ כְּשֶׁהוּא מִזֶּה צָרִיךְ לֶאֱחֹוז בָּאֵזוֹב מִפְּנֵי שֶׁאִם אוֹחֲזוֹ בְּסִפּוּקוֹ הוּא מְנַעְנֵעַ כָּאן וְכָאן וְאֵינוֹ מְכַוֵּין וּמִזֶּה עַל הַכְּלִי:
« Il faut donc en conclure que c'est bien une prise » — toutefois, au moment où il asperge, il doit saisir l'hysope lui-même ; car s'il le tient par son prolongement, il oscille de part et d'autre, et il ne vise plus ni n'asperge sur l'objet [à purifier].
💡 Explication

Rava cherche un appui textuel dans un tout autre domaine : la purification par les eaux de la para adouma (la vache rousse). Ces eaux étaient transportées et conservées dans de longs tubes de roseau ; l'hysope avec lequel on asperge pouvait être trop court pour atteindre le liquide au fond. La michna autorise alors à le rallonger d'un fil ou d'un fuseau.

L'argument est serré. Le verset (Nombres 19,18) dit « il prendra de l'hysope et trempera dans l'eau » : la prise est donc requise au moment même du trempage. Or à ce moment-là, la main ne tient pas l'hysope mais son prolongement — et c'est néanmoins valable. Donc la prise indirecte est une prise. Rachi ajoute une précision d'exécution : le fil ne sert qu'à tremper ; pour l'aspersion elle-même, il faut reprendre l'hysope en main, sinon il oscille et l'on ne vise plus.

🖼️ Schéma
L'hysope trop court : la preuve de Rava, et pourquoi elle ne tient pas Purification par les eaux de la para adouma : le tube de roseau est long, l'hysope ne descend pas jusqu'à l'eau. Le dispositif eaux de purification tube (shefoferet) fil ou fuseau ajouté hysope, trop court seul la main tient le fil Il trempe, ressort, puis saisit l'hysope lui-même pour asperger. L'argument de Rava Le verset dit : il prendra de l'hysope et il trempera. La prise est donc requise au moment du trempage. Or il tient le fil, pas l'hysope -- et c'est valable. Donc : prendre par un intermédiaire, c'est prendre. La réfutation (seg. 8) Peut-être l'hysope est-il un cas particulier : le fil y est attaché, donc traité comme son propre corps. Le soudar, lui, n'est pas attaché au loulav. La preuve tombe : il faut en chercher une autre. Rachi précise un détail d'exécution Le fil ne sert qu'à tremper. Pour asperger, il faut reprendre l'hysope en main : tenu par son prolongement, il oscille de part et d'autre et l'on ne vise plus l'objet à asperger.
L'hysope rallongé d'un fil dans le tube des eaux de purification : l'argument de Rava, sa réfutation, et la précision de Rachi.
9
מִמַּאי? דִּלְמָא שָׁאנֵי הָתָם, כֵּיוָן דְּחַבְרֵיהּ — כְּגוּפֵיהּ דָּמֵי. אֶלָּא מֵהָכָא: נָפַל מִשְּׁפוֹפֶרֶת לַשֹּׁוקֶת — פָּסוּל.

D'où [cette preuve tiendrait-elle] ? Peut-être est-ce différent là-bas : puisqu'il l'a attaché, c'est comme son propre corps.

Plutôt, [tirons-le] de ceci : si [la cendre] est tombée du tube dans la cuve — c'est passoul.

📜 Rachi (1)
נָפַל מִשְּׁפוֹפֶרֶת לַשֹּׁוקֶת אַף הָאֵפֶר הָיוּ מְבִיאִין בִּשְׁפוֹפֶרֶת וּמְקַדְּשִׁין בּוֹ אֶת הַמַּיִם בְּשֹׁוקֶת שֶׁל אֶבֶן שֶׁכָּל מַעֲשֵׂה פָּרָה בִּכְלִי אֲבָנִים הָיְתָה אִם אֶפְשָׁר וְהָיָה נוֹתֵן אֵפֶר מִשְּׁפוֹפֶרֶת לַמַּיִם שֶׁבַּשֹּׁוקֶת שֶׁהָאֵפֶר נוֹתֵן לְמַעְלָה כִּדְיָלְפִינַן בְּסוֹטָה (דַּף טז:) מַיִם חַיִּים אֶל כֶּלִי שֶׁהַמַּיִם נוֹתְנִין תְּחִילָּה אֶל כְּלִי וְלֹא יַפְסִיק אֵפֶר בֵּינֵיהֶן וְהָא דִּכְתִיב וְנָתַן עָלָיו מַיִם מוֹקְמִינַן (שָׁם) לְעָרְבָן וְאִם כְּשֶׁבָּא לְקַדֵּשׁ נָפַל הָאֵפֶר מִשְּׁפוֹפֶרֶת לַשֹּׁוקֶת שֶׁלֹּא בְּמִתְכַּוֵּין פָּסוּל הַקִּידּוּשׁ דְּבָעֵינַן וְלָקְחוּ מֵעֲפַר שְׂרֵפַת הַחַטָּאת וְנָתַן וְגוֹ' שֶׁיְּהֵא לוֹקֵחַ בְּיָדוֹ וְנוֹתֵן:
« Si elle est tombée du tube dans la cuve » — la cendre aussi, on l'apportait dans un tube, et l'on sanctifiait avec elle les eaux qui se trouvaient dans une cuve de pierre, car tous les actes de la para (vache rousse) se faisaient en récipients de pierre lorsque c'était possible. Il versait la cendre du tube dans l'eau qui était dans la cuve, car la cendre se met par-dessus, comme on le déduit dans Sota (16b) de « des eaux vives dans un récipient » : l'eau se met d'abord dans le récipient et la cendre ne doit pas s'interposer entre eux ; quant au verset « et il mettra dessus de l'eau », on l'établit (ibid.) comme visant leur mélange. Et si, au moment où il venait sanctifier, la cendre est tombée du tube dans la cuve sans intention, la sanctification est passoul — car nous exigeons « ils prendront de la cendre de la combustion du sacrifice expiatoire et il mettra, etc. » : qu'il prenne de sa main et qu'il mette.
🗂️ Tossefot (1)
נָפַל מִשְּׁפוֹפֶרֶת לַשֹּׁוקֶת. פֵּי' בַּקּוּנְטְרֵס לְשֹׁוקֶת שֶׁל אֶבֶן שֶׁכָּל מַעֲשֵׂה פָּרָה בִּכְלִי אֲבָנִים וְאִי אֶפְשָׁר לוֹמַר כָּךְ דְּהַךְ שְׁפוֹפֶרֶת גּוּפָהּ מְקַבֶּלֶת טֻומְאָה הִיא כִּדְמוֹכַח פֶּרֶק חֹומֶר בַּקֹּודֶשׁ דְּאָמְרִינַן שְׁפוֹפֶרֶת שֶׁחֲתָכָהּ לְחַטָּאת טְמֵאָה וְיַטְבִּיל וּבְמַסֶּכֶת פָּרָה בְּדֻוכְתֵי טוּבָא תְּנַן שֶׁהָיוּ מְמַלְּאִין חָבִיּוֹת לְקַדֵּשׁ בָּהֶן עוֹד מַשְׁמַע דַּעֲדִיפֵי שְׁאָר כֵּלִים לְקַדֵּשׁ דִּתְנַן (פָּרָה פ"ה מִשְׁנָה ה) בְּכָל הַכֵּלִים מְקַדְּשִׁים אֲפִילּוּ בִכְלֵי גְלָלִים כְּלֵי אֲבָנִים כְּלֵי אֲדָמָה דְּאַף עַל גַּב דְּלָא חֲשִׁיבִי כֵּלִים לְטֻומְאָה חֲשִׁיבִי כְּלִי לְקִידּוּשׁ וכ"ש שְׁאָר כֵּלִים וּמַה שֶׁכָּל מַעֲשֶׂיהָ בִּכְלֵי אֲבָנִים הַייְנוּ בְּשִׁבְעַת הַיָּמִים שֶׁמַּפְרִישִׁין כֹּהֵן הַשּׂוֹרֵף אֶת הַפָּרָה לַלִּשְׁכָּה שֶׁעַל פְּנֵי הַבִּירָה וְלִשְׁכַּת בֵּית אֶבֶן הָיְתָה נִקְרֵאת כְּדִמְפָרֵשׁ בְּרֵישׁ יוֹמָא (דַּף ב.) וַעֲבִיד מִשּׁוּם מַעֲלָה: [וע"ע תּוֹסְפוֹת חֲגִיגָה כג. ד"ה שְׁפוֹפֶרֶת וְתוֹסְפוֹת יוֹמָא ב. ד"ה שֶׁכָּל וְתוֹסְפוֹת חֻולִּין ט: ד"ה טְמֵאָה]:
« Si elle est tombée du tube dans la cuve. » Rachi a expliqué : dans une cuve de pierre, car tous les actes de la para se faisaient en récipients de pierre. Il est impossible de dire ainsi, car ce tube lui-même est susceptible de contracter l'impureté, comme le prouve le chapitre Homer ba-kodech, où nous disons : un tube que l'on a taillé pour la hatat est impur, et il faut l'immerger. Et dans le traité Para, en de nombreux endroits, nous avons appris qu'on remplissait des jarres pour sanctifier avec elles. En outre, il ressort que d'autres récipients sont même préférables pour la sanctification, car nous avons appris (Para 5,5) : avec tous les récipients on sanctifie, même avec des récipients de bouse, de pierre ou de terre — car bien qu'ils ne comptent pas comme récipients pour l'impureté, ils comptent comme récipients pour le kidouch ; et à plus forte raison les autres récipients. Quant à l'affirmation que tous ses actes se faisaient en récipients de pierre, cela vise les sept jours durant lesquels on séparait le kohen qui brûlait la vache dans la chambre située face à la Bira — elle s'appelait la chambre de la Maison de Pierre, comme il est expliqué au début de Yoma (2a) — et cela se faisait à titre de rigueur supplémentaire (ma'ala). [Voir encore Tossefot Haguiga 23a s.v. chefoferet, Tossefot Yoma 2a s.v. she-kol, et Tossefot Houlin 9b s.v. teme'a.]
💡 Explication

La preuve de Rava est écartée par une distinction : le fil est attaché à l'hysope, donc juridiquement assimilé à son propre corps — la prise n'y est pas indirecte du tout. L'étoffe, elle, n'est pas attachée au loulav ; le cas ne se transpose pas.

Rava produit alors une seconde preuve, prise du même rituel. Pour sanctifier l'eau, on verse la cendre de la vache rousse depuis un tube dans la cuve (choket). Si la cendre y tombe d'elle-même, la sanctification est passoul : le verset exige « ils prendront de la cendre... et il mettra », donc un acte de prise délibérée. Cela établit exactement ce que Rava soutient : ce qui est requis est l'acte de prendre — et c'est pourquoi il peut être accompli par un intermédiaire, alors qu'une chute accidentelle, même avec contact parfait, ne vaut rien.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).