Soukka 38a — La flèche dans l'œil du Satan, le repas qu'on interrompt pour le loulav, et le Hallel qu'un autre récite pour vous

Sukkah 38a

Sougya : Le folio achève d'abord la sougya des naanouim par une règle inattendue : les shirei mitsva, ces gestes qui ne conditionnent pas la validité de la mitsva, retiennent le malheur — la tenoufa des deux pains arrête vents et rosées mauvaises, et Rava applique cela au balancement du loulav. Mais quand Rav Aha bar Yaakov accompagnait son geste d'un « voici une flèche dans l'œil du Satan », la Guemara le désavoue : la vantardise provoque une riposte.

Vient ensuite la michna du voyageur qui rentre chez lui sans avoir pris le loulav : il le prend à sa table, et tout le jour reste valide. Trois amoraim s'affrontent alors, non sur la réponse mais sur la question — Rav Safra partage entre le cas où il reste du temps dans la journée et celui où il n'en reste plus ; Rava objecte que le loulav est de la Torah et la prière de-rabbanan, et déplace la difficulté à l'intérieur de la michna ; Rabbi Zira dissout cette seconde difficulté et sauve la première en établissant que la michna traite du deuxième jour de fête, où le loulav n'est plus que de-rabbanan.

Le style de la michna le confirme : « celui qui vient en chemin » suppose des jours où le voyage est permis. La dernière michna passe au Hallel et à la question de savoir qui peut acquitter autrui : derrière un lecteur adulte on répond seulement Halelou-Ya, mais derrière un esclave, une femme ou un mineur — non tenus à cette mitsva liée au temps — il faut répéter chaque mot, et la malédiction vise l'ignorance de celui qui en est réduit là.

Une baraita étend la question au birkat ha-mazon, et le folio s'arrête net sur un « Rava dit » dont le Roch nous livre déjà la suite : les halakhot du shomea ke-one.

Le fil du folio : secouer le loulav, l'oublier, puis se le faire lire par un autre Trois blocs, une même question de fond : que vaut ce qui n'est pas l'essentiel de la mitsva ? Bloc 1 (seg. 0) -- fin de la sougya des naanouim : le résidu qui protège Les shirei mitsva -- ce qui n'est pas indispensable à la mitsva -- retiennent le malheur. Preuve : la tenoufa des deux pains n'est pas indispensable, et pourtant elle arrête vents et rosées mauvaises. Rava : il en va de même du loulav -- on l'éloigne et le ramène, on l'élève et l'abaisse. Rav Aha bar Yaakov disait en secouant : voici une flèche dans l'œil du Satan. La Guemara refuse ce mot : la vantardise provoque le Satan et l'incite à redoubler d'attaque. Leçon : la partie non essentielle de la mitsva a un pouvoir réel -- mais s'en glorifier l'annule. Bloc 2 (seg. 1-6) -- michna du voyageur : interrompre le repas pour le loulav ? Michna : celui qui rentre chez lui sans avoir pris le loulav le prend à sa table ; tout le jour est valide. Contradiction avec Chabbat 9b : si l'on a commencé à manger, on n'interrompt pas pour la prière. Rav Safra : il reste du temps dans la journée / il n'en reste pas. Rava : la difficulté n'existe pas -- loulav est de la Torah, prière de-rabbanan. La vraie tension est interne. Rabbi Zira : la tension interne non plus n'existe pas ; on garde la première, en parlant du 2e jour de fête. Le 2e jour, le loulav n'est plus que de-rabbanan : les deux mitsvot sont alors de même rang. Confirmation par le style : « celui qui vient en chemin » -- au 1er jour de fête, un tel voyage serait interdit. Trois amoraim, trois lectures de la même michna : chaque objection déplace le point de friction. Bloc 3 (seg. 7-9) -- michna du Hallel : qui peut lire pour un autre, et à quel prix Si un esclave, une femme ou un mineur lui font réciter, il répète mot pour mot -- et malédiction sur lui. Si c'est un adulte, il répond seulement Halelou-Ya : l'écoute suffit, l'adulte l'acquitte. Doubler les versets, les dire simplement, bénir ou non : tout suit la coutume du pays. Baraita : le fils bénit pour son père, l'esclave pour son maître, la femme pour son mari -- mais malédiction. La malédiction ne vise pas la validité : elle vise l'ignorance de celui qui n'a jamais appris. Le folio s'arrête net sur « Rava dit : » -- la suite, les halakhot tirées du Hallel, s'ouvre en 38b.
Le fil du folio : la fin des naanouim, la michna du voyageur, la michna du Hallel.
Une michna, trois façons de la trouver contradictoire Chaque amora conteste non la réponse du précédent, mais la question qu'il posait. Le texte discute Reisha : il rentre chez lui -- il prend le loulav à sa table (donc il interrompt son repas). Seifa : il n'a pas pris le matin -- il prendra l'après-midi, car tout le jour est valide (donc rien ne presse). Question 1 -- externe Michna vs Chabbat 9b : ici on interrompt, là on n'interrompt pas. Réponse de Rav Safra : il reste du temps dans le jour / il n'en reste plus. Objection de Rava : les deux cas n'ont pas le même rang -- loulav de la Torah, prière de-rabbanan. Il n'y avait donc rien à demander. Question 2 -- interne Reisha vs seifa de la même michna (Rava). Réponse de Rav Safra : même partage -- reisha sans temps restant, seifa avec temps. Objection de Rabbi Zira : la reisha dit seulement qu'il est méritoire d'interrompre ; s'il ne l'a pas fait, la seifa le rattrape le soir. Retour à la question 1 Rabbi Zira garde la contradiction externe du départ. Il neutralise l'objection de Rava : notre michna parle du 2e jour de fête, où le loulav est de-rabbanan. Les deux mitsvot sont alors de même rang : la comparaison tient, et le partage de Rav Safra reste la seule réponse nécessaire. Confirmation de style (seg. 6) La michna dit « celui qui vient en chemin » : au 1er jour de fête, un tel déplacement serait interdit. Le mot même de la michna confirme donc qu'elle vise les jours intermédiaires -- lecture de Rabbi Zira validée. Nafka mina retenue par le Roch 2e jour : on n'interrompt le repas que s'il ne reste plus de temps dans la journée. 1er jour (mitsva de la Torah) : on interrompt même s'il reste du temps -- comme pour le Chema.
Rav Safra, Rava, Rabbi Zira : trois états successifs de la même question sur l'interruption du repas.
Qui peut acquitter qui : le principe et sa limite Règle : on n'acquitte autrui que si l'on est soi-même obligé, et au moins au même rang que lui. Hallel des fêtes (notre michna) Mitsva liée au temps -- femme et esclave en sont dispensés ; le mineur n'est obligé que de-rabbanan. Lecteur adulte obligé -> il acquitte l'auditeur. Celui-ci répond seulement Halelou-Ya : shomea ke-one. Lecteur esclave / femme / mineur -> il n'acquitte pas. L'auditeur doit répéter mot pour mot tout ce qu'ils disent. Et malédiction sur lui : s'il avait appris, il n'aurait pas besoin de tels lecteurs. Birkat ha-mazon (baraita, seg. 8) Ici femme, esclave et fils peuvent bénir pour lui. Rachi : dans le cas où le père n'a mangé qu'un ke-zayit ou une ke-beitsa -- mesure de-rabbanan. Rang égal = acquittement valide Un obligé de-rabbanan acquitte un obligé de-rabbanan. La Torah exige d'être rassasié. Mais : que la malédiction vienne sur l'homme dont la femme et les fils bénissent à sa place -- c'est qu'il n'a pas appris. Tossefot : la baraita est citée ici agav guerera, par entraînement -- pour la formule commune. Ce qui est valide et ce qui est convenable sont deux questions distinctes Valide : la répétition mot pour mot fait sortir de l'obligation, même derrière un lecteur non obligé. Convenable : être réduit à cet expédient signale qu'on n'a pas étudié -- d'où la malédiction de la michna. Tossefot précise : la malédiction porte sur celui qui n'a pas appris, non sur le procédé lui-même. Vocabulaire technique du bloc motsi / lehotsi yede hova : acquitter autrui de son obligation en accomplissant pour lui. shomea ke-one : celui qui écoute est comme celui qui dit -- écouter le lecteur vaut avoir récité. mitsvat ase che-ha-zeman gerama : commandement positif dépendant du temps -- les femmes en sont dispensées. ke-fol / lifchot : doubler les versets du Hallel ou les dire une seule fois -- affaire de coutume locale.
Acquitter autrui : la règle du rang égal, et pourquoi la michna maudit malgré la validité.
1
שְׁיָרֵי מִצְוָה מְעַכְּבִין אֶת הַפֻּורְעָנוּת. שֶׁהֲרֵי תְּנוּפָה שְׁיָרֵי מִצְוָה הִיא — וְעוֹצֶרֶת רוּחוֹת וּטְלָלִים רָעִים. וְאָמַר רָבָא: וְכֵן בְּלוּלָב. רַב אַחָא בַּר יַעֲקֹב מַמְטֵי לֵיהּ וּמַיְיתֵי לֵיהּ, אָמַר: דֵּין גִּירָא בְּעֵינֵיהּ דְּסִטְנָא. וְלָאו מִלְּתָא הִיא, מִשּׁוּם דְּאָתֵי לְאִיגָּרוֹיֵי בֵּיהּ.

... les restes d'une mitsva retiennent le malheur. Car voici : la tenoufa (le balancement des deux pains) n'est qu'un reste de mitsva — et pourtant elle arrête les vents et les rosées mauvaises.

Et Rava a dit : il en va de même du loulav. Rav Aha bar Yaakov l'éloignait et le ramenait, en disant : voici une flèche dans l'œil du Satan.

Mais ce n'est pas une chose à dire, parce que cela conduit [le Satan] à s'acharner sur lui.

📜 Rachi (8)
שְׁיָרֵי מִצְוָה מִצְוָה שֶׁהִיא שִׁירַיִם שֶׁאֵינָהּ עִיקָּר לְעַכֵּב כַּפָּרָה אעפ"כ חֲשׁוּבָה הִיא לְעַכֵּב אֶת הַפּוּרְעָנוּת:
Les restes d'une mitsva — une mitsva qui n'est qu'un reste, qui n'est pas l'essentiel au point de conditionner l'expiation ; malgré cela, elle est assez importante pour retenir le malheur.
שֶׁהֲרֵי תְּנוּפָה שְׁיָרֵי מִצְוָה הִיא וְאֵינָהּ מְעַכֶּבֶת כִּדְתַנְיָא בְּתוֹרַת כֹּהֲנִים וּמַייְתִינַן לָהּ בַּגְּמָרָא דְּיוֹמָא (דַּף ה.) לִתְנוּפָה לְכַפֵּר וְכִי תְּנוּפָה מְכַפֶּרֶת וַהֲלֹא אֵין כַּפָּרָה אֶלָּא בְּדָם אֶלָּא שֶׁאִם עֲשָׂאָהּ לִתְנוּפָה שְׁיָרֵי מִצְוָה שֶׁשִּׁיְּירָהּ וְלֹא עֲשָׂאָהּ מַעֲלֶה עָלָיו הַכָּתוּב כְּאִילּוּ לֹא עָשָׂה מִן הַמֻּובְחָר וְכִיפֵּר כְּלוֹמַר אעפ"כ כִּיפֵּר שֶׁאֵין צָרִיךְ לְהָבִיא קָרְבָּן אַחֵר:
Car voici : la tenoufa n'est qu'un reste de mitsva — et elle ne conditionne pas [la validité], comme il est enseigné dans le Torat Kohanim et rapporté dans la Guemara de Yoma (5a) : « [il l'a fait] pour la tenoufa, pour expier » — la tenoufa expie-t-elle donc ? Or l'expiation ne se fait que par le sang ! Mais [le sens est] que s'il a fait la tenoufa [c'est bien], et que s'il l'a laissée de côté et ne l'a pas faite, l'Écriture le considère comme n'ayant pas agi de la meilleure manière — et « il a expié », c'est-à-dire que malgré tout l'expiation a eu lieu et qu'il n'a pas besoin d'apporter un autre sacrifice.
וְכֵן לוּלָב מוֹלִיךְ וּמֵבִיא מַעֲלֶה וּמוֹרִיד:
Et de même le loulav — on l'éloigne et on le ramène, on l'élève et on l'abaisse.
מַמְטֵי לֵיהּ מוֹלִיךְ:
Il l'emmène — il l'éloigne [de lui].
וּמַיְיתִי מֵבִיא:
Et il le fait venir — il le ramène.
גִּירָא בְּעֵינֵיהּ דְּסִטְנָא הֲרֵי זֶה לַחַץ בְּעֵינָיו שֶׁל שָׂטָן שֶׁרוֹאֶה בְּעֵינָיו שֶׁאֵין בּוֹ כֹּחַ לְנַתֵּק מֵעָלֵינוּ עֹול מִצְוֹת:
Une flèche dans l'œil du Satan — voilà une pression dans les yeux du Satan, qui voit de ses propres yeux qu'il n'a pas la force de nous arracher le joug des mitsvot.
וְלָאו מִלְּתָא הִיא אֵין נָכוֹן לוֹמַר כֵּן:
Et ce n'est pas une chose [à dire] — il n'est pas convenable de parler ainsi.
לְאִיגּוּרַיי שֶׁיִּתְגָּרֶה בּוֹ שָׂטָן שֶׁהוּא יֵצֶר הָרַע וְיַשִּׁיאֶנּוּ לִתְעוֹת מֵעַל קוֹנוֹ וְיִמְסֹור עַצְמוֹ עַל הַדָּבָר:
À s'acharner — que le Satan, qui est le mauvais penchant, s'acharne sur lui, l'induise à s'égarer loin de son Créateur, et qu'il finisse par s'y livrer entièrement.
🪔 Ben Yehoyada (2)
שְׁיָרֵי מִצְוָה, מְעַכְּבִין אֶת הַפֻּרְעָנוּת. לֹא אָמַר דּוֹחִין אוֹ מְבַטְּלִין אֶלָּא אָמַר 'מְעַכְּבִין', פֵּירוּשׁ אַף עַל פִּי שֶׁיָּבוֹאוּ מְעַכְּבִין בִּיאָתָם, וּבָזֶה לֹא יֵצֵא מֵהֶם נֶזֶק דֶּרֶךְ מָשָׁל רוּחַ זֶה קָשֶׁה לִזְרָעִים הַנִּמְצָאִים עַכְשָׁיו אַךְ אִם יָבֹא לָהֶם זֶה הָרוּחַ בְּעֵת אַחֶרֶת לֹא יַזִּיק לָהֶם, וְכֵן הָעִנְיָן בִּטְלָלִים. וְלָזֶה אָמַר מְעַכְּבִין אוֹתָם מִזְּמַן לִזְמַן כְּדֵי שֶׁלֹּא יַזִּיקוּ שֶׁהֲרֵי תְּנוּפָה שְׁיָירֵי מִצְוָה הִיא וְעוֹצֶרֶת רוּחוֹת וּטְלָלִים, רוֹצֶה לוֹמַר מְעַכֶּבֶת מִלְּשׁוֹן (בְּרֵאשִׁית טז, ב) 'עַצְרָנִי ה' מִלֶּדֶת'.
« Les restes d'une mitsva retiennent le malheur. » Il n'a pas dit « repoussent » ni « annulent » mais « retiennent » : c'est-à-dire que même s'ils viennent, ils en retiennent la venue, et de la sorte aucun dommage n'en sort. Par exemple : tel vent est nuisible aux semis qui se trouvent là maintenant, mais si ce même vent leur arrive à un autre moment, il ne leur nuira pas ; et il en va de même des rosées. C'est pourquoi il dit qu'ils les retiennent d'un moment à l'autre, afin qu'ils ne nuisent pas. « Car la tenoufa n'est qu'un reste de mitsva et elle arrête les vents et les rosées » — c'est-à-dire qu'elle les retient, au sens de « Hachem m'a retenue d'enfanter » (Genèse 16,2).
דִּין, גִּירָא בְּעֵינֵיהּ דְּשַׁטְנָא, וְלָאו מִלְּתָא הִיא, מִשּׁוּם דְּאָתֵי לְאִגָּרוֹיֵי בֵּיהּ. קָשֶׁה אֵיךְ רַב אַחָא בַּר יַעֲקֹב לֹא חָשׁ לָזֶה? וְנִרְאֶה לִי בס"ד דְּאִיתָא בַּגְּמָרָא דְּבָתְרָא (בָּבָא בָּתְרָא טז.) דְּדָרַשׁ רַב אַחָא בַּר יַעֲקֹב דְּשָׂטָן לְשֵׁם שָׁמַיִם נִתְכַּוֵּון וַאֲתָא שָׂטָן וְנַשְּׁקִי אַכְרְעֵיהּ עַייֵּן שָׁם. וְלָכֵן מֵאַחַר שֶׁנִּכְנַע אֵלָיו כָּל כָּךְ וְנַשְּׁקִי אַכְרְעֵיהּ נַעֲשָׂה אֲהוּבוֹ וְסָמַךְ שֶׁלֹּא יַקְפִּיד עָלָיו. וְדַע דְּוַדַּאי לֹא הָיָה אוֹמֵר דְּבָרִים אֵלּוּ בְּעֵת שֶׁהוּא מְנַעְנֵעַ מַמָּשׁ דְּאֵין רָאוּי לְהַפְסִיק בִּדְבָרִים בְּעֵת נִעְנוּעַ. וּמַה שֶׁקָּרְאוּ בְּשֵׁם 'גִּירָא' נִרְאֶה לִי כִּי 'לוּלָב' עוֹלֶה מִסֵּפֶר ס"ח כְּמִנְיַן 'חַיִּים' [68] וְכֵיוָן דְּמוֹלִיךְ וּמֵבִיא ג' פְּעָמִים הֲרֵי כָּאן ג' פְּעָמִים ס"ח שֶׁהוּא מִסְפַּר ר"ד [204] שֶׁעוֹלֶה 'גֵּרָא' בחיר"ק תַּחַת גִּימֶ"ל כִּי החיר"ק מְשַׁמֵּשׁ בִּמְקוֹם יוֹ"ד.
« Voici une flèche dans l'œil du Satan — mais ce n'est pas une chose à dire, parce que cela conduit à s'acharner sur lui. » Difficulté : comment Rav Aha bar Yaakov n'a-t-il pas craint cela ? Il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'il est rapporté dans la Guemara de Bava Batra (16a) que Rav Aha bar Yaakov a exposé que le Satan avait agi pour le Ciel — et le Satan vint lui baiser les pieds ; vois-y. Dès lors, puisqu'il s'était à ce point soumis à lui au point de lui baiser les pieds, il était devenu son ami, et Rav Aha s'est appuyé là-dessus, [certain] qu'il ne lui en tiendrait pas rigueur. Sache aussi qu'assurément il ne prononçait pas ces paroles au moment même où il faisait les mouvements, car il ne convient pas d'interrompre par des paroles pendant les naanouim. Quant au fait qu'il l'ait appelé « flèche » (gira), il me semble que « loulav » vaut par le compte 68, comme le mot « 'hayim » (vie) [68] ; et puisqu'on l'éloigne et le ramène trois fois, cela fait trois fois 68, soit le nombre 204 [ram-dalet], qui est la valeur de « gira » avec un hirik sous le guimel, le hirik tenant lieu de la lettre youd.
💡 Explication

Le folio s'ouvre à la fin de la sougya des naanouim (les mouvements du loulav). La catégorie en jeu est celle des shirei mitsva, littéralement les « restes » de la mitsva : les gestes qui ne conditionnent pas sa validité. La tenoufa des deux pains de Chavouot en est le modèle — si on l'omet, l'offrande expie quand même — et pourtant on lui attribue le pouvoir d'arrêter les vents et les rosées nuisibles. Rava applique le même raisonnement au balancement du loulav.

Le folio se ferme aussitôt sur un correctif de mœurs. Rav Aha bar Yaakov accompagnait son geste d'une formule de défi : « voici une flèche dans l'œil du Satan ». La Guemara la désavoue : se glorifier d'une victoire sur le mauvais penchant provoque une riposte. Le pouvoir du geste est réel ; la vantardise qui l'accompagne l'expose.

🖼️ Schéma
La flèche dans l'œil du Satan : pourquoi la Guemara refuse ce mot Le fait La tenoufa n'est pas indispensable à l'expiation -- elle reste un résidu. Et pourtant elle arrête les vents et les rosées mauvaises. Rava : idem pour le loulav. Le geste de Rav Aha Il éloigne le loulav et le ramène, et déclare : voici une flèche dans l'œil du Satan. Rachi : le Satan voit qu'il n'a pas la force de nous ôter le joug. Le verdict Ce n'est pas une chose à dire. Motif : cela conduit le Satan à s'acharner sur lui. La provocation appelle une contre-attaque. Le Ben Yehoyada sur le verbe meakvin Le texte ne dit pas « repoussent » ni « annulent » mais « retiennent » : le mal vient, mais à un autre moment. Un vent nuisible aux semis d'aujourd'hui ne leur nuira plus s'il arrive plus tard -- de même pour les rosées. Et pourquoi Rav Aha, lui, ne craignait rien Ben Yehoyada : c'est lui qui enseigna que le Satan avait agi pour le Ciel, et le Satan lui baisa les pieds. Devenu son ami, il pouvait se le permettre. Et il ne parlait pas pendant le mouvement même des naanouim.
Le résidu de la mitsva protège — mais s'en vanter retourne la protection.
2
מַתְנֵי׳ מִי שֶׁבָּא בַּדֶּרֶךְ וְלֹא הָיָה בְּיָדוֹ לוּלָב לִיטּוֹל — לִכְשֶׁיִּכָּנֵס לְבֵיתוֹ, יִטֹּול עַל שֻׁלְחָנוֹ. לֹא נָטַל שַׁחֲרִית — יִטֹּול בֵּין הָעַרְבַּיִם, שֶׁכָּל הַיּוֹם כָּשֵׁר לְלוּלָב.

MICHNA. Celui qui était en chemin et n'avait pas de loulav en main pour le prendre — lorsqu'il rentrera chez lui, il le prendra à sa table.

S'il ne l'a pas pris le matin, il le prendra dans l'après-midi, car tout le jour est valide pour le loulav.

📜 Rachi (1)
מַתְנֵי' יִטֹּול עַל שֻׁלְחָנוֹ אִם שָׁכַח וְלֹא נָטַל קֹודֶם אֲכִילָה צָרִיךְ לְהַפְסִיק סְעֻודָּתוֹ וְלִיטֹּול לוּלָב:
MICHNA. Il le prendra à sa table — s'il a oublié et ne l'a pas pris avant le repas, il doit interrompre son repas et prendre le loulav.
⚖️ Rosh (1)
מַתְנֵי' מִי שֶׁבָּא בַּדֶּרֶךְ וְאֵין בְּיָדוֹ לוּלָב לִכְשֶׁיִּכָּנֵס בְּבֵיתוֹ יִטֹּול עַל שֻׁולְחָנוֹ לֹא נָטַל שַׁחֲרִית יִטֹּול בֵּין הָעַרְבַּיִם שֶׁכָּל הַיּוֹם כָּשֵׁר לְלוּלָב.
MICHNA. Celui qui était en chemin et n'a pas de loulav en main — lorsqu'il rentrera chez lui, il le prendra à sa table ; s'il ne l'a pas pris le matin, il le prendra dans l'après-midi, car tout le jour est valide pour le loulav.
💡 Explication

Deux enseignements en une michna. Le premier : le voyageur qui n'a pas pu accomplir la mitsva pendant le trajet la fera à sa table, c'est-à-dire en interrompant son repas — Rachi le dit explicitement. Le second : la mitsva du loulav n'a pas d'heure fixe, tout le jour est valide, jusqu'au coucher du soleil.

C'est précisément la juxtaposition des deux qui va ouvrir la discussion : si tout le jour reste disponible, pourquoi faudrait-il interrompre le repas ?

3
גְּמ׳ אֲמַרְתְּ, נוֹטְלוֹ עַל שֻׁלְחָנוֹ; לְמֵימְרָא דְּמַפְסִיק? וּרְמִינְהִי: אִם הִתְחִילוּ — אֵין מַפְסִיקִין! אָמַר רַב סִפְרָא: לָא קַשְׁיָא, הָא — דְּאִיכָּא שְׁהוּת בַּיּוֹם, הָא — דְּלֵיכָּא שְׁהוּת בַּיּוֹם.

GUEMARA. Tu as dit : il le prend à sa table — cela veut-il dire qu'il interrompt [son repas] ?

Or on peut opposer : « s'ils ont commencé, on n'interrompt pas » ! Rav Safra dit : ce n'est pas une difficulté — l'un [parle] du cas où il reste du temps dans la journée, l'autre du cas où il ne reste plus de temps dans la journée.

📜 Rachi (2)
גְּמ' אִם הִתְחִילוּ אֵין מַפְסִיקִין גַּבֵּי תְּפִלַּת הַמִּנְחָה תְּנַן לָהּ בְּמַסֶּכֶת שַׁבָּת לֹא יֵשֵׁב אָדָם לִפְנֵי הַסַּפָּר וְלֹא יִכָּנֵס לֹא לֶאֱכֹול וְלֹא לָדוּן וְאִם הִתְחִילוּ קֹודֶם הַמִּנְחָה וּמָשְׁכָה סְעֻודָּתָן וְהִגִּיעַ זְמַן הַמִּנְחָה אֵין מַפְסִיקִין אֵין צְרִיכִין לְהַפְסִיק סְעֻודָּתָן וּלְהִתְפַּלֵּל:
GUEMARA. S'ils ont commencé, on n'interrompt pas — c'est à propos de la prière de minha que cela est enseigné dans le traité Chabbat : « qu'un homme ne s'asseye pas devant le coiffeur, et n'entre ni pour manger ni pour juger » ; et s'ils ont commencé avant l'heure de minha et que leur repas s'est prolongé jusqu'à ce que l'heure de minha arrive — « on n'interrompt pas », c'est-à-dire qu'ils n'ont pas besoin d'interrompre leur repas pour prier.
הָא דְּאִיכָּא שְׁהוּת בַּיּוֹם הָתָם בִּדְאִיכָּא שְׁהוּת לְהִתְפַּלֵּל אַחַר שֶׁיִּגְמְרוּ סְעֻודָּתָם וּמַתְנִי' דְּהָכָא בִּדְלֵיכָּא שְׁהוּת שֶׁתִּמָּשֵׁךְ סְעֻודָּתוֹ עַד שֶׁתֶּחְשַׁךְ:
Le cas où il reste du temps dans la journée — là-bas [dans Chabbat], il s'agit d'un cas où il reste du temps pour prier après qu'ils auront achevé leur repas ; et notre michna, ici, traite du cas où il ne reste pas de temps, parce que son repas se prolongerait jusqu'à la tombée de la nuit.
💡 Explication

La michna de Chabbat 9b enseigne qu'on ne s'installe pas à table avant la prière de minha, mais que si l'on a déjà commencé, on n'interrompt pas. Notre michna, elle, fait interrompre le repas pour le loulav. D'où la contradiction.

Rav Safra la résout par un partage de circonstances : quand il reste assez de temps après le repas, on n'interrompt pas ; quand le repas risque de se prolonger jusqu'à la nuit, on interrompt. Le principe est le même dans les deux textes, seule change la marge de temps disponible.

4
אָמַר רָבָא: מַאי קוּשְׁיָא? דִּילְמָא הָא דְּאוֹרָייְתָא, הָא דְּרַבָּנָן. אֶלָּא אָמַר רָבָא: אִי קַשְׁיָא — הָא קַשְׁיָא: לִכְשֶׁיִּכָּנֵס לְבֵיתוֹ — נוֹטְלוֹ עַל שֻׁלְחָנוֹ, אַלְמָא דְּמַפְסִיק, וַהֲדַר תָּנֵי: לֹא נָטַל שַׁחֲרִית — יִטֹּול בֵּין הָעַרְבַּיִם. אַלְמָא לֹא מַפְסִיק!

Rava dit : quelle est la difficulté ? Peut-être que ceci relève de la Torah et cela des Sages !

Rava dit plutôt : s'il y a une difficulté, c'est celle-ci — « lorsqu'il rentrera chez lui, il le prend à sa table », donc il interrompt ; et ensuite il enseigne : « s'il ne l'a pas pris le matin, il le prendra dans l'après-midi », donc il n'interrompt pas !

📜 Rachi (2)
וּמַאי קֻושְׁיָא דִּתְפִלָּה אַלּוּלָב דְּאִיצְטְרִיךְ רַב סָפְרָא לְשַׁנּוֹיֵי עֲלָהּ דִּלְמָא תַּרְוַייְהוּ בִּדְאִיכָּא שְׁהוּת וְגַבֵּי לוּלָב מַפְסִיקִין דְּמִדְּאוֹרַיְיתָּא הִיא אֲבָל תְּפִלָּה דְּרַבָּנָן:
Et quelle est la difficulté — [c'est-à-dire :] celle de la prière par rapport au loulav, pour laquelle Rav Safra a eu besoin de répondre. Peut-être les deux cas parlent-ils d'une situation où il reste du temps, et pour le loulav on interrompt parce qu'il s'agit d'une [obligation] de la Torah, tandis que la prière est de-rabbanan.
אֶלָּא אִי קַשְׁיָא דְּאִיצְטְרִיךְ רַב סָפְרָא לְשַׁנּוֹיֵי הִיא גּוּפָהּ קַשְׁיָא דְּלוּלָב אַלּוּלָב רֵישָׁא דְּקָתָנֵי מַפְסִיק וְסֵיפָא מַשְׁמַע יַמְתִּין אִם יִרְצֶה שֶׁהֲרֵי יֵשׁ לוֹ שְׁהוּת כָּל הַיּוֹם:
Mais s'il y a une difficulté — [c'est-à-dire :] ce pour quoi Rav Safra a eu besoin de répondre, c'est la difficulté interne, du loulav par rapport au loulav : la reisha enseigne qu'il interrompt, et la seifa laisse entendre qu'il peut attendre s'il le veut, puisqu'il dispose de tout le jour.
🗂️ Tossefot (1)
מַאי קוּשְׁיָא דִּלְמָא הָא דְּאוֹרָיְיתָא וְהָא דְּרַבָּנָן. תֵּימַהּ וַהֲרֵי קִידּוּשׁ הַיּוֹם דְּאוֹרָייְתָא כִּדְאָמְרִי' פֶּ' מִי שֶׁמֵּתוּ (בְּרָכוֹת דַּף כ: וְשָׁם) נָשִׁים חַיָּיבוֹת בְּקִידּוּשׁ הַיּוֹם דְּבַר תּוֹרָה וְהָא דְּמַשְׁמַע בְּרֵישׁ נָזִיר (דַּף ג:) שֶׁהוּא מִדְּרַבָּנָן אַיַּיִן הוּא מִדְּרַבָּנָן דְּדָרֵישׁ לֶאֱסֹור עַל הַיַּיִן מִצְוָה כְּיֵין הָרְשׁוּת וְקָאָמְרִינַן מַאי הִיא קִידּוּשָׁא וְאַבְדָּלְתָּא מֻושְׁבָּע וְעוֹמֵד הוּא וּמְשַׁנֵּי קִידּוּשׁ עַצְמוֹ דְּאוֹרָייְתָא וְאַפֵּ"ה א"ר יוֹסֵי בְּרֵישׁ עַרְבֵי פְּסָחִים (פְּסָחִים דַּף ק. וְשָׁם) דְּאֵין מַפְסִיקִין וּפָסְקִינַן הָתָם הֲלָכָה כְּר' יוֹסֵי בע"ש וְכַר' יְהוּדָה בְּעֶרֶב פֶּסַח וְי"ל דְּשָׁאנֵי קִידּוּשׁ הַיּוֹם שֶׁיָּכוֹל לְקַדֵּשׁ בַּיּוֹם כְּבַלַּיְלָה וְלֵיכָּא לְמִיחַשׁ לִפְשִׁיעוֹת' כֻּולֵּי הַאי וְעוֹד לְפִי שֶׁעוֹסֵק בִּסְעוּדַת שַׁבָּת לָא חָיְישִׁינַן כֻּולֵּי הַאי שֶׁמָּא יִתְעַצֵּל בְּקִידּוּשׁ הַיּוֹם:
« Quelle est la difficulté ? Peut-être que ceci relève de la Torah et cela des Sages. » C'est étonnant : le kidouch du jour relève pourtant de la Torah, comme nous le disons au chapitre Mi che-meto (Berakhot 20b) — « les femmes sont tenues au kidouch du jour selon la Torah ». Et ce qui laisse entendre au début de Nazir (3b) qu'il serait de-rabbanan, c'est [seulement] le vin qui est de-rabbanan : on y expose qu'il est interdit [au nazir] au vin d'une mitsva comme au vin ordinaire, et l'on demande « de quoi s'agit-il ? du kidouch et de la havdala », [et l'on objecte] qu'il est déjà tenu par serment [du Sinaï] — et l'on répond que le kidouch lui-même relève de la Torah. Et malgré cela Rabbi Yose dit au début de Arve Pessahim (Pessahim 100a) qu'on n'interrompt pas, et l'on tranche là-bas comme Rabbi Yose la veille de Chabbat et comme Rabbi Yehouda la veille de Pessa'h. On peut répondre que le kidouch du jour est différent, car on peut le faire de jour comme de nuit et il n'y a pas lieu de craindre à ce point la négligence. Et de plus, puisqu'il est occupé au repas de Chabbat, on ne craint pas tant qu'il se relâche et néglige le kidouch du jour.
⚖️ Rosh (1)
גְּמ' וּמַסִּיק רַב אַשִּׁי דְּמַתְנִי' ביו"ט שֵׁנִי אַיְירֵי מִדְּקָתָנֵי מִי שֶׁבָּא בַּדֶּרֶךְ וְהָא דְּמַפְסִיק סְעֻודָּתוֹ וְנוֹטְלוֹ עַל שֻׁולְחָנוֹ אַייְרֵי כְּשֶׁאֵין לוֹ שְׁהוּת בְּיוֹם אֲבָל אִם יֵשׁ שְׁהוּת בַּיּוֹם אֵינוֹ מַפְסִיק כִּי הַהִיא דִּתְנַן פ"ק דְּשַׁבָּת דַּף ט. גַּבֵּי תְּפִלָּה וְאִם הִתְחִילוּ אֵין מַפְסִיקִין וְדַוְקָא ביו"ט שֵׁנִי אֲבָל ביו"ט רִאשׁוֹן אֲפִילּוּ יֵשׁ שְׁהוּת מַפְסִיק וְהָכִי אָמְרִי' הָתָם דְּמַפְסִיקִין לִקְרוֹת ק"ש שֶׁהוּא דְּאוֹרָיְיתָא וְתָמַהְתִּי עַל הָרַב אַלְפָסִי לָמָּה לֹא הֵבִיא שַׁקְלָא וְטַרְיָא דִּגְמָ':
GUEMARA. Et l'on conclut que notre michna traite du deuxième jour de fête, comme l'indique le fait qu'elle enseigne « celui qui vient en chemin » ; et ce qu'elle dit — qu'il interrompt son repas et le prend à sa table — vise le cas où il ne lui reste plus de temps dans la journée, mais s'il reste du temps dans la journée, il n'interrompt pas, comme dans ce que nous avons appris au premier chapitre de Chabbat (9a) à propos de la prière : « et s'ils ont commencé, on n'interrompt pas ». Et cela vaut précisément pour le deuxième jour de fête ; mais le premier jour, même s'il reste du temps, il interrompt. Et c'est ce que nous disons là-bas : qu'on interrompt pour lire le Chema, qui relève de la Torah. Je me suis étonné du Rif : pourquoi n'a-t-il pas rapporté la discussion de la Guemara ?
💡 Explication

Rava ne répond pas à la question de Rav Safra : il la dissout. Les deux michnayot ne sont pas comparables, puisque le loulav est une mitsva de la Torah (de-oraita) tandis que la prière est de-rabbanan (d'institution rabbinique). Rien d'étonnant à ce qu'on interrompe pour l'une et non pour l'autre.

Il déplace alors la difficulté à l'intérieur même de notre michna : la reisha (première clause) impose d'interrompre, la seifa (clause finale) laisse tout le jour disponible. C'est cette tension-là, et non la précédente, qui appelle une réponse.

5
אָמַר רַב סִפְרָא: לָא קַשְׁיָא, הָא — דְּאִיכָּא שְׁהוּת בַּיּוֹם, הָא — דְּלֵיכָּא שְׁהוּת בַּיּוֹם.

Rav Safra dit : ce n'est pas une difficulté — ceci [parle] du cas où il reste du temps dans la journée, cela du cas où il ne reste plus de temps dans la journée.

💡 Explication

Rav Safra réapplique exactement son partage, mais cette fois à la difficulté interne posée par Rava : la seifa — « il prendra dans l'après-midi » — vise le cas où il reste du temps ; la reisha — « il le prend à sa table » — vise le cas où il n'en reste plus.

La réponse est inchangée ; c'est la question qu'elle résout qui a changé. Ce type de reprise littérale est fréquent dans la Guemara : elle signale que la solution était la bonne, mais qu'elle avait été branchée sur la mauvaise difficulté.

6
אָמַר רַבִּי זֵירָא: מַאי קוּשְׁיָא? דִּלְמָא: מִצְוָה לְאַפְסוֹקֵי, וְאִי לָא פְּסִיק — יִטֹּול בֵּין הָעַרְבַּיִם, שֶׁכָּל הַיּוֹם כָּשֵׁר לְלוּלָב. אֶלָּא אָמַר רַבִּי זֵירָא: לְעוֹלָם כִּדְאָמְרִינַן מֵעִיקָּרָא, וּדְקַשְׁיָא לָךְ הָא דְּאוֹרָייְתָא הָא דְּרַבָּנַן — הָכָא בְּיוֹם טוֹב שֵׁנִי דְּרַבָּנַן עָסְקִינַן.

Rabbi Zira dit : quelle est la difficulté ? Peut-être [la michna enseigne-t-elle qu']il est méritoire d'interrompre, et que s'il n'a pas interrompu, il prendra dans l'après-midi, car tout le jour est valide pour le loulav !

Rabbi Zira dit plutôt : en vérité, il en va comme nous l'avons dit au départ ; et quant à ce qui te faisait difficulté — que ceci relève de la Torah et cela des Sages —, ici nous traitons du deuxième jour de fête, qui est de-rabbanan.

📜 Rachi (2)
דִּלְמָא מִצְוָה לְאַפְסוֹקֵי שֶׁמָּא יִשְׁכַּח וְיִפְשַׁע:
Peut-être est-il méritoire d'interrompre — de peur qu'il n'oublie et ne se relâche.
אֶלָּא אָמַר ר' זֵירָא לְעוֹלָם כִּי אִיצְטְרִיךְ רַב סִפְרָא לְשַׁנּוֹיֵי מִשּׁוּם קוּשְׁיָא קַמַּיְיתָא אִיצְטְרִיךְ:
Rabbi Zira dit plutôt : en vérité — c'est-à-dire que si Rav Safra a eu besoin de répondre, c'était bien à cause de la première difficulté.
🗂️ Tossefot (1)
יוֹם טוֹב שֵׁנִי דְּרַבָּנָן. וְאַכַּתִּי הֲוָה מָצֵי לְשַׁנּוּיֵי דְּאִידִי וְאִידִי אִיכָּא שְׁהוּת אֶלָּא מִשּׁוּם דְּכֻולֵּי יוֹמָא זִימְנֵיהּ הוּא חָייְשִׁינַן טְפֵי דִּלְמָא אָתֵי לְמִיפְשַׁע כִּדְאָמְרִינַן פ"ק דְּשַׁבָּת (דַּף י.) בְּמִנְחָה כֵּיוָן דִּקְבִיעָא לֵיהּ זִימְנָא מִירְתַת וְלָא אָתֵי לְמִיפְשַׁע עַרְבִית כֵּיוָן דְּכֻולֵּי לֵילְיָא זִמְנֵיהּ לָא מִרְתַת וְאָתֵי לְמִיפְשַׁע וְאֵין לוֹמַר מִשּׁוּם דְּהָתָם לֵילְיָא זְמַן שֵׁינָה וְחָייְשִׁינַן טְפֵי דא"כ הַהוּא טַעְמָא ה"ל לְמֵימַר הָתָם וי"ל דִּתְפִלָּה צְרִיכָה שְׁהוּת וּמִתְעַצֵּל בָּהּ טְפֵי מִנְּטִילַת לוּלָב דְּמִכִּי אַגְבְּהֵיהּ נְפַק בֵּיהּ:
« Le deuxième jour de fête, qui est de-rabbanan. » On aurait encore pu répondre que dans les deux cas il reste du temps, mais que, parce que tout le jour est son temps, on craint davantage qu'il en vienne à se relâcher — comme nous le disons au premier chapitre de Chabbat (10a) : pour minha, puisque son temps est fixe, il appréhende et n'en vient pas à se relâcher ; pour la prière du soir, puisque toute la nuit est son temps, il n'appréhende pas et en vient à se relâcher. Et l'on ne peut pas dire que c'est parce que la nuit est le temps du sommeil et qu'on craint davantage, car alors c'est cette raison-là qu'il aurait fallu donner là-bas. On peut répondre que la prière demande du temps et qu'on s'en relâche plus que de la prise du loulav, puisque dès qu'il l'a soulevé, il s'en est acquitté.
💡 Explication

Rabbi Zira dissout à son tour la difficulté de Rava : la reisha n'impose pas l'interruption, elle la recommande ; la seifa dit seulement ce qui se passe s'il ne l'a pas fait. Reisha et seifa ne se contredisent donc plus.

Il revient alors à la première contradiction — celle de Rav Safra — et neutralise l'objection de Rava : notre michna parle du deuxième jour de fête, où le loulav n'est plus qu'une obligation de-rabbanan. Les deux mitsvot étant du même rang, la comparaison redevient légitime et la réponse de Rav Safra retrouve son emploi initial.

🖼️ Schéma
Pourquoi le 2e jour de fête résout tout 1er jour de fête Loulav : mitsva de la Torah. Prière de minha : de-rabbanan. Rangs différents -- on ne peut pas opposer les deux michnayot. C'était l'objection de Rava. 2e jour et jours intermédiaires Loulav : de-rabbanan (hors du Temple). Prière de minha : de-rabbanan. Même rang -- la contradiction redevient réelle et exige Rav Safra. C'est la réponse de Rabbi Zira. Ce que Rabbi Zira a d'abord écarté La tension reisha / seifa n'en est pas une : la reisha dit qu'il est méritoire d'interrompre, la seifa rattrape s'il ne l'a pas fait. La raison de la sévérité (Tossefot) Quand tout le jour est disponible, on ne craint pas -- mais on craint la négligence ; la prière est plus longue, donc plus fuie.
Rabbi Zira remet la question à sa place d'origine en changeant le jour dont parle la michna.
7
דַּיְקָא נָמֵי, מִדְּקָתָנֵי: מִי שֶׁבָּא בַּדֶּרֶךְ וְאֵין בְּיָדוֹ לוּלָב. דְּאִי סָלְקָא דַּעְתָּךְ בְּיוֹם טוֹב רִאשׁוֹן — מִי שָׁרִי?!

Le style aussi est précis, puisqu'il enseigne : « celui qui était en chemin et n'a pas de loulav en main ». Car si tu venais à penser [qu'il s'agit] du premier jour de fête — cela serait-il permis ?!

🗂️ Tossefot (1)
מִדְּקָתָנֵי מִי שֶׁבָּא בַּדֶּרֶךְ. תֵּימַהּ בְּסוֹף פ' תְּפִלַּת הַשַּׁחַר (בְּרָכוֹת דַּף ל. וְשָׁם) אָמְרִי' הִשְׁכִּים לָצֵאת לַדֶּרֶךְ מְבִיאִין לוֹ שׁוֹפָר וְתוֹקֵעַ [לוּלָב וּמְנַעְנֵעַ] וְהַיְינוּ בְּיוֹם טוֹב וי"ל דְּהֵיכָא דְּלֵיכָּא לְמִיטְעֵי לָא חָיֵישׁ וּמַייְרֵי בְּהוֹלֵךְ בְּתוֹךְ הַתְּחוּם לְמָקוֹם שֶׁבָּא חָכָם וְעוֹד דְּהָתָם קָתָנֵי הִשְׁכִּים לָצֵאת לַדֶּרֶךְ שֶׁמִּבֵּיתוֹ הוֹלֵךְ לִקְרַאת חָכָם וְנוֹטֵל לוּלָב קֹודֶם שֶׁיֵּצֵא אֲבָל הָכָא קָתָנֵי מִי שֶׁבָּא בַּדֶּרֶךְ וּכְשֶׁיִּכָּנֵס בְּבֵיתוֹ נוֹטֵל לוּלָב מַשְׁמַע שֶׁמִּמָּקוֹם רָחוֹק בָּא לְבֵיתוֹ:
« Puisqu'il enseigne : celui qui vient en chemin. » C'est étonnant : à la fin du chapitre Tefilat ha-chahar (Berakhot 30a) nous disons — « celui qui s'est levé tôt pour partir en chemin, on lui apporte un chofar et il sonne, [un loulav et il le secoue] », et il s'agit bien d'un jour de fête ! On peut répondre que là où il n'y a pas lieu de se tromper, on ne craint pas, et qu'il s'agit là de quelqu'un qui va, à l'intérieur du tehoum, vers un lieu où est venu un Sage. Et de plus, là-bas il est enseigné « celui qui s'est levé tôt pour partir en chemin » — c'est-à-dire que depuis sa maison il va à la rencontre du Sage, et qu'il prend le loulav avant de sortir ; tandis qu'ici il est enseigné « celui qui vient en chemin », et que lorsqu'il rentrera chez lui il prendra le loulav — ce qui laisse entendre qu'il revient chez lui d'un lieu éloigné.
💡 Explication

Confirmation par la formulation même de la michna. Voyager sur une distance appréciable est interdit le premier jour de fête ; le fait que la michna mette en scène un homme « qui vient en chemin » suppose donc les jours intermédiaires, où ce déplacement est licite.

C'est un argument de diyouk : on ne prouve pas par un raisonnement halakhique mais par un détail de rédaction que le tana n'aurait pas écrit s'il avait visé le premier jour.

8
מַתְנִי׳ מִי שֶׁהָיָה עֶבֶד אוֹ אִשָּׁה אוֹ קָטָן מַקְרִין אוֹתוֹ — עוֹנֶה אַחֲרֵיהֶן מַה שֶּׁהֵן אוֹמְרִין, וְתָבֹא לוֹ מְאִירָה. אִם הָיָה גָּדוֹל מַקְרֶא אוֹתוֹ, עוֹנֶה אַחֲרָיו ״הַלְלוּיָהּ״. מָקוֹם שֶׁנָּהֲגוּ לִכְפֹּול — יִכְפֹּול, לִפְשֹׁוט — יִפְשֹׁוט, לְבָרֵךְ — יְבָרֵךְ, הַכֹּל כְּמִנְהַג הַמְּדִינָה.

MICHNA. Celui à qui un esclave, une femme ou un mineur faisaient réciter [le Hallel] — il répond après eux ce qu'ils disent, et que la malédiction vienne sur lui.

Si c'était un adulte qui le lui faisait réciter, il répond après lui « Halelou-Yâ ». Un lieu où l'on a coutume de doubler [les versets] — qu'il double ; de les dire simplement — qu'il les dise simplement ; de bénir — qu'il bénisse : tout suit la coutume du pays.

📜 Rachi (4)
מַתְנֵי' מַקְרִין אוֹתוֹ כָּךְ הָיוּ נוֹהֲגִין אֶחָד קוֹרֵא אֶת הַהַלֵּל וּמוֹצִיא אֶת הָרַבִּים וְאִם הָיָה עֶבֶד אוֹ אִשָּׁה אוֹ קָטָן הוֹאִיל וְאֵין מְחֻויָּב בַּדָּבָר אֵין מוֹצִיא אֶת הַמְחֻויָּב מִידֵי חוֹבָתוֹ הִלְכָּךְ עוֹנֶה אַחֲרָיו כָּל מַה שֶׁהוּא אוֹמֵר:
MICHNA. Lui faisaient réciter — telle était leur pratique : l'un lisait le Hallel et acquittait le public ; et si c'était un esclave, une femme ou un mineur, puisqu'ils ne sont pas tenus à la chose, ils ne peuvent acquitter celui qui y est tenu — c'est pourquoi il répond après lui tout ce qu'il dit.
וְתָבֹא מְאִירָה שֶׁלֹּא לָמַד וְאִם לָמַד תָּבֹא לוֹ מְאִירָה שֶׁמְּבַזֶּה אֶת קוֹנוֹ לַעֲשׂוֹת שְׁלוּחִים כָּאֵלֶּה:
Et que la malédiction vienne — pour n'avoir pas étudié ; et s'il a étudié, que la malédiction vienne sur lui pour avoir avili son Créateur en se donnant de tels émissaires.
עוֹנֶה אַחֲרָיו הַלְלוּיָהּ עַל כָּל דָּבָר שֶׁהוּא אוֹמֵר וְהָכִי קָתָנֵי לָהּ בְּמַסֶּכֶת סוֹטָה (דַּף ל:) כֵּיצַד אָמְרוּ יִשְׂרָאֵל שִׁירָה בַּיָּם כְּגָדוֹל הַמִּקְרָא אֶת הַהַלֵּל וְהֵם עוֹנִין אַחֲרָיו הַלְלוּיָהּ מֹשֶׁה אָמַר אָשִׁירָה לַה' וְהֵם אוֹמְרִים אָשִׁירָה לַה' מֹשֶׁה אָמַר כִּי גָאֹה גָּאָה וְהֵם אוֹמְרִים אָשִׁירָה לָה' אַלְמָא דְּעַל כָּל דָּבָר וְדָבָר קָאָמַר דְּעוֹנִין הַלְלוּיָהּ:
Il répond après lui Halelou-Yâ — à chaque phrase qu'il dit ; et c'est ainsi que cela est enseigné dans le traité Sota (30b) : comment Israël a-t-il dit le cantique à la mer ? Comme un adulte qui fait réciter le Hallel et qu'ils répondent après lui « Halelou-Yâ » : Moche disait « Je chanterai à Hachem » et eux disaient « Je chanterai à Hachem » ; Moche disait « car Il s'est élevé très haut » et eux disaient « Je chanterai à Hachem ». Cela prouve qu'à chaque phrase, ils répondent Halelou-Yâ.
לִכְפֹּול כָּל פָּסוּק וּפָסוּק וְנָהֲגוּ כֵּן מִפְּנֵי שֶׁיֵּשׁ פָּרָשָׁה שֶׁכֻּולָּהּ כְּפוּלָה הוֹדוּ תְּחִלָּה וְסוֹף יֹאמַר נָא שְׁלֹשָׁה פְּעָמִים קָרָאתִי יָּהּ עָנָנִי בַמֶּרְחָב יָהּ ה' לִי ה' לִי טוֹב לַחֲסוֹת טוֹב לַחֲסוֹת סְבָבוּנִי סִבּוּנַי דָּחָה דְּחִיתַנִי וַיְהִי לִי לִישׁוּעָה קוֹל רִנָּה וִישׁוּעָה יְמִין ה' יְמִין ה' לֹא אָמוּת וְלָמוּת לֹא נִתָּנֵנִי פָּתְחוּ לִי שַׁעֲרֵי זֶה הַשַּׁעַר וְגוֹ' אֲבָל מְאֹודֶךָ וּלְמַטָּה אֵינוֹ (כּוֹפֵל) וְהַיְינוּ דְּאָמְרִינַן לְקַמָּן (סֻוכָּה דַּף לט.) מוֹסִיף לִכְפֹּול מֵאוֹדְךָ וּלְמַטָּה:
De doubler — chaque verset ; et l'on a pris cette coutume parce qu'il existe un passage entièrement doublé : « Rendez grâce » au début et à la fin, « qu'Israël dise donc » trois fois, « j'ai appelé Yâ, Il m'a répondu au large » [doublé], « Yâ », « Hachem est pour moi », « Hachem est pour moi », « il vaut mieux se réfugier », « il vaut mieux se réfugier », « ils m'ont entouré », « ils m'ont entouré », « tu m'as durement poussé », « et Il fut pour moi un salut », « voix de joie et de salut », « la droite de Hachem », « la droite de Hachem », « je ne mourrai pas », « et Il ne m'a pas livré à la mort », « ouvrez-moi les portes », « c'est la porte » etc. Mais depuis « je te rends grâce » et au-delà, on ne double pas — et c'est ce que nous disons plus loin (Soukka 39a) : « il ajoute de doubler depuis Odèkha et au-delà ».
🗂️ Tossefot (2)
מִי שֶׁהָיָה עֶבֶד וְאִשָּׁה. מַשְׁמַע כָּאן דְּאִשָּׁה פְּטוּרָה מֵהַלֵּל דְּסֻוכּוֹת וְכֵן דַּעֲצֶרֶת וְטַעֲמָא מִשּׁוּם דְּמִצְוָה שֶׁהַזְּמַן גְּרָמָא הִיא אע"ג דִּבְהַלֵּל דְּלֵילֵי פְּסָחִים מַשְׁמַע בְּפֶרֶק עַרְבֵי פְּסָחִים (פְּסָחִים דַּף קח.) דִּמְחַיְּיבִי בַּד' כּוֹסוֹת וּמִסְּתָמָא לֹא תִּיקְּנוּ ד' כּוֹסוֹת אֶלָּא כְּדֵי לוֹמַר עֲלֵיהֶם הַלֵּל וְאַגָּדָה שָׁאנֵי הַלֵּל דְּפֶסַח דְּעַל הַנֵּס בָּא וְאַף הֵן הָיוּ בְּאוֹתוֹ הַנֵּס אֲבָל כָּאן לֹא עַל הַנֵּס אָמוּר:
« Celui à qui un esclave ou une femme [faisaient réciter]. » Il ressort d'ici que la femme est dispensée du Hallel de Soukkot, et de même de celui de Chavouot, parce que c'est une mitsva liée au temps. Et bien que pour le Hallel des nuits de Pessa'h il ressorte du chapitre Arve Pessahim (Pessahim 108a) que les femmes sont tenues aux quatre coupes — et vraisemblablement on n'a institué les quatre coupes que pour dire sur elles le Hallel et la haggada —, le Hallel de Pessa'h est différent : il vient sur le miracle, et elles aussi furent dans ce miracle ; tandis qu'ici, il n'est pas dit sur un miracle.
וַתְּהִי לוֹ מְאִירָה. שֶׁלֹּא לָמַד וְאִם לָמַד תָּבֹא לוֹ מְאִירָה שֶׁמְּבַזֶּה אֶת קוֹנוֹ לַעֲשׂוֹת שְׁלוּחִין כָּאֵלֶּה כֵּן פֵּי' בַּקְּוַנְט' וְעַל אִשְׁתּוֹ וּבָנָיו מְבָרְכִין לוֹ בַּגְּמָרָא הָיָה לוֹ לְפָרֵשׁ כֵּן דְּמַתְנִי' מַיְירֵי בְּלֹא לָמַד שֶׁמַּקְרִין אוֹתוֹ וְעוֹנֶה אַחֲרֵיהֶן מַה שֶׁהֵן אוֹמְרִים וּמִשּׁוּם דִּמְבַזֶּה בְּמַה שֶׁאֵלּוּ מְבָרְכִין לוֹ דְּלָאו בְּנֵי חִיּוּבָא נִינְהוּ הַמַּקְרִין אוֹתוֹ קָלָיֵיט לֵיהּ דְּהָא בְּגָדוֹל מִקְּרָא אַף עַל פִּי שֶׁאֵין עוֹנִין אַחֲרָיו אֶלָּא הַלְלוּיָהּ דְּנָפֵיק בִּשְׁמִיעָה לְחוּדֵיהּ וְתָבֹא לוֹ מְאִירָה דְּעֶבֶד וְאִשָּׁה נָמֵי לָא מִיחַייְּבִי בְּהַלֵּל דְּמִצְוַת עֲשֵׂה שֶׁהַזְּמַן גְּרָמָא הוּא:
« Et que la malédiction vienne sur lui. » Pour n'avoir pas étudié ; et s'il a étudié, que la malédiction vienne sur lui pour avoir avili son Créateur en se donnant de tels émissaires — ainsi a expliqué Rachi. Mais c'est à propos de « sa femme et ses fils bénissent pour lui », dans la Guemara, qu'il aurait fallu expliquer ainsi : car notre michna parle de celui qui n'a pas étudié, puisqu'on lui fait réciter et qu'il répond après eux ce qu'ils disent ; et c'est parce qu'il s'avilit en ce que ceux-là bénissent pour lui, alors qu'ils ne sont pas tenus à l'obligation, qu'on le maudit — car dans le cas d'un adulte qui fait réciter, bien qu'on ne réponde après lui que « Halelou-Yâ » puisqu'on s'acquitte par la seule écoute, [il n'y a pas de malédiction]. Et « que la malédiction vienne sur lui » [se comprend ainsi] : l'esclave et la femme non plus ne sont pas tenus au Hallel, puisque c'est un commandement positif lié au temps.
🪔 Ben Yehoyada (1)
מִי שֶׁהָיָה עֶבֶד אוֹ אִשָּׁה אוֹ קָטָן מַקְרִין אוֹתוֹ. מַקְשִׁים בְּכָל דֻּוכְתָּא נָקֵיט נָשִׁים מִקַּמֵּי עֲבָדִים וְאַמַּאי הָכָא נָקֵיט עֶבֶד קַמֵּי אִשָּׁה? וְנִרְאֶה לִי בס"ד דְּהָכָא דְּאַיְירֵי לִגְרִיעוּתָא דְּתָהֵי לוֹ מְאֵרָה לְכָךְ נָקֵיט בְּדֶרֶךְ 'לֹא זוֹ אַף זוֹ' לָא מִבָּעֲיָא עֶבֶד דִּגְרִיע טְפֵי דִּלְהָכִי תָּבֹא לוֹ מְאֵרָה אֶלָּא אֲפִילּוּ אִשָּׁה דַּחֲשִׁיבָה טְפֵי מֵעֶבֶד וְלָא מִבַּעְיָא אִשָּׁה שֶׁאֵין סוֹפָהּ לָבֹא לַחֲשִׁיבוּת זוֹ לְהוֹצִיא אֲחֵרִים יְדֵי חוֹבָתָם אֶלָּא אֲפִילּוּ קָטָן שֶׁסּוֹפוֹ לִהְיוֹת גָּדוֹל. וּבְנִי יְדִידִי כה"ר יַעֲקֹב הי"ו תֵּירֵץ נָקֵיט עֶבֶד בְּרֵישָׁא לְהוֹרוֹת עַל גִּרְעוֹנוֹ שֶׁל זֶה דַּאֲפִילּוּ עֶבֶד שֶׁהָיָה נָכְרִי לָמַד וְזֶה לֹא לָמַד! עַד כָּאן דְּבָרָיו נר"ו.
« Celui à qui un esclave, une femme ou un mineur faisaient réciter. » On demande : partout on mentionne les femmes avant les esclaves — pourquoi ici mentionne-t-on l'esclave avant la femme ? Il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'ici, où il est question d'une déficience — que la malédiction vienne sur lui —, on procède selon la figure du « non seulement ceci, mais même cela » : non seulement un esclave, qui est le plus inférieur, et pour qui il est donc normal que la malédiction vienne sur lui, mais même une femme, qui est plus considérée qu'un esclave ; et non seulement une femme, dont l'avenir ne comporte pas d'accéder à cette dignité d'acquitter autrui, mais même un mineur, qui finira par être adulte. Et mon fils chéri, l'honorable Rav Yaakov — que Dieu le garde —, a répondu ainsi : on mentionne l'esclave en premier pour marquer l'infériorité de cet homme-là — car même un esclave, qui était non-juif, a étudié, et lui n'a pas étudié ! Fin de ses paroles, qu'il soit protégé.
⚖️ Rosh (1)
מַתְנִי' מִי שֶׁהָיָה עֶבֶד אוֹ אִשָּׁה אוֹ קָטָן מַקְרִין אוֹתוֹ עוֹנֶה אַחֲרֵיהֶם מַה שֶּׁהֵם אוֹמְרִים וְתָבֹא לוֹ מְאֵרָה וְאִם הָיָה גָּדוֹל מַקְרֶא אוֹתוֹ עוֹנֶה אַחֲרָיו הַלְלוּיָהּ:
MICHNA. Celui à qui un esclave, une femme ou un mineur faisaient réciter — il répond après eux ce qu'ils disent, et que la malédiction vienne sur lui ; et si c'était un adulte qui le lui faisait réciter, il répond après lui « Halelou-Yâ ».
💡 Explication

La michna décrit la pratique ancienne du Hallel : un lecteur récite pour l'assemblée. Si le lecteur est lui-même obligé (un homme adulte), il peut acquitter les autres et il suffit de répondre Halelou-Yâ — c'est le principe du shomea ke-one (celui qui écoute est comme celui qui dit). Si le lecteur est un esclave, une femme ou un mineur, non tenus à cette mitsva liée au temps, ils ne peuvent acquitter personne : l'auditeur doit alors répéter chaque mot.

La formule « que la malédiction vienne sur lui » ne vise pas la validité du procédé mais l'ignorance de celui qui en est réduit là : Rachi précise qu'elle porte sur celui qui n'a pas étudié. Le dernier tiers de la michna abandonne la halakha stricte pour la coutume du pays (minhag ha-médina) : doubler ou non les versets, bénir ou non.

🖼️ Schéma
Qui peut acquitter qui : le principe et sa limite Règle : on n'acquitte autrui que si l'on est soi-même obligé, et au moins au même rang que lui. Hallel des fêtes (notre michna) Mitsva liée au temps -- femme et esclave en sont dispensés ; le mineur n'est obligé que de-rabbanan. Lecteur adulte obligé -> il acquitte l'auditeur. Celui-ci répond seulement Halelou-Yâ : shomea ke-one. Lecteur esclave / femme / mineur -> il n'acquitte pas. L'auditeur doit répéter mot pour mot tout ce qu'ils disent. Et malédiction sur lui : s'il avait appris, il n'aurait pas besoin de tels lecteurs. Birkat ha-mazon (baraita, seg. 8) Ici femme, esclave et fils peuvent bénir pour lui. Rachi : dans le cas où le père n'a mangé qu'un ke-zayit ou une ke-beitsa -- mesure de-rabbanan. Rang égal = acquittement valide Un obligé de-rabbanan acquitte un obligé de-rabbanan. La Torah exige d'être rassasié. Mais : que la malédiction vienne sur l'homme dont la femme et les fils bénissent à sa place -- c'est qu'il n'a pas appris. Tossefot : la baraita est citée ici agav guerera, par entraînement -- pour la formule commune. Ce qui est valide et ce qui est convenable sont deux questions distinctes Valide : la répétition mot pour mot fait sortir de l'obligation, même derrière un lecteur non obligé. Convenable : être réduit à cet expédient signale qu'on n'a pas étudié -- d'où la malédiction de la michna. Tossefot précise : la malédiction porte sur celui qui n'a pas appris, non sur le procédé lui-même. Vocabulaire technique du bloc motsi / lehotsi yede hova : acquitter autrui de son obligation en accomplissant pour lui. shomea ke-one : celui qui écoute est comme celui qui dit -- écouter le lecteur vaut avoir récité. mitsvat ase che-ha-zeman gerama : commandement positif dépendant du temps -- les femmes en sont dispensées. ke-fol / lifchot : doubler les versets du Hallel ou les dire une seule fois -- affaire de coutume locale.
Le rang de l'obligation décide de la validité ; l'ignorance, elle, attire la malédiction.
9
גְּמ׳ תָּנוּ רַבָּנַן: בֶּאֱמֶת אָמְרוּ בֵּן מְבָרֵךְ לְאָבִיו. וְעֶבֶד מְבָרֵךְ לְרַבּוֹ, וְאִשָּׁה מְבָרֶכֶת לְבַעְלָהּ, אֲבָל אָמְרוּ חֲכָמִים: תָּבֹא מְאֵירָה לְאָדָם שֶׁאִשְׁתּוֹ וּבָנָיו מְבָרְכִין לוֹ.

GUEMARA. Nos maîtres ont enseigné : en vérité, ils ont dit qu'un fils peut bénir pour son père, qu'un esclave peut bénir pour son maître et qu'une femme peut bénir pour son mari ; mais les Sages ont dit : que la malédiction vienne sur l'homme dont la femme et les fils bénissent pour lui.

📜 Rachi (3)
גְּמ' בֶּאֱמֶת אָמְרוּ כָּל בֶּאֱמֶת הֲלָכָה הִיא וְאֵין חוֹלֵק בַּדָּבָר:
GUEMARA. En vérité, ils ont dit — partout où il est dit « en vérité », c'est une halakha [établie] et nul ne la conteste.
בֵּן מְבָרֵךְ לְאָבִיו בִּרְכוֹת הַמָּזוֹן מִשֶּׁהִגִּיעַ לְחִינּוּךְ דְּחַייָּב מִדְּרַבָּנַן וּבְמַסֶּכֶת בְּרָכוֹת פֶּרֶק מִי שֶׁמֵּתוֹ (בְּרָכוֹת דַּף כ:) מוֹקֵים לָהּ כְּגוֹן שֶׁלֹּא אָכַל אָבִיו אֶלָּא כַּזַּיִת אוֹ כַּבֵּיצָה דְּהָוֵי שִׁיעוּרָא דְּרַבָּנָן דְּמִדְּאוֹרַיְיתָּא לָא מִיחַייַּב עַד דְּשָׂבַע דִּכְתִיב וְאָכַלְתָּ וְשָׂבָעְתָּ וּבֵרַכְתָּ הִלְכָּךְ אָתֵי מִדְּרַבָּנָן וּמַפִּיק מִדְּרַבָּנָן:
Un fils bénit pour son père — les bénédictions du repas, dès lors qu'il a atteint l'âge de l'éducation, où il est tenu de-rabbanan. Et dans le traité Berakhot, chapitre Mi che-meto (20b), on l'établit dans le cas où le père n'a mangé qu'un ke-zayit ou une ke-beitsa, qui est la mesure de-rabbanan — car selon la Torah il n'est tenu que s'il est rassasié, ainsi qu'il est écrit « tu mangeras, tu seras rassasié et tu béniras ». Dès lors, celui qui est tenu de-rabbanan vient et acquitte celui qui est tenu de-rabbanan.
שֶׁאִשְׁתּוֹ וּבָנָיו מְבָרְכִין לוֹ דְּוַדַּאי מֵחֲמַת שֶׁלֹּא לָמַד הוּא:
Dont la femme et les fils bénissent pour lui — car c'est assurément parce qu'il n'a pas étudié.
🗂️ Tossefot (1)
בֶּאֱמֶת אָמְרוּ בֵּן מְבָרֵךְ לְאָבִיו. אֵין זֶה מֵעִנְיַן מִשְׁנָתֵינוּ וְלָא מַייְתֵי לֵיהּ אֶלָּא אַגַּב גְּרָרָא דְּתָבֹא לוֹ מְאִירָה דְּהָכָא לָא אַייְרֵי בַּמִּקְרָא אוֹתוֹ דִּבְפֶ' מִי שֶׁמֵּתוּ (בְּרָכוֹת דַּף כ: וְשָׁם) רוֹצֶה לְדַקְדֵּק מִכָּאן דְּנָשִׁים חַיָּיבוֹת בְּבִרְכַּת הַמָּזוֹן דְּאוֹרָייְתָא מִדְּמוֹצִיאָה אֲחֵרִים יְדֵי חוֹבָתָן וּפָרִיךְ קָטָן אִיכָּא לְמֵימַר דְּאוֹרָייְתָא אֶלָּא הב"ע דְּאָכַל שִׁיעוּרָא דְּרַבָּנָן וּמַפִּיק דְּרַבָּנָן וּבַתּוֹסֶפְתָּא קָתָנֵי גַּבֵּי בִּרְכַּת הַמָּזוֹן דְּאֵין אִשָּׁה וְעֶבֶד וְקָטָן מוֹצִיאִין אֶת הָרַבִּים יְדֵי חוֹבָתָן וְאִיכָּא לְאוֹקוֹמֵי כְּשֶׁאָכַל שִׁיעוּרָא דְּאוֹרָייְתָא וְאֵין יָכוֹל לְדַקְדֵּק מִכָּאן דְּבִרְכַּת הַמָּזוֹן דְּאוֹרָיְיתָא דְּדִלְמָא לָא הָוֵי דְּאוֹרָייְתָא כֵּיוָן דְּאֵין מִצְטָרְפוֹת לְזִימּוּן כְּדִתְנַן פֶּרֶק שְׁלֹשָׁה שֶׁאָכְלוּ (בְּרָכוֹת דַּף מה.) אֵין מוֹצִיאוֹת אע"פ שֶׁהָאִישׁ מוֹצִיאָן שָׁאנֵי אִישׁ דַּחֲשִׁיב טְפֵי אִי נָמֵי מִשּׁוּם דְּרַבִּים זִילָא בְּהוּ מִלְּתָא דַּהֲרֵי מְגִילָּה דְּנָשִׁים חַיָּיבוֹת בָּהּ וּפֵירֵשׁ בה"ג דְּאֵין נָשִׁים מוֹצִיאוֹת אֶת הָרַבִּים יְדֵי חוֹבָתָן בִּמְגִילָּה:
« En vérité, ils ont dit qu'un fils bénit pour son père. » Cela ne relève pas du sujet de notre michna, et si on le rapporte, c'est seulement par entraînement, à cause du « que la malédiction vienne sur lui » — car ici il n'est pas question de quelqu'un qui lui fait réciter. Au chapitre Mi che-meto (Berakhot 20b) on veut déduire d'ici que les femmes sont tenues au birkat ha-mazon selon la Torah, puisqu'elles acquittent autrui ; on objecte : le mineur [aussi acquitte], et l'on pourrait dire [qu'il serait donc tenu] selon la Torah ! Mais [on répond] qu'il s'agit ici de quelqu'un qui a mangé la mesure de-rabbanan et qui acquitte un [obligé] de-rabbanan. Et dans la Tossefta il est enseigné, à propos du birkat ha-mazon, qu'une femme, un esclave et un mineur n'acquittent pas le public de son obligation — et l'on peut l'établir dans le cas où il a mangé la mesure de la Torah. On ne peut donc pas déduire d'ici que le birkat ha-mazon des femmes relève de la Torah, car peut-être n'est-il pas de la Torah, puisqu'elles ne se joignent pas au zimoun, comme nous l'avons appris au chapitre Chelocha che-akhelou (Berakhot 45a) : elles n'acquittent pas, bien que l'homme les acquitte — l'homme est différent, car il est plus considéré ; ou bien parce que, devant un public, la chose leur est indigne — car voici la meguila, a laquelle les femmes sont tenues, et le Behag a expliqué que les femmes n'acquittent pas le public de son obligation pour la meguila.
🪔 Ben Yehoyada (1)
תָּבוֹא מְאֵרָה לָאָדָם, שֶׁאִשְׁתּוֹ וּבָנָיו מְבָרְכִין לוֹ. מָהַרְשָׁ"א זַ"ל דִּקְדֵּק לָמָּה נָקְטוּ לְשׁוֹן 'אַמְרָהּ'? עַיֵּין שָׁם. וְנִרְאֶה לִי בס"ד כִּי זֶה הָאָדָם מְחֻוסַּר אָמְרָה שֶׁלֹּא יוֹדֵעַ לוֹמַר הַבְּרָכָה בְּפִיו לָכֵן מִדָּה כְּנֶגֶד מִדָּה תִּתְהַפֵּךְ לוֹ 'אָמְרָה' דְּחָסְרָה מִינֵּיהּ לְאוֹתִיּוֹת 'אָמְרָה' וְיַעֲלֶה נָכוֹן הָרֶמֶז יוֹתֵר דְּהַתּוֹרָה נִקְרֵאת אָמְרָה כְּמוֹ שֶׁאָמְרוּ רַזַ"ל בְּנַטְרִיקוּן 'אָנֹכִי' [שֶׁבִּתְחִילַּת עֲשֶׂרֶת הַדִּבְּרוֹת] שֶׁהוּא רָאשֵׁי תֵּיבוֹת 'א מָרָה נ עִימָּהּ כ תֵּיבָה י היבה' וְכַנִּזְכָּר בְּשַׁבָּת (שַׁבָּת קה.) וְלָכֵן זֶה שֶׁלֹּא לָמַד תּוֹרָה כְּדֵי שֶׁיְּהֵא יוֹדֵעַ לְבָרֵךְ תִּתְהַפֵּךְ לוֹ ל'מְאֵרָה'. וְעוֹד נִרְאֶה לִי בס"ד דְּיָדוּעַ מַרְאֶה כִּינּוּי לְאִשָּׁה כְּמוֹ שֶׁאָמְרוּ רַזַ"ל עַל פָּסוּק (שְׁמוּאֵל ב' כג, כא) 'אִישׁ מַרְאֶה' לָכֵן זֶה שֶׁעָשָׂה עַצְמוֹ כְּאִשָּׁה שֶׁלֹּא לָמַד תּוֹרָה כְּדֵי שֶׁיֵּדַע לְבָרֵךְ תִּתְהַפֵּךְ לוֹ 'מַרְאֶה' ל'מְאֵרָה'. אוֹ הַכַּוָּנָה כֵּיוָן דְּאִשְׁתּוֹ הַנִּקְרֵאת מַרְאֶה מְבָרֶכֶת לוֹ לָכֵן תִּתְהַפֵּךְ לוֹ מַרְאֶה ל'מְאֵרָה'. וְעוֹד נִרְאֶה לִי בס"ד דְּהַתּוֹרָה נִקְרֵאת 'אוֹרָה' כְּמוֹ שֶׁאָמְרוּ רַזַ"ל (מְגִילָּה טז:) 'לַיְּהוּדִים הָיְתָה אוֹרָה' (אֶסְתֵּר ח, טז) זוֹ תּוֹרָה. וְיָדוּעַ עַם הָאָרֶץ נִקְרָא 'דַּל' כִּי אֵין דָּל אֶלָּא מִי שֶׁהוּא דָּל מִן הַתּוֹרָה! וְלָכֵן זֶה שֶׁנַּעֲשָׂה דַּל מִן הַתּוֹרָה וּלְכָךְ לֹא הָיָה יוֹדֵעַ לְבָרֵךְ, אָז נוֹסָף לְגַבֵּי דִּידֵיהּ מִסֵּפֶר דַּל [34] עַל אַוַּת וָא"ו שֶׁל אוֹרָה וְיִהְיֶה מ' וְאָז נֶהְפַּךְ לוֹ אוֹתִיּוֹת 'אוֹרָה' לְאוֹתִיּוֹת 'מְאֵרָה'. אוֹ יוּבַן בס"ד הַתּוֹרָה נִתְּנָה מִן הַבְּרִיאָה שֶׁשָּׁם הוּא חֶשְׁבּוֹן 'מֵאָה' וְלָכֵן זֶה שֶׁהָיָה עַם הָאָרֶץ שֶׁלֹּא לָמַד תּוֹרָה שֶׁאָז נִקְרָא רֵישׁ וְעָנִי מִן הַתּוֹרָה אָז נוֹסָף לְגַבֵּי דִּידֵיהּ אוֹת רֵי"שׁ עַל הָאוֹתִיּוֹת מֵאָה וְיִהְיֶה אֶצְלוֹ צֵירוּף 'מְאֵרָה' בַּר מִינָן.
« Que la malédiction (meara) vienne sur l'homme dont la femme et les fils bénissent pour lui. » Le Maharcha, de mémoire bénie, a relevé la question : pourquoi ont-ils employé le terme « meara » ? Vois-y. Il me semble, avec l'aide du Ciel, que cet homme est privé d'« amira » (parole), puisqu'il ne sait pas dire la bénédiction de sa bouche ; c'est pourquoi, mesure pour mesure, l'« amira » se retourne en « meara » — les mêmes lettres. Et l'allusion est d'autant plus juste que la Torah est appelée « imra », comme l'ont dit nos maîtres à propos du notarikon de « Anokhi » [au début des Dix Paroles], qui est l'acrostiche de « Amira Néima Ketiva Yehiva » (parole agréable, écrite, donnée), ainsi qu'il est rapporté dans Chabbat (105a) ; des lors, celui qui n'a pas étudié la Torah au point de savoir bénir, l'« amira » se retourne pour lui en « meara ». Il me semble encore, avec l'aide du Ciel, qu'il est connu que « mare » (apparence) est une désignation de la femme, comme l'ont dit nos maîtres sur le verset « un homme d'apparence » (2 Samuel 23,21) ; dès lors, celui qui s'est fait semblable à une femme en n'étudiant pas la Torah au point de savoir bénir, « mare » se retourne pour lui en « meara ». Ou bien l'idée est que, puisque sa femme — appelée « mare » — bénit pour lui, « mare » se retourne pour lui en « meara ». Il me semble encore, avec l'aide du Ciel, que la Torah est appelée « ora » (lumière), comme l'ont dit nos maîtres (Meguila 16b) : « pour les Juifs il y eut ora » (Esther 8,16) — c'est la Torah. Et il est connu que l'ignorant est appelé « dal » (pauvre), car nul n'est pauvre sinon celui qui est pauvre de Torah ; dès lors, celui qui s'est fait pauvre de Torah et ne savait donc pas bénir, on ajoute pour lui le nombre de « dal » [34] à la lettre vav de « ora », ce qui donne un mem — et les lettres de « ora » se retournent alors pour lui en lettres de « meara ». Ou bien on le comprendra ainsi, avec l'aide du Ciel : la Torah a été donnée depuis la Beria, où se trouve le compte de « mea » (cent) ; dès lors, celui qui était un ignorant n'ayant pas étudié la Torah — et qui est alors appelé « rech », pauvre de Torah — on ajoute pour lui la lettre rech aux lettres de « mea », et il se forme chez lui la combinaison « meara », qu'elle soit écartée de nous.
⚖️ Rosh (1)
גְּמ' ת"ר בֶּאֱמֶת אָמְרוּ בֵּן מְבָרֵךְ לְאָבִיו וְעֶבֶד לְרַבּוֹ וְאִשָּׁה מְבָרֶכֶת לְבַעְלָהּ אֲבָל אָמְרוּ חֲכָמִים תָּבֹא מְאֵרָה לְמִי שֶׁאִשְׁתּוֹ וּבָנָיו מְבָרְכִין לוֹ. אָמַר רָבָא הִלְכְתָא גְּבִירְתָּא אִיכָּא לְמִשְׁמַע מִמִּנְהֲגָא דְּהַלֵּילָא הוּא אוֹמֵר הַלְלוּיָהּ וְהֵם אוֹמְרִים הַלְלוּיָהּ מִכָּאן שֶׁמִּצְוָה לַעֲנוֹת הַלְלוּיָהּ הוּא אוֹמֵר הַלָּלוּ עַבְדֵי ה' וְהֵם אוֹמְרִים הַלְלוּיָהּ מִכָּאן. מִי שֶׁגָּדוֹל מַקְרֶא אוֹתוֹ עוֹנֶה אַחֲרָיו הַלְלוּיָהּ הוּא אוֹמֵר הוֹדוּ לַה' כִּי טוֹב וְהֵם אוֹמְרִים הוֹדוּ לַה' מִכָּאן שֶׁמִּצְוָה לַעֲנוֹת רָאשֵׁי פְרָקִים הוּא אוֹמֵר אָנָּא ה' הוֹשִׁיעָה נָּא וְהֵם אוֹמְרִים אָנָּא ה' הוֹשִׁיעָה נָּא מִכָּאן מִי שֶׁקָּטָן מִקְרָא אוֹתוֹ אוֹמֵר אַחֲרָיו מַה שֶׁהוּא אוֹמֵר הוּא אוֹמֵר אָנָּא ה' הַצְלִיחָה נָּא וְהֵם אוֹמְרִים אָנָּא ה' הַצְלִיחָה נָּא מִכָּאן מָקוֹם שֶׁנָּהֲגוּ לִכְפֹּול יִכְפֹּול הוּא אוֹמֵר בָּרוּךְ הַבָּא וְהֵם אוֹמְרִים בְּשֵׁם ה' מִכָּאן שֶׁהַשּׁוֹמֵעַ כְּעוֹנֶה. בְּעוֹ מִינֵּיהּ מֵרַבִּי חִייָּא בַּר אַבָּא שָׁמַע וְלֹא עָנָה מַהוּ אֲמַר לְהוּ חַכִּימַיָּא וְסָפְרַיָּא וּדְרָשְׁיָיא וְרֵישֵׁי עַמָּא אָמְרִי שָׁמַע וְלֹא עָנָה יָצָא. אִיתְּמַר אָמַר ר"ש בֶּן פַּזִּי אַרִיבָּ"ל מִשּׁוּם בַּר קַפָּרָא מִנַּיִן לְשׁוֹמֵעַ כְּעוֹנֶה שֶׁנֶּאֱמַר אֶת הַדְּבָרִים הָאֵלֶּה אֲשֶׁר קָרָא הַמֶּלֶךְ יֹאשִׁיָּהוּ וְכִי הַמֶּלֶךְ קְרָאָן וַהֲלֹא שָׁפָן קְרָאָן לִפְנֵי הַמֶּלֶךְ דִּכְתִיב וַיִּקְרָא שָׁפָן אֶת הַדְּבָרִים הָאֵלֶּה לִפְנֵי הַמֶּלֶךְ אֶלָּא מִכָּאן לְשׁוֹמֵעַ כְּעוֹנֶה:
GUEMARA. Nos maîtres ont enseigné : en vérité, ils ont dit qu'un fils bénit pour son père, un esclave pour son maître, et qu'une femme bénit pour son mari ; mais les Sages ont dit : que la malédiction vienne sur celui dont la femme et les fils bénissent pour lui. Rava dit : de grandes halakhot peuvent s'apprendre de la coutume du Hallel. Lui dit « Halelou-Ya » et eux disent « Halelou-Ya » : de là, qu'il est méritoire de répondre « Halelou-Ya ». Lui dit « Louez, serviteurs de Hachem » et eux disent « Halelou-Ya » : de là [on apprend] que celui à qui un adulte fait réciter répond après lui « Halelou-Ya ». Lui dit « Rendez grâce à Hachem car Il est bon » et eux disent « Rendez grâce à Hachem » : de là, qu'il est méritoire de répondre les débuts de chapitres. Lui dit « De grâce, Hachem, sauve donc » et eux disent « De grâce, Hachem, sauve donc » : de là, que celui à qui un mineur fait réciter dit après lui ce qu'il dit. Lui dit « De grâce, Hachem, fais donc réussir » et eux disent « De grâce, Hachem, fais donc réussir » : de là, qu'un lieu où l'on a coutume de doubler, on double. Lui dit « Béni soit celui qui vient » et eux disent « au nom de Hachem » : de là, que celui qui écoute est comme celui qui dit. On demanda à Rabbi Hiya bar Abba : celui qui a entendu et n'a pas répondu, qu'en est-il ? Il leur dit : les sages, les scribes, les exégètes et les chefs du peuple disent que celui qui a entendu et n'a pas répondu s'est acquitté. Il a été dit : Rabbi Chimon ben Pazi a dit au nom de Rabbi Yehochoua ben Levi, au nom de Bar Kappara : d'où sait-on que celui qui écoute est comme celui qui dit ? De ce qu'il est dit « les paroles que le roi Yochiyahou a lues » — le roi les a-t-il donc lues ? N'est-ce pas Chafan qui les a lues devant le roi, comme il est écrit « et Chafan lut ces paroles devant le roi » ? Mais de là [on apprend] que celui qui écoute est comme celui qui dit.
💡 Explication

La baraita porte sur le birkat ha-mazon (actions de grâce après le repas) et non sur le Hallel ; Tossefot signale qu'elle est rapportée ici agav guerera, par entraînement, à cause de la formule commune « que la malédiction vienne ».

Elle enseigne une validité : fils, esclave et épouse peuvent acquitter. Rachi précise la condition — le père n'a mangé qu'un ke-zayit ou une ke-beitsa, mesure d'obligation de-rabbanan, car la Torah n'oblige qu'à partir de la satiété (« tu mangeras, tu seras rassasié et tu béniras »). Un obligé de-rabbanan acquitte donc un obligé de-rabbanan : les rangs se correspondent. La malédiction, elle, ne porte pas sur le procédé mais sur l'homme qui n'a jamais appris à bénir lui-même.

10
אָמַר רָבָא:

Rava dit :

💡 Explication

Le folio s'arrête au milieu d'une phrase. La suite — « de grandes halakhot peuvent s'apprendre de la coutume du Hallel » — s'ouvre en 38b et déroule, verset par verset, ce que l'usage de l'assemblée enseigne sur la manière de répondre.

Le Roch, cité au segment précédent, en donne déjà le texte complet : c'est de là que sortiront le principe du shomea ke-one et la règle des raché perakim (débuts de chapitres) que l'on répond après le lecteur.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).