Soukka 38b — Ce que la coutume du Hallel enseigne : les six réponses de l'assemblée et la naissance du principe choméa ke-one

Sukkah 38b

Sougya : Le folio s'ouvre sur une méthode inhabituelle : Rava annonce que de grandes halakhot peuvent s'apprendre non d'un verset ni d'une baraita, mais de la coutume vivante du Hallel. À son époque tout le monde sait lire et récite le Hallel en entier avec l'officiant ; pourtant l'assemblée continue de répondre à six moments précis.

Ces réponses devenues inutiles sont justement lisibles comme un manuel : répondre Halelou-Ya est une mitsva en soi ; derrière un adulte, Halelou-Ya suffit ; aux débuts de chapitres on répète les mots du début ; derrière un mineur on répète tout mot pour mot ; qui veut doubler un verset le peut ; et surtout, puisque l'assemblée ne répète pas « Baroukh ha-ba » et s'en acquitte pourtant, c'est que celui qui écoute est comme celui qui récite. Ce dernier principe occupe le reste du folio.

Interrogé sur le cas extrême — entendre sans rien répondre du tout — Rabbi Hiya bar Abba répond au nom des sages, des scribes, des chefs du peuple et des prédicateurs qu'on s'est acquitté, quatre catégories dans lesquelles le Ben Yehoyada lit les quatre niveaux du PaRDeS. Bar Kappara fournit alors la preuve scripturaire : le prophète attribue au roi Yochiyahou une lecture que le scribe Chafan avait faite devant lui.

Et lorsqu'on objecte que le roi a peut-être relu lui-même, Rav Aha bar Yaakov produit le mot décisif — « en entendant » et non « en lisant ». De ce principe, Rachi et les Guueonim tirent la pratique du silence attentif pendant le kaddich et la kedoucha, tandis que Tossefot marque une réserve depuis Berakhot 21b : répondre soi-même demeure la mitsva min ha-mouvhar.

Le folio s'arrête en pleine phrase, sur l'objection que Rav Safra s'apprête à adresser à Rava.

Les six réponses du Hallel : un usage devenu manuel de halakha Rava lit la coutume de l'assemblée comme un texte : chaque réponse conservée garde en mémoire une règle. L'officiant dit L'assemblée répond La halakha qui s'en apprend Halelou-Ya Halelou-Ya C'est une mitsva de répondre Halelou-Ya -- même pour qui sait lire. Halelou avdéi Hachem Halelou-Ya Si c'est un adulte qui te fait réciter, tu réponds Halelou-Ya -- et cela suffit. Hodou la-Hachem ki tov Hodou la-Hachem Aux raché perakim (débuts de chapitres) on répond le début lui-même. Ana Hachem hochia na Ana Hachem hochia na Si c'est un mineur qui te fait réciter, tu répètes mot pour mot ce qu'il dit. Ana Hachem hatsliha na Ana Hachem hatsliha na Qui veut doubler un verset peut le doubler : ici même, la phrase est dite deux fois. Baroukh ha-ba be-chem Hachem On ne répète pas Baroukh ha-ba : donc choméa ke-one, écouter vaut réciter. Pourquoi ces six-là, et pas d'autres ? Rachi : de son temps tout le monde lit déjà le Hallel en entier -- ces réponses ne servent plus à acquitter personne. On les a maintenues comme un aide-mémoire, pour que l'institution ancienne (un lit, les autres répondent) ne s'oublie pas. Tossefot : c'est un minhag -- là où l'usage existe on le suit, la où il n'existe pas on ne l'impose pas.
Les six réponses du Hallel et la halakha que Rava lit dans chacune.
Chomea ke-one : d'où vient que celui qui écoute est comme celui qui récite Une preuve tirée du roi Yochiyahou, puis toute une pratique de la prière qui en dépend. Le verset de départ -- II Rois 22, 16 Le prophète parle des paroles du livre que le roi Yochiyahou a lues. L'accroc -- II Rois 22, 10 Mais ce n'est pas le roi qui a lu : c'est Chafan qui a lu devant le roi. Le roi, lui, a seulement écouté. Objection Et si Yochiyahou avait relu le texte lui-même, après la lecture de Chafan ? Alors le verset ne prouverait plus rien. Réponse -- Rav Aha bar Yaakov II Rois 22, 19 : ton cœur s'est attendri en entendant -- et non : en lisant. C'est l'écoute seule qui a fait l'événement. Chomea ke-one : écouter avec intention équivaut à réciter soi-même Ce qui en découle R. Hiya bar Abba : entendu sans répondre ? Il est acquitté -- sages, scribes, chefs du peuple et prédicateurs le disent. Rachi / BeHaG : au kaddich ou à la kedoucha, on se tait, on écoute -- c'est comme répondre. La réserve de Tossefot Berakhot 21b : mieux vaut ne pas commencer la amida si l'on ne finit pas avant la kedoucha. Donc se taire pour écouter interromprait bien la prière -- l'équivalence a ses limites. Répondre reste la mitsva min ha-mouvhar.
La dérivation de choméa ke-one à partir du roi Yochiyahou, et ce qu'elle entraîne dans la prière.
Qui te fait réciter le Hallel -- et que dois-tu répondre ? L'institution ancienne, telle que la coutume la conserve encore. Tu ne lis pas le Hallel toi-même Un adulte te fait réciter Il est lui-même tenu de la mitsva. Tu réponds seulement Halelou-Ya. Aux débuts de chapitres, tu réponds le début de chapitre lui-même. Il t'acquitte : choméa ke-one. Un mineur, un esclave ou une femme Non tenus comme toi. Tu répètes mot pour mot tout ce qu'il dit. Valide, mais malédiction sur toi. Tu sais lire (cas de Rava) Tout le monde est devenu expert. Tu lis tout le Hallel avec l'officiant, sans t'appuyer sur lui. Mais on garde les six réponses : elles sont la mémoire de la règle. La malédiction, précisément Elle ne dit pas que l'acquittement est invalide -- une baraita affirme que le fils, l'esclave et la femme bénissent bien. Elle vise l'homme adulte qui, n'ayant jamais appris, doit se faire souffler mot à mot ce qu'il devrait savoir dire. Nafka mina pratique Derrière un adulte, un simple Halelou-Ya suffit : moins on répète, plus la délégation est complète. Derrière qui n'est pas tenu de la mitsva, aucune délégation n'est possible : il ne reste que la répétition intégrale.
Arbre de décision : selon qui te fait réciter, ce que tu dois répondre.
1
הִלְכְתָא גִּיבָּרָתָא אִיכָּא לְמִשְׁמַע מִמִּנְהֲגָא דְהַלֵּילָא. הוּא אוֹמֵר: ״הַלְלוּיָהּ״, וְהֵן אוֹמְרִים: ״הַלְלוּיָהּ״ — מִכָּאן שֶׁמִּצְוָה לַעֲנוֹת ״הַלְלוּיָהּ״.

De grandes halakhot peuvent s'apprendre de la coutume du Hallel. Lui (l'officiant) dit : « Halelou-Ya », et eux (l'assemblée) disent : « Halelou-Ya » — de là (on apprend) que c'est une mitsva de répondre « Halelou-Ya ».

📜 Rachi (3)
הִלְכְתָא גִּיבָּרָתָא הֲלָכוֹת גְּדוֹלוֹת:
De grandes halakhot.
מִמִּנְהָגָא דְּהַלֵּילָא מִמַּה שֶׁאָנוּ רוֹאִים שֶׁנּוֹהֲגִין עַכְשָׁיו בְּיָמֵינוּ בְּבָתֵּי כְּנֵסִיּוֹת כְּדִמְפָרֵשׁ וְאָזֵיל שֶׁהָיוּ נוֹהֲגִין לַעֲנוֹת הַלְלוּיָהּ שְׁתֵּי פְּעָמִים וְלֹא יוֹתֵר וְאוֹמְרִים כָּל הַהַלֵּל עִם הַמִּקְרָא עַד הוֹדוּ וְעוֹנִין הוֹדוּ אַחֲרָיו וְחוֹזְרִין וְקוֹרִין עִמּוֹ עַד אָנָּא וְעוֹנִין אָנָּא הוֹשִׁיעָה נָא וַאֲנָא הִצְלִיחָה נָא אַחֲרָיו כְּמוֹ שֶׁאָנוּ עוֹשִׂין וְאֵין זוֹ כִּקְרִיאַת הָרִאשׁוֹנִים שֶׁהָיוּ עוֹנִים הַלְלוּיָהּ עַל כָּל דָּבָר כִּדְאָמְרִינַן בְּמַתְנִיתִין דְּהָכָא וּבְסוֹטָה (דַּף ל:) וְאָמַר רָבָא מִמִּנְהָג שֶׁל עַכְשָׁיו אָנוּ לְמֵדִים מַהוּ עִיקַּר קְרִיאַת הַלֵּל כְּשֶׁתִּיקְּנוּהוּ תְּחִילָּה לְפִי שֶׁהַכֹּל חַייָּבִין בִּקְרִיאָתוֹ וְאֵין הַכֹּל בְּקִיאִין בּוֹ תִּקְּנוּ אֶחָד קוֹרֵא וַאֲחֵרִים שׁוֹמְעִים וְהַכֹּל עוֹנִים מִקְצָת וְעַכְשָׁיו שֶׁכָּל בְּנֵי כְּנֵסִיּוֹתֵינוּ בְּקִיאִין וְקוֹרִין אוֹתוֹ כֻּולּוֹ ואעפ"כ עוֹנִין שְׁתֵּי פְּעָמִים הַלְלוּיָהּ וְהוֹדוּ לָהּ' וַאֲנָא מִכָּאן אָנוּ יְכוֹלִים לִלְמֹוד מַה תִּקְּנוּ הָרִאשׁוֹנִים לַעֲנוֹת לְמִי שֶׁאֵין בְּקִיאִין וְלַבְּקִיאִין:
De ce que nous voyons de l'usage pratique aujourd'hui, de nos jours, dans les synagogues, comme la Guemara l'explique au fur et à mesure : on avait coutume de répondre « Halelou-Ya » deux fois et pas davantage ; on dit tout le Hallel avec le lecteur jusqu'à « Hodou », et l'on répond « Hodou » après lui ; puis on recommence à lire avec lui jusqu'à « Ana », et l'on répond « Ana Hachem hochia na » et « Ana Hachem hatsliha na » après lui, comme nous le faisons. Et ce n'est pas là la lecture des anciens, qui répondaient « Halelou-Ya » après chaque phrase, comme nous le disons dans la michna d'ici et dans Sota (30b). Rava a dit : c'est de l'usage d'aujourd'hui que nous apprenons ce qu'était la lecture essentielle du Hallel quand on l'institua à l'origine. Parce que tous sont tenus de le lire et que tous n'y sont pas experts, on institua qu'un seul lise, que les autres écoutent, et que tous répondent une partie. Et maintenant que tous les membres de nos synagogues sont experts et le lisent en entier, et que malgré cela on répond deux fois « Halelou-Ya », ainsi que « Hodou la-Hachem » et « Ana » — de là nous pouvons apprendre ce que les anciens ont institué de répondre pour celui qui n'est pas expert et pour celui qui l'est.
הוּא אוֹמֵר הַלְלוּיָהּ וְהֵן אוֹמְרִים הַלְלוּיָהּ מִכָּאן שֶׁמִּצְוָה לַעֲנוֹת הַלְלוּיָהּ מִמַּה שֶׁאָנוּ נוֹהֲגִין שֶׁהַמִּקְרָא פּוֹתֵחַ בְּהַלְלוּיָהּ וְאָנוּ שׁוֹתְקִין וְעוֹנִין אַחֲרָיו הַלְלוּיָהּ וְהוּא שׁוֹתֵק וְאֵין אָנוּ מַתְחִילִין לִקְרוֹת עִמּוֹ כַּסֵּדֶר שֶׁאָנוּ גּוֹמְרִים עִמּוֹ שְׁאָר הַהַלֵּל לְמֵדִין אָנוּ מִכָּאן שֶׁמִּצְוָה לַעֲנוֹת הַלְלוּיָהּ בִּפְתִיחָתוֹ וַאֲפִילּוּ לַבְּקִיאִין:
De ce que nous pratiquons — à savoir que le lecteur ouvre par « Halelou-Ya » tandis que nous nous taisons, puis nous répondons après lui « Halelou-Ya » tandis que lui se tait, et que nous ne commençons pas à lire avec lui comme nous le faisons pour terminer avec lui le reste du Hallel — nous apprenons que c'est une mitsva de répondre « Halelou-Ya » à son ouverture, et cela même pour ceux qui sont experts.
🗂️ Tossefot (2)
הִלְכְתָא גִּיבָּרָתָא אִיכָּא לְמִשְׁמַע מִמִּנְהֲגָא דְהַלֵּילָא. בְּמָקוֹם שֶׁל רָבָא הָיוּ כֻּולָּם בְּקִיאִים בְּהַלֵּל וְהָיוּ כֻּולָּם קוֹרְאִים אֶת הַהַלֵּל עִם שְׁלִיחַ צִבּוּר כְּמוֹ שֶׁאָנוּ קוֹרְאִים עַכְשָׁיו וְלֹא הָיוּ סוֹמְכִים עָלָיו כְּלָל כִּדְפֵירֵשׁ בַּקּוּנְטְרֵס אֶלָּא שֶׁנָּהֲגוּ לְשַׁנּוֹת בְּהָנָךְ דֻּוכְתֵי דִּמְפָרֵשׁ וְהוֹלֵךְ כְּדֵי לִלְמֹוד מֵהֶן הֲלָכָה לְמַעֲשֶׂה לְבָקִי וּלְמִי שֶׁאֵינוֹ בָּקִי וְגָדוֹל מִקְרָא אוֹתוֹ אוֹ קָטָן וּמַה שֶׁאֵין אָנוּ נוֹהֲגִין עַכְשָׁיו לַעֲשׂוֹת כֵּן מִשּׁוּם דְּמִנְהָגָא קָרֵי לֵיהּ (וְהֵיכָא דְּנָהוּג נָהוּג) וְהֵיכָא דְּלָא נָהוּג לָא נָהוּג:
« De grandes halakhot peuvent s'apprendre de la coutume du Hallel. » Dans le lieu où vivait Rava, tous étaient experts dans le Hallel et tous le lisaient avec l'officier de la communauté (chalia'h tsibour), comme nous le lisons aujourd'hui, et ils ne s'appuyaient nullement sur lui — contrairement à ce qu'a expliqué le Kountras (Rachi). Simplement, ils avaient l'usage de faire autrement aux endroits que la Guemara détaille, afin d'en apprendre la halakha pratique : pour l'expert et pour celui qui ne l'est pas, et selon que c'est un adulte ou un mineur qui fait réciter. Et si nous n'avons pas cet usage aujourd'hui, c'est parce que la Guemara elle-même l'appelle « une coutume » (minhag) : là où l'on a coutume, on suit la coutume ; là où l'on n'a pas coutume, on ne la suit pas.
הוּא אוֹמֵר הַלְלוּיָהּ. שְׁלִיחַ צִבּוּר וְהַצִּבּוּר עוֹנִין אַחֲרָיו הַלְלוּיָהּ וְהוּא שׁוֹתֵק עַד שֶׁיַּעֲנוּ וְהַשְׁתָּא אֵינוֹ מְפָרֵשׁ הֵיאַךְ מְבָרְכִין שֶׁגַּם הַצִּבּוּר חַיָּיבִין לְבָרֵךְ קֹודֶם שֶׁיַּתְחִילוּ וְשֶׁמָּא כֻּולָּם מְבָרְכִין יַחַד וְאַף עַל פִּי שֶׁהַצִּבּוּר שׁוֹתְקִין עַד שֶׁיִּפְתַּח שְׁלִיחַ צִבּוּר הַלְלוּיָהּ אֵין לָחוּשׁ בְּכָךְ:
« Lui dit : Halelou-Ya » : c'est l'officier de la communauté ; l'assemblée répond après lui « Halelou-Ya », et lui se tait jusqu'à ce qu'ils aient répondu. Et ici la Guemara n'explique pas comment on récite la bénédiction, alors que l'assemblée aussi est tenue de bénir avant de commencer. Peut-être tous bénissent-ils ensemble ; et bien que l'assemblée se taise jusqu'à ce que l'officier ouvre par « Halelou-Ya », il n'y a pas lieu de s'en inquiéter.
💡 Explication

Rava ouvre ici une démarche inhabituelle : au lieu de déduire la halakha d'un verset ou d'une baraita, il la lit dans l'usage vivant de l'assemblée (minhaga de-hilula). Les six moments où l'assemblée répond quelque chose de précis ne sont pas des habitudes arbitraires : chacun conserve, comme un fossile, une règle de l'institution ancienne du Hallel.

Rachi explique le contexte : à l'origine, tous étaient tenus du Hallel mais peu savaient le lire ; on institua donc qu'un seul lise et que les autres répondent. À l'époque de Rava, tout le monde sait lire et récite le Hallel en entier avec l'officiant — pourtant on a gardé ces six réponses. C'est justement parce qu'elles ne servent plus à acquitter personne qu'elles deviennent lisibles comme un enseignement.

Première leçon : au mot d'ouverture « Halelou-Ya », l'assemblée se tait, puis répond. Même celui qui sait lire répond — donc répondre Halelou-Ya est une mitsva en soi, et non un simple palliatif pour ignorants.

🖼️ Schéma
Les six réponses du Hallel : un usage devenu manuel de halakha Rava lit la coutume de l'assemblée comme un texte : chaque réponse conservée garde en mémoire une règle. L'officiant dit L'assemblée répond La halakha qui s'en apprend Halelou-Ya Halelou-Ya C'est une mitsva de répondre Halelou-Ya -- même pour qui sait lire. Halelou avdéi Hachem Halelou-Ya Si c'est un adulte qui te fait réciter, tu réponds Halelou-Ya -- et cela suffit. Hodou la-Hachem ki tov Hodou la-Hachem Aux raché perakim (débuts de chapitres) on répond le début lui-même. Ana Hachem hochia na Ana Hachem hochia na Si c'est un mineur qui te fait réciter, tu répètes mot pour mot ce qu'il dit. Ana Hachem hatsliha na Ana Hachem hatsliha na Qui veut doubler un verset peut le doubler : ici même, la phrase est dite deux fois. Baroukh ha-ba be-chem Hachem On ne répète pas Baroukh ha-ba : donc choméa ke-one, écouter vaut réciter. Pourquoi ces six-là, et pas d'autres ? Rachi : de son temps tout le monde lit déjà le Hallel en entier -- ces réponses ne servent plus à acquitter personne. On les a maintenues comme un aide-mémoire, pour que l'institution ancienne (un lit, les autres répondent) ne s'oublie pas. Tossefot : c'est un minhag -- là où l'usage existe on le suit, la où il n'existe pas on ne l'impose pas.
Les six réponses conservées par l'usage, et la règle que chacune garde en mémoire.
2
הוּא אוֹמֵר: ״הַלְלוּ עַבְדֵי ה׳״, וְהֵן אוֹמְרִין: ״הַלְלוּיָהּ״ — מִכָּאן שֶׁאִם הָיָה גָּדוֹל מַקְרֶא אוֹתוֹ, עוֹנֶה אַחֲרָיו ״הַלְלוּיָהּ״. הוּא אוֹמֵר: ״הוֹדוּ לָה׳״, וְהֵן אוֹמְרִים: ״הוֹדוּ לָה׳״ — מִכָּאן שֶׁמִּצְוָה לַעֲנוֹת רָאשֵׁי פְרָקִים. אִתְּמַר נָמֵי, אָמַר רַב חָנָן בַּר רָבָא: מִצְוָה לַעֲנוֹת רָאשֵׁי פְרָקִים.

Lui dit : « Louez, serviteurs de l'Éternel », et eux disent : « Halelou-Ya » — de là (on apprend) que si c'était un adulte qui le lui faisait réciter, il répond après lui « Halelou-Ya ». Lui dit : « Rendez grâce à l'Éternel », et eux disent : « Rendez grâce à l'Éternel » — de là que c'est une mitsva de répondre les raché perakim (les débuts de chapitres).

Il a été dit de même, Rav Hanan bar Rava a dit : c'est une mitsva de répondre les raché perakim.

📜 Rachi (3)
הוּא אוֹמֵר הַלָּלוּ עַבְדֵי ה' וְהֵם אוֹמְרִים הַלְלוּיָהּ מִכָּאן לְמִי שֶׁגָּדוֹל מִקְרָא שֶׁעוֹנֶה אַחֲרָיו הַלְלוּיָהּ מִמַּה שֶׁנּוֹהֲגִין עַכְשָׁיו לַעֲנוֹת עוֹד הַלְלוּיָהּ פַּעַם שְׁנִיָּה וּשְׁאָר הַלֵּל קוֹרִין כֻּולָּן עִמּוֹ אָנוּ לְמֵידִין תַּקָּנָה הָרִאשׁוֹנָה מִי שֶׁאֵינוֹ בָּקִי אוֹ בָּקִי וְאֵינוֹ גּוֹמְרוֹ אֶלָּא סוֹמֵךְ עַל הַמִּקְרָא דַּיּוֹ לַעֲנוֹת הַלְלוּיָהּ עַל כָּל דָּבָר וְדָבָר וּלְפִיכָךְ הֶחֱזִיקוּ עַכְשָׁיו בַּמִּנְהָג הַזֶּה לִסְמֹוךְ בְּהַלָּלוּ עָבְדִי ה' עַל הַמִּקְרָא וְלַעֲנוֹת הַלְלוּיָהּ לָדַעַת תַּקָּנָה רִאשׁוֹנָה וְלֹא תִּשְׁתַּכַּח שֶׁמֻּותָּר בְּכָל הַלֵּל לִסְמֹוךְ עָלָיו וְלַעֲנוֹת הַלְלוּיָהּ לְמִי שֶׁאֵינוֹ בָּקִי:
De ce que l'on pratique aujourd'hui — à savoir de répondre encore « Halelou-Ya » une seconde fois, alors que le reste du Hallel, tous le lisent avec lui — nous apprenons l'institution première : celui qui n'est pas expert, ou qui l'est mais ne le termine pas et s'appuie sur le lecteur, il lui suffit de répondre « Halelou-Ya » après chaque phrase. C'est pourquoi on a maintenu jusqu'à aujourd'hui cet usage de s'appuyer, pour « Halelou avdéi Hachem », sur le lecteur et de répondre « Halelou-Ya » : afin de connaître l'institution première et qu'elle ne s'oublie pas — à savoir qu'il est permis, dans tout le Hallel, de s'appuyer sur le lecteur et de répondre « Halelou-Ya », pour celui qui n'est pas expert.
הוּא אוֹמֵר הוֹדוּ וְהֵן שׁוֹתְקִין וְאַחַר כָּךְ עוֹנִין:
Et eux se taisent, puis ensuite répondent.
מִכָּאן שֶׁבְּרָאשֵׁי פְּרָקִים צְרִיכִין לַעֲנוֹת רָאשֵׁי פְּרָקִים עַצְמָן וְלָא סַגִּי לֵיהּ בְּהַלְלוּיָהּ וּמִיהוּ אֲנַן דְּגָמְרִינַן כּוּלֵּיהּ לָא צְרִיכִינַן אֶלָּא שֶׁבָּזֶה הֶחֱזִיקוּ שֶׁלֹּא תִּשְׁתַּכַּח תַּקָּנָה הָרִאשׁוֹנָה לְמִי שֶׁאֵינוֹ גּוֹמֵר:
Qu'aux débuts de chapitres, il faut répondre les débuts de chapitres eux-mêmes, et qu'il ne suffit pas de répondre « Halelou-Ya ». Cependant nous, qui lisons tout le Hallel jusqu'au bout, nous n'en avons pas besoin ; mais on a maintenu cet usage afin que ne s'oublie pas l'institution première, celle qui vise celui qui ne le termine pas.
🗂️ Tossefot (2)
מִכָּאן שֶׁאִם הָיָה גָּדוֹל מַקְרֶא אוֹתוֹ עוֹנִין אַחֲרָיו הַלְלוּיָהּ. מִמַּתְנִי' שָׁמְעִינַן לָהּ אֶלָּא מְפָרֵשׁ וְהוֹלֵךְ כָּל הִלְכְתָא דְּאִיכָּא לְמִשְׁמַע מִמִּנְהָגָא:
« De là que si c'était un adulte qui le lui faisait réciter, on répond après lui Halelou-Ya. » Cela, nous l'apprenions déjà de notre michna ! Mais (Rava) détaille au fur et à mesure toutes les halakhot que l'on peut apprendre de la coutume.
מִכָּאן שֶׁמִּצְוָה לַעֲנוֹת בְּרָאשֵׁי הַפְּרָקִים. פֵּירֵשׁ בַּקּוּנְטְרֵס מִכָּאן שֶׁבְּרָאשֵׁי הַפְּרָקִים צְרִיכִין לַעֲנוֹת רָאשֵׁי הַפְּרָקִים וְלָא סַגִּי לְהוּ בְּהַלְלוּיָהּ מַשְׁמַע מִתּוֹךְ פֵּירוּשׁ הַקּוּנְטְרֵס שֶׁבְּרָאשֵׁי פְּרָקִים עוֹנִין רָאשֵׁי פְּרָקִים וְלֹא יוֹתֵר וְעַל כָּל דָּבָר חוּץ מֵרָאשֵׁי פְּרָקִים עוֹנִין הַלְלוּיָהּ עַד שֶׁיִּגְמֹור אֶת הַהַלֵּל וְכֵן פֵּירֵשׁ בְּמַתְנִיתִין וּבְסוֹף פֶּרֶק כְּשֵׁם (סוֹטָה דַּף ל: וְשָׁם) לֹא מַשְׁמַע הָכִי דְּתַנְיָא בַּגְּמָרָא כֵּיצַד אָמְרוּ יִשְׂרָאֵל שִׁירָה כְּגָדוֹל מִקְרָא אֶת הַהַלֵּל וְהֵן עוֹנִין אַחֲרָיו רָאשֵׁי פְרָקִים מַשְׁמַע שֶׁמִּתְּחִילַּת הַפֶּרֶק עַד סוֹפוֹ עוֹנֶה רֹאשׁ (רֹאשׁ) פֶּרֶק עַל כָּל דָּבָר וְדָבָר עַד סוֹפוֹ וְכֵן פֶּרֶק שֵׁנִי עוֹנֶה רֹאשׁ פֶּרֶק שֵׁנִי וְעַל כָּל דָּבָר וְדָבָר עַד סוֹפוֹ וְכֵן כֻּולָּם כְּגוֹן הַלְלוּיָהּ בְּצֵאת יִשְׂרָאֵל מִמִּצְרָיִם לֹא לָנוּ ה' לֹא לָנוּ אָהַבְתִּי כִּי יִשְׁמַע ה' הַלְלוּ אֶת ה' כָּל גּוֹיִם הוֹדוּ לַה' כִּי טוֹב וְשֶׁמָּא מִתְּחִלַּת הַלֵּל עַד הוֹדוּ פֶּרֶק אֶחָד מִדְּלָא עָשָׂה בְּמִנְהָגָא דְּהַלֵּילָא סִימָן לַדָּבָר עַד הוֹדוּ דִּבְפֶרֶק רִאשׁוֹן הַבָּא אַחֲרָיו הָיָה לָהֶם לַעֲשׂוֹת סִימָן זֶה וּמַה שֶׁנּוֹהֲגִין עַכְשָׁיו שֶׁשְּׁלִיחַ צִבּוּר אוֹמֵר שְׁלֹשָׁה יֹאמְרוּ נָא וְהַצִּבּוּר עוֹנִין עַל כָּל אֶחָד וְאֶחָד הוֹדוּ וְלֹא מָצִינוּ מִנְהָג זֶה בַּשַּׁ"ס מ"מ נָפְקִי מֵהָנָךְ קְרָאֵי דְּשׁוֹמֵעַ כְּעוֹנֶה:
« De là que c'est une mitsva de répondre aux débuts de chapitres. » Le Kountras (Rachi) a expliqué : de là qu'aux raché perakim il faut répondre les débuts de chapitres eux-mêmes, et qu'il ne leur suffit pas de répondre « Halelou-Ya ». Il ressort de l'explication du Kountras qu'aux débuts de chapitres on répond les débuts de chapitres et rien de plus, et que pour toute autre phrase que les débuts de chapitres on répond « Halelou-Ya » jusqu'à la fin du Hallel — et il a expliqué de même sur la michna. Or à la fin du chapitre Ke-chem (Sota 30b) cela ne semble pas ainsi, car il est enseigné dans la Guemara : « Comment Israël a-t-il dit le cantique (de la mer) ? Comme un adulte qui fait réciter le Hallel, et eux répondent après lui les débuts de chapitres. » Il en ressort que, du début du chapitre jusqu'à sa fin, on répond le début de ce chapitre après chaque phrase, jusqu'au bout ; de même pour le deuxième chapitre, on répond le début du deuxième chapitre après chaque phrase jusqu'à sa fin, et ainsi pour tous — à savoir : « Halelou-Ya », « Bé-tset Israël mi-Mitsraim », « Lo lanou Hachem lo lanou », « Ahavti ki yichma Hachem », « Halelou et Hachem kol goyim », « Hodou la-Hachem ki tov ». Et peut-être que du début du Hallel jusqu'à « Hodou » cela ne forme qu'un seul chapitre — puisque la coutume du Hallel n'a marqué aucun signe distinctif jusqu'à « Hodou », alors qu'ils auraient dû placer ce signe au premier chapitre qui vient ensuite. Quant à l'usage actuel, où l'officier de la communauté dit les trois « Yomar na » et où l'assemblée répond « Hodou » après chacun d'eux — nous n'avons pas trouvé cet usage dans le Talmud ; néanmoins, ils s'acquittent de ces versets en vertu du principe selon lequel celui qui écoute est comme celui qui récite (choméa ke-one).
💡 Explication

Deux règles nouvelles, tirées de deux moments différents de l'usage. D'abord, après « Halelou avdéi Hachem », l'assemblée répond encore « Halelou-Ya » — alors que tout le reste du Hallel, elle le lit avec l'officiant. Cette seconde réponse est le vestige de l'institution première : celui qui n'est pas expert peut s'appuyer entièrement sur le lecteur et se contenter de répondre « Halelou-Ya » après chaque phrase.

Ensuite, après « Hodou la-Hachem ki tov », l'assemblée ne répond pas « Halelou-Ya » mais répète les mots eux-mêmes. Pourquoi ? Parce que « Hodou » est un roch perek, un début de chapitre : aux débuts de chapitres, la réponse doit reprendre les mots du début, et « Halelou-Ya » n'y suffit pas.

Rachi insiste : nous, qui lisons tout, n'avons besoin ni de l'une ni de l'autre. On les a maintenues pour que l'institution ancienne ne tombe pas dans l'oubli.

🖼️ Schéma
Raché perakim : jusqu'où répond-on le début de chapitre ? Une mahloket Rachi / Tossefot sur l'étendue de la réponse. Rachi Au début d'un chapitre : on répond ce début de chapitre lui-même -- Halelou-Ya ne suffit pas. Pour toutes les autres phrases du chapitre : on répond simplement Halelou-Ya. La réponse change de nature selon la position du verset dans le chapitre. Même explication dans son commentaire sur la michna. Tossefot Objection depuis Sota 30b : le cantique de la mer se disait comme un adulte faisant réciter le Hallel, et l'on répondait après lui les raché perakim. Donc : après chaque phrase du chapitre on redit le début de ce chapitre, jusqu'à sa fin. Puis on passe au début du chapitre suivant, et ainsi de suite -- comme un refrain. Les six refrains selon Tossefot Halelou-Ya / Bé-tset Israël mi-Mitsraim / Lo lanou Hachem lo lanou / Ahavti ki yichma Hachem / Halelou et Hachem kol goyim / Hodou la-Hachem ki tov. Et peut-être le Hallel jusqu'à Hodou ne forme-t-il qu'un seul chapitre : la coutume n'y marque aucune coupure.
Rachi et Tossefot divergent sur l'étendue de la réponse aux raché perakim.
3
הוּא אוֹמֵר: ״אָנָּא ה׳ הוֹשִׁיעָה נָּא״, וְהֵן אוֹמְרִים: ״אָנָּא ה׳ הוֹשִׁיעָה נָּא״, — מִכָּאן שֶׁאִם הָיָה קָטָן מַקְרֶא אוֹתוֹ, עוֹנִין אַחֲרָיו מַה שֶׁהוּא אוֹמֵר.

Lui dit : « De grâce, Éternel, sauve-nous », et eux disent : « De grâce, Éternel, sauve-nous » — de là (on apprend) que si c'était un mineur (katan) qui le lui faisait réciter, on répond après lui ce qu'il dit.

📜 Rachi (1)
הוּא אוֹמֵר אָנָּא וְהֵם אוֹמְרִין אַחֲרָיו אֲנָא וְאֵין זֶה מֵרָאשֵׁי פְּרָקִים בָּזֶה הֶחֱזִיקוּ לִהְיוֹת סִימָן לְעִיקַּר תַּקָּנָה לְמִי שֶׁסּוֹמֵךְ עַל הַמִּקְרָא שֶׁפְּעָמִים שֶׁצָּרִיךְ לַעֲנוֹת אַחֲרָיו כָּל דָּבָר וְדָבָר שֶׁהוּא אוֹמֵר וְהֵיכִי דָּמֵי כְּגוֹן מִי שֶׁהָיָה קָטָן מִקְרָא אוֹתוֹ כְּדִתְנַן בְּמַתְנִיתִין:
Or ce verset ne fait pas partie des débuts de chapitres. On a maintenu cet usage pour qu'il serve de signe rappelant l'institution essentielle qui vise celui qui s'appuie sur le lecteur : il est des cas où il doit répondre après lui chaque phrase qu'il dit. Et quel est ce cas ? Par exemple celui à qui un mineur fait réciter (le Hallel), comme nous l'avons appris dans la michna.
🗂️ Tossefot (1)
הוּא אוֹמֵר אָנָּא ה' הוֹשִׁיעָה נָּא וְהֵם אוֹמְרִים אָנָּא ה' הוֹשִׁיעָה נָּא הוּא אוֹמֵר אָנָּא ה' הַצְלִיחָה נָּא וְכוּ'. ואע"ג דְּאָמְרִינַן בִּמְגִילָּה (דַּף כב.) אֵין מַפְסִיקִין בַּפָּסוּק אֶלָּא לַתִּינוֹקוֹת הָכָא שָׁאנֵי שֶׁאֲמָרוּהוּ שְׁנֵי בְּנֵי אָדָם כִּדְאִיתָא בְּעַרְבֵי פְּסָחִים (דַּף קיט.):
« Lui dit : Ana Hachem hochia na, et eux disent : Ana Hachem hochia na ; lui dit : Ana Hachem hatsliha na, etc. » Et bien que nous disions dans Meguila (22a) qu'on ne coupe pas un verset en deux, sauf pour les enfants d'école, ici c'est différent : ce verset a été dit (à l'origine) par deux personnes distinctes, comme il est rapporté dans (le chapitre) Arvei Pessahim (Pessahim 119a).
💡 Explication

Troisième moment de l'usage : « Ana Hachem hochia na » n'est pas un début de chapitre, et pourtant l'assemblée répète les mots exacts au lieu de répondre « Halelou-Ya ». C'est donc le vestige d'une troisième situation : celle où l'on doit répéter intégralement, phrase par phrase, ce que dit le lecteur.

Quand cela arrive-t-il ? Quand c'est un katan (mineur) qui fait réciter. Le mineur n'étant pas tenu de la mitsva, il ne peut pas acquitter un adulte : il ne délègue rien. Il ne sert que de souffleur — d'où la nécessité de reprendre chacun de ses mots.

4
הוּא אוֹמֵר: ״אָנָּא ה׳ הַצְלִיחָה נָּא״ וְהֵן אוֹמְרִים: ״אָנָּא ה׳ הַצְלִיחָה נָּא״, מִכָּאן שֶׁאִם בָּא לִכְפֹּול — כּוֹפֵל. הוּא אוֹמֵר: ״בָּרוּךְ הַבָּא״, וְהֵן אוֹמְרִים: ״בְּשֵׁם ה׳״ — מִכָּאן לְשׁוֹמֵעַ כְּעוֹנֶה.

Lui dit : « De grâce, Éternel, fais-nous réussir », et eux disent : « De grâce, Éternel, fais-nous réussir » — de là (on apprend) que si l'on vient à doubler (un verset), on peut le doubler. Lui dit : « Béni soit celui qui vient », et eux disent : « au nom de l'Éternel » — de là, (le principe) que celui qui écoute est comme celui qui récite (choméa ke-one).

📜 Rachi (2)
הוּא אוֹמֵר אָנָּא ה' הַצְלִיחָה נָּא וְהֵן שׁוֹמְעִין וְאַחַר כָּךְ עוֹנִין סִימָן זֶה הֶחֱזִיקוּ לְדַעַת שֶׁהָרוֹצֶה לִכְפֹּול אֶת הַהַלֵּל כּוֹפֵל כְּמוֹ שֶׁזֶּה נִכְפַּל שֶׁהֲרֵי שׁוֹמֵעַ כְּעוֹנֶה כְּדִלְקַמָּן וְאֵלּוּ שׁוֹמְעִין וְעוֹנִין הֲרֵי זוֹ כְּפִילָה וְכָל הָנֵי מִכָּאן דְּקָאָמַר רָבָא מִכָּאן לְקָטָן הַמִּקְרָא כו' מִכָּאן שֶׁאִם בָּא לִכְפֹּול לָאו דַּווְקָא דְּהוּא הַדִּין נָמֵי מָצֵי לְמֵילַף אִיפְּכָא מָאנָא הוֹשִׁיעָה נָא שֶׁאִם בָּא לִכְפֹּול וּמֵאֲנָא הַצְלִיחָה נָא לְקָטָן הַמִּקְרָא אֶלָּא אַשְׁמְעִינַן שֶׁלֹּא עַל חִנָּם הֶחֱזִיקוּ אֵלּוּ שֶׁגּוֹמְרִין אֶת הַהַלֵּל לַעֲנוֹת דְּבָרִים הַלָּלוּ אֶלָּא כְּדֵי לִלְמֹוד מֵהֶם תַּקָּנוֹת הַלָּלוּ שֶׁתִּקְּנוּ נְבִיאִים לְיִשְׂרָאֵל:
Et eux écoutent, puis répondent. On a maintenu ce signe pour faire savoir que celui qui veut doubler le Hallel peut le doubler, à l'image de ce verset-ci qui se trouve doublé : car celui qui écoute est comme celui qui récite, comme il est dit plus loin ; et ces gens écoutent puis répondent — voilà bien un doublement. Et tous ces « de là » que dit Rava — « de là, pour le mineur qui fait réciter », « de là, que si l'on vient à doubler » — ne sont pas à prendre à la lettre : on pourrait tout aussi bien apprendre l'inverse, tirer de « Ana Hachem hochia na » la règle du doublement, et de « Ana Hachem hatsliha na » celle du mineur qui fait réciter. Il nous enseigne seulement que ce n'est pas gratuitement que ceux qui récitent le Hallel en entier ont maintenu l'usage de répondre ces passages : c'est afin d'en apprendre ces institutions que les prophètes ont établies pour Israël.
הוּא אוֹמֵר בָּרוּךְ הַבָּא וְהֵם אוֹמְרִים בְּשֵׁם ה' וּבָרוּךְ הַבָּא סוֹמְכִין עָלָיו וְאֵין עוֹנִין לֹא הַתֵּיבוֹת עַצְמָן וְלֹא הַלְלוּיָהּ מִכָּאן נִלְמַד לְשֶׁאֵינוֹ יוֹדֵעַ לֹא לִקְרוֹת וְלֹא לַעֲנוֹת אִם שָׁמַע וְכִיוֵּן לִבּוֹ לִשְׁמֹועַ אַף עַל פִּי שֶׁלֹּא עָנָה יָצָא וְכֵן לְמִתְפַּלְּלִין בְּצִבּוּר וּשְׁלִיחַ צִבּוּר אוֹמֵר קַדִּישׁ אוֹ יְהֵא שְׁמֵיהּ רַבָּא יִשְׁתְּקוּ בִּתְפִלָּתָן וְיִשְׁמְעוּ בְּכַוָּונָה וַהֲרֵי הֵן כְּעוֹנִין וּכְשֶׁיִּגְמֹור הַקְּדֻושָּׁה יַחְזְרוּ לִתְפִלָּתָן וְכֵן יָסַד רַב יְהוּדַאי גָּאוֹן בַּעַל הֲלָכוֹת גְּדוֹלוֹת:
Et pour « Baroukh ha-ba », ils s'appuient sur lui : ils ne répondent ni les mots eux-mêmes, ni « Halelou-Ya ». De là on apprend, pour celui qui ne sait ni lire ni répondre, que s'il a entendu et a dirigé son cœur pour écouter, il s'est acquitté bien qu'il n'ait pas répondu. Et de même pour ceux qui prient en assemblée : quand l'officier de la communauté dit le kaddich ou « Yehe chemé rabba », qu'ils se taisent au milieu de leur prière et écoutent avec intention — les voilà comme s'ils répondaient ; et quand il aura achevé la kedoucha, ils reprendront leur prière. Ainsi l'a établi Rav Yehoudai Gaon, auteur des Halakhot Guedolot.
💡 Explication

Deux dernières leçons de l'usage. La quatrième : la moitié de verset « Ana Hachem hatsliha na » est dite par l'officiant puis redite par l'assemblée — donc, en fait, doublée. Qui souhaite doubler les versets du Hallel en a ici la preuve que c'est légitime.

La cinquième est la plus lourde de conséquences. Pour « Baroukh ha-ba be-chem Hachem », l'assemblée ne répète pas les mots « Baroukh ha-ba » : elle enchaîne seulement « be-chem Hachem ». Or elle s'acquitte tout de même de la première moitié du verset. Comment ? Parce qu'elle l'a entendue de l'officiant. C'est la démonstration du principe choméa ke-one : écouter avec intention équivaut à réciter soi-même.

Rachi remarque au passage que ces attributions ne sont pas rigides : on pourrait tout aussi bien tirer la règle du doublement de « hochia na » et celle du mineur de « hatsliha na ». Ce que Rava enseigne vraiment, c'est que rien dans cet usage n'est gratuit.

5
בְּעוֹ מִינֵּיהּ מֵרַבִּי חִייָּא בַּר אַבָּא: שָׁמַע וְלֹא עָנָה, מַהוּ? אֲמַר לְהוּ: חַכִּימַיָּא וְסָפְרַיָּא וְרֵישֵׁי עַמָּא וְדָרָשַׁיָּא אָמְרוּ: שָׁמַע וְלֹא עָנָה — יָצָא.

On demanda à Rabbi Hiya bar Abba : celui qui a entendu mais n'a pas répondu, qu'en est-il ? Il leur dit : les sages, les scribes, les chefs du peuple et les prédicateurs ont dit : celui qui a entendu et n'a pas répondu — il s'est acquitté.

📜 Rachi (2)
חַכִּימַיָּא כְּמִשְׁמָעוֹ:
Selon son sens simple.
וְסָפְרַיָּא מְלַמְּדֵי תִּינוֹקוֹת:
Les maîtres d'école des enfants.
🗂️ Tossefot (1)
שָׁמַע וְלֹא עָנָה יָצָא. מִי שֶׁאֵינוֹ יוֹדֵעַ לִקְרוֹת וְלֹא לַעֲנוֹת אִם שָׁמַע וְכִיוֵּן אֶת לִבּוֹ לִשְׁמֹועַ אַף עַל פִּי שֶׁלֹּא עָנָה יָצָא וְכֵן לְמִתְפַּלְּלִין בְּצִבּוּר וּשְׁלִיחַ צִבּוּר אוֹמֵר קְדֻושָּׁה אוֹ יְהֵא שְׁמֵיהּ רַבָּא מְבָרַךְ יִשְׁתְּקוּ מִתְּפִלָּתָן וְיִשְׁמְעוּ וַהֲרֵי הֵן כְּעוֹנִין וְלִכְשֶׁיִּגְמֹור קְדֻושָּׁה יַחְזְרוּ לִתְפִלָּתָן וְכֵן יָסַד רַב יְהוּדַאי גָּאוֹן בה"ג כִּדְפֵירֵשׁ בַּקּוּנְטְרֵס וְקָשֶׁה מֵהָא דְּאָמְרִינַן פֶּרֶק מִי שֶׁמֵּתוֹ (בְּרָכוֹת דַּף כא:) אִם יָכוֹל לְהַתְחִיל וְלִגְמֹור עַד שֶׁלֹּא יַגִּיעַ שְׁלִיחַ צִבּוּר לִקְדֻושָּׁה יִתְפַּלֵּל וְאִם לָאו לֹא יִתְפַּלֵּל וי"א שָׁם כֵּן בְּמוֹדִים וְלָמָּה לָן כֻּולֵּי הַאי יִתְפַּלֵּל כְּדַרְכּוֹ וְלִכְשֶׁיַּגִּיעַ שָׁם יִשְׁתֹּוק אֶלָּא וַדַּאי אִם הָיָה שׁוֹתֵק הָיְתָה שְׁמִיעָתוֹ הַפְסָקַת תְּפִלָּתוֹ וּמִיהוּ שֶׁמָּא אע"ג דְּשׁוֹמֵעַ כְּעוֹנֶה מ"מ עוֹנֶה עָדִיף וּמִצְוָה מִן הַמֻּובְחָר:
« Il a entendu et n'a pas répondu : il s'est acquitté. » Celui qui ne sait ni lire ni répondre, s'il a entendu et a dirigé son cœur pour écouter, s'est acquitté bien qu'il n'ait pas répondu. Et de même pour ceux qui prient en assemblée : lorsque l'officier de la communauté dit la kedoucha ou « Yehe chemé rabba mevarakh », qu'ils interrompent leur prière en silence et écoutent — les voilà comme s'ils répondaient ; et lorsqu'il aura achevé la kedoucha, ils reprendront leur prière. Ainsi l'a établi Rav Yehoudai Gaon dans les Halakhot Guedolot, comme l'a expliqué le Kountras (Rachi). Mais cela fait difficulté à partir de ce que nous disons au chapitre Mi che-meto (Berakhot 21b) : s'il peut commencer et achever (sa prière) avant que l'officier de la communauté n'arrive à la kedoucha, qu'il prie ; sinon, qu'il ne prie pas — et certains disent là-bas qu'il en va de même pour Modim. Or pourquoi tant de précautions ? Qu'il prie comme à l'ordinaire, et quand l'officier en arrivera là, qu'il se taise ! Il faut donc dire que s'il se taisait, son écoute constituerait une interruption de sa prière. Cependant, peut-être que même si celui qui écoute est comme celui qui récite, répondre soi-même vaut mieux et constitue la manière la plus accomplie d'accomplir la mitsva (mitsva min ha-mouvhar).
🪔 Ben Yehoyada (1)
אֲמַר לְהוּ חַכִּימַיָּא וְסָפְרַיָּא וְרֵישֵׁי עַמָּא וְדָרָשַׁיָּא אָמְרוּ וְכוּ'. נִרְאֶה לִי נָקֵיט אַרְבַּע מִינִים כְּנֶגֶד ד' לִימּוּדִים שֶׁל פַּרְדֵּס וְהַיְינוּ חַכִּימַייָּא חַכְמֵי הַסּוֹד וְסָפְרַייָּא חַכְמֵי הַפְּשָׁט וְרֵישֵׁי דְּעַמָּא חַכְמֵי הָרֶמֶז וּדְרָשְׁיָיא חַכְמֵי הַדְּרָשׁ.
« Il leur dit : les sages, les scribes, les chefs du peuple et les prédicateurs ont dit, etc. » Il me semble qu'il a retenu quatre catégories en correspondance avec les quatre niveaux d'étude du <b>PaRDeS</b> : ainsi les <b>h'akhimaya</b> (les sages) sont les maîtres du <b>sod</b> (le secret, le sens caché), les <b>safraya</b> (les scribes) sont les maîtres du <b>pchat</b> (le sens littéral), les <b>raché ama</b> (les chefs du peuple) sont les maîtres du <b>remez</b> (l'allusion), et les <b>darchaya</b> (les prédicateurs) sont les maîtres du <b>drach</b> (l'exposition homilétique).
💡 Explication

La question pousse le principe à sa limite. Dans le cas de « Baroukh ha-ba », l'assemblée écoute la première moitié mais répond la seconde : il reste une participation active. Que se passe-t-il si l'on n'ouvre pas la bouche du tout ?

La réponse est affirmative : il s'est acquitté. Rabbi Hiya bar Abba ne répond pas en son nom propre mais s'appuie sur un consensus qu'il énumère en araméen — h'akhimaya (les sages), safraya (les maîtres d'école, selon Rachi), raché ama (les chefs du peuple) et darchaya (les prédicateurs). L'accord traverse tous les étages de l'enseignement.

C'est cette réponse qui fonde la pratique rapportée par Rachi et le Ben Yehoyada : se taire pendant le kaddich ou la kedoucha, en écoutant avec intention, revient à répondre.

🖼️ Schéma
Chomea ke-one : d'où vient que celui qui écoute est comme celui qui récite Une preuve tirée du roi Yochiyahou, puis toute une pratique de la prière qui en dépend. Le verset de départ -- II Rois 22, 16 Le prophète parle des paroles du livre que le roi Yochiyahou a lues. L'accroc -- II Rois 22, 10 Mais ce n'est pas le roi qui a lu : c'est Chafan qui a lu devant le roi. Le roi, lui, a seulement écouté. Objection Et si Yochiyahou avait relu le texte lui-même, après la lecture de Chafan ? Alors le verset ne prouverait plus rien. Réponse -- Rav Aha bar Yaakov II Rois 22, 19 : ton cœur s'est attendri en entendant -- et non : en lisant. C'est l'écoute seule qui a fait l'événement. Chomea ke-one : écouter avec intention équivaut à réciter soi-même Ce qui en découle R. Hiya bar Abba : entendu sans répondre ? Il est acquitté -- sages, scribes, chefs du peuple et prédicateurs le disent. Rachi / BeHaG : au kaddich ou à la kedoucha, on se tait, on écoute -- c'est comme répondre. La réserve de Tossefot Berakhot 21b : mieux vaut ne pas commencer la amida si l'on ne finit pas avant la kedoucha. Donc se taire pour écouter interromprait bien la prière -- l'équivalence a ses limites. Répondre reste la mitsva min ha-mouvhar.
Le principe de choméa ke-one : sa preuve, sa portée et la réserve de Tossefot.
6
אִתְּמַר נָמֵי, אָמַר רַבִּי שִׁמְעוֹן בֶּן פַּזִּי אָמַר רַבִּי יְהוֹשֻׁעַ בֶּן לֵוִי מִשּׁוּם בַּר קַפָּרָא: מִנַּיִן לְשׁוֹמֵעַ כְּעוֹנֶה — דִּכְתִיב: ״אֶת (הַדְּבָרִים) אֲשֶׁר קָרָא (יֹאשִׁיָּהוּ)״. וְכִי יֹאשִׁיָּהוּ קְרָאָן? וַהֲלֹא שָׁפָן קְרָאָן, דִּכְתִיב: ״וְיִקְרָאֵהוּ שָׁפָן (אֶת כָּל הַדְּבָרִים הָאֵלֶּה) לִפְנֵי הַמֶּלֶךְ״. אֶלָּא, מִכָּאן לְשׁוֹמֵעַ כְּעוֹנֶה.

Il a été dit de même : Rabbi Chimon ben Pazi a dit au nom de Rabbi Yehochoua ben Levi, au nom de Bar Kappara : d'où (sait-on) que celui qui écoute est comme celui qui récite ? Car il est écrit : « (les paroles) que (Yochiyahou) a lues ».

Or Yochiyahou les a-t-il lues ? N'est-ce pas Chafan qui les a lues, comme il est écrit : « et Chafan les lut (toutes ces paroles) devant le roi » ?

Il faut donc dire : de là (on apprend) que celui qui écoute est comme celui qui récite.

📜 Rachi (1)
אֲשֶׁר קָרָא הַמֶּלֶךְ וְגוֹ' בְּסֵפֶר שֶׁמָּצָא חִלְקִיָּה הַכֹּהֵן מִשְׁתַּעֵי קְרָא בְּסֵפֶר מְלָכִים (ב כב):
Le verset parle du livre que trouva H'ilkiyahou le prêtre ; il se trouve au livre des Rois (II, ch. 22).
💡 Explication

Après la preuve tirée de l'usage, une preuve tirée du texte. Le récit se trouve au livre des Rois (II, ch. 22) : le grand-prêtre H'ilkiyahou découvre dans le Temple le rouleau de la Torah, et le scribe Chafan le lit devant le roi Yochiyahou.

L'argument repose sur une contradiction interne au récit. Le prophète, s'adressant au roi, parle des « paroles que le roi a lues » — alors que le verset précédent disait explicitement que c'est Chafan qui a lu. La seule façon de réconcilier les deux : l'Écriture attribue au roi la lecture parce qu'il l'a entendue. Donc choméa ke-one, et le principe est de source scripturaire.

7
וְדִילְמָא בָּתַר דִּקְרָאנְהוּ שָׁפָן קְרָא יֹאשִׁיָּהוּ? אָמַר רַב אַחָא בַּר יַעֲקֹב: לָא סָלְקָא דַעְתָּךְ, דִּכְתִיב: ״יַעַן רַךְ לְבָבְךָ וַתִּכָּנַע לִפְנֵי ה׳ בְּשָׁמְעֲךָ (אֶת הַדְּבָרִים הָאֵלֶּה)״ — ״בְּשִׁמְעֲךָ״ וְלֹא ״בְּקָרָאֲךָ״.

Et peut-être est-ce après que Chafan les eut lues que Yochiyahou les a lues (lui-même) ? Rav Aha bar Yaakov dit : cela ne peut te venir à l'esprit, car il est écrit : « Parce que ton cœur s'est attendri et que tu t'es humilié devant l'Éternel en entendant (ces paroles) » — « en entendant », et non « en lisant ».

🪔 Ben Yehoyada (1)
(דִּבְרֵי הַיָּמִים ב' לד, כז) "בְּשֶׁמִּעֵךְ" וְלֹא "בְּקָרָאֲךָ"! יֵשׁ לְהַקְשׁוֹת דִּילְמָא לְעוֹלָם קָרָא אַחַר כָּךְ אֶלָּא שֶׁנִּכְנַע מֵעֵת הַשְּׁמִיעָה וְאָמַר לוֹ 'בְּשֶׁמָּעָךְ' לִרְבוּתָא דִּידֵיהּ? וְנִרְאֶה לִי בס"ד דְּאִם הָיָה רְצוֹנוֹ לִקְרֹוא הוּא בְּעַצְמוֹ לָמָּה לֹא קָרָא מֵעִיקָּרָא הוּא בְּעַצְמוֹ וְכֵיוָן שֶׁקָּרְאוּ לוֹ וְשָׁמַע וְנִכְנַע מִן הַשְּׁמִיעָה מִסְּתָמָא לֹא הָיָה חוֹזֵר לִקְרֹוא בְּעַצְמוֹ מֵאַחַר כִּי כְּבָר יָדַע וְנִתְפַּעֵל בִּשְׁמִיעָה בִּלְבַד.
(Divrei ha-Yamim II, 34, 27) « en entendant » et non « en lisant » ! On peut objecter : peut-être a-t-il malgré tout lu lui-même ensuite, mais s'est-il humilié dès l'instant de l'audition, et le prophète lui a dit « en entendant » pour souligner son mérite ? Il me semble, avec l'aide du Ciel, que s'il avait voulu lire lui-même, pourquoi n'aurait-il pas lu lui-même dès le départ ? Et puisqu'on lui a lu (le texte), qu'il l'a entendu et s'est humilié dès l'audition, il est vraisemblable qu'il ne soit pas revenu ensuite pour lire lui-même, dès lors qu'il savait déjà et avait été bouleversé par la seule écoute.
💡 Explication

L'objection est sérieuse : rien n'empêche de penser que le roi a repris le rouleau après Chafan et l'a lu lui-même, auquel cas le verset ne prouverait plus rien.

Rav Aha bar Yaakov ferme la porte par un troisième verset. Le prophète décrit précisément ce qui a bouleversé le roi : « en entendant ces paroles ». S'il avait fini par lire lui-même, c'est la lecture qui aurait été mentionnée. Le mot choisi par l'Écriture désigne donc l'écoute comme l'acte accompli, non comme une simple étape préliminaire.

Le Ben Yehoyada renforce l'argument par un raisonnement psychologique : si le roi avait voulu lire, il aurait lu dès le départ ; ayant été bouleversé par la seule écoute, il n'avait plus de raison d'y revenir.

8
אָמַר רָבָא: לָא לֵימָא אִינִישׁ ״בָּרוּךְ הַבָּא״ וַהֲדַר ״בְּשֵׁם ה׳״, אֶלָּא ״בָּרוּךְ הַבָּא בְּשֵׁם ה׳״, בַּהֲדָדִי. (אֲמַר לֵיהּ רַב סָפְרָא:

Rava dit : qu'une personne ne dise pas « Béni soit celui qui vient » puis « au nom de l'Éternel », mais « Béni soit celui qui vient au nom de l'Éternel » d'un seul tenant. (Rav Safra lui dit :

📜 Rachi (1)
לָא לֵימָא אִינִישׁ מִי שֶׁאֵין אַחֵר מִקְרָא אוֹתוֹ לָא לֵימָא בָּרוּךְ הַבָּא וְיַנְשִׁים בֵּינְתַיִם וַהֲדַר בְּשֵׁם ה' דְּלָא קַיְימָא אַזְכָּרָה אַמִּילְּתָא דִּלְעֵיל וּמֶיחֱזֵי כְּמוֹצִיאוֹ לְבַטָּלָה:
Celui à qui personne d'autre ne fait réciter (le Hallel) : qu'il ne dise pas « Baroukh ha-ba » en reprenant son souffle entre-temps, puis « be-chem Hachem » — car alors la mention du Nom divin ne se rattache pas à ce qui précède, et cela prend l'apparence d'une mention du Nom en vain.
🗂️ Tossefot (1)
אָמַר רָבָא לָא לֵימָא אִינִישׁ בָּרוּךְ הַבָּא וַהֲדַר בְּשֵׁם ה'. תֵּימַהּ דִּבְסוֹף מִצְוַת חֲלִיצָה (יְבָמוֹת דַּף קו: וְשָׁם) אָמַר אַבָּיֵי הַאי מַאן דְּמַקְרֵי חֲלִיצָה לָא לַיקְרֵי לְדִידַהּ לֹא לְחוֹדֵי' וְאָבָה [יְבָמִי] לְחוֹדֵיהּ דְּמַשְׁמַע אָבָה יַבְּמִי אֶלָּא לֹא אָבָה יַבְּמִי בְּבַת אַחַת וְלָא לַיקְרֵי לְדִידֵיהּ לֹא לְחוֹדֵיהּ וְחָפַצְתִּי [לְקַחְתָּהּ] לְחוֹדֵיהּ דְּמַשְׁמַע חָפַצְתִּי לְקַחְתָּהּ אֶלָּא לֹא חָפַצְתִּי לְקַחְתָּהּ בְּפַעַם אַחַת אָמַר רָבָא אַפְּסוּקֵי מִלְּתָא לֵית לַן בַּהּ וְיֵשׁ לוֹמַר דִּלְבָתַר דִּשְׁמַע הָכִי מֵרַב סָפְרָא סָבְרָה:
« Rava a dit : qu'une personne ne dise pas Baroukh ha-ba puis be-chem Hachem. » C'est étonnant, car à la fin du chapitre Mitsvat halitsa (Yevamot 106b), Abbaye dit : celui qui fait réciter la formule de la halitsa ne doit pas lui faire lire (à elle) « lo » seul puis « ava [yevami] » seul — car cela signifierait « mon beau-frère a consenti » ; il faut lui faire dire « lo ava yevami » (« mon beau-frère n'a pas consenti ») d'un seul tenant. Et il ne doit pas lui faire lire (à lui) « lo » seul puis « h'afatsti [le-kah'ta] » seul — car cela signifierait « j'ai désiré la prendre » ; mais « lo h'afatsti le-kah'ta » (« je n'ai pas désiré la prendre ») en une seule fois. Or Rava y répond : couper ainsi la phrase ne nous pose aucun problème ! On peut dire que c'est après avoir entendu cet enseignement de Rav Safra que Rava a adopté cette position.
⚖️ Rosh (1)
גְּמ' ת"ר בֶּאֱמֶת אָמְרוּ בֵּן מְבָרֵךְ לְאָבִיו וְעֶבֶד לְרַבּוֹ וְאִשָּׁה מְבָרֶכֶת לְבַעְלָהּ אֲבָל אָמְרוּ חֲכָמִים תָּבֹא מְאֵרָה לְמִי שֶׁאִשְׁתּוֹ וּבָנָיו מְבָרְכִין לוֹ. אָמַר רָבָא הִלְכְתָא גְּבִירְתָּא אִיכָּא לְמִשְׁמַע מִמִּנְהֲגָא דְּהַלֵּילָא הוּא אוֹמֵר הַלְלוּיָהּ וְהֵם אוֹמְרִים הַלְלוּיָהּ מִכָּאן שֶׁמִּצְוָה לַעֲנוֹת הַלְלוּיָהּ הוּא אוֹמֵר הַלָּלוּ עַבְדֵי ה' וְהֵם אוֹמְרִים הַלְלוּיָהּ מִכָּאן. מִי שֶׁגָּדוֹל מַקְרֶא אוֹתוֹ עוֹנֶה אַחֲרָיו הַלְלוּיָהּ הוּא אוֹמֵר הוֹדוּ לַה' כִּי טוֹב וְהֵם אוֹמְרִים הוֹדוּ לַה' מִכָּאן שֶׁמִּצְוָה לַעֲנוֹת רָאשֵׁי פְרָקִים הוּא אוֹמֵר אָנָּא ה' הוֹשִׁיעָה נָּא וְהֵם אוֹמְרִים אָנָּא ה' הוֹשִׁיעָה נָּא מִכָּאן מִי שֶׁקָּטָן מִקְרָא אוֹתוֹ אוֹמֵר אַחֲרָיו מַה שֶׁהוּא אוֹמֵר הוּא אוֹמֵר אָנָּא ה' הַצְלִיחָה נָּא וְהֵם אוֹמְרִים אָנָּא ה' הַצְלִיחָה נָּא מִכָּאן מָקוֹם שֶׁנָּהֲגוּ לִכְפֹּול יִכְפֹּול הוּא אוֹמֵר בָּרוּךְ הַבָּא וְהֵם אוֹמְרִים בְּשֵׁם ה' מִכָּאן שֶׁהַשּׁוֹמֵעַ כְּעוֹנֶה. בְּעוֹ מִינֵּיהּ מֵרַבִּי חִייָּא בַּר אַבָּא שָׁמַע וְלֹא עָנָה מַהוּ אֲמַר לְהוּ חַכִּימַיָּא וְסָפְרַיָּא וּדְרָשְׁיָיא וְרֵישֵׁי עַמָּא אָמְרִי שָׁמַע וְלֹא עָנָה יָצָא. אִיתְּמַר אָמַר ר"ש בֶּן פַּזִּי אַרִיבָּ"ל מִשּׁוּם בַּר קַפָּרָא מִנַּיִן לְשׁוֹמֵעַ כְּעוֹנֶה שֶׁנֶּאֱמַר אֶת הַדְּבָרִים הָאֵלֶּה אֲשֶׁר קָרָא הַמֶּלֶךְ יֹאשִׁיָּהוּ וְכִי הַמֶּלֶךְ קְרָאָן וַהֲלֹא שָׁפָן קְרָאָן לִפְנֵי הַמֶּלֶךְ דִּכְתִיב וַיִּקְרָא שָׁפָן אֶת הַדְּבָרִים הָאֵלֶּה לִפְנֵי הַמֶּלֶךְ אֶלָּא מִכָּאן לְשׁוֹמֵעַ כְּעוֹנֶה:
Guemara. Nos maîtres ont enseigné : en vérité ont-ils dit — le fils bénit pour son père, l'esclave pour son maître, et la femme bénit pour son mari ; mais les Sages ont dit : que vienne la malédiction sur celui dont la femme et les enfants récitent la bénédiction à sa place. Rava a dit : de grandes halakhot peuvent s'apprendre de la coutume du Hallel. Lui dit « Halelou-Ya » et eux disent « Halelou-Ya » — de là que c'est une mitsva de répondre « Halelou-Ya ». Lui dit « Halelou avdei Hachem » et eux disent « Halelou-Ya » — de là que celui à qui un adulte fait réciter répond après lui « Halelou-Ya ». Lui dit « Hodou la-Hachem ki tov » et eux disent « Hodou la-Hachem » — de là que c'est une mitsva de répondre les débuts de chapitres (raché perakim). Lui dit « Ana Hachem hochia na » et eux disent « Ana Hachem hochia na » — de là que celui à qui un mineur fait réciter dit après lui ce que celui-ci dit. Lui dit « Ana Hachem hatsliha na » et eux disent « Ana Hachem hatsliha na » — de là que là où l'on a coutume de doubler, on double. Lui dit « Baroukh ha-ba » et eux disent « be-chem Hachem » — de là que celui qui écoute est comme celui qui récite (choméa ke-one). On demanda à Rabbi Hiya bar Abba : celui qui a entendu et n'a pas répondu, qu'en est-il ? Il leur dit : les sages, les scribes, les prédicateurs et les chefs du peuple ont dit : il a entendu et n'a pas répondu — il s'est acquitté. Il a été dit : Rabbi Chimon ben Pazi a dit au nom de Rabbi Yehochoua ben Levi, au nom de Bar Kappara : d'où (sait-on) que celui qui écoute est comme celui qui récite ? Car il est dit « ces paroles qu'a lues le roi Yochiyahou » — or le roi les a-t-il lues ? N'est-ce pas Chafan qui les a lues devant le roi, comme il est écrit « et Chafan lut ces paroles devant le roi » ? Il faut donc dire : de là (on apprend) que celui qui écoute est comme celui qui récite.
💡 Explication

Retour à la pratique. Ce qui vaut pour l'assemblée — couper le verset entre l'officiant et elle — ne vaut pas pour celui qui récite seul. S'il récite seul, il doit dire le verset d'un seul souffle.

Rachi en donne la raison : si l'on marque une pause après « Baroukh ha-ba », la mention du Nom divin qui suit ne se rattache plus à rien — cela prend l'apparence d'une berakha le-vatala, une mention du Nom en vain.

Le folio s'interrompt au milieu de la phrase : Rav Safra va objecter, et la discussion se poursuit en 39a. Tossefot, lui, relève déjà une difficulté de fond : dans Yevamot 106b, ce même Rava déclare que couper une phrase en deux ne pose aucun problème.

🖼️ Schéma
Rava contre Rava : peut-on couper une phrase en deux ? La question de Tossefot et sa résolution chronologique. Ici (Soukka 38b) Rava : ne dis pas Baroukh ha-ba, puis, après une pause, be-chem Hachem. Dis les deux d'un seul tenant. Rachi : sinon le Nom divin ne se rattache à rien -- Là-bas (Yevamot 106b) Abbaye exige, pour la halitsa, que lo ava yevami soit dit d'un seul coup -- sinon on entend le contraire de ce qu'il faut déclarer. Et Rava y répond : couper la phrase, cela ne nous pose aucun problème. cela ressemble à une mention du Nom en vain. La difficulté Le même Rava interdit ici la coupure et l'autorise là-bas : les deux positions ne peuvent tenir ensemble. La réponse de Tossefot Rava s'est ravisé : c'est après avoir entendu l'enseignement de Rav Safra qu'il a adopté cette position.
La contradiction relevée par Tossefot entre le Rava d'ici et celui de Yevamot 106b.
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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).