Sougya : Le folio s'ouvre sur une méthode inhabituelle : Rava annonce que de grandes halakhot peuvent s'apprendre non d'un verset ni d'une baraita, mais de la coutume vivante du Hallel. À son époque tout le monde sait lire et récite le Hallel en entier avec l'officiant ; pourtant l'assemblée continue de répondre à six moments précis.
Ces réponses devenues inutiles sont justement lisibles comme un manuel : répondre Halelou-Ya est une mitsva en soi ; derrière un adulte, Halelou-Ya suffit ; aux débuts de chapitres on répète les mots du début ; derrière un mineur on répète tout mot pour mot ; qui veut doubler un verset le peut ; et surtout, puisque l'assemblée ne répète pas « Baroukh ha-ba » et s'en acquitte pourtant, c'est que celui qui écoute est comme celui qui récite. Ce dernier principe occupe le reste du folio.
Interrogé sur le cas extrême — entendre sans rien répondre du tout — Rabbi Hiya bar Abba répond au nom des sages, des scribes, des chefs du peuple et des prédicateurs qu'on s'est acquitté, quatre catégories dans lesquelles le Ben Yehoyada lit les quatre niveaux du PaRDeS. Bar Kappara fournit alors la preuve scripturaire : le prophète attribue au roi Yochiyahou une lecture que le scribe Chafan avait faite devant lui.
Et lorsqu'on objecte que le roi a peut-être relu lui-même, Rav Aha bar Yaakov produit le mot décisif — « en entendant » et non « en lisant ». De ce principe, Rachi et les Guueonim tirent la pratique du silence attentif pendant le kaddich et la kedoucha, tandis que Tossefot marque une réserve depuis Berakhot 21b : répondre soi-même demeure la mitsva min ha-mouvhar.
Le folio s'arrête en pleine phrase, sur l'objection que Rav Safra s'apprête à adresser à Rava.
De grandes halakhot peuvent s'apprendre de la coutume du Hallel. Lui (l'officiant) dit : « Halelou-Ya », et eux (l'assemblée) disent : « Halelou-Ya » — de là (on apprend) que c'est une mitsva de répondre « Halelou-Ya ».
Rava ouvre ici une démarche inhabituelle : au lieu de déduire la halakha d'un verset ou d'une baraita, il la lit dans l'usage vivant de l'assemblée (minhaga de-hilula). Les six moments où l'assemblée répond quelque chose de précis ne sont pas des habitudes arbitraires : chacun conserve, comme un fossile, une règle de l'institution ancienne du Hallel.
Rachi explique le contexte : à l'origine, tous étaient tenus du Hallel mais peu savaient le lire ; on institua donc qu'un seul lise et que les autres répondent. À l'époque de Rava, tout le monde sait lire et récite le Hallel en entier avec l'officiant — pourtant on a gardé ces six réponses. C'est justement parce qu'elles ne servent plus à acquitter personne qu'elles deviennent lisibles comme un enseignement.
Première leçon : au mot d'ouverture « Halelou-Ya », l'assemblée se tait, puis répond. Même celui qui sait lire répond — donc répondre Halelou-Ya est une mitsva en soi, et non un simple palliatif pour ignorants.
Lui dit : « Louez, serviteurs de l'Éternel », et eux disent : « Halelou-Ya » — de là (on apprend) que si c'était un adulte qui le lui faisait réciter, il répond après lui « Halelou-Ya ». Lui dit : « Rendez grâce à l'Éternel », et eux disent : « Rendez grâce à l'Éternel » — de là que c'est une mitsva de répondre les raché perakim (les débuts de chapitres).
Il a été dit de même, Rav Hanan bar Rava a dit : c'est une mitsva de répondre les raché perakim.
Deux règles nouvelles, tirées de deux moments différents de l'usage. D'abord, après « Halelou avdéi Hachem », l'assemblée répond encore « Halelou-Ya » — alors que tout le reste du Hallel, elle le lit avec l'officiant. Cette seconde réponse est le vestige de l'institution première : celui qui n'est pas expert peut s'appuyer entièrement sur le lecteur et se contenter de répondre « Halelou-Ya » après chaque phrase.
Ensuite, après « Hodou la-Hachem ki tov », l'assemblée ne répond pas « Halelou-Ya » mais répète les mots eux-mêmes. Pourquoi ? Parce que « Hodou » est un roch perek, un début de chapitre : aux débuts de chapitres, la réponse doit reprendre les mots du début, et « Halelou-Ya » n'y suffit pas.
Rachi insiste : nous, qui lisons tout, n'avons besoin ni de l'une ni de l'autre. On les a maintenues pour que l'institution ancienne ne tombe pas dans l'oubli.
Lui dit : « De grâce, Éternel, sauve-nous », et eux disent : « De grâce, Éternel, sauve-nous » — de là (on apprend) que si c'était un mineur (katan) qui le lui faisait réciter, on répond après lui ce qu'il dit.
Troisième moment de l'usage : « Ana Hachem hochia na » n'est pas un début de chapitre, et pourtant l'assemblée répète les mots exacts au lieu de répondre « Halelou-Ya ». C'est donc le vestige d'une troisième situation : celle où l'on doit répéter intégralement, phrase par phrase, ce que dit le lecteur.
Quand cela arrive-t-il ? Quand c'est un katan (mineur) qui fait réciter. Le mineur n'étant pas tenu de la mitsva, il ne peut pas acquitter un adulte : il ne délègue rien. Il ne sert que de souffleur — d'où la nécessité de reprendre chacun de ses mots.
Lui dit : « De grâce, Éternel, fais-nous réussir », et eux disent : « De grâce, Éternel, fais-nous réussir » — de là (on apprend) que si l'on vient à doubler (un verset), on peut le doubler. Lui dit : « Béni soit celui qui vient », et eux disent : « au nom de l'Éternel » — de là, (le principe) que celui qui écoute est comme celui qui récite (choméa ke-one).
Deux dernières leçons de l'usage. La quatrième : la moitié de verset « Ana Hachem hatsliha na » est dite par l'officiant puis redite par l'assemblée — donc, en fait, doublée. Qui souhaite doubler les versets du Hallel en a ici la preuve que c'est légitime.
La cinquième est la plus lourde de conséquences. Pour « Baroukh ha-ba be-chem Hachem », l'assemblée ne répète pas les mots « Baroukh ha-ba » : elle enchaîne seulement « be-chem Hachem ». Or elle s'acquitte tout de même de la première moitié du verset. Comment ? Parce qu'elle l'a entendue de l'officiant. C'est la démonstration du principe choméa ke-one : écouter avec intention équivaut à réciter soi-même.
Rachi remarque au passage que ces attributions ne sont pas rigides : on pourrait tout aussi bien tirer la règle du doublement de « hochia na » et celle du mineur de « hatsliha na ». Ce que Rava enseigne vraiment, c'est que rien dans cet usage n'est gratuit.
On demanda à Rabbi Hiya bar Abba : celui qui a entendu mais n'a pas répondu, qu'en est-il ? Il leur dit : les sages, les scribes, les chefs du peuple et les prédicateurs ont dit : celui qui a entendu et n'a pas répondu — il s'est acquitté.
La question pousse le principe à sa limite. Dans le cas de « Baroukh ha-ba », l'assemblée écoute la première moitié mais répond la seconde : il reste une participation active. Que se passe-t-il si l'on n'ouvre pas la bouche du tout ?
La réponse est affirmative : il s'est acquitté. Rabbi Hiya bar Abba ne répond pas en son nom propre mais s'appuie sur un consensus qu'il énumère en araméen — h'akhimaya (les sages), safraya (les maîtres d'école, selon Rachi), raché ama (les chefs du peuple) et darchaya (les prédicateurs). L'accord traverse tous les étages de l'enseignement.
C'est cette réponse qui fonde la pratique rapportée par Rachi et le Ben Yehoyada : se taire pendant le kaddich ou la kedoucha, en écoutant avec intention, revient à répondre.
Il a été dit de même : Rabbi Chimon ben Pazi a dit au nom de Rabbi Yehochoua ben Levi, au nom de Bar Kappara : d'où (sait-on) que celui qui écoute est comme celui qui récite ? Car il est écrit : « (les paroles) que (Yochiyahou) a lues ».
Or Yochiyahou les a-t-il lues ? N'est-ce pas Chafan qui les a lues, comme il est écrit : « et Chafan les lut (toutes ces paroles) devant le roi » ?
Il faut donc dire : de là (on apprend) que celui qui écoute est comme celui qui récite.
Après la preuve tirée de l'usage, une preuve tirée du texte. Le récit se trouve au livre des Rois (II, ch. 22) : le grand-prêtre H'ilkiyahou découvre dans le Temple le rouleau de la Torah, et le scribe Chafan le lit devant le roi Yochiyahou.
L'argument repose sur une contradiction interne au récit. Le prophète, s'adressant au roi, parle des « paroles que le roi a lues » — alors que le verset précédent disait explicitement que c'est Chafan qui a lu. La seule façon de réconcilier les deux : l'Écriture attribue au roi la lecture parce qu'il l'a entendue. Donc choméa ke-one, et le principe est de source scripturaire.
Et peut-être est-ce après que Chafan les eut lues que Yochiyahou les a lues (lui-même) ? Rav Aha bar Yaakov dit : cela ne peut te venir à l'esprit, car il est écrit : « Parce que ton cœur s'est attendri et que tu t'es humilié devant l'Éternel en entendant (ces paroles) » — « en entendant », et non « en lisant ».
L'objection est sérieuse : rien n'empêche de penser que le roi a repris le rouleau après Chafan et l'a lu lui-même, auquel cas le verset ne prouverait plus rien.
Rav Aha bar Yaakov ferme la porte par un troisième verset. Le prophète décrit précisément ce qui a bouleversé le roi : « en entendant ces paroles ». S'il avait fini par lire lui-même, c'est la lecture qui aurait été mentionnée. Le mot choisi par l'Écriture désigne donc l'écoute comme l'acte accompli, non comme une simple étape préliminaire.
Le Ben Yehoyada renforce l'argument par un raisonnement psychologique : si le roi avait voulu lire, il aurait lu dès le départ ; ayant été bouleversé par la seule écoute, il n'avait plus de raison d'y revenir.
Rava dit : qu'une personne ne dise pas « Béni soit celui qui vient » puis « au nom de l'Éternel », mais « Béni soit celui qui vient au nom de l'Éternel » d'un seul tenant. (Rav Safra lui dit :
Retour à la pratique. Ce qui vaut pour l'assemblée — couper le verset entre l'officiant et elle — ne vaut pas pour celui qui récite seul. S'il récite seul, il doit dire le verset d'un seul souffle.
Rachi en donne la raison : si l'on marque une pause après « Baroukh ha-ba », la mention du Nom divin qui suit ne se rattache plus à rien — cela prend l'apparence d'une berakha le-vatala, une mention du Nom en vain.
Le folio s'interrompt au milieu de la phrase : Rav Safra va objecter, et la discussion se poursuit en 39a. Tossefot, lui, relève déjà une difficulté de fond : dans Yevamot 106b, ce même Rava déclare que couper une phrase en deux ne pose aucun problème.
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).