Soukka 39a — La phrase qu'on ne coupe pas, la bénédiction qui précède, et l'etrog qu'on ne peut pas acheter

Sukkah 39a

Sougya : Le folio commence par achever la discussion du Hallel et du kaddich : Rava veut qu'on dise « Yehe chemeh raba mevarakh » d'un seul tenant, de peur qu'une pause ne laisse le Nom Y-H, caché dans le mot chemeh, prononcé sans rien qui le beniss ; Rav Safra le désavoue en l'appelant Moche — là-bas comme ici, c'est un asoukei milta, un achèvement de phrase, et c'est l'intention d'aller jusqu'au bout, non la respiration, qui fait l'unité de ce qu'on dit. Viennent ensuite deux usages du Hallel : Rabbi doublait les versets à partir de Ana, Rabbi Elazar ben Perata remontait jusqu'à Odekha ; puis Abaye restreint la liberté laissée par la michna — la coutume ne décide que de la bénédiction d'après, car avant, la règle de Chmouel s'impose : toute mitsva se bénit over la-assiyatan, avant son accomplissement, et trois versets établissent que la racine a-v-r signifie bien devancer.

Tossefot en tire la question la plus concrète du folio : puisqu'on est acquitté du loulav dès qu'on le soulève, à quel instant peut-on encore bénir avant ? Une nouvelle michna ouvre alors la sougya de la chemita : celui qui achète un loulav à un am ha-arets la septième année doit se faire donner l'etrog en cadeau, car ce fruit ne peut pas s'acheter.

La Guemara cherche pourquoi — Rav Houna propose de noyer le prix de l'etrog dans celui du loulav, on lui objecte qu'il suffirait de payer franchement — et la réponse déplace tout le problème : ce n'est pas la vente qui est en cause, c'est l'argent qui, chargé de la sainteté de la septième année, ne doit pas être remis à un am ha-arets au-delà de trois repas. S'il l'a déjà remis, il lui reste le hiloul : transférer cette sainteté sur des fruits profanes qu'il possède chez lui.

Le fil du folio : la phrase qu'on ne coupe pas, la bénédiction qui précède, l'etrog qu'on ne vend pas Trois blocs qui ont tous la même forme : ce qui compte, ce n'est pas le geste isolé, c'est ce vers quoi il tend. Bloc 1 (seg. 0) -- fin de la sougya du Hallel : où peut-on reprendre son souffle ? Rava : qu'on ne dise pas Yehe chemeh raba, pause, puis mevarakh -- mais les trois mots d'un seul tenant. Crainte : si la phrase s'arrête sur raba, le Nom Y-H aurait été prononcé sans que rien ne le beniss. Rav Safra le réfute : Moche, as-tu bien parlé ?! Là-bas (Baroukh ha-ba) comme ici, c'est asoukei milta. asoukei milta = achever la phrase : puisqu'il a l'intention d'aller jusqu'au bout, la pause ne coupe rien. Principe : c'est l'intention de terminer, non la respiration, qui fait l'unité de la phrase. Bloc 2 (seg. 1-2) -- les usages du Hallel : doubler les versets, et quand bénir Rabbi doublait certains passages ; Rabbi Elazar ben Perata en ajoutait d'autres -- depuis Odekha. La michna disait : bénir ou non suit la coutume du lieu. Abaye restreint : cela ne vaut que pour l'après. Avant, c'est une mitsva de bénir -- car Chmouel : toute mitsva se bénit over la-assiyatan. Reste à prouver que over veut dire avant : trois versets où la racine a-v-r signifie devancer. Ahimaats dépasse le Kouchi / Yaakov passa devant eux / leur roi passa devant eux. Tossefot en tire la question la plus pratique du folio : à quel instant exact bénit-on sur le loulav ? Bloc 3 (seg. 3-5) -- nouvelle michna : acheter un loulav à un am ha-arets l'année de chemita Michna : le vendeur donne l'etrog en cadeau, car on n'a pas le droit de l'acheter en chemita. Pourquoi l'etrog et pas le loulav ? L'etrog est un fruit : il porte la sainteté de la septième année. Guemara : et s'il refuse le cadeau ? Rav Houna -- on noie le prix de l'etrog dans celui du loulav. Objection : qu'il paie donc franchement ! Réponse : on ne remet pas à un am ha-arets de l'argent de fruits de chemita au-delà de trois repas -- il n'est pas fiable pour en respecter la sainteté. S'il en a remis davantage : qu'il dise -- que cet argent soit désacralisé sur des fruits que j'ai chez moi. La sainteté quitte alors les pièces et se fixe sur ces fruits-là, qui devront être mangés en sainteté. Même logique que le bloc 1 : l'acte se juge par ce vers quoi il tend, non par sa forme apparente.
Vue d'ensemble du folio : trois blocs, une même façon de juger un acte par ce vers quoi il tend.
Over la-assiyatan : la bénédiction précède l'acte Le mot over est ambigu ; trois versets établissent qu'il veut dire devancer, non pas franchir. Berakha Acte de la mitsva over = avant assiya temps Abaye : la michna ne parlait que de la bénédiction d'après Bénir après le Hallel dépend de la coutume du lieu. Bénir avant ne dépend d'aucune coutume : c'est une mitsva. Source : Rav Yehouda au nom de Chmouel -- toutes les mitsvot se bénissent over la-assiyatan. Trois preuves que la racine a-v-r signifie devancer Rav Nahman bar Yits'hak 2 Samuel 18,23 Ahimaats courut par la plaine et va-ya'avor le Kouchi il le devança : il court devant lui Abaye Genèse 33,3 et lui-même avar devant eux Yaakov marche en tête passer devant = précéder Ve-ibaeit eima Michee 2,13 leur roi va-ya'avor devant eux et Hachem à leur tête le même verbe pour ouvrir la marche La difficulté que Tossefot en tire : et le loulav ? Dès qu'on soulève le loulav on est acquitté -- bénir avant supposerait de bénir sur un objet encore posé. Solutions proposées : bénir loulav en main mais etrog pas encore pris ; ou l'un des quatre à l'envers ; ou avoir en tête de ne pas s'acquitter avant la bénédiction ; ou dire que le naanoua achève encore la mitsva.
Over la-assiyatan : la bénédiction précède l'acte, et les trois versets qui l'établissent.
Acheter les quatre espèces à un am ha-arets pendant la chemita Le problème n'est pas le loulav : c'est l'argent qui va se charger de la sainteté de la septième année. LOULAV -- se vend normalement Palme : ce n'est pas un aliment. Elle a bien la sainteté de chemita, mais l'argent reçu ne pose pas le même risque. On peut donc l'acheter et le payer. ETROG -- ne s'achète pas Fruit comestible de la septième année. Son prix prend à son tour la sainteté : c'est le principe chevi'it tofesset dameha. Le vendeur doit donc le DONNER. Et s'il refuse de le donner ? -- Rav Houna : mabli'a, on noie le prix L'acheteur paie le loulav bien plus cher que sa valeur ; l'etrog suit alors comme un cadeau. Aucun argent n'est formellement remis en paiement d'un fruit de chemita. Objection de la Guemara : pourquoi ce détour ? Qu'il paie franchement ! Si la vente de fruits de chemita était seule en cause, le montage de Rav Houna serait inutile. Il faut donc une raison qui vise, non l'acte de vente, mais le destinataire de l'argent. Réponse : on ne remet pas à un am ha-arets l'argent de fruits de chemita Baraita : pas au-delà de la valeur de trois repas -- de quoi vivre, pas de quoi commercer. Il n'est pas fiable pour manger cet argent en sainteté : on tomberait sous lifne iver. Et le prix d'un bel etrog dépasse largement trois repas (Tossefot). Rattrapage s'il a déjà payé : le hiloul Qu'il dise : que ces pièces soient désacralisées sur des fruits profanes que j'ai chez moi -- la sainteté migre sur eux.
La michna de la chemita : pourquoi l'etrog se donne au lieu de se vendre, et comment rattraper si l'on a payé.
1
מֹשֶׁה, שַׁפִּיר קָאָמְרַתְּ?! אֶלָּא הָתָם וְהָכָא אַסּוֹקֵי מִילְּתָא הִיא, וְלֵית לָן בָּהּ). אָמַר רָבָא: לָא לֵימָא אִינִישׁ ״יְהֵא שְׁמֵיהּ רַבָּא״ וַהֲדַר ״מְבָרֵךְ״, אֶלָּא ״יְהֵא שְׁמֵיהּ רַבָּא מְבָרַךְ״ בַּהֲדָדִי. אֲמַר לֵיהּ רַב סָפְרָא: מֹשֶׁה, שַׁפִּיר קָאָמְרַתְּ?! אֶלָּא, הָתָם וְהָכָא אַסּוֹקֵי מִילְּתָא הוּא, וְלֵית לָן בָּהּ.

« Moche, as-tu vraiment bien parlé ?! Non : là-bas comme ici, c'est l'achèvement de la phrase (asoukei milta), et nous n'y voyons rien à redire. ) Rava a dit : qu'un homme ne dise pas « Yehe chemeh raba » puis, [après une pause], « mevarakh », mais « Yehe chemeh raba mevarakh » d'un seul tenant.

Rav Safra lui dit : Moche, as-tu vraiment bien parlé ?! Non : là-bas comme ici, c'est l'achèvement de la phrase, et nous n'y voyons rien à redire.

📜 Rachi (3)
מֹשֶׁה גְּדוֹל הַדּוֹר:
« Moche. » Le plus grand de la génération.
[שַׁפִּיר קָאָמְרַתְּ] בִּתְמִיהַּ:
« As-tu bien parlé ? » Sur le ton de l'étonnement (c'est une question rhétorique : en vérité, non).
כָּל אַסּוֹקֵי מִלְּתָא הוֹאִיל וְכַוָּונָתוֹ לִגְמֹור לֵית לַן בַּהּ:
Tout ce qui est achèvement de la phrase : dès lors que son intention est d'aller jusqu'au bout, nous n'y voyons rien à redire.
🪔 Ben Yehoyada (2)
וְאָמַר רָבָא: לָא לֵימָא אִינִישׁ , " יְהֵא שְׁמֵיהּ רַבָּא", וַהֲדַר "מְבָרֵךְ", אֶלָּא: "יְהֵא שְׁמֵיהּ רַבָּא מְבָרַךְ" כַּהֲדָדִי. קָשֶׁה לָמָּה הֻוצְרַךְ רָבָא לְלַמְּדֵינוּ דָּבָר זֶה בָּתַרְתִּי שֶׁהוּא בַּפָּסוּק (תְּהִלִּים קיח, כו) 'בָּרוּךְ הַבָּא בְּשֵׁם יְיָ' וְגַם בְּ'יְהֵא שְׁמֵיהּ רַבָּא' תִּסְגֵּי בַּחֲדָא? וְנִרְאֶה לִי בס"ד דְּכָתַב מָהַרְשָׁ"א זַ"ל הַיְינוּ טַעְמָא ב'יְהֵא שְׁמֵיהּ' לְפִי שֶׁיֵּשׁ מְפָרְשִׁים בְּפֶרֶק קַמָּא דִּבְרָכוֹת דְּ'שְׁמֵיהּ' הוּא שֵׁם י"ה דְּהַשְׁתָּא י"ה מִקְּרֵי אַזְכָּרָה וַהֲוָה לְבַטָּלָה דְּלָא קַייְמָא מְבָרֵךְ עֲלָהּ עַד כָּאן דְּבָרָיו. עוֹד יָדוּעַ מַה שֶּׁכָּתַב רַבֵּינוּ הָאֲרִ"י זַ"ל בְּשַׁעַר הַכַּוָּנוֹת בְּבֵיאוּר 'יְהֵא שְׁמֵיהּ רַבָּא' שֶׁצָּרִיךְ לְכַוֵּין שֵׁם י"ה יְהִי רַבָּא שֶׁיִּשְׁתַּלֵּם הַשֵּׁם בְּיוּ"ד הֵ"א וָא"ו הֵ"א עַיֵּין שָׁם. וּלְפִי זֶה אִי הֲוָה נָקֵיט רָבָא הַאי מִלְּתָא עַל פָּסוּק 'בָּרוּךְ הַבָּא' בִּלְבַד הֲוָה אֲמִינָא דַּוְקָא בְּהָא קָפֵיד רָבָא מִשּׁוּם דְּמַזְכִּיר שֵׁם הֲוָיָ"ה לַהֲדֵיהּ אֲבָל בְּ'שְׁמֵיהּ רַבָּא' לְטַעַם הַמָּהַרְשָׁ"א זַ"ל דְּאֵינוֹ מַזְכִּיר הַשֵּׁם לַהֲדֵיהּ אֶלָּא בְּרֶמֶז וּבְכַוָּנַת הַלֵּב בְּתֵיבַת שְׁמֵיהּ לֵית לַן בַּהּ. אִי נָמֵי הֲוָה אֲמִינָא 'בָּרוּךְ הַבָּא' שָׁאנֵי כִּי תֵּיבוֹת 'בְּשֵׁם יְיָ' אֵין לָהֶם מַשְׁמָעוּת לְבַדָּם לְכָךְ הֲוָה לֵיהּ אַזְכָּרָה לְבַטָּלָה אֲבָל 'יְהֵא שְׁמֵיהּ רַבָּא' יֵשׁ לָהֶם מַשְׁמָעוּת לְבַדָּם כְּמוֹ שֶׁכָּתַב רַבֵּינוּ הָאֲרִ"י זַ"ל דִּמְבַקֵּשׁ יְהֵא שֵׁם י"ה רַבָּא שֶׁיִּהְיֶה הַשֵּׁם שָׁלֵם לְהָכִי אֵין קְפִידָא בָּזֶה, וְאִי הֲוָה נָקֵיט רָבָא הַאי מִלְּתָא עַל 'יְהֵא שְׁמֵיהּ' בִּלְבַד הֲוָה אֲמִינָא הָכָא שָׁאנֵי שֶׁהוּא לְשׁוֹן שֶׁבַח וּתְפִלָּה שֶׁאֵין בָּהֶם טְעָמִים הַמּוֹשְׁכִים אֶת הַתֵּיבוֹת זוֹ עִם זוֹ, וּלְכָךְ קָפֵיד אַהַפָּסְקָה שֶׁלֹּא יְהֵא נִרְאֶה דְּמַזְכִּיר לְבַטָּלָה אֲבָל פָּסוּק 'בָּרוּךְ הַבָּא' שֶׁיֵּשׁ בּוֹ טְעָמִים שֶׁהֵם מוֹשְׁכִים וּמְחַבְּרִים בִּתְנוּעָתָם אֶת הַתֵּיבוֹת זֶה בָּזֶה לֵית לַן בַּהּ דְּהָא נָקוּד עַל בָּרוּךְ הַבָּא טַעַם זַרְקָא וּבְשֵׁם ה' יֵשׁ אֶתְנָח וְכֵיוָן דְּאָמַר בָּרוּךְ הַבָּא בְּטַעַם זַרְקָא אִם יִנְשֹׁום בֵּנְתַייִם לֵית לַן בַּהּ כִּי הַטַּעַם שֶׁל זַרְקָא שֶׁהוּא בְּתֵיבַת הַבָּא מוֹרֶה שֶׁיֵּשׁ עוֹד תֵּיבוֹת בָּאִים אַחַר זֶה וְנִיכָּר שֶׁהָאוֹמֵר לָא אַסִּיק מִילְּתָא בְּתֵיבַת הַבָּא כֵּיוָן דְּאָמְרָה בְּטַעַם זַרְקָא.
« Et Rava a dit : qu'un homme ne dise pas Yehe chemeh raba puis mevarakh, mais Yehe chemeh raba mevarakh d'un seul tenant. » Difficulté : pourquoi Rava a-t-il eu besoin de nous enseigner cette chose deux fois — à propos du verset « Baroukh ha-ba be-chem Hachem » (Psaumes 118,26) et aussi à propos de « Yehe chemeh raba » ? Une seule fois aurait suffi. Il me semble, avec l'aide du Ciel, que le Maharcha, de mémoire bénie, a écrit ceci : la raison, pour « Yehe chemeh », est qu'il y a des commentateurs, au premier chapitre de Berakhot, pour qui « chemeh » désigne le Nom Y-H ; dès lors Y-H est tenu pour une azkara (une mention du Nom divin), et elle serait prononcée en vain, puisque le mot qui la bénit ne vient pas la soutenir — fin de ses paroles. On sait par ailleurs ce qu'a écrit notre maître le Ari, de mémoire bénie, au Chaar ha-kavanot, dans l'explication de « Yehe chemeh raba » : il faut avoir en tête le Nom Y-H, [en lisant] « que Y-H soit grand », c'est-à-dire que le Nom soit complété en Youd-Hé-Vav-Hé ; vois-y. Selon cela, si Rava n'avait énoncé cette règle que sur le verset « Baroukh ha-ba », j'aurais pu dire que Rava n'y est exigeant que parce qu'on y mentionne explicitement le Nom Havaya ; tandis que pour « chemeh raba », selon la raison du Maharcha, de mémoire bénie, où l'on ne mentionne pas le Nom explicitement mais seulement par allusion et par l'intention du cœur dans le mot « chemeh », il n'y aurait rien à redire. Ou bien j'aurais pu dire : « Baroukh ha-ba » est différent, car les mots « be-chem Hachem » n'ont pas de sens par eux-mêmes, et le Nom s'y trouve donc mentionné en vain ; tandis que « Yehe chemeh raba » a un sens par soi, comme l'a écrit notre maître le Ari, de mémoire bénie — on demande que le Nom Y-H soit grand, c'est-à-dire que le Nom soit complet — et il n'y aurait donc pas lieu d'être exigeant. Et si Rava n'avait énoncé cette règle que sur « Yehe chemeh », j'aurais pu dire : ici c'est différent, car il s'agit d'une formule de louange et de prière, où il n'y a pas de te'amim (accents de cantillation) pour tirer les mots les uns vers les autres ; c'est pourquoi il est exigeant sur la pause, afin qu'il ne paraisse pas mentionner [le Nom] en vain. Mais le verset « Baroukh ha-ba », qui porte des te'amim qui tirent et relient les mots entre eux par leur mouvement, ne poserait pas de problème : « Baroukh ha-ba » est ponctué du taam zarka, et sur « be-chem Hachem » il y a un etnahta ; or, dès lors qu'il a dit « Baroukh ha-ba » avec le zarka, même s'il reprend son souffle entre les deux il n'y a rien à redire, car le zarka posé sur le mot « ha-ba » indique que d'autres mots viennent après lui, et l'on perçoit bien que celui qui parle n'a pas achevé sa phrase sur le mot « ha-ba », puisqu'il l'a dit avec le taam zarka.
אֲמַר לֵיהּ מֹשֶׁה, שַׁפִּיר קָאָמְרַתְּ. נִרְאֶה לִי בס"ד הַטַּעַם שֶׁקְּרָאוֹ בְּשֵׁם מֹשֶׁה כִּי הַתּוֹרָה נִתְּנָה לָנוּ מֵעוֹלָם הַבְּרִיאָה כְּמוֹ שֶׁכָּתַב רַבֵּינוּ הָאֲרִ"י זַ"ל בְּכַוָּנַת 'בָּרוּךְ אֱלֹקֵינוּ שֶׁבְּרָאָנוּ לִכְבוֹדוֹ וְנָתַן לָנוּ תּוֹרַת אֱמֶת'. גַּם יָדוּעַ כִּי בִּבְרִיאָה מֵאִיר א"ל שד"י שֶׁמִּסְּפָרוֹ שמ"ה כְּמִנְיַן מֹשֶׁה וְלָכֵן הַתּוֹרָה נִיתְּנָה עַל יָדוֹ, וְלָכֵן מִי שֶׁהוּא חָכָם גָּדוֹל בַּתּוֹרָה נִקְרָא מֹשֶׁה שֶׁהוּא מִסְפַּר א"ל שד"י. וְהִנֵּה רַשִׁ"י זַ"ל פֵּירֵשׁ דְּאָמַר לוֹ בִּלְשׁוֹן בִּתְמִיהַּ, וְיוֹתֵר נִרְאֶה כִּפְשׁוּטוֹ וְהָכִי קָאָמַר לוֹ וַדַּאי שַׁפִּיר קָאָמְרַתְּ אַךְ אֵין לְהַזְהִיר אֲחֵרִים בְּכָךְ מִשּׁוּרַת הַדִּין יַעַן דְּהָכָא וְהָתָם אָמְרִי אַסּוֹקֵי מִילְּתָא הִיא וְלֵית לַן בַּהּ.
« Il lui dit : Moche, as-tu bien parlé ? » Il me semble, avec l'aide du Ciel, que la raison pour laquelle il l'a appelé du nom de Moche est que la Torah nous a été donnée depuis le monde de la Beria, comme l'a écrit notre maître le Ari, de mémoire bénie, dans l'intention de « Béni soit notre Dieu qui nous a créés pour Sa gloire et nous a donné une Torah de vérité ». On sait aussi que dans la Beria brille le Nom El Chaddai, dont le compte est 345, soit la valeur numérique de Moche ; c'est pourquoi la Torah a été donnée par sa main, et c'est pourquoi celui qui est un grand sage en Torah est appelé Moche, qui est le compte d'El Chaddai. Or Rachi, de mémoire bénie, a expliqué qu'il le lui a dit sur le ton de l'étonnement ; mais il paraît plus juste de l'entendre au sens simple, et voici ce qu'il lui dit : assurément tu as bien parlé, seulement il n'y a pas lieu, selon la stricte règle, d'en avertir autrui — car ici comme la-bas ils disent que c'est un achèvement de la phrase, et qu'il n'y a rien à redire.
💡 Explication

Le folio s'ouvre sur la fin d'une discussion commencée en 38b : elle portait sur le verset Baroukh ha-ba be-chem Hachem, où l'assemblée coupe la phrase en deux et laisse le lecteur achever. Rava transpose la question au kaddich : ne pas dire Yehe chemeh raba puis, après un souffle, mevarakh.

Ce qui inquiète Rava, c'est que selon certains commentateurs le mot chemeh contient le Nom divin Y-H ; s'arrêter juste après, c'est laisser ce Nom prononcé sans le mot qui le bénit — une azkara le-vatala, un Nom pour rien.

Rav Safra le désavoue avec le titre réservé aux plus grands, Moche, et sur un ton d'étonnement : la règle est la même des deux côtés, et elle est celle de l'asoukei milta — celui qui parle à l'intention d'achever sa phrase, donc la pause ne la coupe pas.

🖼️ Schéma
Où peut-on respirer dans Yehe chemeh raba mevarakh ? Position de Rava Ne pas dire : Yehe chemeh raba | mevarakh La pause laisse le Nom Y-H (chemeh) sans le mot qui le bénit. Risque : azkara le-vatala (un Nom prononcé pour rien) Réponse de Rav Safra Moche, as-tu bien parlé ?! Ici comme dans Baroukh ha-ba be-chem Hachem, c'est asoukei milta. L'intention d'achever fait l'unité ve-let lan ba : rien à redire. Pourquoi appeler quelqu'un Moche ? Rachi : le plus grand de sa génération. Ben Yehoyada : Moche = 345 = El Chaddai, le Nom qui éclaire le monde de la Beria d'où la Torah fut donnée -- d'où le titre donné au maître en Torah. Le principe à retenir : asoukei milta Une phrase ne se découpe pas par la respiration mais par l'intention. Si celui qui parle vise la fin de la phrase, la pause n'est qu'un souffle : le Nom n'a pas été laissé seul.
Rava contre Rav Safra : la pause coupe-t-elle la phrase ? Le critère est l'intention, non le souffle.
2
מָקוֹם שֶׁנָּהֲגוּ לִכְפֹּול. תְּנָא: רַבִּי כּוֹפֵל בָּהּ דְּבָרִים. רַבִּי אֶלְעָזָר בֶּן פַּרְטָא מוֹסִיף בָּהּ דְּבָרִים. מַאי מוֹסִיף? אָמַר אַבַּיֵּי: מוֹסִיף לִכְפֹּול מִ״אוֹדְךָ״ וּלְמַטָּה.

« Un lieu où l'on a coutume de doubler [les versets, on double]. » Il a été enseigné : Rabbi doublait dans le Hallel certains passages ; Rabbi Elazar ben Perata y ajoutait des passages. Qu'ajoutait-il ?

Abaye a dit : il ajoutait de doubler à partir de « Odekha » (Je Te rends grâce) et vers le bas.

📜 Rachi (3)
כּוֹפֵל בָּהּ דְּבָרִים מָאנָא וָהָלְאָה:
« Il double dans le Hallel certains passages. » À partir de « Ana [Hachem hochia na] » et au-delà.
מוֹסִיף בָּהּ בְּהַלֵּל מוֹסִיף לִכְפֹּול עַל כְּפִילָתוֹ שֶׁל רַבִּי:
« Il y ajoute. » Dans le Hallel : il ajoute de doubler au-delà du doublement pratiqué par Rabbi.
מְאֹודֶךָ וּלְמַטָּה כִּדְפָרֵי' לְעֵיל שֶׁכָּל הַמִּזְמוֹר כָּפוּל מֵרֹאשׁוֹ וְעַד כָּאן:
« À partir de Odekha et vers le bas. » Comme nous l'avons expliqué plus haut : tout ce passage du psaume est doublé, depuis son début [c'est-à-dire depuis Odekha] et jusqu'ici.
⚖️ Rosh (1)
גְּמ' מנ"ל דְּעָבְדִינַן זֵכֶר לַמִּקְדָּשׁ אָמַר ר' יוֹחָנָן אָמַר קְרָא כִּי אַעֲלֶה אֲרֻוכָה לָךְ וּמִמַּכּוֹתַיִךְ אֶרְפָּאֵךְ נְאֻום ה' כִּי נִדָּחָה קָרְאוּ לָךְ צִיּוֹן הִיא דֹּורֵשׁ אֵין לָהּ מִכְּלַל דְּבָעֲיָא דְּרִישָׁה:
GUEMARA. D'où savons-nous que l'on institué un zekher le-mikdach (un rappel du Temple) ? Rabbi Yo'hanan a dit : le verset dit « Car Je ferai monter pour toi la guérison et Je te guérirai de tes plaies, dit Hachem, parce qu'ils t'ont appelée la Rejetée — c'est Tsion, celle dont nul ne s'enquiert » (Jérémie 30,17). De ce qu'elle est dite « celle dont nul ne s'enquiert », on déduit a contrario qu'elle requiert que l'on s'enquière d'elle [et donc que l'on maintienne un rappel du Temple].
💡 Explication

La michna citée plus haut posait que doubler ou non certains versets du Hallel suit la coutume du lieu. La baraita donne deux pratiques attestées chez les maîtres eux-mêmes.

Rabbi doublait à partir de « Ana Hachem hochia na » ; Rabbi Elazar ben Perata « ajoutait », c'est-à-dire doublait davantage encore. Abaye précise ce que recouvre ce verbe : il remonte le point de départ jusqu'à « Odekha ki anitani », de sorte que toute la dernière partie du psaume 118 est dite deux fois.

🖼️ Schéma
Doubler les versets du Hallel : jusqu'où ? Psaume 118 -- deux coutumes emboîtées, l'une plus large que l'autre. Hodou ... -- Yomar na Israël ... -- Min ha-metsar ... -- Kol rina vi-choua ... non doublé Odekha ki anitani ... Even ma'asou ha-bonim ... Me-et Hachem ... Ze ha-yom ... R. Elazar b. Perata Ana Hachem hochia na ... Ana Hachem hatslicha na ... Rabbi Rabbi doublait depuis Ana et jusqu'à la fin. Rabbi Elazar ben Perata ajoute à ce doublement : il remonte jusqu'à Odekha. Abaye précise ce mousif : il ajoute de doubler depuis Odekha et vers le bas.
Deux coutumes emboîtées : Rabbi double depuis Ana ; R. Elazar ben Perata remonte jusqu'à Odekha.
3
לְבָרֵךְ — יְבָרֵךְ. אָמַר אַבַּיֵּי: לֹא שָׁנוּ אֶלָּא לְאַחֲרָיו, אֲבָל לְפָנָיו — מִצְוָה לְבָרֵךְ. דְּאָמַר רַב יְהוּדָה אָמַר שְׁמוּאֵל: כָּל הַמִּצְוֹת כֻּולָּן, מְבָרֵךְ עֲלֵיהֶן עוֹבֵר לַעֲשִׂיָּיתָן. וּמַאי מַשְׁמַע דְּהַאי ״עוֹבֵר״, לִישָּׁנָא דְּאַקְּדוּמֵי הוּא? דְּאָמַר רַב נַחְמָן בַּר יִצְחָק דִּכְתִיב: ״וַיָּרָץ אֲחִימַעַץ דֶּרֶךְ הַכִּכָּר וַיַּעֲבֹור אֶת הַכּוּשִׁי״. אַבַּיֵּי אָמַר, מֵהָכָא: ״וְהוּא עָבַר לִפְנֵיהֶם״. וְאִיבָּעֵית אֵימָא מֵהָכָא: ״וַיַּעֲבֹור מַלְכָּם לִפְנֵיהֶם וַה׳ בְּרֹאשָׁם״.

« [Un lieu où l'on a coutume] de bénir — il bénira. » Abaye a dit : on n'a enseigné [que cela dépend de la coutume] que pour la bénédiction qui suit ; mais avant, c'est une mitsva de bénir. Car Rav Yehouda a dit au nom de Chmouel : sur toutes les mitsvot, on bénit « over la-assiyatan » (avant leur accomplissement).

Et d'où infère-t-on que ce mot « over » a le sens de « précéder » ? Rav Nahman bar Yits'hak a dit : car il est écrit « Ahimaats courut par le chemin de la plaine et dépassa (va-ya'avor) le Kouchi » (2 Samuel 18,23).

Abaye a dit : de ceci — « et lui-même passa (avar) devant eux » (Genèse 33,3). Et si tu veux, dis plutôt de ceci : « leur roi passa (va-ya'avor) devant eux, et Hachem à leur tête » (Michee 2,13).

📜 Rachi (3)
ל"ש דְּתַלְיָא בְּרָכָה בְּמִנְהָג אֶלָּא בְּרָכָה שֶׁלְּאַחֲרָיו:
« On n'a pas enseigné » — que la bénédiction dépende de la coutume — sinon à propos de la bénédiction qui vient après [le Hallel].
עוֹבֵר קֹודֶם:
« Over. » Avant.
וְיַעֲבֹור אֶת הַכּוּשִׁי קְדָמוֹ לָרוּץ לְפָנָיו:
« Et il dépassa le Kouchi. » Il le devança en courant devant lui.
🗂️ Tossefot (2)
אֲבָל לְפָנָיו מִצְוָה לְבָרֵךְ. כִּי הַאי גַוְונָא אָמְרִי' גַּבֵּי מְגִילָּה פ' הַקּוֹרֵא אֶת הַמְּגִילָּה עוֹמֵד (מְגִילָּה דַּף כא:) וְכֵן תְּנַן פֶּרֶק בָּא סִימָן (נִדָּה נא:) וְיֵשׁ שֶׁטָּעוּן בְּרָכָה לְפָנָיו וְאֵין טָעוּן בְּרָכָה לְאַחֲרָיו וּמְפָרֵשׁ בגמ' לַאֲתוּיֵי רֵיחָנֵי הֲוָה מָצֵי לְמֵימַר לַאֲתוּיֵי הַלֵּל וּמְגִילָּה בְּמָקוֹם שֶׁנָּהֲגוּ שֶׁלֹּא לְבָרֵךְ אַחֲרֵיהֶן אֶלָּא רֵיחָנֵי פְּסִיקָא לֵיהּ וּכְמוֹ כֵּן הֲוָה מָצֵי לְמֵימַר מִצְוֹת טוּבָא כְּגוֹן צִיצִית וְשׁוֹפָר וְסֻוכָּה וְלוּלָב לְמַאי דְּפִי' ר"ת דְּאֵין מְבָרְכִין לִשְׁמוֹר חֻוקָּיו אֶלָּא אַתְּפִילִּין לְחוּדַייְהוּ וְדַוְקָא כְּשֶׁמְּסַלְּקָן מִשּׁוּם לַיְלָה וּכְמַאן דְּאָמַר לַיְלָה לָאו זְמַן תְּפִילִּין הוּא:
« Mais avant, c'est une mitsva de bénir. » On dit la même chose à propos de la meguila, au chapitre Ha-kore et ha-meguila omed (Meguila 21b). Et de même avons-nous appris au chapitre Ba siman (Nidda 51b) : « il en est qui requièrent une bénédiction avant et n'en requièrent pas après » — et la Guemara explique que cela vient inclure les parfums. Elle aurait pu dire : cela vient inclure le Hallel et la meguila, dans un lieu où l'on a coutume de ne pas bénir après eux ; mais elle a preferé les parfums, qui sont un cas tranché [et non dépendant d'une coutume]. De la même façon, elle aurait pu mentionner beaucoup de mitsvot — comme les tsitsit, le chofar, la soukka et le loulav — selon ce qu'a expliqué Rabbenou Tam : on ne récite pas [la bénédiction qui s'achève par] « lichmor houkav » sinon sur les téfilines seuls, et précisément lorsqu'on les retire à cause de la nuit, conformément à l'avis pour qui la nuit n'est pas le temps des téfilines.
עוֹבֵר לַעֲשִׂייָּתָן. מִטַּעַם זֶה צָרִיךְ לְבָרֵךְ אַלּוּלָב קֹודֶם שֶׁיִּטְּלֶנּוּ דְּאִי לְאַחַר שֶׁנְּטָלוֹ מִדְּאַגְבְּהֵיהּ נְפַק בֵּיהּ כִּדְאָמְרִי' בְּסוֹף פִּירְקִין (סֻוכָּה דַּף מב.) וּמִיהוּ לֹא מִסְתַּבֵּר כְּלָל דְּהֵיאַךְ יְבָרֵךְ עָלָיו וְהוּא מֻונָּח בִּכְלִי הָא אָמַר בְּהַקּוֹמֵץ רַבָּה (מְנָחוֹת לה: וְשָׁם) תְּפִילִּין מֵאֵימָתַי מְבָרֵךְ עֲלֵיהֶן מִשְּׁעַת הַנָּחָה עַד שְׁעַת קְשִׁירָה וְכָל שָׁעָה שֶׁאֵין הַמִּצְוָה מְזֻומֶּנֶת בְּיָדוֹ לַעֲשׂוֹת לֹא מִיסְתַּבֵּר כְּלָל לְבָרֵךְ עָלָיו וְשֶׁמָּא מִשֶּׁיַּתְחִיל לִיטֹּול לוּלָב קֹודֶם שֶׁיִּטֹּול הָאֶתְרוֹג מְבָרֵךְ וְהַיְינוּ עוֹבֵר לַעֲשִׂייָּתָן שֶׁמְּעַכְּבִים זֶה אֶת זֶה אִי נָמֵי לְאַחַר שֶׁנּוֹטֵל שְׁנֵיהֶם אֶלָּא שֶׁהוֹפֵךְ אֶחָד מֵהֶן כִּדְאָמְרִינַן בְּסוֹף פִּירְקִין (סֻוכָּה דַּף מב.) כְּשֶׁהֲפָכוֹ דְּאֵין יוֹצֵא בַּמִּצְוֹת אֶלָּא דֶּרֶךְ גְּדִילָתָן כִּדְדָרְשִׁינַן פֶּרֶק לוּלָב וַעֲרָבָה (לְקַמָּן סֻוכָּה מה:) מִדִּכְתִיב עֲצֵי שִׁטִּים עוֹמְדִים וְאַפֵּי' נָקֵיט לְהוּ כְּדֶרֶךְ גְּדִילָתָן אֶפְשָׁר שֶׁיִּתְכַּוֵּין שֶׁלֹּא לָצֵאת בּוֹ עַד אַחַר בְּרָכָה דאע״ג דְּאָמְרִי' בְּסוֹף רָאוּהוּ ב״ד (ר״ה כח:) דְּמִצְוֹת אֵינָן צְרִיכִין כַּוָּונָה מ״מ בְּעַל כָּרְחוֹ לָא נָפֵיק וְהָא דְּלָא מְשַׁנֵּי הָכָא בְּסוֹף פִּירְקִין (סֻוכָּה דַּף מב.) דְּמַייְרֵי בְּאָדָם שֶׁאֵינוֹ בָּקִי שֶׁהוֹלֵךְ אֵצֶל בָּקִי לִלְמֹוד אִי נָמֵי מִשּׁוּם דְּלָא גָּמְרָה מִצְוָתוֹ עַד אַחַר נִיעְנוּעַ דְּמֵהַאי טַעְמָא נָמֵי מְבָרְכִין אַנְּטִילַת יָדַיִם אַחַר נְטִילָה דְּלָא גָּמַר מִצְוָתוֹ עַד אַחַר נִיגּוּב כִּדְאָמְרִי' פ״ק דְּסוֹטָה (דַּף ד:) דְּאָסוּר לֶאֱכֹול בְּלֹא נִיגּוּב יָדַיִם וּמִיהוּ לָא דָּמֵי כֻּולֵּי הַאי דְּנִיעְנוּעַ אֵינוֹ אֶלָּא מַכְשִׁירֵי מִצְוָה בְּעָלְמָא וְלֹא מְעַכֵּב כִּדְאָמְרִי' (פ״ק דְּסוֹטָה) בְּסוֹף פִּירְקִין מִדְּאַגַּבֵּיהּ נְפַק בֵּיהּ וּמְשַׁנֵּי כְּשֶׁהֲפָכוֹ וְלָא מְשַׁנֵּי בְּשֶׁלֹּא נִיעֲנַע וּמִיהוּ אֱמֶת הוּא דִּלְבָתַר דִּנְפַק בֵּיהּ מְבָרֵךְ כִּדְמוֹכַח פ״ק דִּפְסָחִים (דַּף ז: וְשָׁם) דִּפְלִיגִי בַּעַל בִּיעוּר חָמֵץ דְּמַר סָבַר לְשֶׁעָבַר מַשְׁמַע טְפֵי וּמַר סָבַר לְהַבָּא נָמֵי מַשְׁמַע וּפָרִיךְ מֵהָעוֹשֶׂה לוּלָב לְעַצְמוֹ דְּקָתָנֵי נְטָלוֹ לָצֵאת בּוֹ אוֹמֵר עַל נְטִילַת לוּלָב וְקַשְׁיָא לְמָאֵן דִּמְבָרֵךְ לְבַעֵר וּמְשַׁנֵּי שָׁאנֵי הָתָם דִּבְעִידָּנָא דְּאַגְבְּהִינְהוּ נְפַק בֵּיהּ וּפָרִיךְ אִי הָכִי לָצֵאת יָצָא בּוֹ מִיבְּעֵי לִי' וּמְשַׁנֵּי מִשּׁוּם דְּקָבָעֵי לְמִיתְנֵי סֵיפָא לֵישֵׁב בָּהּ תְּנָא רֵישָׁא לָצֵאת בּוֹ וְצָרִיךְ לוֹמַר עַל כָּרְחָךְ הוֹאִיל וְהַמִּצְוָה לֹא נִגְמַר עֲדַיִין לְגַמְרֵי דְּבָעֵי נִיעְנוּעַ מְבָרֵךְ וְעוֹד כִּדְאָמְרִי' בְּסוֹף פִּירְקִין (סֻוכָּה דַּף מא:) מִנְהָגָן שֶׁל אַנְשֵׁי יְרוּשָׁלַיִם אָדָם יוֹצֵא מִתּוֹךְ בֵּיתוֹ וְלוּלָבוֹ בְּיָדוֹ נִכְנָס לְבֵית הַכְּנֶסֶת וְלוּלָבוֹ בְּיָדוֹ קוֹרֵא ק״ש וְלוּלָבוֹ בְּיָדוֹ אע״פ שֶׁכָּל אֵלּוּ הַדְּבָרִים אֵין מְעַכְּבִין מ״מ הוֹאִיל וְיֵשׁ בְּדָבָר מִצְוָה מִן הַמֻּובְחָר חֲשִׁיב כְּעוֹבֵר לַעֲשִׂייָּתָן וּבְהֶדְיָא אָמַר בַּיְּרוּשַׁלְמִי דִּבְרָכוֹת פֶּרֶק הָרוֹאֶה גַּבֵּי צִיצִית הָעוֹשֶׂה צִיצִית לְעַצְמוֹ אוֹמֵר בא״י אמ״ה אקב״ו לַעֲשׂוֹת צִיצִית נִתְעַטֵּף בָּהּ אוֹמֵר אקב״ו לְהִתְעַטֵּף בְּצִיצִית וְהַייְנוּ טַעְמָא לְפִי שֶׁהַמִּצְוָה מוֹשֶׁכֶת כָּל זְמַן שֶׁהוּא מְעֻוטָּף וְעוֹמֵד ומ״מ לֹא לְגַמְרֵי דָּמֵי לְלוּלָב דְּהָתָם מְבָרֵךְ עַל נְטִילַת לוּלָב וּמִשֶּׁנָּטַל עָבְרָה כְּבָר עִיקַּר מִצְוָה וְהָתָם בַּיָּרוֹ' פְּלִיגִי מִצְוֹת מֵאֵימָתַי מְבָרֵךְ עֲלֵיהֶן רַבִּי יוֹחָנָן אָמַר עוֹבֵר לַעֲשִׂיָּיתָן רַב הוּנָא אָמַר בִּשְׁעַת עֲשִׂיָּיתָן:
« Over la-assiyatan. » Pour cette raison, il faut bénir sur le loulav avant de le prendre : car si c'était après l'avoir pris, dès lors qu'il l'a soulevé il s'est déjà acquitté, comme nous le disons à la fin de notre chapitre (Soukka 42a). Mais cela ne se comprend pas du tout : comment bénirait-il dessus alors qu'il est encore posé dans un récipient ? Or il est dit au chapitre Ha-kometz rabba (Menahot 35b) : « les téfilines, à partir de quand bénit-on dessus ? Depuis le moment où l'on pose jusqu'au moment où l'on noue » — et tant que la mitsva n'est pas prête dans sa main à être faite, il n'est pas raisonnable de bénir dessus. Peut-être donc bénit-il dès qu'il commence à prendre le loulav, avant de prendre l'etrog : ce serait là le « over la-assiyatan », puisque les espèces se conditionnent l'une l'autre. Ou bien après avoir pris les deux, mais en tenant l'une d'elles à l'envers, comme nous le disons à la fin de notre chapitre (Soukka 42a) : « lorsqu'il l'a retournée » — car on ne s'acquitte des mitsvot que dans le sens de leur croissance, comme nous l'exposons au chapitre Loulav ve-arava (plus loin, Soukka 45b), de ce qu'il est écrit « des bois d'acacia, debout ». Et même s'il les tient dans le sens de leur croissance, il est possible qu'il ait l'intention de ne pas s'en acquitter avant la bénédiction : car bien que nous disions à la fin de Raouhou bet din (Roch Hachana 28b) que les mitsvot ne requièrent pas d'intention, en tout état de cause on ne s'acquitte pas malgré soi. Et si l'on n'a pas répondu ainsi ici, ni à la fin de notre chapitre (Soukka 42a), [on peut dire] qu'il s'agit d'un homme qui n'est pas expert et qui va auprès d'un expert pour apprendre. Ou encore : parce que sa mitsva n'est pas achevée avant le naanoua (le balancement) — et c'est pour cette même raison que l'on bénit sur la netilat yadayim après le lavage, puisque la mitsva n'est achevée qu'après l'essuyage, comme nous le disons au premier chapitre de Sota (4b), qu'il est interdit de manger sans s'être essuyé les mains. Mais la comparaison n'est pas complète, car le naanoua n'est qu'un accessoire de la mitsva et n'est pas indispensable, comme nous le disons à la fin de notre chapitre : « dès qu'il l'a soulevé il s'est acquitté », et l'on répond « lorsqu'il l'a retournée » — et non pas « lorsqu'il n'a pas encore balance ». Il reste toutefois vrai qu'après s'être acquitté on bénit encore, comme le prouve le premier chapitre de Pessahim (7b) : ils y divisent à propos de « al biour hametz », l'un tenant que cette forme indique plutôt le passé, l'autre qu'elle peut aussi indiquer le futur ; et l'on objecte de « celui qui se fait un loulav pour lui-même », où il est enseigné « s'il l'a pris pour s'en acquitter, il dit : al netilat loulav » — ce qui fait difficulté pour celui qui fait bénir « le-va'er » ; et l'on répond : là-bas c'est différent, car au moment où il les a soulevés il s'est déjà acquitté. On objecte encore : s'il en est ainsi, il aurait fallu enseigner « pour s'acquitter, il s'est acquitté » ; et l'on répond que c'est parce qu'on voulait enseigner dans la seconde partie « pour y demeurer », qu'on a enseigné dans la première « pour s'en acquitter ». Il faut donc dire, forcément, que puisque la mitsva n'est pas encore entièrement achevée — car elle requiert le naanoua — il bénit [encore]. Et de plus, comme nous le disons à la fin de notre chapitre (Soukka 41b) : telle était la coutume des gens de Jérusalem — un homme sortait de sa maison, son loulav à la main ; il entrait à la synagogue, son loulav à la main ; il lisait le Chema, son loulav à la main. Bien que rien de tout cela ne soit indispensable, dès lors qu'il y a là une mitsva accomplie de la plus belle manière, cela compte comme « over la-assiyatan ». Et il est dit explicitement dans le Talmud de Jérusalem, traité Berakhot, chapitre Ha-roe, à propos des tsitsit : celui qui se fait des tsitsit pour lui-même dit « Béni sois-Tu, Hachem notre Dieu, Roi du monde, qui nous a sanctifiés par Ses commandements et nous a ordonné de faire des tsitsit » ; lorsqu'il s'en enveloppe, il dit « qui nous a ordonné de nous envelopper de tsitsit ». Et la raison en est que la mitsva se prolonge aussi longtemps qu'il demeure enveloppé. En tout état de cause, ce n'est pas tout à fait comparable au loulav, car là on bénit « al netilat loulav », et dès qu'il l'a pris l'essentiel de la mitsva est déjà passé. Et là, dans le Talmud de Jérusalem, ils divisent : les mitsvot, à partir de quand bénit-on dessus ? Rabbi Yo'hanan dit : over la-assiyatan (avant leur accomplissement) ; Rav Houna dit : au moment de leur accomplissement.
🪔 Ben Yehoyada (1)
כָּל הַמִּצְווֹת כֻּלָּן, מְבָרֵךְ עֲלֵיהֶן עוֹבֵר לַעֲשִׂיָּתָן. וּמַאי מַשְׁמַע, דְּהַאי 'עוֹבֵר', לִישָּׁנָא דְּאַקְּדוּמֵי הוּא? אָמַר רַב נַחְמָן בַּר יִצְחָק: דִּכְתִיב : (שְׁמוּאֵל ב' יח, כג) "וַיָּרָץ אֲחִימַעַץ דֶּרֶךְ הַכִּכָּר וַיַּעֲבֹר אֶת הַכּוּשִׁי" אַבַּיֵּי אָמַר: מֵהָכָא : (בְּרֵאשִׁית לג, ג) "וְהוּא עָבַר לִפְנֵיהֶם ". מַקְשִׁים אַמַּאי לֹא הֵבִיא רַב נַחְמָן בַּר יִצְחָק פָּסוּק 'וְהוּא עָבַר לִפְנֵיהֶם' שֶׁהוּא מִן הַתּוֹרָה? וְנִרְאֶה לִי בס"ד דְּהָתָם יֵשׁ לוֹמַר לְעוֹלָם הֵם קָדְמוּ לוֹ וְהוּא הָלַךְ אַחֲרֵיהֶם אַךְ בָּא הַכָּתוּב לוֹמַר שֶׁעָבַר לְנֶגֶד עֵינֵיהֶם שֶׁרָאוּ אוֹתוֹ עוֹבֵר וְהוֹלֵךְ אַחֲרֵיהֶם שֶׁלֹּא נִתְעַכֵּב וְנִתְאַחֵר לָלֶכֶת אַחַר זְמַן שֶׁעָבְרוּ וְהַיְינוּ כְּדֵי לְחַזֵּק לִבָּם שֶׁרָאוּ בְּעֵינֵיהֶם שֶׁהוּא עוֹבֵר וְהוֹלֵךְ. וּבָזֶה נִיחָא הָא דְּלָא הֵבִיא פָּסוּק (בְּרֵאשִׁית לב, יז) 'עָבְרוּ לְפָנַי' דְּגַם כֵּן יֵשׁ לוֹמַר הָכִי קָאָמַר עָבְרוּ לְנֶגֶד עֵינַי בְּעוֹדִי עוֹמֵד כָּאן שֶׁאַרְאֶה אֶתְכֶם עוֹבְרִים וְלֹא תְּאַחֲרוּ לָלֶכֶת אַחַר שֶׁאֵלֵךְ אֲנִי.
« Sur toutes les mitsvot, on bénit over la-assiyatan. Et d'où infère-t-on que ce mot over a le sens de précéder ? Rav Nahman bar Yits'hak a dit : car il est écrit — et Ahimaats courut par le chemin de la plaine et dépassa le Kouchi (2 Samuel 18,23). Abaye a dit : de ceci — et lui-même passa devant eux (Genèse 33,3). » On objecte : pourquoi Rav Nahman bar Yits'hak n'a-t-il pas cité le verset « et lui-même passa devant eux », qui appartient à la Torah [et ferait donc une preuve plus forte] ? Il me semble, avec l'aide du Ciel, que là-bas on pourrait dire qu'en vérité ce sont eux qui le précédaient et qu'il marchait derrière eux, mais que le verset vient dire qu'il passa sous leurs yeux, en sorte qu'ils le voyaient passer et marcher derrière eux, sans s'attarder ni tarder à se mettre en route après qu'ils furent passés — et cela pour affermir leur cœur, puisqu'ils voyaient de leurs yeux qu'il passait et allait. On comprend par là pourquoi il n'a pas non plus cité le verset « passez devant moi » (Genèse 32,17) : là aussi on peut dire que le sens est « passez sous mes yeux tandis que je me tiens ici, afin que je vous voie passer et que vous ne tardiez pas à partir après moi ».
💡 Explication

La michna disait que la bénédiction du Hallel suit la coutume. Abaye restreint cette liberté : elle ne concerne que la bénédiction d'après. Avant, il n'y a pas de coutume qui tienne — c'est une mitsva, car Chmouel a posé la règle générale over la-assiyatan : on bénit avant d'accomplir.

Le mot over est ambigu : il peut signifier « passer au-delà » (donc après). Trois versets établissent qu'il veut dire ici devancer : Ahimaats dépasse le Kouchi à la course, Yaakov marche en tête de sa famille, et le roi ouvre la marche de son peuple. La racine a-v-r y décrit chaque fois celui qui va devant.

Tossefot en tire aussitôt la difficulté la plus concrète : on est acquitté du loulav dès qu'on le soulève — comment bénir avant sans bénir sur un objet qu'on ne tient pas encore ?

🖼️ Schéma
Over la-assiyatan : la bénédiction précède l'acte Le mot over est ambigu ; trois versets établissent qu'il veut dire devancer, non pas franchir. Berakha Acte de la mitsva over = avant assiya temps Abaye : la michna ne parlait que de la bénédiction d'après Bénir après le Hallel dépend de la coutume du lieu. Bénir avant ne dépend d'aucune coutume : c'est une mitsva. Source : Rav Yehouda au nom de Chmouel -- toutes les mitsvot se bénissent over la-assiyatan. Trois preuves que la racine a-v-r signifie devancer Rav Nahman bar Yits'hak 2 Samuel 18,23 Ahimaats courut par la plaine et va-ya'avor le Kouchi il le devança : il court devant lui Abaye Genèse 33,3 et lui-même avar devant eux Yaakov marche en tête passer devant = précéder Ve-ibaeit eima Michee 2,13 leur roi va-ya'avor devant eux et Hachem à leur tête le même verbe pour ouvrir la marche La difficulté que Tossefot en tire : et le loulav ? Dès qu'on soulève le loulav on est acquitté -- bénir avant supposerait de bénir sur un objet encore posé. Solutions proposées : bénir loulav en main mais etrog pas encore pris ; ou l'un des quatre à l'envers ; ou avoir en tête de ne pas s'acquitter avant la bénédiction ; ou dire que le naanoua achève encore la mitsva.
La règle de Chmouel, ses trois preuves scripturaires, et la difficulté pratique du loulav.
4
מַתְנִי׳ הַלּוֹקֵחַ לוּלָב מֵחֲבֵירוֹ בַשְּׁבִיעִית — נוֹתֵן לוֹ אֶתְרוֹג בְּמַתָּנָה, לְפִי שֶׁאֵין רַשַּׁאי לְלָוקְחוֹ בַּשְּׁבִיעִית.

MICHNA. Celui qui achète un loulav à son prochain durant l'année de chemita (la septième année) — [le vendeur] lui donne l'etrog en cadeau, car il n'est pas permis de l'acheter durant la chemita.

📜 Rachi (3)
מַתְנִי' הַלּוֹקֵחַ לוּלָב מֵחֲבֵירוֹ לִי נִרְאֶה דְּהַלּוֹקֵחַ לוּלָב מֵעַם הָאָרֶץ גָּרְסִי' דְּהָא בְּעַם הָאָרֶץ קָמַיְירֵי כִּדְאָמְרִי' בגמ' וְעַם הָאָרֶץ לְגַבֵּי חָבֵר לָא קָרֵי לֵיהּ חֲבֵירוֹ וְאִי לוֹקֵחַ נָמֵי עַם הָאָרֶץ מִי צָיֵית לָן לְהַחְזִיק חֲבֵירוֹ בְּחָשׁוּד:
MICHNA. « Celui qui achète un loulav à son prochain. » Il me semble qu'il faut lire « celui qui achète un loulav à un am ha-arets », car c'est bien d'un am ha-arets qu'il est question, comme nous le disons dans la Guemara ; or un am ha-arets, du point de vue d'un haver, n'est pas appelé « son prochain ». Et si l'acheteur était lui aussi un am ha-arets, nous écouterait-il pour tenir son prochain pour suspect ?
נוֹתֵן לוֹ אֶתְרוֹג בְּמַתָּנָה חָבֵר שֶׁקּוֹנֶה הוֹשַׁעְנָא כֻּולָּהּ מֵעַם הָאָרֶץ בַּשְּׁבִיעִית יְבַקֵּשׁ מִמֶּנּוּ לִיתֵּן לוֹ אֶתְרוֹג בְּמַתָּנָה:
« Il lui donne l'etrog en cadeau. » Le haver qui achète la hochana entière à un am ha-arets pendant la chemita lui demandera de lui donner l'etrog en cadeau.
לְפִי שֶׁאֵין רַשַּׁאי כו' בגמ' מְפָרֵשׁ טַעְמָא:
« Car il n'est pas permis, etc. » La Guemara en explique la raison.
🗂️ Tossefot (1)
הַלּוֹקֵחַ לוּלָב מֵחֲבֵירוֹ בַשְּׁבִיעִית. פֵּירֵשׁ בַּקּוּנְטְרֵס דְּמֵעַם הָאָרֶץ מוֹקְמִי לָהּ בַּגְּמָרָא וְעַם הָאָרֶץ לְגַבֵּי חָבֵר לָא קָרֵי חֲבֵירוֹ וְעַל חִנָּם דָּחַק דְּאַשְׁכְּחַן בְּדֻוכְתֵי טוּבָא דְּקָרֵי לֵיהּ חֲבֵירוֹ דִּתְנַן בְּפֶ' הַנִּיזָּקִין (גִּיטִּין סא. וְשָׁם) מַשְׁאֶלֶת אִשָּׁה לַחֲבֶרְתָּהּ הַחֲשׁוּדָה עַל הַשְּׁבִיעִית וּבְפֶרֶק בְּכָל מְעָרְבִין (עֵירוּבִין לב. וְשָׁם) הָאוֹמֵר לַחֲבֵירוֹ צֵא וְלַקֵּט לְךָ תְּאֵנִים מִתְּאֵנָתִי אוֹכֵל מֵהֶן עֲרַאי וּמְעַשְּׂרָן וַדַּאי וְקָתָנֵי סֵיפָא בד"א בְּעַם הָאָרֶץ וּבְשַׁבָּת פֶּרֶק שׁוֹאֵל (שַׁבָּת דַּף קנ.) לֹא יֹאמַר אָדָם לַחֲבֵירוֹ שְׂכֹור לִי פּוֹעֲלִים וּמוּקֵי לָהּ בַּחֲבֵירוֹ נָכְרִי:
« Celui qui achète un loulav à son prochain durant la chemita. » Rachi a expliqué que la Guemara établit qu'il s'agit d'un am ha-arets, et qu'un am ha-arets, du point de vue d'un haver, n'est pas appelé « son prochain ». Mais il s'est imposé cette gêne sans raison, car nous trouvons en de nombreux endroits qu'on l'appelle bien « son prochain ». Ainsi avons-nous appris au chapitre Ha-nizakin (Guittin 61a) : « une femme prête à sa compagne qui est suspecte à l'égard de la chemita ». Et au chapitre Be-khôl me'arvin (Erouvin 32a) : « celui qui dit à son prochain — sors et cueille pour toi des figues de mon figuier — en mange de façon occasionnelle et les dîme avec certitude », et la seconde partie enseigne : « en quel cas ? Chez un am ha-arets ». Et dans Chabbat, chapitre Choel (Chabbat 150a) : « qu'un homme ne dise pas à son prochain : loue-moi des ouvriers » — et l'on établit qu'il s'agit d'un prochain non juif.
💡 Explication

Nouvelle michna. Elle vise l'achat des quatre espèces à un am ha-arets pendant la septième année. Le loulav, palme non comestible, peut se vendre normalement ; l'etrog, lui, est un fruit comestible de la chemita, et l'argent versé pour lui prendrait à son tour la sainteté de la septième année.

La solution de la michna est un montage : le vendeur donne l'etrog. Le mot « son prochain » est difficile — Rachi tient qu'il faut lire « à un am ha-arets », car la Guemara y ramène toute la discussion et parce qu'un haver ne traiterait pas de « prochain » quelqu'un qu'il tient pour suspect.

5
גְּמָ׳ לֹא רָצָה לִיתֵּן לוֹ בְּמַתָּנָה, מַהוּ? אָמַר רַב הוּנָא: מַבְלַיע לֵיהּ דְּמֵי אֶתְרוֹג בְּלוּלָב. וְלִיתֵּיב לֵיהּ בְּהֶדְיָא?

GUEMARA. S'il n'a pas voulu le lui donner en cadeau, quelle est la règle ?

Rav Houna a dit : il fait passer le prix de l'etrog à l'intérieur de celui du loulav (mabli'a). Mais qu'il le lui donne donc explicitement !

📜 Rachi (2)
גְּמ' מַבְלַיע לֵיהּ דְּמֵי אֶתְרוֹג בְּלוּלָב יִמְכֹּור לוּלָב בְּיֹוקֶר עַד שֶׁיִּתֵּן לוֹ אֶתְרוֹג בְּמַתָּנָה:
GUEMARA. « Il fait passer le prix de l'etrog à l'intérieur de celui du loulav. » Il vendra le loulav à un prix élevé, jusqu'à ce qu'il lui donne l'etrog en cadeau.
וְלִיתֵּיב לֵיהּ דְּמֵי אֶתְרוֹג בְּהֶדְיָא מ"ט אֵין רַשַּׁאי לְלוֹקְחוֹ בַּשְּׁבִיעִית:
« Et qu'il le lui donne. » Le prix de l'etrog, explicitement. Pour quelle raison n'est-il pas permis de l'acheter pendant la chemita ?
🗂️ Tossefot (1)
וְלִיתֵּיב לֵיהּ דְּמֵי הָאֶתְרוֹג בְּהֶדְיָא. מ"ט אֵין רַשַּׁאי לְלוֹקְחוֹ דְּאִי מִשּׁוּם דְּאָסוּר לַעֲשׂוֹת סְחוֹרָה בְּפֵירוֹת שְׁבִיעִית לָא חֲשִׁיב סְחוֹרָה אֶלָּא כִּי הַהִיא דְּמַסֶּכֶת שְׁבִיעִית פ"ז (מ"ג) לֹא יְהֵא לוֹקֵחַ יַרְקוֹת שָׂדֶה וּמוֹכֵר בַּשּׁוּק אֲבָל הוּא לוֹקֵט וּבְנוֹ מוֹכֵר עַל יָדוֹ לָקַח לְעַצְמוֹ וְהוֹתִיר מֻותָּר לִמְכֹּור פִּי' הַייְנוּ לוֹקֵחַ הַייְנוּ לוֹקֵט כִּדְקָתָנֵי סֵיפָא אֲבָל הוּא לוֹקֵט וּבְהֶדְיָא קָתָנֵי בַּתּוֹסֶפְתָּא וְלֹא יְהֵא לוֹקֵט וּכְשֶׁמּוֹכֵר בַּשּׁוּק הוּא הַלּוֹקֵט עַצְמוֹ אָסוּר [דִּלְלַקֵּט] לְאָכְלָה אָמַר רַחֲמָנָא וְלֹא לְלַקֵּט לִסְחוֹרָה דְּהַיְינוּ לִמְכֹּור אֲבָל הוּא לוֹקֵט וּבְנוֹ מוֹכֵר עַל יָדוֹ דְּלָא חֲשִׁיב סְחוֹרָה כֵּיוָן דְּהוּא לֹא לִיקְּטָם וּבִירֻושַּׁל' אָמְרִי' הָאַחִין מְלַקְּטִין וְאֶחָד מוֹכֵר עַל יְדֵיהֶן דְּעַל יְדֵי הַבְלָעָה מוֹכֵר שֶׁלּוֹ וְשֶׁל חֲבֵירוֹ א"ר יוֹסֵי בַּר בְּוַן וּבִלְבַד שֶׁלֹּא יַעֲשׂוּ פַּלְטֵר פִּי' וְלֹא יְהֵא מוֹכֵר בְּהַהוּא אַתְרָא כָּל שָׁעָה וְסוֹחֲרֵי שְׁבִיעִית דִּתְנַן פ"ק דר"ה (דַּף כב. וְשָׁם) וּפ' זֶה בּוֹרֵר (סַנְהֶדְרִין כד:) הַיְינוּ כִּי הַאי גַווְנָא וְאֶפְשָׁר הַקּוֹנֶה מֵחֲבֵירוֹ כְּדֵי לְהַרְוִיחַ לִמְכֹּור בְּיֹוקֶר הַייְנוּ נָמֵי סְחוֹרָה וּבְפֶ' ז' דִּשְׁבִיעִית (מ"ג) תְּנַן שֶׁאֵין עוֹשִׂין סְחוֹרָה בְּפֵירוֹת שְׁבִיעִית וְלֹא בִּבְכוֹרוֹת וְלֹא בִּתְרוּמוֹת וְלֹא בִנְבֵלוֹת וְלֹא בִּטְרָפוֹ' וְלֹא בִּשְׁקָצִים וְלֹא בְּרִמְשֵׂי' לָא מַשְׁכַּחַת שֶׁיְּהוּ כֻּולָּם שָׁוִים לְעִנְיַן סְחוֹרָה אֶלָּא כִּי הַאי גַוְונָא דִּבְהֶדְיָא שְׁרָא רַחֲמָנָא לִמְכֹּור כְּדִכְתִיב אוֹ מָכוּר לְנָכְרִי:
« Et qu'il lui donne explicitement le prix de l'etrog. » Pour quelle raison n'est-il pas permis de l'acheter ? Si c'est parce qu'il est interdit de faire commerce de fruits de chemita, cela n'est pas considéré comme du commerce ; le commerce, c'est plutôt le cas du traité Chevi'it, chapitre 7 (michna 3) : « il ne doit pas prendre des légumes des champs et les vendre au marché ; mais lui cueille et son fils vend par son entremise ; s'il en a pris pour lui-même et qu'il lui en reste, il lui est permis de vendre » — c'est-à-dire que « prendre » y équivaut à « cueillir », comme l'enseigne la seconde partie « mais lui cueille », et il est enseigné explicitement dans la Tossefta « et il ne doit pas cueillir » ; car lorsque c'est le cueilleur lui-même qui vend au marché, c'est interdit : « pour la manger », à dit le Miséricordieux — et non pas cueillir pour le commerce, c'est-à-dire pour vendre. Mais que lui cueille et que son fils vende par son entremise n'est pas considéré comme du commerce, puisque ce n'est pas lui qui les a cueillis. Et dans le Talmud de Jérusalem nous disons : les frères cueillent et l'un d'eux vend pour eux tous, car par voie de havla'a il vend ce qui est à lui et ce qui est à son compagnon ; Rabbi Yossi bar Boun a dit : à condition qu'ils n'en fassent pas un étal — c'est-à-dire qu'il ne vende pas à cet endroit en permanence. Et les « marchands de chemita » dont nous avons appris au premier chapitre de Roch Hachana (22a) et au chapitre Ze borer (Sanhédrin 24b) sont d'un cas semblable ; il est possible aussi que celui qui achète à son prochain afin de gagner en revendant plus cher fasse également du commerce. Et au chapitre 7 de Chevi'it (michna 3) nous avons appris qu'on ne fait pas commerce des fruits de chemita, ni des premiers-nés, ni des teroumot, ni des bêtes mortes, ni des bêtes déchirées, ni des animaux abjects, ni des reptiles : on ne trouve pas de cas où tous ces cas soient sur le même plan quant au commerce, sinon dans un cas de ce genre, où le Miséricordieux a permis explicitement de vendre, comme il est écrit « ou vends-la à un étranger ».
💡 Explication

La michna supposait un vendeur coopératif. Et s'il refuse le cadeau ? Rav Houna propose la havla'a : on gonfle le prix du loulav de la valeur de l'etrog, et l'etrog suit comme un don. Formellement, aucun argent n'est versé en paiement d'un fruit de la septième année.

La Guemara objecte aussitôt : pourquoi ce détour ? Qu'il paie franchement. L'objection est méthodique — si la seule raison était l'interdit de faire commerce de fruits de chemita, alors le montage de Rav Houna, qui donne quand même au vendeur la contre-valeur de l'etrog, ne réglerait rien. Il faut donc une raison qui vise non l'acte de vente mais le destinataire de l'argent. C'est ce que va donner le segment suivant.

6
לְפִי שֶׁאֵין מוֹסְרִין דְּמֵי פֵּירוֹת שְׁבִיעִית לְעַם הָאָרֶץ. דְּתַנְיָא: אֵין מוֹסְרִין דְּמֵי פֵּירוֹת שְׁבִיעִית לְעַם הָאָרֶץ יוֹתֵר מִמְּזוֹן שָׁלֹשׁ סְעוּדוֹת. וְאִם מָסַר, יֹאמַר: הֲרֵי מָעוֹת הַלָּלוּ יְהוּ מְחֻולָּלִין עַל פֵּירוֹת שֶׁיֵּשׁ לִי בְּתוֹךְ בֵּיתִי,

[Cela vient] de ce qu'on ne remet pas à un am ha-arets l'argent des fruits de la chemita. Car il a été enseigné : on ne remet pas à un am ha-arets l'argent des fruits de chemita au-delà de la valeur de trois repas ; et s'il en a remis [davantage], qu'il dise : « que ces pièces soient désacralisées sur des fruits que j'ai dans ma maison »,

📜 Rachi (6)
אֵין מוֹסְרִין דְּמֵי פֵּירוֹת כו' דְּהַתּוֹרָה אָמְרָה (וַיִּקְרָא כֹּה) לְאָכְלָהּ וְלֹא לִסְחוֹרָה שֶׁכָּל פֵּירוֹת שְׁבִיעִית חַייָּבִין לְהִתְבַּעֵר בַּשְּׁבִיעִית הֵן וּדְמֵיהֶן וְלֹא שֶׁיַּעֲשֶׂה בָּהֶם סְחוֹרָתוֹ לְהַצְנִיעַ לְאַחַר שְׁבִיעִית וּלְהַעֲשִׁיר וְעַמֵּי הָאָרֶץ חֲשׁוּדִין עַל כָּךְ לְפִיכָךְ אֵין מוֹסְרִין לָהֶם דָּמִים לִיקַּח מֵהֶם כְּלוּם בְּדָמִים דְּקָעָבַר אַלִּפְנֵי עִוֵּר לֹא תִתֵּן מִכְשֹׁול (וַיִּקְרָא י״ט:י״ד):
« On ne remet pas l'argent des fruits, etc. » Car la Torah a dit « pour la manger » (Lévitique 25,6) — et non pour le commerce : tous les fruits de chemita doivent être éliminés à l'échéance de la chemita, eux et leur contre-valeur, et l'on ne doit pas en faire son commerce pour thésauriser en vue de l'après-chemita et s'enrichir. Or les gens de la terre (amei ha-arets) sont suspects en cela ; c'est pourquoi on ne leur remet pas d'argent pour leur acheter quoi que ce soit contre paiement, car on transgresserait « devant un aveugle tu ne placeras pas d'obstacle » (Lévitique 19,14).
יוֹתֵר מִמְּזוֹן שָׁלֹשׁ סְעוּדוֹת אֲבָל מָזוֹן ג' מוֹסְרִים כְּדֵי חַיָּיו דְּאִיכָּא לְמֵימַר לִסְעוּדַת שַׁבָּת הוּא צָרִיךְ וְכֵיוָן שֶׁהֻותַּר בְּעֶרֶב שַׁבָּת הֻותַּר לְכָל יְמוֹת הַשַּׁבָּת:
« Au-delà de la valeur de trois repas. » Mais la valeur de trois repas, on la remet : c'est sa subsistance, et l'on peut dire qu'il en a besoin pour le repas de Chabbat ; et dès lors que cela a été permis la veille de Chabbat, cela l'est pour tous les jours de la semaine.
וְאִם מָסַר שֶׁשָּׁכַח וּמָסַר לוֹ:
« Et s'il a remis. » S'il a oublié et lui a remis [davantage].
יֹאמַר חָבֵר זֶה שֶׁמָּסַר לוֹ:
« Qu'il dise. » Ce haver qui lui a remis [l'argent].
מָעוֹת הַלָּלוּ שֶׁמָּסַרְתִּי לְעַם הָאָרֶץ זֶה (וְכוּ') וְחָלָה עֲלֵיהֶם קְדֻושַּׁת שְׁבִיעִית כִּדְאָמְרִינַן לְקַמָּן שְׁבִיעִית תּוֹפֶסֶת דָּמֶיהָ בִּקְדֻושַּׁת' מִקְּרָאֵי:
« Ces pièces. » Que j'ai remises à cet am ha-arets, et sur lesquelles est tombée la sainteté de la chemita, comme nous le dirons plus loin : la chemita saisit sa contre-valeur dans sa sainteté, ainsi que l'établissent les versets.
יְהוּ מְחֻולָּלִין עַל פֵּירוֹת שֶׁיֵּשׁ לִי בְּתוֹךְ בֵּיתִי שֶׁאֵינָם שֶׁל שְׁבִיעִית וְיִכָּנְסוּ הַפֵּירוֹת לִקְדֻושָּׁה תַּחְתֵּיהֶן:
« Qu'elles soient désacralisées sur des fruits que j'ai dans ma maison. » Qui ne sont pas de la chemita — et ces fruits-là entreront en sainteté à leur place.
🗂️ Tossefot (3)
שֶׁאֵין מוֹסְרִין לְעַם הָאָרֶץ דְּמֵי פֵּירוֹת שְׁבִיעִית. פִּי' הַקְּוַנְט' דְּהַתּוֹרָה אָמְרָה לְאָכְלָה וְלֹא לִסְחוֹרָה שֶׁכָּל פֵּירוֹת שְׁבִיעִית חַייָּבִין לְהִתְבַּעֵר בַּשְּׁבִיעִית הֵן וּדְמֵיהֶן וְלֹא יַעֲשֶׂה בָּהֶן סְחוֹרָתוֹ לְהַצְנִיעַ לְאַחַר שְׁבִיעִית וּלְהַעֲשִׁיר וְקָשֶׁה דא"כ לִישְׁתְּרוֹ כָּל אוֹתָן דִּתְנַן בְּמַס' שְׁבִיעִית פ"ז (מ"ה) שֶׁיֵּשׁ לָהֶן שְׁבִיעִית וְאֵין לָהֶם בִּיעוּר וּבְהֶדְיָא פָּרִיךְ בִּשְׁמַעְתִּין אִי הָכִי לוּלָב אֵין לוֹ בִּיעוּר דְּמִתְקַייֵּם הוּא וְקָא אָסַר לִמְסֹור דָּמָיו לע"ה אֶלָּא ה"ט דְּאִיכָּא אִיסּוּרֵי טוּבָא שֶׁאֵין ע"ה נִזְהָר לֶאֱסֹור לִקְנוֹת בָּהֶן בְּהֵמָה טְמֵאָה עַבְדִּי' וְקַרְקָעוֹ' חָלוּק וְטַלִּית וּמִנְעָלַי' וְאֵין נוֹתְנִין לֹא לְבַייָּר וְלֹא לְבַלָּן וְלֹא לְסַפָּן וְלֹא לְסַפֵּר דִּשְׁבִיעִית לַאֲכִילָה וְלִשְׁתִיָּה וּלְסִיכָה וְלֹא לִשְׁאָר דְּבָרִים וְאָסוּר לִפְרֹועַ מֵהֶן חוֹבוֹ וְאֵין מִסֵּפֶר לַדִּינִים וְלָאִיסּוּרִים שֶׁיֵּשׁ בְּפֵירוֹת שְׁבִיעִית שֶׁצָּרִיךְ לִנְהֹוג בָּהֶן קְדֻושַּׁת שְׁבִיעִית:
« Car on ne remet pas à un am ha-arets l'argent des fruits de chemita. » Rachi a expliqué que la Torah a dit « pour la manger » et non pour le commerce, puisque tous les fruits de chemita doivent être éliminés à l'échéance, eux et leur contre-valeur, et qu'on ne doit pas en faire son commerce pour thésauriser en vue de l'après-chemita et s'enrichir. Cela fait difficulté : s'il en était ainsi, tout ce qui est énuméré au traité Chevi'it, chapitre 7 (michna 5), comme ayant la sainteté de la chemita mais pas l'obligation de biour, devrait être permis ; et l'on objecte explicitement dans notre sougya : « s'il en est ainsi, le loulav n'a pas de biour puisqu'il se conserve » — et pourtant on interdit d'en remettre le prix à un am ha-arets. La raison est donc plutôt qu'il y a de nombreux interdits dont l'am ha-arets ne se garde pas : il est interdit d'acheter avec cet argent une bête impure, des esclaves ou des terres, une tunique, un manteau ou des chaussures ; on ne le donne ni au puisatier, ni au baigneur, ni au batelier, ni au barbier — car la chemita est pour manger, boire et s'oindre, et non pour les autres usages ; il est interdit d'en payer sa dette. Et les règles et interdits attachés aux fruits de chemita, pour lesquels il faut se conduire avec la sainteté de la septième année, sont innombrables.
יוֹתֵר מִמְּזוֹן שָׁלֹשׁ סְעוּדוֹת. מַשְׁמַע שֶׁיֵּשׁ בִּדְמֵי אֶתְרוֹג יוֹתֵר מִמְּזוֹן שָׁלֹשׁ סְעוּדוֹת וְהָא דִּתְנַן פ"ו דִּמְעִילָה (דַּף כא.) נָתַן לוֹ שְׁתֵּי פְּרוּטוֹת וְאָמַר לוֹ לֵךְ וְהָבֵא לִי אֶתְרוֹג בְּאַחַת וּבְאַחַת רִמּוֹן הָתָם בְּאֶתְרוֹג פָּסוּל דְּלָא בָּעֵי לֵיהּ אֶלָּא לַאֲכִילָה אֲבָל הָכָא כָּשֵׁר וַהֲדַר לִבְרָכָה דָּמָיו יְקָרִים:
« Au-delà de la valeur de trois repas. » Cela implique que le prix d'un etrog vaut plus que trois repas. Quant à ce que nous avons appris au chapitre 6 de Meila (21a) : « il lui a donné deux perouta et lui a dit — va et rapporte-moi un etrog avec l'une et une grenade avec l'autre », il s'agit là d'un etrog invalide, dont il n'a besoin que pour le manger ; mais ici il est valide et beau pour la bénédiction, et son prix est élevé.
מָעוֹת הַלָּלוּ מְחֻולָּלִין עַל פֵּירוֹת שֶׁיֵּשׁ לִי בְּבֵיתִי. פְּלֻוגְתָּא הִיא בִּשְׁמַעְתָּא דִּצְנוּעִין בִּמְרֻובָּה (ב"ק סח: וְשָׁם) גַּבֵּי כֶּרֶם אִם יָכוֹל לְחַלֵּל מַה שֶּׁבְּיַד חֲבֵירוֹ וּלְמַאן דְּאָסַר קָשֶׁה מַה מוֹעִיל כָּאן וְי"ל דְּהָכָא קְנָסָא בְּעָלְמָא הוּא וְדִכְווָתַהּ אַשְׁכְּחַן פֶּרֶק הָאִישׁ מְקַדֵּשׁ (קִדּוּשִׁין דַּף נה: וְשָׁם) דְּאֵין לוֹקְחִין בְּהֵמָה טְמֵאָה וַעֲבָדִים וְקַרְקָעוֹת בִּמְעוֹת מַעֲשֵׂר שֵׁנִי וְאִם לָקַח יֹאכַל כְּנֶגְדָּם וּמְפָרֵשׁ הָתָם קְנָסָא:
« Que ces pièces soient désacralisées sur des fruits que j'ai dans ma maison. » C'est une controverse dans la sougya des tsenouin, au chapitre Merouba (Baba Kamma 68b), à propos de la vigne : peut-on désacraliser ce qui se trouve dans la main d'autrui ? Pour celui qui l'interdit, il y a difficulté : à quoi cela sert-il ici ? On peut répondre qu'il s'agit ici d'une simple sanction rabbinique (kenassa). Nous trouvons un cas semblable au chapitre Ha-ich mekaddech (Kiddouchin 55b) : on n'achète pas de bête impure, d'esclaves ni de terres avec l'argent du maasser cheni, et s'il en a acheté, « qu'il mange l'équivalent » — et l'on explique là-bas que c'est une sanction.
💡 Explication

Voici la raison de fond. L'argent d'un fruit de chemita prend à son tour la sainteté de la septième année (chevi'it tofesset dameha) : il doit être dépensé pour de la nourriture consommée en sainteté, et non thésaurisé ni employé à n'importe quel usage. L'am ha-arets n'étant pas fiable sur ce point, lui remettre une telle somme, c'est tomber sous « lifne iver » — placer un obstacle devant l'aveugle.

La limite est trois repas : de quoi vivre, dont on suppose qu'il les mangera comme il faut. Au-delà, on présume le détournement. Tossefot souligne l'implication : le prix d'un bel etrog dépasse largement trois repas — c'est bien pourquoi la michna interdit de l'acheter.

Le rattrapage est le hiloul (désacralisation) : par une formule, la sainteté quitte les pièces déjà remises et se fixe sur des fruits profanes que l'on possède chez soi, lesquels devront alors être mangés en sainteté.

🖼️ Schéma
Le hiloul : faire migrer la sainteté des pièces vers des fruits Les pièces remises Prix d'un fruit de chemita Chargées de sainteté Déjà dans la main de l'am ha-arets hiloul La formule Que ces pièces soient désacralisées sur les fruits que j'ai chez moi. Mes fruits Profanes avant Saints après à manger en sainteté La règle de fond : au-delà de trois repas, on ne remet rien Trois repas, c'est de quoi vivre : on suppose qu'il les mangera comme il faut, éventuellement pour Chabbat. Au-delà, on le soupçonne d'en faire commerce ou de thésauriser -- et on serait lifne iver, l'obstacle devant l'aveugle. Ce que Tossefot ajoute Rachi expliquait la défense par le seul interdit de commerce ; Tossefot objecte et élargit : l'am ha-arets ne se garde d'aucun des usages interdits (bête impure, esclaves, terres, vêtements, bains, dettes) -- de là vient le soupçon.
Le mécanisme du hiloul et la limite des trois repas : ce qui est en jeu, c'est le sort de l'argent.
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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).