Sougya : Le folio commence par achever la discussion du Hallel et du kaddich : Rava veut qu'on dise « Yehe chemeh raba mevarakh » d'un seul tenant, de peur qu'une pause ne laisse le Nom Y-H, caché dans le mot chemeh, prononcé sans rien qui le beniss ; Rav Safra le désavoue en l'appelant Moche — là-bas comme ici, c'est un asoukei milta, un achèvement de phrase, et c'est l'intention d'aller jusqu'au bout, non la respiration, qui fait l'unité de ce qu'on dit. Viennent ensuite deux usages du Hallel : Rabbi doublait les versets à partir de Ana, Rabbi Elazar ben Perata remontait jusqu'à Odekha ; puis Abaye restreint la liberté laissée par la michna — la coutume ne décide que de la bénédiction d'après, car avant, la règle de Chmouel s'impose : toute mitsva se bénit over la-assiyatan, avant son accomplissement, et trois versets établissent que la racine a-v-r signifie bien devancer.
Tossefot en tire la question la plus concrète du folio : puisqu'on est acquitté du loulav dès qu'on le soulève, à quel instant peut-on encore bénir avant ? Une nouvelle michna ouvre alors la sougya de la chemita : celui qui achète un loulav à un am ha-arets la septième année doit se faire donner l'etrog en cadeau, car ce fruit ne peut pas s'acheter.
La Guemara cherche pourquoi — Rav Houna propose de noyer le prix de l'etrog dans celui du loulav, on lui objecte qu'il suffirait de payer franchement — et la réponse déplace tout le problème : ce n'est pas la vente qui est en cause, c'est l'argent qui, chargé de la sainteté de la septième année, ne doit pas être remis à un am ha-arets au-delà de trois repas. S'il l'a déjà remis, il lui reste le hiloul : transférer cette sainteté sur des fruits profanes qu'il possède chez lui.
« Moche, as-tu vraiment bien parlé ?! Non : là-bas comme ici, c'est l'achèvement de la phrase (asoukei milta), et nous n'y voyons rien à redire. ) Rava a dit : qu'un homme ne dise pas « Yehe chemeh raba » puis, [après une pause], « mevarakh », mais « Yehe chemeh raba mevarakh » d'un seul tenant.
Rav Safra lui dit : Moche, as-tu vraiment bien parlé ?! Non : là-bas comme ici, c'est l'achèvement de la phrase, et nous n'y voyons rien à redire.
Le folio s'ouvre sur la fin d'une discussion commencée en 38b : elle portait sur le verset Baroukh ha-ba be-chem Hachem, où l'assemblée coupe la phrase en deux et laisse le lecteur achever. Rava transpose la question au kaddich : ne pas dire Yehe chemeh raba puis, après un souffle, mevarakh.
Ce qui inquiète Rava, c'est que selon certains commentateurs le mot chemeh contient le Nom divin Y-H ; s'arrêter juste après, c'est laisser ce Nom prononcé sans le mot qui le bénit — une azkara le-vatala, un Nom pour rien.
Rav Safra le désavoue avec le titre réservé aux plus grands, Moche, et sur un ton d'étonnement : la règle est la même des deux côtés, et elle est celle de l'asoukei milta — celui qui parle à l'intention d'achever sa phrase, donc la pause ne la coupe pas.
« Un lieu où l'on a coutume de doubler [les versets, on double]. » Il a été enseigné : Rabbi doublait dans le Hallel certains passages ; Rabbi Elazar ben Perata y ajoutait des passages. Qu'ajoutait-il ?
Abaye a dit : il ajoutait de doubler à partir de « Odekha » (Je Te rends grâce) et vers le bas.
La michna citée plus haut posait que doubler ou non certains versets du Hallel suit la coutume du lieu. La baraita donne deux pratiques attestées chez les maîtres eux-mêmes.
Rabbi doublait à partir de « Ana Hachem hochia na » ; Rabbi Elazar ben Perata « ajoutait », c'est-à-dire doublait davantage encore. Abaye précise ce que recouvre ce verbe : il remonte le point de départ jusqu'à « Odekha ki anitani », de sorte que toute la dernière partie du psaume 118 est dite deux fois.
« [Un lieu où l'on a coutume] de bénir — il bénira. » Abaye a dit : on n'a enseigné [que cela dépend de la coutume] que pour la bénédiction qui suit ; mais avant, c'est une mitsva de bénir. Car Rav Yehouda a dit au nom de Chmouel : sur toutes les mitsvot, on bénit « over la-assiyatan » (avant leur accomplissement).
Et d'où infère-t-on que ce mot « over » a le sens de « précéder » ? Rav Nahman bar Yits'hak a dit : car il est écrit « Ahimaats courut par le chemin de la plaine et dépassa (va-ya'avor) le Kouchi » (2 Samuel 18,23).
Abaye a dit : de ceci — « et lui-même passa (avar) devant eux » (Genèse 33,3). Et si tu veux, dis plutôt de ceci : « leur roi passa (va-ya'avor) devant eux, et Hachem à leur tête » (Michee 2,13).
La michna disait que la bénédiction du Hallel suit la coutume. Abaye restreint cette liberté : elle ne concerne que la bénédiction d'après. Avant, il n'y a pas de coutume qui tienne — c'est une mitsva, car Chmouel a posé la règle générale over la-assiyatan : on bénit avant d'accomplir.
Le mot over est ambigu : il peut signifier « passer au-delà » (donc après). Trois versets établissent qu'il veut dire ici devancer : Ahimaats dépasse le Kouchi à la course, Yaakov marche en tête de sa famille, et le roi ouvre la marche de son peuple. La racine a-v-r y décrit chaque fois celui qui va devant.
Tossefot en tire aussitôt la difficulté la plus concrète : on est acquitté du loulav dès qu'on le soulève — comment bénir avant sans bénir sur un objet qu'on ne tient pas encore ?
MICHNA. Celui qui achète un loulav à son prochain durant l'année de chemita (la septième année) — [le vendeur] lui donne l'etrog en cadeau, car il n'est pas permis de l'acheter durant la chemita.
Nouvelle michna. Elle vise l'achat des quatre espèces à un am ha-arets pendant la septième année. Le loulav, palme non comestible, peut se vendre normalement ; l'etrog, lui, est un fruit comestible de la chemita, et l'argent versé pour lui prendrait à son tour la sainteté de la septième année.
La solution de la michna est un montage : le vendeur donne l'etrog. Le mot « son prochain » est difficile — Rachi tient qu'il faut lire « à un am ha-arets », car la Guemara y ramène toute la discussion et parce qu'un haver ne traiterait pas de « prochain » quelqu'un qu'il tient pour suspect.
GUEMARA. S'il n'a pas voulu le lui donner en cadeau, quelle est la règle ?
Rav Houna a dit : il fait passer le prix de l'etrog à l'intérieur de celui du loulav (mabli'a). Mais qu'il le lui donne donc explicitement !
La michna supposait un vendeur coopératif. Et s'il refuse le cadeau ? Rav Houna propose la havla'a : on gonfle le prix du loulav de la valeur de l'etrog, et l'etrog suit comme un don. Formellement, aucun argent n'est versé en paiement d'un fruit de la septième année.
La Guemara objecte aussitôt : pourquoi ce détour ? Qu'il paie franchement. L'objection est méthodique — si la seule raison était l'interdit de faire commerce de fruits de chemita, alors le montage de Rav Houna, qui donne quand même au vendeur la contre-valeur de l'etrog, ne réglerait rien. Il faut donc une raison qui vise non l'acte de vente mais le destinataire de l'argent. C'est ce que va donner le segment suivant.
[Cela vient] de ce qu'on ne remet pas à un am ha-arets l'argent des fruits de la chemita. Car il a été enseigné : on ne remet pas à un am ha-arets l'argent des fruits de chemita au-delà de la valeur de trois repas ; et s'il en a remis [davantage], qu'il dise : « que ces pièces soient désacralisées sur des fruits que j'ai dans ma maison »,
Voici la raison de fond. L'argent d'un fruit de chemita prend à son tour la sainteté de la septième année (chevi'it tofesset dameha) : il doit être dépensé pour de la nourriture consommée en sainteté, et non thésaurisé ni employé à n'importe quel usage. L'am ha-arets n'étant pas fiable sur ce point, lui remettre une telle somme, c'est tomber sous « lifne iver » — placer un obstacle devant l'aveugle.
La limite est trois repas : de quoi vivre, dont on suppose qu'il les mangera comme il faut. Au-delà, on présume le détournement. Tossefot souligne l'implication : le prix d'un bel etrog dépasse largement trois repas — c'est bien pourquoi la michna interdit de l'acheter.
Le rattrapage est le hiloul (désacralisation) : par une formule, la sainteté quitte les pièces déjà remises et se fixe sur des fruits profanes que l'on possède chez soi, lesquels devront alors être mangés en sainteté.
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).