Sougya : Le folio achève la baraita sur les fruits de la septième année achetés à un am ha-arets. L'autorisation de lui remettre l'équivalent de trois repas n'est valable que si les fruits proviennent d'un champ réellement laissé libre (moufkar) ; s'ils viennent d'un champ gardé par une clôture, le vendeur est suspect d'avoir refusé l'ouverture aux pauvres, et l'interdit devient total — même pour un demi-issar.
Rav Chechet objecte alors depuis la michna de Chevi'it qui autorise à acheter de tout homme sept plantes sauvages sans plafond apparent ; il résout lui-même, rejoint par Rabbi Yo'hanan : la michna parlait bikhdei man, dans la mesure de la subsistance, et le mot man est prouvé par le verset de Daniel où le roi assigne une ration à ses captifs. La guemara revient ensuite à notre michna : pourquoi acheter un loulav à un am ha-arets ?
Parce que le loulav a poussé en sixième année et n'entre dans la septième qu'à la cueillette, l'arbre suivant la hanata. Et l'etrog ?
On répond qu'il suit la lekita, puisqu'il pousse avec toute eau comme un légume. Mais le folio se retourne aussitôt : pour la chemita, Rabban Gamliel et Rabbi Eliezer s'accordent à suivre la hanata, comme l'enseigne la michna de Bikkourim où l'etrog est semblable à l'arbre sous trois rapports — orla, revai, chemita — et au légume sous un seul.
Tossefot développe ici deux grandes enquêtes : ce qui est réellement interdit dans le fruit du champ gardé (Rachi contre Rabbenou Tam), et le véritable critère de l'année d'un produit — la cueillette, ou l'achèvement du fruit dont elle n'est que le signe habituel.
Et il vient (chez lui) et les mange dans la sainteté de la septième année.
Fin de la baraita commencée au folio précédent. Le chaver (l'homme scrupuleux dans les mitsvot) a acheté des fruits à un am ha-arets ; il ne peut pas s'en servir n'importe comment : ces fruits portent la kedouchat chevi'it, la sainteté de la septième année.
Rachi précise aussitôt ce que cette sainteté autorise : manger, boire, s'oindre, allumer la lampe -- les quatre jouissances permises. Ce qui est exclu, ce sont les usages qui détruisent le fruit sans en tirer une jouissance directe, et surtout le commerce.
Dans quel cas cela est-il dit ? Chez celui qui achète (les fruits) d'un champ laissé libre (moufkar).
Mais chez celui qui achète (les fruits) d'un champ gardé (mechoumar) — même pour la valeur d'un demi-issar, c'est interdit.
La baraita pose sa limite. L'autorisation de remettre à un am ha-arets l'argent de la chemita jusqu'à la valeur de trois repas ne vaut que dans un cas : les fruits proviennent d'un champ que son propriétaire a bien laissé hefker (sans maître), comme la Torah l'exige la septième année. Là-bas, le vendeur n'est payé que pour sa peine de cueillette.
Mais si le champ était mechoumar — clos d'une clôture, porte fermée à clé —, son propriétaire a violé l'ouverture obligatoire aux pauvres. Il devient suspect, et le vendre petit à petit n'est qu'une haarama, une ruse pour maquiller un commerce interdit. Là l'interdit est total : même un demi-issar.
Rav Chechet objecte : et d'un champ laissé libre, (seulement) trois repas et pas davantage ? Or on oppose (à cela une michna) : la rue (piguam), les yarbouzin, les chitin, les halgueloguot, la coriandre des montagnes, le persil des rivières et la roquette des près — sont exempts de la dîme, et on les achète de tout homme durant la septième année, parce qu'il n'existe pas de leur espèce qui soit gardée.
Rav Chechet attaque la limite des trois repas par une michna de Chevi'it (9,1). Elle énumère sept plantes sauvages : personne ne les cultive, personne ne les garde, elles poussent d'elles-mêmes dans les montagnes, les rivières et les près. Rachi consacre huit gloses à les identifier, chaque fois par un mot de la'az (vieux français ou allemand) — le seul moyen d'ancrer un nom de plante dans une réalité reconnaissable.
La conséquence halakhique est double : étant de fait sans maître, elles sont exemptes de la dîme toute l'année ; et l'année de chemita, on les achète de tout homme — le vendeur est automatiquement présumé les avoir prises en terrain libre. Or la michna dit « on les achète », sans plafond. Contradiction frontale avec les trois repas.
C'est lui qui pose l'objection et c'est lui qui la résout : ils ont enseigné (cela) dans la mesure d'un man (de quoi se sustenter). Et de même Rabba bar bar Hana a dit au nom de Rabbi Yo'hanan : ils ont enseigné (cela) dans la mesure d'un man.
D'où (sait-on) que ce mot « man » est un terme de nourriture ? De ce qu'il est écrit : « et le roi leur assigna (vayman) etc. » (Daniel 1,5).
Rav Chechet résout lui-même sa question, et Rabbi Yo'hanan dit la même chose : la michna de Chevi'it n'a jamais parlé d'une quantité libre. Son « on les achète » vaut bikhdei man — dans la limite de la subsistance, c'est-à-dire précisément les trois repas. Il n'y a donc aucune contradiction : les sept plantes sauvages ne font que dispenser de vérifier l'origine, pas de respecter le plafond.
Reste à prouver que le mot rare man désigne bien la nourriture. La guemara va le chercher dans un verset araméen du livre de Daniel, où Nabuchodonosor assigne aux jeunes captifs une ration quotidienne de la table royale. Le même radical, le même registre : une allocation alimentaire mesurée.
S'il en est ainsi, le loulav aussi ! — Le loulav est (un produit) de la sixième année qui entre dans la septième. S'il en est ainsi, l'etrog aussi : il est (un produit) de la sixième année qui entre dans la septième ! — Pour l'etrog, nous suivons la cueillette (lekita).
La guemara revient à la michna de notre chapitre. Si l'on ne remet pas d'argent de chemita à un am ha-arets, pourquoi lui achète-t-on un loulav ? Réponse : le loulav est bar chichit ha-nikhnas la-chevi'it — il a poussé durant la sixième année et n'entre dans la septième que parce qu'on le cueille après Roch Hachana. Or pour l'arbre, l'année se décide à la hanata (la floraison, le nouement du fruit) : en quinze jours il n'a rien poussé de neuf.
Objection immédiate : l'etrog est dans la même situation calendaire. Réponse : non, car pour l'etrog on suit la lekita, la cueillette — Rachi explique pourquoi : arrosé en permanence, l'etrog pousse « avec toute eau », comme un légume, et non de la seule pluie comme les arbres.
Mais tant pour Rabban Gamliel que pour Rabbi Eliezer, quant à la chemita, pour l'etrog nous suivons la floraison (hanata) ! Car nous avons appris : l'etrog est semblable à l'arbre sous trois rapports, et au légume sous un rapport.
La réponse précédente s'effondre. Rabban Gamliel et Rabbi Eliezer divergent bien sur l'etrog — mais uniquement pour le maasser (la dîme). Sur la chemita, ils sont unanimes : on suit la hanata. Autrement dit, dire « pour l'etrog on suit la lekita » est vrai pour la dîme et faux pour notre sujet.
La preuve vient de la michna de Bikkourim (2,6), qui classe l'etrog comme un fruit hybride : trois fois arbre, une seule fois légume. Le folio s'interrompt au moment où la michna commence à énumérer ces quatre rapports.
Il est semblable à l'arbre sous trois rapports — pour la orla, pour le revai et pour la chemita ; et au légume sous un rapport —
La michna détaille : pour la orla (les fruits des trois premières années d'un arbre), le neta revai (les fruits de la quatrième année, à monter à Jérusalem ou à racheter) et la chemita, l'etrog est traité comme un fruit d'arbre : son année se décide à la floraison. Le seul domaine où il suit la cueillette comme un légume est la dîme — et c'est là que porte le désaccord des Tanaim.
Tossefot pose alors la vraie question de méthode : pourquoi la michna n'a-t-elle pas cité d'autres ressemblances avec l'arbre (les kilayim, le Roch Hachana des arbres au 15 Chevat) ? Réponse : la michna n'énumère que les domaines où l'alternative hanata / lekita est réellement en jeu. Le reste de la glose est une longue enquête sur le critère véritable — la cueillette, ou bien l'achèvement du fruit (guemar péri) dont la cueillette n'est que le signe habituel.
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).