Soukka 40a — Le fruit de la septième année : la date qui le rattache, et l'usage qui le sanctifie

Sukkah 40a

Sougya : Le folio poursuit la michna sur l'achat d'un loulav à un am ha-arets pendant la chemita, et commence par régler une question de calendrier : à quelle date un etrog appartient-il à une année donnée ? Une michna citée oppose Rabban Gamliel, pour qui l'etrog tient du légume sur ce point précis — c'est la cueillette (lekita) qui fixe son année de dîme — à Rabbi Eliezer, pour qui il est fruit d'arbre en tout, donc soumis à la floraison (hanata).

La Guemara répond que notre michna suit une troisième instance : le vote pris à Oucha, qui étend la cueillette à la chemita elle-même ; et il faut, pour que la baraita se tienne, lui restituer une clause manquante (hissourei mihasra). Vient alors la vraie difficulté : si le loulav de la septième année est saint, pourquoi ? ce n'est que du bois, et le bois échappe à la sainteté de la chemita.

La réponse fait surgir le principe qui commande tout le reste du daf — le verset dit lakhem le-okhla, pour vous à l'instar de pour manger : seuls sont saints les usages dont la jouissance et la disparition coïncident. Rava écarte l'objection des bois oléagineux en posant que le bois, par vocation, est fait pour brûler, si bien que l'intention ne peut plus rien y changer.

Le folio se termine en montrant que ce critère lui-même est controverse : le premier tana, lisant le-okhla, interdit de consacrer du vin de chemita au rouissage du lin et à la lessive ; Rabbi Yossi, lisant lakhem comme tous vos besoins, l'autorise et réserve le-okhla à l'exclusion de l'emplâtre médicinal — sur quoi la Guemara demande, sans encore répondre, ce qui justifie de trancher les exclusions dans ce sens plutôt que dans l'autre. Rachi y insère une note de critique textuelle remarquable : il écarte la version reçue de toutes les copies, qu'il avoue n'avoir jamais réussi à expliquer depuis sa jeunesse, au profit de celle d'un manuscrit de Rabbenou Guerchom.

Le fil du folio : quand un fruit appartient-il à la septième année, et qu'est-ce qui est saint ? Deux questions successives : la date qui fixe l'année du fruit, puis le type d'usage qui fait entrer la sainteté. Bloc 1 (seg. 0-2) -- l'etrog : cueillette (lekita) ou floraison (hanata) ? Michna citée : l'etrog tient de l'arbre sur trois points, du légume sur un seul -- c'est à la cueillette qu'il est dîme. Rabbi Eliezer : non, l'etrog est comme l'arbre en tout, donc la floraison décide même pour la dîme. Guemara : notre michna suit le vote d'Oucha -- la cueillette décide pour la dîme ET pour la septième année. Objection de forme : la baraita parlait de dîme, d'où sort la chemita ? -- hissourei mihasra, elle est lacunaire. Conséquence : un etrog cueilli en septième année est fruit de chemita, d'où l'obligation du cadeau dans la michna. Bloc 2 (seg. 3-5) -- et le loulav ? Difficulté : ce n'est que du bois Si l'on précise loulav de la sixième année, c'est que celui de la septième est saint. Mais pourquoi ? Le bois n'a pas de sainteté de chemita : feuilles de roseau et de vigne -- pour manger, saintes ; pour le bois, non. Réponse : le verset dit lakhem le-okhla -- pour vous à l'instar de pour manger. Critère : hana'ato ve-vi'ouro chave. La jouissance et la disparition doivent coïncider. Le bois de chauffage : on jouit des braises, donc après. Objection : les bois oléagineux (etsim de-mich'han) brûlent en éclairant -- là, tout coïncide ! Rava : le bois ordinaire est fait pour le chauffage ; son statut est fixé d'avance, l'intention n'y change rien. Bloc 3 (seg. 6-8) -- le critère lui-même est une controverse de tanaim Baraita : on ne remet pas de fruits de chemita pour le rouissage (michra) ni pour la lessive (kevissa). Rabbi Yossi : on les remet. Deux mots du même verset, deux lectures opposées. Tana kama lit le-okhla : pour manger, et non pour rouir ni pour laver -- lakhem est borné par le-okhla. Rabbi Yossi lit lakhem : pour tous vos besoins -- et le-okhla ne sert qu'à exclure l'emplâtre (meloogma). Nafka mina : celui qui détruit du vin de chemita en lavant son linge transgresse-t-il, ou non ? Enjeu de fond : la sainteté protège-t-elle la nourriture, ou tout usage humain du fruit ? Rachi ajoute ici une note de critique textuelle rare : il refuse la version reçue et donne la sienne, appuyée sur un manuscrit de Rabbenou Guerchom -- il dit avoir cherché depuis sa jeunesse sans y parvenir. Le folio se termine sur la question ouverte : pourquoi inclure la lessive et exclure l'emplâtre ?
Vue d'ensemble du folio : de la date qui fixe l'année du fruit au type d'usage qui fait entrer la sainteté.
Hana'ato ve-vi'ouro chave : le critère qui fait entrer la sainteté de la septième année Un usage est protégé par la chemita si le plaisir qu'on en tire arrive au moment même où la chose disparaît. Lévitique 25,6 : lakhem le-okhla -- pour vous, pour manger Lakhem seul dirait : tous vos besoins. Accolé à le-okhla, il ne garde que les usages qui ressemblent à manger. Coïncident -- sainteté de chemita on jouit à l'instant même où la chose se consume Manger le fruit -- akhila Boire le vin -- chetiya S'oindre d'huile -- sikha Allumer la lampe -- hadlakat ha-ner Balayer avec le loulav (Rachi seg. 4) Bois oléagineux allumés pour éclairer ? -- écarte par Rava : le bois ordinaire vise le chauffage. Feuilles de roseau cueillies pour manger : oui. La jouissance vient après -- pas de sainteté la chose disparaît d'abord, le bénéfice arrive ensuite Bois de chauffage : on cuit sur les braises Rouissage du lin (michra) : 3 à 4 jours d'attente Lessive (kevissa) : on jouit en portant le vêtement Feuilles de roseau cueillies comme bois Pour le tana kama : ces trois usages sont hors chemita, donc y consacrer du vin de chemita est interdit. Pour Rabbi Yossi : lakhem couvre aussi ces besoins, et seul l'emplâtre (meloogma) reste exclu. Le rôle de l'intention (ma'hchava) -- la ligne de partage de tout le folio Objet à vocation indéterminée (feuilles de roseau, de vigne) : l'intention du cueilleur décide de son statut. Objet à vocation fixée d'avance (bois = chauffage ; fruit = nourriture) : l'intention ne renverse plus rien. C'est exactement ce que Rava répond sur les bois oléagineux, et ce que Tossefot développe au nom de Rachi (Baba Kamma 102a).
Le critère hana'ato ve-vi'ouro chave et le rôle de l'intention selon la vocation de l'objet.
Deux mots, deux lectures : tana kama contre Rabbi Yossi Le même verset contient lakhem (large) et le-okhla (restrictif). Chacun choisit lequel borne l'autre. Tana kama Ni pour le rouissage, ni pour la lessive Verset moteur le-okhla : pour manger, et non pour rouir ni pour laver. Que fait-il de lakhem ? Il le lit domya de-le-okhla : pour vous à l'instar de pour manger. Lakhem n'élargit pas, il donne le critère de coïncidence. Conséquence Rouissage et lessive sortent : leur jouissance vient après la disparition. C'est aussi la derasha qui exclut le bois de chauffage (seg. 4) : lecture restrictive. Rabbi Yossi On les remet Verset moteur lakhem : pour vous, pour tous vos besoins, et même pour rouir et pour laver. Que fait-il de le-okhla ? Il en a besoin pour une autre exclusion : pour manger, et non pour l'emplâtre (meloogma) -- l'usage médicinal. Conséquence Le fruit de chemita suit l'homme dans tous ses besoins corporels, sauf le soin. Il tient aussi que l'intention opère sur le fruit, comme sur les feuilles (Tossefot seg. 6). Nafka mina pratique Peut-on laver son linge dans du vin de la septième année ? Tana kama : non. Rabbi Yossi : oui -- mais soigner une plaie avec, non.
La controverse du rouissage et de la lessive : lakhem contre le-okhla.
1
שֶׁבִּשְׁעַת לְקִיטָתוֹ עִישּׂוּרוֹ, דִּבְרֵי רַבָּן גַּמְלִיאֵל. רַבִּי אֱלִיעֶזֶר אוֹמֵר: אֶתְרוֹג שָׁוֶה לָאִילָן לְכָל דָּבָר.

[…et il ressemble au légume en ceci] que c'est au moment de sa cueillette qu'il est dîme — telles sont les paroles de Rabban Gamliel. Rabbi Eliezer dit : l'etrog est semblable à l'arbre en tout point.

📜 Rachi (2)
שֶׁבִּשְׁעַת לְקִיטָתוֹ עִישּׂוּרוֹ שֶׁאִם חָנַט בְּשָׁנָה שְׁנִיָּה שֶׁמְּעֻשְּׂרוֹתֶיהָ מַעֲשֵׂר רִאשׁוֹן וּמַעֲשֵׂר שֵׁנִי וְנִלְקַט בַּשְּׁלִישִׁית לִשְׁמִיטָּה שֶׁמְּעֻשְּׂרוֹתֶיהָ מַעֲשֵׂר רִאשׁוֹן וּמַעְשַׂר עָנִי מִתְעַשֵּׂר כְּדִין מַעֲשֵׂר שְׁלִישִׁית וְאִילּוּ שְׁאָר אִילָנוֹת שֶׁחָנְטוּ פֵּירוֹתֵיהֶן בַּשְּׁנִיָּה וְנִלְקְטוּ בַּשְּׁלִישִׁית מִתְעַשְּׂרִין כְּדִין שְׁנִיָּה וּלְעִנְיַן מַעֲשֵׂר הִשְׁווּ אֶתְרוֹג לְיָרָק דְּמַעֲשֵׂר פֵּירוֹת הָאִילָן וִירָקוֹת דְּרַבָּנָן וּמַעְשַׂר גֹּורֶן וְיֶקֶב דְּאוֹרָיְיתָא וּבְגֹורֶן וְיֶקֶב יָלְפִינַן בְּרֹאשׁ הַשָּׁנָה (דַּף יג:) שֶׁמִּתְעַשֵּׂר אַחַר הַשָּׁנָה שֶׁהֵבִיאוּ שְׁלִישׁ מִקְּרָאֵי וְאַסִּמְכּוֹ רַבָּנָן מַעֲשֵׂר דִּבְרֵיהֶם אַגֹּורֶן וְיֶקֶב מַה גֹּורֶן וָיֶקֶב מְיֻוחָדִים שֶׁגְּדֵילִים עַל רוֹב מַיִם דְּהַייְנוּ מֵי גְּשָׁמִים וּמִתְעַשְּׂרִין לְשָׁנָה שֶׁעָבְרָה אַף כֹּל הַגְּדֵילִין עַל רוֹב מַיִם כְּגוֹן פֵּירוֹת הָאִילָן מִתְעַשְּׂרִין לְשָׁנָה שֶׁעָבְרָה יָצְאוּ יְרָקוֹת שֶׁגְּדֵילִין עַל כָּל מַיִם שֶׁמִּתְעַשְּׂרִים לַשָּׁנָה הַבָּאָה וְאֶתְרוֹג נָמֵי גָּדֵל עַל כָּל מַיִם כְּיָרָק:
« Que c'est au moment de sa cueillette qu'il est dîme. » Si [l'etrog] a fleuri la deuxième année — dont les dîmes sont la première dîme et la seconde dîme — et qu'il a été cueilli la troisième, celle qui précède la chemita, dont les dîmes sont la première dîme et la dîme du pauvre, on le dîme selon la règle de la troisième année ; tandis que les autres arbres, dont les fruits ont fleuri la deuxième année et ont été cueillis la troisième, se dîment selon la règle de la deuxième. Pour ce qui est de la dîme, on a donc assimilé l'etrog au légume. Car la dîme des fruits d'arbre et celle des légumes sont d'institution rabbinique, tandis que la dîme de l'aire et du pressoir est de la Torah ; et pour l'aire et le pressoir, on apprend à Roch Hachana (13b) par des versets que [le produit] se dîme d'après l'année où il a atteint le tiers de sa maturation. Les Sages ont adossé leur dîme — celle qu'ils ont instituée — à l'aire et au pressoir : de même que l'aire et le pressoir ont ceci de propre qu'ils croissent grâce à l'essentiel des eaux, c'est-à-dire les eaux de pluie, et se dîment pour l'année écoulée, de même tout ce qui croît grâce à l'essentiel des eaux, comme les fruits d'arbre, se dîme pour l'année écoulée ; sont exclus les légumes, qui croissent grâce à toute eau et se dîment pour l'année à venir. Or l'etrog, lui aussi, croît grâce à toute eau, comme le légume.
לְכָל דָּבָר אַף לְמַעַשְׂרוֹת:
« En tout point. » Y compris pour les dîmes.
💡 Explication

La Guemara achève ici une michna citée (Bikkourim 2,6) : l'etrog est un cas hybride. Il tient de l'arbre par trois traits, mais du légume (yarak) par un seul — et c'est celui qui compte : son année de dîme se fixe à la cueillette (lekita), non à la floraison. Rabbi Eliezer conteste : l'etrog est un fruit d'arbre en tout, donc c'est la hanata (floraison) qui décide.

L'enjeu n'est pas théorique : la michna précédente exigeait que le vendeur donne l'etrog en cadeau la septième année. Cela ne se comprend que si l'etrog cueilli cette année-là porte déjà la sainteté de la chemita — donc seulement si la cueillette décide.

🖼️ Schéma
L'etrog entre l'arbre et le légume : quelle date fixe son année ? Deux dates possibles : la hanata (floraison, début du fruit) et la lekita (cueillette). Hanata -- floraison Lekita -- cueillette règle des arbres règle des légumes temps Rabban Gamliel L'etrog tient de l'arbre sur trois points, du légume sur un : dîme = à la cueillette Motif de Rachi : comme le légume, il pousse à toute eau (irrigation), non à la seule pluie. Rabbi Eliezer L'etrog est semblable à l'arbre en tout point -- y compris pour les dîmes. tout = à la floraison Position écartée par notre michna, qui exige le cadeau. Vote d'Oucha Nos maîtres réunis à Oucha : cueillette pour la dîme ET pour la septième année C'est le tana que suit notre michna : un etrog cueilli en chemita est fruit de chemita. Une troisième opinion, signalée par Tossefot Certains lisent à Roch Hachana 15b : le vote d'Oucha aurait dit floraison pour la dîme et pour la chemita. Tossefot rejette cette version d'après notre sougya -- et conclut qu'il y a bien trois positions distinctes. Nuance : cette version confondrait le vote d'Oucha avec la position de Rabbi Eliezer.
Les trois positions sur la date qui fixe l'année de l'etrog, et la troisième version signalée par Tossefot.
2
הוּא דְּאָמַר כִּי הַאי תַּנָּא דְּתַנְיָא: אָמַר רַבִּי יוֹסֵי: אַבְטוּלְמוֹס הֵעִיד מִשּׁוּם חֲמִשָּׁה זְקֵנִים: אֶתְרוֹג אַחַר לְקִיטָה לַמַּעֲשֵׂר, וְרַבּוֹתֵינוּ נִמְנוּ בְּאוּשָׁא וְאָמְרוּ בֵּין לַמַּעֲשֵׂר בֵּין לַשְּׁבִיעִית.

C'est [le tana de notre michna] qui a parlé à la manière de ce tana-ci, comme il a été enseigné : Rabbi Yossi a dit — Avtolemos a témoigné au nom de cinq Anciens : l'etrog [se détermine] d'après la cueillette pour la dîme ; et nos maîtres ont procédé au vote à Oucha et ont dit : aussi bien pour la dîme que pour la septième année.

📜 Rachi (2)
הוּא דְּאָמַר תַּנָּא דְּמַתְנִי' דְּמַקְפִּיד אַאֶתְרוֹג:
« C'est lui qui a parlé. » Le tana de notre michna, celui qui se montre exigeant à propos de l'etrog.
(דְּאָמַר) כִּי הַאי תַּנָּא דְּקָתָנֵי וְרַבּוֹתֵינוּ נִמְנוּ בְּאוּשָׁא וְאָמְרוּ אֶתְרוֹג אַחַר לְקִיטָה בֵּין לַמַּעֲשֵׂר בֵּין לַשְּׁבִיעִית:
« (Qui a parlé) à la manière de ce tana-ci. » Celui qui enseigne : et nos maîtres ont procédé au vote à Oucha et ont dit — l'etrog [se détermine] d'après la cueillette, aussi bien pour la dîme que pour la septième année.
🗂️ Tossefot (1)
וְרַבּוֹתֵינוּ נִמְנוּ בְּאָוְשָׁא. אִית דְּגָרְסִי פ"ק דר"ה (דַּף טו:) אֶתְרוֹג אַחַר חֲנָטָה בֵּין לַמַּעֲשֵׂר בֵּין לַשְּׁבִיעִית וְסָבְרִי כְּרַבִּי אֱלִיעֶזֶר דִּלְעֵיל וְאִי אֶפְשָׁר לוֹמַר כֵּן כִּדְמוֹכַח בִּשְׁמַעְתִּין דְּגָרַס אַחַר לְקִיטָה וְשָׁלֹשׁ מַחֲלוֹקוֹת בַּדָּבָר:
« Et nos maîtres ont procédé au vote à Oucha. » Certains ont, au premier chapitre de Roch Hachana (15b), la version : « l'etrog [se détermine] d'après la floraison, aussi bien pour la dîme que pour la septième année », et ils tiendraient alors comme Rabbi Eliezer ci-dessus. Mais il est impossible de dire ainsi, comme le prouve notre sougya, où la version porte « d'après la cueillette » — et il y a donc trois opinions en la matière.
💡 Explication

Réponse à la difficulté : notre michna n'exprime pas l'opinion de Rabban Gamliel ni celle de Rabbi Eliezer, mais celle d'une troisième instance — le vote pris à Oucha, où l'académie s'est réunie après la persécution d'Hadrien pour trancher plusieurs questions par comptage des voix (nimnou).

Ce vote va plus loin qu'Avtolemos : la cueillette ne fixe pas seulement l'année de dîme, elle fixe aussi le rattachement à la chemita. Un etrog cueilli la septième année est donc fruit de la septième année, quelle qu'ait été l'année de sa floraison.

3
שְׁבִיעִית מַאן דְּכַר שְׁמֵיהּ? חַסּוֹרֵי מִיחַסְּרָא וְהָכִי קָתָנֵי: אֶתְרוֹג אַחַר לְקִיטָה לַמַּעֲשֵׂר, וְאַחַר חֲנָטָה לִשְׁבִיעִית. וְרַבּוֹתֵינוּ נִמְנוּ בְּאוּשָׁא וְאָמְרוּ: אֶתְרוֹג בָּתַר לְקִיטָה, בֵּין לַמַּעֲשֵׂר בֵּין לַשְּׁבִיעִית.

La septième année, qui en a fait mention ? [La baraita] est lacunaire, et voici ce qu'elle enseigne : l'etrog [se détermine] d'après la cueillette pour la dîme, et d'après la floraison pour la septième année ; et nos maîtres ont procédé au vote à Oucha et ont dit : l'etrog suit la cueillette, aussi bien pour la dîme que pour la septième année.

💡 Explication

Objection de forme, non de fond. La première clause de la baraita ne parlait que de la dîme ; la seconde répond soudain aussi sur la chemita. Or on ne tranche pas une question qui n'a pas été posée.

La Guemara applique alors le procédé classique du hissourei mihasra (« il y manque quelque chose ») : elle restitue la clause absente. Avtolemos disait déjà les deux choses — cueillette pour la dîme, floraison pour la chemita — et le vote d'Oucha vient précisément renverser cette seconde clause en alignant la chemita sur la cueillette.

🖼️ Schéma
Hissourei mihasra : réparer une baraita qui parle de ce qu'elle n'a pas posé Le vote d'Oucha répond sur la chemita, mais la première clause n'en avait pas parlé. Version reçue -- boiteuse 1. Avtolemos : etrog d'après la cueillette pour la dîme. 2. Vote d'Oucha : pour la dîme comme pour la septième année. La septième année surgit sans avoir été posée. Version complétée 1. Etrog d'après la cueillette pour la dîme, et d'après la floraison pour la chemita. 2. Vote d'Oucha : la cueillette pour les deux -- il renverse la seconde clause. Le vote a maintenant quelque chose à corriger. Ce que le procédé suppose Hissourei mihasra ne réécrit pas librement : on n'ajoute que ce que la seconde clause rend nécessaire. Ici, la clause ajoutée est la position ancienne -- floraison pour la chemita -- que le vote d'Oucha abroge. Sans elle, on ne comprendrait pas quel était l'usage antérieur que les maîtres d'Oucha ont voulu changer.
Avant / après la restitution : ce que le procédé du hissourei mihasra ajoute, et pourquoi il faut l'ajouter.
4
טַעְמָא דְּלוּלָב בַּר שִׁשִּׁית הַנִּכְנָס לִשְׁבִיעִית הוּא, הָא דִּשְׁבִיעִית קָדוֹשׁ, אַמַּאי? עֵצִים בְּעָלְמָא הוּא, וְעֵצִים אֵין בָּהֶן מִשּׁוּם קְדֻושַּׁת שְׁבִיעִית! (דִּתְנַן:) עֲלֵי קָנִים וַעֲלֵי גְפָנִים שֶׁגִּבְּבָן לְחֻובָּה עַל פְּנֵי הַשָּׂדֶה, לְקָטָן לַאֲכִילָה — יֵשׁ בָּהֶן מִשּׁוּם קְדֻושַּׁת שְׁבִיעִית, לְקָטָן לְעֵצִים — אֵין בָּהֶן מִשּׁוּם קְדֻושַּׁת שְׁבִיעִית.

La raison [pour laquelle le loulav peut être acheté] est qu'il s'agit d'un loulav de la sixième année entrant dans la septième — d'où il ressort que celui de la septième année, lui, est saint. Pourquoi donc ?

Ce n'est que du bois, et le bois n'est pas soumis à la sainteté de la septième année ! (Car nous avons appris :) des feuilles de roseau et des feuilles de vigne qu'on a entassées pour les entreposer dans le champ — s'il les a cueillies pour la consommation, elles sont soumises à la sainteté de la septième année ; s'il les a cueillies comme bois, elles n'y sont pas soumises.

📜 Rachi (4)
טַעְמָא דְּלוּלָב בַּר שִׁשִּׁית כו' קוּשְׁיָא הִיא כְּלוֹמַר לְעֵיל אָמַר דְּהַיְינוּ טַעְמָא דְּלוּלָב נִיקַּח מִשּׁוּם דְּבַר שִׁשִּׁית הוּא הָא שְׁבִיעִית הוּא אָסוּר וְנָפְקָא מִינָּהּ שֶׁלּוּלְבֵי שְׁבִיעִית קְדֻושַּׁת שְׁבִיעִית נוֹהֵג בְּהוּ שֶׁלֹּא לִיקַּח בִּדְמֵיהֶן חָלוּק וְטַלִּית:
« La raison est qu'il s'agit d'un loulav de la sixième année, etc. » C'est une question. C'est-à-dire : plus haut on a dit que la raison pour laquelle le loulav peut être acheté est qu'il provient de la sixième année — d'où il ressort que celui de la septième est interdit. La conséquence pratique en est que les loulavim de la septième année sont soumis à la sainteté de la septième année : on n'achète pas avec leur prix une tunique ni un manteau.
שֶׁגִּבְּבָן שֶׁכִּינְּסָן לְאָוצְרָן:
« Qu'on a entassées (chegibban). » Qu'on les a rassemblées pour les entreposer.
לְחוֹבָה לְשׁוֹן מְחַבֵּא:
« Le-hova. » Terme qui a le sens de cachette (mahavo).
לְקָטָן לַאֲכִילָה לְמַאֲכַל בְּהֵמָה:
« Il les a cueillies pour la consommation. » Pour la nourriture du bétail.
🗂️ Tossefot (2)
שֶׁגִּבְּבָן לְחוֹבָה. יֵשׁ לְפָרֵשׁ דַּווְקָא נְקַט וְיֵשׁ לְפָרֵשׁ אוֹרְחָא דְמִלְּתָא נְקַט:
« Qu'on a entassées pour les entreposer. » On peut expliquer que c'est dit de manière exclusive (davka), et l'on peut expliquer que l'enseignement rapporte simplement le cas ordinaire (or'ha de-milta).
לְקָטָן לַאֲכִילָה. אִי בִּסְתָם הָיוּ לְעֵצִים לֹא הָיָה מוֹעִיל מְפָרֵשׁ לַאֲכִילָה מִידִי דַּהֲוָה אַעֵצִים דְּמִשְׁחָן שֶׁלִּיקְּטָן לְהָאִיר לְרָבָא דְּאָמַר סְתָם עֵצִים לְהַסָּקָה וְשֶׁמָּא הָנֵי סְתָמַיְיהוּ לְהָכֵי וּלְהָכֵי הִלְכָּךְ אָזְלִינַן בָּתַר מְפָרֵשׁ:
« Il les a cueillies pour la consommation. » Si, à défaut d'intention exprimée, elles étaient [tenues pour] du bois, le fait de préciser qu'il les cueille pour la consommation ne servirait à rien — comme pour les bois oléagineux qu'on aurait cueillis pour éclairer, selon Rava qui dit que le bois ordinaire est destiné au chauffage. Peut-être ces [feuilles]-ci se tiennent-elles, à défaut d'intention, indifféremment pour l'un et pour l'autre usage ; c'est pourquoi l'on suit ici ce qu'il a expressément en vue.
💡 Explication

La Guemara revient à la michna et raisonne par dikdouk : si l'on a pris soin de préciser « loulav de la sixième année », c'est que celui de la septième aurait un autre statut — il serait saint. La conséquence pratique, précise Rachi, est qu'on ne pourrait pas acheter avec son prix une tunique ou un manteau.

Difficulté : une palme de dattier n'est pas un aliment, c'est du bois. Et une baraita établit que le bois échappe à la sainteté de la chemita. La preuve vient d'un cas où tout dépend de l'intention (ma'hchava) : les mêmes feuilles de roseau sont saintes si on les ramasse comme fourrage, profanes si on les ramasse comme combustible.

5
שָׁאנֵי הָתָם, דְּאָמַר קְרָא: ״לָכֶם לְאָכְלָה״. ״לָכֶם״ דֻּומְיָא דִּלְאָכְלָה — מִי שֶׁהֲנָאָתוֹ וּבִיעוּרוֹ שָׁוֶה. יָצְאוּ עֵצִים, שֶׁהֲנָאָתָן אַחַר בִּיעוּרָן.

Il en va autrement là-bas, car le verset dit : « pour vous, pour manger » (Lévitique 25,6). « Pour vous » à l'instar de « pour manger » : ce dont la jouissance et la disparition coïncident.

Sont exclus les bois, dont la jouissance vient après leur disparition.

📜 Rachi (3)
שָׁאנֵי הָתָם גַּבֵּי עֲצֵי הַסָּקָה לְהָכִי לֹא נוֹהֲגִין בָּהֶן שְׁבִיעִית דְּאָמַר קְרָא וְהָיְתָה שַׁבָּת וְגוֹ' וּמַשְׁמַע לָכֶם לְכָל צָרְכֵיכֶם וּכְתִיב לְאָכְלָהּ לְמֵימְרָא דְּאֵין מֻותָּר לֵיהָנוֹת מִפֵּירוֹת שְׁבִיעִית אֶלָּא הֲנָאָה הַדּוֹמֶה לַאֲכִילָה:
« Il en va autrement là-bas. » À propos du bois de chauffage : s'il n'est pas soumis à la septième année, c'est parce que le verset dit « et le [produit du] repos de la terre sera pour vous… », ce qui laisse entendre « pour vous, pour tous vos besoins », et qu'il est écrit « pour manger » — ce qui revient à dire qu'il n'est permis de tirer profit des fruits de la septième année que par une jouissance semblable à la consommation.
שֶׁהֲנָאָתוֹ וּבִיעוּרוֹ שָׁוֶה כְּלוֹמַר שֶׁהֲנָאָתוֹ וּבִיעוּרוֹ שֶׁמִּתְבַּעֵר מִן הָעוֹלָם בָּאִין כְּאֶחָד כְּגוֹן סִיכָה וּשְׁתִיָּה וְהַדְלָקַת הַנֵּר וּמֵהַךְ דְּרָשָׁה נָמֵי יָלְפִינַן שֶׁאֵין שְׁבִיעִית נוֹהֵג אֶלָּא בִּפְרִי הָעוֹמֵד לַהֲנָאוֹת הַלָּלוּ דה"נ מִידְרַשׁ קְרָא וְהָיְתָה שַׁבַּת הָאָרֶץ נוֹהֶגֶת בַּמֶּה שֶׁלָּכֶם לְאָכְלָהּ שֶׁהֲנָאָתוֹ דּוֹמָה לַאֲכִילָה:
« Dont la jouissance et la disparition coïncident. » C'est-à-dire dont la jouissance et l'anéantissement — le fait d'être consumé et de disparaître du monde — surviennent en même temps : ainsi l'onction, la boisson, l'allumage de la lampe. De cette même derasha nous apprenons aussi que la septième année ne s'applique qu'à un produit destiné à de telles jouissances, car on peut lire le verset ainsi : le repos de la terre s'applique à ce qui est « à vous pour manger », c'est-à-dire dont la jouissance ressemble à la consommation.
יָצְאוּ עֲצֵי הַסָּקָה שֶׁהֲנָאָתָן אַחַר בִּיעוּרָן מִשֶּׁנַּעֲשׂוּ גֶּחָלִים אוֹפִין בָּהֶן אֲבָל לוּלָב עִיקַּר הֲנָאָתוֹ לְכַבֵּד אֶת הַבַּיִת וְהוּא שְׁעַת בִּיעוּרוֹ וְקִלְקוּלוֹ וְדָמֵי לַהֲנָאַת אֲכִילָה וַעֲלֵי קָנִים וּגְפָנִים קָיְימִי לְהָכֵי וּלְהָכֵי הִלְכָּךְ בָּתַר מַחְשָׁבָה אָזְלִי:
« Sont exclus les bois de chauffage, dont la jouissance vient après leur disparition. » C'est une fois devenus braises que l'on cuit avec eux. En revanche, le loulav : sa jouissance principale est de balayer la maison, et c'est là aussi le moment où il s'abîme et se détruit — cela ressemble donc à la jouissance de la consommation. Quant aux feuilles de roseau et de vigne, elles se tiennent indifféremment pour l'un et pour l'autre usage ; c'est pourquoi on y suit l'intention.
💡 Explication

Voici le principe qui commande tout le reste du folio. Le verset accole deux mots : lakhem (« pour vous ») et le-okhla (« pour manger »). Pris seul, lakhem autoriserait tout usage ; borné par le-okhla, il ne retient que les usages qui ressemblent à manger.

Le critère dégagé porte un nom : hana'ato ve-vi'ouro chave — la jouissance et la disparition coïncident. Manger, boire, s'oindre, allumer une lampe : le plaisir arrive à l'instant même où la chose se consume. Le bois de chauffage, non : il disparaît d'abord, et l'on cuit ensuite sur les braises. Rachi ajoute une remarque décisive pour notre michna : le loulav, lui, sert principalement à balayer, et c'est en balayant qu'il s'use — la jouissance et l'usure coïncident, donc la sainteté peut le saisir.

6
וְהָאִיכָּא עֵצִים דְּמִשְׁחָן, דַּהֲנָאָתָן וּבִיעוּרָן שָׁוָה! אָמַר רָבָא: סְתָם עֵצִים, לְהַסָּקָה הֵן עוֹמְדִין.

Mais il y a pourtant les bois oléagineux, dont la jouissance et la disparition coïncident ! Rava dit : le bois ordinaire est destiné au chauffage.

📜 Rachi (2)
וְהָא אִיכָּא עֵצִים דְּמִשְׁחָן עֵץ שֶׁמֶן שֶׁהָעֵץ עַצְמוֹ מַדְלִיקִין בּוֹ לְהָאִיר כְּמוֹ בַּאֲבוּקוֹת וְהָוֵי הֲנָאָתוֹ וּבִיעוּרוֹ שָׁוֶה נֵימָא הַשְׁתָּא מִיהָא אִם לִקְּטָן לְהַדְלָקַת אוֹרָה דְּנָהֲגָא בְּהוּ שְׁבִיעִית:
« Mais il y a pourtant les bois oléagineux. » Le bois d'un arbre gras, dont on allume le bois lui-même pour éclairer, comme dans les torches : sa jouissance et sa disparition coïncident. Disons donc au moins ceci : s'il les a cueillis pour éclairer, la septième année s'y applique.
וּמְשַׁנֵּי סְתָם עֵצִים שֶׁל הֶיסֵּק לְהַסָּקָה נִיתְּנוּ לַבְּרִיּוֹת וּסְתָמָן לָאו לְהָאִיר קִיְּימוֹ הִלְכָּךְ לָא נָחֲתָא בְּהוּ קְדֻושַּׁת שְׁבִיעִית מֵעִיקָּרָא וַאֲפִילּוּ לְקָטָן לְהָאִיר:
« Et il répond : le bois ordinaire. » Celui du chauffage : c'est pour chauffer qu'il a été donné aux hommes, et à défaut d'intention il n'est pas destiné à éclairer. C'est pourquoi la sainteté de la septième année ne l'a jamais saisi dès l'origine, même s'il l'a cueilli pour éclairer.
💡 Explication

Objection précise : il existe un bois — celui d'un arbre gras, dit Rachi, tel qu'on en fait des torches — que l'on brûle pour éclairer. La lumière arrive au moment même où le bois se consume : le critère est satisfait. Ce bois-là devrait donc porter la sainteté de la chemita, au moins si on l'a cueilli dans ce but.

Rava répond en déplaçant la question de l'usage effectif vers la vocation par défaut de l'objet : le bois, en tant que tel (setam etsim), est fait pour chauffer. Sa nature étant fixée d'avance, la sainteté ne l'a jamais saisi — et l'intention postérieure ne peut plus la faire descendre sur lui.

7
וְעֵצִים לְהַסָּקָה, תַּנָּאֵי הִיא, דְּתַנְיָא: אֵין מוֹסְרִין פֵּירוֹת שְׁבִיעִית לֹא לְמִשְׁרָה וְלֹא לִכְבוּסָה. רַבִּי יוֹסֵי אוֹמֵר: מוֹסְרִין.

Et [la question du] bois de chauffage est une controverse de tanaim, car il a été enseigné : on ne remet pas de fruits de la septième année, ni pour le rouissage, ni pour la lessive. Rabbi Yossi dit : on les remet.

📜 Rachi (3)
ה"ג עֵצִים דְּהַסָּקָה תַּנָּאֵי הִיא וְעֵצִים דְּהַסָּקָה גּוּפַיְיהוּ שֶׁהֲנָאָתָן אַחַר בִּיעוּרָן תַּנָּאֵי הִיא אִי נָהֲגָא בְּהוּ שְׁבִיעִית אִי לֹא דְּאִיכָּא תַּנָּא דְּדָרֵישׁ לָכֶם דֻּומְיָא דְּלַאֲכִילָה לִמְעוּטֵי כֹּל שֶׁהֲנָאָתוֹ אַחַר בִּיעוּרוֹ כִּדְדָרְשִׁינַן לְעֵיל וּמֵהַהִיא דְּרָשָׁה אִימַּעוּט עֵצִים וְאִיכָּא דְּלָא מְמַעֵט מִינֵּיהּ אֶלָּא דָּבָר שֶׁאֵין הֲנָאָתוֹ שָׁוָה בְּכָל אָדָם כְּגוֹן מְלוּגְמָא וְזִילּוּף וְאַפִּיקְטְוִיזִין וַאֲנִי שָׁמַעְתִּי מֵרַבּוֹתַי שֶׁהָיוּ גּוֹרְסִים וּסְתָם עֵצִים לְהַסָּקָה נִינְהוּ תַּנָּאֵי הִיא וְכֵן כָּתוּב בְּכָל הַסְּפָרִים וְטָרַחְתִּי מִנְּעוּרַי בְּכָל צִידֵּי שִׁיטַת הַשַּׁ"ס לְיַשְּׁבָהּ כְּפִי דִּבְרֵיהֶם וְאֵינִי יָכוֹל וּמָצָאתִי גִּירְסָא זוֹ בְּסֵפֶר כְּתַב יָדוֹ שֶׁל רַבֵּינוּ גֵּרְשֹׁום בֶּן יְהוּדָה מְנוּחָתוֹ כָּבוֹד וּבְסֵדֶר יְשׁוּעוֹת שֶׁל רַבֵּינוּ יִצְחָק בַּר מְנַחֵם כָּתוּב וְאֵינוֹ מֻוגָּהּ וְכֵן נִרְאֶה בְּעֵינַי:
« Voici la version : le bois de chauffage est une controverse de tanaim. » Le bois de chauffage lui-même, dont la jouissance vient après sa disparition, fait l'objet d'une controverse de tanaim : la septième année s'y applique-t-elle ou non ? Car il est un tana qui interprète « pour vous » à l'instar de « pour manger », afin d'exclure tout ce dont la jouissance vient après la disparition, comme nous l'avons exposé plus haut — et cette derasha exclut les bois ; et il en est un qui n'en exclut que ce dont la jouissance n'est pas partagée par tous, comme l'emplâtre (meloogma), l'aspersion de parfum (ziloof) et le vomitif (apiktvizin). Or j'ai entendu de mes maîtres qu'ils avaient la version : « et [la règle selon laquelle] le bois ordinaire est destiné au chauffage est une controverse de tanaim » — et c'est ainsi qu'il est écrit dans tous les livres. Je me suis efforcé depuis ma jeunesse, par tous les côtés de la sougya du Talmud, de l'établir selon leurs paroles, et je n'y parviens pas. J'ai trouvé cette version-ci dans un livre de la main de Rabbenou Guerchom fils de Yehouda — que son repos soit honneur — et dans le Seder Yechouot de Rabbenou Its'hak bar Menahem elle est écrite [ainsi], sans correction ; et c'est ainsi qu'il me paraît juste.
אֵין מוֹסְרִין פֵּירוֹת שְׁבִיעִית לֹא לְתוֹךְ מִשְׁרָה לִשְׁרוֹת פִּשְׁתָּן בְּיַיִן שֶׁל שְׁבִיעִית:
« On ne remet pas de fruits de la septième année pour le bain de rouissage. » Pour y faire rouir du lin dans du vin de la septième année.
וְלֹא לִכְבוּסָה לְכִבּוּס בִּגְדֵי' בְּיַיִן שֶׁל שְׁבִיעִית מִשְׁרָה וּכְבוּסָה הֲנָאָתָן אַחַר בִּיעוּרָן שֶׁמִּשָּׁעָה שֶׁשּׁוֹרָה הַבְּגָדִים אוֹ הַפִּשְׁתָּן בְּיַיִן שָׁעָה אַחַת נִתְבַּעֵר וְאָבַד לוֹ וַהֲנָאָתוֹ אֵינָהּ עַד שֶׁיִּלְבַּשׁ הַבְּגָדִים:
« Ni pour la lessive. » Pour laver des vêtements dans du vin de la septième année. Le rouissage et la lessive : leur jouissance vient après leur disparition, car dès l'instant où l'on plonge les vêtements ou le lin dans le vin, ne serait-ce qu'une heure, celui-ci est consumé et perdu, tandis que la jouissance ne vient que lorsqu'on portera les vêtements.
🗂️ Tossefot (1)
וְעֵצִים דְּהַסָּקָה תַּנָּאֵי הִיא. אִי נָהֲגָא בְּהוּ שְׁבִיעִית אוֹ לֹא דְּאִיכָּא תַּנָּא דְּדָרֵישׁ לָכֶם דֻּומְיָא דְּלַאֲכִילָה לִמְעוּטֵי כֹּל שֶׁהֲנָאָתוֹ אַחַר בִּיעוּרוֹ וּמְמַעֵט עֲצֵי הַסָּקָה וְאִית דְּלָא מְמַעֵט אֶלָּא דָּבָר שֶׁהֲנָאָתוֹ אֵין שָׁוֶה בְּכָל אָדָם כְּגוֹן מְלוּגְמָא וְזִילּוּף וְאַפִּיקְטְוִיזִין כָּךְ פֵּירֵשׁ בַּקְּוַנְט' וְרַבּוֹתֵינוּ הָיוּ גּוֹרְסִין וּסְתָם עֵצִים לְהַסָּקָה נִיתְּנוּ תַּנָּאֵי הִיא וּפִי' בַּקְּוַנְט' דְּטָרַח עֲלָהּ לְיַשְּׁבָהּ וְלֹא יָכוֹל וּבְהַגּוֹזֵל קַמָּא (בּ"ק דַּף קב.) פֵּי' בַּקּוּנְטְ' וְזֶה לְשׁוֹנוֹ תַּנָּאֵי הִיא אִיכָּא לְמַאן דְּאִית לֵיהּ סְתָם עֵצִים לְהַסָּקָה נִיתְּנוּ וְלָא חָייְלָא שְׁבִיעִית וַאֲפִילּוּ אַעֵצִים דְּמִשְׁחָן וְאִיכָּא דְּסָבַר אַעֵצִים דְּמִשְׁחָן מִיהָא חָיְילָא וְהַייְנוּ תַּנָּאֵי רַבָּנָן סָבְרִי סְתָם פֵּירוֹת לַאֲכִילָה נִיתְּנוּ וְחָיְילָא עֲלַיְיהוּ קְדֻושַּׁת שְׁבִיעִית כִּדְאָמְרִי' דְּאָכַל דָּבָר שֶׁהֵם וּבִיעוּרָן שָׁוֶה חָייְלָא הִלְכָּךְ אֲפִילּוּ לִקְּטָן לְמִשְׁרָה וְלִכְבוּסָה לָא מְהַנְּיָא מַחֲשָׁבָה לְמֶיהֱוֵי כַּעֲלֵי קָנִים שֶׁלִּקְּטָן לְעֵצִים וּמִשְׁתְּרוּ דְּהָכָא סְתָמַיְיהוּ לְהָכֵי וּלְהָכֵי אֲבָל פֵּירוֹת סְתָמַייְהוּ לַאֲכִילָה וּמִשְּׁעַת יְצִירָתָן חָיְילָא קְדֻושָּׁה עֲלַייְהוּ וְתוּ לָא מְהַנְּיָא מַחֲשָׁבָה לְאַפְקוֹעֵי לְמִשְׁרָה וְלִכְבוּסָה דְּאֵין נוֹהֲגִין בִּקְדֻושַּׁת שְׁבִיעִית וְגַבֵּי עֵצִים נָמֵי סְתָם עֵצִים לְהַסָּקָה נִיתְּנוּ וְלָא חָייְלָא אֲפִילּוּ אַעֵצִים דְּמִשְׁחָן וְר' יוֹסֵי סָבַר לָא אָמְרִי' סְתָם פֵּירוֹת לַאֲכִילָה נִיתְּנוּ וּמְהַנְּיָא בְּהוּ מַחְשָׁבָה כַּעֲלֵי קָנִים וּגְפָנִים וְהֵיכָא דִּלְקָטָן לְמִשְׁרָה הָוֵי דָּבָר שֶׁהֲנָאָתוֹ אַחַר בִּיעוּרוֹ וְלֹא חָל עָלֶיהָ שְׁבִיעִית:
« Et le bois de chauffage est une controverse de tanaim. » [La question est de savoir] si la septième année s'y applique ou non : car il est un tana qui interprète « pour vous » à l'instar de « pour manger », afin d'exclure tout ce dont la jouissance vient après la disparition — ce qui exclut le bois de chauffage ; et il en est un qui n'exclut que ce dont la jouissance n'est pas partagée par tous, comme l'emplâtre, l'aspersion et le vomitif. Ainsi a expliqué Rachi. Nos maîtres, eux, avaient la version : « et [la règle selon laquelle] le bois ordinaire a été donné pour le chauffage est une controverse de tanaim », et Rachi a expliqué qu'il s'était efforcé de l'établir sans y parvenir. Or, au chapitre Ha-gozel kama (Baba Kamma 102a), Rachi a expliqué ainsi, et voici ses termes : « C'est une controverse de tanaim : il est un avis qui tient que le bois ordinaire a été donné pour le chauffage et que la septième année ne le saisit pas, même s'agissant des bois oléagineux ; et il en est un qui tient que sur les bois oléagineux, du moins, elle prend effet. Et voici la controverse : les Sages tiennent que les fruits ordinaires ont été donnés pour la consommation et que la sainteté de la septième année les saisit — comme nous le disons, puisqu'elle prend effet sur tout ce dont [la jouissance] et la disparition coïncident ; dès lors, même s'il les a cueillis pour le rouissage et la lessive, l'intention n'opère pas pour en faire l'équivalent des feuilles de roseau cueillies comme bois, qui sont permises — car là, à défaut d'intention, elles se tiennent indifféremment pour l'un et pour l'autre usage, tandis que les fruits, à défaut d'intention, sont pour la consommation et la sainteté les saisit dès leur formation, si bien que l'intention n'opère plus pour les en soustraire au profit du rouissage et de la lessive, où la sainteté de la septième année ne s'observe pas. Et pour le bois également : le bois ordinaire a été donné pour le chauffage, et [la sainteté] ne prend même pas effet sur les bois oléagineux. Rabbi Yossi, lui, tient qu'on ne dit pas que les fruits ordinaires ont été donnés pour la consommation : l'intention y opère, comme pour les feuilles de roseau et de vigne ; et lorsqu'il les a cueillis pour le rouissage, c'est une chose dont la jouissance vient après sa disparition, et la septième année ne l'a pas saisie. »
💡 Explication

Le critère dégagé plus haut n'est pas unanime. Une baraita l'illustre par deux usages qui détruisent le produit avant d'en faire jouir : le rouissage (michra) — faire tremper du lin dans du vin pour le préparer au filage — et la lessive (kevissa). Dans les deux cas le vin est perdu sur-le-champ, mais on ne profite du vêtement que plus tard. Le premier tana l'interdit ; Rabbi Yossi le permet.

Rachi ouvre ici une longue note de critique textuelle : il refuse la version que ses propres maîtres avaient reçue et qui est, dit-il, « écrite dans tous les livres », parce qu'il n'est jamais parvenu à lui donner un sens ; il lui préfère celle qu'il a trouvée dans un manuscrit autographe de Rabbenou Guerchom. Un témoignage rare d'un maître qui avoue un échec de compréhension.

🖼️ Schéma
Une note de critique textuelle de Rachi : quelle phrase est en controverse ? Selon la version retenue, ce sont deux enjeux très différents qui deviennent objet de mahloket. Version de Rachi Les bois de chauffage sont une controverse Question : la chemita saisit-elle le bois de chauffage, dont la jouissance vient après ? Un tana exclut tout ce qui ne coïncide pas. Un autre n'exclut que l'usage non partagé par tous : emplâtre, aspersion, vomitif. Version des maîtres de Rachi Le bois ordinaire vise le chauffage : controverse Question : la réponse même de Rava est-elle contestée par un tana ? Rachi : présente dans tous les livres, mais je me suis efforcé depuis ma jeunesse de l'établir -- et je n'y parviens pas. Ce sur quoi Rachi s'appuie, et ce que Tossefot en fait Rachi produit deux témoins : un manuscrit autographe de Rabbenou Guerchom et le Seder Yechouot de R. Its'hak bar Menahem. Tossefot conserve les deux versions et va chercher ailleurs le commentaire de Rachi lui-même (Baba Kamma 102a) pour montrer comment la version des maîtres pourrait tenir : elle porterait sur le pouvoir de l'intention, fruit contre bois.
Les deux versions en présence dans la note de Rachi, et ce que chacune met en controverse.
8
מַאי טַעְמֵיהּ דְּתַנָּא קַמָּא — דְּאָמַר קְרָא: ״לְאָכְלָהּ״, וְלֹא לְמִשְׁרָה וְלֹא לִכְבוּסָה. מַאי טַעְמֵיהּ דְּרַבִּי יוֹסֵי — אֲמַר קְרָא: ״לָכֶם״, ״לָכֶם״ לְכָל צָרְכֵיכֶם, וַאֲפִילּוּ לְמִשְׁרָה וְלִכְבוּסָה. וְתַנָּא קַמָּא, הָא כְתִיב ״לָכֶם״! הַהוּא ״לָכֶם״ דֻּומְיָא דִּלְאָכְלָה: מִי שֶׁהֲנָאָתוֹ וּבִיעוּרוֹ שָׁוֶה, יָצְאוּ מִשְׁרָה וּכְבוּסָה — שֶׁהֲנָאָתָן אַחַר בִּיעוּרָן.

Quelle est la raison du premier tana ? Car le verset dit « pour manger » — et non pour le rouissage ni pour la lessive.

Quelle est la raison de Rabbi Yossi ? Le verset dit « pour vous » : « pour vous », pour tous vos besoins, et même pour le rouissage et pour la lessive.

Et le premier tana : n'est-il pas écrit « pour vous » ? Ce « pour vous » -là est à l'instar de « pour manger » : ce dont la jouissance et la disparition coïncident — sont exclus le rouissage et la lessive, dont la jouissance vient après leur disparition.

🗂️ Tossefot (1)
יָצְאוּ מִשְׁרָה וּכְבוּסָה שֶׁהֲנָאָתָן אַחַר בִּיעוּרָן. שֶׁמִּשְּׁעַת שֶׁשָּׁרָה הַפִּשְׁתָּן אוֹ הַבְּגָדִים בְּיַיִן שָׁעָה אַחַת נִתְבַּעֵר וְאָבַד וַהֲנָאָתוֹ אֵינָהּ עַד שֶׁיִּלְבַּשׁ אוֹתָן בְּגָדִים כָּךְ פֵּי' בַּקְּוַנְט' וְתֵימַהּ דִּבְהַגּוֹזֵל קַמָּא (בּ"ק דַּף קא: וְשָׁם) קָא חֲשִׁיב מִין הַצְּבוּעִין הֲנָאָתָן וּבִיעוּרָן שָׁוֶה וּמֵהַאי טַעְמָא הֲוָה לֵיהּ לְאַחְשׁוֹבֵי הֲנָאָתוֹ אַחַר בִּיעוּרוֹ שֶׁבִּיעוּר בִּשְׁעַת צְבִיעָה וּלְבִישָׁה אַחַר כָּךְ וּלְמַאי דְּבָעֵי לְמֵימַר' הָתָם יֵשׁ שֶׁבַח סַמָּנִין עַל גַּבֵּי הַצֶּמֶר נִיחָא דְּאֵין זֶה שַׁיָּיךְ גַּבֵּי מִשְׁרָה וּכְבוּסָה וּבַקּוּנְטְרֵס פֵּירֵשׁ שָׁם דְּמִינֵי צְבָעִים בִּשְׁעַת רְתִיחַת הַיּוֹרָה כָּלָה הַשֹּׁורֶשׁ וְקוֹלֵט הַצֶּבַע בַּבֶּגֶד נִמְצָא הֲנָאָתוֹ וּבִיעוּרוֹ שָׁוֶה אֲבָל מִשְׁרָה וּכְבוּסָה מִשָּׁעָה שֶׁמַּטִּילִין פִּשְׁתָּן אוֹ בֶּגֶד בְּיַיִן נִתְקַלְקֵל וְנִבְעַר וַהֲנָאָתוֹ אֵינָהּ עַד שְׁלֹשָׁה יָמִים אוֹ אַרְבָּעָה שֶׁיְּהֵא הַפִּשְׁתָּן שָׁרוּי:
« Sont exclus le rouissage et la lessive, dont la jouissance vient après leur disparition. » Car dès l'instant où l'on a plongé le lin ou les vêtements dans le vin, ne serait-ce qu'une heure, celui-ci est consumé et perdu, tandis que la jouissance ne vient que lorsqu'on portera ces vêtements — ainsi a expliqué Rachi. Cela étonne : au chapitre Ha-gozel kama (Baba Kamma 101b), on range les teintures parmi ce dont la jouissance et la disparition coïncident, alors que, pour cette même raison, on aurait dû les ranger parmi ce dont la jouissance vient après la disparition, puisque la disparition a lieu au moment de la teinture et que le port du vêtement vient ensuite. Selon ce que l'on veut y soutenir — qu'il y a une plus-value des ingrédients colorants sur la laine — cela se comprend, car cela ne vaut pas pour le rouissage et la lessive. Et Rachi y a expliqué que, pour les teintures, au moment où la cuve bout, la racine [colorante] se consume et la couleur est absorbée par le vêtement : il se trouve ainsi que la jouissance et la disparition coïncident ; tandis que pour le rouissage et la lessive, dès l'instant où l'on jette le lin ou le vêtement dans le vin, celui-ci se gâte et disparaît, et la jouissance ne vient qu'après trois ou quatre jours, le temps que le lin ait roui.
💡 Explication

La Guemara met à nu la mécanique : les deux tanaim lisent le même verset et se partagent ses deux mots. Chacun prend l'un pour principe et doit alors rendre compte de l'autre.

Le premier tana part de le-okhla, restrictif, et neutralise lakhem en en faisant, non pas une extension, mais l'énoncé du critère de coïncidence. Rabbi Yossi fait l'inverse : il part de lakhem — « pour tous vos besoins » — et devra, au segment suivant, trouver un autre emploi à le-okhla.

🖼️ Schéma
Deux mots, deux lectures : tana kama contre Rabbi Yossi Le même verset contient lakhem (large) et le-okhla (restrictif). Chacun choisit lequel borne l'autre. Tana kama Ni pour le rouissage, ni pour la lessive Verset moteur le-okhla : pour manger, et non pour rouir ni pour laver. Que fait-il de lakhem ? Il le lit domya de-le-okhla : pour vous à l'instar de pour manger. Lakhem n'élargit pas, il donne le critère de coïncidence. Conséquence Rouissage et lessive sortent : leur jouissance vient après la disparition. C'est aussi la derasha qui exclut le bois de chauffage (seg. 4) : lecture restrictive. Rabbi Yossi On les remet Verset moteur lakhem : pour vous, pour tous vos besoins, et même pour rouir et pour laver. Que fait-il de le-okhla ? Il en a besoin pour une autre exclusion : pour manger, et non pour l'emplâtre (meloogma) -- l'usage médicinal. Conséquence Le fruit de chemita suit l'homme dans tous ses besoins corporels, sauf le soin. Il tient aussi que l'intention opère sur le fruit, comme sur les feuilles (Tossefot seg. 6). Nafka mina pratique Peut-on laver son linge dans du vin de la septième année ? Tana kama : non. Rabbi Yossi : oui -- mais soigner une plaie avec, non.
La même paire de mots, distribuée en sens inverse par les deux tanaim.
9
וְרַבִּי יוֹסֵי, הָא כְתִיב ״לְאָכְלָהּ״! הַהוּא מִיבְּעֵי לֵיהּ ״לְאָכְלָהּ״ וְלֹא לִמְלוּגְמָא. כִּדְתַנְיָא: ״לְאָכְלָהּ״ — וְלֹא לִמְלוּגְמָא. אַתָּה אוֹמֵר ״לְאָכְלָהּ״ וְלֹא לִמְלוּגְמָא, אוֹ אֵינוֹ אֶלָּא וְלֹא לִכְבוּסָה? כְּשֶׁהוּא אוֹמֵר ״לָכֶם״, הֲרֵי לִכְבוּסָה אָמוּר. הָא מָה אֲנִי מְקַיֵּים ״לְאָכְלָהּ״ — ״לְאָכְלָהּ״ וְלֹא לִמְלוּגְמָא. מֶה רָאִיתָ לְרַבּוֹת אֶת הַכְּבוּסָה וּלְהוֹצִיא אֶת הַמְּלוּגְמָא?

Et Rabbi Yossi : n'est-il pas écrit « pour manger » ? Il en a besoin pour [enseigner] : « pour manger » — et non pour l'emplâtre.

Comme il a été enseigné : « pour manger » — et non pour l'emplâtre. Tu dis : « pour manger » et non pour l'emplâtre — ou peut-être n'est-ce pas plutôt : et non pour la lessive ?

Lorsque [le verset] dit « pour vous », la lessive se trouve déjà énoncée [comme permise]. Comment donc maintiendrai-je « pour manger » ?

[Ainsi :] « pour manger » et non pour l'emplâtre. Qu'as-tu vu pour inclure la lessive et exclure l'emplâtre ?

📜 Rachi (1)
לִמְלוּגְמָא לִרְפוּאָה:
« Pour l'emplâtre (meloogma). » Pour un remède.
💡 Explication

Rabbi Yossi doit rendre son emploi à le-okhla. Réponse : ce mot ne sert pas à exclure la lessive — déjà permise par lakhem — mais l'emplâtre (meloogma), l'usage médicinal, que Rachi glose d'un mot : « pour un remède ».

La baraita se met alors elle-même en question par la formule scolaire ma raita — « qu'as-tu vu ? » : rien n'obligeait à répartir les exclusions dans ce sens plutôt que dans l'autre. Le folio s'interrompt exactement sur cette question ; la réponse, au verso, invoquera le fait que la lessive est un besoin commun à tous les hommes, tandis que le remède n'est le besoin que d'un seul.

🖼️ Schéma
Pourquoi inclure la lessive et exclure l'emplâtre ? -- la derasha de Rabbi Yossi Le-okhla exclut forcément quelque chose : reste à savoir quoi, une fois lakhem lu largement. lakhem : pour tous vos besoins -- la lessive est déjà permise par ce mot Puisque lakhem couvre les besoins du corps, le-okhla ne peut plus servir à exclure la lessive. Inclus : la lessive (kevissa) Un besoin du corps de tout homme. Il concerne tout le monde de la même manière -- chave be-khôl adam. Donc couvert par lakhem, pour vous. Exclu : l'emplâtre (meloogma) Un usage médicinal -- seul le malade en a besoin. Il n'est pas partagé par tous. C'est donc lui que le-okhla vient retrancher. Le critère de tri, laissé en suspens à la fin du folio Est commun à tous les hommes ce qu'ils font tous ; le soin d'une plaie est le besoin d'un seul. La suite discutera ce partage.
Comment Rabbi Yossi répartit les deux exclusions, et la question laissée ouverte à la fin du folio.
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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).