Sougya : Le folio achève d'abord le débat sur le mot le-okhla : pour Rabbi Yossi, seul est exclu l'usage qui n'est pas égal pour tout homme — la lessive reste permise, le cataplasme non ; et une baraita anonyme, qui n'exclut que le cataplasme, l'aspersion parfumée et l'émétique sans rien dire du rouissage ni de la lessive, est identifiée comme étant la sienne. S'ouvre ensuite la grande mahloket du folio : Rabbi Elazar soutient que la sainteté de la chemita ne se transfère au prix que par une vente réelle (derekh mekah), tandis que Rabbi Yo'hanan admet aussi la déclaration de rachat (derekh hiloul).
Chacun a son verset dans Lévitique 25 — la juxtaposition du yovel et de la vente pour l'un, le mot kodech et l'analogie avec le hekdech pour l'autre — et chacun doit rendre compte du verset de son contradicteur : Rabbi Yo'hanan y lit l'enseignement de Rabbi Yossi bar Hanina sur la poussière (avak) de la chemita, qui ruine le négociant mesure pour mesure, et Rabbi Elazar y lit que le prix est saisi par la sainteté. La guemara apporte alors une baraita pour chaque camp.
Celle de Rabbi Elazar pose la limite décisive de l'analogie avec le hekdech : tihyeh, be-havayato tehe — le fruit ne sort jamais de sa sainteté, même quand elle se pose sur un substitut ; d'où la chaîne viande, poisson, vin, huile, où seul le dernier maillon est saint et où le fruit d'origine reste interdit. Celle de Rabbi Yo'hanan emploie au contraire le verbe mithalelin, à propos du désaccord de Rabbi Meir et des Sages sur le rachat opéré sur une bête vivante, que les Sages interdisent de peur que l'on n'en élève des troupeaux.
Le folio s'arrête sur les premiers mots de Rava, qui va délimiter cette dernière controverse.
J'inclus la lessive, qui est égale pour tout homme, et j'exclus le cataplasme (melugma), qui n'est pas égal pour tout homme.
Fin de la réponse de Rabbi Yossi commencée au folio précédent. Son critère pour savoir ce que l'on peut faire d'un fruit de la septième année n'est pas la simultanéité du profit et de la disparition du fruit, mais l'universalité du besoin : est chaveh be-khôl adam (égal pour tout homme) ce dont chacun a besoin.
La kevousa (lessive) passe le test : tout le monde lave son linge, comme tout le monde mange. La melugma (cataplasme médicinal) échoue : elle ne sert qu'au malade. Le partage ne passe donc pas entre usage alimentaire et usage non alimentaire, mais entre besoin commun et besoin particulier.
Qui est le Tana de ce que nos maîtres ont enseigné : « pour la manger » — et non pour un cataplasme ; « pour la manger » — et non pour l'aspersion (de vin parfumé dans la maison) ; « pour la manger » — et non pour en faire un apiktoizin (un émétique) ? Selon qui (est cette baraita) ?
Selon Rabbi Yossi. Car si elle était selon les Sages, il y a aussi le rouissage (du lin) et la lessive (qu'il aurait fallu exclure).
La guemara vérifie à qui appartient une baraita anonyme. Elle énumère trois usages exclus par le mot le-okhla (pour la manger) : le cataplasme, le zilouf (asperger du vin dans la maison pour la bonne odeur) et l'apiktoizin (un vomitif que l'on prenait pour se rouvrir l'appétit au festin).
Le raisonnement est un argument par le silence. Les trois exclus ont un point commun : ils ne servent qu'à une catégorie de gens — le malade, l'homme délicat, le glouton. Pour les Sages, en revanche, le critère excluait aussi le michra (rouissage du lin) et la kevousa (lessive), qui ne sont pas des consommations où le profit et la disparition coïncident. Puisque la baraita ne les mentionne pas, elle ne suit pas les Sages : elle est de Rabbi Yossi.
Rabbi Elazar a dit : la (sainteté de la) septième année ne se transfère que par voie d'achat (derekh mekah). Et Rabbi Yo'hanan a dit : aussi bien par voie d'achat que par voie de rachat (derekh hiloul).
Nouveau sujet, qui occupera tout le reste du folio. Un fruit de chemita porte une sainteté : on ne peut ni le vendre comme marchandise, ni le gaspiller, et il faut l'éliminer (biour) au temps voulu. Question : par quel acte cette sainteté peut-elle passer du fruit à autre chose, de sorte que le fruit devienne consommable comme du profane ?
Deux voies concevables. Le mekah : un échange réel, je te vends le fruit et je reçois ton argent — la sainteté suit l'argent. Le hiloul : une simple déclaration performative, « ces fruits sont rachetés sur cet argent », comme on rachète un bien consacré au Temple. Rabbi Elazar n'admet que la première ; Rabbi Yo'hanan admet les deux.
Quel est le motif de Rabbi Elazar ? Car il est écrit : « En cette année du yovel (jubilé), etc. » (Lev 25,13), et il lui est juxtaposé : « Et si vous faites une vente » (Lev 25,14) — par voie d'achat, et non par voie de rachat.
Et Rabbi Yo'hanan, quel est son motif ? Car il est écrit : « car c'est le yovel, il sera saint (kodech) » (Lev 25,12).
De même que le kodech (le bien consacré) — aussi bien par voie d'achat que par voie de rachat —, de même la septième année : aussi bien par voie d'achat que par voie de rachat.
Chacun a son verset. Rabbi Elazar utilise la méthode des semoukhin (l'exposition de deux versets juxtaposés) : le verset du yovel — et Rachi rappelle que chemita et yovel relèvent ici d'une même loi — est immédiatement suivi du verset de la vente. La juxtaposition désigne donc le mode de transfert : une vente, rien d'autre.
Rabbi Yo'hanan part du mot kodech du verset précédent et construit une analogie avec les biens consacrés au Temple. Or le hekdech, lui, connaît bien deux voies : le rachat par estimation (ou-fada be-erkekha, Lev 27,27) et la vente (ve-nimkar be-erkekha). Si la chemita est appelée kodech, elle doit hériter des deux.
Et Rabbi Yo'hanan, ce « et si vous faites une vente », qu'en fait-il ? Il lui est nécessaire pour l'enseignement de Rabbi Yossi bar Hanina.
Car il a été enseigné : Rabbi Yossi bar Hanina a dit : viens et vois combien est grave la poussière (avak) de la septième année, etc. Un homme fait négoce des fruits de la septième année — il finit par vendre ses biens meubles et ses ustensiles, ainsi qu'il est dit : « En cette année du yovel, vous retournerez chacun à sa propriété », et il lui est juxtaposé : « Et si vous faites une vente à ton prochain, etc. »
Rabbi Yo'hanan doit rendre compte du même voisinage de versets, puisqu'il ne l'utilise pas pour la question du transfert. Il le détourne vers une leçon morale : le voisinage entre le retour à la propriété et la vente enseigne le châtiment du négociant.
Le mot clé est avak, la poussière. Rachi en donne la définition générale : on appelle avak ce qui n'est pas le cœur d'un interdit mais s'en élève comme la poussière d'une chose pilée au mortier — ainsi avak ribbit (poussière d'usure) et avak lachon hara. Le cœur de l'interdit de chemita, ce sont les travaux agricoles ; en faire négoce n'est qu'un simple commandement positif détourné. Et pourtant c'est cette faute légère qui ruine l'homme, mida ke-neged mida : il a voulu vendre ce qu'il ne devait pas vendre, il finira par vendre ce qu'il ne voulait pas vendre.
Et Rabbi Elazar, ce verset de Rabbi Yo'hanan, qu'en fait-il ? Il lui est nécessaire pour ce qui a été enseigné : « car c'est le yovel, il sera saint » — de même que le kodech saisit son prix, de même la septième année saisit son prix.
Symétrie du procédé : chacun doit rendre compte du verset de l'autre. Rabbi Elazar accepte lui aussi l'analogie avec le kodech, mais il en tire un contenu différent — non pas la voie du transfert, mais son effet : l'argent reçu en échange du fruit est bel et bien saisi (tofess) par la sainteté de la septième année.
Rachi y ajoute une observation fine : le rachat et la vente ont la même structure — une chose sort, une autre entre à sa place. Dans le pidyon, le bien consacré sort vers le profane et l'argent entre à sa place ; dans la vente, l'objet quitte le pouvoir du vendeur et l'argent entre dans son domaine. C'est cette structure d'échange qui fonde la transmission de la sainteté.
Il a été enseigné (une baraita) conformément à Rabbi Elazar, et il a été enseigné (une autre baraita) conformément à Rabbi Yo'hanan. Il a été enseigné conformément à Rabbi Elazar : la septième année saisit son prix, ainsi qu'il est dit : « car c'est le yovel, il sera saint pour vous » — de même que le kodech saisit son prix et (celui-ci) devient interdit, de même la septième année saisit son prix et (celui-ci) devient interdit.
La guemara annonce qu'elle dispose d'une baraita pour chaque camp — situation d'équilibre qui ne tranchera pas la mahloket mais en montrera l'ancrage tannaitique.
La première baraita commence par un point qui n'est contesté par personne : le prix est saisi par la sainteté. Ce n'est encore que le point de départ ; toute la question sera de savoir jusqu'où pousser l'analogie avec le hekdech.
(Dirais-tu) : de même que le kodech saisit son prix et sort (lui-même) vers le profane, de même la septième année saisirait son prix et sortirait vers le profane ? L'Écriture dit : « il sera » (tihyeh) — qu'il demeure dans son état (be-havayato tehe).
Voici la limite de l'analogie, et c'est le point le plus important du passage. Dans le hekdech, le rachat est un échange complet : la sainteté quitte l'objet et se pose sur l'argent ; l'objet devient profane. Faut-il en dire autant du fruit de chemita ?
Non : le mot tihyeh (il sera) est lu be-havayato tehe — que la chose demeure telle qu'elle est. La sainteté de la septième année se dédouble au lieu de se déplacer : elle se pose sur le prix sans quitter le fruit. C'est ce qui distingue structurellement la chemita du hekdech.
Comment cela ? S'il a acheté de la viande avec des fruits de la septième année — les uns et les autres doivent être éliminés (biour) au temps de la septième année.
S'il a acheté du poisson avec la viande — la viande est sortie et le poisson est entré. S'il a acheté du vin avec le poisson — le poisson est sorti et le vin est entré.
S'il a acheté de l'huile avec le vin — le vin est sorti et l'huile est entrée.
La baraita illustre la règle par une chaîne concrète. Premier maillon : le fruit paye la viande. Les deux sont alors soumis à la sainteté et devront être éliminés au temps du biour — c'est exactement l'effet de be-havayato tehe : le fruit n'est pas sorti.
Mais à partir du deuxième maillon, le mécanisme change. La viande n'était qu'un prix (demei chevi'it), non le corps même de la sainteté ; elle se comporte donc comme l'argent du hekdech et sort quand un nouveau substitut entre. Rachi le formule exactement : tihyeh n'a été écrit qu'à propos des fruits eux-mêmes.
Comment cela ? Le dernier, toujours le dernier, entre dans (la sainteté de) la septième année, et le fruit lui-même reste interdit.
Du fait qu'elle enseigne « il a acheté », « il a acheté » — il ressort que par voie d'achat, oui ; par voie de rachat, non.
La baraita se résume elle-même en une formule : aharon aharon nikhnas — c'est toujours le dernier acquis qui porte la sainteté. Et elle ajoute la clause décisive : le fruit lui-même reste interdit, quel que soit le nombre de substitutions.
La guemara en tire alors sa preuve pour Rabbi Elazar, et elle porte sur le choix du verbe. La baraita répète quatre fois lakah (il a acheté) et n'emploie jamais un verbe de rachat. Argument de style plus que de fond, mais recevable : une baraita ne varie pas son vocabulaire au hasard.
Il a été enseigné (une baraita) conformément à Rabbi Yo'hanan : tant la septième année que le maasser cheni se rachètent (mithalelin) sur une bête domestique, un animal sauvage ou un oiseau, qu'ils soient vivants ou abattus — paroles de Rabbi Meir. Et les Sages disent : sur des bêtes abattues, ils se rachètent ; sur des bêtes vivantes, ils ne se rachètent pas — décret (guezera), de peur qu'il n'en élève des troupeaux.
La baraita symétrique, qui appuie Rabbi Yo'hanan, et cette fois par le même genre d'argument lexical : elle emploie précisément le verbe mithalelin (ils se rachètent par hiloul), et non lakah. Si le rachat par déclaration était sans effet sur la chemita, ce verbe serait impossible.
Le contenu propre de la baraita est un désaccord sur le support du rachat. Rabbi Meir l'admet sur une bête vivante ; les Sages l'interdisent par un décret de prévention : une bête vivante se garde, se reproduit, et l'homme finira par constituer un troupeau consacré au lieu de consommer sa dîme en son temps. Rachi relie ce risque au calendrier des dîmes (l'obligation du biour et du vidouy à la fin de la troisième année) et, pour la chemita, à l'interdit d'en tirer un enrichissement.
Rava a dit : la controverse (porte sur...)
Le folio s'interrompt au milieu de la phrase. Rava s'apprête à délimiter la controverse de Rabbi Meir et des Sages — la suite, au folio 41a, précisera qu'elle ne porte que sur les mâles, tandis que pour les femelles tous s'accordent à craindre la constitution d'un troupeau. C'est exactement la distinction que Tossefot vient d'anticiper depuis le Yerouchalmi.
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).