Soukka 40b — Comment la sainteté de la septième année passe-t-elle au prix : par la vente seule ou aussi par le rachat ?

Sukkah 40b

Sougya : Le folio achève d'abord le débat sur le mot le-okhla : pour Rabbi Yossi, seul est exclu l'usage qui n'est pas égal pour tout homme — la lessive reste permise, le cataplasme non ; et une baraita anonyme, qui n'exclut que le cataplasme, l'aspersion parfumée et l'émétique sans rien dire du rouissage ni de la lessive, est identifiée comme étant la sienne. S'ouvre ensuite la grande mahloket du folio : Rabbi Elazar soutient que la sainteté de la chemita ne se transfère au prix que par une vente réelle (derekh mekah), tandis que Rabbi Yo'hanan admet aussi la déclaration de rachat (derekh hiloul).

Chacun a son verset dans Lévitique 25 — la juxtaposition du yovel et de la vente pour l'un, le mot kodech et l'analogie avec le hekdech pour l'autre — et chacun doit rendre compte du verset de son contradicteur : Rabbi Yo'hanan y lit l'enseignement de Rabbi Yossi bar Hanina sur la poussière (avak) de la chemita, qui ruine le négociant mesure pour mesure, et Rabbi Elazar y lit que le prix est saisi par la sainteté. La guemara apporte alors une baraita pour chaque camp.

Celle de Rabbi Elazar pose la limite décisive de l'analogie avec le hekdech : tihyeh, be-havayato tehe — le fruit ne sort jamais de sa sainteté, même quand elle se pose sur un substitut ; d'où la chaîne viande, poisson, vin, huile, où seul le dernier maillon est saint et où le fruit d'origine reste interdit. Celle de Rabbi Yo'hanan emploie au contraire le verbe mithalelin, à propos du désaccord de Rabbi Meir et des Sages sur le rachat opéré sur une bête vivante, que les Sages interdisent de peur que l'on n'en élève des troupeaux.

Le folio s'arrête sur les premiers mots de Rava, qui va délimiter cette dernière controverse.

Comment la sainteté de la septième année passe-t-elle du fruit à l'argent ? Deux voies possibles : la vente (mekah) ou la déclaration de rachat (hiloul). Rabbi Elazar n'en retient qu'une. RABBI ELAZAR RABBI YO'HANAN Seulement DRAKH MEKAH (par la vente) Il faut un échange réel : je livre, tu payes Mekah ET hiloul (déclaration de rachat) Il suffit de dire : ces fruits sont rachetés sur cet argent VERSET : la juxtaposition (semoukhin) En cette année du yovel (Lev 25,13) ... ... et si vous faites une VENTE (Lev 25,14) VERSET : l'analogie avec le kodech Car c'est le yovel, il sera SAINT (Lev 25,12) Le kodech se rachète des deux façons (Lev 27,27) Et l'autre verset ? Il sert à enseigner : kodech = l'argent est SAISI par la sainteté (mais pas la voie du rachat par déclaration) Et l'autre verset ? Il sert à enseigner : R. Yossi bar Hanina : la poussière (avak) de la chemita ruine le négociant, mesure pour mesure BARAITA À SON APPUI Il a ACHETÉ de la viande, il a ACHETÉ du poisson... Toujours lakah : achat oui, rachat non BARAITA À SON APPUI Chemita et maasser cheni MITHALELIN sur une bête Le verbe hiloul est employé tel quel NAFKA MINA (conséquence pratique) Celui qui détient des fruits de chemita et veut les manger comme du profane : selon R. Elazar il doit passer par une vente réelle ; selon R. Yo'hanan une simple déclaration suffit. Dans les deux cas le FRUIT reste saint : seul le substitut change de mains.
Rabbi Elazar contre Rabbi Yohanan : la sainteté de la chemita se transfère-t-elle par la seule vente, ou aussi par une déclaration de rachat ? Versets, contre-emplois et baraitot de soutien.
La chaîne des substitutions : aharon aharon nikhnas Le dernier maillon porte la sainteté. Mais le fruit d'origine, lui, ne la quitte jamais. FRUIT de chemita reste SAINT VIANDE sainteté entrée puis sortie POISSON sainteté entrée puis sortie VIN sainteté entrée puis sortie HUILE DERNIER maillon SAINT Les DEUX bouts de la chaîne sont saints en même temps Pourquoi le fruit ne sort-il jamais ? Le verset dit KODECH TIHYEH LAKHEM : be-havayato tehe -- qu'il demeure dans son état. Tihyeh n'est écrit que sur le FRUIT lui-même, jamais sur ses substituts (Rachi). Différence nette avec le hekdech, qui sort au profane. Pourquoi les maillons intermédiaires sortent-ils ? Parce qu'ils ne sont que des demei chevi'it (prix de la chemita), et un prix se rachète sur un autre prix. Seul le premier fruit est le corps même de la sainteté. Le premier achat : les DEUX doivent être éliminés (biour). Ce que la guemara en tire contre Rabbi Yo'hanan La baraita répète quatre fois le verbe LAKAH (il a acheté) et jamais HILEL (il a racheté par déclaration). Preuve, dit la guemara, que la sainteté ne se transfère que par un achat réel -- comme le soutient Rabbi Elazar. Mais une seconde baraita, sur le rachat sur une bête, emploie précisément le verbe mithalelin : elle appuie R. Yo'hanan.
La chaîne fruit / viande / poisson / vin / huile : seul le dernier maillon est saint, mais le fruit d'origine ne perd jamais sa sainteté.
LE-OKHLA : que peut-on faire d'un fruit de la septième année ? Le mot pour la manger n'exclut pas les mêmes usages selon Rabbi Yossi et selon les Sages. le-okhla -- pour la manger LES SAGES (rabbanan) Critère : profit et disparition simultanés RABBI YOSSI Critère : profit égal pour tout homme EXCLUS : bois de chauffage -- melugma (cataplasme) zilouf (asperger du vin pour l'odeur) apiktoizin (émétique) michra (rouissage du lin) kevousa (lessive) EXCLUS : melugma -- seul le malade en a besoin zilouf -- seul l'homme délicat (astenis) apiktoizin -- seul le glouton PERMIS : michra, kevousa, bois tout le monde lave son linge et se chauffe La preuve de la guemara La baraita n'exclut que trois choses : melugma, zilouf, apiktoizin. Elle ne dit rien de michra ni de kevousa. Si elle suivait les Sages, il aurait fallu les exclure aussi. Donc cette baraita est de Rabbi Yossi. Note de Rachi : apiktoizin est un notarikon -- apik tefi zayin, fais sortir le surplus de nourriture.
Le-okhla et ses exclusions : ce que retranchent les Sages (profit et disparition simultanés) et ce que retranche Rabbi Yossi (profit égal pour tous).
1
מְרַבֶּה אֲנִי אֶת הַכְּבוּסָה שֶׁשָּׁוָה בְּכָל אָדָם, וּמוֹצִיא אֶת הַמְּלוּגְמָא שֶׁאֵינָהּ שָׁוָה לְכָל אָדָם.

J'inclus la lessive, qui est égale pour tout homme, et j'exclus le cataplasme (melugma), qui n'est pas égal pour tout homme.

📜 Rachi (2)
מְרַבֶּה אֲנִי אֶת הַכְּבוּסָה שֶׁשָּׁוָה בְּכָל אָדָם שֶׁהַכֹּל צְרִיכִין לָהּ כְּמוֹ אֲכִילָה שֶׁשָּׁוֶה בְּכָל אָדָם:
Car tout le monde en a besoin, comme la nourriture, qui est égale pour tout homme.
מְלוּגְמָא שֶׁאֵינָהּ שָׁוָה בְּכָל אָדָם שֶׁאֵין הַכֹּל חֻולִּין:
Car tout le monde n'est pas malade.
💡 Explication

Fin de la réponse de Rabbi Yossi commencée au folio précédent. Son critère pour savoir ce que l'on peut faire d'un fruit de la septième année n'est pas la simultanéité du profit et de la disparition du fruit, mais l'universalité du besoin : est chaveh be-khôl adam (égal pour tout homme) ce dont chacun a besoin.

La kevousa (lessive) passe le test : tout le monde lave son linge, comme tout le monde mange. La melugma (cataplasme médicinal) échoue : elle ne sert qu'au malade. Le partage ne passe donc pas entre usage alimentaire et usage non alimentaire, mais entre besoin commun et besoin particulier.

2
מַאן תְּנָא לְהָא דְּתָנוּ רַבָּנַן: ״לְאָכְלָהּ״ — וְלֹא לִמְלוּגְמָא, ״לְאָכְלָהּ״ — וְלֹא לְזִילּוּף, ״לְאָכְלָהּ״ — וְלֹא לַעֲשׂוֹת מִמֶּנָּה אַפִּיקְטְוִיזִין? כְּמַאן — כְּרַבִּי יוֹסֵי. דְּאִי רַבָּנָן, הָא אִיכָּא נָמֵי מִשְׁרָה וּכְבוּסָה.

Qui est le Tana de ce que nos maîtres ont enseigné : « pour la manger » — et non pour un cataplasme ; « pour la manger » — et non pour l'aspersion (de vin parfumé dans la maison) ; « pour la manger » — et non pour en faire un apiktoizin (un émétique) ? Selon qui (est cette baraita) ?

Selon Rabbi Yossi. Car si elle était selon les Sages, il y a aussi le rouissage (du lin) et la lessive (qu'il aurait fallu exclure).

📜 Rachi (3)
וְלֹא לְזַלֵּף יַיִן שֶׁמְּזַלְּפִין בַּבַּיִת לְרֵיחַ טוֹב:
Du vin que l'on asperge dans la maison pour la bonne odeur.
אֲפִיקְטְוִיזִין לְהָקִיא וְהוּא בְּנוֹטָרִיקוֹן אַפֵּיק טְפֵי זַיִן מְזוֹן הָאוֹכֵל יוֹתֵר מִדַּאי מוֹצִיא וּמֵקִיא:
Pour faire vomir. C'est un notarikon (acronyme) : apik tefi zayin — fais sortir le surplus de nourriture ; celui qui mange plus que de raison l'expulse et le vomit.
כְּמַאן כְּר' יוֹסֵי דְּלָא מְמַעֵט אֶלָּא הֲנָאָה שֶׁאֵינָהּ שָׁוָה בְּכָל וְהָנָךְ נָמֵי אֵינָם אֶלָּא לְצֹורֶךְ חֹולִי וְאִסְטְנִיס וְהַייְנוּ תַּנָּאֵי דִּלְעֵיל דִּלְרַבָּנָן לָא נָהֲגָא שְׁבִיעִית אֶלָּא בְּדָבָר שֶׁהֲנָאָתוֹ וּבִיעוּרוֹ שָׁוָה דְּדָרְשִׁינַן לֵיהּ נָמֵי הָכִי וְהָיְתָה שַׁבַּת הָאָרֶץ נוֹהֶגֶת בְּדָבָר שֶׁהוּא לָכֶם דֻּומְיָא דִּלְאָכְלָה שֶׁהֲנָאָתוֹ וּבִיעוּרוֹ שָׁוָה וְלֹא בְּעֵצִים וְרַבִּי יוֹסֵי דָּרֵישׁ הָכִי וְהָיְתָה שַׁבַּת הָאָרֶץ נוֹהֶגֶת כֻּולּוֹ שֶׁהֲנָאָתוֹ שָׁוָה בְּכָל אָדָם וַאֲפִילּוּ עֵצִים לְהַסָּקָה:
Car il n'exclut que le profit qui n'est pas égal pour tous, et ceux-là non plus ne servent qu'au besoin du malade et de l'homme délicat (astenis). Et ce sont là les Tanaim mentionnés plus haut : pour les Sages, la chemita ne s'applique qu'à une chose dont le profit et la consommation coïncident, car eux aussi exposent ainsi le verset : « et le repos de la terre sera » — il s'applique à ce qui est « pour vous », à l'instar de « pour la manger », dont le profit et la disparition coïncident, et non au bois. Rabbi Yossi, lui, expose ainsi : « et le repos de la terre sera » — il s'applique à tout ce dont le profit est égal pour tout homme, et même au bois pour chauffer.
💡 Explication

La guemara vérifie à qui appartient une baraita anonyme. Elle énumère trois usages exclus par le mot le-okhla (pour la manger) : le cataplasme, le zilouf (asperger du vin dans la maison pour la bonne odeur) et l'apiktoizin (un vomitif que l'on prenait pour se rouvrir l'appétit au festin).

Le raisonnement est un argument par le silence. Les trois exclus ont un point commun : ils ne servent qu'à une catégorie de gens — le malade, l'homme délicat, le glouton. Pour les Sages, en revanche, le critère excluait aussi le michra (rouissage du lin) et la kevousa (lessive), qui ne sont pas des consommations où le profit et la disparition coïncident. Puisque la baraita ne les mentionne pas, elle ne suit pas les Sages : elle est de Rabbi Yossi.

🖼️ Schéma
L'argument par le silence de la baraita CE QUE LA BARAITA EXCLUT 1. melugma -- le cataplasme du malade 2. zilouf -- le vin aspergé pour l'odeur 3. apiktoizin -- le vomitif du festin Point commun : aucun n'est un besoin partagé par tous les hommes. CE QU'ELLE NE DIT PAS michra -- rouir le lin dans l'eau kevousa -- laver le linge Les Sages les auraient exclus. Rabbi Yossi non : tout le monde lave. Donc la baraita est de RABBI YOSSI. Méthode : une liste close prouve autant par ce qu'elle omet que par ce qu'elle énonce.
Pourquoi la baraita du le-okhla ne peut pas être des Sages.
3
אָמַר רַבִּי אֶלְעָזָר: אֵין שְׁבִיעִית מִתְחַלֶּלֶת אֶלָּא דֶּרֶךְ מִקָּח. וְרַבִּי יוֹחָנָן אָמַר: בֵּין דֶּרֶךְ מִקָּח בֵּין דֶּרֶךְ חִילּוּל.

Rabbi Elazar a dit : la (sainteté de la) septième année ne se transfère que par voie d'achat (derekh mekah). Et Rabbi Yo'hanan a dit : aussi bien par voie d'achat que par voie de rachat (derekh hiloul).

📜 Rachi (1)
אֵין שְׁבִיעִית מִתְחַלֶּלֶת לִתְפֹּוס דָּמֶיהָ בִּקְדֻושָּׁתָהּ אֶלָּא דֶּרֶךְ מִקָּח שֶׁמּוֹכְרָהּ זֶה לַחֲבֵירוֹ אֲבָל לֹא ע"י חִילּוּל לוֹמַר הֲרֵי פֵּירוֹת הַלָּלוּ מְחֻולָּלִין עַל מָעוֹת הָאֵלּוּ כְּדֶרֶךְ שֶׁפּוֹדִין הֶקְדֵּשׁוֹת:
(Elle ne se transfère pas), c'est-à-dire que son prix ne soit saisi par sa sainteté, autrement que par voie d'achat, lorsque celui-ci la vend à autrui ; mais non par un acte de rachat, en disant : voici que ces fruits sont rachetés sur cet argent, à la manière dont on rachète les biens consacrés.
🗂️ Tossefot (1)
אֵין שְׁבִיעִית מִתְחַלֶּלֶת אֶלָּא דֶּרֶךְ מִקָּח. וְהָא דְּתַנְיָא לְעֵיל (סֻוכָּה דַּף לט.) וְאִם מָכַר יֹאמַר מָעוֹת הַלָּלוּ מְחֻולָּלִין עַל פֵּירוֹת שֶׁיֵּשׁ לִי בַּבַּיִת קְנָסָא בְּעָלְמָא כִּדְפָרֵישִׁית לְעֵיל:
« La chemita ne se transfère que par voie d'achat » : quant à ce qui a été enseigné plus haut (Souccot 39a) — s'il a vendu, qu'il dise : cet argent est racheté sur des fruits que j'ai à la maison —, ce n'est là qu'une simple amende (kenassa) rabbinique, comme je l'ai expliqué plus haut.
💡 Explication

Nouveau sujet, qui occupera tout le reste du folio. Un fruit de chemita porte une sainteté : on ne peut ni le vendre comme marchandise, ni le gaspiller, et il faut l'éliminer (biour) au temps voulu. Question : par quel acte cette sainteté peut-elle passer du fruit à autre chose, de sorte que le fruit devienne consommable comme du profane ?

Deux voies concevables. Le mekah : un échange réel, je te vends le fruit et je reçois ton argent — la sainteté suit l'argent. Le hiloul : une simple déclaration performative, « ces fruits sont rachetés sur cet argent », comme on rachète un bien consacré au Temple. Rabbi Elazar n'admet que la première ; Rabbi Yo'hanan admet les deux.

4
מַאי טַעְמֵיהּ דְּרַבִּי אֶלְעָזָר? דִּכְתִיב: ״בִּשְׁנַת הַיּוֹבֵל הַזֹּאת וְגוֹ׳״, וּסְמִיךְ לֵיהּ: ״וְכִי תִּמְכְּרוּ מִמְכָּר״, דֶּרֶךְ מִקָּח וְלֹא דֶּרֶךְ חִילּוּל. וְרַבִּי יוֹחָנָן מַאי טַעְמֵיהּ? דִּכְתִיב: ״כִּי יוֹבֵל הִיא קֹדֶשׁ״. מַה קֹדֶשׁ — בֵּין דֶּרֶךְ מִקָּח בֵּין דֶּרֶךְ חִילּוּל, אַף שְׁבִיעִית — בֵּין דֶּרֶךְ מִקָּח בֵּין דֶּרֶךְ חִילּוּל.

Quel est le motif de Rabbi Elazar ? Car il est écrit : « En cette année du yovel (jubilé), etc. » (Lev 25,13), et il lui est juxtaposé : « Et si vous faites une vente » (Lev 25,14) — par voie d'achat, et non par voie de rachat.

Et Rabbi Yo'hanan, quel est son motif ? Car il est écrit : « car c'est le yovel, il sera saint (kodech) » (Lev 25,12).

De même que le kodech (le bien consacré) — aussi bien par voie d'achat que par voie de rachat —, de même la septième année : aussi bien par voie d'achat que par voie de rachat.

📜 Rachi (3)
בִּשְׁנַת הַיּוֹבֵל שְׁבִיעִית וְיוֹבֵל חֲדָא הִיא:
Chemita et yovel sont ici une seule et même chose.
וּסְמִיךְ לֵיהּ וְכִי תִמְכְּרוּ מִמְכָּר וְדָרְשִׁינַן סִמּוּכִין לְמֵימְרָא דְּלָא שַׁיָּיךְ בְּפֵירוֹת לִתְפֹּוס קְדֻושַּׁת הַדָּמִים אֶלָּא ע"י מִמְכָּר:
Et nous exposons la juxtaposition des versets (semoukhin) pour dire que, s'agissant de fruits, la sainteté du prix ne peut être saisie que par une vente.
קֹודֶשׁ מִתְחַלֵּל בֵּין דֶּרֶךְ מִקָּח בֵּין דֶּרֶךְ חִילּוּל דִּכְתִיב (וַיִּקְרָא כ״ז:כ״ז) וּפָדָה בְעֶרְכֶּךָ וְיָסַף חֲמִישִׁיתוֹ עָלָיו הֲרֵי חִילּוּל וְאִם לֹא יִגָּאֵל וְנִמְכַּר בְּעֶרְכֶּךָ (שָׁם) הֲרֵי מִקָּח:
Car il est écrit (Lev 27,27) « il le rachètera selon ton estimation et y ajoutera son cinquième » — voilà le rachat (hiloul) ; « et s'il n'est pas racheté, il sera vendu selon ton estimation » (ibid.) — voilà l'achat (mekah).
💡 Explication

Chacun a son verset. Rabbi Elazar utilise la méthode des semoukhin (l'exposition de deux versets juxtaposés) : le verset du yovel — et Rachi rappelle que chemita et yovel relèvent ici d'une même loi — est immédiatement suivi du verset de la vente. La juxtaposition désigne donc le mode de transfert : une vente, rien d'autre.

Rabbi Yo'hanan part du mot kodech du verset précédent et construit une analogie avec les biens consacrés au Temple. Or le hekdech, lui, connaît bien deux voies : le rachat par estimation (ou-fada be-erkekha, Lev 27,27) et la vente (ve-nimkar be-erkekha). Si la chemita est appelée kodech, elle doit hériter des deux.

🖼️ Schéma
Deux versets voisins, deux lectures opposées (Lévitique 25) v. 12 -- KI YOVEL HI, KODECH tihyeh lakhem : car c'est le yovel, il sera SAINT pour vous v. 13 -- En cette année du yovel, vous retournerez chacun à sa propriété v. 14 -- VE-KHI TIMKEROU MIMKAR : et si vous faites une VENTE à ton prochain R. ELAZAR lit les versets 13 et 14 Méthode : SEMOUKHIN (versets juxtaposés) Ce qui touche le yovel, c'est la VENTE. Donc : mekah oui, hiloul non. R. YO'HANAN lit le verset 12 Méthode : le mot KODECH crée une analogie Le hekdech : ou-fada (rachat) ET nimkar (vente) Donc : mekah ET hiloul.
Le même passage de Lévitique 25 lu de deux façons : par la juxtaposition ou par le mot kodech.
5
וְרַבִּי יוֹחָנָן, הַאי ״כִּי תִמְכְּרוּ מִמְכָּר״ מַאי עֲבִיד לֵיהּ? מִיבְּעֵי לֵיהּ לְכִדְרַבִּי יוֹסֵי בַּר חֲנִינָא. דְּתַנְיָא, אָמַר רַבִּי יוֹסֵי בַּר חֲנִינָא: בֹּוא וּרְאֵה כַּמָּה קָשֶׁה אֲבָקָהּ שֶׁל שְׁבִיעִית וְכוּ׳. אָדָם נוֹשֵׂא וְנוֹתֵן בְּפֵירוֹת שְׁבִיעִית, לְסוֹף מוֹכֵר אֶת מִטַּלְטְלָיו וְאֶת כֵּלָיו, שֶׁנֶּאֱמַר: ״בִּשְׁנַת הַיּוֹבֵל הַזֹּאת תָּשֻׁבוּ אִישׁ אֶל אֲחֻוזָּתוֹ״, וּסְמִיךְ לֵיהּ: ״וְכִי תִמְכְּרוּ מִמְכָּר לַעֲמִיתֶךָ וְגוֹ׳״.

Et Rabbi Yo'hanan, ce « et si vous faites une vente », qu'en fait-il ? Il lui est nécessaire pour l'enseignement de Rabbi Yossi bar Hanina.

Car il a été enseigné : Rabbi Yossi bar Hanina a dit : viens et vois combien est grave la poussière (avak) de la septième année, etc. Un homme fait négoce des fruits de la septième année — il finit par vendre ses biens meubles et ses ustensiles, ainsi qu'il est dit : « En cette année du yovel, vous retournerez chacun à sa propriété », et il lui est juxtaposé : « Et si vous faites une vente à ton prochain, etc. »

📜 Rachi (5)
וְרַבִּי יוֹחָנָן הַךְ דְּרָשָׁה דְּסִמּוּכִין דִּסְמִיךְ וְכִי תִּמְכְּרוּ לַיּוֹבֵל מַאי דָרֵישׁ בֵּיהּ:
Cette exposition de la juxtaposition — le fait que « et si vous faites une vente » jouxte le yovel —, qu'en expose-t-il ?
דְּרַבִּי יוֹסֵי בַּר חֲנִינָא בְּמַסֶּכֶת עֲרָכִין (דַּף ל:) אֲרֻוכָּה הִיא מְאֹד וְכָאן לֹא נִכְתְּבָה כֻּולָּהּ בַּסְּפָרִים כַּמָּה קָשֶׁה אֲבָקָהּ שֶׁל שְׁבִיעִית מִידִי דְּלָא הָוֵי עִיקַּר הָאִיסּוּר תָּלוּי בּוֹ קָרוּי אָבָק וְכֵן אֲבַק רִבִּית וְכֵן אֲבַק לָשׁוֹן הָרַע שֶׁאֵינוֹ לָשׁוֹן הָרַע גָּמוּר אֶלָּא צַד לָשׁוֹן הָרַע כְּמוֹ אָבָק הָעוֹלֶה מִדָּבָר הַנִּכְתָּשׁ בְּמַכְתֶּשֶׁת:
(La baraita se trouve) au traité Arakhin (30b) ; elle y est très longue, et elle n'a pas été transcrite ici en entier dans les livres. « Combien est grave la poussière de la septième année » : une chose dont l'interdit principal ne dépend pas est appelée avak (poussière) — ainsi avak ribbit (poussière d'usure), ainsi avak lachon hara, qui n'est pas de la médisance pleine et entière mais un versant de médisance, à l'image de la poussière qui s'élève d'une chose pilée au mortier.
אָדָם נוֹשֵׂא וְנוֹתֵן בְּפֵירוֹת שְׁבִיעִית לִסְחוֹרָה דְּהַייְנוּ אֲבַק שְׁבִיעִית דְּעִיקַּר אִיסּוּר שְׁבִיעִית לֹא תִּזְרַע לֹא תִּזְמֹור וְזֶהוּ אִיסּוּר קַל שֶׁבָּהּ:
À des fins de négoce ; c'est là la poussière de la chemita, car l'interdit principal de la chemita est « tu ne sèmeras pas, tu ne tailleras pas » — et celui-ci en est l'interdit le plus léger.
לְסוֹף מוֹכֵר אֶת מִטַּלְטְלָיו וְאֶת כֵּלָיו מֵחֲמַת עֲנִיּוּת:
À cause de la pauvreté.
שֶׁנֶּאֱמַר בִּשְׁנַת הַיּוֹבֵל הַזֹּאת וּסְמִיךְ לֵיהּ וְכִי תִמְכְּרוּ מִמְכָּר וְדָרְשִׁינַן סִמּוּכִין שֶׁבִּשְׁבִיל עָונְשָׁהּ שֶׁל שְׁבִיעִית תָּבֹא לִידֵי כָּךְ:
Et nous exposons la juxtaposition : c'est à cause du châtiment de la chemita qu'il en arrive là.
🗂️ Tossefot (1)
אַבְקָה שֶׁל שְׁבִיעִית. עִיקַּר אִיסּוּר בַּעֲבוֹדַת קַרְקַע כְּגוֹן חֲרִישָׁה וּזְרִיעָה אֲבָל מַשָּׂא וּמַתָּן אֵינוֹ אֶלָּא עֲשֵׂה בְּעָלְמָא דִּלְאָכְלָה וְלֹא לִסְחוֹרָה וְעֹונֶשׁ זֶה מְפָרֵשׁ בְּפֶרֶק קַמָּא דְּקִדּוּשִׁין (דַּף כ.) לְסוֹף מוֹכֵר אֶת מִטַּלְטְלָיו וְאֶת בֵּיתוֹ וְאֶת עַצְמוֹ בַּעֲוֹן מַשָּׂא וּמַתָּן בָּא לוֹ מִדָּה כְּנֶגֶד מִדָּה:
« La poussière de la septième année » : l'interdit principal porte sur le travail de la terre, comme le labour et l'ensemencement ; mais le négoce n'est qu'un simple commandement positif — « pour la manger » et non pour en faire commerce. Et ce châtiment est expliqué au premier chapitre de Kidouchin (20a) : il finit par vendre ses biens meubles, puis sa maison, puis lui-même ; pour la faute du négoce, cela lui vient mesure pour mesure.
💡 Explication

Rabbi Yo'hanan doit rendre compte du même voisinage de versets, puisqu'il ne l'utilise pas pour la question du transfert. Il le détourne vers une leçon morale : le voisinage entre le retour à la propriété et la vente enseigne le châtiment du négociant.

Le mot clé est avak, la poussière. Rachi en donne la définition générale : on appelle avak ce qui n'est pas le cœur d'un interdit mais s'en élève comme la poussière d'une chose pilée au mortier — ainsi avak ribbit (poussière d'usure) et avak lachon hara. Le cœur de l'interdit de chemita, ce sont les travaux agricoles ; en faire négoce n'est qu'un simple commandement positif détourné. Et pourtant c'est cette faute légère qui ruine l'homme, mida ke-neged mida : il a voulu vendre ce qu'il ne devait pas vendre, il finira par vendre ce qu'il ne voulait pas vendre.

6
וְרַבִּי אֶלְעָזָר, הַאי קְרָא דְּרַבִּי יוֹחָנָן מַאי עָבֵיד לֵיהּ? מִיבְּעֵי לֵיהּ לְכִדְתַנְיָא: ״כִּי יוֹבֵל הִיא קֹדֶשׁ״. מַה קֹדֶשׁ תּוֹפֵס אֶת דָּמָיו — אַף שְׁבִיעִית תּוֹפֶסֶת אֶת דָּמֶיהָ.

Et Rabbi Elazar, ce verset de Rabbi Yo'hanan, qu'en fait-il ? Il lui est nécessaire pour ce qui a été enseigné : « car c'est le yovel, il sera saint » — de même que le kodech saisit son prix, de même la septième année saisit son prix.

📜 Rachi (1)
קֹודֶשׁ תּוֹפֵס אֶת דָּמָיו פְּדִיָּה כְּתִיב בֵּיהּ שֶׁזֶּה יוֹצֵא וְזֶה נִכְנָס תַּחְתָּיו יוֹצֵא הֶקְדֵּשׁ לְחֻולִּין וְנִכְנָסִין הַדָּמִים תַּחְתָּיו דְּהַיְינוּ וּפָדָה וְהַייְנוּ נִמְכָּר דְּכָל מְכִירָה יוֹצְאָהּ מִכֹּחוֹ שֶׁל זֶה וּבָא לָזֶה וְהַדָּמִים נִכְנָסִין לִרְשׁוּת הַמּוֹכֵר:
Un rachat est écrit à son sujet : celui-ci sort et celui-là entre à sa place — le bien consacré sort vers le profane et le prix entre à sa place ; c'est le sens de « il le rachètera », et c'est aussi le sens de « il sera vendu », car toute vente fait sortir la chose du pouvoir de l'un pour venir à l'autre, tandis que le prix entre dans le domaine du vendeur.
💡 Explication

Symétrie du procédé : chacun doit rendre compte du verset de l'autre. Rabbi Elazar accepte lui aussi l'analogie avec le kodech, mais il en tire un contenu différent — non pas la voie du transfert, mais son effet : l'argent reçu en échange du fruit est bel et bien saisi (tofess) par la sainteté de la septième année.

Rachi y ajoute une observation fine : le rachat et la vente ont la même structure — une chose sort, une autre entre à sa place. Dans le pidyon, le bien consacré sort vers le profane et l'argent entre à sa place ; dans la vente, l'objet quitte le pouvoir du vendeur et l'argent entre dans son domaine. C'est cette structure d'échange qui fonde la transmission de la sainteté.

7
תַּנְיָא כְּוָותֵיהּ דְּרַבִּי אֶלְעָזָר, וְתַנְיָא כְּוָותֵיהּ דְּרַבִּי יוֹחָנָן. תַּנְיָא כְּוָותֵיהּ דְּרַבִּי אֶלְעָזָר: שְׁבִיעִית תּוֹפֶסֶת אֶת דָּמֶיהָ, שֶׁנֶּאֱמַר: ״כִּי יוֹבֵל הִיא קֹדֶשׁ תִּהְיֶה לָכֶם״, מַה קֹדֶשׁ תּוֹפֵס אֶת דָּמָיו — וְאָסוּר, אַף שְׁבִיעִית תּוֹפֶסֶת אֶת דָּמֶיהָ — וַאֲסוּרָה.

Il a été enseigné (une baraita) conformément à Rabbi Elazar, et il a été enseigné (une autre baraita) conformément à Rabbi Yo'hanan. Il a été enseigné conformément à Rabbi Elazar : la septième année saisit son prix, ainsi qu'il est dit : « car c'est le yovel, il sera saint pour vous » — de même que le kodech saisit son prix et (celui-ci) devient interdit, de même la septième année saisit son prix et (celui-ci) devient interdit.

💡 Explication

La guemara annonce qu'elle dispose d'une baraita pour chaque camp — situation d'équilibre qui ne tranchera pas la mahloket mais en montrera l'ancrage tannaitique.

La première baraita commence par un point qui n'est contesté par personne : le prix est saisi par la sainteté. Ce n'est encore que le point de départ ; toute la question sera de savoir jusqu'où pousser l'analogie avec le hekdech.

8
אִי, מַה קֹדֶשׁ תּוֹפֵס דָּמָיו — וְיוֹצֵא לְחֻולִּין, אַף שְׁבִיעִית תּוֹפֶסֶת אֶת דָּמֶיהָ — וְיוֹצֵאת לְחֻולִּין? תַּלְמוּד לוֹמַר: ״תִּהְיֶה״, בַּהֲוָייָתָהּ תְּהֵא.

(Dirais-tu) : de même que le kodech saisit son prix et sort (lui-même) vers le profane, de même la septième année saisirait son prix et sortirait vers le profane ? L'Écriture dit : « il sera » (tihyeh) — qu'il demeure dans son état (be-havayato tehe).

📜 Rachi (1)
בַּהֲוָייָתָהּ תְּהֵא בִּקְדֻושָּׁתָהּ:
Dans sa sainteté.
💡 Explication

Voici la limite de l'analogie, et c'est le point le plus important du passage. Dans le hekdech, le rachat est un échange complet : la sainteté quitte l'objet et se pose sur l'argent ; l'objet devient profane. Faut-il en dire autant du fruit de chemita ?

Non : le mot tihyeh (il sera) est lu be-havayato tehe — que la chose demeure telle qu'elle est. La sainteté de la septième année se dédouble au lieu de se déplacer : elle se pose sur le prix sans quitter le fruit. C'est ce qui distingue structurellement la chemita du hekdech.

9
הָא כֵיצַד? לָקַח בְּפֵירוֹת שְׁבִיעִית בָּשָׂר — אֵלּוּ וְאֵלּוּ מִתְבַּעֲרִין בַּשְּׁבִיעִית. לָקַח בִּבְשַׂר דָּגִים — יָצָא בָּשָׂר וְנִכְנְסוּ דָּגִים. לָקַח בְּדָגִים יַיִן — יָצְאוּ דָּגִים וְנִכְנַס יַיִן. לָקַח בְּיֵין שֶׁמֶן — יָצָא יַיִן וְנִכְנַס שֶׁמֶן.

Comment cela ? S'il a acheté de la viande avec des fruits de la septième année — les uns et les autres doivent être éliminés (biour) au temps de la septième année.

S'il a acheté du poisson avec la viande — la viande est sortie et le poisson est entré. S'il a acheté du vin avec le poisson — le poisson est sorti et le vin est entré.

S'il a acheté de l'huile avec le vin — le vin est sorti et l'huile est entrée.

📜 Rachi (2)
מִתְבַּעֲרִין בַּשְּׁבִיעִית בְּתוֹךְ זְמַן הַבִּיעוּר:
Dans le temps du biour (l'élimination).
יָצָא בָּשָׂר שֶׁהַדָּמִים יוֹצְאִין לְחֻולִּין ע"י פְּדִיָּה בְּדָמִים שֶׁל קוֹדֶשׁ דְּלָא כְּתִיב תִּהְיֶה אֶלָּא בְּפֵירוֹת עַצְמָן:
Car le prix sort vers le profane par un rachat opéré sur un prix de sainteté ; en effet « tihyeh » n'a été écrit qu'à propos des fruits eux-mêmes.
💡 Explication

La baraita illustre la règle par une chaîne concrète. Premier maillon : le fruit paye la viande. Les deux sont alors soumis à la sainteté et devront être éliminés au temps du biour — c'est exactement l'effet de be-havayato tehe : le fruit n'est pas sorti.

Mais à partir du deuxième maillon, le mécanisme change. La viande n'était qu'un prix (demei chevi'it), non le corps même de la sainteté ; elle se comporte donc comme l'argent du hekdech et sort quand un nouveau substitut entre. Rachi le formule exactement : tihyeh n'a été écrit qu'à propos des fruits eux-mêmes.

10
הָא כֵיצַד: אַחֲרוֹן אַחֲרוֹן נִכְנָס בַּשְּׁבִיעִית, וּפְרִי עַצְמוֹ אָסוּר. מִדְּקָתָנֵי ״לָקַח״ ״לָקַח״, אַלְמָא דֶּרֶךְ מִקָּח — אִין, דֶּרֶךְ חִילּוּל — לֹא.

Comment cela ? Le dernier, toujours le dernier, entre dans (la sainteté de) la septième année, et le fruit lui-même reste interdit.

Du fait qu'elle enseigne « il a acheté », « il a acheté » — il ressort que par voie d'achat, oui ; par voie de rachat, non.

📜 Rachi (1)
וּפְרִי עַצְמוֹ פְּרִי הָרִאשׁוֹן אָסוּר לִנְהֹוג בְּעַצְמוֹ חוֹל אֶלָּא קְדֻושַּׁת שְׁבִיעִית עָלָיו:
Le premier fruit : il est interdit de le traiter comme du profane ; la sainteté de la septième année demeure sur lui.
💡 Explication

La baraita se résume elle-même en une formule : aharon aharon nikhnas — c'est toujours le dernier acquis qui porte la sainteté. Et elle ajoute la clause décisive : le fruit lui-même reste interdit, quel que soit le nombre de substitutions.

La guemara en tire alors sa preuve pour Rabbi Elazar, et elle porte sur le choix du verbe. La baraita répète quatre fois lakah (il a acheté) et n'emploie jamais un verbe de rachat. Argument de style plus que de fond, mais recevable : une baraita ne varie pas son vocabulaire au hasard.

11
תַּנְיָא כְּוָותֵיהּ דְּרַבִּי יוֹחָנָן: אֶחָד שְׁבִיעִית וְאֶחָד מַעֲשֵׂר שֵׁנִי מִתְחַלְּלִין עַל בְּהֵמָה חַיָּה וָעוֹף, בֵּין חַיִּין בֵּין שְׁחוּטִין, דִּבְרֵי רַבִּי מֵאִיר. וַחֲכָמִים אוֹמְרִים: עַל שְׁחוּטִין — מִתְחַלְּלִין, עַל חַיִּין — אֵין מִתְחַלְּלִין, גְּזֵירָה שֶׁמָּא יְגַדֵּל מֵהֶן עֲדָרִים.

Il a été enseigné (une baraita) conformément à Rabbi Yo'hanan : tant la septième année que le maasser cheni se rachètent (mithalelin) sur une bête domestique, un animal sauvage ou un oiseau, qu'ils soient vivants ou abattus — paroles de Rabbi Meir. Et les Sages disent : sur des bêtes abattues, ils se rachètent ; sur des bêtes vivantes, ils ne se rachètent pas — décret (guezera), de peur qu'il n'en élève des troupeaux.

📜 Rachi (2)
מִתְחַלְּלִין מַשְׁמַע דֶּרֶךְ חִילּוּל בִּפְדִיָּה וְלֹא בְּמִקָּח וּמִמְכָּר:
Cela implique une voie de rachat par pidyon, et non par achat et vente.
שֶׁמָּא יְגַדֵּל מֵהֶם יְשַׁהֵם אֶצְלוֹ לְגַדֵּל ווְלָדוֹת וְנִמְצָא מַשְׁהֶה מְעֻשְּׂרוֹתָיו וְהַתּוֹרָה אָמְרָה (דְּבָרִים י״ד:כ״ב-כ״ג) שָׁנָה שָׁנָה וְאָכַלְתָּ וְאִם שָׁהָה רִאשׁוֹנָה וּשְׁנִיָּה חַייָּב בַּשְּׁלִישִׁית לְבַעֵר כָּל מְעֻשְּׂרוֹתָיו בְּסוֹף שָׁנָה שְׁלִישִׁית מִן הַבַּיִת וּלְהִתְווַדּוֹת וְגַבֵּי שְׁבִיעִית נֶהֱנֶה מֵהֶן לְהִתְעַשֵּׂר וְהַתּוֹרָה אָמְרָה וְלֹא לִסְחוֹרָה אֶלָּא לְהַפְקִיר וּלְבַעֵר בַּשְּׁבִיעִית עַד שֶׁלֹּא תִּכְלֶה לַחַיָּה מִן הַשָּׂדֶה הוּא זְמַן בִּיעוּר לְפֵירוֹת וְלִדְמֵיהֶן:
Il les gardera chez lui pour en élever des petits, et il se trouvera ainsi retarder ses dîmes ; or la Torah a dit (Deut 14,22-23) « année par année... et tu mangeras ». Et s'il a retardé la première et la deuxième année, il est tenu, la troisième, d'éliminer de la maison toutes ses dîmes à la fin de la troisième année et de faire la confession (vidouy). Et quant à la chemita, il en tirerait profit pour s'enrichir, alors que la Torah a dit « et non pour en faire commerce » — mais au contraire de les rendre libres (hefker) et de les éliminer pendant la septième année : tant que (cette espèce) n'a pas disparu du champ pour la bête sauvage, tel est le temps du biour pour les fruits comme pour leur prix.
🗂️ Tossefot (2)
עַל חַיִּין אֵין מִתְחַלְּלִין. בְּמַעֲשֵׂר שֵׁנִי חוּץ לִירוּשָׁלַיִם אַיְירֵי דְּבִירוּשָׁלַיִם מֻותָּר לִקְנוֹת מִמֶּנּוּ בְּהֵמָה לְזִבְחֵי שְׁלָמִים כִּדְמוֹכַח פֶּרֶק קַמָּא דְּמַעֲשֵׂר שֵׁנִי וְעוֹד מִדְּדָייֵק בְּסָמוּךְ דְּאִי לָא תֵּימָא הָכִי מַעֲשֵׂר מַעֲשֵׂר מַמָּשׁ וְהָא כְּתִיב וְצַרְתָּ הַכֶּסֶף בְּיָדְךָ כְּלוֹמַר הֵיאַךְ מִתְחַלֵּל עַל בְּהֵמָה חַיָּה וָעוֹף אֶלָּא מַאי מַעֲשֵׂר דְּמֵי מַעֲשֵׂר מַשְׁמַע בְּהֶדְיָא דְּאַייְרֵי חוּץ לִירוּשָׁלַיִם מִדְּמַיְיתֵי עֲלָהּ קְרָא דִּוְצַרְתָּ הַכֶּסֶף וְאַפֵּי' לְכַתְּחִלָּה שָׁרִי ר"מ לְחַלֵּל כִּדְקָתָנֵי בְּהֶדְיָא בַּתּוֹסֶפְתָּא דִּשְׁבִיעִית אֶחָד שְׁבִיעִית וְאֶחָד מַעֲשֵׂר שֵׁנִי מְחַלְּלִין אוֹתוֹ עַל חַיָּה וְעוֹף וְעַל בְּהֵמָה בַּעֲלַת מוּם דִּבְרֵי רַבִּי מֵאִיר וַחֲכָמִים אוֹמְרִים לֹא אָמְרוּ אֶלָּא שְׁחוּטִין וּמְחַלְּלִין לְכַתְּחִלָּה מַשְׁמַע וְהָא דִּנְקַט הָכָא מִתְחַלְּלִין דְּמַשְׁמַע דִּיעֲבַד כִּדְאָמַר בְּרֵישׁ הַזָּהָב (בּ"מ דַּף מה:) מִתְחַלְּלִין וְאֵין מִתְחַלְּלִין מִיבְּעֵי לֵיהּ מִשּׁוּם רְבוּתָא דְּרַבָּנָן נְקַט לָהּ דַּאֲפִילּוּ דִּיעֲבַד אֵין מִתְחַלְּלִין עַל חַיִּין וְתֵימַהּ דִּבְרֵישׁ הַזָּהָב (בָּבָא מְצִיעָא דַּף מד:) מַשְׁמַע בֵּין לב"ש בֵּין לב"ה דְּטִיבְעָא אַפֵּירָא לָא מְחַלְּלִין גַּבֵּי פְּלוּגְתָּא דְּלָא יַעֲשֶׂה אָדָם סְלָעִים דִּינָרֵי זָהָב וְי"ל דְּהָכָא מַיְירֵי ע"מ לְהַעֲלוֹתוֹ וּלְאוֹכְלוֹ בִּירוּשָׁלַיִם וּפְלוּגְתָּא הִיא בִּירוּשַׁלְמִי פ"ק דְּמַעֲשֵׂר שֵׁנִי יֵשׁ שֶׁאוֹסֵר אֲפִילּוּ עַל מְנָת לְהַעֲלוֹתוֹ וּמוּקִי פְּלֻוגְתָּא דְּר' מֵאִיר וְרַבָּנָן דְּהָכָא בִּדְמַאי וְתֵימַהּ דְּמִשּׁוּם גְּזֵירָה דְּרַבָּנָן דְּשֶׁמָּא יְגַדֵּל מֵהֶם עֲדָרִים לָא הֲוָה לָן לְמֵימַר אֵין מִתְחַלְּלִים דִּיעֲבַד כִּדְמַשְׁמַע בְּרֵישׁ הַזָּהָב גַּבֵּי פְּלוּגְתָּא דְּלָא יַעֲשֶׂה אָדָם סְלָעִים דִּינָרֵי זָהָב דְּפָרִיךְ בִּשְׁלָמָא לְהָךְ לִישָּׁנָא דְּאָמְרַתְּ מִדְּאוֹרָייְתָא מִשְׁרֵא שְׁרֵי וְרַבָּנַן הוּא דִּגְזַרוּ בְּהוּ שֶׁמָּא יַשְׁהֶה עֲלִיּוֹתָיו הַיְינוּ דְּקָתָנֵי יַעֲשֶׂה וְלֹא יַעֲשֶׂה אֶלָּא לְהָךְ לִישָּׁנָא דְּאָמְרַתְּ מַדְאוֹרַיי' פְּלִיגִי מִתְחַלְּלִין וְלֹא מִתְחַלְּלִין מִיבְּעֵי לֵיהּ מַשְׁמַע דְּמִשּׁוּם גְּזֵרָה דְּרַבָּנָן לָא אָמְרִינַן אֵין מִתְחַלְּלִין דִּיעֲבַד וי"ל דְּאֵין מִתְחַלְּלִין דְּהָכָא הַיְינוּ שֶׁיַּחְזְרוּ דָּמִים לִמְקוֹמָן כִּדְאַשְׁכְּחַן דִּכְוָותֵיהּ בְּפֶ' הָאִישׁ מְקַדֵּשׁ (קִדּוּשִׁין נו.):
« Sur des bêtes vivantes, ils ne se rachètent pas » : il s'agit du maasser cheni hors de Jérusalem, car dans Jérusalem il est permis d'acheter avec lui une bête pour des sacrifices chelamim, comme cela ressort du premier chapitre de Maasser Cheni. Et de plus, du fait que l'on précise plus loin : si tu ne dis pas ainsi, « maasser » désignerait le maasser lui-même — or il est écrit « tu serreras l'argent dans ta main » (Deut 14,25), c'est-à-dire : comment se rachète-t-il sur une bête, un animal sauvage et un oiseau ? Mais plutôt, que désigne « maasser » ? Le prix du maasser. Il ressort donc explicitement qu'il s'agit de l'extérieur de Jérusalem, puisque l'on apporte à ce propos le verset « tu serreras l'argent ». Et Rabbi Meir permet même à priori de racheter, comme il est enseigné explicitement dans la Tossefta de Chevi'it : tant la septième année que le maasser cheni, on les rachète sur un animal sauvage, sur un oiseau et sur une bête affectée d'un défaut — paroles de Rabbi Meir ; et les Sages disent : ils n'ont dit cela que pour des bêtes abattues. Or « on les rachète » implique à priori. Quant au fait qu'ici l'on emploie « ils se rachètent » — qui implique à postériori (bediavad), comme il est dit au début du chapitre HaZahav (Baba Metsia 45b) : il aurait fallu dire « ils se rachètent / ils ne se rachètent pas » —, c'est pour marquer la force de la position des Sages qu'on l'a formulé ainsi : même à postériori, ils ne se rachètent pas sur des bêtes vivantes. Et il y a lieu de s'étonner : au début du chapitre HaZahav (Baba Metsia 44b), il ressort que, tant pour Beit Chammai que pour Beit Hillel, on ne rachète pas de la monnaie sur des fruits, à propos de la controverse sur « un homme ne transformera pas ses sela'im en dinars d'or ». On peut répondre qu'ici il s'agit d'un rachat fait dans l'intention de monter (le produit) et de le consommer à Jérusalem ; et c'est une controverse dans le Yerouchalmi, premier chapitre de Maasser Cheni : certains l'interdisent même à condition de le monter, et l'on y établit la controverse de Rabbi Meir et des Sages, ici, à propos du demai. Et il y a encore lieu de s'étonner : pour un simple décret rabbinique — de peur qu'il n'en élève des troupeaux —, nous n'aurions pas dû dire qu'ils ne se rachètent pas même à postériori, comme il ressort du début du chapitre HaZahav à propos de la controverse sur « un homme ne transformera pas ses sela'im en dinars d'or », où l'on objecte : soit, selon la version qui dit que de la Torah c'est permis et que ce sont les Sages qui ont décrété de peur qu'il ne retarde ses montées (à Jérusalem), on comprend qu'il enseigne « il transformera / il ne transformera pas » ; mais selon la version qui dit qu'ils divergent au niveau de la Torah, il aurait fallu dire « ils se rachètent / ils ne se rachètent pas ». Il en ressort que, pour un décret rabbinique, on ne dit pas « ils ne se rachètent pas » à postériori. On peut répondre que « ils ne se rachètent pas » signifie ici que le prix retourne à sa place, comme nous en trouvons l'équivalent au chapitre HaIch Mekadech (Kidouchin 56a).
שֶׁמָּא יְגַדֵּל מֵהֶם עֲדָרִים. פֶּרֶק הָאִישׁ מְקַדֵּשׁ (קִדּוּשִׁין דַּף נה: וְשָׁם) דְּתַנְיָא אֵין לוֹקְחִין בְּהֵמָה בִּמְעוֹת מַעֲשֵׂר שֵׁנִי פֵּירֵשׁ שָׁם בַּקּוּנְטְרֵס שֶׁמָּא תַּכְחִישׁ וְלֹא הָיָה לוֹ לְפָרֵשׁ כֵּן אֶלָּא כְּדִמְפָרֵשׁ טַעְמָא הָכָא שֶׁמָּא יְגַדֵּל עֲדָרִים וַאֲפִילּוּ ר"מ לָא פְּלִיג אֶלָּא בִּזְכָרִים אֲבָל בִּנְקֵבוֹת לֹא כִּדְקָאָמְרִינַן הָכָא וּמְפָרֵשׁ בַּיְּרוּשַׁלְמִי דְּבִזְכָרִים פְּלִיגִי אִי גָּזְרִי' זְכָרִים אַטּוּ נְקֵבוֹת וְתֵימַהּ דְּרַבָּנָן דְּהָתָם דְּאָמְרִי וְאִם לָקַח בְּשׁוֹגֵג יַחְזְרוּ דָּמִים לִמְקוֹמָם בְּמֵזִיד תַּעֲלֶה וְתֵאָכֵל בַּמָּקוֹם וי"ל דְּאַיְירֵי כְּמוֹ שֶׁמְּפָרֵשׁ ר' יְהוּדָה הָתָם בד"א בְּמִתְכַּוֵּין וּלְקָחוֹ מִתְּחִלָּתוֹ לְשֵׁם שְׁלָמִים הַייְנוּ נְקֵבָה כִּדְאִיתָא בְּבֵיצָה (דַּף כ.) דְּאָז לָא גָּזְרִינַן דִּיעֲבַד שֶׁמָּא יְגַדֵּל וְלָאו דַּווְקָא לְקָחוֹ לְשֵׁם שְׁלָמִים דְּאַפֵּי' בִּסְתָם נָמֵי כֵּיוָן שֶׁהֵם תְּמִימִין דְּהָא לֹא מְמַעֵט אֶלָּא דַּוְוקָא מִתְכַּוֵּין לְהוֹצִיא מְעוֹת מַעֲשֵׂר שֵׁנִי לְחֻולִּין אֲבָל בַּעֲלֵי מוּמִין קָתָנֵי רַבִּי יְהוּדָה בְּסֵיפָא בַּתּוֹסֶפְתָּא בֵּין בְּשׁוֹגֵג בֵּין בְּמֵזִיד יַחְזְרוּ דָּמִים לִמְקוֹמָן וְכֻולָּהּ בָּרַייְתָא דְּקִדּוּשִׁין רַבִּי יְהוּדָה הִיא דַּאֲפִילּוּ לָמֶ"ד פֶּרֶק זֶה בּוֹרֵר (סַנְהֶדְרִין דַּף כֹּה. וְשָׁם) אֵימָתַי דְּרַבִּי יְהוּדָה לְפָרֵשׁ וּבְמַה לַחֲלֹוק הַייְנוּ דְּזִימְנִין דְּבַמֶּה לַחֲלֹוק ומ"מ דְּזִימְנִין נָמֵי הַייְנוּ לְפָרֵשׁ וְהָא דְּאָמְרִינַן בְּהַגּוֹזֵל קַמָּא (בּ"ק דַּף צז: וְשָׁם) גַּבֵּי מָעוֹת מַעֲשֵׂר שֵׁנִי מָעוֹת שֶׁל בָּבֶל וְהֵם בְּבָבֶל לְמַאי חֲזוּ וּמְשַׁנֵּי דְּזַבֵּין בֵּיהּ בְּהֵמָה וּמַסִּיק לָהּ הָתָם הַייְנוּ כְּרַבִּי מֵאִיר דְּשָׁרֵי אֲפִילּוּ לְכַתְּחִילָּה אִי נָמֵי אֲפִילּוּ כְּרַבָּנָן וְהָתָם דְּלָא אֶפְשָׁר בְּעִנְיָן אַחֵר וּלְפִי מַה שֶּׁפֵּי' דְּר' מֵאִיר שָׁרֵי אַפֵּי' לְכַתְּחִילָּה לֹא יִתָּכֵן מַה שֶׁפֵּירֵשׁ בַּקּוּנְטְרֵס פֶּרֶק הַזָּהָב (בּ"מ דַּף נה:) דְּגַבֵּי דְּמַאי מְחַלְּלִין אוֹתוֹ כֶּסֶף עַל נְחֹשֶׁת נְחֹשֶׁת עַל הַפֵּירוֹת וְיַחְזֹור וְיִפְדֶּה אֶת הַפֵּירוֹת דְּדַוְקָא כָּךְ צָרִיךְ לַעֲשׂוֹת וְלֹא מַעֲלָם לִירוּשָׁלַיִם וְהָכָא אַשְׁכְּחַן דְּשָׁרֵי ר"מ דְּמַאי לְחַלֵּל עַל הַפֵּירוֹת לְכַתְּחִילָּה וּבִלְבַד שֶׁיַּעֲלוּ וְיֵאָכְלוּ בְּמָקוֹם דְּהָכִי עָדִיף מִשֶּׁיַּחֲזֹור וְיִפְדֶּה אֶת הַפֵּירוֹת:
« De peur qu'il n'en élève des troupeaux » : au chapitre HaIch Mekadech (Kidouchin 55b et là-bas), il est enseigné : on n'achète pas de bête avec l'argent du maasser cheni. Le Kountress (Rachi) y a expliqué : de peur qu'elle ne maigrisse. Mais il n'aurait pas dû expliquer ainsi, plutôt selon le motif expliqué ici : de peur qu'il n'en élève des troupeaux. Et même Rabbi Meir ne diverge qu'à propos des mâles, mais non des femelles, comme nous le disons ici ; et le Yerouchalmi explique qu'ils divergent à propos des mâles, sur le point de savoir si l'on décrète sur les mâles à cause des femelles. Et il y a lieu de s'étonner des Sages de là-bas, qui disent : s'il a acheté par inadvertance, le prix retourne à sa place ; volontairement, (la bête) montera et sera consommée sur place (à Jérusalem). On peut répondre qu'il s'agit du cas expliqué là-bas par Rabbi Yehouda : en quel cas ? Lorsqu'il avait l'intention, et qu'il l'a achetée dès le départ en vue de chelamim — c'est-à-dire une femelle, comme il est dit dans Beitsa (20a) —, car alors nous ne décrétons pas à postériori de peur qu'il n'en élève. Et non pas nécessairement qu'il l'ait achetée expressément en vue de chelamim : même sans intention déclarée, dès lors qu'elles sont sans défaut, puisqu'on n'exclut que celui qui a l'intention de faire sortir l'argent du maasser cheni vers le profane. Mais pour les bêtes affectées d'un défaut, Rabbi Yehouda enseigne dans la seifa de la Tossefta : que ce soit par inadvertance ou volontairement, le prix retourne à sa place. Et toute la baraita de Kidouchin est de Rabbi Yehouda ; car même selon celui qui soutient, au chapitre Zé Borer (Sanhédrin 25a), que le « eimatai » (en quel cas) de Rabbi Yehouda vient expliquer tandis que le « ba-me » vient diverger — il arrive certes que « ba-me » vienne diverger, mais il arrive aussi qu'il vienne expliquer. Quant à ce que nous disons dans HaGozel Kama (Baba Kama 97b) au sujet de l'argent du maasser cheni : de l'argent de Babylonie qui se trouve en Babylonie, à quoi peut-il servir ? Et l'on répond : à acheter avec lui une bête — et l'on conclut ainsi là-bas —, c'est selon Rabbi Meir, qui permet même à priori ; ou bien même selon les Sages, là-bas où il n'y a pas d'autre possibilité. Et selon ce que nous avons expliqué — que Rabbi Meir permet même à priori —, ce que le Kountress a expliqué au chapitre HaZahav (Baba Metsia 55b) ne tient pas : à savoir qu'à propos du demai on le rachète, l'argent sur du cuivre, le cuivre sur des fruits, puis il rachètera de nouveau les fruits, comme s'il fallait nécessairement procéder ainsi et ne pas les monter à Jérusalem. Or nous trouvons ici que Rabbi Meir permet, pour le demai, de racheter sur des fruits à priori, pourvu qu'ils montent et soient consommés sur place — car cela est préférable à ce qu'il rachète de nouveau les fruits.
💡 Explication

La baraita symétrique, qui appuie Rabbi Yo'hanan, et cette fois par le même genre d'argument lexical : elle emploie précisément le verbe mithalelin (ils se rachètent par hiloul), et non lakah. Si le rachat par déclaration était sans effet sur la chemita, ce verbe serait impossible.

Le contenu propre de la baraita est un désaccord sur le support du rachat. Rabbi Meir l'admet sur une bête vivante ; les Sages l'interdisent par un décret de prévention : une bête vivante se garde, se reproduit, et l'homme finira par constituer un troupeau consacré au lieu de consommer sa dîme en son temps. Rachi relie ce risque au calendrier des dîmes (l'obligation du biour et du vidouy à la fin de la troisième année) et, pour la chemita, à l'interdit d'en tirer un enrichissement.

🖼️ Schéma
Racheter sur une bête : vivante ou abattue ? La divergence ne porte pas sur le principe du rachat, mais sur le risque que fait courir un support qui se reproduit. RABBI MEÏR Bête ABATTUE : on rachète Bête VIVANTE : on rachète aussi Tossefot : il le permet même à priori (Tossefta de Chevi'it, bêtes à défaut incluses) LES SAGES Bête ABATTUE : on rachète Bête VIVANTE : on ne rachète PAS Guezera : chema yegadel mehen adarim -- de peur qu'il n'en élève des troupeaux Pourquoi cette baraita appuie Rabbi Yo'hanan Elle dit MITHALELIN -- ils se rachètent par hiloul -- et non lakah. Le rachat par déclaration a donc bien prise sur la chemita. Tossefot précise que la divergence ne porte que sur les mâles ; pour les femelles, tous admettent le risque de troupeau.
Rabbi Meir contre les Sages : le rachat sur une bête vivante et le décret du troupeau.
12
אָמַר רָבָא: מַחֲלֹוקֶת

Rava a dit : la controverse (porte sur...)

💡 Explication

Le folio s'interrompt au milieu de la phrase. Rava s'apprête à délimiter la controverse de Rabbi Meir et des Sages — la suite, au folio 41a, précisera qu'elle ne porte que sur les mâles, tandis que pour les femelles tous s'accordent à craindre la constitution d'un troupeau. C'est exactement la distinction que Tossefot vient d'anticiper depuis le Yerouchalmi.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).