Sukkah 42b — Fin du katan, Hadran, et l'ouverture du chapitre Loulav va-Aravah

Sukkah 42b

Sougya : Le folio achève d'abord le chapitre Loulav ha-gazoul par l'échelle du hinoukh du katan : dès qu'il sait abattre, on mange de sa chehita (sous surveillance d'un adulte) ; dès qu'il mange un kazayit de céréale, ses excréments imposent l'écart de quatre coudées ; dès qu'il mange un kazayit de rôti, on l'inscrit au sacrifice pascal — Rabbi Yehouda exigeant en plus qu'il sache discerner une nourriture (le test du caillou et de la noix). Après le Hadran s'ouvre le quatrième chapitre par sa Michna programmatique : loulav et aravah six ou sept jours, Hallel et simha huit, souccah et libation d'eau sept, flûte cinq ou six — chaque durée dépendant de la capacité du rite à repousser le Chabbat.

La Michna détaille alors la scène du mont du Temple lorsque le premier jour tombe un Chabbat : loulavim déposés la veille, don à quiconque récupère le sien, puis la bousculade dangereuse qui conduit le beit din à instituer que chacun prenne son loulav chez lui. La Guemara ouvre enfin sur la question de fond : la prise du loulav n'étant qu'un simple déplacement, pourquoi ne repousse-t-elle pas le Chabbat ?

Rabba répond par un décret : de peur qu'on ne le porte chez un expert pour apprendre.

Le fil du folio 42b : de l'enfant qui grandit au calendrier de la fête Fin du chapitre 3, Hadran, puis la Michna d'ouverture du chapitre 4 et sa première question. Mouvement 1 (seg. 0-2) -- les paliers du katan : le hinoukh se mesure au corps Sait abattre -- on mange de sa chehita, si un adulte surveille (pas de chehiya, pas de derassa : Rav Houna). Mange un kazayit de dagan -- quatre coudées d'écart de ses excréments ; en un kedei akhilat pras (Rav Hisda). Mange un kazayit de rôti -- on abat le pessa'h pour lui ; Rabbi Yehouda ajoute : sachant discerner sa nourriture. Seg. 3 -- Hadran alakh Loulav ha-gazoul : clôture du troisième chapitre Mouvement 2 (seg. 4) -- Michna d'ouverture : quatre durées, un seul principe Loulav et aravah : six ou sept. Hallel et simha : huit. Souccah et nissoukh ha-mayim : sept. Halil : cinq ou six. La durée n'est pas la durée de l'obligation : c'est le nombre de jours où le rite est effectivement accompli. Variable cachée : le Chabbat. Un rite qui ne le repousse pas perd un jour ; celui qui le repousse les garde tous. Mouvement 3 (seg. 5-6) -- ce qui fait sept : le jour toranique doit tomber un Chabbat Loulav : c'est le premier jour qui est toranique partout -- il repousse le Chabbat, donc sept. Aravah : c'est le septième jour qui compte -- s'il tombe un Chabbat, sept ; sinon six. Mouvement 4 (seg. 7-8) -- la scène du mont du Temple, et l'accident Veille de Chabbat : chacun dépose son loulav ; les hazanim les rangent sur l'itstaba, les anciens dans la lichka. Formule apprise par le beit din : mon loulav est un don à qui le récupère -- ni volé ni emprunté (lakhem, 41b). Le lendemain : bousculade, coups, danger -- takana : chacun prend désormais son loulav chez lui. Mouvement 5 (seg. 9) -- la question de la Guemara Prendre un loulav n'est qu'un tiltoul (déplacement) : aucun interdit toranique de Chabbat -- qu'il repousse donc ! Rabba : gezera -- de peur qu'il ne le porte chez un baki pour apprendre, et ne le transporte en reshout ha-rabim.
Le fil du folio : les cinq mouvements, de la fin du chapitre 3 à la première question de la Guemara.
Les quatre lignes de la Michna : pourquoi ces nombres ? Chaque durée se lit comme une réponse à la question : ce rite repousse-t-il le Chabbat, et quel jour ? Rite Durée Raison Loulav et aravah au Temple, tous les jours 6 ou 7 Toranique les sept jours au Temple, mais un seul jour repousse le Chabbat : le premier pour le loulav, le septième pour la aravah. Sinon, un jour saute. Sept si ce jour-là tombe un Chabbat ; six dans tous les autres cas. Hallel et simha simha = viande de chelamim 8 Rien ici n'entre en conflit avec le Chabbat : ni parole ni repas ne sont interdits. On y ajoute Chemini Atseret, huitième jour -- d'où huit, sans variante. Souccah et nissoukh ha-mayim habiter ; libation d'eau du matin 7 Habiter la souccah ne demande aucun acte interdit : le Chabbat ne l'entame pas. La libation fait partie du service du temid : le service du Temple repousse le Chabbat. Le halil (la flûte) simhat beit ha-cho'eva 5 ou 6 La flûte ne repousse ni le yom tov ni le Chabbat : elle ne sonne qu'à hol ha-mo'ed. Si le premier jour tombe un Chabbat, les six jours restants sont tous hol ha-mo'ed : six. Sinon, un des jours de hol ha-mo'ed est un Chabbat et tombe : cinq. Rachi : au temps du Temple on ne faisait pas de second jour de fête.
Les quatre lignes de la Michna d'ouverture et la logique de leurs nombres.
L'échelle du katan : trois seuils, trois domaines de la Loi La Michna ne compte pas les années : elle observe ce que l'enfant sait faire de ses mains et de son corps. Palier 1 -- la main Il sait abattre (main exercée), même sans connaître les lois. On mange de sa chehita si un adulte se tient sur lui. Palier 2 -- la digestion Il mange un kazayit de dagan (les cinq espèces de céréales) en un kedei akhilat pras. Quatre coudées d'écart de ses excréments et de son urine, pour le Chema et la tefila. Adulte : la vitesse n'importe plus. Palier 3 -- le discernement Il mange un kazayit de rôti. On abat le pessa'h pour lui ish lefi okhlo : chacun selon ce qu'il mange -- il faut être apte à une vraie akhila. Rabbi Yehouda exige plus : savoir discerner sa nourriture. Test : un caillou -- il le jette ; une noix -- il la prend. Manger n'est pas ingérer. Trois domaines distincts : le licite alimentaire, la pureté de la prière, l'inscription au sacrifice.
Les trois seuils du katan dans la Michna finale du chapitre Loulav ha-gazoul.
1
הַיּוֹדֵעַ לִשְׁחֹוט — אוֹכְלִין מִשְּׁחִיטָתוֹ. אָמַר רַב הוּנָא: וְהוּא שֶׁגָּדוֹל עוֹמֵד עַל גַּבָּיו.

Celui [le mineur] qui sait abattre — on mange de son abattage (chehita). Rav Houna a dit : et c'est [le cas] à condition qu'un adulte se tienne au-dessus de lui [pour surveiller].

📜 Rachi (2)
הַיּוֹדֵעַ לִשְׁחֹוט לְאַמֵּן יָדָיו לִשְׁחִיטָה אַף עַל פִּי שֶׁאֵינוֹ בָּקִי בְּהִלְכוֹת שְׁחִיטָה:
Celui qui sait abattre — [c'est-à-dire] qui sait exercer ses mains à la chehita, bien qu'il ne soit pas expert dans les lois de l'abattage.
מֻותָּר לֶאֱכֹול מִשְּׁחִיטָתוֹ כִּדְאָמַר רַב הוּנָא וְהוּא שֶׁגָּדוֹל עוֹמֵד עַל גַּבָּיו וְרָאָה שֶׁלֹּא שָׁהָה וְלֹא דָּרַס:
Il est permis de manger de son abattage — comme le dit Rav Houna : à condition qu'un adulte se tienne au-dessus de lui et ait vu qu'il n'a pas marqué de pause (chehiya) et qu'il n'a pas appuyé (derassa).
🗂️ Tossefot (1)
וְהַיּוֹדֵעַ לִשְׁחֹוט. לְאַמֵּן יָדָיו לִשְׁחִיטָה אע"פ שֶׁאֵינוֹ בָּקִי בְּהִלְכוֹת שְׁחִיטָה מֻותָּר לֶאֱכֹול מִשְּׁחִיטָתוֹ כְּדִמְפָרֵשׁ רַב הוּנָא וְהוּא שֶׁגָּדוֹל עוֹמֵד עַל גַּבָּיו וְרָאָה שֶׁלֹּא שָׁהָה וְלֹא דָּרַס כָּךְ פֵּירֵשׁ בַּקּוּנְטְרֵס מַשְׁמַע דְּאִם אֵין יוֹדֵעַ לְאַמֵּן יָדָיו לִשְׁחִיטָה אע"פ שֶׁרָאָהוּ גָּדוֹל מִתְּחִילָּה וְעַד סוֹף שֶׁלֹּא שָׁהָה וְלֹא דָּרַס אָסוּר לֶאֱכֹול מִשְּׁחִיטָתוֹ:
« Et celui qui sait abattre. » [C'est-à-dire] qui sait exercer ses mains à la chehita : bien qu'il ne soit pas expert dans les lois de l'abattage, il est permis de manger de son abattage, comme l'explique Rav Houna — à condition qu'un adulte se tienne au-dessus de lui et ait vu qu'il n'a pas fait de chehiya ni de derassa. Ainsi a expliqué le Kountress (Rachi). Il en ressort que s'il ne sait pas exercer ses mains à la chehita, même si un adulte l'a observé du début à la fin [et a constaté] qu'il n'a pas fait de chehiya ni de derassa, il est interdit de manger de son abattage.
💡 Explication

Dernière Michna du chapitre : elle gradue le hinoukh (l'éducation) du katan non par son âge, mais par ce que son corps sait déjà faire. Premier seuil : savoir abattre, c'est-à-dire avoir la main assez exercée pour la chehita — même s'il ignore encore les lois de l'abattage.

Rav Houna pose la condition opératoire : un adulte doit se tenir al gabav (litt. sur lui) et vérifier que les deux invalidations les plus fréquentes n'ont pas eu lieu — la chehiya (interruption du mouvement du couteau) et la derassa (pression du couteau au lieu du va-et-vient). Tossefot en tire l'implication inverse : la surveillance ne remplace pas la dextérité. Un enfant dont la main n'est pas formée rend la bête passoule (invalide) même observé du début à la fin.

2
יָכוֹל לֶאֱכֹול כְּזַיִת דָּגָן — מַרְחִיקִין מִצּוֹאָתוֹ וּמִמֵּימֵי רַגְלָיו אַרְבַּע אַמּוֹת. אָמַר רַב חִסְדָּא: וְהוּא שֶׁיָּכוֹל לְאָוכְלוֹ בִּכְדֵי אֲכִילַת פְּרָס. אָמַר רַב חִיָּיא בְּרֵיהּ דְּרַב ייֵבָא: וּבְגָדוֹל, אַף עַל פִּי שֶׁאֵינוֹ יָכוֹל לֶאֱכוֹל בִּכְדֵי אֲכִילַת פְּרָס — דִּכְתִיב: ״וְיוֹסִיף דַּעַת יוֹסִיף מַכְאוֹב״.

[Le mineur] qui peut manger un kazayit (volume d'une olive) de céréale — on s'écarte de ses excréments et de son urine de quatre coudées. Rav Hisda a dit : et c'est à condition qu'il puisse le manger dans le temps d'un kedei akhilat pras (le temps de consommer une demi-miche).

Rav Hiya fils de Rav Yeva a dit : et pour un adulte, même s'il ne peut pas [le] manger dans le temps d'akhilat pras [on s'écarte quand même], car il est écrit : « et qui augmente le savoir augmente la douleur » (Qohelet 1,18).

📜 Rachi (6)
כַּזַּיִת דָּגָן כָּל חֲמֵשֶׁת הַמִּינִין קָרֵי דָּגָן חִטִּין וּשְׂעוֹרִים וְכֻוסְּמִין וְשִׁבֹּולֶת שׁוּעָל וְשִׁיפוֹן:
Un kazayit de céréale — les cinq espèces sont toutes appelées dagan : blé, orge, épeautre, avoine et seigle.
מַרְחִיקִין מִצּוֹאָתוֹ מִשֶּׁאָכַל כְּזַיִת מֵאֵלּוּ בְּכָל עִנְיַן אֲכִילָה שֶׁצּוֹאַת מִינִים הַלָּלוּ מַסְרַחַת:
On s'écarte de ses excréments — dès lors qu'il a mangé un kazayit de ces [espèces], de quelque manière qu'il l'ait mangé, car les excréments de ces espèces dégagent une mauvaise odeur.
ד' אַמּוֹת לְעִנְיַן קְרִיאַת שְׁמַע וּתְפִלָּה:
Quatre coudées — pour ce qui touche à la lecture du Chema et à la tefila.
וְהוּא שֶׁיָּכוֹל לֶאֱכֹול כַּזַּיִת זֶה בִּכְדֵי אֲכִילַת פְּרָס לַבֵּינוֹנִי אֲבָל אִם צָרִיךְ זֶה הַקָּטָן לִשְׁהוֹת יוֹתֵר מִכָּאן הֲרֵי הוּא כְּאוֹכֵל עַכְשָׁיו חֲצִי זַיִת וּלְמָחָר חֲצִי זַיִת שֶׁכֵּן הֲלָכָה לְמֹשֶׁה מִסִּינַי שֶׁאֵין אֲכִילָה מִצְטָרֶפֶת לִשְׁהִיָּיה אֲרֻוכָּה מִזּוֹ:
À condition qu'il puisse manger ce kazayit dans le temps d'un kedei akhilat pras — [mesure] d'après un homme moyen. Mais si ce mineur a besoin de s'attarder davantage, il est comme celui qui mange aujourd'hui un demi-kazayit et demain un demi-kazayit ; car telle est une halakha [transmise] à Moche au Sinaï : la consommation ne se conjoint pas [en une seule akhila] au-delà de ce laps de temps.
פְּרָס חֲצִי כִּכָּר שֶׁשִּׁיעֲרוּ בּוֹ חֲכָמִים מְזוֹן שְׁתֵּי סְעוּדוֹת לְעֵירוּב וּלְשׁוֹן פְּרָס פַּלְגָא כְּדִתְנַן בְּעֵירוּבִין (דַּף פב:) חֶצְיָהּ לַבַּיִת הַמְנֻוגָּע לָבֹא בַּבַּיִת הַמְנֻוגָּע לִיטְעֹון כִּיבּוּס בְּגָדִים שֶׁתְּלָאָן הַכָּתוּב בִּשְׁהִיַּית שִׁיעוּר אֲכִילָה דִּכְתִיב (וַיִּקְרָא יד) וְהָאוֹכֵל בַּבַּיִת יְכַבֵּס בְּגָדָיו:
Pras — une demi-miche, celle par laquelle les Sages ont évalué la nourriture de deux repas pour le erouv ; et le mot pras signifie moitié (palga), comme nous l'avons appris à Erouvin 82b : « sa moitié pour la maison frappée de nega » — [c'est-à-dire] pour celui qui pénètre dans une maison atteinte [de tsara'at] et se trouve tenu au lavage de ses vêtements, obligation que l'Écriture fait dépendre du temps passé [à l'intérieur], à la mesure de la durée d'un repas, ainsi qu'il est écrit (Lévitique 14,47) : « et celui qui mange dans la maison lavera ses vêtements ».
מַכְאוֹב מַסְרִיחַ:
« Douleur » (makh'ov) — [au sens de] : qui devient malodorant.
💡 Explication

Deuxième seuil, dans un tout autre domaine : la pureté de l'espace de prière. Dès que l'enfant digère de la dagan (les cinq espèces : blé, orge, épeautre, avoine, seigle), ses déjections deviennent malodorantes comme celles d'un adulte — on doit donc s'en écarter de quatre coudées pour le Chema et la tefila.

Rav Hisda importe ici la mesure de temps standard du droit alimentaire, le kedei akhilat pras : au-delà de ce laps, deux demi-portions ne se conjoignent plus en une seule akhila (halakha transmise à Moche au Sinaï). Rav Hiya fils de Rav Yeva renverse la règle pour l'adulte : chez lui la vitesse ne compte plus. Le verset de Qohelet sert d'appui, Rachi glosant makh'ov (douleur) par masri'ah — qui devient malodorant : le corps formé corrompt sa nourriture quoi qu'il arrive.

🖼️ Schéma
Kedei akhilat pras : la fenêtre qui fait d'une bouchée un repas Pras = une demi-miche, mesure de référence des Sages ; le mot signifie moitié (palga). début de l'akhila fin du kedei akhilat pras Kazayit achevé dans la fenêtre Les bouchées se conjoignent : c'est une seule consommation -- on s'écarte. Kazayit étalé au-delà Comme un demi-kazayit aujourd'hui et un demi demain : pas de tsirouf. Le renversement de Rav Hiya fils de Rav Yeva : le cas de l'adulte Chez le gadol, même sans achever le kazayit dans le kedei akhilat pras, on s'écarte quand même. Verset : ve-yossif da'at yossif makh'ov -- qui augmente le savoir augmente la douleur (Qohelet 1,18). Rachi glose makh'ov par masri'ah : chez l'adulte, la nourriture se corrompt de toute façon.
La fenêtre du kedei akhilat pras, et pourquoi elle disparaît chez l'adulte.
3
יָכוֹל לֶאֱכֹול כְּזַיִת צָלִי — שׁוֹחֲטִין עָלָיו אֶת הַפֶּסַח, שֶׁנֶּאֱמַר: ״אִישׁ לְפִי אָכְלוֹ״. רַבִּי יְהוּדָה אוֹמֵר: עַד שֶׁיָּכוֹל לְבָרֵר אֲכִילָה. כֵּיצַד? נוֹתְנִין לוֹ צְרוֹר — וְזוֹרְקוֹ, אֱגוֹז — וְנוֹטְלוֹ.

[Le mineur] qui peut manger un kazayit de viande rôtie — on abat pour lui le sacrifice pascal (pessa'h), ainsi qu'il est dit : « chaque homme selon ce qu'il mange » (Exode 12,4). Rabbi Yehouda dit : [pas] tant qu'il ne sait pas discerner une nourriture.

Comment [le vérifie-t-on] ? On lui donne un caillou — et il le jette ; une noix — et il la prend.

📜 Rachi (1)
שׁוֹחֲטִין עָלָיו אֶת הַפֶּסַח מְמַנִּין אוֹתוֹ עַל בְּנֵי הַחֲבוּרָה וְאִי לֹא לֹא דִּכְתִיב (שְׁמוֹת י״ב:ד׳) אִישׁ לְפִי אָכְלוֹ תָּכֹסּוּ הָרָאוּי לַאֲכִילָה:
On abat pour lui le pessa'h — on l'inscrit parmi les membres de la havoura ; et dans le cas contraire, non, car il est écrit (Exode 12,4) « chaque homme selon ce qu'il mange, vous compterez » — [donc seulement] celui qui est apte à manger.
🗂️ Tossefot (1)
יָכוֹל לֶאֱכֹול כְּזַיִת צָלִי. יֵשׁ שֶׁיָּכוֹל לֶאֱכֹול כְּזַיִת מְבֻושָּׁל וְאֵינוֹ יָכוֹל לֶאֱכֹול כְּזַיִת צָלִי וּמְשַׁעֲרִין בְּצָלִי לְפִי שֶׁדִּינוֹ שֶׁל פֶּסַח צָלִי:
« Qui peut manger un kazayit de rôti. » Il en est qui peuvent manger un kazayit de viande bouillie sans pouvoir manger un kazayit de viande rôtie ; on évalue donc avec du rôti, puisque la loi du pessa'h est [qu'il se mange] rôti.
💡 Explication

Troisième seuil : l'inscription (minouy) parmi les membres de la havoura, le groupe qui mangera le pessa'h. Le critère vient du verset ich lefi okhlo — chacun selon ce qu'il mange : seul celui qui est apte à une vraie consommation peut être compté. Tossefot précise pourquoi on mesure avec du rôti et non du bouilli : puisque la loi du pessa'h est qu'il se mange rôti, la mesure doit se faire dans la matière même du sacrifice.

Rabbi Yehouda ajoute une exigence d'un autre ordre : bérer akhila, savoir distinguer ce qui est nourriture de ce qui ne l'est pas. Son test est concret et vérifiable — caillou rejeté, noix saisie. Manger le pessa'h n'est pas seulement ingérer : c'est un acte posé par un sujet.

🖼️ Schéma
Inscrire un enfant au pessa'h : deux critères en débat Ish lefi okhlo -- chacun selon ce qu'il mange : que faut-il entendre par manger ? Tana kama -- critère du volume Il peut manger un kazayit de viande rôtie. On l'inscrit alors parmi les membres de la havoura, et on abat pour lui. Tossefot : pourquoi du rôti et non du bouilli ? Tel enfant avalé un kazayit bouilli sans pouvoir avaler un kazayit de rôti -- or la loi du pessa'h est qu'il se mange rôti : on mesure donc dans la matière même du sacrifice. Rabbi Yehouda -- critère du discernement Le volume ne suffit pas : il faut qu'il sache bérer akhila, distinguer un aliment. On lui tend un caillou il le jette On lui tend une noix il la prend Manger le pessa'h est un acte de la personne, pas seulement une capacité de l'estomac.
Volume ou discernement : les deux critères pour inscrire un enfant au pessa'h.
4
הֲדַרַן עֲלָךְ לוּלָב הַגָּזוּל

Hadran alakh (nous reviendrons vers toi), chapitre « Loulav ha-gazoul » (Le loulav volé).

💡 Explication

Formule de clôture du chapitre. Hadran alakh — littéralement « nous sommes revenus vers toi » — exprime à la fois l'achèvement de l'étude et la promesse d'y retourner. Le troisième chapitre s'ouvrait sur le loulav volé et la question de la propriété ; le quatrième s'ouvre maintenant sur le calendrier de la fête.

5
לוּלָב וַעֲרָבָה — שִׁשָּׁה וְשִׁבְעָה. הַהַלֵּל וְהַשִּׂמְחָה — שְׁמוֹנָה. סֻוכָּה וְנִיסּוּךְ הַמַּיִם — שִׁבְעָה. הֶחָלִיל — חֲמִשָּׁה וְשִׁשָּׁה.

[MICHNA] Le loulav et la aravah (branche de saule) — six ou sept [jours]. Le Hallel et la simha (réjouissance) — huit.

La souccah et le nissoukh ha-mayim (la libation d'eau) — sept. Le halil (la flûte) — cinq ou six.

📜 Rachi (7)
מַתְנֵי' לוּלָב וַעֲרָבָה שֶׁהֵן בַּמִּקְדָּשׁ כָּל שִׁבְעָה לוּלָב לִנְטִילָה וַעֲרָבָה לְהַקִּיף מִזְבֵּחַ כְּדִלְקַמָּן בְּפִירְקִין (סֻוכָּה דַּף מה.):
Michna. Le loulav et la aravah — qui sont [pratiques] au Temple les sept jours : le loulav pour la netilah (la prise en main), et la aravah pour entourer l'autel, comme [exposé] plus loin dans notre chapitre (Souccah 45a).
שִׁשָּׁה וְשִׁבְעָה פְּעָמִים שֶׁדּוֹחִין שַׁבָּת וְהֵן כָּל שִׁבְעָה וּפְעָמִים שֶׁאֵין דּוֹחִין וְהָווּ לְהוּ שִׁשָּׁה יָמִים וּלְקַמֵּיהּ מְפָרֵשׁ וְאָזֵיל לָהּ:
Six ou sept — parfois ils repoussent le Chabbat, et ce sont alors les sept [jours] ; parfois ils ne le repoussent pas, et cela fait six jours. La suite l'explique et le développe.
הַהַלֵּל לִגְמֹור כָּל שְׁמוֹנָה כֵּן תִּקְּנוּ נְבִיאִים הָרִאשׁוֹנִים וּבַעֲרָכִין (דַּף י.) מְפָרֵשׁ מַאי שְׁנָא מִפֶּסַח מִפְּנֵי שֶׁיְּמֵי הֶחָג חֲלוּקִים בְּקָרְבְּנוֹתֵיהֶן:
Le Hallel — pour le dire en entier les huit jours ; ainsi l'ont institué les premiers prophètes. Et à Arakhin 10a il est expliqué en quoi cela diffère de Pessa'h : parce que les jours de la fête [de Souccot] diffèrent les uns des autres par leurs sacrifices.
וְהַשִּׂמְחָה לֶאֱכֹול בְּשַׂר שְׁלָמִים דְּקַייְמָא לָן בִּפְסָחִים (דַּף קט.) בִּזְמַן שֶׁבֵּית הַמִּקְדָּשׁ קַייָּם אֵין שִׂמְחָה אֶלָּא בְּבָשָׂר שֶׁנֶּאֱמַר וְזָבַחְתָּ שְׁלָמִים וְאָכַלְתָּ שָּׁם וְשָׂמַחְתָּ וְאַף עַל גַּב דְּהַאי קְרָא לָאו בָּרְגָלִים כְּתִיב דְּהַאי קְרָא בְּהַר גְּרִזִים וּבְהַר עֵיבָל כְּתִיב מִיהוּ בָּרְגָלִים שִׂמְחָה כְּתִיבָא וְשָׂמַחְתָּ בְּחַגֶּךָ:
Et la simha — [c'est-à-dire] manger de la viande de chelamim, car nous tenons pour établi (Pessahim 109a) : au temps où le Temple est debout, il n'est de réjouissance que par la viande, ainsi qu'il est dit « tu sacrifieras des chelamim, tu mangeras là et tu te réjouiras ». Et bien que ce verset ne soit pas écrit à propos des fêtes de pèlerinage — car ce verset est écrit à propos du mont Guerizim et du mont Éval — la réjouissance est néanmoins écrite à propos des fêtes : « et tu te réjouiras en ta fête ».
סֻוכָּה לֵישֵׁב בַּסֻּוכָּה:
La souccah — [l'obligation] d'y séjourner.
נִיסּוּךְ הַמַּיִם בִּתְמִידֵי הֶחָג שַׁחֲרִית וְלֹא עַרְבִית כִּדְאָמְרִינַן בְּסֵדֶר יוֹמָא בְּפֶ' שֵׁנִי (דַּף כו:):
La libation d'eau — [elle se fait] avec les sacrifices perpétuels (temidim) de la fête, le matin et non le soir, comme nous l'avons dit dans l'ordre de Yoma, au deuxième chapitre (26b).
הֶחָלִיל שִׂמְחַת בֵּית הַשּׁוֹאֵבָה הָיוּ שְׂמֵחִים בֶּחָג לִכְבוֹד שְׁאִיבַת נִיסּוּךְ הַמַּיִם וּמְחַלְּלִים בַּחֲלִילִים וּבְכִנּוֹרוֹת וְאוֹתוֹ חָלִיל אֵינוֹ דּוֹחֶה יוֹם טוֹב הִלְכָּךְ פְּעָמִים שֶׁהוּא חֲמִשָּׁה יָמִים בֶּחָג כְּגוֹן שֶׁלֹּא חָל יוֹם טוֹב הָרִאשׁוֹן בְּשַׁבָּת דְּכֵיוָן דְּלָא דָחֵי יוֹם טוֹב וְכָל שֶׁכֵּן שַׁבָּת שֶׁבְּחֻולּוֹ שֶׁל מוֹעֵד פָּשׁוּ לְהוּ חֲמִשָּׁה וּפְעָמִים שֶׁהוּא שִׁשָּׁה כְּגוֹן שֶׁחָל יוֹם טוֹב רִאשׁוֹן בְּשַׁבָּת דְּפָשׁוּ לְהוּ שִׁשָּׁה שֶׁל חוֹל הַמּוֹעֵד דְּבִזְמַן מִקְדָּשׁ אֵין עוֹשִׂין יוֹם טוֹב שְׁנֵי:
Le halil — [il s'agit de] la simhat beit ha-cho'eva : on se réjouissait durant la fête en l'honneur du puisement de l'eau de la libation, et l'on jouait des flûtes (halilim) et des harpes. Or cette flûte ne repousse pas le yom tov ; par conséquent, il arrive qu'elle occupe cinq jours de la fête — par exemple lorsque le premier jour de fête n'est pas tombé un Chabbat : puisqu'elle ne repousse pas le yom tov, et à plus forte raison le Chabbat qui tombe alors pendant hol ha-mo'ed, il en reste cinq. Et il arrive qu'elle en occupe six — par exemple lorsque le premier jour de fête tombe un Chabbat, de sorte qu'il reste six jours de hol ha-mo'ed ; car au temps du Temple on ne faisait pas de second jour de fête.
🗂️ Tossefot (1)
מַתְנֵי' לוּלָב וַעֲרָבָה. וְהַשִּׂמְחָה. לֶאֱכֹול בְּשַׂר שְׁלָמִים דְּקָאָמַר בע"פ (פְּסָחִים דַּף קט.) בִּזְמַן שבהמ"ק קַייָּם אֵין שִׂמְחָה אֶלָּא בְּבָשָׂר שֶׁנֶּאֱמַר וְזָבַחְתָּ שְׁלָמִים וְאָכַלְתָּ שָּׁם וְשָׂמַחְתָּ ואע"ג דְּהַאי קְרָא לָאו בָּרְגָלִים כְּתִיב אֶלָּא בְּהַר גְּרִזִים וּבְהַר עֵיבָל מִיהוּ בָּרְגָלִים שִׂמְחָה כְּתִיב דִּכְתִיב וְשָׂמַחְתָּ בְּחַגֶּךָ כָּךְ פֵּירֵשׁ בַּקּוּנְטְרֵס וא"ת זִימְנִין דְּאֵינָם נֶאֱכָלִין כָּל ח' כְּגוֹן שֶׁחָל י"ט רִאשׁוֹן דְּסֻוכּוֹת בְּאֶחָד בְּשַׁבָּת וְיוֹם שְׁמִינִי בַּא' בְּשַׁבָּת דְּאִי אֶפְשָׁר לוֹמַר כָּל ח' שְׁלָמִים דְּלֵיל מוֹצָאֵי שְׁבִיעִי לֹא יִשְׁחֲטוּ דְּבָעֵינַן יוֹם הַקְרָבָה וְיוֹם הַשְּׁבִיעִי נָמֵי לֹא דְּאֵין חֲגִיגַת שִׂמְחָה דּוֹחָה שַׁבָּת וע"כ מְהַנֵּי דְּנִשְׁחֲטוּ בַּיּוֹם [שִׁשִּׁי] אָכִיל בַּשְּׁבִיעִי וְאֵין שְׁלָמִים נֶאֱכָלִין לִשְׁנֵי יָמִים וּשְׁנֵי לֵילוֹת נִמְצָא דִּבְלֵיל מוֹצָאֵי שַׁבָּת שֶׁהוּא לֵיל שְׁמִינִי עֲצֶרֶת לֹא יֹאכַל שְׁלָמִים וְיֵשׁ לוֹמַר כִּדְאָמַר רַב פָּפָּא פֶּרֶק אֵלּוּ דְּבָרִים (פְּסָחִים דַּף עא.) עַל קֻושְׁיָא אַחֶרֶת מְשַׂמְּחוֹ בִּכְסוּת נְקִיָּה וּבְיַיִן יָשָׁן ה"נ נֵימָא הָכִי:
« Michna : le loulav et la aravah. » « Et la simha » — [c'est-à-dire] manger de la viande de chelamim, comme il est dit au chapitre Arvei Pessahim (Pessahim 109a) : au temps où le Temple est debout, il n'est de réjouissance que par la viande, ainsi qu'il est dit « tu sacrifieras des chelamim, tu mangeras là et tu te réjouiras » ; et bien que ce verset ne soit pas écrit à propos des fêtes de pèlerinage mais à propos du mont Guerizim et du mont Éval, la réjouissance est néanmoins écrite à propos des fêtes, car il est écrit « et tu te réjouiras en ta fête ». Ainsi a expliqué le Kountress (Rachi). Et si tu demandes : il arrive qu'ils ne soient pas mangeables les huit jours ! Par exemple lorsque le premier jour de fête de Souccot tombe un dimanche et que le huitième jour tombe [également] un dimanche : il est impossible de dire [qu'il y a] des chelamim tous les huit jours, car on ne les abattra pas la nuit qui suit le septième [jour], puisqu'il faut un jour pour l'offrande ; ni le septième jour lui-même, car la haguiga de simha ne repousse pas le Chabbat. Force est donc de dire qu'il mange le septième jour de ceux qui ont été abattus le [sixième] jour ; or les chelamim ne se mangent pas deux jours et deux nuits — il se trouve donc qu'à la nuit de la sortie du Chabbat, qui est la nuit de Chemini Atseret, il ne mangera pas de chelamim. On peut répondre comme l'a dit Rav Papa au chapitre Elou Devarim (Pessahim 71a) sur une autre difficulté : il le réjouit par des vêtements propres et du vin vieux — ici aussi disons de même.
💡 Explication

Michna programmatique : elle annonce en quatre lignes tout le contenu du chapitre. Chaque nombre répond à une seule question — combien de jours ce rite est-il effectivement accompli ? — et la variable cachée est toujours la même : le Chabbat. Un rite qui ne le repousse pas perd un jour dans la semaine.

Rachi précise les termes. La simha, au temps du Temple, c'est manger de la viande de chelamim (sacrifices de paix) ; le Hallel se dit en entier les huit jours, institution des premiers prophètes — parce que, contrairement à Pessa'h, les jours de Souccot diffèrent les uns des autres par leurs sacrifices (Arakhin 10a). Le halil, lui, désigne la musique de la simhat beit ha-cho'eva : elle ne repousse ni le yom tov ni le Chabbat, d'où cinq ou six.

Tossefot soulève une difficulté de calendrier sur les huit jours de simha : selon la configuration de l'année, il existe une nuit — celle de Chemini Atseret — où aucun chelamim valide ne peut plus être mangé. Réponse, d'après Rav Papa (Pessahim 71a) : on réjouit alors par des vêtements propres et du vin vieux. La simha a plusieurs formes.

🖼️ Schéma
Les huit jours, rite par rite (au Temple) Vert : le rite est accompli ce jour-là. Gris : il ne l'est pas. Rite J1 J2 J3 J4 J5 J6 J7 J8 Atséret Loulav sept jours au Temple -- moins le Chabbat, sauf s'il tombe le premier jour Aravah tour de l'autel -- moins le Chabbat, sauf s'il tombe le septième jour Hallel complet huit jours pleins -- institution des premiers prophètes Simha (chelamim) huit jours -- ve-samahta be-hagekha Souccah sept jours -- habiter n'exige aucun acte interdit le Chabbat Nissoukh ha-mayim sept jours -- au temid du matin ; le service repousse le Chabbat Halil (flûte) hol ha-mo'ed seulement -- ni yom tov ni Chabbat : six, ou cinq Les cases J1 à J7 sont les jours de Souccot ; J8 est Chemini Atseret, fête distincte. Un seul Chabbat tombe dans la semaine : c'est lui qui fait basculer 7 en 6 et 6 en 5.
Les huit jours de la fête, rite par rite : où les nombres de la Michna se lisent d'un coup d'œil.
6
לוּלָב שִׁבְעָה, כֵּיצַד? יוֹם טוֹב הָרִאשׁוֹן שֶׁל חַג שֶׁחָל לִהְיוֹת בְּשַׁבָּת — לוּלָב שִׁבְעָה, וּשְׁאָר כָּל הַיָּמִים — שִׁשָּׁה.

Le loulav [se prend] sept [jours], comment ? Lorsque le premier jour de fête de Souccot tombe un Chabbat — le loulav [se prend] sept jours ; et tous les autres jours [c'est-à-dire lorsque c'est un autre jour qui tombe un Chabbat] — six.

📜 Rachi (2)
לוּלָב שִׁבְעָה דְּיוֹם טוֹב רִאשׁוֹן דָּחֵי שַׁבָּת:
Le loulav sept — car le premier jour de fête repousse le Chabbat.
וּשְׁאָר כָּל הַיָּמִים שֶׁחָל בָּהֶן יוֹם טוֹב רִאשׁוֹן וְנִמְצֵאת שַׁבָּת בְּחֻולּוֹ שֶׁל מוֹעֵד לָא דָּחֵי ואע"ג דְּכָל שִׁבְעָה הוּא מִן הַתּוֹרָה בַּמִּקְדָּשׁ לָא דָּחֵי כִּדְאָמְרִינַן טַעְמָא בַּגְּמָרָא וְכֵן עֲרָבָה בַּשְּׁבִיעִי וּבַגְּמָרָא מְפָרֵשׁ מַאי שְׁנָא שְׁבִיעִי:
Et tous les autres jours — [c'est-à-dire] ceux où tombe le premier jour de fête, de sorte que le Chabbat se trouve pendant hol ha-mo'ed : [alors le loulav] ne repousse pas [le Chabbat]. Et bien que, au Temple, [la prise du loulav soit obligatoire] de la Torah les sept jours, il ne repousse pas [le Chabbat], comme nous en donnerons la raison dans la Guemara. Et il en va de même pour la aravah au septième jour ; et la Guemara explique en quoi le septième jour diffère.
💡 Explication

La Michna déplie sa première ligne. Le compte de sept ne dépend pas de la durée de l'obligation, mais de l'endroit où tombe le Chabbat. Seul le premier jour est toranique partout (ou-lekahtem lakhem ba-yom ha-richon) : lui seul repousse le Chabbat. S'il coïncide avec lui, aucun jour ne saute et l'on atteint sept.

Rachi soulève la tension et annonce sa résolution : au Temple, la prise du loulav est pourtant toranique les sept jours — et malgré cela elle ne repousse pas le Chabbat des jours suivants. La raison en sera donnée dans la Guemara (segment suivant), et la même structure vaudra pour la aravah au septième jour.

🖼️ Schéma
Loulav sept ou six : où tombe le Chabbat ? Cas A -- le premier jour de fête tombe un Chabbat J1 Chabbat loulav pris J2 à J7 -- jours ordinaires de la fête, loulav pris chaque jour = 7 Le premier jour est toranique partout (où-lekahtem lakhem, ba-yom ha-richon) : il repousse le Chabbat. Cas B -- le Chabbat tombe pendant hol ha-mo'ed J1 (jour de fête) à J3 Chabbat pas de loulav jours suivants jusqu'à J7 = 6 Les jours suivants sont bien toraniques au Temple, mais Rachi renvoie à la raison donnée en Guemara : ils ne repoussent pas le Chabbat. Le compte tombe donc à six.
Sept ou six selon la place du Chabbat dans la semaine de fête.
7
עֲרָבָה שִׁבְעָה, כֵּיצַד? יוֹם הַשְּׁבִיעִי שֶׁל עֲרָבָה שֶׁחָל לִהְיוֹת בַּשַּׁבָּת — עֲרָבָה שִׁבְעָה, וּשְׁאָר כָּל הַיָּמִים — שִׁשָּׁה.

La aravah [se fait] sept [jours], comment ? Lorsque le septième jour de la aravah tombe un Chabbat — la aravah [se fait] sept jours ; et tous les autres jours — six.

💡 Explication

Même mécanique que pour le loulav, avec un déplacement du point d'appui : pour la aravah, ce n'est pas le premier jour mais le septième qui possède un statut propre — c'est lui qui repousse le Chabbat. S'il tombe un Chabbat, le rite occupe les sept jours ; sinon, le Chabbat de la semaine en retranche un.

Rachi a déjà signalé au segment précédent la question que la Guemara devra traiter : mai chena chevi'i — qu'a donc le septième jour de particulier ?

🖼️ Schéma
Aravah : c'est le septième jour qui est décisif Même structure que le loulav, mais le jour privilégié se déplace du premier au dernier. Cas A -- le septième jour tombe un Chabbat J1 à J6 -- on entoure l'autel de la aravah chaque jour J7 Chabbat aravah faite = 7 Cas B -- le Chabbat tombe un autre jour jours précédents Chabbat pas d'aravah jusqu'à J7 inclus = 6 Rachi annonce la question que la Guemara traitera : qu'a donc le septième jour de particulier pour la aravah ?
Pour la aravah, le jour privilégié est le dernier, non le premier.
8
מִצְוַת לוּלָב, כֵּיצַד (בְּשַׁבָּת)? יוֹם טוֹב הָרִאשׁוֹן שֶׁל חַג שֶׁחָל לִהְיוֹת בַּשַּׁבָּת מוֹלִיכִין אֶת לוּלְבֵיהֶן לְהַר הַבַּיִת, וְהַחַזָּנִין מְקַבְּלִין מֵהֶן וְסוּדָרִין אוֹתָן עַל גַּבֵּי אִיצְטְבָא, וְהַזְּקֵנִים מַנִּיחִין אֶת שֶׁלָּהֶן בְּלִשְׁכָּה. וּמְלַמְּדִין אוֹתָם לוֹמַר: כָּל מִי שֶׁמַּגִּיעַ לוּלָבִי לְיָדוֹ — הֲרֵי הוּא לוֹ בְּמַתָּנָה.

La mitsva du loulav, comment [s'accomplissait-elle un Chabbat] ? Lorsque le premier jour de fête de Souccot tombe un Chabbat, [tous] portent leurs loulavim au mont du Temple [dès la veille] ; les hazanim (les préposés) les reçoivent d'eux et les rangent sur l'itstaba (le banc du portique) ; et les anciens déposent le leur dans la lichka (la chambre).

Et on leur apprend à dire : « quiconque mon loulav parvient en sa main — il est à lui en don (matana) ».

📜 Rachi (6)
מִצְוַת לוּלָב בְּיוֹם טוֹב הָרִאשׁוֹן שֶׁחָל לִהְיוֹת בְּשַׁבָּת כֵּיצַד:
La mitsva du loulav — le premier jour de fête tombant un Chabbat, comment ?
ה"ג י"ט הָרִאשׁוֹן שֶׁל חַג שֶׁחָל לִהְיוֹת בְּשַׁבָּת כָּל הָעָם מוֹלִיכִין אֶת לוּלְבֵיהֶן לְהַר הַבַּיִת מֵעֶרֶב שַׁבָּת:
Telle est la version [du texte] : « Le premier jour de fête de Souccot qui tombe un Chabbat, tout le peuple porte ses loulavim au mont du Temple dès la veille du Chabbat. »
הַחַזָּנִין שַׁמָּשִׁין שֶׁהָיוּ שָׁם לְצָורְכֵי צִבּוּר:
Les hazanim — les serviteurs qui se tenaient là pour les besoins de la communauté.
ע"ג הָאִיצְטַבָּא רָחְבָּהּ שֶׁל הַר הַבַּיִת הָיְתָה מֻוקֶּפֶת אִיצְטַבָּאוֹת לֵישֵׁב שָׁם וּמְסֻוכֶּכֶת לְמַעְלָה מִפְּנֵי הַגְּשָׁמִים. עַל גַּב הָאִיצְטַבָּא גָּר' בְּמָתְנֵי' דְּהַיְינוּ עַל גַּבֵּי הַסַּפְסָלִים:
Sur l'itstaba — l'esplanade du mont du Temple était entourée d'itstabaot (portiques à bancs) pour s'y asseoir, couvertes par le haut à cause des pluies. On lit dans notre michna « sur l'itstaba », c'est-à-dire sur les bancs.
וְהַזְּקֵנִים שֶׁדּוֹאֲגִין שֶׁלֹּא יִדְחָפוּם לְמָחָר וְיִתְמַעֲכוּ בְּהַקְהֵל הַכֹּל לָקַחַת אִישׁ לוּלָבוֹ:
Et les anciens — car ils craignent d'être bousculés le lendemain et écrasés dans le rassemblement, lorsque tous viendront prendre chacun son loulav.
וּמְלַמְּדִין ב"ד אֶת כֻּולָּם לוֹמַר אִם יָבֹא לוּלָבוֹ לִידֵי חֲבֵירוֹ הֲרֵי הוּא שֶׁלּוֹ בְּמַתָּנָה כְּדֵי שֶׁלֹּא יְהֵא אֶצְלוֹ לֹא גָּזוּל וְלֹא שָׁאוּל:
Et on leur apprend — le beit din [apprend] à tous à dire : si son loulav vient en la main de son prochain, il est à lui en don ; afin qu'il n'y ait chez lui ni [loulav] volé ni [loulav] emprunté.
💡 Explication

La Michna décrit un dispositif logistique très précis, entièrement commandé par deux contraintes. Première contrainte : on ne porte rien le Chabbat — d'où le dépôt la veille, les loulavim étant rangés par les hazanim (serviteurs affectés aux besoins publics) sur l'itstaba, les bancs couverts du portique qui ceinturait l'esplanade. Les anciens obtiennent un traitement à part, dans la lichka, non par privilège mais parce qu'ils risquent d'être écrasés dans la cohue du lendemain.

Seconde contrainte, héritée du folio précédent : le premier jour, on ne s'acquitte qu'avec un loulav qui est à soi (lakhem, michelakhem). Dans la bousculade, chacun risque de repartir avec celui d'un autre — gazoul (volé) ou cha'oul (emprunté), donc invalide. Le beit din enseigne donc à chacun de déclarer d'avance un don à quiconque récupérera son loulav : le transfert de propriété est réel, et la mitsva tient.

🖼️ Schéma
Le dispositif du mont du Temple, veille de Chabbat Comment prendre son loulav le Chabbat sans le porter le Chabbat -- et sans qu'il soit emprunté. Vendredi -- le dépôt Tout le peuple porte ses loulavim au mont du Temple dès la veille. Les hazanim -- serviteurs affectés aux besoins publics -- les reçoivent et les rangent en ordre. Deux lieux, deux publics Le peuple : sur l'itstaba -- les bancs du portique qui ceint l'esplanade, couvert contre les pluies. Les anciens : dans la lichka, pour ne pas être écrasés demain. La formule du beit din On apprend à chacun à déclarer : quiconque reçoit mon loulav en sa main, il est à lui en don. Une matana pure et simple, prononcée d'avance et pour tous. Pourquoi le don est indispensable : le problème de 41b Le premier jour, on ne s'acquitte qu'avec un loulav qui est à soi -- lakhem, mishelakhem. Dans la cohue, chacun risque de repartir avec le loulav d'un autre. Sans déclaration, ce loulav serait gazoul (volé) ou au mieux cha'oul (emprunté) : invalide. Avec la déclaration, il devient sa propriété pleine dès qu'il l'a en main : la mitsva tient. Rachi : afin qu'il n'y ait chez lui ni volé ni emprunté. Le beit din ne fabrique pas une fiction : il organise un vrai transfert.
Le dispositif du dépôt, ses deux lieux, et la déclaration de don qui neutralise le problème du lakhem.
9
לְמָחָר מַשְׁכִּימִין וּבָאִין, וְהַחַזָּנִין זוֹרְקִין אוֹתָם לִפְנֵיהֶם, וְהֵן מְחַטְּפִין וּמַכִּין אִישׁ אֶת חֲבֵירוֹ. וּכְשֶׁרָאוּ בֵּית דִּין שֶׁבָּאוּ לִידֵי סַכָּנָה — הִתְקִינוּ שֶׁיְּהֵא כָּל אֶחָד וְאֶחָד נוֹטֵל בְּבֵיתוֹ.

Le lendemain, ils se lèvent tôt et viennent ; les hazanim les leur jettent devant eux ; eux s'en emparent à la hâte et se frappent les uns les autres. Et lorsque le beit din vit qu'ils en venaient au danger, il institua que chacun prendrait [son loulav] chez lui.

💡 Explication

La procédure du Temple, pourtant bien conçue, produit un désastre : dans la précipitation du matin, la distribution tourne à la mêlée et l'on se blesse. Le mot décisif est sakana — le danger corporel.

Le beit din légifère alors sur ce qu'il constate : une takana déplace la prise du loulav du lieu public du Temple vers la maison de chacun. C'est un exemple net de la manière dont une pratique établie, même au Temple, cède devant l'intégrité physique des personnes.

🖼️ Schéma
Quand une bonne procédure devient dangereuse Au matin Tous se lèvent tôt et viennent ensemble. Les hazanim jettent les loulavim devant la foule. La cohue Chacun s'en empare, on se frappe l'un l'autre. La takana Le beit din voit le danger : chacun prendra chez lui. Le danger corporel (sakana) suffit à défaire un usage établi au Temple : le beit din légifère sur ce qu'il voit. Conséquence : la prise du loulav quitte l'espace public du Temple pour l'espace domestique.
De la distribution matinale à la takana : quatre étapes et un principe.
10
גְּמ׳ אַמַּאי? טִלְטוּל בְּעָלְמָא הוּא, וְלִידְחֵי שַׁבָּת! אָמַר רַבָּה: גְּזֵרָה שֶׁמָּא יִטְּלֶנּוּ בְּיָדוֹ וְיֵלֵךְ אֵצֶל בָּקִי לִלְמוֹד,

GUEMARA. Pourquoi [le loulav ne repousse-t-il pas le Chabbat les autres jours] ?

Ce n'est qu'un simple déplacement (tiltoul) — qu'il repousse donc le Chabbat ! Rabba a dit : [c'est] un décret (gezera), de peur qu'il ne le prenne en main et n'aille chez un expert (baki) pour apprendre,

📜 Rachi (2)
גמ' טִלְטוּל בְּעָלְמָא אֵין בּוֹ צַד אִיסּוּר אֶלָּא כִּמְטַלְטֵל עֵצִים וְכֵיוָן דְּמִן הַתּוֹרָה הוּא בַּמִּקְדָּשׁ כָּל שִׁבְעָה לָמָּה אֲסָרוּהוּ מַה סְיָיג לַתּוֹרָה מָצְאוּ בּוֹ:
Guemara. Un simple déplacement — il n'y a là aucun aspect d'interdit, c'est comme déplacer du bois ; et puisque, au Temple, c'est [une obligation] de la Torah les sept jours, pourquoi l'ont-ils interdit ? Quelle haie protectrice pour la Torah y ont-ils trouvée ?
לִלְמֹוד נִעְנוּעוֹ אוֹ בִּרְכָתוֹ:
Pour apprendre — son na'anou'a (l'agitation rituelle) ou sa bénédiction.
🗂️ Tossefot (1)
טִלְטוּל בְּעָלְמָא הוּא. אע"ג דַּחֲזֵי לְמִצְוָה שַׁיָּיךְ בֵּיהּ אִיסּוּר מֻוקְצֶה לְטִלְטוּל מֵאַחַר דְּאֵין עָשׂוּי כְּלִי כִּדְאַשְׁכְּחַן גַּבֵּי קָנִים דְּלֶחֶם הַפָּנִים דִּכְתִיבִי כִּדְתַנְיָא בִּמְנָחוֹת פֶּרֶק שְׁתֵּי הַלֶּחֶם (מְנָחוֹת דַּף צז.) וּמְנַקִּיֹּותָיו אֵלּוּ קָנִים וּתְנַן הָתָם לֹא סִידּוּר הַקָּנִים וְלֹא נְטִילָתָן דּוֹחָה אֶת הַשַּׁבָּת אֶלָּא נִכְנָס מע"ש אַלְמָא חֲשִׁיב לְהוּ מֻוקְצֶה אע"ג דַּחֲזוּ לַלֶּחֶם וּבְפֶ' אַרְבָּעָה אַחִין (יְבָמוֹת דַּף לג:) גַּבֵּי זָר שֶׁשִּׁימֵּשׁ דְּקָאָמַר אִי בְּקַבָּלָה וְהוֹלָכָה טִלְטוּל בְּעָלְמָא הוּא וּמִיהוּ הָתָם נִיחָא טְפֵי כֵּיוָן דְּזָר הוּא:
« Ce n'est qu'un simple déplacement. » Bien qu'il soit apte à la mitsva, l'interdit de mouktse s'y applique quant au déplacement, dès lors qu'il n'est pas façonne en ustensile (keli) — comme nous le trouvons à propos des roseaux (kanim) du pain de proposition, qui sont pourtant mentionnés dans l'Écriture, ainsi qu'il est enseigné dans Menahot, chapitre Chetei ha-Le'hem (97a) : « et ses menakiyot » — ce sont les roseaux ; et nous avons appris là que ni la disposition des roseaux ni leur retrait ne repoussent le Chabbat, mais [on] entre [les placer] dès la veille du Chabbat. Il en ressort qu'on les tient pour mouktse, bien qu'ils soient aptes [au service] du pain. Et au chapitre Arba'a Ahin (Yevamot 33b), à propos d'un zar (non-cohen) qui a officié, [la Guemara] dit : s'il s'agit de la réception [du sang] et de son transport, ce n'est qu'un simple déplacement. Toutefois, là-bas cela se comprend mieux, puisqu'il s'agit d'un zar.
💡 Explication

La Guemara attaque le point le plus fragile de la Michna. Prendre un loulav n'accomplit aucun des trente-neuf travaux : ce n'est qu'un tiltoul, un déplacement, comme le dit Rachi — comme déplacer du bois. Et puisque, au Temple, la prise est toranique les sept jours, quelle haie (seyag) les Sages ont-ils bien pu vouloir dresser en l'interdisant ?

Tossefot nuance la prémisse : le loulav n'étant pas façonne en keli (ustensile), l'interdit de mouktse le vise bel et bien — comme les roseaux du le'hem ha-panim, tenus pour mouktse alors même qu'ils servent au pain (Menahot 97a).

Réponse de Rabba : ce n'est pas l'acte qui est redouté, mais son prolongement prévisible. On craint que l'homme ne prenne son loulav et ne se rende chez un baki pour apprendre le na'anou'a (l'agitation) ou la bénédiction — et ne le transporte ainsi quatre coudées dans le domaine public. Le folio 43a poursuivra sur ce raisonnement, familier du chofar et de la meguila.

🖼️ Schéma
La question d'ouverture de la Guemara et la réponse de Rabba Question : amai ? Pourquoi interdire ? Prendre un loulav n'est qu'un tiltoul -- comme déplacer du bois. Aucun interdit toranique n'est en jeu. Force de la question (Rachi) Au Temple, la prise est toranique les sept jours. Une obligation de la Torah, contre un acte sans aucun interdit : quelle haie les Sages ont-ils bien pu vouloir dresser ici ? Nuance de Tossefot Le loulav n'est pas façonne en keli (ustensile) : l'interdit de mouktse le vise donc bel et bien, comme les roseaux du le'hem ha-panim, mouktse bien qu'utiles au pain (Menahot 97a). Réponse de Rabba : une gezera De peur qu'il ne prenne le loulav en main et n'aille chez un baki (expert) apprendre son na'anou'a ou sa berakha -- et ne le transporte ainsi en public. Ce n'est pas l'acte qui est craint, c'est le trajet que l'ignorance rend probable.
La question de la Guemara, la nuance de Tossefot, et la gezera de Rabba.
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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).