Sukkah 43b — L'aravah du septième jour : pourquoi elle repousse le Chabbat, et comment on l'accomplit

Sukkah 43b

Sougya : Le folio s'ouvre sur la fin de la sougya précédente : la guezera chava téchvou/téchvou tirée des miloouim établit que la soucca oblige les jours et aussi les nuits, alors que le loulav ne demande qu'un instant de prise. La Guemara passe ensuite au cœur du chapitre : pourquoi l'aravah du septième jour repousse-t-elle le Chabbat au Temple, alors que le loulav ne le repousse que le premier jour ?

Rabbi Yo'hanan répond par le pirsoum — rendre public que l'aravah relève de la Torah — et la Guemara explique l'asymétrie par la guezera de Rabba : le loulav est remis à tout un chacun, tandis que l'aravah est apportée par les émissaires du beit din. Suit un resserrement en entonnoir : pourquoi pas tous les jours (on douterait du loulav), pourquoi pas le premier (la chose ne serait pas probante), donc le septième.

Vient alors la question du présent : puisque nous ne maîtrisons plus la fixation du mois, nous ne repoussons pas — mais eux, en Terre d'Israël ? Rav Yossef sauve la difficulté par une hypothèse hardie : peut-être l'aravah ne se fait-elle pas par la prise (netilah) mais par le dressement (zekifah) contre l'autel.

Abaye l'attaque trois fois ; le récit des Boethusiens qui enfouirent les rameaux sous des pierres livre le coup fatal — teyouvta. Reste le nœud final, que le folio suivant reprendra : pourquoi la Terre d'Israël s'aligne-t-elle sur la diaspora ?

Le fil du folio 43b : une seule mitsva rabbinique qui repousse le Chabbat De la guezera chava de la soucca au récit des Boethusiens : pourquoi l'aravah, et comment on l'accomplit. Seg. 0 -- reste de la sougya précédente : la soucca de nuit Guezera chava téchvou / téchvou (Vayikra 23:42 et 8:35) : des jours, et même les nuits. Rachi oppose : le loulav, lui, ne demande qu'un instant. Mouvement 1 (seg. 1-2) -- pourquoi l'aravah repousse le Chabbat : le pirsoum Rabbi Yo'hanan : parce qu'elle n'est pas explicitée dans la Torah, on lui laisse un espace pour repousser le Chabbat un jour -- afin de la faire connaître. Question de symétrie : alors le loulav aussi ! Réponse : le loulav tombe sous la guezera de Rabba (on irait chez un expert, 42b). La ligne de partage : l'aravah est apportée par les émissaires du beit din ; le loulav est remis à tout un chacun. Mouvement 2 (seg. 3-4) -- pourquoi un seul jour, et pourquoi le septième Tous les jours ? Non : on en viendrait à mépriser le loulav, qui ne repousse qu'un jour. Le premier jour ? Non : on dirait que c'est le loulav qui repousse -- le pirsoum manquerait sa cible. Reste un jour marqué : le septième. Une fois retirée du premier, on l'établit au dernier. Mouvement 3 (seg. 5-6) -- et aujourd'hui ? La question du calendrier Nous, en diaspora : nous ne connaissons pas la kevia de-yarha -- notre septième jour n'est peut-être pas le septième. Et eux, en Terre d'Israël ? Bar Hedya : cela ne tombe jamais un Chabbat. Ravin et les nehoutei : cela tombe, et pourtant on ne repousse pas. C'est ce second témoignage qui crée la difficulté -- et qui appelle la réponse de Rav Yossef. Mouvement 4 (seg. 7-13) -- Rav Yossef : netilah ou zekifah ? Trois objections d'Abaye Thèse : qui dit que l'aravah se prend en main ? Peut-être la dressait-on seulement contre l'autel -- et sans autel, plus de mitsva à accomplir. Objection 1 (michna : loulav et aravah ensemble) : écartée -- chacun selon sa nature. Objection 2 (les hakafot) : écartée -- on tourne avec le loulav. Objection 3 : le récit des Boethusiens. Les rameaux enfouis sous des pierres, dégagés par les amei ha-arets, dressés par les cohanim. Le mot hibbout (battage) trahit la prise en main : teyouvta. La thèse de Rav Yossef tombe. Mouvement 5 (seg. 14) -- le nœud rouvert, et laissé ouvert Alors que la Terre d'Israël repousse ! -- Puisque nous ne repoussons pas, eux non plus : une solidarité du calendrier. Objection immédiate : le premier jour de fête, pour nous il ne repousse pas et pour eux il repousse. La réponse viendra en 44a.
Le fil du folio 43b : cinq mouvements, de la guezera chava de la soucca au noeud laissé ouvert.
Loulav et aravah face au Chabbat : deux mitsvot, deux régimes La question de la Guemara est une question de symétrie ; la réponse tient à qui manipule l'objet. LOULAV Toranique au Temple : les sept jours. Toranique en dehors du Temple : le premier jour. Repousse le Chabbat : le premier jour seulement. Obstacle : la guezera de Rabba (42b) -- de peur qu'on ne le porte chez un expert pour apprendre le naanoua ou la bénédiction (4 coudées, reshout ha-rabim). Motif de fond : lakol massour -- il est remis à chacun. Chacun apporte le sien au mont du Temple : foule, ignorance, risque réel de transport le Chabbat. ARAVAH Toranique au Temple : les sept jours. En dehors du Temple : usage des prophètes, un jour. Repousse le Chabbat : le septième jour seulement. Pas d'obstacle : aucun particulier ne la transporte. Elle est déposée dans la azara dès la veille. Motif de fond : chelouhei beit din -- les émissaires du beit din l'apportent, les cohanim l'accomplissent. Tossefot précise : le vrai ressort, c'est que les cohanim sont zerizin -- diligents, sans risque de profanation. Pourquoi les Sages ont-ils laissé ce jour à l'aravah ? Le pirsoum (Rabbi Yo'hanan) L'aravah n'est pas écrite explicitement dans la Torah : sans un signe fort, on la prendrait pour une simple coutume. Lui laisser repousser le Chabbat un jour, c'est lui donner le statut visible de ce qu'elle est : une halakha du Sinaï. La difficulté que Tossefot laisse ouverte Si tout tient aux chelouhei beit din, alors instituons la même chose pour le loulav : que les émissaires l'apportent, et qu'il repousse ! Tossefot : non -- le vrai motif est la zerizout des cohanim ; et le loulav, ne repoussant pas pour l'Israélite, ne repousse pas non plus pour le cohen. Mais reste la question : aujourd'hui l'aravah est elle aussi remise à tout un chacun -- comment la Guemara peut-elle demander qu'elle repousse ? Rachi doit forcer : la Guemara parlerait d'une aravah que les émissaires du beit din prendraient et battraient eux-mêmes.
Loulav contre aravah : pourquoi une mitsva rabbinique repousse le Chabbat là où une mitsva toranique ne le repousse pas.
Netilah ou zekifah ? La thèse de Rav Yossef et sa réfutation Une hypothèse sur la nature du rite, trois assauts d'Abaye, une teyouvta. La thèse (seg. 7) -- Rav Yossef : qui nous dit que l'aravah se fait par la prise ? Si le rite consiste seulement à dresser les rameaux contre les côtés de l'autel (zekifah), alors sans autel il n'y a plus rien à accomplir. La difficulté du seg. 6 disparaît : la Terre d'Israël ne repousse pas le Chabbat parce qu'il n'y a rien à faire, pas parce qu'on l'a décrété. Assaut 1 (seg. 8) La michna : loulav et aravah, six ou sept -- donc même régime : le loulav par la prise, l'aravah aussi. Écarte. Est-ce comparable ? Celle-ci est comme elle est, celui-là comme il est : la michna ne compte que des jours. Assaut 2 (seg. 9-10) On tourne autour de l'autel une fois par jour, sept fois le septième jour. Avec quoi ? Avec l'aravah en main ! Écarte. Rav Yossef : non, avec le loulav. Mahloket d'amoraim -- lui n'est pas tenu par l'opinion de Rabba bar Avouh. Assaut 3 (seg. 11-13) La baraita du récit des Boethusiens, qui se clôt sur ces mots : les Boethusiens n'admettent pas que le hibbout de l'aravah repousse le Chabbat. Décisif : teyouvta. Hibbout = battage. On ne bat pas un rameau sans le tenir : donc netilah. Ce que Rachi tire du récit : la séquence complète du rite au Temple 1. Netilah on prend en main 2. Naanoua on agite / on bat 3. Hakafah les cohanim tournent à pied 4. Zekifah on dresse contre l'autel Ce que la teyouvta rouvre (seg. 14) Si l'aravah est bien par netilah, la difficulté revient entière : que la Terre d'Israël, qui connaît le calendrier, repousse donc le Chabbat ! Réponse : puisque nous, en diaspora, ne repoussons pas, eux non plus ne repoussent pas -- l'usage se tient d'un seul tenant. Objection immédiate : le premier jour de fête brise pourtant cette solidarité. Le folio s'arrête là ; 44a poursuit.
La thèse de Rav Yossef (zekifah), les trois assauts d'Abaye, et la séquence du rite rétablie par Rachi.
1
״תֵּשְׁבוּ״ ״תֵּשְׁבוּ״ — לִגְזֵרָה שָׁוָה. נֶאֱמַר כָּאן ״תֵּשְׁבוּ״, וְנֶאֱמַר בַּמִּלּוּאִים ״תֵּשְׁבוּ״. מַה לְהַלָּן — ״יָמִים״ וַאֲפִילּוּ לֵילוֹת, אַף כָּאן — ״יָמִים״ וַאֲפִילּוּ לֵילוֹת.

« Téchvou », « téchvou » — [on l'apprend] par une guezera chava (analogie verbale). Il est dit ici, à propos de la soucca : « vous résiderez (téchvou) dans des souccot sept jours » (Vayikra 23:42) ; et il est dit à propos des miloouim (les jours d'investiture du Tabernacle) : « vous résiderez (téchvou) jour et nuit sept jours » (Vayikra 8:35).

De même que là-bas « des jours » vaut aussi pour les nuits, de même ici « des jours » vaut aussi pour les nuits.

📜 Rachi (1)
תֵּשְׁבוּ יוֹמָם וָלַיְלָה וְלוּלָב מִצְוָתוֹ שָׁעָה אַחַת שֶׁלֹּא נֶאֱמַר בּוֹ אֶלָּא לְקִיחָה:
« Vous résiderez » — jour et nuit ; tandis que le loulav, sa mitsva ne dure qu'un instant, car il n'y est énoncé que la prise (lekiha).
🗂️ Tossefot (1)
תֵּשְׁבוּ תֵּשְׁבוּ לִגְזֵרָה שָׁוָה. לֹא לְגַמְרֵי יָלֵיף מִמִּלּוּאִים דְּהָתָם אִי אֶפְשָׁר לִישֹׁן בָּעֲזָרָה כְּמוֹ בֶּחָצֵר שֶׁהָיָה בִּמְקוֹם עֲזָרָה דִּגְמִירִי (סוֹטָה ד' מא:) אֵין יְשִׁיבָה בָּעֲזָרָה אֶלָּא לְמַלְכֵי בֵּית דָּוִד בִּלְבַד וְאִילּוּ כָּאן אָסוּר לִישֹׁן חוּץ לַסֻּוכָּה:
« Téchvou », « téchvou », pour une guezera chava. On n'apprend pas entièrement des miloouim, car là-bas il était impossible de dormir dans la azara comme on dort dans une cour — [le lieu où ils demeuraient] tenait lieu de azara — puisque nous avons pour tradition (Sota 41b) qu'il n'y a pas de position assise dans la azara sinon pour les rois de la maison de David ; alors qu'ici il est interdit de dormir hors de la soucca.
💡 Explication

Fin de la sougya ouverte au folio précédent : d'où sait-on que la soucca oblige aussi la nuit ? Le verset ne dit que « sept jours », et « jours » pourrait s'entendre au sens strict. La Guemara emploie une guezera chava : un même mot, téchvou, apparaît dans deux versets ; ce qui est explicite dans l'un s'exporte vers l'autre. Aux miloouim, le verset dit lui-même jour et nuit — donc là, « sept jours » enveloppe les nuits ; par le mot commun, il en va de même pour la soucca.

Rachi ajoute le contraste qui commande tout le chapitre : la soucca est une résidence, un état continu ; le loulav n'est qu'une lekiha, une prise — un instant suffit et la mitsva est accomplie. Ce n'est pas une hiérarchie de valeur, c'est une différence de forme verbale, et elle décide de la durée.

Tossefot refuse d'aller trop loin dans l'analogie : on n'apprend pas tout des miloouim. Là-bas, il était impossible de dormir dans la azara comme on dort dans une cour, puisque nul ne s'y assied sinon les rois de la maison de David (Sota 41b) ; ici au contraire il est interdit de dormir hors de la soucca. La guezera chava transporte un point précis, non un régime entier.

🖼️ Schéma
La guezera chava téchvou / téchvou Un même mot dans deux versets : ce qui est clair d'un côté éclaire l'autre. Source claire : les miloouim Vayikra 8:35 : à l'entrée de la Tente d'assignation vous résiderez (téchvou) jour et nuit, sept jours. Le verset dit lui-même : jour ET nuit. Donc yamim y inclut les nuits. Cible : la soucca Vayikra 23:42 : vous résiderez (téchvou) dans des souccot sept jours. Yamim seul serait ambigu : jours seulement ? La guezera chava tranche : les nuits aussi. téchvou Le contraste que relève Rachi : deux mitsvot de la fête, deux rapports au temps Soucca -- téchvou : une résidence. Le verbe décrit un état continu : on y demeure, jour et nuit, sept jours durant. La mitsva occupe tout le temps de la fête. Loulav -- lekiha : une prise. Le verset n'énonce qu'un acte : oulekahtem. Un instant suffit, et la mitsva est faite -- rien à étendre à la nuit. C'est la forme du verbe, non l'importance de la mitsva, qui commande sa durée.
La guezera chava techvou / techvou, et le contraste entre résidence et prise.
2
עֲרָבָה שִׁבְעָה. כֵּיצַד? עֲרָבָה בִּשְׁבִיעִי מַאי טַעְמָא דָּחֲיָא שַׁבָּת? אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: כְּדֵי לְפַרְסְמָהּ שֶׁהִיא מִן הַתּוֹרָה. אִי הָכִי, לוּלָב נָמֵי לִידְחֵי, כְּדֵי לְפַרְסְמוֹ שֶׁהוּא מִן הַתּוֹרָה!

« L'aravah, sept [jours]. Comment cela ? » [Lorsque le septième jour de l'aravah tombe un Chabbat : ce jour-là, la mitsva de l'aravah relève de la Torah, elle repousse donc le Chabbat, et l'aravah se trouve accomplie sept jours.] Pour quelle raison l'aravah, le septième jour, repousse-t-elle le Chabbat ?

Rabbi Yo'hanan a dit : afin de la rendre publique (lefarsemah), [pour faire savoir] qu'elle relève de la Torah. Si c'est ainsi, que le loulav aussi repousse [le Chabbat les autres jours], afin de le rendre public, [pour faire savoir] qu'il relève de la Torah !

📜 Rachi (3)
מַאי טַעְמָא דּוֹחֶה וְלָא גְּזוּר בָּהּ כִּי הֵיכִי דִּגְזוּר בְּלוּלָב דְּהָא הָכָא נָמֵי לֵיתָא מִן הַתּוֹרָה בְּגִבּוּלִין כִּשְׁאָר יְמֵי הֶחָג לְגַבֵּי לוּלָב וְאַמַּאי לָא גְזוּר בָּהּ בַּמִּקְדָּשׁ:
« Pour quelle raison repousse-t-elle » — et pourquoi n'a-t-on pas décrété à son sujet comme on l'a fait pour le loulav ? Car ici aussi elle ne relève pas de la Torah en dehors du Temple (bagvoulin), tout comme le loulav les autres jours de la fête ; alors pourquoi n'a-t-on pas décrété à son sujet au Temple ?
לְפַרְסְמָהּ שֶׁהִיא מִן הַתּוֹרָה לְפִי שֶׁאֵינָהּ מְפֹורֶשֶׁת מִן הַתּוֹרָה בְּהֶדְיָא שְׁבַקוּ לָהּ רַוְוחָא לְמִידְחֵי שַׁבָּת חַד יוֹמָא כְּדֵי לְפַרְסְמָהּ שֶׁמִּן הַתּוֹרָה הִיא:
« Afin de la rendre publique, qu'elle relève de la Torah » — parce qu'elle n'est pas explicitée dans la Torah de manière expresse, on lui a laissé un espace (chavkou lah revha) pour repousser le Chabbat un jour, afin de rendre public qu'elle relève de la Torah.
לוּלָב נָמֵי נִידְחוּ בִּשְׁאָר יָמִים בַּמִּקְדָּשׁ כְּדֵי לְפַרְסְמוֹ שֶׁהוּא מִן הַתּוֹרָה כָּל שִׁבְעָה דְּהָא לָא מִפָּרְשָׁא בְּהֶדְיָא דְּאִיכָּא לְמִיטְעֵי וּלְמֵימַר דְּהַאי וּשְׂמַחְתֶּם לִפְנֵי ה' שְׂבֵעַת יָמִים לָאו שִׂמְחַת לוּלָב קָאָמַר:
« Que le loulav aussi repousse » — les autres jours, au Temple, afin de rendre public qu'il relève de la Torah les sept jours ; car cela n'est pas explicite, et l'on pourrait se méprendre et dire que le verset « et vous vous réjouirez devant l'Éternel sept jours » (Vayikra 23:40) ne parle pas de la joie du loulav.
💡 Explication

La Guemara aborde le chiffre le plus étrange de la michna : l'aravah, sept jours. Elle n'atteint ce chiffre que dans un cas — quand le septième jour tombe un Chabbat et qu'elle le repousse. D'où la question : pourquoi cette pratique, non écrite explicitement dans la Torah, obtient-elle ce que le loulav n'obtient pas ?

Réponse de Rabbi Yo'hanan : le pirsoum. Précisément parce que l'aravah n'est pas explicitée, on risquerait de la tenir pour une simple coutume ; les Sages lui ont donc laissé un espace (chavkou lah revha, dit Rachi) pour repousser le Chabbat un jour. Le fait même que le Chabbat lui cède est l'annonce publique de son statut : une halakha le-Moche mi-Sinaï.

La Guemara retourne aussitôt l'argument : le loulav non plus n'est pas explicite pour les sept jours au Temple — on pourrait croire que « vous vous réjouirez devant l'Éternel sept jours » ne vise pas la joie du loulav. Le même besoin de pirsoum existe donc pour lui. La question n'est pas rhétorique : elle force à nommer ce qui distingue vraiment les deux mitsvot, et la réponse viendra au segment suivant.

3
לוּלָב — גְּזֵרָה מִשּׁוּם דְּרַבָּה. אִי הָכִי, עֲרָבָה נָמֵי נִגְזוֹר! עֲרָבָה — שְׁלוּחֵי בֵּית דִּין מַיְיתִי לַהּ. לוּלָב — לְכָל מָסוּר.

Le loulav — [il ne repousse pas le Chabbat] à cause d'un décret (guezera) fondé sur [la crainte de] Rabba [42b : de peur qu'on ne le prenne en main et n'aille chez un expert pour apprendre, et qu'on ne le transporte ainsi quatre coudées dans le domaine public]. Si c'est ainsi, décrétons aussi pour l'aravah ! — L'aravah : ce sont les émissaires du beit din qui l'apportent.

Le loulav : il est remis à tout un chacun.

📜 Rachi (1)
שְׁלוּחֵי בֵּית דִּין מַיְיתִי לַהּ מע"ש וּלְמָחֳרַת אֵינָהּ מִצְוָה לְכָל אָדָם אֶלָּא כֹּהֲנִים הַמַּקִּיפִין בָּהּ אֶת הַמִּזְבֵּחַ:
« Les émissaires du beit din l'apportent » — dès la veille de Chabbat ; et le lendemain, ce n'est pas une mitsva incombant à tout homme : seuls les cohanim entourent l'autel avec elle.
🗂️ Tossefot (1)
שְׁלוּחֵי בֵּית דִּין מַייְתִי לַהּ. מע"ש וְלַמָּחֳרָת אֵינָהּ מִצְוָה לְכָל אָדָם אֶלָּא הַכֹּהֲנִים מַקִּיפִין בָּהּ אֶת הַמִּזְבֵּחַ כִּדְפֵי' בַּקּוּנְטְרֵס דְּיִשְׂרָאֵל אֵין יְכוֹלִין לְהַקִּיף כְּדִתְנַן פ"ק דְּכֵלִים (מ"ח) דְּאֵין יִשְׂרָאֵל נִכְנָס בֵּין הָאוּלָם וְלַמִּזְבֵּחַ וּלְכָךְ הֻוצְרַךְ בַּקּוּנְטְרֵס לְטַעַם זֶה שֶׁהַכֹּהֲנִים מַקִּיפִין וְאֵין יִשְׂרָאֵל שֶׁכֵּן מוּכָח הַלָּשׁוֹן דְּקָאָמַר לוּלָב לְכָל מָסוּר וְעוֹד הֲבָאַת שְׁלוּחֵי ב"ד מַה יֵשׁ לוֹ לְהוֹעִיל וְעוֹד דא"כ לִיתָּקֵן נָמֵי בַּלּוּלָב שֶׁיְּבִיאוּם שְׁלוּחֵי ב"ד וּלְיִדְחוּ אֶלָּא וַדַּאי הַדָּבָר תָּלוּי בָּזֶה שֶׁהַכֹּהֲנִים זְרִיזִין הֵן וְלָא אָתוּ לִידֵי חִילּוּל שַׁבָּת אֲבָל לוּלָב דִּלְכָל מָסוּר כֵּיוָן דְּלָא דָחֵי בְּיִשְׂרָאֵל בְּכֹהֲנִים נַמֵּי לָא דָחֵי וּמִיהוּ קָשֶׁה דְּפָרִיךְ הָאִידָּנָא נָמֵי לִידְחֵי וְהָאִידָּנָא עֲרָבָה לְכָל מְסוּרָה וּבַקּוּנְטְרֵס דָּחַק לְפָרֵשׁ לִידְחֵי וְיִטְּלוּהָ וְיַחְבְּטוּהָ שְׁלוּחֵי ב"ד:
« Les émissaires du beit din l'apportent. » Dès la veille de Chabbat ; et le lendemain ce n'est pas une mitsva pour tout homme, mais ce sont les cohanim qui entourent l'autel avec elle, comme l'a expliqué le Kountras (Rachi) — car les Israélites [non-cohanim] ne peuvent pas faire le tour, ainsi qu'il est enseigné au premier chapitre de Kelim (michna 8) qu'un Israélite n'entre pas entre le oulam et l'autel. C'est pourquoi le Kountras a dû recourir à ce motif : ce sont les cohanim qui font le tour, et non les Israélites ; car c'est bien ce qu'indique la formulation, puisque [la Guemara] dit « le loulav est remis à tout un chacun ». De plus, en quoi le fait que les émissaires du beit din l'apportent serait-il utile [pour écarter la crainte] ? Et de plus, s'il en était ainsi, qu'on institué de même pour le loulav que les émissaires du beit din l'apportent, et qu'il repousse [le Chabbat] ! Mais assurément la chose dépend de ceci : les cohanim sont diligents (zerizin) et n'en viennent pas à profaner le Chabbat ; tandis que le loulav, qui est remis à tout un chacun, dès lors qu'il ne repousse pas [le Chabbat] pour les Israélites, ne le repousse pas non plus pour les cohanim. Il reste toutefois une difficulté : [la Guemara] objecte « aujourd'hui aussi qu'elle repousse ! », or aujourd'hui l'aravah est remise à tout un chacun. Et le Kountras s'est trouvé contraint d'expliquer « qu'elle repousse » [ainsi] : et ce sont les émissaires du beit din qui la prendront et la battront.
💡 Explication

La réponse ne conteste pas le besoin de pirsoum pour le loulav : elle oppose un obstacle. Le loulav tombe sous la guezera de Rabba — non parce que le prendre serait un travail interdit, mais parce que l'homme qui ignore le naanoua ou la bénédiction ira le demander à un expert, et portera l'objet dans le domaine public.

La Guemara demande alors la symétrie inverse : que ce même décret frappe l'aravah. Réponse : le décret vise un comportement, et ce comportement n'a pas lieu ici. L'aravah est apportée la veille par les chelouhéi beit din et déposée dans la azara ; le lendemain, elle n'est pas l'affaire des particuliers mais des cohanim qui entourent l'autel. Le loulav, lui, est lakol massour : chacun apporte le sien.

Tossefot corrige le centre de gravité de l'explication. Si tout tenait à l'apport par des émissaires, on pourrait instituer la même chose pour le loulav et le laisser repousser le Chabbat. Le vrai ressort est que les cohanim sont zerizin — diligents, formés, sans risque de profanation ; et une mitsva qui ne repousse pas le Chabbat pour l'Israélite ne le repousse pas davantage pour le cohen. Tossefot laisse toutefois une difficulté ouverte : aujourd'hui l'aravah aussi est remise à tout un chacun.

🖼️ Schéma
Pourquoi le décret frappe le loulav et non l'aravah La guezera de Rabba vise un comportement humain : elle n'a de prise que là où ce comportement est possible. La crainte de Rabba (42b) : qu'il prenne l'objet en main et se rende chez un expert pour apprendre Le risque n'est pas l'acte rituel lui-même, c'est le trajet de quatre coudées dans le domaine public qu'il déclenche. Loulav : lakol massour Chaque particulier possède le sien et l'apporte lui-même au mont du Temple. Beaucoup ne connaissent ni le naanoua ni la bénédiction : le besoin d'aller demander est réel. La crainte mord -- le décret s'applique. Aravah : chelouhéi beit din Les émissaires du tribunal l'apportent la veille et la déposent dans la azara. Le lendemain, ce ne sont pas les particuliers qui l'accomplissent : seuls les cohanim entourent l'autel. Personne à qui la crainte s'applique. La correction de Tossefot : ce n'est pas l'apport par les émissaires qui sauve, c'est la qualité de l'exécutant. Les cohanim sont zerizin -- diligents et instruits. Sinon, il suffirait de faire apporter les loulavim par des émissaires pour lever le décret.
La guezera de Rabba vise un comportement : elle ne mord que là où ce comportement est possible.
4
אִי הָכִי, כָּל יוֹמָא נָמֵי לִידְחֵי! אָתֵי לְפִקְפּוּקֵי בְּלוּלָב. וְלִידְחֵי בְּיוֹם טוֹב רִאשׁוֹן! לָא מוֹכְחָא מִלְּתָא, אָמְרִי: לוּלָב הוּא דְּקָא דָחֵי.

Si c'est ainsi, qu'elle repousse [le Chabbat] chaque jour aussi ! — On en viendrait à jeter le doute (lefakfek) sur le loulav. — Alors qu'elle repousse [le Chabbat] le premier jour de fête ! — La chose ne serait pas probante (lo moukhha milta) : on dirait que c'est le loulav qui repousse [le Chabbat].

📜 Rachi (5)
אִי הָכִי דְּלֵיכָּא לְמִיגְזַר בָּהּ מִידִי וְהוּא כָּל שִׁבְעָה בַּמִּקְדָּשׁ מִן הַתּוֹרָה:
« Si c'est ainsi » — qu'il n'y a rien à décréter à son sujet, et qu'elle relève de la Torah au Temple les sept jours.
כָּל יוֹמָא נָמֵי דְּאִיקְּלַע בְּשַׁבָּת נִידְחֵי מַאי שְׁנָא חַד יוֹמָא וְתוּ לָא:
« Chaque jour aussi » — [chaque jour de la fête] qui tombe un Chabbat, qu'elle le repousse : en quoi un seul jour diffère-t-il, et pas davantage ?
אָתֵי לְפִקְפּוּקֵי בְּלוּלָב לְזִלְזוּלֵי בְּלוּלָב מִשּׁוּם דְּלָא דָחֵי בְּלוּלָב אֶלָּא בְּחַד יוֹמָא וְהָא דָּחֵי כָּל יוֹמָא אָתֵי לְמֵימַר לוּלָב לָאו מִצְוָה חֲשׁוּבָה הִיא:
« On en viendrait à jeter le doute sur le loulav » — à le mépriser, parce que le loulav ne repousse le Chabbat qu'un seul jour tandis que celle-ci le repousserait chaque jour ; on en viendrait à dire que le loulav n'est pas une mitsva importante.
וְלִידְחֵי עֲרָבָה בי"ט רִאשׁוֹן כְּלוּלָב:
« Alors qu'elle repousse » — que l'aravah repousse [le Chabbat] le premier jour de fête, comme le loulav.
לָאו מוֹכְחָא מִילְּתָא דְּמִשּׁוּם עֲרָבָה הוּא דְּמִיפַּרְסַם שֶׁהִיא מה"ת דְּאָמְרִי מִשּׁוּם דְּנִתְּנָה לִדָּחוֹת אֵצֶל לוּלָב נִדְחֵית אַף אֵצֶל עֲרָבָה וְעִיקָּר מִשּׁוּם לוּלָב הוּא:
« La chose ne serait pas probante » — [on ne verrait pas] que c'est à cause de l'aravah [que le Chabbat est repoussé], de sorte qu'elle serait rendue publique comme relevant de la Torah ; car on dirait : puisqu'il a été permis de repousser le Chabbat pour le loulav, on le repousse aussi pour l'aravah — l'essentiel restant le loulav.
💡 Explication

Puisque aucun décret ne vise l'aravah et qu'elle est toranique au Temple les sept jours, pourquoi ne repousserait-elle pas le Chabbat chaque fois que celui-ci tombe pendant la fête ? La réponse est un souci d'équilibre : le loulav ne repousse le Chabbat qu'un seul jour. Une aravah qui le repousserait tous les jours ferait paraître le loulav secondaire — ati lefakfek be-loulav, on en viendrait à le mépriser. Le remède au problème du pirsoum blesserait ailleurs.

Deuxième essai : le premier jour de fête. Refus pour une raison inverse — ce jour-là, le loulav repousse déjà le Chabbat. On dirait donc que le Chabbat cède pour le loulav et que l'aravah passe simplement dans son ombre. Le pirsoum manquerait sa cible : lo moukhha milta, la chose ne serait pas demontrative.

On voit ici la logique propre à une institution de publicité : elle exige non seulement qu'un fait ait lieu, mais qu'il se lise sans ambiguïté. Un signe qui peut s'imputer à une autre cause n'est pas un signe.

🖼️ Schéma
L'entonnoir : de sept jours possibles à un seul Chaque candidat est éliminé par un motif propre. Le septième jour est ce qui reste. Point de départ : rien n'empêche l'aravah de repousser le Chabbat Elle est toranique au Temple les sept jours, et aucun décret ne la vise. Pourquoi pas tous les jours ? Candidat 1 : tous les jours où le Chabbat tombe -- ÉLIMINE Ati lefakfek be-loulav : le loulav ne repousse qu'un jour, l'aravah les repousserait tous. On en conclurait que le loulav n'est pas une mitsva importante -- le remède blesserait ailleurs. Candidat 2 : le premier jour de fête -- ÉLIMINE Lo moukhha milta : ce jour-là, le loulav repousse déjà le Chabbat. On dirait que le Chabbat cède pour le loulav, l'aravah passant dans son ombre -- le pirsoum échoue. Retenu : le septième jour Restaient cinq jours intermédiaires, indistincts. Rachi : il faut un yom mesouyam, un jour marqué -- le premier ou le dernier. Le premier étant exclu, on l'établit au septième : seul là, le Chabbat qui cède désigne l'aravah et rien d'autre.
L'entonnoir : chaque jour candidat est éliminé par un motif propre, jusqu'au septième.
5
וְלִידְחֵי בְּחַד מֵהָנָךְ? כֵּיוָן דְּקָא מַפְּקַתְּ לַהּ מֵרִאשׁוֹן, אוֹקְמָה אַשְּׁבִיעִי.

Alors qu'elle repousse [le Chabbat] l'un de ces [autres jours] ! — Dès lors que tu la retires du premier jour, établis-la au septième.

📜 Rachi (2)
בְּחַד מֵהָנָךְ בְּאֶחָד מִשְּׁאָר הַיָּמִים:
« L'un de ces [jours] » — l'un des autres jours [de la fête].
אוֹקְמָה אַשְּׁבִיעִי יוֹם מְסֻוייָּם אוֹ רִאשׁוֹן אוֹ אַחֲרוֹן:
« Établis-la au septième » — un jour marqué (mesouyam) : soit le premier, soit le dernier.
💡 Explication

Restent les jours intermédiaires (hol ha-moed). La réponse est brève mais précise : le pirsoum réclame un yom mesouyam, un jour marqué — dit Rachi : le premier ou le dernier. Un jour intermédiaire quelconque n'est identifiable par personne ; le signe se perdrait dans l'indistinction du milieu de la fête.

Le premier ayant été écarté au segment précédent, il ne reste qu'une possibilité : le septième. Ce n'est donc pas une préférence positive pour Hochana Rabba, c'est le résidu d'une élimination — et c'est cette structure en entonnoir qui donne au septième jour sa physionomie particulière dans tout le chapitre.

6
אִי הָכִי, הָאִידָּנָא נָמֵי לִידְחֵי! אֲנַן לָא יָדְעִינַן בְּקִיבּוּעָא דְיַרְחָא.

Si c'est ainsi, qu'elle repousse [le Chabbat] aujourd'hui aussi [après la destruction du Temple] ! — Nous, nous ne connaissons pas [avec certitude] la fixation du mois (kevia de-yarha).

📜 Rachi (2)
הָאִידָּנָא נָמֵי לְאַחַר חֻורְבָּן דְּעָבְדִינַן עֲרָבָה חַד יוֹמָא כִּדְאָמְרִינַן לְקַמָּן (סֻוכָּה ד' מד.) מִנְהַג נְבִיאִים הִיא בְּגִבּוּלִין כֵּיוָן דְּלֵיכָּא לְמֵיחַשׁ מִידִי לִידְחֵי בַּשְּׁבִיעִי וְיִטְּלוּהָ וְיַחְבְּטוּהָ שְׁלוּחֵי בֵּית דִּין לְפַרְסְמָהּ שֶׁהִיא בַּמִּקְדָּשׁ מִן הַתּוֹרָה שֶׁהֲרֵי לֹא גָּזְרוּ עָלֶיהָ בַּשְּׁבִיעִי וּלְאַחַר חֻורְבָּן מִי גָּזַר עָלֶיהָ:
« Aujourd'hui aussi » — après la destruction [du Temple], où nous accomplissons l'aravah un seul jour, comme nous le dirons plus loin (Soucca 44a) que c'est un usage des prophètes (minhag nevi'im) en dehors du Temple : puisqu'il n'y a rien à craindre, qu'elle repousse [le Chabbat] le septième jour, et que les émissaires du beit din la prennent et la battent, afin de rendre public qu'au Temple elle relève de la Torah — car on n'a pas décrété à son sujet le septième jour, et après la destruction, qui aurait décrété à son sujet ?
לָא יָדְעִינַן בִּקְבִיעָא דְּיַרְחָא וְשֶׁמָּא אֵין שְׁבִיעִי שֶׁלָּנוּ שְׁבִיעִי:
« Nous ne connaissons pas la fixation du mois » — et peut-être notre septième jour n'est-il pas le septième.
💡 Explication

Le raisonnement bascule du Temple vers le présent. Aujourd'hui, explique Rachi, l'aravah se fait un seul jour, en dehors du Temple, au titre d'un minhag nevi'im — un usage des prophètes. Puisque aucune crainte ne la vise, pourquoi ne repousserait-elle pas le Chabbat, avec des émissaires du beit din pour la prendre et la battre, afin de publier ce qu'elle était au Temple ?

Réponse : notre calendrier repose sur le calcul, non sur le témoignage. Nous n'avons pas la certitude de la kevia de-yarha, et peut-être notre septième jour n'est-il pas le septième. Or on ne lève pas un interdit rabbinique pour une mitsva dont on n'est pas sur qu'elle tombe aujourd'hui. Le doute suffit à bloquer, même sans certitude d'erreur.

7
אִינְהוּ, דְּיָדְעִי בְּקִיבּוּעָא דְּיַרְחָא — לִידְחֵי! כִּי אֲתָא בַּר הֶדְיָא, אֲמַר: לָא אִיקְּלַע. כִּי אֲתָא רַבִּין וְכָל נָחוֹתֵי, אָמְרִי: אִיקְּלַע וְלָא דָּחֵי.

Eux [en Terre d'Israël], qui connaissent la fixation du mois — qu'elle repousse [le Chabbat] chez eux ! — Lorsque Bar Hedya arriva [de Terre d'Israël], il dit : cela ne tombe pas [ainsi]. Lorsque Ravin et tous les nehoutéi (ceux qui font la descente entre les deux pays) arrivèrent, ils dirent : cela tombe [ainsi], et pourtant on ne repousse pas [le Chabbat].

📜 Rachi (2)
לָא אִיקְּלַע הֵם מְעַבְּרִים אֶת אֱלוּל אוֹ אֶחָד מִן הַחֲדָשִׁים כְּשֶׁרוֹאִין שֶׁיֶּאֱרַע שְׁבִיעִי בְּשַׁבָּת:
« Cela ne tombe pas [ainsi] » — ils prolongent [d'un jour] le mois d'Eloul, ou l'un des mois, lorsqu'ils voient que le septième jour tomberait un Chabbat.
וְכָל נָחוֹתֵי כָּל הַסִּיעָה שֶׁיָּרְדוּ מא"י לְבָבֶל וְשֶׁעָלוּ מִבָּבֶל לא"י וְחָזְרוּ:
« Et tous les nehoutéi » — toute la compagnie de ceux qui descendaient de Terre d'Israël vers la Babylonie, et de ceux qui montaient de Babylonie vers la Terre d'Israël puis revenaient.
🗂️ Tossefot (1)
לָא אִיקְּלַע. שֶׁהָיוּ מְעַבְּרִין אֱלוּל אוֹ אֶחָד מִן הֶחֳדָשִׁים כְּשֶׁהָיוּ רוֹאִים שֶׁאֵירַע בְּשַׁבָּת שְׁבִיעִי שֶׁל עֲרָבָה וְהָכֵי אָמַר בַּיְּרוּשַׁלְמִי ר' סִימוֹן מְפַקֵּד לְאִלֵּין דִּמְחַשְּׁבִין הִבּוֹן דַּעְתְּכוֹן דְּלָא אָתֵי תְּקַעְתָּא בְּשַׁבְּתָא וּדְלָא אֲתָא עֲרַבְתָּא בְּשַׁבְּתָא וְאִי דְּחִיקְתּוּן עַבְדוּן תְּקַעְתָּא וְלָא תַּעַבְדוּן עֲרַבְתָּא מַשְׁמַע דְּחָיֵישׁ טְפֵי יוֹם עֲרָבָה מִתְּקִיעַת שׁוֹפָר וְלוּלָב וְגַם עַכְשָׁיו אָנוּ מְחַשְּׁבִין דְּלָא מִיקְלַע יוֹם עֲרָבָה בְּשַׁבָּת וְאַשּׁוֹפָר וְאַלּוּלָב לָא חָיְישִׁינַן אע"פ שֶׁיּוֹם רִאשׁוֹן דְּאוֹרָיְיתָא וְתֵימַהּ דְּאַיּוֹם עֲרָבָה שֶׁהוּא זֵכֶר לַמִּקְדָּשׁ בְּעָלְמָא חָיְישִׁינַן וְאַהֲנֵי דְּאוֹרָיְיתָא לָא חָייְשִׁינַן וי"ל דְּאִין הָכִי נָמֵי דְּהָנֵי דִּכְתִיבִי בְּהֶדְיָא לָא אָתֵי לְפִקְפּוּקֵי בְּהוּ בִּשְׁאָר שָׁנִים אֲבָל עֲרָבָה דְּרַבָּנָן אָתֵי לְפִקְפּוּקֵי בָּהּ וְעוֹד דְּמִסָּפֵק עָבְדִינַן תְּרֵי יוֹמֵי וְכִי מִיקְלַע יוֹם רִאשׁוֹן בְּשַׁבָּת אֵין שׁוֹפָר בָּטֵל לְגַמְרֵי דְּתוֹקְעִין בַּשֵּׁנִי אע"ג דְּכִי בָּאוּ עֵדִים קֹודֶם הַמִּנְחָה לָא עָבְדִי בא"י אֶלָּא חַד יוֹמָא מ"מ בְּחוּצָה לָאָרֶץ עָבְדִינַן תְּרֵי יוֹמֵי אֲבָל שְׁבִיעִי שֶׁל עֲרָבָה דְּלֵיתָא אֶלָּא חַד יוֹמָא דְּלָא אֶפְשָׁר לְמֶיעְבַּד הַשְּׁמִינִי עַל הַסָּפֵק לְפִי שֶׁהוּא י"ט אִם הָיָה בָּטֵל לְגַמְרֵי מִשְׁתְּכַח תּוֹרַת עֲרָבָה:
« Cela ne tombe pas [ainsi]. » Car ils prolongeaient Eloul, ou l'un des mois, lorsqu'ils voyaient que le septième jour de l'aravah tomberait un Chabbat. Et ainsi est-il dit dans le Yerouchalmi : Rabbi Simon ordonnait à ceux qui calculent [le calendrier] : « prenez garde à ce que la tekia (la sonnerie du chofar) ne tombe pas un Chabbat, et que l'aravah ne tombe pas un Chabbat ; et si vous êtes contraints, faites [tomber] la tekia mais ne faites pas [tomber] l'aravah. » Il en ressort qu'il se souciait davantage du jour de l'aravah que de la sonnerie du chofar et du loulav. Aujourd'hui encore nous calculons de sorte que le jour de l'aravah ne tombe pas un Chabbat, tandis que pour le chofar et le loulav nous ne nous en soucions pas, bien que le premier jour relève de la Torah. Et cela étonne : nous nous soucions du jour de l'aravah, qui n'est qu'un simple souvenir du Temple, et nous ne nous soucions pas de ce qui relève de la Torah ! On peut répondre qu'il en est bien ainsi : ce qui est écrit explicitement [dans la Torah], on n'en viendra pas à en douter les autres années ; mais l'aravah, qui est rabbinique, on en viendrait à en douter. De plus, dans le doute [sur le calendrier] nous faisons deux jours [de fête] : lorsque le premier jour tombe un Chabbat, le chofar n'est pas totalement annulé, car on sonne le second jour — et bien que, lorsque les témoins venaient avant minha, on ne faisait en Terre d'Israël qu'un seul jour, en dehors de la Terre d'Israël nous faisons de toute façon deux jours. Mais le septième jour de l'aravah, qui n'est qu'un seul jour, et dont il est impossible de faire le huitième par doute puisqu'il s'agit d'un jour de fête — s'il était totalement annulé, la règle de l'aravah (torat aravah) tomberait dans l'oubli.
💡 Explication

L'objection du doute sur le calendrier ne vaut que pour la diaspora. En Terre d'Israël, où l'on maîtrise la kevia de-yarha, la difficulté demeure entière. La Guemara interroge alors les voyageurs — les nehoutéi, ceux qui font la navette entre Babylonie et Terre d'Israël — et recueille deux témoignages opposés.

Bar Hedya : le cas ne se présente jamais. Rachi explique le mécanisme : le beit din prolonge Eloul, ou un autre mois, lorsqu'il voit venir la collision. La question serait donc théorique. Ravin et tous les nehoutéi : le cas se présente bel et bien, et l'on ne repousse pourtant pas le Chabbat. C'est ce second témoignage qui crée la vraie difficulté — et qui appelle la réponse de Rav Yossef au segment suivant.

Tossefot élargit avec le Yerouchalmi : Rabbi Simon recommandait aux calculateurs d'éviter que le chofar et l'aravah ne tombent un Chabbat, et, s'il fallait choisir, de sacrifier le chofar. Hiérarchie surprenante — une pratique rabbinique protégée avant une mitsva écrite. Deux raisons : ce qui est écrit ne s'oublie pas, et le chofar se rattrape le second jour de fête, tandis que l'aravah, unique et suivie d'un yom tov, disparaîtrait sans recours.

🖼️ Schéma
Deux témoignages rapportés de Terre d'Israël La question ne se pose que si le cas se présente vraiment. Les nehoutéi ne disent pas la même chose. Bar Hedya : lo iklaa Le cas ne se présente jamais : le septième jour de l'aravah ne tombe pas un Chabbat. Rachi : le beit din prolonge Eloul ou un autre mois lorsqu'il voit la collision venir. Pas de difficulté : il n'y a rien à expliquer. Ravin et les nehoutéi : iklaa ve-lo dahi Le cas se présente bel et bien -- et pourtant on ne repousse pas le Chabbat. Or eux connaissent la kevia de-yarha : l'excuse du doute sur le calendrier ne joue plus. Difficulté ouverte -- c'est elle qui lance la suite. Ce que Tossefot ajoute : une hiérarchie surprenante dans le calcul du calendrier Yerouchalmi : Rabbi Simon aux calculateurs -- évitez que le chofar tombe un Chabbat, évitez que l'aravah y tombe ; contraints, sacrifiez le chofar. Étonnant : on protège une pratique rabbinique en souvenir du Temple plutôt qu'une mitsva écrite dans la Torah. Réponse : ce qui est écrit ne s'oublie pas ; et le chofar se rattrape le second jour de fête, tandis que l'aravah, unique et suivie d'un yom tov, se perdrait.
Bar Hedya contre Ravin : le cas se présente-t-il seulement ? Et la hiérarchie du Yerouchalmi.
8
וְאֶלָּא קַשְׁיָא? אָמַר רַב יוֹסֵף: מַאן לֵימָא לַן דַּעֲרָבָה בִּנְטִילָה? דִּלְמָא בִּזְקִיפָה!

Mais alors c'est difficile ! [Pourquoi, de fait, l'aravah ne repousse-t-elle pas le Chabbat aujourd'hui en Terre d'Israël ?] Rav Yossef a dit : qui nous dit que [la mitsva de] l'aravah se fait par la prise (netilah) ?

Peut-être se fait-elle par le dressement (zekifah) [des rameaux contre l'autel] !

📜 Rachi (2)
מַאן לֵימָא לַן דַּעֲרָבָה בַּמִּקְדָּשׁ בִּנְטִילָה דְּלִידְחֵי הַשְׁתָּא עֲרָבָה אִיסּוּרָא מִדְּרַבָּנָן זֵכֶר לַמִּקְדָּשׁ דְּנִידְחֵי שַׁבָּת:
« Qui nous dit » — que l'aravah, au Temple, se faisait par la prise, de sorte qu'aujourd'hui l'aravah — qui n'est qu'un interdit rabbinique [écarté] en souvenir du Temple — repousserait le Chabbat ?
דִּלְמָא בִּזְקִיפָה לֹא הָיוּ נוֹטְלִין אוֹתָהּ בַּיָּד אֶלָּא זוֹקְפִין אוֹתָן בְּצִידֵּי הַמִּזְבֵּחַ לְחוּד כְּדִתְנַן בְּמָתְנֵי' וְהַשְׁתָּא לֵיכָּא מִזְבֵּחַ הֵיכָא נִזְקְפָה:
« Peut-être par le dressement » — on ne la prenait pas en main, mais on dressait seulement [les rameaux] sur les côtés de l'autel, comme nous l'avons appris dans notre michna ; or aujourd'hui il n'y a plus d'autel — où la dresserions-nous ?
💡 Explication

Rav Yossef ne répond pas en cherchant un décret : il déplace la question sur la nature même du rite. Nous supposions que l'aravah consiste à prendre les rameaux en main — netilah — comme le loulav. Mais la michna, lorsqu'elle décrit la scène du Temple, parle de rameaux dressés sur les côtés de l'autel : zekifah.

Si le rite est la zekifah, tout se résout d'un coup. Sans autel, il n'y a tout simplement plus rien à accomplir : la Terre d'Israël ne repousse pas le Chabbat non parce qu'on le lui a interdit, mais parce que l'acte lui-même n'a plus d'objet. La difficulté de Ravin s'évapore.

C'est une thèse forte et coûteuse : elle engage toute la description du rite au Temple. Abaye va l'attaquer trois fois, et la troisième sera fatale.

9
אֵיתִיבֵיהּ אַבַּיֵּי: לוּלָב וַעֲרָבָה שִׁשָּׁה וְשִׁבְעָה. מַאי לַָאו, כְּלוּלָב: מַה לוּלָב בִּנְטִילָה — אַף עֲרָבָה בִּנְטִילָה! מִידִי אִירְיָא? הָא כִּדְאִיתֵיהּ וְהָא כִּדְאִיתֵיהּ.

Abaye lui objecta [depuis la michna] : « Le loulav et l'aravah : six ou sept. » N'est-ce pas [que l'aravah est traitée] comme le loulav — de même que le loulav se fait par la prise, de même l'aravah par la prise ! — Est-ce vraiment comparable ? Celle-ci est comme elle est, et celui-là est comme il est.

💡 Explication

Premier assaut d'Abaye : un argument de voisinage dans la michna. Loulav et aravah y sont énoncés d'un même souffle, avec le même compte de jours ; on devrait donc leur supposer le même mode d'accomplissement, et puisque le loulav est par netilah, l'aravah aussi.

La réponse est brève et méthodologique : midi irya — est-ce comparable ? Ha ke-de-iteh ve-ha ke-de-iteh : chacune est comme elle est. La michna ne compte que des jours ; elle ne dit rien du geste. Deux mitsvot peuvent partager une durée sans partager une forme.

Le principe vaut au-delà d'ici : une énumération commune n'établit pas une analogie de fond. C'est le genre de résistance qu'un texte oppose quand on lui fait dire plus qu'il ne dit.

10
אֵיתִיבֵיהּ אַבַּיֵּי: בְּכָל יוֹם מַקִּיפִין אֶת הַמִּזְבֵּחַ פַּעַם אַחַת, וְאוֹתוֹ הַיּוֹם שֶׁבַע פְּעָמִים. מַאי לַָאו, בַּעֲרָבָה? לֹא, בְּלוּלָב. וְהָא אָמַר רַב נַחְמָן אָמַר רַבָּה בַּר אֲבוּהּ: בַּעֲרָבָה! אֲמַר לֵיהּ: הוּא אָמַר לָךְ בַּעֲרָבָה, וַאֲנָא אָמֵינָא בְּלוּלָב. אִתְּמַר רַבִּי אֶלְעָזָר אוֹמֵר: בְּלוּלָב. רַב שְׁמוּאֵל [בַּר נָתָן] אָמַר רַבִּי חֲנִינָא: בַּעֲרָבָה. וְכֵן אָמַר רַב נַחְמָן אָמַר רַבָּה בַּר אֲבוּהּ: בַּעֲרָבָה.

Abaye lui objecta [d'une michna] : « Chaque jour on fait une fois le tour de l'autel, et ce jour-là sept fois. » N'est-ce pas avec l'aravah [en main] ? — Non, avec le loulav. — Mais Rav Nahman n'a-t-il pas dit au nom de Rabba bar Avouh : avec l'aravah ! — Il lui répondit : lui t'a dit « avec l'aravah », et moi je dis « avec le loulav ». Il a été énoncé : Rabbi Elazar dit : avec le loulav.

Rav Chmouel [bar Natan] a dit au nom de Rabbi Hanina : avec l'aravah. Et de même Rav Nahman a dit au nom de Rabba bar Avouh : avec l'aravah.

📜 Rachi (2)
וְאוֹתוֹ הַיּוֹם בַּשְּׁבִיעִי מִדְּקָתָנֵי פַּעַם אַחַת וְשֶׁבַע פְּעָמִים ש"מ הַקָּפָה בָּרֶגֶל סְבִיב הַמִּזְבֵּחַ הוּא וּבְמַה מַקִּיפִין לָאו בַּעֲרָבָה:
« Et ce jour-là » — le septième. Du fait qu'il est enseigné « une fois » et « sept fois », on en déduit qu'il s'agit d'un tour fait à pied autour de l'autel ; et avec quoi fait-on le tour ? N'est-ce pas avec l'aravah ?
לֹא בְּלוּלָב מַקִּיפִים לְאַחַר שֶׁזָּקְפוּ הָעֲרָבָה סְבִיב הַמִּזְבֵּחַ:
« Non, avec le loulav » — on fait le tour après avoir dressé l'aravah autour de l'autel.
🪔 Ben Yehoyada (1)
תָּא וְאֵימָא לָךְ מִלְּתָא מֵעִלַּיְתָא, דַּהֲוָה אָמַר אֲבוּךְ , דַּהֲוָה אָמַר אֲבוּךְ: הָא דִּתְנַן: כָּל הַיּוֹם מַקִּיפִין אֶת הַמִּזְבֵּחַ פַּעַם אַחַת, וְאוֹתוֹ הַיּוֹם הָיוּ מַקִּיפִין אֶת הַמִּזְבֵּחַ שֶׁבַע פְּעָמִים, הָכִי אֲמַר אֲבוּךְ מִשְּׁמֵיהּ דְּרַבִּי אֶלְעָזָר: בְּלוּלָב! יֵשׁ לְהַקְשׁוֹת עַל מָה הַשֶּׁבַח הִשְׁבִּיחַ לַהֲלָכָה זוֹ כָּל כָּךְ דְּקָרֵי לָהּ 'מִלְּתָא מֵעִלַּיְתָא' טְפֵי מִשְּׁאָר דְּבָרִים דִּאָמַר רַבָּה בַּר בַּר חָנָה? וְנִרְאֶה לִי בס"ד כִּי לְמָאֵן דְּאָמַר שֶׁמַּקִּיפִין בְּלוּלָב יֵשׁ בִּדְבָרָיו דִּבְרֵי טַעַם בְּרֶמֶז נָכוֹן כִּי יוֹם הוֹשַׁעְנָא רַבָּה שֶׁהוּא יוֹם שְׁבִיעִי נֶחְשָׁב בְּמִסְפָּר הֶקְדֵּמַיי יוֹם כ"ח כַּנּוֹדָע, וְלָכֵן מַקִּיפִין בּוֹ שֶׁבַע פְּעָמִים בַּלּוּלָב וְלֹא בַּעֲרָבָה לְבַדָּהּ, כִּי הַלּוּלָב וּמִינָיו הֵם אַרְבָּעָה מִינִין וּכְשֶׁיַּקִּיפוּ בְּאַרְבַּעְתָּם ז' פְּעָמִים נִמְצְאוּ פְּרָטִים שֶׁל הַהַקָּפוֹת כ"ח כִּי ד' פְּעָמִים ז' הוּא כ"ח וְדָבָר זֶה יִהְיֶה מְכֻוָּון עִם עִצּוּמוֹ שֶׁל יוֹם שֶׁהוּא נֶחְשָׁב יוֹם כ"ח בְּמִסְפָּר הֶקְדֵּמַיי שֶׁהוּא אבג"ד הַנִּזְכָּר. וְאָמַר לוֹ הָכִי אֲמַר אֲבוּךְ מִשְּׁמֵיהּ דְּרַבִּי אֶלְעָזָר: בְּלוּלָב! כִּי רַבָּה בַּר בַּר חָנָה אָמַר דָּבָר קָצָר שֶׁהוּא תֵּיבַת 'בְּלוּלָב' דַּוְקָא לִרְמֹוז לַשּׁוֹמֵעַ שֶׁהַטַּעַם הוּא רָמוּז בַּלּוּלָב עַצְמוֹ כְּלוֹמַר דּוֹק בַּלּוּלָב וְתִמְצָא בּוֹ טַעַם! מַה שֶׁאֵין כֵּן לְמָאֵן דְּאָמַר בַּעֲרָבָה לְבַדָּהּ אֵין כָּאן טַעַם בָּזֶה, וּבְוַדַּאי רָבָא פֵּירֵשׁ לְרַב יִצְחָק בְּרֵיהּ דְּרַבָּה בַּר בַּר חַנָּה הַטַּעַם הַנִּזְכָּר דַּהֲוָה מְרַמֵּז לֵיהּ רַבָּה בַּר בַּר חָנָה בְּגוּף הַלּוּלָב וּבַעֲבוּר הַטַּעַם הַזֶּה קָרֵי לָהּ 'מִלְּתָא מֵעִלַּיְתָא' וְלָכֵן אָמַר לוֹ 'תָּא וְאֵימָא לָךְ' פֵּירוּשׁ תָּא מְחַלֵּק הַפְּשָׁט לְחַלֵּק הָרֶמֶז אוֹ לְחַלֵּק הַדְּרָשׁ וְאֵימָא לָךְ בָּזֶה מִלְּתָא מֵעִלַּיְתָא, וְהַשַּׁ"ס לֹא פֵּירֵשׁ הַטַּעַם לְהֶדְיָא מִשּׁוּם דְּאֵין דֶּרֶךְ הַגְּמָרָא לְפָרֵשׁ רְמָזִים כָּאֵלֶּה.
« Viens, et je te dirai une chose excellente que disait ton père » — [à savoir] ce que nous avons appris : « chaque jour on fait une fois le tour de l'autel, et ce jour-là on en faisait sept fois le tour » ; ainsi disait ton père au nom de Rabbi Elazar : avec le loulav ! On peut demander : en quoi cette halakha est-elle si remarquable qu'il l'appelle « une chose excellente » (milta maalita) plus que les autres propos de Rabba bar bar Hana ? Et il me semble, avec l'aide du Ciel, que selon celui qui dit qu'on fait le tour avec le loulav, ses paroles recèlent une raison juste sous forme d'allusion (remez). Car le jour de Hochana Rabba, qui est le septième jour, est compté selon le mispar kadmi (le compte cumulatif des lettres) comme le vingt-huitième jour, ainsi qu'on le sait ; c'est pourquoi on en fait le tour sept fois avec le loulav et non avec la seule aravah. Car le loulav et ses espèces sont quatre espèces, et lorsqu'on fait le tour avec les quatre, sept fois, le détail des tours se trouve être vingt-huit — car quatre fois sept font vingt-huit ; et cela correspond exactement à l'essence même de ce jour, qui est compté comme le vingt-huitième jour selon le mispar kadmi, c'est-à-dire le système a-b-g-d mentionné. Et il lui dit : « ainsi disait ton père au nom de Rabbi Elazar : avec le loulav ! » — car Rabba bar bar Hana n'a dit qu'un mot bref, le seul mot « avec le loulav », pour faire allusion à celui qui l'entend que la raison est cachée dans le loulav lui-même, comme s'il disait : scrute le loulav et tu y trouveras la raison ! Ce qui n'est pas le cas selon celui qui dit « avec la seule aravah » : il n'y a là aucune raison de ce genre. Et assurément Rava a expliqué à Rav Yits'hak, fils de Rabba bar bar Hana, la raison susdite, à laquelle Rabba bar bar Hana faisait allusion dans le corps même du loulav ; c'est pour cette raison qu'il l'appelle « une chose excellente ». C'est pourquoi il lui dit « viens et je te dirai » — c'est-à-dire : viens du domaine du pchat (le sens simple) vers le domaine du remez (l'allusion) ou du drach, et je te dirai là-dessus une chose excellente. Et le Talmud n'a pas explicité la raison ouvertement, car ce n'est pas la manière de la Guemara d'expliciter de telles allusions.
💡 Explication

Deuxième assaut : les hakafot. La michna décrit un tour de l'autel, une fois par jour et sept fois le septième. Rachi souligne ce que le comptage révèle : puisqu'on compte des tours, il s'agit bien d'un déplacement à pied autour de l'autel. Reste la question qu'Abaye juge décisive : avec quoi tourne-t-on ? S'il faut tenir l'aravah, la thèse de la zekifah tombe.

Rav Yossef répond : avec le loulav. Abaye lui oppose la tradition de Rav Nahman au nom de Rabba bar Avouh. La réplique de Rav Yossef est un principe de statut : hou amar lakh be-aravah, va-ana amina be-loulav — lui est un amora, moi aussi ; son opinion ne me lie pas. Un amora ne se réfute pas par un autre amora, seulement par une michna ou une baraita.

La Guemara enregistre alors la mahloket comme telle : Rabbi Elazar tient be-loulav ; Rabbi Hanina et Rabba bar Avouh tiennent be-aravah. Rav Yossef a donc bien une opinion sur laquelle s'appuyer — l'objection est écartée, non tranchée.

🖼️ Schéma
Avec quoi tourne-t-on autour de l'autel ? Une michna qui ne le précise pas, et une mahloket d'amoraim qui en décide -- avec un enjeu pour Rav Yossef. La michna : chaque jour on fait une fois le tour de l'autel ; ce jour-là, sept fois. Rachi : de ce qu'on compte des tours, on sait qu'il s'agit d'un déplacement à pied. Mais l'objet tenu n'est pas nommé. Be-aravah -- avec l'aravah Rav Chmouel bar Natan au nom de Rabbi Hanina. Rav Nahman au nom de Rabba bar Avouh. Conséquence : l'aravah est tenue en main. La thèse de la zekifah tombe -- c'est exactement l'objection d'Abaye. Be-loulav -- avec le loulav Rabbi Elazar ; rapporté aussi par Rabba bar bar Hana. C'est la réponse de Rav Yossef à Abaye. Conséquence : rien ne prouve la netilah. Rachi : on tourne avec le loulav après avoir dressé l'aravah autour de l'autel. La réponse de méthode de Rav Yossef : hou amar lakh be-aravah, va-ana amina be-loulav. Rabba bar Avouh est un amora, Rav Yossef aussi : une opinion d'amora ne le contraint pas. Seule une baraita, en seg. 11, pourra le réfuter.
La mahloket sur les hakafot, et pourquoi une opinion d'amora ne suffit pas à réfuter Rav Yossef.
11
אֲמַר לֵיהּ רָבָא לְרַב יִצְחָק בְּרֵיהּ דְּרַבָּה בַּר בַּר חַנָּה: בַּר אֻורְיָא, תָּא וְאֵימָא לָךְ מִלְּתָא מֵעִלַּיְתָא דַּהֲוָה אָמַר אֲבוּךְ. הָא דִּתְנַן: כָּל הַיּוֹם מַקִּיפִין אֶת הַמִּזְבֵּחַ פַּעַם אַחַת, וְאוֹתוֹ הַיּוֹם מַקִּיפִין אֶת הַמִּזְבֵּחַ שֶׁבַע פְּעָמִים, הָכִי אֲמַר אֲבוּךְ מִשְּׁמֵיהּ דְּרַבִּי אֶלְעָזָר: בְּלוּלָב.

Rava dit à Rav Yits'hak, fils de Rabba bar bar Hana : « Bar ourya (fils de la Torah), viens que je te dise une chose excellente que disait ton père. Ce que nous avons appris dans la michna : chaque jour on fait une fois le tour de l'autel, et ce jour-là on fait sept fois le tour de l'autel — ainsi disait ton père au nom de Rabbi Elazar : avec le loulav. »

💡 Explication

Interlude de transmission : Rava rapporte à un fils l'enseignement de son propre père. L'apostrophe bar ourya — fils de la Torah — et la formule milta maalita, une chose excellente, marquent une estime particulière pour cette tradition.

Sur le fond, le passage renforce la position de Rav Yossef : la lecture be-loulav des hakafot n'est pas un expédient improvisé, c'est une tradition portée par Rabbi Elazar et transmise par Rabba bar bar Hana. Le débat du segment précédent se trouve ancré.

Le Ben Ich Haï (glose donnée au segment précédent) s'arrête sur l'éloge : pourquoi cette halakha plutôt qu'une autre mérite-t-elle d'être dite excellente ? Il y voit un remez — quatre espèces tournant sept fois font vingt-huit, comme la valeur du septième jour dans le mispar kadmi.

12
אַיְּתִיבֶיהָ: לוּלָב דּוֹחֶה אֶת הַשַּׁבָּת בִּתְחִלָּתוֹ, וַעֲרָבָה בְּסוֹפוֹ. פַּעַם אַחַת חָל שְׁבִיעִי שֶׁל עֲרָבָה לִהְיוֹת בַּשַּׁבָּת, וְהֵבִיאוּ מֻרְבִּיּוֹת שֶׁל עֲרָבָה מֵעֶרֶב שַׁבָּת וְהִנִּיחוּם בָּעֲזָרָה. וְהִכִּירוּ בָּהֶן בַּיְיתּוֹסִין, וּנְטָלוּם וּכְבָשׁוּם תַּחַת אֲבָנִים.

[Abaye] lui objecta [d'une baraita, Tossefta Soucca 3:1] : « Le loulav repousse le Chabbat à son commencement, et l'aravah à sa fin. Une fois, le septième jour de l'aravah tomba un Chabbat ; on apporta des rameaux (marbiyot) d'aravah dès la veille de Chabbat et on les déposa dans la azara.

Les Boethusiens les remarquèrent, les prirent et les enfouirent sous des pierres. »

📜 Rachi (6)
בִּתְחִילָּתוֹ בי"ט רִאשׁוֹן:
« À son commencement » — le premier jour de fête.
וַעֲרָבָה בְּסוֹפוֹ בַּשְּׁבִיעִי:
« Et l'aravah à sa fin » — le septième jour.
מֻרְבִּיּוֹת נְטִיעוֹת:
« Marbiyot » — des pousses [de saule].
וְהִכִּירוּ בָּהֶן בַּיְיתּוֹסִין הִרְגִּישׁוּ תַּלְמִידֵי בַּייְתוֹס וְהֵן צָדוֹקִים וְאֵינָם מוֹדִים בַּעֲרָבָה שֶׁאֵינָהּ מְפֹורֶשֶׁת מִן הַתּוֹרָה:
« Les Boethusiens les remarquèrent » — les disciples de Boethus s'en aperçurent ; ce sont des Sadducéens, et ils n'admettent pas l'aravah, qui n'est pas explicitée dans la Torah.
וּכְבָשׁוּם טְמָנוּם כְּמוֹ בַּהֲדֵי כַּבְשֵׁי דְרַחֲמָנָא לָמָּה לָךְ בְּמַסֶּכֶת בְּרָכוֹת (דַּף י.) וי"מ כְּמוֹ יִכְבֹּושׁ עֲוֹנֹותֵינוּ (מִיכָה ז) יְכַסֶּה כִּסִּיתָ כָל חַטָּאתָם סֶלָה (תְּהִילִּים פ״ה:ג׳):
« Ils les enfouirent (vekhavchoum) » — ils les cachèrent, comme dans « pourquoi te mêles-tu des choses cachées (kivchei) du Miséricordieux ? » au traité Berakhot (10a). D'autres expliquent : comme dans « il enfouira (yikhboch) nos fautes » (Mikha 7:19), au sens de couvrir — « tu as couvert toutes leurs fautes, sela » (Tehilim 85:3).
תַּחַת הָאֲבָנִים וְיוֹדְעִים הֵם בַּחֲכָמִים שֶׁלֹּא יְטַלְטְלוּ לְמָחָר הָאֲבָנִים:
« Sous les pierres » — et ils savaient des Sages qu'ils ne déplaceraient pas les pierres le lendemain.
🗂️ Tossefot (1)
וְהֵבִיאוּ מֻרְבִּיּוֹת שֶׁל עֲרָבָה מע"ש. כָּאן לֹא הָיוּ מַתְנִין כָּל מִי שֶׁיַּגִּיעַ בַּעֲרָבָה שֶׁל חֲבֵירוֹ הֲרֵי הוּא בְּמַתָּנָה כְּדִתְנַן גַּבֵּי לוּלָב לָמֶ"ד בְּפִירְקִין דִּלְעֵיל (סֻוכָּה דַּף לד.) עֲרָבָה הֲלָכָה לְמֹשֶׁה מִסִּינַי לָא גָּמְרִי מִשֶּׁלָּכֶם וּלְאַבָּא שָׁאוּל נָמֵי דְּדָרַשׁ מִדִּכְתִיב עַרְבֵי אַחַת לַלּוּלָב וְאַחַת לַמִּקְדָּשׁ אַלְמָא בָּעֵי מִשֶּׁלָּכֶם גַּבֵּי מִקְדָּשׁ כְּמוֹ לוּלָב מ"מ גַּבֵּי לוּלָב שֶׁכָּל אֶחָד מֵבִיא לוּלָבוֹ לְהַר הַבַּיִת וְהַחַזָּנִים מְקַבְּלִין מִיָּדָם הָיוּ צְרִיכִין לְהַתְנוֹת אֲבָל עֲרָבָה שְׁלוּחֵי ב"ד מַיְיתוּ לָהּ וְאֵין אֶחָד מֵהֶן זוֹכֶה בָּהּ עַד לְמָחֳרַת בְּשַׁבָּת וְעוֹד דְּהַכֹּהֲנִים מַקִּיפִין אֶת הַמִּזְבֵּחַ וְלֹא הָיוּ כָּל כָּךְ מְרֻובִּים וְעוֹד דִּזְרִיזִין הֵן:
« Et on apporta des rameaux d'aravah dès la veille de Chabbat. » Ici, on ne stipulait pas [la condition] « quiconque recevra l'aravah de son compagnon la recevra en don », comme il est enseigné à propos du loulav. Car selon celui qui dit, au chapitre précédent (Soucca 34a), que l'aravah est une halakha [transmise] à Moche au Sinaï, on n'exige pas qu'elle vous appartienne (michelakhem) ; et même selon Abba Chaoul, qui expose du verset « arvei [nahal] » [le pluriel] : l'une pour le loulav et l'une pour le Temple — d'où il ressort qu'on exige qu'elle vous appartienne au Temple comme pour le loulav — de toute façon, s'agissant du loulav, où chacun apportait le sien au mont du Temple et où les préposés (hazzanim) les recevaient de leurs mains, il fallait stipuler [cette condition] ; tandis que l'aravah, ce sont les émissaires du beit din qui l'apportent, et aucun d'eux n'en acquiert la propriété avant le lendemain, Chabbat. De plus, ce sont les cohanim qui font le tour de l'autel, et ils n'étaient pas si nombreux. Et de plus, ils sont diligents (zerizin).
💡 Explication

Troisième assaut, et cette fois une baraita : une source tannaitique, qui peut réfuter un amora. Elle rappelle d'abord la règle — le loulav au commencement de la fête, l'aravah à sa fin — puis raconte un incident survenu au Temple.

Les Boethusiens sont, dit Rachi, des Sadducéens : ils n'admettent pas l'aravah, qui n'est pas explicitée dans la Torah. Leur sabotage est calculé. Ils ne détruisent pas les rameaux : ils les enfouissent sous des pierres, sachant que les Sages, fidèles à l'interdit de tiltoul le Chabbat, ne déplaceront pas ces pierres. L'obéissance même des Sages devient l'instrument de l'obstruction.

Tossefot relève un détail de droit : pour le loulav, on stipulait que celui qui recevait le loulav d'un autre le recevait en don, afin qu'il lui appartienne (michelakhem). Ici, rien de tel — parce que l'aravah est apportée par les émissaires du beit din et que nul n'en devient propriétaire avant le lendemain ; et parce que les cohanim, peu nombreux et zerizin, l'accomplissent.

🖼️ Schéma
Le récit des Boethusiens : une année où le septième jour tomba un Chabbat Un sabotage, un contournement, et un mot qui tranche la sougya. Veille de Chabbat Les émissaires du beit din apportent les marbiyot (rameaux) d'aravah. Ils les déposent dans la azara pour demain. Le sabotage Les Boethusiens (Rachi : des Sadducéens) repèrent les rameaux et les enfouissent. Sous des pierres -- car ils savent qu'on ne les bougera pas. Le contournement Le lendemain, les amei ha-arets les voient et les dégagent des pierres. Rachi : ignorants de l'interdit, mais loyaux. Le rite Les cohanim les apportent et les dressent sur les côtés de l'autel. Un Israélite n'entre pas entre oulam et autel. Pourquoi le sabotage passe-t-il par les pierres, et non par une destruction ? Les Boethusiens ne nient pas l'aravah en général : ils nient qu'elle repousse le Chabbat, puisqu'elle n'est pas écrite dans la Torah. Il leur suffit donc de la rendre inaccessible sans profanation : sous les pierres, les Sages eux-mêmes s'interdiront de la dégager. Le mot qui réfute Rav Yossef : hibbout aravah La baraita conclut : parce que les Boethusiens n'admettent pas que le hibbout -- le battage -- de l'aravah repousse le Chabbat. Or on ne bat pas un rameau sans le tenir. Donc netilah, et non zekifah seule : teyouvta.
Le récit des Boethusiens, étape par étape, et le mot hibbout qui livre la réfutation.
13
לְמָחָר הִכִּירוּ בָּהֶן עַמֵּי הָאָרֶץ, וְשֶׁמַּטְוָם מִתַּחַת הָאֲבָנִים, וַהֲבִיאוּם הַכֹּהֲנִים וּזְקָפוּם בְּצִידֵּי הַמִּזְבֵּחַ. לְפִי שֶׁאֵין בַּיְיתּוֹסִין מוֹדִים שֶׁחִיבּוּט עֲרָבָה דּוֹחֶה אֶת הַשַּׁבָּת.

« Le lendemain, les amei ha-arets (les gens du peuple, peu instruits) les remarquèrent, les dégagèrent de sous les pierres ; les cohanim les apportèrent et les dressèrent sur les côtés de l'autel. [Tout cela] parce que les Boethusiens n'admettent pas que le battage (hibbout) de l'aravah repousse le Chabbat. »

📜 Rachi (2)
עַמֵּי הָאָרֶץ שֶׁלֹּא הָיוּ בְּקִיאִים בְּאִיסּוּר טִלְטוּל וְהֵם הָיְתָה יָדָם עִם הַפְּרוּשִׁים:
« Les amei ha-arets » — qui n'étaient pas versés dans l'interdit de déplacer [le Chabbat] ; et leur main était avec les Perouchim (les Sages).
וֶהֱבִיאוּם הַכֹּהֲנִים וּזְקָפוּם כו' אֲבָל יִשְׂרָאֵל לֹא הָיָה נִכְנָס בֵּין הָאוּלָם וְלַמִּזְבֵּחַ וּמִדְּקָתָנֵי חִיבּוּט עֲרָבָה מִכְּלָל דִּבְיַד נוֹטְלִין אוֹתָהּ וּמְנַעְנְעִים וּמַקִּיפִין בָּהּ הַכֹּהֲנִים אֶת הַמִּזְבֵּחַ בְּרַגְלֵיהֶם וְאַחַר כָּךְ זוֹקְפִין אוֹתָהּ:
« Et les cohanim les apportèrent et les dressèrent, etc. » — mais un Israélite [non-cohen] n'entrait pas entre le oulam et l'autel. Et du fait qu'il est enseigné « le battage (hibbout) de l'aravah », on en déduit qu'on la prenait en main et qu'on l'agitait, que les cohanim en faisaient le tour de l'autel à pied, et qu'ensuite on la dressait.
💡 Explication

Le dénouement du récit passe par une ironie fine : ce sont les amei ha-arets qui sauvent la mitsva. Rachi le dit sans détour — ils n'étaient pas versés dans l'interdit de déplacer le Chabbat, mais « leur main était avec les Perouchim », les Sages. L'ignorance qui aurait dû les disqualifier permet ici que le rite ait lieu ; les Sages, eux, ne pouvaient rien faire.

Puis les cohanim prennent le relais : un Israélite n'entre pas entre le oulam et l'autel. Et Rachi tire de la formulation de la baraita toute la séquence du rite : puisqu'il est enseigné hibbout aravah — le battage —, on la prenait en main, on l'agitait, les cohanim faisaient le tour de l'autel à pied, et ensuite on la dressait.

La zekifah n'est donc pas niée : elle existe, mais comme dernière étape, après la netilah. C'est exactement ce qui manque à la thèse de Rav Yossef.

14
אַלְמָא בִּנְטִילָה הִיא! תְּיוּבְתָּא.

Il en ressort donc qu'elle se fait par la prise (netilah) ! — Réfutation concluante (teyouvta).

💡 Explication

Deux mots, et la thèse tombe. Le terme teyouvta désigne la réfutation définitive : non pas une objection écartée, mais une position abandonnée. La baraita, source tannaitique, l'emporte sur l'hypothèse de l'amora.

Le mot décisif est hibbout, le battage. On ne bat pas un rameau contre le sol sans le tenir : l'aravah passe donc nécessairement par la main. La zekifah demeure comme phase finale du rite au Temple, mais elle n'en est pas l'essence.

Conséquence immédiate : la difficulté du segment 6, que Rav Yossef avait cru résoudre, revient intacte — et c'est par elle que le folio s'achève.

15
וְאֶלָּא נִדְחוּ! כֵּיוָן דַּאֲנַן לָא דָּחֵינַן, אִינְהוּ נָמֵי לָא דָּחוּ. וְהָא יוֹם טוֹב הָרִאשׁוֹן, דִּלְדִידַן לָא דָּחֵי וּלְדִידַהוּ דָּחֵי!

Mais alors, qu'ils repoussent [le Chabbat, en Terre d'Israël, aujourd'hui] ! — Dès lors que nous, nous ne repoussons pas, eux non plus ne repoussent pas. — Mais le premier jour de fête : pour nous il ne repousse pas [le Chabbat], et pour eux il le repousse !

📜 Rachi (2)
וְאֶלָּא לִידְחֵי כֵּיוָן דְּבִנְטִילָה הֲוָה יֵשׁ לוֹ לַעֲשׂוֹת זֵכֶר לַמִּקְדָּשׁ וְלִידְחֵי שְׁבִיעִי דִּילָּה שַׁבָּת:
« Mais alors, qu'elle repousse » — puisque c'est par la prise, il convient de faire un souvenir du Temple, et que son septième jour repousse le Chabbat.
כֵּיוָן דַּאֲנַן בַּגּוֹלָה לָא דָּחֵינַן מִשּׁוּם דְּלָא קִים לָן בִּקְבִיעָא דְיַרְחָא:
« Dès lors que nous » — en exil, nous ne repoussons pas, parce que nous n'avons pas de certitude quant à la fixation du mois.
💡 Explication

La teyouvta rouvre la question laissée en suspens : puisque l'aravah est bien par netilah, et que la Terre d'Israël connaît le calendrier, pourquoi n'y repousse-t-elle pas le Chabbat au titre du zekher la-mikdach ?

Réponse proposée : une solidarité de pratique. Keivan de-anan la dahinan, inhou nami la dahou — puisque nous, en diaspora, ne repoussons pas (faute de certitude sur la kevia de-yarha), eux non plus ne repoussent pas. L'usage de l'aravah tiendrait d'un seul tenant, sans se scinder entre les deux pays.

L'objection tombe aussitôt : le premier jour de fête brise précisément cette symétrie. Chez nous, tombant un Chabbat, on ne prend pas le loulav ; en Terre d'Israël, ce même jour, on le prend. Nul ne songe à les aligner sur nous. La solidarité invoquée n'est donc pas un principe général — et le folio s'arrête sur cette difficulté, que 44a reprendra.

🖼️ Schéma
Le nœud final : pourquoi la Terre d'Israël s'aligne sur la diaspora La réfutation de Rav Yossef rouvre la question du seg. 6. La réponse donnée est aussitôt attaquée. La question revenue : ve-ela nidhou -- alors qu'ils repoussent ! L'aravah est bien par netilah ; en Terre d'Israël on connaît le calendrier ; le zekher la-mikdach devrait donc repousser le Chabbat le septième jour. La réponse : keivan de-anan la dahinan, inhou nami la dahou L'usage de l'aravah tient d'un seul tenant : ce que la diaspora ne peut faire, la Terre d'Israël ne le fait pas non plus. L'objection immédiate : le premier jour de fête brise la symétrie Chez nous, en diaspora, le premier jour de fête tombant un Chabbat, on ne prend pas le loulav -- le doute sur le calendrier l'interdit. En Terre d'Israël, ce même jour, on le prend : le loulav y repousse le Chabbat. Nul ne songe à les aligner sur nous. Donc la solidarité invoquée n'est pas un principe général. Le folio s'arrête ici ; la réponse ouvre 44a.
La question rouverte, la réponse de solidarité, et l'objection du premier jour qui la brise.
✉ Signaler une erreur de traduction

Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).