Sougya : Le folio s'ouvre sur la fin de la sougya précédente : la guezera chava téchvou/téchvou tirée des miloouim établit que la soucca oblige les jours et aussi les nuits, alors que le loulav ne demande qu'un instant de prise. La Guemara passe ensuite au cœur du chapitre : pourquoi l'aravah du septième jour repousse-t-elle le Chabbat au Temple, alors que le loulav ne le repousse que le premier jour ?
Rabbi Yo'hanan répond par le pirsoum — rendre public que l'aravah relève de la Torah — et la Guemara explique l'asymétrie par la guezera de Rabba : le loulav est remis à tout un chacun, tandis que l'aravah est apportée par les émissaires du beit din. Suit un resserrement en entonnoir : pourquoi pas tous les jours (on douterait du loulav), pourquoi pas le premier (la chose ne serait pas probante), donc le septième.
Vient alors la question du présent : puisque nous ne maîtrisons plus la fixation du mois, nous ne repoussons pas — mais eux, en Terre d'Israël ? Rav Yossef sauve la difficulté par une hypothèse hardie : peut-être l'aravah ne se fait-elle pas par la prise (netilah) mais par le dressement (zekifah) contre l'autel.
Abaye l'attaque trois fois ; le récit des Boethusiens qui enfouirent les rameaux sous des pierres livre le coup fatal — teyouvta. Reste le nœud final, que le folio suivant reprendra : pourquoi la Terre d'Israël s'aligne-t-elle sur la diaspora ?
« Téchvou », « téchvou » — [on l'apprend] par une guezera chava (analogie verbale). Il est dit ici, à propos de la soucca : « vous résiderez (téchvou) dans des souccot sept jours » (Vayikra 23:42) ; et il est dit à propos des miloouim (les jours d'investiture du Tabernacle) : « vous résiderez (téchvou) jour et nuit sept jours » (Vayikra 8:35).
De même que là-bas « des jours » vaut aussi pour les nuits, de même ici « des jours » vaut aussi pour les nuits.
Fin de la sougya ouverte au folio précédent : d'où sait-on que la soucca oblige aussi la nuit ? Le verset ne dit que « sept jours », et « jours » pourrait s'entendre au sens strict. La Guemara emploie une guezera chava : un même mot, téchvou, apparaît dans deux versets ; ce qui est explicite dans l'un s'exporte vers l'autre. Aux miloouim, le verset dit lui-même jour et nuit — donc là, « sept jours » enveloppe les nuits ; par le mot commun, il en va de même pour la soucca.
Rachi ajoute le contraste qui commande tout le chapitre : la soucca est une résidence, un état continu ; le loulav n'est qu'une lekiha, une prise — un instant suffit et la mitsva est accomplie. Ce n'est pas une hiérarchie de valeur, c'est une différence de forme verbale, et elle décide de la durée.
Tossefot refuse d'aller trop loin dans l'analogie : on n'apprend pas tout des miloouim. Là-bas, il était impossible de dormir dans la azara comme on dort dans une cour, puisque nul ne s'y assied sinon les rois de la maison de David (Sota 41b) ; ici au contraire il est interdit de dormir hors de la soucca. La guezera chava transporte un point précis, non un régime entier.
« L'aravah, sept [jours]. Comment cela ? » [Lorsque le septième jour de l'aravah tombe un Chabbat : ce jour-là, la mitsva de l'aravah relève de la Torah, elle repousse donc le Chabbat, et l'aravah se trouve accomplie sept jours.] Pour quelle raison l'aravah, le septième jour, repousse-t-elle le Chabbat ?
Rabbi Yo'hanan a dit : afin de la rendre publique (lefarsemah), [pour faire savoir] qu'elle relève de la Torah. Si c'est ainsi, que le loulav aussi repousse [le Chabbat les autres jours], afin de le rendre public, [pour faire savoir] qu'il relève de la Torah !
La Guemara aborde le chiffre le plus étrange de la michna : l'aravah, sept jours. Elle n'atteint ce chiffre que dans un cas — quand le septième jour tombe un Chabbat et qu'elle le repousse. D'où la question : pourquoi cette pratique, non écrite explicitement dans la Torah, obtient-elle ce que le loulav n'obtient pas ?
Réponse de Rabbi Yo'hanan : le pirsoum. Précisément parce que l'aravah n'est pas explicitée, on risquerait de la tenir pour une simple coutume ; les Sages lui ont donc laissé un espace (chavkou lah revha, dit Rachi) pour repousser le Chabbat un jour. Le fait même que le Chabbat lui cède est l'annonce publique de son statut : une halakha le-Moche mi-Sinaï.
La Guemara retourne aussitôt l'argument : le loulav non plus n'est pas explicite pour les sept jours au Temple — on pourrait croire que « vous vous réjouirez devant l'Éternel sept jours » ne vise pas la joie du loulav. Le même besoin de pirsoum existe donc pour lui. La question n'est pas rhétorique : elle force à nommer ce qui distingue vraiment les deux mitsvot, et la réponse viendra au segment suivant.
Le loulav — [il ne repousse pas le Chabbat] à cause d'un décret (guezera) fondé sur [la crainte de] Rabba [42b : de peur qu'on ne le prenne en main et n'aille chez un expert pour apprendre, et qu'on ne le transporte ainsi quatre coudées dans le domaine public]. Si c'est ainsi, décrétons aussi pour l'aravah ! — L'aravah : ce sont les émissaires du beit din qui l'apportent.
Le loulav : il est remis à tout un chacun.
La réponse ne conteste pas le besoin de pirsoum pour le loulav : elle oppose un obstacle. Le loulav tombe sous la guezera de Rabba — non parce que le prendre serait un travail interdit, mais parce que l'homme qui ignore le naanoua ou la bénédiction ira le demander à un expert, et portera l'objet dans le domaine public.
La Guemara demande alors la symétrie inverse : que ce même décret frappe l'aravah. Réponse : le décret vise un comportement, et ce comportement n'a pas lieu ici. L'aravah est apportée la veille par les chelouhéi beit din et déposée dans la azara ; le lendemain, elle n'est pas l'affaire des particuliers mais des cohanim qui entourent l'autel. Le loulav, lui, est lakol massour : chacun apporte le sien.
Tossefot corrige le centre de gravité de l'explication. Si tout tenait à l'apport par des émissaires, on pourrait instituer la même chose pour le loulav et le laisser repousser le Chabbat. Le vrai ressort est que les cohanim sont zerizin — diligents, formés, sans risque de profanation ; et une mitsva qui ne repousse pas le Chabbat pour l'Israélite ne le repousse pas davantage pour le cohen. Tossefot laisse toutefois une difficulté ouverte : aujourd'hui l'aravah aussi est remise à tout un chacun.
Si c'est ainsi, qu'elle repousse [le Chabbat] chaque jour aussi ! — On en viendrait à jeter le doute (lefakfek) sur le loulav. — Alors qu'elle repousse [le Chabbat] le premier jour de fête ! — La chose ne serait pas probante (lo moukhha milta) : on dirait que c'est le loulav qui repousse [le Chabbat].
Puisque aucun décret ne vise l'aravah et qu'elle est toranique au Temple les sept jours, pourquoi ne repousserait-elle pas le Chabbat chaque fois que celui-ci tombe pendant la fête ? La réponse est un souci d'équilibre : le loulav ne repousse le Chabbat qu'un seul jour. Une aravah qui le repousserait tous les jours ferait paraître le loulav secondaire — ati lefakfek be-loulav, on en viendrait à le mépriser. Le remède au problème du pirsoum blesserait ailleurs.
Deuxième essai : le premier jour de fête. Refus pour une raison inverse — ce jour-là, le loulav repousse déjà le Chabbat. On dirait donc que le Chabbat cède pour le loulav et que l'aravah passe simplement dans son ombre. Le pirsoum manquerait sa cible : lo moukhha milta, la chose ne serait pas demontrative.
On voit ici la logique propre à une institution de publicité : elle exige non seulement qu'un fait ait lieu, mais qu'il se lise sans ambiguïté. Un signe qui peut s'imputer à une autre cause n'est pas un signe.
Alors qu'elle repousse [le Chabbat] l'un de ces [autres jours] ! — Dès lors que tu la retires du premier jour, établis-la au septième.
Restent les jours intermédiaires (hol ha-moed). La réponse est brève mais précise : le pirsoum réclame un yom mesouyam, un jour marqué — dit Rachi : le premier ou le dernier. Un jour intermédiaire quelconque n'est identifiable par personne ; le signe se perdrait dans l'indistinction du milieu de la fête.
Le premier ayant été écarté au segment précédent, il ne reste qu'une possibilité : le septième. Ce n'est donc pas une préférence positive pour Hochana Rabba, c'est le résidu d'une élimination — et c'est cette structure en entonnoir qui donne au septième jour sa physionomie particulière dans tout le chapitre.
Si c'est ainsi, qu'elle repousse [le Chabbat] aujourd'hui aussi [après la destruction du Temple] ! — Nous, nous ne connaissons pas [avec certitude] la fixation du mois (kevia de-yarha).
Le raisonnement bascule du Temple vers le présent. Aujourd'hui, explique Rachi, l'aravah se fait un seul jour, en dehors du Temple, au titre d'un minhag nevi'im — un usage des prophètes. Puisque aucune crainte ne la vise, pourquoi ne repousserait-elle pas le Chabbat, avec des émissaires du beit din pour la prendre et la battre, afin de publier ce qu'elle était au Temple ?
Réponse : notre calendrier repose sur le calcul, non sur le témoignage. Nous n'avons pas la certitude de la kevia de-yarha, et peut-être notre septième jour n'est-il pas le septième. Or on ne lève pas un interdit rabbinique pour une mitsva dont on n'est pas sur qu'elle tombe aujourd'hui. Le doute suffit à bloquer, même sans certitude d'erreur.
Eux [en Terre d'Israël], qui connaissent la fixation du mois — qu'elle repousse [le Chabbat] chez eux ! — Lorsque Bar Hedya arriva [de Terre d'Israël], il dit : cela ne tombe pas [ainsi]. Lorsque Ravin et tous les nehoutéi (ceux qui font la descente entre les deux pays) arrivèrent, ils dirent : cela tombe [ainsi], et pourtant on ne repousse pas [le Chabbat].
L'objection du doute sur le calendrier ne vaut que pour la diaspora. En Terre d'Israël, où l'on maîtrise la kevia de-yarha, la difficulté demeure entière. La Guemara interroge alors les voyageurs — les nehoutéi, ceux qui font la navette entre Babylonie et Terre d'Israël — et recueille deux témoignages opposés.
Bar Hedya : le cas ne se présente jamais. Rachi explique le mécanisme : le beit din prolonge Eloul, ou un autre mois, lorsqu'il voit venir la collision. La question serait donc théorique. Ravin et tous les nehoutéi : le cas se présente bel et bien, et l'on ne repousse pourtant pas le Chabbat. C'est ce second témoignage qui crée la vraie difficulté — et qui appelle la réponse de Rav Yossef au segment suivant.
Tossefot élargit avec le Yerouchalmi : Rabbi Simon recommandait aux calculateurs d'éviter que le chofar et l'aravah ne tombent un Chabbat, et, s'il fallait choisir, de sacrifier le chofar. Hiérarchie surprenante — une pratique rabbinique protégée avant une mitsva écrite. Deux raisons : ce qui est écrit ne s'oublie pas, et le chofar se rattrape le second jour de fête, tandis que l'aravah, unique et suivie d'un yom tov, disparaîtrait sans recours.
Mais alors c'est difficile ! [Pourquoi, de fait, l'aravah ne repousse-t-elle pas le Chabbat aujourd'hui en Terre d'Israël ?] Rav Yossef a dit : qui nous dit que [la mitsva de] l'aravah se fait par la prise (netilah) ?
Peut-être se fait-elle par le dressement (zekifah) [des rameaux contre l'autel] !
Rav Yossef ne répond pas en cherchant un décret : il déplace la question sur la nature même du rite. Nous supposions que l'aravah consiste à prendre les rameaux en main — netilah — comme le loulav. Mais la michna, lorsqu'elle décrit la scène du Temple, parle de rameaux dressés sur les côtés de l'autel : zekifah.
Si le rite est la zekifah, tout se résout d'un coup. Sans autel, il n'y a tout simplement plus rien à accomplir : la Terre d'Israël ne repousse pas le Chabbat non parce qu'on le lui a interdit, mais parce que l'acte lui-même n'a plus d'objet. La difficulté de Ravin s'évapore.
C'est une thèse forte et coûteuse : elle engage toute la description du rite au Temple. Abaye va l'attaquer trois fois, et la troisième sera fatale.
Abaye lui objecta [depuis la michna] : « Le loulav et l'aravah : six ou sept. » N'est-ce pas [que l'aravah est traitée] comme le loulav — de même que le loulav se fait par la prise, de même l'aravah par la prise ! — Est-ce vraiment comparable ? Celle-ci est comme elle est, et celui-là est comme il est.
Premier assaut d'Abaye : un argument de voisinage dans la michna. Loulav et aravah y sont énoncés d'un même souffle, avec le même compte de jours ; on devrait donc leur supposer le même mode d'accomplissement, et puisque le loulav est par netilah, l'aravah aussi.
La réponse est brève et méthodologique : midi irya — est-ce comparable ? Ha ke-de-iteh ve-ha ke-de-iteh : chacune est comme elle est. La michna ne compte que des jours ; elle ne dit rien du geste. Deux mitsvot peuvent partager une durée sans partager une forme.
Le principe vaut au-delà d'ici : une énumération commune n'établit pas une analogie de fond. C'est le genre de résistance qu'un texte oppose quand on lui fait dire plus qu'il ne dit.
Abaye lui objecta [d'une michna] : « Chaque jour on fait une fois le tour de l'autel, et ce jour-là sept fois. » N'est-ce pas avec l'aravah [en main] ? — Non, avec le loulav. — Mais Rav Nahman n'a-t-il pas dit au nom de Rabba bar Avouh : avec l'aravah ! — Il lui répondit : lui t'a dit « avec l'aravah », et moi je dis « avec le loulav ». Il a été énoncé : Rabbi Elazar dit : avec le loulav.
Rav Chmouel [bar Natan] a dit au nom de Rabbi Hanina : avec l'aravah. Et de même Rav Nahman a dit au nom de Rabba bar Avouh : avec l'aravah.
Deuxième assaut : les hakafot. La michna décrit un tour de l'autel, une fois par jour et sept fois le septième. Rachi souligne ce que le comptage révèle : puisqu'on compte des tours, il s'agit bien d'un déplacement à pied autour de l'autel. Reste la question qu'Abaye juge décisive : avec quoi tourne-t-on ? S'il faut tenir l'aravah, la thèse de la zekifah tombe.
Rav Yossef répond : avec le loulav. Abaye lui oppose la tradition de Rav Nahman au nom de Rabba bar Avouh. La réplique de Rav Yossef est un principe de statut : hou amar lakh be-aravah, va-ana amina be-loulav — lui est un amora, moi aussi ; son opinion ne me lie pas. Un amora ne se réfute pas par un autre amora, seulement par une michna ou une baraita.
La Guemara enregistre alors la mahloket comme telle : Rabbi Elazar tient be-loulav ; Rabbi Hanina et Rabba bar Avouh tiennent be-aravah. Rav Yossef a donc bien une opinion sur laquelle s'appuyer — l'objection est écartée, non tranchée.
Rava dit à Rav Yits'hak, fils de Rabba bar bar Hana : « Bar ourya (fils de la Torah), viens que je te dise une chose excellente que disait ton père. Ce que nous avons appris dans la michna : chaque jour on fait une fois le tour de l'autel, et ce jour-là on fait sept fois le tour de l'autel — ainsi disait ton père au nom de Rabbi Elazar : avec le loulav. »
Interlude de transmission : Rava rapporte à un fils l'enseignement de son propre père. L'apostrophe bar ourya — fils de la Torah — et la formule milta maalita, une chose excellente, marquent une estime particulière pour cette tradition.
Sur le fond, le passage renforce la position de Rav Yossef : la lecture be-loulav des hakafot n'est pas un expédient improvisé, c'est une tradition portée par Rabbi Elazar et transmise par Rabba bar bar Hana. Le débat du segment précédent se trouve ancré.
Le Ben Ich Haï (glose donnée au segment précédent) s'arrête sur l'éloge : pourquoi cette halakha plutôt qu'une autre mérite-t-elle d'être dite excellente ? Il y voit un remez — quatre espèces tournant sept fois font vingt-huit, comme la valeur du septième jour dans le mispar kadmi.
[Abaye] lui objecta [d'une baraita, Tossefta Soucca 3:1] : « Le loulav repousse le Chabbat à son commencement, et l'aravah à sa fin. Une fois, le septième jour de l'aravah tomba un Chabbat ; on apporta des rameaux (marbiyot) d'aravah dès la veille de Chabbat et on les déposa dans la azara.
Les Boethusiens les remarquèrent, les prirent et les enfouirent sous des pierres. »
Troisième assaut, et cette fois une baraita : une source tannaitique, qui peut réfuter un amora. Elle rappelle d'abord la règle — le loulav au commencement de la fête, l'aravah à sa fin — puis raconte un incident survenu au Temple.
Les Boethusiens sont, dit Rachi, des Sadducéens : ils n'admettent pas l'aravah, qui n'est pas explicitée dans la Torah. Leur sabotage est calculé. Ils ne détruisent pas les rameaux : ils les enfouissent sous des pierres, sachant que les Sages, fidèles à l'interdit de tiltoul le Chabbat, ne déplaceront pas ces pierres. L'obéissance même des Sages devient l'instrument de l'obstruction.
Tossefot relève un détail de droit : pour le loulav, on stipulait que celui qui recevait le loulav d'un autre le recevait en don, afin qu'il lui appartienne (michelakhem). Ici, rien de tel — parce que l'aravah est apportée par les émissaires du beit din et que nul n'en devient propriétaire avant le lendemain ; et parce que les cohanim, peu nombreux et zerizin, l'accomplissent.
« Le lendemain, les amei ha-arets (les gens du peuple, peu instruits) les remarquèrent, les dégagèrent de sous les pierres ; les cohanim les apportèrent et les dressèrent sur les côtés de l'autel. [Tout cela] parce que les Boethusiens n'admettent pas que le battage (hibbout) de l'aravah repousse le Chabbat. »
Le dénouement du récit passe par une ironie fine : ce sont les amei ha-arets qui sauvent la mitsva. Rachi le dit sans détour — ils n'étaient pas versés dans l'interdit de déplacer le Chabbat, mais « leur main était avec les Perouchim », les Sages. L'ignorance qui aurait dû les disqualifier permet ici que le rite ait lieu ; les Sages, eux, ne pouvaient rien faire.
Puis les cohanim prennent le relais : un Israélite n'entre pas entre le oulam et l'autel. Et Rachi tire de la formulation de la baraita toute la séquence du rite : puisqu'il est enseigné hibbout aravah — le battage —, on la prenait en main, on l'agitait, les cohanim faisaient le tour de l'autel à pied, et ensuite on la dressait.
La zekifah n'est donc pas niée : elle existe, mais comme dernière étape, après la netilah. C'est exactement ce qui manque à la thèse de Rav Yossef.
Il en ressort donc qu'elle se fait par la prise (netilah) ! — Réfutation concluante (teyouvta).
Deux mots, et la thèse tombe. Le terme teyouvta désigne la réfutation définitive : non pas une objection écartée, mais une position abandonnée. La baraita, source tannaitique, l'emporte sur l'hypothèse de l'amora.
Le mot décisif est hibbout, le battage. On ne bat pas un rameau contre le sol sans le tenir : l'aravah passe donc nécessairement par la main. La zekifah demeure comme phase finale du rite au Temple, mais elle n'en est pas l'essence.
Conséquence immédiate : la difficulté du segment 6, que Rav Yossef avait cru résoudre, revient intacte — et c'est par elle que le folio s'achève.
Mais alors, qu'ils repoussent [le Chabbat, en Terre d'Israël, aujourd'hui] ! — Dès lors que nous, nous ne repoussons pas, eux non plus ne repoussent pas. — Mais le premier jour de fête : pour nous il ne repousse pas [le Chabbat], et pour eux il le repousse !
La teyouvta rouvre la question laissée en suspens : puisque l'aravah est bien par netilah, et que la Terre d'Israël connaît le calendrier, pourquoi n'y repousse-t-elle pas le Chabbat au titre du zekher la-mikdach ?
Réponse proposée : une solidarité de pratique. Keivan de-anan la dahinan, inhou nami la dahou — puisque nous, en diaspora, ne repoussons pas (faute de certitude sur la kevia de-yarha), eux non plus ne repoussent pas. L'usage de l'aravah tiendrait d'un seul tenant, sans se scinder entre les deux pays.
L'objection tombe aussitôt : le premier jour de fête brise précisément cette symétrie. Chez nous, tombant un Chabbat, on ne prend pas le loulav ; en Terre d'Israël, ce même jour, on le prend. Nul ne songe à les aligner sur nous. La solidarité invoquée n'est donc pas un principe général — et le folio s'arrête sur cette difficulté, que 44a reprendra.
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).