Sukkah 44a — La arava du Mikdach : sept jours zekher le-mikdach, halakha le-Moche mi-Sinaï ou institution des prophètes ?

Sukkah 44a

Sougya : Le folio achève d'abord la discussion sur le loulav qui repousse le Chabbat : deux beraitot semblaient se contredire (on porte les loulavim au Har haBayit / à la synagogue), et la Guemara conclut que tout cela vise l'époque du Temple — au Mikdach d'un côté, dans les gvoulin (régions hors du Temple) de l'autre. Abaye pose alors la question centrale : pourquoi prend-on le loulav sept jours zekher le-mikdach (en souvenir du Temple) et pas la arava ?

Rava, par la bouche de Rav Zevid, propose deux formulations, dont seule la seconde tient : le loulav a un ikkar (une racine) dans la Torah, la arava n'en a aucun dans les gvoulin. La sougya bascule ensuite sur la arava du Mikdach : Rech Lakich autorise les cohanim ba'alei moumin à entrer entre le Oulam et le Mizbéah pour s'en acquitter, et Rabbi Yo'hanan conteste sur deux points — netila ou zekifa ? temimim ou ba'alei moumin ?

Enfin, la mahloket de fond : la arava est-elle yessod nevi'im (institution des prophètes) ou minhag nevi'im (simple coutume) — question dont dépend la berakha — et comment concilier cela avec la tradition de Rabbi Yo'hanan lui-même qui en fait une halakha le-Moche mi-Sinaï. Réponse : chekhahoum ve-hazrou ve-yissadoum, elles furent oubliées puis réinstituées.

Le fil du folio : du loulav le Chabbat au statut de la arava Cinq mouvements : clôture d'une contradiction, la question d'Abaye, deux réponses de Rava, le Mikdach, la mahloket de fond. Mouvement 1 (seg. 0-1) — Fin du débat : le loulav repousse-t-il le Chabbat ? Contradiction : une beraita dit qu'on porte les loulavim au Har haBayit, l'autre à la synagogue. Résolution retenue : les deux visent l'époque du Temple — au Mikdach / dans les gvoulin. Conséquence : aujourd'hui, ni en diaspora ni en Erets Israël le loulav ne repousse le Chabbat. Mouvement 2 (seg. 2) — La question d'Abaye à Rava Pourquoi le loulav sept jours zekher le-mikdach, et pas la arava ? Rava : on s'acquitte déjà par la arava liée au loulav. Abaye réfute : ce geste est fait au titre du loulav. Et personne ne soulève deux fois le loulav — la pratique quotidienne dément l'échappatoire. Mouvement 3 (seg. 3-5) — Rav Zevid au nom de Rava : deux formulations V1 : loulav de-oraita / arava de-rabbanan. Réfutée : selon Abba Chaoul la arava est de-oraita ; selon les Rabbanan elle est halakha le-Moche mi-Sinaï — dans les deux cas, pas de-rabbanan. V2 retenue : le loulav a un ikkar (racine) dans la Torah ; la arava n'en a aucun dans les gvoulin. Le zekher le-mikdach ne prolonge que ce qui possède déjà une assise écrite hors du Temple. Mouvement 4 (seg. 6-7) — La arava au Mikdach : qui entre entre le Oulam et le Mizbéah ? Rech Lakich : les cohanim ba'alei moumin y entrent pour s'acquitter de la arava. Rabbi Yo'hanan conteste deux présupposés : netila (prise en main) ou zekifa (dressage) ? Et : la halakha vise-t-elle les ba'alei moumin, ou seulement les temimim aptes au service ? Mouvement 5 (seg. 8-10) — Yessod nevi'im ou minhag nevi'im ? Rabbi Yo'hanan : yessod (institution). Mais il enseigne aussi : halakha le-Moche mi-Sinaï ! Rabbi Abbahou reste stupéfait, puis : chekhahoum ve-hazrou ve-yissadoum — oubliées, puis réinstituées. Dernière objection (seg. 10) : dilkhon amrei dilhon hi — résolution renvoyée au verso.
Vue d'ensemble : les cinq mouvements du folio, de la clôture du débat sur le Chabbat à la mahloket sur le statut de la arava.
Pourquoi le loulav sept jours zekher le-mikdach, et pas la arava ? Le critère retenu par Rav Zevid : posséder ou non un ikkar (une racine) dans la Torah, dans les gvoulin. Question : cette mitsva a-t-elle une assise écrite hors du Temple ? LOULAV — oui Le verset ordonne la prise au premier jour, partout, y compris dans les gvoulin. Il reste donc une racine (ikkar) même après la destruction du Temple. -> on prolonge à sept jours, zekher le-mikdach ARAVA — non Sa seule assise scripturaire (selon Abba Chaoul) ou sinaïtique (selon les Rabbanan) vise exclusivement l'autel du Mikdach. Hors du Temple : aucune racine du tout. -> pas de sept jours dans les gvoulin Formulation abandonnée (seg. 3-4) : loulav de-oraita / arava de-rabbanan Impossible : pour Abba Chaoul la arava du Mikdach est de-oraita (aravei nahal au pluriel = deux) ; pour les Rabbanan elle est halakha le-Moche mi-Sinaï. Dans les deux cas, elle n'est pas de-rabbanan. Ce que la arava conserve malgré tout Un jour au moins subsiste dans les gvoulin (le septième, Hocha'ana Rabba) — Rachi seg. 2, sur la base de Rabbi Elazar bar Tsadok, qui vivait après la destruction. Le débat ne porte que sur les sept jours.
Le critère du zekher le-mikdach : seul ce qui garde un ikkar dans la Torah hors du Temple est prolongé sept jours.
Quel est le statut de la arava ? Trois qualifications, une nafka mina Toute la fin du folio cherche à articuler ces trois étiquettes dans la bouche d'un seul homme : Rabbi Yo'hanan. Halakha le-Moche mi-Sinaï Rabbi Nehounya de la vallée de Beth Horetan, via Rabbi Yo'hanan : esser neti'ot, arava, nissoukh ha-mayim — tous trois de Sinaï. Force de Torah, pas de verset. Yessod nevi'im Takana des derniers prophètes : Haggai, Zekharia, Malakhi, parmi les Hommes de la Grande Assemblée. Rabbi Abbahou au nom de R. Yo'hanan. Institution obligatoire. Minhag nevi'im Ils ont fait pratiquer sans instituer formellement (Rachi seg. 8). Attribué à Rabbi Yehochoua ben Levi. Simple usage. NAFKA MINA (conséquence pratique) : la berakha Yessod / halakha de Sinaï -> on peut dire ve-tsivanou (Il nous a ordonné) : berakha. Minhag -> pas de ve-tsivanou, cela n'entre même pas dans lo tassour : pas de berakha (Rachi seg. 8). La contradiction interne à Rabbi Yo'hanan (seg. 9) et sa résolution Comment tenir à la fois Sinaï et prophètes ? Rabbi Abbahou : chekhahoum ve-hazrou ve-yissadoum — la halakha sinaïtique fut oubliée dans l'exil de Babel, puis les derniers prophètes la réinstituèrent. Tranche halakhique (Roch, seg. 8) : le peuple suit le Rif et Rabbenou Tam — minhag, donc sans berakha Précédent décisif : Rabbi Elazar bar Tsadok battait la arava sans réciter de bénédiction.
Les trois qualifications possibles de la arava, la nafka mina de la berakha, et la résolution par chekhahoum ve-hazrou ve-yissadoum.
1
אָמְרִי: לְדִידְהוּ נָמֵי לָא דָּחֵי. וְאֶלָּא קַשְׁיָא הָנֵי תַּרְתֵּי; דִּתְנָא חֲדָא: כָּל הָעָם מוֹלִיכִין אֶת לוּלְבֵיהֶן לְהַר הַבַּיִת, וְתַנְיָא אִידָךְ: לְבֵית הַכְּנֶסֶת, וּמְתָרְצִינַן: כָּאן — בִּזְמַן שֶׁבֵּית הַמִּקְדָּשׁ קַיָּים, כָּאן — בִּזְמַן שֶׁאֵין בֵּית הַמִּקְדָּשׁ קַיָּים.

Ils dirent : pour eux [les gens d'Erets Israël] non plus [le loulav] ne repousse pas [le Chabbat]. Mais alors, ces deux [enseignements] font difficulté !

Car on a enseigné d'une part : tout le peuple porte ses loulavim au Har haBayit (le mont du Temple) [la veille de Chabbat], et on a enseigné d'autre part : à la synagogue. Et nous avions résolu [la contradiction] ainsi : ici — au temps où le Temple existe ; là — au temps où le Temple n'existe pas.

📜 Rachi (1)
לְדִידְהוּ נָמֵי לָא דָּחֵי שֶׁלֹּא לַעֲשׂוֹת יִשְׂרָאֵל אֲגֻודּוֹת אֲגֻודּוֹת וְנִרְאֶה כִּשְׁתֵּי תּוֹרוֹת דִּלְדִידַן לָא דָּחֵי לוּלָב שַׁבָּת:
Pour eux non plus il ne repousse pas — afin de ne pas faire d'Israël des groupes séparés (agoudot agoudot), ce qui aurait l'air de deux Torot, puisque pour nous [en diaspora] le loulav ne repousse pas le Chabbat.
🗂️ Tossefot (1)
אָמְרִי לְדִידְהוּ נָמֵי לָא דָּחֵי. ל"ק מִידִי מִשּׁוֹפָר כִּדְפָרֵישְׁנָא לְעֵיל:
« Ils dirent : pour eux non plus il ne repousse pas. » Il n'y a aucune difficulté à tirer du chofar, comme nous l'avons expliqué plus haut.
💡 Explication

La Guemara achève la discussion ouverte plus haut : le loulav ne repousse le Chabbat nulle part, pas même en Erets Israël. Motif donné par Rachi : éviter que le peuple ne devienne agoudot agoudot (des groupes séparés), ce qui donnerait l'apparence de deux Torot.

Mais cette thèse se heurte à deux beraitot. La résolution classique — Temple debout contre Temple détruit — supposerait justement qu'après la destruction on prend encore le loulav le Chabbat, en le déposant à la synagogue. C'est exactement ce que la thèse nie.

🖼️ Schéma
Deux beraitot, deux lieux de dépôt des loulavim la veille de Chabbat Beraita A Tout le peuple porte ses loulavim au Har haBayit (mont du Temple). Beraita B On porte les loulavim à la synagogue. Résolution 1 (rejetée) : Temple debout / Temple détruit Elle impliquerait qu'après la destruction on prend encore le loulav le Chabbat (à la synagogue) — ce qui contredit la thèse que le loulav ne repousse pas le Chabbat, même en Erets Israël. Résolution 2 (retenue, seg. 1) : Mikdach / gvoulin — les deux au temps du Temple Au Mikdach : on dépose au Har haBayit. Dans les gvoulin d'Erets Israël : à la synagogue. Tous étaient alors proches du Beth Din et savaient quand le mois avait été fixé (Rachi). Aujourd'hui : le loulav ne repousse le Chabbat nulle part.
Les deux beraitot, la résolution rejetée et celle qui sera retenue au segment suivant.
2
לֹא, אִידִי וְאִידִי בִּזְמַן שֶׁבֵּית הַמִּקְדָּשׁ קַייָּם, וְלָא קַשְׁיָא: כָּאן — בַּמִּקְדָּשׁ, כָּאן — בַּגִּבּוּלִין.

Non : l'un et l'autre [enseignements portent] sur le temps où le Temple existe, et il n'y a pas de difficulté. Ici — au Mikdach ; là — dans les gvoulin (les régions d'Erets Israël hors du Temple).

📜 Rachi (1)
בְּגִבּוּלִין מוֹלִיכִין לְבֵית הַכְּנֶסֶת וְכוּלְּהוּ בִּזְמַן הַבַּיִת דְּהָווּ כֻּולְּהוּ בָּאָרֶץ וּסְמוּכִים לִהְיוֹת ב"ד וְיוֹדְעִים אֵימַת הֻוקְבַּע הַחֹדֶשׁ אֲבָל עַתָּה מִשֶּׁחָרַב בֵּית הַמִּקְדָּשׁ אֵין לוּלָב דּוֹחֶה שַׁבָּת אַפֵּי' לִבְנֵי א"י:
Dans les gvoulin — on les porte à la synagogue ; et tous ces enseignements visent le temps du Temple, où tous se trouvaient en Erets Israël, proches du Beth Din, et savaient quand le mois avait été fixé. Mais aujourd'hui, depuis la destruction du Temple, le loulav ne repousse pas le Chabbat, même pour les gens d'Erets Israël.
💡 Explication

La Guemara redécoupe la contradiction non plus dans le temps mais dans l'espace : les deux beraitot décrivent la même époque, celle du Temple, mais deux lieux différents. Au Mikdach, on dépose les loulavim au Har haBayit ; dans les gvoulin, à la synagogue.

Rachi ajoute le présupposé qui rend cela possible : tant que le Temple existait, tous vivaient en Erets Israël, proches du Beth Din, et savaient donc quand le mois avait été fixé — condition pour prendre le loulav le Chabbat. Depuis la destruction, cette condition tombe partout.

3
אֲמַר לֵיהּ אַבָּיֵי לְרָבָא: מַאי שְׁנָא לוּלָב דְּעָבְדִינַן לֵיהּ שִׁבְעָה זֵכֶר לַמִּקְדָּשׁ, וּמַאי שְׁנָא עֲרָבָה דְּלָא עָבְדִינַן לַהּ שִׁבְעָה זֵכֶר לַמִּקְדָּשׁ? אֲמַר לֵיהּ: הוֹאִיל וְאָדָם יוֹצֵא יְדֵי חוֹבָתוֹ בָּעֲרָבָה שֶׁבַּלּוּלָב. אֲמַר לֵיהּ: הָהוּא מִשּׁוּם לוּלָב הוּא דְּקָא עָבֵיד לַיהּ. וְכִי תֵּימָא דְּקָא מַגְבַּהּ לַיהּ וַהֲדַר מַגְבַּהּ לַיהּ, וְהָא מַעֲשִׂים בְּכָל יוֹם דְּלָא קָא עָבְדִינַן הָכִי!

Abaye dit à Rava : quelle différence y a-t-il entre le loulav, dont nous accomplissons [la mitsva] sept jours en souvenir du Temple (zekher le-mikdach), et la arava (le saule), dont nous n'accomplissons pas [la mitsva] sept jours en souvenir du Temple ? Il lui répondit : puisque l'homme s'acquitte de son obligation par la arava qui se trouve dans le loulav.

Il lui dit : celle-là, c'est au titre du loulav qu'il l'accomplit ! Et si tu disais qu'il la soulève [une fois] puis la soulève à nouveau [au titre de la arava] — mais les actes de chaque jour [prouvent] que nous ne faisons pas ainsi !

📜 Rachi (1)
דְּלָא עָבְדִינַן לַהּ שִׁבְעָה אֲבָל יוֹם אֶחָד מִיהָא עָבְדִינַן כִּדְאָמְרִינַן לְקַמָּן (עַמּוּד ב) בר"א בַּר צָדוֹק וְהוּא הָיָה לְאַחַר חֻורְבָּן שֶׁהָיָה ר' צָדוֹק אָבִיו בִּימֵי רַ' יוֹחָנָן בֶּן זַכַּאי וּבִימֵי ר"א וְר' יְהוֹשֻׁעַ ור"ג הָיָה כִּדְאָמְרִינַן בִּבְכוֹרוֹת (ד' לו.) כְּלוּם חִלַּקְנוּ בֵּין חָבֵר לְעַם הָאָרֶץ וְהוּא הָיָה הַשּׁוֹאֵל:
Dont nous n'accomplissons pas sept jours — mais un jour au moins nous l'accomplissons, comme on le dira plus bas (verso) au sujet de Rabbi Elazar bar Tsadok. Et celui-ci vivait après la destruction, car son père Rabbi Tsadok était du temps de Rabban Yo'hanan ben Zakkai, et lui-même vivait du temps de Rabbi Eliezer, de Rabbi Yehochoua et de Rabban Gamliel, comme on le dit dans Bekhorot (36a) : « Avons-nous jamais fait de distinction entre un haver et un am ha-arets ? » — c'est lui qui posait la question.
⚖️ Rosh (1)
נִפְרְצוּ עָלָיו בְּרוֹב עָלִין אַייְרֵי כִּדְאִיתָא בַּתּוֹסֶפְתָּא ופרש"י שֶׁנִּפְרְצוּ מִן הַשִּׁדְרָה וְאֵינוֹ מְחֻובָּר אֶלָּא ע"י אֲגֻודָּה. מַשְׁמַע שֶׁרָצָה לוֹמַר שֶׁנִּתְלְשׁוּ לְגַמְרֵי מִן הַשִּׁדְרָה וְלֹא מַשְׁמַע כֵּן בַּגְּמָרָא דִּמְפָרֵשׁ נִפְרְצוּ דְּעָבֵיד כִּי חֻופְיָא וְהֶעָלִין שֶׁנִּתְלְשׁוּ מִן הַשִּׁדְרָה הוּצִין מִקְּרוּ כִּדְאָמַר לְקַמָּן (סֻוכָּה דַּף לז:) אָמַר רָבָא לָא לִיגּוֹז אִינִישׁ לוּלַבָּא בְּהוֹשַׁעְנָא דְּנָתְרִי הוּצִין וְהָוֵי חֲצִיצָה כְּלוֹמַר אִם הוּא אָרֹוךְ יוֹתֵר מִדַּאי מִן הָעֲרָבָה וּבָא לְקָוצְצוֹ מִתַּחַת לֹא יִקְצְצוּ כְּשֶׁהוּא בַּאֲגֻודָּה דְּהוּצִין הַנִּתְלָשִׁין מִן הַשִּׁדְרָה הָוֵי חֲצִיצָה אַלְמָא עָלִין הַנִּתְלָשִׁין מִקְּרוּ הוּצִין וּמֵהוּצִין עוֹשִׂין חֻופְיָא כִּדְאִיתָא פֶּרֶק הַגּוֹזֵל קַמָּא (בָּבָא קַמָּא דַּף צו.) הַאי מַאן דִּגְזַל לוּלִיבָּא וְעַבְדִינְהוּ הוּצֵי קָנֵי מֵעִיקָּרָא לוּלִיבָּא וְהַשְׁתָּא הוּצֵי הוּצֵי וְעַבְדִינְהוּ חֻופְיָא קָנֵי מֵעִיקָּרָא הוּצֵי וְהַשְׁתָּא חֻופְיָא וְהַיְינוּ שֶׁחִילֵּק כָּל עָלֶה לִשְׁנַיִם בְּמָקוֹם שֶׁהוּא כָּפוּל מִגַּבּוֹ וְאָז נִקְרָא חֻופְיָא וְעוֹשִׂין מֵהֶן מַכְבְּדוֹת הַייְנוּ נִפְרְצוּ עָלָיו דְּהָכָא שֶׁנִּפְרַץ רֹאשׁ כָּל עָלֶה וְעָלֶה מִגַּבּוֹ בְּרוֹב עָלָיו שֶׁבַּלּוּלָב: גְּמ' מַתְנִיתִין לוּלָב הַגָּזוּל וְהַיָּבֵשׁ. קָא פָסֵיק וְתָנֵי ל"ש ביו"ט רִאשׁוֹן כוּ' בִּשְׁלָמָא יָבֵשׁ בָּעֵינַן הָדָר וְלֵיכָּא אֶלָּא גָּזוּל בִּשְׁלָמָא ביו"ט רִאשׁוֹן וּלְקַחְתֶּם לָכֶם מִשֶּׁלָּכֶם אֲמַר רַחֲמָנָא וְהַאי לָאו דִּידֵיהּ הוּא אֶלָּא ביו"ט שֵׁנִי אַמַּאי לָא מַשְׁמַע דִּפְשִׁיטָא לֵיהּ דְּבָעֵינַן הָדַר לְכֻולֵּי יוֹמֵי אֲבָל לָכֶם מִשֶּׁלָּכֶם לָא בָּעֵינַן בִּשְׁאָר יָמִים וְכֵן וּלְקַחְתֶּם דְּדָרְשִׁינַן מִינֵּיהּ דְּבָעֵי לְקִיחָה תַּמָּה לָא מִיפְּסִיל אֶלָּא ביו"ט רִאשׁוֹן כִּדְאָמַר בְּפִרְקִין דַּף לוֹ: רַבִּי חֲנִינָא מְטַבֵּל בֵּיהּ וְנָפֵיק בֵּיהּ ביו"ט שֵׁנִי וְתֵימַהּ מַאי שְׁנָא זֶה מִזֶּה הָא כֻּולְּהוּ בַּהֲדֵי הֲדָדֵי כְּתִיבִי בְּחַד קְרָא וּלְקַחְתֶּם לָכֶם בַּיּוֹם הָרִאשׁוֹן פְּרִי עֵץ הָדָר וְאִי מִשּׁוּם דְּמַשְׁמַע דְּהָנָךְ דִּכְתִיבִי מִקַּמֵּי יוֹם רִאשׁוֹן דַּוְקָא עָלֶיהָ קָיְימִי וְלֹא רָצוּ לְתַקֵּן שֶׁיְּהוּ נוֹהֲגִים בִּשְׁאָר הַיָּמִים אֲבָל הָדָר דִּכְתִיב בָּתְרֵיהּ תִּיקּוּן בְּכָל הַיָּמִים. אַכַּתִּי קָשֶׁה דְּהָא מִן וּלְקַחְתֶּם לָכֶם דָּרְשִׁינַן בְּהַקּוֹמֵץ רַבָּה דַּף כז. וּלְקַמָּן בְּפִירְקִין (סֻוכָּה דַּף לד.) דְּאַרְבָּעָה מִינִין שֶׁבַּלּוּלָב מְעַכְּבִין זֶה אֶת זֶה דְּבָעֵינַן לְקִיחָה תַּמָּה. וּבְשִׁלְהֵי פִּירְקִין דַּף מא: וּבְרֵישׁ לוּלָב וַעֲרָבָה (סֻוכָּה דַּף מג.) דָּרְשִׁינַן נַמֵּי מִדִּכְתִיב וּלְקַחְתֶּם לְשׁוֹן רַבִּים שֶׁתְּהֵא לְקִיחָה לְכָל אֶחָד וְאֶחָד מִדְּלָא כְּתִיב וְלָקַחְתָּ לְשׁוֹן יָחִיד כִּי הֵיכִי דְּדָרְשִׁינַן בְּפֶרֶק רַבִּי יִשְׁמָעֵאל (מְנָחוֹת דַּף סה:) סְפִירָה לְכָל אֶחָד וְאֶחָד מִדִּכְתִיב וּסְפַרְתֶּם וא"כ בִּשְׁאָר הַיָּמִים תִּיסְגֵּי בְּמִין אֶחָד וּבִלְקִיחָה לְאֶחָד בִּשְׁבִיל כֻּולָּם הִלְכָּךְ נִרְאֶה דְּהַייְנוּ טַעְמָא מִשּׁוּם דְּיוֹם רִאשׁוֹן דְּאוֹרָייְתָא בַּגִּבּוּלִין וּשְׁאָר הַיָּמִים דְּרַבָּנָן זֵכֶר לַמִּקְדָּשׁ כִּדְאִיתָא בְּרֵישׁ לוּלָב וַעֲרָבָה (סֻוכָּה דַּף מד.) הִלְכָּךְ בְּעִיקַּר הַלְּקִיחָה כְּגוֹן ד' מִינִים בַּלּוּלָב וּלְקִיחָה לְכָל אֶחָד וְאֶחָד תִּיקּוּן גַּם בִּשְׁאָר יָמִים כְּעֵין דְּאוֹרָייְתָא וְכֵן בְּהָדָר מִשּׁוּם הִדּוּר מִצְוָה אֲבָל בְּחָסֵר לֹא תִּיקּוּן וְלֹא בְּשָׁאוּל. וּבְגָזוּל פְּלִיגִי בִּשְׁמַעְתִּין רַבִּי שִׁמְעוֹן בֶּן יוֹחַי סָבַר דְּתִיקּוּן מִשּׁוּם דְּהָוֵי מִצְוָה הַבָּאָה בַּעֲבֵירָה וּשְׁמוּאֵל סָבַר כֵּיוָן שֶׁהוּא מִדְּרַבָּנָן לָא חֲשִׁיב מִצְוָה הַבָּאָה בַּעֲבֵירָה. וְהָרַב אַלְפָסִי זַ"ל שֶׁלֹּא הֵבִיא אֶלָּא הַמִּשְׁנָה כְּצוּרָתָהּ וְלֹא הֵבִיא פְּלֻוגְתָּא דְּאָמוֹרָאֵי דִּפְלִיגִי בְּגָזוּל מִכְּלָל דִּסְבִירָא לֵיהּ כִּסְתָמָא דִּגְמָרָא דְּאָמַר קָפָסֵיק וְתָנֵי לָא שְׁנָא ביו"ט רִאשׁוֹן וְלָא שְׁנָא ביו"ט שֵׁנִי וּפְסִיל לֵיהּ מִשּׁוּם מִצְוָה הַבָּאָה בַּעֲבֵירָה. ואע"ג דִּקְרָא גַּבֵּי קָרְבָּן כְּתִיב ה"ה בְּכָל מִצְוָה כִּדְמוֹכַח בְּרֵישׁ הַגּוֹזֵל קַמָּא (בָּבָא קַמָּא דַּף צַד.) דְּקָאָמַר הֲרֵי שֶׁגָּזַל סְאָה שֶׁל חִטִּין וּטְחָנָהּ וַאֲפָאָהּ וְהִפְרִישׁ מִמֶּנָּה חַלָּה אֵין זֶה מְבָרֵךְ אֶלָּא מְנָאֵץ וְלֹא כִּשְׁמוּאֵל דְּסָבַר דְּלָא אָמְרִינַן הָכִי אֶלָּא בְּמִצְוָה שֶׁהִיא מִדְּאוֹרַיְיתָּא וְלֹא. מִיסְתַּבֵּר טַעְמֵיהּ דְּכֵיוָן דִּמְבָרֵךְ וּמַזְכִּיר שֵׁם שָׁמַיִם מְנָאֵץ הוּא בְּמִילֵּי דְּרַבָּנָן כְּמוֹ בְּמִילֵּי דְּאוֹרָייְתָא וְעוֹד דְּרַב נַחְמָן בַּר יִצְחָק דְּהוּא בָּתְרָא פָּרִיךְ לִשְׁמוּאֵל מִמַּתְנִיתִין ואע"ג דְּדָחֵי לֵיהּ לָא סָמְכִינַן אַשִּׁינּוּיָא דְּחִיקָא וְכֵן פָּסַק בה"ג וְרַב פַּלְטוֹיִיא גָּאוֹן נִמְצָא שֶׁאֵין חִילּוּק בֵּין יו"ט רִאשׁוֹן לְכָל שְׁאָר הַיָּמִים אֶלָּא בְּחָסֵר כִּדְאָמַר לְקַמָּן רַבִּי חֲנִינָא מְטַבֵּל וּנְפַק בֵּיהּ וְכֵן שָׁאוּל אֲבָל כָּל שְׁאָר הַפְּסוּלִים נוֹהֲגִים בְּכָל הַיָּמִים ויו"ט שֵׁנִי דִּידַן הוּא כַּיּוֹם הָרִאשׁוֹן דִּסְפֵיקָא הוּא וְרָאִיתִי דֵּעוֹת אֲחֵרוֹת לַפּוֹסְקִים וְנִלְאֵיתִי לְכוֹתְבָם כִּי לֹא יָשְׁרוּ בְּעֵינַי וְכַאֲשֶׁר כָּתַבְתִּי כָּךְ עִיקָּר:
« Si ses feuilles ont été détachées (nifretsou alav) » — il s'agit de la majorité des feuilles, comme il ressort de la Tossefta. Rachi explique qu'elles ont été arrachées de l'échine (chidra) et ne tiennent plus que par le lien : cela laisse entendre qu'elles se seraient complètement détachées de l'échine. Mais ce n'est pas ce qui ressort de la Guemara, qui explique nifretsou par « il ressemble à un balai (hofya) ». Les feuilles arrachées de l'échine s'appellent hotsin, comme on le dit plus loin (Soukka 37b) : Rava a dit qu'on ne doit pas tailler le loulav dans le bouquet de hocha'ana, car des hotsin s'en détachent et cela crée une hatsitsa (interposition) — c'est-à-dire que s'il dépasse trop la arava et qu'on veut le couper par le bas, on ne le coupera pas alors qu'il est déjà lié, car les hotsin arrachés de l'échine font hatsitsa. Preuve que les feuilles arrachées s'appellent hotsin. Et des hotsin on fait un hofya, comme il est dit au chapitre ha-Gozel Kama (Bava Kama 96a) : celui qui vole un loulav et en fait des hotsin l'acquiert — au départ c'était un loulav, maintenant ce sont des hotsin ; [celui qui prend] des hotsin et en fait un hofya l'acquiert — au départ c'étaient des hotsin, maintenant c'est un hofya. C'est-à-dire qu'il a fendu chaque feuille en deux à l'endroit où elle est pliée sur son dos : on l'appelle alors hofya, et l'on en fait des balais. Tel est le sens de nifretsou alav ici : la tête de chaque feuille a été fendue par le dos, sur la majorité des feuilles du loulav. GUEMARA. Michna : « un loulav volé ou desséché ». La Michna énonce sans distinguer : ni le premier jour de fête ni les autres. Soit, pour le desséché : on exige hadar (la beauté) et il n'y en a pas. Mais pour le volé : le premier jour, soit, car « oulekahtem lakhem » — la Torah a dit « à vous », de votre propriété, et celui-ci n'est pas à lui ; mais le second jour, pourquoi serait-il invalide ? Cela montre qu'il tenait pour évident que l'on exige hadar tous les jours, mais que « lakhem », la propriété, n'est pas exigé les autres jours. De même « oulekahtem », dont on déduit qu'il faut une prise complète (lekiha tama), n'invalide que le premier jour, comme il est dit dans notre chapitre (36b) : Rabbi Hanina y trempait [son etrog] et s'en acquittait le second jour. Et c'est étonnant : quelle différence entre l'un et l'autre, puisque tout est écrit ensemble dans un seul verset — « Vous prendrez pour vous, au premier jour, un fruit de l'arbre hadar » ? Et si l'on répond que ce qui est écrit avant « yom ha-richon » ne vise que ce jour-là, et que l'on n'a pas voulu l'instituer pour les autres jours, tandis que hadar, écrit après, a été institué pour tous les jours — cela reste difficile, car de « oulekahtem lakhem » on déduit dans ha-Kometz Rabba (Menahot 27a) et plus loin dans notre chapitre (Soukka 34b) que les quatre espèces du loulav se rendent mutuellement indispensables (me'akvot), puisqu'il faut une lekiha tama. Et à la fin de notre chapitre (41b) ainsi qu'au début de Loulav va-Arava (43a) on déduit également de « oulekahtem » au pluriel qu'il faut une prise pour chacun, puisqu'il n'est pas écrit « oulekahta » au singulier — de même qu'on déduit au chapitre Rabbi Yichmael (Menahot 65b) que le compte du Omer incombe à chacun, de « ousfartem ». Or, s'il en était ainsi, les autres jours il suffirait d'une seule espèce et d'une prise faite par un seul pour tous. Il faut donc dire que la raison est celle-ci : le premier jour est de-oraita dans les gvoulin, et les autres jours sont de-rabbanan, zekher le-mikdach, comme il est dit au début de Loulav va-Arava (Soukka 44a). C'est pourquoi, pour l'essentiel de la prise — les quatre espèces du loulav et une prise pour chacun — on a institué la même chose les autres jours, à l'image de la loi de la Torah ; de même pour hadar, au titre du hidour mitsva (embellissement de la mitsva). Mais pour un loulav incomplet (haser) on n'a rien institué, ni pour un loulav emprunté (cha'oul). Quant au volé, les Amoraim en discutent dans notre sougya : Rabbi Chim'on ben Yohai tient qu'on l'a institué [aussi les autres jours], parce que c'est une mitsva ha-ba'a be-avéra (une mitsva accomplie par une transgression) ; Chmouel tient que, puisqu'il s'agit d'une obligation de-rabbanan, cela ne compte pas comme mitsva ha-ba'a be-avéra. Et le Rav Alfassi (Rif), qui n'a rapporté que la Michna telle quelle sans rapporter la controverse des Amoraim sur le volé, montre par là qu'il tient comme la position anonyme de la Guemara qui dit « elle énonce sans distinguer, ni le premier jour ni le second », et l'invalide au titre de mitsva ha-ba'a be-avéra. Et bien que le verset source soit écrit à propos d'un korban, il en va de même pour toute mitsva, comme le prouve le début de ha-Gozel Kama (Bava Kama 94a) où il est dit : celui qui a volé une mesure de blé, l'a moulue, cuite et en a prélevé la halla, celui-là ne bénit pas, il blasphème. Et non comme Chmouel, qui tient qu'on ne dit cela que pour une mitsva de-oraita — son raisonnement ne paraît pas convaincant : dès lors qu'il bénit et mentionne le Nom divin, il blasphème dans les affaires de-rabbanan comme dans celles de-oraita. De plus, Rav Nahman bar Yits'hak, qui est postérieur, objecte à Chmouel à partir de notre Michna, et bien qu'il repousse l'objection, on ne s'appuie pas sur une réponse forcée. Ainsi ont tranché les Halakhot Gedolot et Rav Paltoï Gaon. Il en ressort qu'il n'y a de distinction entre le premier jour et les autres jours que pour le loulav haser — comme il est dit plus loin, Rabbi Hanina y trempait et s'en acquittait — ainsi que pour l'emprunté ; mais tous les autres cas d'invalidité valent pour tous les jours. Et notre second jour de fête [en diaspora] est comme le premier, car il relève du doute. J'ai vu d'autres opinions chez les décisionnaires et j'ai renoncé à les rapporter, car elles ne m'ont pas paru justes ; ce que j'ai écrit est l'essentiel.
💡 Explication

Le cœur du folio. Après la destruction, les Sages ont institué de prendre le loulav sept jours partout, zekher le-mikdach (en souvenir du Temple), alors que la Torah n'en impose qu'un seul hors du Temple. Pourquoi n'a-t-on pas fait de même pour la arava, qui se pratiquait sept jours au Mikdach ?

Rava répond que le souvenir est déjà assuré : la arava est liée au loulav, on la prend donc de toute façon. Abaye réfute par deux angles. D'abord la ma'hchava (l'intention) : ce geste est accompli au titre du loulav, pas de la arava. Ensuite la pratique : nul ne soulève le loulav une seconde fois pour viser la arava.

Rachi précise un point décisif pour la suite : un jour de arava subsiste bien dans les gvoulin — le débat ne porte que sur les sept jours.

🖼️ Schéma
Abaye contre Rava : l'échange en trois coups 1. ABAYE demande Mai chena ? Pourquoi le loulav sept jours zekher le-mikdach, et pas la arava ? 2. RAVA répond Inutile : on s'acquitte déjà de la arava par celle qui est liée au loulav. 3a. ABAYE réfute — l'intention Ce geste est accompli au titre du loulav, non de la arava. La ma'hchava (intention) ne vise pas la arava. 3b. ABAYE réfute — la pratique Et si l'on répond qu'il soulève deux fois (une fois pour chaque mitsva) : les gestes quotidiens montrent qu'on ne fait pas ainsi. La réponse de Rava tombe -> il faut un autre critère (seg. 3 et 5) Rachi précise : un jour de arava subsiste bien dans les gvoulin ; le débat ne porte que sur les sept.
L'échange Abaye / Rava en trois coups : la question, la réponse, la double réfutation.
4
אָמַר רַב זְבִיד מִשְּׁמֵיהּ דְּרָבָא: לוּלָב דְּאוֹרָייְתָא — עָבְדִינַן שִׁבְעָה זֵכֶר לַמִּקְדָּשׁ, עֲרָבָה דְּרַבָּנָן — לָא עָבְדִינַן לַהּ שִׁבְעָה זֵכֶר לַמִּקְדָּשׁ.

Rav Zevid dit au nom de Rava : le loulav, qui est de-oraita (de la Torah) — nous accomplissons sept jours en souvenir du Temple ; la arava, qui est de-rabbanan (rabbinique) — nous n'accomplissons pas sept jours en souvenir du Temple.

💡 Explication

Première formulation du critère : le zekher le-mikdach ne prolonge que ce qui possède une force de-oraita. Le loulav est ordonné par un verset ; la arava du Mikdach ne serait qu'une institution rabbinique, donc indigne d'un rappel de sept jours.

Cette version sera immédiatement démontée au segment suivant : aucune des deux positions connues ne qualifie la arava de de-rabbanan.

5
לְמָאֵן? אִילֵּימָא אַבָּא שָׁאוּל, הָאָמַר ״עַרְבֵי נַחַל״ כְּתִיב — שְׁתַּיִם, אַחַת לַלּוּלָב וְאַחַת לַמִּקְדָּשׁ. אִי לְרַבָּנָן, הִלְכְתָא גְּמִירִי לָהּ, דְּאָמַר רַבִּי אַסִּי אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן מִשּׁוּם רַבִּי נְחוּנְיָא אִישׁ בִּקְעַת בֵּית חוֹרְתָן: עֶשֶׂר נְטִיעוֹת, עֲרָבָה, וְנִיסּוּךְ הַמַּיִם — הֲלָכָה לְמֹשֶׁה מִסִּינַי.

Selon qui ? Si l'on dit : selon Abba Chaoul — n'a-t-il pas dit qu'il est écrit « aravei nahal » (les saules du torrent) [au pluriel], donc deux : une pour le loulav et une pour le Mikdach ?

Et si c'est selon les Rabbanan — ils l'ont reçue comme halakha [transmise de Sinaï], car Rabbi Assi a dit au nom de Rabbi Yo'hanan, au nom de Rabbi Nehounya de la vallée de Beth Horetan : les dix jeunes plants (esser neti'ot), la arava et la libation d'eau (nissoukh ha-mayim) — halakha le-Moche mi-Sinaï.

📜 Rachi (1)
לְמָאֵן אַלִּיבָּא דְּמַאן קָאָמַר עֲרָבָה דְּרַבָּנָן:
Selon qui — selon l'avis de qui dit-il que la arava est de-rabbanan ?
💡 Explication

La tenaille. Abba Chaoul lit le pluriel aravei nahal comme visant deux saules distincts : l'un pour le bouquet, l'autre pour l'autel — la arava du Mikdach est donc de-oraita. Les Rabbanan, eux, la rangent parmi les trois traditions non écrites transmises depuis Sinaï : esser neti'ot, arava, nissoukh ha-mayim.

Point technique essentiel : une halakha le-Moche mi-Sinaï a force de Torah bien qu'elle ne s'appuie sur aucun verset. Dans les deux lectures, la arava n'est donc jamais de-rabbanan, et la première version de Rav Zevid s'effondre.

🖼️ Schéma
Le-man ? La tenaille qui détruit la première version de Rav Zevid Rav Zevid a dit : la arava est de-rabbanan. Mais aucune des deux positions connues ne le soutient. ABBA CHAOUL Le verset écrit aravei nahal au pluriel : deux saules — un pour le loulav, un pour l'autel du Mikdach. -> la arava est DE-ORAÏTA LES RABBANAN Rabbi Nehounya de la vallée de Beth Horetan : esser neti'ot, arava, nissoukh ha-mayim. -> HALAKHA LE-MOCHÉ MI-SINAÏ Dans les deux cas : la arava n'est PAS de-rabbanan La formulation de-oraita / de-rabbanan est donc intenable. Il faut la remplacer par une distinction géographique : ce qui garde un ikkar dans la Torah DANS LES GVOULIN (seg. 5). Une halakha le-Moche mi-Sinaï a force de Torah, même sans verset — d'où l'échec de la V1.
La tenaille : ni Abba Chaoul ni les Rabbanan ne tiennent la arava pour de-rabbanan.
6
אֶלָּא, אָמַר רַב זְבִיד מִשְּׁמֵיהּ דְּרָבָא: לוּלָב דְּאִית לֵיהּ עִיקָּר מִן הַתּוֹרָה, — בַּגְּבוּלִין עָבְדִינַן לֵיהּ שִׁבְעָה זֵכֶר לַמִּקְדָּשׁ, עֲרָבָה דְּלֵית לַהּ עִיקָּר מִן הַתּוֹרָה — בַּגְּבוּלִין לָא עָבְדִינַן שִׁבְעָה זֵכֶר לַמִּקְדָּשׁ.

Plutôt, Rav Zevid dit au nom de Rava : le loulav, qui a un ikkar (une racine) dans la Torah — dans les gvoulin nous l'accomplissons sept jours en souvenir du Temple ; la arava, qui n'a pas de racine dans la Torah — dans les gvoulin nous n'accomplissons pas sept jours en souvenir du Temple.

📜 Rachi (1)
עִיקָּר יוֹם אֶחָד מִיהָא יֵשׁ לוֹ שֹׁורֶשׁ אֲבָל עֲרָבָה אֵין לָהּ שׁוּם שֹׁורֶשׁ מִן הַתּוֹרָה בַּגִּבּוּלִין:
Une racine — au moins pour un jour il possède un fondement [dans la Torah] ; tandis que la arava n'a aucun fondement issu de la Torah dans les gvoulin.
⚖️ Rosh (1)
נִפְרְצוּ עָלָיו בְּרוֹב עָלִין אַייְרֵי כִּדְאִיתָא בַּתּוֹסֶפְתָּא ופרש"י שֶׁנִּפְרְצוּ מִן הַשִּׁדְרָה וְאֵינוֹ מְחֻובָּר אֶלָּא ע"י אֲגֻודָּה. מַשְׁמַע שֶׁרָצָה לוֹמַר שֶׁנִּתְלְשׁוּ לְגַמְרֵי מִן הַשִּׁדְרָה וְלֹא מַשְׁמַע כֵּן בַּגְּמָרָא דִּמְפָרֵשׁ נִפְרְצוּ דְּעָבֵיד כִּי חֻופְיָא וְהֶעָלִין שֶׁנִּתְלְשׁוּ מִן הַשִּׁדְרָה הוּצִין מִקְּרוּ כִּדְאָמַר לְקַמָּן (סֻוכָּה דַּף לז:) אָמַר רָבָא לָא לִיגּוֹז אִינִישׁ לוּלַבָּא בְּהוֹשַׁעְנָא דְּנָתְרִי הוּצִין וְהָוֵי חֲצִיצָה כְּלוֹמַר אִם הוּא אָרֹוךְ יוֹתֵר מִדַּאי מִן הָעֲרָבָה וּבָא לְקָוצְצוֹ מִתַּחַת לֹא יִקְצְצוּ כְּשֶׁהוּא בַּאֲגֻודָּה דְּהוּצִין הַנִּתְלָשִׁין מִן הַשִּׁדְרָה הָוֵי חֲצִיצָה אַלְמָא עָלִין הַנִּתְלָשִׁין מִקְּרוּ הוּצִין וּמֵהוּצִין עוֹשִׂין חֻופְיָא כִּדְאִיתָא פֶּרֶק הַגּוֹזֵל קַמָּא (בָּבָא קַמָּא דַּף צו.) הַאי מַאן דִּגְזַל לוּלִיבָּא וְעַבְדִינְהוּ הוּצֵי קָנֵי מֵעִיקָּרָא לוּלִיבָּא וְהַשְׁתָּא הוּצֵי הוּצֵי וְעַבְדִינְהוּ חֻופְיָא קָנֵי מֵעִיקָּרָא הוּצֵי וְהַשְׁתָּא חֻופְיָא וְהַיְינוּ שֶׁחִילֵּק כָּל עָלֶה לִשְׁנַיִם בְּמָקוֹם שֶׁהוּא כָּפוּל מִגַּבּוֹ וְאָז נִקְרָא חֻופְיָא וְעוֹשִׂין מֵהֶן מַכְבְּדוֹת הַייְנוּ נִפְרְצוּ עָלָיו דְּהָכָא שֶׁנִּפְרַץ רֹאשׁ כָּל עָלֶה וְעָלֶה מִגַּבּוֹ בְּרוֹב עָלָיו שֶׁבַּלּוּלָב: גְּמ' מַתְנִיתִין לוּלָב הַגָּזוּל וְהַיָּבֵשׁ. קָא פָסֵיק וְתָנֵי ל"ש ביו"ט רִאשׁוֹן כוּ' בִּשְׁלָמָא יָבֵשׁ בָּעֵינַן הָדָר וְלֵיכָּא אֶלָּא גָּזוּל בִּשְׁלָמָא ביו"ט רִאשׁוֹן וּלְקַחְתֶּם לָכֶם מִשֶּׁלָּכֶם אֲמַר רַחֲמָנָא וְהַאי לָאו דִּידֵיהּ הוּא אֶלָּא ביו"ט שֵׁנִי אַמַּאי לָא מַשְׁמַע דִּפְשִׁיטָא לֵיהּ דְּבָעֵינַן הָדַר לְכֻולֵּי יוֹמֵי אֲבָל לָכֶם מִשֶּׁלָּכֶם לָא בָּעֵינַן בִּשְׁאָר יָמִים וְכֵן וּלְקַחְתֶּם דְּדָרְשִׁינַן מִינֵּיהּ דְּבָעֵי לְקִיחָה תַּמָּה לָא מִיפְּסִיל אֶלָּא ביו"ט רִאשׁוֹן כִּדְאָמַר בְּפִרְקִין דַּף לוֹ: רַבִּי חֲנִינָא מְטַבֵּל בֵּיהּ וְנָפֵיק בֵּיהּ ביו"ט שֵׁנִי וְתֵימַהּ מַאי שְׁנָא זֶה מִזֶּה הָא כֻּולְּהוּ בַּהֲדֵי הֲדָדֵי כְּתִיבִי בְּחַד קְרָא וּלְקַחְתֶּם לָכֶם בַּיּוֹם הָרִאשׁוֹן פְּרִי עֵץ הָדָר וְאִי מִשּׁוּם דְּמַשְׁמַע דְּהָנָךְ דִּכְתִיבִי מִקַּמֵּי יוֹם רִאשׁוֹן דַּוְקָא עָלֶיהָ קָיְימִי וְלֹא רָצוּ לְתַקֵּן שֶׁיְּהוּ נוֹהֲגִים בִּשְׁאָר הַיָּמִים אֲבָל הָדָר דִּכְתִיב בָּתְרֵיהּ תִּיקּוּן בְּכָל הַיָּמִים. אַכַּתִּי קָשֶׁה דְּהָא מִן וּלְקַחְתֶּם לָכֶם דָּרְשִׁינַן בְּהַקּוֹמֵץ רַבָּה דַּף כז. וּלְקַמָּן בְּפִירְקִין (סֻוכָּה דַּף לד.) דְּאַרְבָּעָה מִינִין שֶׁבַּלּוּלָב מְעַכְּבִין זֶה אֶת זֶה דְּבָעֵינַן לְקִיחָה תַּמָּה. וּבְשִׁלְהֵי פִּירְקִין דַּף מא: וּבְרֵישׁ לוּלָב וַעֲרָבָה (סֻוכָּה דַּף מג.) דָּרְשִׁינַן נַמֵּי מִדִּכְתִיב וּלְקַחְתֶּם לְשׁוֹן רַבִּים שֶׁתְּהֵא לְקִיחָה לְכָל אֶחָד וְאֶחָד מִדְּלָא כְּתִיב וְלָקַחְתָּ לְשׁוֹן יָחִיד כִּי הֵיכִי דְּדָרְשִׁינַן בְּפֶרֶק רַבִּי יִשְׁמָעֵאל (מְנָחוֹת דַּף סה:) סְפִירָה לְכָל אֶחָד וְאֶחָד מִדִּכְתִיב וּסְפַרְתֶּם וא"כ בִּשְׁאָר הַיָּמִים תִּיסְגֵּי בְּמִין אֶחָד וּבִלְקִיחָה לְאֶחָד בִּשְׁבִיל כֻּולָּם הִלְכָּךְ נִרְאֶה דְּהַייְנוּ טַעְמָא מִשּׁוּם דְּיוֹם רִאשׁוֹן דְּאוֹרָייְתָא בַּגִּבּוּלִין וּשְׁאָר הַיָּמִים דְּרַבָּנָן זֵכֶר לַמִּקְדָּשׁ כִּדְאִיתָא בְּרֵישׁ לוּלָב וַעֲרָבָה (סֻוכָּה דַּף מד.) הִלְכָּךְ בְּעִיקַּר הַלְּקִיחָה כְּגוֹן ד' מִינִים בַּלּוּלָב וּלְקִיחָה לְכָל אֶחָד וְאֶחָד תִּיקּוּן גַּם בִּשְׁאָר יָמִים כְּעֵין דְּאוֹרָייְתָא וְכֵן בְּהָדָר מִשּׁוּם הִדּוּר מִצְוָה אֲבָל בְּחָסֵר לֹא תִּיקּוּן וְלֹא בְּשָׁאוּל. וּבְגָזוּל פְּלִיגִי בִּשְׁמַעְתִּין רַבִּי שִׁמְעוֹן בֶּן יוֹחַי סָבַר דְּתִיקּוּן מִשּׁוּם דְּהָוֵי מִצְוָה הַבָּאָה בַּעֲבֵירָה וּשְׁמוּאֵל סָבַר כֵּיוָן שֶׁהוּא מִדְּרַבָּנָן לָא חֲשִׁיב מִצְוָה הַבָּאָה בַּעֲבֵירָה. וְהָרַב אַלְפָסִי זַ"ל שֶׁלֹּא הֵבִיא אֶלָּא הַמִּשְׁנָה כְּצוּרָתָהּ וְלֹא הֵבִיא פְּלֻוגְתָּא דְּאָמוֹרָאֵי דִּפְלִיגִי בְּגָזוּל מִכְּלָל דִּסְבִירָא לֵיהּ כִּסְתָמָא דִּגְמָרָא דְּאָמַר קָפָסֵיק וְתָנֵי לָא שְׁנָא ביו"ט רִאשׁוֹן וְלָא שְׁנָא ביו"ט שֵׁנִי וּפְסִיל לֵיהּ מִשּׁוּם מִצְוָה הַבָּאָה בַּעֲבֵירָה. ואע"ג דִּקְרָא גַּבֵּי קָרְבָּן כְּתִיב ה"ה בְּכָל מִצְוָה כִּדְמוֹכַח בְּרֵישׁ הַגּוֹזֵל קַמָּא (בָּבָא קַמָּא דַּף צַד.) דְּקָאָמַר הֲרֵי שֶׁגָּזַל סְאָה שֶׁל חִטִּין וּטְחָנָהּ וַאֲפָאָהּ וְהִפְרִישׁ מִמֶּנָּה חַלָּה אֵין זֶה מְבָרֵךְ אֶלָּא מְנָאֵץ וְלֹא כִּשְׁמוּאֵל דְּסָבַר דְּלָא אָמְרִינַן הָכִי אֶלָּא בְּמִצְוָה שֶׁהִיא מִדְּאוֹרַיְיתָּא וְלֹא. מִיסְתַּבֵּר טַעְמֵיהּ דְּכֵיוָן דִּמְבָרֵךְ וּמַזְכִּיר שֵׁם שָׁמַיִם מְנָאֵץ הוּא בְּמִילֵּי דְּרַבָּנָן כְּמוֹ בְּמִילֵּי דְּאוֹרָייְתָא וְעוֹד דְּרַב נַחְמָן בַּר יִצְחָק דְּהוּא בָּתְרָא פָּרִיךְ לִשְׁמוּאֵל מִמַּתְנִיתִין ואע"ג דְּדָחֵי לֵיהּ לָא סָמְכִינַן אַשִּׁינּוּיָא דְּחִיקָא וְכֵן פָּסַק בה"ג וְרַב פַּלְטוֹיִיא גָּאוֹן נִמְצָא שֶׁאֵין חִילּוּק בֵּין יו"ט רִאשׁוֹן לְכָל שְׁאָר הַיָּמִים אֶלָּא בְּחָסֵר כִּדְאָמַר לְקַמָּן רַבִּי חֲנִינָא מְטַבֵּל וּנְפַק בֵּיהּ וְכֵן שָׁאוּל אֲבָל כָּל שְׁאָר הַפְּסוּלִים נוֹהֲגִים בְּכָל הַיָּמִים ויו"ט שֵׁנִי דִּידַן הוּא כַּיּוֹם הָרִאשׁוֹן דִּסְפֵיקָא הוּא וְרָאִיתִי דֵּעוֹת אֲחֵרוֹת לַפּוֹסְקִים וְנִלְאֵיתִי לְכוֹתְבָם כִּי לֹא יָשְׁרוּ בְּעֵינַי וְכַאֲשֶׁר כָּתַבְתִּי כָּךְ עִיקָּר:
« Si ses feuilles ont été détachées (nifretsou alav) » — il s'agit de la majorité des feuilles, comme il ressort de la Tossefta. Rachi explique qu'elles ont été arrachées de l'échine (chidra) et ne tiennent plus que par le lien : cela laisse entendre qu'elles se seraient complètement détachées de l'échine. Mais ce n'est pas ce qui ressort de la Guemara, qui explique nifretsou par « il ressemble à un balai (hofya) ». Les feuilles arrachées de l'échine s'appellent hotsin, comme on le dit plus loin (Soukka 37b) : Rava a dit qu'on ne doit pas tailler le loulav dans le bouquet de hocha'ana, car des hotsin s'en détachent et cela crée une hatsitsa (interposition) — c'est-à-dire que s'il dépasse trop la arava et qu'on veut le couper par le bas, on ne le coupera pas alors qu'il est déjà lié, car les hotsin arrachés de l'échine font hatsitsa. Preuve que les feuilles arrachées s'appellent hotsin. Et des hotsin on fait un hofya, comme il est dit au chapitre ha-Gozel Kama (Bava Kama 96a) : celui qui vole un loulav et en fait des hotsin l'acquiert — au départ c'était un loulav, maintenant ce sont des hotsin ; [celui qui prend] des hotsin et en fait un hofya l'acquiert — au départ c'étaient des hotsin, maintenant c'est un hofya. C'est-à-dire qu'il a fendu chaque feuille en deux à l'endroit où elle est pliée sur son dos : on l'appelle alors hofya, et l'on en fait des balais. Tel est le sens de nifretsou alav ici : la tête de chaque feuille a été fendue par le dos, sur la majorité des feuilles du loulav. GUEMARA. Michna : « un loulav volé ou desséché ». La Michna énonce sans distinguer : ni le premier jour de fête ni les autres. Soit, pour le desséché : on exige hadar (la beauté) et il n'y en a pas. Mais pour le volé : le premier jour, soit, car « oulekahtem lakhem » — la Torah a dit « à vous », de votre propriété, et celui-ci n'est pas à lui ; mais le second jour, pourquoi serait-il invalide ? Cela montre qu'il tenait pour évident que l'on exige hadar tous les jours, mais que « lakhem », la propriété, n'est pas exigé les autres jours. De même « oulekahtem », dont on déduit qu'il faut une prise complète (lekiha tama), n'invalide que le premier jour, comme il est dit dans notre chapitre (36b) : Rabbi Hanina y trempait [son etrog] et s'en acquittait le second jour. Et c'est étonnant : quelle différence entre l'un et l'autre, puisque tout est écrit ensemble dans un seul verset — « Vous prendrez pour vous, au premier jour, un fruit de l'arbre hadar » ? Et si l'on répond que ce qui est écrit avant « yom ha-richon » ne vise que ce jour-là, et que l'on n'a pas voulu l'instituer pour les autres jours, tandis que hadar, écrit après, a été institué pour tous les jours — cela reste difficile, car de « oulekahtem lakhem » on déduit dans ha-Kometz Rabba (Menahot 27a) et plus loin dans notre chapitre (Soukka 34b) que les quatre espèces du loulav se rendent mutuellement indispensables (me'akvot), puisqu'il faut une lekiha tama. Et à la fin de notre chapitre (41b) ainsi qu'au début de Loulav va-Arava (43a) on déduit également de « oulekahtem » au pluriel qu'il faut une prise pour chacun, puisqu'il n'est pas écrit « oulekahta » au singulier — de même qu'on déduit au chapitre Rabbi Yichmael (Menahot 65b) que le compte du Omer incombe à chacun, de « ousfartem ». Or, s'il en était ainsi, les autres jours il suffirait d'une seule espèce et d'une prise faite par un seul pour tous. Il faut donc dire que la raison est celle-ci : le premier jour est de-oraita dans les gvoulin, et les autres jours sont de-rabbanan, zekher le-mikdach, comme il est dit au début de Loulav va-Arava (Soukka 44a). C'est pourquoi, pour l'essentiel de la prise — les quatre espèces du loulav et une prise pour chacun — on a institué la même chose les autres jours, à l'image de la loi de la Torah ; de même pour hadar, au titre du hidour mitsva (embellissement de la mitsva). Mais pour un loulav incomplet (haser) on n'a rien institué, ni pour un loulav emprunté (cha'oul). Quant au volé, les Amoraim en discutent dans notre sougya : Rabbi Chim'on ben Yohai tient qu'on l'a institué [aussi les autres jours], parce que c'est une mitsva ha-ba'a be-avéra (une mitsva accomplie par une transgression) ; Chmouel tient que, puisqu'il s'agit d'une obligation de-rabbanan, cela ne compte pas comme mitsva ha-ba'a be-avéra. Et le Rav Alfassi (Rif), qui n'a rapporté que la Michna telle quelle sans rapporter la controverse des Amoraim sur le volé, montre par là qu'il tient comme la position anonyme de la Guemara qui dit « elle énonce sans distinguer, ni le premier jour ni le second », et l'invalide au titre de mitsva ha-ba'a be-avéra. Et bien que le verset source soit écrit à propos d'un korban, il en va de même pour toute mitsva, comme le prouve le début de ha-Gozel Kama (Bava Kama 94a) où il est dit : celui qui a volé une mesure de blé, l'a moulue, cuite et en a prélevé la halla, celui-là ne bénit pas, il blasphème. Et non comme Chmouel, qui tient qu'on ne dit cela que pour une mitsva de-oraita — son raisonnement ne paraît pas convaincant : dès lors qu'il bénit et mentionne le Nom divin, il blasphème dans les affaires de-rabbanan comme dans celles de-oraita. De plus, Rav Nahman bar Yits'hak, qui est postérieur, objecte à Chmouel à partir de notre Michna, et bien qu'il repousse l'objection, on ne s'appuie pas sur une réponse forcée. Ainsi ont tranché les Halakhot Gedolot et Rav Paltoi Gaon. Il en ressort qu'il n'y a de distinction entre le premier jour et les autres jours que pour le loulav haser — comme il est dit plus loin, Rabbi Hanina y trempait et s'en acquittait — ainsi que pour l'emprunté ; mais tous les autres cas d'invalidité valent pour tous les jours. Et notre second jour de fête [en diaspora] est comme le premier, car il relève du doute. J'ai vu d'autres opinions chez les décisionnaires et j'ai renoncé à les rapporter, car elles ne m'ont pas paru justes ; ce que j'ai écrit est l'essentiel.
💡 Explication

La formulation corrigée déplace le critère : il ne s'agit plus du rang de la mitsva (de-oraita ou de-rabbanan), mais de son ancrage géographique. La question devient : cette mitsva garde-t-elle une racine dans la Torah dans les gvoulin, hors du Temple ?

Le loulav, oui : un jour au moins reste ordonné partout par le verset. La arava, non : qu'elle vienne d'un verset (Abba Chaoul) ou de Sinaï (Rabbanan), elle ne vise que l'autel. Sans racine hors du Temple, rien à prolonger sept jours.

Cette formulation échappe à la tenaille du segment 4, puisqu'elle ne nie plus le rang de-oraita de la arava — elle en limite seulement la portée.

7
אָמַר רֵישׁ לָקִישׁ: כֹּהֲנִים בַּעֲלֵי מוּמִין נִכְנָסִין בֵּין הָאוּלָם וְלַמִּזְבֵּחַ, כְּדֵי לָצֵאת בַּעֲרָבָה. אֲמַר לֵיהּ רַבִּי יוֹחָנָן: מִי אֲמָרָהּ? מִי אֲמָרָהּ?! הָא אִיהוּ אָמַר! דְּאָמַר רַבִּי אַסִּי אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן מִשּׁוּם רַבִּי נְחוּנְיָא אִישׁ בִּקְעַת בֵּית חוֹרְתָן: עֶשֶׂר נְטִיעוֹת, עֲרָבָה, וְנִיסּוּךְ הַמַּיִם — הֲלָכָה לְמֹשֶׁה מִסִּינַי.

Rech Lakich dit : les cohanim porteurs de défauts corporels (ba'alei moumin) entrent entre le Oulam (le vestibule) et le Mizbeah (l'autel) afin de s'acquitter de la arava. Rabbi Yo'hanan lui dit : qui l'a dit ? — Qui l'a dit ?!

Mais c'est lui-même qui l'a dit ! Car Rabbi Assi a dit au nom de Rabbi Yo'hanan, au nom de Rabbi Nehounya de la vallée de Beth Horetan : les dix jeunes plants, la arava et la libation d'eau — halakha le-Moche mi-Sinaï.

📜 Rachi (2)
כֹּהֲנִים בַּעֲלֵי מוּמִין אַף הֵם דּוֹחֲקִים וְנִכְנָסִין לְהַקִּיף בְּרַגְלֵיהֶם וַעֲרָבָה בְּיָדָם וא"א לְהַקִּיף שֶׁלֹּא יִכָּנְסוּ בֵּין הָאוּלָם לַמִּזְבֵּחַ וְכָל הַשָּׁנָה אֲסוּרִים לִיכָּנֵס שָׁם כִּדְאָמְרִינַן בְּמַסֶּכֶת כֵּלִים בְּפֶרֶק רִאשׁוֹן:
Les cohanim ba'alei moumin — eux aussi se pressent et entrent pour faire le tour [de l'autel] à pied, la arava à la main ; et il est impossible de faire le tour sans entrer entre le Oulam et le Mizbeah. Or toute l'année il leur est interdit d'y entrer, comme on le dit au traité Kelim, au premier chapitre.
מִי אָמְרָה הַשְׁתָּא ס"ד דה"ק מִי אָמְרָה שֶׁהִיא חוֹבָה וְקָאָמַר לָצֵאת בָּהּ יְדֵי חוֹבָה וּלְהָכִי פָּרִיךְ מַאן אֲמָרָהּ בִּתְמִיהַּ:
Qui l'a dit — on suppose pour l'instant qu'il veut dire : qui a dit qu'elle est une obligation (hova) ? Puisque [Rech Lakich] dit « afin de s'en acquitter ». C'est pourquoi la Guemara objecte, étonnée : « mais c'est lui-même qui l'a dit ! »
🗂️ Tossefot (2)
כֹּהֲנִים בַּעֲלֵי מוּמִים. ה"ה דַּהֲוָה מָצֵי לְמֵימַר וּפְרוּעֵי רֹאשׁ דְּתַרְוַייְהוּ אֲסִירֵי אִי לָאו מִשּׁוּם עֲרָבָה כְּדִתְנַן פ"ק דְּכֵלִים (מ"ט) בֵּין הָאוּלָם וְלַמִּזְבֵּחַ מְקֻודָּשׁ הֵימֶנּוּ שֶׁאֵין בַּעֲלֵי מוּמִין וּפְרוּעֵי רֹאשׁ נִכְנָסִים לְשָׁם:
« Les cohanim ba'alei moumin. » Il en va de même, et il aurait pu dire aussi « et les perou'ei roch » (ceux dont la chevelure est laissée en désordre) — car les deux sont interdits [d'entrer là] s'il n'y avait la arava, comme l'enseigne la Michna au premier chapitre de Kelim (1,9) : « entre le Oulam et le Mizbeah est plus saint que lui, car les ba'alei moumin et les perou'ei roch n'y entrent pas ».
אֲמַר לֵיהּ ר' יוֹחָנָן מִי אֲמָרָהּ. סָלְקָא דַּעְתֵּיהּ דה"ק מִי אָמְרָה שֶׁהִיא חוֹבָה דְּאוֹרָייְתָא וְאָתְיָא וְדָחֲיָא מַעֲלוֹת דְּרַבָּנָן דִּלְמָא רַבָּנָן הִיא דְּלָא דָּחֵינַן מַעֲלוֹת דְּרַבָּנָן מִשּׁוּם תַּקַּנְתָּא דְּרַבָּנָן וּלְכָךְ פָּרִיךְ הָא אִיהוּ אֲמָרָהּ וּמְשַׁנֵּי מִי אָמְרָה שֶׁהִיא בִּנְטִילָה דִּלְמָא בִּזְקִיפָה וְכֵיוָן דְּאֵין מַקִּיפִין אֶת הַמִּזְבֵּחַ וְלָא בָּעֵי אֶלָּא זְקִיפָה בְּעָלְמָא אֶחָד זוֹקֵף ע"י כֻּולָּן א"נ בַּעֲלֵי מוּמִין אֶפְשָׁר לְהוּ לִזְקֹוף בִּשְׁאָר רוּחוֹת וְלֹא יִכָּנְסוּ בֵּין הָאוּלָם וְלַמִּזְבֵּחַ וְאַפֵּי' תִּימְצֵי לוֹמַר בִּנְטִילָה כִּדְאַסְּקִינַן לְעֵיל דְּאִיתּוֹתַב מ"ד בִּזְקִיפָה מִי אֲמָרָהּ בְּבַעֲלֵי מוּמִין דִּלְמָא אֵין הֲלָכָה לְמֹשֶׁה מִסִּינַי אֶלָּא בִּתְמִימִין הָרָאוְיָן לַעֲבוֹדָה כְּמוֹ שֶׁאֵין הֲלָכָה לְמֹשֶׁה מִסִּינַי בְּזָרִים אֶלָּא בְּכֹהֲנִים דִּבְהָא מוֹדֵית מִדְּלָא אֲמַרְתְּ זָרִים נִכְנָסִין וּלְפִי שִׁיטָה זוֹ דִּפְרִי' דְּמַעֲלָה דְּרַבָּנָן הִיא קָשֶׁה לְאַבָּא שָׁאוּל דְּיָלֵיף (לְעֵיל סֻוכָּה דַּף לד.) עֲרָבָה שֶׁל מִזְבֵּחַ מִדִּכְתִיב עַרְבֵי אַמַּאי בְּכֹהֲנִים דִּלְמָא אַפֵּי' בְּיִשְׂרָאֵל כְּמוֹ עֲרָבָה דְּלוּלָב וְי"ל דְּשֶׁמָּא הַקָּפַת מִזְבֵּחַ בְּכֹהֲנִים וּשְׁאָר יִשְׂרָאֵל בָּעֲזָרָה בְּלֹא הַקָּפָה:
« Rabbi Yo'hanan lui dit : qui l'a dit ? » On croyait qu'il voulait dire : qui a dit qu'elle est une obligation de-oraita, qui viendrait repousser des ma'alot (degrés de sainteté) de-rabbanan ? Peut-être est-elle de-rabbanan, et l'on ne repousse pas des ma'alot de-rabbanan pour une takana de-rabbanan. C'est pourquoi on objecte : mais c'est lui-même qui l'a dit ! Et l'on répond : qui a dit qu'elle s'accomplit par la netila (la prise en main) ? Peut-être par la zekifa (le dressage des branches) — et alors on ne fait pas le tour de l'autel, un simple dressage suffit : un seul dresse au nom de tous. Ou bien : les ba'alei moumin peuvent dresser du côté des autres orientations et n'entreront pas entre le Oulam et le Mizbeah. Et même si tu voulais dire qu'elle s'accomplit par la netila — comme nous l'avons conclu plus haut, où l'avis « par zekifa » a été réfuté — qui a dit qu'elle vaut pour les ba'alei moumin ? Peut-être la halakha le-Moche mi-Sinaï ne vise-t-elle que les temimim (les cohanim indemnes), aptes au service, de même qu'elle ne vise pas les zarim (les non-cohanim) mais les cohanim : et cela tu le concèdes, puisque tu n'as pas dit que des zarim y entrent. Or, selon cette approche où l'on objecte qu'il ne s'agit que d'une ma'ala de-rabbanan, il y a une difficulté pour Abba Chaoul, qui déduit la arava de l'autel du verset « aravei » : pourquoi serait-elle réservée aux cohanim ? Peut-être vaut-elle même pour un Israël [ordinaire], comme la arava du loulav ! On peut répondre : peut-être le tour de l'autel se fait-il par les cohanim, tandis que le reste d'Israël se tient dans la Azara sans faire le tour.
💡 Explication

La sougya bascule sur la arava telle qu'elle se pratiquait au Mikdach : on faisait le tour de l'autel, les branches à la main. Or ce tour passe nécessairement par l'espace entre le Oulam et le Mizbeah, zone dont la Michna (Kelim 1,9) exclut les cohanim ba'alei moumin.

Rech Lakich tranche : ils y entrent quand même, car la arava est pour eux une obligation personnelle dont ils doivent s'acquitter. Rabbi Yo'hanan objecte : mi amra — qui a dit que c'est une obligation ? La Guemara s'étonne aussitôt : c'est Rabbi Yo'hanan lui-même qui transmet la tradition sinaïtique !

🖼️ Schéma
Le problème de Rech Lakich : la zone interdite entre le Oulam et le Mizbeah Azara (parvis) OULAM (vestibule du Heikhal) ENTRE LE OULAM ET LE MIZBEAH Kelim 1,9 : ba'alei moumin et perou'ei roch n'y entrent pas MIZBEAH (autel extérieur) on en fait le tour, arava en main Le tour (hakafa) passe forcément par la zone interdite. RECH LAKICH Les cohanim ba'alei moumin y entrent malgré l'interdit, afin de s'acquitter (latset) de la arava. Donc : obligation personnelle. RABBI YO'HANAN Mi amra ? Qui l'a dit ? Objection de la Guemara : c'est lui-même qui transmet la halakha de Sinaï ! -> reformulation en seg. 7 Tossefot ajoute : il aurait pu dire de même des perou'ei roch (chevelure en désordre), également exclus de cette zone. Selon Tossefot, l'enjeu est : une takana de-rabbanan peut-elle repousser une ma'ala (degré de sainteté) de-rabbanan ?
La topographie du problème : le tour de l'autel traverse la zone interdite aux ba'alei moumin.
8
אֶלָּא: מִי אָמְרָה בִּנְטִילָה, דִּלְמָא בִּזְקִיפָה! מִי אֲמָרָהּ בְּבַעֲלֵי מוּמִין, דִּלְמָא בִּתְמִימִים!

Plutôt [voici ce qu'il voulait dire] : qui a dit [qu'elle s'accomplit] par la netila (la prise en main) ? Peut-être par la zekifa (le dressage) !

Qui a dit [qu'elle vaut] pour les ba'alei moumin ? Peut-être [seulement] pour les temimim (les cohanim indemnes) !

📜 Rachi (2)
מִי אָמְרָה בִּנְטִילָה וּתְהֵא חוֹבַת כֹּהֲנִים דְּקָאָמַר לָצֵאת:
Qui a dit [qu'elle s'accomplit] par la netila — et qu'elle serait une obligation [personnelle] des cohanim, comme il l'a dit : « afin de s'en acquitter ».
דִּלְמָא בִּזְקִיפָה וְכֹהֵן אֶחָד זוֹקְפָהּ ע"י הַכֹּל וְאֵין חוֹבָה עַל כֻּולָּם:
Peut-être par la zekifa — et alors un seul cohen la dresse au nom de tous, et ce n'est pas une obligation qui incombe à chacun.
💡 Explication

La Guemara reformule l'objection de Rabbi Yo'hanan. Il ne conteste pas l'existence de la tradition sinaïtique — il la transmet lui-même — mais les deux présupposés que Rech Lakich y ajoute.

Premier : le mode. Si la mitsva s'accomplit par la zekifa, dresser les branches autour de l'autel, un seul cohen peut le faire au nom de tous ; personne n'a besoin d'entrer. Second : le sujet. Rien ne dit que la halakha vise les ba'alei moumin ; elle pourrait ne concerner que les temimim, aptes au service — comme elle ne concerne pas les zarim.

Chacun de ces deux points suffit à annuler la permission d'entrer.

🖼️ Schéma
Les deux présupposés que Rabbi Yo'hanan attaque Rech Lakich a besoin des DEUX pour justifier l'entrée des ba'alei moumin. Chacun est douteux. Présupposé 1 : le MODE d'accomplissement Rech Lakich suppose la NETILA (prise en main et tour de l'autel) — donc chacun doit entrer. Peut-être s'agit-il de la ZEKIFA : on dresse les branches autour de l'autel ; un seul cohen le fait au nom de tous (Rachi). Présupposé 2 : le SUJET de l'obligation Rech Lakich suppose que la halakha vise aussi les BA'ALEI MOUMIN. Peut-être ne vise-t-elle que les TEMIMIM (indemnes, aptes au service) — comme elle ne vise pas les zarim (Tossefot). L'argument a fortiori de Tossefot Tu concèdes que la halakha ne vise pas les zarim, mais les cohanim — restreins de même aux temimim. Difficulté résiduelle de Tossefot sur Abba Chaoul Si la arava de l'autel vient d'un verset, pourquoi la réserver aux cohanim ? Réponse : le tour de l'autel est fait par les cohanim, le reste d'Israël se tient dans la Azara sans faire le tour.
Les deux présupposés attaqués : netila ou zekifa, ba'alei moumin ou temimim.
9
אִתְּמַר: רַבִּי יוֹחָנָן וְרַבִּי יְהוֹשֻׁעַ בֶּן לֵוִי, חַד אָמַר: עֲרָבָה יְסוֹד נְבִיאִים, וְחַד אָמַר: עֲרָבָה מִנְהַג נְבִיאִים. תִּסְתַּיֵּים דְּרַבִּי יוֹחָנָן הוּא דְּאָמַר יְסוֹד נְבִיאִים, דְּאָמַר רַבִּי אֲבָהוּ אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: עֲרָבָה יְסוֹד נְבִיאִים הוּא. תִּסְתַּיֵּים.

Il a été dit : Rabbi Yo'hanan et Rabbi Yehochoua ben Levi — l'un dit : la arava est un yessod nevi'im (une institution des prophètes), et l'autre dit : la arava est un minhag nevi'im (une coutume des prophètes). Concluons que c'est Rabbi Yo'hanan qui dit « yessod nevi'im », car Rabbi Abbahou a dit au nom de Rabbi Yo'hanan : la arava est un yessod nevi'im.

Concluons-le en effet.

📜 Rachi (2)
יְסוֹד נְבִיאִים הוּא תַּקָּנַת נְבִיאִים אַחֲרוֹנִים חַגַּי זְכַרְיָה וּמַלְאָכִי שֶׁהָיוּ מִמְּתַקְּנֵי תַּקָּנוֹת יִשְׂרָאֵל בְּאַנְשֵׁי כְּנֶסֶת הַגְּדוֹלָה:
C'est un yessod nevi'im — une takana des derniers prophètes, Haggai, Zekharia et Malakhi, qui comptaient parmi ceux qui instituaient les takanot d'Israël au sein des Hommes de la Grande Assemblée.
מִנְהָג הִנְהִיגוּ אֶת הָעָם וְלֹא תִּקְּנוּ לָהֶם וְנָפְקָא מִינָּהּ דְּלָא בָּעֲיָא בְּרָכָה דְּלֵיכָּא לְמֵימַר וְצִוָּנוּ דַּאֲפִילּוּ בִּכְלָל לֹא תָּסוּר לֵיתָא:
Coutume — ils ont fait pratiquer cela au peuple sans l'instituer formellement pour lui. Et la nafka mina : elle n'exige pas de berakha, car on ne peut pas dire « ve-tsivanou » (Il nous a ordonné) — elle n'entre même pas dans le cadre de « lo tassour ».
⚖️ Rosh (1)
גְּמָ' אִיתְּמַר רַבִּי יוֹחָנָן וְרִיבָּ"ל חַד אָמַר עֲרָבָה יְסוֹד נְבִיאִים הִיא וְחַד אֲמַר מִנְהַג נְבִיאִים הִיא תִּסְתַּייֵּם דְּרַבִּי יוֹחָנָן הוּא דְּאָמַר יְסוֹד נְבִיאִים הִיא דא"ר אֲבָהוּ אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן עֲרָבָה יְסוֹד נְבִיאִים הִיא תִּסְתַּיֵּים וְאַסִּיקְנָא אָמַר אַיְבוּ הֲוָה קָאֵימְנָא קַמֵּיהּ דְּרַבִּי אֶלְעָזָר בַּר צָדוֹק וְאַיְיתִי הָהוּא גַּבְרָא עֲרָבָה קַמֵּיהּ שָׁקֵיל חַבֵּיט חַבֵּיט וְלָא בָּרֵיךְ קָסָבַר מִנְהַג נְבִיאִים הוּא וְאַמִּנְהָגָא לָא מְבָרְכִין. רַב שְׁמוּאֵל בַּר חָפְנֵי פָּסַק כְּרַבִּי יוֹחָנָן דְּרִיבָּ"ל וְר' יוֹחָנָן הֲלָכָה כְּרַבִּי יוֹחָנָן וְהָעָם נָהֲגוּ כְּרַב אִלְפָּס זַ"ל כֵּיוָן דְּרַב וְרַבִּי אֶלְעָזָר בַּר צָדוֹק עֲבַדוּ עֻובְדָּא וְגַם ר"ת פְּסַק הֲלָכָה כְּרִיבָּ"ל לְגַבֵּי ר' יוֹחָנָן וּבִתְשׁוּבוֹת הַגְּאוֹנִים פָּסַק כְּרִיבָּ"ל בְּכָל מָקוֹם. לְגָאוֹן שִׁיעוּר הַחִיבּוּט שְׁנֵי פְּעָמִים בִּתְפִלַּת הַמּוּסָף שֶׁל יוֹם שְׁבִיעִי שֶׁל עֲרָבָה לְפִי שֶׁבִּתְפִלַּת תָּמִיד אָנוּ נוֹטְלִין אֶת הַלּוּלָב וּבִתְפִלַּת הַמּוּסָפִין שֶׁל הַיּוֹם הַהוּא אָנוּ נוֹטְלִין אֶת הָעֲרָבָה בִּפְנֵי עַצְמָהּ וְכֵן אָנוּ נוֹהֲגִין בִּישִׁיבָה. א"ר אַמֵּי עֲרָבָה צְרִיכָה שִׁיעוּר וְאֵינָהּ נִיטֶּלֶת אֶלָּא בִּפְנֵי עַצְמָהּ פֵּירוּשׁ שֶׁלֹּא יֶאֱגֹוד דָּבָר אַחֵר עִמָּהּ אֲבָל אִם יֵשׁ לוֹ ד"א בְּיָדוֹ אֵין חוֹשֵׁשׁ וְאֵין אָדָם יוֹצֵא יְדֵי חוֹבָתוֹ בָּעֲרָבָה שֶׁבַּלּוּלָב אֲפִילּוּ אַגְבְּהָה וַהֲדַר אַגְבְּהָה וְרַב חִסְדָּא אָמַר רַב יִצְחָק אָדָם יוֹצֵא יְדֵי חוֹבָתוֹ בָּעֲרָבָה שֶׁבַּלּוּלָב וְהָרַמְבַּ"ם זַ"ל פ"ז מֹהַל' לוּלָב הֵל' כ' פָּסַק כַּר' אַמִּי וְרָאַבְיָ"ה פָּסַק כְּרַב חִסְדָּא וְכֵן מִיסְתַּבֵּר דְּרַב חִסְדָּא דְּאָמַר מִשְּׁמֵיהּ דְּרַב יִצְחָק קַבָּלָה מִינֵּיהּ מִדְּלָא פָּרֵישׁ גְּמָרָא דִּפְלִיג עָלֶיהָ וַהֲוָה לֵיהּ רַבִּי אַמִּי חַד לְגַבֵּי תְּרֵי וְדַוְקָא דְּאַגַּבֵּיהּ וַהֲדַר אַגַּבֵּיהּ דְּאַהָא דְּקָאָמַר ר' אַמִּי אֵין אָדָם יוֹצֵא קָאָמַר רַב חִסְדָּא דְּיוֹצֵא. וְכַמָּה שִׁיעוּרָהּ אָמַר רַב נַחְמָן שְׁלֹשָׁה בַּדֵּי עָלִין לַחִין וְרַב שֵׁשֶׁת אָמַר אֲפִילּוּ עָלֶה אֶחָד בְּבַד אֶחָד וּבִתְשׁוּבוֹת הַגְּאוֹנִים כָּתוּב הֲלָכָה כְּרַב נַחְמָן בְּדִינֵי וַהֲלָכָה כְּרַב שֵׁשֶׁת בְּאִיסּוּרֵי וְהָרַמְבַּ"ם זַ"ל שָׁם כָּתַב דַּעֲרָבָה חֻובְּטָה עַל הַקַּרְקַע אוֹ עַל הַכְּלִי פַּעֲמַיִם אוֹ שָׁלשׁ וְכֵן כָּתַב הרי"ץ גֵּיאוּת ז' וְרַשִׁ"י פֵּירֵשׁ דְּחַבֵּיט הַיְינוּ נִעְנוּעַ:
GUEMARA. Il a été dit : Rabbi Yo'hanan et Rabbi Yehochoua ben Levi — l'un dit que la arava est un yessod nevi'im (institution des prophètes) et l'autre qu'elle est un minhag nevi'im (coutume des prophètes). Concluons que c'est Rabbi Yo'hanan qui dit yessod nevi'im, car Rabbi Abbahou a dit au nom de Rabbi Yo'hanan : la arava est un yessod nevi'im — concluons-le en effet. Et nous avons conclu : Aivou a dit — je me tenais devant Rabbi Elazar bar Tsadok lorsqu'un homme apporta devant lui une arava ; il la prit, la battit et la rebattit, sans réciter de berakha — car il tenait que c'est un minhag nevi'im, et sur une coutume on ne récite pas de bénédiction. Rav Chmouel bar Hofni a tranché comme Rabbi Yo'hanan, puisque entre Rabbi Yehochoua ben Levi et Rabbi Yo'hanan la halakha suit Rabbi Yo'hanan. Mais le peuple a suivi la pratique du Rav Alfassi (Rif), puisque Rav et Rabbi Elazar bar Tsadok ont agi ainsi [sans berakha] ; Rabbenou Tam aussi a tranché que la halakha suit Rabbi Yehochoua ben Levi contre Rabbi Yo'hanan, et dans les Responsa des Gueonim il est tranché comme Rabbi Yehochoua ben Levi en tout lieu. Selon le Gaon, la mesure du hibbout (battement) est de deux fois, lors de la prière de Moussaf du septième jour, celui de la arava : car à la prière régulière nous prenons le loulav, et au Moussaf de ce jour-là nous prenons la arava seule — et c'est ainsi que nous faisons à la yechiva. Rabbi Ami a dit : la arava exige une mesure (chi'our) et elle ne se prend que seule — c'est-à-dire qu'on ne lui liera rien d'autre ; mais s'il tient d'autres objets en main, cela n'a pas d'importance. Et l'on ne s'acquitte pas de son obligation avec la arava qui est dans le loulav, même s'il l'a soulevée puis soulevée à nouveau. Rav Hisda a dit au nom de Rav Yits'hak : on s'acquitte de son obligation avec la arava du loulav. Le Rambam (Hilkhot Loulav 7,20) a tranché comme Rabbi Ami, et le Ravya a tranché comme Rav Hisda — et c'est le plus raisonnable, car Rav Hisda parle au nom de Rav Yits'hak, dont il a reçu la tradition, puisque la Guemara ne précise pas qu'on le conteste ; Rabbi Ami se trouve ainsi seul contre deux. Et il s'agit précisément du cas où il l'a soulevée puis soulevée à nouveau : c'est sur ce cas, où Rabbi Ami dit qu'on ne s'acquitte pas, que Rav Hisda dit qu'on s'acquitte. Et quelle est sa mesure ? Rav Nahman a dit : trois tiges garnies de feuilles humides ; Rav Chechet a dit : même une seule feuille sur une seule tige. Dans les Responsa des Gueonim il est écrit : la halakha suit Rav Nahman en matière civile (dinei) et Rav Chechet en matière d'interdits (issourei). Le Rambam écrit là-bas qu'on bat la arava contre le sol ou contre un ustensile deux ou trois fois, et ainsi a écrit le Ritz Guiat ; Rachi, lui, explique que hibbout signifie na'anou'a (agitation).
💡 Explication

La mahloket de fond. Yessod nevi'im : les derniers prophètes — Haggai, Zekharia et Malakhi, membres des Hommes de la Grande Assemblée — l'ont formellement instituée. Minhag nevi'im : ils l'ont seulement fait pratiquer, sans en faire une obligation.

Rachi donne la nafka mina (la conséquence pratique) : la berakha. Sur une simple coutume on ne peut pas dire ve-tsivanou (« Il nous a ordonné »), car elle n'entre même pas dans le cadre général de lo tassour — donc pas de bénédiction.

La Guemara attribue le « yessod » à Rabbi Yo'hanan sur la foi d'une transmission de Rabbi Abbahou. C'est précisément cette attribution que le segment suivant va mettre en crise.

10
אֲמַר לֵיהּ רַבִּי זֵירָא לְרַבִּי אֲבָהוּ: מִי אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן הָכִי? וְהָאָמַר רַבִּי יוֹחָנָן מִשּׁוּם רַבִּי נְחוּנְיָא אִישׁ בִּקְעַת בֵּית חוֹרְתָן: עֶשֶׂר נְטִיעוֹת, עֲרָבָה, וְנִיסּוּךְ הַמַּיִם — הֲלָכָה לְמֹשֶׁה מִסִּינַי? אֶשְׁתּוֹמַם כְּשָׁעָה חֲדָא וַאֲמַר, שֶׁכְּחֹום וְחָזְרוּ וְיִסְּדוּם.

Rabbi Zeira dit à Rabbi Abbahou : Rabbi Yo'hanan a-t-il vraiment dit cela ? Mais Rabbi Yo'hanan n'a-t-il pas dit au nom de Rabbi Nehounya de la vallée de Beth Horetan : les dix jeunes plants, la arava et la libation d'eau — halakha le-Moche mi-Sinaï ?

Il resta stupéfait un moment (echtomem ke-cha'a hada) puis dit : elles furent oubliées, et [les prophètes] revinrent les instituer.

📜 Rachi (4)
וּמִי א"ר יוֹחָנָן יְסוֹד נְבִיאִים הִיא וְהָא הֲלָכָה לְמֹשֶׁה מִסִּינַי הִיא:
Et Rabbi Yo'hanan a-t-il dit — qu'elle est un yessod nevi'im ? Mais c'est une halakha le-Moche mi-Sinaï !
שֶׁכְּחֹום בְּגָלוּת בָּבֶל שָׁכְחוּ אֶת הַתּוֹרָה וְהַמִּצְוֹת בְּמִקְצָת וְזוֹ נִשְׁכְּחָה לְגַמְרֵי:
Elles furent oubliées — dans l'exil de Babel ils oublièrent en partie la Torah et les mitsvot, et celle-ci fut oubliée entièrement.
וְחָזְרוּ נְבִיאִים אַחֲרוֹנִים:
Et ils revinrent — les derniers prophètes.
וְיִסְּדוּם ע"פ הַדִּבּוּר:
Et les instituèrent — al pi ha-dibbour (par inspiration prophétique).
💡 Explication

La contradiction est frontale : Rabbi Yo'hanan tient la arava pour une halakha le-Moche mi-Sinaï, force de Torah, et pour un yessod nevi'im, institution humaine postérieure. Les deux ne peuvent pas être vrais au même moment.

La formule echtomem ke-cha'a hada (« il resta stupéfait un moment ») est empruntée à Daniel 4,16 — le Talmud signale ainsi que la réponse à coûte un effort.

La résolution est une histoire plutôt qu'une distinction : chekhahoum ve-hazrou ve-yissadoum. L'origine est sinaïtique ; la loi fut perdue dans l'exil de Babel ; les derniers prophètes l'ont rétablie al pi ha-dibbour, par inspiration prophétique. La forme présente est prophétique, la source reste Sinaï.

🖼️ Schéma
Chekhahoum ve-hazrou ve-yissadoum : la frise qui réconcilie Sinaï et les prophètes 1. SINAÏ La arava est donnée comme halakha le-Moche mi-Sinaï, sans support scripturaire. 2. EXIL DE BABEL La Torah et les mitsvot sont en partie oubliées ; celle-ci est oubliée entièrement (Rachi). 3. RETOUR DE SION Haggai, Zekharia, Malakhi la réinstituent al pi ha-dibbour (par inspiration prophétique). force de Torah interruption yessod nevi'im Pourquoi les deux étiquettes coexistent chez Rabbi Yo'hanan Son origine est sinaïtique ; sa forme actuelle est prophétique. Rabbi Abbahou resta stupéfait un moment (echtomem ke-cha'a hada, Daniel 4,16) avant de trouver cette articulation.
La frise en trois temps qui réconcilie halakha le-Moche mi-Sinaï et yessod nevi'im.
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וּמִי אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן הָכִי? וְהָאָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: דִּלְכוֹן אָמְרִי: דִּלְהוֹן הִיא! לָא קַשְׁיָא:

Et Rabbi Yo'hanan a-t-il vraiment dit cela ? Mais Rabbi Yo'hanan n'a-t-il pas dit : « les vôtres disent : elle est à eux » !

Ce n'est pas une difficulté :

📜 Rachi (1)
והא"ר יוֹחָנָן דִּלְכוֹן אֲמַרִי דִּלְהוֹן הִיא רַב כָּהֲנָא הָיָה מִתַּלְמִידֵי רַב וְהָיָה חָרִיף מְאֹד וּבָרַח לא"י לִפְנֵי ר' יוֹחָנָן מֵחֲמַת מְרָדִין [שֶׁהָרַג לְאָדָם אֶחָד] כִּדְאָמְרִינַן בְּפֶרֶק בָּתְרָא דב"ק (ד' קיז.) וְהֻוצְרַךְ לוֹ ר' יוֹחָנָן לְכַמָּה סְפֵיקוֹת וְהָיָה אוֹמֵר ר' יוֹחָנָן לִבְנֵי א"י סָבוּר הָיִיתִי שֶׁתּוֹרָה שֶׁלָּכֶם שֶׁלֹּא גְּלִיתֶם מֵאַרְצְכֶם וְלֹא הָיָה לָכֶם טֵירוּף הַדַּעַת אֲבָל רָאִיתִי שֶׁהִיא שֶׁל בְּנֵי בָּבֶל שאע"פ שֶׁגָּלוּ עָמְדָה לָהֶם חָכְמַת הַחֵרֵשׁ וְהַמַּסְגֵּר שֶׁגָּלוּ עִם יְכָנְיָה כְּדִכְתִיב (מְלָכִים ב כ״ד:ט״ז) הַכֹּל גִּבּוֹרִים עֹושֵׂי מִלְחָמָה וְתַנְיָא בְּסֵדֶר עוֹלָם וְכִי מַה גְּבוּרָה עוֹשִׂין בְּנֵי אָדָם הַנְּתוּנִין בְּשַׁלְשְׁלָאוֹת שֶׁל בַּרְזֶל אֶלָּא שֶׁגִּבּוֹרִים הָיוּ בְּמִלְחַמְתָּהּ שֶׁל תּוֹרָה אַלְמָא ס"ל לְר' יוֹחָנָן דְּלָא נִשְׁתַּכְּחָה תּוֹרָה בְּגָלוּת בָּבֶל:
« Mais Rabbi Yo'hanan n'a-t-il pas dit : les vôtres disent qu'elle est à eux » — Rav Kahana était l'un des disciples de Rav, et il était extrêmement pénétrant ; il s'enfuit en Erets Israël auprès de Rabbi Yo'hanan à cause de troubles [ayant tué un homme], comme on le dit au dernier chapitre de Bava Kama (117a). Rabbi Yo'hanan eut besoin de lui pour de nombreux doutes, et il disait aux gens d'Erets Israël : je pensais que la Torah était la vôtre, puisque vous n'avez pas été exilés de votre pays et n'avez pas subi l'égarement de l'esprit ; mais j'ai vu qu'elle appartient aux Babyloniens — car bien qu'ils aient été exilés, la sagesse du harach ve-hamasguer (l'artisan et le forgeron), exilés avec Yekhonia, leur est restée, comme il est écrit (II Rois 24,16) : « tous vaillants, faisant la guerre ». Et il est enseigné dans le Seder Olam : quelle vaillance peuvent avoir des hommes chargés de chaînes de fer ? C'est qu'ils étaient vaillants dans la guerre de la Torah. Il ressort donc que Rabbi Yo'hanan tient que la Torah n'a pas été oubliée dans l'exil de Babel.
🗂️ Tossefot (1)
וְהָא א"ר יוֹחָנָן דִּלְכוֹן אֲמַרִי דִּלְהוֹן הִיא. רַב כָּהֲנָא מִתַּלְמִידֵי דְּרַב הָיָה וּמִבָּבֶל בָּרַח לא"י לִפְנֵי ר' יוֹחָנָן מֵחֲמַת מְרָדִין כִּדְאָמְרִינַן פֶּרֶק בָּתְרָא דב"ק (דַּף קיז. וְשָׁם:) וְהֻוצְרַךְ לוֹ ר' יוֹחָנָן לְכַמָּה סְפֵיקוֹת וא"ר יוֹחָנָן לִבְנֵי א"י סָבוּר הָיִיתִי שֶׁהַתּוֹרָה שֶׁלָּכֶם שֶׁלֹּא גְּלִיתֶם מֵאַרְצְכֶם לֹא הָיָה לָכֶם טֵירוּף הַדַּעַת אֲבָל רָאִיתִי שֶׁהִיא שֶׁל בְּנֵי בָּבֶל שאע"פ שֶׁגָּלוּ עָמְדָה לָהֶם חָכְמַת הַחֵרֵשׁ וְהַמַּסְגֵּר שֶׁגָּלוּ עִם יְכָנְיָה כְּדִכְתִיב הַכֹּל גִּבּוֹרִים עֹושֵׂי מִלְחָמָה וְתַנְיָא בְּסֵדֶר עוֹלָם וְכִי מַה גְּבוּרָה עוֹשִׂים בְּנֵי אָדָם הַנְּתוּנִים בְּשַׁלְשְׁלָאוֹת שֶׁל בַּרְזֶל אֶלָּא שֶׁהָיוּ גִּבּוֹרִים בְּמִלְחַמְתָּהּ שֶׁל תּוֹרָה אַלְמָא לְר' יוֹחָנָן לֹא נִשְׁתַּכְּחָה תּוֹרָה בְּגָלוּת בָּבֶל כָּךְ פֵּי' בַּקּוּנְטְרֵס וְהִקְשָׁה רַבֵּינוּ תָּם אַטּוּ מִי לָא אַשְׁכְּחַן פ' הַבּוֹנֶה (שַׁבָּת קד. וְשָׁם) גַּבֵּי מנצפ"ך שֶׁכְּחֹום וְחָזְרוּ וְיִסְּדוּם וְלָא פָּרֵיךְ הָכִי וְעוֹד אַטּוּ מִשּׁוּם דְּהֵם בְּנֵי תּוֹרָה א"א שֶׁיִּשְׁתַּכְּחוּ תּוֹרַת עֲרָבָה וְרַבֵּינוּ חֲנַנְאֵל גָּרַס דִּלְכוֹן אֲמַר דִּלְהוֹן הִיא וּמְפָרֵשׁ רַבֵּינוּ תָּם שֶׁהָיָה ר' יוֹחָנָן אוֹמֵר לְתַלְמִידָיו שֶׁהָיוּ לְפָנָיו מִבָּבֶל אֶחָד מִשֶּׁלָּכֶם אוֹמֵר דְּהוּא רַב כָּהֲנָא שֶׁעָלָה מִבָּבֶל דִּלְהוֹן הִיא מִשֶּׁלָּהֶם הִיא עֲרָבָה כְּלוֹמַר שֶׁהִיא מִנְהַג נְבִיאִים שֶׁהָיוּ רְגִילִין לְדַבֵּר לַתַּלְמִידִים שֶׁבְּבָבֶל וְכֵן ת"ח שֶׁמִּבָּבֶל לַתַּלְמִידִים שמא"י כִּדְאַשְׁכְּחַן לְקַמָּן (סֻוכָּה דַּף מח.) רַב חִייָּא בַּר רַב (אַשִּׁי) שֶׁהָיָה מִבָּבֶל דְּאָמַר פּוֹחֵת בָּהּ אַרְבָּעָה דְּמַייְרֵי לִבְנֵי א"י וְר' יְהוֹשֻׁעַ בֶּן לֵוִי שֶׁהָיָה מא"י דְּאָמַר מַדְלִיקִין בָּהּ אֶת הַנֵּר אַייְרֵי לִבְנֵי בָּבֶל וְכֵן פ"ק דְּשַׁבָּת (דַּף ט: וְשָׁם) גַּבֵּי מִשֶּׁיַּתִּיר חֲגוֹרוֹ וְהַשְׁתָּא נִיחָא דְּפָרִיךְ הָכָא שַׁפִּיר דְּרַבִּי יוֹחָנָן אֶדֶר' יוֹחָנָן דְּאָמַר יְסוֹד נְבִיאִים וְדִלְהוֹן הִיא מַשְׁמַע דְּמִנְהַג הַנְּבִיאִים וְלֹא יְסוֹד וְהַשְׁתָּא נָמֵי נִיחָא פֶּרֶק הַמְגָרֵשׁ (גִּיטִּין דַּף פד:) אַמַּתְנִי' דְּכֵיצַד יַעֲשֶׂה יִטְּלֶנּוּ הֵימֶנָּה וְיַחֲזֹור וְיִתְּנֶנּוּ לָהּ דְּאָמַר חִזְקִיָּה רַשְׁבָּ"א הִיא שֶׁמַּצְרִיךְ כֵּן פֶּרֶק הַזּוֹרֵק (גִּיטִּין דַּף עח.) גַּבֵּי כִּנְסִי שְׁטַר חוֹב זֶה וְר' יוֹחָנָן אָמַר אַפֵּי' תֵּימָא רַבִּי דִּילְכוֹן אָמְרִי שָׁאנֵי הָכָא הוֹאִיל וְקִנְאָתוֹ לִיפָּסֵל בּוֹ וּפִי' שָׁם בַּקְּוַנְט' דר' חַייָּא וּבָנָיו עָלוּ מִבָּבֶל כִּדְאָמְרִינַן לְעֵיל בְּסוֹף פ"ק (סֻוכָּה דַּף כ.) וְחִזְקִיָּה בְּנוֹ שֶׁל ר' חַייָּא הָיָה וא"ל ר' יוֹחָנָן אֶחָד מִשֶּׁלָּכֶם דְּהוּא רַב כָּהֲנָא שֶׁעָלָה מִבָּבֶל כְּמוֹתוֹ אוֹמֵר דְּאָתְיָא אַפֵּי' כַּר' וְקָשֶׁה וַהֲלֹא חִזְקִיָּה רַבּוֹ שֶׁל ר' יוֹחָנָן הָיָה כִּדְמוֹכַח פֶּרֶק אֵלּוּ קְשָׁרִים (שַׁבָּת דַּף קיב:) וּכְשֶׁעָלָה רַב כָּהֲנָא הָיָה ר' יוֹחָנָן רֹאשׁ יְשִׁיבָה כִּדְמוֹכַח בְּהַגּוֹזֵל בָּתְרָא (בּ"ק דַּף קיז.) וְזָקֵן גָּדוֹל הָיָה דְּמִסִּרְחוֹ לֵיהּ גְּבִינֵיהּ וּסְתָמָא לֹא הָיָה ר' יוֹחָנָן רֹאשׁ יְשִׁיבָה כָּל יְמֵי חִזְקִיָּה רַבּוֹ ואע"ג דְּאַשְׁכְּחַן בְּהַקּוֹמֵץ רַבָּה (מְנָחוֹת דַּף כג: וְשָׁם) דִּכְשֶׁעָלָה רַב כָּהֲנָא אַשְׁכְּחִינְהוּ לִבְנֵי ר' חִיָּיא דְּיָתְבִי וְקָאָמְרִי עִשָּׂרוֹן שֶׁחִלְּקוֹ וְהִנִּיחוֹ בְּבִיסָא וְנָגַע טְבוּל יוֹם בְּאַחַת מֵהֶן מַהוּ שֶׁמָּא פַּעֲמַייִם עָלָה אַחַת בִּימֵי חִזְקִיָּה וְאַחַת בִּימֵי ר' יוֹחָנָן כְּשֶׁשָּׁאַל מִמֶּנּוּ ר' יוֹחָנָן כָּל סְפֵיקֵי דה"ל וּלְפֵירוּשׁ ר"ת נִיחָא דִּלְתַלְמִידָיו שֶׁמִּבָּבֶל הָיָה אוֹמֵר ר' יוֹחָנָן דִּלְכוֹן אָמְרִי אַפֵּי' תֵּימָא ר' וְדִכְוָותֵיהּ אַשְׁכְּחַן פ' אֵין מַעֲמִידִין בִּירֻושַּׁל' דא"ל ר' יוֹחָנָן לֵר' חַייָּא בַּר אַבָּא הָלֵין תְּלָת מִילִין סַלְקוּן מִן גַּבֵּיכוֹן:
« Mais Rabbi Yo'hanan n'a-t-il pas dit : les vôtres disent qu'elle est à eux. » Rav Kahana était un disciple de Rav et venait de Babel ; il s'enfuit en Erets Israël auprès de Rabbi Yo'hanan à cause de troubles, comme on le dit au dernier chapitre de Bava Kama (117a). Rabbi Yo'hanan eut besoin de lui pour de nombreux doutes, et il disait aux gens d'Erets Israël : je pensais que la Torah était la vôtre, puisque vous n'avez pas été exilés de votre pays et n'avez pas subi l'égarement de l'esprit ; mais j'ai vu qu'elle appartient aux Babyloniens, car bien qu'ils aient été exilés, la sagesse du harach ve-hamasguer, exilés avec Yekhonia, leur est restée, comme il est écrit « tous vaillants, faisant la guerre », et il est enseigné dans le Seder Olam : quelle vaillance ont des hommes chargés de chaînes de fer ? C'est qu'ils étaient vaillants dans la guerre de la Torah — d'où il ressort que, pour Rabbi Yo'hanan, la Torah n'a pas été oubliée dans l'exil de Babel. Ainsi a expliqué le Kountress (Rachi). Rabbenou Tam objecte : n'avons-nous pas trouvé au chapitre ha-Boneh (Chabbat 104a), à propos des lettres MaNTsPaKh, « elles furent oubliées puis on revint les instituer », sans qu'on objecte de la sorte ? De plus, parce qu'ils étaient des maîtres de Torah, serait-il impossible que la loi de la arava ait pu être oubliée ? Rabbenou Hananel a la version « l'un des vôtres dit qu'elle est à eux ». Rabbenou Tam explique que Rabbi Yo'hanan disait à ses disciples originaires de Babel : l'un des vôtres — c'est-à-dire Rav Kahana, monté de Babel — dit qu'elle est à eux, c'est-à-dire que la arava est un minhag nevi'im. Car ils avaient coutume de parler ainsi aux disciples venus de Babel ; et de même les talmidei hakhamim venus de Babel s'adressaient aux disciples d'Erets Israël — comme nous le trouvons plus loin (Soukka 48a) : Rav Hiya bar Rav, qui était de Babel, dit « on y creuse quatre [tefahim] », ce qui vise les gens d'Erets Israël ; et Rabbi Yehochoua ben Levi, qui était d'Erets Israël, dit « on y allume la lampe », ce qui vise les Babyloniens ; de même au premier chapitre de Chabbat (9b) à propos de « dès qu'il dénoue sa ceinture ». Dès lors, l'objection d'ici se comprend parfaitement : Rabbi Yo'hanan se contredit lui-même, puisqu'il dit « yessod nevi'im » alors que « elle est à eux » laisse entendre une coutume des prophètes et non une institution. Et ainsi s'éclaire également le chapitre ha-Meguarech (Guitin 84b), sur la Michna « que fera-t-il ? il le lui reprend et le lui redonne », où Hizkia dit que c'est l'avis de Rabbi Chim'on ben Elazar, qui l'exige ainsi au chapitre ha-Zorek (Guitin 78a) à propos de « prends cet acte de dette », tandis que Rabbi Yo'hanan dit : tu peux même dire que c'est Rabbi — « les vôtres disent » : ici c'est différent, puisqu'elle l'a acquis pour qu'il soit invalide par lui. Rachi y explique que Rabbi Hiya et ses fils étaient montés de Babel, comme on le dit plus haut à la fin du premier chapitre (Soukka 20a), et que Hizkia était le fils de Rabbi Hiya ; Rabbi Yo'hanan lui disait : l'un des vôtres — c'est-à-dire Rav Kahana, monté de Babel comme lui — dit que cela s'accorde même avec Rabbi. Cela fait difficulté : Hizkia était le maître de Rabbi Yo'hanan, comme il ressort du chapitre Elou Kecharim (Chabbat 112b) ; or, lorsque Rav Kahana monta, Rabbi Yo'hanan était déjà chef de yechiva, comme il ressort de ha-Gozel Batra (Bava Kama 117a), et c'était un vieillard, puisqu'on lui souleva les sourcils. Et en règle générale Rabbi Yo'hanan ne fut pas chef de yechiva du vivant de son maître Hizkia. Et bien que nous trouvions dans ha-Kometz Rabba (Menahot 23b) que lorsque Rav Kahana monta il trouva les fils de Rabbi Hiya assis à discuter du issaron partagé et déposé dans la corbeille, qu'un tevoul yom avait touché — peut-être est-il monté deux fois : une fois du temps de Hizkia et une fois du temps de Rabbi Yo'hanan, lorsque celui-ci lui soumit tous ses doutes. Selon l'explication de Rabbenou Tam, tout s'éclaire : c'est à ses disciples venus de Babel que Rabbi Yo'hanan disait « les vôtres disent : tu peux même dire Rabbi ». Et nous trouvons de même au chapitre Ein Ma'amidin dans le Yerouchalmi, où Rabbi Yo'hanan dit à Rabbi Hiya bar Abba : ces trois choses-là sont montées de chez vous.
💡 Explication

Dernière objection du folio, laissée en suspens : la réponse commence par lo kachya (« ce n'est pas une difficulté ») et se poursuit au verso.

Tout dépend du sens de la formule araméenne dilkhon amrei dilhon hi. Pour Rachi, elle vise Rav Kahana : Rabbi Yo'hanan reconnaît devant les gens d'Erets Israël que la Torah appartient aux Babyloniens, dont la sagesse a survécu à l'exil — ce qui contredit le chekhahoum du segment précédent.

Rabbenou Tam, suivant la version de Rabbenou Hananel, lit au singulier : « l'un des vôtres dit qu'elle est à eux », c'est-à-dire que Rav Kahana la tient pour un simple minhag. La contradiction porte alors sur le statut de la arava, pas sur l'oubli de la Torah — lecture bien plus adaptée au contexte.

🖼️ Schéma
Dilkhon amrei dilhon hi : deux lectures d'une phrase énigmatique Le sens de cette formule décide si Rabbi Yo'hanan se contredit vraiment. RACHI (et Kountress) Rabbi Yo'hanan dit aux gens d'Erets Israël : je croyais la Torah à VOUS ; en fait elle est à EUX, les Babyloniens — car malgré l'exil, la sagesse du harach ve-hamasguer subsista. -> la Torah n'a PAS été oubliée à Babel Donc contradiction avec chekhahoum du seg. 9. RABBENOU TAM (version de R. Hananel) Lire dilkhon amar : L'UN DES VÔTRES dit. Rabbi Yo'hanan parle à ses disciples venus de Babel : l'un des vôtres — Rav Kahana — dit qu'elle est à eux : un simple minhag. -> contradiction yessod / minhag Objection précise et résolue au verso. Les deux objections de Rabbenou Tam à Rachi 1. Chabbat 104a dit chekhahoum ve-hazrou ve-yissadoum pour les lettres MaNTsPaKh sans qu'on objecte ainsi. 2. Être des maîtres de Torah n'empêche pas qu'une loi isolée comme celle de la arava ait pu être oubliée.
Rachi contre Rabbenou Tam : deux lectures de dilkhon amrei dilhon hi.
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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).