Sukkah 44b — L'aravah hors du Temple : coutume ou institution, sa mesure, et pourquoi on ne bénit pas

Sukkah 44b

Sougya : Le folio ouvre par la résolution de la contradiction laissée en suspens : quand Rabbi Yo'hanan dit que l'aravah est une halakha le-Moche mi-Sinaï, il parle du Temple ; quand il parle d'une institution des prophètes, il vise les gevoulin, le reste du pays. Sur ce partage se greffe l'enjeu pratique majeur, signalé par Rachi et longuement discuté par Tossefot : une tekana appelle une bénédiction, un simple minhag n'en appelle pas — d'où le débat célèbre sur le Hallel de Roch Hodech.

Rabbi Ami pose ensuite le régime autonome de l'aravah : elle a une mesure, elle se prend seule, et on ne s'acquitte pas avec celle qui est liée au loulav ; Rav Hisda au nom de Rabbi Yits'hak s'y oppose. Rav Nahman et Rav Chechet débattent de la mesure : trois tiges feuillues, ou même une seule feuille sur une seule tige.

Deux récits d'Aivou, père de Rav, montrent Rabbi Elazar bar Tsadok puis Rav battre l'aravah sans bénir — donc minhag nevi'im. Le fil d'Aivou entraîne alors deux digressions : le cas de conscience du propriétaire de vergers pendant la chemita (deux sortes de binage, l'un interdit, l'autre permis), puis la règle des trois parsaot le vendredi.

Le folio s'achève sur l'ouverture de la michna suivante : comment on disposait les loulavim au Temple.

Le fil du folio 44b : de la contradiction résolue au fil d'Aivou Un partage Temple / gevoulin, puis le régime propre de l'aravah, puis trois enseignements rapportés par le même transmetteur. Seg. 0 -- la résolution : kan be-mikdach, kan bi-gvoulin Au Temple : halakha le-Moche mi-Sinaï. Hors du Temple : institution (Rabbi Yo'hanan) ou simple coutume (Rabbi Yehochoua ben Levi) des prophètes. Nafka mina (Rachi + Tossefot) : une tekana se bénit, un minhag ne se bénit pas -- on ne peut pas dire ve-tsivanou sur un simple usage. Mouvement 1 (seg. 1-2) -- Rabbi Ami : l'aravah est une mitsva autonome Trois règles : (a) elle exige une mesure ; (b) elle se prend seule ; (c) on ne s'acquitte pas avec l'aravah liée au loulav. Question : (c) ne découle-t-il pas de (b) ? Réponse : non -- il fallait exclure même le cas où il soulève, puis soulève à nouveau avec intention. Contre-avis : Rav Hisda au nom de Rabbi Yits'hak -- on s'acquitte bien avec l'aravah du loulav. Mouvement 2 (seg. 3) -- quelle mesure ? Rav Nahman : trois tiges (badim) à feuilles fraîches. Rav Chechet : même une feuille et une tige -- corrigé en : une feuille SUR une tige. Rachi : les trois tefahim de 32b valent pour l'aravah du loulav ; l'aravah prise seule se contente du minimum -- mais l'usage est d'en prendre de belles. Mouvement 3 (seg. 4) -- la preuve par les actes : on ne bénit pas Aivou devant Rabbi Elazar bar Tsadok : il prend, il bat, il bat -- et ne bénit pas. Puis Rav lui-même : il bat, il bat -- et ne bénit pas. Conclusion des deux récits : ils tiennent que c'est un minhag nevi'im, une coutume, non une institution. Digression A (seg. 5-6) -- le fil d'Aivou : la chemita du propriétaire scrupuleux Les villageois binent ses vignes et mangent ses olives : est-ce convenable ? Non -- cela revient à payer un salaire avec des fruits de la septième année. Remède : déclarer les olives sans maître pour les pauvres, et payer le binage en monnaie de sa propre poche. Objection : le binage lui-même est-il permis ? Rav Oukva bar Hama : deux binages -- boucher les fissures (permis), vivifier l'arbre (interdit). Digression B (seg. 7-8) -- toujours Aivou : pas plus de trois parsaot le vendredi Rav Kahana, 1re version : la restriction ne vise que le retour chez soi ; à l'auberge on s'appuie sur ce qu'on porte. 2e version : même chez soi. Rav Kahana témoigne : cela m'est arrivé -- je n'ai pas même trouvé un plat de petits poissons frits. Seg. 9 -- ouverture de la michna suivante : comment on disposait les loulavim au Temple. Rav Nahman corrige le tana... (suite en 45a)
Le fil complet du folio : la résolution kan be-mikdach kan bi-gvoulin, le régime autonome de l'aravah, les deux récits d'Aivou, puis les deux digressions qu'ils entraînent.
Le statut de l'aravah -- et la question qui en dépend : faut-il bénir ? Arbre de décision issu de kan be-mikdach kan bi-gvoulin (seg. 0) et des deux récits d'Aivou (seg. 4). Où prend-on l'aravah ? Le partage de Rabbi Yo'hanan Au Temple (be-mikdach) Halakha le-Moche mi-Sinaï : loi orale sinaïtique. Sept jours, autour de l'autel -- et repousse le Chabbat. Hors du Temple (bi-gvoulin) Ce n'est plus sinaïtique : c'est l'œuvre des prophètes. Mais de quel ordre ? Deux avis s'opposent. Yessod nevi'im -- institution Rabbi Yo'hanan. Les prophètes ont institué, donc c'est une tekana en bonne et due forme. => on bénit : ve-tsivanou est disable Minhag nevi'im -- coutume Rabbi Yehochoua ben Levi. Un usage que les prophètes ont fait prendre au peuple. => on ne bénit pas Pourquoi le minhag ne se bénit pas -- l'argument de Rachi repris par Tossefot La formule de bénédiction dit acher kidechanou be-mitsvotav ve-tsivanou : Il nous a ordonné. Or un simple usage populaire n'a rien qui soit ordonné. Il n'entre même pas dans lo tassour (l'obligation d'écouter les sages), qui couvre les tekanot -- pas les coutumes. La preuve par le geste (seg. 4) : chakil, havit havit -- ve-lo berikh Rabbi Elazar bar Tsadok prend l'aravah, la bat, la bat -- et ne bénit pas. Même scène chez Rav, à qui ses petits-fils apportent une aravah. Deux maîtres, deux générations, un même silence : la pratique tranche pour minhag nevi'im.
Arbre de décision : où prend-on l'aravah, de quel statut relève-t-elle, et faut-il bénir ? La clé est la formule ve-tsivanou.
Deux mahlokot sur l'aravah prise seule : s'acquitter, et jusqu'où réduire Segments 1-3. À gauche : peut-on se servir de l'aravah déjà liée au loulav ? À droite : quelle taille minimale ? Mahloket 1 -- l'aravah du loulav Rabbi Ami On ne s'acquitte pas avec l'aravah liée au loulav -- même s'il soulève une seconde fois avec intention. Il faut qu'elle soit seule Rav Hisda / R. Yits'hak On s'acquitte bien avec l'aravah liée au loulav, le premier jour de la fête. La prise du loulav suffit Mahloket 2 -- le chiour (la mesure) Rav Nahman Trois tiges (badim), chacune portant des feuilles fraîches. Tossefot : les trois sortent d'une même souche (kelah) Rav Chechet Même une seule feuille et une seule tige -- corrigé par la Guemara : une feuille SUR une tige Sinon rien ne se voit Nafka mina de la mahloket 1 -- ce que change chaque position Pour Rabbi Ami : il faut dénouer ou se procurer une aravah à part ; la prise doit rendre manifeste (moukhah) qu'il s'agit d'une mitsva distincte. Pour Rav Hisda : la prise du loulav le premier jour emporte déjà celle de l'aravah -- aucune manipulation supplémentaire n'est requise. Attention à ne pas confondre deux chiourim -- la mise au point de Rachi Les trois tefahim enseignés plus haut (32b) concernent l'aravah du bouquet, celle qu'on lie au loulav. L'aravah dont on entourait l'autel, prise pour elle-même, se contente de très peu : kol de-hou saguei. Et pourtant, ajoute Rachi, l'usage s'est établi d'apporter de longs et beaux rameaux -- pour que la mitsva se voie be-ayin yafa.
Les deux mahlokot du corps du folio : s'acquitter avec l'aravah du loulav (Rabbi Ami / Rav Hisda) et la mesure minimale (Rav Nahman / Rav Chechet).
1
כָּאן בַּמִּקְדָּשׁ — כָּאן בְּגִבּוּלִין.

Ici — au Temple ; là — dans les gevoulin (le reste du pays, hors du Temple).

📜 Rachi (2)
בַּמִּקְדָּשׁ הֲלָכָה לְמֹשֶׁה מִסִּינַי:
« Au Temple » — halakha le-Moche mi-Sinaï (loi transmise oralement à Moché au Sinaï).
בְּגִבּוּלִין יְסוֹד נְבִיאִים:
« Dans les gevoulin » — institution des prophètes (yessod nevi'im).
🗂️ Tossefot (1)
כָּאן בַּמִּקְדָּשׁ כָּאן בַּגְּבוּלִין. בַּמִּקְדָּשׁ הֲלָכָה לְמֹשֶׁה מִסִּינַי בְּגִבּוּלִין פְּלִיגִי דְּר' יוֹחָנָן אָמַר יְסוֹד נְבִיאִים וְר' יְהוֹשֻׁעַ בֶּן לֵוִי אָמַר מִנְהַג נְבִיאִים וּפִי' בַּקְּוַנְט' דְּנָפְקָא מִינָּהּ דְּאִי תַּקָּנָה הִיא בָּעֲיָא בְּרָכָה וְאִי מִנְהָגָא לָא בָּעֲיָא דְּלֵיכָּא לְמֵימַר וְצִוָּנוּ דְּמִנְהָג בְּעָלְמָא שֶׁהִנְהִיגוּ הָעָם וְאַפֵּי' בִּכְלָל לֹא תָּסוּר לֵיתֵיהּ וְכֵן אָמְרִי' בְּסָמוּךְ חַבֵּיט חַבֵּיט וְלָא בָּרֵיךְ קָסָבַר מִנְהַג נְבִיאִים הוּא וְיֵשׁ מְדַקְדְּקִין מִתּוֹךְ כָּךְ דְּלָא מְבָרְכִינַן אַהַלֵּל דר"ח שֶׁאֵינוֹ אֶלָּא מִנְהָג בְּעָלְמָא כִּדְמוֹכַח פֶּ' בָּתְרָא דְּתַעֲנִית (דַּף כֹּח: וְשָׁם) רַב אִיקְּלַע לְבָבֶל חָזֵי דְּקָרוּ הַלֵּל בר"ח סָבַר לְאַפְסוֹקִינְהוּ שְׁמַע דְּקָא מְדַלְּגִי וְאָזְלִי אֲמַר ש"מ מִנְהַג אֲבוֹתֵיהֶם בִּידֵיהֶם וְהָא דְּקָאָמַר רַבִּי יוֹחָנָן הָתָם י"ח יוֹם יָחִיד גּוֹמֵר אֶת הַהַלֵּל בָּהֶן וּבַגּוֹלָה כ"א יוֹם לֹא מִשּׁוּם דְּלֶיהֱוֵי אַחֲרֵינִי תַּקָּנָה שֶׁיְּהוּ קוֹרִין בְּדִילּוּג אֶלָּא יָחִיד גּוֹמֵר הַייְנוּ כְּמוֹ יָחִיד קוֹרֵא דְּאוֹרְחֵיהּ דְּהַשַּׁ"ס דְּמִשְׁתַּעֵי הָכִי כִּי הַהִיא דְּתַנְיָא פ"ק דִּבְרָכוֹת (דַּף ט: וְשָׁם) ווָתִיקִין הָיוּ גּוֹמְרִין אוֹתוֹ עִם הָנֵץ הַחַמָּה ור"ת אוֹמֵר דְּאֵין רְאָיָה מֵעֲרָבָה לְהַלֵּל דַּעֲרָבָה אֵינָהּ אֶלָּא טִלְטוּל וְכֵיוָן דְּלָאו תַּקַּנְתָּא הִיא אֶלָּא מִנְהָגָא לָא חֲשִׁיבָא לְמִיקְבַּע לָהּ בְּרָכָה אֲבָל קְרִיאַת הַהַלֵּל לָא גָּרַע מִקּוֹרֵא בַּתּוֹרָה וְדִכְוָותֵיהּ אַשְׁכְּחַן דִּמְבָרְכִין אַשְּׁנֵי יָמִים טוֹבִים שֶׁל גָּלִיּוֹת וְאֵינוֹ אֶלָּא מִנְהָג בְּעָלְמָא כִּדְאִיתָא פ"ק דְּבֵיצָה (דַּף ד:) וּמִיהוּ אֵין מִזֶּה רְאָיָה דְּהָא טַעְמָא דְּאֵין מְבָרְכִין אַעֲרָבָה לָמֶ"ד מִנְהַג נְבִיאִים מִשּׁוּם דְּלָא אֶפְשָׁר לוֹמַר וְצִוָּנוּ וּב' יָמִים טוֹבִים שֶׁל גָּלִיּוֹת אֵין בָּהֶם וְצִוָּנוּ אֶלָּא קִידּוּשׁ לְהַזְכָּרַת הַיּוֹם בִּתְפִלָּה וּבִרְכַּת הַמָּזוֹן וְאִי מִשּׁוּם דִּמְבָרְכִין אַתְּקִיעַת שׁוֹפָר בי"ט שֵׁנִי שֶׁל ר"ה הָנְהוּ תַּקַּנְתָּא נִינְהוּ וַחֲמִירִי מב' יָמִים טוֹבִים שֶׁל גָּלִיּוֹת לְעִנְיַן בֵּיצָה קְדֻושָּׁה אַחַת נִינְהוּ כִּדְמוֹכַח בפ"ק דְּבֵיצָה (דַּף ד:) הִזָּהֲרוּ בְּמִנְהַג אֲבוֹתֵיהֶם בִּידֵיכֶם וְעוֹד מְדַקְדֵּק ר"ת מִמַּסֶּכֶת בְּרָכוֹת פֶּרֶק הָיָה קוֹרֵא (בְּרָכוֹת דַּף יד.) דְּמַיְיתִי רְאָיָה דְּאֵין מַפְסִיקִין בְּהַלֵּל מֵרַב בַּר שְׁבָא דְּאִיקְּלַע לְבֵי דְּרָבִינָא בְּיָמִים שֶׁאֵין הַיָּחִיד גּוֹמֵר בָּהֶן אֶת הַהַלֵּל וְלָא אִיפְּסִיק וּמְשַׁנֵּי שָׁאנֵי רַב בַּר שְׁבָא דְּלָא חֲשִׁיב עֲלֵיהּ דְּרָבִינָא וְאִם אֵין מְבָרְכִין עָלָיו מָה הַפְסָקָה שַׁיָּיךְ בּוֹ וְעוֹד רְאָיָה מֵהַהִיא עֻובְדָּא דְּתַעֲנִית (דַּף כֹּח: וְשָׁם) מֵעֻובְדָּא דְּרַב דְּאָמַר סָבַר לְאַפְסוֹקִינְהוּ דְּמַשְׁמַע דִּמְבָרְכִי דְּאִי לָא מְבָרְכִי הָיָה לוֹ לֵידַע שֶׁהוּא מִנְהַג אֲבוֹתֵיהֶם וּסְתָמָא לֹא בְּאֶמְצַע הַלֵּל אִיקְּלַע מִדְּקָאָמַר רַב אִיקְּלַע לְבָבֶל וְלָא קָאָמַר אִיקְּלַע לְבֵי כְּנִישְׁתָּא וְכִי תֵּימָא אַכַּתִּי מִכֵּיוָן דִּמְבָרְכִי לִקְרוֹת הָיָה לוֹ לֵידַע דִּמְדַלְּגִי וְאַמַּאי סָבַר לְאַפְסוֹקִינְהוּ הָא לָאו מִילְּתָא הִיא שֶׁאֲפִילּוּ כְּשֶׁגּוֹמְרִים אֶת הַהַלֵּל יָכוֹל לְבָרֵךְ לִקְרוֹת אֶת הַהַלֵּל כְּמוֹ שֶׁמְּבָרְכִין לִקְרוֹת מְגִילָּה וּמַה שֶׁנּוֹהֲגִין עַכְשָׁיו לְבָרֵךְ אַהִלֵּל לִגְמֹור כְּשֶׁגּוֹמְרִין וּמְבָרְכִין לִקְרוֹת כְּשֶׁמְּדַלְּגִין לְסִימָן בְּעָלְמָא נוֹהֲגִין כֵּן וּבֵין בָּזֶה וּבֵין בָּזֶה יְכוֹלִין לְבָרֵךְ לִקְרוֹת וְלִגְמֹור וא"ת הָא דִּנְקַט י"ח יוֹם שֶׁיָּחִיד גּוֹמֵר בָּהֶן אֶת הַהַלֵּל אַמַּאי נְקַט יָחִיד דְּמַשְׁמַע אֲבָל צִבּוּר גּוֹמְרִין אוֹתָהּ אַפֵּי' בִּשְׁאָר יְמוֹת הַשָּׁנָה וְהָא עֻובְדָּא דְּרַב בְּצִבּוּר הֲוָה וְאַפֵּ"ה מְדַלְּגִי וְשֶׁמָּא לִרְבוּתָא נְקַט יָחִיד דְּאַפֵּי' יָחִיד בִּפְנֵי עַצְמוֹ גּוֹמְרוֹ וְעוֹד י"ל דְּאַפֵּי' צִבּוּר שֶׁאֵין שָׁם כָּל יִשְׂרָאֵל יָחִיד קָרֵי לְהוּ מִשּׁוּם דְּאָמְרִינַן בְּעַרְבֵי פְּסָחִים (דַּף קיז.) נְבִיאִים אֲמָרוּהוּ וְתִיקְּנוּ לָהֶם לְיִשְׂרָאֵל שֶׁיְּהוּ אוֹמְרִים אוֹתוֹ עַל כָּל פֶּרֶק וּפֶרֶק עַל כָּל צָרָה וְצָרָה שֶׁלֹּא תָּבֹא עֲלֵיהֶן וּכְשֶׁנִּגְאָלִין אוֹמְרִין אוֹתוֹ עַל גְּאֻולָּתָן וּלְכָךְ נְקַט יָחִיד דְּכִי לֵיכָּא כָּל יִשְׂרָאֵל אֵין גּוֹמְרִין אוֹתוֹ אֶלָּא בְּאֵלּוּ הַיָּמִים אֲבָל לִגְאֻולַּת כָּל יִשְׂרָאֵל אוֹמְרִים אוֹתוֹ לְעוֹלָם וְהָא דְּתַנְיָא הָתָם בְּתַעֲנִית יָחִיד לֹא יַתְחִיל וְאִם הִתְחִיל גּוֹמֵר כִּי לֵיכָּא כָּל יִשְׂרָאֵל קָרֵי לֵיהּ יָחִיד אַפֵּי' צִבּוּר אִם נִגְאֲלוּ מִן הַצָּרָה וְהִתְחִילוּ הָיוּ גּוֹמְרִין אוֹתוֹ ור"ח פִּי' לֹא יַתְחִיל בִּבְרָכָה: [וְע"ע תּוֹסְ' עֲרָכִין יוֹד. ד"ה י"ח יָמִים ותוס' בְּרָכוֹת יד. ד"ה יָמִים ותוס' תַּעֲנִית כח: ד"ה אָמַר]:
« Ici au Temple, ici dans les gevoulin. » Au Temple, c'est une halakha le-Moche mi-Sinaï ; c'est sur les gevoulin qu'ils divergent, car Rabbi Yo'hanan dit : institution des prophètes (yessod nevi'im), et Rabbi Yehochoua ben Levi dit : coutume des prophètes (minhag nevi'im). Et Rachi a expliqué que la différence pratique (nafka mina) est la suivante : si c'est une institution (tekana), elle requiert une bénédiction ; si ce n'est qu'une coutume, elle n'en requiert pas — car on ne peut pas dire « et Il nous a ordonné » (ve-tsivanou) sur un simple usage que l'on a fait prendre au peuple, lequel n'entre même pas dans le champ de « tu ne t'écarteras pas » (lo tassour). Et de même disons-nous plus loin : « il la battit, il la battit, et ne bénit pas — il tenait que c'est une coutume des prophètes. » Certains en déduisent par un raisonnement serré qu'on ne bénit pas sur le Hallel de Roch Hodech, qui n'est qu'une simple coutume, comme il ressort du dernier chapitre de Taanit (28b) : Rav arriva en Babylonie, il vit qu'ils lisaient le Hallel à Roch Hodech, il songea à les interrompre ; il entendit qu'ils sautaient des passages et il dit : j'en conclus que c'est la coutume de leurs pères qui est entre leurs mains. Et ce que Rabbi Yo'hanan dit là-bas — « dix-huit jours pendant lesquels l'individu achève le Hallel, et vingt et un en diaspora » — ne signifie pas qu'il y aurait pour les autres jours une institution de le lire en sautant des passages ; mais « l'individu achève » équivaut à « l'individu lit », car c'est ainsi que s'exprime habituellement le Talmud, comme dans ce qui est enseigné au premier chapitre de Berakhot (9b) : « les hommes scrupuleux l'achevaient au lever du soleil ». Et Rabbenou Tam dit qu'on ne peut rien déduire de l'aravah pour le Hallel : l'aravah n'est qu'un simple maniement (tiltoul), et puisque ce n'est pas une institution mais une coutume, elle n'a pas assez de poids pour qu'on lui fixe une bénédiction ; tandis que la lecture du Hallel n'est pas moindre que la lecture publique de la Torah. Et nous trouvons un cas semblable : on bénit lors des deux jours de fête de la diaspora, qui ne sont pourtant qu'une simple coutume, comme il est dit au premier chapitre de Beitsa (4b). Toutefois cela ne constitue pas une preuve : car la raison pour laquelle on ne bénit pas sur l'aravah, selon celui qui dit « coutume des prophètes », c'est qu'il est impossible de dire ve-tsivanou ; or dans les deux jours de fête de la diaspora il n'y a pas de ve-tsivanou, mais seulement le kidouch, qui est une mention du jour dans la prière et dans les actions de grâces. Et si l'on objecte qu'on bénit sur la sonnerie du chofar au second jour de Roch Hachana — ceux-là sont des institutions, et plus graves que les deux jours de fête de la diaspora ; quant à l'œuf, ils forment une seule sancteté, comme il ressort du premier chapitre de Beitsa (4b) : « prenez garde à la coutume de vos pères qui est entre vos mains ». Rabbenou Tam déduit encore un argument du traité Berakhot, chapitre Haya kore (14a), où l'on apporte la preuve qu'on n'interrompt pas au milieu du Hallel à partir de Rav bar Chabba, qui se trouva chez Ravina lors des jours où l'individu n'achève pas le Hallel, et il n'interrompit pas ; et l'on répond : Rav bar Chabba est un cas particulier, car il n'était pas important aux yeux de Ravina. Or si l'on ne bénissait pas sur ce Hallel, de quelle interruption pourrait-il s'agir ? Autre preuve tirée du même récit de Taanit (28b) : Rav dit qu'il songea à les interrompre — ce qui implique qu'ils bénissaient ; car s'ils ne bénissaient pas, il aurait dû savoir que c'était la coutume de leurs pères. Et il n'est pas vraisemblable qu'il soit arrivé au beau milieu du Hallel, puisqu'il est dit « Rav arriva en Babylonie » et non « il arriva à la synagogue ». Et si tu dis : puisqu'ils bénissaient « de lire », il aurait dû savoir qu'ils sautaient des passages — pourquoi donc songea-t-il à les interrompre ? Cet argument ne tient pas, car même lorsqu'on achève le Hallel on peut bénir « de lire le Hallel », comme on bénit « de lire la meguila ». Quant à l'usage actuel de bénir « d'achever » quand on achève et « de lire » quand on saute, ce n'est qu'un simple signe distinctif : dans l'un et l'autre cas on pourrait dire « de lire » comme « d'achever ». Et si tu objectes : pourquoi dire « dix-huit jours pendant lesquels l'individu achève le Hallel » — pourquoi préciser « l'individu », ce qui laisse entendre que la communauté, elle, l'achèverait même les autres jours de l'année, alors que le récit de Rav se passait en communauté et qu'ils sautaient pourtant des passages ? Peut-être a-t-il dit « l'individu » pour renforcer le propos : même un individu seul l'achève. On peut encore répondre que même une communauté qui ne représente pas tout Israël est appelée « individu », car nous disons au chapitre Arvei Pessahim (117a) : les prophètes l'ont institué pour Israël, afin qu'ils le disent à chaque époque et pour chaque détresse qui ne viendra pas sur eux, et lorsqu'ils sont délivrés ils le disent sur leur délivrance. C'est pourquoi il a dit « l'individu » : lorsque tout Israël n'est pas là, on ne l'achève que ces jours-là ; mais pour la délivrance de tout Israël, on le dit toujours. Et ce qui est enseigné là-bas dans Taanit — « l'individu ne commencera pas, et s'il a commencé il achève » — appelle « individu » celui pour qui tout Israël n'est pas là ; même une communauté, si elle est délivrée de sa détresse et a commencé, achevait. Et Rabbenou Hananel a expliqué : « il ne commencera pas » — par la bénédiction. [Voir encore Tossefot Arakhin 10a s.v. dix-huit jours, Tossefot Berakhot 14a s.v. jours, et Tossefot Taanit 28b s.v. il dit.]
💡 Explication

Ce segment résout la contradiction laissée ouverte par le folio précédent. Rabbi Yo'hanan avait été rapporté tantôt comme disant que l'aravah est une halakha le-Moche mi-Sinaï (une loi orale remontant à Moché au Sinaï), tantôt comme la fondant sur les prophètes. La Guemara distingue les lieux : l'aravah du Temple, celle qu'on dressait autour de l'autel sept jours durant, est sinaïtique ; l'aravah prise bi-gvoulin, c'est-à-dire partout ailleurs, ne l'est pas.

Toute la suite du folio dépend de ce partage. Car ce qui reste en débat pour les gevoulin — yessod nevi'im (institution des prophètes) selon Rabbi Yo'hanan, minhag nevi'im (simple coutume qu'ils ont fait prendre) selon Rabbi Yehochoua ben Levi — commande une question très concrète : récite-t-on une bénédiction ? Rachi le dit en deux mots, Tossefot en fait une discussion entière.

2
אָמַר רַבִּי אַמִּי: עֲרָבָה צְרִיכָה שִׁיעוּר, וְאֵינָהּ נִיטֶּלֶת אֶלָּא בִּפְנֵי עַצְמָהּ, וְאֵין אָדָם יוֹצֵא יְדֵי חוֹבָתוֹ בָּעֲרָבָה שֶׁבַּלּוּלָב. כֵּיוָן דְּאָמַר מָר אֵינָהּ נִיטֶּלֶת אֶלָּא בִּפְנֵי עַצְמָהּ, פְּשִׁיטָא דְּאֵין אָדָם יוֹצֵא בָּעֲרָבָה שֶׁבַּלּוּלָב!

Rabbi Ami a dit : l'aravah requiert une mesure (chiour) ; elle ne se prend qu'à elle seule ; et nul ne s'acquitte de son obligation avec l'aravah qui est dans le loulav. — Dès lors que le Maître a dit qu'elle ne se prend qu'à elle seule, il va de soi que nul ne s'acquitte avec l'aravah qui est dans le loulav !

📜 Rachi (2)
עֲרָבָה צְרִיכָה שִׁיעוּר לְקַמָּן מְפָרֵשׁ שִׁיעוּרָהּ:
« L'aravah requiert une mesure » — la Guemara précisera plus loin quelle est cette mesure.
אֵינָהּ נִיטֶּלֶת אֶלָּא בִּפְנֵי עַצְמָהּ אֵין דָּבָר אַחֵר נֶאֱגָד עִמָּהּ דְּמוּכָח שֶׁהִיא מִצְוָה:
« Elle ne se prend qu'à elle seule » — aucune autre espèce n'est liée avec elle, de sorte qu'il soit manifeste qu'elle constitue une mitsva à part entière.
🗂️ Tossefot (1)
וְאֵינָהּ נִיטֶּלֶת אֶלָּא בִּפְנֵי עַצְמָהּ. לֹא שֶׁיֶּאֱסֹור לִיטֹּול הָעֲרָבָה עִם הַלּוּלָב דְּלָא מַיְירֵי אֶלָּא בַּאֲגִידִי בַּהֲדֵי הֲדָדֵי:
« Et elle ne se prend qu'à elle seule. » Cela ne signifie pas qu'il serait interdit de prendre l'aravah en même temps que le loulav : il n'est question ici que du cas où elles sont liées ensemble.
💡 Explication

Rabbi Ami énonce trois règles d'un coup, qui dessinent le régime propre de l'aravah des gevoulin. D'abord elle a une mesure minimale — la Guemara y reviendra au segment 3. Ensuite elle ne se prend qu'à elle seule : selon Rachi, aucune autre espèce ne doit lui être liée, afin qu'il soit manifeste (moukhah) qu'il s'agit d'une mitsva distincte et non d'un accessoire du bouquet. Enfin, on ne s'acquitte pas avec l'aravah déjà liée au loulav.

La Guemara oppose aussitôt que la troisième règle semble redondante : si l'aravah doit être prise seule, il est évident qu'une aravah ligotée dans le bouquet ne convient pas. La réponse viendra au segment suivant — il fallait exclure un cas particulier auquel on n'aurait pas pensé.

3
מַהוּ דְתֵימָא: הָנֵי מִילֵּי הֵיכָא דְּלָא אַגְבְּהַיהּ וַהֲדַר אַגְבְּהַיהּ, אֲבָל אַגְבְּהַיהּ וַהֲדַר אַגְבְּהַיהּ — אֵימָא לָא, קָא מַשְׁמָע לַן. וְרַב חִסְדָּא אָמַר רַבִּי יִצְחָק: אָדָם יוֹצֵא יְדֵי חוֹבָתוֹ בָּעֲרָבָה שֶׁבַּלּוּלָב (בְּיוֹם טוֹב הָרִאשׁוֹן שֶׁל חַג).

Il fallait l'énoncer, de peur que tu ne dises : cela ne vaut que là où il ne l'a pas soulevée puis soulevée de nouveau ; mais s'il l'a soulevée [pour le loulav] puis soulevée de nouveau [pour l'aravah], dis qu'il n'en va pas ainsi [et qu'il s'acquitte] — il nous l'enseigne donc. Et Rav Hisda a dit au nom de Rabbi Yits'hak : on s'acquitte de son obligation avec l'aravah qui est dans le loulav (le premier jour de fête de la fête).

📜 Rachi (1)
אֲבָל הֵיכָא דְּאַגְבְּהֵיהּ לְשֵׁם נְטִילַת לוּלָב וַהֲדַר אַגְבְּהֵיהּ לְשֵׁם עֲרָבָה אֵימָא לִיפּוֹק בָּהּ דְּאִיכָּא הוֹכָחָה טוּבָא:
« Mais là où il l'a soulevée » — en vue de la prise du loulav, puis l'a soulevée de nouveau en vue de l'aravah : dis qu'il s'en acquitte, car il y a là une preuve tout à fait manifeste [de son intention].
💡 Explication

La réponse de la Guemara isole le cas limite : celui qui soulève le bouquet une première fois avec l'intention du loulav, puis le soulève une seconde fois avec l'intention expresse de l'aravah. Comme l'explique Rachi, ce second geste constitue une preuve manifeste de son intention : on aurait pu croire qu'il supplée à l'absence de séparation matérielle. Rabbi Ami enseigne que non — c'est la séparation physique, non l'intention, qui est requise.

Rav Hisda, au nom de Rabbi Yits'hak, prend le contre-pied : on s'acquitte bel et bien avec l'aravah du loulav, du moins le premier jour de fête. Le Roch (segment 5) rapportera que cette divergence a durablement partagé les décisionnaires — Maimonide tranchant comme Rabbi Ami, le Raavia comme Rav Hisda.

4
וְכַמָּה שִׁיעוּרָהּ? אָמַר רַב נַחְמָן: שְׁלֹשָׁה בַּדֵּי עָלִין לַחִין. וְרַב שֵׁשֶׁת אָמַר: אֲפִילּוּ עָלֶה אֶחָד וּבַד אֶחָד. עָלֶה אֶחָד וּבַד אֶחָד סָלְקָא דַּעְתָּךְ?! אֶלָּא אֵימָא: אֲפִילּוּ עָלֶה אֶחָד בְּבַד אֶחָד.

Et quelle est sa mesure ? Rav Nahman a dit : trois tiges (badim) portant des feuilles fraîches.

Et Rav Chechet a dit : même une seule feuille et une seule tige. — Une seule feuille et une seule tige, cela te viendrait-il à l'esprit ?! Dis plutôt : même une seule feuille sur une seule tige.

📜 Rachi (4)
וְכַמָּה שִׁיעוּר' דַּאֲמַרַן לְעֵיל צְרִיכָה שִׁיעוּר:
« Et quelle est sa mesure » — puisque nous avons dit plus haut qu'elle requiert une mesure.
שְׁלֹשָׁה בַּדֵּי שֶׁיֵּשׁ בְּכָל אֶחָד עָלִין לַחִין:
« Trois tiges » — chacune portant des feuilles fraîches.
עָלֶה אֶחָד וּבַד אֶחָד ס"ד עֲלָהּ מַשְׁמַע בְּלֹא בַּד וּבַד בְּלֹא עָלָה וּמַאי לְקִיחָה בַּעְלָהּ בְּלֹא בַּד הָא לָא מִינְּכַר:
« Une seule feuille et une seule tige, cela te viendrait-il à l'esprit » — « une feuille » sous-entend sans tige, et « une tige » sans feuille ; or quelle prise (lekiha) y a-t-il dans une feuille sans tige ? Cela ne se remarque pas.
עָלֶה אֶחָד בְּבַד אֶחָד בַּד אֶחָד וּבוֹ עָלֶה אֶחָד וְדַיּוֹ וְכִי אָמְרִינַן לְעֵיל (סֻוכָּה דַּף לב:) ג' טְפָחִים לְגַבֵּי לוּלָב הוּא דְּאָמְרִינַן שֶׁתְּהֵא עֲרָבָה אֲרֻוכָּה שְׁלֹשָׁה טְפָחִים אֲבָל עֲרָבָה שֶׁהָיוּ מַקִּיפִין בָּהּ בִּפְנֵי עַצְמָהּ כָּל דְּהוּ סַגִּי וְהַשְׁתָּא נָהֲגוּ לְהָבִיא מֻורְבִּיּוֹת עֲנָפִים אֲרֻוכִּים וְיָפִים שֶׁמִּנַּכְרָא מִצְוָה בְּעַיִן יָפָה:
« Une seule feuille sur une seule tige » — une tige unique portant une seule feuille, et cela suffit. Et lorsque nous avons dit plus haut (Soucca 32b) « trois tefahim », c'est à propos du loulav que nous l'avons dit — que l'aravah [du bouquet] doit avoir trois tefahim de long ; mais l'aravah dont on entourait [l'autel], prise pour elle-même, se contente de n'importe quelle taille. Et désormais l'usage s'est établi d'apporter des rameaux, des branches longues et belles, afin que la mitsva se voie avec générosité (be-ayin yafa).
🗂️ Tossefot (1)
שְׁלֹשָׁה בַּדֵּי עָלִין לַחִין. שֶׁשְּׁלֹשָׁה בְּדִין יוֹצְאִין מְקַלֵּחַ אֶחָד:
« Trois tiges portant des feuilles fraîches. » C'est-à-dire que les trois tiges sortent d'une même souche (kelah).
💡 Explication

Reste à chiffrer la mesure annoncée par Rabbi Ami. Rav Nahman exige trois tiges — trois badim pourvus de feuilles encore fraîches ; Tossefot précise qu'elles doivent sortir d'une même souche. Rav Chechet se contente d'une feuille et d'une tige.

La Guemara refuse la lecture littérale : « une feuille ET une tige » supposerait une feuille détachée à côté d'une tige nue, et une telle prise ne se remarque pas — le raisonnement joue sur le mot minkar, ce qui se voit. Elle corrige donc en « une feuille sur une tige ». Rachi ajoute une mise au point importante : les trois tefahim enseignés en 32b concernent l'aravah du bouquet, non celle qu'on prend seule ; celle-ci se contente de très peu. L'usage, toutefois, s'est établi d'apporter de longs et beaux rameaux, pour que la mitsva se voie be-ayin yafa.

🖼️ Schéma
Quelle mesure pour l'aravah prise seule ? Trois états successifs de la question : Rav Nahman, Rav Chechet tel quel, Rav Chechet corrigé. Rav Nahman Trois badim à feuilles fraîches Tossefot : issus d'une même souche Rav Chechet -- lu tel quel Une feuille ET une tige, séparées tige nue feuille seule Rejeté : une prise pareille ne se voit pas Rav Chechet -- corrigé Une feuille SUR une tige La feuille tient à la tige : la lekiha se voit Le mot-clé du raisonnement : minkar -- ce qui se remarque. Ce qui n'a pas d'apparence de prise ne peut pas être un acte de mitsva.
Les trois états de la question du chiour : trois tiges feuillues, la lecture rejetée, puis la lecture corrigée.
5
אָמַר אַייְּבוּ: הֲוָה קָאֵימְנָא קַמֵּיהּ דְּרַבִּי אֶלְעָזָר בַּר צָדוֹק וְאַיְיתִי הָהוּא גַּבְרָא עֲרָבָה קַמֵּיהּ. שְׁקִיל, חַבֵּיט חַבֵּיט, וְלָא בְּרִיךְ. קָסָבַר מִנְהַג נְבִיאִים הוּא. אַיְיבוּ וְחִזְקִיָּה בְּנֵי בְּרַתֵּיה דְּרַב אַייְתוֹ עֲרָבָה לְקַמֵּיהּ דְּרַב, חַבֵּיט חַבֵּיט, וְלָא בְּרִיךְ. קָא סָבַר מִנְהַג נְבִיאִים הוּא.

Aivou a dit : je me tenais devant Rabbi Elazar bar Tsadok, et un certain homme apporta une aravah devant lui. Il la prit, la battit, la battit, et ne bénit pas — il tenait que c'est une coutume des prophètes.

Aivou et Hizkiya, les fils de la fille de Rav, apportèrent une aravah devant Rav ; il la battit, la battit, et ne bénit pas — il tenait que c'est une coutume des prophètes.

📜 Rachi (3)
אַייְּבוּ אֲבוּהַּ דְּרַב:
« Aivou » — le père de Rav.
חַבֵּיט חַבֵּיט לְשׁוֹן נִיעְנוּעַ:
« Il la battit, il la battit » — expression désignant le balancement (nianoua).
מִנְהַג נְבִיאִים הִיא בְּגִבּוּלִין וְלֹא יְסוֹד נְבִיאִים הִלְכָּךְ אֵינָהּ צְרִיכָה בְּרָכָה:
« C'est une coutume des prophètes » — dans les gevoulin, et non une institution des prophètes ; c'est pourquoi elle ne requiert pas de bénédiction.
💡 Explication

Après l'argumentation vient la preuve par le geste. Deux scènes parallèles, rapportées par le même témoin — Aivou, qui n'est autre, précise Rachi, que le père de Rav. Dans les deux cas le maître prend l'aravah, la bat (havit, que Rachi glose comme un mouvement de balancement, nianoua), et s'abstient de bénir.

Ce silence est le vrai enseignement du récit : il tranche en faveur de minhag nevi'im. Si l'aravah des gevoulin était une institution, elle appellerait une bénédiction ; l'absence de bénédiction, chez deux maîtres de deux générations, révèle qu'ils la tiennent pour une simple coutume.

6
אָמַר אַייְּבוּ: הֲוָה קָאֵימְנָא קַמֵּיהּ דְּרַבִּי אֶלְעָזָר בַּר צָדוֹק, אֲתָא לְקַמֵּיהּ הָהוּא גַּבְרָא, אֲמַר לֵיהּ: קִרְייָתָא אִית לִי, כַּרְמַיָּא אִית לִי, זֵיתַיָּא אִית לִי, וְאָתוּ בְּנֵי קִרְיָיתָא וּמְקַשְׁקְשִׁין בְּכַרְמַיָּא וְאָוכְלִין בְּזֵיתַיָּא — אֲרִיךְ אוֹ לָא אֲרִיךְ? אֲמַר לֵיהּ: לָא אֲרִיךְ. הֲוָה קָא שָׁבֵיק לֵיהּ וְאָזֵיל. אֲמַר: כְּדוּ הֲוֵיתִי דָּייַר בְּאַרְעָא הָדָא אַרְבְּעִין שְׁנִין, וְלָא חֲמֵיתִי בַּר אִינָשׁ מְהַלֵּךְ בְּאָרְחָן דְּתָקְנָן כְּדֵין. הָדַר וְאָתֵי וְאָמַר לֵיהּ: מַאי מֶיעְבָּד? אֲמַר לֵיהּ: אַפְקַר זֵיתַיָּא לְחָשׁוֹכַיָּא, וְתֵן פְּרִיטַיָּא לְקַשְׁקוֹשֵׁי כְּרָמִים.

Aivou a dit : je me tenais devant Rabbi Elazar bar Tsadok ; un certain homme vint devant lui et lui dit : j'ai des villages, j'ai des vignes, j'ai des oliviers ; or les gens des villages viennent biner mes vignes et mangent de mes olives — est-ce convenable ou non convenable ? Il lui répondit : ce n'est pas convenable.

L'homme le quittait et s'en allait. [Rabbi Elazar bar Tsadok] dit : voilà déjà quarante ans que j'habite ce pays, et je n'ai pas vu d'homme marcher dans des voies aussi droites que celui-ci.

L'homme revint et lui dit : que dois-je faire ? Il lui répondit : déclare les olives sans maître (hefker) pour les pauvres, et donne des peroutot (piécettes) pour le binage des vignes.

📜 Rachi (10)
קִרְייָתָא אִית לִי כְּפָרִים וְיוֹשְׁבֵיהֶם:
« J'ai des villages » — des hameaux et leurs habitants.
וּמְקַשְׁקְשִׁין בְּכַרְמַיָּא עוֹדְרִין אֶת הַכְּרָמִים בַּשְּׁבִיעִית:
« Et ils binent les vignes » — ils sarclent les vignes pendant la septième année.
וְאָכְלִי זֵיתַיָּא בִּשְׂכַר חֲפִירַת הַכְּרָמִים וְאֵינָן מַפְקִירִין לַעֲנִיִּים:
« Et ils mangent les olives » — en rémunération du bêchage des vignes, et [le propriétaire] ne les déclare pas sans maître pour les pauvres.
אֲרִיךְ אוֹ לָא אֲרִיךְ טוֹב לַעֲשׂוֹת כֵּן אוֹ לָא אֲרִיךְ לְשׁוֹן דָּבָר הָגוּן וּבְעֶזְרָא (ד) יֵשׁ לוֹ דּוֹמֶה וְעַרְוַת מַלְכָּא לָא אֲרִיךְ לַנָא לְמִיחְזֵי:
« Est-ce convenable ou non convenable » — est-il bon d'agir ainsi, ou non ? Arikh est un terme désignant ce qui est séant ; il a un équivalent dans Ezra (4,14) : « il ne nous est pas convenable (lo arikh lana) de voir la nudité du roi ».
א"ל לָא אֲרִיךְ לְפִי שֶׁאַתָּה פּוֹרֵעַ פְּעֻולָּתָם מִפֵּירוֹת שְׁבִיעִי' וְהַתּוֹרָה אָמְרָה לְאָכְלָה וְלֹא לִסְחוֹרָה אֲבָל הַקִּשְׁקוּשׁ מֻותָּר כְּדִלְקַמָּן:
« Il lui dit : ce n'est pas convenable » — parce que tu rétribues leur travail avec des fruits de la septième année, alors que la Torah a dit « pour manger » (le-okhla) et non pour en faire commerce. Le binage, en revanche, est permis, comme il ressort de la suite.
א"ר אֶלְעָזָר בַּר צָדוֹק כַּדּוּ הֲוֵיתִי דְּאִיָּר כְּבָר עָבְרוּ מ' שָׁנָה שֶׁאֲנִי דָּר בָּאָרֶץ הַזֹּאת:
« Rabbi Elazar bar Tsadok dit : voilà déjà que j'habite » — voilà déjà quarante ans passés que j'habite ce pays.
וְלָא חֲמֵיתִי בַּר אִינָשׁ לֹא רָאִיתִי בֶּן אָדָם:
« Et je n'ai pas vu d'homme » — je n'ai pas vu de fils d'Adam.
דִּמְהַלֵּךְ בְּאוֹרְחָא דְּתָקְנָן כְּדִין שֶׁמְּהַלֵּךְ בַּדֶּרֶךְ יָשָׁר כְּאָדָם זֶה:
« Qui marche dans une voie aussi droite que celle-ci » — qui marche dans un chemin droit comme cet homme.
אַפְקַר זֵיתַיָּא לְחָשׁוֹכַיָּא לַעֲנִיִּים:
« Déclare les olives sans maître pour les ténébreux » — pour les pauvres.
וְהַב פְּרִיטַיָּא וְתֵן פְּרוּטוֹת מִכִּיסְךָ לְקַשְׁקֵשׁ הַכְּרָמִים:
« Et donne des peroutot » — et donne des piécettes de ta bourse pour le binage des vignes.
🪔 Ben Yehoyada (2)
כַּרְמַיָּא אִית לִי, זֵיתַיָּא אִית לִי. יֵשׁ לְהַקְשׁוֹת לָמָּה הֶאֱרִיךְ לוֹמַר 'אִית לִי' בְּכָל חַד וְחַד וַהֲוָה לֵיהּ לְמֵימַר 'אִית לִי קָרִיתָא וְכַרְמַיָּא וְזֵיתַיָּא'? וְנִרְאֶה לִי בס"ד דְּאוֹתוֹ הַשּׁוֹאֵל הֲוָה חַכִּים וְרָמַז בְּנֻוסַּח שְׁאֵלָתוֹ צִדְדֵי הַסָּפֵק שֶׁיֵּשׁ בְּהַאי עֻובְדָּא וְהוּא כִּי מַעֲשֶׂה שֶׁהָיָה כָּךְ הָיָה שֶׁבַּתְּחִלָּה לֹא הָיָה לוֹ כַּרְמַיָּיא וְזֵיתַייָּא אֶלָּא רַק קִרְייָתָא שֶׁהַכְּפָר הוּא מִמְּקוֹם שָׂדוֹת בִּלְבַד שֶׁהַיּוֹשְׁבִים שָׁם עִסְקֵיהֶם לִזְרֹועַ בְּאוֹתָם הַשָּׂדוֹת וְלָתֵת חֵלֶק הַקַּרְקַע לְבַעַל הַקַּרְקַע וְהֵם דָּרִים שָׁם בְּכָל הַשָּׁנָה וּמָקוֹם שֶׁהֵם דָּרִים עָלָיו הוּא גַּם כֵּן שֶׁל בַּעַל הַקִּרְיָיתָא הַהוּא כִּי הַקַּרְקַע כֻּולָּהּ שֶׁלּוֹ וּבָאִים עוֹבְדֵי הָאֲדָמָה לִזְרֹועַ שָׁם כְּמוֹ שֶׁיֵּשׁ עַתָּה בִּמְקוֹמוֹת אֵלּוּ אֲשֶׁר עַל נְהַר חִדֶּקֶל וְעַל נְהַר פְּרָת וּמְקוֹמוֹת אֵלּוּ שֶׁהוּא מְקוֹם הַזְּרִיעָה נִקְרָאִים קִרְיָיתָא, וּכְמוֹ שֶׁאָמְרוּ בִּפְסָחִים (פְּסָחִים ג:) 'יוֹחָנָן חָקוֹקָאָה נְפַק לְקִרְיָיתָא' וּפֵירֵשׁ רַשִׁ"י לַכְּפָרִים לִרְאוֹת בַּתְּבוּאוֹת וְאָמְרוּ לֵיהּ חִיטִּין נַעֲשׂוּ יָפוֹת וְכוּ', עַייֵּן שָׁם. וְהִנֵּה הָאָדוֹן הַזֶּה בַּעַל הַקִּרְייָתָא הַנִּזְכָּר לֹא הָיָה לוֹ נְטִיעוֹת שֶׁל כְּרָמִים וְלֹא הָיָה לוֹ עֲדַייִן נְטִיעוֹת שֶׁל זֵיתִים אַךְ אַחֲרֵי זֶה עָשָׂה שָׁם נְטִיעוֹת שֶׁל כְּרָמִים בִּלְבַד וְהָיָה נַעֲשָׂה עִידּוּר הַכְּרָמִים עַל יְדֵי הָאֲנָשִׁים הַדָּרִים שָׁם שֶׁהָיוּ עוֹסְקִין בַּשָּׂדוֹת לִזְרֹועַ וְנוֹתְנִים לָאָדוֹן הַהוּא חֵלֶק בַּקַּרְקַע מִן הַתְּבוּאוֹת הַיּוֹצְאִין מִשָּׁם כַּנָּהוּג, וְהֵם כְּשֶׁהָיוּ עוֹסְקִין בְּעִידּוּר הַכְּרָמִים שֶׁלּוֹ לֹא הָיוּ נוֹטְלִין מִמֶּנּוּ שָׂכָר מִפְּנֵי שֶׁהֵם הָיוּ דָּרִים בַּקַּרְקַע שֶׁלּוֹ וְעוֹסְקִים וְזוֹרְעִים בַּקַּרְקַע שֶׁלּוֹ וְנֶחְשָׁבִים כְּמוֹ מְשָׁרְתָיו וּפוֹעֲלָיו, וְלָכֵן אָמַר כַּרְמַיָּא אִית לִי וְלֹא כְּלָלָם עִם קִרְיָיתָא כְּדֵי לְהוֹדִיעוֹ כִּי מִתְּחִלָּה לֹא הָיָה לוֹ אֶלָּא קִרְיָיתָא וְאַחֲרֵי זֶה נַעֲשָׂה לוֹ שֵׁם כַּרְמַייָּא בִּלְבַד, וְאַחֲרֵי זֶה נַעֲשָׂה לוֹ זֵיתַיָּיא שֶׁנָּטַע זֵיתִים, וְלָכֵן אָמַר חֲלֻוקָּה זוֹ בִּפְנֵי עַצְמוֹ זֵיתַיָּא אִית לִי וְהָיוּ אוֹתָם אֲנָשִׁים הַדָּרִים שָׁם עוֹסְקִין לוֹ בְּאֵלּוּ הַזֵּיתִים, אַךְ בַּשָּׁנָה הַשְּׁבִיעִית מְקַשְׁקְשִׁין בְּכַרְמַיָּא וְאוֹכְלִין בְּזֵיתַיָּא , פֵּירוּשׁ הָיוּ עוֹדְרִין הַכְּרָמִים וְאוֹכְלִים מִן הַזֵּיתִים. וְלָכֵן מֵחֲמַת דְּגוּפָא דְּעֻובְדָּא הָכִי הֲוָה נַעֲשָׂה בְּדָבָר צְדָדִין לְכָאן וּלְכָאן דְּיֵשׁ צַד לוֹמַר אֵין לָחוּשׁ וְלוֹמַר שֶׁאוֹכְלִין בְּזֵיתִים בַּשְּׁבִיעִית בִּשְׁבִיל שְׂכַר עֵסֶק הָעִידּוּר שֶׁמֵּעֶדְרִין בַּכְּרָמִים יַעַן דְּחָזֵינַן מִקֹּודֶם שֶׁנַּעֲשׂוּ הַזֵּיתִים הָיוּ מְעַדְּרִים בַּכְּרָמִים בְּחִנָּם וְאֵין אוֹכְלִים כְּלוּם כִּי לֹא הָיוּ עֲדַייִן זֵיתִים אֶצְלוֹ, וְלָכֵן עַתָּה גַּם כֵּן יֵשׁ לוֹמַר מֵעֲדָרִים הַזֵּיתִים בְּחִנָּם, וּמַה שֶׁאוֹכְלִים מִן הַזֵּיתִים? הוּא מֵחֲמַת הֶפְקֵר שֶׁיֵּשׁ בַּשְּׁבִיעִית כִּשְׁאָר עֲנִיִּים, וְיֵשׁ צַד אַחֵר לוֹמַר כֵּיוָן דְּחָזֵינַן הַשְׁתָּא עוֹדְרִים בַּכְּרָמִים וְאוֹכְלִים מִן הַזֵּיתִים מִתְחֲזֵי כְּאִלּוּ הוּא פּוֹרֵעַ לָהֶם שְׂכַר טִרְחָא מִפֵּירוֹת שְׁבִיעִית, וְלָזֶה בָּא לִשְׁאֹל: אֲרִיךְ אוֹ לָא אֲרִיךְ? רוֹצֶה לוֹמַר אִם הוּא דָּבָר הָגוּן אוֹ לֹא הָגוּן, וְלֹא אָמַר אָסוּר אוֹ מֻותָּר דִּפְשִׁיטָא לֵיהּ דְּאֵין אִיסּוּר, מֵאַחַר דְּבֶאֱמֶת מִקֹּודֶם שֶׁנַּעֲשׂוּ הַזֵּיתִים הָיוּ עוֹדְרִים הַכְּרָמִים בְּחִנָּם וְלֹא הָיוּ נוֹטְלִין מִמֶּנּוּ שְׂכַר טִרְחָא רַק שׁוֹאֵל אִם דָּבָר זֶה אֵינוֹ הָגוּן מִשּׁוּם מַרְאִית הָעַיִן שֶׁרוֹאִין כָּךְ וְאֵין יוֹדְעִים שֶׁמִּקִּדְמַת דְּנָא הָיוּ מְעַדְּרִים בְּחִנָּם.
« J'ai des vignes, j'ai des oliviers. » Il y a lieu de s'interroger : pourquoi rallonger en disant « j'ai » pour chaque chose ? Il aurait suffi de dire « j'ai des villages, des vignes et des oliviers ». Il me semble, avec l'aide du Ciel, que ce questionneur était un homme avisé et qu'il a laissé entendre, dans la formulation même de sa question, les deux côtés du doute que comporte cette affaire. Car voici comment les choses s'étaient passées : au commencement il n'avait ni vignes ni oliviers, mais seulement des villages — car un village est un lieu fait uniquement de champs, où ceux qui y demeurent ont pour occupation de semer dans ces champs et de remettre une part de la terre au propriétaire du sol ; ils y habitent toute l'année, et le lieu même où ils habitent appartient également au maître de ce village, car toute la terre est à lui, et les cultivateurs viennent y semer, comme cela se voit aujourd'hui dans ces contrées qui bordent le Tigre et l'Euphrate. Ces lieux de culture sont appelés karyata, comme il est dit dans Pessahim (3b) : « Yo'hanan de Hakouk sortit vers les karyata », que Rachi explique : vers les villages, pour voir les récoltes ; et ils lui dirent : les blés sont devenus beaux, etc. — vois-y. Or ce maître, propriétaire du village en question, n'avait pas de plantations de vignes ni encore de plantations d'oliviers ; mais par la suite il y planta des vignes seulement, et le binage de ces vignes se faisait par les hommes qui demeuraient là, occupés à semer dans les champs et remettant à ce maître une part du sol sur les récoltes qui en sortaient, selon l'usage. Or, lorsqu'ils s'occupaient de biner ses vignes, ils ne recevaient pas de lui de salaire, parce qu'ils habitaient sur sa terre, y travaillaient et y semaient, et étaient donc considérés comme ses serviteurs et ses ouvriers. C'est pourquoi il a dit « j'ai des vignes » sans les englober avec les villages : pour faire savoir qu'au commencement il n'avait que des villages, et qu'ensuite seulement il y eut là des vignes. Puis, après cela, il y eut des oliviers, car il planta des oliviers ; c'est pourquoi il a énoncé ce membre à part : « j'ai des oliviers » — et ces mêmes hommes qui demeuraient là s'occupaient pour lui de ces oliviers. Mais la septième année, « ils binent les vignes et mangent les olives », c'est-à-dire qu'ils sarclaient les vignes et mangeaient des olives. Ainsi, du fait que l'affaire s'était déroulée de cette manière, la chose comportait des côtés dans les deux sens. Il y a un côté pour dire qu'il n'y a pas lieu de craindre ni de dire qu'ils mangent des olives de la septième année en salaire du travail de binage qu'ils font dans les vignes — car nous voyons qu'avant même qu'il y eût des oliviers, ils binaient les vignes gratuitement et ne mangeaient rien, puisqu'il n'avait pas encore d'oliviers ; on peut donc dire de même aujourd'hui qu'ils binent gratuitement, et que s'ils mangent des olives, c'est en raison du caractère sans maître (hefker) qu'ont les fruits de la septième année, comme les autres pauvres. Et il y a un autre côté pour dire : puisque nous voyons maintenant qu'ils binent les vignes et mangent des olives, cela a l'apparence d'un paiement du salaire de leur peine avec des fruits de la septième année. C'est pour cela qu'il est venu demander : « est-ce convenable ou non convenable ? » — c'est-à-dire : est-ce une chose séante ou non séante ? Et il n'a pas dit « est-ce interdit ou permis », car il tenait pour évident qu'il n'y a pas d'interdit, puisqu'en vérité, avant qu'il n'y eût des oliviers, ils binaient les vignes gratuitement et ne recevaient de lui aucun salaire de peine ; il demandait seulement si la chose n'est pas séante à cause de l'apparence (marit ha-ayin), parce que ceux qui voient ne savent pas qu'auparavant ils binaient gratuitement.
הֲדַר אֲתָא, וַאֲמַר לֵיהּ: וּמַאי אֶיעֱבֵד. יֵשׁ לְהַקְשׁוֹת לָמָּה לֹא שָׁאַל זֹאת בְּעוֹדוֹ לְפָנָיו אַחַר שֶׁאָמַר לוֹ 'לָא אֲרִיךְ'? וְנִרְאֶה לִי בס"ד כִּי זֶה הַשּׁוֹאֵל הָיָה יוֹדֵעַ מִדַּעְתּוֹ לַעֲשׂוֹת אֹופֶן זֶה שֶׁהֵשִׁיב לוֹ רַבִּי אֶלְעָזָר אַךְ הוּא הָיָה מִתְחַסֵּד הַרְבֵּה וְלָא הֲוָה נח לוֹ לַעֲשׂוֹת אֹופֶן זֶה לְהַנִּיחָם לַעֲדֹור כְּרָמִים וַיִּתֵּן לָהֶם שְׂכַר טִרְחָא מָעוֹת מִכִּיסוֹ וְיַפְקִיר הַזֵּיתִים לַעֲנִיִּים יַעַן כִּי חוֹשֵׁשׁ מִפְּנֵי הָרוֹאִים שֶׁאֵין יוֹדְעִים שֶׁהוּא מְשַׁלֵּם שְׂכַר טִרְחָא מִכִּיסוֹ וּכְשֶׁרוֹאִין דְּאֵלּוּ עוֹסְקִים בַּכְּרָמִים וְאוֹכְלִים מִן הַזֵּיתִים חוֹשֵׁד שֶׁהוּא פּוֹרֵעַ שְׂכַר פּוֹעֲלָיו מִפֵּירוֹת שְׁבִיעִית דְּהָא וַדַּאי אֵינוֹ יָכוֹל לַחְסֹום פִּיהֶם לְבִלְתִּי יֹאכְלוּ מִן הַזֵּיתִים וּמֻוכְרָח שֶׁיֹּאכְלוּ וְאָתֵי לִידֵי חֲשָׁדָא, עַל כֵּן הִסְכִּים בְּדַעְתּוֹ לְבַטְּלָם מֵעֵסֶק הַכְּרָמִים וְלֹא יַעַסְקוּ בַּשְּׁבִיעִית כְּלָל וְאַף עַל פִּי שֶׁמַּגִּיעַ לוֹ הֶפְסֵד גָּדוֹל בָּזֶה רָצָה בְּכָךְ מִשּׁוּם חֲסִידוּת וְכֵיוָן שֶׁהִסְכִּים בְּדַעְתּוֹ לַעֲשׂוֹת כָּךְ לֹא שָׁאַל מֵרַבִּי אֶלְעָזָר כְּלוּם 'מַאי אֶיעֱבֵד?'. אַךְ אַחַר שֶׁפָּנָה שֶׁכְּמוֹ לָלֶכֶת מֵאֶצְלוֹ הִנֵּה קֹודֶם שֶׁיָּצָא מִן פֶּתַח שֶׁל רַבִּי אֶלְעָזָר הִתְחִיל רַבִּי אֶלְעָזָר לְסַפֵּר בְּשִׁבְחוֹ לִפְנֵי הַיּוֹשְׁבִים עִמּוֹ שֶׁאָמַר 'כַּדּוּ הֲוֵיתִי דִּיר בְּאַרְעַהּ הָדָא אַרְבְּעִין שְׁנִין, וְלָא חֻמִּיתִי בַּר אִינִישׁ מְהַלֵּךְ בְּאוֹרְחִין דִּמְתַקְּנָן כַּדִּין' וְזֶה שָׁמַע הַשֶּׁבַח שֶׁמְּשַׁבְּחוֹ וְחָשַׁב אוּלַי רַבִּי אֶלְעָזָר עָלָה בְּלִבּוֹ חֲסִידוּת שֶׁאֲנִי רוֹצֶה לַעֲשׂוֹת לְבַטֵּל עִידּוּר הַכְּרָמִים לְגַמְרֵי מִפְּנֵי שֶׁרָאָה שֶׁלֹּא שָׁאַלְתִּי מִמֶּנּוּ תִּיקּוּן לְדָבָר זֶה וְהוּא מֵחֲמַת שֶׁהָיָה חָסִיד וְעָנָיו לֹא רָצָה שֶׁיֵּדְעוּ שֶׁהוּא רוֹצֶה לַעֲשׂוֹת חֲסִידוּת זוֹ לְכָךְ חָזַר אֵצֶל רַבִּי אֶלְעָזָר וְשָׁאַל 'מַאי אֶיעֱבֵד?' תִּיקּוּן לָזֶה שֶׁיִּהְיוּ אֵלּוּ מֵעֲדָרִים הַכְּרָמִים וְאֵין בָּזֶה אִיסּוּר, וְאָמַר לוֹ רַבִּי אֶלְעָזָר 'אַפְקַר זֵיתַיָּא לְחָשׁוֹכַיָּא' וְהוּא כְּבָר הִסְכִּים בְּדַעְתּוֹ לְבִלְתִּי יַעֲשֶׂה תִּיקּוּן לָזֶה אֶלָּא יְבַטֵּל עֵסֶק הָעִידּוּר לְגַמְרֵי, וְרַק לְעֵינֵי הָרוֹאִין שָׁאַל שְׁאֵלָה זוֹ כְּדֵי שֶׁלֹּא יַרְגִּישׁוּ בַּחֲסִידוּת שֶׁהִסְכִּים לַעֲשׂוֹת בְּדַעְתּוֹ. וּמַה שֶׁאָמַר לוֹ רַבִּי אֶלְעָזָר 'הַב פְּרִיטַיָּא לְקִשְׁקוּשֵׁי כְּרֻמְיָא' רָמַז לוֹ שֶׁאֵין אַתָּה צָרִיךְ לִיתֵּן שָׂכָר שָׁלֵם אֶלָּא דָּבָר מוּעָט כִּי אֵין זֶה אֶלָּא מִפְּנֵי מַרְאִית הָעָיִן, וְלָכֵן לֹא אָמַר לוֹ 'הַב דָּמֵי' אֶלָּא 'הַב פְּרִיטַיָּא' רוֹצֶה לוֹמַר פְּרוּטוֹת דָּבָר מוּעָט.
« Il revint et lui dit : que dois-je faire ? » Il y a lieu de s'interroger : pourquoi n'a-t-il pas posé cette question alors qu'il était encore devant lui, aussitôt après qu'il lui eut dit « ce n'est pas convenable » ? Il me semble, avec l'aide du Ciel, que ce questionneur savait de lui-même le moyen que Rabbi Elazar allait lui indiquer ; mais il pratiquait une grande piété (hassidout) et il ne lui convenait pas d'adopter ce moyen — les laisser biner les vignes, leur donner de sa bourse un salaire de peine en argent et déclarer les olives sans maître pour les pauvres — parce qu'il craignait ceux qui voient et qui ne savent pas qu'il paie le salaire de sa poche : les voyant s'occuper des vignes et manger des olives, on le soupçonnerait de payer ses ouvriers avec des fruits de la septième année. Car il ne peut évidemment pas leur fermer la bouche pour les empêcher de manger des olives : ils mangeront nécessairement, et l'on en viendra au soupçon. C'est pourquoi il avait résolu en lui-même de les détourner entièrement du travail des vignes, et qu'ils ne s'en occupent nullement la septième année — et bien qu'il en subisse une grande perte, il y consentait par piété. Et puisqu'il avait déjà résolu d'agir ainsi, il n'a rien demandé à Rabbi Elazar : « que dois-je faire ? » Mais après qu'il eut tourné les épaules pour s'en aller, voici qu'avant même qu'il ne fût sorti de la porte de Rabbi Elazar, celui-ci se mit à faire son éloge devant ceux qui siégeaient avec lui, disant : « voilà quarante ans que j'habite ce pays, et je n'ai pas vu d'homme marcher dans des voies aussi droites que celui-ci. » Il entendit cet éloge que l'on faisait de lui et se dit : peut-être Rabbi Elazar a-t-il deviné la piété que je veux accomplir, en supprimant tout à fait le binage des vignes — puisqu'il a vu que je ne lui ai demandé aucun remède à cette affaire. Et comme il était pieux et humble, il ne voulait pas qu'on sût qu'il entendait accomplir cette piété ; c'est pourquoi il revint auprès de Rabbi Elazar et demanda : « que dois-je faire ? » — un remède permettant à ces gens de biner les vignes sans qu'il y ait là d'interdit. Rabbi Elazar lui dit : « déclare les olives sans maître pour les ténébreux » ; mais lui avait déjà résolu en son cœur de ne pas recourir à un remède, et de supprimer entièrement le travail du binage — il n'a posé cette question qu'aux yeux de ceux qui voient, afin qu'ils ne s'aperçoivent pas de la piété qu'il avait résolu d'accomplir. Et ce que Rabbi Elazar lui a dit — « donne des peroutot pour le binage des vignes » — lui laissait entendre qu'il n'est pas tenu de donner un salaire entier, mais une petite somme, car il ne s'agit là que de l'apparence. C'est pourquoi il ne lui a pas dit « donne de l'argent (damei) » mais « donne des peroutot », c'est-à-dire des piécettes, une chose menue.
⚖️ Rosh (1)
גְּמָ' אִיתְּמַר רַבִּי יוֹחָנָן וְרִיבָּ"ל חַד אָמַר עֲרָבָה יְסוֹד נְבִיאִים הִיא וְחַד אֲמַר מִנְהַג נְבִיאִים הִיא תִּסְתַּייֵּם דְּרַבִּי יוֹחָנָן הוּא דְּאָמַר יְסוֹד נְבִיאִים הִיא דא"ר אֲבָהוּ אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן עֲרָבָה יְסוֹד נְבִיאִים הִיא תִּסְתַּיֵּים וְאַסִּיקְנָא אָמַר אַיְבוּ הֲוָה קָאֵימְנָא קַמֵּיהּ דְּרַבִּי אֶלְעָזָר בַּר צָדוֹק וְאַיְיתִי הָהוּא גַּבְרָא עֲרָבָה קַמֵּיהּ שָׁקֵיל חַבֵּיט חַבֵּיט וְלָא בָּרֵיךְ קָסָבַר מִנְהַג נְבִיאִים הוּא וְאַמִּנְהָגָא לָא מְבָרְכִין. רַב שְׁמוּאֵל בַּר חָפְנֵי פָּסַק כְּרַבִּי יוֹחָנָן דְּרִיבָּ"ל וְר' יוֹחָנָן הֲלָכָה כְּרַבִּי יוֹחָנָן וְהָעָם נָהֲגוּ כְּרַב אִלְפָּס זַ"ל כֵּיוָן דְּרַב וְרַבִּי אֶלְעָזָר בַּר צָדוֹק עֲבַדוּ עֻובְדָּא וְגַם ר"ת פְּסַק הֲלָכָה כְּרִיבָּ"ל לְגַבֵּי ר' יוֹחָנָן וּבִתְשׁוּבוֹת הַגְּאוֹנִים פָּסַק כְּרִיבָּ"ל בְּכָל מָקוֹם. לְגָאוֹן שִׁיעוּר הַחִיבּוּט שְׁנֵי פְּעָמִים בִּתְפִלַּת הַמּוּסָף שֶׁל יוֹם שְׁבִיעִי שֶׁל עֲרָבָה לְפִי שֶׁבִּתְפִלַּת תָּמִיד אָנוּ נוֹטְלִין אֶת הַלּוּלָב וּבִתְפִלַּת הַמּוּסָפִין שֶׁל הַיּוֹם הַהוּא אָנוּ נוֹטְלִין אֶת הָעֲרָבָה בִּפְנֵי עַצְמָהּ וְכֵן אָנוּ נוֹהֲגִין בִּישִׁיבָה. א"ר אַמֵּי עֲרָבָה צְרִיכָה שִׁיעוּר וְאֵינָהּ נִיטֶּלֶת אֶלָּא בִּפְנֵי עַצְמָהּ פֵּירוּשׁ שֶׁלֹּא יֶאֱגֹוד דָּבָר אַחֵר עִמָּהּ אֲבָל אִם יֵשׁ לוֹ ד"א בְּיָדוֹ אֵין חוֹשֵׁשׁ וְאֵין אָדָם יוֹצֵא יְדֵי חוֹבָתוֹ בָּעֲרָבָה שֶׁבַּלּוּלָב אֲפִילּוּ אַגְבְּהָה וַהֲדַר אַגְבְּהָה וְרַב חִסְדָּא אָמַר רַב יִצְחָק אָדָם יוֹצֵא יְדֵי חוֹבָתוֹ בָּעֲרָבָה שֶׁבַּלּוּלָב וְהָרַמְבַּ"ם זַ"ל פ"ז מֹהַל' לוּלָב הֵל' כ' פָּסַק כַּר' אַמִּי וְרָאַבְיָ"ה פָּסַק כְּרַב חִסְדָּא וְכֵן מִיסְתַּבֵּר דְּרַב חִסְדָּא דְּאָמַר מִשְּׁמֵיהּ דְּרַב יִצְחָק קַבָּלָה מִינֵּיהּ מִדְּלָא פָּרֵישׁ גְּמָרָא דִּפְלִיג עָלֶיהָ וַהֲוָה לֵיהּ רַבִּי אַמִּי חַד לְגַבֵּי תְּרֵי וְדַוְקָא דְּאַגַּבֵּיהּ וַהֲדַר אַגַּבֵּיהּ דְּאַהָא דְּקָאָמַר ר' אַמִּי אֵין אָדָם יוֹצֵא קָאָמַר רַב חִסְדָּא דְּיוֹצֵא. וְכַמָּה שִׁיעוּרָהּ אָמַר רַב נַחְמָן שְׁלֹשָׁה בַּדֵּי עָלִין לַחִין וְרַב שֵׁשֶׁת אָמַר אֲפִילּוּ עָלֶה אֶחָד בְּבַד אֶחָד וּבִתְשׁוּבוֹת הַגְּאוֹנִים כָּתוּב הֲלָכָה כְּרַב נַחְמָן בְּדִינֵי וַהֲלָכָה כְּרַב שֵׁשֶׁת בְּאִיסּוּרֵי וְהָרַמְבַּ"ם זַ"ל שָׁם כָּתַב דַּעֲרָבָה חֻובְּטָה עַל הַקַּרְקַע אוֹ עַל הַכְּלִי פַּעֲמַיִם אוֹ שָׁלשׁ וְכֵן כָּתַב הרי"ץ גֵּיאוּת ז' וְרַשִׁ"י פֵּירֵשׁ דְּחַבֵּיט הַיְינוּ נִעְנוּעַ:
Guemara : Il a été dit — Rabbi Yo'hanan et Rabbi Yehochoua ben Levi : l'un dit que l'aravah est une institution des prophètes (yessod nevi'im), et l'autre dit que c'est une coutume des prophètes (minhag nevi'im). Concluons que c'est Rabbi Yo'hanan qui dit « institution des prophètes », car Rabbi Abahou a dit au nom de Rabbi Yo'hanan : l'aravah est une institution des prophètes — concluons-le en effet. Et nous avons conclu [le passage par] : Aivou a dit : je me tenais devant Rabbi Elazar bar Tsadok, un certain homme apporta une aravah devant lui ; il la prit, la battit, la battit, et ne bénit pas — il tenait que c'est une coutume des prophètes ; et sur une coutume on ne bénit pas. Rav Chemouel bar Hofni a tranché comme Rabbi Yo'hanan, car entre Rabbi Yehochoua ben Levi et Rabbi Yo'hanan, la halakha suit Rabbi Yo'hanan. Mais le peuple a suivi l'usage du Rif (Rav Alfassi), de mémoire bénie, puisque Rav et Rabbi Elazar bar Tsadok ont agi en acte [sans bénir] ; et Rabbenou Tam aussi a tranché que la halakha suit Rabbi Yehochoua ben Levi contre Rabbi Yo'hanan ; et dans les Responsa des Gueonim il est tranché comme Rabbi Yehochoua ben Levi en tout lieu. Selon le Gaon, la mesure du battement est de deux fois, dans la prière de Moussaf du septième jour, celui de l'aravah — parce que dans la prière régulière nous prenons le loulav, et que dans la prière de Moussaf de ce jour-là nous prenons l'aravah pour elle-même ; et c'est ainsi que nous avons coutume de faire à la yechiva. Rabbi Ami a dit : l'aravah requiert une mesure et ne se prend qu'à elle seule — c'est-à-dire qu'il ne faut pas lier autre chose avec elle ; mais s'il tient autre chose dans sa main, il n'y a pas lieu de s'en soucier. « Et nul ne s'acquitte de son obligation avec l'aravah qui est dans le loulav » — même s'il l'a soulevée puis soulevée de nouveau. Et Rav Hisda a dit au nom de Rav Yits'hak : on s'acquitte de son obligation avec l'aravah qui est dans le loulav. Maimonide, de mémoire bénie (Lois du loulav, chap. 7, halakha 20), a tranché comme Rabbi Ami, et le Raavia a tranché comme Rav Hisda — et c'est ce qui paraît raisonnable : car Rav Hisda, qui parle au nom de Rav Yits'hak, l'a reçu de lui, puisque la Guemara ne précise pas que quiconque le contredise ; Rabbi Ami se trouve donc seul contre deux. Et cela vaut précisément dans le cas où il l'a soulevée puis soulevée de nouveau : c'est sur ce cas où Rabbi Ami dit « on ne s'acquitte pas » que Rav Hisda dit qu'on s'acquitte. « Et quelle est sa mesure ? Rav Nahman a dit : trois tiges portant des feuilles fraîches ; et Rav Chechet a dit : même une seule feuille sur une seule tige. » Et il est écrit dans les Responsa des Gueonim : la halakha suit Rav Nahman en matière civile (dinei) et suit Rav Chechet en matière d'interdits (issourei). Maimonide, de mémoire bénie, a écrit là-bas que l'aravah, on la bat contre le sol ou contre un ustensile, deux ou trois fois ; et ainsi a écrit le Ritz Guiat, de mémoire bénie. Rachi, lui, a expliqué que havit signifie le balancement (nianoua).
💡 Explication

Le fil d'Aivou entraîne la Guemara hors du sujet de l'aravah : elle rapporte un second enseignement transmis par la même chaîne. Un propriétaire expose sa situation pendant la chemita (septième année) : les villageois binent ses vignes et se nourrissent de ses olives. Sa question n'est pas « est-ce permis ? » mais arikh o lo arikh — est-ce convenable ? Rachi rapproche le mot d'un verset araméen d'Ezra (4,14).

La réponse est négative, et Rachi en donne la raison : payer un travail avec des fruits de la septième année, c'est en faire commerce, alors que la Torah dit le-okhla — pour manger, et non pour en faire négoce. Le remède consiste à briser le lien de troc : déclarer les olives hefker pour les pauvres, et payer le binage en monnaie sortie de sa propre bourse. Entre les deux, l'éloge glisse à mi-voix par le maître — quarante ans sans voir marcher aussi droit — souligne ce qui est loué : non l'obéissance, mais le souci du convenable au-delà du permis.

🖼️ Schéma
Le cas de conscience du propriétaire : binage et olives pendant la chemita Ce qui est reproche n'est pas le binage ni la consommation, mais le lien de troc entre les deux. La situation apportée : lo arikh Les villageois binent les vignes et mangent les olives Les olives tiennent lieu de salaire. Or la Torah dit le-okhla -- pour manger, et non pour en faire commerce. Verdict de R. Elazar bar Tsadok : lo arikh Le remède : couper le lien Déclarer les olives hefker pour les pauvres Payer le binage en peroutot, de sa poche Ils mangent parce que tout est hefker, et ils binent parce qu'ils sont payés en argent. Plus aucun échange fruits contre travail L'éloge glisse par Rabbi Elazar bar Tsadok Voilà quarante ans que j'habite ce pays, et je n'ai pas vu d'homme marcher dans des voies aussi droites que celui-ci. Ce que le maître loue : l'homme est venu demander non pas ce qui est permis, mais ce qui est convenable -- arikh, et non moutar. Le Ben Yehoyada : pourquoi il revient poser sa question Il connaissait déjà le remède et voulait renoncer purement et simplement au binage, par piété. En entendant l'éloge, il craint qu'on ne le devine -- et revient demander, pour dissimuler sa hassidout.
Le nœud du cas : les olives servent de salaire. Le remède rompt ce lien en séparant le don aux pauvres du paiement en argent.
7
וְקִשְׁקוּשֵׁי מִי שָׁרִי? וְהָא תַּנְיָא: ״וְהַשְּׁבִיעִית תִּשְׁמְטֶנָּה וּנְטַשְׁתָּהּ״. ״תִּשְׁמְטֶנָּה״ — מִלְּקַשְׁקֵשׁ, ״וּנְטַשְׁתָּהּ״ — מִלְּסַקֵּל! אָמַר רַב עֻוקְבָא בַּר חָמָא: תְּרֵי קִשְׁקוּשֵׁי הָווּ. חַד — סְתוּמֵי פִּילֵי, וְחַד — אַבְּרוּיֵי אִילָנֵי. אַבְּרוּיֵי אִילָנֵי — אָסוּר, סְתוּמֵי פִּילֵי — שָׁרִי.

Et le binage, est-il permis ? Mais n'a-t-on pas enseigné [dans une baraita] : « et la septième, tu la laisseras et tu l'abandonneras » (Chemot 23,11) — « tu la laisseras », de biner ; « et tu l'abandonneras », d'épierrer !

Rav Oukva bar Hama dit : il y a deux sortes de binage. L'une consiste à boucher les fissures, l'autre à vivifier les arbres.

Vivifier les arbres est interdit ; boucher les fissures est permis.

📜 Rachi (5)
וּמִי שָׁרִי קִשְׁקוּשׁ בַּשְּׁבִיעִית:
« Et est-il permis » — le binage pendant la septième année ?
מִלְּסַקֵּל לְהַשְׁלִיךְ אֲבָנִים לַחוּץ:
« D'épierrer » — de jeter les pierres au-dehors.
סְתוּמֵי פִּילֵי שֶׁהַשָּׁרָשִׁים מְגֻולִּים וְצָרִיךְ לְכַסּוֹתָם שֶׁלֹּא יִיבַשׁ הָאִילָן וְאַוָּקוּמֵי אִילָנֵי הוּא שֶׁלֹּא יָמוּת וְאֵינוֹ עוֹשֶׂה לְהַשְׁבִּיחָן אֶלָּא לְקַיְּימָן שָׁרִי:
« Boucher les fissures » — les racines sont à découvert et il faut les recouvrir pour que l'arbre ne sèche pas ; c'est du maintien de l'arbre (okoumei ilana), pour qu'il ne meure pas. Puisqu'il ne le fait pas pour l'améliorer mais pour le maintenir en vie, c'est permis.
פִּילֵי בְּקָעִים:
« Pilei » — des fissures.
וְחַד אַבְּרוּיֵי אִילָנֵי כְּמוֹ וּבָרָא אוֹתָם בְּחַרְבוֹתָם (יְחֶזְקֵאל כ״ג:מ״ז) לִנְקֹוב הֶעָפָר שֶׁעַל הַשָּׁרָשִׁים וְלַהֲזִיזוֹ שֶׁיְּהֵא רַךְ וְתִיחוּחַ וְהָאִילָן מַשְׁבִּיחַ כָּךְ שָׁמַעְתִּי לִישָּׁנָא אַחְרִינָא לְהַבְרִיא אֶת הָאִילָן וּלְהַשְׁבִּיחוֹ:
« Et l'autre, vivifier les arbres » — comme dans « et ils les abattront (ou-veré) par leurs épées » (Ye'hezkel 23,47) : percer la terre qui recouvre les racines et la remuer, pour qu'elle soit meuble et friable, ce dont l'arbre profite. Ainsi l'ai-je entendu. Autre version : rendre l'arbre vigoureux et l'améliorer.
💡 Explication

Le conseil de Rabbi Elazar bar Tsadok — payer le binage en argent — suppose que le binage lui-même soit licite pendant la chemita. La Guemara conteste : une baraita tire du verset deux interdictions, l'une contre le binage, l'autre contre l'épierrement.

Rav Oukva bar Hama distingue deux gestes que le même mot recouvre. Setoumei pilei — boucher les fissures : les racines sont à découvert, on les recouvre pour que l'arbre ne sèche pas. C'est de l'okoumei ilana, du maintien en vie, et c'est permis. Avrouyei ilanei — vivifier l'arbre : on perce et on ameublit la terre autour des racines pour que l'arbre prospère. C'est de l'amélioration, et c'est interdit. La chemita ne défend pas de sauver, elle défend de faire progresser.

🖼️ Schéma
Les deux binages (kichkouch) de la septième année Même geste, deux intentions : maintenir l'arbre en vie, ou le faire prospérer. Setoumei pilei -- boucher les fissures Les racines sont à découvert ; on les recouvre pour que l'arbre ne sèche pas. Okoumei ilana -- maintenir : PERMIS Avrouyei ilanei -- vivifier l'arbre On perce et on ameublit la terre des racines pour qu'elle soit meuble : l'arbre profite. Achbahta -- améliorer : INTERDIT Source de l'objection : ve-ha-chevi'it tichmetenna ou-netachta (Chemot 23,11) -- tichmetenna, de biner ; ou-netachta, d'épierrer. Réponse de Rav Oukva bar Hama : la baraita ne vise que le binage qui améliore ; celui qui se borne à sauver l'arbre reste permis.
Un seul mot, deux gestes : le binage qui sauve l'arbre reste permis, celui qui l'améliore est interdit.
8
אָמַר אַייְבוּ מִשּׁוּם רַבִּי אֶלְעָזָר בַּר צָדוֹק: אַל יְהַלֵּךְ אָדָם בְּעַרְבֵי שַׁבָּתוֹת יוֹתֵר מִשָּׁלֹשׁ פַּרְסָאוֹת. אָמַר רַב כָּהֲנָא: לָא אֲמַרַן אֶלָּא לְבֵיתֵיהּ, אֲבָל לְאֻושְׁפִּיזֵיהּ — אַמַּאי דְּנָקֵיט סְמִיךְ.

Aivou a dit au nom de Rabbi Elazar bar Tsadok : qu'un homme ne marche pas, les veilles de Chabbat, plus de trois parsaot. Rav Kahana dit : nous n'avons dit cela que pour [celui qui va] vers sa maison ; mais vers son auberge — il s'appuie sur ce qu'il tient en main.

📜 Rachi (3)
לֹא יְהַלֵּךְ כו' אֶלָּא יִשְׁבּוֹת לוֹ בְּעוֹד יוֹם גָּדוֹל וְיָכִין לוֹ סְעוּדַת שַׁבָּת:
« Qu'il ne marche pas, etc. » — mais qu'il s'arrête tant qu'il fait encore grand jour et qu'il prépare pour lui le repas de Chabbat.
אֶלָּא לְבֵיתֵיהּ שֶׁהוֹלֵךְ לְבֵיתוֹ וְהֵם אֵינָם יוֹדְעִים שֶׁיָּבֹא הַיּוֹם וְאֵין מְכִינִים לְצָורְכּוֹ וְהוּא כּוֹעֵס עֲלֵיהֶם:
« Sinon vers sa maison » — car il rentre chez lui alors que les siens ne savent pas qu'il arrivera ce jour-là et ne préparent rien pour ses besoins — et il se fâche contre eux.
אֲבָל לְאֻושְׁפִּיזֵיהּ אַמַּאי דְּנָקֵט סְמִיךְ אֵינוֹ סָמוּךְ עַל בְּנֵי הַבַּיִת וְנוֹשֵׂא עִמּוֹ סְעֻודָּתוֹ וְעַל מַה שֶׁבְּיָדוֹ נִסְמַךְ:
« Mais vers son auberge, il s'appuie sur ce qu'il tient » — il ne compte pas sur les gens de la maison : il porte avec lui son repas, et c'est sur ce qu'il a en main qu'il s'appuie.
💡 Explication

Troisième enseignement transmis par la chaîne d'Aivou, sans rapport avec les précédents sinon par le transmetteur. Le vendredi, on ne parcourt pas plus de trois parsaot : selon Rachi, il faut s'arrêter tant qu'il fait encore grand jour, pour préparer le repas de Chabbat.

Rav Kahana restreint la portée de la règle. Elle ne vise que le voyageur qui rentre chez lui : les siens ne savent pas qu'il arrive ce jour-là, n'ont rien préparé pour lui — et il s'en irrite. Celui qui se rend à l'auberge, en revanche, sait qu'il ne peut compter sur personne : il emporte ses provisions et s'appuie sur ce qu'il tient. Le segment suivant renversera exactement cette lecture.

🖼️ Schéma
Pas plus de trois parsaot le vendredi -- et pourquoi Deux lectures de la règle chez Rav Kahana, selon la destination du voyageur. départ 3 parsaot 1re parsa 2e parsa 3e parsa Au-delà, dit Aivou au nom de Rabbi Elazar bar Tsadok, on n'arrive plus à temps pour préparer le repas de Chabbat. 1re version (seg. 7) Vers sa maison : interdit au-delà de trois parsaot. Les siens ne l'attendent pas, n'ont rien préparé pour lui -- et il se fâche contre eux. Vers une auberge : permis -- il porte ses vivres a-mai de-nakit samikh : il s'appuie sur ce qu'il tient 2e version -- ika de-amri (seg. 8) La règle était nécessaire même pour sa maison : on aurait cru que ce qu'il y trouve, peu ou beaucoup, lui appartient et suffit -- il n'en est rien. À fortiori vers une auberge : il n'y trouvera rien Les deux versions inversent le sens du hidouch Le témoignage de Rav Kahana clôt le débat : cela m'est arrivé à moi-même, et je n'ai pas trouvé même un plat de petits poissons frits.
La limite des trois parsaot et les deux lectures opposées de Rav Kahana : maison contre auberge, puis l'inverse.
9
וְאִיכָּא דְּאָמְרִי, אָמַר רַב כָּהֲנָא: לֹא נִצְרְכָא אֶלָּא אֲפִילּוּ לְבֵיתֵיהּ. אָמַר רַב כָּהֲנָא: בְּדִידִי הֲוָה עוֹבָדָא, וַאֲפִילּוּ כָּסָא דְהַרְסָנָא לָא אַשְׁכַּחִי.

Et il en est qui disent : Rav Kahana a dit — cela n'était nécessaire que même pour [celui qui va] vers sa maison. Rav Kahana dit : cela m'est arrivé à moi-même, et je n'ai pas trouvé même un plat de petits poissons frits.

📜 Rachi (2)
אַפֵּי' לְבֵיתוֹ דְּמַה שֶׁמּוֹצֵא אִם מְעַט אִם רַב שֶׁלּוֹ הוּא אעפ"כ לֹא יְהַלֵּךְ וכ"ש לְאֻושְׁפִּיזֵיהּ שֶׁלֹּא יִמְצָא כְּלוּם:
« Même vers sa maison » — car [on aurait pu croire que] ce qu'il y trouve, peu ou beaucoup, lui appartient ; malgré cela, qu'il ne marche pas — et à plus forte raison vers son auberge, où il ne trouvera rien du tout.
כָּסָא דְּהַרְסָנָא סְעוּדָה מוּעֶטֶת דָּגִים קְטַנִּים מְטֻוגָּנִין בַּקֶּמַח בְּשֻׁומָּן שֶׁלָּהֶן:
« Un plat de harsena » — un repas modeste : de petits poissons frits dans de la farine, dans leur propre graisse.
💡 Explication

La seconde version (ika de-amri) inverse le sens du propos de Rav Kahana. Loin de restreindre la règle au retour chez soi, elle en fait précisément le hidouch : on aurait cru que celui qui rentre chez lui peut se dispenser de la limite, puisque ce qu'il trouvera à la maison, peu ou beaucoup, lui appartient. Rav Kahana enseigne que non — et à fortiori pour l'auberge, où il ne trouvera rien du tout.

Le témoignage personnel scelle le propos : bi-didi hava ouvda, cela m'est arrivé à moi-même, et je n'ai pas trouvé chez moi même un kassa de-harsena — selon Rachi, un repas modeste de petits poissons frits à la farine dans leur propre graisse. La préparation du Chabbat ne s'improvise pas au dernier moment.

10
מִצְוַת לוּלָב כֵּיצַד? תָּנֵי תַּנָּא קַמֵּיהּ דְּרַב נַחְמָן: סוּדָרִין עַל גַּג הָאִיצְטְבָא. אֲמַר לֵיהּ:

« Comment accomplit-on la mitsva du loulav ? » Un tana enseignait devant Rav Nahman : « On les dispose sur le toit de l'estrade (itstaba). » Il lui dit :

📜 Rachi (1)
עַל גַּג הָאִיצְטַבָּא הֲוָה תָּנֵי תַּנָּא קַמֵּיהּ:
« Sur le toit de l'estrade » — voilà ce que le tana enseignait devant lui.
💡 Explication

Le folio s'achève sur l'ouverture de la michna suivante, qui décrit comment on procédait au Temple lorsque le premier jour de fête tombait un Chabbat : les gens déposaient leurs loulavim la veille, et les officiants les disposaient sur l'itstaba, l'estrade ou banquette du Temple.

Le tana — ici le récitant qui répétait les michnayot devant les maîtres — énonce une version portant « sur le toit de l'estrade ». Rav Nahman s'apprête à la corriger ; sa correction, et la suite de la michna, appartiennent au folio 45a.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).