Sougya : Le folio s'ouvre en achevant la sougya précédente : on ne dépose pas les loulavim sur le toit (un loulav sec est passoul) mais sur la banquette du Har haBayit, qui était un stav kaful, un portique à l'intérieur d'un portique. Vient ensuite la michna centrale : la mitsva de la aravah au Temple — la cueillette à Motsa, les branches dressées aux côtés de l'autel, les sonneries, la hakafa quotidienne avec Ana Hachem hochia na (Rabbi Yehouda : Ani va-ho), les sept hakafot du septième jour, et l'adieu adressé à l'autel.
La Guemara explique le nom Motsa (le lieu était exempté du karga royal), puis exploite une donnée métrique : les branches faisaient onze amot. Mareimar au nom de Mar Zoutra en déduit, par la géométrie de l'autel (1 + 5 + 3 = 9 amot), qu'on posait leur pied sur le yessod et non au sol.
Le folio se clôt sur Rabbi Abbahou : le verset isrou hag ba-avotim fonde la mesure, puis, au nom de Rabbi Elazar, il enseigne que prendre un loulav dans sa liure et un hadass touffu vaut construire un autel et y offrir un korban.
Et a-t-il donc besoin de les faire sécher ? Plutôt dis : sur le dessus de la banquette (al gav ha-itstaba).
Rahava a dit au nom de (Rav) Yehouda : le Har haBayit (le mont du Temple) était un stav kaful — un portique à colonnades double, un portique à l'intérieur d'un portique.
Fin de la sougya précédente. Une braita disait qu'on déposait les loulavim al gag (sur le toit) de la banquette. La Guemara refuse : mettre un loulav au soleil sur un toit reviendrait à vouloir le sécher — or un loulav sec est passoul. On corrige donc d'une seule lettre : al gav, sur le dessus de l'itstaba (banquette de pierre), à l'abri.
Rahava ajoute une donnée topographique qui rend la scène crédible : le Har haBayit était un stav kaful (du grec stoa, portique), c'est-à-dire une double enceinte de portiques à colonnades. Il y avait donc largement de quoi ranger les loulavim de toute la ville.
MICHNA. La mitsva de la aravah (le rameau de saule), comment [l'accomplissait-on] ?
Il y avait un lieu en contrebas de Jérusalem, appelé « Motsa ». On y descendait et on y cueillait des morbiyot (longues branches) de saule ; on venait les dresser aux côtés du mizbeah (l'autel), leurs sommets penchés par-dessus l'autel.
On sonnait tekia, teroua et tekia. Chaque jour on faisait une fois le tour de l'autel en disant : « Ana Hachem hochia na, ana Hachem hatslia na » (de grâce, Hachem, sauve donc ; de grâce, Hachem, fais réussir donc).
Rabbi Yehouda dit : [on disait] « Ani va-ho hochia na ». Et ce jour-là [le septième], on faisait sept fois le tour de l'autel.
Au moment de prendre congé, que disaient-ils ? « Beauté à toi, autel !
Beauté à toi, autel ! » Rabbi Elazar dit : [on disait] « À Lui et à toi, autel ; à Lui et à toi, autel ».
La michna décrit un rite du Mikdach entièrement distinct de la aravah tenue en main avec le loulav : de grandes branches de saule dressées contre l'autel, renouvelées chaque jour de Souccot. Le lieu de cueillette, Motsa, sera expliqué dans la Guemara.
Deux mahlokot ponctuent le texte. Sur la formule dite pendant la hakafa : le tana kama donne le verset de Tehilim 118,25 ; Rabbi Yehouda lui substitue « Ani va-ho », que Rachi rattache à la fois à la guematria de « Ana Hachem » et à la liste des 72 Noms tirés des trois versets de Bechalah. Sur la formule d'adieu : dire seulement « beauté à toi, autel » pourrait laisser croire à un hommage rendu à l'objet ; Rabbi Elazar corrige en plaçant Hachem en premier.
Comme on procède en semaine, ainsi procède-t-on le Chabbat — sauf qu'on les cueillait la veille et qu'on les déposait dans des guiguiot (grandes cuves) d'or, afin qu'elles ne se fanent pas. Rabbi Yo'hanan ben Beroka dit : on apportait des haryot (rameaux) de palmier et on les battait au sol aux côtés de l'autel ; et ce jour-là était appelé « havout haryot » (le battage des rameaux).
Aussitôt, les enfants retirent leurs loulavim et mangent leurs etroguim.
Le Chabbat, on ne peut ni couper ni transporter : la cueillette se fait donc la veille et les branches sont conservées dans des guiguiot d'or — remplies d'eau selon Rachi — kedei che-lo yikhmochou, pour qu'elles ne se fanent pas (une aravah fanée ne vaut plus).
La dernière phrase est célèbre pour son ambiguïté. Rachi la lit comme une scène de chahut festif : les grands arrachent les loulavim des mains des enfants et mangent leurs etroguim — et cela n'est ni guezel (vol) ni atteinte aux darkhei chalom, parce que tel était l'usage établi au titre de la joie. Tossefot propose une seconde lecture : miyad = aussitôt, et ce sont les enfants eux-mêmes qui dégagent leurs propres loulavim pour jouer.
GUEMARA. Il a été enseigné [dans une braita] : c'était un lieu [dit] kalania (colonia).
Et notre tana, pour quelle raison l'appelle-t-il « Motsa » ? Puisqu'il était sorti (mipak) du karga du roi — [c'est pourquoi] il l'appelle « Motsa » (le sorti, l'exempte).
La braita et la michna désignent le même village par deux noms. Kalania transpose le latin colonia : une colonie militaire romaine, dont les habitants étaient affranchis de l'impôt. Motsa est la traduction hébraïque du même statut : le lieu est « sorti » du karga, la capitation due au roi.
La Guemara ne discute donc pas d'une divergence de fait mais d'un choix de vocabulaire : le tana de la michna préfère un terme hébreu transparent à un terme administratif étranger.
« On venait les dresser aux côtés [de l'autel] etc. » Il a été enseigné : [elles étaient] nombreuses, longues, et hautes de onze amot (coudées), afin qu'elles se penchent (gohot) d'une amah par-dessus l'autel.
La braita apporte trois précisions absentes de la michna : les branches étaient nombreuses, longues, et d'une hauteur chiffrée — onze amot. Le but de cette mesure est fonctionnel : obtenir exactement une amah de surplomb au-dessus du dessus de l'autel.
Rachi fixe le sens du mot rare gohot : non pas « posées » mais inclinées en surplomb, du même radical que le mur « qui penche » vers le domaine public dans Moed Katan. C'est ce chiffre de onze amot qui va servir de levier au raisonnement du segment suivant.
Mareimar a dit au nom de Mar Zoutra : apprends-en (chema mina) que c'est sur le yessod (le socle de l'autel) qu'on les posait. Car si tu venais à penser qu'on les posait à même le sol — or [l'autel] : il monte d'une amah et se rétracte d'une amah, voilà le yessod ; il monte de cinq et se rétracte d'une amah, voilà le sovev ; il monte de trois, voilà l'emplacement des kranot (les cornes) — [alors] comment trouverais-tu [le cas où] elles se penchent par-dessus l'autel !
Plutôt, n'est-ce pas, apprends-en que c'est sur le yessod qu'on les posait. Apprends-en effectivement.
Raisonnement purement métrique. L'autel monte par trois étages qui se rétractent : 1 amah (le yessod), puis 5 amot (au sommet desquelles court le sovev, le passage des cohanim), puis 3 amot jusqu'au gag — soit neuf amot depuis le sol, sans compter les kranot.
Si les branches de onze amot partaient du sol, la marge ne serait que de deux amot ; or les retraits obligent à écarter le pied et à incliner la branche, ce qui consomme cette marge. Rachi précise le seuil : en dessous de deux amot de dépassement, la branche traîne sur le dessus de l'autel — ce n'est plus « gohot ». En posant le pied sur le yessod, il ne reste que huit amot d'autel à franchir : la marge passe à trois amot, l'inclinaison est faible, et le surplomb d'une amah devient réalisable.
Rabbi Abbahou a dit : quel est le verset [qui l'indique] ? Comme il est dit : « Liez (isrou) la fête avec des branches touffues (avotim), jusqu'aux cornes de l'autel » (Tehilim 118,27).
Rabbi Abbahou a dit au nom de Rabbi Elazar : quiconque prend un loulav dans sa liure (be-agoudo) et un hadass (myrte) dans son feuillage touffu (be-avoto), l'Écriture le lui compte comme s'il avait bâti un autel et y avait offert un korban, comme il est dit :
Deux enseignements de Rabbi Abbahou autour du même verset. D'abord une asmakhta pour la mesure du segment précédent : « jusqu'aux kranot de l'autel » suppose des branches qui montent au-dessus du gag. Rachi glose avotim par « arbres [feuillus] », en s'appuyant sur Ye'hezkel 31,3, et isrou par « entourez ».
Puis, au nom de Rabbi Elazar, le même vocabulaire est relu comme une consigne sur les quatre espèces : le loulav pris be-agoudo (lié en faisceau) et le hadass be-avoto (avec ses feuilles en triplets serrés — le hadass avot). Le rapprochement est verbal : le mot avotim du verset appelle le hadass avot. La récompense annoncée — comme s'il avait bâti un mizbeah et y avait offert un korban — sera étayée par un verset cité au début de 45b.
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).