Sukkah 45a — La mitsva de la aravah au Mikdach : Motsa, les hakafot et la géométrie de l'autel

Sukkah 45a

Sougya : Le folio s'ouvre en achevant la sougya précédente : on ne dépose pas les loulavim sur le toit (un loulav sec est passoul) mais sur la banquette du Har haBayit, qui était un stav kaful, un portique à l'intérieur d'un portique. Vient ensuite la michna centrale : la mitsva de la aravah au Temple — la cueillette à Motsa, les branches dressées aux côtés de l'autel, les sonneries, la hakafa quotidienne avec Ana Hachem hochia na (Rabbi Yehouda : Ani va-ho), les sept hakafot du septième jour, et l'adieu adressé à l'autel.

La Guemara explique le nom Motsa (le lieu était exempté du karga royal), puis exploite une donnée métrique : les branches faisaient onze amot. Mareimar au nom de Mar Zoutra en déduit, par la géométrie de l'autel (1 + 5 + 3 = 9 amot), qu'on posait leur pied sur le yessod et non au sol.

Le folio se clôt sur Rabbi Abbahou : le verset isrou hag ba-avotim fonde la mesure, puis, au nom de Rabbi Elazar, il enseigne que prendre un loulav dans sa liure et un hadass touffu vaut construire un autel et y offrir un korban.

Le fil du folio : de la banquette du Har haBayit à la aravah sur l'autel Où range-t-on les loulavim, où dresse-t-on les saules, et pourquoi cela vaut un autel. Mouvement 1 (seg. 0) -- fin de la sougya précédente : où déposer les loulavim ? Sur le TOIT ? Impossible : le loulav sec est passoul. Correction : al gav ha-itstaba, sur la banquette. Rahava au nom de Rav Yehouda : le Har haBayit était un stav kaful, portique dans un portique -- il y avait là place. Transition : on quitte le loulav pour la aravah. Mouvement 2 (seg. 1-2) -- MICHNA : le rite de la aravah au Mikdach Cueillette à Motsa, en contrebas de Jérusalem. On dresse les branches aux côtés de l'autel, sommets penchés dessus. Tekia-teroua-tekia. Une hakafa par jour avec Ana Hachem hochia na (R. Yehouda : Ani va-ho). Le 7e jour : sept hakafot. Adieu : Yofi lakh mizbeah (R. Elazar : Le-Ya ou-lekha mizbeah). Chabbat : cueillette la veille, cuves d'or. R. Yo'hanan ben Beroka : havout haryot. Puis les enfants retirent leurs loulavim et mangent leurs etroguim. Mouvement 3 (seg. 3) -- GUEMARA : pourquoi Motsa ? Une braita dit : c'était un lieu kalania (colonia). Notre tana dit Motsa -- car le lieu était sorti du karga, l'impôt royal. Même réalité, deux noms : l'un latin (exemption), l'autre hébreu (le sorti). Mouvement 4 (seg. 4-5) -- la mesure : 11 amot, et donc sur le yessod Braita : les branches sont nombreuses, longues, hautes de 11 amot, pour surplomber l'autel d'une amah. Mareimar au nom de Mar Zoutra : chema mina -- on les posait sur le YESSOD, pas au sol. Preuve par la géométrie de l'autel : 1 (yessod) + 5 (sovev) + 3 = 9 amot. Au sol, 11 amot inclinées ne suffisent pas. Nafka mina : le placement exact des aravot au Mikdach. Mouvement 5 (seg. 6) -- le verset, puis l'aggada R. Abbahou : isrou hag ba-avotim ad karnot ha-mizbeah. Puis, au nom de R. Elazar : loulav be-agoudo + hadass be-avoto = comme s'il avait bâti un autel et y avait offert un korban. Le verset appuyant cela ouvre le folio 45b.
Le fil du folio en cinq mouvements : de la banquette du Har haBayit à l'aggada du loulav-autel.
L'autel en coupe : yessod, sovev, kranot -- et les saules de 11 amot Chaque étage se rétracte d'une amah. Hauteur totale : 9 amot sans les cornes. sol de la azara YESSOD -- 32 x 32, haut 1 amah 30 x 30, haut 5 amot au sommet : SOVEV (passage des cohanim) 28 x 28, haut 3 amot sommet = gag ha-mizbeah kranot : 1 x 1 x 1, aux quatre angles 1 amah 5 amot 3 amot 9 amot aravot : 11 amot pied posé SUR le yessod (pas au sol) 1 amah de surplomb gohot al ha-mizbeah amah Rachi : si elles ne dépassaient pas le toit de deux amot, elles traîneraient dessus -- ce ne serait plus gohot. Schéma en coupe, proportions indicatives ; les retraits sont exagérés pour la lisibilité.
Géométrie de l'autel et position des saules : c'est de ce schéma que Mareimar tire sa conclusion.
Le rite de la aravah : de Motsa à l'adieu à l'autel Six étapes de la michna, et ce qui change le septième jour. 1. Motsa en contrebas de Jérusalem cueillette des morbiyot 2. Dressage aux côtés de l'autel sommets penchés par-dessus 3. Chofar tekia teroua tekia 4. Hakafa 1 tour / jour Ana Hachem hochia na 5. 7e jour sept hakafot jour dit havout haryot 6. Adieu Yofi lakh mizbeah 2 versions Que dit-on en tournant ? Tana kama : Ana Hachem hochia na, ana Hachem hatslia na Rabbi Yehouda : Ani va-ho hochia na (guematria = Ana Hachem) Que dit-on en partant ? Tana kama : Yofi lakh mizbeah -- beauté à toi, autel Rabbi Elazar : Le-Ya ou-lekha mizbeah -- à Lui et à toi, autel Enjeu des deux variantes de l'adieu Louer l'autel seul pourrait ressembler à un hommage rendu à l'objet du culte. R. Elazar corrige : la louange va d'abord à Hachem, et seulement ensuite à l'autel.
Les six étapes du rite de la aravah, et les deux mahlokot sur les formules dites.
1
וְכִי לְייַבְּשָׁן הוּא צָרִיךְ? אֶלָּא אֵימָא: עַל גַּב הָאִיצְטַבָּא. אָמַר רַחֲבָא אָמַר (רַב) יְהוּדָה: הַר הַבַּיִת סְטָיו כָּפוּל הָיָה, סְטָיו לִפְנִים מִסְטָיו.

Et a-t-il donc besoin de les faire sécher ? Plutôt dis : sur le dessus de la banquette (al gav ha-itstaba).

Rahava a dit au nom de (Rav) Yehouda : le Har haBayit (le mont du Temple) était un stav kaful — un portique à colonnades double, un portique à l'intérieur d'un portique.

📜 Rachi (2)
וְכִי לְייַבְּשָׁן הוּא צָרִיךְ וַהֲרֵי הַיָּבֵשׁ פָּסוּל:
Et a-t-il donc besoin de les faire sécher — or [un loulav] sec est passoul (invalide).
סְטָיו כָּפוּל אִצְטַבָּאוֹת מַקִּיפוֹת אוֹתוֹ וְאִצְטַבָּאוֹת אֲחֵרִים הֶיקֵּף לִפְנִים מֵהֶיקֵּף:
Un stav double — des banquettes (itstabaot) l'entouraient, et d'autres banquettes formaient une seconde enceinte à l'intérieur de la première.
🗂️ Tossefot (1)
וְכִי לְייַבְּשָׁן הוּא צָרִיךְ. תֵּימַהּ שֶׁאוֹתוֹ תַּנָּא נִתְחַלְּפָה שִׁיטָתוֹ דְּהָכָא דַּהֲוָה לֵיהּ לְמִיתְנֵי עַל גַּב הֲוָה תָּנֵי עַל גַּג ובפ"ק דִּפְסָחִים (ד' יג:) גַּבֵּי שְׁתֵּי חַלּוֹת שֶׁל תּוֹדָה דה"ל לְמִיתְנֵי עַל גַּג הֲוָה תָּנֵי עַל גַּב וְיֵשׁ לוֹמַר דְּאוֹתוֹ הַתַּנָּא הָיָה שׁוֹנֶה שְׁנֵיהֶם בְּשָׁוֶה עַל גַּב אוֹ שְׁנֵיהֶם עַל גַּג וּכְשֶׁהִגִּיעַ לוֹ לְרַב יְהוּדָה בָּרִאשׁוֹן וְאָמַר לוֹ שֶׁטָּעָה וְהָיָה סָבוּר שֶׁכֵּן יֵשׁ לִהְיוֹת גַּם בְּאַחֵר:
« Et a-t-il donc besoin de les faire sécher ? » C'est étonnant : ce tana a interverti ses formulations. Ici, alors qu'il aurait dû enseigner « al gav » (sur le dessus), il a enseigné « al gag » (sur le toit) ; et au premier chapitre de Pessahim (13b), à propos des deux pains de la toda, alors qu'il aurait dû enseigner « al gag », il a enseigné « al gav ». On peut dire que ce tana enseignait les deux passages de la même façon — soit les deux « al gav », soit les deux « al gag » — et lorsqu'il est venu devant Rav Yehouda pour le premier cas, celui-ci lui a dit qu'il se trompait ; il a alors cru qu'il devait en aller de même pour l'autre.
💡 Explication

Fin de la sougya précédente. Une braita disait qu'on déposait les loulavim al gag (sur le toit) de la banquette. La Guemara refuse : mettre un loulav au soleil sur un toit reviendrait à vouloir le sécher — or un loulav sec est passoul. On corrige donc d'une seule lettre : al gav, sur le dessus de l'itstaba (banquette de pierre), à l'abri.

Rahava ajoute une donnée topographique qui rend la scène crédible : le Har haBayit était un stav kaful (du grec stoa, portique), c'est-à-dire une double enceinte de portiques à colonnades. Il y avait donc largement de quoi ranger les loulavim de toute la ville.

🖼️ Schéma
Al gag ou al gav ? Et le stav kaful du Har haBayit Leçon rejetée : al GAG On déposerait les loulavim sur le TOIT. Question : a-t-il besoin de les faire sécher ? Rachi : or le loulav sec est PASSOUL. -> absurde, on corrige la leçon Leçon retenue : al GAV Sur le DESSUS de la banquette (itstaba), à l'ombre, à un emplacement prévu. Une seule lettre change : gimel / bet. -> les loulavim restent frais Rahava au nom de Rav Yehouda : le Har haBayit était un stav kaful Vue en plan : deux enceintes de portiques concentriques, donc beaucoup de banquettes. esplanade portique extérieur portique intérieur (sitav lifnim mi-sitav) Rachi : des banquettes l'entouraient, et d'autres formaient une enceinte intérieure à la première.
Al gag rejeté au profit de al gav, et le plan du double portique.
2
מַתְנִי׳ מִצְוַת עֲרָבָה כֵּיצַד? מָקוֹם הָיָה לְמַטָּה מִירוּשָׁלַיִם וְנִקְרָא ״מוֹצֵא״, יוֹרְדִין לְשָׁם וּמְלַקְּטִין מִשָּׁם מֻורְבִּיּוֹת שֶׁל עֲרָבָה, וּבָאִין וְזוֹקְפִין אוֹתָן בְּצִדֵּי הַמִּזְבֵּחַ, וְרָאשֵׁיהֶן כְּפוּפִין עַל גַּבֵּי הַמִּזְבֵּחַ. תָּקְעוּ וְהֵרִיעוּ וְתָקְעוּ. בְּכָל יוֹם מַקִּיפִין אֶת הַמִּזְבֵּחַ פַּעַם אַחַת וְאוֹמְרִים: ״אָנָּא ה׳ הוֹשִׁיעָה נָּא, אָנָּא ה׳ הַצְלִיחָה נָּא״. רַבִּי יְהוּדָה אוֹמֵר: ״אֲנִי וָהוּ הוֹשִׁיעָה נָא״. וְאוֹתוֹ הַיּוֹם מַקִּיפִין אֶת הַמִּזְבֵּחַ שֶׁבַע פְּעָמִים. בִּשְׁעַת פְּטִירָתָן מָה הֵן אוֹמְרִים: ״יֹופִי לְךָ מִזְבֵּחַ, יֹופִי לְךָ מִזְבֵּחַ!״ רַבִּי אֶלְעָזָר אוֹמֵר: ״לֵיהּ וּלְךָ מִזְבֵּחַ, לֵיהּ וּלְךָ מִזְבֵּחַ״.

MICHNA. La mitsva de la aravah (le rameau de saule), comment [l'accomplissait-on] ?

Il y avait un lieu en contrebas de Jérusalem, appelé « Motsa ». On y descendait et on y cueillait des morbiyot (longues branches) de saule ; on venait les dresser aux côtés du mizbeah (l'autel), leurs sommets penchés par-dessus l'autel.

On sonnait tekia, teroua et tekia. Chaque jour on faisait une fois le tour de l'autel en disant : « Ana Hachem hochia na, ana Hachem hatslia na » (de grâce, Hachem, sauve donc ; de grâce, Hachem, fais réussir donc).

Rabbi Yehouda dit : [on disait] « Ani va-ho hochia na ». Et ce jour-là [le septième], on faisait sept fois le tour de l'autel.

Au moment de prendre congé, que disaient-ils ? « Beauté à toi, autel !

Beauté à toi, autel ! » Rabbi Elazar dit : [on disait] « À Lui et à toi, autel ; à Lui et à toi, autel ».

📜 Rachi (3)
מַתְנֵי' וְנִקְרָא מוֹצֵא בַּגְּמָרָא מְפָרֵשׁ טַעְמָא:
MICHNA. Et il s'appelait Motsa — la Guemara en explique la raison.
אֲנִי וָהוֹ בְּגֵימַטְרְיָא אָנָּא ה' וְעוֹד מִשִּׁבְעִים וּשְׁתַּיִם שֵׁמוֹת הֵן הַנְּקוּבִים בְּשָׁלֹשׁ מִקְרָאוֹת הַסִּמּוּכִין בְּפָרָשַׁת וַיְהִי בְּשַׁלַּח וַיִּסַּע וְגוֹ' וַיָּבֹא בֵּין מַחֲנֵה וַיֵּט מֹשֶׁה אֶת יָדוֹ וּשְׁלָשְׁתָּן בְּנֵי שִׁבְעִים וּשְׁתַּיִם אוֹתִיּוֹת וּמֵהֶן שֵׁם הַמְפֹורָשׁ אוֹת רִאשׁוֹנָה שֶׁל פָּסוּק רִאשׁוֹן וְאַחֲרוֹנָה שֶׁל אֶמְצָעִי וְרִאשׁוֹנָה שֶׁל אַחֲרוֹן וְכֵן בְּזֶה הַסֵּדֶר כֻּולָּן הַשֵּׁם הָרִאשׁוֹן וָהוֹ וָי"ו שֶׁל וַיִּסַּע הֵ"א דְּכָל הַלַּיְלָה וָי"ו דְוַיְט וְשֵׁם הַשְּׁלֹשִׁים וְשֶׁבַע הוּא אֲנִי אָלֶ"ף דְּמֵאַחֲרֵיהֶם וְנוּ"ן רִאשׁוֹן דְּהֶעָנָן בְּחֶשְׁבּוֹן שֶׁל מַפְרֵעַ וְיוֹ"ד דְּרוּחַ קָדִים:
Ani va-ho — en guematria, [cela équivaut à] « Ana Hachem ». De plus, ils font partie des soixante-douze Noms désignés dans les trois versets consécutifs de la paracha « Va-yehi be-chalah » : « Va-yissa [l'ange de Dieu] etc. », « Va-yavo entre le camp [etc.] », « Va-yet Moche sa main [etc.] ». Ces trois [versets] comptent chacun soixante-douze lettres, et c'est d'eux [qu'on tire] le Chem hamephorach : la première lettre du premier verset, la dernière lettre du verset du milieu, et la première du dernier — et ainsi de suite, tous dans cet ordre. Le premier Nom est « Vaho » : le vav de « va-yissa », le hé de « kol ha-laila », le vav de « va-yet ». Et le trente-septième Nom est « Ani » : le alef de « me-ahareihem », le premier noun de « hé-anan » — compté à rebours — et le youd de « roua'h kadim ».
וְאוֹתוֹ יוֹם בַּשְּׁבִיעִי:
Et ce jour-là — le septième [jour].
🗂️ Tossefot (3)
זוֹקְפִין אוֹתָן בְּצִדֵּי הַמִּזְבֵּחַ. הַייְנוּ לְאַחַר שֶׁהִקִּיפוּהוּ פַּעַם אַחַת לָמֶ"ד עֲרָבָה בִּנְטִילָה:
« On les dresse aux côtés de l'autel. » C'est-à-dire après en avoir fait le tour une fois, selon celui qui soutient que la aravah [s'accomplit] par la netila (la prise en main).
תָּקְעוּ וְהֵרִיעוּ וְתָקְעוּ. מִשּׁוּם שִׂמְחָה:
« On sonna tekia, teroua et tekia. » En raison de la joie (simha).
אֲנִי וָהוֹ. בְּגֵימַטְרְיָא אָנָּא ה' וְעוֹד מִשִּׁבְעִים וּשְׁתַּיִם שֵׁמוֹת הֵן הַנְּקוּבִין בִּשְׁלֹשָׁה מִקְרָאוֹת הַסִּמּוּכִין בְּפָרָשַׁת וַיְהִי בְּשַׁלַּח וַיִּסַּע מַלְאָךְ וְגוֹ' וַיָּבֹא בֵּין מַחֲנֵה וְגוֹ' וַיֵּט מֹשֶׁה אֶת יָדוֹ וְגוֹ' וּשְׁלָשְׁתָּן בְּנֵי שִׁבְעִים וּשְׁתַּיִם אוֹתִיּוֹת וּמֵהֶם שֵׁם הַמְפֹורָשׁ אוֹת רִאשׁוֹנָה שֶׁל פָּסוּק רִאשׁוֹן אַחֲרוֹנָה שֶׁל אֶמְצָעִי וְרִאשׁוֹן שֶׁל אַחֲרוֹן וְכֵן בַּסֵּדֶר הַזֶּה כֻּולָּם כָּךְ פֵּי' הַקּוּנְטְרֵס וַעֲדַייִן צָרִיךְ טַעַם לָזֶה לָמָּה נִשְׁתַּנּוּ שְׁנֵי שֵׁמוֹת הַלָּלוּ דְּאָמְרִינַן לְהוּ טְפֵי מְאֻחָרֵינִי מִשּׁוּם דְּדָרְשִׁינַן בְּאִיְּכָה רַבָּתִי קְרָא דִּכְתִיב בִּיחֶזְקֵאל (א). וַאֲנִי בְּתוֹךְ הַגּוֹלָה וּקְרָא דִּכְתִיב בְּיִרְמְיָה (מ) וְהוּא אָסוּר בְּזִיקִּים כִּבְיָכוֹל הוּא בְּעַצְמוֹ וְהַיְינוּ הוֹשַׁעְנָא שֶׁיּוֹשִׁיעַ לְעַצְמוֹ:
« Ani va-ho. » En guematria, [cela équivaut à] « Ana Hachem ». De plus, ils font partie des soixante-douze Noms désignés dans les trois versets consécutifs de la paracha « Va-yehi be-chalah » : « Va-yissa l'ange etc. », « Va-yavo entre le camp etc. », « Va-yet Moche sa main etc. ». Ces trois [versets] comptent chacun soixante-douze lettres, et c'est d'eux [qu'on tire] le Chem hamephorach : la première lettre du premier verset, la dernière du verset du milieu, la première du dernier — et ainsi, tous dans cet ordre ; ainsi a expliqué le Kountress (Rachi). Mais il faut encore une raison à cela : pourquoi ces deux Noms-là sont-ils distingués, au point qu'on les dise plus que les autres ? Parce qu'on expose dans Eikha Rabbati le verset écrit dans Ye'hezkel (1) : « Et moi (va-ani), j'étais au milieu de l'exil », et le verset écrit dans Yirmiya (40) : « Et lui (ve-hou) était lié de chaînes » — ki-veyakhol (pour ainsi dire), c'est Lui-même [qui est en exil]. Et c'est cela [le sens de] « Hocha na » : qu'Il se sauve Lui-même.
💡 Explication

La michna décrit un rite du Mikdach entièrement distinct de la aravah tenue en main avec le loulav : de grandes branches de saule dressées contre l'autel, renouvelées chaque jour de Souccot. Le lieu de cueillette, Motsa, sera expliqué dans la Guemara.

Deux mahlokot ponctuent le texte. Sur la formule dite pendant la hakafa : le tana kama donne le verset de Tehilim 118,25 ; Rabbi Yehouda lui substitue « Ani va-ho », que Rachi rattache à la fois à la guematria de « Ana Hachem » et à la liste des 72 Noms tirés des trois versets de Bechalah. Sur la formule d'adieu : dire seulement « beauté à toi, autel » pourrait laisser croire à un hommage rendu à l'objet ; Rabbi Elazar corrige en plaçant Hachem en premier.

🖼️ Schéma
Ani va-ho : deux lectures d'une formule énigmatique Pourquoi R. Yehouda remplace-t-il Ana Hachem par ces deux syllabes ? Piste 1 : guematria Ani va-ho a la même valeur numérique que Ana Hachem Rachi et Tossefot Piste 2 : les 72 Noms Trois versets de Bechalah, 72 lettres chacun. Vaho = Nom n.1 Ani = Nom n.37 Piste 3 : Tossefot Va-ani be-tokh ha-gola (Ye'hezkel 1) Vé-hou assour ba-zikim (Yirmiya 40) La construction des 72 Noms (Bechalah 14,19-21) Verset 1 : Va-yissa malakh ha-Elokim... -> on prend la lettre depuis le DÉBUT Verset 2 : Va-yavo bein mahane... -> on prend la lettre depuis la FIN Verset 3 : Va-yet Moche et yado... -> on prend la lettre depuis le DÉBUT Pourquoi CES deux Noms plutôt que les 70 autres ? (Tossefot) Le midrach d'Eikha Rabbati lit ani et hou dans deux versets d'exil : MOI (ani) j'étais au milieu de l'exil -- et LUI (hou) était lié de chaînes. Ki-veyakhol : Il est Lui-même dans l'exil. Donc Hochana ne veut pas seulement sauve-nous : qu'Il se sauve Lui-même.
Les trois pistes d'explication de Ani va-ho : guematria, 72 Noms, midrach de l'exil.
3
כְּמַעֲשֵׂהוּ בַּחֹול כָּךְ מַעֲשֵׂהוּ בַּשַּׁבָּת, אֶלָּא שֶׁהָיוּ מְלַקְּטִין אוֹתָן מֵעֶרֶב וּמַנִּיחִין אוֹתָן בְּגִיגִיּוֹת שֶׁל זָהָב, כְּדֵי שֶׁלֹּא יִכְמוֹשׁוּ. רַבִּי יוֹחָנָן בֶּן בְּרוֹקָה אוֹמֵר: חֲרִיּוֹת שֶׁל דֶּקֶל הָיוּ מְבִיאִין, וְחוֹבְטִין אוֹתָן בְּקַרְקַע בְּצִדֵּי הַמִּזְבֵּחַ, וְאוֹתוֹ הַיּוֹם נִקְרָא חִבּוּט חֲרִיּוֹת. מִיָּד תִּינוֹקוֹת שׁוֹמְטִין אֶת לוּלְבֵיהֶן וְאוֹכְלִין אֶתְרוֹגֵיהֶן.

Comme on procède en semaine, ainsi procède-t-on le Chabbat — sauf qu'on les cueillait la veille et qu'on les déposait dans des guiguiot (grandes cuves) d'or, afin qu'elles ne se fanent pas. Rabbi Yo'hanan ben Beroka dit : on apportait des haryot (rameaux) de palmier et on les battait au sol aux côtés de l'autel ; et ce jour-là était appelé « havout haryot » (le battage des rameaux).

Aussitôt, les enfants retirent leurs loulavim et mangent leurs etroguim.

📜 Rachi (5)
גִּיגִיּוֹת קונ"ש שֶׁל זָהָב מְלֵאוֹת מַיִם:
Guiguiot — des cuves (konches, en langue vulgaire) d'or, remplies d'eau.
חֲרִיּוֹת שֶׁל דֶּקֶל הָיוּ מְבִיאִין בֵּין בְּחוֹל בֵּין בְּשַׁבָּת וּבַגְּמָרָא מְפָרֵשׁ טַעְמָא:
On apportait des haryot de palmier — aussi bien en semaine que le Chabbat ; la Guemara en explique la raison.
חֲרִיּוֹת עֲנָפִים:
Haryot — des rameaux.
מִיָּד תִּינוֹקוֹת שׁוֹמְטִין אֶת לוּלְבֵיהֶן הַגְּדוֹלִים שׁוֹמְטִין אֶת לוּלְבֵי הַקְּטַנִּים מִיָּדָם בַּשְּׁבִיעִי:
Aussitôt les enfants retirent leurs loulavim — les grands arrachent de leurs mains les loulavim des petits, le septième jour.
וְאוֹכְלִין אֶתְרוֹגֵיהֶן שֶׁל תִּינוֹקוֹת וְאֵין בַּדָּבָר לֹא מִשּׁוּם גֶּזֶל וְלֹא מִשּׁוּם דַּרְכֵי שָׁלוֹם שֶׁכָּךְ נָהֲגוּ מֵחֲמַת שִׂמְחָה:
Et ils mangent leurs etroguim — ceux des enfants ; et il n'y a là ni [question de] guezel (vol) ni [atteinte aux] darkhei chalom (voies de paix), car tel était l'usage établi en raison de la joie.
🗂️ Tossefot (1)
מִיָּד תִּינוֹקוֹת שׁוֹמְטִין לוּלְבֵיהֶן. לוּלְבֵי הַתִּינוֹקוֹת שׁוֹמְטִין הַגְּדוֹלִים מִיָּדָן וְאוֹכְלִין אֶתְרוֹגֵיהֶן שֶׁל תִּינוֹקוֹת וְאֵין בְּדָבָר גֶּזֶל וְלֹא מִשּׁוּם דַּרְכֵי שָׁלוֹם אֶלָּא שֶׁכָּךְ נָהֲגוּ בּוֹ מֵחֲמַת שִׂמְחָה כָּךְ פֵּי' בַּקְּוַנְט' וְיֵשׁ לִלְמֹוד מִכָּאן לְאוֹתָן בַּחוּרִים שֶׁרוֹכְבִים בְּסוּסִים לִקְרַאת חָתָן וְנִלְחָמִים זֶה עִם זֶה וְקוֹרְעִין בִּגְדוֹ שֶׁל חֲבֵירוֹ אוֹ מְקַלְקֵל לוֹ סוּסוֹ שֶׁהֵן פְּטוּרִין שֶׁכָּךְ נָהֲגוּ מֵחֲמַת שִׂמְחַת חָתָן וְעוֹד יֵשׁ לוֹמַר דְּמַתְנִי' לָא אַייְרֵי כְּלָל שֶׁיַּחְטְפוּ הַגְּדוֹלִים מִיָּדָן שֶׁל תִּינוֹקוֹת אֶלָּא מִיָּד כְּלוֹמַר לְאַלְתַּר הַתִּינוֹקוֹת שׁוֹמְטִין לוּלְבֵי עַצְמָן מִתּוֹךְ הָעֲרָבָה לְפִי שֶׁהַלּוּלָב אָרֹוךְ וְשׁוֹחֲקִין בּוֹ וְאֶתְרוֹגֵיהֶן הָיוּ אוֹכְלִין וְהַשְׁתָּא נִיחָא הָא דְּפָרִיךְ בַּגְּמָרָא לְמָאֵן דְּאָמַר אֶתְרוֹג בַּשְּׁבִיעִי מֻותָּר דְּהָכָא מַשְׁמַע תִּינוֹקוֹת אִין גְּדוֹלִים לָא וּבַקְּוַנְט' דָּחַק לְפָרֵשׁ דְּהָכִי פָּרֵיךְ תִּינוֹקוֹת דַּוְוקָא שֶׁלֹּא הֻוקְצָה לְמִצְוָה גְּמוּרָה אֲבָל שֶׁל גְּדוֹלִים הֻוקְצָה לְמִצְוָה גְּמוּרָה אֲסוּרִין כָּל הַיּוֹם וְקָשֶׁה דְּא"כ הֲוָה לֵיהּ לְמֵימַר דְּתִינוֹקוֹת אִין דִּגְדוֹלִים לָא:
« Aussitôt les enfants retirent leurs loulavim. » Les loulavim des enfants, ce sont les grands qui les arrachent de leurs mains, et ils mangent les etroguim des enfants ; et il n'y a là ni guezel ni [atteinte aux] darkhei chalom, mais tel était l'usage établi en raison de la joie — ainsi a expliqué le Kountress (Rachi). On peut en tirer un enseignement pour ces jeunes gens qui chevauchent à la rencontre du marié, se battent les uns contre les autres, déchirent le vêtement de leur compagnon ou abîment son cheval : ils sont exempts, car tel est l'usage établi en raison de la joie du marié. On peut encore dire que notre michna ne parle nullement de grands qui arracheraient [quoi que ce soit] des mains des enfants : « miyad » signifie « immédiatement » — les enfants dégagent d'eux-mêmes leurs propres loulavim d'entre les aravot, parce que le loulav est long et qu'ils jouent avec, et ils mangeaient leurs etroguim. Et ainsi se comprend bien la question posée dans la Guemara à celui qui soutient que l'etrog est permis le septième jour, puisqu'ici il ressort : les enfants oui, les adultes non. Le Kountress s'est contraint à expliquer que la question est celle-ci : les enfants précisément, dont [l'etrog] n'a pas été consacré à une mitsva complète [sont permis], tandis que ceux des adultes, consacrés à une mitsva complète, sont interdits toute la journée. Mais c'est difficile : s'il en était ainsi, il aurait fallu dire « ceux des enfants oui, ceux des adultes non ».
💡 Explication

Le Chabbat, on ne peut ni couper ni transporter : la cueillette se fait donc la veille et les branches sont conservées dans des guiguiot d'or — remplies d'eau selon Rachi — kedei che-lo yikhmochou, pour qu'elles ne se fanent pas (une aravah fanée ne vaut plus).

La dernière phrase est célèbre pour son ambiguïté. Rachi la lit comme une scène de chahut festif : les grands arrachent les loulavim des mains des enfants et mangent leurs etroguim — et cela n'est ni guezel (vol) ni atteinte aux darkhei chalom, parce que tel était l'usage établi au titre de la joie. Tossefot propose une seconde lecture : miyad = aussitôt, et ce sont les enfants eux-mêmes qui dégagent leurs propres loulavim pour jouer.

🖼️ Schéma
Semaine / Chabbat, havout haryot, et le geste des enfants En semaine (hol) Descente à Motsa le jour même. Cueillette, montée, dressage. Le rite est identique dans son déroulé. kema'assehou be-hol Le Chabbat Cueillette la VEILLE (interdit de couper). Conservation dans des guiguiot d'or remplies d'eau (Rachi), pour ne pas faner. kedei che-lo yikhmochou R. Yo'hanan ben Beroka On apportait des haryot de palmier (Rachi : des branches), qu'on battait au sol aux côtés de l'autel. D'où le nom du jour : havout haryot Miyad tinokot chomtin Rachi : les GRANDS arrachent les loulavim des mains des petits et mangent leurs etroguim. Tossefot (2e lecture) : miyad = aussitôt ; les enfants dégagent leurs PROPRES loulavim. Nafka mina de la lecture de Tossefot Si ce sont les enfants eux-mêmes, la michna n'implique plus tinokot oui / gedolim non, et la question de la Guemara sur l'etrog du septième jour se résout sans le détour de Rachi.
Semaine / Chabbat, le havout haryot, et les deux lectures de miyad tinokot chomtin.
4
גְּמ׳ תַּנָּא: מְקוֹם קָלָנְיָא הֲוָה. וְתַנָּא דִּידַן מַאי טַעְמָא קָרֵי לֵיהּ ״מוֹצֵא״? אַייְּדֵי דְּמִיפָּק מִכְּרָגָא דְמַלְכָּא — קָרֵי לֵיהּ ״מוֹצֵא״.

GUEMARA. Il a été enseigné [dans une braita] : c'était un lieu [dit] kalania (colonia).

Et notre tana, pour quelle raison l'appelle-t-il « Motsa » ? Puisqu'il était sorti (mipak) du karga du roi — [c'est pourquoi] il l'appelle « Motsa » (le sorti, l'exempte).

📜 Rachi (2)
גמ' קָלָנְיָא בֶּן חוֹרִין מִן הַמַּס שֶׁל מֶלֶךְ:
GUEMARA. Kalania — libre (ben horin) de l'impôt du roi.
דְּמִיפָּק מִכְּרָגָא מוֹצֵא מִכְּלַל הַמַּס שֶׁל הַמֶּלֶךְ וְהַיְינוּ נָמֵי קָלָנְיָא דְּתוֹסֶפְתָּא:
Puisqu'il sort du karga — sorti (motsa) du cadre de l'impôt du roi ; et c'est aussi le sens de « kalania » de la Tossefta.
💡 Explication

La braita et la michna désignent le même village par deux noms. Kalania transpose le latin colonia : une colonie militaire romaine, dont les habitants étaient affranchis de l'impôt. Motsa est la traduction hébraïque du même statut : le lieu est « sorti » du karga, la capitation due au roi.

La Guemara ne discute donc pas d'une divergence de fait mais d'un choix de vocabulaire : le tana de la michna préfère un terme hébreu transparent à un terme administratif étranger.

5
וּבָאִין וְזוֹקְפִין אוֹתָן בְּצִדֵּי כּוּ׳. תְּנָא: רַבּוֹת, וַאֲרֻוכּוֹת, וּגְבוֹהוֹת אַחַת עֶשְׂרֵה אַמָּה, כְּדֵי שֶׁיְּהוּ גּוֹחוֹת עַל הַמִּזְבֵּחַ אַמָּה.

« On venait les dresser aux côtés [de l'autel] etc. » Il a été enseigné : [elles étaient] nombreuses, longues, et hautes de onze amot (coudées), afin qu'elles se penchent (gohot) d'une amah par-dessus l'autel.

📜 Rachi (1)
כְּדֵי שֶׁיְּהוּ גּוֹחוֹת עַל הַמִּזְבֵּחַ גָּרְסִינַן גּוֹחוֹת מוֹטוֹת כְּמוֹ כֹּותֶל הַגּוֹחֶה לרה"ר דפ"ק דְּמוֹעֵד קָטָן (ד' ז.):
Afin qu'elles se penchent par-dessus l'autel — nous lisons « gohot », [c'est-à-dire] inclinées, comme dans « un mur qui penche (ha-goha) vers le domaine public » au premier chapitre de Moed Katan (7a).
💡 Explication

La braita apporte trois précisions absentes de la michna : les branches étaient nombreuses, longues, et d'une hauteur chiffrée — onze amot. Le but de cette mesure est fonctionnel : obtenir exactement une amah de surplomb au-dessus du dessus de l'autel.

Rachi fixe le sens du mot rare gohot : non pas « posées » mais inclinées en surplomb, du même radical que le mur « qui penche » vers le domaine public dans Moed Katan. C'est ce chiffre de onze amot qui va servir de levier au raisonnement du segment suivant.

6
אָמַר מָרִימָר מִשּׁוּם מָר זוּטְרָא: שְׁמַע מִינַּהּ עַל הַיְּסוֹד מַנַּח לְהוּ, דְּאִי סָלְקָא דַּעְתָּךְ אַאַרְעָא מַנַּח לְהוּ, מִכְּדֵי: עָלָה אַמָּה וְכָנַס אַמָּה — זֶהוּ יְסוֹד. עָלָה חָמֵשׁ וְכָנַס אַמָּה — זֶהוּ סוֹבֵב. עָלָה שָׁלֹשׁ — זֶהוּ מְקוֹם הַקְּרָנוֹת. גּוֹחוֹת עַל גַּבֵּי הַמִּזְבֵּחַ הֵיכִי מַשְׁכַּחַתְּ לַהּ! אֶלָּא לָאו, שְׁמַע מִינַּהּ אַיְּסוֹד מַנַּח לְהוּ. שְׁמַע מִינָּה.

Mareimar a dit au nom de Mar Zoutra : apprends-en (chema mina) que c'est sur le yessod (le socle de l'autel) qu'on les posait. Car si tu venais à penser qu'on les posait à même le sol — or [l'autel] : il monte d'une amah et se rétracte d'une amah, voilà le yessod ; il monte de cinq et se rétracte d'une amah, voilà le sovev ; il monte de trois, voilà l'emplacement des kranot (les cornes) — [alors] comment trouverais-tu [le cas où] elles se penchent par-dessus l'autel !

Plutôt, n'est-ce pas, apprends-en que c'est sur le yessod qu'on les posait. Apprends-en effectivement.

📜 Rachi (3)
ש"מ מִדְּקָתָנֵי גּוֹחוֹת עַל הַמִּזְבֵּחַ אַמָּה וא"א לִהְיוֹת גּוֹחוֹת עַל הַמִּזְבֵּחַ אַמָּה אֶלָּא א"כ גְּבוֹהוֹת מִמֶּנּוּ אַמָּתַיִם וְאִם יוֹתֵר יוֹתֵר דְּאִם אֵינָם גְּבוֹהוֹת אַמָּתַיִם וּמֻוטּוֹת אַמָּה הֲרֵי הֵן נִגְרָרוֹת בְּגַב הַמִּזְבֵּחַ וְאֵין זֶה לְשׁוֹן גּוֹחוֹת:
Chema mina — puisqu'il est enseigné « penchées d'une amah par-dessus l'autel », et qu'il est impossible qu'elles se penchent d'une amah par-dessus l'autel à moins d'être plus hautes que lui de deux amot — et si davantage, davantage. Car si elles ne le dépassent pas de deux amot tout en étant inclinées d'une amah, les voilà qui traînent sur le dessus de l'autel : et ce n'est plus le sens de « gohot ».
כִּי מַנַּח רַגְלֵיהֶם אַיְּסוֹד מַנַּח לְהוּ עַל אַמָּה שֶׁל כְּנִיסַת הַיְסוֹד שֶׁל מִזְבֵּחַ:
Lorsqu'il pose leur pied, c'est sur le yessod qu'il les pose — sur l'amah du retrait (kenissa) du yessod de l'autel.
עָלָה אַמָּה מִן הָאָרֶץ בְּרֹוחַב שְׁלֹשִׁים וּשְׁתַּיִם עַל שְׁלֹשִׁים וּשְׁתַּיִם שֶׁמִּתְּחִילָּה הֵבִיאוּ מַלְבֵּן מְרֻובָּע שְׁלֹשִׁים וּשְׁתַּיִם עַל שְׁלֹשִׁים וּשְׁתַּיִם וְהוֹשִׁיבוּהוּ עַל הָאָרֶץ כְּעֵין איישטר"א וְגָובְהוֹ אַמָּה וּמִילְּאוּהוּ סִיד וְקֻונְיָא וְזֶפֶת נִמְצָא שֶׁעָלָה אַמָּה וְחָזְרוּ וְהֵבִיאוּ מַלְבֵּן שֶׁהוּא שְׁלֹשִׁים עַל שְׁלֹשִׁים וְגָובְהוֹ חָמֵשׁ אַמּוֹת וְהוֹשִׁיבוּהוּ עַל זֶה מָשׁוּךְ אַמָּה מִכָּל צַד וּמִילְּאוּהוּ סִיד וְקֻונְיָא וְזֶפֶת הֲרֵי שֶׁנִּכְנַס אַמָּה וְעַל אוֹתָהּ כְּנִיסָה הָיוּ שׁוֹפְכִין הַדָּמִים וּמִשָּׁם יוֹרְדִין לָרִצְפָּה דֶּרֶךְ שְׁנֵי נְקָבִים שֶׁהָיוּ בְּאַחַת הַזָּוִיּוֹת וּכְשֶׁנִּתְמַלֵּא מַלְבֵּן זֶה נִמְצָא שֶׁעָלָה חָמֵשׁ מִן הַיְּסוֹד וּמַעְלָה הֲרֵי שֵׁשׁ מִן הָאָרֶץ חָזְרוּ וֶהֱבִיאוֹ מַלְבֵּן שֶׁהוּא כ"ח עַל כ"ח וְהוֹשִׁיבוּ עַל זֶה מָשׁוּךְ אַמָּה מִכָּל צַד וְגָבְהוֹ ג' אַמּוֹת וּמִילְּאוּהוּ סִיד וְקֻונְיָא וְזֶפֶת נִמְצָא גָּבוֹהַּ תֵּשַׁע אַמּוֹת וְהוּא גַּג הַמִּזְבֵּחַ וּכְנִיסָה זוֹ שֶׁל סוֹף שֵׁשׁ הוּא הַסּוֹבֵב שֶׁבָּהּ מְקוֹם הִילּוּךְ לַכֹּהֲנִים סָבִיב לַמִּזְבֵּחַ כְּשֶׁבָּאִין לְהַקְטִיר וּלְמַתַּן דָּמִים וְהַייְנוּ דְּקָאָמַר עָלָה אַמָּה וְכָנַס אַמָּה זֶה הַיְסוֹד עָלָה חָמֵשׁ וְכָנַס אַמָּה זֶה הַסּוֹבֵב עָלָה שָׁלֹשׁ זֶה מְקוֹם הַקְּרָנוֹת וְלָא גָּרְסִינַן וְכָנַס אַמָּה שֶׁלֹּא הָיוּ מִשּׂוֹכִין הַקְּרָנוֹת כְּלוּם לִפְנִים אֶלָּא הֵבִיא מַלְבֵּן שֶׁהוּא אַמָּה עַל אַמָּה בְּרוּם אַמָּה וּנְתָנוֹ לַקֶּרֶן וּמִילְּאוּהוּ חֶלְקֵי אֲבָנִים וְסִיד וְקֻונְיָא וְזֶפֶת וְכֵן לְכָל קֶרֶן מ"מ גֹּובַהּ הַמִּזְבֵּחַ אָנוּ לְמֵידִין מִכָּאן שֶׁהוּא תֵּשַׁע אַמּוֹת לְבַד הַקְּרָנוֹת וְאִי אַאַרְעָא מַנַּח לְהוּ וְהָתָם צָרִיךְ לָתֵת בַּאֲלַכְסוֹן רַגְלֵיהֶם מִשּׂוֹכִין לְהַלָּן מִן הַמִּזְבֵּחַ מִפְּנֵי הַכְּנֵיסִיּוֹת כְּדֵי שֶׁיְּהוּ רָאשֵׁיהֶן גּוֹחִין עַל הַמִּזְבֵּחַ תּוּ לָא מַשְׁכַּחַת לְהוּ גָּבְהוֹ שְׁתֵּי אַמּוֹת לְמַעְלָה מִגַּג הַמִּזְבֵּחַ שֶׁיְּהוּ גּוֹחוֹת עָלָיו אַמָּה אֶלָּא לָאו שְׁמַע מִינַּהּ אַיְּסוֹד מַנַּח לְהוּ דְּהָוֵי לֵיהּ שְׁמוֹנֶה אַמּוֹת לְגָובְהוֹ שֶׁל מִזְבֵּחַ מִן הַיְּסוֹד וּלְמַעְלָה וְהַטָּייָתָן מִפְּנֵי כְּנִיסַת הַסּוֹבֵב מְמַעֶטֶת קְצָת מִגָּובְהָן שֶׁצָּרִיךְ לִמְשֹׁוךְ רַגְלֵיהֶם לִשְׂפַת כְּנִיסַת הַיְסוֹד נִמְצְאוּ גְּבוֹהוֹת יוֹתֵר מִשְׁתֵּי אַמּוֹת וּמֵהֶן אַמָּה גְּחִיָּיה וּלְמַטָּה מִן הַגְּחִייָּה יוֹתֵר מֵאַמָּה שֶׁלֹּא יְהוּ נִגְרָרוֹת עַל גַּבֵּי הַמִּזְבֵּחַ:
Il monte d'une amah — depuis le sol, sur une largeur de trente-deux [amot] par trente-deux ; car au départ on apportait un cadre carré de trente-deux sur trente-deux, on le posait à terre à la manière d'une caisse (eichtra), sa hauteur étant d'une amah, et on le remplissait de chaux, de koniya (résine) et de zefet (bitume) : il se trouve ainsi monté d'une amah. On revenait apporter un cadre de trente sur trente, haut de cinq amot, qu'on posait sur le précédent en retrait d'une amah de chaque côté, et on le remplissait de chaux, koniya et zefet : voilà donc un retrait d'une amah ; et c'est sur ce retrait qu'on versait les sangs, d'où ils descendaient jusqu'au dallage par deux orifices situés à l'un des angles. Une fois ce cadre rempli, il se trouve monté de cinq depuis le yessod vers le haut — soit six depuis le sol. On revenait apporter un cadre de vingt-huit sur vingt-huit, qu'on posait sur celui-ci en retrait d'une amah de chaque côté, haut de trois amot, et on le remplissait de chaux, koniya et zefet : il se trouve haut de neuf amot, et c'est le gag (le dessus) de l'autel. Et ce retrait, à la fin des six [amot], c'est le sovev : là se trouve le passage des cohanim autour de l'autel lorsqu'ils viennent faire fumer [les offrandes] et appliquer les sangs. Et c'est ce que dit [la Guemara] : « il monte d'une amah et se rétracte d'une amah, voilà le yessod ; il monte de cinq et se rétracte d'une amah, voilà le sovev ; il monte de trois, voilà l'emplacement des kranot ». Et nous ne lisons pas [ici] « et se rétracte d'une amah », car les kranot n'étaient nullement en retrait vers l'intérieur : on apportait plutôt un cadre d'une amah sur une amah et d'une amah de haut, on le plaçait à l'angle et on le remplissait d'éclats de pierres, de chaux, de koniya et de zefet, et de même à chaque corne. Quoi qu'il en soit, la hauteur de l'autel, nous l'apprenons d'ici : neuf amot sans compter les kranot. Or, si on les posait à même le sol — et là il faut les disposer en oblique, leur pied écarté de l'autel à cause des retraits, pour que leurs sommets surplombent l'autel — tu ne trouverais plus qu'elles dépassent de deux amot le dessus de l'autel de façon à le surplomber d'une amah. Plutôt, apprends-en que c'est sur le yessod qu'on les pose : il ne reste alors que huit amot de hauteur d'autel à partir du yessod vers le haut ; leur inclinaison, due au retrait du sovev, diminue un peu leur hauteur utile, car il faut écarter leur pied jusqu'au bord du retrait du yessod. Il se trouve ainsi qu'elles dépassent de plus de deux amot, dont une amah de surplomb, et plus d'une amah en dessous du surplomb, de sorte qu'elles ne traînent pas sur le dessus de l'autel.
🗂️ Tossefot (1)
עָלָה שָׁלֹשׁ זֶהוּ מְקוֹם קְרָנוֹת. וְלָא גָּרְסִינַן וְכָנַס אַמָּה שֶׁהַקְּרָנוֹת לֹא הָיוּ מִשּׂוֹכִין לִפְנִים כְּלוּם אֶלָּא מֵבִיא מַלְבֵּן שֶׁהוּא אַמָּה עַל אַמָּה בְּרוּם אַמָּה וּנְתָנוֹ לַקֶּרֶן וּמִלְּאָהוּ חֶלְקֵי אֲבָנִים וְסִיד וְזֶפֶת וְקֻונְיָא וְכֵן בְּכָל קֶרֶן כָּךְ פֵּירֵשׁ בַּקְּוַנְט' וְכֵן מוֹכִיחַ בִּזְבָחִים פֶּרֶק אֵיזֶהוּ מְקוֹמָן (זְבָחִים ד' נד.) וּבְפֶרֶק שְׁתֵּי הַלֶּחֶם (מְנָחוֹת ד' צז:) שֶׁהַקְּרָנוֹת לֹא הָיוּ מִשּׂוֹכִין לִפְנִים כְּלוּם אֲבָל מ"מ מוֹחֵק בְּחִנָּם גִּרְסַת הַסְּפָרִים שֶׁכָּתוּב בְּכָל הַסְּפָרִים עָלָה שָׁלֹשׁ וְכָנַס אַמָּה וְזֶה מְקוֹם קְרָנוֹת כְּלוֹמַר דִּבְאוֹתָהּ כְּנִיסָה הָיוּ הַקְּרָנוֹת בְּנוּיִם וְהַשְׁתָּא הָוֵי מַמָּשׁ דֻּומְיָא דְּאַחַרְיָנֵי עָלָה אַמָּה וְכָנַס אַמָּה כּוּ' זֶה מְקוֹם קְרָנוֹת מְקוֹם הַכְּנִיסָה הוּא מְקוֹם קְרָנוֹת:
« Il monte de trois, voilà l'emplacement des kranot. » Nous ne lisons pas « et se rétracte d'une amah », car les kranot n'étaient nullement en retrait vers l'intérieur : on apporte plutôt un cadre d'une amah sur une amah et d'une amah de haut, on le place à l'angle et on le remplit d'éclats de pierres, de chaux, de zefet et de koniya, et de même à chaque corne — ainsi a expliqué le Kountress (Rachi). Cela se prouve également dans Zevahim, chapitre Eizehou mekoman (54a), et au chapitre Chtei ha-le'hem (Menahot 97b) : les kranot n'étaient nullement en retrait vers l'intérieur. Mais quoi qu'il en soit, il efface sans raison la leçon des livres, car dans tous les livres il est écrit « il monte de trois et se rétracte d'une amah, et c'est l'emplacement des kranot » — c'est-à-dire que c'est sur ce retrait que les kranot étaient bâties. Et alors la formule est exactement semblable aux précédentes : « il monte d'une amah et se rétracte d'une amah etc. » ; « voilà l'emplacement des kranot » : l'emplacement du retrait est l'emplacement des cornes.
💡 Explication

Raisonnement purement métrique. L'autel monte par trois étages qui se rétractent : 1 amah (le yessod), puis 5 amot (au sommet desquelles court le sovev, le passage des cohanim), puis 3 amot jusqu'au gag — soit neuf amot depuis le sol, sans compter les kranot.

Si les branches de onze amot partaient du sol, la marge ne serait que de deux amot ; or les retraits obligent à écarter le pied et à incliner la branche, ce qui consomme cette marge. Rachi précise le seuil : en dessous de deux amot de dépassement, la branche traîne sur le dessus de l'autel — ce n'est plus « gohot ». En posant le pied sur le yessod, il ne reste que huit amot d'autel à franchir : la marge passe à trois amot, l'inclinaison est faible, et le surplomb d'une amah devient réalisable.

🖼️ Schéma
Le calcul de Mareimar : au sol, c'est impossible Donnée de départ : branches de 11 amot, surplomb exigé de 1 amah au-dessus du gag. Hypothèse A : posées AU SOL Hauteur du gag depuis le sol : 1 + 5 + 3 = 9 amot Marge brute : 11 - 9 = 2 amot MAIS les retraits (yessod, sovev) obligent à écarter le pied et à incliner fortement la branche. L'inclinaison mange de la hauteur utile : il reste moins de 2 amot au-dessus du gag. Or Rachi : sans 2 amot de dépassement, la branche TRAÎNE sur le dessus de l'autel. -> gohot al ha-mizbeah amah : introuvable heikhi machkahat lah ! Hypothèse B : posées SUR LE YESSOD Le pied part déjà à 1 amah de haut. Hauteur restante d'autel : 9 - 1 = 8 amot Marge brute : 11 - 8 = 3 amot Le pied n'a plus qu'à être poussé au bord du retrait du sovev : inclinaison faible. Rachi : il reste PLUS de 2 amot utiles -- 1 amah de surplomb, et plus d'1 amah dessous, de sorte que rien ne traîne sur l'autel. -> la michna se réalise exactement chema mina : al ha-yessod manah lehou Forme du raisonnement Une donnée métrique de braita (11 amot) + la géométrie connue de l'autel (Midot) = une déduction sur un détail que la michna n'avait pas explicité : où repose le pied des aravot. C'est un chema mina : on n'ajoute rien, on lit ce que les chiffres imposent déjà.
Les deux hypothèses confrontées aux chiffres : au sol, la michna est irréalisable.
7
אָמַר רַבִּי אָבָהוּ: מַאי קְרָאָהּ, שֶׁנֶּאֱמַר: ״אִסְרוּ חַג בַּעֲבֹותִים עַד קַרְנוֹת הַמִּזְבֵּחַ״. אָמַר רַבִּי אֲבָהוּ אָמַר רַבִּי אֶלְעָזָר: כָּל הַנּוֹטֵל לוּלָב בְּאִגּוּדוֹ וַהֲדַס בַּעֲבוֹתוֹ, מַעֲלֶה עָלָיו הַכָּתוּב כְּאִילּוּ בָּנָה מִזְבֵּחַ וְהִקְרִיב עָלָיו קָרְבָּן, שֶׁנֶּאֱמַר:

Rabbi Abbahou a dit : quel est le verset [qui l'indique] ? Comme il est dit : « Liez (isrou) la fête avec des branches touffues (avotim), jusqu'aux cornes de l'autel » (Tehilim 118,27).

Rabbi Abbahou a dit au nom de Rabbi Elazar : quiconque prend un loulav dans sa liure (be-agoudo) et un hadass (myrte) dans son feuillage touffu (be-avoto), l'Écriture le lui compte comme s'il avait bâti un autel et y avait offert un korban, comme il est dit :

📜 Rachi (3)
מַאי קְרָאָהּ דְּעוֹלוֹת לְמַעְלָה מִן הַמִּזְבֵּחַ:
Quel est le verset — [enseignant] qu'elles s'élèvent au-dessus de l'autel.
אִסְרוּ חַג בַּעֲבוֹתִים בְּאִילָנוֹת כְּמוֹ וּבֵין עֲבֹותִים הָיְתָה צַמַּרְתּוֹ (יְחֶזְקֵאל ל״א:ג׳) בְּצַד שֶׁלּוֹ אָסְרוּ כְּמוֹ הֶקֵּיפוֹ כְּמוֹ אָסְרִי לְגֶפֶן יִסְחֹר יִשְׂרָאֵל (בְּרֵאשִׁית מ״ט:י״א):
Isrou hag ba-avotim — [avotim signifie] parmi les arbres [feuillus], comme dans « et sa cime était parmi les avotim » (Ye'hezkel 31,3), à son côté. « Isrou » comme « entourez » (hakifou), comme dans « [il] attache (osri) à la vigne » (Bereshit 49,11).
עַד קַרְנוֹת הַמִּזְבֵּחַ עַד קְרָנוֹת שֶׁהֵם גְּבוֹהוֹת מִן הַמִּזְבֵּחַ:
Jusqu'aux cornes de l'autel — jusqu'aux cornes, qui sont plus hautes que [le dessus de] l'autel.
🪔 Ben Yehoyada (1)
כָּל הַנּוֹטֵל לוּלָב בְּאַגְדּוֹ, וַהֲדַס בַּעֲבוֹתוֹ, מַעֲלֶה עָלָיו הַכָּתוּב כְּאִלּוּ בָּנָה מִזְבֵּחַ וְהִקְרִיב עָלָיו קָרְבָּן. יֵשׁ לְהַקְשׁוֹת מַה שַׁיָּיכוּת יֵשׁ לְלוּלָב וַהֲדַס גַּבֵּי מִזְבֵּחַ וְקָרְבָּן? וְנִרְאֶה לִי בס"ד דְּיָדוּעַ שֵׁם קָרְבָּן מִשְׁמָעוֹ שֶׁהוּא מְקָרֵב פְּעֻולָּה שֶׁעוֹשִׂים בְּדָבָר גַּשְׁמִי לִהְיוֹת עוֹשֶׂה תִּיקּוּן בְּדָבָר רוּחָנִי כִּי הַחוֹטֵא פּוֹגֵם לְמַעְלָה בְּרוּחָנִיּוּת וּמַקְרִיב דָּבָר גַּשְׁמִי וְעוֹשֶׂה בּוֹ תִּיקּוּן בְּרוּחָנִיּוּת וּלְכָךְ נִקְרָא קָרְבָּן שֶׁמַּקְרִיב פּוֹעֵל הַגַּשְׁמִי בָּרוּחָנִי. וּפֵרַשְׁנוּ בס"ד בְּמָקוֹם אַחֵר דְּמִטַּעַם הַזֶּה הָיָה הַמִּזְבֵּחַ ל"ב אַמָּה עַל ל"ב אַמָּה לִרְמֹוז הִתְקָרְבוּת זוֹ שֶׁל פּוֹעֵל הַגַּשְׁמִי בָּרוּחָנִי לֹא תִּהְיֶה אֶלָּא עַל יְדֵי כַּוָּנַת הַלֵּב וּלְכָךְ הַמַּחֲשָׁבָה פּוֹסֶלֶת בְּקָרְבָּן דְּאִם חָשַׁב שֶׁלֹּא לִשְׁמוֹ וְכַיּוֹצֵא פִּיגֵּל. וְהִנֵּה יָדוּעַ דְּאֵין כֹּחַ בַּלֵּב לַעֲשׂוֹת פֹּועַל טוֹב אֶלָּא רַק אֵצֶל יִשְׂרָאֵל דַּוְקָא וְלֹא אֵצֶל הָאֻומּוֹת, וְכָתַבְנוּ בס"ד הַטַּעַם כִּי יִשְׂרָאֵל נִשְׁמָתָם מִן הַבְּרִיאָה הַנִּקְרֵאת 'כִּסֵּא הַכָּבוֹד' וּלְכָךְ הֵם לְבַדָּם קִבְּלוּ הַתּוֹרָה שֶׁהִיא גַּם כֵּן מִן הַבְּרִיאָה בְּסוֹד הַכַּוָּנָה שֶׁאָמַר רַבֵּינוּ הָאֲרִ"י זַ"ל כְּמוֹ שֶׁאוֹמְרִים 'בָּרוּךְ אֱלֹקֵינוּ שֶׁבְּרָאָנוּ לִכְבוֹדוֹ וְנָתַן לָנוּ תּוֹרַת אֱמֶת' וְיָדוּעַ כִּי הַבְּרִיאָה הִיא בְּסוֹד הַבִּינָה וְלָכֵן הַתּוֹרָה שֶׁנִּיתְּנָה מִן הַבְּרִיאָה הִתְחִילָה בְּאוֹת בֵּי"ת שֶׁהִיא סוֹד בִּינָה וְלָכֵן אָמְרוּ בַּזֹּוהַר הַקָּדוֹשׁ 'תּוֹרָה מִבִּינָה נָפְקָא'. וּבָזֶה מוּבָן הַטַּעַם מַה שֶׁיֵּשׁ לְיִשְׂרָאֵל דַּוְקָא כֹּחַ לַעֲשׂוֹת בְּכַוָּנַת הַלֵּב פּוֹעֵל טוֹב יַעַן כִּי הַלֵּב הוּא סוֹד בִּינָה וּכְמוֹ שֶׁכָּתוּב בִּפְתִיחַת אֵלִיָּהוּ זָכוּר לַטּוֹב 'בִּינָה לִיבָּא וּבָהּ הַלֵּב מֵבִין' וּמֵאַחַר שֶׁיִּשְׂרָאֵל נִשְׁמָתָם מִן הַבְּרִיאָה שֶׁהוּא סוֹד בִּינָה יֵשׁ לָהֶם כֹּחַ בַּלֵּב שֶׁהוּא גַּם כֵּן סוֹד בִּינָה. וּבָזֶה פֵּרַשְׁתִּי בס"ד מַאֲמַר רז"ל בְּשָׁעָה שֶׁצִּוָּה הקב"ה אֶת יִשְׂרָאֵל בַּקָּרְבָּנוֹת אָמְרוּ אוּמוֹת הָעוֹלָם לְבִלְעָם לָמָּה לֹא צִוָּה לָנוּ בַּקָּרְבָּנוֹת? אָמַר לוֹ שׁוֹטִים יִשְׂרָאֵל שֶׁקִּבְּלוּ הַתּוֹרָה נָתַן לָהֶם הַקָּרְבָּנוֹת אַתֶּם שֶׁלֹּא קִבַּלְתֶּם הַתּוֹרָה לֹא נָתַן לָכֶם הַקָּרְבָּנוֹת, וְהוּא תָּמוּהַּ מַה תָּלוּי זֶה בָּזֶה וַהֲלֹא גַּם הֵם יֵשׁ לָהֶם ז' מִצְוֹת וְצָרִיךְ לָהֶם כַּפָּרָה בְּקָרְבְּנוֹת? וּבָזֶה נִיחָא כִּי מַעֲשֵׂה הַקָּרְבָּנוֹת תְּלוּיִים בְּכַוָּנַת הַלֵּב שֶׁהַפְּעֻולָּה נַעֲשֵׂית בָּהֶם לְקָרֵב פּוֹעֵל הַגַּשְׁמִי בָּרוּחָנִי עַל יְדֵי כַּוָּנַת הַלֵּב כָּאָמוּר וְכֵיוָן שֶׁיִּשְׂרָאֵל קִבְּלוּ הַתּוֹרָה שֶׁהִיא מִסּוֹד הַבִּינָה מַשְׁמַע דְּהֵם יֵשׁ לָהֶם חֵלֶק בַּבִּינָה מִצַּד נִשְׁמָתָם וְאִם כֵּן מִמֵּילָא יֵשׁ כֹּחַ בַּלֵּב שֶׁלָּהֶם לַעֲשׂוֹת בּוֹ פֹּועַל טוֹב כִּי גַּם הַלֵּב הוּא סוֹד בִּינָה אֲבָל אַתֶּם שֶׁלֹּא קִבַּלְתֶּם הַתּוֹרָה מוּכָח מִזֶּה דְּאֵין לָכֶם חֵלֶק בַּבִּינָה וְאִם כֵּן אֵין לָכֶם כֹּחַ בְּכַוָּנַת הַלֵּב וּמַה יוֹעִילוּ הַקָּרְבָּנוֹת בְּחֶסְרוֹן הַלֵּב. גַּם יָדוּעַ הַטַּעַם שֶׁנִּקְרְאוּ הַצַּדִּיקִים בְּשֵׁם הַהֲדַס כְּמוֹ שֶׁנֶּאֱמַר (זְכַרְיָה א, ח) 'וְהוּא עָמַד בֵּין הַהֲדַסִּים' כִּי הַהֲדַס הוּא מְשֻׁולָּשׁ וְרוֹמֵז הַשִּׁילּוּשׁ שֶׁלּוֹ לִשְׁלוֹשׁ הנר"ן [נֶפֶשׁ, רוּחַ, נְשָׁמָה] שֶׁהֵם בְּסוֹד בי"ע [בְּרִיאָה, יְצִירָה, עֲשִׂיָּה] רוֹצֶה לוֹמַר הַנֶּפֶשׁ עֲשִׂיָּה וְהָרוּחַ יְצִירָה וְהַנְּשָׁמָה בְּרִיאָה שֶׁהוּא סוֹד בִּינָה וְזֶה הַשִּׁילּוּשׁ שֶׁל נר"ן אֵינוֹ נִמְצָא אֶלָּא רַק אֵצֶל יִשְׂרָאֵל אֲבָל אֻומּוֹת הָעוֹלָם אֵין לָהֶם אֶלָּא רַק נֶפֶשׁ מִן הַקְּלִיפָּה דַּעֲשִׂיָּה כְּמוֹ שֶׁכָּתַב רַבֵּינוּ הָאֲרִ"י זַ"ל (יְשַׁעְיָה כז, יא) 'כִּי לֹא עַם בִּינוֹת הוּא' גַּם יָדוּעַ הַטַּעַם שֶׁיִּשְׂרָאֵל נֶחְשָׁבִים כְּנֶפֶשׁ אַחַת כְּדִכְתִיב בְּהוּ (דְּבָרִים י, כב) 'בְּשִׁבְעִים נֶפֶשׁ יָרְדוּ אֲבֹתֶיךָ מִצְרַיְמָה' וּבְעֵשָׂו הָיוּ שֵׁשׁ וּקְרָאָם (בְּרֵאשִׁית לוֹ, ו) 'נְפָשׁוֹת' הַיְינוּ מִפְּנֵי כִּי יִשְׂרָאֵל הֵם מְשֻׁולָּשִׁים בנר"ן וְכָל שִׁילּוּשׁ הוּא בְּסוֹד אֲגֻודָּה אַחַת, אַךְ אֻומּוֹת הָעוֹלָם אֵין לָהֶם אֶלָּא רַק נֶפֶשׁ מַעֲשֶׂיהָ שֶׁהִיא נִפְרֶדֶת וְאֵין שֵׁם אֲגֻודָּה הַמּוֹרֶה עַל שִׁילּוּשׁ כִּי פָּחוֹת מִשְּׁלֹשָׁה אֵינוֹ נִקְרָא אֲגֻודָּה. וְיָדוּעַ מַה שֶׁאָמַר בַּמִּדְרָשׁ (וַיִּקְרָא רַבָּה ל, יב) עַל אַרְבָּעָה מִינִים שֶׁבַּלּוּלָב שֶׁהֵם כְּנֶגֶד יִשְׂרָאֵל שֶׁיֵּשׁ בָּהֶם ד' מִינִים, וְהַייְנוּ שֶׁיֵּשׁ בַּעֲלֵי תּוֹרָה וּבַעֲלֵי מִצְוֹת וְזֶהוּ כְּנֶגֶד אֶתְרוֹג שֶׁיֵּשׁ בּוֹ הֲנָאַת רֵיחַ וַהֲנָאַת אֲכִילָה, וְיֵשׁ בַּעֲלֵי תּוֹרָה וְאֵינָם בַּעֲלֵי מִצְוֹת וְזֶהוּ כְּנֶגֶד לוּלָב שֶׁהוּא תָּמָר שֶׁיֵּשׁ בּוֹ אֲכִילָה וְאֵין בּוֹ רֵיחַ וְיֵשׁ בַּעֲלֵי מִצְוֹת וְאֵינָם בַּעֲלֵי תּוֹרָה וְזֶהוּ כְּנֶגֶד הֲדַס שֶׁיֵּשׁ בּוֹ רֵיחַ בִּלְבַד וְיֵשׁ שֶׁאֵין בָּהֶם לֹא תּוֹרָה וְלֹא מִצְוֹת וְזֶהוּ כְּנֶגֶד עֲרָבָה שֶׁאֵין בָּהּ לֹא רֵיחַ וְלֹא אֲכִילָה וְלָזֶה אָמַר וַאֲגֻודָּתוֹ עַל אֶרֶץ יְסָדָהּ כְּלוֹמַר אֲגֻודָּתוֹ הוּא לוּלָב וּמִינָיו עַל אֶרֶץ אֵלּוּ יִשְׂרָאֵל שֶׁנִּקְרְאוּ בְּשֵׁם אֶרֶץ דִּכְתִיב (מַלְאָכִי ג, יב) 'וְאַתֶּם תִּהְיוּ לִי אֶרֶץ חָפֵץ' יְסָדָהּ לַאֲגֻודָּה זוֹ שֶׁיֵּשׁ בָּהּ ד' מִינִים כְּנֶגֶד ד' מִינִים הַנִּמְצָאִים אֵצֶל יִשְׂרָאֵל, וְאֵיךְ בֶּאֱמֶת יִהְיוּ ד' מִינִים שֶׁבְּיִשְׂרָאֵל אֲגֻודָּה אַחַת? אֶלָּא הַיְינוּ מִצַּד שְׁלֹושׁ הנר"ן שֶׁנִּמְצָא בָּהֶם דַּאֲפִילּוּ הַנֶּפֶשׁ לְבַדָּהּ הִיא כְּלוּלָה מִן נר"ן מַה שֶׁאֵין כֵּן אוּמוֹת הָעוֹלָם אֵין בָּהֶם דִּין אֲגֻודָּה כִּי אֵין אֲגֻודָּה פְּחוּתָה מִשָּׁלֹשׁ קָנִים. וּבָזֶה מוּבָן בס"ד הַמַּאֲמָר כָּל הַנּוֹטֵל לוּלָב בְּאַגְדּוֹ שֶׁמּוֹרֶה שֶׁיִּשְׂרָאֵל יֵשׁ לָהֶם נר"ן שֶׁהֵם בְּסוֹד בי"ע וַהֲדַס בַּעֲבוֹתוֹ שֶׁגַּם הוּא מוֹרֶה עַל כָּךְ כָּאָמוּר דְּנִמְצָא וּמוּכָח מִזֶּה שֶׁיִּשְׂרָאֵל יֵשׁ לָהֶם חֵלֶק בַּבִּינָה שֶׁהוּא סוֹד הַבְּרִיאָה שֶׁשָּׁם סוֹד חֵלֶק הַנְּשָׁמָה לְכָךְ מַעֲלֶה עָלָיו הַכָּתוּב כְּאִלּוּ בָּנָה מִזְבֵּחַ שֶׁהוּא סוֹד ל"ב כָּאָמוּר וְהִקְרִיב עָלָיו קָרְבָּן שֶׁהוּא פּוֹעֵל פְּעֻולָּתוֹ עַל יְדֵי כַּוָּנַת הַלֵּב שֶׁהוּא סוֹד בִּינָה כְּמוֹ שֶׁאָמַר אֵלִיָּהוּ זָכוּר לַטּוֹב 'חָכְמָה מוֹחָא בִּינָה לִיבָּא'.
« Quiconque prend un loulav dans sa liure et un hadass dans son feuillage touffu, l'Écriture le lui compte comme s'il avait bâti un autel et y avait offert un korban. » Il y a lieu de demander : quel rapport y a-t-il entre le loulav et le hadass d'une part, l'autel et le korban d'autre part ? Il m'apparaît, avec l'aide du Ciel, que le nom même de korban signifie qu'il rapproche (mekarev) : une action accomplie dans une chose matérielle vient opérer une réparation (tikoun) dans une chose spirituelle. Car celui qui faute cause un dommage en haut, dans le spirituel ; il offre alors une chose matérielle et opère par elle une réparation dans le spirituel. C'est pourquoi cela s'appelle korban : il rapproche l'agir matériel du spirituel. Et nous avons expliqué ailleurs, avec l'aide du Ciel, que c'est pour cette raison que l'autel mesurait trente-deux amot sur trente-deux : pour indiquer que ce rapprochement de l'agir matériel vers le spirituel ne se fait que par la kavana du lev (le cœur — dont la valeur numérique est trente-deux). C'est aussi pourquoi la ma'hchava (la pensée) rend le korban passoul : s'il a pensé « pas en son nom » ou quelque chose de semblable, il l'a rendu pigoul. Or il est connu que la force du cœur d'accomplir une action bonne n'existe que chez Israël précisément, et non chez les nations. Nous en avons écrit la raison avec l'aide du Ciel : la nechama d'Israël provient du monde de la Beria, appelé « Kissé ha-Kavod » (le Trône de gloire) ; c'est pourquoi eux seuls ont reçu la Torah, qui provient elle aussi de la Beria, selon le sod de la kavana enseignée par notre maître le Ari zal, comme nous disons « Béni soit notre Dieu qui nous a créés pour Sa gloire et nous a donné une Torah de vérité ». Et il est connu que la Beria est dans le sod de la Bina ; c'est pourquoi la Torah, donnée depuis la Beria, commence par la lettre bet, qui est le sod de la Bina ; et c'est pourquoi il est dit dans le Zohar ha-kadoch : « la Torah sort de la Bina ». Par là se comprend pourquoi Israël précisément à la force d'accomplir une action bonne par la kavana du cœur : parce que le lev est le sod de la Bina, comme il est écrit dans la Petiha d'Eliyahou zakhour la-tov, « Bina — le cœur, et par elle le cœur comprend » ; et puisque la nechama d'Israël vient de la Beria, qui est le sod de la Bina, ils ont dans le cœur — lui aussi sod de la Bina — cette force. J'ai expliqué par là, avec l'aide du Ciel, le propos de nos maîtres : lorsque le Saint béni soit-Il ordonna à Israël les korbanot, les nations du monde dirent à Bilam : pourquoi ne nous a-t-Il pas ordonné les korbanot ? Il leur répondit : insensés, Israël qui ont reçu la Torah, Il leur a donné les korbanot ; vous qui n'avez pas reçu la Torah, Il ne vous a pas donné les korbanot. Cela est étonnant : quel lien y a-t-il entre les deux ? Eux aussi ont sept mitsvot, et ils ont besoin d'expiation par des korbanot ! Mais selon ce qui précède, cela se comprend : l'œuvre des korbanot dépend de la kavana du cœur, puisque l'opération qui s'y accomplit consiste à rapprocher l'agir matériel du spirituel par la kavana du cœur, comme il a été dit. Et puisque Israël a reçu la Torah, qui relève du sod de la Bina, cela montre qu'ils ont une part dans la Bina du côté de leur nechama ; dès lors, ils ont nécessairement dans leur cœur la force d'accomplir par lui une action bonne, car le cœur aussi est sod de la Bina. Mais vous, qui n'avez pas reçu la Torah, il en ressort que vous n'avez pas de part dans la Bina ; vous n'avez donc pas la force de la kavana du cœur — et à quoi serviraient les korbanot si le cœur manque ? Est connue aussi la raison pour laquelle les tsadikim sont appelés du nom de hadass, comme il est dit (Zekharia 1,8) : « et il se tenait parmi les hadassim ». Car le hadass est triple, et son triplement fait allusion aux trois niveaux nefech-roua'h-nechama (NaRaN), qui sont dans le sod de Beria-Yetsira-Assiya (BiYA) : c'est-à-dire la nefech pour la Assiya, le roua'h pour la Yetsira, et la nechama pour la Beria, qui est le sod de la Bina. Et ce triplement du NaRaN ne se trouve que chez Israël ; les nations du monde n'ont qu'une nefech, issue de la kelipa de la Assiya, comme l'a écrit notre maître le Ari zal — (Yechayahou 27,11) « car ce n'est pas un peuple d'intelligence (binot) ». Est connue aussi la raison pour laquelle Israël est compté comme une seule âme, ainsi qu'il est écrit à leur sujet (Devarim 10,22) : « avec soixante-dix âmes (nefech, au singulier) tes pères descendirent en Égypte », alors que pour Essav, qui en avait six, l'Écriture dit (Bereshit 36,6) « des âmes (nefachot, au pluriel) ». C'est parce qu'Israël est triple dans le NaRaN, et que tout triplement relève du sod de l'agouda (le faisceau, la liure). Les nations du monde, elles, n'ont qu'une nefech de la Assiya, qui est séparée, et il n'y a là aucune agouda indiquant un triplement, car en dessous de trois on ne parle pas d'agouda. Et il est connu ce que dit le midrach (Vayikra Rabba 30,12) sur les quatre espèces du loulav : elles correspondent à Israël, où l'on trouve quatre catégories. Il y a ceux qui ont la Torah et les mitsvot : cela correspond à l'etrog, qui a l'agrément de l'odeur et celui du goût. Il y a ceux qui ont la Torah sans les mitsvot : cela correspond au loulav, qui est le dattier — il a le goût mais non l'odeur. Il y a ceux qui ont les mitsvot sans la Torah : cela correspond au hadass, qui n'a que l'odeur. Et il y a ceux qui n'ont ni Torah ni mitsvot : cela correspond à la aravah, qui n'a ni odeur ni goût. C'est pourquoi il est dit « et Il a fondé Son faisceau (agouda) sur la terre » — c'est-à-dire : Son agouda, ce sont le loulav et ses espèces ; « sur la terre », ce sont Israël, appelés du nom de terre, comme il est écrit (Malakhi 3,12) « et vous serez pour Moi une terre de délices » ; « Il l'a fondée » — Il a fondé cette agouda qui comporte quatre espèces, en correspondance des quatre catégories qui se trouvent chez Israël. Et comment, en vérité, ces quatre catégories d'Israël peuvent-elles former une seule agouda ? Par le côté du triplement du NaRaN qui se trouve en eux, car même la nefech seule est incluse dans le NaRaN — ce qui n'est pas le cas des nations du monde, chez qui il n'y a pas de din agouda, car il n'y a pas d'agouda en dessous de trois tiges. Par là se comprend, avec l'aide du Ciel, le propos [de la Guemara] : « quiconque prend un loulav dans sa liure », ce qui indique qu'Israël possède le NaRaN, lequel est dans le sod de BiYA ; « et un hadass dans son feuillage touffu », qui indique la même chose, comme il a été dit. Il ressort et se prouve par là qu'Israël a une part dans la Bina, qui est le sod de la Beria, où se trouve le sod de la part de la nechama. C'est pourquoi « l'Écriture le lui compte comme s'il avait bâti un autel » — qui est le sod de trente-deux, comme il a été dit — « et y avait offert un korban », dont l'opération s'accomplit par la kavana du cœur, qui est le sod de la Bina, comme l'a dit Eliyahou zakhour la-tov : « la 'Hokhma — le cerveau ; la Bina — le cœur ».
💡 Explication

Deux enseignements de Rabbi Abbahou autour du même verset. D'abord une asmakhta pour la mesure du segment précédent : « jusqu'aux kranot de l'autel » suppose des branches qui montent au-dessus du gag. Rachi glose avotim par « arbres [feuillus] », en s'appuyant sur Ye'hezkel 31,3, et isrou par « entourez ».

Puis, au nom de Rabbi Elazar, le même vocabulaire est relu comme une consigne sur les quatre espèces : le loulav pris be-agoudo (lié en faisceau) et le hadass be-avoto (avec ses feuilles en triplets serrés — le hadass avot). Le rapprochement est verbal : le mot avotim du verset appelle le hadass avot. La récompense annoncée — comme s'il avait bâti un mizbeah et y avait offert un korban — sera étayée par un verset cité au début de 45b.

🖼️ Schéma
Un verset, deux exploitations : mesure puis aggada Tehilim 118,27 : isrou hag ba-avotim ad karnot ha-mizbeah Lecture 1 -- R. Abbahou seul Le verset est le mekor de la mesure. avotim = les branches feuillues (Rachi : comme la cime dans Ye'hezkel 31,3). isrou = entourez (comme osri la-gefen). ad karnot : jusqu'aux cornes, donc en surplomb. Lecture 2 -- au nom de R. Elazar Les mêmes mots deviennent une consigne sur la manière de prendre les minim : loulav BE-AGOUDO (dans sa liure) hadass BE-AVOTO (feuillage triple, touffu) avotim relie le verset au hadass avot. Ma'alé alav ha-katouv ke-ilou... il a bâti un mizbeah ET y a offert un korban Le pont de l'aggada Le verset qui parlait de la place matérielle des saules sur l'autel devient la mesure de ce que vaut un geste bien fait : la preuve scripturaire est citée au début de 45b.
Un seul verset exploité deux fois : mesure des saules, puis manière de prendre les minim.
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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).