Sukkah 45b — Issrou hag, le sens de la croissance, les benei aliya de Rachbi et le compte des berakhot

Sukkah 45b

Sougya : Le folio s'ouvre sur une relecture aggadique du verset issrou hag ba-avotim : celui qui prolonge la fête par le manger et le boire est crédité comme s'il avait bâti un autel et y avait offert un sacrifice. Suit une chaîne de paroles de Rabbi Chimon bar Yohaï transmises par Hizkiya et Rabbi Yirmeya : la règle que toute mitsva ne libère que si son objet est tenu derekh guedilatan (dans le sens de sa croissance), tirée de atsei chittim omdim ; puis l'affirmation qu'il peut exempter le monde entier du jugement ; puis la déclaration sur les benei aliya, si peu nombreux — ce qui oblige la guemara à concilier trois chiffres (18 000, 36, deux) au moyen de deux distinctions : la vision par l'aspaklaria meira, et l'entrée be-bar ou bla bar.

La guemara revient ensuite à la Michna : la louange adressée à l'autel au moment du départ, soupçonnée de chitouf, est sauvée par un découpage de la phrase ; la mahloket sur kapot temarim (deux branches ou une) ; enfin la question halakhique du nombre de jours où l'on récite la berakha sur le loulav et sur la soucca, avec trois avis amoraiques et la décision de Rav Yossef.

Le fil du folio : de issrou hag aux benei aliya, puis retour à la halakha Sukkah 45b enchaîne une longue séquence aggadique de Rachbi avant de revenir à la Michna et au compte des jours de berakha. Mouvement 1 (seg. 0) -- Issrou hag : le festin vaut un autel Le verset Ps 118:27 est relu : celui qui ajoute à la fête par le manger et le boire est crédité comme s'il avait bâti un autel. Rachi donne deux lectures du verset : le faisceau du loulav / le hadas tressé, ou bien le festin et les bêtes grasses. Chaîne de transmission : R. Yirmeya au nom de Rachbi ; R. Yo'hanan au nom de R. Chimon de Mehoza au nom de R. Yo'hanan de Makkot. Mouvement 2 (seg. 1-2) -- Derekh guedilatan : toute mitsva dans le sens de la croissance Hizkiya au nom de R. Yirmeya au nom de Rachbi : on ne s'acquitte d'une mitsva que si l'objet est orienté comme il a poussé. Source : atsei chittim omdim (Ex 26:15). Une braita triple la derasha : orientation, maintien du revêtement, permanence éternelle. Nafka mina pratique : un loulav retourné ne libère pas ; les planches du Michkan ne sont jamais abolies. Mouvement 3 (seg. 3-5) -- Les aggadot de Rachbi sur le mérite et sur les rares Je puis exempter le monde entier du din : seul, depuis ma naissance ; avec mon fils, depuis la création ; avec Yotam, jusqu'à la fin. J'ai vu les benei aliya et ils sont peu nombreux : s'ils sont mille, cent ou deux, moi et mon fils en sommes. Deux objections chiffrées (18 000 de Rava ; 36 tsadikim d'Abaye) résolues par deux distinctions successives. Clés : aspaklaria meira (vitre lumineuse) et entrer be-bar / bla bar (avec ou sans permission). Mouvement 4 (seg. 6) -- Yofi lekha mizbeah : le soupçon de chitouf La Michna fait louer l'autel au moment du départ. Objection : on associe le Nom du Ciel et autre chose, ce qui déracine du monde. Réponse : la phrase se découpe en deux -- à Lui nous rendons grâce, et à toi, autel, nous adressons la louange. Le découpage syntaxique sauve la formule : deux destinataires distincts, deux registres distincts. Mouvement 5 (seg. 7-8) -- Kapot : deux branches ou une ? Rav Houna : R. Yo'hanan ben Beroka lit kapot au pluriel (une pour le loulav, une pour l'autel) ; les Sages : le ktiv est kapat, une seule. R. Levi : pas un verset mais une sevara -- le palmier n'a qu'un seul cœur, comme Israël envers son Père du Ciel. Mouvement 6 (seg. 9-12) -- Combien de jours bénit-on ? Trois avis : Chmouel (loulav 7 / soucca 1), Rabba bar bar Hana (soucca 7 / loulav 1), Ravin (les deux 7). Rav Yossef tranche. Le folio se termine sur miteivi (on objecte) : la discussion se poursuit en 46a.
Le fil du folio : six mouvements, de l aggada du festin à la halakha des berakhot.
Les cercles des justes : 18 000, 36, puis deux Comment concilier les trois chiffres ? Deux distinctions successives creusent un entonnoir. 18 000 -- la rangée devant le Saint béni soit-Il (Rava) Verset : saviv chemona assar elef (Ez 48:35). Ils entourent le lieu de la Chekhina. Critère : ils ne regardent PAS dans l'aspaklaria lumineuse. 1re distinction : qualité de la vision 36 -- ceux qui reçoivent la Chekhina chaque jour (Abaye) Verset : achrei kol hokhei LO (Is 30:18) -- lo en guematria vaut 36. Ils regardent dans l'aspaklaria lumineuse, mais entrent be-bar (avec permission). 2e distinction : avec ou sans permission 2 -- moi et mon fils (Rachbi) Les benei aliya au sens le plus fort : s'ils sont deux, ce sont eux. Ils entrent bla bar -- sans demander permission. Principe de résolution Les trois chiffres ne se contredisent pas : ils comptent des populations emboîtées, pas la même population. Plus le critère d'accès se durcit, plus l'effectif se réduit -- de la rangée entière jusqu'au couple père-fils.
Les trois chiffres des justes emboîtés par deux distinctions successives.
Combien de jours bénit-on le loulav et la soucca ? Trois positions amoraiques, deux raisonnements opposés, une décision de Rav Yossef. Rav Yehouda / Chmouel Loulav : 7 jours Soucca : 1 jour Raison : les nuits coupent les jours pour le loulav -- chaque jour est une mitsva à part. La soucca n'est pas coupée : les 7 jours forment un seul long jour. Critère : continuité temporelle Rabba b. b. Hana / R. Yo'hanan Soucca : 7 jours Loulav : 1 jour Raison : la soucca est de-oraita les 7 jours. Le loulav, hors du 1er jour, n'est que de-rabanan (zekher le-mikdach) : un jour suffit. Critère : force de l'obligation Ravin / R. Yo'hanan Soucca : 7 jours Loulav : 7 jours Ravin rapporte une autre version au nom du même R. Yo'hanan. Conflit de transmission entre Ravin et Rabba b. b. Hana. Critère : fiabilité du rapporteur Rav Yossef : tiens en main l'avis de Rabba bar bar Hana Argument : tous les amoraim qui transmettent R. Yo'hanan se rangent à son avis en matière de soucca. Rachi précise la portée : c'est contre Chmouel qui disait soucca un seul jour -- et R. Yo'hanan l'emporte sur Chmouel. Tossefot ajoute que soucca et loulav ne sont de toute façon pas comparables : on rebénit la soucca à chaque entrée, le loulav une seule fois par jour.
Les trois avis sur le nombre de jours de berakha, et la décision de Rav Yossef.
1
״אִסְרוּ חַג בַּעֲבֹותִים עַד קַרְנוֹת הַמִּזְבֵּחַ״. אָמַר רַבִּי יִרְמְיָה מִשּׁוּם רַבִּי שִׁמְעוֹן בֶּן יוֹחַי, וְרַבִּי יוֹחָנָן מִשּׁוּם רַבִּי שִׁמְעוֹן הַמָּחוֹזִי מִשּׁוּם רַבִּי יוֹחָנָן הַמָּכוֹתִי: כָּל הָעוֹשֶׂה אִיסּוּר לֶחָג בַּאֲכִילָה וּשְׁתִיָּה, מַעֲלֶה עָלָיו הַכָּתוּב כְּאִילּוּ בָּנָה מִזְבֵּחַ וְהִקְרִיב עָלָיו קָרְבָּן, שֶׁנֶּאֱמַר: ״אִסְרוּ חַג בַּעֲבֹותִים עַד קַרְנוֹת הַמִּזְבֵּחַ״.

« Liez la fête avec des rameaux touffus (issrou hag ba-avotim), jusqu'aux cornes de l'autel » (Ps 118:27). Rabbi Yirmeya a dit au nom de Rabbi Chimon ben Yohaï, et Rabbi Yo'hanan a dit au nom de Rabbi Chimon de Mehoza au nom de Rabbi Yo'hanan de Makkot : quiconque fait un issour (une adjonction) à la fête par le manger et le boire, l'Écriture le lui compte comme s'il avait bâti un autel et y avait offert un sacrifice, car il est dit : « issrou hag ba-avotim ad karnot ha-mizbeah ».

📜 Rachi (6)
אָסְרוּ אֲגֻודָּה שֶׁל לוּלָב:
Issrou — le faisceau (agouda) du loulav.
בַּעֲבוֹתִים בַּהֲדַס שֶׁהוּא עָבוֹת שֶׁל ג' בְּדִין קְלִיעָה:
Ba-avotim — avec le hadas, qui est avot (touffu), fait de trois tiges tressées.
עַד קְרָנוֹת הֲרֵי הוּא לָכֶם כְּמַתַּן דָּמִים שֶׁבְּקַרְנוֹת הַמִּזְבֵּחַ:
Ad karnot — cela vous vaut autant que l'aspersion du sang sur les cornes de l'autel.
אִיסּוּר לֶחָג אֲגֻודָּה לֶחָג:
Issour la-hag — un faisceau pour la fête.
בַּאֲכִילָה וּשְׁתִיָּה שֶׁקּוֹרֵא לְחַג עֹונֶג בְּמַאֲכָל וּמִשְׁתֶּה וְיֵשׁ אוֹמְרִים יוֹם שֶׁלְּאַחַר הֶחָג:
Par le manger et le boire — car il fait de la fête un délice (oneg) par la nourriture et la boisson ; et certains disent : le jour qui suit la fête.
בַּעֲבוֹתִים בְּהֵמוֹת עָבוֹת וּשְׁמֵנוֹת:
Ba-avotim — des bêtes grasses et bien nourries.
🪔 Ben Yehoyada (1)
כָּל הָעוֹשֶׂה אִסּוּר לֶחָג בַּאֲכִילָה וּבִשְׁתִיָּה, מַעֲלֶה עָלָיו הַכָּתוּב כְּאִלּוּ בָּנָה מִזְבֵּחַ וְהִקְרִיב עָלָיו קָרְבָּן. נִרְאֶה לִי בס"ד הַכַּוָּנָה שֶׁאֵינוֹ אוֹכֵל וְשׁוֹתֶה לְמַלֹּאות כְּרֵיסוֹ בִּשְׁבִיל תַּאֲוַת גּוּפוֹ אֶלָּא אוֹכֵל וְשׁוֹתֶה לִכְבוֹד הֶחָג שֶׁמְּקַשֵּׁר כַּוָּנָתוֹ בְּהֶאָרַת הֶחָג עִם אֲכִילָה וּשְׁתִיָּה. אוֹ יוּבַן הַכַּוָּנָה שֶׁאֵינוֹ הוֹלֵךְ לְבָתִּים אֲחֵרִים אֶלָּא הוּא אָסוּר בְּבֵיתוֹ לֶאֱכֹול וְלִשְׁתּוֹת עִם אִשְׁתּוֹ וּבָנָיו וּבְנֵי בֵּיתוֹ 'מַעֲלֶה עָלָיו הַכָּתוּב כְּאִלּוּ בָּנָה מִזְבֵּחַ וְהִקְרִיב עָלָיו קָרְבָּן' כִּי שֻׁלְחָנוֹ שֶׁל אָדָם שֶׁמְּכַוֵּין בּוֹ לְשֵׁם שָׁמַיִם הוּא דֻּוגְמַת מִזְבֵּחַ וַאֲכִילָה וּשְׁתִיָּה שֶׁעָלָיו דֻּוגְמַת קָרְבָּן וּכְמוֹ שֶׁאָמְרוּ (מְנָחוֹת צז.) עַל פָּסוּק (יְחֶזְקֵאל מא, כב) 'זֶה הַשֻּׁלְחָן אֲשֶׁר לְפֹנ יְיָ'.
« Quiconque fait un issour à la fête par le manger et le boire, l'Écriture le lui compte comme s'il avait bâti un autel et y avait offert un sacrifice. » Il me semble, avec l'aide du Ciel, que l'intention est celle-ci : il ne mange ni ne boit pour se remplir le ventre par appétit corporel, mais il mange et boit en l'honneur de la fête, reliant son intention à l'illumination de la fête au travers du manger et du boire. Ou bien on comprendra ainsi : il ne va pas dans d'autres maisons, mais il est « lié » (assour) chez lui pour manger et boire avec sa femme, ses enfants et les siens — et alors « l'Écriture le lui compte comme s'il avait bâti un autel et y avait offert un sacrifice », car la table d'un homme, lorsqu'il y dirige son intention vers le Ciel, est à l'image de l'autel, et le manger et le boire qui s'y font sont à l'image du sacrifice, comme ils ont dit (Menahot 97a) sur le verset (Ez 41:22) « ceci est la table qui est devant l'Éternel ».
⚖️ Rosh (1)
אֲמַר לֵיהּ מָר בַּר אַמֵּימָר לְרַב אָשֵׁי אַבָּא מְצַלֵּי בֵּיהּ. מֵיתִיבִי לֹא יֶאֱחֹוז אָדָם תְּפִילִּין בְּיָדוֹ ס"ת בִּזְרוֹעוֹ וְיִתְפַּלֵּל שָׁאנֵי הָתָם דְּלָאו מִצְוָה הִיא וּטְרִיד בְּהוּ אֲבָל הָכָא מִצְוָה הוּא וְלָא טְרִיד. תָּנֵי אָמַר ר' אֶלְעָזָר בַּר צָדוֹק מִנְהָגָן שֶׁל אַנְשֵׁי יְרוּשָׁלַיִם אָדָם יוֹצֵא מִבֵּיתוֹ וְלוּלָבוֹ בְּיָדוֹ נִכְנָס לְבֵית הַכְּנֶסֶת וְלוּלָבוֹ בְּיָדוֹ קוֹרֵא שְׁמַע וּמִתְפַּלֵּל וְלוּלָבוֹ בְּיָדוֹ קוֹרֵא בַּתּוֹרָה וְנוֹשֵׂא אֶת כַּפָּיו מַנִּיחוֹ עַל גַּבֵּי קַרְקַע לְנַחֵם אֲבֵלִים וּלְבַקֵּר חוֹלִים לוּלָבוֹ בְּיָדוֹ נִכְנַס לְבֵית הַמִּדְרָשׁ מְשַׁגְּרוֹ בְּיַד עַבְדּוֹ בְּיַד בְּנוֹ אוֹ בְּיַד שְׁלוּחוֹ. רַבִּי יוֹסֵי אוֹמֵר יוֹם טוֹב הָרִאשׁוֹן שֶׁל חַג שֶׁחָל בְּשַׁבָּת שָׁכַח וְהוֹצִיא אֶת הַלּוּלָב לרה"ר פָּטוּר מִפְּנֵי שֶׁהוֹצִיאוֹ בִּרְשׁוּת. אָמַר אַבָּיֵי לֹא שָׁנוּ אֶלָּא שֶׁלֹּא יָצָא בּוֹ אֲבָל יָצָא בּוֹ חַיָּיב כִּי לֹא יָצָא בּוֹ נָמֵי אַמַּאי פָּטוּר וְהָא מִדְּאַגְבְּהֵיהּ נָפֵיק בֵּיהּ אָמַר אַבַּיֵּי בְּשֶׁהָפְכוּ דְּאָמַר לְקַמָּן (סֻוכָּה מה:) חִזְקִיָּה אָמַר רַבִּי יִרְמְיָה מִשּׁוּם ר"ש בֶּן יוֹחַי כָּל הַמִּצְוֹת כֻּולָּן אֵין אָדָם יוֹצֵא בָּהֶן אֶלָּא דֶּרֶךְ גְּדִילָתָן שֶׁנֶּאֱמַר עֲצֵי שִׁטִּים עוֹמְדִים וְתַנְיָא עֲצֵי שִׁטִּים עוֹמְדִים שֶׁעוֹמְדִין דֶּרֶךְ גְּדִילָתָן רָבָא אָמַר אֲפִילּוּ תֵּימָא בְּשֶׁלֹּא הֲפָכוֹ וְהָכָא בְּמַאי עָסְקִינַן כְּגוֹן שֶׁהוֹצִיאוֹ בִּכְלִי וְהָא רָבָא הוּא דְּאָמַר לְקִיחָה ע"י דָּבָר אַחֵר שְׁמָהּ לְקִיחָה הנ"מ דֶּרֶךְ כָּבוֹד אֲבָל דֶּרֶךְ בִּזָּיוֹן לָא:
« Mar bar Amemar dit à Rav Achi : mon père priait avec [le loulav à la main]. » On objecte : un homme ne doit pas tenir ses tefilin dans la main ni un sefer Torah dans le bras et prier ! [Réponse :] là, c'est différent, car il ne s'agit pas d'une mitsva [à cet instant] et il en est préoccupé ; mais ici c'est une mitsva et il n'en est pas préoccupé. On a enseigné : Rabbi Elazar bar Tsadok a dit — telle était la coutume des gens de Jérusalem : un homme sort de sa maison, son loulav à la main ; il entre à la synagogue, son loulav à la main ; il récite le Chema et prie, son loulav à la main ; quand il lit dans la Torah et quand il monte à la bénédiction des cohanim (nessiat kapaïm), il le pose à terre ; pour consoler les endeuillés et visiter les malades, son loulav à la main ; quand il entre à la maison d'étude, il l'envoie par la main de son serviteur, de son fils ou de son émissaire. Rabbi Yossé dit : le premier jour de fête de Souccot qui tombe un Chabbat, celui qui a oublié et a sorti son loulav dans le domaine public est exempt, parce qu'il l'a sorti « avec permission » [étant occupé de la mitsva]. Abaye a dit : on n'a enseigné cela que s'il ne s'en est pas encore acquitté ; mais s'il s'en est acquitté, il est coupable. Mais même s'il ne s'en est pas acquitté, pourquoi serait-il exempt — dès qu'il l'a soulevé il s'en est acquitté ! Abaye a dit : il s'agit du cas où il l'a retourné, car on dit plus loin (Souccah 45b) : Hizkiya a dit au nom de Rabbi Yirmeya, au nom de Rabbi Chimon ben Yohaï, que pour toutes les mitsvot on ne s'acquitte que dans le sens de leur croissance, car il est dit « des bois d'acacia debout », et on a enseigné : « des bois d'acacia debout » — qu'ils se tiennent dans le sens de leur croissance. Rava a dit : tu peux même dire qu'il ne l'a pas retourné, et de quoi s'agit-il ici ? Du cas où il l'a sorti dans un récipient. Mais n'est-ce pas Rava lui-même qui a dit que la prise par l'intermédiaire d'un autre objet (lekiha al yedei davar aher) est considérée comme une prise ? Cela ne vaut que d'une manière honorable, mais non d'une manière méprisante.
💡 Explication

Le verset des Tehilim est lu deux fois. Dans un premier registre, issrou désigne le faisceau (agouda) du loulav et ba-avotim le hadas tressé ; les cornes de l'autel renvoient à l'aspersion du sang. Dans un second registre, issour la-hag désigne le fait d'ajouter à la fête par le festin, et avotim devient des bêtes grasses.

La force de la derasha est là : un acte profane — manger et boire en l'honneur de la fête — reçoit la valeur d'un service de l'autel. Rachi signale aussi l'avis qui rapporte l'expression au jour qui suit la fête, d'où le nom de issrou hag encore employé aujourd hui.

🖼️ Schéma
Un verset, deux lectures : issrou hag ba-avotim ad karnot ha-mizbeah Rachi glose le même verset deux fois, dans deux registres différents. Lecture 1 -- les quatre espèces issrou = le faisceau (agouda) du loulav avotim = le hadas, branche touffue, tressée sur trois tiges ad karnot = cela vous vaut autant que l'aspersion du sang sur les cornes Registre : rituel du Temple Rachi gloses 1 à 3 Lecture 2 -- le festin de fête issour la-hag = ajouter à la fête akhila ou-chetiya = traiter la fête en oneg par la nourriture et la boisson avotim = bêtes grasses et bien nourries Autre avis cité par Rachi : le jour qui suit la fête (issrou hag) Registre : table et festin Le point commun Dans les deux lectures, un geste ordinaire (lier un bouquet, dresser une table) est compté comme un service du Temple.
Deux lectures du même verset : les quatre espèces, ou le festin de fête.
2
אָמַר חִזְקִיָּה אָמַר רַבִּי יִרְמְיָה מִשּׁוּם רַבִּי שִׁמְעוֹן בֶּן יוֹחַי: כָּל הַמִּצְוֹת כֻּולָּן אֵין אָדָם יוֹצֵא בָּהֶן אֶלָּא דֶּרֶךְ גְּדִילָתָן, שֶׁנֶּאֱמַר: ״עֲצֵי שִׁטִּים עוֹמְדִים״.

Hizkiya a dit au nom de Rabbi Yirmeya, au nom de Rabbi Chimon ben Yohaï : pour toutes les mitsvot sans exception, un homme ne s'en acquitte que dans le sens de leur croissance (derekh guedilatan), car il est dit : « des bois d'acacia, debout » (Ex 26:15).

📜 Rachi (2)
כָּל הַמִּצְוֹת כְּגוֹן קַרְשֵׁי הַמִּשְׁכָּן וְעַמּוּדִים וְלוּלָב וַהֲדַס וַעֲרָבָה:
Toutes les mitsvot — comme les planches du Michkan, les colonnes, le loulav, le hadas et la arava.
דֶּרֶךְ גְּדִילָתָן הַתַּחְתּוֹן לְמַטָּה וְהָעֶלְיוֹן לְמַעְלָה:
Dans le sens de leur croissance — le bas vers le bas et le haut vers le haut.
🪔 Ben Yehoyada (1)
וּבְנִי יְדִידִי כה"ר יַעֲקֹב הי"ו פֵּירֵשׁ אִסְרוּ חַג עַל אוֹר מַקִּיף שֶׁמּוֹשְׁכִין בִּימֵי סֻוכּוֹת שֶׁיִּתְקַשְּׁרוּ בּוֹ וְחַג הוּא לְשׁוֹן הֶקֵּף עַד כָּאן דְּבָרָיו נר"ו.
Mon fils bien-aimé, l'honorable Rabbi Yaakov (que Dieu le garde), a expliqué « issrou hag » à propos de la or makif (lumière environnante) que l'on attire durant les jours de Souccot, afin de s'y lier ; et hag a le sens d'encerclement (hekef). Fin de ses paroles.
💡 Explication

Règle transversale : un objet végétal employé pour une mitsva doit être tenu comme il a poussé — la base en bas, la pointe en haut. Un loulav retourné ne libère donc pas.

La preuve est tirée des planches du Michkan : atsei chittim omdim, « des bois d'acacia debout », c'est-à-dire dressés dans le sens de leur croissance naturelle. Rachi élargit immédiatement la liste : planches, colonnes, loulav, hadas, arava.

🖼️ Schéma
Derekh guedilatan : le sens de la croissance Le bas reste en bas, le haut reste en haut -- pour la planche comme pour le loulav. Planche (kerech) haut racine omdim = debout Loulav kacher base en bas -- valide Loulav retourné base en haut -- ne libère pas Champ d'application Rachi énumère : - planches du Michkan - colonnes (amoudim) - loulav - hadas - arava Règle générale sur les objets végétaux dressés. Source : atsei chittim omdim (Ex 26:15) -- les planches se tenaient dans le sens où l'arbre avait poussé. Application halakhique reprise par le Roch : un loulav sorti retourné un Chabbat n'a pas libéré celui qui le portait.
Le sens de la croissance : de la planche du Michkan au loulav retourné.
3
תַּנְיָא נָמֵי הָכִי: ״עֲצֵי שִׁטִּים עוֹמְדִים״ — שֶׁעוֹמְדִים דֶּרֶךְ גְּדִילָתָן. דָּבָר אַחֵר: ״עוֹמְדִים״ — שֶׁמַּעֲמִידִין אֶת צִיפּוּיָן. דָּבָר אַחֵר: ״עוֹמְדִים״ — שֶׁמָּא תֹּאמַר אָבַד סִיבְרָם וּבָטַל סִיכּוּייָן, תַּלְמוּד לוֹמַר: ״עֲצֵי שִׁטִּים עוֹמְדִים״ — שֶׁעוֹמְדִים לְעוֹלָם וּלְעוֹלְמֵי עוֹלָמִים.

On a enseigné de même dans une braita : « des bois d'acacia, debout » — qu'ils se tiennent dans le sens de leur croissance. Autre explication : « debout » — qu'ils maintiennent leur revêtement.

Autre explication : « debout » — de peur que tu ne dises que leur espérance est perdue et leur attente abolie, l'Écriture dit : « des bois d'acacia, debout » — qu'ils subsistent à jamais et pour les siècles des siècles.

📜 Rachi (3)
שֶׁמַּעֲמִידִין אֶת צִיפּוּיָן הֲצִיפּוּיָן שֶׁל זָהָב קָבוּעַ בָּהֶן בְּמַסְמְרוֹת שֶׁל זָהָב כְּדִכְתִיב (שְׁמוֹת כ״ו:כ״ט) וְאֶת הַקְּרָשִׁים תְּצַפֶּה זָהָב וְלֹא הָיָה עוֹשֶׂה טַס אָרֹוךְ כְּמִדַּת הַקֶּרֶשׁ שֶׁיַּעֲמֹוד מֵאֵילָיו:
Qu'elles maintiennent leur revêtement — le revêtement d'or y était fixé par des clous d'or, comme il est écrit (Ex 26:29) « et tu recouvriras les planches d'or » ; on ne faisait pas une plaque longue à la mesure de la planche, qui aurait tenu d'elle-même.
אָבַד סִיבְרָם מִשֶּׁנִּגְנַז אֹהֶל מוֹעֵד בָּטֵל לוֹ עוֹלָמִית:
Leur espérance est perdue — depuis que la Tente d'assignation a été mise en réserve, elle serait abolie pour toujours.
סִכּוּיָים תּוֹחַלְתָּם וּמַבָּטָם כְּדִמְתַרְגְּמִינַן הַבֵּט נָא (בְּרֵאשִׁית ט״ו:ה׳) אִיסְתַּכַּי כְּעַן לִשְׁמַיָּא:
Sikouyim — leur attente et leur regard, comme nous traduisons « habet na » (Gn 15:5) par « istekhi ke an li-chmaya » (regarde donc vers le ciel).
🪔 Ben Yehoyada (1)
כל המצוות כלן, אין אדם יוצא בהן אלא דרך גדילתן. צריך להבין מה טעם יש בזה ומאי נפקא מינה בין דרך גדילתן או להפך? ונראה לי בס"ד דידוע אותיות 'מצוה' הם אותיות שם הוי"ה כי מ"צ בא"ת ב"ש הוא י"ה וכמו שכתב הגאון מהרש"א ז"ל, והטעם שיש בשם מצוה אותיות הוי"ה לרמוז דהמצוה צריכה להיות שלימה במחשבה וכונה ודבור ומעשה, ואלו הארבעה הם באותיות שם הוי"ה דהמחשבה שבמוח היא בסוד אות יו"ד דשמא קדישא שהיא חכמה, וכמו שכתב אליהו זכור לטוב 'חכמה מוחא' וכונה שבלב היא בסוד אות ה"א ראשונה דשמא קדישא שהיא בינה, וכמו שאמר 'בינה ליבא' והדיבור שהוא קול הוא בסוד אות וא"ו דשמא קדישא שהוא תפארת, והמעשה היא בסוד אות ה"א אחרונה דשמא קדישא שהיא מלכות. ובזה מובן בס"ד מאמר רז"ל (שבת סג.) כל העושה מצוה כמאמרה , כלומר המחשבה והכונה שהם רמוזים באותיות מ"צ דמצוה כי הם בא"ת ב"ש י"ה צריך להקדים אותם קודם הברכה שהיא קול והמעשה כמו דאותיות מ"צ בשם מצוה הם קודמים, וכן צריך להקדים הברכה שהיא רמוזה באות וא"ו דמצוה שהוא סוד קודם המעשה הרמוזה באות ה"א דמצוה וזהו כמאמרה של מצוה בקריאת שמה שאם יעשה המעשה לברכה מה תועלת בברכה דצריך לברך עובר לעשייתם, וכן אם אחר שיעשה המעשה יכונן מחשבתו וכונתו לשם שמים מה תועלת יש בזה. ובזה מובן בס"ד שפיר הטעם שצריך שיעשה המצות דרך גדילתן לרמוז שצריך לקיים שלימות המצוה במחשבה וכונה ודבור ומעשה בסדר אותיות הקבועים בשם המצוה דתחלה יקדים המחשבה והכונה שהם כחדא נפקין וכחדא שריין שיעורר מחשבתו וכונתו כראוי לשם שמים ואחר כך יאמר הברכה הרמוזה בוא"ו ואחר כך יעשה המעשה הרמוזה באות ה"א. ' עמדין ', שמא תאמר אבד סברן ובטל סכוין? תלמוד לומר: "עצי שטים עמדים", שעומדים לעולם ולעולמי עולמים. פירשו המפרשים רוצה לומר אבדה תקותם של הקרשים כי סברן לשון תקוה כי תרגום (בראשית מט, יח) לישועתך קויתי ה', 'לפורקנך סברית יי' ובטל סכוין של ישראל פירוש תקוה שישראל מצפין שישובו אלו הקרשים לנו עד כאן דבריהם. וקשה והלא המשכן נגנז דאין בו צורך עוד אחר שנבנה בית המקדש וגם עתה אנחנו מקווין לבנין בית שלישי ולא שיחזור המשכן ומה צורך עוד בקרשים ועמודים ומה היא התקוה שאנחנו מצפין בעבורם? ונראה לי בס"ד על פי מה שכתוב בליקוטי תורה לרבינו האר"י ז"ל בסוף ויקרא דאדני חצר המשכן עם אותם שבפתח הם ס"ה כמנין שם אדנ־י לפי שכולם היו בחינת שם אדנ־י שהוא המלכות והעמודים והקרשים הם נצח והוד, עד כאן יעוין שם. וידוע כי נבואת הנביאים היא בסוד אספקלריא שאינה מאירה שהיא בחינת המלכות אך יניקתם היא מן נצח והוד כמו שכתב הפייטן נצח והוד יניקת הנביאים, ולכן הנביאים נקראו משכן ה' כי מקום הנבואה שלהם ויניקתם הכל במשכן באדני החצר והקרשים והעמודים. וידוע כי בשעת מתן תורה כל ישראל היו נביאים ואחר יום מתן תורה פסקה ונשארה אצל אנשים פרטיים אבל לעתיד תחזור עטרה ליושנה שתחזור הנבואה לכל ישראל בתמידות וכמו שאמר הנביא בהבטחות של עתיד לבוא (יואל ג, א) 'ונבאו בניכם ובנותיכם' וכתיב (ירמיה לא, לג) 'כי כולם ידעו אותי למקטנם ועד גדולם'. וזו היא התקוה שאנחנו מצפים למשכן בקרשיו ועמודיו דאין הכונה על גוף הקרשים והעמודים אלא הכונה על הנבואה הרמוזה בקרשים ועמודים של המשכן ובאדניו, וכן מה שכתב על תקותם של קרשים ועמודים הכונה על הנבואה הרמוזה בהם שגם הנבואה מצפה שתחזור לנו ואנחנו מצפים אליה.
« Pour toutes les mitsvot, un homme ne s'en acquitte que dans le sens de leur croissance. » Il faut comprendre quelle raison il y a à cela, et quelle différence pratique il y a entre le sens de la croissance et son inverse. Il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'il est connu que les lettres de mitsva (מצוה) sont les lettres du Nom Havaya : car mem-tsadi, par le chiffre at-bach, donnent youd-hé, comme l'a écrit le Gaon Maharcha, de mémoire bénie. Et la raison pour laquelle le mot mitsva contient les lettres du Nom Havaya est d'indiquer que la mitsva doit être complète en pensée (ma'hchava), intention (kavana), parole (dibour) et acte (maasse) ; et ces quatre correspondent aux lettres du Nom Havaya : la pensée, qui est dans le cerveau, relève du sod de la lettre youd du Nom saint, qui est 'Hokhma — comme l'a écrit Eliahou, de mémoire bénie : « 'Hokhma, le cerveau » ; l'intention, qui est dans le cœur, relève du sod du premier hé du Nom saint, qui est Bina — comme il a dit : « Bina, le cœur » ; la parole, qui est la voix, relève du sod de la lettre vav du Nom saint, qui est Tiferet ; et l'acte relève du sod du dernier hé du Nom saint, qui est Malkhout. On comprend ainsi la parole de nos Sages (Chabbat 63a) : « quiconque accomplit une mitsva ke-maamara (selon son énoncé) » — c'est-à-dire que la pensée et l'intention, désignées par les lettres mem-tsadi de mitsva (qui en at-bach sont youd-hé), doivent précéder la bénédiction, qui est la voix, et l'acte, de même que les lettres mem-tsadi précèdent dans le mot mitsva ; et de même la bénédiction, désignée par le vav de mitsva, qui est un sod, doit précéder l'acte désigné par le hé de mitsva. Telle est la mitsva « ke-maamara », selon la lecture de son nom : car si l'on accomplissait l'acte avant la bénédiction, à quoi servirait la bénédiction, puisqu'il faut bénir over la-assiyatan (avant l'accomplissement) ; et de même, si c'est après avoir accompli l'acte que l'on orientait sa pensée et son intention vers le Ciel, quelle utilité y aurait-il ? On comprend ainsi parfaitement, avec l'aide du Ciel, la raison pour laquelle les mitsvot doivent se faire dans le sens de leur croissance : pour indiquer qu'il faut réaliser la plénitude de la mitsva en pensée, intention, parole et acte, dans l'ordre des lettres fixées dans le nom même de la mitsva — d'abord la pensée et l'intention, qui sortent ensemble et résident ensemble, en éveillant sa pensée et son intention comme il convient pour le Ciel ; puis dire la bénédiction, désignée par le vav ; puis accomplir l'acte, désigné par la lettre hé. « Omdim » : « de peur que tu ne dises que leur espérance est perdue et leur attente abolie — l'Écriture dit : des bois d'acacia debout, qui subsistent à jamais et pour les siècles des siècles. » Les commentateurs ont expliqué : c'est-à-dire que l'espérance des planches serait perdue — car sivran a le sens d'espérance, puisque le Targoum de (Gn 49:18) « j'espère en Ton salut, Éternel » est « le-pourkanakh savrit Ado-naï » — et que serait abolie l'attente d'Israël, c'est-à-dire l'espoir qu'Israël nourrit de voir ces planches lui revenir. Fin de leurs paroles. Mais cela fait difficulté : le Michkan a été mis en réserve, on n'en a plus besoin depuis que le Temple a été bâti, et aujourd hui encore nous espérons la construction du troisième Temple et non le retour du Michkan — quel besoin y a-t-il encore de planches et de colonnes, et quelle est l'espérance que nous nourrissons à leur sujet ? Il me semble, avec l'aide du Ciel, [de répondre] d'après ce qui est écrit dans les Likoutei Torah de notre maître le Ari, de mémoire bénie, à la fin de Vayikra : les socles (adanim) du parvis du Michkan, avec ceux de l'entrée, sont au nombre de 65, comme la valeur numérique du Nom Ado-naï, car tous relevaient de l'aspect du Nom Ado-naï, qui est Malkhout ; et les colonnes et les planches sont Netsa'h et Hod. Voir là-bas. Or il est connu que la prophétie des prophètes relève du sod de l'aspaklaria non lumineuse, qui est l'aspect de Malkhout, mais que leur alimentation (yenika) vient de Netsa'h et Hod, comme l'a écrit le paytan : « Netsa'h et Hod, alimentation des prophètes » ; c'est pourquoi les prophètes sont appelés « Michkan de l'Éternel », car le lieu de leur prophétie et leur alimentation sont tout entiers dans le Michkan — dans les socles du parvis, les planches et les colonnes. Et il est connu qu'au moment du don de la Torah tout Israël était prophète, et qu'après le jour du don de la Torah cela a cessé et n'est resté qu'auprès d'individus particuliers ; mais dans l'avenir la couronne retrouvera son ancien éclat, et la prophétie reviendra à tout Israël de façon permanente, comme l'a dit le prophète parmi les promesses de l'avenir (Yoël 3:1) « et vos fils et vos filles prophétiseront », et il est écrit (Yirmiya 31:33) « car tous me connaîtront, du plus petit au plus grand ». Telle est l'espérance que nous nourrissons au sujet du Michkan, de ses planches et de ses colonnes : l'intention ne porte pas sur le corps des planches et des colonnes, mais sur la prophétie qui est désignée par les planches et les colonnes du Michkan et par ses socles. Et de même, ce qui est dit de l'espérance des planches et des colonnes vise la prophétie qui y est désignée : elle aussi attend de nous revenir, et nous l'attendons.
💡 Explication

La braita empile trois sens du participe omdim. Le premier est halakhique (orientation), il fonde la règle du segment précédent. Le deuxième est technique : la planche fait tenir son placage d'or, cloué sur elle. Le troisième est eschatologique : même après la mise en réserve (gueniza) du Michkan, ses planches ne sont pas abolies.

Vocabulaire : sever = espérance (Rachi renvoie au Targoum le-pourkanakh savrit) ; sikouy = attente, regard tendu — de la racine araméenne istekhi, regarde.

🖼️ Schéma
Trois derachot sur un seul mot : omdim La braita empile trois sens du participe debout, du plus concret au plus eschatologique. 1. Orientation Elles se tiennent dans le sens de leur croissance. C'est la source de la règle de Rachbi au segment précédent. Sens halakhique 2. Elles maintiennent Le placage d'or est fixé par des clous à la planche. Rachi : ce n'était pas une plaque autoportante -- la planche la fait tenir. Sens technique 3. Elles subsistent Objection anticipée : leur espoir est-il perdu depuis que le Michkan est caché ? Réponse : elles tiennent à jamais, pour l'éternité. Sens eschatologique Vocabulaire : sever = espérance (cf. le Targoum le-pourkanakh savrit) ; sikouy = attente, regard tendu vers l'avenir.
Trois derachot successives sur le seul mot omdim.
4
וְאָמַר חִזְקִיָּה אָמַר רַבִּי יִרְמְיָה מִשּׁוּם רַבִּי שִׁמְעוֹן בֶּן יוֹחַי: יָכוֹל אֲנִי לִפְטֹור אֶת כָּל הָעוֹלָם כֻּולּוֹ מִן הַדִּין — מִיּוֹם שֶׁנִּבְרֵאתִי עַד עַתָּה, וְאִילְמָלֵי אֱלִיעֶזֶר בְּנִי עִמִּי — מִיּוֹם שֶׁנִּבְרָא הָעוֹלָם וְעַד עַכְשָׁיו, וְאִילְמָלֵי יוֹתָם בֶּן עֻוזִּיָּהוּ עִמָּנוּ — מִיּוֹם שֶׁנִּבְרָא הָעוֹלָם עַד סוֹפוֹ.

Et Hizkiya a dit au nom de Rabbi Yirmeya, au nom de Rabbi Chimon ben Yohaï : je puis exempter le monde entier du jugement, depuis le jour où j'ai été créé jusqu'à maintenant ; et si Eliezer mon fils était avec moi, depuis le jour où le monde à été créé jusqu'à maintenant ; et si Yotam ben Ouziyahou était avec nous, depuis le jour où le monde à été créé jusqu'à sa fin.

📜 Rachi (3)
לִפְטוֹר בִּזְכוּתִי אֲנִי סוֹבֵל כָּל עֲוֹנוֹתֵיהֶם וּפוֹטְרָן מִן הַדִּין:
Exempter — par mon mérite je supporte toutes leurs fautes et je les exempte du jugement.
יוֹתָם בֶּן עֻוזִּיָּהוּ צַדִּיק הָיָה וְעָנָיו יוֹתֵר מִשְּׁאָר מְלָכִים וְזָכָה בְּכִיבּוּד אָבִיו וְעָלָיו נֶאֱמַר בֵּן יִכְבַּד אָב (מַלְאָכִי א׳:ו׳) שֶׁכָּל הַיָּמִים שֶׁהָיָה אָבִיו מְצֹורָע וְהוּא הָיָה שׁוֹפֵט עַם הָאָרֶץ כְּדִכְתִיב (מְלָכִים ב טו) וְיוֹתָם (בְּנוֹ) שׁוֹפֵט וְגוֹ' לֹא נָטַל עָלָיו כֶּתֶר מַלְכוּת בְּחַיָּיו וְכָל דִּינִין שֶׁהָיָה דָּן אוֹמְרָן בְּשֵׁם אָבִיו:
Yotam ben Ouziyahou — il était juste, et plus humble que les autres rois, et il acquit un mérite par le respect de son père ; c'est de lui qu'il est dit « un fils honore son père » (Mal 1:6). Car durant toutes les années où son père était lépreux et où c'était lui qui jugeait le peuple du pays — comme il est écrit (II Rois 15) « et Yotam [son fils] jugeait, etc. » — il ne prit pas sur lui la couronne royale du vivant de son père, et tous les jugements qu'il rendait, il les énonçait au nom de son père.
וְעַד סוֹפוֹ עַד שֶׁיִּכְלֶה הָעוֹלָם:
Et jusqu'à sa fin — jusqu'à ce que le monde s'achève.
🪔 Ben Yehoyada (1)
אָמַר רַבִּי חִזְקִיָּה, אָמַר רַבִּי יִרְמְיָה מִשּׁוּם רַבִּי שִׁמְעוֹן בַּר יוֹחַאי: יָכוֹל אֲנִי לִפְטֹר אֶת כָּל הָעוֹלָם כֻּלּוֹ מִן הַדִּין מִיּוֹם שֶׁנִּבְרֵאתִי וְעַד עַכְשָׁיו. וְאִלְמָלֵי אֶלְעָזָר בְּנִי עִמִּי, מִיּוֹם שֶׁנִּבְרָא הָעוֹלָם וְעַד עַכְשָׁיו. קָשֶׁה אֵיךְ חָשַׁב זְכוּת רַבִּי אֶלְעָזָר בְּנוֹ יוֹתֵר מִמֶּנּוּ שֶׁבְּצֵירוּפוֹ יִפְטֹור מִיּוֹם שֶׁנִּבְרָא הָעוֹלָם? וְנִרְאֶה לִי בס"ד עַל פִּי מַה שֶׁכָּתַבְתִּי בסה"ק אֶבֶן שְׁלֵמָה עַל שִׁיר הַשִּׁירִים הַקְדָּמָה בְּשֵׁם הַמְפָרְשִׁים זַ"ל עַל מַאֲמָר (מִשְׁנָה אָבוֹת ב, טז) 'אִם לָמַדְתָּ תּוֹרָה הַרְבֵּה נוֹתְנִים לְךָ שָׂכָר הַרְבֵּה' דְּעֵרֶךְ שְׂכַר הַתּוֹרָה נֶחְשָׁב בְּעֵרֶךְ אֲבָנִים טוֹבוֹת וּמַרְגָּלִיּוֹת שֶׁאִם מַרְגָּלִית אַחַת שֶׁמִּשְׁקָלָהּ מִשְׁקָל אֶחָד שָׁוֶה עֲשָׂרָה זְהוּבִים אִם יִהְיֶה מִשְׁקָלָהּ עֲשָׂרָה מִשְּׁקָלִים שָׁוֶה אֶלֶף זְהוּבִים דְּנֶחְשָׁב כָּל מִשְׁקָל בְּמֵאָה זְהוּבִים וְכֵן עַל זֶה הַדֶּרֶךְ עַיֵּין שָׁם. וְאִם כֵּן גַּם הָכָא אָתֵי שַׁפִּיר שֶׁבְּצֵירוּף זְכוּת רַבִּי אֶלְעָזָר שֶׁיִּצְטָרֵף עִם זְכוּת רַשְׁבִּ"י לִהְיוֹת הַכֹּל חֵלֶק אֶחָד וְעֶצֶם אֶחָד מִמֵּילָא יִגְדַּל הַמִּשְׁקָל וְאָז יִגְדַּל הָעֵרֶךְ עַד מְאֹד וּלְעוֹלָם זְכוּת רַשְׁבִּ"י בִּפְנֵי עַצְמוֹ הוּא יוֹתֵר גָּדוֹל מֵרַבִּי אֶלְעָזָר בְּנוֹ. וְעוֹד נִרְאֶה לִי יָדוּעַ דְּכָל צַדִּיק יֵשׁ לוֹ הִתְעָרְבוּת עִם אַנְשֵׁי דּוֹרוֹ שֶׁנִּתְפַּס בַּעֲבוּרָם וְלָכֵן בַּעֲבוּר אַנְשֵׁי דּוֹרוֹ שֶׁהוּא נִתְפַּס עֲלֵיהֶם צָרִיךְ זְכוּת הַרְבֵּה לְהַצִּילָם אֲבָל דּוֹרוֹת שֶׁקָּדְמוּ שֶׁאֵינָם שַׁיָּיכִים לוֹ וְאֵין נִתְפָּס בַּעֲבוּרָם אָז יַסְפִּיק לְהַצִּילוֹ בְּתוֹסֶפֶת זְכוּת שֶׁל רַבִּי אֶלְעָזָר בִּלְבַד. וְהִנֵּה עֲדַיִין יֵשׁ לְהַקְשׁוֹת אֵיךְ יִהְיוּ נִיצּוֹלִים מִדִּין שֶׁל מַעְלָה וַהֲלֹא כְּלָל יָדוּעַ דְּאֵין זְכוּת הַצַּדִּיק יוֹעִיל אֶלָּא לְהָגֵין עַל הַחַיִּים שֶׁלֹּא תָּבֹא עֲלֵיהֶם רָעָה בָּעוֹלָם הַזֶּה אֲבָל הַצָּלָה מִגֵּיהִנָּם לָרְשָׁעִים אֵין הַצַּדִּיק מַצִּיל וְלָכֵן יִצְחָק אָבִינוּ ע"ה לֹא הִצִּיל אֶת עֵשָׂו וְכֵן רַבִּי מֵאִיר בַּעַל הַנֵּס לֹא הִצִּיל אֶת אֱלִישָׁע הַמְכֻונֶּה 'אַחֵר', אֶלָּא רַק הוֹעִיל לַהֲבִיאוֹ לְגֵיהִנָּם שֶׁיְּהֵא נִידּוֹן שָׁם. וְעוֹד יֵשׁ לְהַקְשׁוֹת מֵאַחַר דְּיָכוֹל לְהַצִּיל כָּל אַנְשֵׁי דּוֹרוֹ בִּזְכוּתוֹ בִּלְבַד לָמָּה לֹא עָשָׂה כֵּן וּמִי מְעַכֵּב עַל יָדוֹ? וְהִנֵּה בַּדְּרוּשִׁים פֵּרַשְׁתִּי בס"ד הַמַּאֲמָר הַזֶּה עַל פִּי מַאֲמַר רז"ל בְּסַנְהֶדְרִין (סַנְהֶדְרִין צא:) בְּעִנְיַן חֶשְׁבּוֹן עֹונֶשׁ הַגּוּף וְהַנֶּפֶשׁ דְּמִשֶּׁלּוֹ מָשָׁל לְחִגֵּר וְסוּמָא דְּעוֹלֶה מִדִּבְרֵיהֶם עַל פִּי הַמָּשָׁל הַהוּא דִּבְכָל הַמַּעֲשִׂים הַנַּעֲשִׂים בָּעוֹלָם הַזֶּה מֵהַנֶּפֶשׁ וְהַגּוּף יֵשׁ לְכָל אֶחָד דִּין זֶה אֵינוֹ יָכוֹל לְבַדּוֹ לַעֲשׂוֹת וְזֶה אֵינוֹ יָכוֹל, וְיָדוּעַ פְּלֻוגְתָּא דְּרַשְׁבִּ"י וְרַבָּנָן בַּגְּמָרָא דְּשַׁבָּת (שַׁבָּת צב:) דְּרַבָּנָן סָבְרִי בִּשְׁנַיִם שֶׁעָשׂוּ דָּבָר אֶחָד וְזֶה אֵינוֹ יָכוֹל לְבַדּוֹ וְזֶה אֵינוֹ יָכוֹל לְבַדּוֹ שְׁנֵיהֶם חַיָּיבִין, וְרַשְׁבִּ"י סְבִירָא לֵיהּ שְׁנֵיהֶם פְּטוּרִין כֵּיוָן דְּזֶה אֵינוֹ יָכוֹל וְזֶה אֵינוֹ יָכוֹל כָּל חַד חֲשִׁיב מְסַיֵּיעַ וְאֵין בּוֹ מַמָּשׁ עַייֵּן שָׁם. וּלְפִי זֶה לִסְבָרַת רַשְׁבִּ"י גּוּף וְנֶפֶשׁ יִהְיוּ פְּטוּרִים מִן הָעֹונֶשׁ שֶׁל הָעֲוֹנוֹת כֵּיוָן דַּחֲשִׁיבִי עַל פִּי הַמָּשָׁל הַנִּזְכָּר 'זֶה אֵינוֹ יָכוֹל וְזֶה אֵינוֹ יָכוֹל' נִמְצָא כָּל חַד הוּא מְסַייֵּעַ דַּוְקָא וּפָטוּר, וְלָכֵן אָמַר רַשְׁבִּ"י יָכוֹל אֲנִי לִפְטֹר אֶת כָּל הָעוֹלָם כֻּלּוֹ מִן הַדִּין עַל פִּי סְבָרָתִי דְּ'זֶה אֵינוֹ יָכוֹל וְזֶה אֵינוֹ יָכוֹל שְׁנֵיהֶם פְּטוּרִים' אַךְ דָּבָר זֶה קָשֶׁה לִהְיוֹת מִשְּׁתֵּי סִיבּוֹת חֲדָא דְּאֵין לְמֵידִין דִּינֵי שָׁמַיִם מִדִּינֵי אָדָם וַאֲנִי לֹא אָמַרְתִּי כֵּן אֶלָּא בְּדִינֵי אָדָם, וְעוֹד גַּם בְּדִינֵי אָדָם אִיכָּא רַבִּים דִּפְלִיגִי עָלַי וְיָחִיד וְרַבִּים הֲלָכָה כְּרַבִּים, לָכֵן אֶפְשָׁר שֶׁיָּגֵין זְכוּתִי דַּוְקָא עַל בְּנֵי דּוֹרִי שֶׁיַּעֲשֶׂה הקב"ה חֶסֶד זֶה עִמָּהֶם לָדוּן אוֹתָם עַל פִּי סְבָרָתִי בְּדִינֵי שָׁמַיִם גַּם כֵּן וְאַף עַל פִּי דְּרַבִּים פְּלִיגִי עָלַי כָּל זֶה אֶפְשָׁר לִהְיוֹת עַל יְדֵי זְכוּתִי וּתְפִלָּתִי וּבִקַּשְׁתִּי עַל בְּנֵי דּוֹרִי דַּוְקָא. אַךְ אִם יִצְטָרֵף רַבִּי אֶלְעָזָר בְּנֵי עַמִּי בִּזְכוּתוֹ וּתְפִלָּתוֹ וּבַקָּשָׁתוֹ אֶפְשָׁר שֶׁיַּעֲשֶׂה הקב"ה חֶסֶד זֶה לִבְנֵי אָדָם מִיּוֹם שֶׁנִּבְרָא הָעוֹלָם וְעַד עַכְשָׁיו דְּלָא יִבָּצֵר מִהְיוֹת בְּנֵי אָדָם מִדּוֹרוֹת הָרִאשׁוֹנִים שֶׁעֲדַיִין לֹא פָּרְעוּ מֵהֶם כָּל הָעֹונֶשׁ שֶׁחַייָּבִים בּוֹ דַּעְתָּהּ בִּזְכוּת שְׁנֵינוּ יִפָּטְרוּ אוֹתָם לָדוּן אוֹתָם עַל פִּי סְבָרָה שֶׁלִּי, וְאִם יִצְטָרֵף זְכוּת וּתְפִלָּה וּבַקָּשָׁה שֶׁל יוֹתָם בֶּן עֻוזִּיָּהוּ עִמָּנוּ אֶפְשָׁר שֶׁיַּעֲשֶׂה הקב"ה חֶסֶד זֶה לָדוּן הָעוֹלָם עַל פִּי סְבָרָתִי גַּם לַדּוֹרוֹת הַבָּאִים מִיּוֹם שֶׁנִּבְרָא הָעוֹלָם וְעַד סוֹפוֹ. מִיהוּ לֹא בִּקֵּשׁ וְהִתְפַּלֵּל עַל דָּבָר זֶה שֶׁיַּעֲשֶׂה הקב"ה חֶסֶד זֶה לָדוּן אֶת בְּנֵי דּוֹרוֹ עַל פִּי סְבָרָתוֹ מִפְּנֵי דְּנָפֵיק לְהוּ פְּסֵידָא מִצַּד אַחֵר דְּהֵן אֱמֶת שֶׁיִּהְיוּ נִיצּוֹלִים מִן הָעֹונֶשׁ עַל פִּי סְבָרָתוֹ דַּחֲשִׁיבִי גּוּף וְנֶפֶשׁ כָּל חַד מְסַייֵּעַ הִנֵּה לְפִי זֶה יַפְסִידוּ שְׂכַר מִצְוֹת דְּאָז גַּם לְגַבֵּי הַמִּצְוֹת יִהְיֶה לָהֶם דִּין מְסַיֵּיעַ שֶׁאֵין בּוֹ מַמָּשׁ וְאֵין לָהֶם שְׂכַר מִצְוָה שְׁלֵימָה מַמָּשׁ אֶלָּא שְׂכַר מְסַייֵּעַ, לְכָךְ לֹא בִּקֵּשׁ עַל זֹאת שֶׁיָּדִין הקב"ה אֶת הָעוֹלָם בְּדִינֵי שָׁמַיִם עַל פִּי סְבָרָתוֹ אֶלָּא יָדוּן דִּינֵי שָׁמַיִם עַל פִּי סְבָרַת חֲכָמִים שֶׁסּוֹבְרִין בְּדִינֵי אָדָם זֶה אֵינוֹ יָכוֹל וְזֶה אֵינוֹ יָכוֹל כָּל חַד חֲשִׁיב עֲבִיד מַעֲשֶׂה גְּמוּרָה וּשְׁלֵימָה כְּדֵי שֶׁבָּזֶה יַרְוִיחוּ בִּשְׂכַר מִצְוֹת וְלֹא יַפְסִידוּ. וּבָזֶה פֵּרַשְׁתִּי בס"ד רָמַז הַכָּתוּב בִּתְהִלִּים (תְּהִלִּים מט, ח) 'אָח לֹא פָדֹה יִפְדֶּה אִישׁ לֹא יִתֵּן לֵאלֹקִים כָּפְרוּ' וְהַיְינוּ אָח לְשׁוֹן צַעַר וְקָאֵי עַל עֹונֶשׁ הָעֲוֹנוֹת לֹא פָּדָה יִפְדֶּה 'אִישׁ' רָאשֵׁי תֵּיבוֹת א לְעֵזֶר י וְתָם ש מֵעָוֹן שֶׁיֵּשׁ בִּזְכוּתָם סִיפּוּק לִפָּטֵר אֶת כָּל הָעוֹלָם כֻּלּוֹ עַל פִּי סְבָרָה הַנִּזְכָּר דְּ'זֶה אֵינוֹ יָכוֹל וְזֶה אֵינוֹ יָכוֹל' חֲשִׁיבִי כָּל חַד מְסַיֵּיעַ שֶׁאֵין בּוֹ מַמָּשׁ רוֹצֶה לוֹמַר לֹא יִרְצוּ לִפְדּוֹתָם לְהַצִּילָם מִן הָעֹונֶשׁ וְהַייְנוּ מִשּׁוּם דְּנָפֵיק בָּזֶה לְאָדָם פְּסֵידָא מִצַּד אַחֵר וְהוּא דְּעַל פִּי זֶה נִמְצָא 'לֹא יִתֵּן לֶאֱלֹקִים כְּפָרוֹ' אֵלּוּ הַמִּצְוֹת שֶׁגַּם בְּמִצְוֹת אֵין הַגּוּף וְהַנֶּפֶשׁ נוֹתְנִין וְעוֹשִׂין מִצְוָה שְׁלֵימָה אֶלָּא כְּדִין מְסַייֵּעַ יֵשׁ לָהֶם. וּבָזֶה יוּבַן בס"ד רָמַז הַכָּתוּב בְּמִיכָה (מִיכָה ה, ו) 'וְהָיָה שְׁאֵרִית יַעֲקֹב בְּקֶרֶב עַמִּים רַבִּים כְּטַל מֵאֵת ה' כִּרְבִיבִים עֲלֵי עֵשֶׂב אֲשֶׁר לֹא יְקַוֶּה לְאִישׁ וְלֹא יְיַחֵל לִבְנֵי אָדָם' כְּלוֹמַר דְּעוֹשִׂים תְּשׁוּבָה עַל יְדֵי אִתְעָרוּתָא דִּלְעֵילָּא מִכֹּחַ יִסּוּרִין שֶׁיָּבוֹאוּ עֲלֵיהֶם דּוֹמֶה לְטַל שֶׁיּוֹרֵד מִלְמַעְלָה, וְהָעוֹשִׂין תְּשׁוּבָה עַל יְדֵי אִתְעָרוּתָא דִלְתַתָּא דּוֹמֶה תְּשׁוּבָתָם לִרְבִיבִים שֶׁהוּא הַמָּטָר שֶׁיּוֹרֵד מִכֹּחַ מַטָּה כִּי יַעֲלוּ הָאֵידִים מִן הָאָרֶץ וּמַשְׁקִים דִּכְתִיב (בְּרֵאשִׁית ב, ו) 'וְאֵד יַעֲלֶה מִן הָאָרֶץ וְהִשְׁקָה אֶת כָּל פְּנֵי הָאֲדָמָה'. וְעוֹד אָמְרוּ רז"ל (תַּעֲנִית כה:) 'אֵין טִיפָּה יוֹרֶדֶת מִלְמַעְלָה שֶׁאֵין ב' טִפִּים עוֹלִים כְּנֶגְדָּהּ מִלְּמַטָּה'. לְכָךְ הָרְבִיבִים מִתְיַיחֲסִים לְתַתָּא וְהַטַּל לְעֵילָּא. וְזֶהוּ שֶׁנֶּאֱמַר וְהָיָה שְׁאֵרִית יַעֲקֹב בְּקֶרֶב עַמִּים רַבִּים כְּטַל שֶׁהוּא מֵאֵת ה' כִּי יֵשׁ עוֹשִׂין תְּשׁוּבָה מִכֹּחַ אִתְעָרוּתָא דִּלְעֵילָּא שֶׁדּוֹמֶה תְּשׁוּבָתָם כְּטַל מֵאֵת ה' וְיֵשׁ עוֹשִׂין בְּאִתְעָרוּתָא דִּלְתַתָּא שֶׁדּוֹמֶה תְּשׁוּבָתָם כִּרְבִיבִים עֲלֵי עֵשֶׂב אֲשֶׁר לֹא יְקַוֶּה לְאִישׁ שֶׁאֵין מִתְרַשְּׁלִים בְּתִיקּוּן תְּשׁוּבָתָם מִפְּנֵי שֶׁהֵם מְקֻויָּם לְעֵזֶר שֶׁיִּהְיֶה לָהֶם בַּדִּין מִכֹּחַ שְׁלֹשָׁה צַדִּיקִים הָרְמוּזִים בְּאוֹתִיּוֹת 'אִישׁ' שֶׁהוּא רָאשֵׁי תֵּיבוֹת א לְעֵזֶר י וְתָם ש מֵעָוֹן וְגַם עוֹד 'לֹא יֵיחָלוּ לִבְנֵי אָדָם' שֶׁאֵין מִתְרַשְּׁלִים בְּתִיקּוּן תְּשׁוּבָתָם מִפְּנֵי שֶׁסּוֹמְכִין עַל בְּנֵיהֶם לוֹמַר (סַנְהֶדְרִין קד.) 'בְּרָא מְזַכֶּה אַבָּא' וְזֶהוּ 'בְּנֵי אָדָם' כְּלוֹמַר הַבָּנִים שֶׁלָּהֶם.
« Rabbi Hizkiya a dit, Rabbi Yirmeya a dit au nom de Rabbi Chimon bar Yohaï : je puis exempter le monde entier du jugement depuis le jour où j'ai été créé jusqu'à maintenant ; et si Elazar mon fils était avec moi, depuis le jour où le monde à été créé jusqu'à maintenant. » Difficulté : comment le mérite de Rabbi Elazar son fils pourrait-il compter davantage que le sien, au point que son adjonction ferait remonter l'exemption jusqu'à la création du monde ? Il me semble, avec l'aide du Ciel, [qu'il faut répondre] d'après ce que j'ai écrit dans le saint livre Even Chelema sur le Chir ha-Chirim, dans l'introduction, au nom des commentateurs, de mémoire bénie, sur la parole (Avot 2:16) « si tu as beaucoup étudié la Torah, on te donne un grand salaire » : la valeur du salaire de la Torah se compte à la manière des pierres précieuses et des perles — si une perle d'une unité de poids vaut dix pièces d'or, une perle de dix unités de poids vaut mille pièces d'or, chaque unité comptant alors pour cent pièces ; et ainsi de suite, voir là-bas. S'il en est ainsi, ici aussi cela s'entend bien : par l'adjonction du mérite de Rabbi Elazar à celui de Rachbi, de sorte que le tout forme une seule part et une seule substance, le poids grandit et la valeur croît énormément — et pourtant le mérite de Rachbi seul reste toujours plus grand que celui de Rabbi Elazar son fils. Il me semble encore qu'il est connu que tout tsadik est mêlé aux hommes de sa génération et qu'il est saisi (nitpass) à cause d'eux ; c'est pourquoi, pour les hommes de sa génération dont il répond, il faut un grand mérite pour les sauver ; mais pour les générations qui l'ont précédé, qui ne le concernent pas et dont il ne répond pas, le mérite supplémentaire de Rabbi Elazar suffit à les sauver. Il reste cependant à demander : comment seraient-ils sauvés du jugement d'En-Haut ? N'est-ce pas une règle connue que le mérite du tsadik ne sert qu'à protéger les vivants pour qu'aucun mal ne leur arrive en ce monde, mais que le tsadik ne sauve pas les rechaïm de la géhenne ? C'est pourquoi Yits hak notre père, que la paix soit sur lui, n'a pas sauvé Essav, et Rabbi Meïr Baal ha-Ness n'a pas sauvé Elicha, surnommé A her — il n'a réussi qu'à le faire entrer en géhenne pour y être jugé. Et il y a encore à demander : puisqu'il peut sauver tous les hommes de sa génération par son seul mérite, pourquoi ne l'a-t-il pas fait, et qui l'en empêche ? Or, dans mes drachot, j'ai expliqué avec l'aide du Ciel ce passage d'après la parole de nos Sages en Sanhédrin (91b) au sujet du compte du châtiment du corps et de l'âme, où ils ont donné la parabole du boiteux et de l'aveugle : il ressort de leurs propos, selon cette parabole, que dans toutes les actions accomplies en ce monde par l'âme et le corps, chacun relève du cas « celui-ci ne peut pas seul et celui-là ne peut pas seul ». Et l'on connaît la controverse de Rachbi et des Sages dans la guemara de Chabbat (92b) : les Sages estiment que si deux personnes accomplissent ensemble une même action, l'une ne pouvant seule et l'autre ne pouvant seule, toutes deux sont coupables ; Rachbi estime que toutes deux sont exemptes, puisque celui-ci ne peut pas et celui-là ne peut pas, chacun n'étant considéré que comme un auxiliaire (messaye à) sans consistance. Voir là-bas. Selon cela, d'après l'opinion de Rachbi, le corps et l'âme seraient exempts du châtiment des fautes, puisqu'ils relèvent, selon la parabole citée, de « celui-ci ne peut pas et celui-là ne peut pas » : chacun n'est qu'auxiliaire, donc exempt. C'est pourquoi Rachbi a dit : je puis exempter le monde entier du jugement — selon mon opinion, « celui-ci ne peut pas et celui-là ne peut pas, tous deux sont exempts ». Mais cela est difficile pour deux raisons : d'abord, on n'apprend pas les jugements du Ciel à partir des jugements humains, et je n'ai dit cela que pour les jugements humains ; ensuite, même dans les jugements humains, ils sont nombreux à me contredire, et lorsqu'un individu s'oppose au grand nombre, la halakha suit le grand nombre. C'est pourquoi il est possible que mon mérite protège précisément les hommes de ma génération, le Saint béni soit-Il leur faisant cette faveur de les juger selon mon opinion dans les jugements du Ciel également, bien que beaucoup me contredisent — tout cela peut se faire par mon mérite, ma prière et ma requête, pour les hommes de ma génération précisément. Mais si Rabbi Elazar mon fils s'adjoint à moi par son mérite, sa prière et sa requête, il est possible que le Saint béni soit-Il fasse cette faveur aux hommes depuis le jour où le monde à été créé jusqu'à maintenant, car il ne manque pas d'hommes des premières générations dont on n'a pas encore exigé tout le châtiment qu'ils doivent : maintenant, par le mérite de nous deux, on les exemptera en les jugeant selon mon opinion ; et si le mérite, la prière et la requête de Yotam ben Ouziyahou s'adjoignent à nous, il est possible que le Saint béni soit-Il fasse cette faveur de juger le monde selon mon opinion aussi pour les générations à venir, depuis le jour où le monde à été créé jusqu'à sa fin. Toutefois il n'a pas demandé ni prié pour que le Saint béni soit-Il fasse cette faveur de juger les hommes de sa génération selon son opinion, parce qu'il en résulterait une perte d'un autre côté : il est vrai qu'ils seraient sauvés du châtiment selon son opinion, le corps et l'âme étant chacun considéré comme auxiliaire ; mais selon cela ils perdraient le salaire des mitsvot, car alors, pour les mitsvot aussi, ils auraient le statut d'auxiliaire sans consistance, et ils n'auraient pas le salaire d'une mitsva entière mais seulement le salaire d'un auxiliaire. C'est pourquoi il n'a pas demandé cela, mais que le Saint béni soit-Il juge dans les jugements du Ciel selon l'opinion des Sages, qui estiment dans les jugements humains que lorsque celui-ci ne peut pas et celui-là ne peut pas, chacun est considéré comme ayant accompli un acte entier et complet — afin qu'ainsi ils gagnent le salaire des mitsvot et n'y perdent pas. J'ai expliqué par là, avec l'aide du Ciel, l'allusion du verset des Tehilim (49:8) « a h lo padoh yifdeh ich, lo yiten le-Elokim kofro » : « a h » a le sens de douleur et vise le châtiment des fautes ; « lo padoh yifdeh ich » — les initiales de ich (איש) sont Elazar, Yotam, Chimon, dont le mérite suffit à exempter le monde entier selon l'opinion citée, « celui-ci ne peut pas et celui-là ne peut pas », chacun n'étant qu'un auxiliaire sans consistance ; c'est-à-dire qu'ils ne voudront pas les racheter pour les sauver du châtiment, parce qu'il en résulterait pour l'homme une perte d'un autre côté, à savoir « lo yiten le-Elokim kofro » — ce sont les mitsvot : car selon cela, même dans les mitsvot, le corps et l'âme ne donnent ni n'accomplissent une mitsva entière, mais n'ont que le statut d'auxiliaire. On comprendra par là, avec l'aide du Ciel, l'allusion du verset de Mikha (5:6) « et le reste de Yaakov sera au milieu de peuples nombreux comme une rosée venant de l'Éternel, comme des ondées sur l'herbe, qui n'espère pas en l'homme et n'attend rien des fils d'Adam » : c'est-à-dire que ceux qui font techouva par un éveil d'en haut (itarouta di-leela), sous l'effet des souffrances qui leur viennent, ressemblent à la rosée qui descend d'en haut ; et ceux qui font techouva par un éveil d'en bas (itarouta di-letata) ressemblent aux ondées, c'est-à-dire la pluie qui vient par la force d'en bas, car les vapeurs montent de la terre et l'arrosent, comme il est écrit (Gn 2:6) « et une vapeur montait de la terre et arrosait toute la face du sol » ; et nos Sages ont dit encore (Taanit 25b) : « il n'est pas de goutte qui descende d'en haut sans que deux gouttes ne montent d'en bas à sa rencontre » — c'est pourquoi les ondées se rapportent au bas et la rosée au haut. C'est ce qui est dit : « le reste de Yaakov sera au milieu de peuples nombreux comme une rosée venant de l'Éternel », car il en est qui font techouva par la force d'un éveil d'en haut, dont la techouva ressemble à la rosée venant de l'Éternel, et il en est qui la font par un éveil d'en bas, dont la techouva ressemble aux ondées sur l'herbe — « qui n'espère pas en l'homme (ich) », c'est-à-dire qu'ils ne se relâchent pas dans la réparation de leur techouva en comptant sur le secours que leur apporterait au jugement la force des trois tsadikim désignés par les lettres de ich : Elazar, Yotam, Chimon ; et de même « ils n'attendent rien des fils d'Adam », c'est-à-dire qu'ils ne se relâchent pas dans la réparation de leur techouva en s'appuyant sur leurs enfants, selon la parole (Sanhédrin 104a) « le fils procure du mérite au père » — tel est le sens de « fils d'Adam » : leurs propres enfants.
💡 Explication

Trois paliers de mérite, chacun élargissant la portée temporelle de l'exemption : de la vie de Rachbi, à toute l'histoire passée, puis à l'histoire entière jusqu'à sa fin. Rachi explique le verbe lifetor : par son mérite, Rachbi supporte les fautes d'autrui et les exempte du din.

Yotam ben Ouziyahou est choisi pour une raison précise que donne Rachi : durant toutes les années où son père fut lépreux, il jugea le peuple sans prendre la couronne royale du vivant de son père, et rendait tous ses jugements au nom de son père. C'est le modèle du kiboud av.

5
וְאָמַר חִזְקִיָּה אָמַר רַבִּי יִרְמְיָה מִשּׁוּם רַבִּי שִׁמְעוֹן בֶּן יוֹחַי: רָאִיתִי בְּנֵי עֲלִייָּה וְהֵן מוּעָטִין. אִם אֶלֶף הֵן — אֲנִי וּבְנֵי מֵהֶן, אִם מֵאָה הֵם — אֲנִי וּבְנֵי מֵהֶן, אִם שְׁנַיִם הֵן — אֲנִי וּבְנֵי הֵן. וּמִי זוּטְרֵי כֻּולֵּי הַאי? וְהָא אָמַר רָבָא: תַּמְנֵי סְרֵי אַלְפֵי הָוֵה דָּרָא דְּקַמֵּיהּ קֻודְשָׁא בְּרִיךְ הוּא, שֶׁנֶּאֱמַר: ״סָבִיב שְׁמֹנָה עָשָׂר אָלֶף״! לָא קַשְׁיָא: הָא דְּמִסְתַּכְּלִי בְּאַסְפַּקְלַרְיָא הַמְּאִירָה, הָא דְּלָא מִסְתַּכְּלִי בְּאַסְפַּקְלַרְיָא הַמְּאִירָה.

Et Hizkiya a dit au nom de Rabbi Yirmeya, au nom de Rabbi Chimon ben Yohaï : j'ai vu les benei aliya (les hommes de l'élévation) et ils sont peu nombreux. S'ils sont mille, moi et mon fils en sommes ; s'ils sont cent, moi et mon fils en sommes ; s'ils sont deux, moi et mon fils, ce sont eux. — Et sont-ils si peu ?

Mais Rava n'a-t-il pas dit : dix-huit mille formaient la rangée devant le Saint béni soit-Il, car il est dit « tout autour, dix-huit mille » (Ez 48:35) ! — Ce n'est pas une difficulté : ici il s'agit de ceux qui regardent dans l'aspaklaria meira (la vitre lumineuse), là de ceux qui ne regardent pas dans l'aspaklaria lumineuse.

📜 Rachi (4)
רָאִיתִי בְּנֵי עֲלִיָּיה וְהֵן מוּעָטִין רוֹאֶה אֲנִי לְפִי מַעֲשֵׂה הַבְּרִיּוֹת שֶׁבְּנֵי עֲלִייָּה כַּת הַמְקַבְּלִין פְּנֵי שְׁכִינָה מוּעָטִים הֵם:
J'ai vu les benei aliya et ils sont peu nombreux — je vois, d'après les actes des créatures, que les benei aliya, la classe de ceux qui reçoivent la face de la Chekhina, sont peu nombreux.
סָבִיב שְׁמֹנָה עָשָׂר אָלֶף סֵיפֵיהּ דִּקְרָא ה' שָׁמָּה דאע"ג דְּבִירוּשָׁלַיִם שֶׁלֶּעָתִיד לָבֹא כְּתִיב קְרָא דָּרְשִׁינַן לִי' נָמֵי לְהָכִי דְּמָקוֹם שֶׁשְּׁכִינָה שָׁמָּה סוֹבְבִין אוֹתוֹ שְׁמֹנָה עָשָׂר אֶלֶף וְהֵם הַצַּדִּיקִים הַנְּתוּנִים לִפְנִים מִמַּלְאֲכֵי כִּי הַשָּׁרֵת שְׁנָא' (בַּמִּדְבָּר כ״ג:כ״ג) כָּעֵת יֵאָמֵר לְיַעֲקֹב וּלְיִשְׂרָאֵל מַה פָּעַל אֵל וְאוֹמֵר (יְשַׁעְיָהוּ כ״ג:י״ח) לַיֹּושְׁבִים לִפְנֵי ה' יִהְיֶה סַחְרָהּ וְאוֹמֵר (שָׁם ל) וְהָיוּ עֵינֶיךָ רֹואוֹת אֶת מוֹרֶיךָ:
Tout autour, dix-huit mille — la fin du verset est « l'Éternel est là-bas ». Bien que le verset soit écrit à propos de la Jérusalem future, nous l'interprétons aussi en ce sens : le lieu où la Chekhina se trouve est entouré par dix-huit mille, et ce sont les justes placés plus à l'intérieur que les anges de service, comme il est dit (Nb 23:23) « en ce temps il sera dit à Yaakov et à Israël ce que Dieu a fait », et il est dit (Is 23:18) « pour ceux qui demeurent devant l'Éternel sera son gain », et il est dit (ibid. 30) « et tes yeux verront tes maîtres ».
אַסְפַּקְלַרְיָא מְחִיצָּה שֶׁחוֹצֶצֶת בֵּינֵיהֶם לַשְּׁכִינָה:
Aspaklaria — une cloison qui sépare entre eux et la Chekhina.
מְאִירָה כְּמַרְאֶה זוֹ שֶׁרוֹאִין בָּהּ וְיֵשׁ צַדִּיקִים שֶׁאֵין מְאִירָה לָהֶם כָּל כָּךְ וְאֵין יְכוֹלִין לִרְאוֹת מַמָּשׁ:
Meira (lumineuse) — comme ce miroir dans lequel on voit ; et il est des justes pour qui elle n'est pas si lumineuse, et qui ne peuvent pas voir réellement.
🗂️ Tossefot (1)
סָבִיב שְׁמֹנָה עָשָׂר אָלֶף. וְהַאי קְרָא כְּתִיב בְּסוֹף יְחֶזְקֵאל (מח) גַּבֵּי מִדָּתָהּ שֶׁל יְרוּשָׁלַיִם דִּלְעָתִיד הֶיקֵּיפָה שְׁמֹנָה עָשָׂר אֶלֶף קָנִים דְּנִמְצֵאת מִדַּת רִיבּוּעָהּ (עַל) אַרְבַּעַת אֲלָפִים וַחֲמֵשׁ מֵאוֹת קָנִים אֹורֶךְ עַל אַרְבַּעַת אֲלָפִים וַחֲמֵשׁ מֵאוֹת קָנִים רֹוחַב וּמִדַּת הַקָּנֶה שֵׁשׁ אַמּוֹת וּמַה שֶׁכָּתוּב בַּסְּפָרִים תְּמָנֵיסַר אֲלָפִים פַּרְסֵי לָא גָּרַס פַּרְסֵי דְּאַטּוּ פַּרְסֵי מִי כְּתִיב בִּקְרָא אֶלָּא גָּרְסִינַן תְּמָנֵיסַר אַלְפֵי דָּרָא קַמֵּי הקב"ה וְהוּא הֶיקֵּף הַקָּנֶה דְּנִמְצֵאת רִיבּוּעַ ד' אֲלָפִים וַחֲמֵשׁ מֵאוֹת קָנִים אֹורֶךְ עַל ד' אֲלָפִים וַחֲמֵשׁ מֵאוֹת קָנִים רֹוחַב דְּהָכִי כְּתִיב קְרָא (יְחֶזְקֵאל מ״ח:ל׳) וְאֵלֶּה תּוֹצְאֹות הָעִיר מִפְּאַת צָפוֹן חֲמֵשׁ מֵאוֹת וְאַרְבַּעַת אֲלָפִים מִדָּה וּכְתִיב (שָׁם) וּפְאַת יָמָּה חֲמֵשׁ מֵאוֹת וְאַרְבַּעַת אֲלָפִים מִדָּה וּכְתִיב (שָׁם) וּפְאַת נֶגְבָּה חֲמֵשׁ מֵאוֹת וְאַרְבַּעַת אֲלָפִים מִדָּה וּכְתִיב (שָׁם) וּפְאַת קֵדְמָה חֲמֵשׁ מֵאוֹת וְד' אֲלָפִים מִדָּה וַהֲדַר כְּתִיב סָבִיב שְׁמֹנָה עָשָׂר אָלֶף ואע"ג דִּקְרָא גַּבֵּי יְרוּשָׁלַיִם כְּתִיב דָּרְשִׁינַן מִינֵּיהּ דְּדָרָא דְּקַמֵּיהּ קֻודְשָׁא בְּרִיךְ הוּא דִּכְתִיב בְּסֵיפֵיהּ דִּקְרָא וְשֵׁם הָעִיר מִיּוֹם ה' שָׁמָּה:
« Tout autour, dix-huit mille. » Ce verset est écrit à la fin de Ye'hezkel (48) à propos de la mesure de la Jérusalem future : son pourtour est de dix-huit mille roseaux, de sorte que la mesure de son carré est de quatre mille cinq cents roseaux de long sur quatre mille cinq cents roseaux de large, la mesure du roseau étant de six coudées. Et ce qui est écrit dans les livres « dix-huit mille parsaot », il ne faut pas lire « parsaot » — car enfin, « parsaot » est-il écrit dans le verset ? Il faut lire plutôt : « dix-huit mille formaient la rangée devant le Saint béni soit-Il », et c'est le pourtour en roseaux, de sorte que le carré est de quatre mille cinq cents roseaux de long sur quatre mille cinq cents roseaux de large ; car ainsi est-il écrit (Ye'hezkel 48:30) « et voici les issues de la ville : du côté nord, quatre mille cinq cents de mesure », et il est écrit « et le côté ouest, quatre mille cinq cents de mesure », et il est écrit « et le côté sud, quatre mille cinq cents de mesure », et il est écrit « et le côté est, quatre mille cinq cents de mesure », puis il est écrit « tout autour, dix-huit mille ». Et bien que le verset soit écrit à propos de Jérusalem, nous en tirons ce qui concerne la rangée qui se tient devant le Saint béni soit-Il, puisqu'il est écrit à la fin du verset : « et le nom de la ville, dès ce jour : l'Éternel est là-bas ».
🪔 Ben Yehoyada (3)
רָאִיתִי בְּנֵי עֲלִיָּה וְהֵם מוּעָטִים. נִרְאֶה לִי בס"ד בְּנֵי עֲלִיָּה אוֹתָם שֶׁיֵּשׁ לָהֶם נֶפֶשׁ מֵאֲצִילוּת שֶׁנִּקְרָאִים בָּנִים וְעַייֵּן בְּכַוָּנוֹת רַבֵּינוּ הָרָשָׁ"שׁ זַ"ל בְּמוּסָף רֹאשׁ הַשָּׁנָה בְּמַה שֶׁאָמַר 'אִם כְּבָנִים אִם כַּעֲבָדִים' שֶׁכָּתַב אִם כְּבָנִים שֶׁיֵּשׁ לָהֶם מֵאֲצִילוּת אִם כַּעֲבָדִים שֶׁיֵּשׁ לָהֶם נר"ן [נֶפֶשׁ, רוּחַ, נְשָׁמָה] מִן בי"ע [בְּרִיאָה,יְצִירָה, עֲשִׂיָּה] עַיֵּין שָׁם. וְדַע כִּי אֲצִילוּת ובי"ע דְּנָקֵיט הָכָא הוּא עַל אֲצִילוּת ובי"ע דְּמַחְצַב הַנְּשָׁמוֹת שֶׁהוּא סוֹד בְּרִיאָה. אוֹ יוּבַן בס"ד בְּנֵי עֲלִיָּה קָאֵי עַל צַדִּיקִים שֶׁעוֹלִין מָגֵן עֵדֶן הַתַּחְתּוֹן לְגַן עֵדֶן הָעֶלְיוֹן בִּלְתִּי סַעַד מַלְאָכִים אֶלָּא עוֹלִין מֵאֲלֵיהֶם דְּאִלּוּ יֵשׁ לָהֶם יִתְרוֹן גָּדוֹל בְּעָלֶיהָ זוֹ וּכְמוֹ שֶׁרָאָה אוֹתוֹ חָכָם בְּגוּהַרְקָא דְּרַבִּי חַיָּיא וּבָנָיו (בָּבָא מְצִיעָא פה:) . וְעוֹד נִרְאֶה לִי בס"ד בְּנֵי עֲלִיָּה עַל אוֹתָם צַדִּיקִים שֶׁנֶּאֱמַר עֲלֵיהֶם מְזֻומָּן לְחַיֵּי עוֹלָם הַבָּא שֶׁהֵם מַעֲלִין אוֹרוֹת מ"ן [מִיַּיִן נֻוקְבִּין] עַד הַכֶּתֶר שֶׁרָמוּז בְּקוֹצוֹ שֶׁל יוּ"ד דְּשֶׁמָּא קַדִּישָׁא וְנִרְמָז זֶה בְּתֵיבַת עֲלִיָּה שֶׁהוּא עַל י"ה. וְדַע כִּי מַה שֶׁאָמַר רָאִיתִי הַיְינוּ שֶׁרָאָה בְּרוּחַ הַקֹּודֶשׁ בְּנֵי עֲלִיָּה שֶׁהָיוּ בַּדּוֹרוֹת שֶׁקָּדְמוּ וְהֵם עַתָּה בָּעוֹלָם הַבָּא אֲבָל עַל דּוֹרוֹ לֹא רָאָה וּלְכָךְ עָשָׂה עַל בְּנֵי דּוֹרוֹ תְּלָת סִיפּוּקִי אִם אֶלֶף אוֹ מֵאָה אוֹ שְׁנַיִם כִּי מַה שֶׁאָמַר אִם אֶלֶף הֵם קָאֵי עַל דּוֹרוֹ כְּלוֹמַר רָאִיתִי דּוֹרוֹת שֶׁקָּדְמוּ שֶׁהֵם מוּעָטִים וְלָכֵן אִם בְּדוֹר זֶה הֵם וְכוּ':
« J'ai vu les benei aliya et ils sont peu nombreux. » Il me semble, avec l'aide du Ciel, que les benei aliya sont ceux qui possèdent une nechama issue d'Atsilout, appelés « fils » ; vois les kavanot de notre maître le Rachach, de mémoire bénie, sur le Moussaf de Roch ha-Chana, à propos de « que ce soit comme des fils, que ce soit comme des serviteurs » : il écrit que « comme des fils » vise ceux qui ont [leur âme] d'Atsilout, et « comme des serviteurs » ceux qui ont nefech, roua'h et nechama depuis Beria, Yetsira et Assiya. Voir là-bas. Et sache que l'Atsilout et les mondes BY A dont il est question ici visent l'Atsilout et les BY A de la carrière des âmes, qui relève du sod de Beria. Ou bien on comprendra, avec l'aide du Ciel, que les benei aliya visent les justes qui montent du Gan Éden inférieur au Gan Éden supérieur sans l'appui des anges, mais montent d'eux-mêmes : ceux-là ont une grande supériorité dans cette montée, comme ce sage qui vit le palanquin de Rabbi Hiya et de ses fils (Baba Metsia 85b). Il me semble encore, avec l'aide du Ciel, que les benei aliya désignent ces justes dont il est dit qu'ils sont destinés à la vie du monde à venir, qui font monter les lumières des mayin noukvin jusqu'au Keter, désigné par la pointe du youd du Nom saint — cela est suggéré par le mot aliya, qui se lit al Y-a (au-dessus de youd-hé). Et sache que « j'ai vu » signifie qu'il a vu par l'esprit saint les benei aliya des générations passées, qui sont maintenant dans le monde à venir ; mais sur sa propre génération il n'a pas vu, et c'est pourquoi il a formulé au sujet des hommes de sa génération trois hypothèses : mille, cent, ou deux. Car « s'ils sont mille » se rapporte à sa génération, comme s'il disait : j'ai vu les générations passées, et ils y sont peu nombreux ; donc si dans cette génération ils sont, etc.
אִם שְׁנַיִם הֵם, אֲנִי וּבְנֵי הֵם. יֵשׁ לְהַקְשׁוֹת אִי נָקֵיט כְּפִי מַדְרִיגוֹת הַמִּסְפָּר הֲוָה לֵיהּ לְמֵימַר עֶשֶׂר אַחַר הַמֵּאָה וְלָמָּה דִּילֵּג לַאֲחָדִים וְנָקֵיט 'שְׁנַיִם'? וְנִרְאֶה לִי בס"ד דְּאָמְרוּ רז"ל (עֵירוּבִין יח:) דַּיּוֹ לְעוֹלָם שֶׁיִּשְׁתַּמֵּשׁ בַּחֲצִי הַשֵּׁם שֶׁהֵם אוֹתִיּוֹת י"ה וְכֵן כְּתִיב נָמֵי (שְׁמוֹת יז, טז) 'כִּי יָד עַל כֵּס יָהּ'. וְיָדוּעַ דְּאַרְבַּע מַדְרֵגוֹת הַמִּסְפָּר הֵם כְּנֶגֶד ד' אוֹתִיּוֹת שֵׁם הֲוָיָ"ה וְהָאֲלָפִים כְּנֶגֶד אַוַּת יוּ"ד וְהַמֵּאוֹת כְּנֶגֶד אוֹת הֵ"א רִאשׁוֹנָה, וְלָכֵן תְּחִלָּה עָשָׂה הַשַּׂעֲרָה 'אִם אֶלֶף הֵם' כְּנֶגֶד אוֹת יוּ"ד דְּשֶׁמָּא קַדִּישָׁא שֶׁשָּׁם סוֹד הָאֲלָפִים וְאַחַר כָּךְ אָמַר 'אִם מֵאָה הֵם' רוֹצֶה לוֹמַר אִם אֵין זְכוּת בַּדּוֹר הַזֶּה שֶׁיִּמָּצֵא בּוֹ בְּנֵי עֲלִיָּה אֶלֶף כְּנֶגֶד הַיּוֹ"ד אֶלָּא יִמָּצֵא בּוֹ כְּנֶגֶד אוֹת הֵ"א רִאשׁוֹנָה שֶׁהִיא בְּסוֹד מֵאָה, וְאַחַר כָּךְ אָמַר 'אִם שְׁנַיִם הֵם' כְּלוֹמַר אִם גַּם לָזֶה אֵין זְכוּת בַּדּוֹר אֶלָּא רַק יִמָּצֵא שְׁנַיִם כְּנֶגֶד שְׁתֵּי אוֹתִיּוֹת י"ה וְלֹא כְּנֶגֶד בְּחִינָתָם בְּמִסְפָּר. וְאַל תִּתְמַהּ אֵיךְ רַשְׁבִּ"י יְשַׁבֵּחַ עַצְמוֹ בְּפִיו כָּל כָּךְ דְּוַדַּאי כַּוָּנָתוֹ לְשֵׁם שָׁמַיִם כְּדֵי שֶׁיִּתְלַהֲבוּ הַחֲכָמִים הַשּׁוֹמְעִין בִּדְבָרָיו לְהִתְעַסֵּק בְּלִימּוּד הַסּוֹד כִּי הוּא לֹא זָכָה לְכָל הַכָּבוֹד הַזֶּה אֶלָּא בַּעֲבוּר עִסְקוֹ בְּלִימּוּד הַסּוֹד וּמִזֶּה תֵּדַע גֹּודֶל קְדֻושָּׁתוֹ וְעַנּוֹתוֹ דְּאַף עַל פִּי שֶׁמּוֹצִיא מִפִּיו דְּבָרִים אֵלּוּ שֶׁהֵם שִׁבְחוֹ לֹא הָיָה עוֹבֵר בִּלְבָבוֹ שֶׁמֶץ גַּאֲוָה וְזֶה הוּא תִּגְבֹּורֶת נִפְלָאָה. אוֹ יוּבַן בס"ד נָקֵיט 'א לָף ו מ אָה ו ש נִים' שֶׁהֵם רָאשֵׁי תֵּיבוֹת אֶמֶשׁ כְּנֶגֶד אוֹתִיּוֹת אֶמֶשׁ הַנִּזְכָּרִים בְּסֵפֶר יְצִירָה פֶּרֶק ג' דְּאָמַר מֵהֶן נוֹלְדוּ אָבוֹת וּמֵהֶן נִבְרָא הַכֹּל וְעַיֵּין בֵּיאוּר הָרַמְבַּ"ן זַ"ל שָׁם יְעֻויַּן שָׁם וְדוּק.
« S'ils sont deux, moi et mon fils, ce sont eux. » Il y a lieu de demander : s'il suit l'échelle des nombres, il aurait fallu dire dix après cent — pourquoi a-t-il sauté les unités et pris « deux » ? Il me semble, avec l'aide du Ciel, que nos Sages ont dit (Erouvin 18b) qu'il suffit au monde de se servir de la moitié du Nom, soit les lettres youd-hé, et il est écrit de même (Ex 17:16) « car une main est sur le trône de Y-a ». Et il est connu que les quatre degrés de la numération correspondent aux quatre lettres du Nom Havaya : les milliers à la lettre youd, les centaines au premier hé. C'est pourquoi il a d'abord fait l'hypothèse « s'ils sont mille », en face de la lettre youd du Nom saint, où réside le sod des milliers ; puis il a dit « s'ils sont cent », c'est-à-dire : s'il n'y a pas dans cette génération le mérite qu'on y trouve mille benei aliya en face du youd, mais qu'on en trouve en face du premier hé, qui relève du sod de la centaine ; puis il a dit « s'ils sont deux », c'est-à-dire : si même pour cela il n'y a pas de mérite dans la génération, mais qu'on n'en trouve que deux, en face des deux lettres youd-hé et non plus en face de leur valeur numérique. Et ne t étonne pas de ce que Rachbi se loue ainsi de sa propre bouche : assurément son intention était pour le Ciel, afin que les sages qui l'écoutaient s'enflamment à s'adonner à l'étude du sod — car il n'a mérité tout cet honneur qu'en raison de son étude du sod. Et de là tu connaîtras la grandeur de sa sainteté et de son humilité : bien qu'il sorte de sa bouche des paroles qui sont sa propre louange, aucune trace d'orgueil ne passait dans son cœur — et c'est là une force extraordinaire. Ou bien on comprendra, avec l'aide du Ciel, qu'il a pris « elef, meah, chenayim », dont les initiales forment ALEF-MEM-CHIN, en face des lettres alef-mem-chin mentionnées au Sefer Yetsira, chapitre 3, où il est dit que d'elles sont nés les éléments et que d'elles tout a été créé ; vois le commentaire du Ramban, de mémoire bénie, là-bas, et approfondis.
דְּמִסְתַּכְּלִי בְּאַסְפַּקְלַרְיָא הַמְּאִירָה. הִקְשָׁה מָהַרְשָׁ"א וַהֲלֹא בְּפֶרֶק הַחוֹלֵץ (יְבָמוֹת מט:) אָמְרוּ דְּמֹשֶׁה רַבֵּינוּ ע"ה לְבַדּוֹ רָאָה בְּאַסְפַּקְלַרְיָא הַמְּאִירָה? עַיֵּין שָׁם. וְנִרְאֶה לִי בס"ד דְּמַה שֶׁאָמְרוּ בְּפֶרֶק הַחוֹלֵץ הוּא עַל מַדְרֵגַת הַנְּבוּאָה שֶׁיַּשִּׂיגוּ בָּעוֹלָם הַזֶּה, אַךְ כָּאן אַייְרֵי עַל הַנְּשָׁמוֹת הַנִּזּוֹנִים לְמַעְלָה, וְיָדוּעַ דְּאַסְפַּקְלַרְיָא הַמְּאִירָה קָאֵי עַל אוֹר הַתִּפְאֶרֶת וְשֶׁאֵינָהּ מְאִירָה קָאֵי עַל אוֹר הַמַּלְכוּת וְכַנִּזְכָּר בְּשַׁעַר רוּחַ הַקֹּודֶשׁ דַּף ב' וְגַם בָּזֶה יֵשׁ כַּמָּה מַדְרֵגוֹת כִּי בְּכָל עוֹלָם מֵעוֹלָמוֹת אבי"ע [אֲצִילוּת, בְּרִיאָה, יְצִירָה, עֲשִׂיָּה] יֵשׁ בְּחִינַת תִּפְאֶרֶת וּמַלְכוּת, וְלָכֵן גַּם הַנְּשָׁמוֹת הַנִּזּוֹנִים מֵאַסְפַּקְלַרְיָא הַמְּאִירָה אֵינָם שָׁוִים בָּזֶה, וּכְבָר יָדוּעַ מַה שֶׁאָמְרוּ רז"ל מֹשֶׁה רַבֵּינוּ ע"ה לֹא הִשִּׂיג שַׁעַר הַחֲמִשִּׁים דִּכְתִיב (תְּהִלִּים ח, ו) 'וַתְּחַסְּרֵהוּ מְעַט מֵאֱלֹקִים' וְרַבִּי עֲקִיבָא הִשִּׂיג שַׁעַר הַחֲמִשִּׁים (יְרוּשַׁלְמִי סַנְהֶדְרִין פ"א ה"ב) וּפֵרְשׁוּ הַמְקֻובָּלִים זַ"ל דְּלָאו בַּחֲדָא מַדְרֵגָה אַייְרֵי אֶלָּא מֹשֶׁה רַבֵּינוּ ע"ה בִּבְחִינַת עוֹלָם הָעֶלְיוֹן וְרַבִּי עֲקִיבָא בַּתַּחְתּוֹן, וְעַיֵּין בְּסֵפֶר הַלִּיקּוּטִים דְּפוּס יְרוּשָׁלַיִם ת"ו [תִּבָּנֶה וְתִכּוֹנֵן] בִּשְׁמוּאֵל שֶׁכָּתַב שֶׁהַנְּבִיאִים מַשִּׂיגִים בְּהִתְלַבְּשׁוּת אוֹר הָעֶלְיוֹן לְמַטָּה וְכָל אֶחָד הָיָה מַשִּׂיג לְפִי עֶרְכּוֹ. וּבָזֶה יְתֹורַץ כִּי דָּנִיֵּאל רָאָה 'עַתִּיק יוֹמִין' (דָּנִיֵּאל ז, ט) מַה שֶׁלֹּא רָאָה מֹשֶׁה! וְאֵיךְ יִהְיֶה זֶה? אֶלָּא מַה שֶׁהִשִּׂיג דָּנִיֵּאל הוּא עַתִּיק דַּעֲשִׂיָּה לְפִי שֶׁבְּכָל עוֹלָמוֹת דאבי"ע [אֲצִילוּת, בְּרִיאָה, יְצִירָה, עֲשִׂיָּה] יֵשׁ בָּהֶם עֶשֶׂר סְפִירוֹת וְיֵשׁ בְּכָל עוֹלָם כָּל הַפַּרְצוּפִים עַיֵּין שָׁם.
« Ceux qui regardent dans l'aspaklaria lumineuse. » Le Maharcha a objecté : n'a-t-on pas dit au chapitre ha-Holèts (Yebamot 49b) que Moche notre maître, que la paix soit sur lui, fut le seul à voir dans l'aspaklaria lumineuse ? Voir là-bas. Il me semble, avec l'aide du Ciel, que ce qui est dit au chapitre ha-Holèts porte sur le degré de prophétie que l'on atteint en ce monde, tandis qu'ici il s'agit des âmes qui se nourrissent en haut. Et il est connu que l'aspaklaria lumineuse se rapporte à la lumière de Tiferet, et la non lumineuse à la lumière de Malkhout, comme il est mentionné au Chaar Roua'h ha-Kodech, page 2. Et là aussi il y a plusieurs degrés, car dans chacun des mondes ABY A il y a un aspect de Tiferet et de Malkhout ; c'est pourquoi les âmes qui se nourrissent de l'aspaklaria lumineuse ne sont pas toutes égales en cela. Et l'on sait déjà ce que nos Sages ont dit : Moche notre maître, que la paix soit sur lui, n'atteignit pas la cinquantième porte, comme il est écrit (Ps 8:6) « tu l'as fait de peu inférieur aux êtres divins », tandis que Rabbi Akiva atteignit la cinquantième porte (Yerouchalmi Sanhédrin 1:2) ; les kabbalistes, de mémoire bénie, ont expliqué qu'il ne s'agit pas du même degré : Moche notre maître dans l'aspect du monde supérieur, et Rabbi Akiva dans l'inférieur. Vois le Sefer ha-Likoutim, édition de Jérusalem, sur Chemouel, où il est écrit que les prophètes atteignent la lumière supérieure revêtue en bas, et que chacun atteignait selon son rang. Et par là se résout aussi que Daniel vit « l'Ancien des jours » (Daniel 7:9), ce que Moche ne vit pas ! Comment cela se peut-il ? C'est que ce que Daniel a atteint est l'Atik d'Assiya, puisque dans chacun des mondes ABY A il y a dix sefirot, et que chaque monde contient tous les partsoufim. Voir là-bas.
💡 Explication

La guemara oppose deux chiffres : les benei aliya de Rachbi, si rares, et les 18 000 de Rava. La résolution ne rejette aucun des deux : elle distingue deux populations par la qualité de leur vision.

Aspaklaria (du latin specularia) est, selon Rachi, la cloison qui sépare d'avec la Chekhina ; meira signifie qu'elle est lumineuse, comme un miroir où l'on voit réellement. Certains justes n'ont pas une vitre aussi claire et ne peuvent pas voir vraiment.

🖼️ Schéma
Première contradiction : peu nombreux, ou 18 000 ? Structure classique : affirmation, objection chiffrée, distinction (la kachya, hakha... hakha...). Affirmation de Rachbi J'ai vu les benei aliya, et ils sont peu. Mille, cent ou deux : moi et mon fils en sommes. Rachi : la classe de ceux qui reçoivent la Chekhina. Objection de Rava 18 000 se tiennent en rangée devant Lui. Verset : saviv chemona assar elef (Ez 48:35). Tossefot : le chiffre vient de la mesure de Jérusalem. Distinction : la kachya -- deux populations différentes Rachbi parle de ceux qui regardent dans l'aspaklaria MEIRA (vitre lumineuse). Rava parle de ceux qui ne regardent PAS dans l'aspaklaria lumineuse. Rachi : aspaklaria = la cloison qui sépare d'avec la Chekhina ; meira = comme un miroir où l'on voit vraiment.
Objection de Rava et résolution par l'aspaklaria lumineuse.
6
וּדְמִסְתַּכְּלִי בְּאַסְפַּקְלַרְיָא הַמְּאִירָה, מִי זוּטְרֵי כֻּולֵּי הַאי? וְהָא אָמַר אַבַּיֵּי: לָא פָּחֵית עָלְמָא מִתְּלָתִין וְשִׁיתָּא צַדִּיקֵי דִּמְקַבְּלִי אַפֵּי שְׁכִינָה בְּכָל יוֹם, שֶׁנֶּאֱמַר: ״אַשְׁרֵי כָּל חוֹכֵי לוֹ״, ״לוֹ״ בְּגִימַטְרִיָּא תְּלָתִין וְשִׁיתָּא הָווּ! לָא קַשְׁיָא: הָא דְּעָיְילִי בְּבַר, הָא דְּעָיְילִי בְּלָא בַּר.

Et ceux qui regardent dans l'aspaklaria lumineuse, sont-ils si peu nombreux ? Mais Abaye n'a-t-il pas dit : le monde n'a jamais moins de trente-six justes qui reçoivent chaque jour la face de la Chekhina, car il est dit « heureux tous ceux qui espèrent en Lui (lo) » (Is 30:18), et « lo » en guematria fait trente-six ! — Ce n'est pas une difficulté : ici il s'agit de ceux qui entrent be-bar (avec permission), là de ceux qui entrent bla bar (sans permission).

📜 Rachi (3)
אַשְׁרֵי כָּל חוֹכֵי לוֹ. הַמַּחְכִּים לֶכֶת שֶׁהוּא כְּמִנְיַן לוֹ:
Heureux tous ceux qui espèrent en lo — ceux qui espèrent la classe dont le nombre est celui de « lo ».
בְּבַר בִּרְשׁוּת:
Be-bar — avec permission.
דְּעָייְלִי בְּלֹא בַּר בְּלֹא רְשׁוּת מוּעָטִים הֵן וּבְהָנְהוּ קָאָמַר אֲנִי וּבְנֵי מֵהֶם:
Ceux qui entrent bla bar — sans permission : ceux-là sont peu nombreux, et c'est d'eux qu'il dit « moi et mon fils en sommes ».
🪔 Ben Yehoyada (1)
וְהָאָמַר אַבַּיֵּי: לֹא פָּחוֹת עָלְמָא מִתְּלָתִין וְשִׁיתָּא צַדִּיקֵי, דִּמְקַבְּלֵי פְּנֵי שְׁכִינָה כָּל יוֹמָא. לָא נִיחָא לֵיהּ לְפָרֵשׁ דִּבְרֵי אַבַּיֵּי 'בְּצַדִּיקֵי דְּמִסְתַּכְּלִי בְּאַסְפַּקְלַרְיָא שֶׁאֵינָהּ מְאִירָה' מִשּׁוּם דְּאֵלּוּ רַבִּים הֵם. וְעוֹד כֵּיוָן דִּקְרָא מְשֻׁבָּח לְהוּ בְּאוֹמְרוֹ (יְשַׁעְיָה ל, יח) 'אַשְׁרֵי כָּל חוֹכֵי לוֹ' וַדַּאי מְשַׁבֵּחַ אוֹתָם הַגְּדוֹלִים בְּיוֹתֵר וַעֲלֵיהֶם אָמַר אַשְׁרֵי, וּמַה שֶׁתֵּירֵץ 'הָא דְּעָיְלִי בְּבַר, הָא דְּעָיְלִי בְּלָא בַּר עַיֵּין פֵּירוּשׁ רָשִׁ"י זַ"ל. וְעוֹד נִרְאֶה לִי בס"ד הַכַּוָּנָה עַל פִּי מַה שֶׁאָמַר לְעֵיל מִדִּבְרֵי רַבֵּינוּ הָרָשָׁ"שׁ זַ"ל בְּכַוָּנַת 'אִם כְּבָנִים אִם כַּעֲבָדִים' שֶׁאוֹמְרִים בְּמוּסָף רֹאשׁ הַשָּׁנָה וְדוֹק. וְעוֹד נִרְאֶה לִי בס"ד הַכַּוָּנָה הוּא שֶׁיֵּשׁ זוֹכִים שֶׁיִּהְיוּ הָאָב וּבְנוֹ שְׁנֵיהֶם מִכְּלָל אֵלּוּ הַבָּאִים לִרְאוֹת פְּנֵי שְׁכִינָה 'בְּאַסְפַּקְלַרְיָא הַמְּאִירָה' וְזוֹ מַעֲלָה גְּדוֹלָה שֶׁיִּזְכּוּ הָאָב וְהַבֵּן בְּיַחַד וְאֵלּוּ הֵם מוּעָטִים כְּמוֹ שֶׁאָמַר רַשְׁבִּ"י 'אִם שְׁנַיִם הֵם, אֲנִי וּבְנֵי מֵהֶם' וְלָזֶה אָמַר 'הָא דְּעָיְלִי בְּבָר' פֵּירוּשׁ עָייְלִי הָאָבוֹת בַּבָּנִים שֶׁלָּהֶם 'בַּר' רוֹצֶה לוֹמַר בֵּן, דְּאֵלּוּ מוּעָטִים הֵם אַךְ אוֹתָם ל"ו צַדִּיקִים דְּנָקֵיט אַבַּיֵּי אֵינָם אָבוֹת עִם הַבָּנִים וְאִם יִמָּצֵא בָּהֶם אָב וּבְנוֹ הוּא מְעַט. אוֹ יוּבַן בס"ד עַל פִּי מַה שֶׁאָמַר הָרַב קְהִילַּת יַעֲקֹב זַ"ל אוֹתִיּוֹת 'בְּרָכָה' רוֹמְזִין עַל הַפַּרְצוּפִין נרנח"י [נֶפֶשׁ, רוּחַ, נְשָׁמָה, חַיָּה, יְחִידָה] וְהַייְנוּ אוֹתִיּוֹת 'בַּר' רוֹמְזִין עַל יְחִידָה וְחַיָּה וְאוֹתִיּוֹת 'כֹּה' עַל נר"ן [נֶפֶשׁ, רוּחַ, נְשָׁמָה] כִּי הֵ"א וָא"ו הֵ"א שֶׁבַּשֵּׁם עוֹלִים מִסְפַּר כ"ה וְהֵם כְּנֶגֶד נר"ן, וְלָזֶה אָמַר (שְׁמוּאֵל א׳ כה, ו) 'וַאֲמַרְתֶּם כֹּה לֶחִי' שֶׁתַּחְבְּרוּ כ"ה שֶׁהֵם נר"ן לְ'חֵי' רָאשֵׁי תֵּיבוֹת ח יָהּ י חִידָה עַד כָּאן דְּבָרָיו, יְעֻויַּן שָׁם. נִמְצָא לְפִי זֶה בַּר שֶׁל 'בְּרָכָה' רוֹמְזִים לַחַיָּה וִיחִידָה וכ"ה שֶׁל 'בְּרָכָה' הֵם נר"ן. וְזֶהוּ שֶׁאָמַר 'הָא דְּעָיְלִי בְּבַר' פֵּירוּשׁ שֶׁזָּכוּ לַחַיָּה וִיחִידָה שֶׁהֵם בַּר שֶׁל 'בְּרָכָה'. 'הָא דְּעָיְלִי בְּלֹא בָּר' שֶׁאֵין לָהֶם אֶלָּא נר"ן שֶׁהֵם כ"ה שֶׁל 'בְּרָכָה'. וּבָזֶה יוּבַן בס"ד (שְׁמוֹת ב, יב) 'וַיִּפֶן כֹּה וָכֹה וַיַּךְ אֶת הַמִּצְרִי' פֵּירוּשׁ שֶׁפָּנָה לְהַבִּיט בנר"ן שֶׁל קַיִן שֶׁהָיוּ צְרִיכִים תִּיקּוּן וְרָאָה שֶׁתִּיקּוּן הַנֶּפֶשׁ שֶׁהָיָה בְּמִצְרִי אִי אֶפְשָׁר לִהְיוֹת אֶלָּא עַל יְדֵי הֲרִיגָה וְלָכֵן הֲרָגוֹ, וְאָמַר כֹּה וָכֹה רוֹצֶה לוֹמַר בנר"ן שֶׁהָיוּ בָּעוֹלָם בִּזְמַן קַיִן וְגַם בנר"ן הָהֵם שֶׁנִּתְגַּלְגְּלוּ עַתָּה בְּגוּפִים חֲדָשִׁים כְּדֵי לְהִתָּקֵן.
« Mais Abaye n'a-t-il pas dit : le monde n'a jamais moins de trente-six justes qui reçoivent chaque jour la face de la Chekhina. » Il ne lui a pas convenu d'expliquer les paroles d'Abaye comme portant sur les justes qui regardent dans l'aspaklaria non lumineuse, parce que ceux-là sont nombreux. En outre, puisque le verset les loue en disant (Is 30:18) « heureux tous ceux qui espèrent en Lui », il loue assurément les plus grands d'entre eux, et c'est d'eux qu'il dit « heureux ». Quant à la réponse « ceux-ci entrent be-bar, ceux-là entrent bla bar », vois le commentaire de Rachi, de mémoire bénie. Il me semble encore, avec l'aide du Ciel, que l'intention se comprend d'après ce qui a été dit plus haut au nom de notre maître le Rachach, de mémoire bénie, dans l'intention de « que ce soit comme des fils, que ce soit comme des serviteurs » que l'on dit au Moussaf de Roch ha-Chana ; approfondis. Il me semble encore, avec l'aide du Ciel, que l'intention est qu'il en est qui méritent que le père et son fils soient tous deux du nombre de ceux qui viennent voir la face de la Chekhina dans l'aspaklaria lumineuse — et c'est un grand degré que père et fils y méritent ensemble ; ceux-là sont peu nombreux, comme l'a dit Rachbi « s'ils sont deux, moi et mon fils en sommes ». C'est pourquoi il dit « ceux-ci entrent be-bar », c'est-à-dire que les pères entrent avec leurs fils — bar signifiant fils — et ceux-là sont peu nombreux ; tandis que les trente-six justes qu'Abaye mentionne ne sont pas des pères avec leurs fils, et s'il s'y trouve un père avec son fils, c'est rare. Ou bien on comprendra, avec l'aide du Ciel, d'après ce qu'a dit le maître du Kehilat Yaakov, de mémoire bénie : les lettres de berakha (ברכה) renvoient aux partsoufim nefech, roua'h, nechama, haya, ye'hida — les lettres bet-rech renvoyant à ye'hida et haya, et les lettres kaf-hé à nefech, roua'h, nechama, car hé-vav-hé du Nom fait vingt-cinq, en face de nefech, roua'h, nechama. C'est pourquoi il est dit (I Sam 25:6) « et vous direz : ainsi (ko) pour la vie », c'est-à-dire : joignez le kaf-hé, qui sont nefech, roua'h, nechama, à « haï », initiales de haya et ye'hida. Fin de ses paroles, voir là-bas. Il ressort de là que le bet-rech de berakha renvoie à haya et ye'hida, et le kaf-hé de berakha à nefech, roua'h, nechama. Et c'est ce qu'il dit : « ceux-ci entrent be-bar », c'est-à-dire qu'ils ont mérité haya et ye'hida, qui sont le bar de berakha ; « ceux-là entrent bla bar », qui n'ont que nefech, roua'h, nechama, qui sont le ko de berakha. On comprendra par là, avec l'aide du Ciel, (Ex 2:12) « et il se tourna ainsi et ainsi (ko va-ko) et il frappa l'Égyptien » : il s'est tourné pour regarder les nefech, roua'h, nechama de Kaïn, qui avaient besoin d'une réparation, et il vit que la réparation du nefech qui était dans l'Égyptien ne pouvait se faire que par la mise à mort, c'est pourquoi il le tua ; et il dit « ko va-ko », c'est-à-dire dans les nefech, roua'h, nechama qui étaient au monde du temps de Kaïn, et aussi dans ces mêmes nefech, roua'h, nechama réincarnés maintenant dans des corps nouveaux afin d'être réparés.
💡 Explication

La résolution précédente ouvre aussitôt une nouvelle difficulté : même dans la catégorie supérieure, on compte 36, pas deux. La guemara introduit alors une seconde distinction, non plus sur la qualité de la vision mais sur le mode d'accès.

Bar en araméen signifie ici rechout, permission (Rachi). Les 36 d'Abaye demandent et obtiennent l'entrée ; les deux de Rachbi entrent sans avoir à demander. C'est cette élite-là qui est infime.

🖼️ Schéma
Seconde contradiction : et parmi ceux de la vitre lumineuse, deux ou 36 ? Même structure : la première réponse ouvre une nouvelle objection, résolue par une seconde distinction. Objection d'Abaye Le monde n'a jamais moins de 36 tsadikim qui reçoivent la face de la Chekhina chaque jour. Verset : achrei kol hokhéi LO -- lamed vav = 36. Position de Rachbi S'ils sont deux, moi et mon fils sont ces deux. Soit un effectif bien inférieur à 36. Tension : 36 contre 2, dans la même catégorie. Distinction : be-bar / bla bar Les 36 d'Abaye entrent BE-BAR : avec autorisation, ils demandent et on leur ouvre. Les deux de Rachbi entrent BLA BAR : sans autorisation, les portes leur sont toujours ouvertes. Rachi : bar = rechout, permission ; ceux qui entrent sans permission sont peu nombreux, et c'est d'eux que Rachbi parle.
Objection d'Abaye et résolution par be-bar / bla bar.
7
בִּשְׁעַת פְּטִירָתָן מָה הֵן אוֹמְרִים וְכוּ׳. וְהָא קָא מִשְׁתַּתַּף שֵׁם שָׁמַיִם וְדָבָר אַחֵר, וְתַנְיָא: כָּל הַמְשַׁתֵּף שֵׁם שָׁמַיִם וְדָבָר אַחֵר נֶעֱקָר מִן הָעוֹלָם, שֶׁנֶּאֱמַר: ״בִּלְתִּי לָה׳ לְבַדּוֹ״! הָכִי קָאָמַר: לֵיהּ אֲנַחְנוּ מוֹדִים, וּלְךָ אָנוּ מְשַׁבְּחִין. לֵיהּ אֲנַחְנוּ מוֹדִים, וּלְךָ אָנוּ מְקַלְּסִין.

« Au moment de leur départ, que disaient-ils ? etc. » — Mais n'associent-ils pas ainsi le Nom du Ciel et autre chose ? Et l'on a enseigné : quiconque associe le Nom du Ciel et autre chose est déraciné du monde, car il est dit « sinon à l'Éternel seul » (Ex 22:19) ! — Voici ce qu'ils disent : à Lui nous rendons grâce, et à toi nous adressons la louange ; à Lui nous rendons grâce, et à toi nous adressons l'acclamation.

📜 Rachi (5)
בִּשְׁעַת פְּטִירָתָן אַמַּתְנִיתִין קָאֵי:
Au moment de leur départ — cela se rapporte à la Michna.
יֹופִי לָךְ הַיֹּופִי הַזֶּה אָנוּ עוֹשִׂין לְךָ שֶׁאַתָּה מְכַפֵּר עָלֵינוּ:
Beauté à toi — cette beauté, nous te la faisons parce que tu expies pour nous.
לֵיהּ אָנוּ מוֹדִים שֶׁהוּא אֱ-לֹהֵינוּ:
À Lui nous rendons grâce — car Il est notre Dieu.
וּלְךָ אָנוּ מְשַׁבְּחִים שֶׁאַתָּה חָבִיב לְפָנָיו לְכַפֵּר עָלֵינוּ מוֹדִים לָאו לְשׁוֹן הוֹד אֶלָּא לְשׁוֹן תּוֹדָה שֶׁאָנוּ מוֹדִים בּוֹ וְלֹא כּוֹפְרִים:
Et à toi nous adressons la louange — car tu es cher devant Lui pour expier pour nous. Modim n'a pas le sens de hod (splendeur) mais de toda : nous le reconnaissons et ne le renions pas.
לֵיהּ וּלְךָ אָנוּ עוֹשִׂין אֶת הַכָּבוֹד הַזֶּה:
À Lui et à toi — nous rendons cet honneur.
🪔 Ben Yehoyada (2)
הָכִי קָאָמְרִי: לֵיהּ אֲנַחְנוּ מוֹדִים וְלָךְ אֲנַחְנוּ מְקַלְּסִים. פֵּירוּשׁ הָיוּ אוֹמְרִים כֵּן בְּפֵירוּשׁ וְהַתַּנָּא קִיצֵּר בִּלְשׁוֹנוֹ. וְנִרְאֶה לִי בס"ד מַה שֶׁאָמַר מְקַלְּסִין וּמְשַׁבְּחִין דְּאָמְרוּ רז"ל (כְּתֻובּוֹת י:) מִזְבֵּחַ מֵזִיחַ גְּזֵרוֹת וּמַזִּין וְלָכֵן כְּנֶגֶד מֵזִיחַ גְּזֵרוֹת אָמְרוּ מְקַלְּסִין בִּלְשׁוֹן תַּרְגּוּם כִּי סַלֵּק וָקֶלֶס שָׁוִין בְּאוֹתִיּוֹת וּכְנֶגֶד מַזִּין אָמְרוּ מְשַׁבְּחִין.
« Voici ce qu'ils disent : à Lui nous rendons grâce, et à toi nous adressons l'acclamation. » C'est-à-dire qu'ils le disaient explicitement ainsi, et que le tana a abrégé son expression. Il me semble, avec l'aide du Ciel, que s'ils ont dit mékalsin et méchabhin, c'est parce que nos Sages ont dit (Ketoubot 10b) que l'autel (mizbeah) écarte les décrets (méziah gezerot) et nourrit (mézin) : c'est pourquoi, en face de « écarte les décrets », ils ont dit mékalsin, en araméen, car salèk et kalès ont les mêmes lettres ; et en face de « nourrit », ils ont dit méchabhin.
בִּשְׁעַת פְּטִירָתָן מָה הֵם אוֹמְרִים? יֹפִי לְךָ מִזְבֵּחַ, יֹפִי לְךָ מִזְבֵּחַ. נִרְאֶה לִי בס"ד הַכֶּפֶל קָאֵי עַל מִזְבֵּחַ שֶׁל מַטָּה וְעַל מִזְבֵּחַ שֶׁל מַעְלָה אֲשֶׁר הוּא מְכֻווָּן כְּנֶגְדּוֹ וּכְמוֹ שֶׁכָּתַב רַבֵּינוּ מָהָרָ"ם אַלְשֵׁיךְ זַ"ל עַל פָּסוּק (בְּרֵאשִׁית כב, ט) 'וַיָּשֶׂם אֹתוֹ עַל הַמִּזְבֵּחַ מִמַּעַל לָעֵצִים'. אוֹ יוּבַן יֹפִי לְךָ מִצַּד נִסּוּךְ הַמַּיִם וִיפִי לְךָ מִצַּד נִסּוּךְ הַיַּיִן. אוֹ יוּבַן עַל יְדֵי קָרְבְּנוֹת הַמִּזְבֵּחַ שֶׁיֵּשׁ שָׁם אַרְבָּעָה בְּחִינוֹת דצח"ם [דּוֹמֵם, צוֹמֵחַ, חַי, מְדַבֵּר] נַעֲשָׂה תִּיקּוּן בְּאַרְבַּע אוֹתִיּוֹת הוי"ה שֶׁכָּל אַחַת כָּלוּל מֵאַרְבַּע שֶׁהֵם י"ו וְכֵן נַעֲשָׂה תִּיקּוּן בְּאַרְבַּע עוֹלָמוֹת אבי"ע [אֲצִילוּת, בְּרִיאָה, יְצִירָה, עֲשִׂיָּה] שֶׁכָּל אֶחָד כָּלוּל מֵאַרְבַּע שֶׁהֵם י"ו. וְלָזֶה אָמַר יֹפִי לְךָ וִיפִי לְךָ כִּי יֹופִי הוּא י"ו פִּי רוֹצֶה לוֹמַר י"ו חֲלָקִים כְּמוֹ (מְלָכִים ב' ב, ט) 'פִּי שְׁנַיִם בְּרוּחֲךָ אֵלַי'. אוֹ יוּבַן שֵׁם הֲוָיָ"ה בְּמִסְפָּר הֶקְדֵּמַיי עוֹלֶה מִסְפַּר קַו וְזֶה נִקְרָא קַו הַמִּדָּה שֶׁל הוי"ה וְהַשֵּׁם הַזֶּה בְּמִיתּוּקוֹ יִמָּשֵׁךְ מִמֶּנּוּ שֶׁפַע בְּרָכָה וְזֶהוּ שֶׁנֶּאֱמַר (דְּבָרִים כח, ח) 'יְצַו ה' אִתְּךָ אֶת הַבְּרָכָה', 'יְצַו' [106] הוּא מִסְפַּר הַשֵּׁם שֶׁעוֹלֶה קו. וְאָמַרְתִּי לָכֵן מִנְהָגֵינוּ לִכְתֹּוב יצ"ו בְּמָקוֹם נר"ו ['נַטְרֵיהּ רַחֲמָנָא וּפִרְקֵיהּ', כְּלוֹמַר יִשְׁמְרֵהוּ ה' וְיַצִּילֵהוּ] אוֹ ס"ט דִּלְפִי פְּשׁוּטוֹ הוּא רָאשֵׁי תֵּיבוֹת 'יִשְׁמְרֵהוּ צוּרוֹ וְיִחְיֵהוּ. אַךְ יֵשׁ לְהָבִין לָמָּה עוֹשִׂים הָרָאשִׁי תֵּיבוֹת בְּאֹופֶן זֶה, וַהֲוָה לֵיהּ לְמֵימַר יא"ו שֶׁהוּא רָאשֵׁי תֵּיבוֹת 'יִשְׁמְרֵהוּ אֱלֹקִים וִיחַיֵּהוּ'? אָמְנָם לְפִי הָאָמוּר בָּחֲרוּ בְּרָאשֵׁי תֵּיבוֹת הַנִּזְכָּר שֶׁהוּא יצ"ו לְסִימָן טוֹב עַל שֵׁם 'יְצַו ה' אִתְּךָ אֶת הַבְּרָכָה'. וְלָזֶה אָמַר 'יֹופִי לְךָ מִזְבֵּחַ' כִּי 'יֹופִי' הוּא מִסְפַּר ק"ו שֶׁהוּא מִסְפַּר שֵׁם הֲוָיָ"ה הַנִּזְכָּר אֲשֶׁר יִתְמַתֵּק בַּעֲבוֹדַת הַמִּזְבֵּחַ וְיַשְׁפִּיעַ טוֹב. וּבְנִי יְדִידִי כה"ר יַעֲקֹב נר"ו פֵּירֵשׁ הַכֶּפֶל עַל מִזְבַּח הַקְּטֹורֶת וְעַל מִזְבַּח הָעוֹלָה שֶׁזֶּה תָּלוּי בָּזֶה עַד כָּאן דְּבָרָיו.
« Au moment de leur départ, que disaient-ils ? Beauté à toi, autel ; beauté à toi, autel. » Il me semble, avec l'aide du Ciel, que la répétition se rapporte à l'autel d'en bas et à l'autel d'en haut, qui lui est exactement aligné, comme l'a écrit notre maître le Maharam Alchikh, de mémoire bénie, sur le verset (Gn 22:9) « et il le plaça sur l'autel, au-dessus du bois ». Ou bien on comprendra : beauté à toi du côté de la libation d'eau, et beauté à toi du côté de la libation de vin. Ou bien on comprendra par les sacrifices de l'autel, où se trouvent les quatre catégories — minéral, végétal, animal, parlant — de sorte qu'une réparation s'opère dans les quatre lettres du Nom Havaya, chacune composée de quatre, ce qui fait seize ; et de même une réparation s'opère dans les quatre mondes ABY A, chacun composé de quatre, ce qui fait seize. C'est pourquoi il dit « beauté à toi » et « beauté à toi », car yofi se lit youd-vav (seize) et pi, c'est-à-dire seize parts, comme dans (II Rois 2:9) « qu'une double part (pi chenayim) de ton esprit soit sur moi ». Ou bien on comprendra que le Nom Havaya, selon le compte kadmi, s'élève au nombre de kav (106), et cela s'appelle le kav ha-mida du Nom Havaya ; et lorsque ce Nom est adouci, il en découle un flux de bénédiction — c'est ce qui est dit (Dt 28:8) « l'Éternel ordonnera (yetsav) sur toi la bénédiction », yetsav (106) étant le nombre du Nom qui vaut kav. Et j'ai dit que c'est pour cela que notre coutume est d'écrire les initiales yod-tsadi-vav au lieu de noun-resh-vav ou de samekh-têt ; selon le sens simple, ce sont les initiales de « que son Rocher le garde et le fasse vivre ». Mais il faut comprendre pourquoi on forme les initiales de cette manière, alors qu'il aurait fallu dire youd-alef-vav, initiales de « que Dieu le garde et le fasse vivre ». En vérité, d'après ce qui a été dit, on a choisi les initiales mentionnées, yod-tsadi-vav, comme un signe favorable, d'après « l'Éternel ordonnera (yetsav) sur toi la bénédiction ». Et c'est pourquoi il dit « beauté à toi, autel », car yofi vaut 106, qui est le nombre du Nom Havaya mentionné, lequel s'adoucit par le service de l'autel et fait affluer le bien. Et mon fils bien-aimé, l'honorable Rabbi Yaakov (que Dieu le garde), a expliqué la répétition comme visant l'autel de l'encens et l'autel des holocaustes, l'un dépendant de l'autre. Fin de ses paroles.
💡 Explication

La Michna rapportait la formule prononcée par le peuple en quittant le Temple : yofi lekha mizbeah, « beauté à toi, autel ». La guemara y voit un risque de chitouf — associer le Nom divin à autre chose, faute pour laquelle on est déraciné du monde.

La réponse est syntaxique : la formule ne fait pas une seule phrase à deux destinataires, mais deux phrases distinctes. À Dieu s'adresse la hodaa (reconnaissance), à l'autel la chevah ou le kilous (louange), parce qu'il expie pour nous. Rachi note que modim ne vient pas de hod (splendeur) mais de toda : nous reconnaissons et ne renions pas.

🖼️ Schéma
Le problème du chitouf et sa résolution par le découpage Comment louer l'autel sans associer le Nom du Ciel à autre chose ? La difficulté Braita : quiconque associe le Nom du Ciel et autre chose est déraciné du monde -- biltî la-Chem levado (Ex 22:19). Or la Michna fait dire au peuple, en partant : à Y-a et à toi, autel... Les deux semblent mis sur le même plan. Lecture fautive (une seule phrase) à Y-a et à toi = un seul destinataire composé, une seule louange partagée. Ce serait un chitouf interdit. Lecture de la guemara (deux phrases) À Lui nous rendons grâce (modim) -- Il est notre Dieu. Et à toi, autel, nous adressons la louange (méchabhin / mékalsin) -- tu expies pour nous. Rachi précise : modim n'a pas ici le sens de hod (splendeur) mais de toda -- nous reconnaissons et ne renions pas.
Le découpage de la phrase dissout le soupçon de chitouf.
8
כְּמַעֲשֵׂהוּ בְּחוֹל. אָמַר רַב הוּנָא: מַאי טַעְמָא דְּרַבִּי יוֹחָנָן בֶּן בְּרוֹקָה, דִּכְתִיב: ״כָּפוּת״, שְׁנַיִם: אַחַת לַלּוּלָב וְאַחַת לְמִזְבֵּחַ. וְרַבָּנָן אָמְרִי: ״כְּפַת״ כְּתִיב.

« Comme on fait en semaine [ainsi fait-on le Chabbat]. » Rav Houna a dit : quelle est la raison de Rabbi Yo'hanan ben Beroka ? Car il est écrit « kapôt » (branches de palmier) — deux : une pour le loulav et une pour l'autel.

Et les Sages disent : c'est « kapat » qui est écrit [au singulier].

🗂️ Tossefot (1)
אַחַת לַלּוּלָב וְאַחַת לְמִזְבֵּחַ. לֹא יִתָּכֵן כְּלָל לְפָרֵשׁ דְּרַבִּי יוֹחָנָן בֶּן בְּרוֹקָה לָא פְּלִיג אֶלָּא בַּשְּׁבִיעִי אֶלָּא אַכּוּלְּהוּ נָמֵי פְּלִיג דְּסָבַר חֲרִיּוֹת שֶׁל דֶּקֶל הָיוּ מְבִיאִין כָּל שִׁבְעָה וְלֹא עֲרָבָה כִּי הֵיכִי דְּאַבָּא שָׁאוּל דְּדָרֵישׁ עַרְבֵי אֶחָד לַמִּקְדָּשׁ דְּהַייְנוּ כָּל ז' וְכֵן רַבָּנָן דְּנָפְקָא לְהוּ מֵהֲלָכָה דְּהַייְנוּ כָּל ז' וְר' יוֹחָנָן בֶּן בְּרוֹקָה דָּרֵישׁ לְהוּ עַרְבֵי כִּשְׁאָר תַּנָּאֵי דְּלוּלָב הַגָּזוּל וַהֲלָכָה לֵית לֵיהּ וְהָא דְּקָתָנֵי מַתְנִיתָא וְאוֹתוֹ הַיּוֹם לָאו דַּוְקָא יוֹם אֶחָד וּמִיהוּ לֵר' לֵוִי דִּמְפָרֵשׁ טַעְמָא דְּר' יוֹחָנָן בֶּן בְּרוּקָה כְּתָמָר וְלֹא מִקְּרָא דָּרֵישׁ אֶלָּא סְבָרָא שֶׁהוּא סִימָן יָפֶה לְקִילּוּסָן שֶׁל יִשְׂרָאֵל שֶׁאֵין לָהֶם אֶלָּא לֵב אֶחָד לַאֲבִיהֶם שֶׁבַּשָּׁמַיִם (אִי) אֶפְשָׁר דְּלָא הָוֵי אֶלָּא יוֹם אֶחָד בֵּין יִהְיֶה יוֹם אֶחָד בֵּין יִהְיֶה כָּל שִׁבְעָה לֹא הָיְתָה עֲרָבָה בְּטֵלָה וְתַרְוַיְיהוּ הָיוּ מֻרְבִּיּוֹת שֶׁל עֲרָבָה וַחֲרִיּוֹת שֶׁל דֶּקֶל:
« Une pour le loulav et une pour l'autel. » Il n'est pas du tout possible d'expliquer que Rabbi Yo'hanan ben Beroka ne diverge que sur le septième jour ; il diverge aussi sur tous les jours, car il estime que l'on apportait des palmes de dattier pendant les sept jours, et non de la arava — de même qu'Abba Chaoul, qui déduit de « aravei » [au pluriel] qu'il y en a une pour le Mikdach, c'est-à-dire pendant les sept jours ; et de même les Sages, qui le tiennent d'une halakha [transmise à Moche au Sinaï], c'est-à-dire pour les sept jours. Rabbi Yo'hanan ben Beroka, lui, interprète « aravei » comme les autres tannaïm du chapitre Loulav ha-Gazoul, et n'a pas la tradition de la halakha. Quant à ce qu'enseigne la braita « et ce jour-là », ce n'est pas à prendre au sens strict d'un seul jour. Toutefois, selon Rabbi Levi, qui explique la raison de Rabbi Yo'hanan ben Beroka par le palmier et non par un verset, mais par une sevara — que c'est un beau signe de la louange d'Israël, qui n'a qu'un seul cœur envers son Père du Ciel — il est possible que ce n'ait été qu'un seul jour. Mais que ce soit un jour ou les sept jours, la arava n'était pas pour autant abolie : il y avait les deux, des rameaux de arava et des palmes de dattier.
💡 Explication

La Michna rapportait un usage : selon Rabbi Yo'hanan ben Beroka, on apportait au Temple des palmes (harayot) le septième jour. Rav Houna en cherche la source scripturaire dans kapôt temarim (Lv 23:40).

Le débat porte sur le ktiv (l'orthographe consonantique) contre le keri (la lecture) : lu kapôt, le mot est un pluriel — donc deux branches, une pour le loulav et une pour l'autel ; écrit sans vav, kapat, il se lit comme un singulier — une seule branche.

🖼️ Schéma
Kapôt temarim : le ktiv contre le keri Toute la mahloket tient à la présence ou l'absence d'un vav dans Lev 23:40. Le mot du verset כפת / כפות -- branches de palmier R. Yo'hanan ben Beroka (Rav Houna) Lecture pleine : kapOt, un pluriel. Donc DEUX branches sont requises : une pour le loulav, une pour l'autel. D'où l'usage d'apporter des palmes au Temple. Les Sages Le ktiv est kapAt, sans vav. On lit donc un singulier : UNE seule branche suffit. Pas de seconde palme pour l'autel.
Deux branches ou une : tout tient à un vav.
9
רַבִּי לֵוִי אוֹמֵר, כְּתָמָר: מַה תָּמָר זֶה אֵין לוֹ אֶלָּא לֵב אֶחָד, אַף יִשְׂרָאֵל אֵין לָהֶם אֶלָּא לֵב אֶחָד לַאֲבִיהֶם שֶׁבַּשָּׁמַיִם.

Rabbi Levi dit : comme le palmier. De même que ce palmier n'a qu'un seul cœur, ainsi Israël n'a qu'un seul cœur envers son Père du Ciel.

📜 Rachi (2)
ר' לֵוִי אוֹמֵר כַּתָּמָר טַעְמָא דְּרַבִּי יוֹחָנָן בֶּן בְּרוֹקָה לָאו מִקְּרָא נָפֵיק אֶלָּא סְבָרָא שֶׁהוּא סִימָן יָפֶה לְקִילּוּסָן שֶׁל יִשְׂרָאֵל:
Rabbi Levi dit : comme le palmier — la raison de Rabbi Yo'hanan ben Beroka ne sort pas d'un verset, mais d'une sevara : c'est un beau signe de la louange d'Israël.
אֵין לוֹ אֶלָּא לֵב אֶחָד כְּעֵין מוֹחַ יֵשׁ בּוֹ כְּגוֹן בְּעֵץ הָאֱגוֹז וְהַגֶּפֶן וְאֵין לוֹ אֶלָּא בְּעֵץ הָאֶמְצָעִי הַזָּקוּף וְעוֹלָה וְגָדֵל לְמַעְלָה וְלֹא בְּחֵרֻיּוֹתָיו וּמִכְּבֻדּוֹתָיו:
Il n'a qu'un seul cœur — il y a en lui comme une moelle, semblable à celle du noyer ou de la vigne ; mais il n'en a que dans le tronc central, dressé, qui monte et croît vers le haut, et non dans ses palmes ni dans ses rameaux.
💡 Explication

Rabbi Levi propose une explication non scripturaire : la raison de Rabbi Yo'hanan ben Beroka n'est pas une derasha mais une sevara, un raisonnement — l'usage exprime une louange d'Israël.

Le lev (cœur) du palmier est sa moelle centrale. Rachi précise : contrairement au noyer ou à la vigne, le palmier n'a de moelle que dans le tronc central dressé, non dans ses palmes ni ses rameaux. D'où l'image : Israël n'a qu un seul cœur, tourné vers son Père du Ciel.

10
אָמַר רַב יְהוּדָה אָמַר שְׁמוּאֵל: לוּלָב שִׁבְעָה, וְסֻוכָּה יוֹם אֶחָד. מַאי טַעְמָא? לוּלָב דְּמַפְסְקִי לֵילוֹת מִיָּמִים, כָּל יוֹמָא מִצְוָה בְּאַפֵּיהּ נַפְשֵׁיהּ הוּא. סֻוכָּה דְּלָא מַפְסְקִי לֵילוֹת מִיָּמִים, כֻּולְּהוּ שִׁבְעָה כְּחַד יוֹמָא אֲרִיכָא דָּמוּ.

Rav Yehouda a dit au nom de Chmouel : le loulav, sept [jours de berakha], et la soucca, un jour. Quelle en est la raison ?

Le loulav, dont les nuits séparent les jours [puisque la mitsva ne vaut pas la nuit], chaque jour est une mitsva à part entière. La soucca, dont les nuits ne séparent pas les jours, les sept jours sont tous comme un seul long jour.

💡 Explication

La question n'est pas celle de l'obligation elle-même mais du nombre de berakhot. Le critère de Chmouel est temporel : une mitsva interrompue par la nuit se recommence chaque matin ; une mitsva continue ne se recommence pas.

Le loulav ne se prend que de jour : les nuits le coupent (mafséki lelôt mi-yamim), donc sept mitsvot distinctes, sept berakhot. La soucca oblige aussi la nuit : les sept jours forment un seul jour prolongé, donc une seule berakha.

🖼️ Schéma
Pourquoi Chmouel bénit le loulav sept fois et la soucca une seule Tout dépend de savoir si la nuit interrompt la mitsva ou non. LOULAV -- les nuits coupent jour 1 jour 2 jour 3 ... jusqu'au jour 7 Chaque jour est une mitsva indépendante -- on rebénit chaque matin : sept berakhot. SOUCCA -- les nuits ne coupent pas un seul long jour, du 1er au 7e la mitsva vaut aussi la nuit Les sept jours comptent comme un jour unique et prolongé -- une seule berakha selon Chmouel. Le critère de Chmouel est temporel (continuité), celui de R. Yo'hanan sera normatif (de-oraita contre de-rabanan) : voir le segment suivant.
Le critère de Chmouel : la nuit coupe-t-elle la mitsva ?
11
וְרַבָּה בַּר בַּר חָנָה אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: סֻוכָּה שִׁבְעָה, וְלוּלָב יוֹם אֶחָד. מַאי טַעְמָא? סֻוכָּה דְּאוֹרָייְתָא — שִׁבְעָה, לוּלָב דְּרַבָּנָן — סַגִּי לֵיהּ בְּחַד יוֹמָא.

Et Rabba bar bar Hana a dit au nom de Rabbi Yo'hanan : la soucca, sept [jours de berakha], et le loulav, un jour. Quelle en est la raison ?

La soucca est de-oraita [pendant] sept [jours] ; le loulav, qui est de-rabanan, se contente d'un seul jour.

📜 Rachi (2)
סֻוכָּה שִׁבְעָה לִבְרָכָה:
La soucca, sept — pour la berakha.
וְלוּלָב יוֹם אֶחָד ואע"פ שֶׁנִּיטַּל כָּל שִׁבְעָה זֵכֶר לַמִּקְדָּשׁ אֵין מְבָרְכִין בּוֹ אֶלָּא יוֹם רִאשׁוֹן שֶׁהוּא מִן הַתּוֹרָה:
Et le loulav, un jour — bien qu'on le prenne les sept jours en souvenir du Temple, on ne récite la berakha que le premier jour, qui est de la Torah.
💡 Explication

Position exactement inverse de la précédente, avec un critère différent : non plus la continuité temporelle mais la force de l'obligation.

La soucca oblige de la Torah les sept jours, d'où sept berakhot. Le loulav n'est de-oraita hors du Mikdach que le premier jour ; les autres jours ne sont qu'une institution rabbinique en zekher le-mikdach (souvenir du Temple) — donc une seule berakha, le premier jour.

12
כִּי אֲתָא רָבִין אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: אֶחָד זֶה וְאֶחָד זֶה שִׁבְעָה. אָמַר רַב יוֹסֵף: נְקוֹט דְּרַבָּה בַּר בַּר חָנָה בִּידָךְ, דְּכֻולְּהוּ אָמוֹרָאֵי קָיְימִי כְּוָותֵיהּ בְּסֻוכָּה.

Lorsque Ravin arriva [de la Terre d'Israël], il dit au nom de Rabbi Yo'hanan : l'un comme l'autre, sept [jours]. Rav Yossef a dit : tiens en main l'avis de Rabba bar bar Hana, car tous les amoraim se rangent à son avis en matière de soucca.

📜 Rachi (2)
נְקוֹט דְּרַבָּה בַּר בַּר חָנָה בִּידָךְ דְּאָמַר סֻוכָּה שִׁבְעָה וְלֹא דְּרַב יְהוּדָה אָמַר שְׁמוּאֵל דְּאָמַר סֻוכָּה יוֹם אֶחָד:
Tiens en main l'avis de Rabba bar bar Hana — qui dit soucca sept, et non celui de Rav Yehouda au nom de Chmouel, qui dit soucca un jour.
דְּכוּלְּהוּ אָמוֹרָאֵי מִשְּׁמֵיהּ דְּר' יוֹחָנָן קָיְימִי כְּוָותֵיהּ בְּסֻוכָּה וּשְׁמוּאֵל וְר' יוֹחָנָן הֲלָכָה כַּר' יוֹחָנָן כֵּן מָצָאתִי בִּיסוֹדוֹ שֶׁל רַבֵּינוּ יַעֲקֹב:
Car tous les amoraim — au nom de Rabbi Yo'hanan se rangent à son avis en matière de soucca ; et entre Chmouel et Rabbi Yo'hanan, la halakha suit Rabbi Yo'hanan. Ainsi l'ai-je trouvé dans l'ouvrage de notre maître Yaakov.
🗂️ Tossefot (1)
אֶחָד זֶה וְאֶחָד זֶה שִׁבְעָה. אֵין סֻוכָּה וְלוּלָב שָׁוִין לִבְרָכָה דְּאַלּוּלָב אֵין מְבָרֵךְ אֶלָּא פַּעַם אַחַת בַּיּוֹם אֲבָל סֻוכָּה כָּל אֵימַת דְּנִכְנַס לָהּ כְּדֵי שֶׁיֹּאכַל וְיִשְׁתֶּה וְיִשַׁן וַאֲפִילּוּ עֶשֶׂר פְּעָמִים בַּיּוֹם מְבָרֵךְ אָכַל אַחַת וְאַחַת מִידֵּי דַּהֲוָה אַתְּפִילִּין כָּל זְמַן שֶׁמַּנִּיחָן וְהַיְינוּ טַעְמָא דְּסֻוכָּה דְּאִי מִתְרַמֵּי לֵיהּ סְעוּדְתָא לָא אֶפְשָׁר לְמֵיכַל חוּץ לַסֻּוכָּה אע"פ שֶׁכְּבָר אָכַל בּוֹ בַּיּוֹם בַּסֻּוכָּה וְכֵן תְּפִילִּין כָּל הַיּוֹם מִצְוָתָן שֶׁיְּהוּ מֻונָּחִין בְּרֹאשׁוֹ וּבִזְרוֹעוֹ אֲבָל לוּלָב אֵין עִיקַּר מִצְוָתוֹ אֶלָּא פ"א בַּיּוֹם כִּדְאָמְ' (לְעֵיל סֻוכָּה ד' מב.) מִדְּאַגְבְּהֵיהּ נָפֵיק בֵּיהּ:
« L'un comme l'autre, sept. » La soucca et le loulav ne sont pas égaux quant à la berakha : sur le loulav on ne bénit qu'une fois par jour, tandis que sur la soucca, chaque fois que l'on y entre pour manger, boire ou dormir — même dix fois par jour — on bénit à chaque fois, comme il en va des tefilin, tant qu'on les met. Et la raison pour la soucca est que, si l'occasion d'un repas se présente, il n'est pas possible de manger hors de la soucca, même si l'on y a déjà mangé ce jour-là ; de même pour les tefilin, leur mitsva est qu'ils soient posés sur la tête et le bras toute la journée. Mais le loulav n'a l'essentiel de sa mitsva qu'une seule fois par jour, comme on l'a dit plus haut (Souccah 42a) : des qu'il l'a soulevé, il s'en est acquitté.
💡 Explication

Ravin rapporte de la Terre d'Israël une troisième version au nom du même Rabbi Yo'hanan : sept berakhot pour les deux. Il y a donc conflit de transmission entre Ravin et Rabba bar bar Hana.

Rav Yossef tranche par un argument de fiabilité : la masse des amoraim transmettant Rabbi Yo'hanan suit Rabba bar bar Hana en matière de soucca. Rachi précise la portée exacte : c'est surtout contre Chmouel qui ne donnait qu'un jour à la soucca — et entre Chmouel et Rabbi Yo'hanan, la halakha suit Rabbi Yo'hanan.

13
מֵיתִיבִי:

On objecte [d'après une braita] :

💡 Explication

Le folio se referme sur l'amorce d'une objection (miteivi) contre l'une des positions qui viennent d'être exposées. La braita citée et sa discussion se lisent en 46a.

✉ Signaler une erreur de traduction

Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).