Sougya : Le folio s'ouvre sur une relecture aggadique du verset issrou hag ba-avotim : celui qui prolonge la fête par le manger et le boire est crédité comme s'il avait bâti un autel et y avait offert un sacrifice. Suit une chaîne de paroles de Rabbi Chimon bar Yohaï transmises par Hizkiya et Rabbi Yirmeya : la règle que toute mitsva ne libère que si son objet est tenu derekh guedilatan (dans le sens de sa croissance), tirée de atsei chittim omdim ; puis l'affirmation qu'il peut exempter le monde entier du jugement ; puis la déclaration sur les benei aliya, si peu nombreux — ce qui oblige la guemara à concilier trois chiffres (18 000, 36, deux) au moyen de deux distinctions : la vision par l'aspaklaria meira, et l'entrée be-bar ou bla bar.
La guemara revient ensuite à la Michna : la louange adressée à l'autel au moment du départ, soupçonnée de chitouf, est sauvée par un découpage de la phrase ; la mahloket sur kapot temarim (deux branches ou une) ; enfin la question halakhique du nombre de jours où l'on récite la berakha sur le loulav et sur la soucca, avec trois avis amoraiques et la décision de Rav Yossef.
« Liez la fête avec des rameaux touffus (issrou hag ba-avotim), jusqu'aux cornes de l'autel » (Ps 118:27). Rabbi Yirmeya a dit au nom de Rabbi Chimon ben Yohaï, et Rabbi Yo'hanan a dit au nom de Rabbi Chimon de Mehoza au nom de Rabbi Yo'hanan de Makkot : quiconque fait un issour (une adjonction) à la fête par le manger et le boire, l'Écriture le lui compte comme s'il avait bâti un autel et y avait offert un sacrifice, car il est dit : « issrou hag ba-avotim ad karnot ha-mizbeah ».
Le verset des Tehilim est lu deux fois. Dans un premier registre, issrou désigne le faisceau (agouda) du loulav et ba-avotim le hadas tressé ; les cornes de l'autel renvoient à l'aspersion du sang. Dans un second registre, issour la-hag désigne le fait d'ajouter à la fête par le festin, et avotim devient des bêtes grasses.
La force de la derasha est là : un acte profane — manger et boire en l'honneur de la fête — reçoit la valeur d'un service de l'autel. Rachi signale aussi l'avis qui rapporte l'expression au jour qui suit la fête, d'où le nom de issrou hag encore employé aujourd hui.
Hizkiya a dit au nom de Rabbi Yirmeya, au nom de Rabbi Chimon ben Yohaï : pour toutes les mitsvot sans exception, un homme ne s'en acquitte que dans le sens de leur croissance (derekh guedilatan), car il est dit : « des bois d'acacia, debout » (Ex 26:15).
Règle transversale : un objet végétal employé pour une mitsva doit être tenu comme il a poussé — la base en bas, la pointe en haut. Un loulav retourné ne libère donc pas.
La preuve est tirée des planches du Michkan : atsei chittim omdim, « des bois d'acacia debout », c'est-à-dire dressés dans le sens de leur croissance naturelle. Rachi élargit immédiatement la liste : planches, colonnes, loulav, hadas, arava.
On a enseigné de même dans une braita : « des bois d'acacia, debout » — qu'ils se tiennent dans le sens de leur croissance. Autre explication : « debout » — qu'ils maintiennent leur revêtement.
Autre explication : « debout » — de peur que tu ne dises que leur espérance est perdue et leur attente abolie, l'Écriture dit : « des bois d'acacia, debout » — qu'ils subsistent à jamais et pour les siècles des siècles.
La braita empile trois sens du participe omdim. Le premier est halakhique (orientation), il fonde la règle du segment précédent. Le deuxième est technique : la planche fait tenir son placage d'or, cloué sur elle. Le troisième est eschatologique : même après la mise en réserve (gueniza) du Michkan, ses planches ne sont pas abolies.
Vocabulaire : sever = espérance (Rachi renvoie au Targoum le-pourkanakh savrit) ; sikouy = attente, regard tendu — de la racine araméenne istekhi, regarde.
Et Hizkiya a dit au nom de Rabbi Yirmeya, au nom de Rabbi Chimon ben Yohaï : je puis exempter le monde entier du jugement, depuis le jour où j'ai été créé jusqu'à maintenant ; et si Eliezer mon fils était avec moi, depuis le jour où le monde à été créé jusqu'à maintenant ; et si Yotam ben Ouziyahou était avec nous, depuis le jour où le monde à été créé jusqu'à sa fin.
Trois paliers de mérite, chacun élargissant la portée temporelle de l'exemption : de la vie de Rachbi, à toute l'histoire passée, puis à l'histoire entière jusqu'à sa fin. Rachi explique le verbe lifetor : par son mérite, Rachbi supporte les fautes d'autrui et les exempte du din.
Yotam ben Ouziyahou est choisi pour une raison précise que donne Rachi : durant toutes les années où son père fut lépreux, il jugea le peuple sans prendre la couronne royale du vivant de son père, et rendait tous ses jugements au nom de son père. C'est le modèle du kiboud av.
Et Hizkiya a dit au nom de Rabbi Yirmeya, au nom de Rabbi Chimon ben Yohaï : j'ai vu les benei aliya (les hommes de l'élévation) et ils sont peu nombreux. S'ils sont mille, moi et mon fils en sommes ; s'ils sont cent, moi et mon fils en sommes ; s'ils sont deux, moi et mon fils, ce sont eux. — Et sont-ils si peu ?
Mais Rava n'a-t-il pas dit : dix-huit mille formaient la rangée devant le Saint béni soit-Il, car il est dit « tout autour, dix-huit mille » (Ez 48:35) ! — Ce n'est pas une difficulté : ici il s'agit de ceux qui regardent dans l'aspaklaria meira (la vitre lumineuse), là de ceux qui ne regardent pas dans l'aspaklaria lumineuse.
La guemara oppose deux chiffres : les benei aliya de Rachbi, si rares, et les 18 000 de Rava. La résolution ne rejette aucun des deux : elle distingue deux populations par la qualité de leur vision.
Aspaklaria (du latin specularia) est, selon Rachi, la cloison qui sépare d'avec la Chekhina ; meira signifie qu'elle est lumineuse, comme un miroir où l'on voit réellement. Certains justes n'ont pas une vitre aussi claire et ne peuvent pas voir vraiment.
Et ceux qui regardent dans l'aspaklaria lumineuse, sont-ils si peu nombreux ? Mais Abaye n'a-t-il pas dit : le monde n'a jamais moins de trente-six justes qui reçoivent chaque jour la face de la Chekhina, car il est dit « heureux tous ceux qui espèrent en Lui (lo) » (Is 30:18), et « lo » en guematria fait trente-six ! — Ce n'est pas une difficulté : ici il s'agit de ceux qui entrent be-bar (avec permission), là de ceux qui entrent bla bar (sans permission).
La résolution précédente ouvre aussitôt une nouvelle difficulté : même dans la catégorie supérieure, on compte 36, pas deux. La guemara introduit alors une seconde distinction, non plus sur la qualité de la vision mais sur le mode d'accès.
Bar en araméen signifie ici rechout, permission (Rachi). Les 36 d'Abaye demandent et obtiennent l'entrée ; les deux de Rachbi entrent sans avoir à demander. C'est cette élite-là qui est infime.
« Au moment de leur départ, que disaient-ils ? etc. » — Mais n'associent-ils pas ainsi le Nom du Ciel et autre chose ? Et l'on a enseigné : quiconque associe le Nom du Ciel et autre chose est déraciné du monde, car il est dit « sinon à l'Éternel seul » (Ex 22:19) ! — Voici ce qu'ils disent : à Lui nous rendons grâce, et à toi nous adressons la louange ; à Lui nous rendons grâce, et à toi nous adressons l'acclamation.
La Michna rapportait la formule prononcée par le peuple en quittant le Temple : yofi lekha mizbeah, « beauté à toi, autel ». La guemara y voit un risque de chitouf — associer le Nom divin à autre chose, faute pour laquelle on est déraciné du monde.
La réponse est syntaxique : la formule ne fait pas une seule phrase à deux destinataires, mais deux phrases distinctes. À Dieu s'adresse la hodaa (reconnaissance), à l'autel la chevah ou le kilous (louange), parce qu'il expie pour nous. Rachi note que modim ne vient pas de hod (splendeur) mais de toda : nous reconnaissons et ne renions pas.
« Comme on fait en semaine [ainsi fait-on le Chabbat]. » Rav Houna a dit : quelle est la raison de Rabbi Yo'hanan ben Beroka ? Car il est écrit « kapôt » (branches de palmier) — deux : une pour le loulav et une pour l'autel.
Et les Sages disent : c'est « kapat » qui est écrit [au singulier].
La Michna rapportait un usage : selon Rabbi Yo'hanan ben Beroka, on apportait au Temple des palmes (harayot) le septième jour. Rav Houna en cherche la source scripturaire dans kapôt temarim (Lv 23:40).
Le débat porte sur le ktiv (l'orthographe consonantique) contre le keri (la lecture) : lu kapôt, le mot est un pluriel — donc deux branches, une pour le loulav et une pour l'autel ; écrit sans vav, kapat, il se lit comme un singulier — une seule branche.
Rabbi Levi dit : comme le palmier. De même que ce palmier n'a qu'un seul cœur, ainsi Israël n'a qu'un seul cœur envers son Père du Ciel.
Rabbi Levi propose une explication non scripturaire : la raison de Rabbi Yo'hanan ben Beroka n'est pas une derasha mais une sevara, un raisonnement — l'usage exprime une louange d'Israël.
Le lev (cœur) du palmier est sa moelle centrale. Rachi précise : contrairement au noyer ou à la vigne, le palmier n'a de moelle que dans le tronc central dressé, non dans ses palmes ni ses rameaux. D'où l'image : Israël n'a qu un seul cœur, tourné vers son Père du Ciel.
Rav Yehouda a dit au nom de Chmouel : le loulav, sept [jours de berakha], et la soucca, un jour. Quelle en est la raison ?
Le loulav, dont les nuits séparent les jours [puisque la mitsva ne vaut pas la nuit], chaque jour est une mitsva à part entière. La soucca, dont les nuits ne séparent pas les jours, les sept jours sont tous comme un seul long jour.
La question n'est pas celle de l'obligation elle-même mais du nombre de berakhot. Le critère de Chmouel est temporel : une mitsva interrompue par la nuit se recommence chaque matin ; une mitsva continue ne se recommence pas.
Le loulav ne se prend que de jour : les nuits le coupent (mafséki lelôt mi-yamim), donc sept mitsvot distinctes, sept berakhot. La soucca oblige aussi la nuit : les sept jours forment un seul jour prolongé, donc une seule berakha.
Et Rabba bar bar Hana a dit au nom de Rabbi Yo'hanan : la soucca, sept [jours de berakha], et le loulav, un jour. Quelle en est la raison ?
La soucca est de-oraita [pendant] sept [jours] ; le loulav, qui est de-rabanan, se contente d'un seul jour.
Position exactement inverse de la précédente, avec un critère différent : non plus la continuité temporelle mais la force de l'obligation.
La soucca oblige de la Torah les sept jours, d'où sept berakhot. Le loulav n'est de-oraita hors du Mikdach que le premier jour ; les autres jours ne sont qu'une institution rabbinique en zekher le-mikdach (souvenir du Temple) — donc une seule berakha, le premier jour.
Lorsque Ravin arriva [de la Terre d'Israël], il dit au nom de Rabbi Yo'hanan : l'un comme l'autre, sept [jours]. Rav Yossef a dit : tiens en main l'avis de Rabba bar bar Hana, car tous les amoraim se rangent à son avis en matière de soucca.
Ravin rapporte de la Terre d'Israël une troisième version au nom du même Rabbi Yo'hanan : sept berakhot pour les deux. Il y a donc conflit de transmission entre Ravin et Rabba bar bar Hana.
Rav Yossef tranche par un argument de fiabilité : la masse des amoraim transmettant Rabbi Yo'hanan suit Rabba bar bar Hana en matière de soucca. Rachi précise la portée exacte : c'est surtout contre Chmouel qui ne donnait qu'un jour à la soucca — et entre Chmouel et Rabbi Yo'hanan, la halakha suit Rabbi Yo'hanan.
On objecte [d'après une braita] :
Le folio se referme sur l'amorce d'une objection (miteivi) contre l'une des positions qui viennent d'être exposées. La braita citée et sa discussion se lisent en 46a.
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).