Sukkah 4b -- fabriquer une paroi qui n'existe pas : lavoud, goud assik, deyoumad, et l'exigence de Rava que la paroi se voie

Sukkah 4b

Sougya : Le folio achève d'abord le procédé ouvert à la fin de 4a -- creuser le sol d'une soucca trop basse. Le vide atteint bien dix tefahim, mais il faut que le bord du creux soit à moins de trois tefahim du mur, sinon lavoud ne joint rien.

La guemara demande pourquoi le seuil était de quatre coudées pour l'estrade et n'est que de trois tefahim ici : parce que là-bas la paroi existait déjà et qu'on ne faisait que la courber (dofen akouma), tandis qu'ici il faut la fabriquer. Vient ensuite la colonne bâtie dans une soucca de plus de vingt coudées.

Abaye veut faire monter ses flancs jusqu'au skhakh -- goud assik mehitsata. Rava refuse d'un mot qui commande tout le reste du folio : beinan mehitsot ha-nikarot, il faut des parois perceptibles, et autour de la colonne il n'y a rien à voir.

Le corps du folio est la baraita des quatre koundissin, quatre poteaux surmontés de skhakh sans aucune paroi, que Rabbi Yaakov valide et que les Sages invalident. Rav Houna situe la controverse au bord du toit, au-dessus des murs de la maison ; Rav Nahman la situe au milieu, là où seuls comptent les poteaux.

Une question sur la portée de Rav Nahman reste en teikou, puis une seconde baraita -- plante dans la terre -- réfute Rav Houna, et une seconde fois par déduction ; il répond que la baraita choisit le cas extrême pour faire voir la force de Rabbi Yaakov. La baraita du deyoumad livre enfin la mesure : un poteau rond qui, creuse et fendu en pensée, donnerait un tefah par aile vaut un angle de deux parois, comme les pissei beirot d'Erouvin.

Les Sages n'en veulent pas et exigent deux parois pleines et une troisième d'un tefah. Le folio s'ouvre alors sur la borne du bas de la michna -- moins de dix tefahim, passoul -- et en cherche la source : l'arche de neuf tefahim, le kapporet d'un tefah, et la voix qui parle au-dessus.

La démonstration s'achèvera sur 5a.

Le fil du folio : où passent les parois, et jusqu'où une fiction peut les faire passer Cinq étapes. Trois fictions juridiques -- lavoud, dofen akouma, goud assik -- puis la loi nouvelle des dix tefahim. 1. Le creux seg. 0 à 2 -- lavoud Soucca de moins de dix : on creuse. Le bord du creux doit être à moins de trois tefahim du mur. Pourquoi trois ici et quatre coudées là-bas ? Deux fictions distinctes. 2. La colonne seg. 3 à 4 -- goud assik Soucca de plus de vingt : on bâtit une colonne de dix. Abaye : tire et fais monter ses parois. Rava refuse : il faut des mehitsot nikarot, des parois que l'on voit. 3. Les koundissin seg. 5 à 11 -- où ? Quatre poteaux, du skhakh dessus, aucune paroi. R. Yaakov valide, les Sages invalident. Rav Houna : au bord du toit. Rav Nahman : au milieu. Teikou, puis teiouvta. 4. Le deyoumad seg. 12 -- combien ? Si le poteau, creusé et fendu, donne un tefah par côté, c'est un angle de deux parois. Sages : deux parois pleines et une troisième d'un tefah. Rien de moins. 5. Dix tefahim seg. 13 à 16 -- mnalan ? Nouvelle clause de la michna : moins de dix tefahim, invalide. L'arche neuf, le kapporet un : dix. Et la Présence parlait au-dessus, donc au-dessus est un ailleurs. La question unique derrière les cinq étapes Une soucca n'est pas un toit : c'est un toit porté par des parois. Tout le folio demande donc, cas après cas, si l'on peut fabriquer une paroi qui n'existe pas -- en joignant (lavoud), en courbant (dofen akouma), en prolongeant vers le haut (goud assik), en fendant un poteau (deyoumad). Rava pose la limite de toutes ces fictions : mehitsot ha-nikarot -- il faut que la paroi, une fois construite, se voie.
Les cinq étapes du folio : le creux, la colonne, les koundissin, le deyoumad, les dix tefahim -- et la question unique qui les traverse, celle de la paroi.
Goud assik : quand le prolongement d'une paroi vers le haut est-il crédible ? Trois montages, une seule question : y a-t-il en dessous quelque chose qui ressemble déjà à une paroi ? A. La colonne dans la soucca seg. 3-4 : Abaye contre Rava skhakh amoud 10 goud assik ? plus de 20 coudées jusqu'au sol Rava : PASSOUL les flancs ne dépassent pas -- rien à voir B. Koundissin au bord du toit seg. 6 : le cas de Rav Houna skhakh quatre koundissin le toit de la maison murs de la maison exactement dessous R. Yaakov : KACHÈRE les murs sont visibles dans la maison C. Au milieu du toit -- ou au sol seg. 6 à 11 : le point litigieux skhakh toit -- ou simplement la terre les murs sont loin : rien à prolonger sous les poteaux reste : les poteaux eux-mêmes R. Yaakov valide quand même si chaque poteau fait un tefah par côté -- c'est la baraita du deyoumad Ce que Rava a introduit, et que tout le reste du folio applique Goud assik n'est pas un tour de passe-passe : la paroi prolongée doit déjà se donner à voir quelque part. Sous des koundissin posés au bord d'un toit, on voit les murs de la maison. Autour d'une colonne noyée dans une soucca, on ne voit rien du tout -- donc rien à prolonger.
Goud assik selon les trois montages du folio : refusé autour d'une colonne, admis par R. Yaakov au bord d'un toit, sans objet au milieu du toit ou au sol.
Rav Houna contre Rav Nahman : où se situe exactement la controverse des koundissin ? Les deux Amoraim lisent la même baraita. Ils divergent sur le cas qu'elle vise -- et donc sur ce que chacun concède. Rav Houna Rav Nahman Au BORD du toit : mahloket R. Yaakov dit goud assik ; les Sages le refusent même là, alors que les murs sont juste dessous. C'est le cas le plus favorable, et il est déjà discuté. Au MILIEU du toit : mahloket R. Yaakov valide par les poteaux eux-mêmes, s'ils font un tefah de chaque côté (le deyoumad). Les Sages exigent deux parois pleines plus un tefah. Au MILIEU : passoul pour tous Sans mur dessous, quatre poteaux ne feront jamais quatre parois -- personne ne valide. Au BORD : question ouverte Dit-il que là tous concèdent la validité, ou que la controverse vaut aussi ? TEIKOU (seg. 7). La baraita réfute Rav Houna -- deux fois 1. Plante quatre koundissin DANS LA TERRE : R. Yaakov valide. Or la terre, c'est comme le milieu du toit -- et il valide. Teiouvta. 2. La baraita situe la controverse au milieu -- donc au bord, tous valident. Seconde teiouvta. Rav Houna encaisse la première, pas la seconde Sur le premier point il est réfuté pour de bon : sa thèse du passoul unanime au milieu tombe. Sur le second, il répond : ils divergent au milieu ET au bord. Si la baraita choisit le milieu, c'est pour montrer la force de R. Yaakov (kohho de-Rabbi Yaakov). Règle de lecture employée ici : une baraita énonce souvent le cas EXTRÊME, pas le seul cas. Choisir le cas où l'avis est le plus audacieux, c'est en faire voir la portée -- cela n'implique pas que les autres cas soient réglés autrement.
La carte de la mahloket Rav Houna / Rav Nahman, les deux teiouvta tirées de la baraita, et la réponse de Rav Houna sur le second point.
1
פָּחוֹת מִשְּׁלֹשָׁה טְפָחִים — כְּשֵׁרָה.

Moins de trois tefahim -- elle est kachère.

📜 Rachi (1)
פָּחוֹת מִשְּׁלֹשָׁה כְּלָבוּד הֲלָכָה לְמֹשֶׁה מִסִּינַי וְחָשְׁבִינַן לֵיהּ כְּאִילּוּ הַחֲקָק לָבוּד וּמַגִּיעַ עַד הַכֹּותֶל לָבוּד סְנִיף אפושטי"ץ בְּלַעַ"ז דָּבָר שֶׁמַּאֲרִיכִין אוֹתוֹ עַל יְדֵי סְנִיפִין כְּדֵי לִסְנֹוף חָקַק עַל חָקַק:
Moins de trois -- c'est comme lavoud, halakha transmise à Moche au Sinaï, et nous le tenons comme si le creux était joint et atteignait le mur. Lavoud : une rallonge (snif) -- apostits en langue vernaculaire -- une chose que l'on allonge au moyen de pièces rapportées, afin d'ajouter creux à creux.
🗂️ Tossefot (1)
פָּחוֹת מִשְּׁלֹשָׁה טְפָחִים כְּשֵׁרָה. מִכָּאן קַשְׁיָא לְפִי מַה שֶּׁפֵּי' בַּקְּוַנְט' בְּרֵישׁ פֶּרֶק שֵׁנִי דְּגִיטִּין (דַּף טו:) גַּבֵּי גִּידּוּד חֲמִשָּׁה וּמְחִיצָה חֲמִשָּׁה אֵין מִצְטָרְפִין דְּאִם הָיָה חָרִיץ עָמֹוק חֲמִשָּׁה וּמַקִּיפוֹ מְחִיצָּה חֲמִשָּׁה אֵין מִצְטָרְפִין לִהְיוֹת בְּתוֹכוֹ רְשׁוּת הַיָּחִיד הָא אַשְׁכְּחַן הָכָא לְעִנְיַן סֻוכָּה דְּמִצְטָרְפִין וְכֵן בפ"ק דְּשַׁבָּת (דַּף ז:) גַּבֵּי בַּיִת דְּאֵין תּוֹכוֹ עֲשָׂרָה דְּאִם חָקַק בּוֹ אַרְבָּעָה עַל אַרְבָּעָה חֲשִׁיב כּוּלֵּיהּ רְשׁוּת הַיָּחִיד מִיהוּ הַהִיא אִיכָּא לִדְחוֹת שֶׁחָקַק אַרְבָּעָה בְּעֹומֶק עֲשָׂרָה וְעוֹד מַקְשֶׁה רַבֵּינוּ תָּם מֵהָא דְּאָמַר פֶּ' בָּתְרָא דְּעֵירוּבִין (דַּף צט:) וּבְשַׁבָּת פֶּרֶק הַזּוֹרֵק (שַׁבָּת דַּף צט.) דִּבּוּר וְחֻולְייָתָהּ מִצְטָרְפִין לַעֲשָׂרָה וְעוֹד אָמְרִינַן בְּסוֹף פֶּרֶק כָּל גַּגּוֹת (עֵירוּבִין צג:) גַּבֵּי שְׁתֵּי חֲצֵירוֹת זוֹ לְמַעְלָה מִזּוֹ וְיֵשׁ גִּידּוּד חֲמִשָּׁה וּמְחִיצָה חֲמִשָּׁה דְּמוֹדֶה רַב חִסְדָּא בַּתַּחְתּוֹנָה הוֹאִיל וְרוֹאֶה פְּנֵי עֲשָׂרָה דִּמְעָרֶבֶת שְׁנַיִם וְלֹא מְעָרֶבֶת אֶחָד אֶלָּא יֵשׁ לוֹמַר דְּגִידּוּד חֲמִשָּׁה וּמְחִיצָּה חֲמִשָּׁה לְעִנְיַן שְׁתֵּי חֲצֵירוֹת זוֹ לְמַעְלָה מִזּוֹ אַייְרֵי וּלְעִנְיַן עֶלְיוֹנָה כִּדְמוֹכַח סֻוגְיָא דְּכָל גַּגּוֹת וּלְעִנְיַן עֵירוּב אִי נָמֵי לְעִנְיַן תֵּל בִּרְשׁוּת הָרַבִּים גָּבוֹהַּ חֲמִשָּׁה וְהִקִּיף עַל גַּבָּיו מְחִיצָּה חֲמִשָּׁה דְּלָא חֲשִׁיב רְשׁוּת הַיָּחִיד לְעִנְיַן שַׁבָּת וא"ת וַיַּחְשְׁבֶהָ רְשׁוּת הַיָּחִיד מִטַּעַם דְּאִי בָּעֵי מַנַּח עֲלֵיהּ מִידִי וּמִשְׁתַּמֵּשׁ כִּדְאַשְׁכְּחַן בְּרֵישׁ חַלּוֹן (עֵירוּבִין דַּף עח.) וְשֶׁגַּבֵּי עַמּוּד בִּרְשׁוּת הָרַבִּים גָּבוֹהַּ עֲשָׂרָה וְרָחָב אַרְבָּעָה וְנָעַץ בּוֹ יָתֵד כָּל שֶׁהוּא מִיעֲטוֹ וְאִם מִילְּאוּ כֻּולּוֹ בִּיתֵדוֹת חֲשִׁיב כֻּולּוֹ רְשׁוּת הַיָּחִיד הוֹאִיל וְאִי בָּעֵי מַנַּח לֵיהּ מִידִי וּמִשְׁתַּמֵּשׁ וְדִיֵּיק לֵהּ מֵהָא דְּאָמַר רַבִּי יוֹחָנָן בּוֹר וְחֻולְיָא מִצְטָרְפִין לַעֲשָׂרָה כְּלוֹמַר וְכִי הֵיכִי דְּמִצְטָרְפִי לַעֲשָׂרָה לְעִנְיַן עֹומֶק הוּא הַדִּין דְּמִצְטָרְפִי לְאַרְבָּעָה לְעִנְיַן רֹוחַב דְּמִמַּתְנִי' דְּשַׁבָּת פֶּרֶק הַזּוֹרֵק (שַׁבָּת דַּף צט.) וּבְפֶרֶק הַמּוֹצֵא תְּפִילִּין (עֵירוּבִין דַּף צט:) דְּקָתָנֵי חֻולְייַת הַבּוֹר שֶׁהֵן גְּבוֹהִין עֲשָׂרָה וּרְחָבִין ד' דָּייֵק לָהּ ר' יוֹחָנָן וְכִי הֵיכִי דְּקָתָנֵי עֲשָׂרָה קָתָנֵי נָמֵי ד' וְאַמַּאי חֲשִׁיב רְשׁוּת הַיָּחִיד הָא לָא מִשְׁתַּמֵּשׁ לֵיהּ בְּרֹוחַב שֶׁהָאֲוִיר מַפְסִיק אֶלָּא מַאי אִית לָךְ לְמֵימַר דְּמַנַּח לֵיהּ מִידִי וּמִשְׁתַּמֵּשׁ ה"נ וְי"ל דְּהָכָא מַיְירֵי בְּתֵל שֶׁהוּא רָחָב הַרְבֵּה בְּעֶשֶׂר אַמּוֹת אוֹ בְּעֶשְׂרִים כְּעֵין חָצֵר דְּלָא שַׁיָּיךְ לְהַחְשִׁיבוֹ רְשׁוּת הַיָּחִיד מִטַּעַם דְּאִי מַנַּח עֲלֵיהּ מִידִי אֶלָּא בְּדָבָר צַר כְּעֵין עַמּוּד רֹוחַב ד' וא"ת בפ"ק דְּשַׁבָּת (דַּף ז:) גַּבֵּי בַּיִת שֶׁאֵין תּוֹכוֹ עֲשָׂרָה וְחָקַק בּוֹ לְהַשְׁלִימוֹ לַעֲשָׂרָה אַמַּאי לֹא מְחַלֵּק כִּי הַאי גַוְונָא אִם יֵשׁ מִשְּׂפַת חֲקָק וְלַכֹּותֶל שְׁלֹשָׁה טְפָחִים וְיֵשׁ לוֹמַר דְּלָא דָּמֵי רְשׁוּת שַׁבָּת שֶׁהוּא לִמְנֹועַ רֶגֶל רַבִּים לְסֻוכָּה דְּבָעֵינַן מְחִיצּוֹת סְמוּכוֹת לַסְּכָךְ: [וְעִי' תּוֹס' שַׁבָּת ז: ד"ה וְאִם]
Moins de trois tefahim, elle est kachère. -- De là vient une difficulté contre ce que Rachi a expliqué au début du deuxième chapitre de Guittin (15b) à propos de guidoud hamicha ou-mehitsa hamicha ein mitstarfin, un dénivelé de cinq et une cloison de cinq ne se cumulent pas : si un fossé était profond de cinq et qu'on l'entoure d'une cloison de cinq, cela ne se cumule pas pour que l'intérieur soit domaine privé. Or nous trouvons ici, pour la soucca, que cela se cumule ! De même au premier chapitre de Chabbat (7b) à propos d'une maison dont l'intérieur n'a pas dix : s'il y a creusé quatre sur quatre, l'ensemble est tenu pour domaine privé -- encore que ce cas puisse être écarté, puisqu'il a creusé quatre sur une profondeur de dix. Rabbenou Tam objecte encore de ce qui est dit au dernier chapitre d'Erouvin (99b) et au chapitre Ha-zorek de Chabbat (99a) : un puits et son remblai se cumulent pour atteindre dix. Et nous disons encore à la fin du chapitre Kol gaggot (Erouvin 93b), à propos de deux cours l'une au-dessus de l'autre avec un dénivelé de cinq et une cloison de cinq, que Rav Hisda concède pour la cour inférieure, puisqu'elle voit une face de dix, qu'elle fait erouv séparément et non en commun. Il faut donc dire que guidoud hamicha ou-mehitsa hamicha vise deux cours l'une au-dessus de l'autre, et quant à la cour supérieure, comme le prouve la sougya de Kol gaggot, et quant à l'erouv. Ou bien cela vise un tertre dans le domaine public, haut de cinq, qu'on a entouré par-dessus d'une cloison de cinq, et qui n'est pas tenu pour domaine privé s'agissant du chabbat. Et si tu objectes : qu'on le tienne pour domaine privé au motif que, s'il le voulait, il y poserait quelque chose et s'en servirait -- comme on le trouve au début du chapitre Halon (Erouvin 78a), et à propos d'une colonne dans le domaine public haute de dix et large de quatre, dans laquelle il a planté un piquet si petit soit-il, ce qui la diminue, et qui, si on l'a entièrement remplie de piquets, est tenue tout entière pour domaine privé, puisque s'il le voulait il y poserait quelque chose et s'en servirait ; et l'on déduit cela de ce que dit Rabbi Yo'hanan, un puits et son remblai se cumulent pour dix -- c'est-à-dire : de même qu'ils se cumulent pour dix quant à la profondeur, de même ils se cumulent pour quatre quant à la largeur ; car c'est de la michna de Chabbat, chapitre Ha-zorek (99a), et du chapitre Ha-motse tefilin (Erouvin 99b), qui enseigne le remblai du puits haut de dix et large de quatre, que Rabbi Yo'hanan l'a déduit : de même qu'elle enseigne dix, elle enseigne aussi quatre. Or pourquoi est-ce tenu pour domaine privé ? Il ne s'en sert pourtant pas dans la largeur, puisque le vide fait coupure ! Que peux-tu dire, sinon qu'il y pose quelque chose et s'en sert ? Ici de même ! Et l'on peut répondre qu'il s'agit ici d'un tertre très large, de dix ou de vingt coudées, à la manière d'une cour, pour lequel le motif s'il y posait quelque chose ne vaut pas -- il ne vaut que pour une chose étroite, du genre d'une colonne large de quatre. Et si tu objectes : au premier chapitre de Chabbat (7b), à propos d'une maison dont l'intérieur n'a pas dix et où l'on a creusé pour la compléter à dix, pourquoi ne distingue-t-on pas de la sorte, selon qu'il y a du bord du creux au mur trois tefahim ou non ? On peut répondre que le domaine du chabbat, qui est fait pour empêcher le passage du public, n'est pas comparable à la soucca, pour laquelle nous exigeons des parois attenantes au skhakh.
💡 Explication

Fin de la clause ouverte à la fin de 4a. Une soucca dont l'intérieur n'atteint pas dix tefahim est invalide ; on tente de la sauver en creusant le sol à l'intérieur (hakak), de sorte que du fond du creux au skhakh il y ait bien dix. La guemara vient de dire : si du bord du creux au mur il y a trois tefahim, elle reste passoul. Ici, la clause inverse -- moins de trois tefahim, elle est kachère.

Le ressort est lavoud (littéralement joint, attaché), halakha transmise à Moche au Sinaï : deux éléments séparés par moins de trois tefahim sont juridiquement tenus pour collés l'un à l'autre. Le bord du creux est donc lu comme touchant le mur, et la paroi accompagne le vide jusqu'à son fond. Au-delà de trois tefahim, le creux est un trou dans le sol, et la soucca n'a de parois que sur ses dix tefahim manquants.

🖼️ Schéma
Creuser le sol d'une soucca trop basse : le creux ne vaut que s'il touche le mur Coupe verticale. Le vide atteint dix tefahim dans les deux cas -- ce qui change, c'est l'écart entre le bord du creux et la paroi. Moins de trois tefahim : KACHÈRE skhakh écart minime le creux (hakak) 10 lavoud soude le bord au mur : la paroi descend jusqu'au fond Trois tefahim ou plus : PASSOUL skhakh 3 tefahim ou plus le creux lavoud ne joint plus rien : le vide de dix n'a pas de parois qui l'accompagnent jusqu'en bas Lavoud est une halakha le-Moche mi-Sinaï : deux éléments séparés de moins de trois tefahim sont tenus pour joints. Rachi : le creux est comme rallongé (snif) jusqu'au mur -- une pièce rapportée qui prolonge ce qui existe.
Le creux ne rend la soucca kachère que si son bord est à moins de trois tefahim du mur : lavoud fait descendre la paroi jusqu'au fond.
2
מַאי שְׁנָא הָתָם, דְּאָמְרַתְּ פָּחוֹת מֵאַרְבַּע אַמּוֹת, וּמַאי שְׁנָא הָכָא, דְּאָמְרַתְּ פָּחוֹת מִשְּׁלֹשָׁה טְפָחִים?

En quoi le cas de là-bas diffère-t-il, où tu as dit moins de quatre coudées, et en quoi le cas d'ici diffère-t-il, où tu as dit moins de trois tefahim ?

💡 Explication

Question de cohérence. Sur 4a, l'itstaba bâtie au milieu d'une soucca de plus de vingt coudées sauvait la soucca tant que le mur se trouvait à moins de quatre coudées du bord de l'estrade. Ici, le creux ne sauve la soucca que si le mur est à moins de trois tefahim. Deux fois un écart entre un plancher et une paroi, deux seuils différents -- pourquoi ?

3
הָתָם, דְּאִיתֵיהּ לַדֹּופֶן, פָּחוֹת מֵאַרְבַּע אַמּוֹת — סַגְיָא, הָכָא, לְשַׁוּוֹיֵי לַדֹּופֶן, פָּחוֹת מִשְּׁלֹשָׁה טְפָחִים — אִין, אִי לָא — לָא.

Là-bas, où la paroi existe [déjà], moins de quatre coudées suffit ; ici, pour en faire une paroi, moins de trois tefahim -- oui ; sinon -- non.

📜 Rachi (2)
הָתָם דְּאִיתֵיהּ לְדֹופֶן פָּחוֹת מֵאַרְבַּע אַמּוֹת הָתָם דְּאִיכָּא שֵׁם דֹּופֶן עָלָיו דְּכָל דֹּופֶן שֶׁאֵינוֹ פָּחוֹת מִי' שְׁמוֹ דֹּופֶן וַאֲפִילּוּ גָּבוֹהַּ עַד לָרָקִיעַ הִלְכָּךְ עַד אַרְבַּע אַמּוֹת חָסֵר מַשֶּׁהוּ אַגְּמָרֵיהּ רַחֲמָנָא לְמֹשֶׁה דֹּופֶן עֲקֻומָּה:
Là-bas où la paroi existe, moins de quatre coudées -- là-bas où il y a sur elle le nom de paroi, car toute paroi qui n'est pas de moins de dix a nom de paroi, et même haute jusqu'au firmament. C'est pourquoi, jusqu'à quatre coudées moins un rien, le Miséricordieux l'a enseigné à Moche : la paroi courbée.
הָכָא פָּחוֹת מִי' אֵין שֵׁם דֹּופֶן עָלָיו אֶלָּא הַשְׁתָּא הוּא דְּבָעֵינַן לְשַׁוְיָיה דֹּופֶן הִלְכָּךְ בְּמַה שֶׁאֵינוֹ דֹּופֶן לָא אִגַּמְרִי' רַחֲמָנָא דְּהָא דֹּופֶן עֲקֻומָּה אִגַּמְרִי' וְהַאי לָאו דֹּופֶן הִיא וְהִלְכָּךְ פָּחוֹת מִג' טְפָחִים בְּכָל דֻּוכְתָּא לָבוּד הוּא שַׁפִּיר דָּמֵי וְאִי לָא לָא:
Ici -- moins de dix : il n'y a pas sur elle de nom de paroi, et c'est maintenant seulement que nous voulons en faire une paroi. C'est pourquoi, sur ce qui n'est pas une paroi, le Miséricordieux ne nous a rien enseigné -- car c'est la paroi courbée qu'Il nous a enseignée, et celle-ci n'est pas une paroi. Donc moins de trois tefahim, partout, c'est du lavoud, et cela va bien ; sinon, non.
💡 Explication

La réponse dissocie deux opérations que l'on confondait. Là-bas, la paroi existe déjà : elle mesure au moins dix tefahim, donc elle porte le nom de dopen, quelle que soit sa hauteur. Le travail demandé n'est pas de la créer mais de l'étendre : c'est dofen akouma, la paroi courbée, et le Sinaï a fixé pour cette courbure une portée de quatre coudées.

Ici, le mur fait moins de dix tefahim : il n'est pas encore une paroi. On lui demande de le devenir grâce au creux. Dofen akouma est donc hors sujet -- elle prolonge une paroi, elle n'en fabrique pas. Il ne reste que lavoud, dont le seuil général est de trois tefahim, valable be-khôl doukhta, partout. Le seuil ne mesure pas une distance : il mesure la nature de la fiction invoquée.

🖼️ Schéma
Quatre coudées ou trois tefahim ? Deux fictions qui ne font pas le même travail La guemara compare l'itstaba de 4a (moins de quatre coudées) et le creux d'ici (moins de trois tefahim). LÀ-BAS -- la paroi existe déjà 4a : estrade dans une soucca de plus de vingt Le mur mesure dix tefahim au moins : il porte déjà le nom de dopen, fût-il haut jusqu'au firmament. On lui applique DOFEN AKOUMA : la portion de skhakh passoul est lue comme un prolongement courbe du mur. Seuil : moins de quatre coudées Mesure enseignée à Moche pour la courbure d'une paroi déjà constituée. Elle ne crée rien, elle étend. ICI -- il faut fabriquer la paroi 4b : creux dans une soucca de moins de dix Le mur fait moins de dix tefahim : il n'a aucun nom de dopen. C'est le creux qui doit le rendre paroi. Dofen akouma est donc inapplicable : elle courbe une paroi, elle n'en fabrique pas. Reste LAVOUD. Seuil : moins de trois tefahim Mesure générale du lavoud, valable partout (be-khôl doukhta). Elle joint, donc elle constitue. Nafka mina : la même soucca, avec un écart de deux coudées entre le bord et le mur, serait kachère là-bas et passoul ici. Le seuil ne mesure pas une distance : il mesure ce que l'on demande à la fiction d'accomplir.
Quatre coudées quand la paroi existe et qu'on l'étend (dofen akouma) ; trois tefahim quand il faut la fabriquer (lavoud).
4
הָיְתָה גְּבוֹהָה מֵעֶשְׂרִים אַמָּה, וּבָנָה בָּהּ עַמּוּד שֶׁהוּא גָּבוֹהַּ עֲשָׂרָה טְפָחִים, וְיֵשׁ בּוֹ הֶכְשֵׁר סֻוכָּה — סָבַר אַבַּיֵּי לְמֵימַר, גּוּד אַסֵּיק מְחִיצְתָּא.

Si elle était haute de plus de vingt coudées et qu'il y a bâti une colonne haute de dix tefahim, ayant en elle la mesure valide d'une soucca -- Abaye pensait dire : goud assik mehitsata, tire et fais monter les parois.

📜 Rachi (2)
וּבָנָה בָּהּ עַמּוּד גָּבוֹהַּ עֲשָׂרָה רָחוֹק מִן דְּפָנוֹת הַרְבֵּה וּבוֹ הֶכְשֵׁר סֻוכָּה שֶׁיֵּשׁ בְּרֹאשׁוֹ שִׁבְעָה וּמַשֶּׁהוּ עַל שִׁבְעָה וּמַשֶּׁהוּ:
Et il y a bâti une colonne haute de dix -- loin des parois, de beaucoup, et il y a en elle la mesure valide d'une soucca, à savoir qu'il y a à son sommet sept et un rien sur sept et un rien.
גּוּד אַסֵּיק מְחִיצְתָּא שֶׁל עַמּוּד שֶׁמִּבַּחוּץ סָבִיב הַגְבִּיהֵם עֲשָׂרָה סְבִיבוֹת רֹאשׁוֹ וַהֲרֵי יֵשׁ בָּהֶן גֹּובַהּ י' וַחֲשׁוּבָה סֻוכָּה עַל רֹאשׁוֹ וְדֻופְנֵי הָעַמּוּד דָּופְנוֹתֶיהָ עַל יְדֵי גּוּד אַסֵּיק וּסְכָךְ שֶׁל מַעְלָה כָּשֵׁר לָהּ דְּאֵינוֹ לְמַעְלָה מִכ' מֵרֹאשׁ הָעַמּוּד:
Tire et fais monter les parois -- celles de la colonne, celles du dehors tout autour : on les élève de dix autour de son sommet, et voilà qu'il y a en elles une hauteur de dix et qu'une soucca digne de ce nom se trouve à son sommet ; les flancs de la colonne sont ses parois par goud assik, et le skhakh d'en haut est valide pour elle, puisqu'il n'est pas à plus de vingt coudées du sommet de la colonne.
🗂️ Tossefot (1)
סָבַר אַבָּיֵי לְמֵימַר גּוּד אַסֵּיק מְחִיצָתָא. לְבַסּוֹף מַסִּיק בָּעֵינַן מְחִיצּוֹת הַנִּיכָּרוֹת וְלָא דָּמֵי לְסִיכֵּךְ עַל גַּבֵּי אַכְסַדְרָה שֶׁאֵין לָהּ פַּצִּימִין דְּשִׁילְהֵי פִּירְקִין (דַּף יח:) דְּפִי תִּקְרָה חֲשִׁיב שַׁפִּיר מְחִיצּוֹת הַנִּיכָּרוֹת:
Abaye pensait dire : goud assik mehitsata. -- À la fin il conclut que nous exigeons des parois perceptibles. Et cela n'est pas comparable au fait de couvrir de skhakh sur une akhsadra (portique) qui n'a pas de montants (pitsimin), à la fin de notre chapitre (18b), car le bord du plafond (pi tikra) est bien tenu pour des parois perceptibles.
⚖️ Rosh (1)
הָיְתָה פְּחוּתָה מִי' וְחָקַק בָּהּ לְהַשְׁלִימָהּ לַעֲשָׂרָה אִם יֵשׁ מִשְּׂפַת חֲקָק וְלַכֹּותֶל ג' טְפָחִים פְּסוּלָה. וְאִם לָאו כְּשֵׁירָה הָיְתָה גָּבוֹהַּ מכ' אַמָּה וּבָנָה בָּהּ עַמּוּד גָּבוֹהַּ עֲשָׂרָה וּבוֹ הֶכְשֵׁר סֻוכָּה סָבַר אַבָּיֵי לְמֵימַר גּוּד אַסֵּיק מְחִיצָתָא אֲמַר לֵיהּ רָבָא בָּעֵינַן מְחִיצוֹת הַנִּיכָּרוֹת וְלֵיכָּא. כָּתַב רי"ץ גֵּיאוּת זַ"ל אע"פ שֶׁעוֹמֵד הָעַמּוּד בְּתוֹךְ ד' אַמּוֹת שֶׁל דְּפָנוֹת פְּסוּלָה דְּכֵיוָן שֶׁחָלַק רְשׁוּת אַחֶרֶת לְעַצְמָהּ לָא מִתַּכְשַׁר אֶלָּא בִּמְחִיצּוֹת וְאָזֵיל לְטַעְמֵיהּ שֶׁכָּתַב דְּאֵין הָאִיצְטַבָּא גָּבוֹהַּ עֲשָׂרָה וּלְפִי מַה שֶׁכָּתַבְתִּי מַיְירֵי הָכָא שֶׁמֻּופְלָג הָעַמּוּד מִן הַמְּחִיצּוֹת אַרְבַּע אַמּוֹת:
Si elle était de moins de dix et qu'il y a creusé pour la compléter à dix : s'il y a du bord du creux au mur trois tefahim, elle est passoul ; sinon, elle est kachère. Si elle était haute de plus de vingt coudées et qu'il y a bâti une colonne haute de dix ayant en elle la mesure valide d'une soucca, Abaye pensait dire goud assik mehitsata ; Rava lui a dit : nous exigeons des parois perceptibles, et il n'y en a pas. Rabbi Its'hak ibn Ghiyat, de mémoire bénie, a écrit : même si la colonne se tient à l'intérieur des quatre coudées des parois, elle est passoul, car dès lors qu'elle s'est taillé un domaine à part, elle ne peut être rendue valide que par des parois [propres] ; et il suit la sa propre logique, lui qui a écrit que l'itstaba n'a pas dix de haut. Mais selon ce que j'ai écrit, il s'agit ici d'une colonne éloignée des parois de quatre coudées.
💡 Explication

Nouveau procédé pour la soucca trop haute, après l'estrade de 4a. On y bâtit une colonne (amoud) de dix tefahim, dont le sommet mesure un peu plus de sept sur sept tefahim -- la surface minimale d'une soucca -- et qui se dresse loin des parois. Depuis le sommet de la colonne, le skhakh est à moins de vingt coudées.

Reste à lui trouver des parois. Abaye invoque goud assik mehitsata : les quatre flancs de la colonne mesurent dix tefahim, donc ce sont des mehitsot, et une mehitsa est réputée se prolonger vers le haut indéfiniment. La soucca serait alors le volume situé au-dessus de la colonne, bordé par ces prolongements imaginaires.

🖼️ Schéma
La colonne dans la soucca trop haute : Abaye prolonge, Rava demande à voir Le montage skhakh amoud 10 tef. goud assik moins de 20 du sol au skhakh : plus de vingt coudées sommet de la colonne : 7 tefahim et un rien sur 7 et un rien Abaye : goud assik mehitsata Les quatre flancs de la colonne mesurent dix tefahim : ce sont donc des mehitsot. Une mehitsa se prolonge vers le haut. On les tire jusqu'au skhakh : la soucca est le volume au-dessus de la colonne, et depuis le sommet il y a moins de vingt coudées. Même raisonnement que pour un toit bordé de murs -- transposé à un bloc plein posé au milieu de la pièce. Rava : beinan mehitsot ha-nikarot, ve-leka Il faut des parois PERCEPTIBLES -- et il n'y en a pas. Les flancs de la colonne s'arrêtent à son sommet ; rien ne dépasse. Celui qui monte sur la colonne ne voit aucune paroi autour de lui : il est sur une plateforme nue, sous un skhakh trop haut. Tossefot précise la limite : un portique sans montants reste kacher, car le bord du plafond (pi tikra) se voit, lui.
La colonne de dix tefahim : Abaye prolonge ses flancs vers le haut, Rava objecte que rien ne dépasse et que la paroi ne se voit pas.
5
אֲמַר לֵיהּ רָבָא: בָּעֵינַן מְחִיצּוֹת הַנִּיכָּרוֹת, וְלֵיכָּא.

Rava lui a dit : nous exigeons des parois perceptibles, et il n'y en a pas.

💡 Explication

Trois mots qui commandent tout le reste du folio : beinan mehitsot ha-nikarot, il nous faut des parois qui se remarquent. Les flancs de la colonne s'arrêtent à son sommet ; celui qui s'y tient ne voit aucune paroi autour de lui. Goud assik peut prolonger une paroi visible, il ne peut pas rendre visible ce qui ne l'est nulle part.

Tossefot fixe aussitôt la limite de cette exigence : elle ne condamne pas le portique sans montants (18b), où le bord du plafond descendant, pi tikra, offre bien quelque chose à voir. Ce que Rava refuse, ce n'est pas la fiction -- c'est la fiction sans aucun point d'appui perceptible.

6
תָּנוּ רַבָּנַן: נָעַץ אַרְבָּעָה קֻונְדֵּיסִין וְסִיכֵּךְ עַל גַּבָּן, רַבִּי יַעֲקֹב מַכְשִׁיר וַחֲכָמִים פּוֹסְלִין.

Nos maîtres ont enseigné : s'il a planté quatre poteaux (koundissin) et a couvert de skhakh par-dessus, Rabbi Yaakov déclare kacher et les Sages déclarent passoul.

💡 Explication

Cas limite : quatre poteaux, du skhakh dessus, aucune paroi. Rabbi Yaakov valide, les Sages invalident. La baraita ne dit pas où les poteaux sont plantés -- et c'est précisément ce silence que les deux Amoraim vont combler de deux façons opposées.

7
אָמַר רַב הוּנָא: מַחְלֹוקֶת עַל שְׂפַת הַגָּג, דְּרַבִּי יַעֲקֹב סָבַר: אָמְרִינַן גּוּד אַסֵּיק מְחִיצָתָא, וְרַבָּנָן סָבְרִי: לָא אָמְרִינַן גּוּד אַסֵּיק מְחִיצָתָא, אֲבָל בְּאֶמְצַע הַגַּג — דִּבְרֵי הַכֹּל פְּסוּלָה. וְרַב נַחְמָן אָמַר: בְּאֶמְצַע הַגַּג מַחֲלֹוקֶת.

Rav Houna a dit : la controverse porte sur [des poteaux placés] au bord du toit -- Rabbi Yaakov tient que nous disons goud assik mehitsata, et les Sages tiennent que nous ne disons pas goud assik mehitsata ; mais au milieu du toit, de l'avis de tous elle est passoul. Et Rav Nahman a dit : c'est au milieu du toit qu'est la controverse.

📜 Rachi (3)
מַחְלֹוקֶת עַל שְׂפַת הַגָּג דִּמְחִיצַּת הַבַּיִת תַּחְתֶּיהָ כְּנֶגֶד בֵּין הַקֻּונְדֵּיסִין וְאִיכָּא לְמֵימַר גּוּד אַסֵּיק וְהָכָא לָא אָמְרִינַן דְּבָעֵינַן מְחִיצּוֹת נִיכָּרוֹת:
La controverse porte sur le bord du toit -- car la paroi de la maison se trouve en dessous d'elle, en face de l'intervalle entre les poteaux, et il y a lieu de dire goud assik ; et ici nous ne disons pas que nous exigeons des parois perceptibles.
אֲבָל בְּאֶמְצַע הַגַּג שֶׁאֵין תַּחְתֶּיהָ מְחִיצּוֹת סָבִיב דִּבְרֵי הַכֹּל פְּסוּלָה וְלֹא דַּיָּיהּ בְּאַרְבַּעַת הַקֻּונְדֵּיסִין לִהְיוֹת לָהּ שֵׁם ד' מְחִיצּוֹת:
Mais au milieu du toit -- où il n'y a pas en dessous d'elle de parois tout autour, de l'avis de tous elle est passoul, et les quatre poteaux ne lui suffisent pas pour avoir nom de quatre parois.
הָכִי גָּרְסִינַן וְרַב נַחְמָן אָמַר בְּאֶמְצַע הַגָּג מַחְלֹוקֶת וְעַל יְדֵי הַקֻּונְדֵּיסִין ר' יַעֲקֹב מַכְשִׁירָהּ וּכְגוֹן שֶׁהֵן רָחָב טֶפַח לְכָל צִידֵּיהֶן דְּאִיכָּא שֵׁם מְחִיצּוֹת טֶפַח מִצָּפוֹן לַדָּרוֹם וְשֵׁם מְחִיצּוֹת טֶפַח מִמִּזְרָח לַמַּעֲרָב בְּכָל אַחַת וְאַחַת כְּדִלְקַמָּן וְרַבָּנָן סָבְרִי לָא מִתְכַּשְּׁרָהּ אֶלָּא בִּשְׁתֵּי מְחִיצּוֹת כְּהִלְכָתָן כְּשִׁיעוּר מֶשֶׁךְ סֻוכָּה וּבַשְּׁלִישִׁית אֲפִילּוּ טֶפַח:
Telle est notre leçon : et Rav Nahman a dit, au milieu du toit est la controverse -- et c'est par les poteaux que Rabbi Yaakov la déclare kachère, à savoir lorsqu'ils sont larges d'un tefah de chacun de leurs côtés, de sorte qu'il y ait nom de paroi d'un tefah du nord au sud et nom de paroi d'un tefah de l'est à l'ouest en chacun d'eux, comme plus loin ; et les Sages tiennent qu'elle n'est rendue kachère qu'avec deux parois selon leur règle, à la mesure de l'étendue de la soucca, et une troisième ne serait-ce que d'un tefah.
💡 Explication

Deux lectures. Pour Rav Houna, la baraita parle de poteaux dressés au bord du toit, exactement au-dessus des murs de la maison : Rabbi Yaakov applique goud assik et fait monter ces murs, les Sages le refusent. Au milieu du toit, il n'y a rien à prolonger -- tous invalident.

Pour Rav Nahman, c'est l'inverse : la controverse est au milieu du toit, là où les murs de la maison ne servent à rien. Rabbi Yaakov y valide grâce aux poteaux eux-mêmes, s'ils ont un tefah de chaque côté -- ce sera la baraita du deyoumad du seg. 12 ; les Sages exigent deux parois pleines et une troisième d'un tefah.

Noter le renversement : chez Rav Houna, Rabbi Yaakov est modéré (il lui faut des murs sous les poteaux) ; chez Rav Nahman, il est audacieux (quatre angles lui suffisent, où qu'ils soient).

8
אִיבַּעְיָא לְהוּ: בְּאֶמְצַע הַגַּג מַחֲלֹוקֶת, אֲבָל עַל שְׂפַת הַגָּג דִּבְרֵי הַכֹּל כְּשֵׁרָה, אוֹ דִּלְמָא, בֵּין בָּזוֹ וּבֵין בָּזוֹ מַחֲלֹוקֶת? תֵּיקוּ.

On leur a demandé : est-ce au milieu du toit qu'est la controverse, mais au bord du toit, de l'avis de tous elle est kachère -- ou peut-être y a-t-il controverse aussi bien dans l'un que dans l'autre cas ? Teikou (la question reste en suspens).

📜 Rachi (1)
אֲבָל בִּשְׂפַת הַגָּג דִּבְרֵי הַכֹּל כְּשֵׁרָה דְּאָמְרִי' גּוֹד אַסֵּיק:
Mais au bord du toit, de l'avis de tous elle est kachère -- car nous disons goud assik.
🗂️ Tossefot (1)
אֲבָל עַל שְׂפַת הַגַּג כְּשֵׁרָה לְדִבְרֵי הַכֹּל. דַּחֲשִׁיב מְחִיצּוֹת נִיכָּרוֹת טְפֵי מֵעַמּוּד מִשּׁוּם דְּנִיכָּרוֹת בַּבַּיִת:
Mais au bord du toit, elle est kachère de l'avis de tous. -- Car cela est tenu pour des parois plus perceptibles que dans le cas de la colonne, puisqu'elles sont perceptibles dans la maison.
💡 Explication

La question porte sur ce que Rav Nahman concède. En situant la controverse au milieu, dit-il que le bord du toit fait l'unanimité pour la validité -- puisque la, goud assik s'appuie sur des murs réels -- ou bien à-t-il seulement choisi le cas le plus net, la controverse valant partout ?

Teikou : pas de résolution. Tossefot répond à l'objection latente -- comment goud assik passerait-il ici alors que Rava l'a refusé pour la colonne ? Parce que sous des poteaux posés au bord d'un toit, les murs se voient dans la maison ; autour d'une colonne, on ne voit rien.

9
מֵיתִיבִי: נָעַץ אַרְבָּעָה קֻונְדֵּיסִין בָּאָרֶץ וְסִיכֵּךְ עַל גַּבָּן, רַבִּי יַעֲקֹב מַכְשִׁיר וַחֲכָמִים פּוֹסְלִין.

On objecte : s'il a planté quatre poteaux dans la terre et a couvert de skhakh par-dessus, Rabbi Yaakov déclare kacher et les Sages déclarent passoul.

10
וְהָא אֶרֶץ, דִּכְאֶמְצַע הַגַּג דָּמֵי, וְקָא מַכְשִׁיר רַבִּי יַעֲקֹב! תְּיוּבְתָּא דְּרַב הוּנָא, תְּיוּבְתָּא.

Or la terre est semblable au milieu du toit, et pourtant Rabbi Yaakov déclare kacher ! Réfutation de Rav Houna, réfutation.

📜 Rachi (2)
דְּכִי אֶמְצַע הַגַּג דָּמֵי דְּאֵין מְחִיצּוֹת תַּחְתֶּיהָ דְּנֵימָא גּוֹד אַסֵּיק:
Car elle est semblable au milieu du toit -- puisqu'il n'y a pas de parois en dessous d'elle pour que nous disions goud assik.
תְּיוּבְתָּא דְּרַב הוּנָא דְּאָמַר אֲבָל בְּאֶמְצַע דִּבְרֵי הַכֹּל פְּסוּלָה:
Réfutation de Rav Houna -- lui qui a dit : mais au milieu, de l'avis de tous elle est passoul.
💡 Explication

La baraita précise ce que la première taisait : dans la terre. Or un sol nu n'a aucun mur en dessous : c'est exactement la situation du milieu du toit. Et pourtant Rabbi Yaakov y valide. La thèse de Rav Houna -- au milieu, tous invalident -- tombe. Le redoublement teiouvta, teiouvta marque une réfutation définitive, non un simple embarras.

11
וְעוֹד: בָּאֶמְצַע הוּא דִּפְלִיגִי, אֲבָל עַל שְׂפַת הַגָּג דִּבְרֵי הַכֹּל כְּשֵׁרָה! לֵימָא תֶּיהְוֵי תְּיוּבְתֵּיהּ דְּרַב הוּנָא בְּתַרְתֵּי.

Et de plus : c'est au milieu qu'ils divergent, mais au bord du toit, de l'avis de tous elle est kachère ! Dirons-nous que c'est une réfutation de Rav Houna sur deux points ?

📜 Rachi (2)
בְּאֶמְצַע הַגַּג הוּא דִּפְלִיגִי הַשַּׁ"ס הָדַר וְדִייֵּק מִמַּתְנִיתָא לְאוֹתְבֵי תְּיוּבְתָּא אַחֲרִיתִי:
C'est au milieu du toit qu'ils divergent -- le Talmud revient et déduit de la baraita pour objecter une autre réfutation.
בָּתַרְתִּי חֲדָא לְמַאי דְּאָמַר בָּאֶמְצַע הַגָּג דִּבְרֵי הַכֹּל פְּסוּלָה וּמַתְנִיתָא קָתָנֵי דְּבָהּ פְּלִיגִי וַחֲדָא לְמַאי דְּאָמַר מַחְלֹוקֶת עַל שְׂפַת הַגָּג וַאֲנַן מָצִינוּ לְמֵידַק מִמַּתְנִי' דְּבִשְׂפַת הַגָּג דִּבְרֵי הַכֹּל כְּשֵׁרָה:
Sur deux points -- l'un pour ce qu'il a dit qu'au milieu du toit, de l'avis de tous, elle est passoul, alors que la baraita enseigne que c'est là qu'ils divergent ; et l'autre pour ce qu'il a dit que la controverse porte sur le bord du toit, alors que nous pouvons déduire de la baraita qu'au bord du toit, de l'avis de tous, elle est kachère.
💡 Explication

Second grief tiré de la même baraita, par diyouk -- déduction à partir de ce qui est dit sur ce qui ne l'est pas. Puisque la baraita place la controverse dans le cas le plus difficile (la terre nue), on en infère que le cas facile (le bord du toit) fait l'unanimité pour la validité. Or Rav Houna y plaçait justement la controverse. Il serait donc réfuté deux fois : sur ce qu'il tient pour unanime, et sur ce qu'il tient pour discuté.

12
אָמַר לְךָ רַב הוּנָא: פְּלִיגִי בְּאֶמְצַע הַגַּג, וְהוּא הַדִּין עַל שְׂפַת הַגָּג. וְהַאי דְּקָמִיפַּלְגִי בְּאֶמְצַע הַגָּג, לְהוֹדִיעֲךָ כֹּחוֹ דְּרַבִּי יַעֲקֹב, דַּאֲפִילּוּ בְּאֶמְצַע הַגָּג נָמֵי מַכְשִׁיר.

Rav Houna peut te dire : ils divergent au milieu du toit, et il en va de même au bord du toit ; et s'ils divergent [précisément] au milieu du toit, c'est pour te faire connaître la force de Rabbi Yaakov, qui déclare kacher même au milieu du toit.

💡 Explication

Rav Houna encaisse la première réfutation -- elle est acquise -- mais désamorce la seconde. Le diyouk du seg. 10 supposait qu'une baraita énonce le seul cas litigieux. Or elle énonce souvent le cas extrême : lehodiakha kohho, pour te faire mesurer la portée d'un avis. En choisissant la terre nue, la baraita montre jusqu'où va Rabbi Yaakov ; elle ne dit rien du bord du toit, où la controverse peut subsister.

Règle de lecture générale, et qui vaut bien au-delà de ce folio : le cas rapporté est choisi pour ce qu'il enseigne, non pour délimiter le désaccord.

13
תָּנוּ רַבָּנַן: נָעַץ אַרְבָּעָה קֻונְדֵּיסִין בָּאָרֶץ וְסִיכֵּךְ עַל גַּבָּן, רַבִּי יַעֲקֹב אוֹמֵר: רוֹאִין כָּל שֶׁאִילּוּ יֵחָקְקוּ וְיֵחָלְקוּ, וְיֵשׁ בָּהֶן טֶפַח לְכָאן וְטֶפַח לְכָאן — נִידּוֹנִין מִשּׁוּם דְּיוֹמָד, וְאִם לָאו — אֵין נִידּוֹנִין מִשּׁוּם דְּיוֹמָד. שֶׁהָיָה רַבִּי יַעֲקֹב אוֹמֵר: דְּיוֹמְדֵי סֻוכָּה טֶפַח, וַחֲכָמִים אוֹמְרִים: עַד שֶׁיְּהוּ שְׁתַּיִם כְּהִלְכָתָן, וּשְׁלִישִׁית אֲפִילּוּ טֶפַח.

Nos maîtres ont enseigné : s'il a planté quatre poteaux dans la terre et a couvert de skhakh par-dessus, Rabbi Yaakov dit : on regarde -- tout [poteau] tel que, si on le creusait et qu'on le fendait, il y aurait en lui un tefah de ce côté-ci et un tefah de ce côté-là, est jugé au titre de deyoumad ; et sinon, il n'est pas jugé au titre de deyoumad. Car Rabbi Yaakov disait : les deyoumadin d'une soucca, un tefah [suffit].

Et les Sages disent : [elle n'est kachère] que lorsqu'il y en a deux selon leur règle, et une troisième ne serait-ce que d'un tefah.

📜 Rachi (5)
כָּל שֶׁאִלּוּ יֵחָקְקוּ וְיֵחָלְקוּ בְּקֻונְדֵּיסִין עֲגֻולִּין קָא אָמַר רוֹאִין כֹּל שֶׁיֵּשׁ בְּעָובְייָן כָּל כָּךְ שֶׁאִילּוּ יַחְקֹק וְיִנָּטֵל עֹובִי עִיגּוּלָן וִירַבְּעוּם וְיֵחָלְקוּ וְיֵשׁ בָּהֶן טֶפַח לְכָאן וְטֶפַח לְכָאן וּלְאַחַר שֶׁיְּרַבְּעוּם יְחַלְּקוּם מִבִּפְנִים וְיַעֲשׂוּ אוֹתָם כְּעֵין מַרְזְבִים שֶׁלָּנוּ שֶׁיֵּשׁ לָהֶם שְׁתֵּי דְּפָנוֹת שֶׁאִם אַתָּה זוֹקְפָן אֶחָד מִדָּפְנוֹתֶיהָ עוֹמֵד מִמִּזְרָח לַמַּעֲרָב וְהַשֵּׁנִי מִצָּפוֹן לַדָּרוֹם:
Tout [poteau] tel que, si on le creusait et qu'on le fendait -- c'est de poteaux ronds qu'il parle. On regarde tout [poteau] dont l'épaisseur est telle que, si on le creusait et qu'on ôtait l'épaisseur de sa rondeur, et qu'on les équarrissait et qu'on les fendait, il y aurait en eux un tefah de ce côté-ci et un tefah de ce côté-là ; et après les avoir équarris, on les fendra par l'intérieur et on en fera comme nos gouttières, qui ont deux parois : si tu les dresses, l'une de leurs parois se tient d'est en ouest et la seconde du nord au sud.
נִידּוֹן מִשּׁוּם דְּיוֹמָד אַתָּה דָּנוּ לְהַכְשִׁיר כְּדִין שֶׁאָמְרוּ חֲכָמִים לְעִנְיַן פַּסֵּי בֵּירָאוֹת בְּעֵירוּבִין (דַּף יז:) שֶׁנִּיתָּרִין בְּאַרְבָּעָה דְּיוֹמָדִין וְעַל שֵׁם שֶׁיֵּשׁ לְכָל אֶחָד שְׁתֵּי מְחִיצּוֹת קָרֵי לְהוּ דְּיוֹמָדִין דְּיוֹ עַמּוּדִין שְׁנֵי עַמּוּדִין:
Est jugé au titre de deyoumad -- tu le juges de manière à le déclarer kacher, selon la règle qu'ont dite les Sages à propos des pissei beirot dans Erouvin (17b), qui sont permis par quatre deyoumadin ; et parce que chacun a deux parois, on les appelle deyoumadin -- dio ammoudin, deux colonnes.
שֶׁהָיָה ר' יַעֲקֹב אוֹמֵר דְּיוֹמְדֵי סֻוכָּה דַּיּוֹ בְּטֶפַח וְלֹא כְּשֶׁל פַּסֵּי בֵּירָאוֹת שֶׁהִצְרִיכוּם אַמָּה לְכָאן וְאַמָּה לְכָאן וְעַל כְּרִחְיָךְ הָא דְּרַבִּי יַעֲקֹב דְּאָמַר יֵחָקְקוּ וְיַחְלְקוּ בְּעִגּוּלִין קָאָמַר דְּאִי בִּמְרֻובָּעִין לֹא אָמַר אֶלָּא יַחְלְקוּ דְּהָכִי אָמְרִי לְהוּ בְּעֵירוּבִין:
Car Rabbi Yaakov disait : les deyoumadin d'une soucca, un tefah leur suffit -- et non comme pour les pissei beirot, où l'on a exigé une coudée de ce côté-ci et une coudée de ce côté-là. Et forcément, ce que dit Rabbi Yaakov, si on les creusait et qu'on les fendait, vise des poteaux ronds ; car s'il s'agissait de poteaux carrés, il n'aurait dit que si on les fendait -- car c'est ainsi qu'ils disent dans Erouvin.
שְׁתַּיִם כְּהִלְכָתָן בְּאֹורֶךְ כָּל הַסֻּוכָּה וּבִרְחָבָה אֶחָד לְאָרְכָּהּ וְאֶחָד לְרָחְבָּהּ:
Deux selon leur règle -- sur toute la longueur de la soucca et sur sa largeur, l'une pour sa longueur et l'autre pour sa largeur.
וּשְׁלִישִׁית אֲפִילּוּ טֶפַח דְּהָכֵי אַגְּמָרֵיהּ רַחֲמָנָא לְמֹשֶׁה מִסִּינַי דְּבִשְׁלִישִׁית סַגִּי לֵיהּ בְּטֶפַח:
Et une troisième ne serait-ce que d'un tefah -- car c'est ainsi que le Miséricordieux l'a enseigné à Moche au Sinaï : que pour la troisième, un tefah suffit.
🗂️ Tossefot (1)
דְּיוֹמְדֵי סֻוכָּה טֶפַח. וְהָא דְּבָעֵינַן אַמָּה גַּבֵּי פַּסֵּי בֵּירָאוֹת פֶּרֶק עוֹשִׂין פַּסִּין (עֵירוּבִין דַּף יז:) גַּבֵּי מְחִיצּוֹת שַׁבָּת הֶחְמִירוּ:
Les deyoumadin d'une soucca, un tefah. -- Et ce que l'on exige une coudée pour les pissei beirot, au chapitre Ossin passin (Erouvin 17b) : s'agissant des parois du chabbat, ils ont été plus rigoureux.
⚖️ Rosh (1)
הָיְתָה פְּחוּתָה מִי' וְחָקַק בָּהּ לְהַשְׁלִימָהּ לַעֲשָׂרָה אִם יֵשׁ מִשְּׂפַת חֲקָק וְלַכֹּותֶל ג' טְפָחִים פְּסוּלָה. וְאִם לָאו כְּשֵׁירָה הָיְתָה גָּבוֹהַּ מכ' אַמָּה וּבָנָה בָּהּ עַמּוּד גָּבוֹהַּ עֲשָׂרָה וּבוֹ הֶכְשֵׁר סֻוכָּה סָבַר אַבָּיֵי לְמֵימַר גּוּד אַסֵּיק מְחִיצָתָא אֲמַר לֵיהּ רָבָא בָּעֵינַן מְחִיצוֹת הַנִּיכָּרוֹת וְלֵיכָּא. כָּתַב רי"ץ גֵּיאוּת זַ"ל אע"פ שֶׁעוֹמֵד הָעַמּוּד בְּתוֹךְ ד' אַמּוֹת שֶׁל דְּפָנוֹת פְּסוּלָה דְּכֵיוָן שֶׁחָלַק רְשׁוּת אַחֶרֶת לְעַצְמָהּ לָא מִתַּכְשַׁר אֶלָּא בִּמְחִיצּוֹת וְאָזֵיל לְטַעְמֵיהּ שֶׁכָּתַב דְּאֵין הָאִיצְטַבָּא גָּבוֹהַּ עֲשָׂרָה וּלְפִי מַה שֶׁכָּתַבְתִּי מַיְירֵי הָכָא שֶׁמֻּופְלָג הָעַמּוּד מִן הַמְּחִיצּוֹת אַרְבַּע אַמּוֹת:
Si elle était de moins de dix et qu'il y a creusé pour la compléter à dix : s'il y a du bord du creux au mur trois tefahim, elle est passoul ; sinon, elle est kachère. Si elle était haute de plus de vingt coudées et qu'il y a bâti une colonne haute de dix ayant en elle la mesure valide d'une soucca, Abaye pensait dire goud assik mehitsata ; Rava lui a dit : nous exigeons des parois perceptibles, et il n'y en a pas. Rabbi Its'hak ibn Ghiyat, de mémoire bénie, a écrit : même si la colonne se tient à l'intérieur des quatre coudées des parois, elle est passoul, car dès lors qu'elle s'est taillé un domaine à part, elle ne peut être rendue valide que par des parois [propres] ; et il suit la sa propre logique, lui qui a écrit que l'itstaba n'a pas dix de haut. Mais selon ce que j'ai écrit, il s'agit ici d'une colonne éloignée des parois de quatre coudées.
💡 Explication

Cette baraita donne la mesure que la précédente taisait, et confirme la lecture de Rav Nahman : Rabbi Yaakov valide par les poteaux eux-mêmes. Un deyoumad -- de dio ammoudin, deux colonnes -- est un élément d'angle qui vaut deux parois à la fois, notion empruntée aux pissei beirot d'Erouvin, ces montants qui permettent de puiser à un puits en plein domaine public.

L'opération est mentale, pas matérielle. Rachi le souligne : les poteaux sont ronds. On demande donc si leur épaisseur permettrait, une fois le rond équarri (yehakekou) puis fendu (yehalekou), d'obtenir un angle à deux ailes d'un tefah chacune -- la forme de nos gouttières. Si oui, chaque poteau est un angle, et quatre angles font quatre parois.

Les Sages tiennent une position entièrement différente : ce ne sont pas les angles qui font la soucca mais la surface fermée -- deux parois pleines, une dans la longueur et une dans la largeur, plus une troisième d'un tefah, mesure donnée à Moche au Sinaï. Aucune épaisseur de poteau ne suffira jamais.

🖼️ Schéma
Le deyoumad : comment un poteau rond peut valoir deux parois Vue de dessus. Rabbi Yaakov ne mesure pas le poteau tel quel : il mesure ce qu'on pourrait en tirer. Les trois opérations de la baraita, faites en pensée rond le poteau koundas yehakekou on le creuse : il devient carré 1 tefah 1 tefah yehalekou on le fend : un angle, deux ailes Rachi : la forme obtenue est celle de nos gouttières (marzevim) -- deux pans à angle droit. Dressé, l'un va d'est en ouest, l'autre du nord au sud. Quatre deyoumadin aux angles l'intérieur reste ouvert Comme les pissei beirot d'Erouvin -- mais là, une coudée par aile. Rabbi Yaakov : deyoumede soucca tefah Un tefah par aile suffit. Quatre angles ainsi formés tiennent lieu des quatre parois, même au milieu du toit ou en pleine terre. Tossefot : la coudée exigée pour les pissei beirot tient à la rigueur du chabbat. Les Sages : chetayim ke-hilkhatan ou-chelichit tefah Deux parois entières -- une dans la longueur, une dans la largeur -- et une troisième d'un tefah, mesure donnée à Moche au Sinaï. Des angles ne font pas des murs : il faut de la surface fermée. Nafka mina immédiate : la soucca de quatre poteaux du seg. 5 est kachère pour R. Yaakov si chaque poteau est assez épais, et passoul pour les Sages quelle que soit son épaisseur -- il lui manquera toujours deux parois pleines.
Le deyoumad : on équarrit et on fend le poteau en pensée ; s'il reste un tefah par aile, l'angle vaut deux parois. Les Sages, eux, exigent de la surface.
14
וְשֶׁאֵינָהּ גְּבוֹהָה עֲשָׂרָה טְפָחִים. מִנָּלַן?

Et [une soucca] qui n'est pas haute de dix tefahim [est passoul]. D'où le tenons-nous ?

🗂️ Tossefot (1)
עֲשָׂרָה טְפָחִים מִנָּלַן. וְהָא דְּבָעֵינַן נָמֵי גַּבֵּי שַׁבָּת מְחִיצָּה עֲשָׂרָה מֵהָכָא יָלְפִינַן:
Dix tefahim, d'où le tenons-nous ? -- Et ce que nous exigeons aussi, s'agissant du chabbat, une cloison de dix, c'est d'ici que nous le déduisons.
💡 Explication

La guemara passe à la clause suivante de la michna d'ouverture. Les vingt coudées du haut ont occupé trois folios ; voici la borne du bas. La question mnalan ne conteste pas la loi -- elle en cherche la source scripturaire, car dix tefahim n'est énoncé nulle part dans la Tora.

Tossefot signale d'emblée l'enjeu : la réponse ne vaudra pas que pour la soucca. La mehitsa de dix tefahim du chabbat -- celle qui fait d'un espace un domaine privé -- se déduit du même passage.

15
אִתְּמַר, רַב וְרַבִּי חֲנִינָא וְרַבִּי יוֹחָנָן וְרַב חֲבִיבָא מַתְנוּ.

Il a été dit : Rav, Rabbi Hanina, Rabbi Yo'hanan et Rav Haviva enseignaient [ce qui suit].

📜 Rachi (1)
רַב וְרַבִּי חֲנִינָא וְרַבִּי יוֹחָנָן וְרַב חֲבִיבָא מַתְנוּ לְהַךְ מִילְּתָא דִּלְקַמָּן:
Rav, Rabbi Hanina, Rabbi Yo'hanan et Rav Haviva enseignaient -- ce sujet qui vient plus loin.
16
בְּכֻולָּהּ סֵדֶר מוֹעֵד, כָּל כִּי הַאי זוּגָא — חַלּוֹפֵי רַבִּי יוֹחָנָן וּמְעַיְּילִי רַבִּי יוֹנָתָן.

Dans tout l'ordre Moed, chaque fois qu'il y a un tel groupe [de maîtres], on remplace Rabbi Yo'hanan et l'on introduit Rabbi Yonatan.

📜 Rachi (1)
בְּכוּלֵּי סֵדֶר מוֹעֵד כָּל הֵיכָא דְּאָמְרִינַן הַאי זוּגָא כִּי הֲדָדֵי בִּשְׁמַעְתָּא אִיכָּא אָמוֹרָאֵי דְּמִחַלְּפִי רַבִּי יוֹחָנָן וּמְעַיְּילִי רַבִּי יוֹנָתָן:
Dans tout l'ordre Moed -- partout où nous mentionnons ce groupe ensemble dans une chemaata, il y a des Amoraim qui remplacent Rabbi Yo'hanan et introduisent Rabbi Yonatan.
💡 Explication

Incise éditoriale, sans portée halakhique mais révélatrice du travail des copistes de la guemara : cette liste de quatre maîtres revient telle quelle dans tout l'ordre Moed, et une tradition de transmission y lit Rabbi Yonatan là où la nôtre porte Rabbi Yo'hanan. Le Talmud enregistre la variante au lieu de trancher.

17
אָרוֹן תִּשְׁעָה, וְכַפֹּורֶת טֶפַח — הֲרֵי כָּאן עֲשָׂרָה, וּכְתִיב: ״וְנוֹעַדְתִּי לְךָ שָׁם וְדִבַּרְתִּי אִתְּךָ מֵעַל הַכַּפֹּורֶת״,

L'arche, neuf [tefahim], et le kapporet, un tefah -- voilà ici dix ; et il est écrit : Je te donnerai rendez-vous là, et je te parlerai de dessus le kapporet,

📜 Rachi (1)
אָרוֹן תִּשְׁעָה גָּובְהוֹ דִּכְתִיב וְאַמָּה וַחֲצִי קוֹמָתוֹ וְאַמָּה בַּת שִׁשָּׁה טְפָחִים:
L'arche, neuf -- sa hauteur, car il est écrit une coudée et demie sa hauteur, et une coudée vaut six tefahim.
💡 Explication

La source des dix tefahim. L'arche mesure une coudée et demie de haut ; la coudée des ustensiles du Sanctuaire valant six tefahim, cela fait neuf. Le kapporet, la plaque d'or posée dessus, mesure un tefah : total dix. Et le verset situe la parole divine me-al ha-kapporet, au-dessus de cet ensemble.

Le raisonnement -- que 5à achèvera -- tient à ceci : la Présence ne descend pas en deçà de dix tefahim. Si la voix se tient au-dessus d'une hauteur de dix, c'est que l'espace au-dessus de dix est un autre lieu que celui d'en dessous. Dix tefahim n'est donc pas une hauteur commode : c'est le seuil à partir duquel une paroi cesse d'être un objet et devient une séparation.

🖼️ Schéma
D'où viennent les dix tefahim ? De l'arche, du kapporet, et d'une voix qui parle au-dessus l'arche : 9 tefahim une coudée et demie de haut le kapporet : 1 tefah les keroubim 10 tef. Rachi : une coudée des ustensiles vaut six tefahim, donc une coudée et demie font neuf. Le verset Ve-noadti lekha cham ve-dibarti itekha me-al ha-kapporet -- Je te donnerai rendez-vous là, et je te parlerai de dessus le kapporet (Chemot 25, 22). La suite du raisonnement se lit sur 5à : la Présence ne descend pas en bas. Le pas logique Si la voix se tient AU-DESSUS d'une hauteur de dix, c'est que l'espace au-dessus de dix tefahim est un autre lieu que celui d'en dessous -- séparé, pas seulement plus haut. Dix tefahim devient donc la mesure minimale d'une mehitsa : en dessous, on n'a pas encore fabriqué d'espace propre. Tossefot ajoute la portée : c'est de ce même passage que le chabbat tire sa mehitsa de dix tefahim. Une seule source, deux domaines : la soucca et les rechouyot du chabbat mesurent leurs parois à la même aune.
Neuf tefahim d'arche plus un de kapporet : dix. Et la parole se tient au-dessus -- donc au-dessus de dix, c'est déjà un autre lieu.
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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).