Sougya : Le folio achève d'abord le procédé ouvert à la fin de 4a -- creuser le sol d'une soucca trop basse. Le vide atteint bien dix tefahim, mais il faut que le bord du creux soit à moins de trois tefahim du mur, sinon lavoud ne joint rien.
La guemara demande pourquoi le seuil était de quatre coudées pour l'estrade et n'est que de trois tefahim ici : parce que là-bas la paroi existait déjà et qu'on ne faisait que la courber (dofen akouma), tandis qu'ici il faut la fabriquer. Vient ensuite la colonne bâtie dans une soucca de plus de vingt coudées.
Abaye veut faire monter ses flancs jusqu'au skhakh -- goud assik mehitsata. Rava refuse d'un mot qui commande tout le reste du folio : beinan mehitsot ha-nikarot, il faut des parois perceptibles, et autour de la colonne il n'y a rien à voir.
Le corps du folio est la baraita des quatre koundissin, quatre poteaux surmontés de skhakh sans aucune paroi, que Rabbi Yaakov valide et que les Sages invalident. Rav Houna situe la controverse au bord du toit, au-dessus des murs de la maison ; Rav Nahman la situe au milieu, là où seuls comptent les poteaux.
Une question sur la portée de Rav Nahman reste en teikou, puis une seconde baraita -- plante dans la terre -- réfute Rav Houna, et une seconde fois par déduction ; il répond que la baraita choisit le cas extrême pour faire voir la force de Rabbi Yaakov. La baraita du deyoumad livre enfin la mesure : un poteau rond qui, creuse et fendu en pensée, donnerait un tefah par aile vaut un angle de deux parois, comme les pissei beirot d'Erouvin.
Les Sages n'en veulent pas et exigent deux parois pleines et une troisième d'un tefah. Le folio s'ouvre alors sur la borne du bas de la michna -- moins de dix tefahim, passoul -- et en cherche la source : l'arche de neuf tefahim, le kapporet d'un tefah, et la voix qui parle au-dessus.
La démonstration s'achèvera sur 5a.
Moins de trois tefahim -- elle est kachère.
Fin de la clause ouverte à la fin de 4a. Une soucca dont l'intérieur n'atteint pas dix tefahim est invalide ; on tente de la sauver en creusant le sol à l'intérieur (hakak), de sorte que du fond du creux au skhakh il y ait bien dix. La guemara vient de dire : si du bord du creux au mur il y a trois tefahim, elle reste passoul. Ici, la clause inverse -- moins de trois tefahim, elle est kachère.
Le ressort est lavoud (littéralement joint, attaché), halakha transmise à Moche au Sinaï : deux éléments séparés par moins de trois tefahim sont juridiquement tenus pour collés l'un à l'autre. Le bord du creux est donc lu comme touchant le mur, et la paroi accompagne le vide jusqu'à son fond. Au-delà de trois tefahim, le creux est un trou dans le sol, et la soucca n'a de parois que sur ses dix tefahim manquants.
En quoi le cas de là-bas diffère-t-il, où tu as dit moins de quatre coudées, et en quoi le cas d'ici diffère-t-il, où tu as dit moins de trois tefahim ?
Question de cohérence. Sur 4a, l'itstaba bâtie au milieu d'une soucca de plus de vingt coudées sauvait la soucca tant que le mur se trouvait à moins de quatre coudées du bord de l'estrade. Ici, le creux ne sauve la soucca que si le mur est à moins de trois tefahim. Deux fois un écart entre un plancher et une paroi, deux seuils différents -- pourquoi ?
Là-bas, où la paroi existe [déjà], moins de quatre coudées suffit ; ici, pour en faire une paroi, moins de trois tefahim -- oui ; sinon -- non.
La réponse dissocie deux opérations que l'on confondait. Là-bas, la paroi existe déjà : elle mesure au moins dix tefahim, donc elle porte le nom de dopen, quelle que soit sa hauteur. Le travail demandé n'est pas de la créer mais de l'étendre : c'est dofen akouma, la paroi courbée, et le Sinaï a fixé pour cette courbure une portée de quatre coudées.
Ici, le mur fait moins de dix tefahim : il n'est pas encore une paroi. On lui demande de le devenir grâce au creux. Dofen akouma est donc hors sujet -- elle prolonge une paroi, elle n'en fabrique pas. Il ne reste que lavoud, dont le seuil général est de trois tefahim, valable be-khôl doukhta, partout. Le seuil ne mesure pas une distance : il mesure la nature de la fiction invoquée.
Si elle était haute de plus de vingt coudées et qu'il y a bâti une colonne haute de dix tefahim, ayant en elle la mesure valide d'une soucca -- Abaye pensait dire : goud assik mehitsata, tire et fais monter les parois.
Nouveau procédé pour la soucca trop haute, après l'estrade de 4a. On y bâtit une colonne (amoud) de dix tefahim, dont le sommet mesure un peu plus de sept sur sept tefahim -- la surface minimale d'une soucca -- et qui se dresse loin des parois. Depuis le sommet de la colonne, le skhakh est à moins de vingt coudées.
Reste à lui trouver des parois. Abaye invoque goud assik mehitsata : les quatre flancs de la colonne mesurent dix tefahim, donc ce sont des mehitsot, et une mehitsa est réputée se prolonger vers le haut indéfiniment. La soucca serait alors le volume situé au-dessus de la colonne, bordé par ces prolongements imaginaires.
Rava lui a dit : nous exigeons des parois perceptibles, et il n'y en a pas.
Trois mots qui commandent tout le reste du folio : beinan mehitsot ha-nikarot, il nous faut des parois qui se remarquent. Les flancs de la colonne s'arrêtent à son sommet ; celui qui s'y tient ne voit aucune paroi autour de lui. Goud assik peut prolonger une paroi visible, il ne peut pas rendre visible ce qui ne l'est nulle part.
Tossefot fixe aussitôt la limite de cette exigence : elle ne condamne pas le portique sans montants (18b), où le bord du plafond descendant, pi tikra, offre bien quelque chose à voir. Ce que Rava refuse, ce n'est pas la fiction -- c'est la fiction sans aucun point d'appui perceptible.
Nos maîtres ont enseigné : s'il a planté quatre poteaux (koundissin) et a couvert de skhakh par-dessus, Rabbi Yaakov déclare kacher et les Sages déclarent passoul.
Cas limite : quatre poteaux, du skhakh dessus, aucune paroi. Rabbi Yaakov valide, les Sages invalident. La baraita ne dit pas où les poteaux sont plantés -- et c'est précisément ce silence que les deux Amoraim vont combler de deux façons opposées.
Rav Houna a dit : la controverse porte sur [des poteaux placés] au bord du toit -- Rabbi Yaakov tient que nous disons goud assik mehitsata, et les Sages tiennent que nous ne disons pas goud assik mehitsata ; mais au milieu du toit, de l'avis de tous elle est passoul. Et Rav Nahman a dit : c'est au milieu du toit qu'est la controverse.
Deux lectures. Pour Rav Houna, la baraita parle de poteaux dressés au bord du toit, exactement au-dessus des murs de la maison : Rabbi Yaakov applique goud assik et fait monter ces murs, les Sages le refusent. Au milieu du toit, il n'y a rien à prolonger -- tous invalident.
Pour Rav Nahman, c'est l'inverse : la controverse est au milieu du toit, là où les murs de la maison ne servent à rien. Rabbi Yaakov y valide grâce aux poteaux eux-mêmes, s'ils ont un tefah de chaque côté -- ce sera la baraita du deyoumad du seg. 12 ; les Sages exigent deux parois pleines et une troisième d'un tefah.
Noter le renversement : chez Rav Houna, Rabbi Yaakov est modéré (il lui faut des murs sous les poteaux) ; chez Rav Nahman, il est audacieux (quatre angles lui suffisent, où qu'ils soient).
On leur a demandé : est-ce au milieu du toit qu'est la controverse, mais au bord du toit, de l'avis de tous elle est kachère -- ou peut-être y a-t-il controverse aussi bien dans l'un que dans l'autre cas ? Teikou (la question reste en suspens).
La question porte sur ce que Rav Nahman concède. En situant la controverse au milieu, dit-il que le bord du toit fait l'unanimité pour la validité -- puisque la, goud assik s'appuie sur des murs réels -- ou bien à-t-il seulement choisi le cas le plus net, la controverse valant partout ?
Teikou : pas de résolution. Tossefot répond à l'objection latente -- comment goud assik passerait-il ici alors que Rava l'a refusé pour la colonne ? Parce que sous des poteaux posés au bord d'un toit, les murs se voient dans la maison ; autour d'une colonne, on ne voit rien.
On objecte : s'il a planté quatre poteaux dans la terre et a couvert de skhakh par-dessus, Rabbi Yaakov déclare kacher et les Sages déclarent passoul.
Or la terre est semblable au milieu du toit, et pourtant Rabbi Yaakov déclare kacher ! Réfutation de Rav Houna, réfutation.
La baraita précise ce que la première taisait : dans la terre. Or un sol nu n'a aucun mur en dessous : c'est exactement la situation du milieu du toit. Et pourtant Rabbi Yaakov y valide. La thèse de Rav Houna -- au milieu, tous invalident -- tombe. Le redoublement teiouvta, teiouvta marque une réfutation définitive, non un simple embarras.
Et de plus : c'est au milieu qu'ils divergent, mais au bord du toit, de l'avis de tous elle est kachère ! Dirons-nous que c'est une réfutation de Rav Houna sur deux points ?
Second grief tiré de la même baraita, par diyouk -- déduction à partir de ce qui est dit sur ce qui ne l'est pas. Puisque la baraita place la controverse dans le cas le plus difficile (la terre nue), on en infère que le cas facile (le bord du toit) fait l'unanimité pour la validité. Or Rav Houna y plaçait justement la controverse. Il serait donc réfuté deux fois : sur ce qu'il tient pour unanime, et sur ce qu'il tient pour discuté.
Rav Houna peut te dire : ils divergent au milieu du toit, et il en va de même au bord du toit ; et s'ils divergent [précisément] au milieu du toit, c'est pour te faire connaître la force de Rabbi Yaakov, qui déclare kacher même au milieu du toit.
Rav Houna encaisse la première réfutation -- elle est acquise -- mais désamorce la seconde. Le diyouk du seg. 10 supposait qu'une baraita énonce le seul cas litigieux. Or elle énonce souvent le cas extrême : lehodiakha kohho, pour te faire mesurer la portée d'un avis. En choisissant la terre nue, la baraita montre jusqu'où va Rabbi Yaakov ; elle ne dit rien du bord du toit, où la controverse peut subsister.
Règle de lecture générale, et qui vaut bien au-delà de ce folio : le cas rapporté est choisi pour ce qu'il enseigne, non pour délimiter le désaccord.
Nos maîtres ont enseigné : s'il a planté quatre poteaux dans la terre et a couvert de skhakh par-dessus, Rabbi Yaakov dit : on regarde -- tout [poteau] tel que, si on le creusait et qu'on le fendait, il y aurait en lui un tefah de ce côté-ci et un tefah de ce côté-là, est jugé au titre de deyoumad ; et sinon, il n'est pas jugé au titre de deyoumad. Car Rabbi Yaakov disait : les deyoumadin d'une soucca, un tefah [suffit].
Et les Sages disent : [elle n'est kachère] que lorsqu'il y en a deux selon leur règle, et une troisième ne serait-ce que d'un tefah.
Cette baraita donne la mesure que la précédente taisait, et confirme la lecture de Rav Nahman : Rabbi Yaakov valide par les poteaux eux-mêmes. Un deyoumad -- de dio ammoudin, deux colonnes -- est un élément d'angle qui vaut deux parois à la fois, notion empruntée aux pissei beirot d'Erouvin, ces montants qui permettent de puiser à un puits en plein domaine public.
L'opération est mentale, pas matérielle. Rachi le souligne : les poteaux sont ronds. On demande donc si leur épaisseur permettrait, une fois le rond équarri (yehakekou) puis fendu (yehalekou), d'obtenir un angle à deux ailes d'un tefah chacune -- la forme de nos gouttières. Si oui, chaque poteau est un angle, et quatre angles font quatre parois.
Les Sages tiennent une position entièrement différente : ce ne sont pas les angles qui font la soucca mais la surface fermée -- deux parois pleines, une dans la longueur et une dans la largeur, plus une troisième d'un tefah, mesure donnée à Moche au Sinaï. Aucune épaisseur de poteau ne suffira jamais.
Et [une soucca] qui n'est pas haute de dix tefahim [est passoul]. D'où le tenons-nous ?
La guemara passe à la clause suivante de la michna d'ouverture. Les vingt coudées du haut ont occupé trois folios ; voici la borne du bas. La question mnalan ne conteste pas la loi -- elle en cherche la source scripturaire, car dix tefahim n'est énoncé nulle part dans la Tora.
Tossefot signale d'emblée l'enjeu : la réponse ne vaudra pas que pour la soucca. La mehitsa de dix tefahim du chabbat -- celle qui fait d'un espace un domaine privé -- se déduit du même passage.
Il a été dit : Rav, Rabbi Hanina, Rabbi Yo'hanan et Rav Haviva enseignaient [ce qui suit].
Dans tout l'ordre Moed, chaque fois qu'il y a un tel groupe [de maîtres], on remplace Rabbi Yo'hanan et l'on introduit Rabbi Yonatan.
Incise éditoriale, sans portée halakhique mais révélatrice du travail des copistes de la guemara : cette liste de quatre maîtres revient telle quelle dans tout l'ordre Moed, et une tradition de transmission y lit Rabbi Yonatan là où la nôtre porte Rabbi Yo'hanan. Le Talmud enregistre la variante au lieu de trancher.
L'arche, neuf [tefahim], et le kapporet, un tefah -- voilà ici dix ; et il est écrit : Je te donnerai rendez-vous là, et je te parlerai de dessus le kapporet,
La source des dix tefahim. L'arche mesure une coudée et demie de haut ; la coudée des ustensiles du Sanctuaire valant six tefahim, cela fait neuf. Le kapporet, la plaque d'or posée dessus, mesure un tefah : total dix. Et le verset situe la parole divine me-al ha-kapporet, au-dessus de cet ensemble.
Le raisonnement -- que 5à achèvera -- tient à ceci : la Présence ne descend pas en deçà de dix tefahim. Si la voix se tient au-dessus d'une hauteur de dix, c'est que l'espace au-dessus de dix est un autre lieu que celui d'en dessous. Dix tefahim n'est donc pas une hauteur commode : c'est le seuil à partir duquel une paroi cesse d'être un objet et devient une séparation.
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).