Sougya : Le folio commence par sauver la démonstration laissée en suspens en 5a. Rav Houna voulait tirer le tefah du kapporet du mot panim -- il n'y a pas de visage de moins d'un tefah -- mais chaque visage proposé est soit trop grand (le bar Yokhani, la face d'en haut) soit trop petit (l'oiseau, le keruv).
Rav Aha bar Yaakov déplace l'argument : ce n'est pas une observation, c'est une gezera chava sur le mot penei ; et l'on tient par tradition qu'une face de keruv ne descend jamais sous un tefah. Rabbi Abbahou explique au passage le mot keruv par ke-ravya, comme un enfant, ce qu'Abaye met à l'épreuve sur la vision d'Ezechiel avant que la guemara ne réponde par la différence entre grands et petits visages.
Puis tout bascule : même acquise, cette mesure ne prouve rien pour la soucca, car les dix tefahim de l'arche incluent le kapporet, alors que la michna exige dix tefahim de vide sous le sekhakh. La preuve de 5a est abandonnée.
La guemara repart du Temple de Salomon, où les keruvim atteignent le tiers de la hauteur, transpose ce rapport au Michkan et obtient dix tefahim de vide entre le kapporet et les ailes -- ailes que le verset appelle justement sokhekhim, couvrant. Le calcul ne tient toutefois que si la coudée vaut six tefahim, comme le veut Rabbi Meir.
Pour Rabbi Yehouda, qui donne cinq tefahim à la coudée des ustensiles, il faudrait une soucca de onze tefahim et demi -- chiffre que nul n'a soutenu. D'où la conclusion : chez lui, les dix tefahim sont une halakha le-Moche mi-Sinaï, au même titre que les chiourim et les hatsitsin.
Le folio se termine sur l'objection à cette dernière affirmation -- Rav Hanin lit dans le verset des sept espèces une table complète de mesures -- et sur le premier item de l'inventaire, le blé et la maison de nega, dont la suite se poursuivra en 6a.
[... comme la face] du bar Yokhani ! -- Tu as saisi le grand, tu n'as rien saisi ; tu as saisi le petit, tu as saisi. -- Alors dis : comme la face d'un oiseau (tsiporta), qui est extrêmement petite ! -- Rav Aha bar Yaakov dit : Rav Houna l'a déduit par une gezera chava (analogie verbale) penei-penei. Il est écrit ici : sur la face (el penei) du kapporet (Lévitique 16,2), et il est écrit là-bas : d'auprès de la face (penei) d'Its'hak son père (Genèse 27,30).
Le folio ouvre au milieu de l'objection commencée à la fin de 5a. Rav Houna avait posé qu'il n'y a pas de visage de moins d'un tefah : le verset disant que la voix parle sur la face du kapporet, le kapporet ferait donc un tefah. L'objection teste le mot : quel visage ? Celui du bar Yokhani, oiseau géant, en fait bien davantage.
Réponse : tafasta merouba lo tafasta -- quand un mot supporte deux lectures, une large et une étroite, on ne peut jamais imposer la large. Mais le principe se retourne aussitôt : alors prenons la face d'un petit oiseau, bien moins qu'un tefah ! Le principe du petit deviendrait ici destructeur.
Rav Aha bar Yaakov change de terrain. Rav Houna ne regardait aucun visage réel : il tissait une gezera chava, un lien de mot à mot entre penei hakapporet et penei Yitzhak. La mesure n'est plus une observation zoologique, c'est une équivalence de texte -- et un oiseau, souligne Rachi, n'est jamais décrit par le mot panim.
Et déduisons de la face d'en haut, comme il est écrit : comme on voit la face de Dieu (penei Elokim), et tu m'as agréé (Genèse 33,10) ! -- Tu as saisi le grand, tu n'as rien saisi ; tu as saisi le petit, tu as saisi.
Une fois la gezera chava posée sur le mot penei, tous les versets qui l'emploient deviennent des candidats. Yaakov dit à Esav : j'ai vu ta face comme on voit la face de Dieu. Pourquoi ne pas lier le kapporet à cette face-là, sans commune mesure avec un tefah ?
La réponse est la même règle qu'au segment précédent : tafasta merouba lo tafasta. Devant deux versets également disponibles, on choisit toujours celui qui donne la mesure la plus petite. Rachi en donne la raison profonde : la petite mesure est déjà contenue dans la grande, donc l'affirmer ne peut pas être faux ; affirmer la grande, en revanche, engage au-delà de ce que le texte prouve.
Et déduisons du keruv, comme il est écrit : vers le kapporet seront les faces (penei) des keruvim (Exode 25,20) !
L'objection change de sens : jusqu'ici on proposait des visages trop grands, maintenant on en propose un trop petit. Le verset des keruvim emploie lui aussi le mot penei, et il est bien plus proche du sujet -- ces faces regardent précisément le kapporet dont on cherche l'épaisseur.
Or, note Rachi, une face de keruv est plus petite qu'un tefah. Si c'est d'elle que vient l'analogie, le kapporet serait plus mince qu'un tefah, et tout le calcul des dix tefahim s'effondre.
Rav Aha bar Yaakov dit : on tient par tradition que les faces des keruvim ne sont pas plus petites qu'un tefah -- et Rav Houna aussi l'a déduit de là.
Rav Aha bar Yaakov répond par une donnée reçue (guemiri, on a la tradition) : une face de keruv fait au minimum un tefah. L'objection tombe, mais la réponse fait plus que cela.
Elle révise la formulation même de la gezera chava : le verset source n'est plus penei Yitzhak mais penei hakeruvim, qui appartient au même contexte que le kapporet. Rav Houna, en réalité, tirait sa mesure de là. La preuve devient plus courte et plus solide.
Et qu'est-ce qu'un keruv ? Rabbi Abbahou dit : ke-ravya (comme un enfant), car à Babel on appelle un nourrisson ravya.
Digression lexicale qui consolide la réponse précédente. Rabbi Abbahou décompose le mot : ke-ravya, comme un ravya -- terme babylonien pour un jeune enfant. La face du keruv est donc un visage d'enfant.
Ce n'est pas une simple curiosité : c'est ce qui rend crédible la tradition du tefah. Un visage d'enfant est petit, mais il reste un visage humain -- il ne descend pas sous la mesure minimale.
Abaye lui dit : mais s'il en est ainsi, ce qui est écrit -- la face du premier était la face du keruv, et la face du second la face d'un homme (Ezechiel 10,14) -- reviendrait à dire que le keruv, c'est l'homme ! -- Des visages grands et des visages petits.
Abaye teste l'étymologie de Rabbi Abbahou sur la vision d'Ezechiel. Les hayot du char portent quatre faces, et le verset distingue explicitement face de keruv et face d'homme. Si keruv veut simplement dire enfant -- donc visage humain -- le verset se répète.
Réponse : appei ravrevei ve-appei zoutrei, grands visages et petits visages. Les deux sont humains, mais l'un est adulte et l'autre enfantin. La distinction du verset porte sur la taille, pas sur l'espèce -- ce qui confirme au passage que la face du keruv est bien la plus petite des faces humaines, celle dont on tire le tefah.
Et d'où sait-on que son espace intérieur fait dix tefahim sans compter son sekhakh ? Dis plutôt : dix avec le sekhakh !
Coup de théâtre. Même en accordant tout le raisonnement précédent -- arche neuf tefahim, kapporet un tefah, la parole divine s'arrêtant à dix -- la preuve ne dit rien de ce que la michna exige.
Car dans l'arche, les dix tefahim sont mesurés couvercle compris : neuf de caisse plus un de kapporet. Transposée à la soucca, l'analogie donnerait dix tefahim sekhakh compris -- alors que la michna réclame dix tefahim de vide habitable, la couverture par-dessus.
L'objection reste sans réponse : toute la construction de 5a est abandonnée. La guemara va chercher une source entièrement différente.
Plutôt, il l'a déduit du Beit Olamim (le Temple permanent), comme il est écrit : et la maison que le roi Salomon bâtit pour l'Éternel, soixante coudées sa longueur, vingt sa largeur et trente coudées sa hauteur (I Rois 6,2). Et il est écrit : la hauteur du premier keruv était de dix coudées, et de même le second keruv (I Rois 6,26).
Et il a été enseigné : de même que nous trouvons au Beit Olamim que les keruvim se tiennent au tiers de la maison, dans le Michkan aussi les keruvim se tiennent au tiers de la maison.
Nouvelle stratégie. On abandonne l'arche et l'on part du Temple de Salomon, dont les dimensions sont données en clair : maison de trente coudées de haut, keruvim de dix coudées. Les keruvim de Salomon reposaient à même le sol : leur tête s'arrêtait donc exactement au tiers de la hauteur.
Une baraita érige ce rapport en règle et le transpose au Michkan : là aussi, la tête des keruvim atteint le tiers de la hauteur. La différence est que les keruvim du Michkan ne sont pas au sol -- ils sont posés sur le kapporet. Cette différence est précisément ce qui va produire le chiffre cherché.
Le Michkan, combien faisait-il ? Dix coudées, comme il est écrit : dix coudées, la longueur de la planche (Exode 26,16).
Combien cela fait-il ? Soixante pouchkei (tefahim).
Son tiers, combien fait-il ? Vingt pouchkei.
Retranche les dix de l'arche et du kapporet : il en reste dix. Et il est écrit : et les keruvim déployaient leurs ailes vers le haut, couvrant (sokhekhim) de leurs ailes le kapporet (Exode 25,20) -- la Torah a appelé sekhakha ce qui se trouve au-dessus de dix tefahim.
Le calcul, étape par étape. Hauteur du Michkan : dix coudées, soit soixante tefahim. Le tiers : vingt tefahim -- c'est la hauteur où s'arrête la tête des kéruvim. Sous eux, l'arche et son kapporet occupent dix tefahim. Reste : dix tefahim pour la taille propre des kéruvim, du kapporet à leur tête.
Le mot décisif est sokhekhim, de la même racine que sekhakh. Le verset dit que les ailes, déployées au-dessus de leur tête, couvrent le kapporet. La Torah appelle donc couverture ce qui s'étend à dix tefahim d'espace vide au-dessus de la surface. C'est exactement la structure demandée pour la soucca : dix tefahim de vide, la couverture au-dessus.
D'où sait-on que leurs ailes se tenaient au-dessus de leurs têtes ? Peut-être se tenaient-elles au niveau de leurs têtes !
Rav Aha bar Yaakov dit : il est écrit vers le haut (lemaala). -- Alors dis qu'elles étaient élevées bien plus haut ! -- Est-il écrit lemaala lemaala (vers le haut, vers le haut) ?
Le calcul précédent suppose que les dix tefahim sont du vide pur. Mais si les ailes étaient déployées au niveau des têtes, l'épaisseur des ailes serait comprise dans les dix -- et l'on retomberait dans le défaut reproche à l'arche au segment 6.
Rav Aha bar Yaakov s'appuie sur un seul mot : lemaala, vers le haut. Les ailes surplombent les têtes ; les dix tefahim sont donc bien du vide.
Objection symétrique : si elles surplombent, pourquoi pas de très haut, ce qui rendrait la mesure indéterminée ? Réponse d'une élégance sèche : le verset ne dit lemaala qu'une fois. Un redoublement aurait signalé une élévation notable ; une seule occurrence n'indique qu'un léger surplomb. La mesure de dix tient.
Cela va bien pour Rabbi Meir, qui dit : toutes les coudées étaient moyennes. Mais pour Rabbi Yehouda, qui dit : la coudée du bâtiment est de six tefahim et celle des ustensiles de cinq -- que peut-on dire ?
Tout le calcul repose sur une conversion silencieuse : une coudée = six tefahim. C'est la position de Rabbi Meir (Menahot 97a) : toutes les coudées du Michkan, bâtiment comme ustensiles, sont des coudées moyennes de six tefahim.
Rabbi Yehouda distingue : six tefahim pour le bâtiment, cinq seulement pour les ustensiles. Or l'arche est un ustensile. Ses une coudée et demie ne font donc plus neuf tefahim mais sept et demi -- et le calcul de la soustraction va donner un tout autre chiffre.
L'arche et le kapporet, combien font-ils ? Huit tefahim et demi.
Il en reste onze et demi. Dis donc qu'une soucca n'est valable que si elle fait onze tefahim et demi !
Le calcul refait selon Rabbi Yehouda : l'arche, une coudée et demie d'ustensile, vaut 1,5 x 5 = 7,5 tefahim ; avec le kapporet, 8,5. Le tiers du Michkan reste vingt tefahim (le bâtiment, lui, se mesure bien en coudées de six). Reste donc 20 - 8,5 = 11,5 tefahim sous les ailes.
Conclusion insoutenable : la soucca devrait mesurer onze tefahim et demi. Aucun tana n'a jamais soutenu un tel chiffre, et la michna dit dix. Chez Rabbi Yehouda, la source scripturaire est donc impraticable -- il faudra une autre origine.
Plutôt, pour Rabbi Yehouda, c'est une halakha reçue par tradition. Car Rabbi Hiya bar Achi a dit au nom de Rav : les chiourim (mesures), les hatsitsin (interpositions) et les mehitsin (cloisons) sont halakha le-Moche mi-Sinaï (loi donnée à Moche au Sinaï).
La solution est un changement de statut. Chez Rabbi Yehouda, les dix tefahim ne viennent d'aucun verset : ils sont une halakha le-Moche mi-Sinaï, une loi orale reçue au Sinaï, transmise sans support scripturaire.
Rav en donne la famille complète : chiourim (les volumes minimaux -- kazayit, kakotevet), hatsitsin (ce qui fait interposition et invalide une immersion au mikve), mehitsin (les règles de cloison, dont notre dix tefahim). Ce sont trois domaines où la halakha travaille avec des chiffres précis que le texte biblique n'énonce jamais.
Rachi précise le contenu de la tradition pour notre cas : moins de dix tefahim, sekhakh non compris, n'est pas une cloison ; à partir de dix, c'en est une.
Mais les chiourim seraient d'origine biblique ! Car il est écrit : un pays de blé et d'orge, de vigne, de figuier et de grenadier, un pays d'olives à huile et de miel (Deutéronome 8,8), et Rav Hanin a dit : tout ce verset a été dit pour les mesures !
La dernière affirmation de Rav est attaquée sur son premier terme. Si les chiourim étaient purement oraux, comment Rav Hanin peut-il lire le verset des sept espèces comme une liste de mesures ?
Le verset vante la Terre d'Israël par ses fruits. Rav Hanin y voit autre chose : chaque espèce sert d'étalon à une mesure halakhique. Rachi souligne le renversement -- la louange du pays tient à ce que même les interdits de la Torah se mesurent par ses produits.
La guemara ouvre alors l'inventaire des sept, qui se poursuivra sur 6a.
Le blé -- pour la maison atteinte de nega (plaie), comme nous avons appris : celui qui entre dans une maison atteinte de nega, ses vêtements sur ses épaules, ses sandales et ses bagues à la main -- lui et eux sont impurs immédiatement.
Premier item de l'inventaire. Le blé fournit la mesure de temps dite kedei akhilat peras -- le délai nécessaire pour manger une demi-miche de pain de blé. C'est le temps de séjour au-delà duquel les vêtements portés par celui qui entre dans une maison frappée de nega (Lévitique 14) deviennent impurs.
La michna citée ici n'expose que le premier cas, celui où l'homme ne porte pas ses affaires : vêtements sur l'épaule, sandales et bagues à la main. Ces objets sont alors entrés dans la maison au même titre que lui -- ils sont impurs sur-le-champ, sans délai.
Le folio s'interrompt ici. La suite de la michna -- celui qui est vêtu et chaussé, dont les affaires ne deviennent impures qu'après le temps de manger un peras -- est où apparaîtra la mesure du blé proprement dite, sur 6a.
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).