Sukkah 6a -- les sept espèces lues comme une table de mesures, le verset ramené à un asmakhta, et les hatsitsin qui reculent de la peau aux cheveux

Sukkah 6a

Sougya : Le folio achève d'abord l'inventaire ouvert en 5b : chacune des sept espèces de Deutéronome 8,8 livre une mesure de la halakha. Le blé donne le temps de manger un peras, seuil au-delà duquel les vêtements portés dans une maison frappée de nega deviennent impurs -- avec un calibrage précis, pain de blé et non d'orge, accoudé, avec un accompagnement.

L'orge donne l'os de cadavre qui rend impur par contact et par port mais non par la tente ; la vigne, le revi'it de vin du nazir ; le figuier, la grogueret du transport de Chabbat ; le grenadier, le trou qui met fin au statut d'ustensile chez le maître de maison ; la datte, la grosse kotevet de Yom Kippour. L'olive, elle, n'est pas un item mais un fond : la terre dont la plupart des mesures sont des kazayit -- la guemara corrigeant toutes en la plupart, puisque les six autres viennent d'être énumérées.

Puis tout se retourne. Si ces mesures sortent d'un verset, elles seraient d'ordre toranique -- mais les chiffres, précisément, ne sont écrits nulle part : le verset n'est qu'un asmakhta, et les mesures restent des halakhot de Moché au Sinaï.

La guemara applique aussitôt le même test aux hatsitsin, ces interpositions qui invalident l'immersion. Cette fois le verset dit bien quelque chose -- il baignera sa chair dans l'eau -- et la halakha orale doit reculer : elle vise non la peau mais les cheveux, avec le seuil chiffré de Rabba bar bar Hana (un cheveu noué fait écran, trois n'en font pas, deux restent un doute).

Mais le mot et de et sa chair inclut déjà ce qui est annexé à la chair, c'est-à-dire les cheveux : la halakha doit reculer une seconde fois, vers l'enseignement de Rabbi Yitzhak -- que le folio coupe en pleine phrase et qui attend le lecteur en 6b.

Le fil du folio : l'inventaire des mesures, puis son retournement La liste de Rav Hanin s'achève, la guemara la retourne contre elle-même, puis rejoue le même test sur les hatsitsin. 1. L'inventaire s'achève seg. 0 à 6 Chacune des sept espèces du verset livre une mesure : blé, orge, vigne, figue, grenade, olive, datte. L'olive obtient même un titre à part : la terre dont la PLUPART des mesures sont des kazayit. Tout semble écrit dans la Torah. 2. Le retournement seg. 7 Alma de-oraita ninhou ! Donc ces mesures viennent bien du texte écrit ? Ve-tisberah ? Chiourin mi ketivi ? Nulle part le verset ne dit os comme une orge, ni peras de blé pour la maison de nega. Halakha du Sinaï + asmakhta. 3. Même test, autre objet seg. 8 à 11 Rav avait dit : les hatsitsin sont une halakha du Sinaï. Or le verset ve-rahats besaro ba-mayim les donne déjà pour la peau. La halakha se replie sur les cheveux -- puis, chassé de la encore, sur R. Yitzhak. La phrase reste ouverte sur 6b. La règle de lecture que le folio installe Un verset qui accompagne une mesure ne la fonde pas forcément : il peut n'être qu'un asmakhta, un appui mnémonique. Et quand un verset couvre déjà un cas, la halakha orale n'est pas annulée : elle se déplace vers ce que le verset ne couvre pas.
Les trois mouvements du folio : l'inventaire des sept espèces s'achève, la guemara le retourne, puis rejoue le même test sur les hatsitsin.
Les sept espèces lues comme une table de mesures (Rav Hanin) Deutéronome 8,8 : terre de blé et d'orge, de vigne, de figuier et de grenadier, terre d'huile d'olive et de miel. ESPÈCE MESURE QU'ELLE DONNE DOMAINE HALAKHIQUE SEG. Blé hita Le temps de manger un peras (demi-miche) de pain de blé, accoudé, avec un liftan Séjour dans la maison frappée de nega : au-delà, les vêtements portés deviennent impurs 0 Orge Un os de mort de la taille d'un grain d'orge Impureté du mort : par contact et par port mais PAS par la tente (ohel) 1 Vigne Un revi'it de vin Nazir : seuil de la flagellation 2 Figuier Une grogueret (figue sèche) Hotsaa du Chabbat : mesure de tout aliment 3 Grenadier Un trou laissant passer une grenade Ustensiles des maîtres de maison : fin du kli 4 Olive zayit Le kazayit non pas une mesure, mais la mesure par défaut Mort, nevela, helev, sang, piggoul, notar, aliment impur, guid hanache -- la MAJORITÉ 5 Miel (datte) Une kotevet haguassa (grosse datte) Yom Kippour : seuil de l'apaisement 6 Et pourtant la table s'effondre (seg. 7) Aucun de ces chiffres n'est écrit dans le verset : ce sont des halakhot du Sinaï, et le verset n'est qu'un asmakhta.
La table complète de Rav Hanin : chaque espèce du verset porte une mesure, chaque mesure un domaine de la halakha -- et l'ensemble sera déclaré asmakhta.
Les hatsitsin : la halakha orale reculant de case en case Chaque fois qu'un verset occupe le terrain, la halakha de Moché au Sinaï se déplace vers ce qui reste découvert. Position de départ (Rav, citée en 5a-6a) Les hatsitsin -- ce qui fait écran entre le corps et l'eau du mikve -- sont une halakha le-Moche mi-Sinaï. Objection 1 (seg. 8) : la peau est déjà écrite Lévitique : ve-rahats besaro ba-mayim, il baignera sa chair dans l'eau. Donc rien ne doit s'interposer : c'est de-oraita. Repli 1 (seg. 9) : la halakha vise les cheveux Rabba bar bar Hana : 1 cheveu noué fait écran, 3 ne font pas écran, 2 -- je ne sais pas. Un chiffre que nul verset ne pouvait donner. Objection 2 (seg. 10) : les cheveux aussi Le mot ET dans ET besaro inclut ce qui est annexé à la chair -- les cheveux. Le verset couvre donc aussi la deuxième case. Repli 2 (seg. 11) : la halakha vise R. Yitzhak Ki atai hilkheta -- le-khid-Rabbi Yitzhak. La citation est coupée par la fin du folio. La réponse attend le lecteur en 6b. À retenir : la forme de l'argument est la même qu'au seg. 7 Un verset qui semble tout dire ne suffit jamais : la tradition orale survit dans le détail chiffré que le texte ne fixe pas.
Le mécanisme du repli : chaque fois qu'un verset occupe une case, la halakha du Sinaï se déplace vers la case suivante.
1
הָיָה לָבוּשׁ כֵּלָיו וְסַנְדָּלָיו בְּרַגְלָיו וְטַבְּעוֹתָיו בְּאֶצְבְּעוֹתָיו — הוּא טָמֵא מִיָּד, וְהֵן טְהוֹרִים עַד שֶׁיִּשְׁהֶה בִּכְדֵי אֲכִילַת פְּרָס, פַּת חִטִּין וְלֹא פַּת שְׂעוֹרִין, מֵיסֵב וְאוֹכֵל בְּלִיפְתָּן.

"S'il était vêtu de ses habits, ses sandales à ses pieds et ses bagues à ses doigts -- lui devient impur immédiatement, tandis qu'eux restent purs jusqu'à ce qu'il séjourne le temps de manger un peras (une demi-miche), de pain de blé et non de pain d'orge, accoudé et mangeant avec un liftan (accompagnement)."

📜 Rachi (6)
הָיָה לָבוּשׁ כֵּלָיו דְּאִיקְּרוֹ לְהוּ בְּגָדָיו:
S'il était vêtu de ses habits : car ils sont alors appelés ses vêtements [au sens du verset qui prescrit de laver ses vêtements].
הוּא טָמֵא מִיָּד דִּכְתִיב וְהַבָּא אֶל הַבַּיִת יִטַּמָּא:
Lui est impur immédiatement : car il est écrit et celui qui entre dans la maison sera impur (Lévitique 14,46).
וְהֵן טְהוֹרִין עַד שֶׁיִּשְׁהֶה דִּכְתִיב (וַיִּקְרָא י״ד:מ״ז) וְהָאוֹכֵל בַּבַּיִת יְכַבֵּס וְגוֹ' וְדָרְשִׁינַן בת"כ אֵין לִי אֶלָּא אוֹכֵל וְשׁוֹכֵב אוֹכֵל בְּלֹא שׁוֹכֵב שׁוֹכֵב בְּלֹא אוֹכֵל לֹא אוֹכֵל וְלֹא שׁוֹכֵב מִנַּיִין ת"ל יְכַבֵּס בְּגָדָיו רִיבָּה שְׁתֵּי פְּעָמִים כְּתִיב יְכַבֵּס בְּגָדָיו וְאִם סוֹפֵנוּ לְרַבּוֹת הַכֹּל מַה ת"ל וְהָאוֹכֵל לִיתֵּן שִׁיעוּר לַשּׁוֹכֵב כְּדֵי אֲכִילָה שֶׁאֵין טָעוּן כִּיבּוּס בְּגָדִים עַד שֶׁיִּשְׁהֶה כְּדֵי אֲכִילָה וְגוּפוֹ טָמֵא מִיָּד דְּהָכִי כְּתִיב וְהַבָּא אֶל הַבַּיִת יִטְמָא וְלָא כְּתִיב כִּיבּוּס בְּגָדִים וְהָאוֹכֵל בַּבַּיִת דְּהַייְנוּ שׁוֹהֶה כְּדֵי אֲכִילָה יְכַבֵּס בְּגָדָיו:
Et eux restent purs jusqu'à ce qu'il séjourne : car il est écrit (Lévitique 14,47) et celui qui mange dans la maison lavera [ses vêtements], etc. Et nous exposons au Torat Kohanim : je n'ai là que celui qui mange et couche ; celui qui mange sans coucher, celui qui couche sans manger, celui qui ne mange ni ne couche -- d'où [le sait-on] ? L'Écriture dit il lavera ses vêtements, expression d'inclusion, et il est écrit deux fois il lavera ses vêtements. Or si nous en venons à tout inclure, pourquoi l'Écriture dit-elle encore et celui qui mange ? Pour donner une mesure à celui qui séjourne : le temps d'un repas -- car il n'est astreint au lavage des vêtements que s'il séjourne le temps d'un repas. Son corps, en revanche, est impur immédiatement, car il est écrit ainsi : et celui qui entre dans la maison sera impur, sans qu'il y soit question de lavage des vêtements ; tandis que celui qui mange dans la maison -- c'est-à-dire celui qui y séjourne le temps d'un repas -- lavera ses vêtements.
אֲכִילַת פְּרָס חֲצִי כִּכָּר שִׁיעֲרוּ חֲכָמִים אוֹתוֹ לְמָזוֹן שְׁתֵּי סְעוּדוֹת לְעֵירוּב דִּתְנַן בְּעֵירוּבִין (דַּף פב:) חֶצְיָהּ לַבַּיִת הַמְנֻוגָּע:
Le temps de manger un peras : une demi-miche. Les Sages ont évalué cette miche comme la nourriture de deux repas pour le erouv, ainsi qu'il est enseigné dans Erouvin 82b : sa moitié pour la maison frappée de nega.
פַּת חִטִּין שְׁהִייָּתָהּ מוּעֶטֶת מִשֶּׁל שְׂעוֹרִים:
Pain de blé : car sa durée de consommation était moindre que celle du pain d'orge.
מֵיסֵב דְּהַייְנוּ דֶּרֶךְ אֲכִילָה מִי שֶׁהוּא מֵיסֵב הוּא עָסוּק בַּאֲכִילָה וְאֵינוֹ טָרוּד בִּדְבָרִים אֲחֵרִים:
Accoudé : c'est-à-dire selon la manière normale de manger ; celui qui est accoudé est occupé à manger et n'est pas accaparé par d'autres choses.
💡 Explication

Le folio 5b s'était arrêté au premier item de la liste de Rav Hanin : le blé mesure le temps de séjour dans une maison frappée de nega (Lévitique 14). 6a ouvre en donnant la seconde moitié de cette michna, celle qui contient effectivement la mesure.

Deux horloges tournent en parallèle. Le corps devient impur dès l'entrée, parce que le verset dit simplement ve-haba el ha-bayit yitma, celui qui entre dans la maison sera impur -- sans exiger de lavage de vêtements. Les vêtements portés, eux, ne deviennent impurs qu'après un séjour d'une certaine durée, parce qu'un autre verset parle de celui qui mange dans la maison, qui lavera ses vêtements : la durée d'un repas devient la mesure du séjour.

Cette durée porte un nom : kedei akhilat peras, le temps de manger une demi-miche. Et la michna la calibre avec précision -- pain de blé (plus vite mangé que l'orge, donc délai plus court et règle plus sévère), en position accoudée (la posture normale du repas), avec un accompagnement qui fait passer le pain. C'est ce calibrage par le blé qui fait de cette michna la preuve du premier mot du verset des sept espèces.

🖼️ Schéma
La maison frappée de nega : deux horloges différentes L'homme et ses vêtements entrent ensemble, mais ne deviennent pas impurs au même instant. entrée temps passé dans la maison kedei akhilat peras LE CORPS : impur dès le premier pas -- ve-haba el ha-bayit yitma LES VÊTEMENTS PORTÉS : encore purs à partir d'ici : impurs Comment se calibre le peras -- et c'est là que le BLÉ entre en scène 1. peras = une demi-miche, celle qui vaut deux repas pour le erouv (Erouvin 82b : sa moitié pour la maison de nega). 2. pain de BLÉ et non d'orge : le blé se mange plus vite, donc le délai est plus court -- mesure plus sévère. 3. accoudé (messev) : la posture normale du repas, celui qui mange sans être distrait. 4. avec un liftan (accompagnement) : ce qui fait encore glisser le pain plus vite.
Les deux horloges de la maison de nega, et les quatre paramètres qui calibrent le peras.
2
שְׂעוֹרָה — דִּתְנַן: עֶצֶם כִּשְׂעוֹרָה — מְטַמֵּא בְּמַגָּע וּבְמַשָּׂא, וְאֵינוֹ מְטַמֵּא בְּאֹהֶל.

L'orge -- car nous avons appris [dans une michna] : un os [de cadavre] de la taille d'un grain d'orge rend impur par contact et par port, mais ne rend pas impur par la tente.

📜 Rachi (2)
עֶצֶם כִּשְׂעוֹרָה מִן הַמֵּת:
Un os de la taille d'un grain d'orge : provenant d'un cadavre.
וְאֵינוֹ מְטַמֵּא בְּאֹהֶל כְּשִׁיעוּר זֶה עַד שֶׁיְּהֵא שִׁדְרָה אוֹ גֻּלְגֹּולֶת שְׁלֵמָה אוֹ רֹוב מִנְיַן אֶבְרֵי אָדָם:
Et il ne rend pas impur par la tente : avec cette mesure-là. [Pour l'impureté de la tente] il faudrait une colonne vertébrale ou un crâne entier, ou encore la majorité du nombre des membres d'un homme.
💡 Explication

Deuxième item de la liste. L'orge sert d'étalon à l'impureté du mort : le plus petit fragment osseux qui transmette encore l'impureté est celui qui atteint la taille d'un grain d'orge.

Mais la michna ajoute une limite qui est tout l'intérêt de la mesure : cet os transmet l'impureté par contact (mag'a) et par port (massa), et non par la tente (ohel) -- c'est-à-dire qu'il ne contamine pas tout ce qui se trouve sous le même toit que lui. Pour l'impureté de la tente, Rachi le rappelle, il faut bien davantage : une colonne vertébrale, un crâne entier, ou la majorité des membres du corps.

3
גֶּפֶן — כְּדֵי רְבִיעִית יַיִן לְנָזִיר.

La vigne -- l'équivalent d'un revi'it de vin pour le nazir.

📜 Rachi (2)
גֶּפֶן מַה שִׁיעֲרוּ בּוֹ:
La vigne : que mesura-t-on par elle ?
כְּדֵי רְבִיעִית יַיִן בִּשְׁאָר אִיסּוּרֵי נָזִיר דְּאִיכָּא לְמָאֵן דְּאָמַר בְּמַסֶּכֶת נָזִיר (דַּף לד:) דְּחַרְצַנִּים וְלוּלָבִין וְעָלָיו מִצְטָרְפִין לְשִׁיעוּר רְבִיעִית יַיִן שֶׁאִם יִתְּנֵם לְכוֹס מָלֵא יַיִן עַד שֶׁיֵּצֵא מִמֶּנּוּ רְבִיעִית יַיִן וְאֵין דּוֹמֶה הַמְשַׁעֵר בְּכוֹס מָלֵא מַיִם לַמְשַׁעֵר בְּיַיִן מִשּׁוּם דְּיַיִן עָב הוּא וְאֵינוֹ מְמַהֵר לָצֵאת אֶלָּא נְבָרֵץ וְנִגְדָּשׁ עַל שְׂפַת הַכּוֹס יוֹתֵר מִן הַמַּיִם:
L'équivalent d'un revi'it de vin : pour les autres interdits du nazir. Car il y a une opinion, au traité Nazir 34b, selon laquelle les pépins, les jeunes pousses et les feuilles se combinent pour atteindre la mesure d'un revi'it de vin : si on les dépose dans une coupe pleine de vin jusqu'à ce qu'il en sorte un revi'it de vin. Et celui qui mesure dans une coupe pleine d'eau ne fait pas la même chose que celui qui mesure dans du vin, car le vin est épais et ne s'écoule pas vite : il se bombe et s'amoncelle au-dessus du bord de la coupe plus que ne le fait l'eau.
🗂️ Tossefot (1)
גֶּפֶן כְּדֵי רְבִיעִית יַיִן לְנָזִיר. פֵּי' בַּקּוּנְטְרֵס כְּדֵי רְבִיעִית בִּשְׁאָר אִיסּוּרֵי נָזִיר דְּאִיכָּא לְמָאֵן דְּאָמַר בְּמַס' נָזִיר (דַּף לד:) דְּלוּלָבִין וְעָלִין וְחַרְצַנִּין מִצְטָרְפִין לְשִׁיעוּר רְבִיעִית יַיִן דְּאִם יִתְּנֵם לְכוֹס מָלֵא יַיִן וְיָצָא מִמֶּנּוּ רְבִיעִית יַיִן וְאֵינוֹ דּוֹמֶה הַמְשַׁעֵר בְּכוֹס מָלֵא יַיִן לַמְשַׁעֵר בְּכוֹס מָלֵא מַיִם דְּיַיִן עָב וְאֵינוֹ מְמַהֵר לָצֵאת אֶלָּא נְבָרֵץ וְנִגְדָּשׁ עַל שְׂפַת הַכּוֹס יוֹתֵר מִן הַמַּיִם וּבְרֵישׁ עֵירוּבִין (דַּף ד.) פֵּי' בַּקּוּנְטְרֵס גֶּפֶן כְּדֵי רְבִיעִית יַיִן לְנָזִיר לְחַיְּיבוֹ מַלְקוֹת מַשְׁמַע שֶׁרוֹצֶה לוֹמַר אִם שָׁתָה רְבִיעִית יַיִן וְאֵין זֶה מֵעִנְיָן הָאֲחֵרִים דִּמְשַׁעֲרִינַן בְּהוּ מִילְּתָא אַחֲרִיתִי וּכְמוֹ שֶׁפֵּירֵשׁ כָּאן עִיקָּר וְכִי הַאי גַּווְנָא תַּנְיָא בַּתּוֹסֶפְתָּא דְּנָזִיר כֵּיצַד הוּא עוֹשֶׂה מֵבִיא כּוֹס מָלֵא יַיִן וּמֵבִיא זַיִת אֵיגוֹרִי וְנוֹתֵן לְתוֹכוֹ וְשׁוֹפֵעַ אִם שָׁתָה כַּיּוֹצֵא בוֹ חַייָּב וְאִם לָאו פָּטוּר דִּבְרֵי ר' עֲקִיבָא ר' אֶלְעָזָר בֶּן עֲזַרְיָה אוֹמֵר אֵינוֹ חַיָּיב עַד שֶׁיִּשְׁתֶּה רְבִיעִית וְהַשְׁתָּא סֻוגְיָא דִּשְׁמַעְתִּין כְּר' אֶלְעָזָר בֶּן עֲזַרְיָה וְאֵין לָחוּשׁ בְּכָךְ דְּהָכִי נָמֵי הַהִיא דְּעֶשֶׂר רְבִיעִית דְּפֶרֶק שְׁלֹשָׁה מִינִין (נָזִיר דַּף לח.) כְּוָותֵיהּ ואע"ג דְּאָמְרִינַן הָתָם בִּפְלֻוגְתָּא לָא קָמַיְירֵי לָא חָייֵשׁ בְּהוּ אע"ג דִּפְלִיג עֲלָהּ רַבִּי עֲקִיבָא וּבְנָזִיר נָמֵי אִיכָּא בִּפְלֻוגְתָּא בְּפֶ' ג' מִינִין (נָזִיר דַּף לד.) דִּתְנַן וְאֵינוֹ חַייָּב עַד שֶׁיֹּאכַל מִן הָעֲנָבִים כַּזָּיִת מִשְׁנָה רִאשׁוֹנָה אוֹמֶרֶת עַד שֶׁיִּשְׁתֶּה רְבִיעִית יַיִן ר' עֲקִיבָא אוֹמֵר אֲפִילּוּ שָׁרָה פִּתּוֹ בְּיַיִן וְיֵשׁ בּוֹ לְצָרֵף כְּזַיִת חַייָּב וְאָמְרִינַן בגמ' [דַּף לח:] ת"ק מְדַמֶּה לְהוּ אִיסּוּרֵי נָזִיר לִשְׁתִיָּה וּבַאֲכִילַת עָלִין וְלוּלָבִין נָמֵי בָּעֵי רְבִיעִית כְּמוֹ בִּשְׁתִיָּה וְר' עֲקִיבָא סָבַר כֵּיוָן דְּאָמַר קְרָא וַעֲנָבִים לַחִים וִיבֵשִׁים לֹא יֹאכֵל מָה אֲכִילָה בִּכְזַיִת אַף כָּל בִּכְזַיִת כְּלוֹמַר אַף שְׁתִיָּה וּקְצָת קָשֶׁה לַגִּירְסָא זוֹ דְּהֵיכָא אַשְׁכְּחַן דְּמַצְרִיךְ רְבִיעִית בְּמִידֵּי דַּאֲכִילָה וְצָרִיךְ לוֹמַר דְּמַשְׁמַע לֵיהּ דְּכִי קָתָנֵי עַד שֶׁיֹּאכַל מִן הָעֲנָבִים כַּזָּיִת ה"ה בִּשְׁתִיָּה וּמִשְׁנָה רִאשׁוֹנָה דְּאוֹמֶרֶת עַד שֶׁיִּשְׁתֶּה רְבִיעִית ה"ה בַּאֲכִילָה אֶלָּא מַר נָקֵיט אֲכִילָה מִשּׁוּם דְּיָלֵיף מִינֵּיהּ לְעִנְיַן שְׁתִיָּה וּמַר נָקֵיט שְׁתִיָּה מִשּׁוּם דְּיָלֵיף מִינֵּיהּ לְעִנְיַן אֲכִילָה ור"ת גָּרֵיס שָׁם בְּנָזִיר ת"ק לָא מְדַמֶּה לְהוּ לְכָל אִיסּוּרֵי נָזִיר לַאֲכִילָה וְכֵן מָצָא בְּסֵפֶר יָשָׁן וְיֵשׁ סְפָרִים שֶׁכָּתוּב בָּהֶן וְלָא מְדַמֵּי לְהוּ לְאִיסּוּרֵי נָזִיר לִשְׁתִיָּה וְהַכֹּל אֶחָד אֲבָל לַאֲכִילָה נִיחָא טְפֵי פִּי' מִשְׁנָה רִאשׁוֹנָה מְחַלֶּקֶת בֵּין אֲכִילָה לִשְׁתִיָּה וְלָא יָלְפִינַן מֵהֲדָדֵי וּלְגִירְסָא זוֹ הָוְיָא אֲכִילָה בִּכְזַיִת לְכֻולֵּי עָלְמָא וּבִשְׁמַעְתִּין גָּרַס ר"ת כַּזַּיִת יַיִן לְנָזִיר וְאָתְיָא ככ"ע וּבְמִידִי דַּאֲכִילָה וְקָשֶׁה לְפִי' ר"ת דְּמַאי נָפְקָא מִינַּהּ דִּמְשַׁעֲרִינַן אוֹתוֹ זַיִת בְּכוֹס מָלֵא יַיִן דְּכֵן יָכוֹל לְשַׁעֵר בְּמַיִם כְּמוֹ יַיִן בְּמָקוֹם שֶׁיָּשִׂימוּ הַזַּיִת אֵיגוֹרִי בֵּין בְּיַיִן בֵּין בְּמַיִם שָׁם יָשִׂימוּ כְּמוֹ כֵן הַחַרְצַנִּים וְהַזַּגִּים וְאִם נַעֲמִיד שְׁמַעְתִּין בְּמִידִי דִּשְׁתִיָּה כֵּיוָן דְּאָמְרִינַן לְחַיֵּיב בְּשׁוֹתֶה מַה שֶׁמַּפִּיל שִׁיעוּר כְּזַיִת מִן הַיַּיִן דְּהוּא דָּבָר מוּעָט הָא פְּשִׁיטָא דְּכֵיוָן דְּשָׁתָה יַיִן דְּשִׁעוּרֵיהּ. (מֵהָכָא) דְּאִי אֶפְשָׁר לְשַׁעֲרוֹ אֶלָּא בְּיַיִן וּקְצָת מַשְׁמַע בִּירוּשַׁלְמִי דְּנָזִיר כפר"ת דַּאֲכִילָה לְכֻולֵּי עָלְמָא בִּכְזַיִת דְּקָאָמַר הָתָם מִשְׁנָה רִאשׁוֹנָה עַד שֶׁיִּשְׁתֶּה רְבִיעִית יַיִן דְּהָווּ דָּרְשִׁינַן שֵׁכָר שֵׁכָר מַה שֵׁכָר שֶׁנֶּאֱמַר לְהַלָּן רְבִיעִית אַף שֵׁכָר הָאָמוּר כָּאן רְבִיעִית חָזְרוּ לוֹמַר לֹא יֹאכַל וְלֹא יִשְׁתֶּה מָה אֲכִילָה בִּכְזַיִת אַף שְׁתִיָּה בִּכְזַיִת:
La vigne : l'équivalent d'un revi'it de vin pour le nazir. Le Contres (Rachi) a expliqué : un revi'it s'agissant des autres interdits du nazir, car il y a une opinion au traité Nazir 34b selon laquelle les jeunes pousses, les feuilles et les pépins se combinent pour la mesure d'un revi'it de vin -- si on les dépose dans une coupe pleine de vin et qu'il en sorte un revi'it de vin ; et celui qui mesure dans une coupe pleine de vin ne fait pas la même chose que celui qui mesure dans une coupe pleine d'eau, car le vin est épais et ne s'écoule pas vite : il se bombe et s'amoncelle au-dessus du bord de la coupe plus que l'eau. Mais au début de Erouvin (4a), le Contres a expliqué la vigne : l'équivalent d'un revi'it de vin pour le nazir comme visant à le rendre passible de flagellation -- ce qui laisse entendre qu'il s'agit de celui qui a bu un revi'it de vin. Or cela ne relève pas du même registre que les autres [items de la liste], où l'espèce sert à mesurer une chose autre [qu'elle-même] ; l'explication donnée ici est donc la principale. Et de même il est enseigné dans la Tossefta de Nazir : comment procède-t-il ? Il apporte une coupe pleine de vin, apporte une olive dite égori et l'y dépose, et [le vin] déborde ; s'il a bu l'équivalent [de ce qui a débordé], il est coupable, sinon il est quitte -- paroles de Rabbi Akiva. Rabbi Elazar ben Azaria dit : il n'est coupable que s'il boit un revi'it. Ainsi la sougya qui nous occupe suit Rabbi Elazar ben Azaria, et il n'y a pas lieu de s'en inquiéter, car de même le passage des dix revi'it, au chapitre Cheloch Minim (Nazir 38a), suit son avis ; et bien que l'on y dise que l'on ne s'exprime pas sur ce qui est objet de controverse, on ne s'en soucie pas, quoique Rabbi Akiva soit en désaccord. Dans Nazir aussi il y a controverse, au chapitre Cheloch Minim (34a), car la michna enseigne : et il n'est coupable que s'il mange un kazayit de raisins -- la michna première dit : jusqu'à ce qu'il boive un revi'it de vin ; Rabbi Akiva dit : même s'il a trempé son pain dans du vin et qu'il y ait de quoi réunir un kazayit, il est coupable. Et l'on dit dans la guemara (38b) : le tana kama assimile les interdits du nazir à la boisson, et pour la consommation de feuilles et de pousses il exige lui aussi un revi'it, comme pour la boisson ; tandis que Rabbi Akiva estime que, puisque le verset dit et des raisins frais ou secs il ne mangera pas, de même que la consommation se mesure par un kazayit, ainsi toute chose par un kazayit -- c'est-à-dire même la boisson. Cette leçon fait quelque difficulté : où trouve-t-on que l'on exige un revi'it pour une chose relevant de la consommation ? Il faut dire qu'il comprend ainsi : lorsqu'on enseigne jusqu'à ce qu'il mange un kazayit de raisins, il en va de même pour la boisson ; et la michna première qui dit jusqu'à ce qu'il boive un revi'it vaut de même pour la consommation -- mais l'un mentionne la consommation parce qu'il en déduit la boisson, et l'autre mentionne la boisson parce qu'il en déduit la consommation. Rabbenou Tam lit là-bas, dans Nazir : le tana kama n'assimile pas tous les interdits du nazir à la consommation -- et il l'a trouvé ainsi dans un livre ancien ; certains livres portent : et il ne les assimile pas aux interdits du nazir quant à la boisson -- c'est tout un, mais quant à la consommation donne un sens meilleur : la michna première distingue entre consommation et boisson, et l'on ne déduit pas l'une de l'autre. Selon cette leçon, la consommation est d'un kazayit pour tous. Et dans notre sougya Rabbenou Tam lit un kazayit de vin pour le nazir, ce qui convient à tous et relève de la consommation. Mais l'explication de Rabbenou Tam fait difficulté : quel intérêt y a-t-il à mesurer cette olive dans une coupe pleine de vin ? On pourrait aussi bien mesurer dans l'eau que dans le vin, car là où l'on déposerait l'olive égori -- que ce soit dans le vin ou dans l'eau -- on déposerait de même les pépins et les peaux. Et si nous plaçons notre sougya dans le registre de la boisson, puisque l'on dit qu'il est coupable en buvant ce qui fait déborder la mesure d'un kazayit de vin -- chose minime -- il est évident que, dès lors qu'il a bu du vin, c'est là sa mesure, laquelle ne peut être évaluée que dans du vin. Et le Yerouchalmi de Nazir laisse quelque peu entendre comme Rabbenou Tam, que la consommation est d'un kazayit pour tous, car il y est dit : la michna première [enseigne] jusqu'à ce qu'il boive un revi'it de vin, car nous exposions [par gezera chava] chekhar-chekhar -- de même que le chekhar dit ailleurs est d'un revi'it, ainsi le chekhar dit ici est d'un revi'it ; puis ils revinrent dire il ne mangera ni ne boira -- de même que la consommation est d'un kazayit, ainsi la boisson est d'un kazayit.
💡 Explication

Troisième item : la vigne donne le revi'it (un quart de log) de vin, mesure du nazir.

Rachi précise que le revi'it n'intervient pas ici pour le vin bu tel quel, mais pour les autres interdits du nazir -- les pépins (hartsanim), les peaux, les jeunes pousses et les feuilles de vigne. Selon une opinion du traité Nazir, ces éléments se cumulent jusqu'à un volume équivalent à un revi'it de vin, et l'on mesure ce volume par déplacement : on les plonge dans une coupe pleine de vin et l'on regarde ce qui déborde. Rachi note au passage une observation physique fine -- le vin, plus épais que l'eau, forme un bombement au-dessus du bord de la coupe avant de s'écouler : mesurer dans l'eau et mesurer dans le vin ne donnent donc pas le même résultat.

4
תְּאֵנָה — כִּגְרוֹגֶרֶת לְהוֹצָאַת שַׁבָּת.

Le figuier -- comme une grogueret (figue sèche), pour le transport [d'un domaine à l'autre] le Chabbat.

📜 Rachi (2)
תְּאֵנָה מַה שִׁיעֲרוּ בָּהּ:
Le figuier : que mesura-t-on par lui ?
כִּגְרוֹגֶרֶת לְהוֹצָאַת שַׁבָּת שִׁיעֲרוּ בְּכָל הָאֳוכָלִים:
Comme une grogueret pour le transport du Chabbat : c'est la mesure fixée pour tous les aliments.
💡 Explication

Quatrième item. La figue -- plus précisément la figue séchée, grogueret -- donne la mesure de la hotsaa, le transport d'un domaine à l'autre le Chabbat.

Rachi souligne la portée de cette mesure : elle ne concerne pas seulement les figues, mais tous les aliments. Un volume de nourriture inférieur à une figue sèche est trop peu pour engager la responsabilité de celui qui le transporte. La figue devient donc l'unité universelle du transport alimentaire le Chabbat.

5
רִמּוֹן — דִּתְנַן: כָּל כְּלֵי בַּעֲלֵי בָּתִּים — שִׁיעוּרָן כְּרִמּוֹנִים.

Le grenadier -- car nous avons appris [dans une michna] : tous les ustensiles des maîtres de maison, leur mesure est celle des grenades.

📜 Rachi (2)
כָּל כְּלֵי בַּעֲלֵי בָתִּים שִׁיעוּרָן בְּנִקְבֵיהֶם:
Tous les ustensiles des maîtres de maison, leur mesure : il s'agit de leurs trous.
כָּרִמּוֹן דְּעַד שֶׁנִּיקַּב כְּמוֹצִיא רִמּוֹן שֵׁם כְּלִי עָלָיו וּמְקַבֵּל טֻומְאָה לְפִי שֶׁבַּעַל הַבַּיִת חָס עַל כֵּלָיו וּכְשֶׁהוּא מוֹצִיא זֵיתִים הוּא מִשְׁתַּמֵּשׁ בּוֹ רִמּוֹנִים אֲבָל כְּלִי אֻומָּן שֶׁעוֹמֵד לִימָּכֵר טָהוֹר בְּנֶקֶב כָּל שֶׁהוּא:
Comme une grenade : car tant qu'il n'est pas percé d'un trou laissant passer une grenade, il porte encore le nom d'ustensile et reçoit l'impureté -- parce que le maître de maison ménage ses ustensiles : lorsqu'il laisse déjà échapper les olives, il s'en sert encore pour les grenades. En revanche, l'ustensile d'artisan, qui est destiné à la vente, devient pur dès le moindre trou.
🗂️ Tossefot (2)
כָּל כְּלֵי בַּעֲלֵי בָתִּים שִׁיעוּרָן כְּרִמּוֹנִים. גַּבֵּי כְּלִי עֵץ מִיתַּנְיָא פי"ז דְּכֵלִים אֲבָל בִּכְלִי חֶרֶס תְּנַן פ' שְׁלִישִׁי דְּכֵלִים [מ"א] הֶעָשׂוּי לָאֳוכָלִין שִׁיעוּרָן כְּזֵיתִים הֶעָשׂוּי לְמַשְׁקִים כּוּ' וְהָא דְאָמַר בְּסוֹף הַמַּצְנִיעַ (שַׁבָּת דַּף צה:) חָמֵשׁ מִדּוֹת בִּכְלֵי חֶרֶס נִיקַּב כְּמוֹצִיא זַיִת טָהוֹר מִלְּקַבֵּל זֵיתִים וַעֲדַיִין כְּלִי הוּא לְקַבֵּל רִמּוֹנִים הַייְנוּ אִם יִחֲדוֹ לְרִמּוֹנִים אֲבָל סְתָמוֹ כְּמוֹצִיא זַיִת:
Tous les ustensiles des maîtres de maison, leur mesure est celle des grenades. Cela est enseigné à propos des ustensiles de bois, au chapitre 17 de Kelim ; mais pour les ustensiles de terre cuite, nous avons appris au chapitre 3 de Kelim (michna 1) : celui qui est fait pour les aliments, sa mesure est celle des olives ; celui qui est fait pour les liquides, etc. Et ce qui est dit à la fin du chapitre HaMatsni'a (Chabbat 95b) : cinq mesures dans les ustensiles de terre cuite -- percé d'un trou laissant passer une olive, il est pur quant à contenir des olives, mais il est encore un ustensile pour contenir des grenades -- cela vaut s'il l'a affecté aux grenades ; mais s'il est resté sans affectation particulière, [sa mesure est] le trou laissant passer une olive.
שִׁיעוּרָן כְּרִמּוֹנִים. בְּמַס' כֵּלִים פ' י"ז [מ"ד] תְּנַן הָרִמּוֹנִים שֶׁאָמְרוּ שְׁלֹשָׁה אֲחוּזִים זֶה בָּזֶה וְלֹא שֶׁיְּהֵא צָרִיךְ נֶקֶב גָּדוֹל כָּל כָּךְ כְּדֵי שֶׁיֵּצְאוּ שְׁלָשְׁתָּן בְּבַת אַחַת אֶלָּא אֶחָד לְבַד דְּהָא אָמַר בְּסוֹף הַמַּצְנִיעַ (שַׁבָּת דַּף צה:) כְּמוֹצִיא רִמּוֹן מַשְׁמַע רִמּוֹן אֶחָד דְּלָא קָאָמַר רִמּוֹנִים וְעוֹד בְּפֶ' אֵלּוּ קְשָׁרִים (שַׁבָּת דַּף קיב:) וּבְפֶ' עוֹשִׂין פַּסִּין (עֵירוּבִין דַּף כֹּד.) דְּבָעֵי חִזְקִיָּה נִיקַּב כְּמוֹצִיא זַיִת וּסְתָמוֹ וְחָזַר וְנִיקַּב כְּמוֹצִיא זַיִת וּסְתָמוֹ עַד שֶׁהִשְׁלִימוֹ לְמוֹצִיא רִמּוֹן מַהוּ הֲוָה לֵיהּ לְמִינְקַט נִיקַּב כְּמוֹצִיא רִמּוֹן וּסְתָמוֹ וְחָזַר וְנִיקַּב כְּמוֹצִיא רִמּוֹן וּסְתָמוֹ עַד שֶׁהִשְׁלִימוֹ לִשְׁלֹשָׁה רִמּוֹנִים מַהוּ וְנִרְאֶה לְפָרֵשׁ דְּהָא דִּנְקַט שְׁלֹשָׁה רִמּוֹנִים אֲחוּזִים דאע"פ שֶׁמּוֹצִיאָם זֶה אַחַר זֶה אֵין נוֹחִין לָצֵאת דֶּרֶךְ נֶקֶב צַר כְּמוֹ שֶׁהָיָה יוֹצֵא זֶה אַחַר זֶה בִּפְנֵי עַצְמוֹ עוֹד יֵשׁ לְפָרֵשׁ דִּנְקַט שְׁלֹשָׁה אֲחוּזִים זֶה בָּזֶה מִשּׁוּם דְּרִמּוֹן דְּגָדֵל יְחִידִי בִּפְנֵי עַצְמוֹ אוֹ שְׁנַיִם גְּדוֹלִים יוֹתֵר מִדַּאי וְהַגְּדֵלִים אַרְבָּעָה אֲחוּזִים קְטַנִּים יוֹתֵר מִדַּאי אֲבָל הַגְּדֵלִים שְׁלֹשָׁה בֵּינוֹנִים וּמְשַׁעֲרִים בָּהֶן: [וע"ע תּוֹסְפוֹת שַׁבָּת קיב: ד"ה עַד וְתוֹסְפוֹת עֵירוּבִין ד: ד"ה שִׁיעוּרָן]:
Leur mesure est celle des grenades. Au traité Kelim, chapitre 17 (michna 4), nous avons appris : les grenades dont on a parlé, ce sont trois tenant l'une à l'autre. Cela ne signifie pas qu'il faille un trou assez grand pour qu'elles sortent toutes les trois à la fois, mais bien une seule -- car il est dit à la fin de HaMatsni'a (Chabbat 95b) d'un trou laissant passer une grenade, ce qui indique une seule grenade, puisqu'il ne dit pas des grenades. De plus, au chapitre Elou Kecharim (Chabbat 112b) et au chapitre Ossin Passin (Erouvin 24a), Hizkia demande : percé d'un trou laissant passer une olive puis bouche, percé de nouveau d'un trou laissant passer une olive puis bouche, jusqu'à ce que [les trous] totalisent le passage d'une grenade -- quelle est la règle ? Or il aurait dû dire : percé d'un trou laissant passer une grenade puis bouche, percé de nouveau d'un trou laissant passer une grenade puis bouche, jusqu'à ce qu'ils totalisent trois grenades -- quelle est la règle ? Il faut donc expliquer que si l'on mentionne trois grenades tenant ensemble, c'est que, même si on les fait sortir l'une après l'autre, elles ne sortent pas aisément par un trou étroit comme elles sortiraient chacune séparément. On peut encore expliquer que l'on mentionne trois grenades tenant l'une à l'autre parce qu'une grenade qui pousse seule, ou deux ensemble, sont trop grosses, tandis que celles qui poussent à quatre tenant ensemble sont trop petites ; celles qui poussent à trois sont moyennes, et c'est par elles que l'on mesure. [Voir encore Tossefot Chabbat 112b, s.v. ad, et Tossefot Erouvin 4b, s.v. chiouran.]
💡 Explication

Cinquième item. La grenade fixe le seuil à partir duquel un ustensile percé cesse d'être un kli et devient donc pur -- un objet brisé ne reçoit pas et ne conserve pas l'impureté.

Rachi explique la logique : le seuil n'est pas physique mais psychologique. Le maître de maison ménage ses ustensiles ; un trou qui laisse déjà fuir les olives ne lui fait pas jeter le récipient, il continue de s'en servir pour les grenades. Tant qu'un usage subsiste, le statut de kli subsiste. À l'inverse, l'ustensile d'artisan, destiné à la vente, perd son statut au moindre trou : personne n'achète un récipient percé.

Les Tossefot ajoutent deux précisions techniques : cette michna porte sur les ustensiles de bois (Kelim ch. 17) -- pour la terre cuite le seuil ordinaire est l'olive -- et l'expression trois grenades tenant l'une à l'autre, dans Kelim, ne veut pas dire qu'il faille un trou pour trois, mais sert à calibrer la taille moyenne d'une grenade.

🖼️ Schéma
Quand un ustensile percé cesse-t-il d'être un ustensile ? Le seuil dépend du propriétaire : ce qu'il est encore prêt à faire du récipient troué. Kli baal habayit -- le maître de maison Il ménage ses ustensiles. Un trou qui laisse déjà fuir les olives ne le décourage pas : il s'en sert encore pour les grenades. trou = olive : encore un kli trou = grenade : fin du kli Seuil de pureté : le trou de grenade. Kli ouman -- l'ustensile de l'artisan Il est destiné à la vente. Un client n'achète pas un récipient percé, si peu que ce soit. le moindre trou : fin du kli Seuil de pureté : n'importe quel trou. La logique : la mesure n'est pas physique, elle est psychologique Le kli reste kli tant que son propriétaire en attend encore un service -- et c'est cette attente que le grenadier chiffre.
Deux seuils opposés pour le même trou : ce qui compte est l'usage que le propriétaire attend encore du récipient.
6
״אֶרֶץ זֵית שֶׁמֶן (וּדְבָשׁ)״ — אֶרֶץ שֶׁכָּל שִׁיעוּרֶיהָ כְּזֵיתִים. ״כָּל שִׁיעוּרֵיהּ״ סָלְקָא דַעְתָּךְ?! הָא אִיכָּא הָנֵי דְּאָמְרִינַן! אֶלָּא אֵימָא: שֶׁרֹוב שִׁיעוּרֵיהּ כְּזֵיתִים.

"Une terre d'huile d'olive (et de miel)" -- une terre dont TOUTES les mesures sont des kazayit. "Toutes ses mesures", cela te viendrait-il à l'esprit ?!

Mais il y a bien celles que nous venons de dire ! Dis plutôt : dont la PLUPART des mesures sont des kazayit.

📜 Rachi (1)
רֹוב שִׁיעוּרֵיהּ כְּזֵיתִים מֵת וּנְבֵילָה וְאִיסּוּר חֵלֶב וָדָם וּפִיגּוּל וְנוֹתָר וְטָמֵא וְגִיד הַנָּשֶׁה:
La plupart de ses mesures sont des kazayit : le mort, la nevela (bête morte), l'interdit du helev (graisses), le sang, le piggoul, le notar, l'aliment impur et le guid hanaché (nerf sciatique).
💡 Explication

L'olive reçoit un traitement à part. Les autres espèces donnaient chacune une mesure ; l'olive, elle, reçoit un titre général : la terre d'Israël est la terre dont les mesures sont des kazayit.

La guemara corrige aussitôt cette formulation, et la correction est logiquement nécessaire : si toutes les mesures étaient des kazayit, les six items qui viennent d'être énumérés -- peras, orge, revi'it, grogueret, grenade -- n'existeraient pas. La lecture se replie donc sur rov, la plupart.

Rachi remplit la case : le kazayit est bien la mesure par défaut de l'ordre des interdits et des impuretés -- le mort, la nevela, le helev, le sang, le piggoul, le notar, l'aliment impur, le guid hanaché. L'olive n'est pas un item de la liste : elle en est le fond sur lequel les autres se détachent.

7
דְּבַשׁ — כְּכוֹתֶבֶת הַגַּסָּה בְּיוֹם הַכִּפּוּרִים.

Le miel -- comme une kotevet haguassa (une grosse datte), à Yom Kippour.

📜 Rachi (3)
דְּבַשׁ כָּל מִינֵי מְתִיקָה קָרַוְיִין דְּבַשׁ וּתְמָרִים מִינֵי מְתִיקָה הֵן:
Miel : toutes les sortes de douceurs sont appelées miel, et les dattes sont des douceurs.
כּוֹתֶבֶת תְּמָרָה:
Kotevet : une datte.
לְיוֹם הַכִּפּוּרִים דְּלָא כְּתִיב בֵּיהּ אֲכִילָה אֶלָּא אֲשֶׁר לֹא תְּעֻונֶּה (וַיִּקְרָא כג) מִידֵּי דִּמְייַתֵּב דַּעְתֵּיהּ וּמַפְקַע לֵיהּ מֵעִינּוּי:
Pour Yom Kippour : car il n'y est pas écrit de manger, mais qui ne s'affligera pas (Lévitique 23) -- [donc la mesure est] ce qui apaise l'esprit et le soustrait à l'affliction.
💡 Explication

Dernier item du verset. Le miel de la Torah n'est pas le miel d'abeille : Rachi rappelle que toute douceur est appelée devach, et qu'il s'agit ici du miel de dattes. La datte donne donc la mesure de la consommation interdite à Yom Kippour : la kotevet haguassa, une grosse datte.

Rachi explique pourquoi cette mesure est unique en son genre, et pourquoi elle est plus grande que le kazayit habituel. La Torah n'écrit pas, pour Yom Kippour, un interdit de manger, mais l'obligation de s'affliger -- acher lo teouneh. Ce n'est donc pas un volume de nourriture qu'il faut mesurer, mais le seuil à partir duquel l'esprit est apaisé et sort de l'affliction. La mesure ne suit pas la bouche, elle suit l'effet.

8
אַלְמָא דְּאוֹרָייְתָא נִינְהוּ! וְתִסְבְּרָא? שִׁיעוּרִין מִי כְּתִיבִי? אֶלָּא הִלְכְתָא נִינְהוּ, וּקְרָא אַסְמַכְתָּא בְּעָלְמָא הוּא.

Il en ressort donc qu'elles sont d'ordre toranique ! Et le penses-tu vraiment ?

Les mesures sont-elles écrites [dans la Torah] ?! Elles sont plutôt des halakhot [transmises à Moché au Sinaï], et le verset n'est qu'un simple asmakhta (appui scripturaire).

📜 Rachi (1)
מִי כְּתִיבִי כְּלוּם כְּתִיב בַּתּוֹרָה עֶצֶם כִּשְׂעוֹרָה וּבַיִת הַמְנֻוגָּע בְּחִטִּין וְכֵן כֻּולָּם:
Sont-elles écrites ? : Est-il écrit quelque part dans la Torah un os de la taille d'un grain d'orge, ou que la maison frappée de nega [se mesure] en blé ? Et ainsi de toutes.
🗂️ Tossefot (1)
אֶלָּא הִלְכְתָא נִינְהוּ וּקְרָא אַסְמַכְתָּא בְּעָלְמָא. מִכָּאן קָשֶׁה לְגִירְסַת הַסְּפָרִים דִּבְפֶ' בָּתְרָא דְּיוֹמָא (דַּף פ. וְשָׁם) דא"ר יוֹחָנָן שִׁיעוּרִין וָעֳונָשִׁין הֲלָכָה לְמֹשֶׁה מִסִּינַי וּפָרִיךְ שִׁיעוּרִין מִיכְתָּב כְּתִיבִי אֶרֶץ חִטָּה וּמְשַׁנֵּי אֶלָּא אֵימָא שִׁיעוּרִין שֶׁל עוֹנְשִׁין וְקָשֶׁה לְאוֹתָהּ גִּירְסָא דְּמַאי קֻפְרִיךְ מִיכְתָּב כְּתִיבִי הָא מַסִּיק הָכָא דִּקְרָא אַסְמַכְתָּא הִיא וְעוֹד מַאי קָמְשַׁנֵּי אֵימָא שִׁיעוּרִין שֶׁל עוֹנְשִׁין הֲלֹא עַל הַשִּׁיעוּר הִקְשָׁה מִיכְתָּב כְּתִיבִי וְעוֹד דִּבְכָל דֻּוכְתָּא דְּמַייְתֵי הַאי קְרָא דְּשִׁיעוּרִין מַיְיתֵי כֻּולָּהּ מִילְּתָא דָּר' חָנָן דְּהָכָא וּמִתּוֹךְ כָּךְ גָּרֵיס הָתָם בַּקּוּנְטְרֵס עֳונָשִׁין מִיכְתָּב כְּתִיבִי אֶלָּא אֵימָא שִׁיעוּרִין שֶׁל עוֹנְשִׁין וּבְפֶ' כֵּיצַד מְבָרְכִין (בְּרָכוֹת ד' מא. וְשָׁם) מַשְׁמַע קְצָת דְּרָשָׁה גְּמוּרָה דְּאָמַר רַב (חֲמָא אָמַר) ר' יִצְחָק כָּל הַמֻּוקְדָּם בְּפָסוּק זֶה מֻוקְדָּם לִבְרָכָה שֶׁנֶּאֱמַר אֶרֶץ חִטָּה וְגוֹ' וַהֲדַר אָמַר וּפְלִיגָא דָּר' חָנֲין דְּאָמַר ר' חֻנַיְן כָּל הַפָּסוּק לְשִׁיעוּרִין נֶאֱמַר וְשֶׁמָּא לְמַאי דְּמַסִּיק הָתָם וְאִידָךְ שִׁיעוּרִין מִי כְּתִיבִי לָא פְלִיגִי:
Elles sont plutôt des halakhot, et le verset n'est qu'un simple asmakhta. De là, une difficulté contre la leçon des livres au dernier chapitre de Yoma (80a) : Rabbi Yo'hanan dit que les mesures et les peines sont une halakha de Moché au Sinaï ; on objecte : les mesures, mais elles sont écrites -- une terre de blé ! Et l'on répond : dis plutôt, les mesures des peines. Difficulté pour cette leçon : que vaut l'objection elles sont écrites, puisque l'on conclut ici que le verset n'est qu'un asmakhta ? De plus, que résout la réponse dis : les mesures des peines -- c'est précisément sur la mesure que portait l'objection elles sont écrites ! De plus, partout où l'on cite ce verset à propos des mesures, on cite l'énoncé complet de Rabbi Hanan rapporté ici. C'est pourquoi le Contres lit là-bas : les peines, mais elles sont écrites ! -- dis plutôt : les mesures des peines. Et au chapitre Keitsad Mevarkhin (Berakhot 41a) il ressort quelque peu qu'il s'agit d'une derasha véritable, car Rav [Hama au nom de] Rabbi Yitzhak dit : tout ce qui précède dans ce verset précède pour la bénédiction, ainsi qu'il est dit une terre de blé, etc. ; puis l'on dit : et il diverge de Rabbi Hanin, car Rabbi Hanin a dit : tout le verset a été dit pour les mesures. Et peut-être, selon la conclusion que l'on y tire -- et l'autre : les mesures, sont-elles donc écrites ? -- ne divergent-ils pas.
💡 Explication

Voici le retournement du folio, et il est brutal. Toute la table qui vient d'être dressée servait à une objection : si Rav Hanin tire les mesures d'un verset, alors les mesures sont de-oraita, écrites -- et non une halakha le-Moche mi-Sinaï comme on l'avait affirmé.

La guemara ne répond pas en discutant un item : elle conteste la lecture entière. Chiourin mi ketivi ? -- les mesures sont-elles écrites ? Rachi rend l'objection tangible : le verset dit terre de blé, terre d'orge ; nulle part il ne dit os de la taille d'un grain d'orge, ni que la maison de nega se mesure au temps de manger du pain de blé. Les chiffres, qui sont l'essentiel, sont absents du texte.

D'où la conclusion, et c'est une règle de lecture que le lecteur emportera : les mesures sont bien des halakhot orales, et le verset n'est qu'un asmakhta -- un appui mnémonique, une élégance, non une source. Les Tossefot s'en servent d'ailleurs pour corriger la version des livres dans Yoma 80a.

9
חֲצִיצִין דְּאוֹרָייְתָא נִינְהוּ! דִּכְתִיב: ״וְרָחַץ (אֶת בְּשָׂרוֹ) בַּמָּיִם״, שֶׁלֹּא יְהֵא דָּבָר חוֹצֵץ בֵּינוֹ לְבֵין הַמַּיִם!

Les hatsitsin (interpositions) sont pourtant d'ordre toranique ! Car il est écrit : "et il baignera (sa chair) dans l'eau" -- que rien ne fasse écran entre lui et l'eau !

📜 Rachi (1)
ה"ג בְּשָׂרוֹ בַּמַּיִם שֶׁלֹּא יְהֵא דָּבָר חוֹצֵץ כו':
Telle est la leçon : sa chair dans l'eau -- que rien ne fasse écran, etc.
💡 Explication

La guemara passe au deuxième élément de la liste attribuée à Rav en 5a : les hatsitsin, les interpositions qui invalident l'immersion au mikve. On avait dit qu'elles étaient une halakha le-Moche mi-Sinaï ; l'objection est la même que précédemment, mais inversée dans sa force.

Car cette fois, le verset dit vraiment quelque chose. Ve-rahats besaro ba-mayim -- il baignera sa chair dans l'eau : si la chair doit être dans l'eau, c'est que rien ne doit se glisser entre elles. Il n'y a ici aucun chiffre à trouver, seulement un principe -- et le principe est écrit.

Noter la différence de structure avec le seg. 7 : là, l'objection tombait parce que les chiffres manquaient au texte ; ici, la réponse devra procéder autrement -- non pas nier que le verset dise quelque chose, mais montrer que la halakha orale porte sur autre chose.

10
כִּי אֲתַאי הִלְכְתָא — לִשְׂעָרוֹ, כִּדְרַבָּה בַּר בַּר חָנָה. דִּאָמַר רַבָּה בַּר בַּר חָנָא: נִימָא אַחַת קְשׁוּרָה — חוֹצֶצֶת, שָׁלֹשׁ — אֵינָן חוֹצְצוֹת, שְׁתַּיִם — אֵינִי יוֹדֵעַ.

Lorsque la halakha [du Sinaï] est venue, c'est pour ses cheveux, conformément à Rabba bar bar Hana. Car Rabba bar bar Hana a dit : un seul cheveu noué fait écran ; trois ne font pas écran ; deux -- je ne sais pas.

📜 Rachi (2)
נִימָא אַחַת קְשׁוּרָה וּמַקְפִּיד עָלָיו חוֹצֶצֶת דְּמִיהַדַּק שַׁפִּיר וְלָא עָייְלִי בָּהּ מַיָּא וְאָמְרִינַן לְקַמָּן גָּזְרִינַן עַל מִיעוּטוֹ הַמַּקְפִּיד:
Un seul cheveu noué : et auquel il tient [à se débarrasser] -- il fait écran, car [le nœud] se serre parfaitement et l'eau n'y pénètre pas ; et nous dirons plus loin que l'on décrète sur la minorité [du corps] à laquelle on tient.
שָׁלֹשׁ אֵינָן חוֹצְצוֹת לְפִי שֶׁהַשֵּׂעָר קָשֶׁה וְלָא מִיהַדַּק שַׁפִּיר וְעָיְילִי בֵּיהּ מַיָּא:
Trois ne font pas écran : parce que le cheveu est raide, [le nœud] ne se serre pas bien et l'eau y pénètre.
💡 Explication

Voici la réponse, et elle inaugure le mouvement qui va occuper la fin du folio : la halakha orale ne disparaît pas, elle se déplace. Le verset couvre l'écran sur la peau ; la halakha du Sinaï, elle, vise l'écran dans les cheveux.

Et le contenu de cette halakha est exactement du type qu'un verset ne peut pas produire : un seuil chiffré. Rabba bar bar Hana énonce trois cas. Un cheveu noué sur lui-même fait écran, car le nœud d'un cheveu unique se serre parfaitement et l'eau n'y pénètre pas. Trois cheveux noués ensemble ne font pas écran : le cheveu est raide, un nœud à trois brins ne peut plus se serrer, l'eau passe. Et deux ? Eini yodea -- je ne sais pas. La halakha reste dans le doute.

Rachi ajoute une condition qui sera développée plus loin : encore faut-il que la personne tienne à se débarrasser de ce cheveu (makpid) ; les Sages ont décrété sur la minorité du corps à laquelle on tient.

🖼️ Schéma
Le nœud de cheveux : la seule chose qu'aucun verset ne pouvait chiffrer Rabba bar bar Hana. Le critère réel est la pénétration de l'eau dans le nœud. UN cheveu noué Le nœud serre bien. L'eau n'y entre pas. HOTSETSET -- fait écran DEUX cheveux noués Ni assez serré pour exclure l'eau, ni assez raide pour la laisser passer. EINI YODEA -- je ne sais pas TROIS cheveux noués Le cheveu est raide : à trois, le nœud ne peut plus serrer. EINAN HOTSETSOT -- pas d'écran Pourquoi ce cas prouve la halakha orale Un verset peut interdire l'écran ; il ne peut pas dire qu'un cheveu fait écran, que trois n'en font pas, et que deux restent un doute.
Un, deux, trois cheveux noués : un seuil chiffré, avec sa zone de doute assumée -- signature d'une halakha orale.
11
שְׂעָרוֹ נָמֵי דְּאוֹרָייְתָא נִינְהוּ, דִּכְתִיב: ״וְרָחַץ אֶת בְּשָׂרוֹ בַמַּיִם״, אֶת הַטָּפֵל לִבְשָׂרוֹ, וּמַאי נִיהוּ — שְׂעָרוֹ!

Ses cheveux aussi sont d'ordre toranique, car il est écrit : "et il baignera ET sa chair dans l'eau" -- [le mot ET vient inclure] ce qui est annexe à sa chair ; et qu'est-ce donc ? Ses cheveux !

📜 Rachi (1)
אֶת הַטָּפֵל לִבְשָׂרוֹ יְהֵא בַּמַּיִם הַטָּפֵל הַדָּבוּק:
Ce qui est annexe à sa chair : que soit dans l'eau ce qui lui est annexe et attaché.
💡 Explication

La case où la halakha venait de se réfugier lui est reprise. Une barayta lit le mot et (et besaro) comme un terme d'inclusion : il n'est pas là pour rien, il ajoute à la chair ce qui lui est tafel, annexe, attaché. Et ce qui est attaché à la chair, ce sont les cheveux.

Le raisonnement est exemplaire de la technique d'exégèse des Sages : chaque particule apparemment superflue du texte devient un porteur de sens. Ici, une seule syllabe suffit à faire entrer les cheveux dans le champ du verset -- et donc à chasser une seconde fois la halakha orale.

12
כִּי אֲתַאי הִלְכְתָא, לְכִדְרַבִּי יִצְחָק. דְּאָמַר רַבִּי יִצְחָק:

Lorsque la halakha est venue, c'est pour l'enseignement de Rabbi Yitzhak. Car Rabbi Yitzhak a dit :

💡 Explication

Second repli, et le folio s'arrête en pleine phrase. La halakha du Sinaï n'est ni pour la peau (le verset la couvre), ni pour les cheveux (le mot et les couvre) : elle est pour ce qu'enseigne Rabbi Yitzhak.

Et la citation est coupée net par la fin de l'amoud. Le lecteur reste avec la structure de l'argument -- deux objections, deux replis -- mais sans son terme. La réponse commence en 6b.

C'est aussi une leçon de méthode que le folio laisse en dépôt : dans cette sougya, une halakha orale ne se défend jamais en niant le verset, mais en montrant qu'il reste toujours un détail que le verset ne fixe pas.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).