Sukkah 6b -- la hatsitsa refuse un dernier décret, la halakha du Sinaï se replie sur goud, lavoud et dofen akouma, puis la soukka se compte : trois parois ou quatre ?

Sukkah 6b

Sougya : Le folio achève d'abord les deux derniers items de l'inventaire des halakhot de Moché au Sinaï. Pour les hatsitsin, l'enseignement de Rabbi Yitzhak, coupé à la fin de 6a, est enfin livré : seul l'écran qui couvre la majeure partie et auquel on tient est toranique ; les Sages ont étendu aux deux cas mixtes, mais refusent d'aller jusqu'à la quatrième case, car ce serait décréter un décret sur un décret.

Pour les mehitsin, le minimum de dix tefahim ne tient que selon Rabbi Yehouda ; selon Rabbi Meir il se déduit des versets, et la halakha orale doit se déplacer -- vers trois fictions juridiques qu'aucun verset ne pourrait donner : goud (on prolonge une cloison), lavoud (un vide de moins de trois tefahim est réputé clos) et dofen akouma (jusqu'à quatre coudées, un skhakh invalide accolé à la paroi est lu comme la paroi elle-même, coudée). La michna reprend alors la main sur les mots "et celle qui n'a pas trois parois", et tout le reste du folio interroge ce chiffre.

Une barayta pose deux parois pleines et une troisième réduite à un tefah ; Rabbi Chimon exige trois pleines et un quatrième côté d'un tefah. La guemara reconstruit quatre fois ce désaccord, de la friction la plus lourde à la plus légère : la graphie transmise contre la lecture vocalisée (le mot ba-soukkot vaut quatre unités écrit, six lu) ; le skhakh requiert-il ou non un verset ; la halakha du Sinaï vient-elle diminuer une paroi ou en ajouter une ; expose-t-on ou non la première occurrence d'un terme.

Rav Matna sort enfin du comptage : la raison de Rabbi Chimon serait Isaie 4,6, où la soukka est un refuge contre l'orage et la pluie -- et Rachi observe qu'avec un côté ouvert, le vent rabat l'averse à l'intérieur. Le folio se termine sur la question pratique du placement de ce tefah -- Rav le veut kenegued ha-yotse, dans le prolongement d'une paroi -- et s'arrête net sur les premiers mots de l'objection de Rav Kahana et Rav Assi.

Le fil du folio : la liste des halakhot du Sinaï s'achève, la michna reprend la main Deux derniers items de l'inventaire (hatsitsin, mehitsin), puis retour au premier mot de la michna : celle qui n'a pas trois parois. 1. Hatsitsin, fin seg. 0 à 2 R. Yitzhak : d'ordre toranique, seul rov + makpid fait écran. Les Sages étendent aux deux cas mixtes -- et s'arrêtent là : pas de gzera sur une gzera. 2. Mehitsin seg. 3 à 4 Dix tefahim : bon pour R. Yehouda, mais R. Meir les tire du verset. La halakha se replie sur ce qu'aucun verset ne donne : goud, lavoud, dofen akouma. 3. Combien de parois ? seg. 5 à 6 Barayta : deux parois pleines + une troisième d'un tefah. R. Chimon : trois pleines + une quatrième d'un tefah. Deux géométries de la soukka. 4. Pourquoi ? seg. 7 à 14 Quatre lectures possibles du même désaccord, plus une cinquième voie : Rav Matna passe du compte au bon sens. 5. Et concrètement, ce tefah -- où le met-on ? seg. 15 à 16 Rav : kenegued ha-yotse -- dans le prolongement d'une des deux parois, à l'angle libre, et non n'importe où sur le côté ouvert. Rav Kahana et Rav Assi vont objecter -- et le folio s'arrête net sur leur première parole. La suite est en 7a.
Le mouvement du folio en cinq temps : deux derniers items de l'inventaire des halakhot du Sinaï, puis la michna reprend et la question des parois occupe tout le reste.
Le compte des trois BA-SOUKKOT : la graphie contre la lecture Lévitique 23,42-43. Deux écrits défectifs (sans vav), un écrit plein -- mais les trois se LISENT au pluriel. Les trois occurrences 1. Vous demeurerez dans des soukkot (23,42a) -- écrit DÉFECTIF 2. Tout indigène en Israël demeurera dans des soukkot (23,42b) -- écrit DÉFECTIF 3. Car j'ai fait demeurer les enfants d'Israël dans des soukkot (23,43) -- écrit PLEIN Les Sages : yech em la-masoret c'est la graphie transmise qui fait autorité défectif = 1 · défectif = 1 · plein = 2 Total : 4 On retire 1 pour l'objet même de la mitsva (on n'expose pas les premières) . . . . . . . 3 Donc : 3 parois. La halakha du Sinaï vient DIMINUER la troisième et la ramener à un tefah. Résultat : 2 pleines + 1 tefah R. Chimon : yech em la-mikra c'est la lecture vocalisée qui fait autorité lu pluriel = 2 · lu pluriel = 2 · lu pluriel = 2 Total : 6 On retire UN VERSET entier pour l'objet même (soit 2 unités) . . . . . . . . . . . . . . 4 Donc : 4 parois. La halakha du Sinaï vient DIMINUER la quatrième et la ramener à un tefah. Résultat : 3 pleines + 1 tefah
Le coeur technique du folio : le même mot compte 4 fois si l'on suit la graphie, 6 fois si l'on suit la lecture -- et c'est de là que sortent 3 ou 4 parois.
Un seul désaccord, quatre façons de le loger -- puis une sortie par le sens La guemara ne choisit pas : elle montre que le même écart 3 / 4 parois peut naître de quatre points de friction différents. A. Graphie ou lecture seg. 7 à 10 Sages : masoret -- 4 R. Chimon : mikra -- 6 Le désaccord porte sur le principe d'exégèse lui-même. Le plus coûteux : il engage tout le reste du Talmud. B. Le skhakh seg. 11 Tous : mikra, donc 6. Sages : il faut un verset pour le skhakh -- il en reste 3. R. Chimon : le skhakh est déjà dans le mot soukka -- il reste 4. C. Le sens de la halakha seg. 12 Tous : masoret, donc 4, moins une : 3 parois. Sages : la halakha DIMINUE la troisième. R. Chimon : la halakha AJOUTE une quatrième -- large d'un tefah. D.ieu. Dorchin tehilot seg. 13 Tous : masoret (4) et halakha qui diminue. R. Chimon compte la 1re occurrence : 4. Les Sages la retirent pour l'objet même : 3. Le moins coûteux. E. Rav Matna (seg. 14) : et si la raison n'était pas un compte du tout ? Isaie 4,6 : une soukka doit être un refuge contre l'orage et la pluie. Rachi : avec un côté ouvert, le vent rabat l'averse à l'intérieur. Trois parois pleines ne sont pas un décompte de lettres, c'est une exigence de fonction.
Quatre reconstructions successives du même désaccord, de la plus lourde à la plus légère, puis la sortie de Rav Matna par la fonction de la soukka.
1
דְּבַר תּוֹרָה, רֻובּוֹ וּמַקְפִּיד עָלָיו — חוֹצֵץ, וְשֶׁאֵינוֹ מַקְפִּיד עָלָיו — אֵינוֹ חוֹצֵץ. וְגָזְרוּ עַל רֻובּוֹ שֶׁאֵינוֹ מַקְפִּיד מִשּׁוּם רֻובּוֹ הַמַּקְפִּיד, וְעַל מִיעוּטוֹ הַמַּקְפִּיד מִשּׁוּם רֻובּוֹ הַמַּקְפִּיד.

[Rabbi Yitzhak a dit :] selon la Torah, [ce qui recouvre] la majeure partie [du corps] et auquel il tient -- cela fait écran ; et ce à quoi il ne tient pas -- cela ne fait pas écran. Puis [les Sages] ont décrété sur la majeure partie à laquelle il ne tient pas, à cause de la majeure partie à laquelle il tient ; et sur la minorité à laquelle il tient, à cause de la majeure partie à laquelle il tient.

📜 Rachi (5)
דְּבַר תּוֹרָה הֲלָכָה לְמֹשֶׁה מִסִּינַי:
Selon la Torah : [c'est] une halakha de Moché au Sinaï.
רֻובּוֹ רֹוב שְׂעָרוֹ מְטֻונָּף בְּטִיט אוֹ קָשׁוּר אַחַת אַחַת וּמַקְפִּיד עָלָיו חוֹצֵץ:
La majeure partie : la plus grande partie de sa chevelure souillée de boue, ou nouée cheveu par cheveu, et à laquelle il tient -- cela fait écran.
אֵין מַקְפִּיד עָלָיו הֲוָה לֵיהּ כְּגוּפֵיהּ הוֹאִיל וְאֵין סוֹפוֹ לִיטְלוֹ וּבְטִיל לְגַבֵּיהּ וְלָא חָיֵיץ:
Ce à quoi il ne tient pas : c'est comme son propre corps, puisqu'il n'a pas l'intention de l'ôter ; cela s'annule à son égard et ne fait pas écran.
וְגָזְרוּ עַל רֻובּוֹ שֶׁאֵינוֹ מַקְפִּיד הוֹאִיל וְהָוֵי רֹוב וְדָמֵי בְּמִקְצָת לַחֲצִיצָה דְּאוֹרָיְיתָא:
Et ils ont décrété sur la majeure partie à laquelle il ne tient pas : puisque c'est une majeure partie, cela ressemble en partie à l'écran d'ordre toranique.
וְעַל מִיעוּטוֹ הַמַּקְפִּיד הוֹאִיל וְדָמֵי לֵיהּ בְּהַקְפָּדָה:
Et sur la minorité à laquelle il tient : puisque cela lui ressemble par le fait qu'il y tient.
🗂️ Tossefot (1)
דְּבַר תּוֹרָה רֻובּוֹ וּמַקְפִּיד עָלָיו חוֹצֵץ. י"מ דְּהָכָא אַיְירֵי בְּשֵׂעָר אֲבָל בְּבָשָׂר חוֹצֵץ אֲפִילּוּ מִיעוּטוֹ שֶׁאֵינוֹ מַקְפִּיד וְקָשֶׁה לר"ת מֵהָא דְּאָמְרִינַן פֶּרֶק הֶעָרֵל (יְבָמוֹת דַּף עח. שֵׁם) נָכְרִית מְעֻובֶּרֶת שֶׁנִּתְגַּייְּרָה בְּנָהּ אֵין צָרִיךְ טְבִילָה וּפָרִיךְ אַמַּאי וְכִי תֵּימָא מִשּׁוּם דְּרַבִּי יִצְחָק הָאָמַר רַב כָּהֲנָא לֹא שָׁנוּ אֶלָּא רֻובּוֹ אֲבָל כֻּולּוֹ חוֹצֵץ וְהַשְׁתָּא דַּעֲדִיפָא הֲוָה לֵיהּ לְאַקְשׁוּיֵי דִּבְבָשָׂר אֲפִילּוּ מַשֶּׁהוּ וַאֲפִילּוּ אֵינוֹ מַקְפִּיד חוֹצֵץ וְעוֹד מִדְּקָיָהֵיב שִׁיעוּרָא בַּחֲצִיצָה בְּמַסֶּכֶת מִקְוָאוֹת (פ"ט מ"ה) וּמַייְתִי לָהּ בְּסוֹף אֵלּוּ קְשָׁרִים (שַׁבָּת דַּף קיד.) עַל הַמַּרְדַּעַת רַשְׁבָּ"ג אוֹמֵר עַד כְּאִיסָּר הָאִיטַלְקִי עוֹד מַיְיתֵי הָתָם שֶׁל בַּנָּאִים שֶׁל תַּלְמִידֵי חֲכָמִים מִצַּד אֶחָד חוֹצֵץ וְשֶׁל בּוּר מִשְּׁנֵי צְדָדִין וּבִזְבָחִים בְּסוֹף דַּם חַטָּאת (זְבָחִים דַּף צח:) דָּם עַל בִּגְדּוֹ חוֹצֵץ וְאִם טַבָּח הוּא אֵינוֹ חוֹצֵץ רְבָב עַל בִּגְדּוֹ חוֹצֵץ וְאִם מוֹכֵר רְבָב הוּא אֵינוֹ חוֹצֵץ וא"ת כֵּיוָן דַּאֲתָא הִלְכְתָא לְרֻובּוֹ וְלֹא לְמִעוּטוֹ א"כ קְרָא לְמַאי אֲתָא דְּדָרְשִׁינַן בְּשָׂרוֹ שֶׁלֹּא יְהֵא דָּבָר חוֹצֵץ בֵּינוֹ לְבֵין הַמַּיִם וי"ל דְּאִצְטְרִיךְ לְבֵית הַסְּתָרִים כִּדְאִיתָא בְּפֶרֶק קַמָּא דְּקִדּוּשִׁין (דַּף כֹּה.):
Certains expliquent qu'il s'agit ici des <b>cheveux</b>, mais que sur la chair même, une minorité à laquelle on ne tient pas ferait déjà écran. Rabbenou Tam objecte à partir de ce que nous disons au chapitre Ha-arel (Yevamot 78a) : une non-Juive enceinte qui se convertit -- son enfant n'a pas besoin d'immersion ; et la guemara demande : pourquoi ? Et si tu dis que c'est en raison de [l'enseignement de] Rabbi Yitzhak -- Rav Kahana n'a-t-il pas dit qu'on n'a enseigné cela que pour la majeure partie, mais que la totalité fait écran ? Or, [si l'explication proposée était juste,] il aurait fallu objecter bien plus fortement : sur la chair, même une quantité infime, et même ce à quoi on ne tient pas, ferait écran. En outre, du fait qu'une mesure est donnée pour l'écran au traité Mikvaot (9,5), rapportée à la fin du chapitre Elou kecharim (Chabbat 114a) : sur la housse [de l'âne], Rabban Chimon ben Gamliel dit jusqu'à un issar italien ; et l'on rapporte encore là-bas que [la tache] sur le vêtement des banaim, [c'est-à-dire] des talmide hakhamim, fait écran d'un seul côté, tandis que celle d'un ignorant [ne fait écran que] des deux côtés ; et dans Zevahim, à la fin de Dam hatat (98b) : du sang sur son vêtement fait écran, mais s'il est boucher cela ne fait pas écran ; de la graisse sur son vêtement fait écran, mais s'il est marchand de graisse cela ne fait pas écran. Et si tu demandes : puisque la halakha [du Sinaï] est venue pour la majeure partie et non pour la minorité, à quoi sert donc le verset dont nous exposons <i>sa chair</i> -- que rien ne fasse écran entre lui et l'eau ? On peut répondre qu'il était nécessaire pour les parties cachées du corps (beit ha-setarim), comme il est dit au premier chapitre de Kidouchin (25a).
💡 Explication

Voici enfin l'enseignement de Rabbi Yitzhak que 6a avait coupé en pleine phrase. La hatsitsa -- l'interposition qui invalide l'immersion au mikve -- n'est pas un fait brut : elle dépend du croisement de deux critères, et c'est ce croisement qu'aucun verset ne pouvait donner.

Premier critère, quantitatif : la matière couvre-t-elle la majeure partie (rov) ou seulement une minorité (miout) ? Second critère, subjectif : la personne est-elle makpid, c'est-à-dire tient-elle à s'en débarrasser, ou bien s'en accommode-t-elle ? Rachi explique le second : ce à quoi on ne tient pas devient comme son propre corps, puisqu'on n'a pas l'intention de l'ôter -- cela s'annule et ne fait plus obstacle.

Le noyau toranique est étroit : rov + makpid, et rien d'autre. Les Sages ont ensuite étendu par décret aux deux cas mixtes, et Rachi donne pour chacun le point de ressemblance : la majeure partie sans hakpada ressemble au cas fort par la quantité ; la minorité avec hakpada lui ressemble par l'attitude. Chaque décret s'appuie sur une moitié du cas toranique.

🖼️ Schéma
Les quatre cases de la hatsitsa -- et pourquoi la quatrième reste vide Deux critères croisés : la surface couverte (rov / miout) et l'attitude (makpid : il tient à l'ôter, ou non). MAKPID (il y tient) EINO MAKPID (il n'y tient pas) ROV majorité MIOUT minorité FAIT ÉCRAN -- d'ordre toranique C'est le seul cas que donne la halakha de Moché au Sinaï. L'immersion est invalide. C'est la source de toutes les extensions. FAIT ÉCRAN -- décret rabbinique Rachi : puisque c'est une majorité, cela ressemble en partie à l'écran toranique. Une case sur deux partagée avec le cas fort. FAIT ÉCRAN -- décret rabbinique Rachi : cela lui ressemble par le fait qu'il y tient (hakpada). L'autre case partagée. NE FAIT PAS ÉCRAN Aucun point commun avec le cas toranique. Décréter ici serait un décret sur un décret. La guemara refuse : gzera li-gzera. Règle de propagation : un décret ne se justifie que par sa ressemblance avec le cas TORANIQUE -- jamais avec un autre décret.
Deux critères croisés, quatre cases : une seule est toranique, deux sont des décrets, la dernière reste hors d'atteinte.
2
וְלִיגְזֹר נָמֵי עַל מִיעוּטוֹ שֶׁאֵינוֹ מַקְפִּיד מִשּׁוּם מִיעוּטוֹ הַמַּקְפִּיד, אִי נָמֵי מִשּׁוּם רֻובּוֹ שֶׁאֵינוֹ מַקְפִּיד!

Que l'on décrète donc aussi sur la minorité à laquelle il ne tient pas, à cause de la minorité à laquelle il tient ; ou encore à cause de la majeure partie à laquelle il ne tient pas !

💡 Explication

L'objection est purement formelle, et c'est ce qui la rend redoutable : elle applique à la case restée vide la même mécanique de propagation qui vient d'engendrer les deux décrets précédents.

La quatrième case -- miout + eino makpid -- ressemble en effet à chacune des deux cases voisines : elle partage avec l'une la quantité (miout), avec l'autre l'attitude (eino makpid). Si la ressemblance suffit à fonder un décret, pourquoi s'arrêter ?

3
הִיא גּוּפָא גְּזֵירָה, וַאֲנַן נֵיקוּם וְנִגְזֹר גְּזֵירָה לִגְזֵירָה?!

Celle-là même n'est [déjà] qu'un décret -- et nous, nous irions décréter un décret pour protéger un décret ?!

📜 Rachi (1)
גְּזֵרָה לָאו הֲלָכָה לְמֹשֶׁה מִסִּינַי הוּא אֶלָּא גְּזֵירָה מִדְּרַבָּנָן וְרֻובּוֹ הַמַּקְפִּיד לְחוּדֵיהּ הוּא דְּהָוֵי הֲלָכָה לְמֹשֶׁה מִסִּינַי:
Un décret : ce n'est pas une halakha de Moché au Sinaï, mais un décret rabbinique ; seule la majeure partie à laquelle il tient constitue la halakha de Moché au Sinaï.
💡 Explication

La réponse tient dans un principe de retenue qui parcourt tout le Talmud : ein gozerin gzera li-gzera, on ne décrète pas un décret destiné à protéger un autre décret. Un décret ne tire sa légitimité que de sa proximité avec une règle toranique ; dès lors qu'il faudrait passer par un intermédiaire rabbinique, la chaîne se rompt.

Rachi verrouille la lecture en revenant sur les termes : ce qui a été étendu n'est pas une halakha de Moché au Sinaï, mais un décret des Sages -- seule la majeure partie à laquelle on tient constitue la halakha du Sinaï. La quatrième case reste donc définitivement libre.

Sur le plan de la sougya, ceci clôture l'item hatsitsin de l'inventaire ouvert en 5b : le contenu de la halakha orale a bien été localisé -- ni dans le principe de l'écran, que le verset donne, ni dans les extensions, qui sont rabbiniques, mais exactement dans le seuil croisé rov + makpid.

4
מֵחִיצִין — הָא דַּאֲמָרָן. הָנִיחָא לְרַבִּי יְהוּדָה, אֶלָּא לְרַבִּי מֵאִיר — מַאי אִיכָּא לְמֵימַר?

[Quant aux] cloisons (mehitsin) -- c'est ce que nous avons dit. Cela va bien selon Rabbi Yehouda ; mais selon Rabbi Meir, que peut-on dire ?

📜 Rachi (2)
הָא דַּאֲמָרָן לְגֹובַהּ עֲשָׂרָה:
C'est ce que nous avons dit : quant à la hauteur de dix [tefahim].
הָנִיחָא לְרַבִּי יְהוּדָה דְּלָא נָפְקָא לֵיהּ מִקְּרָאֵי אִיצְטְרִיךְ הִלְכְתָא:
Cela va bien selon Rabbi Yehouda : puisqu'il ne le tire pas des versets, la halakha [du Sinaï] était nécessaire.
💡 Explication

La guemara passe au dernier item de la liste : les mehitsin, c'est-à-dire le minimum de dix tefahim qui fait qu'une cloison est juridiquement une cloison. Rachi précise d'un mot : c'est ce que nous avons dit -- quant à la hauteur de dix.

Mais ce minimum avait été établi plus haut à partir de l'arche du sanctuaire, et cette dérivation dépendait de la dimension de la coudée. Pour Rabbi Yehouda, la coudée du chantier n'est pas celle des ustensiles, si bien que le chiffre de dix ne sort pas proprement du verset : il faut donc une halakha du Sinaï, et la case de l'inventaire est remplie.

Pour Rabbi Meir, en revanche, toutes les coudées sont de six tefahim et le calcul aboutit sans tradition orale. L'item devient alors sans emploi -- exactement le même type de pression qu'en 6a sur les hatsitsin. Et la réponse sera du même type : la halakha ne disparaît pas, elle se déplace.

5
כִּי אֲתַאי הִלְכְתָא — לְגוּד, וְלָבוּד, וְדֹופֶן עֲקֻומָּה.

Lorsque la halakha [du Sinaï] est venue, c'est pour le goud, le lavoud et la dofen akouma.

📜 Rachi (3)
לְגוּד לְהֵיכָא דְּצָרִיךְ לְמֵיגַד אוֹ גּוֹד אַחִית אוֹ אַסֵּיק כְּגוֹן אַכְסַדְרָה בְּבִקְעָה דְּאָמְרִינַן בָּהּ פִּי תִּקְרָה יוֹרֵד וְסוֹתֵם:
Pour le goud : là où il faut étirer -- soit goud ahit (tire vers le bas), soit goud assik (tire vers le haut) -- comme dans le cas d'un portique en pleine campagne, dont nous disons que le bord du plafond descend et ferme.
וְלָבוּד פָּחוֹת מִג':
Et le lavoud : moins de trois [tefahim].
דֹּופֶן עֲקֻומָּה פָּחוֹת מִד' אַמּוֹת:
Une paroi coudée : moins de quatre coudées.
⚖️ Rosh (1)
גְּמ' אֲמַר רָבָא אַשְׁכַּחְתִּינְהוּ לְרַבָּנַן דְּבֵי רַב דְּיָתְבִי וְקָאָמְרִי מִשְּׁמֵיהּ דְּרַב אֲוִיר פּוֹסֵל בַּג' סְכָךְ פָּסוּל פּוֹסֵל בַּד' וְאָמֵינָא לְהוּ אֲנָא וְכוּ' בְּסוּרָא מַתְנוּ הָכִי בִּנְהַרְדְּעָא מַתְנוּ הָכִי אָמַר רַב יְהוּדָה אָמַר שְׁמוּאֵל סְכָךְ פָּסוּל בָּאֶמְצַע בַּד' מִן הַצַּד בַּד' אַמּוֹת וְרַב אָמַר בֵּין בָּאֶמְצַע בֵּין מִן הַצַּד בְּד' אַמּוֹת כָּתַב בַּעַל הָעִיטּוּר אִיכָּא פְּלֻוגְתָּא בֵּינֵי רַבְּווָתָא הָרַב אַלְפָסִי זַ"ל פָּסַק כִּשְׁמוּאֵל דְּהָא רַבָּנָן דְּבֵי רַב כְּוָותֵיהּ סְבִירָא לְהוּ. וּבַעַל הֲלָכוֹת פָּסַק כְּרַב כְּלִישָּׁנָא בָּתְרָאָה. וִירוּשַׁלְמִי הֲלָכָה י' מְסַיַּיע לֵיהּ דְּתָנֵי ר' חַייָּא אֲוִיר פּוֹסֵל בַּג' סְכָךְ פָּסוּל אֵינוֹ פּוֹסֵל אֶלָּא בְּד' אַמּוֹת וּמִסְתַּבְּרָא כְּוָותֵיהּ דְּהָא רַבָּנַן דְּלָאו סִיַּיעְתֵּיהּ הִיא דְּהָא אִי לִישָּׁנָא בָתְרָא אִיתָא קַמָּא לֵיתָא דִּתְרֵי לִישָּׁנֵי נִינְהוּ וְהִלְכָּךְ מְסַפְּקָא לָן אִי כְּסוּרָא אִי כִּנְהַרְדְּעָא פְּלֻוגְתָּא דְּרַב וּשְׁמוּאֵל וְהִלְכְתָא כְּרַב דְּבֵין בְּאֶמְצַע וּבֵין מִן הַצַּד בְּד' אַמּוֹת וּמַשְׁמַע דְּכִי הֵיכִי דִּבְהִרְחִיק אֶת הַסִּיכּוּךְ מִן הַדְּפָנוֹת בִּפְסוּל אֲוִיר לֵיכָּא פְּלֻוגְתָּא בֵּין בָּאֶמְצַע בֵּין מִן הַצַּד בִּסְכָךְ פָּסוּל נָמֵי לֵיכָּא פְּלוּגְתָּא וּמִיהוּ פְּלֻוגְתָּא דְּרַבְּווָתָא הִיא וּלְחוּמְרָא. וְהָרַמְבַּ"ן זַ"ל כָּתַב וַאֲנִי אַכְרִיעַ כְּדִבְרֵי הָרַב אַלְפָסִי דִּלְרַב דְּאָמַר בֵּין בָּאֶמְצַע בֵּין מִן הַצַּד בד"א א"כ טַעְמָא לָאו מִשּׁוּם דֹּופֶן עֲקֻומָּה הוּא דְּהָא אֲפִילּוּ בְּאֶמְצַע דְּלֵיכָּא לְמֵימַר דֹּופֶן עֲקֻומָּה הָוֵי נָמֵי שִׁיעוּרָא בְּד' אַמּוֹת וְכִדְאָמַר בַּגְּמָרָא בְּלִישָּׁנָא קַמָּא בַּר מִינַּהּ דְּהַהִיא דְּרַב וּשְׁמוּאֵל דְּאָמְרִי תַּרְוַיְיהוּ מִשּׁוּם דֹּופֶן עֲקֻומָּה נָגְעוּ בָּהּ הִלְכָּךְ כֵּיוָן דִּלְכוּלְּהוּ לִישָּׁנֵי מ"ד בְּאֶמְצַע נָמֵי בְּד' אַמּוֹת לֹא נָגְעוּ בָּהּ מִשּׁוּם דֹּופֶן עֲקֻומָּה הִלְכָּךְ ע"כ הִלְכְתָא כמ"ד בְּאֶמְצַע בַּד' וּמִן הַצַּד בד"א מִשּׁוּם דֹּופֶן עֲקֻומָּה דְּסֻוגְיָא דְּכֻולָּהּ הַגְּמָרָא דְּאָמְרִינַן דֹּופֶן עֲקֻומָּה כִּדְאָמַר בְּרֵישׁ מְכִילְתִּין מַאי קמ"ל דְּאָמַר דֹּופֶן עֲקֻומָּה תְּנֵינָא וְכוּ' וְאָמְרִי' נַמֵּי לְעֵיל (סֻוכָּה דַּף ו:) כִּי גְּמִירִי הִלְכְתָא לְגוּד וּלְלָבוּד וּלְדֹופֶן עֲקֻומָּה וְכֵן פָּסְקוּ הָרַמְבַּ"ן זַ"ל פ"ה מה"ס וה"ר יְשַׁעְיָה זַ"ל דִּבְאֶמְצַע פּוֹסֵל בַּד' וה"מ בְּסֻוכָּה גְּדוֹלָה אֲבָל בְּסֻוכָּה קְטַנָּה בֵּין בָּאֶמְצַע בֵּין מִן הַצַּד ג' טְפָחִים:
<b>Guemara.</b> Rava a dit : j'ai trouvé les Sages de l'école de Rav assis et disant au nom de Rav : l'air (avir) invalide à trois [tefahim], un skhakh invalide (skhakh passoul) invalide à quatre ; et moi je leur ai dit, etc. À Soura on enseignait ainsi, à Nehardea on enseignait ainsi : Rav Yehouda a dit au nom de Chmouel : un skhakh invalide au milieu [invalide] à quatre [tefahim], sur le côté à quatre coudées ; et Rav dit : aussi bien au milieu que sur le côté, à quatre coudées.<br><br>Le Baal ha-Ittour a écrit qu'il y a divergence entre les maîtres. Le Rif, de mémoire bénie, a tranché comme Chmouel, puisque les Sages de l'école de Rav pensent comme lui. Et le Baal Halakhot a tranché comme Rav, selon la dernière version (lichna batra). Le Talmud de Jérusalem, halakha 10, l'appuie, car Rabbi Hiya a enseigné : l'air invalide à trois, un skhakh invalide n'invalide qu'à quatre coudées ; et il est logique de trancher comme lui, car [l'argument tiré] des Sages [de l'école de Rav] n'est pas un appui : en effet, si la dernière version est retenue, la première ne l'est pas, puisqu'il s'agit de deux versions [distinctes]. Nous restons donc dans le doute : est-ce comme Soura ou comme Nehardea ? [Et puisqu'il s'agit d'une] divergence entre Rav et Chmouel, la halakha suit Rav : aussi bien au milieu que sur le côté, à quatre coudées. Il apparaît alors que, de même que pour l'invalidation par l'air il n'y a pas de divergence entre le milieu et le côté lorsqu'on éloigne le skhakh des parois, de même pour le skhakh invalide il n'y a pas de divergence ; toutefois c'est une divergence entre les maîtres, et l'on tranche vers la rigueur.<br><br>Le Ramban, de mémoire bénie, a écrit : et moi je trancherai comme les paroles du Rif. Car selon Rav, qui dit aussi bien au milieu que sur le côté à quatre coudées, la raison n'est donc pas la dofen akouma -- puisque même au milieu, où l'on ne peut invoquer la dofen akouma, la mesure est également de quatre coudées, comme il est dit dans la guemara selon la première version : <i>hormis ce cas de Rav et de Chmouel, qui disent tous deux que c'est en raison de la dofen akouma qu'ils l'ont fixé ainsi</i>. Dès lors, puisque selon toutes les versions celui qui dit qu'au milieu aussi c'est à quatre coudées ne se fonde pas sur la dofen akouma, la halakha suit nécessairement celui qui dit : au milieu à quatre [tefahim], et sur le côté à quatre coudées en raison de la dofen akouma -- car toute la sougya de la guemara où nous parlons de dofen akouma va dans ce sens, comme il est dit au début de notre traité : <i>que nous apprend-il en disant dofen akouma ? nous l'avons déjà appris, etc.</i> ; et nous disons aussi plus haut (Soukka 6b) : <i>lorsque la halakha est venue, c'est pour le goud, le lavoud et la dofen akouma</i>. Ainsi ont tranché le Rambam, chapitre 5 des Hilkhot soukka, et Rabbenou Yechaya, de mémoire bénie : au milieu, cela invalide à quatre [tefahim]. Et cela ne vaut que pour une grande soukka ; mais dans une petite soukka, aussi bien au milieu que sur le côté, [l'invalidation intervient dès] trois tefahim.
💡 Explication

Le déplacement est remarquable : la tradition orale quitte le terrain du chiffre pour celui de la fiction juridique. Les trois notions citées ne sont pas des mesures mais des règles qui font exister une cloison là où l'œil n'en voit pas.

Goud -- littéralement tiré : on prolonge une cloison existante, vers le haut (goud assik) ou vers le bas (goud ahit). Rachi donne l'exemple du portique en pleine campagne, où l'on dit que le bord du plafond descend et ferme. Lavoud -- joint : un vide de moins de trois tefahim est réputé bouche. Dofen akouma -- paroi coudée : jusqu'à quatre coudées, un skhakh invalide accolé à la paroi est lu comme un prolongement coudé de cette paroi, et la soukka reste valide.

Aucune de ces trois règles ne pourrait se lire dans un verset : elles ne portent pas sur une quantité mais sur la manière dont le droit voit l'espace. C'est précisément le domaine réservé de la halakha orale.

🖼️ Schéma
Les trois fictions de cloison que seule la tradition orale peut donner Aucune ne se déduit d'un verset : ce sont des règles de construction juridique, pas des mesures. GOUD -- on étire assik vers le haut, ahit vers le bas paroi réelle prolongée par fiction Rachi : le bord du plafond descend et ferme (portique en pleine campagne). LAVOUD -- on recolle un vide de moins de 3 tefahim < 3 L'écart existe matériellement, mais le droit le tient pour clos. À 3 tefahim exactement, la fiction cesse. Rachi : moins de trois. DOFEN AKOUMA -- on plie jusqu'à 4 coudées de skhakh invalide < 4 coudées Le skhakh invalide adjacent à la paroi est lu comme la paroi coudée.
Goud, lavoud, dofen akouma : trois manières de faire exister juridiquement une cloison que la construction ne fournit pas.
6
וְשֶׁאֵין לָהּ שָׁלֹשׁ דְּפָנוֹת.

[La michna a enseigné :] "et celle qui n'a pas trois parois".

💡 Explication

La guemara revient à la michna d'ouverture du traité, qui énumérait les soukkot invalides. Un long développement -- les halakhot de Moché au Sinaï, ouvert en 5b -- s'achève ici, et le texte reprend le fil du commentaire mot à mot.

La question qui va occuper tout le reste du folio est d'apparence élémentaire et pourtant jamais évidente : combien de parois faut-il à une soukka, et d'où le sait-on ?

7
תָּנוּ רַבָּנַן: שְׁתַּיִם כְּהִלְכָתָן, וּשְׁלִישִׁית אֲפִילּוּ טֶפַח. רַבִּי שִׁמְעוֹן אוֹמֵר: שָׁלֹשׁ כְּהִלְכָתָן, וּרְבִיעִית אֲפִילּוּ טֶפַח.

Nos maîtres ont enseigné : deux [parois] selon leur règle, et la troisième même d'un tefah. Rabbi Chimon dit : trois selon leur règle, et la quatrième même d'un tefah.

📜 Rachi (2)
שְׁתַּיִם כְּהִלְכָתָן מִזְרָחִית וּצְפוֹנִית כְּמִין גֵּאָם אוֹ דְּרוֹמִית וּמַעֲרָבִית:
Deux selon leur règle : celle de l'est et celle du nord, en forme d'équerre (gam), ou bien celle du sud et celle de l'ouest.
כְּהִלְכָתָן כְּשִׁיעוּר מֶשֶׁךְ סֻוכָּה:
Selon leur règle : selon la mesure de l'étendue de la soukka.
⚖️ Rosh (1)
ת"ר נָעַץ אַרְבַּע קֻונְדֵּיסִין עַל הַגַּג וְסִכֵּךְ עַל גַּבָּן. רַבִּי יַעֲקֹב מַכְשִׁיר. וַחֲכָמִים פּוֹסְלִין. אָמַר רַב הוּנָא מַחְלֹוקֶת עַל שְׂפַת הַגָּג. דְּרַבִּי יַעֲקֹב סָבַר אָמְרִינַן גּוּד אַסֵּיק מְחִיצָתָא. וְרַבָּנַן סָבְרִי לָא אָמְרִינַן גּוּד אַסֵּיק מְחִיצָתָא. אֲבָל בָּאֶמְצַע הַגָּג דִּבְרֵי הַכֹּל פְּסוּלָה. ור"נ אָמַר בְּאֶמְצַע הַגָּג מַחְלֹוקֶת וּפְלֻוגְתַּייְהוּ בְּרוֹאִין כִּדְאִיתָא בְּאִידָךְ בָּרַיְיתָא דְּרַבִּי יַעֲקֹב מַכְשִׁיר בִּמְחִיצָּה טֶפַח. אִיבַּעְיָא לְהוּ בְּאֶמְצַע הַגָּג מַחְלֹוקֶת אֲבָל עַל שְׂפַת הַגָּג דִּבְרֵי הַכֹּל כְּשֵׁרָה. אוֹ דִּלְמָא בֵּין בָּזוֹ וּבֵין בָּזוֹ מַחְלֹוקֶת תֵּיקוּ וְכֵיוָן דְּסָלְקָא בְּתֵיקוּ עָבְדִינַן לְחוּמְרָא כְּרַבָּנָן דְּפָסְלִי בָּזוֹ וּבָזוֹ וְאַלִּיבָּא דר"נ וּלְכָךְ הִשְׁמִיטָהּ הָרַב אִלְפָּס זַ"ל. אֲבָל רי"ץ גֵּיאוּת זַ"ל כָּתַב דְּרַב שְׁרִירָא גָּאוֹן לָא גָּרֵיס לְאִיבַּעְיָא לְהוּ אֶלָּא הָכִי גָּרְסִי' ור"נ אָמַר בְּאֶמְצַע הַגָּג מַחְלֹוקֶת אֲבָל עַל שְׂפַת הַגָּג דִּבְרֵי הַכֹּל כְּשֵׁירָה וּפָסְקִינַן כר"נ. וְכֵן כָּתַב הָרַמְבַּ"ן הָרַמְבַּ"ם זַ"ל נָעַץ ד' קֻונְדָּסִין עַל ד' זָוִיּוֹת הַגַּג וְסִיכֵּךְ עַל גַּבָּן הוֹאִיל וְהַסְּכָךְ עַל שְׂפַת הַגַּג כְּשֵׁירָה וְרוֹאִין אֶת הַמְּחִיצּוֹת הַתַּחְתּוֹנוֹת כְּאִילּוּ עוֹלוֹת לְמַעְלָה עַל שְׂפַת הַסִּיכּוּךְ וּבְכָל הַסְּפָרִים שֶׁלָּנוּ יְשָׁנָה הַבַּעְיָא הִלְכָּךְ לָא סָמְכִינַן אַגִּירְסַת רַב שְׁרִירָא לְהָקֵל וְכֵן פָּסְקוּ רַבֵּינוּ יְשַׁעְיָה וה"ר אבי"ה זַ"ל. דְּבֵין בָּאֶמְצַע וּבֵין עַל שְׂפַת הַגַּג פְּסוּלָה: וְשֶׁאֵין לָהּ שְׁלֹשָׁה דְּפָנוֹת. ת"ר שְׁתַּיִם כְּהִלְכָתָן שְׁלִישִׁית אֲפִילּוּ טֶפַח ור"ש אוֹמֵר שְׁלֹשָׁה כְּהִלְכָתָן וּרְבִיעִית אֲפִילּוּ טֶפַח. וקי"ל כְּרַבָּנָן וְאוֹתוֹ טֶפַח הֵיכָן מַעֲמִידוֹ א"ר סִימוֹן אַרִיבָּ"ל עוֹשֶׂה טֶפַח שׂוֹחֵק וּמַעֲמִידוֹ בְּפָחוֹת מִשְּׁלֹשָׁה סָמוּךְ לַדֹּופֶן. אָמַר רַב יְהוּדָה סֻוכָּה הָעֲשׂוּיָה כְּמָבוֹי כְּשֵׁירָה פִּי' דֹּופֶן מִכָּאן וְדֹופֶן מִכָּאן וְהִיא מְפֻולֶּשֶׁת כְּמָבוֹי הַמְפֻולָּשׁ וְאוֹתוֹ טֶפַח מַעֲמִידוֹ לְכָל רוּחַ שֶׁיִּרְצֶה א"ר סִימוֹן אַרִיבָּ"ל עוֹשֶׂה פַּס ד' וּמַשֶּׁהוּ וּמַעֲמִידוֹ בְּפָחוֹת מִג' סָמוּךְ לַדֹּופֶן מ"ש הָתָם דְּסַגִּי לָהּ בְּטֶפַח שׂוֹחֵק ומ"ש הָכָא בְּסֻוכָּה הָעֲשׂוּיָה כְּמָבוֹי דְּבָעֵי' פַּס ד' וּמַשֶּׁהוּ הָתָם דְּאִיכָּא ב' דְּפָנוֹת דַּעֲרִיבָן סַגִּי לְהוּ בְּטֶפַח שׂוֹחֵק הָכָא דְּלֵיכָּא ב' דְּפָנוֹת דַּעֲרִיבָן אִי אִיכָּא פַּס ד' וּמַשֶּׁהוּ אִין וְאִי לָא לָא. וְאָמַר רָבָא וְאֵינָהּ נִיתֶּרֶת אֶלָּא בְּצוּרַת הַפֶּתַח אַהֵיכָא דַּעֲרִיבָן מְחִיצּוֹת קָאֵי ופרש"י אַהֵיכָא דַּעֲרִיבָן מְחִיצּוֹת קָאֵי שֶׁחוֹלֵק הַטֶּפַח לִשְׁנַיִם וּמַעֲמִיד חֲצִי טֶפַח אֵצֶל הַכֹּותֶל הַדְּרוֹמִי וְהַחֵצִי טֶפַח הָאַחֵר מַעֲמִידוֹ כְּנֶגֶד סוֹף כֹּותֶל מַעֲרָבִי וְנוֹתֵן קָנֶה עַל שְׁנֵי חֲצִי הַטְּפָחִים וְנִמְצָא כָּל דֹּופֶן שְׁלִישִׁי סָתוּם בְּצוּרַת הַפֶּתַח ואע"ג דִּלְעִנְיַן שַׁבָּת וְכִלְאַיִם סַגִּי בְּקָנֶה כָּל דְּהוּ מִכָּאן וְקָנֶה כָּל דְּהוּ מִכָּאן גַּבֵּי סֻוכָּה הִלְכְתָא גְּמִירִי לָהּ דְּבָעֵי' טֶפַח בְּדֹופֶן שְׁלִישִׁי כִּדְאִיתָא בַּבָּרַייְתָא לְעֵיל וְרָבָא גָּמַר מֵרַבּוֹתָיו שֶׁאוֹתוֹ הַטֶּפַח צָרִיךְ לַעֲשׂוֹת מִמֶּנּוּ צוּרַת הַפֶּתַח. אִיכָּא דְּאָמְרִי אָמַר רָבָא וְנִיתֶּרֶת נָמֵי בְּצוּרַת הַפֶּתַח אִם יִרְצֶה יַעֲשֶׂה טֶפַח שׂוֹחֵק כְּמוֹ שֶׁשָּׁנוּי בַּבָּרַייְתָא וְאִם יִרְצֶה יַעֲשֶׂה קָנֶה כָּל דְּהוּ מִכָּאן וְקָנֶה כָּל דְּהוּ מִכָּאן וְקָנֶה עַל גַּבֵּיהֶן לְאֹורֶךְ כָּל דֹּופֶן שְׁלִישִׁי וְהַבָּרַייְתָא הִזְכִּירָה טֶפַח כ"ש צוּרַת הַפֶּתַח דַּחֲשִׁיב מְחִיצָּה לְעִנְיַן שַׁבָּת וְכִלְאַיִם. וְאִיכָּא דְּאָמְרִי אָמַר רָבָא וּצְרִיכָה נָמֵי צוּרַת הַפֶּתַח עִם הַטֶּפַח הַשָּׁנוּי בַּבָּרַיְיתָא וְיַעֲמִיד קָנֶה בְּסוֹף הַכֹּותֶל וְיָשִׂים קָנֶה עָלָיו וְעַל הַטֶּפַח. פִּי' הָרִי"ף אִם הָיְתָה סֻוכָּה בָּב' דְּפָנוֹת לְהַךְ לִישָּׁנָא דַּאֲמַרְתְּ אֵינָהּ נִיתֶּרֶת אֶלָּא בְּצוּרַת הַפֶּתַח לֹא אִיכְפַּת לָן בְּטֶפַח שׂוֹחֵק בֵּין יֶשְׁנוֹ בֵּין אֵינוֹ. וּלְהַךְ לִישָּׁנָא דַּאֲמַרְתְּ וְנִיתֶּרֶת נָמֵי בְּצוּרַת הַפֶּתַח נִיתֶּרֶת בְּאַחַת מֵהֶן אוֹ בְּצוּרַת הַפֶּתַח אוֹ בְּטֶפַח שׂוֹחֵק וּלְהַךְ לִישָּׁנָא דַּאֲמַרְתְּ וּצְרִיכָה נָמֵי צוּרַת הַפֶּתַח אֵינָהּ נִיתֶּרֶת אֶלָּא בִּשְׁתֵּיהֶם בְּצוּרַת הַפֶּתַח וּבְטֶפַח שׂוֹחֵק וְהִלְכְתָא צְרִיכָה צוּרַת הַפֶּתַח וְטֶפַח שׂוֹחֵק דְּאָמַר רַב אַשִּׁי אַשְׁכַּחְנָא לְרַב כָּהֲנָא דַּעֲבִיד לָהּ טֶפַח שׂוֹחֵק בְּאֶמְצַע וְקָא עֲבִיד נָמֵי צוּרַת הַפֶּתַח מִן הַצַּד א"ל לָא סָבַר לָהּ מָר לְהָא דְּרָבָא דְּאָמַר וְנִיתֶּרֶת נָמֵי בְּצוּרַת הַפֶּתַח אֲמַר לֵיהּ כְּאִידָךְ לִישָּׁנָא סְבִירָא לִי וּצְרִיכָה נָמֵי צוּרַת הַפֶּתַח מַה שֶׁכָּתַב הַאַלְפָסִי לְהַךְ לִישָּׁנָא דַּאֲמַרְתְּ אֵינָהּ נִיתֶּרֶת אֶלָּא בְּצוּרַת הַפֶּתַח לֹא אִיכְפַּת לָן לְטֶפַח שׂוֹחֵק בֵּין יֶשְׁנוֹ בֵּין אֵינוֹ יֵשׁ לוֹמַר בֵּין יֶשְׁנוֹ בְּמָקוֹם אֶחָד בֵּין אֵינוֹ בְּמָקוֹם אֶחָד אֶלָּא חָלוּק לִשְׁנַיִם לַעֲשׂוֹת מִמֶּנּוּ צוּרַת הַפֶּתַח אֲבָל לָא מָצֵית לְמֵימַר דְּלֵית לֵיהּ כְּלָל וְסַגִּי בְּצוּרַת הַפֶּתַח קָנֶה מִכָּאן וְקָנֶה מִכָּאן וְקָנֶה עַל גַּבֵּיהֶן כְּמוֹ בְּשַׁבָּת וְכִלְאַיִם דא"כ לָמָּה הֻוזְכַּר טֶפַח בַּבָּרַיְיתָא. וְסֻוכָּה הָעֲשׂוּיָה כְּמָבוֹי הֲוָה מִסְתַּבְּרָא לְמֵימַר כֵּיוָן שֶׁצָּרִיךְ בַּדֹּופֶן הַשְּׁלִישִׁי פַּס ד' וּמַשֶּׁהוּ וְיֵשׁ בּוֹ הֶכְשֵׁר סֻוכָּה כְּשֶׁאַתָּה מַעֲמִידָהּ בְּפָחוֹת מִשְּׁלֹשָׁה סָמוּךְ לַדֹּופֶן אֵין צָרִיךְ צוּרַת הַפֶּתַח וְיֵשׁ שֶׁפָּסְקוּ כָּךְ וי"א מִדְּקָאָמַר הַגְּמָרָא מ"ש הָתָם דְּסַגִּי לֵיהּ בְּטֶפַח שׂוֹחֵק ומ"ש הָכָא וְכוּ' וּמְשַׁנֵּי גְּמָרָא הָתָם דְּאִיכָּא שְׁתֵּי דְפָנוֹת דַּעֲרִיבָן סַגִּי בְּטֶפַח שׂוֹחֵק וְכוּ' אַלְמָא יִתְרוֹן הַתִּיקּוּן בִּמְחִיצּוֹת גְּרוּעוֹת דְּלָא עֲרִיבָן מְשַׁוֵּי אוֹתָן לִמְחִיצּוֹת טוֹבוֹת לְהַתִּיר בְּתִיקּוּן גָּרוּעַ וְשֶׁקֻּולִּין הֵם לְעִנְיַן צוּרַת הַפֶּתַח וּסְבָרָא הָרִאשׁוֹנָה יוֹתֵר חֲזָקָה וּבְרִיאָה אֶלָּא שֶׁהָרַב אַלְפָסִי זַ"ל אִית לֵיהּ סְבָרָא אַחֲרוֹנָה כְּמוֹ שֶׁאֲפָרֵשׁ וּצְרִיכִין אָנוּ לֵילֵךְ אַחֲרָיו וְכֵן כָּתַב הָרַמְבַּ"ם זַ"ל פ"ד מֵהִלְכוֹת סֻוכָּה ה"ג:
<b>Nos maîtres ont enseigné :</b> s'il a planté quatre piquets (koundissin) sur le toit et a posé le skhakh par-dessus -- Rabbi Yaakov déclare valide, et les Sages invalident. Rav Houna a dit : la divergence porte sur le cas où [les piquets sont] au bord du toit ; Rabbi Yaakov estime que l'on dit goud assik mehitsata (on prolonge la cloison vers le haut), et les Sages estiment qu'on ne le dit pas ; mais au milieu du toit, tous s'accordent qu'elle est invalide. Et Rav Nahman a dit : la divergence porte sur le milieu du toit, et leur désaccord porte sur le principe de roin (on considère [les cloisons comme si elles montaient]), comme il ressort de l'autre barayta où Rabbi Yaakov déclare valide avec une cloison d'un tefah. On a demandé : la divergence porte-t-elle [seulement] sur le milieu du toit, mais au bord du toit tous s'accordent qu'elle est valide ? Ou bien la divergence porte-t-elle sur les deux cas ? -- Teikou [non tranché]. Et puisque cela s'achève sur un teikou, on agit avec rigueur, comme les Sages qui invalident dans les deux cas, selon Rav Nahman ; c'est pourquoi le Rif, de mémoire bénie, a omis [ce passage]. Mais Ri"ts Guiat, de mémoire bénie, a écrit que Rav Chérira Gaon ne lisait pas le <i>on a demandé</i>, mais lisait ainsi : <i>et Rav Nahman a dit : la divergence porte sur le milieu du toit, mais au bord du toit tous s'accordent qu'elle est valide</i> -- et nous tranchons comme Rav Nahman. Ainsi a écrit le Ramban. Le Rambam, de mémoire bénie : s'il a planté quatre piquets aux quatre angles du toit et a posé le skhakh par-dessus, puisque le skhakh est au bord du toit elle est valide, et l'on considère les cloisons du dessous comme si elles montaient jusqu'au bord du skhakh. Mais dans tous nos exemplaires la question [teikou] figure ; nous ne nous appuyons donc pas sur la version de Rav Chérira pour être indulgents. Ainsi ont tranché Rabbenou Yechaya et Rabbenou Avia, de mémoire bénie : aussi bien au milieu qu'au bord du toit, elle est invalide.<br><br><b>"Et celle qui n'a pas trois parois."</b> Nos maîtres ont enseigné : deux selon leur règle, la troisième même un tefah ; et Rabbi Chimon dit : trois selon leur règle et la quatrième même un tefah. Et nous tenons la halakha comme les Sages. Et ce tefah, où le place-t-on ? Rabbi Simon a dit au nom de Rabbi Yehochoua ben Levi : il fait un tefah large (tefah chohek) et le place à moins de trois [tefahim] de la paroi. Rav Yehouda a dit : une soukka faite en forme de mavoi (ruelle) est valide -- explication : une paroi d'un côté et une paroi de l'autre, ouverte de part en part comme une ruelle traversante -- et ce tefah, il le place du côté qu'il veut. Rabbi Simon a dit au nom de Rabbi Yehochoua ben Levi : il fait une planche (pass) de quatre [tefahim] et un peu, et la place à moins de trois de la paroi. En quoi diffère le cas précédent, où un tefah large suffit, et celui-ci -- la soukka faite comme une ruelle -- où il faut une planche de quatre et un peu ? Là-bas, où il y a deux parois qui se rejoignent (arivan) en angle, un tefah large suffit ; ici, où il n'y a pas deux parois qui se rejoignent, s'il y a une planche de quatre et un peu, oui ; sinon, non.<br><br>Et Rava a dit : <i>et elle n'est rendue permise que par une tsourat ha-petah (forme de porte)</i> -- cela se rapporte au cas où les cloisons se rejoignent. Rachi explique : cela se rapporte au cas où les cloisons se rejoignent, en ce qu'il divise le tefah en deux, place un demi-tefah contre la paroi sud et l'autre demi-tefah face à l'extrémité de la paroi ouest, puis pose un roseau sur les deux demi-tefahim ; ainsi toute la troisième paroi se trouve fermée par une tsourat ha-petah. Et bien que, pour le Chabbat et pour le kilayim, un roseau quelconque d'un côté et un roseau quelconque de l'autre suffisent, pour la soukka nous l'avons reçu par tradition (hilkheta guemiri lah) qu'il faut un tefah dans la troisième paroi, comme il ressort de la barayta ci-dessus ; et Rava a reçu de ses maîtres que ce tefah, il faut en faire une tsourat ha-petah.<br><br>Certains disent : Rava a dit <i>et elle est aussi rendue permise par une tsourat ha-petah</i> -- s'il le veut, il fait un tefah large comme l'enseigne la barayta ; et s'il le veut, il fait un roseau quelconque d'un côté, un roseau quelconque de l'autre et un roseau par-dessus, sur toute la longueur de la troisième paroi ; la barayta a mentionné le tefah, à plus forte raison la tsourat ha-petah, qui est tenue pour une cloison quant au Chabbat et au kilayim. Et d'autres disent : Rava a dit <i>et elle requiert aussi une tsourat ha-petah</i> -- avec le tefah enseigné dans la barayta : il dresse un roseau à l'extrémité de la paroi et pose un roseau sur lui et sur le tefah.<br><br>Explication du Rif : si la soukka a deux parois, selon la version qui dit <i>elle n'est rendue permise que par une tsourat ha-petah</i>, le tefah large ne nous importe pas, qu'il y soit ou non ; selon la version qui dit <i>elle est aussi rendue permise par une tsourat ha-petah</i>, elle est rendue permise par l'un des deux, soit la tsourat ha-petah soit le tefah large ; et selon la version qui dit <i>elle requiert aussi une tsourat ha-petah</i>, elle n'est rendue permise que par les deux ensemble, la tsourat ha-petah et le tefah large. Et la halakha [est] qu'elle requiert la tsourat ha-petah et le tefah large, car Rav Achi a dit : j'ai trouvé Rav Kahana qui faisait un tefah large au milieu et faisait aussi une tsourat ha-petah sur le côté. Je lui ai dit : le maître ne tient-il pas l'avis de Rava, qui dit <i>elle est aussi rendue permise par une tsourat ha-petah</i> ? Il me répondit : je tiens comme l'autre version, <i>elle requiert aussi une tsourat ha-petah</i>. Quant à ce qu'a écrit le Rif -- selon la version qui dit <i>elle n'est rendue permise que par une tsourat ha-petah</i>, le tefah large ne nous importe pas, qu'il y soit ou non -- on peut dire : qu'il soit d'un seul tenant ou non d'un seul tenant, mais il le divise en deux pour en faire une tsourat ha-petah ; on ne peut cependant pas dire qu'il n'en ait pas du tout et qu'une tsourat ha-petah suffise -- un roseau d'un côté, un roseau de l'autre et un roseau par-dessus, comme pour le Chabbat et le kilayim -- car alors, pourquoi la barayta aurait-elle mentionné un tefah ?<br><br>Et pour la soukka faite comme une ruelle, il eût été logique de dire que, puisqu'il faut dans la troisième paroi une planche de quatre et un peu -- laquelle contient déjà la mesure de validation d'une soukka lorsqu'on la place à moins de trois de la paroi -- il n'y a pas besoin de tsourat ha-petah ; et certains ont tranché ainsi. D'autres disent : puisque la guemara demande <i>en quoi diffère le cas précédent, où un tefah large suffit, et celui-ci, etc.</i>, et que la guemara répond <i>là-bas il y a deux parois qui se rejoignent, un tefah large suffit, etc.</i>, il apparaît que le supplément d'aménagement, dans des cloisons déficientes qui ne se rejoignent pas, les rend équivalentes à de bonnes cloisons permises par un aménagement moindre, et qu'elles sont donc équivalentes quant à la tsourat ha-petah. Le premier raisonnement est plus fort et plus solide, mais le Rif, de mémoire bénie, tient le dernier, comme je l'expliquerai, et nous devons le suivre ; ainsi a écrit le Rambam, chapitre 4 des Hilkhot soukka, halakha 3.
💡 Explication

La barayta livre d'emblée un résultat surprenant : la michna dit trois parois, mais la troisième peut se réduire à un tefah, un peu moins de dix centimètres. Autrement dit, une soukka réglementaire peut n'avoir en pratique que deux murs et un moignon.

Kehilkhatan -- "selon leur règle" -- signifie, précise Rachi, une paroi pleine sur toute l'étendue de la soukka, et disposée en équerre : est et nord, ou sud et ouest. Le tefah, lui, n'est pas un mur : c'est un marqueur juridique de troisième côté.

Rabbi Chimon décale tout d'un cran : trois parois pleines, plus un quatrième côté symbolique. Sa soukka abrite réellement ; celle des Sages est presque ouverte. Tout le folio va chercher d'où vient cet écart d'une unité.

🖼️ Schéma
Deux soukkot vues de dessus : la barayta contre Rabbi Chimon Trait épais = paroi kehilkhatan, pleine sur toute la longueur. Trait court rouge = le tefah. Les Sages : deux + un tefah paroi pleine paroi pleine tefah Deux côtés entièrement ouverts. Rachi : est et nord, en équerre (gam). Rabbi Chimon : trois + un tefah paroi pleine tefah Un seul côté ouvert : la soukka abrite réellement.
Vue de dessus : la même mitsva donne deux bâtiments très différents selon que l'on suit les Sages ou Rabbi Chimon.
8
בְּמַאי קָמִיפַּלְגִי? רַבָּנַן סָבְרִי: יֵשׁ אֵם לַמָּסֹורֶת, וְרַבִּי שִׁמְעוֹן סָבַר: יֵשׁ אֵם לַמִּקְרָא.

Sur quoi divergent-ils ? Les Sages estiment : yech em la-massoret (la graphie transmise fait autorité) ; et Rabbi Chimon estime : yech em la-mikra (la lecture vocalisée fait autorité).

📜 Rachi (1)
יֵשׁ אֵם לַמָּסֹורֶת כַּמָּה שֶׁכָּתַב מֹשֶׁה וּמָסַר בְּסֵפֶר תּוֹרָה לְיִשְׂרָאֵל הִיא הָאֵם וְהָעִיקָּר וְלֹא כְּמוֹ שֶׁהוּא נִקְרָא:
Yech em la-massoret : ce que Moché a écrit et transmis à Israël dans le rouleau de la Torah, voilà la "mère" et l'essentiel -- et non la manière dont on le lit.
🗂️ Tossefot (1)
וְרַבִּי שִׁמְעוֹן סָבַר יֵשׁ אֵם לַמִּקְרָא. כּוּלְּהוּ מוֹדוּ דְּדָרְשִׁינַן מִקְרָא וּמָסֹורֶת דְּלָא עַל חִנָּם נִכְתַּב כֵּן אֶלָּא בְּמִילְּתָא דְּמַיכְחֲשִׁי אַהֲדָדֵי פְּלִיגִי דְּמַר סָבַר מִקְרָא עִיקָּר כִּדְאַשְׁכְּחַן ר"ע בְּרֵישׁ סַנְהֶדְרִין (דַּף ד.) דְּסָבַר יֵשׁ אֵם לַמִּקְרָא וּבְפֶ' כָּל שָׁעָה (פְּסָחִים דַּף לוֹ.) גַּבֵּי לֶחֶם עֹונִי דְּדָרֵישׁ מִקְרָא וּמָסֹורֶת וּבְפֶ' לוּלָב הַגָּזוּל (לְקַמָּן סֻוכָּה דַּף לד:) תְּנַן ר"ע אוֹמֵר כְּשֵׁם שֶׁלּוּלָב אֶחָד וְאֶתְרוֹג אֶחָד כָּךְ כו' וְדָרְשִׁינַן בַּגְּמָרָא [דַּף לב.] לוּלָב אֶחָד מִדִּכְתִיב כְּפַת חָסֵר וָי"ו וְכֵן ר"ש דְּסָבַר הָכָא יֵשׁ אֵם לַמִּקְרָא וּבְפֶ' קַמָּא דְּקִדּוּשִׁין (דַּף יח:) גַּבֵּי בְּבִגְדוֹ בָּהּ דְּרֵישׁ מִקְרָא וּמָסֹורֶת וּמִיהוּ קָשֶׁה דִּלְרַבִּי עֲקִיבָא דְּלָא דָּרֵישׁ הָתָם אֶלָּא מִקְרָא לְחוּד וְאַמַּאי לָא דְּרֵישׁ תַּרְוַיְיהוּ כְּר' שִׁמְעוֹן כִּדְאָמְרִינַן גַּבֵּי לֶחֶם עֹונִי וְעוֹד אַשְׁכְּחַן ר"ע דְּסָבַר יֵשׁ אֵם לַמִּקְרָא וּלְקַמָּן בְּסָמוּךְ [סֻוכָּה דַּף ז:] מַכְשִׁיר ר"ע סֻוכָּה בְּרֹאשׁ הַסְּפִינָה וּמוּכָח שְׁמַעְתָּא מִשּׁוּם דְּקָסָבַר סֻוכָּה דִּירַת עֲרַאי בָּעֵינַן אַלְמָא לָא בָּעֵי ג' כְּהִלְכָתָן דְּחַד טַעְמָא הוּא כִּדְקָאָמְרִי' בְּהַהוּא שְׁמַעְתָּא (דְּרַשְׁבָּ"ג) דִּפְלִיג אֲדָר ע שָׁוִין בְּסֻוכָּה דְּדִירַת קֶבַע בָּעֵינַן א"כ סָבַר ר"ע יֵשׁ אֵם לַמָּסֹורֶת וּמִיהוּ בָּזֶה יֵשׁ לוֹמַר כְּמוֹ שֶׁאֲפָרֵשׁ לְקַמָּן דְּהַאי דְּקָאָמַר כֻּולְּהוּ סְבִירָא לְהוּ סֻוכָּה דִּירַת קֶבַע בָּעֵינַן לֹא בִּשְׁבִיל שֶׁיְּהוּ שָׁוִין אֲבָל עוֹד קָשֶׁה דְּהָא ר"ע ור"ש דְּסָבְרִי יֵשׁ אֵם לַמִּקְרָא וּמִחַיְּיבִי אַחֲתִיכָה אַחַת בְּפֶרֶק דַּם שְׁחִיטָה (בִּכְרִיתוֹת דַּף כב:) גַּבֵּי חֲתִיכָה שֶׁל חֻולִּין וַחֲתִיכָה שֶׁל קֹדֶשׁ בָּא אֶחָד וְאָכַל אֶת הָרִאשׁוֹנָה וּבָא אַחֵר וְאָכַל אֶת הַשְּׁנִיָּה זֶה מֵבִיא אָשָׁם תָּלוּי וְזֶה מֵבִיא אָשָׁם תָּלוּי דִּבְרֵי ר"ע ר"ש אוֹמֵר שְׁנֵיהֶם מְבִיאִין אָשָׁם אֶחָד וְכֵן גַּבֵּי חֵלֶב וְשֻׁומָּן אַלְמָא לָא בָּעֵינַן חֲתִיכָה מִשְׁתֵּי חֲתִיכוֹת וּמַאן דְּבָעֵי חֲתִיכָה מִשְׁתֵּי חֲתִיכוֹת אָמְרִינַן בְּפֶרֶק סָפֵק אָכַל (שָׁם דַּף יז:) מִשּׁוּם דְּמִצְוַת קָרֵינָא בֵיהּ וּמַאן דִּמְחַייֵּב סָבַר יֵשׁ אֵם לַמָּסֹורֶת מַצַּת כְּתִיב וְאֵין לְפָרֵשׁ הַהִיא דְּדַם שְׁחִיטָה בִּשְׁתֵּי חֲתִיכוֹת גְּדוֹלוֹת שֶׁאָכַל זֶה מִזּוֹ כַּזַּיִת וְזֶה מִזּוֹ כַּזַּיִת דְּתַרְוַוייְהוּ שְׁתֵּי מִצְוֹת דְּעַל כָּרְחֲךָ טַעְמָא מִשּׁוּם דְּלָא בָּעֵי חֲתִיכָה מִשְׁתֵּי חֲתִיכוֹת כִּדְמוֹכַח הָתָם בְּשִׁילְהֵי פִּירְקִין בַּגְּמָרָא גַּבֵּי ר' יוֹסֵי דְּקָאָמַר חֲתִיכָה מִשְׁתֵּי חֲתִיכוֹת אִיכָּא בֵּינַייְהוּ וְאֵין לוֹמַר דְּכֵיוָן דְּהָווּ לְכַתְּחִילָּה שְׁנַיִם חָשׁוּב מִצְוֹת מִשּׁוּם דְּאִיקְּבַע אִיסּוּרָא דְּהָא רַב נַחְמָן הוּא דְּקָאָמַר הָכִי בְּרֵישׁ פֶּרֶק סָפֵק אָכַל (שָׁם יח.) אֲבָל רַבָּה דִּמְפָרֵשׁ טַעְמָא מִשּׁוּם דְּמִצְוֹת קָרֵינַן בָּהּ לֵית לֵיהּ כְּלָל כִּדְמוֹכַח הָתָם וְעוֹד קַשְׁיָא מָדָר' שִׁמְעוֹן לְהַאי לִישָּׁנָא דְּאָמְרִינַן הָכָא דְּכֻולֵּי עָלְמָא יֵשׁ אֵם לַמָּסֹורֶת וּבְסוֹף פֶּרֶק כֵּיצַד צוֹלִין (פְּסָחִים דַּף פּוֹ:) גַּבֵּי בְּבַיִת אֶחָד יֵאָכֵל קָסָבַר יֵשׁ אֵם לַמִּקְרָא וְעוֹד קָשֶׁה דִּלְקַמָּן (סֻוכָּה דַּף ט:) פָּסְלִינַן לכ"ע סֻוכָּה תַּחַת סֻוכָּה מִדִּכְתִיב בַּסֻּכֹּת וְלָא אָמְרִינַן יֵשׁ אֵם לַמִּקְרָא: [וְע"ע תּוֹסְ' לְקַמָּן (סֻוכָּה לב.) ד"ה כְּפַת ותוס' סַנְהֶדְרִין ד. ד"ה כּוּלְּהוּ ותוס' זְבָחִים מ. ד"ה לֹא נִצְרְכָה ותוס' נִדָּה טו. ד"ה לֹא וְתוֹסְ' פְּסָחִים לוֹ. ד"ה עֹונִי]
Tous s'accordent à exposer à la fois la lecture (mikra) et la graphie (massoret), car ce n'est pas pour rien qu'il a été écrit ainsi ; leur divergence ne porte que sur un cas où les deux se contredisent, l'un tenant que la lecture est l'essentiel -- comme nous le trouvons chez Rabbi Akiva au début de Sanhédrin (4a), qui tient yech em la-mikra ; et au chapitre Kol chaa (Pessahim 36a), à propos de <i>le'hem oni</i>, il expose à la fois la lecture et la graphie ; et au chapitre Loulav ha-gazoul (plus loin, Soukka 34b) nous avons appris : Rabbi Akiva dit : de même qu'il y a un seul loulav et un seul etrog, ainsi etc. -- et nous exposons dans la guemara (32a) <i>un seul loulav</i> du fait qu'il est écrit kapot sans vav. De même Rabbi Chimon, qui tient ici yech em la-mikra, expose au premier chapitre de Kidouchin (18b), à propos de <i>be-vigdo va</i>, à la fois la lecture et la graphie.<br><br>Toutefois, cela fait difficulté : selon Rabbi Akiva, qui n'expose là-bas que la lecture seule -- pourquoi n'expose-t-il pas les deux comme Rabbi Chimon, ainsi que nous le disons à propos de le'hem oni ? En outre, nous trouvons que Rabbi Akiva tient yech em la-mikra, alors que plus loin (Soukka 7b) Rabbi Akiva valide une soukka au sommet d'un navire, et il ressort de la sougya que c'est parce qu'il estime qu'une demeure provisoire (dirat aray) suffit ; il n'exige donc pas trois [parois] selon leur règle, ce qui relève du même motif, comme nous le disons dans cette sougya-là (chez Rabban Chimon ben Gamliel) qui diverge d'avec Rabbi Akiva : ils s'accordent au sujet de la soukka [en tenant] qu'il faut une demeure permanente -- s'il en est ainsi, Rabbi Akiva tiendrait yech em la-massoret. Sur ce point, on peut cependant répondre comme je l'expliquerai plus loin : ce qu'on dit -- <i>tous estiment qu'il faut une demeure permanente</i> -- n'est pas dit pour qu'ils soient d'accord [en tout].<br><br>Mais il reste une autre difficulté : Rabbi Akiva et Rabbi Chimon, qui tiennent yech em la-mikra, rendent redevable pour un seul morceau, au chapitre Dam chehita (Keritot 22b), à propos d'un morceau de profane et d'un morceau de consacré : l'un est venu et a mangé le premier, un autre est venu et a mangé le second -- celui-ci apporte un acham taloui et celui-là un acham taloui, paroles de Rabbi Akiva ; Rabbi Chimon dit : tous deux apportent un seul acham. Et de même pour le helev et la graisse [permise]. Il apparaît donc que l'on n'exige pas "un morceau [pris] de deux morceaux" ; or celui qui exige un morceau de deux morceaux, nous disons au chapitre Safek akhal (ibid. 17b) que c'est parce qu'il lit <i>mitsvot</i> [au pluriel], tandis que celui qui rend redevable tient yech em la-massoret, car il est écrit <i>mitsvat</i> [au singulier]. Et l'on ne peut pas interpréter ce passage de Dam chehita comme parlant de deux grands morceaux dont l'un a mangé un kazayit de l'un et l'autre un kazayit de l'autre, car ce seraient deux mitsvot ; il faut nécessairement dire que le motif est qu'on n'exige pas un morceau de deux morceaux, comme il ressort là-bas à la fin du chapitre, dans la guemara, à propos de Rabbi Yossi qui dit : <i>la différence entre eux porte sur un morceau [pris] de deux morceaux</i>. Et l'on ne peut pas dire que, puisqu'ils étaient au départ deux, cela compte comme mitsvot du fait que l'interdit s'est fixé (ikva issoura) -- car c'est Rav Nahman qui parle ainsi au début du chapitre Safek akhal (ibid. 18a), tandis que Rabba, qui explique le motif par <i>on lit mitsvot</i>, ne tient pas du tout cela, comme il ressort là-bas.<br><br>Il y a encore une difficulté du côté de Rabbi Chimon, selon la version qui dit ici que tout le monde tient yech em la-massoret, alors qu'à la fin du chapitre Keitsad tsolin (Pessahim 86b), à propos de <i>il sera mangé dans une seule maison</i>, il estime yech em la-mikra. Et une difficulté encore : plus loin (Soukka 9b) nous invalidons, de l'avis de tous, une soukka sous une soukka du fait qu'il est écrit <i>ba-soukkot</i> [défectif], sans dire yech em la-mikra.
💡 Explication

La guemara remonte du résultat au principe, et le principe est l'un des plus lourds de tout le Talmud. Le texte de la Torah a deux couches : ce qui est écrit (la massoret, la graphie transmise, lettre par lettre) et ce qui est lu (la mikra, la vocalisation orale). Le plus souvent les deux concordent ; parfois non -- et il faut alors savoir laquelle est la em, la "mère", c'est-à-dire la base de l'exégèse.

Rachi formule la position des Sages avec une netteté presque polémique : ce que Moché a écrit et transmis à Israël dans le rouleau de la Torah, voilà la mère et l'essentiel -- et non la manière dont on le lit.

Tossefot nuance aussitôt : personne ne rejette purement et simplement l'une des deux couches ; tous exposent parfois la lecture et la graphie ensemble, car ce n'est pas pour rien qu'il a été écrit ainsi. Le désaccord ne surgit que lorsque les deux se contredisent -- et c'est exactement le cas ici.

9
רַבָּנָן סָבְרִי: יֵשׁ אֵם לַמָּסֹורֶת, ״בַּסֻּכֹּת״ ״בַּסֻּכֹּת״ ״בַּסֻּכּוֹת״ — הֲרֵי כָּאן אַרְבַּע.

Les Sages estiment : yech em la-massoret. "Ba-soukkot", "ba-soukkot", "ba-soukkot" -- cela fait quatre ici.

📜 Rachi (2)
בַּסֻּכֹּת תֵּשְׁבוּ יֵשְׁבוּ בַּסֻּכֹּת כִּי בְּסֻכּוֹת הוֹשַׁבְתִּי חַד מָלֵא וּתְרֵין חֲסֵרִין:
"Vous demeurerez dans des soukkot", "ils demeureront dans des soukkot", "car j'ai fait demeurer [les enfants d'Israël] dans des soukkot" : un plein et deux défectifs.
בַּסֻּכֹּת מַשְׁמַע חֲדָא:
"Ba-soukkot" [défectif] : cela signifie une seule.
💡 Explication

Tout se joue sur une lettre. Le mot ba-soukkot figure trois fois dans le passage de Lévitique 23,42-43. Deux fois il est écrit défectif (haser), sans le vav du pluriel ; une fois il est écrit plein (mâle), avec le vav. Rachi fait le relevé : un plein et deux défectifs.

Si c'est la graphie qui fait autorité, alors chaque occurrence défective se lit comme un singulier et vaut une soukka, tandis que l'occurrence pleine vaut deux. Total : 1 + 1 + 2 = quatre.

10
דַּל חַד לְגוּפֵיהּ, פָּשׁוּ לְהוּ תְּלָתָא. שְׁתַּיִם כְּהִלְכָתָן, וַאֲתַאי הִלְכְתָא וּגְרַעְתַּהּ לִשְׁלִישִׁית וְאוֹקֵמְתַּהּ אַטֶּפַח.

Retires-en une pour l'objet même [de la mitsva] : il en reste trois. Deux selon leur règle -- puis la halakha [du Sinaï] est venue, à diminué la troisième et l'a fixée à un tefah.

📜 Rachi (2)
לְגוּפֵיהּ דְּאֵין דּוֹרְשִׁין תְּחִילּוֹת פָּסוּק הַנֶּאֱמָר רִאשׁוֹן אֵינוֹ לִדְרָשָׁה אֶלָּא לְמִשִּׁמְעִי אֲתָא:
Pour l'objet même : car on n'expose pas les premières -- le verset énonce en premier né sert pas à l'exégèse, il vient seulement pour son sens littéral.
הִילְכְתָא הָא דְּאָמְרִינַן לְעֵיל הֲלָכָה לְמֹשֶׁה מִסִּינַי לְהָכִי נָמֵי אִתְּמַר לֵיהּ הִלְכְתָא לִמְחִיצּוֹת לְמִיגְרָעֶיהָ לַשְּׁלִישִׁית דֹּופֶן סֻוכָּה וּלְמִיסְגֵּי לֵיהּ בְּטֶפַח:
La halakha : ce que nous avons dit plus haut, [à savoir] halakha de Moché au Sinaï. C'est aussi pour cela que la halakha des cloisons lui a été énoncée : pour diminuer la troisième paroi de la soukka et se contenter d'un tefah.
💡 Explication

Sur les quatre unités obtenues, une n'est pas disponible pour l'exégèse : c'est la règle dite ein dorchin tehilot -- on n'expose pas les premières. Rachi l'énonce clairement : le verset énonce en premier né sert pas à l'exégèse, il vient pour son sens littéral, c'est-à-dire pour instituer la mitsva de soukka elle-même.

Restent trois unités : trois parois, ce qui est exactement le chiffre de la michna. Puis intervient la halakha de Moché au Sinaï -- celle-là même qui vient d'être citée comme règle des méhitsin -- pour diminuer la troisième et la ramener à un tefah.

Le mécanisme est élégant : le verset donne le nombre, la tradition orale donne la tolérance. C'est la même répartition des rôles que dans tout le passage depuis 5b.

11
רַבִּי שִׁמְעוֹן סָבַר: יֵשׁ אֵם לַמִּקְרָא, ״בַּסֻּכּוֹת״ ״בַּסֻּכּוֹת״ ״בַּסֻּכּוֹת״ — הֲרֵי כָּאן שֵׁשׁ, דַּל חַד קְרָא לְגוּפֵיהּ, פָּשׁוּ לְהוּ אַרְבַּע. שָׁלֹשׁ כְּהִלְכָתָן, אֲתַאי הִלְכְתָא וּגְרַעְתַּהּ לִרְבִיעִית וְאוֹקֵמְתַּהּ אַטֶּפַח.

Rabbi Chimon estime : yech em la-mikra. "Ba-soukkot", "ba-soukkot", "ba-soukkot" -- cela fait six ici.

Retires-en un verset pour l'objet même : il en reste quatre. Trois selon leur règle -- puis la halakha est venue, à diminué la quatrième et l'a fixée à un tefah.

💡 Explication

Même matériau, autre couche. Si c'est la lecture qui fait autorité, les trois occurrences se prononcent toutes au pluriel -- ba-soukkot -- quelle que soit leur orthographe. Chacune vaut donc deux : total six.

La soustraction change elle aussi de grain. On ne retire pas une unité mais un verset entier pour l'objet même de la mitsva, soit les deux occurrences du premier verset (23,42), donc deux unités. Il reste quatre : trois parois pleines, et la halakha du Sinaï vient diminuer la quatrième jusqu'au tefah.

L'écart entre les deux positions est ainsi entièrement produit par la question de savoir où se trouve la "mère" du texte. Une seule lettre absente vaut une paroi.

🖼️ Schéma
Le compte des trois BA-SOUKKOT : la graphie contre la lecture Lévitique 23,42-43. Deux écrits défectifs (sans vav), un écrit plein -- mais les trois se LISENT au pluriel. Les trois occurrences 1. Vous demeurerez dans des soukkot (23,42a) -- écrit DÉFECTIF 2. Tout indigène en Israël demeurera dans des soukkot (23,42b) -- écrit DÉFECTIF 3. Car j'ai fait demeurer les enfants d'Israël dans des soukkot (23,43) -- écrit PLEIN Les Sages : yech em la-masoret c'est la graphie transmise qui fait autorité défectif = 1 · défectif = 1 · plein = 2 Total : 4 On retire 1 pour l'objet même de la mitsva (on n'expose pas les premières) . . . . . . . 3 Donc : 3 parois. La halakha du Sinaï vient DIMINUER la troisième et la ramener à un tefah. Résultat : 2 pleines + 1 tefah R. Chimon : yech em la-mikra c'est la lecture vocalisée qui fait autorité lu pluriel = 2 · lu pluriel = 2 · lu pluriel = 2 Total : 6 On retire UN VERSET entier pour l'objet même (soit 2 unités) . . . . . . . . . . . . . . 4 Donc : 4 parois. La halakha du Sinaï vient DIMINUER la quatrième et la ramener à un tefah. Résultat : 3 pleines + 1 tefah
Le même passage de la Torah, compté selon la graphie puis selon la lecture : quatre unités d'un côté, six de l'autre.
12
וְאִי בָּעֵית אֵימָא: דְּכֻולֵּי עָלְמָא יֵשׁ אֵם לַמִּקְרָא, וְהָכָא בְּהָא קָמִיפַּלְגִי: מַר סָבַר: סְכָכָה בָּעֲיָא קְרָא, וּמַר סָבַר: סְכָכָה לָא בָּעֲיָא קְרָא.

Et si tu veux, dis : tout le monde tient yech em la-mikra, et c'est ici qu'ils divergent -- un maître estime que son skhakh requiert un verset, et l'autre maître estime que son skhakh ne requiert pas de verset.

📜 Rachi (1)
סְכָכָה לָא בָּעֵי קְרָא דְּמִמַּשְׁמָעוּתָא דְּגוּפֵיהּ נָפְקָא דְּסֻוכָּה בְּלֹא סְכָךְ לָא מִקַּרְיָיא:
Son skhakh ne requiert pas de verset : cela ressort de son sens même, car sans skhakh elle ne s'appelle pas soukka.
💡 Explication

Première reconstruction alternative, et son enjeu est économique : elle évite d'imputer aux Sages une position aussi engageante que yech em la-massoret, qui aurait des répercussions dans tout le Talmud. On part donc de six unités pour tous.

Le partage se fait alors sur une autre question : faut-il dépenser une unité du compte pour fonder l'exigence du skhakh, la couverture végétale ? Pour les Sages, oui -- et il ne reste que trois unités pour les parois. Pour Rabbi Chimon, non : Rachi explique que cela ressort du sens même du mot, car sans skhakh elle ne s'appelle pas soukka ; il reste donc quatre unités.

13
וְאִיבָּעֵית אֵימָא: דְּכֻולֵּי עָלְמָא יֵשׁ אֵם לַמָּסֹורֶת, וְהָכָא בְּהָא קָמִיפַּלְגִי: מַר סָבַר: כִּי אֲתַאי הִלְכְתָא — לִגְרֹעַ. וּמַר סָבַר: כִּי אֲתַאי הִלְכְתָא — לְהוֹסִיף.

Et si tu veux, dis : tout le monde tient yech em la-massoret, et c'est ici qu'ils divergent -- un maître estime que, lorsque la halakha est venue, c'est pour diminuer ; et l'autre maître estime que, lorsque la halakha est venue, c'est pour ajouter.

💡 Explication

Deuxième reconstruction, symétrique de la précédente : cette fois tout le monde suit la graphie, et l'on aboutit donc pour tous à trois parois tirées du verset. Le désaccord se déplace vers la fonction de la halakha du Sinaï.

Pour les Sages, la tradition orale diminue : elle prend l'une des trois parois acquises et la réduit à un tefah -- résultat, deux pleines et un tefah. Pour Rabbi Chimon, elle ajoute : elle laisse intactes les trois parois du verset et en institué une quatrième, dont la mesure est d'un tefah.

Noter la différence de logique : dans un cas la halakha allège ce que le verset a imposé, dans l'autre elle étend au-delà de lui. Deux conceptions du rapport entre Écrit et Oral, pour un écart d'une seule paroi.

14
וְאִיבָּעֵית אֵימָא: דְּכֻולֵּי עָלְמָא, כִּי אֲתַאי הִלְכְתָא — לִגְרֹעַ, וְיֵשׁ אֵם לַמָּסֹורֶת. וְהָכָא בְּדוֹרְשִׁין תְּחִילּוֹת קָמִיפַּלְגִי: מַר סָבַר: דּוֹרְשִׁין תְּחִילּוֹת, וּמַר סָבַר: אֵין דּוֹרְשִׁין תְּחִילּוֹת.

Et si tu veux, dis : tout le monde [tient que], lorsque la halakha est venue, c'est pour diminuer, et [que] yech em la-massoret ; et c'est ici qu'ils divergent -- sur le fait d'exposer ou non les premières : un maître estime qu'on expose les premières, et l'autre maître estime qu'on n'expose pas les premières.

📜 Rachi (1)
דּוֹרְשִׁין תְּחִילּוֹת לִדְרָשָׁה הָווּ לְהוּ אַרְבָּעָה:
On expose les premières : elles font alors quatre pour l'exégèse.
🗂️ Tossefot (1)
בְּדוֹרְשִׁין תְּחִילּוֹת קָמִיפַּלְגִי. וּמַשְׁמַע דִּלְכֻולֵּי עָלְמָא סְכָכָה לָא בָּעֵי קְרָא וַאֲפִילּוּ הָכֵי דַּל חַד לְגוּפֵיהּ וְלָא מוֹקְמִינַן לֵיהּ לְמִנְיָנָא לְמָאֵן דְּלָא דְּרֵישׁ תְּחִילּוֹת וְלֹא כְּמוֹ שֶׁפֵּי' הַקּוּנְטְרֵס בְּרֵישׁ סַנְהֶדְרִין (דַּף ג:) גַּבֵּי תְּלָתָא אֱ-לֹהִים כְּתִיבִי בַּפָּרָשָׁה דְּפִי' אֵין דּוֹרְשִׁין תְּחִילּוֹת מִשּׁוּם דְּאִצְטְרִיךְ לְמֻומְחֶה וְעוֹד קַשְׁיָא לְפִי' לְמַאי דְּמַסִּיק הָתָם דִּלְכֻולֵּי עָלְמָא אֵין דּוֹרְשִׁין תְּחִילּוֹת וַאֲמַר לֵיהּ ר' יֹאשִׁיָּה א"כ נִכְתּוֹב קְרָא אֶל הַשּׁוֹפֵט דְּאִי מִשּׁוֹפֵט לָא הֲוָה יָדְעִינַן מֻומְחֶה כְּמוֹ שֶׁפֵּי' שָׁם בַּקּוּנְטְרֵס עַצְמוֹ וְר' (יוֹחָנָן) (עַצְמוֹ) לִישָּׁנָא דְּעָלְמָא נְקַט כִּדְאָמְרִי אִינָשֵׁי מַאן דְּאִית לֵיהּ דִּינָא לִיקְרַב לְגַבֵּי דַּייָּנָא הָרָגִיל וְלֹא לְגַבֵּי הֶדְיוֹט וְכֵיוָן דְּמִשּׁוֹפֵט לֹא מְמַעֵט הֶדְיוֹט א"כ הָוֵי אָתֵי לְמִנְיָינָא אֶלָּא וַדַּאי אֲפִילּוּ לָא אִיצְטְרִיךְ לְמֻומְחֶה אֲפִילּוּ הָכֵי דַּל חַד לְגוּפֵיהּ דְּאֵין דּוֹרְשִׁין תְּחִילּוֹת וְכָל הָנֵי דִּבְרֵישׁ סַנְהֶדְרִין (דַּף ד:) דִּקְרָנוֹת קַרְנֹת לְטוֹטָפוֹת לְטֹטָפֹת וַעֲשָׂרָה כֹּהֲנִים דְּסוֹף פֶּרֶק קַמָּא דְּסַנְהֶדְרִין (דַּף יד:) צָרִיךְ לְדַקְדֵּק דְּדָרְשִׁינַן כֻּולְּהוּ לְמִנְייָנָא וְלָא אָמְרִינַן דְּאֵין דּוֹרְשִׁין תְּחִילּוֹת:
Il en ressort que, de l'avis de tous, le skhakh ne requiert pas de verset, et pourtant on retire une [occurrence] pour l'objet même, sans la placer dans le décompte, selon celui qui n'expose pas les premières. Ce n'est donc pas comme l'a expliqué le Qountress (Rachi) au début de Sanhédrin (3b), à propos des trois mentions d'Elokim écrites dans la péricope, où il explique qu'on n'expose pas les premières parce qu'elle est nécessaire [pour enseigner qu'il faut un juge] expert (moumhe). Et cette explication fait encore difficulté d'après ce que l'on conclut là-bas : de l'avis de tous, on n'expose pas les premières ; et Rabbi Yochiya lui a dit : s'il en est ainsi, que le verset écrive <i>el ha-chofet</i> -- car de <i>chofet</i> nous ne saurions pas [qu'il faut] un expert, comme il l'explique lui-même là-bas dans le Qountress ; et Rabbi (Yo'hanan) a employé le langage courant, comme disent les gens : celui qui a un procès, qu'il s'approche du juge exercé et non d'un profane. Et puisque de <i>chofet</i> on n'exclut pas le profane, [l'occurrence] serait donc venue pour le décompte. Il faut donc dire que, même s'il n'était pas nécessaire [d'enseigner qu'il faut] un expert, on retire malgré tout une [occurrence] pour l'objet même, car on n'expose pas les premières. Et tous ces cas du début de Sanhédrin (4b) -- karnot / karnot, letotafot / letotafot -- ainsi que les dix kohanim de la fin du premier chapitre de Sanhédrin (14b) demandent examen, car nous les exposons tous pour le décompte et nous ne disons pas qu'on n'expose pas les premières.
💡 Explication

Quatrième et dernière reconstruction, et de loin la moins coûteuse : tout est commun -- la graphie fait autorité (donc quatre unités), la halakha diminue -- et le désaccord se réduit à une règle technique d'exégèse, dorchin tehilot. Compte-t-on la première occurrence d'un terme dans le décompte, ou faut-il la réserver à l'institution de la mitsva elle-même ?

Rabbi Chimon la compte : quatre unités, donc quatre parois. Les Sages la retirent : trois unités, donc trois parois. Rachi résume d'un trait : on expose les premières : elles font alors quatre pour l'exégèse.

La progression des quatre réponses est remarquable. La guemara commence par le point de friction le plus lourd -- un principe herméneutique global -- et le remplace peu à peu par des points de plus en plus locaux, jusqu'à une simple règle de comptage. Chaque réponse coûte moins cher que la précédente en engagements extérieurs à la sougya.

🖼️ Schéma
Un seul désaccord, quatre façons de le loger -- puis une sortie par le sens La guemara ne choisit pas : elle montre que le même écart 3 / 4 parois peut naître de quatre points de friction différents. A. Graphie ou lecture seg. 7 à 10 Sages : masoret -- 4 R. Chimon : mikra -- 6 Le désaccord porte sur le principe d'exégèse lui-même. Le plus coûteux : il engage tout le reste du Talmud. B. Le skhakh seg. 11 Tous : mikra, donc 6. Sages : il faut un verset pour le skhakh -- il en reste 3. R. Chimon : le skhakh est déjà dans le mot soukka -- il reste 4. C. Le sens de la halakha seg. 12 Tous : masoret, donc 4, moins une : 3 parois. Sages : la halakha DIMINUE la troisième. R. Chimon : la halakha AJOUTE une quatrième -- large d'un tefah. D.ieu. Dorchin tehilot seg. 13 Tous : masoret (4) et halakha qui diminue. R. Chimon compte la 1re occurrence : 4. Les Sages la retirent pour l'objet même : 3. Le moins coûteux. E. Rav Matna (seg. 14) : et si la raison n'était pas un compte du tout ? Isaie 4,6 : une soukka doit être un refuge contre l'orage et la pluie. Rachi : avec un côté ouvert, le vent rabat l'averse à l'intérieur. Trois parois pleines ne sont pas un décompte de lettres, c'est une exigence de fonction.
Les quatre reconstructions et la sortie de Rav Matna : la guemara ne tranche pas, elle cartographie les points de friction possibles.
15
רַב מַתָּנָה אָמַר: טַעְמֵיהּ דְּרַבִּי שִׁמְעוֹן מֵהָכָא: ״וְסֻוכָּה תִּהְיֶה לְצֵל יוֹמָם מֵחֹורֶב וּלְמַחְסֶה וּלְמִסְתּוֹר מִזֶּרֶם וּמִמָּטָר״.

Rav Matna a dit : la raison de Rabbi Chimon [vient] d'ici -- "et il y aura une soukka pour l'ombre le jour contre la chaleur, et pour refuge et abri contre l'orage et la pluie" (Isaie 4,6).

📜 Rachi (1)
לְמַחְסֶה וּלְמִסְתּוֹר וְגוֹ' וּבְלֹא אַרְבַּע מְחִיצּוֹת לָאו מַחְסֶה מִזֶּרֶם הוּא שֶׁהָרוּחַ מַשִּׁיב אֶת הַזֶּרֶם דֶּרֶךְ דֹּופֶן הַפָּרוּץ:
"Pour refuge et abri, etc." : et sans quatre cloisons, ce n'est pas un refuge contre l'orage, car le vent rabat l'averse par la paroi ouverte.
🗂️ Tossefot (1)
וְסֻוכָּה תִּהְיֶה לְצֵל. בִּירוּשַׁלְמִי אָמְרִינַן טַעְמָא דר"ש מִן הָדָא קַרְיֵיהּ וְסֻוכָּה תִּהְיֶה לְצֵל יוֹמָם מֵחֹורֶב הֲרֵי אַחַת לְמַחְסֶה וּלְמִסְתּוֹר הֲרֵי שְׁנַיִם מִזֶּרֶם וּמִמָּטָר שְׁנַיִם וְרַבָּנָן אָמְרִי מִזֶּרֶם וּמִמָּטָר אַחַת:
"Et il y aura une soukka pour l'ombre." Dans le Talmud de Jérusalem nous disons : la raison de Rabbi Chimon [vient] de ce verset -- "et il y aura une soukka pour l'ombre le jour contre la chaleur", voilà une ; "pour refuge et abri", voilà deux ; "contre l'orage et la pluie", deux [encore]. Et les Sages disent : "contre l'orage et la pluie" n'en fait qu'une.
💡 Explication

Après quatre tentatives pour loger le désaccord dans une règle d'exégèse, Rav Matna change entièrement de registre : la position de Rabbi Chimon ne viendrait pas d'un compte de lettres mais d'une définition fonctionnelle de la soukka, tirée d'un verset des Prophètes.

Rachi fournit l'argument physique, et il est d'une concrétude parfaite : sans quatre cloisons, ce n'est pas un refuge contre l'orage, car le vent rabat l'averse par la paroi ouverte. Une cabane à deux murs et un moignon ne protège de rien -- elle ne mérite donc pas le nom que le prophète emploie.

Tossefot rapporte la version du Talmud de Jérusalem, qui tire le même résultat par un décompte des expressions du verset : l'ombre, puis le refuge et l'abri, puis l'orage et la pluie. Les Sages, eux, ne comptent qu'une unité pour "contre l'orage et la pluie" -- et retrouvent leur chiffre.

16
וְאוֹתוֹ טֶפַח הֵיכָן מַעֲמִידוֹ? אָמַר רַב: מַעֲמִידוֹ כְּנֶגֶד הַיֹּוצֵא.

Et ce tefah, où le place-t-on ? Rav a dit : on le place face à ce qui sort (kenegued ha-yotse).

📜 Rachi (1)
כְּנֶגֶד הַיּוֹצֵא מָקוֹם שֶׁהַמְּחִיצָּה כָּלָה בְּאֵיזֶה שֶׁיִּרְצֶה אִם הַשְׁתַּיִם מִזְרָחִית צְפוֹנִית יַעֲשֶׂה הַטֶּפַח בְּסוֹף הַצְּפוֹנִית בְּמִקְצוֹעוֹ לְצַד מַעֲרָב אוֹ בַּמִּזְרָחִית לְצַד דָּרוֹם:
Face à ce qui sort : à l'endroit où la cloison se termine, du côté qu'il voudra. Si les deux [parois] sont celle de l'est et celle du nord, il fera le tefah à l'extrémité de celle du nord, à son angle, vers l'ouest ; ou bien sur celle de l'est, vers le sud.
💡 Explication

Le folio quitte l'exégèse pour la construction. Une fois admis qu'une troisième paroi d'un tefah suffit, une question toute pratique demeure : où exactement poser ce fragment de cloison ?

La réponse de Rav est une contrainte de position : kenegued ha-yotse, dans le prolongement de la paroi qui "sort". Rachi donne le plan : si les deux parois pleines sont celle de l'est et celle du nord, on place le tefah à l'extrémité de la paroi nord, à son angle, du côté de l'ouest -- ou bien à l'extrémité de la paroi est, du côté du sud. Dans les deux cas, le tefah continue une ligne existante ; il ne flotte pas au milieu du côté ouvert.

La logique est celle du droit des cloisons, pas celle du bâtiment : un tefah rattache à un angle prolonge une paroi réelle et peut donc être lu comme un troisième côté ; isolé, il ne serait qu'une planche posée là.

🖼️ Schéma
Où poser le tefah ? Rav : kenegued ha-yotse Le tefah n'est pas un morceau de mur posé au hasard : il prolonge une paroi existante, à l'angle libre. Conforme : dans le prolongement nord est le tefah part de l'angle Il continue la ligne de la paroi est. Non conforme : isolé au milieu flottant Rien ne le rattache à une cloison : il ne compte pas.
Kenegued ha-yotse : le tefah doit partir de l'angle et prolonger une paroi existante, faute de quoi rien ne le rattache à la structure.
17
אָמְרִי לֵיהּ רַב כָּהֲנָא וְרַב אַסִּי לְרַב:

Rav Kahana et Rav Assi dirent à Rav :

💡 Explication

Le folio s'interrompt sur l'amorce d'une objection, exactement comme 6a s'était interrompu sur l'amorce de l'enseignement de Rabbi Yitzhak. Deux élèves de Rav -- Rav Kahana et Rav Assi, qui interpellent régulièrement leur maître en couple dans le Talmud -- s'apprêtent à contester le placement kenegued ha-yotse.

Le lecteur emporte donc la question sans la réponse : si un tefah suffit à faire un troisième côté, pourquoi son emplacement devrait-il être contraint ? La discussion s'ouvre en 7a.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).