Sukkah 7b -- pourquoi Rava a dû énoncer trois fois le migo, quel soleil invalide la soukka, et les huit tanaim qui exigent d'elle une demeure permanente

Sukkah 7b

Sougya : Le folio achève d'abord le dossier du migo ouvert en 7a. Rava avait enseigné que le skhakh posé sur une ruelle munie d'un lehi donne une soukka kachère, et de même celui qu'on pose sur les passei bira'ot, ces quatre panneaux d'angle qui tiennent lieu de cloisons autour d'un puits.

La guemara démontre par une tsrikhouta que ni l'un ni l'autre ne suffisait : la ruelle a deux parois pleines mais pas le nom de quatre cloisons, les passin ont le nom de quatre cloisons mais pas une seule paroi pleine -- et aucun des deux n'aurait appris que le migo joue aussi du léger vers le lourd. La michna reprend ensuite : une soukka dont le soleil l'emporte sur l'ombre est passoul.

Mais quel soleil ? Pour les Sages, celui du skhakh seul ; pour Rabbi Yochia, celui des parois aussi -- car le verset ve-sakota al ha-aron appelle skhakh un simple rideau, le parokhet, signe que la cloison doit valoir la couverture.

Les Sages répondent que le verset prescrivait seulement de replier un peu le haut du rideau. Abaye rassemble alors huit positions éparses -- Rabbi et ses quatre coudées, Rabbi Yochia et ses parois opaques, Rabbi Yehouda qui valide au-dessus de vingt coudées, Rabbi Chimon et sa quatrième paroi, Rabban Gamliel qui refuse le chariot et le navire, Beit Chammai qui veut la table dedans, Rabbi Eliezer qui exige un vrai toit, Aherim qui exigent des angles -- et montre qu'un seul principe les tient : la soukka doit être une dirat keva, une demeure permanente.

Tossefot avertit qu'ils ne s'accordent pourtant pas sur la mesure, et le Roch que cette liste est une chita dont la halakha ne suit personne. Le folio se termine sur Rabbi Yo'hanan et sa soukka ronde en forme de four, qui doit pouvoir asseoir vingt-quatre personnes le long de son tour.

Rattachée à Rabbi, la mesure est aussitôt contestée par un calcul : un homme occupe une coudée, vingt-quatre coudées de tour font huit de diamètre, le double des quatre requis. Douze auraient suffi -- et la réponse attendra 8a.

Le fil du folio : le migo s'achève, puis la soukka doit ressembler à une maison Deux moitiés : la tsrikhouta des trois enseignements de Rava (seg. 0 à 4), puis la michna du soleil et ses suites (seg. 5 à 20). 1. Trois migo, et pourquoi les trois seg. 0 à 4 Ruelle à lehi : deux vraies parois. Passei bira'ot : quatre cloisons de nom, aucune pleine. Vekhen la-Chabbat : le sens inverse, du léger vers le lourd. Aucun des trois ne se déduit des autres. 2. Le soleil qui invalide seg. 5 à 8 Michna : hamatah meruba mi-tsilatah. Sages : seulement le soleil du skhakh. R. Yochia : celui des parois aussi, car ve-sakota appelle skhakh une simple cloison, le parokhet. Sages : le verset dit juste de replier le haut. 3. Abaye rassemble seg. 9 à 17 Huit noms, huit exigences différentes -- surface, hauteur, nombre de parois, stabilité, toit, angles. Un seul principe les tient : dirat keva, demeure permanente. 4. La soukka ronde de Rabbi Yo'hanan -- et le folio s'interrompt sur un calcul seg. 18 à 20 R. Yo'hanan : une soukka en forme de four (kivchan) n'est kachère que si sa circonférence permet d'y asseoir 24 personnes. Selon qui exige-t-il tant ? Selon Rabbi et ses 4 coudées. Mais la guemara calcule : un homme assis occupe une coudée, donc 24 coudées de tour ; or trois de tour donnent un de diamètre -- 24 de tour font 8 de diamètre, le double du requis. Douze personnes auraient donc suffi. La question reste ouverte : la réponse vient en 8a. Noter que R. Yo'hanan ne suit pas Aherim : pour lui une soukka ronde peut être kachère, si elle est assez grande.
Le mouvement d'ensemble du folio : la tsrikhouta achève le dossier du migo, puis la michna ouvre celui de la dirat keva.
Pourquoi Rava a dû énoncer les trois cas : la tsrikhouta Chaque cas bloque la déduction des deux autres, sur un axe différent. A. Ruelle à lehi skhakh posé sur un mavoi A pour elle : deux parois pleines, les deux côtés de la ruelle. Lui manque : la quatrième direction, et même le nom de quatre cloisons. Si on n'avait que ce cas : j'aurais dit que le migo ne marche que grâce aux deux vraies parois. B. Passei bira'ot skhakh posé sur les panneaux d'un puits A pour elle : quatre côtés traités comme cloisons, le nom y est. Lui manque : pas une seule paroi pleine ; presque tout est ouvert. Si on n'avait que ce cas : j'aurais dit que le migo ne marche que grâce au nom de quatre cloisons. C. Vekhen la-Chabbat énoncé à la fin de 7a Le tefah vaut paroi pour la soukka, donc cloison pour le Chabbat. Sens du transfert : du léger (soukka) vers le lourd (Chabbat). Si on n'avait que A et B : j'aurais dit que le migo ne descend que du lourd vers le léger. Les deux axes de la tsrikhouta Axe 1 -- qualité des parois : A et B se neutralisent l'un l'autre. A a la substance sans le nombre, B a le nombre sans la substance. Ni l'un ni l'autre ne peut donc servir de source unique. Axe 2 -- sens du transfert : A et B vont tous deux du Chabbat (sévère) vers la soukka (léger). Seul C'ose le mouvement inverse. On ne pouvait pas le tirer de A ni de B. Rappel de 7a : Rava soutient que si le migo monte du léger au lourd, il descend du lourd au léger à plus forte raison.
Deux axes suffisent à justifier les trois enseignements de Rava : la qualité des parois, et le sens du transfert.
Les huit tenants de la dirat keva selon Abaye Un même principe -- la soukka doit ressembler à une maison -- lu dans huit exigences différentes. Tana Ce qu'il exige Ce qui manque à une soukka de fortune Rabbi seg. 10 4 coudées sur 4 coudées la surface au sol d'une pièce habitable Rabbi Yochia seg. 11 des parois opaques, comme le skhakh des murs qui arrêtent vraiment le soleil Rabbi Yehouda seg. 12 kachère même au-dessus de 20 coudées une hauteur qui suppose une vraie construction Rabbi Chimon seg. 13 3 parois pleines + une quatrième d'un tefah un enclos fermé sur ses quatre côtés Rabban Gamliel seg. 14 ni sur un chariot ni sur un navire l'immobilité et la résistance au vent Beit Chammai seg. 15 la table aussi doit tenir dedans un volume où l'on vit réellement Rabbi Eliezer seg. 16 un toit distinct des parois ni hutte conique ni appentis appuyé au mur Aherim (R. Meir) seg. 17 des angles une forme de maison, pas un pigeonnier rond Tossefot avertit : ils ne sont pas identiques -- Rabbi veut 4 coudées, Beit Chammai se contente d'une tête, d'un corps et d'une table. Le Roch ajoute que cette liste est une chita : la halakha ne suit en principe aucun d'eux.
Les huit positions rassemblées par Abaye -- un principe unique lu dans huit exigences concrètes.
1
סִיכֵּךְ עַל גַּבֵּי מָבוֹי שֶׁיֵּשׁ לוֹ לֶחִי — כְּשֵׁרָה.

S'il a posé le skhakh au-dessus d'une ruelle (mavoi) qui possède un lehi (montant latéral) -- elle est kachère.

🗂️ Tossefot (1)
סִיכֵּךְ עַל גַּבֵּי מָבוֹי שֶׁיֵּשׁ לוֹ לֶחִי כְּשֵׁרָה. בֵּין לָמֶ"ד בפ"ק דְּעֵירוּבִין (דַּף יב:) לֶחִי מִשּׁוּם הֶיכֵּרָא בֵּין לָמֶ"ד מִשּׁוּם מְחִיצָּה קָשֶׁה מָה עִנְיַן סֻוכָּה דְּבָעֵי מְחִיצּוֹת דְּאוֹרַיְיתָא לְמָבוֹי דְּרַבָּנָן דְּמִדְּאוֹרַייְתָּא בְּלֹא לֶחִי שָׁרִי וְי"ל דְּמַיְירֵי בְּלֶחִי טֶפַח כִּדְאָמְרִינַן לְעֵיל דְּמַעֲמִידוֹ בְּפָחוֹת מִג' סָמוּךְ לַדֹּופֶן דְּהַייְנוּ מִדְּרַבָּנָן וּבְשַׁבָּת שָׁרִי עַל יְדֵי מִיגּוֹ וַאֲפִילּוּ בְּסָמוּךְ לַדֹּופֶן אֲבָל אֵין לְתָרֵץ דְּטֶפַח סֻוכָּה מִדְּרַבָּנָן וּמִדְּאוֹרַייְתָּא בְּכָל שֶׁהוּא דְּהָא בְּפֶרֶק הַמַּפֶּלֶת (נִדָּה דַּף כו.) קָחֲשִׁיב דֹּופֶן סֻוכָּה בַּהֲדֵי חֲמִשָּׁה שֶׁשִּׁיעוּרָן טֶפַח וְאָמְרִינַן הָתָם דְּלָא חֲשִׁיב קוֹרָה טֶפַח מִשּׁוּם דְּהָוֵי מִדְּרַבָּנָן וְלָא חָשֵׁיב אֶלָּא הָנָךְ דִּכְתִיבָן וְלֹא מְפָרֵשׁ שִׁיעוּרַייְהוּ וא"ת וּמָבוֹי זֶה אִם יֵשׁ בּוֹ ג' מְחִיצּוֹת גְּמוּרוֹת תִּיפּוֹק לִי דִּבְלֹא לֶחִי הַסֻּוכָּה כְּשֵׁרָה דְּקַייְמָא לַן כְּרַבָּנַן דְּאָמְרִי שְׁתַּיִם כְּהִלְכָתָן וּשְׁלִישִׁית אֲפִילּוּ טֶפַח וּבַקּוּנְטְרֵס פִּי' דְּמַיְירֵי בְּמָבוֹי מְפֻולָּשׁ וְלֹא יִתָּכֵן דא"כ לָא מִישְׁתְּרֵי בְּלֶחִי וְקוֹרָה אֶלָּא לְר' יְהוּדָה וְכוּלְּהוּ אָמוֹרָאֵי כְּרַבָּנָן בְּפֶ' קַמָּא דְּעֵירוּבִין (דַּף יב:) וְאָמְרִינַן בְּסוֹף חַלּוֹן (עֵירוּבִין דַּף פֹּא:) וּבְסוֹף כָּל גַּגּוֹת (עֵירוּבִין דַּף צה.) דְּאֵין הֲלָכָה כְּרַבִּי יְהוּדָה בִּמְחִיצּוֹת וְי"ל דִּלְעוֹלָם מַייְרֵי בְּמָבוֹי סָתוּם מג' רוּחוֹת וּמַיְירֵי כְּגוֹן שֶׁסִּיכֵּךְ לְצַד הַלֶּחִי וְלִפְנִים לְצַד הַבָּתִּים לֹא סִיכֵּךְ דְּהַשְׁתָּא אֵין לְזוֹ סֻוכָּה אֶלָּא שְׁתֵּי מְחִיצּוֹת וְלֶחִי אֶחָד:
S'il a posé le skhakh au-dessus d'une ruelle qui a un lehi, elle est kachère. -- Que l'on suive celui qui dit, au premier chapitre de Erouvin (12b), que le lehi vaut comme <i>hekera</i> (signe distinctif), ou celui qui dit qu'il vaut comme <i>mehitsa</i> (cloison), la difficulté demeure : quel rapport y a-t-il entre la soukka, qui réclame des cloisons d'ordre toranique, et la ruelle, qui n'est que d'ordre rabbinique -- puisque, selon la Torah, [y transporter] est permis même sans lehi ? Et l'on peut répondre qu'il s'agit d'un lehi d'un tefah, comme nous l'avons dit plus haut, qu'on le dresse à moins de trois [tefahim] de la paroi : cela n'est requis que rabbiniquement, et pour le Chabbat c'est permis par migo, même collé à la paroi. Mais on ne peut pas répondre que le tefah de la soukka serait rabbinique et que, selon la Torah, n'importe quelle mesure suffirait : car au chapitre Ha-mapelet (Nidda 26a) on compte la paroi de la soukka parmi les cinq choses dont la mesure est d'un tefah, et l'on dit là-bas que l'on n'y compte pas la kora d'un tefah parce qu'elle n'est que rabbinique -- on ne compte que celles qui sont écrites [dans la Torah] sans que leur mesure y soit précisée. Et si tu objectes : cette ruelle, si elle a trois cloisons complètes, j'en déduis que même sans lehi la soukka est kachère, puisque nous tranchons comme les Sages qui disent <i>deux [parois] selon leur règle et une troisième fût-elle d'un tefah</i> ! -- Le Contres (Rachi) a expliqué qu'il s'agit d'une ruelle traversante (mefoulach) ; mais cela ne tient pas, car alors elle ne serait rendue permise par lehi et kora que selon Rabbi Yehouda, alors que tous les Amoraim suivent les Sages au premier chapitre de Erouvin (12b), et nous disons à la fin de [chapitre] Halon (Erouvin 81b) et à la fin de Kol Gagot (Erouvin 95a) que la halakha ne suit pas Rabbi Yehouda en matière de cloisons. Et l'on peut répondre qu'il s'agit bien d'une ruelle fermée sur trois côtés, et que le cas est celui où il a posé le skhakh du côté du lehi et vers l'intérieur [sur cette portion-là seulement], tandis que plus loin, du côté des maisons, il n'a pas posé de skhakh : dès lors cette soukka n'a que deux cloisons et un seul lehi.
⚖️ Rosh (1)
אָמַר רַבָּה סִיכֵּךְ עַל מָבוֹי שֶׁיֵּשׁ לוֹ לֶחִי מִצַּד אֶחָד כְּשֵׁרָה. פֵּירוּשׁ מָבוֹי מְפֻולָּשׁ וְיֵשׁ לוֹ לֶחִי מִצַּד אֶחָד וּמִצַּד הַשֵּׁנִי אֵין בּוֹ תִּיקּוּן כְּשֵׁרָה הַסֻּוכָּה בְּשַׁבָּת אֲבָל לֹא בְּחוֹל. וְאַלִּיבָּא דְּרַב יְהוּדָה דְּאָמַר פּ"ק דְעֵירוּבִין (דַּף יב:) מָבוֹי שֶׁאֵינוֹ רָאוּי לְשִׁיתּוּף פִּי' שֶׁהוּא מְפֻולָּשׁ הִכְשִׁירוֹ בְּלֶחִי הַזּוֹרֵק לְתוֹכוֹ חַייָּב. הִכְשִׁירוֹ בְּקוֹרָה הַזּוֹרֵק לְתוֹכוֹ פָּטוּר. דְּקָסָבַר לֶחִי מִשּׁוּם מְחִיצָה וְקוֹרָה מִשּׁוּם הֶיכֵּר ואע"ג דִּבְשַׁבָּת דְּעָלְמָא אָסוּר לְטַלְטֵל בַּמָּבוֹי כֵּיוָן שֶׁהוּא פָּרוּץ בְּרוּחַ רְבִיעִי. מִשּׁוּם מִצְוַת סֻוכָּה הִתִּירוּ לְטַלְטֵל כְּמוֹ שֶׁהִתִּירוּ גַּבֵּי פַּסֵּי בֵּירָאוֹת. ואע"ג דְּקָאָמַר הָתָם רַבָּה אָמַר אֶחָד זֶה וְאֶחָד זֶה מִשּׁוּם הֶיכֵּר. רָבָא גָּרְסִינַן הָתָם שֶׁהָיָה תַּלְמִידוֹ שֶׁל רַב יְהוּדָה רַבָּה. אָמַר רָבָא סִיכֵּךְ עַל גַּבֵּי פַּסֵּי בֵירָאוֹת כְּשֵׁרָה בְּשַׁבָּת דְּסֻוכָּה. דְּמִגּוֹ דְּהָוֵי דֹּופֶן לְשַׁבָּת הָוֵי נָמֵי דֹּופֶן לְסֻוכָּה. ואע"ג דְּלָא הִתִּירוּ אֶלָּא לְעוֹלֵי רְגָלִים וּלְעוֹלֵי רְגָלִים נָמֵי לֹא הִתִּירוּ אֶלָּא לִבְהֶמְתָּם אֲבָל אָדָם מְטַפֵּס וְעוֹלֶה וּמְטַפֵּס וְיוֹרֵד. מִשּׁוּם מִצְוַת סֻוכָּה הִתִּירוּ אַף לְטַלְטֵל בְּשַׁבָּת דְּסֻוכָּה. וְכֵן כָּתַב רי"ץ גֵּיאוּת זַ"ל שֶׁמֻּותָּר לְטַלְטֵל בָּהּ מִידִי דַּהֲוָה אַשְּׁתַּיִם כְּהִלְכָתָן וּשְׁלִישִׁית אַפֵּי' טֶפַח. וְרָאַבְיָ"ה זַ"ל כָּתַב וְאַפֵּי' לֹא נִתְקַן לְהַתִּיר בִּירֵאוֹת כְּגוֹן שֶׁאֵין בּוֹר כֵּיוָן דְּאִם הָיָה שָׁם בּוֹר הָיָה נִידּוֹן מִשּׁוּם מְחִיצָּה וְשָׁרִי וּבְחָצֵר אִם עָשָׂה כַּיּוֹצֵא בוֹ רַפְיָא בְּיָדִי אִם הָיְתָה כְּשֵׁירָה. וְאִית מֵרַבּוֹתֵינוּ שֶׁנִּסְתַּפְּקוּ בִּדְבָרִים הַלָּלוּ ע"כ. וּצְרִיכָא דְּאִי אַשְׁמוֹעִינַן מָבוֹי שֶׁיֵּשׁ לוֹ לֶחִי דְּאִית בֵּיהּ שְׁתֵּי דְפָנוֹת מְעַלְּיָיתָא אֲבָל פַּסֵּי בֵּירָאוֹת דְּלֵיכָּא שְׁתֵּי דְּפָנוֹת מְעַלְּייָתָא אֵימָא לָא צְרִיכָא. וְאִי אַשְׁמוֹעִינַן פַּסֵּי בֵּירָאוֹת דְּאִיכָּא שֵׁם ד' מְחִיצוֹת אֲבָל מָבוֹי שֶׁיֵּשׁ לוֹ לֶחִי דְּלֵיכָּא שָׁם ד' מְחִיצּוֹת אֵימָא לָא צְרִיכָא:
<b>Rabba a dit : s'il a posé le skhakh sur une ruelle qui a un lehi d'un côté -- elle est kachère.</b> Explication : il s'agit d'une ruelle traversante (méfoulach) qui a un lehi d'un côté, tandis que de l'autre côté elle n'a aucun aménagement (tikoun) ; la soukka est kachère le Chabbat, mais non en semaine. Et cela selon Rav Yehouda, qui dit au premier chapitre de Erouvin (12b) : une ruelle qui n'est pas apte au chitouf -- c'est-à-dire qui est traversante -- si on l'a rendue permise par un lehi, celui qui y lance [depuis le domaine public] est passible (hayav) ; si on l'a rendue permise par une kora, celui qui y lance est exempt (patour) -- car il tient que le lehi vaut comme cloison et la kora comme simple signe distinctif.<br><br>Et bien que, un Chabbat ordinaire, il soit interdit de transporter dans cette ruelle puisqu'elle est ouverte du quatrième côté, en raison de la mitsva de soukka on a permis d'y transporter, comme on l'a permis à propos des passéi bira'ot. Et bien qu'on dise là-bas <i>Rabba a dit : l'un comme l'autre valent comme signe distinctif</i>, c'est <i>Rava</i> qu'il faut lire là-bas ; [ici il s'agit de] Rabba, qui fut le disciple de Rav Yehouda.<br><br><b>Rava a dit : s'il a posé le skhakh au-dessus des passéi bira'ot -- elle est kachère</b> pour le Chabbat de Soukkot : car migo (puisque) c'est une paroi pour le Chabbat, c'est aussi une paroi pour la soukka. Et bien qu'on ne l'ait permis qu'aux pèlerins montant aux fêtes, et qu'aux pèlerins eux-mêmes on ne l'ait permis que pour leur bétail -- l'homme, lui, grimpe et monte, grimpe et descend -- en raison de la mitsva de soukka on a permis même d'y transporter le Chabbat de Soukkot. Ainsi a écrit Ri"ts Guiat, de mémoire bénie : il est permis d'y transporter, de même qu'il en va pour [la soukka faite de] deux parois selon leur règle et d'une troisième fût-elle d'un tefah.<br><br>Le Raavia, de mémoire bénie, a écrit : même si [le dispositif] n'a pas été installé pour rendre permis des puits -- par exemple s'il n'y a pas de puits du tout -- puisque, s'il y avait là un puits, il serait tenu pour cloison, c'est permis. Mais si l'on faisait quelque chose de semblable dans une cour, cela reste incertain pour moi, [savoir] si elle serait kachère. Et il en est parmi nos maîtres qui ont laissé ces questions en doute. Fin de citation.<br><br>Et il fallait les deux : car s'il ne nous avait enseigné que la ruelle qui a un lehi, où il y a deux parois pleines -- mais les passéi bira'ot, où il n'y a pas deux parois pleines, j'aurais dit que non ; il fallait donc [l'enseigner]. Et s'il ne nous avait enseigné que les passéi bira'ot, où il y a là dénomination de quatre cloisons -- mais la ruelle a lehi, où il n'y a pas dénomination de quatre cloisons, j'aurais dit que non ; il fallait donc [l'enseigner].
💡 Explication

Le folio s'ouvre sur la suite immédiate du goufa commencé à la fin de 7a : la série des enseignements de Rava bâtis sur le migo. Le principe est toujours le même : ce qui vaut comme cloison dans un domaine du droit vaut aussi comme paroi dans l'autre.

Le mavoi est la ruelle fermée sur trois côtés par les murs des maisons et ouverte d'un côté sur le domaine public. Pour y transporter le Chabbat, les Sages exigent un aménagement (tikoun) à l'entrée : un lehi, montant vertical posé contre l'un des côtés, ou une kora, poutre horizontale posée en travers. Rava enseigne que ce lehi, qui n'est qu'un signe pour la ruelle, tient lieu de paroi pour la soukka bâtie sous ce skhakh.

Tossefot voit tout de suite l'objection : si la ruelle a déjà trois murs pleins, la soukka est kachère sans le lehi, puisque nous tranchons comme les Sages -- deux parois selon leur règle et une troisième fût-elle d'un tefah. Il faut donc supposer que le skhakh n'a été posé que dans la partie proche du lehi : la soukka n'a alors que deux parois, et c'est bien le lehi qui fournit la troisième.

🖼️ Schéma
La ruelle à lehi : deux parois pleines et un montant qui fait la troisième Vue de dessus -- la ruelle paroi pleine (mur de maison) paroi pleine (mur de maison) fond (côté des maisons) lehi montant d'un tefah entrée ouverte sur le domaine public Où l'on pose le skhakh (selon Tossefot) skhakh ici seulement pas de skhakh de ce côté Tossefot : si le skhakh couvrait toute la ruelle, elle aurait trois vraies parois et serait kachère sans le lehi. On le limite donc au voisinage du lehi : la soukka n'a alors que deux parois et ce montant -- c'est lui qui fait la différence.
La ruelle a lehi, et la limitation du skhakh que Tossefot doit supposer pour que l'enseignement ait une portée.
2
וְאָמַר רָבָא: סִיכֵּךְ עַל גַּבֵּי פַּסֵּי בֵירָאוֹת — כְּשֵׁרָה.

Et Rava a dit : s'il a posé le skhakh au-dessus des passéi bira'ot (les panneaux dressés autour d'un puits) -- elle est kachère.

📜 Rachi (1)
פַּסֵּי בֵּירָאוֹת בְּפֶרֶק שֵׁנִי דְּעֵירוּבִין (דַּף יז:) תְּנַן דְּהִתִּירוּ חֲכָמִים מִשּׁוּם עוֹלֵי רְגָלִים לַעֲשׂוֹת לְבֵירָאוֹת שֶׁבִּרְשׁוּת הָרַבִּים פַּסִּין אַרְבָּעָה כְּמוֹ דְּיוֹמָדִין וְרוֹאִין כְּאִלּוּ יֵשׁ מְחִיצָּה מִזֶּה לָזֶה וְנִמְצָא הַבּוֹר מֻוקָּף מְחִיצּוֹת וּמְמַלְּאִין מִתּוֹכָהּ לְתוֹךְ הַמְּחִיצָּה וְאִם סִיכֵּךְ עַל גַּבָּן כְּשֵׁרָה בְּשַׁבָּת דְּסֻוכּוֹת דְּמִיגּוֹ דְּהָוֵי דֹּופֶן לְשַׁבָּת הָוֵי דֹּופֶן לְסֻוכָּה ואע"ג דְּבָעֵינַן שְׁתַּיִם כְּהִלְכָתָן:
Les passéi bira'ot -- au deuxième chapitre de Erouvin (17b) nous avons appris que les Sages ont permis, en faveur des pèlerins montant aux fêtes, de dresser autour des puits situés dans le domaine public quatre panneaux (passin) en forme de diyomadin (équerres doubles) ; et l'on considère comme s'il y avait une cloison de l'un à l'autre. Le puits se trouve ainsi entouré de cloisons, et l'on y puise pour verser à l'intérieur de l'enceinte. Et s'il a posé le skhakh par-dessus, elle est kachère pour le Chabbat de Soukkot : car migo (puisque) c'est une paroi pour le Chabbat, c'est une paroi pour la soukka -- et ce, bien que nous exigions deux [parois] selon leur règle.
🗂️ Tossefot (1)
סִיכֵּךְ ע"ג פַּסֵּי בֵּירָאוֹת כְּשֵׁרָה. מִיגּוֹ דְּהָוֵי מְחִיצָּה לְעִנְיַן שַׁבָּת ואע"ג דְּלָא הִתִּירוּ אֶלָּא לְעוֹלֵי רְגָלִים וּלְעוֹלֵי רְגָלִים לֹא הִתִּירוּ אֶלָּא לִבְהֶמְתָּם אֲבָל אָדָם מְטַפֵּס וְיוֹרֵד מְטַפֵּס וְעוֹלֶה כִּדְאָמְרִינַן פֶּרֶק עוֹשִׂין פַּסִּין (עֵירוּבִין דַּף כא.) מ"מ כֵּיוָן דְּמִדְּאוֹרַיְיתָּא שָׁרִי בְּכָל עִנְיָן אָמְרִינַן מִגּוֹ וַאֲפִילּוּ מִדְּרַבָּנָן לָא אָסְרִי מִשּׁוּם מִצְוַת סֻוכָּה וְכִי עָבֵיד צְרִיכוּתָא מִמָּבוֹי שֶׁיֵּשׁ לוֹ לֶחִי וּמִפַּסִּין לָא חָיֵישׁ לְמֵימַר הַאי טַעְמָא דִּפְשִׁיטָא לֵיהּ טַעְמָא דְּמִצְוָה:
S'il a posé le skhakh au-dessus des passéi bira'ot, elle est kachère. -- Migo (puisque) c'est une cloison quant au Chabbat. Et bien qu'on ne l'ait permis qu'aux pèlerins montant aux fêtes, et qu'aux pèlerins on ne l'ait permis que pour leur bétail -- l'homme, lui, grimpe et descend, grimpe et monte, comme nous le disons au chapitre Ossin Passin (Erouvin 21a) -- néanmoins, puisque du point de vue toranique c'est permis en tout état de cause, nous disons migo ; et rabbiniquement non plus ils n'ont pas interdit, en raison de la mitsva de soukka. Et lorsque [la guemara] établit la tsrikhouta à partir de la ruelle qui a un lehi et à partir des passin, elle ne prend pas la peine d'énoncer ce motif-ci, car le motif de la mitsva lui est évident.
💡 Explication

Deuxième application du migo, et beaucoup plus audacieuse. Les passéi bira'ot sont une institution décrite dans Erouvin : pour que les pèlerins montant à Jérusalem puissent puiser l'eau des puits situés en plein domaine public, les Sages ont dispensé d'y bâtir de vraies cloisons. Il suffit de quatre diyomadin -- des équerres doubles, une coudée de chaque côté -- plantées aux quatre angles. La halakha considère alors qu'une cloison relie chaque panneau au suivant, et l'espace devient domaine privé.

Rava enseigne que ce même dispositif fait paroi pour la soukka. La hardiesse saute aux yeux : ici, presque tout est ouvert. Il n'y a pas une seule paroi pleine, seulement quatre angles et beaucoup de vide -- et pourtant le skhakh posé par-dessus donne une soukka valide, alors même que nous exigeons d'ordinaire deux parois selon leur règle, comme le relève Rachi.

Tossefot pousse plus loin encore : cette permission des puits n'avait été donnée qu'aux pèlerins, et même pour eux seulement pour abreuver leurs bêtes -- un homme, lui, devait descendre et remonter en s'agrippant. Malgré cette étroitesse, on applique le migo, parce que d'un point de vue toranique l'enclos vaut en toute hypothèse, et que la mitsva de soukka justifie de ne pas ajouter d'interdit rabbinique.

🖼️ Schéma
Passéi bira'ot : quatre cloisons de nom, aucune paroi pleine Vue de dessus. Quatre diyomadin (équerres doubles) aux quatre angles ; entre eux, du vide. puits (be'er) Plein (bleu) : les diyomadin Une coudée de chaque côté de l'angle, soit deux panneaux par cloison. Pointillé : la cloison de droit Rien n'est bâti, mais la halakha voit comme s'il y avait une cloison d'un panneau à l'autre. La force et la faiblesse Il y a bien le nom de quatre cloisons, mais pas une seule paroi pleine -- l'inverse exact de la ruelle à lehi. Rava : puisque ces panneaux tiennent lieu de cloisons pour le Chabbat, ils tiennent lieu de parois pour la soukka. Concession remarquable : le dispositif n'avait été permis qu'aux pèlerins, et seulement pour abreuver leurs bêtes.
Les passéi bira'ot : le nom de quatre cloisons sans la substance d'aucune -- l'exact contraire de la ruelle à lehi.
3
וּצְרִיכָא. דְּאִי אַשְׁמְעִינַן מָבוֹי, מִשּׁוּם דְּאִיכָּא שְׁתֵּי דְפָנוֹת מְעַלְּייָתָא. אֲבָל גַּבֵּי פַּסֵּי בֵירָאוֹת, דְּלֵיכָּא שְׁתֵּי דְפָנוֹת מְעַלְּיָיתָא — אֵימָא לֹא.

Et il fallait [les trois enseignements]. Car s'il ne nous avait enseigné que la ruelle, [j'aurais dit que c'est] parce qu'il y a là deux parois pleines ; mais s'agissant des passéi bira'ot, où il n'y a pas deux parois pleines -- j'aurais dit que non.

📜 Rachi (2)
וּצְרִיכָא לְרָבָא לְמֵימַר הָנָךְ תְּלָת שְׁמַעְתָּתָא לְאַשְׁמוֹעִינַן דְּאָמְרִינַן מִיגּוֹ:
Et il fallait -- que Rava énonce ces trois enseignements pour nous apprendre que l'on dit migo.
דְּאִי אַשְׁמְעִינַן מָבוֹי הֲוָה אָמֵינָא הָתָם הוּא דְּמַכְשְׁרִינַן לְסֻוכָּה ע"י מִיגּוֹ דְּאִיכָּא שְׁתֵּי מְחִיצּוֹת מְעַלְּיָיתָא:
Car s'il ne nous avait enseigné que la ruelle -- j'aurais dit : c'est là seulement que nous validons la soukka par migo, parce qu'il y a deux cloisons pleines.
💡 Explication

La guemara entreprend une tsrikhouta : montrer qu'aucun des trois enseignements de Rava ne se déduit des autres, et qu'il a donc fallu les énoncer tous les trois. Rachi précise le compte : les trois sont la ruelle à lehi, les passéi bira'ot, et le vekhen là-Chabbat énoncé à la fin de 7a.

Première branche : la ruelle a bien deux defanot me'alyata, deux parois pleines et véritables -- les murs des maisons qui la bordent. On aurait pu croire que le migo n'opère que sur ce socle solide, et qu'il ne fait qu'achever ce que la construction a déjà presque acquis.

4
וְאִי אַשְׁמְעִינַן פַּסֵּי בֵירָאוֹת, מִשּׁוּם דְּאִיכָּא שֵׁם אַרְבַּע דְפָנוֹת, אֲבָל סִיכֵּךְ עַל גַּבֵּי מָבוֹי, דְּלֵיכָּא שֵׁם אַרְבַּע דְפָנוֹת — אֵימָא לֹא.

Et s'il ne nous avait enseigné que les passéi bira'ot, [j'aurais dit que c'est] parce qu'il y a là la dénomination de quatre parois ; mais s'il a posé le skhakh au-dessus d'une ruelle, où il n'y a pas là dénomination de quatre parois -- j'aurais dit que non.

📜 Rachi (1)
פַּסֵּי בֵּירָאוֹת אִיכָּא שָׁם ד' דְּיוֹמָדִין נוֹטִין לְאַרְבַּע הָרוּחוֹת שְׁנַיִם לְכָל מְחִיצָּה אַמָּה מִכָּאן וְאַמָּה מִכָּאן שֶׁהַדְּיוֹמָדִין רְחָבִין אַמָּה לְכָל צַד:
Les passéi bira'ot -- il y a là quatre diyomadin orientés vers les quatre directions, deux pour chaque cloison, une coudée d'un côté et une coudée de l'autre, car les diyomadin ont une coudée de large de chaque côté.
💡 Explication

Deuxième branche, symétrique de la première. Les passéi bira'ot n'ont aucune paroi pleine, mais ils ont autre chose que la ruelle n'a pas : le chem arba mehitsot, la dénomination de quatre cloisons. Rachi décrit le dispositif : quatre diyomadin orientés vers les quatre points, chacun offrant une coudée de chaque côté de l'angle -- soit deux panneaux pour chaque cloison virtuelle.

Les deux premiers cas se neutralisent donc exactement : l'un a la substance sans le nombre, l'autre le nombre sans la substance. Aucun ne peut servir de source unique.

5
וְאִי אַשְׁמְעִינַן הָנֵי תַּרְתֵּי, מֵחֲמִירְתָּא לְקִילְּתָא, אֲבָל מִקִּילְּתָא לַחֲמִירְתָּא — אֵימָא לָא, צְרִיכָא.

Et s'il ne nous avait enseigné que ces deux-là, [j'aurais dit que le migo ne joue que] du plus sévère vers le plus léger ; mais du plus léger vers le plus sévère -- j'aurais dit que non. Il fallait donc [les trois].

📜 Rachi (1)
וְאִי אַשְׁמוֹעִינַן הָנָךְ תַּרְתֵּי וְלָא אַשְׁמְעִינַן הַךְ דְּאָמְרִינַן לְעֵיל וְכֵן לְשַׁבָּת הֲוָה אֲמִינָא מֵחֲמִירְתָּא לְקִילְּתָא הוּא דְּאָמַר מִיגּוֹ:
Et s'il ne nous avait enseigné que ces deux-là -- sans nous enseigner celui qu'on a dit plus haut, <i>et de même pour le Chabbat</i>, j'aurais dit : c'est [seulement] du sévère vers le léger qu'il énonce le migo.
💡 Explication

Troisième branche, et elle change d'axe. Les deux premiers cas partaient tous deux du Chabbat -- domaine sévère -- pour arriver à la soukka. Le troisième enseignement, vekhen là-Chabbat (fin de 7a), fait le trajet inverse : le tefah qui est paroi pour la soukka devient cloison pour le Chabbat de la fête.

Sans cet énoncé, on aurait limité le migo au sens descendant, me-hamirta le-kilta. Rava a donc dû dire les trois. On notera que la question de fond -- le migo monte-t-il vraiment du léger vers le lourd ? -- a occupé la seconde moitié de 7a, avec l'objection d'Abaye et le kal va-homer final de Rava.

🖼️ Schéma
Pourquoi Rava a dû énoncer les trois cas : la tsrikhouta Chaque cas bloque la déduction des deux autres, sur un axe différent. A. Ruelle à lehi skhakh posé sur un mavoi A pour elle : deux parois pleines, les deux côtés de la ruelle. Lui manque : la quatrième direction, et même le nom de quatre cloisons. Si on n'avait que ce cas : j'aurais dit que le migo ne marche que grâce aux deux vraies parois. B. Passéi bira'ot skhakh posé sur les panneaux d'un puits A pour elle : quatre côtés traités comme cloisons, le nom y est. Lui manque : pas une seule paroi pleine ; presque tout est ouvert. Si on n'avait que ce cas : j'aurais dit que le migo ne marche que grâce au nom de quatre cloisons. C. Vekhen là-Chabbat énoncé à la fin de 7a Le tefah vaut paroi pour la soukka, donc cloison pour le Chabbat. Sens du transfert : du léger (soukka) vers le lourd (Chabbat). Si on n'avait que A et B : j'aurais dit que le migo ne descend que du lourd vers le léger. Les deux axes de la tsrikhouta Axe 1 -- qualité des parois : A et B se neutralisent l'un l'autre. A a la substance sans le nombre, B a le nombre sans la substance. Ni l'un ni l'autre ne peut donc servir de source unique. Axe 2 -- sens du transfert : A et B vont tous deux du Chabbat (sévère) vers la soukka (léger). Seul C'ose le mouvement inverse. On ne pouvait pas le tirer de A ni de B. Rappel de 7a : Rava soutient que si le migo monte du léger au lourd, il descend du lourd au léger à plus forte raison.
Récapitulation des trois branches : deux axes indépendants, donc trois enseignements nécessaires.
6
וְשֶׁחַמָּתָהּ מְרֻובָּה מִצִּלָּתָהּ — פְּסוּלָה.

[Michna] : <i>Et celle dont le soleil est plus abondant que son ombre -- elle est passoul (invalide).</i>

💡 Explication

La guemara revient à la michna du début du traité et reprend sa dernière clause. La règle est simple dans son énoncé : le skhakh doit donner plus d'ombre que de soleil. Une couverture trop clairsemée ne couvre pas.

Mais la formule est ambiguë : hamatah meruba mi-tsilatah, son soleil plus abondant que son ombre -- le soleil de quoi ? De la seule couverture, ou de tout ce qui laisse entrer la lumière, parois comprises ? C'est la question que va poser la barayta.

7
תָּנוּ רַבָּנַן: חַמָּתָהּ מֵחֲמַת סִיכּוּךְ, וְלֹא מֵחֲמַת דְּפָנוֹת. רַבִּי יֹאשִׁיָּה אוֹמֵר: אַף מֵחֲמַת דְּפָנוֹת.

Nos maîtres ont enseigné : [il s'agit de] son soleil venu du fait du skhakh, et non du fait des parois. Rabbi Yochia dit : du fait des parois aussi.

📜 Rachi (1)
חַמָּתָהּ מֵחֲמַת סְכָךְ פּוֹסֶלֶת בָּהּ וְלֹא חַמָּתָהּ מֵחֲמַת דְּפָנוֹת:
Son soleil du fait du skhakh -- c'est cela qui l'invalide, et non son soleil venu du fait des parois.
⚖️ Rosh (1)
וְשֶׁחַמָּתָהּ מְרֻובָּה מִצִּלָּתָהּ. ת"ר מֵחֲמַת סְכָךְ וְלֹא מֵחֲמַת דְּפָנוֹת. רַבִּי יֹאשִׁיָּה אוֹמֵר אַף מֵחֲמַת דְּפָנוֹת. אָמַר אַבַּיֵּי רַבִּי יֹאשִׁיָּה וְרַבִּי וְרַבִּי יְהוּדָה וְר"ש וְרַבָּן גַּמְלִיאֵל וּבֵית שַׁמַּאי ור"א וַאֲחֵרִים כֻּולְּהוּ סְבִירָא לְהוּ סֻוכָּה דִּירַת קֶבַע בָּעֵינַן. רַבִּי יֹאשִׁיָּה הָא דַּאֲמַרַן. רַבִּי הָא דְּתַנְיָא רַבִּי אוֹמֵר כָּל סֻוכָּה שֶׁאֵין בָּהּ אַרְבַּע אַמּוֹת עַל אַרְבַּע אַמּוֹת פְּסוּלָה. רַבִּי יְהוּדָה דְּתַנְיָא סֻוכָּה שֶׁהִיא גָּבוֹהַּ לְמַעְלָה מֵעֶשְׂרִים אַמָּה פְּסוּלָה וְרַבִּי יְהוּדָה מַכְשִׁיר. ר"ש דִּתְנַן שְׁתַּיִם כְּהִלְכָתָן וּשְׁלִישִׁית אַפֵּי' טֶפַח ר' שִׁמְעוֹן אוֹמֵר שְׁלֹשָׁה כְּהִלְכָתָן וּרְבִיעִית אֲפִילּוּ טֶפַח. רַבָּן גַּמְלִיאֵל דְּתַנְיָא הָעוֹשֶׂה סֻוכָּתוֹ בְּרֹאשׁ הָעֲגָלָה אוֹ בְּרֹאשׁ הַסְּפִינָה רַבָּן גַּמְלִיאֵל פּוֹסֵל וְרַבִּי עֲקִיבָא מַכְשִׁיר. ב"ש דִּתְנַן מִי שֶׁהָיָה רֹאשׁוֹ וְרֻובּוֹ בַּסֻּוכָּה וְשֻׁולְחָנוֹ בְּתוֹךְ הַבַּיִת ב"ש פּוֹסְלִין וּבֵית הִלֵּל מַכְשִׁירִין ר"א דִּתְנַן הָעוֹשֶׂה סֻוכָּתוֹ כְּמִין צְרִיף וְשֶׁסָּמְכָה עַל הַכֹּותֶל רַבִּי אֱלִיעֶזֶר פּוֹסֵל מִפְּנֵי שֶׁאֵין לָהּ גַּג וַחֲכָמִים מַכְשִׁירִין. אֲחֵרִים דְּתַנְיָא אֲחֵרִים אוֹמְרִים סֻוכָּה הָעֲשׂוּיָה כְּשׁוֹבָךְ פְּסוּלָה לְפִי שֶׁאֵין לָהּ זָוִיּוֹת אע"ג דְּקי"ל דְּכֹל כִּי הַאי גַוְונָא שִׁיטָה הִיא וְלֵית הִלְכְתָא כְּחַד מִינַּייְהוּ. הָכָא אִיכָּא תַּרְתֵּי מִינַּייְהוּ דְּהִלְכְתָא נִינְהוּ. הַהִיא דְּהָעוֹשֶׂה סֻוכָּתוֹ כְּמִין צְרִיף דקי"ל דְּמַתְנִי' יְחִידָאָה הִיא לְקַמָּן (סֻוכָּה דַּף יט:) וּבָרַייְתָא אִיפְּכָא תַּנְיָא ר"א מַכְשִׁיר וַחֲכָמִים פּוֹסְלִים וְלָאו מִשּׁוּם דְּסָבְרִי רַבָּנָן דְּסֻוכָּה דִּירַת קֶבַע בָּעֵינַן אֶלָּא הַיְינוּ טַעְמָא דְּפוֹסְלִים רַבָּנָן דְּשִׁיפּוּעֵי אֹהָלִים לָאו כַּאֲהָלִים דָּמוּ. וְאִידָךְ מִי שֶׁהָיָה רֹאשׁוֹ וְרֻובּוֹ בַּסֻּוכָּה וְשֻׁולְחָנוֹ בְּתוֹךְ הַבַּיִת דְּקַייְמָא לָן הִלְכְתָא כב"ש. וְטַעֲמָא דב"ש לֹא מִשּׁוּם דְּבָעֵינַן דִּירַת קֶבַע אֶלָּא טַעְמָא דִּידְהוּ גְּזֵירָה שֶׁמָּא יִמְשֹׁוךְ אַחַר שֻׁולְחָנוֹ וּלְמַעְלָה סס"א כָּתַבְתִּי דְּאֵין הֲלָכָה כב"ש בְּהָא:
<b>Et celle dont le soleil est plus abondant que son ombre.</b> Nos maîtres ont enseigné : du fait du skhakh, et non du fait des parois ; Rabbi Yochia dit : du fait des parois aussi. Abaye a dit : Rabbi Yochia, Rabbi, Rabbi Yehouda, Rabbi Chimon, Rabban Gamliel, Beit Chammai, Rabbi Eliezer et Aherim -- tous tiennent qu'il faut à la soukka une demeure permanente (dirat keva).<br><br>Rabbi Yochia : ce que nous venons de dire. Rabbi : comme il est enseigné, Rabbi dit : toute soukka qui n'a pas quatre coudées sur quatre coudées est passoul. Rabbi Yehouda : comme il est enseigné, une soukka haute de plus de vingt coudées est passoul, et Rabbi Yehouda la rend kachère. Rabbi Chimon : comme nous l'avons appris, <i>deux [parois] selon leur règle et une troisième fût-elle d'un tefah</i> -- Rabbi Chimon dit : trois selon leur règle et une quatrième fût-elle d'un tefah. Rabban Gamliel : comme il est enseigné, celui qui fait sa soukka au sommet d'un chariot ou au sommet d'un navire -- Rabban Gamliel invalide et Rabbi Akiva rend kacher. Beit Chammai : comme nous l'avons appris, celui dont la tête et la majeure partie du corps étaient dans la soukka et dont la table était dans la maison -- Beit Chammai invalident et Beit Hillel rendent kacher. Rabbi Eliezer : comme nous l'avons appris, celui qui fait sa soukka en forme de hutte, ou qui l'appuie contre un mur -- Rabbi Eliezer invalide parce qu'elle n'a pas de toit, et les Sages rendent kacher. Aherim : comme il est enseigné, Aherim disent : une soukka faite en forme de pigeonnier est passoul, parce qu'elle n'a pas d'angles.<br><br>Bien que nous tenions pour règle que, dans tout cas semblable, il s'agit d'une <i>chita</i> (une position d'école isolée) et que la halakha ne suit aucun d'eux -- ici, il s'en trouve pourtant deux qui font halakha. Le premier est celui de <i>celui qui fait sa soukka en forme de hutte</i> : nous tenons que notre michna y est l'opinion d'un isolé (ye'hida'a), comme il apparaît plus loin (Soukka 19b), et qu'une barayta enseigne l'inverse -- Rabbi Eliezer rend kacher et les Sages invalident. Et [chez eux] ce n'est pas parce que les Sages tiendraient qu'il faut à la soukka une demeure permanente ; leur motif d'invalidation est plutôt que les pans inclinés des tentes ne sont pas assimilés à des tentes. L'autre est celui de <i>celui dont la tête et la majeure partie du corps étaient dans la soukka et dont la table était dans la maison</i>, où nous tenons que la halakha suit Beit Chammai ; et le motif de Beit Chammai n'est pas qu'il faille une demeure permanente, mais bien un décret [de crainte] qu'il ne se laisse entraîner à la suite de sa table. Et plus haut, à la fin du siman 1, j'ai écrit que la halakha ne suit pas Beit Chammai sur ce point.
💡 Explication

La barayta tranche l'ambiguïté -- et ouvre une controverse. Pour le tana kama, seul compte le soleil qui traverse le skhakh : si la couverture donne plus d'ombre que de lumière, la soukka est kachère, même si les parois sont si ajourées que l'ensemble baigne dans le soleil. Les parois de la soukka n'ont pas à être opaques ; elles n'ont qu'à délimiter.

Rabbi Yochia refuse cette dissociation : af me-hamat defanot, même le soleil qui entre par les côtés invalide. Autrement dit, la paroi doit être de même qualité que la couverture. On verra au segment suivant qu'il tire cela d'un verset, et au segment 9 qu'Abaye en fait un cas particulier d'un principe beaucoup plus large : la soukka doit ressembler à une maison.

🖼️ Schéma
Le soleil qui invalide : celui du skhakh seul, ou aussi celui des parois ? Les Sages (tana kama) seul le soleil venu du skhakh compte skhakh parois ajourées : sans importance on ne mesure que ces rayons-là Si l'ombre du skhakh l'emporte, la soukka est kachère. Une soukka reste une demeure de passage. Rabbi Yochia le soleil des parois invalide lui aussi ces rayons-là comptent aussi Motif : ve-sakota al ha-aron appelle skhakh une simple cloison. La paroi doit valoir le skhakh. Conséquence : une soukka doit ressembler à une maison. Réponse des Sages au verset : ve-sakota n'enseigne pas une équivalence, seulement qu'on replie un peu le haut du parokhet, pour qu'il ait, sur une petite portion, l'apparence d'un toit au-dessus de l'arche.
Deux lectures de la michna : le soleil du skhakh seul, ou le soleil de tout ce qui laisse passer.
8
אָמַר רַב ייֵמַר בַּר שֶׁלֶמְיָה מִשְּׁמֵיהּ דְּאַבָּיֵי: מַאי טַעְמֵיהּ דְּרַבִּי יֹאשִׁיָּה, דִּכְתִיב: ״וְסַכֹּותָ עַל הָאָרֹון אֶת הַפָּרֹוכֶת״, פָּרֹוכֶת מְחִיצָּה, וְקָא קַרְיֵיהּ רַחֲמָנָא ״סְכָכָה״, אַלְמָא מְחִיצָה כִּסְכָךְ בָּעֵינַן.

Rav Yeimar bar Chelemya a dit au nom d'Abaye : quel est le motif de Rabbi Yochia ? -- Car il est écrit : <i>Et tu masqueras (ve-sakota) l'arche avec le parokhet</i> (Ex. 40, 3).

Or le parokhet est une cloison, et pourtant l'Écriture l'a appelé <i>skhakh (couverture)</i> : c'est donc que nous exigeons que la cloison soit comme le skhakh.

📜 Rachi (1)
פָּרֹוכֶת מְחִיצָּה הִיא דִּכְתִיב (שְׁמוֹת כו) וְהִבְדִּילָה הַפָּרֹוכֶת לָכֶם וְגוֹ':
Le parokhet est une cloison -- car il est écrit (Ex. 26, 33) : <i>et le parokhet séparera pour vous...</i>
🗂️ Tossefot (1)
מְחִיצָּה הִיא וְקַרְייֵהּ רַחֲמָנָא סְכָכָה. מֵהָא דְּנָפְקָא לָן מְחִיצּוֹת לְעֵיל מִבְּסֻוכּוֹת וְקַרְייֵהּ רַחֲמָנָא סְכָכָה לָא מָצֵי דְּרֵישׁ דְּהָתָם לָא דָּרְשִׁינַן אֶלָּא מִיִּיתּוּרָא וְתֵדַע דְּכוּלְּהוּ מוֹדוֹ דְּלָא בָּעֵינַן לִמְחִיצּוֹת פְּסֹולֶת גֹּורֶן וְיֶקֶב:
C'est une cloison, et l'Écriture l'a appelée skhakh. -- De ce dont nous avons déduit plus haut l'existence des cloisons, à savoir du mot <i>ba-soukkot</i>, [Rabbi Yochia] ne pouvait tirer cette derasha, car là-bas nous ne dérivons que d'un mot superflu (yitoura). Et la preuve : tous s'accordent à dire que l'on n'exige pas des cloisons [qu'elles soient faites] de déchets de l'aire et du pressoir.
💡 Explication

Le motif de Rabbi Yochia est un rapprochement de vocabulaire. Le verset ordonne de ve-sakota -- de couvrir, de la racine s-k-k, celle-là même du skhakh -- l'arche avec le parokhet. Or le parokhet n'est pas un toit : c'est un rideau tendu verticalement, une mehitsa, une cloison, comme le montre Rachi par le verset et le parokhet séparera pour vous.

La Torah appelle donc skhakh une cloison. Rabbi Yochia en tire une équivalence de statut : la paroi doit avoir les propriétés du skhakh -- et en premier lieu celle d'arrêter le soleil. D'où sa position : le soleil qui entre par les parois invalide comme celui qui traverse la couverture.

Tossefot prévient une confusion. Nous savons déjà, depuis 6b, que les parois de la soukka se dérivent du mot ba-soukkot. Pourquoi Rabbi Yochia n'a-t-il pas tiré son équivalence de là ? Parce que cette dérivation-là repose sur un yitoura, un mot superflu, qui enseigne l'existence de parois mais rien de leur nature. La preuve : nul ne soutient que les parois doivent être faites de déchets de l'aire et du pressoir, alors que le skhakh, lui, y est tenu.

9
וְרַבָּנָן? הַהוּא דְּנִיכּוֹף בַּיהּ פֻּורְתָּא, דְּמֶחֱזֵי כִּסְכָךְ.

Et les Sages ? -- Ce [verset leur enseigne] qu'il faut en replier un peu [le haut], de sorte qu'il ait l'apparence d'un skhakh.

📜 Rachi (2)
וְרַבָּנָן אָמְרִי לָךְ מַאי וְסֻכּוֹת דְּאָמַר רַחֲמָנָא:
Et les Sages -- te diront : que signifie donc le <i>ve-sakota</i> qu'a dit le Miséricordieux ?
לִיכּוֹף בָּהּ לְמַעְלָה פֻּורְתָּא כְּעֵין גַּג יַעֲשֶׂה מִמִּקְצָתָהּ:
Qu'il en replie -- un peu vers le haut : qu'il fasse d'une partie [du parokhet] comme une sorte de toit.
💡 Explication

Réponse des Sages : le verbe ve-sakota n'établit aucune équivalence entre paroi et couverture. Il prescrit un détail de montage : que l'on replie le haut du parokhet, de façon qu'une petite portion fasse comme un toit au-dessus de l'arche. Le mot garde ainsi son sens propre de couverture, sans qu'on ait à l'appliquer à une cloison.

Rachi décompose la réponse en deux temps : d'abord la question que les Sages retournent -- que signifie donc ce ve-sakota ? -- puis la réponse : qu'il en fasse, sur une partie, comme une sorte de toit.

10
אָמַר אַבַּיֵּי: רַבִּי, וְרַבִּי יֹאשִׁיָּה, וְרַבִּי יְהוּדָה, וְרַבִּי שִׁמְעוֹן, וְרַבָּן גַּמְלִיאֵל, וּבֵית שַׁמַּאי, וְרַבִּי אֱלִיעֶזֶר, וַאֲחֵרִים — כּוּלְּהוּ סְבִירָא לְהוּ: סֻוכָּה דִּירַת קֶבַע בָּעֵינַן.

Abaye a dit : Rabbi, Rabbi Yochia, Rabbi Yehouda, Rabbi Chimon, Rabban Gamliel, Beit Chammai, Rabbi Eliezer et Aherim -- tous tiennent que nous exigeons de la soukka une demeure permanente (dirat keva).

📜 Rachi (1)
דִּירַת קֶבַע רְאוּיָה לְהִשְׁתַּמֵּשׁ קָבוּעַ וְנִרְאֵית כְּבַיִת:
Demeure permanente -- apte à un usage permanent et qui a l'aspect d'une maison.
🗂️ Tossefot (1)
כֻּולְּהוּ סְבִירָא לְהוּ סֻוכָּה דִּירַת קֶבַע בָּעֵינַן. עַל כָּרְחָיךְ אֵין שָׁוִין דְּהָא רַבִּי בָּעֵי ד' אַמּוֹת ולב"ש סַגִּי בִּכְדֵי רֹאשׁוֹ וְרֻובּוֹ וְשֻׁולְחָנוֹ וְדִכְוָותֵיהּ בִּיבָמוֹת פֶּרֶק ר"ג (יְבָמוֹת דַּף נא:) כֻּולְּהוּ סְבִירָא לְהוּ מַאֲמָר קוֹנֶה קִנְיָן גָּמוּר וְהָא דְּחָשֵׁיב הָכָא ר' יְהוּדָה לָאו מִשּׁוּם דְּאַסִּיקְנָא לְעֵיל טַעְמָא דְּרַבָּנָן דְּפָסְלִי דְּבָעוּ דִּירַת עֲרַאי דְּהָא אַבַּיֵּי דְּהָכָא הוּא מַקְשֶׁה לְרָבָא דְּאִית לֵיהּ הַהוּא טַעְמָא אֲבָל מ"מ אֱמֶת הוּא דִּלְמַעְלָה מכ' לָא קַיְימָא אֶלָּא אִם כֵּן עֲשָׂאוֹ קֶבַע וְאָמְרִינַן נָמֵי בְּפֶרֶק הַיָּשֵׁן (לְקַמָּן סֻוכָּה דַּף כא:) רַבִּי יְהוּדָה לְטַעְמֵיהּ דְּאָמַר סֻוכָּה דִּירַת קֶבַע בָּעֵינַן וְדִייֵּק מֵהָא דְּמַכְשִׁיר לְמַעְלָה מכ' ש"מ דְּרָגִיל לַעֲשׂוֹת סֻוכָּתוֹ דִּירַת קֶבַע:
Tous tiennent qu'il faut à la soukka une demeure permanente. -- Force est de reconnaître qu'ils ne sont pas identiques, car Rabbi exige quatre coudées, tandis que pour Beit Chammai il suffit de la place de sa tête, de la majeure partie de son corps et de sa table. On trouve un cas semblable dans Yevamot, chapitre Rabban Gamliel (51b) : <i>tous tiennent que le ma'amar opère une acquisition complète</i>. Et si l'on compte ici Rabbi Yehouda, ce n'est pas en raison de ce que nous avons conclu plus haut, que le motif des Sages qui invalident [la soukka de plus de vingt coudées] est qu'ils exigent une demeure temporaire -- car c'est précisément Abaye, ici, qui objecte à Rava, lequel soutient ce motif-là. Il reste néanmoins vrai qu'au-dessus de vingt [coudées] elle ne tient pas, à moins qu'on ne l'ait faite permanente ; et nous disons également au chapitre Ha-yachen (plus loin, Soukka 21b) : <i>Rabbi Yehouda est fidèle à son raisonnement, lui qui dit qu'il faut à la soukka une demeure permanente</i> -- et [la guemara] le déduit de ce qu'il valide [la soukka] au-dessus de vingt coudées : conclus-en qu'il a coutume de faire de sa soukka une demeure permanente.
💡 Explication

Abaye opère ici un geste de synthèse qui donne au folio sa seconde moitié. Huit positions dispersées dans le traité, chacune portant sur un détail différent -- la surface, la hauteur, le nombre de parois, la stabilité, le toit, les angles -- se laissent ramener à un seul désaccord de principe : la soukka doit-elle être une dirat keva, une demeure permanente, ou une dirat arai, une demeure de passage ?

Rachi définit la dirat keva de façon concrète : apte à un usage permanent et qui a l'aspect d'une maison. Chacun des huit tanaim exige donc de la soukka un trait de maison, et invalide ce qui ne l'a pas.

Tossefot pose aussitôt la limite de l'exercice : ils ne sont pas identiques. Rabbi réclame quatre coudées sur quatre ; Beit Chammai se contente de la place d'une tête, d'un corps et d'une table. Le principe commun ne prescrit pas la même mesure à chacun -- c'est une famille de raisonnements, non une position unique. Tossefot renvoie à un cas de figure identique dans Yevamot 51b.

🖼️ Schéma
Les huit tenants de la dirat keva selon Abaye Un même principe -- la soukka doit ressembler à une maison -- lu dans huit exigences différentes. Tana Ce qu'il exige Ce qui manque à une soukka de fortune Rabbi seg. 10 4 coudées sur 4 coudées la surface au sol d'une pièce habitable Rabbi Yochia seg. 11 des parois opaques, comme le skhakh des murs qui arrêtent vraiment le soleil Rabbi Yehouda seg. 12 kachère même au-dessus de 20 coudées une hauteur qui suppose une vraie construction Rabbi Chimon seg. 13 3 parois pleines + une quatrième d'un tefah un enclos fermé sur ses quatre côtés Rabban Gamliel seg. 14 ni sur un chariot ni sur un navire l'immobilité et la résistance au vent Beit Chammai seg. 15 la table aussi doit tenir dedans un volume où l'on vit réellement Rabbi Eliezer seg. 16 un toit distinct des parois ni hutte conique ni appentis appuyé au mur Aherim (R. Meir) seg. 17 des angles une forme de maison, pas un pigeonnier rond Tossefot avertit : ils ne sont pas identiques -- Rabbi veut 4 coudées, Beit Chammai se contente d'une tête, d'un corps et d'une table. Le Roch ajoute que cette liste est une chita : la halakha ne suit en principe aucun d'eux.
Les huit noms d'Abaye, avec pour chacun l'exigence concrète où se lit le principe.
11
רַבִּי — דְּתַנְיָא, רַבִּי אוֹמֵר: כָּל סֻוכָּה שֶׁאֵין בָּהּ אַרְבַּע אַמּוֹת עַל אַרְבַּע אַמּוֹת — פְּסוּלָה.

Rabbi -- comme il est enseigné : Rabbi dit : toute soukka qui n'a pas quatre coudées sur quatre coudées est passoul.

💡 Explication

Première pièce du dossier. Quatre coudées sur quatre, c'est la surface minimale d'une pièce habitable : la mesure d'une maison, non d'un abri. Rabbi est celui qui exige le plus grand format -- ce dont la guemara se souviendra au segment 19, lorsqu'il faudra trouver un tana assez exigeant pour soutenir Rabbi Yo'hanan.

12
רַבִּי יֹאשִׁיָּה — הָא דַּאֲמָרָן.

Rabbi Yochia -- c'est ce que nous venons de dire.

💡 Explication

Pas besoin de nouvelle source : la position de Rabbi Yochia vient d'être citée au segment 6. Exiger que les parois arrêtent le soleil comme le fait le skhakh, c'est exiger des murs de maison. Le lien avec la dirat keva est direct.

13
רַבִּי יְהוּדָה דִּתְנַן סֻוכָּה שֶׁהִיא גְּבוֹהָה לְמַעְלָה מֵעֶשְׂרִים אַמָּה פְּסוּלָה רַבִּי יְהוּדָה מַכְשִׁיר

Rabbi Yehouda -- comme nous l'avons appris : une soukka haute de plus de vingt coudées est passoul ; Rabbi Yehouda la rend kachère.

💡 Explication

Le raisonnement est ici indirect, et c'est ce qui le rend intéressant. Ce n'est pas l'exigence de Rabbi Yehouda qui révèle sa position, c'est sa permissivité. Au-dessus de vingt coudées, une construction légère ne tient pas debout : pour bâtir si haut, il faut des murs solides. Valider une telle soukka, c'est donc admettre -- et même supposer -- qu'on la bâtisse en dur.

Tossefot signale que ce maillon est le plus discuté des huit, puisque la guemara a précisément conclu plus haut, avec Rava, que le motif des Sages tenait à la dirat arai -- et qu'Abaye, ici, est celui qui conteste cette lecture. Il maintient néanmoins le classement, en s'appuyant sur une formule explicite de Soukka 21b.

14
וְרַבִּי שִׁמְעוֹן — דְּתַנְיָא: שְׁתַּיִם כְּהִלְכָתָן וּשְׁלִישִׁית אֲפִילּוּ טֶפַח, רַבִּי שִׁמְעוֹן אוֹמֵר: שָׁלֹשׁ כְּהִלְכָתָן וּרְבִיעִית אֲפִילּוּ טֶפַח.

Et Rabbi Chimon -- comme il est enseigné : deux [parois] selon leur règle et une troisième fût-elle d'un tefah ; Rabbi Chimon dit : trois selon leur règle et une quatrième fût-elle d'un tefah.

📜 Rachi (1)
שָׁלֹשׁ כְּהִלְכָתָן וּפָרְשִׁינַן טַעְמָא לְמַעְלָה (דַּף ו:) לְמַחְסֶה וּלְמִסְתּוֹר מִזֶּרֶם:
Trois selon leur règle -- et nous en avons expliqué le motif plus haut (6b) : <i>pour abri et pour refuge</i> contre l'averse.
💡 Explication

Rabbi Chimon déplace tout d'un cran : là où les Sages se satisfont de deux parois pleines plus un tefah, il exige trois parois pleines plus un tefah. Une maison est fermée de quatre côtés ; une soukka doit l'être aussi.

Rachi renvoie à l'exégèse donnée en 6b : le verset pour abri et pour refuge contre l'averse (Isaie 4, 6) sert de fondement scripturaire au nombre des parois -- un abri qui ne protège que de deux côtés ne mérite pas ce nom.

15
רַבָּן גַּמְלִיאֵל — דְּתַנְיָא: הָעוֹשֶׂה סֻוכָּתוֹ בְּרֹאשׁ הָעֲגָלָה אוֹ בְּרֹאשׁ הַסְּפִינָה, רַבָּן גַּמְלִיאֵל פּוֹסֵל, וְרַבִּי עֲקִיבָא מַכְשִׁיר.

Rabban Gamliel -- comme il est enseigné : celui qui fait sa soukka au sommet d'un chariot ou au sommet d'un navire -- Rabban Gamliel l'invalide, et Rabbi Akiva la rend kachère.

📜 Rachi (1)
בְּרֹאשׁ הַסְּפִינָה שֶׁהִיא גְּבוֹהָה מְאֹד כִּסְפִינוֹת הַיָּם שֶׁהֵן גְּדוֹלוֹת וְהָרוּחַ בָּאָה וְעוֹקַרְתָּהּ וּבְרֹאשׁ הָעֲגָלָה נָמֵי כֵּיוָן דְּנָיְידִי מִתְחֲזֵי כְּעֵין עֲרַאי:
Au sommet du navire -- qui est très haut, comme les navires de mer qui sont grands : le vent survient et l'arrache. Et au sommet d'un chariot également : puisqu'ils se déplacent, elle a l'aspect d'une chose provisoire.
🗂️ Tossefot (1)
הָעוֹשֶׂה סֻוכָּתוֹ בְּרֹאשׁ הָעֲגָלָה אוֹ בְּרֹאשׁ הַסְּפִינָה. לְקַמָּן (מְפָרֵשׁ) בְּפֶרֶק הַיָּשָׁן (דַּף בָּב: וְשָׁם) בְּמָתְנֵי' דְּקָתָנֵי כְּשֵׁרָה גָּרְסִינַן בְּרֹאשׁ הָעֲגָלָה אֲבָל הָכָא בַּבָּרַיְיתָא בִּפְלוּגְתָּא דר"ג ור"ע אור"ת דְּלָא גָּרְסִינַן לֵיהּ וְכֵן ר"ח לָא גָּרֵס לֵיהּ שֶׁבְּרֹאשׁ הָעֲגָלָה לָא פְלִיגִי דְּהָא מַסְּקִינַן בְּפֶרֶק הַיָּשֵׁן (לְקַמָּן סֻוכָּה דַּף כג.) דִּפְלִיגִי בִּיכוֹלָה לַעֲמֹוד בְּרוּחַ מְצוּיָה דְּיַבָּשָׁה וְאֵינָהּ יְכוֹלָה לַעֲמֹוד בְּרוּחַ מְצוּיָה דְּיָם וּמִיהוּ יֵשׁ לִדְחוֹת דְּכִי הַאי גַּוְונָא אָמַר יְכוֹלָה לַעֲמֹוד בְּרוּחַ מְצוּיָה דְּאֶרֶץ וְאֵינָהּ יְכוֹלָה לַעֲמֹוד בְּרוּחַ מְצוּיָה שֶׁבְּרֹאשׁ הָעֲגָלָה כֵּיוָן דְּנָיְידָא וְלֹא מִיסְתַּבֵּר כְּלָל דְּאֶלָּא מֵעַתָּה לִיפְלְגוּ בְּסֻוכָּה שֶׁבְּרֹאשׁ הָעֲגָלָה כֵּיוָן דְּנָייְדָא מִתְחַזְיָא כַּעֲרַאי וְעוֹד קָשֶׁה דִּבְרֹאשׁ הַסְּפִינָה נָמֵי נָיְידִי וְלָמָּה לִי מִשּׁוּם דְּאֵינָהּ יְכוֹלָה לַעֲמֹוד בְּרוּחַ מְצוּיָה דְּיָם וּמִיהוּ יֵשׁ לְייַשֵּׁב כְּמוֹ שֶׁאֲפָרֵשׁ לְקַמָּן בְּרֵישׁ הַיָּשָׁן (סֻוכָּה דַּף כא:) [בד"ה שֶׁאֵין] גַּבֵּי סֻוכָּה שֶׁסְּמָכָהּ בְּכַרְעֵי הַמִּטָּה:
Celui qui fait sa soukka au sommet d'un chariot ou au sommet d'un navire. -- Plus loin, au chapitre Ha-yachen (22b et parallèles), dans la michna qui enseigne <i>elle est kachère</i>, nous lisons bien <i>au sommet d'un chariot</i> ; mais ici, dans la barayta qui rapporte la controverse de Rabban Gamliel et de Rabbi Akiva, Rabbenou Tam a dit que nous ne lisons pas ces mots, et Rabbenou Hananel non plus ne les lisait pas -- car au sujet [de la soukka] au sommet d'un chariot ils ne sont pas en désaccord : nous concluons en effet au chapitre Ha-yachen (plus loin, Soukka 23a) que leur désaccord porte sur une [soukka] capable de tenir devant un vent ordinaire de terre ferme mais incapable de tenir devant un vent ordinaire de mer. On pourrait toutefois repousser cela [et dire] que, dans un tel cas, on parle d'une soukka capable de tenir devant le vent ordinaire de la terre mais incapable de tenir devant le vent ordinaire qui souffle au sommet du chariot, puisqu'il se déplace. Mais cela n'est nullement plausible, car alors ils auraient dû diverger à propos de la soukka au sommet d'un chariot pour la seule raison que, se déplaçant, elle a l'aspect d'une chose provisoire. Et il y a une autre difficulté : au sommet du navire aussi cela se déplace -- pourquoi alors [invoquer] le fait qu'elle ne peut tenir devant le vent ordinaire de la mer ? On peut cependant y répondre comme je l'expliquerai plus loin, au début de Ha-yachen (Soukka 21b, s.v. <i>che-ein</i>), à propos de la soukka appuyée sur les pieds du lit.
💡 Explication

Ici, le trait de maison qui manque est l'immobilité. Rachi donne deux raisons distinctes : sur un navire de mer, très haut, le vent survient et arrache la soukka -- elle ne tient pas ; sur un chariot, c'est le déplacement lui-même qui la fait paraître provisoire.

Tossefot conteste toutefois le texte de la barayta. Rabbenou Tam et Rabbenou Hananel ne lisaient pas ici les mots au sommet d'un chariot : selon la conclusion de Soukka 23a, le désaccord de Rabban Gamliel et de Rabbi Akiva porte uniquement sur la résistance au roua'h metsouya, le vent ordinaire -- celui de la terre ferme, auquel elle résiste, contre celui de la mer, auquel elle ne résiste pas. Le chariot n'entre pas dans ce critère.

16
בֵּית שַׁמַּאי — דִּתְנַן: מִי שֶׁהָיָה רֹאשׁוֹ וְרֻובּוֹ בַּסֻּוכָּה וְשֻׁולְחָנוֹ בְּתוֹךְ הַבַּיִת, בֵּית שַׁמַּאי פּוֹסְלִין, וּבֵית הִלֵּל מַכְשִׁירִין.

Beit Chammai -- comme nous l'avons appris : celui dont la tête et la majeure partie du corps étaient dans la soukka mais dont la table était dans la maison -- Beit Chammai l'invalident, et Beit Hillel la rendent kachère.

📜 Rachi (1)
ב"ש פּוֹסְלִין דְּרָאוּי לְתַשְׁמִישׁ בָּעֵינַן:
Beit Chammai l'invalident -- car nous exigeons [une soukka] apte à l'usage.
💡 Explication

Le débat porte sur la soukka ketana, la petite soukka, trop exiguë pour contenir à la fois l'homme et sa table. Beit Chammai l'invalident. Rachi ramène leur motif au principe d'Abaye : nous exigeons une soukka apte à l'usage -- une pièce où l'on vit réellement, pas seulement où l'on tient.

Le Roch, en 7b même, conteste ce rattachement : selon lui le motif de Beit Chammai n'est pas la dirat keva mais un décret, la crainte que l'homme ne se laisse entraîner à la suite de sa table et ne sorte de la soukka sans s'en apercevoir.

17
רַבִּי אֱלִיעֶזֶר — דִּתְנַן: הָעוֹשֶׂה סֻוכָּתוֹ כְּמִין צְרִיף, אוֹ שֶׁסְּמָכָהּ לַכֹּותֶל, רַבִּי אֱלִיעֶזֶר פּוֹסֵל לְפִי שֶׁאֵין לָהּ גַּג, וַחֲכָמִים מַכְשִׁירִין.

Rabbi Eliezer -- comme nous l'avons appris : celui qui fait sa soukka en forme de hutte (tserif), ou qui l'appuie contre un mur -- Rabbi Eliezer l'invalide parce qu'elle n'a pas de toit, et les Sages la rendent kachère.

📜 Rachi (2)
כְּמִין צָרִיף גַּגָּהּ וְדָפְנוֹתֶיהָ בָּאִין כְּאֶחָד כְּעֵין כַּוֶּורֶת שֶׁאֵין גַּג נִיכָּר לְבַד וְהַדְּפָנוֹת לְבַד:
En forme de hutte -- son toit et ses parois viennent d'un seul tenant, comme une ruche : il n'y a pas de toit identifiable à part et de parois à part.
אוֹ שֶׁסְּמוּכָה לַכֹּותֶל עָשָׂה קָנִים אֲרֻוכִּים וְסָמַךְ רֹאשׁוֹ אֶחָד מֻוטֶּה עַל הַכֹּותֶל וְרֹאשׁוֹ אַחֵר מֻוטֶּה עַל הָאָרֶץ דְּגַגָּהּ וְדָופְנָהּ אֶחָד שֶׁאֵין לָהּ גַּג וְאֵין נָאֶה לְדִירָה:
Ou qu'il l'a appuyée contre un mur -- il a pris de longs roseaux et en a appuyé une extrémité inclinée contre le mur, l'autre extrémité inclinée posée à terre : son toit et sa paroi ne font qu'un, elle n'a pas de toit et ne convient pas à l'habitation.
💡 Explication

Le trait de maison en cause est ici le toit distinct. Rachi décrit les deux cas : la hutte conique, dont le toit et les parois viennent d'un seul tenant comme une ruche, sans qu'on puisse dire où finit l'un et où commence l'autre ; et l'appentis, fait de longs roseaux appuyés d'un bout contre un mur et posés de l'autre à terre, où la surface inclinée tient lieu à la fois de toit et de paroi.

Dans les deux cas, dit Rachi, elle n'a pas de toit et ne convient pas à l'habitation. Une maison a un toit au-dessus et des murs sur les côtés ; ces constructions-là n'ont qu'un plan incliné.

18
אֲחֵרִים — דְּתַנְיָא, אֲחֵרִים אוֹמְרִים: סֻוכָּה הָעֲשׂוּיָה כְּשׁוֹבָךְ — פְּסוּלָה, לְפִי שֶׁאֵין לָהּ זָוִיּוֹת.

Aherim (d'autres) -- comme il est enseigné : Aherim disent : une soukka faite en forme de pigeonnier (chovakh) est passoul, parce qu'elle n'a pas d'angles.

📜 Rachi (1)
כְּשׁוֹבָךְ עֲגֻולָּה:
Comme un pigeonnier -- ronde.
🗂️ Tossefot (1)
אֲחֵרִים אוֹמְרִים סֻוכָּה הָעֲשׂוּיָה כְּשׁוֹבָךְ פְּסוּלָה. דְּסֻוכָּה דִּירַת קֶבַע בָּעֵינַן וַאֲחֵרִים הַייְנוּ ר' מֵאִיר וְהָא דְּאָמַר ר"מ לְקַמָּן (סֻוכָּה דַּף ח:) שְׁתֵּי סֻוכּוֹת הַיּוֹצְרִים זוֹ לִפְנִים מִזּוֹ הַחִיצוֹנָה סֻוכָּה וּפְטוּרָה מִן הַמְּזוּזָה בִּשְׁאָר יְמוֹת הַשָּׁנָה קָאָמַר דְּאִילּוּ בֶּחָג כֵּיוָן דְּקָסָבַר דִּירַת קֶבַע בָּעֵינַן חַייֶּבֶת בִּמְזוּזָה כִּדְמוֹכַח פ"ק דְּיוֹמָא (דַּף י.) דְּמֵהַאי טַעְמָא מְחַיֵּיב רַבִּי יְהוּדָה סֻוכַּת הֶחָג בֶּחָג בִּמְזוּזָה:
Aherim disent : une soukka faite en forme de pigeonnier est passoul. -- Parce que nous exigeons de la soukka une demeure permanente. Et <i>Aherim</i>, c'est Rabbi Meir. Quant à ce que dit Rabbi Meir plus loin (Soukka 8b) : <i>les deux soukkot des potiers, l'une derrière l'autre -- l'extérieure est une soukka [valide] et est exempte de mezouza</i>, il le dit pour le reste des jours de l'année ; car pendant la fête, puisqu'il tient qu'il faut une demeure permanente, elle est astreinte à la mezouza, comme le prouve le premier chapitre de Yoma (10a), où c'est pour ce motif-là que Rabbi Yehouda astreint la soukka de la fête, pendant la fête, à la mezouza.
💡 Explication

Dernier nom de la liste, et l'exigence la plus étonnante : une maison a des angles. Une construction ronde, fût-elle grande et solide, ne ressemble pas à une demeure ; Rachi glose simplement chovakh par ronde.

Tossefot identifie Aherim à Rabbi Meir -- l'appellation désigne habituellement Rabbi Meir après sa mise à l'écart. Il résout ensuite une contradiction : Rabbi Meir dit ailleurs (8b) que la soukka extérieure des potiers est exempte de mezouza, ce qui semblerait indiquer qu'il n'y voit pas une demeure permanente. Réponse : cette exemption vaut pour le reste de l'année ; pendant la fête, précisément parce qu'il exige une dirat keva, elle est astreinte à la mezouza -- comme le montre Yoma 10a.

19
אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: סֻוכָּה הָעֲשׂוּיָה כְּכִבְשָׁן, אִם יֵשׁ בְּהֶקֵּיפָהּ כְּדֵי לֵישֵׁב בָּהּ עֶשְׂרִים וְאַרְבָּעָה בְּנֵי אָדָם — כְּשֵׁרָה, וְאִם לָאו — פְּסוּלָה.

Rabbi Yo'hanan a dit : une soukka faite en forme de four (kivchan, donc ronde) -- si sa circonférence offre de quoi y asseoir vingt-quatre personnes, elle est kachère ; sinon, elle est passoul.

📜 Rachi (2)
כְּכִבְשָׁן עֲגֻולָּה דְּלֵית לֵיהּ כַּאֲחֵרִים:
En forme de four -- ronde ; il ne tient donc pas comme Aherim.
כְּדֵי לֵישֵׁב בָּהּ כו' סְבִיבוֹת הֶקֵּיפָהּ מִבִּפְנִים:
De quoi y asseoir, etc. -- tout autour de sa circonférence, à l'intérieur.
💡 Explication

Nouveau dossier, qui prolonge le précédent. Rabbi Yo'hanan parle d'une soukka ronde comme un four -- ce qui montre d'emblée, note Rachi, qu'il ne suit pas Aherim : pour lui, une soukka ronde peut être valide, à condition d'être assez grande.

Sa mesure est singulière : elle ne se donne pas en coudées mais en personnes assises. Vingt-quatre hommes doivent pouvoir prendre place le long de la circonférence, à l'intérieur -- Rachi précise bien tout autour de sa circonférence, à l'intérieur, et non en remplissant l'espace.

20
כְּמַאן — כְּרַבִּי, דְּאָמַר: כָּל סֻוכָּה שֶׁאֵין בָּהּ אַרְבַּע אַמּוֹת עַל אַרְבַּע אַמּוֹת פְּסוּלָה.

Selon qui ? -- Selon Rabbi, qui dit : toute soukka qui n'a pas quatre coudées sur quatre coudées est passoul.

📜 Rachi (1)
כְּמַאן בָּעֵי ר' יוֹחָנָן סֻוכָּה גְּדוֹלָה כָּל כָּךְ כְּרַבִּי דְּאָמַר ד' אַמּוֹת בָּעֵינַן בִּתְמִיהַּ דְּעַל כָּרְחֲךָ לֵית לָן תַּנָּא דְּמִפִּישׁ בְּשִׁיעוּרָא דְּסֻוכָּה כְּוָותֵיהּ וְכִי בָּעֵי רַבִּי יוֹחָנָן כֻּולֵּי הַאי אַלִּיבָּא דְּמַאן אֲמָרָהּ:
Selon qui -- Rabbi Yo'hanan exige-t-il une soukka aussi grande ? Selon Rabbi, qui dit que nous exigeons quatre coudées ? [Le tout] sur le ton de l'étonnement : car force est de reconnaître que nous n'avons aucun tana qui élargisse la mesure de la soukka autant que lui ; et puisque Rabbi Yo'hanan en exige tant, au nom de qui l'a-t-il dit ?
💡 Explication

La guemara cherche à qui rattacher une exigence aussi lourde. Rachi explique que la question s'énonce sur le ton de l'étonnement : puisque nous n'avons aucun tana qui élargisse la mesure de la soukka autant que lui, au nom de qui Rabbi Yo'hanan a-t-il dit cela ? La réponse ne peut être que Rabbi, seul à réclamer quatre coudées sur quatre.

21
מִכְּדֵי, גַּבְרָא בְּאַמְּתָא יָתֵיב, כֹּל שֶׁיֵּשׁ בְּהֶקֵּיפוֹ שְׁלֹשָׁה טְפָחִים יֵשׁ בּוֹ רֹוחַב טֶפַח, בִּתְרֵיסַר סַגִּי?

Or donc : un homme assis occupe une coudée ; et tout [cercle] dont la circonférence est de trois tefahim a un tefah de largeur [de diamètre] -- douze [personnes] ne devraient-elles donc pas suffire ?

📜 Rachi (1)
בְּאַמְּתָא יָתֵיב כָּל אֶחָד מְקוֹמוֹ אַמָּה נִמְצָא הֶקֵּיפָהּ כ"ד אַמּוֹת וְקַייְמָא לָן (עֵירוּבִין דַּף יג:) כָּל עָגוֹל שֶׁיֵּשׁ בְּהֶקֵּיפוֹ ג' טְפָחִים יֵשׁ בְּרָחְבּוֹ טֶפַח דִּכְתִיב (דִּבְרֵי הַיָּמִים ב ד׳:ב׳) בַּיָּם שֶׁעָשָׂה שְׁלֹמֹה עֶשֶׂר בָּאַמָּה מִשְּׂפָתוֹ אֶל שְׂפָתוֹ עָגוֹל סָבִיב וְקָו שְׁלֹשִׁים בָּאַמָּה יָסֹוב אֹותוֹ סָבִיב לְעֶשֶׂר אַמּוֹת רֹוחַב שְׁלֹשִׁים אַמָּה הֶיקֵּף אַלְמָא הָכָא נָמֵי בִּתְרֵיסַר אַמּוֹת הֶיקֵּף סַגִּי דְּנֶהֱוֵי פֻּותְיָא אַרְבָּעָה:
Il occupe une coudée -- la place de chacun est d'une coudée ; sa circonférence se trouve donc être de vingt-quatre coudées. Or nous tenons pour règle (Erouvin 13b) que tout cercle dont la circonférence est de trois tefahim a un tefah de diamètre, car il est écrit (II Chroniques 4, 2) à propos de la <i>mer</i> qu'a faite Salomon : <i>dix coudées d'un bord à l'autre, ronde tout autour, et un cordeau de trente coudées en faisait le tour</i> -- pour dix coudées de largeur, trente coudées de circonférence. C'est donc qu'ici aussi douze coudées de circonférence devraient suffire, pour que le diamètre soit de quatre.
💡 Explication

La guemara vérifie le compte, et il ne tombe pas juste. Un homme assis occupe une coudée : vingt-quatre places font donc vingt-quatre coudées de circonférence. Or la règle géométrique du Talmud pose que la circonférence vaut trois fois le diamètre -- Rachi la tire du verset de la mer de Salomon (II Chroniques 4, 2), large de dix coudées et ceinte d'un cordeau de trente.

Vingt-quatre coudées de tour donnent donc huit coudées de diamètre : le double des quatre coudées exigées par Rabbi. Douze personnes auraient suffi, puisque douze coudées de tour donnent quatre coudées de diamètre.

Le folio s'interrompt sur cette difficulté -- la réponse, et les corrections successives du calcul, occuperont le début de 8a.

🖼️ Schéma
La soukka en forme de four : pourquoi 24 personnes, alors que 12 suffiraient ? Règle talmudique du cercle : circonférence = 3 fois le diamètre (Erouvin 13b, d'après la mer de Salomon). diamètre 8 coudées tour : 24 coudées Ce qu'exige Rabbi Yo'hanan 24 personnes assises le long du tour diamètre 4 tour : 12 Ce que demande Rabbi 4 coudées sur 4 coudées inscrites soit un cercle de 12 coudées de tour 12 personnes auraient donc suffi on divise par deux La question Rabbi Yo'hanan exige le double du nécessaire. Le folio s'arrête là : la réponse vient en 8a. Rachi : un homme assis occupe une coudée ; 24 places font donc 24 coudées de tour, soit 8 de diamètre -- le double des 4 requis.
Le calcul de la guemara : 24 places font 8 coudées de diamètre, soit le double des 4 coudées de Rabbi.
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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).