Sougya : Ce folio se lit en deux moitiés sans rapport apparent, et c'est la première qui liquide un dossier ouvert depuis 7a. Les juges de Césarée achevaient leur table de conversion : un carré tiré de l'intérieur d'un cercle perd la moitié.
Le compte tombait juste et sauvait enfin les vingt-quatre de Rabbi Yo'hanan sans aucune approximation -- pour un carré de seize de périmètre, il faut un cercle de vingt-quatre. La guemara le refuse aussitôt : ve-lo hi, il n'en est rien.
La diagonale d'un carré de quatre coudées vaut cinq coudées et trois cinquièmes, donc un tour de seize et huit dixièmes, non vingt-quatre. Tossefot refuse pourtant d'abandonner les juges de Césarée : leur règle est exacte, mais en surface.
Dans trois figures emboîtées -- carré de cent, cercle inscrit de soixante-quinze, carré inscrit de cinquante --, le cercle perd bien un quart du grand carré et le petit carré en perd la moitié. La seconde moitié du folio change entièrement de terrain.
Rabbi Levi au nom de Rabbi Meir juge les deux cabanes du potier, l'une en dedans de l'autre : l'intérieure, où il vit toute l'année, porte une mezouza mais ne peut servir de soukka faute de hekker, faute que la chose se voie ; l'extérieure, simple atelier de passage, est exempte de mezouza mais fait une soukka parfaitement valable. On objecte qu'elle devrait être le vestibule de l'intérieure et porter mezouza à ce titre ; réponse : lo kavia, aucune des deux n'a le rang d'une vraie maison.
Viennent enfin deux braitot jumelles, chacune bâtie sur un moyen mnémotechnique. GNBK -- non-Juifs, femmes, bétail, Koutim -- et RKBSh -- bergers, sécheurs de figues, guetteurs, gardiens de fruits.
Toutes ces cabanes profanes sont kachères, sous la seule réserve posée par Rav Hisda : qu'elles aient été faites pour l'ombre, et non pour se dérober aux regards. Reste à comprendre pourquoi chaque braita commence par une liste différente.
La réponse est un chiasme : l'un des tanaim classe par la permanence du bâtiment, l'autre par l'obligation du bâtisseur. Aucune divergence de halakha -- et le principe qui en ressort est large : une soukka ne vaut ni par la main qui l'a dressée ni par sa solidité, seulement par l'ombre pour laquelle elle a été couverte.
Un carré qui sort de l'intérieur d'un cercle : la moitié. -- Et il n'en est rien, car nous voyons bien que l'écart n'est pas si grand.
Le folio s'ouvre sur la fin d'une phrase commencée au verso précédent. Les juges de Césarée proposaient une table de conversion en deux volets. Le premier, déjà connu, disait qu'un cercle tiré de l'intérieur d'un carré perd un quart : carré de seize de périmètre, cercle inscrit de douze. Voici le second, tout neuf : un carré tiré de l'intérieur d'un cercle, la moitié.
Rachi en donne le calcul. Du cercle de vingt-quatre on retranche un tiers, il reste seize ; et la part retranchée, huit, vaut précisément la moitié de ce qui reste. Autrement dit : pour obtenir un carré de quatre coudées sur quatre, dont le périmètre est de seize, il faut un cercle de vingt-quatre de tour. C'est exactement le chiffre de Rabbi Yo'hanan, et sans le moindre lo dak, sans la moindre approximation. La troisième solution semblait la bonne.
La guemara la renverse d'un mot : ve-lo hi, et il n'en est rien. Nous savons calculer la chose autrement. La diagonale d'un carré de quatre coudées vaut quatre fois une coudée et deux cinquièmes, soit cinq coudées et trois cinquièmes ; c'est le diamètre du cercle circonscrit, dont le tour vaut trois fois cela : seize et huit dixièmes. Non vingt-quatre. Les vingt-quatre de Rabbi Yo'hanan restent donc sans explication satisfaisante, et la guemara abandonne la question pour passer à tout autre chose. Tossefot, lui, refusera de laisser tomber les juges de Césarée : il montrera que leur règle est parfaitement exacte -- mais en surface, non en périmètre.
Rabbi Levi a dit au nom de Rabbi Meir : deux cabanes de potiers, l'une en dedans de l'autre -- l'intérieure n'est pas une soukka, et elle est astreinte à la mezouza ; l'extérieure est une soukka, et elle est exempte de mezouza.
Changement complet de sujet. Le potier de l'antiquité disposait de deux cabanes emboîtées : dans celle du fond il logeait et rangeait ses poteries, dans celle de devant il tournait, cuisait et vendait. Rabbi Meir en tire un verdict croisé, et c'est ce croisement qui fait tout l'intérêt du passage.
L'intérieure est sa vraie maison : il y mange, y dort, y passe l'année. Elle est donc astreinte à la mezouza -- et pour cette raison même elle ne peut pas servir de soukka. Non que l'intention manque : nous tranchons comme Beit Hillel, une vieille soukka est kachère, on n'exige nullement qu'elle ait été bâtie pour la fête. Ce qui manque est le hekker, le caractère perceptible de la chose : rien ne distingue le fait qu'il s'y assoie pendant Soukkot de ce qu'il y fait le reste de l'année.
L'extérieure obtient l'inverse. Ce n'est pas une habitation -- on ne fait qu'y passer et y commercer -- donc pas de mezouza. Mais précisément parce qu'il n'y vit pas d'ordinaire, le fait de s'y installer pendant la fête se voit : le hekker est là, et elle est kachère sans qu'il ait à la démonter et la rebâtir.
Et pourquoi donc ? Que l'extérieure soit tenue pour le vestibule (beit chaar) de l'intérieure, et qu'elle soit astreinte à la mezouza ! -- Parce qu'elle n'est pas permanente.
Objection technique sur le second volet du verdict. Il existe une règle, enseignée dans Menahot : le beit chaar, le vestibule ou porche qui précède une maison, est astreint à la mezouza -- non pour lui-même, car on n'y vit pas, mais parce qu'il dessert une maison qui, elle, en est astreinte. Or l'extérieure du potier est exactement cela : le passage obligé vers l'habitation. Elle devrait donc porter une mezouza.
La réponse tient en deux mots : lo kavia, elle n'est pas permanente. Rachi élargit : ni l'une ni l'autre n'est une chose permanente. L'intérieure reçoit bien une mezouza, mais à titre de simple lieu d'habitation ; elle n'a pas le rang d'une vraie maison, et seule une vraie maison est assez importante pour que ce qui la précède acquière le statut de vestibule. Le vestibule vit de l'importance de la maison : là où la maison est chétive, le vestibule n'est rien.
Nos maîtres ont enseigné -- GNBK : cabane de non-Juifs, cabane de femmes, cabane de bétail, cabane de Koutim, une soukka quelle qu'elle soit : kachère, pourvu qu'elle soit couverte selon la règle.
Une braita bâtie sur un moyen mnémotechnique : GNBK -- guimel, noun, beit, kaf -- pour goyim, nachim, behema, koutim. Quatre sortes de cabanes qu'aucune main tenue par la mitsva n'a construites : celle d'un non-Juif qui s'abrite l'été, celle de femmes, qui sont exemptes de la soukka, un abri à bétail, et celle des Koutim -- les Samaritains, tenus ici pour des gerei arayot, convertis par crainte des lions, donc non astreints.
Toutes sont kachères. La braita énonce ainsi, négativement, un principe majeur : la validité d'une soukka ne dépend pas de qui l'a bâtie ni de la destination qu'il lui donnait. Une seule réserve, sur laquelle la guemara va s'arrêter : ke-hilkhata, qu'elle soit couverte selon la règle.
Que signifie selon la règle ? Rav Hisda a dit : c'est qu'il l'ait faite pour l'ombre d'une soukka.
Rachi pose d'abord la vraie question : que peut bien ajouter ke-hilkhata ? Si cela voulait seulement dire que l'ombre y dépasse le soleil et que le toit soit fait d'une matière valide, ce serait une évidence -- personne n'a jamais imaginé qu'une cabane de non-Juif soit dispensée des règles ordinaires du s'khakh.
Rav Hisda répond que la formule vise l'intention de la construction. Il faut qu'elle ait été faite le-tzel, pour l'ombre. Rachi précise la nuance décisive : nous n'exigeons pas le-chem hag, qu'elle ait été faite pour la fête -- c'est la position de Beit Hillel, tranchée dans la michna. Mais nous exigeons le-chem soukka, qu'elle ait été faite en tant que soukka. Or le mot soukka dit l'ombre : est soukka ce qui couvre et protège de l'ardeur du soleil.
D'où l'exclusion : une cabane dressée pour la tsniout, pour se dérober aux regards, n'est pas une soukka, même si elle donne de l'ombre par surcroît. Le critère est intentionnel, mais il se lit dans l'ouvrage : Rachi dit qu'elle doit être bien couverte, de sorte que la chose se prouve d'elle-même.
Quelle qu'elle soit -- qu'est-ce que cela vient inclure ? Cela vient inclure la cabane RKBSh.
Car nos maîtres ont enseigné -- cabane RKBSh : cabane de bergers, cabane de sécheurs de figues, cabane de guetteurs, cabane de gardiens de fruits, une soukka quelle qu'elle soit : kachère, pourvu qu'elle soit couverte selon la règle.
La clause finale de la première braita -- une soukka quelle qu'elle soit -- n'était pas une formule vide : elle ramassait une seconde liste, elle aussi mnémotechnique. RKBSh : rech, kof, beit, chin, pour ro'im (bergers), kayyatsim (gardiens des figues mises à sécher), bourganin (guetteurs postés hors la ville) et chomrei perot (gardiens de fruits).
Rachi souligne le point qui va commander la suite : ces quatre-là sont tous des Juifs, donc astreints à la mitsva de soukka -- mais leur cabane, elle, n'a pas été faite pour la fête, et elle est en outre provisoire. Étrangeté apparente : cette seconde braita traite ses quatre cabanes comme les plus fortes et se sert de la formule d'inclusion pour rattraper celles de GNBK, alors que la première braita faisait exactement l'inverse. C'est ce chiasme que les segments 8 et 9 vont expliquer.
Que signifie selon la règle ? Rav Hisda a dit : c'est qu'il l'ait faite pour l'ombre d'une soukka.
Mot pour mot la même question et la même réponse qu'au segment 4. La répétition n'est pas une négligence de copiste : elle marque que les deux braitot sont deux versions parallèles d'un même enseignement, bâtites sur le même moule -- une liste de quatre, une clause d'inclusion, la même réserve finale.
Le rendement de cette symétrie est immédiat : puisque tout est identique sauf l'ordre des listes, c'est l'ordre seul qui doit être expliqué. La guemara y vient aussitôt.
Quelle qu'elle soit -- qu'est-ce que cela vient inclure ? Cela vient inclure la cabane GNBK.
La boucle se ferme. La première braita nommait GNBK et incluait RKBSh par sa clause finale ; la seconde nomme RKBSh et inclut GNBK par la même clause. Chacune tient pour acquis ce que l'autre doit rattraper.
Cela ne peut pas être indifférent : la clause quelle qu'elle soit sert toujours à ramasser le cas le plus faible, celui dont la validité ne va pas de soi. Deux textes qui se contredisent sur l'identité du cas faible réclament une explication -- c'est l'objet des deux derniers segments.
Ce tana-ci, celui de GNBK -- GNBK lui paraît plus fort parce que ces cabanes sont permanentes ; et il a enseigné quelle qu'elle soit pour inclure RKBSh, qui ne sont pas permanentes.
Première moitié de la réponse. Pour le tana de la première braita, le critère de solidité est la permanence de la construction : kevi'i. La cabane du non-Juif qui passe l'été, l'abri à bétail, la cabane des Koutim sont des bâtisses fixes, faites pour tenir une saison entière. Leur alimuta -- leur force -- vient de là.
Les cabanes de RKBSh, elles, sont provisoires, et Rachi le montre concrètement : le berger dresse sa cabane là où est l'herbe et la déplace quand le troupeau a brouté ; le gardien des figues démonte la sienne dès que les fruits sont secs. C'est donc elles qui, pour ce tana, ont besoin d'être rattrapées par la clause d'inclusion.
Et ce tana-là, celui de RKBSh -- RKBSh lui paraît plus fort, parce que ceux-là sont astreints à la mitsva ; et il a enseigné quelle qu'elle soit pour inclure GNBK, qui ne sont pas astreints.
Seconde moitié, exactement symétrique. Pour le tana de la seconde braita, ce qui compte n'est pas le bâtiment mais la main qui l'a dressé : les bergers, les sécheurs de figues, les guetteurs, les gardiens de fruits sont des Juifs, donc bnei hiyyuva, tenus eux-mêmes par la mitsva de soukka. C'est de là que vient la force de leurs cabanes, si fragiles soient-elles. Et ce sont alors celles de GNBK, batties par qui n'a aucune obligation, qu'il faut rattraper.
Deux échelles de valeur, donc, appliquées au même corpus de huit cabanes : la solidité de l'ouvrage d'un côté, l'obligation du bâtisseur de l'autre. Chaque tana ouvre par ce qu'il juge le plus évident et ferme par une clause qui récupère le reste.
La nafka mina est nulle : dans les deux textes, les huit sortes de cabanes sont kachères. Le rendement du passage est ailleurs, et il est considérable -- il établit qu'une soukka ne tire sa validité ni de l'identité de son constructeur, ni de la permanence de sa structure, mais uniquement du fait qu'elle ait été couverte pour donner de l'ombre.
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).