Taanit 10a — La terre d'Israël arrosée en premier, et le calendrier de la demande de pluie

Taanit 10a

Sougya : Le début du folio achève la sougya aggadique sur l'origine de l'eau : une baraita pose que la terre d'Israël a été créée la première, qu'elle est arrosée par le Saint béni soit-Il Lui-même alors que le reste du monde l'est par un envoyé, et qu'elle boit la pluie tandis que le reste du monde boit le résidu. La guemara revient ensuite au débat de Rabbi Eliezer et Rabbi Yehochoua de 9b : d'où sait-on que les eaux de l'océan sont adoucies dans les nuées ?

De la lecture croisée de deux versets parallèles, hechkhat mayim et hachrat mayim, dont on tire hakhcharat, la mise en état. Viennent une série de proportions — le monde boit du résidu du jardin d'Éden, et l'échelle des soixantièmes qui va de l'Égypte au Guehinam — puis l'éloge de Bavel, riche parce qu'elle moissonne sans pluie.

La seconde moitié du folio est halakhique : la michna fixe au trois mar'hechvan la demande de pluie, Rabban Gamliel au sept, et la guemara tranche pour lui, tout en retenant pour l'exil le compte de Hanania, soixante jours de la tekoufa, avec la discussion sur le statut du soixantième jour. Une seconde michna ouvre le régime des jeûnes : les yehidim jeûnent à partir du dix-sept mar'hechvan, le beit din décrète sur le public à roch hodech kislev.

Le circuit de l'eau selon le folio Eaux d'en haut suspendues par la parole Eaux de l'océan salées, impropres Les nuées hakhcharat : mise en état les eaux y sont adoucies Terre d'Israël arrosée par Lui-même boit la pluie, et en premier Job 5,10 : sur la face de la terre Reste du monde arrosé par un envoyé boit le tamtsit, et en dernier et envoie les eaux sur les champs Image de la michna : celui qui pétrit le fromage prend la partie comestible et laisse le déchet — l'essentiel d'abord, le reste ensuite
De l'océan aux nuées, des nuées à la terre : ordre et qualité de l'eau reçue.
Calendrier : demande de pluie et premiers jeûnes 22 tichri fin de la fête 3 mar'hechvan tana kama : on demande la pluie 7 mar'hechvan Rabban Gamliel, 15 jours après la fête — halakha le dernier atteint le Perat 17 mar'hechvan les yehidim commencent 3 jeûnes 1 kislev le beit din décrète 3 jeûnes sur le public En exil (Bavel) : Hanania — soixante jours de la tekoufa halakha comme Hanania (Chemouel) ; terre basse, moins besoin de pluie Rav Papa : le 60e jour compte comme après les soixante — on mentionne dès ce jour
Les deux calendriers du folio : celui de la michna en terre d'Israël, celui de Hanania en exil.
Plan du folio 1. Aggada de l'eau terre d'Israël créée et arrosée la première hakhcharat dans les nuées le résidu du gan Éden, l'échelle des soixantièmes la richesse de Bavel 2. Michna I quand demande-t-on la pluie ? 3 mar'hechvan ou 7 mar'hechvan motif : le retour des pèlerins 3. Guemara I halakha comme Rabban Gamliel en exil : 60 jours de la tekoufa statut du 60e jour : Rav contre Chemouel 4. Michna II la pluie n'est pas venue : on jeûne yehidim = les maîtres lundi, jeudi, lundi jeûne léger : on mange la nuit tombée Du don de la pluie à la demande de la pluie, puis à la réaction quand elle manque.
Les quatre blocs du folio, de l'aggada de l'eau au régime des jeûnes.
1
בִּבְרִייָּתוֹ שֶׁל עוֹלָם.

Au moment de la création du monde.

📜 Rachi (1)
בִּבְרִייָּתוֹ שֶׁל עוֹלָם כְּתִיב שֶׁהָיָה כָּל הָעוֹלָם שָׁטוּף בַּמַּיִם והקב"ה כּוֹנְסָן בְּמָקוֹם אֶחָד כְּמַכְנִיס מַיִם בְּנֹאד שֶׁנְּתָנָם בְּאוֹצָרוֹת דִּכְתִיב נֹותֵן בְּאוֹצְרוֹת תְּהוֹמוֹת שָׂם חוֹל גְּבוּלוֹ וְאוֹצֵר לַיָּם:
Au moment de la création du monde — le verset est écrit au sujet de la création du monde, quand le monde entier était recouvert d'eau et que le Saint béni soit-Il les rassemblait en un seul lieu, comme on verse de l'eau dans une outre ; Il les a placées dans des réserves, ainsi qu'il est écrit : « Il met dans des réserves les abîmes » ; Il a fixé le sable pour limite à la mer, et une réserve pour elle.
💡 Explication

Ces trois mots achèvent la réponse commencée en 9b. Le verset invoqué là ne décrit pas l'ordre habituel des pluies, il parle de la création du monde, quand toute la terre était recouverte d'eau.

Rachi rattache cette lecture aux versets qui décrivent le rassemblement des eaux dans des réserves (otsarot) et la limite de sable posée à la mer. L'argument tiré du verset tombe donc, puisqu'il porte sur un état initial et non sur le régime ordinaire de la pluie.

2
תָּנוּ רַבָּנַן: אֶרֶץ יִשְׂרָאֵל נִבְרֵאת תְּחִילָּה וְכָל הָעוֹלָם כֻּולּוֹ נִבְרָא לְבַסּוֹף, שֶׁנֶּאֱמַר: ״עַד לֹא עָשָׂה אֶרֶץ וְחוּצוֹת״. אֶרֶץ יִשְׂרָאֵל מַשְׁקֶה אוֹתָהּ הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא בְּעַצְמוֹ, וְכָל הָעוֹלָם כֻּולּוֹ עַל יְדֵי שָׁלִיחַ, שֶׁנֶּאֱמַר: ״הַנֹּתֵן מָטָר עַל פְּנֵי אָרֶץ וְשֹׁלֵחַ מַיִם עַל פְּנֵי חוּצוֹת״.

Nos maîtres ont enseigné : la terre d'Israël a été créée en premier et le monde entier a été créé en dernier, ainsi qu'il est dit : « alors qu'Il n'avait pas encore fait la terre ni les champs » (Michle 8, 26). La terre d'Israël, le Saint béni soit-Il l'arrose Lui-même, et le monde entier est arrosé par un envoyé, ainsi qu'il est dit : « Celui qui donne la pluie sur la face de la terre et envoie les eaux sur la face des champs » (Iyov 5, 10).

📜 Rachi (1)
עַל פְּנֵי אֶרֶץ א"י:
Sur la face de la terre — la terre d'Israël.
🪔 Ben Yehoyada (1)
אֶרֶץ יִשְׂרָאֵל נִבְרֵאת תְּחִלָּה, וְכָל הָעוֹלָם כֻּלּוֹ נִבְרָא לְבַסּוֹף. נִרְאֶה אַף עַל גַּב דְּאִיכָּא פְּלֻוגְתָּא חַד אָמַר עוֹלָם מֵאֶמְצָעִיתוֹ נִבְרָא וְחַד אָמַר מִצְּדָדִין נִבְרָא הַאי בָּרַיְיתָא אָתְייָא גַּם לְמָאֵן דְּאָמַר מִצְּדָדִין נִבְרָא כִּי לְכֻולֵּי עָלְמָא תְּחִלָּה נִבְרָא בְּכֹחַ דַּוְקָא וְאַחַר כָּךְ בְּפֹועַל וּמַאן דְּאָמַר מִצְּדָדִין נִבְרָא קָאֵי עַל בְּרִיאָתוֹ בְּפֹועַל כְּשֶׁנִּתְגַּשֵּׁם וְנִקְרַשׁ וּבִבְרִיאָתוֹ בְּכֹחַ הִתְחִיל מִן אֶרֶץ יִשְׂרָאֵל.
« La terre d'Israël a été créée en premier et le monde entier a été créé en dernier. » Il semble que, bien qu'il existe une divergence — l'un dit que le monde à été créé à partir de son centre, l'autre qu'il a été créé à partir de ses côtés — cette baraita s'accorde aussi avec celui qui dit qu'il a été créé à partir des côtés, car pour tous le monde à d'abord été créé en puissance (be-koah) et ensuite en acte (be-foal) ; et celui qui dit qu'il a été créé à partir des côtés parle de sa création en acte, lorsqu'il s'est matérialisé et s'est solidifié, tandis que dans sa création en puissance il a commencé par la terre d'Israël.
💡 Explication

La baraita énonce trois primautés de la terre d'Israël : dans l'ordre de la création, dans le mode de l'arrosage, et — au segment suivant — dans l'ordre et la qualité de l'eau reçue. Chacune est appuyée sur un verset lu de la même manière : erets, la terre, désigne la terre d'Israël, et houtsot, les champs du dehors, le reste du monde.

Le verset d'Iyov porte deux verbes : noten, Il donne, pour la terre d'Israël, et chole'ah, Il envoie, pour les champs. La différence de verbe porte toute la distinction entre un don direct et un don transmis par un envoyé.

3
אֶרֶץ יִשְׂרָאֵל שׁוֹתָה מֵי גְשָׁמִים, וְכָל הָעוֹלָם כֻּולּוֹ מִתַּמְצִית, שֶׁנֶּאֱמַר: ״הַנֹּתֵן מָטָר עַל פְּנֵי אָרֶץ וְגוֹ׳״. אֶרֶץ יִשְׂרָאֵל שׁוֹתָה תְּחִילָּה, וְכָל הָעוֹלָם כֻּולּוֹ לְבַסּוֹף, שֶׁנֶּאֱמַר: ״הַנֹּתֵן מָטָר עַל פְּנֵי אָרֶץ וְגוֹ׳״ — מָשָׁל לְאָדָם שֶׁמְּגַבֵּל אֶת הַגְּבִינָה, נוֹטֵל אֶת הָאֹוכֶל וּמַנִּיחַ אֶת הַפְּסֹולֶת.

La terre d'Israël boit l'eau de pluie, et le monde entier boit du résidu, ainsi qu'il est dit : « Celui qui donne la pluie sur la face de la terre, etc. ». La terre d'Israël boit en premier, et le monde entier en dernier, ainsi qu'il est dit : « Celui qui donne la pluie sur la face de la terre, etc. ».

Une comparaison : un homme qui pétrit le fromage prend la partie comestible et laisse le déchet.

📜 Rachi (2)
מִשִּׁיּוּרֵי תַּמְצִית מַה שֶׁנִּשְׁאַר בְּעָבִים אַחַר שְׁתִיַּית':
Du reste du résidu — ce qui demeure dans les nuées après que [la terre d'Israël] a bu.
בַּתְּחִילָּה שׁוֹתֶה שָׁם יוֹרְדִין הַגְּשָׁמִים תְּחִילָּה כָּךְ שָׁמַעְתִּי:
Elle boit en premier — c'est là que les pluies descendent d'abord ; ainsi l'ai-je entendu.
🪔 Ben Yehoyada (1)
ארץ ישראל שותה בתחלה, וכל העולם כלו בסוף. הקשה גבורות ארי ז"ל, למה נקיט האי חלוקה? כי זה נכלל ונשמע מחלוקה דאחריה דקאמר 'ארץ ישראל שותה מי־גשמים וכל העולם מתמצית' ואם כן מוכרח דארץ ישראל שותה תחלה! עיין שם. ונראה לי בס"ד דמה שאמר ארץ ישראל שותה מי־גשמים וכל העולם מתמצית, הכונה על פי מה שאמרו לעיל (תהלים סה, י) 'פלג אלקים מלא מים' כעין קובה יש ברקיע שממנה גשמים יוצאין, ואמרינן נמי לעיל תניא מים העליונים במאמר הם תלויים ופירותיהם מי גשמים, ופירש רש"י: פירותיהם כלומר מזיעת המים שאינן נחסרין כלום כדכתיב 'פלג אלקים מלא מים' כל שעה שהקרן קיימת תמיד ופירותיהם מי גשמים עיין שם. נמצא הגשמים הם מזיעה של מים עליונים וידוע כל נברא יש בו חלוקת פנים וחלוקת אחור וזיכוך חלק הפנים הוא רב עשר ידות על חלק האחור והזיעה של חלק הפנים דמים עליונים לוקחת ארץ ישראל וזו נקראת גשמים בסתם כי הם עיקר וזיעה של חלק האחור דמים עליונים קרי להו תמצית וזו לוקחת חוץ לארץ. ברם הא קשיא דהא מזדמן מקומות בחוץ לארץ דשותין מי גשמים קודם ארץ ישראל? ונראה לי בס"ד דאמרינן בגמרא דראש השנה (ראש השנה יז:) דפסיקת הגשמים לצורך השנה כולה של כל העולם תהיה בראש השנה במדה ומשקל כפי זכות הדור עיין שם, ולפי זה יש לומר דביום ראש השנה פוסק הקב"ה גשמים תחלה לארץ ישראל ואחר כך פסיקה שנית לצורך חוץ לארץ, והכי קאמר 'ארץ ישראל שותה תחלה' כלומר מן פסיקה ראשונה 'וחוץ לארץ לבסוף' רוצה לומר מן פסיקה האחרונה השניה ואין הכי נמי ירידת המטר על פני האדמה ירד לכל מקום בזמן הראוי לו.
« La terre d'Israël boit en premier, et le monde entier en dernier. » Le Guevourot Ari, de mémoire bénie, a demandé : pourquoi énoncer cette division ? Elle est déjà incluse dans la division qui suit, laquelle dit « la terre d'Israël boit l'eau de pluie et le monde entier le résidu » : s'il en est ainsi, il est forcé que la terre d'Israël boive en premier. Vois là. Il me semble, avec l'aide du Ciel, que ce qui est dit — la terre d'Israël boit l'eau de pluie et le monde le résidu — s'entend d'après ce qui a été rapporté plus haut : « le canal de D.ieu est plein d'eau » (Tehilim 65, 10), il y a au firmament comme une coupole d'où sortent les pluies ; et nous avons dit également plus haut, dans une baraita, que les eaux supérieures sont suspendues par la parole et que leurs fruits sont les eaux de pluie. Rachi explique : leurs fruits, c'est-à-dire la transpiration des eaux, lesquelles ne diminuent en rien, ainsi qu'il est écrit « le canal de D.ieu est plein d'eau » à toute heure, le capital demeurant intact, et leurs fruits sont les eaux de pluie. Vois là. Il ressort de là que les pluies proviennent de la transpiration des eaux supérieures. Or il est connu que toute créature comporte une part de face (panim) et une part de dos (a'hor), et que l'affinement de la part de face l'emporte dix fois sur celui de la part de dos. La transpiration de la part de face des eaux supérieures, c'est la terre d'Israël qui la prend, et c'est elle que l'on appelle simplement « pluies », car elles sont l'essentiel ; la transpiration de la part de dos des eaux supérieures, on la nomme « résidu » (tamtsit), et c'est elle que prend l'extérieur de la terre d'Israël. Mais voici une difficulté : il se trouve des lieux hors de la terre d'Israël qui boivent les eaux de pluie avant la terre d'Israël. Il me semble, avec l'aide du Ciel, que nous disons dans la guemara de Roch Hachana (17b) que la décision sur les pluies, pour toute l'année et pour le monde entier, se prend à Roch Hachana, en mesure et en poids, selon le mérite de la génération. Vois là. Selon cela, on peut dire qu'au jour de Roch Hachana le Saint béni soit-Il décide d'abord les pluies pour la terre d'Israël, puis prend une seconde décision pour les besoins de l'extérieur de la terre d'Israël. Et voici ce que dit le texte : « la terre d'Israël boit en premier », c'est-à-dire de la première décision, « et l'extérieur de la terre en dernier », c'est-à-dire de la seconde et dernière décision ; quant à la descente effective de la pluie sur la face du sol, elle descend en chaque lieu au temps qui lui convient.
💡 Explication

Deux énoncés distincts : l'un porte sur la qualité de l'eau — la pluie elle-même contre le tamtsit, le résidu resté dans les nuées — l'autre sur l'ordre, qui boit avant qui. Le même verset sert aux deux, lu une fois sur la différence entre donner et envoyer, une fois sur la succession des deux verbes.

La comparaison finale donne la logique de l'ensemble : celui qui pétrit le fromage sépare l'okhel, la partie comestible, de la pessolet, le déchet. La terre d'Israël reçoit l'essentiel, le reste va ailleurs.

4
אָמַר מַר: מְמַתְּקִין הֵן בְּעָבִים. מִנָּלֵיהּ? דְּאָמַר רַב יִצְחָק בַּר יוֹסֵף אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן, כְּתִיב: ״חֶשְׁכַת מַיִם עָבֵי שְׁחָקִים״, וּכְתִיב: ״חַשְׁרַת מַיִם עָבֵי שְׁחָקִים״.

Le maître a dit : elles sont adoucies dans les nuées. D'où le sait-il ?

De ce qu'a dit Rav Yits'hak bar Yossef au nom de Rabbi Yo'hanan : il est écrit « hechkhat mayim, ténèbre des eaux, nuées des cieux » (Tehilim 18, 12), et il est écrit « hachrat mayim, amas des eaux, nuées des cieux » (II Chemouel 22, 12).

📜 Rachi (1)
חַשְׁרַת מַיִם וְחֶשְׁכַת מַיִם שְׁנֵי מִקְרָאוֹת הֵן חַד בִּתְהִלִּים וְחַד בִּשְׁמוּאֵל בַּוְּיַדְבַּר דָּוִד:
Hachrat mayim et hechkhat mayim — ce sont deux versets, l'un dans les Tehilim et l'autre dans Chemouel, dans le cantique « Et David prononça ».
💡 Explication

La guemara reprend un membre de la baraita citée en 9b au nom de Rabbi Eliezer : les eaux salées de l'océan montent et sont adoucies dans les nuées. Reste à fonder cette affirmation sur un verset.

La preuve repose sur un fait textuel : le cantique de David figure deux fois, dans les Tehilim et dans Chemouel, avec une variante d'une seule lettre, hechkhat avec un kaf et hachrat avec un rech. Le segment suivant tire parti de cet écart.

5
שְׁקוֹל כָּף וּשְׁדִי אַרֵישׁ וּקְרִי בֵּיהּ ״חֲכַשְׁרָת״.

Prends le kaf et jette-le sur le rech, et lis : hakhcharat, la mise en état.

📜 Rachi (1)
ה"ג שְׁקוֹל כָּף וּשְׁדִי אַרֵישׁ כְּלוֹמַר קַח כַּף שֶׁבְּמִלַּת חֶשְׁכַת וְצָרְפוֹ עִם מִלַּת חַשְׁרַת וּקְרִי בֵּיהּ חֲכַשְׁרָת שֶׁמְּמַתְּקִין וּמַכְשִׁירִין בְּעָבִים:
Telle est la version : prends le kaf et jette-le sur le rech — c'est-à-dire prends le kaf du mot hechkhat et joins-le au mot hachrat, et lis hakhcharat : elles sont adoucies et rendues propres dans les nuées.
🗂️ Tossefot (1)
קְרִי בֵיהּ חֲכֶשְׁרַת. פִּי' הַטַּל הַכָּ"ף מִן חֶשְׁכַת וְשָׁדֵי עִם חַשְׁרַת וְיִהְיֶה חֲכֹשֶׁרֶת כְּלוֹמַר שֶׁהַמַּיִם בָּעֲנָנִים מִתְכַּשְּׁרִים שֶׁהָעֲנָנִים שׁוֹתִים לְבַסּוֹף הֵם מִמַּתְּקִים בְּעָבִים:
Lis hakhcharat — explication : ôte le kaf de hechkhat et jette-le avec hachrat, et cela donne hakhcharat, c'est-à-dire que les eaux sont rendues propres dans les nuages : les nuages qui boivent en dernier, ce sont eux qui adoucissent dans les nuées.
💡 Explication

Le procédé est une lecture combinée de deux versions d'un même verset. On emprunte le kaf à hechkhat, on l'insère dans hachrat, et le mot obtenu est hakhcharat, de la racine kacher : rendre propre, mettre en état.

Le verset se lit alors : la mise en état des eaux se fait dans les nuées des cieux. C'est la source demandée pour l'affirmation de Rabbi Eliezer sur l'adoucissement de l'eau de mer.

🖼️ Schéma
Deux versets parallèles, une lettre d'écart Tehilim 18, 12 HeCH-KH-aT mayim ténèbre des eaux — avec kaf II Chemouel 22, 12 HaCH-R-aT mayim amas des eaux — avec rech on déplace le kaf HaKH-CHa-RaT mayim la mise en état des eaux dans les nuées
Le kaf du premier verset porte sur le rech du second : la lecture hakhcharat.
6
וְרַבִּי יְהוֹשֻׁעַ, בְּהָנֵי קְרָאֵי מַאי דָּרֵישׁ בְּהוּ? סָבַר לַהּ כִּי הָא דְּכִי אֲתָא רַב דִּימִי אֲמַר, אָמְרִי בְּמַעֲרָבָא: נְהוֹר עַנְנֵי — זְעִירִין מוֹהִי. חֲשׂוּךְ עֲנָנִי — סַגְיִין מוֹהִי.

Et Rabbi Yehochoua, que déduit-il de ces versets ? Il tient comme ce qu'a rapporté Rav Dimi lorsqu'il est arrivé : on dit en Occident, en terre d'Israël : nuées claires, peu d'eau ; nuées sombres, beaucoup d'eau.

📜 Rachi (2)
חָשׁוּךְ עַנְנֵי סַגִּיאִין מִיַּמּוֹהִי וְהַייְנוּ דִּכְתִיב חֶשְׁכַת מַיִם:
Nuées sombres, beaucoup d'eau — et c'est ce qui est écrit : hechkhat mayim, ténèbre des eaux.
נְהוֹר עַנְנֵי כְּשֶׁהֶעָנָן קְלִישׁ זְעִירָן מִיַּמּוֹהִי וּמִכְּלַל חָשׁוּךְ סַגִּיאִין אַתָּה לָמֵד אֲבָל נְהוֹר זְעִירִין וְחַשְׁרַת לְשׁוֹן הִשְׁרָה כְּמוֹ אֵין שׁוֹרִין דְּיוֹ (שַׁבָּת דַּף יז:) כו' כְּדִדְרִישׁ לֵיהּ רַבִּי יְהוֹשֻׁעַ לְעֵיל אֲבָל חֶשְׁכַת מִיבְּעֵי לֵיהּ לְהָכֵי וּלְהָכֵי:
Nuées claires — quand le nuage est mince, ses eaux sont peu abondantes ; et de « sombres, abondantes » tu apprends par implication « claires, peu abondantes ». Quant à hachrat, c'est un terme de trempage, comme « on ne fait pas tremper l'encre » (Chabbat 17b), etc., ainsi que Rabbi Yehochoua l'a exposé plus haut ; mais hechkhat, il en a besoin pour l'un et pour l'autre.
💡 Explication

Rabbi Yehochoua, qui tient que la pluie vient des eaux supérieures, n'a pas besoin de la lecture hakhcharat. Il lit les deux versets séparément : hechkhat, la ténèbre, décrit la couleur du nuage, et hachrat, selon Rachi, vient de la racine chara, tremper.

L'observation rapportée de terre d'Israël fournit la clé : la teinte du nuage indique la quantité d'eau qu'il porte. Un nuage sombre est chargé ; un nuage clair est mince. Les deux versets décrivent alors un même phénomène sous deux aspects.

7
כְּמַאן אָזְלָא הָא דְּתַנְיָא: מַיִם הָעֶלְיוֹנִים בְּמַאֲמָר הֵם תְּלוּיִם, וּפֵירוֹתֵיהֶן מֵי גְּשָׁמִים, שֶׁנֶּאֱמַר: ״מִפְּרִי מַעֲשֶׂיךָ תִּשְׂבַּע הָאָרֶץ״, כְּמַאן — כְּרַבִּי יְהוֹשֻׁעַ. וְרַבִּי אֱלִיעֶזֶר: הַהוּא, בְּמַעֲשֵׂה יָדָיו שֶׁל הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא הוּא דִּכְתִיב.

Selon qui va cet enseignement : les eaux supérieures sont suspendues par la parole, et leurs fruits sont les eaux de pluie, ainsi qu'il est dit : « du fruit de Tes œuvres la terre se rassasie » (Tehilim 104, 13) ? Selon qui ?

Selon Rabbi Yehochoua. Et Rabbi Eliezer ?

Ce verset-là est écrit au sujet de l'œuvre des mains du Saint béni soit-Il.

📜 Rachi (2)
בְּמַאֲמַר הֵן תְּלוּיָן אֵינָן נָחוֹת עַל שׁוּם דָּבָר אֶלָּא מְכֻונָּסוֹת וְעוֹמְדוֹת כְּמִין בְּרִיכָה וּתְלוּיוֹת בְּמַאֲמָרוֹ שֶׁל הקב"ה:
Suspendues par la parole — elles ne reposent sur rien, mais sont rassemblées et se tiennent comme une sorte de bassin, suspendues par la parole du Saint béni soit-Il.
וּפֵירוֹתֵיהֶן מֵי גְּשָׁמִים מִשּׁוּם לִישָּׁנָא דִּקְרָא נְקַט הָכִי מִשּׁוּם דִּכְתִיב מִפְּרִי מַעֲשֶׂיךָ תִּשְׂבַּע הָאָרֶץ וּפֵירוֹתֵיהֶם כְּלוֹמַר מִזֵּיעַת הַמַּיִם שֶׁאֵין נֶחְסָרִין כְּלוּם כְּדִכְתִיב (תְּהִילִּים ס״ה:י׳) פֶּלֶג אֱ-לֹהִים מָלֵא מָיִם כָּל שָׁעָה וְהַקֶּרֶן קַיֶּימֶת וּפֵירוֹתֵיהֶן מֵי גְּשָׁמִים וְכֵן מְפֹורָשׁ בִּבְרֵאשִׁית רַבָּה:
Et leurs fruits sont les eaux de pluie — c'est à cause du langage du verset qu'il s'exprime ainsi, puisqu'il est écrit « du fruit de Tes œuvres la terre se rassasie ». Leurs fruits, c'est-à-dire la transpiration des eaux, lesquelles ne diminuent en rien, ainsi qu'il est écrit « le canal de D.ieu est plein d'eau » (Tehilim 65, 10) à toute heure, le capital demeurant intact ; et leurs fruits sont les eaux de pluie. Ainsi est-ce expliqué dans le Berechit Rabba.
💡 Explication

La baraita fait de la pluie le fruit des eaux supérieures : le capital reste intact et seul son produit descend. Cette image suppose que la pluie vient d'en haut, ce qui est la position de Rabbi Yehochoua.

Rabbi Eliezer, qui fait monter l'eau de l'océan, ne peut lire le verset ainsi : il le rapporte à l'œuvre des mains du Saint béni soit-Il en général, et non aux eaux supérieures en particulier. Le verset cesse alors d'être une objection.

8
אָמַר רַבִּי יְהוֹשֻׁעַ בֶּן לֵוִי: כָּל הָעוֹלָם כֻּולּוֹ מִתַּמְצִית גַּן עֵדֶן הוּא שׁוֹתֶה, שֶׁנֶּאֱמַר: ״וְנָהָר יֹצֵא מֵעֵדֶן וְגוֹ׳״, תְּנָא: מִתַּמְצִית בֵּית כֹּור שׁוֹתֶה תַּרְקַב.

Rabbi Yehochoua ben Levi a dit : le monde entier boit du résidu du jardin d'Éden, ainsi qu'il est dit : « un fleuve sortait d'Éden, etc. » (Berechit 2, 10). Il a été enseigné : du résidu d'un beit kor, un terkav boit.

📜 Rachi (2)
וּנְהַר יוֹצֵא מְעַדֵּן סִימָן לַדָּבָר שֶׁגַּן עֵדֶן שׁוֹתֶה מִן הַגְּשָׁמִים תְּחִילָּה דִּכְתִיב וְנָהָר יֹוצֵא מֵעֵדֶן לְהַשְׁקוֹת אֶת הַגָּן וְגוֹ':
Un fleuve sortait d'Éden — c'est l'indice que le jardin d'Éden boit des pluies en premier, puisqu'il est écrit « un fleuve sortait d'Éden pour arroser le jardin, etc. ».
תָּנָא מִתַּמְצִית בֵּית כֹּור כְּלִי שֶׁמַּשְׁקִין בְּמֵימָיו בֵּית כּוֹר יְכוֹלִין לְהַשְׁקוֹת בְּתַמְצִיתוֹ שִׁיעוּר זְרִיעַת תַּרְקַב שֶׁהוּא אֶחָד מִשִּׁשִּׁים בְּבֵית כּוֹר וְהָכִי נָמֵי עוֹלָם אֶחָד מִשִּׁשִּׁים בְּגַן עֵדֶן וְדַי לוֹ בְּתַמְצִית הָעֲנָנִים הַמַּשְׁקִין אֶת הַגַּן גַּן לִפְנֵי כָּל הָעוֹלָם כֻּולּוֹ כְּעֵדֶן לַגַּן:
Il a été enseigné : du résidu d'un beit kor — un récipient dont les eaux permettent d'arroser un beit kor peut, avec son résidu, arroser l'étendue d'un ensemencement d'un terkav, qui est un soixantième d'un beit kor. De même le monde est un soixantième du jardin d'Éden, et le résidu des nuées qui arrosent le jardin lui suffit : le jardin est au monde entier ce qu'Éden est au jardin.
💡 Explication

Même structure que plus haut, d'un cran plus loin : de même que le monde boit du résidu de la terre d'Israël, la terre entière boit du tamtsit du jardin d'Éden. Le verset de Berechit sert d'indice, puisque le fleuve part d'Éden et arrose le jardin avant de se diviser.

La baraita donne le rapport chiffré. Le beit kor est la surface que l'on ensemence avec un kor, le terkav celle que l'on ensemence avec un demi-sea, soit un soixantième. Le résidu d'un champ arrosé suffit donc à un champ soixante fois plus petit : le monde entier est au jardin d'Éden ce que le terkav est au beit kor.

9
תָּנוּ רַבָּנַן: אֶרֶץ מִצְרַיִם הָוְיָא אַרְבַּע מֵאוֹת פַּרְסָה עַל אַרְבַּע מֵאוֹת פַּרְסָה, וְהוּא אֶחָד מִשִּׁשִּׁים בְּכוּשׁ, וְכוּשׁ — אֶחָד מִשִּׁשִּׁים בָּעוֹלָם, וְעוֹלָם — אֶחָד מִשִּׁשִּׁים בְּגַן, וְגַן — אֶחָד מִשִּׁשִּׁים לְעַדֵּן, וַעֲדָן — אֶחָד מִשִּׁשִּׁים לְגֵיהִנָּם, נִמְצָא כָּל הָעוֹלָם כֻּולּוֹ כְּכִיסּוּי קְדֵרָה לְגֵיהִנָּם. וְיֵשׁ אוֹמְרִים: גֵּיהִנָּם אֵין לָהּ שִׁיעוּר, וְיֵשׁ אוֹמְרִים: עֵדֶן אֵין לָהּ שִׁיעוּר.

Nos maîtres ont enseigné : le pays d'Égypte mesure quatre cents parsa sur quatre cents parsa, et il est un soixantième de Kouch ; Kouch est un soixantième du monde ; le monde est un soixantième du jardin ; le jardin est un soixantième d'Éden ; et Éden est un soixantième du Guehinam. Il se trouve que le monde entier est comme un couvercle de marmite pour le Guehinam.

Et certains disent : le Guehinam n'a pas de mesure ; et certains disent : Éden n'a pas de mesure.

📜 Rachi (1)
נִמְצָא כָּל הָעוֹלָם כְּכִיסּוּי קְדֵרָה הַקָּטָן כְּנֶגֶד הַקְּדֵרָה:
Il se trouve que le monde entier est comme un couvercle de marmite — le petit par rapport à la marmite.
💡 Explication

La baraita prolonge le rapport de un à soixante établi au segment précédent et en fait une échelle continue. L'Égypte, dont la taille est donnée en parsa, sert d'unité de départ parce qu'elle était connue de tous.

L'énoncé vise le dernier terme : le monde entier n'est qu'un couvercle de marmite au-dessus du Guehinam. Les deux avis rapportés ensuite retirent la mesure à l'un ou à l'autre des deux extrêmes, le Guehinam ou Éden, ce qui rompt l'échelle en son sommet.

🖼️ Schéma
L'échelle des soixantièmes Égypte 400 x 400 parsa Kouch le monde le jardin Éden Guehinam x 60 x 60 x 60 x 60 x 60 Conséquence : le monde entier est au Guehinam ce qu'un couvercle est à la marmite qu'il recouvre. Variantes : le Guehinam sans mesure, ou Éden sans mesure.
Chaque étage vaut soixante fois le précédent, de l'Égypte au Guehinam.
10
אָמַר רַבִּי אוֹשַׁעְיָא, מַאי דִכְתִיב: ״שֹׁכַנְתְּ עַל מַיִם רַבִּים רַבַּת אוֹצָרֹת״, מִי גָּרַם לְבָבֶל שֶׁיְּהוּ אוֹצְרוֹתֶיהָ מְלֵאוֹת בָּר, הֱוֵי אוֹמֵר: מִפְּנֵי שֶׁשּׁוֹכֶנֶת עַל מַיִם רַבִּים. אָמַר רַב: עַתִּירָה בָּבֶל דְּחָצְדָא בְּלָא מִיטְרָא. אָמַר אַבַּיֵּי: נְקִיטִינַן, טוֹבְעָנִי וְלָא יוֹבְשָׁנִי.

Rabbi Ochaya a dit : que signifie ce qui est écrit « toi qui demeures sur des eaux abondantes, riche en trésors » (Yirmeya 51, 13) ? Qu'est-ce qui a valu à Bavel que ses greniers soient pleins de blé ?

Dis : parce qu'elle demeure sur des eaux abondantes. Rav a dit : Bavel est riche, car elle moissonne sans pluie.

Abaye a dit : nous tenons pour règle : marécageuse plutôt que desséchée.

📜 Rachi (7)
שֹׁוכַנְתְּ עַל מַיִם רַבִּים רַבַּת אוֹצָרֹות בָּא קִצֵּךְ אַמַּת בִּצְעֵךְ:
Toi qui demeures sur des eaux abondantes — la suite du verset : « riche en trésors, ta fin est venue, la mesure de ton gain ».
שֶׁרַבּוּ אוֹצְרוֹתֶיהָ שֶׁקָּנוּ עֹושֶׁר:
Que ses trésors soient abondants — qu'ils aient acquis la richesse.
מַיִם רַבִּים שֶׁמַּשְׁקִין שְׂדוֹתֵיהֶן דְּבָבֶל עֲמֻוקִּים מִכָּל הָאֲרָצוֹת וּגְשָׁמִים מְטַפְטְפִין וְיוֹרְדִין שָׁם:
Des eaux abondantes — dont ils arrosent leurs champs, car les terres de Bavel sont plus basses que tous les pays, et les pluies s'y égouttent et y descendent.
עֲתִירָה בָּבֶל עֲשִׁירָה הִיא בָּבֶל שֶׁקּוֹצְרִין בָּהּ תְּבוּאָה בְּלֹא מָטָר שֶׁאֵינָן צְרִיכִים לִגְשָׁמִים:
Bavel est riche — Bavel est riche, car on y moissonne la récolte sans pluie, ses habitants n'ayant pas besoin des pluies.
נָקְטִינַן דְּהָכִי חֲצָדָא בָּבֶל בְּלָא מִיטְרָא:
Nous tenons — qu'il en est bien ainsi : Bavel moissonne sans pluie.
דְּטוֹבְעָנִי הִיא מְקוֹם מְצוּלָה וּרְקָק:
Marécageuse — c'est un lieu de fonds d'eau et de flaques.
וְלָא יוֹבְשָׁנִי שֶׁאֵינָהּ יְבֵשָׁה:
Et non desséchée — qu'elle ne soit pas sèche.
🗂️ Tossefot (1)
טוֹבְעָנִי וְלָא יוֹבְשָׁנִי. פִּי' מוּטָב לִהְיוֹת בָּאָרֶץ שֶׁהִיא לַחָה מִכְּשֶׁהִיא יְבֵשָׁה:
Marécageuse plutôt que desséchée — explication : mieux vaut se trouver dans une terre humide que dans une terre sèche.
💡 Explication

Dernier volet de la sougya sur l'eau, tourné vers Bavel. Le verset de Yirmeya, qui annonce pourtant sa chute, sert ici à expliquer sa prospérité : elle tient à sa position sur les eaux abondantes, le Hidekel et le Perat.

Rav en tire une conséquence agricole : Bavel moissonne sans pluie, elle n'est pas suspendue à la saison. Abaye formule la règle générale — mieux vaut une terre tove'ani, marécageuse, qu'une terre yevechani, desséchée. Cette remarque prépare la michna : la dépendance à la pluie n'est pas la même partout, et la date de la demande en dépend.

11
מַתְנִי׳ בִּשְׁלֹשָׁה בְּמַרְחֶשְׁוָן שׁוֹאֲלִין אֶת הַגְּשָׁמִים. רַבָּן גַּמְלִיאֵל אוֹמֵר: בְּשִׁבְעָה בּוֹ, חֲמִשָּׁה עָשָׂר יוֹם אַחַר הֶחָג. כְּדֵי שֶׁיַּגִּיעַ אַחֲרוֹן שֶׁבְּיִשְׂרָאֵל לִנְהַר פְּרָת.

MICHNA. Le trois mar'hechvan on demande les pluies.

Rabban Gamliel dit : le sept du mois, soit quinze jours après la fête, afin que le dernier des Juifs atteigne le fleuve Perat.

📜 Rachi (2)
מַתְנִי' בִּשְׁלֹשָׁה בְּמַרְחֶשְׁוָן שׁוֹאֲלִין אֶת הַגְּשָׁמִים וְכוּ' רַבָּן גַּמְלִיאֵל אוֹמֵר בְּשִׁבְעָה בּוֹ בט"ו יוֹם אַחַר הֶחָג כְּלוֹמַר בְּשִׁבְעָה בְּמַרְחֶשְׁוָן הוּא ט"ו אַחַר הֶחָג:
Michna : « Le trois mar'hechvan on demande les pluies, etc. Rabban Gamliel dit : le sept du mois, quinze jours après la fête » — c'est-à-dire que le sept mar'hechvan est le quinzième jour après la fête.
כְּדֵי שֶׁיַּגִּיעַ הָאַחֲרוֹן כְּלוֹמַר קֹודֶם בִּיאַת מַיִם לַנָּהָר פְּרָת שֶׁהוּא רָחוֹק יוֹתֵר:
Afin que le dernier atteigne — c'est-à-dire avant la venue des eaux, qu'il atteigne le fleuve Perat, qui est le plus éloigné.
⚖️ Rosh (1)
מַתְנִי' בִּשְׁלֹשָׁה בְּמַרְחֶשְׁוָן שׁוֹאֲלִין אֶת הַגְּשָׁמִים. ר' גַּמְלִיאֵל אוֹמֵר בַּז' בּוֹ חֲמִשָּׁה עָשָׂר יוֹם אַחַר הֶחָג כְּדֵי שֶׁיַּגִּיעַ אַחֲרוֹן שֶׁבְּיִשְׂרָאֵל לִנְהַר פְּרָת: גְּמ' אָמַר ר"א הֲלָכָה כְּרַבָּן גַּמְלִיאֵל. תַּנְיָא חֲנַנְיָא אוֹמֵר וּבַגּוֹלָה שִׁשִּׁים יוֹם בַּתְּקוּפָה. אִיבַּעְיָא לְהוּ יוֹם שִׁשִּׁים כְּלִפְנֵי שִׁשִּׁים אוֹ כִּלְאַחַר שִׁשִּׁים וְאַסִּיקְנָא אָמַר רַב פָּפָּא הִלְכְתָא יוֹם שִׁשִּׁים כִּלְאַחַר שִׁשִּׁים. כָּתַב רַבֵּינוּ אֲבִי הָעֶזְרִי זַ"ל דְּבַיְּרוּשַׁלְמִי אִיתָא דְּהָנָךְ שִׁשִּׁים יוֹם מָנֵינַן לְהוּ מֵעֵת לְעֵת אַחַר נְפִילַת הַתְּקוּפָה. פְּעָמִים מַתְחִילִין בַּיּוֹם פְּעָמִים מַתְחִילִין בַּלַּיְלָה. וְלֹא נָהֲגוּ כֵּן. וְתָמֵהַּ אֲנִי לָמָּה אָנוּ נוֹהֲגִין כִּבְנֵי גּוֹלָה בְּהָא. נְהִי דְּהַשַּׁ"ס שֶׁלָּנוּ בַּבְלִי מ"מ דָּבָר הַתָּלוּי בָּאָרֶץ אִם בָּבֶל הָיְתָה מְצוּלַת מַיִם וְלֹא הָיוּ צְרִיכוֹת לַמַּיִם כָּל הָאֲרָצוֹת צְרִיכִין לְמַיִם בְּמַרְחֶשְׁוָן לָמָּה נְאַחֵר הַשְּׁאֵלָה עַד שִׁשִּׁים לִתְקוּפָה. וְהַדָּבָר יָדוּעַ אִם לֹא הָיָה מָטָר יוֹרֵד עַד שִׁשִּׁים לִתְקוּפָה הָיָה הַזֶּרַע אָבַד וְלָמָּה לֹא נַעֲשָׂה כְּמִשְׁנָתֵנוּ. וּבִפְרוּבִינְצָא רָאִיתִי שֶׁהָיוּ שׁוֹאֲלִין אֶת הַגְּשָׁמִים בְּמַרְחֶשְׁוָן וְיָשָׁר מְאֹד בְּעֵינַי:
Michna : « Le trois mar'hechvan on demande les pluies. Rabban Gamliel dit : le sept du mois, quinze jours après la fête, afin que le dernier des Juifs atteigne le fleuve Perat. » Guemara : Rabbi Elazar a dit : la halakha est comme Rabban Gamliel. Il a été enseigné : Hanania dit : et en exil, soixante jours de la tekoufa. On a demandé : le soixantième jour est-il comme avant les soixante ou comme après les soixante ? Et nous avons conclu : Rav Papa a dit : la halakha est que le soixantième jour est comme après les soixante. Notre maître l'auteur du Avi haEzri, de mémoire bénie, a écrit que dans le Yerouchalmi il est dit que ces soixante jours, on les compte d'heure à heure (me-et le-et) après la chute de la tekoufa : parfois on commence de jour, parfois on commence de nuit. Mais tel ne fut pas l'usage. Et je m'étonne : pourquoi suivons-nous en cela l'usage des gens de l'exil ? Certes notre Talmud est le Bavli, mais il s'agit là d'une chose qui dépend du pays : quand bien même Bavel serait un fonds d'eaux et n'aurait pas besoin d'eau, tous les autres pays ont besoin d'eau des mar'hechvan — pourquoi retarderions-nous la demande jusqu'au soixantième jour de la tekoufa ? Et la chose est connue : si la pluie ne descendait pas avant le soixantième jour de la tekoufa, la semence serait perdue. Pourquoi donc ne ferions-nous pas selon notre michna ? Et en Provence, j'ai vu qu'on demandait les pluies des mar'hechvan, et cela m'a paru très juste.
💡 Explication

La michna ouvre le second sujet du traité : la cheela, la demande de pluie insérée dans la bénédiction des années de la amida. Le tana kama fixe la date au trois mar'hechvan.

Rabban Gamliel repousse au sept, et il en donne la raison : les pèlerins montés à Jérusalem pour Soukkot rentrent chez eux, et le plus éloigné d'entre eux met quinze jours pour atteindre le Perat. On ne demande pas une pluie qui les surprendrait en chemin. La date dépend donc du confort des derniers voyageurs, et non du seul besoin agricole.

12
גְּמָ׳ אָמַר רַבִּי אֶלְעָזָר: הֲלָכָה כְּרַבָּן גַּמְלִיאֵל. תַּנְיָא, חֲנַנְיָה אוֹמֵר: וּבַגּוֹלָה, עַד שִׁשִּׁים בִּתְקוּפָה. אָמַר רַב הוּנָא בַּר חִיָּיא אָמַר שְׁמוּאֵל: הֲלָכָה כַּחֲנַנְיָה.

GUEMARA. Rabbi Elazar a dit : la halakha est comme Rabban Gamliel.

Il a été enseigné : Hanania dit : et en exil, jusqu'au soixantième jour de la tekoufa. Rav Houna bar Hiya a dit au nom de Chemouel : la halakha est comme Hanania.

📜 Rachi (1)
גְּמ' וּבַגּוֹלָה שִׁשִּׁים וּבַגּוֹלָה אֵין שׁוֹאֲלִין עַד שִׁשִּׁים בַּתְּקוּפָה לְפִי שֶׁהוּא מָקוֹם נָמוּךְ וְאֵין צְרִיכִים מָטָר כָּל כָּךְ:
Guemara : « Et en exil, soixante » — en exil, on ne demande qu'au soixantième jour de la tekoufa, parce que c'est un lieu bas qui n'a pas autant besoin de pluie.
💡 Explication

Deux décisions se superposent. Pour la terre d'Israël, la halakha suit Rabban Gamliel : le sept mar'hechvan. Pour l'exil, une baraita au nom de Hanania reporte la demande au soixantième jour de la tekoufa, l'équinoxe d'automne, et Chemouel tranche en ce sens.

Rachi donne la raison, dans le prolongement de l'éloge de Bavel plus haut : terre basse et humide, elle n'a pas le même besoin de pluie précoce. La date de la demande suit ainsi la nature du pays.

13
אֵינִי?! וְהָא בְּעוֹ מִינֵּיהּ מִשְּׁמוּאֵל: מֵאֵימַת מַדְכְּרִינַן ״וְתֵן טַל וּמָטָר״? אֲמַר לְהוּ: מִכִּי מְעַייְּלִי צִיבֵי לְבֵי טָבוּת רִישְׁבָּא! דִּילְמָא אִידֵּי וְאִידֵּי חַד שִׁיעוּרָא הוּא.

Est-ce ainsi ? Mais on a demandé à Chemouel : à partir de quand mentionne-t-on « donne rosée et pluie » ?

Il leur a répondu : à partir du moment où l'on rentre le bois chez Tavout le chasseur d'oiseaux ! Peut-être l'un et l'autre sont-ils une seule et même durée.

📜 Rachi (2)
מִכִּי מְעַייְּלִי צִיבֵי לְבֵי טָבוּת רִישְׁבָּא מִשָּׁעָה שֶׁמַּכְנִיסִין עֵצִים לְאוֹצָר לְצֹורֶךְ יְמוֹת הַגְּשָׁמִים שֶׁכֵּן הָיוּ נוֹהֲגִין לְפִי שֶׁהָיוּ יוֹדְעִין שֶׁזְּמַן גְּשָׁמִים הוּא מִשָּׁם וְאֵילָךְ וְלֹא הָיוּ יְכוֹלִין לַחְטֹוב עֵצִים בַּיַּעַר:
À partir du moment où l'on rentre le bois chez Tavout le richba — depuis l'heure où l'on rentre le bois en réserve pour les jours de pluie ; tel était leur usage, car ils savaient que le temps des pluies commençait alors et qu'ils ne pourraient plus couper du bois dans la forêt.
רִישְׁבָּא צַייָּד עוֹפוֹת כְּמוֹ אֵין פּוֹרְשִׁין רַשָּׁבִים לַיּוֹנִים (בּ"ק דַּף עט:) טָבוֹת שֵׁם אָדָם:
Richba — chasseur d'oiseaux, comme dans « on ne tend pas de filets pour les pigeons » (Bava Kama 79b) ; Tavout est un nom d'homme.
💡 Explication

Objection sur la cohérence de Chemouel : il tranche comme Hanania, qui donne une date astronomique, et il répond ailleurs par un signe local, le moment où l'on rentre le bois chez un habitant connu.

La réponse ne choisit pas entre les deux : les deux indications désignent le même moment. Le signe domestique est la manière concrète de dire aux gens ce que le compte des soixante jours énonce en termes de saison.

14
אִיבַּעְיָא לְהוּ: יוֹם שִׁשִּׁים, כְּלִפְנֵי שִׁשִּׁים אוֹ כִּלְאַחַר שִׁשִּׁים? תָּא שְׁמַע, רַב אָמַר: יוֹם שִׁשִּׁים כִּלְאַחַר שִׁשִּׁים, וּשְׁמוּאֵל אָמַר: יוֹם שִׁשִּׁים כְּלִפְנֵי שִׁשִּׁים.

On a demandé : le soixantième jour est-il comme avant les soixante ou comme après les soixante ? Viens et écoute : Rav dit : le soixantième jour est comme après les soixante ; et Chemouel dit : le soixantième jour est comme avant les soixante.

📜 Rachi (2)
כְּלִפְנֵי ס' וְלָא מַדְכְּרִינַן:
Comme avant les soixante — et l'on ne mentionne pas.
כִּלְאַחַר ס' וּמַדְכְּרִינַן:
Comme après les soixante — et l'on mentionne.
💡 Explication

Question de bord classique : la formule de Hanania dit soixante jours, mais le soixantième jour lui-même est-il dedans ou dehors ? Rachi traduit immédiatement l'enjeu pratique : selon la réponse, on mentionne ou non la pluie ce jour-là dans la amida.

15
אָמַר רַב נַחְמָן בַּר יִצְחָק: וְסִימָנָךְ עִלָּאֵי בָּעוּ מַיָּא, תַּתָּאֵי לָא בָּעוּ מַיָּא. אָמַר רַב פָּפָּא, הִלְכְתָא: יוֹם שִׁשִּׁים כִּלְאַחַר שִׁשִּׁים.

Rav Nahman bar Yits'hak a dit : et ton signe mnémotechnique est : ceux d'en haut ont besoin d'eau, ceux d'en bas n'ont pas besoin d'eau. Rav Papa a dit : la halakha est que le soixantième jour est comme après les soixante.

📜 Rachi (2)
עִילָּאֵי בָּעוּ מַיִם הָעוֹמְדִים בֶּהָרִים צְרִיכִין יוֹתֵר מַיִם מִפְּנֵי שֶׁהַגְּשָׁמִים מִתְגַּלְגְּלִים וְיוֹרְדִין לְמַטָּה:
Ceux d'en haut ont besoin d'eau — ceux qui se tiennent sur les montagnes ont davantage besoin d'eau, parce que les pluies roulent et descendent vers le bas.
תַּתָּאֵי לָא בָּעוּ מַיִם שֶׁמִּתְכַּנְּסִין כָּל מֵימֵי הֶהָרִים לְבִקְעָה ה"נ רַב שֶׁהָיָה מֵאֶרֶץ יִשְׂרָאֵל כִּדְאָמְרִינַן בְּעָלְמָא (גִּיטִּין דַּף ו.) מִכִּי אֲתָא רַב לְבָבֶל וְאֶרֶץ יִשְׂרָאֵל גְּבוֹהָה מִכָּל הָאֲרָצוֹת מִשּׁוּם הָכִי אָמַר כִּלְאַחַר שִׁשִּׁים וּבְבָבֶל בַּגּוֹלָה מִתּוֹךְ שֶׁאֵינָן צְרִיכִין לִגְשָׁמִים אֵין שׁוֹאֲלִין עַד ס' לִתְקוּפַת תִּשְׁרֵי וְכֵן אָנוּ נוֹהֲגִים שֶׁכָּל מִנְהָגֵינוּ אַחַר בְּנֵי בָּבֶל:
Ceux d'en bas n'ont pas besoin d'eau — car toutes les eaux des montagnes se rassemblent dans la vallée. De même ici : Rav venait de la terre d'Israël, comme nous disons ailleurs (Guitin 6a) « depuis que Rav est venu à Bavel », et la terre d'Israël est plus haute que tous les pays ; c'est pourquoi il a dit « comme après les soixante ». À Bavel, en exil, comme ils n'ont pas besoin des pluies, on ne demande qu'au soixantième jour de la tekoufa de tichri ; et tel est notre usage, car tous nos usages suivent ceux des gens de Bavel.
🗂️ Tossefot (1)
הִלְכְתָא יוֹם ס' כִּלְאַחַר ס'. וְכֵן עַמָּא דְּבַר וְיוֹם תְּקוּפָה מַתְחִיל:
La halakha est que le soixantième jour est comme après les soixante — et ainsi le peuple fait-il ; et le jour de la tekoufa ouvre le compte.
💡 Explication

Le siman de Rav Nahman bar Yits'hak sert à retenir qui dit quoi : ceux d'en haut ont besoin d'eau, ceux d'en bas n'en ont pas besoin. Rav, venu de la terre d'Israël, pays élevé, avance la demande en incluant le soixantième jour ; Chemouel, de Bavel, pays bas, la retarde.

Rav Papa tranche comme Rav : le soixantième jour est déjà du côté des soixante révolus, donc on mentionne la pluie ce jour-là. Tossefot ajoute la précision de comput : le jour de la tekoufa lui-même ouvre le compte.

🖼️ Schéma
Le statut du soixantième jour Rav le 60e jour est comme après les soixante on mentionne dès ce jour signe : ceux d'en haut ont besoin d'eau Rav vient de la terre d'Israël, terre haute Chemouel le 60e jour est comme avant les soixante on ne mentionne pas encore signe : ceux d'en bas n'ont pas besoin d'eau Chemouel vit à Bavel, terre basse Rav Papa : la halakha est comme Rav le 60e jour compte comme après les soixante
La mahloket, son signe mnémotechnique et la décision de Rav Papa.
16
מַתְנִי׳ הִגִּיעַ שִׁבְעָה עָשָׂר בְּמַרְחֶשְׁוָן וְלֹא יֵרְדוּ גְּשָׁמִים — הִתְחִילוּ הַיְּחִידִים מִתְעַנִּין שָׁלֹשׁ תַּעֲנִיּוֹת. אוֹכְלִין וְשׁוֹתִין מִשֶּׁחֲשֵׁיכָה, וּמֻותָּרִין בִּמְלָאכָה וּבִרְחִיצָה וּבְסִיכָה וּבִנְעִילַת הַסַּנְדָּל וּבְתַשְׁמִישׁ הַמִּטָּה. הִגִּיעַ רֹאשׁ חֹדֶשׁ כִּסְלֵיו וְלֹא יָרְדוּ גְּשָׁמִים — בֵּית דִּין גּוֹזְרִין שָׁלֹשׁ תַּעֲנִיּוֹת עַל הַצִּבּוּר. אוֹכְלִין וְשׁוֹתִין מִשֶּׁחֲשֵׁיכָה, וּמֻותָּרִין בִּמְלָאכָה וּבִרְחִיצָה וּבְסִיכָה וּבִנְעִילַת הַסַּנְדָּל וּבְתַשְׁמִישׁ הַמִּטָּה.

MICHNA. Si le dix-sept mar'hechvan est arrivé et que les pluies ne sont pas tombées, les individus commencent à jeûner trois jeûnes.

Ils mangent et boivent une fois la nuit tombée, et ils sont autorisés au travail, à la toilette, à l'onction, au port de la sandale et aux relations conjugales. Si le roch hodech kislev est arrivé et que les pluies ne sont pas tombées, le beit din décrète trois jeûnes sur la communauté.

On mange et on boit une fois la nuit tombée, et l'on est autorisé au travail, à la toilette, à l'onction, au port de la sandale et aux relations conjugales.

📜 Rachi (1)
מַתְנִי' הִגִּיעַ שִׁבְעָה עָשָׂר וְכוּ' אוֹכְלִין וְשׁוֹתִין מִשֶּׁחֲשֵׁיכָה שֶׁאֵין אוֹכְלִין מִבְּעוֹד יוֹם כְּיוֹם הַכִּפּוּרִים וְתִשְׁעָה בְּאָב:
Michna : « Si le dix-sept est arrivé, etc. » — ils mangent et boivent une fois la nuit tombée, car ils ne cessent pas de manger alors qu'il fait encore jour, comme à Yom Kippour et au neuf av.
⚖️ Rosh (1)
מַתְנֵי' הִגִּיעַ י"ז בְּמַרְחֶשְׁוָן וְלֹא יֵרְדוּ גְּשָׁמִים הִתְחִילוּ הַיְּחִידִים מִתְעַנִּין. אוֹכְלִין וְשׁוֹתִין מִשֶּׁחָשֵׁיכָה וּמֻותָּרִין בִּמְלָאכָה וּבִרְחִיצָה וּבְסִיכָה וּבִנְעִילַת הַסַּנְדָּל וּבְתַשְׁמִישׁ הַמִּטָּה:
Michna : « Si le dix-sept mar'hechvan est arrivé et que les pluies ne sont pas tombées, les individus commencent à jeûner. Ils mangent et boivent une fois la nuit tombée, et ils sont autorisés au travail, à la toilette, à l'onction, au port de la sandale et aux relations conjugales. »
💡 Explication

La michna passe de la demande de pluie à la réaction devant son absence, par paliers. Premier palier, dix jours après la date de Rabban Gamliel : les yehidim seuls jeûnent trois jours. Second palier, à roch hodech kislev : le beit din décrète trois jeûnes sur toute la communauté.

La michna insiste sur la légèreté de ces jeûnes. Ils ne commencent qu'au matin, si bien que l'on mange la nuit précédente, et les cinq interdits de Yom Kippour restent permis : travail, toilette, onction, sandale, relations conjugales. Les jeûnes plus sévères viendront plus loin dans le traité, quand la sécheresse s'aggrave.

17
גְּמ׳ מַאן ״יְחִידִים״? אָמַר רַב הוּנָא: רַבָּנָן. וְאָמַר רַב הוּנָא: יְחִידִים מִתְעַנִּין שָׁלֹשׁ תַּעֲנִיּוֹת, שֵׁנִי וַחֲמִישִׁי וְשֵׁנִי.

GUEMARA. Qui sont ces « individus » ?

Rav Houna a dit : les maîtres. Et Rav Houna a dit : les individus jeûnent trois jeûnes, lundi, jeudi et lundi.

💡 Explication

La guemara précise le terme yehidim de la michna : il ne désigne pas des volontaires quelconques, mais les rabbanan, ceux dont le rang impose de jeûner quand la communauté ne jeûne pas encore.

Rav Houna ajoute le calendrier de ces trois jours : lundi, jeudi, puis lundi suivant. C'est cet ajout que la guemara va interroger.

18
מַאי קָמַשְׁמַע לַן? תְּנֵינָא: אֵין גּוֹזְרִין תַּעֲנִית עַל הַצִּבּוּר בַּתְּחִילָּה בַּחֲמִישִׁי, שֶׁלֹּא לְהַפְקִיעַ אֶת הַשְּׁעָרִים, אֶלָּא שָׁלֹשׁ תַּעֲנִיּוֹת הָרִאשׁוֹנוֹת שֵׁנִי וַחֲמִישִׁי וְשֵׁנִי!

Que vient-il nous apprendre ? Nous l'avons déjà appris : on ne décrète pas de jeûne sur la communauté en commençant un jeudi, afin de ne pas faire flamber les prix ; les trois premiers jeûnes sont lundi, jeudi et lundi !

📜 Rachi (3)
גְּמ' מַאי קמ"ל הַאי דְּקָאָמַר שֵׁנִי וַחֲמִישִׁי וְשֵׁנִי:
Guemara : « Que vient-il nous apprendre ? » — ce qu'il dit : lundi, jeudi et lundi.
תְּנֵינָא בְּפִירְקִין דִּלְקַמָּן (תַּעֲנִית דַּף טו:) אֵין גּוֹזְרִין תַּעֲנִית כו' שֶׁלֹּא לְהַפְקִיעַ אֶת הַשְּׁעָרִים שֶׁאִם הָיוּ מַתְחִילִין לְהִתְעַנּוֹת בַּחֲמִישִׁי הָיוּ קוֹנִין לְמוֹצָאֵי הַתַּעֲנִית שְׁתֵּי סְעוּדוֹת גְּדוֹלוֹת אֶחָד לְתַעֲנִית וְאֶחָד לְשַׁבָּת וּכְסָבוּר הַמּוֹכֵר שֶׁרָעָב בָּא לָעוֹלָם וְאָתֵי לְאַפְקוֹעֵי שְׁעָרִים:
Nous l'avons déjà appris — dans le chapitre qui suit (Taanit 15b) : on ne décrète pas de jeûne, etc., afin de ne pas faire flamber les prix ; car s'ils commençaient à jeûner un jeudi, ils achèteraient à l'issue du jeûne deux grands repas, l'un pour la sortie du jeûne et l'autre pour chabbat, et le vendeur croirait que la famine vient sur le monde et en viendrait à faire flamber les prix.
אַפְּקוּעֵי מְבַטֵּל שִׁיעוּר מִדָּה הָרִאשׁוֹנָה וּמְמַעֲטָהּ:
Faire flamber — annuler la mesure première et la réduire.
🗂️ Tossefot (1)
אֵין גּוֹזְרִין תַּעֲנִית עַל הַצִּבּוּר בַּתְּחִילָּה בַּחֲמִישִׁי שֶׁלֹּא לְהַפְקִיעַ הַשְּׁעָרִים. פִּי' שע"י שֶׁעָשׂוּ הַצִּבּוּר תַּעֲנִית יִקְנוּ מָזוֹן שֶׁל חֲמִישִׁי וְשֶׁל שַׁבָּת וְכִסְבוּרִים הָעָם יֹוקֶר הִיא וְיַפְקִיעוּ הַשְּׁעָרִים:
On ne décrète pas de jeûne sur la communauté en commençant un jeudi, afin de ne pas faire flamber les prix — explication : parce que, du fait que la communauté jeûne, les gens achèteront la nourriture du jeudi et celle de chabbat, et l'on croira à la cherté et l'on fera flamber les prix.
💡 Explication

Objection : l'ordre lundi, jeudi, lundi est déjà enseigné dans une michna plus loin dans le traité. Son motif est économique — hafkaat chearim, la flambée des prix.

Rachi expose le mécanisme : un jeûne commencé un jeudi fait acheter, le soir venu, deux repas d'un coup, celui de la sortie du jeûne et celui de chabbat. Le marchand lit cette poussée d'achats comme le signe d'une famine et relève ses prix.

19
מַהוּ דְתֵימָא: הָנֵי מִילֵּי צִבּוּר, אֵבֶל יָחִיד לֹא, קָמַשְׁמַע לַן. תַּנְיָא נָמֵי הָכִי: כְּשֶׁהִתְחִילוּ הַיְּחִידִים לְהִתְעַנּוֹת, מִתְעַנִּין שֵׁנִי וַחֲמִישִׁי וְשֵׁנִי, וּמַפְסִיקִין בְּרָאשֵׁי חֳדָשִׁים

On aurait pu dire : cela ne vaut que pour la communauté, mais non pour l'individu ; il nous l'apprend. Ainsi est-il enseigné également : lorsque les individus ont commencé à jeûner, ils jeûnent lundi, jeudi et lundi, et ils interrompent aux roch hodech

📜 Rachi (2)
אֲבָל יְחִידִים לֹא שָׁלֹשׁ תַּעֲנִיּוֹת שֶׁהַיְּחִידִין עוֹשִׂין קֹודֶם לַצִּבּוּר אֵינָן זִקּוּקִין לְהַתְחִיל בִּשְׁנֵי דְּלֵיכָּא אַפְּקִיעַת שְׁעָרִים מִשּׁוּם יְחִידִים לְחוּדַייְהוּ וְהַלָּלוּ ג' תַּעֲנִיּוֹת דִּיחִידִים אֵינָן בִּכְלַל י"ג תַּעֲנִיּוֹת דְּצִבּוּר תֵּדַע דְּקָא חֲשִׁיב בְּמָתְנֵי' שָׁלֹשׁ וְשָׁלֹשׁ וְשֶׁבַע:
Mais non les individus — les trois jeûnes que les individus font avant la communauté n'ont pas à commencer un lundi, car il n'y a pas de flambée des prix à cause des seuls individus. Et ces trois jeûnes des individus ne sont pas compris dans les treize jeûnes de la communauté ; la preuve, c'est que notre michna compte trois, trois, puis sept.
וּמַפְסִיקִין בְּרָאשֵׁי חֳדָשִׁים שֶׁאִם חָל ר"ח בְּשֵׁנִי וּבַחֲמִישִׁי לְאַחַר שֶׁהִתְחִילוּ לְהִתְעַנּוֹת פּוֹסְקִין תַּעֲנִיתָם:
Et ils interrompent aux roch hodech — si roch hodech tombe un lundi ou un jeudi après qu'ils ont commencé à jeûner, ils interrompent leur jeûne.
💡 Explication

Réponse : le motif de la flambée des prix vaut pour un jeûne public, non pour quelques maîtres. On aurait donc pu penser que les yehidim sont libres de leur jour de départ. Rav Houna enseigne que l'ordre lundi, jeudi, lundi vaut aussi pour eux, et une baraita le confirme.

Rachi ajoute deux précisions de comptabilité : ces trois jeûnes n'entrent pas dans le total de treize jeûnes publics du traité — la michna compte trois, trois, puis sept — et ils s'interrompent devant un roch hodech, jour auquel on ne jeûne pas. La suite de la baraita se lit en 10b.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).