Sougya : Le folio s'ouvre sur la fin du récit commencé en 9a : Rav Papa, qui a été mis dans l'embarras par les trois élèves de Rava, s'entend réciter en rêve le verset des trois bergers retranchés, et prend congé d'eux comme d'un dernier adieu. Un second récit, celui de Rav Chimi bar Achi, montre l'élève qui renonce à ses objections après avoir entendu la prière de son maître.
La Guemara revient ensuite à la pluie : Rech Lakich tient lui aussi qu'elle descend pour un seul, et une baraita resserre la lecture du verset de Zekharia en trois étapes — pour un homme, pour un champ, pour une herbe — illustrées par le jardin de Rav Daniel bar Ketina. Vient une série de signes météorologiques : les porhot, nuée légère sous une nuée épaisse, et la bruine avant ou après la pluie, avec deux moyens mnémotechniques.
Deux récits d'Oulla à Bavel servent de contrepoint. La dernière partie du folio est la mahloket de Rabbi Eliezer et de Rabbi Yehochoua sur l'origine de l'eau de pluie : les eaux de l'océan qui montent en vapeur, ou les eaux supérieures que les nuées vont recueillir.
Trois versets sont ensuite partagés entre les deux positions.
On lui fit réciter en rêve : « Et je retranchai les trois bergers » (Zekharia 11, 8). Le lendemain, lorsqu'ils prirent congé de lui, il leur dit : que les maîtres aillent en paix.
La fin du récit ouvert en 9a. Trois élèves de Rava passent devant Rav Papa et se font des signes pour marquer que son enseignement ne vaut pas celui de leur maître. Rachi explique le verset du rêve dans ce sens : le Ciel veut les punir parce qu'ils lui causent de la honte, et le verset des trois bergers retranchés désigne les trois.
La formule d'adieu, li-chlama, est plus lourde qu'une politesse : Rav Papa croit prendre congé d'eux pour la dernière fois. Le Ben Yehoyada la lit dans l'autre sens, comme une intention de renverser le décret.
Rav Chimi bar Achi se tenait souvent devant Rav Papa, et il lui posait de très nombreuses objections. Un jour, il le vit tomber sur sa face ; il l'entendit dire : que le Miséricordieux me préserve de la honte que me cause Chimi.
Il prit sur lui le silence, et ne lui posa plus d'objection.
Même motif que le récit précédent, mais sans sanction. L'élève entend une prière qui ne lui était pas destinée et en tire la conséquence lui-même.
Le texte ne dit pas que les objections de Rav Chimi étaient mauvaises. Il dit qu'elles étaient nombreuses, et que le maître en souffrait. La Guemara place ces deux récits juste avant de reprendre la sougya de la pluie, sans les relier à elle.
Et Rech Lakich lui aussi tient que la pluie descend pour un seul, car Rech Lakich a dit : d'où sait-on que la pluie vient pour un seul ? De ce qu'il est écrit : « Demandez à Hachem la pluie au temps des dernières pluies ; Hachem fait les nuées éclatantes, Il leur donnera des averses de pluie, à chaque homme de l'herbe dans le champ » (Zekharia 10, 1).
Retour à la thèse de Rabbi Yo'hanan énoncée en 9a : matar bichvil yahid, la pluie descend pour un seul. Rech Lakich la partage, et lui donne un appui scripturaire propre.
Le verset de Zekharia se termine par une expression au singulier, le-ich essev ba-sadeh, à chaque homme de l'herbe dans le champ. C'est ce singulier, dans un verset qui parle par ailleurs au pluriel, qui porte toute la démonstration.
On aurait pu croire que c'est pour tous — le verset dit : « à l'homme ». Et il a été enseigné : si c'est « à l'homme », on aurait pu croire que c'est pour tous ses champs — le verset dit : « champ ».
Si c'est « champ », on aurait pu croire que c'est pour tout le champ — le verset dit : « herbe ».
La baraita procède par trois yakhol - talmoud lomar successifs. Chaque étape propose une lecture large, puis un mot du verset la resserre. Le mouvement va du peuple entier à une seule pousse.
Tossefot ajoute la conséquence que la baraita laisse implicite : la pluie tombe sur cette herbe et pas sur le reste du champ. Le miracle porte sur la délimitation, non sur la quantité.
Comme dans le cas de Rav Daniel bar Ketina, qui avait un certain jardin. Chaque jour il allait l'inspecter.
Il disait : cette planche a besoin d'eau, et cette planche n'a pas besoin d'eau. Et la pluie venait et arrosait partout où il fallait de l'eau.
L'illustration de la baraita, à l'échelle la plus fine possible. Le découpage ne se fait ni par région ni par champ, mais d'une planche de jardin à l'autre.
Le récit insiste sur l'inspection quotidienne : Rav Daniel bar Ketina sait de quoi chaque planche a besoin, et la pluie suit ce relevé.
Que signifie « Hachem fait des hazizim » ? Rabbi Yossi be-Rabbi Hanina a dit : cela enseigne que pour chaque juste, le Saint béni soit-Il fait un haziz à lui seul.
Que sont les hazizim ? Rav Yehouda a dit : des porhot.
Rabbi Yo'hanan a dit : un signe de pluie, ce sont les porhot. Que sont les porhot ?
Rav Papa a dit : une nuée légère sous une nuée épaisse.
La Guemara continue de lire le même verset de Zekharia. Le mot hazizim y est au pluriel, et Rabbi Yossi be-Rabbi Hanina y trouve la même idée que la baraita : une nuée par juste.
Rachi signale que la Guemara pose deux questions distinctes sur ce mot : d'abord pourquoi le pluriel, ensuite ce que désigne concrètement le terme. La réponse de Rav Papa est une description d'observation : deux couches de nuages, la légère sous l'épaisse.
Rav Yehouda a dit : une bruine avant la pluie — la pluie vient. Après la pluie — la pluie cesse.
Avant la pluie, la pluie vient, et ton signe est : le tamis. Après la pluie, la pluie cesse, et ton signe est : la crotte des chèvres.
Le même phénomène, la bruine, reçoit deux sens opposés selon sa place dans le temps. La Guemara donne donc deux moyens mnémotechniques, un pour chaque cas.
Rachi et Tossefot décrivent le tamis de deux manières inverses. Pour Rachi, la farine fine sort la première et le son grossier à la fin, ce qui colle directement à la bruine qui précède l'averse. Tossefot objecte que le procédé de leur temps faisait passer le son d'abord, et reconstruit le signe autrement.
Oulla arriva à Bavel. Il vit des porhot ; il leur dit : rentrez les récipients, car la pluie vient maintenant.
Finalement la pluie ne vint pas. Il dit : de même que les gens de Bavel mentent, ainsi leurs pluies mentent.
Le signe donné par Rav Papa vaut en Terre d'Israël et se révèle inopérant à Bavel. La Guemara enregistre la limite locale du signe.
Oulla formule sa déception par une comparaison qui vise les habitants. Le Ben Yehoyada cherche à quel mensonge précis il pense, et le rattache à la tsedaka promise et non donnée, cause de retenue des pluies enseignée plus haut dans la massekhet.
Oulla arriva à Bavel. Il vit un panier plein de dattes pour un zouz.
Il dit : un panier plein de miel pour un zouz, et les gens de Bavel ne s'occupent pas de Torah ! Dans la nuit, elles le firent souffrir.
Il dit : un panier plein de couteaux pour un zouz, et les gens de Bavel s'occupent de Torah !
Second récit d'Oulla à Bavel, construit sur le même retournement que le précédent. Il juge d'abord, puis l'expérience corrige son jugement et il le formule à l'envers.
Rachi explique le raisonnement initial : nourriture abondante et bon marché devrait libérer du temps pour l'étude. La nuit lui apprend le coût caché de cette abondance, et le mérite des habitants s'en trouve rehaussé.
Il a été enseigné : Rabbi Eliezer dit : le monde entier boit des eaux de l'océan, ainsi qu'il est dit : « et une vapeur montait de la terre et abreuvait toute la surface du sol » (Berechit 2, 6). Rabbi Yehochoua lui dit : mais les eaux de l'océan sont salées !
Il lui dit : elles sont adoucies dans les nuées.
Nouvelle sougya, qui occupe toute la fin du folio : l'origine physique de l'eau de pluie. Rabbi Eliezer tient les eaux d'en bas, celles de l'océan, qui montent en vapeur et retombent.
L'objection de Rabbi Yehochoua porte, selon Rachi, sur l'agriculture : l'eau salée ne fait pas pousser le grain. La réponse de Rabbi Eliezer, « elles sont adoucies dans les nuées », fait de la nuée un lieu de transformation et pas seulement de transport.
Rabbi Yehochoua dit : le monde entier boit des eaux supérieures, ainsi qu'il est dit : « c'est de la pluie du ciel qu'elle boit de l'eau » (Devarim 11, 11). Mais alors, comment est-ce que je maintiens « et une vapeur montait de la terre » ?
Cela enseigne que les nuées prennent force et montent au firmament, ouvrent leur bouche comme une outre et reçoivent les eaux de pluie, ainsi qu'il est dit : « car Il attire les gouttes d'eau, qui distillent la pluie de Sa vapeur » (Iyov 36, 27).
Position inverse : l'eau vient d'en haut. Le verset de Devarim 11, 11, qui décrit la Terre d'Israël buvant la pluie du ciel, sert d'appui.
Reste à rendre compte du verset de Berechit invoqué par Rabbi Eliezer. Rabbi Yehochoua renverse le sens du mouvement : la vapeur qui monte de la terre désigne les nuées qui montent chercher l'eau, non l'eau elle-même. L'image de l'outre qui ouvre la bouche décrit le remplissage.
Et elles sont percées comme un crible, et elles viennent répandre l'eau sur le sol, ainsi qu'il est dit : « amas d'eaux, nuées épaisses des cieux » (II Chemouel 22, 12). Et entre une goutte et l'autre il n'y a que l'épaisseur d'un cheveu, pour t'enseigner que le jour des pluies est aussi grand que le jour où furent créés les cieux et la terre.
La description se poursuit : la nuée percée comme un crible explique la pluie en gouttes séparées plutôt qu'en masse d'eau.
Le détail de l'épaisseur d'un cheveu entre deux gouttes porte la conclusion : des gouttes si proches restent pourtant distinctes. De là l'énoncé que le jour des pluies vaut le jour de la création, appuyé sur les versets du segment suivant.
ainsi qu'il est dit : « Il fait de grandes choses insondables » (Iyov 9, 10), et il est écrit : « Il donne la pluie sur la face de la terre » (Iyov 5, 10) ; et il est écrit plus loin : « Ne sais-tu pas, n'as-tu pas entendu ? D.ieu éternel, Hachem, Son intelligence est insondable » (Yechaya 40, 28) ; et il est écrit : « Il affermit les montagnes par Sa force, etc. » (Tehilim 65, 7).
La démonstration repose sur un mot répété. Ein heker, insondable, se dit du verset d'Iyov qui parle de la pluie, et du verset de Yechaya qui parle de la création du monde. Le rapprochement des deux emplois établit l'égalité annoncée au segment précédent.
Rachi note deux fois, ici et au segment précédent, que les mots « et il est dit : Il affermit les montagnes » ne figurent pas dans sa version du texte.
Selon qui se comprend ce qui est écrit : « Il abreuve les montagnes depuis Ses chambres hautes » (Tehilim 104, 13), à propos de quoi Rabbi Yo'hanan a dit : depuis les chambres hautes du Saint béni soit-Il ? Selon qui ?
Selon Rabbi Yehochoua.
La Guemara commence le partage des versets entre les deux positions. Ce verset des Tehilim, lu par Rabbi Yo'hanan, place l'origine de l'eau dans les chambres hautes, donc du côté de Rabbi Yehochoua.
Rachi précise l'apport exact de Rabbi Yo'hanan : le verset seul pourrait signifier que l'ordre part d'en haut alors que l'eau vient de l'océan. C'est Rabbi Yo'hanan qui tranche en faveur des eaux supérieures elles-mêmes.
Et Rabbi Eliezer ? Puisqu'elles montent là-haut, le verset les appelle « Il abreuve depuis Ses chambres hautes ».
Car si tu ne dis pas ainsi, « poussière et poudre depuis les cieux » (Devarim 28, 24), comment le trouves-tu ? Il faut donc dire que, puisqu'elle s'élève là-haut, on l'appelle « depuis les cieux ».
Ici aussi : puisqu'elles montent là-haut, on les appelle « depuis Ses chambres hautes ».
Rabbi Eliezer garde sa position en changeant la portée du mot. Un objet peut être nommé d'après le lieu où il passe, sans en tirer son origine.
La preuve est prise d'un verset des malédiction : la poussière venue des cieux. Personne ne pense que la poussière se forme dans le ciel ; elle y monte, et l'Écriture la nomme ainsi. Le même usage s'applique aux nuées et aux chambres hautes.
Selon qui se comprend ce qu'a dit Rabbi Hanina : « Il amasse comme une digue les eaux de la mer, Il met en réserve les abîmes » (Tehilim 33, 7) — qu'est-ce qui a fait que les réserves se remplissent de grain ? Les abîmes.
Selon Rabbi Eliezer. Et Rabbi Yehochoua ?
Celui-là
Second verset partagé, dans l'autre sens. Rabbi Hanina lit le mot otsarot, réserves, comme les greniers de grain, et attribue leur remplissage aux tehomot, les abîmes, c'est-à-dire les eaux d'en bas. Cette lecture convient à Rabbi Eliezer.
Le folio s'interrompt sur la question posée à Rabbi Yehochoua et le premier mot de sa réponse. La suite se lit en 10a.
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).