Taanit 9b — La pluie pour une seule herbe, les signes du ciel, et d'où vient l'eau qui tombe

Taanit 9b

Sougya : Le folio s'ouvre sur la fin du récit commencé en 9a : Rav Papa, qui a été mis dans l'embarras par les trois élèves de Rava, s'entend réciter en rêve le verset des trois bergers retranchés, et prend congé d'eux comme d'un dernier adieu. Un second récit, celui de Rav Chimi bar Achi, montre l'élève qui renonce à ses objections après avoir entendu la prière de son maître.

La Guemara revient ensuite à la pluie : Rech Lakich tient lui aussi qu'elle descend pour un seul, et une baraita resserre la lecture du verset de Zekharia en trois étapes — pour un homme, pour un champ, pour une herbe — illustrées par le jardin de Rav Daniel bar Ketina. Vient une série de signes météorologiques : les porhot, nuée légère sous une nuée épaisse, et la bruine avant ou après la pluie, avec deux moyens mnémotechniques.

Deux récits d'Oulla à Bavel servent de contrepoint. La dernière partie du folio est la mahloket de Rabbi Eliezer et de Rabbi Yehochoua sur l'origine de l'eau de pluie : les eaux de l'océan qui montent en vapeur, ou les eaux supérieures que les nuées vont recueillir.

Trois versets sont ensuite partagés entre les deux positions.

Plan du folio : quatre blocs 1. Fin des récits de 9a (segments 0-1) Rav Papa s'entend réciter en rêve : et je retranchai les trois bergers. Il prend congé des trois élèves. Rav Chimi bar Achi entend la prière de Rav Papa et prend sur lui de se taire. Fil commun : la honte causée au maître. 2. La pluie pour un seul (segments 2-4) Rech Lakich rejoint Rabbi Yo'hanan de 9a : la pluie descend pour un individu. Baraita : de l'homme au champ, du champ à l'herbe. Illustration : le jardin de Rav Daniel bar Ketina, arrosé planche par planche. 3. Lire le ciel (segments 5-8) Hazizim : une nuée par juste. Porhot = nuée légère sous une nuée épaisse. Nehila, la bruine : avant la pluie elle l'annonce, après la pluie elle la termine. Oulla à Bavel : le signe ne tient pas, et le panier de dattes à un zouz. 4. D'où vient la pluie (segments 9-15) Rabbi Eliezer : des eaux de l'océan, montées en vapeur et adoucies dans les nuées. Rabbi Yehochoua : des eaux supérieures, que les nuées montent recueillir. Trois versets sont ensuite attribués à l'une ou l'autre position.
Le folio passe du récit à la halakha de la pluie, puis des signes observables à la question de l'origine de l'eau.
Mahloket : d'où le monde boit-il ? Point discuté Rabbi Eliezer Rabbi Yehochoua Source de l'eau Les eaux de l'océan, en bas. Elles montent en vapeur et retombent. Les eaux supérieures, au-dessus du firmament. Verset d'appui Une vapeur montait de la terre et abreuvait toute la surface du sol (Berechit 2, 6). C'est de la pluie du ciel qu'elle boit de l'eau (Devarim 11, 11). Difficulté opposée L'eau de l'océan est salée, et rien ne pousse avec elle (Rachi). Que faire du verset une vapeur montait de la terre ? Réponse Elles sont adoucies dans les nuées avant de tomber. Les nuées montent au firmament et reçoivent l'eau comme une outre. Tehilim 104, 13 Ses chambres hautes Puisque les nuées montent là-haut, on les nomme d'après le haut. Verset lu au sens propre : l'eau vient bien d'en haut. Appui direct. Tehilim 33, 7 Les abîmes en réserve Appui direct : ce sont les abîmes, les eaux d'en bas, qui remplissent. Ce verset, il le lira autrement ; la réponse est en 10a.
Chacun tient un verset et doit rendre compte du verset de l'autre. Les deux dernières lignes sont le partage des versets aux segments 13 à 15.
Les signes du ciel enseignés dans le folio Porhot (les nuées volantes) nuée épaisse nuée légère, en dessous Définition de Rav Papa. Le Saint béni soit-Il fait un haziz pour chaque juste. Le signe ne vaut pas partout Oulla arrive à Bavel, voit des porhot et fait rentrer les récipients. Aucune pluie ne tombe. Sa conclusion vise les habitants avant la météo : comme les gens de Bavel mentent, leurs pluies mentent. Nehila, la bruine : sa place dans le temps décide de son sens bruine PUIS pluie = la pluie vient et durera signe : le tamis (mehoulta) pluie PUIS bruine = la pluie s'arrête signe : la crotte des chèvres Le tamis : Rachi et Tossefot ne décrivent pas le même geste Rachi : du tamis sort d'abord la farine fine, et à la fin le son grossier. Le fin précède. Tossefot : on pilait le blé au mortier, donc le son passe le premier et la fleur de farine ensuite ; le signe tient alors à l'ordre menu puis abondant, pas à la finesse elle-même.
Trois signes, et un désaccord des commentateurs sur la description même du tamis qui sert de moyen mnémotechnique.
1
אַקְרְיוּהָ בְּחֶלְמֵיהּ: ״וָאַכְחִד אֶת שְׁלֹשֶׁת הָרֹעִים״. לְמָחָר, כִּי הֲווֹ מִיפַּטְרִי מִינֵּיהּ, אֲמַר לְהוּ: לֵיזְלוּ רַבָּנָן בִּשְׁלָמָא.

On lui fit réciter en rêve : « Et je retranchai les trois bergers » (Zekharia 11, 8). Le lendemain, lorsqu'ils prirent congé de lui, il leur dit : que les maîtres aillent en paix.

📜 Rachi (1)
אַקְּרוּיָה הָיוּ מַקְרִין אוֹתוֹ מִקְרָא זֶה בַּחֲלוֹם וָאַכְחִיד אֶת שְׁלֹשֶׁת הָרֹועִים בְּיֶרַח אֶחָד שֶׁרוֹצִין לְעָונְשָׁן בַּשָּׁמַיִם מִשּׁוּם דִּמְכַסְּפִי לֵיהּ:
On lui fit réciter — on lui faisait réciter ce verset en rêve, « et je retranchai les trois bergers en un seul mois » : au Ciel on voulait les punir parce qu'ils lui causaient de la honte.
🪔 Ben Yehoyada (1)
למחר, כי הוו מפטרי מיניה, אמר להו: "ליזלו רבנן לשלמא". נראה לי בס"ד כיון בזה להפוך גזר דין שראה בחלום מרעה לטובה והוא דידוע כל גזר דין לרעה נמשך ויוצא מן קו שמאל שהוא מדת הגבורה והוא באומרו ליזלו לשלמא הפך אותיות 'שמאל' לאותיות 'שלמא' ובזה נהפך רוע גזר דין שלהם לטובה! או יובן בס"ד שם הוי"ה במלוי אלפי"ן שעולה מ"ה [יו"ד ה"א וא"ו ה"א = 45] ושם אדנ־י [65] שהוא מספר ס"ה, הם מספר נס [110] והם היו שלשה, נמצא צריך להם שלשה השפעות של נס וג' פעמים נס עולה ש"ל [110×3=330] . ועוד יש שמירה בעבור דבר רע משם יוה"ך [41] הרמוז בסופי תיבות כ י מלאכי ו יצו ה ל ך (תהלים צא, יא) , שעולה מספרו מ"א. ולכן אמר להם ליזלו רבנן ל' שלמא ' כיון בזה על הארות ג' יחודים של הויה דאלפין ושם אדנ־י שעולים ש " ל ובאותיות מ"א רמז על שם יוה"ך שעולה מ " א שימשך להם שמירה והצלה משמות הנזכר. או יובן כיון להמשיך להם שמירה מן שם הח"ש שבשמות ע"ב, של 'ויסע ויבא ויט' ששם זה הוא ראשי תיבות שמותם שהם ה ונא ח ייא ש מואל וגם רצה למשוך להם כח משם מח"י דשמות ע"ב הנזכר שבזה השם 'ימח' גזר דין שעליהם והנה שם הח " ש ושם מח " י עולים מספר שלמא [58+313 = 371] .
« Le lendemain, lorsqu'ils prirent congé de lui, il leur dit : que les maîtres aillent en paix (li-chlama). » Il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'il a visé par là à retourner en bien le décret qu'il avait vu en rêve. Il est connu que tout décret de rigueur se tire et sort de la ligne de gauche, qui est la mesure de la guevoura : en disant li-chlama, il a retourné les lettres de semol (gauche) en lettres de chalma (paix), et par là le mal de leur décret s'est retourné en bien. On peut aussi le comprendre ainsi : le Nom Havaya dans son remplissage par des alef vaut mah [45], et le Nom Adnout vaut samekh-hé [65] ; ensemble ils font le compte de nés, miracle [110]. Or ils étaient trois, il leur fallait donc trois influx de miracle, et trois fois nés vaut chin-lamed [110 x 3 = 330]. Il y a en outre une protection contre le mal par le Nom Yoh-Kh [41], allusion contenue dans les finales de « car Il ordonnera à Ses anges pour toi » (Tehilim 91, 11), dont le compte est mem-alef. C'est pourquoi il leur a dit « que les maîtres aillent li-chlama » : il visait par là les illuminations des trois unions du Nom Havaya en remplissage d'alef avec le Nom Adnout, qui font chin-lamed, et par les lettres mem-alef il faisait allusion au Nom Yoh-Kh, qui vaut mem-alef, afin d'attirer sur eux protection et délivrance depuis ces Noms. On peut encore comprendre qu'il a voulu leur attirer une protection depuis le Nom Het-Chin des soixante-douze Noms, tiré de « va-yissa va-yavo va-yet », ce Nom étant les initiales de leurs propres noms — Houna, Hiya, Chemouel — et qu'il a voulu aussi attirer sur eux une force depuis le Nom Mem-Het-Youd de ces mêmes soixante-douze Noms, ce Nom effaçant (yimah) le décret porte contre eux ; or le Nom Het-Chin et le Nom Mem-Het-Youd font ensemble le compte de chalma [58 + 313 = 371].
💡 Explication

La fin du récit ouvert en 9a. Trois élèves de Rava passent devant Rav Papa et se font des signes pour marquer que son enseignement ne vaut pas celui de leur maître. Rachi explique le verset du rêve dans ce sens : le Ciel veut les punir parce qu'ils lui causent de la honte, et le verset des trois bergers retranchés désigne les trois.

La formule d'adieu, li-chlama, est plus lourde qu'une politesse : Rav Papa croit prendre congé d'eux pour la dernière fois. Le Ben Yehoyada la lit dans l'autre sens, comme une intention de renverser le décret.

2
רַב שִׁימִי בַּר אָשֵׁי הֲוָה שְׁכִיחַ קַמֵּיהּ דְּרַב פָּפָּא, הֲוָה מַקְשֵׁי לֵיהּ טוּבָא. יוֹמָא חַד חַזְיֵיהּ דִּנְפַל עַל אַפֵּיהּ, שְׁמַעְיָה דְּאָמַר: רַחֲמָנָא לִיצְּלַן מִכִּיסּוּפָא דְשִׁימִי. קַבֵּיל עָלֶיהָ שְׁתִיקוּתָא, וְתוּ לָא אַקְשִׁי לֵיהּ.

Rav Chimi bar Achi se tenait souvent devant Rav Papa, et il lui posait de très nombreuses objections. Un jour, il le vit tomber sur sa face ; il l'entendit dire : que le Miséricordieux me préserve de la honte que me cause Chimi.

Il prit sur lui le silence, et ne lui posa plus d'objection.

📜 Rachi (1)
קִבֵּל עָלָיו רַב שִׁימִי שְׁתִיקוּתָא מִלְּהַקְשׁוֹת עוֹד:
Il prit sur lui — Rav Chimi prit sur lui le silence, de ne plus poser d'objection.
💡 Explication

Même motif que le récit précédent, mais sans sanction. L'élève entend une prière qui ne lui était pas destinée et en tire la conséquence lui-même.

Le texte ne dit pas que les objections de Rav Chimi étaient mauvaises. Il dit qu'elles étaient nombreuses, et que le maître en souffrait. La Guemara place ces deux récits juste avant de reprendre la sougya de la pluie, sans les relier à elle.

3
וְאַף רֵישׁ לָקִישׁ סָבַר מָטָר בִּשְׁבִיל יָחִיד, דְּאָמַר רֵישׁ לָקִישׁ: מִנַּיִן לַמָּטָר בִּשְׁבִיל יָחִיד, דִּכְתִיב: ״שַׁאֲלוּ מֵה׳ מָטָר בְּעֵת מַלְקוֹשׁ ה׳ עֹשֶׂה חֲזִיזִים וּמְטַר גֶּשֶׁם יִתֵּן לָהֶם לְאִישׁ עֵשֶׂב בַּשָּׂדֶה״.

Et Rech Lakich lui aussi tient que la pluie descend pour un seul, car Rech Lakich a dit : d'où sait-on que la pluie vient pour un seul ? De ce qu'il est écrit : « Demandez à Hachem la pluie au temps des dernières pluies ; Hachem fait les nuées éclatantes, Il leur donnera des averses de pluie, à chaque homme de l'herbe dans le champ » (Zekharia 10, 1).

💡 Explication

Retour à la thèse de Rabbi Yo'hanan énoncée en 9a : matar bichvil yahid, la pluie descend pour un seul. Rech Lakich la partage, et lui donne un appui scripturaire propre.

Le verset de Zekharia se termine par une expression au singulier, le-ich essev ba-sadeh, à chaque homme de l'herbe dans le champ. C'est ce singulier, dans un verset qui parle par ailleurs au pluriel, qui porte toute la démonstration.

4
יָכוֹל לְכָל — תַּלְמוּד לוֹמַר ״לְאִישׁ״. וְתַנְיָא: אִי לְאִישׁ, יָכוֹל לְכָל שְׂדוֹתָיו — תַּלְמוּד לוֹמַר: ״שָׂדֶה״. אִי שָׂדֶה, יָכוֹל לְכָל הַשָּׂדֶה — תַּלְמוּד לוֹמַר: ״עֵשֶׂב״.

On aurait pu croire que c'est pour tous — le verset dit : « à l'homme ». Et il a été enseigné : si c'est « à l'homme », on aurait pu croire que c'est pour tous ses champs — le verset dit : « champ ».

Si c'est « champ », on aurait pu croire que c'est pour tout le champ — le verset dit : « herbe ».

📜 Rachi (5)
יָכוֹל לְכָל כְּלוֹמַר יָכוֹל אֵין נוֹתֵן מָטָר אא"כ הַכֹּל צְרִיכִין לוֹ:
On aurait pu croire que c'est pour tous — c'est-à-dire qu'on aurait pu croire qu'Il ne donne la pluie que lorsque tous en ont besoin.
ת"ל לְאִישׁ אֲפִילּוּ בִּשְׁבִיל אֶחָד:
Le verset dit « à l'homme » — même pour un seul.
אִי לְאִישׁ יָכוֹל לְכָל שְׂדוֹתָיו כְּלוֹמַר אֵינוֹ יוֹרֵד עַד שֶׁהוּא צָרִיךְ לְכָל שְׂדוֹתָיו:
Si c'est « à l'homme », on aurait pu croire que c'est pour tous ses champs — c'est-à-dire qu'elle ne descend que lorsqu'il en a besoin pour tous ses champs.
ת"ל שָׂדֶה אַפֵּי' אֵינוֹ צָרִיךְ אֶלָּא בְּשָׂדֶה אֶחָד:
Le verset dit « champ » — même s'il n'en a besoin que dans un seul champ.
אִי בַּשָּׂדֶה יָכוֹל עַד שֶׁיִּצְטָרֵךְ לְכָל הַשָּׂדֶה ת"ל עֵשֶׂב אֲפִילּוּ אֵינוֹ צָרִיךְ אֶלָּא לְעֵשֶׂב אֶחָד (עֵשֶׂב) בִּשְׁבִיל יָרָק אֶחָד יוֹרֵד עָלָיו מָטָר:
Si c'est dans un champ, on aurait pu croire que c'est seulement lorsqu'il en a besoin pour tout le champ — le verset dit « herbe » : même s'il n'en a besoin que pour une seule herbe, pour un seul légume, la pluie descend sur lui.
🗂️ Tossefot (1)
תַּלְמוּד לוֹמַר עֵשֶׂב. פִּי' שֶׁאִם לֹא יִהְיוּ צְרִיכִים אֶלָּא לְעֵשֶׂב אֶחָד יָרַד עַל אוֹתוֹ עֵשֶׂב וְעַל שְׁאָר כָּל הַשָּׂדֶה לֹא יֵרְדוּ:
Le verset dit « herbe » — explication : s'ils n'ont besoin que d'une seule herbe, la pluie descendra sur cette herbe, et sur tout le reste du champ elle ne descendra pas.
💡 Explication

La baraita procède par trois yakhol - talmoud lomar successifs. Chaque étape propose une lecture large, puis un mot du verset la resserre. Le mouvement va du peuple entier à une seule pousse.

Tossefot ajoute la conséquence que la baraita laisse implicite : la pluie tombe sur cette herbe et pas sur le reste du champ. Le miracle porte sur la délimitation, non sur la quantité.

🖼️ Schéma
La baraita resserre le verset en trois étapes Hava amina : la pluie ne descend que si TOUS en ont besoin lecture large du verset de Zekharia talmoud lomar : le-ich, à l'homme elle descend pour un seul homme, mais pour tous ses champs ? talmoud lomar : sadeh, champ un seul champ suffit, mais le champ entier ? talmoud lomar : essev, herbe une seule pousse suffit Tossefot : le reste du champ reste sec.
Trois fois le même mouvement : une lecture large, puis un mot du verset qui la réduit.
5
כִּי הָא דְּרַב דָּנִיאֵל בַּר קַטִּינָא הֲוָה לֵיהּ הָהִיא גִּינְּתָא. כָּל יוֹמָא הֲוָה אָזֵיל וְסָייַר לַהּ. אָמַר: הָא מֵישְׁרָא בָּעֲיָא מַיָּא, וְהָא מֵישְׁרָא לָא בָּעֲיָא מַיָּא. וַאֲתָא מִיטְרָא וְקָמַשְׁקֵי כָּל הֵיכָא דְּמִיבְּעֵי לֵיהּ מַיָּא.

Comme dans le cas de Rav Daniel bar Ketina, qui avait un certain jardin. Chaque jour il allait l'inspecter.

Il disait : cette planche a besoin d'eau, et cette planche n'a pas besoin d'eau. Et la pluie venait et arrosait partout où il fallait de l'eau.

📜 Rachi (2)
וְסַיַּיר מַעְיָין:
Et il inspectait — il examinait.
מֵישְׁרָא עֲרוּגָה:
Michra — une planche de jardin (arouga).
💡 Explication

L'illustration de la baraita, à l'échelle la plus fine possible. Le découpage ne se fait ni par région ni par champ, mais d'une planche de jardin à l'autre.

Le récit insiste sur l'inspection quotidienne : Rav Daniel bar Ketina sait de quoi chaque planche a besoin, et la pluie suit ce relevé.

6
מַאי ״ה׳ עָשָׂה חֲזִיזִים״? אָמַר רַבִּי יוֹסֵי בְּרַבִּי חֲנִינָא: מְלַמֵּד שֶׁכָּל צַדִּיק הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא עוֹשֶׂה לוֹ חֲזִיז בִּפְנֵי עַצְמוֹ. מַאי ״חֲזִיזִים״? אָמַר רַב יְהוּדָה: פּוֹרְחוֹת. אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: סִימָן לְמָטָר — פּוֹרְחוֹת. מַאי פּוֹרְחוֹת? אָמַר רַב פָּפָּא: עֵיבָא קְלִישָׁא תּוּתֵי עֵיבָא סְמִיכְתָּא.

Que signifie « Hachem fait des hazizim » ? Rabbi Yossi be-Rabbi Hanina a dit : cela enseigne que pour chaque juste, le Saint béni soit-Il fait un haziz à lui seul.

Que sont les hazizim ? Rav Yehouda a dit : des porhot.

Rabbi Yo'hanan a dit : un signe de pluie, ce sont les porhot. Que sont les porhot ?

Rav Papa a dit : une nuée légère sous une nuée épaisse.

📜 Rachi (2)
עוֹשֶׂה לוֹ חָזִיז לְכָל צַדִּיק הַבָּא בָּעוֹלָם הַזֶּה לְהָרִיק לוֹ גְּשָׁמִים עַל שְׂדוֹתָיו בְּרֵישָׁא בָּעֵי מַאי חֲזִיזִים לְשׁוֹן רַבִּים וַהֲדַר בָּעֵי וּמַאי נִינְהוּ חֲזִיזִים מַאי נִינְהוּ דְּקָרֵי חֲזִיזֵי:
Il lui fait un haziz — pour chaque juste qui vient en ce monde, afin de déverser pour lui la pluie sur ses champs. La Guemara demande d'abord ce que signifie hazizim au pluriel, puis elle demande ce que sont ces hazizim, ce qu'on appelle hazizei.
ה"ג עֵיבָא קְלִישְׁתָּא דְּתוּתֵי עֵיבָא סַמֵּיכְתָּא דְּתוּתֵי עֵיבָא כְּלַפֵּי הָאָרֶץ:
Telle est la leçon : une nuée légère qui est sous une nuée épaisse — « sous la nuée », du côté de la terre.
💡 Explication

La Guemara continue de lire le même verset de Zekharia. Le mot hazizim y est au pluriel, et Rabbi Yossi be-Rabbi Hanina y trouve la même idée que la baraita : une nuée par juste.

Rachi signale que la Guemara pose deux questions distinctes sur ce mot : d'abord pourquoi le pluriel, ensuite ce que désigne concrètement le terme. La réponse de Rav Papa est une description d'observation : deux couches de nuages, la légère sous l'épaisse.

7
אָמַר רַב יְהוּדָה: נְהִילָא מִקַּמֵּי מִיטְרָא — אָתֵי מִיטְרָא. בָּתַר מִיטְרָא — פְּסִיק מִיטְרָא. מִקַּמֵּי מִיטְרָא — אָתֵי מִיטְרָא. וְסִימָנָיךְ: מַהוֹלְתָּא. דְּבָתַר מִיטְרָא — פְּסִיק מִיטְרָא. וְסִימָנָיךְ: חַרְיָא דְּעִיזֵּי.

Rav Yehouda a dit : une bruine avant la pluie — la pluie vient. Après la pluie — la pluie cesse.

Avant la pluie, la pluie vient, et ton signe est : le tamis. Après la pluie, la pluie cesse, et ton signe est : la crotte des chèvres.

📜 Rachi (4)
נְהִילָא כְּמוֹ קִיטְמָא נְהִילָא (חֻולִּין נא:) שֶׁהִיא דַּקָּה גְּשָׁמִים דַּקִּים כְּקִמְחָא נְהִילָא שֶׁהִיא דַּקָּה הַבָּאִין תְּחִילָּה לְמָטָר וְאַחַ"כּ בָּא מָטָר:
Nehila — comme dans « cendre fine » (Houlin 51b), qui est menue : des pluies fines comme la farine tamisée, qui est menue. Elles viennent d'abord, avant la pluie, et ensuite la pluie vient.
אָתֵי מִיטְרָא גְּשָׁמִים יוֹרְדִין לָרֹוב וְאֵין פּוֹסְקִין מַהֵר אֲבָל בָּא מָטָר תְּחִילָּה וּמַתְחִילִין דַּקִּין לָבֹא פּוֹסְקִין מִיָּד:
La pluie vient — les pluies descendent en abondance et ne cessent pas vite. Mais si la pluie est venue d'abord et que des gouttes fines commencent ensuite, elles cessent aussitôt.
מַהוֹלְתָּא שֶׁמִּתְּחִילָּה יוֹצֵא קֶמַח דַּק וּלְבַסּוֹף סֻובִּין גַּסִּין:
Le tamis — parce qu'au début il en sort une farine fine, et à la fin du son grossier.
חַרְיָא דְּעִיזֵּי רֵיעִי שֶׁל עִזִּים בַּתְּחִילָּה יוֹצְאָהּ גַּסָּה וּלְבַסּוֹף דַּקָּה וּפוֹסֵק:
La crotte des chèvres — la fiente des chèvres : au début elle sort grosse, et à la fin elle est fine et s'arrête.
🗂️ Tossefot (3)
נְהִילָא מִקַּמֵּי מִיטְרָא. פִּי' גֶּשֶׁם דַּק וְסִימָנְךָ מַהוֹלְתָּא פֵּירוּשׁ שֶׁמִּתְּחִילָּה יוֹצֵא הַפְּסֹולֶת וְאַחַ"כּ הַסֹּולֶת פֵּירוּשׁ שֶׁלֹּא הָיוּ עוֹשִׂין כְּמוֹ דְּעָבְדִינַן הָאִידָּנָא הָיוּ כּוֹתְשִׁין הַחִטִּין בְּמַכְתֶּשֶׁת עַד שֶׁנִּקְלַף כָּל הַסֻּובִּין מֵעַל הַחִטִּים וְכִי הָווּ מְרַקְּדִין עַל גַּבֵּי נָפָה הָיָה הַפְּסֹולֶת הַסֻּובִּין שֶׁעָלָיו יוֹצֵא לְכַתְּחִילָּה וְאַחַר כָּךְ הָיָה יוֹצֵא הַסֹּולֶת:
Une bruine avant la pluie — explication : une pluie fine ; et ton signe est le tamis, c'est-à-dire qu'il en sort d'abord le déchet, et ensuite la fleur de farine. Explication : on ne procédait pas comme nous le faisons aujourd'hui. On pilait le blé au mortier jusqu'à ce que tout le son soit détaché des grains, et lorsqu'on tamisait sur le crible, le déchet, le son qui se trouvait dessus, sortait en premier, et la fleur de farine sortait ensuite.
אָתֵי מִיטְרָא גְּשָׁמִים יוֹרְדִין לָרֹוב וְאֵין פּוֹסְקִין מַהֵר אֲבָל בָּא מָטָר תְּחִילָּה וּמַתְחִילִין דַּקִּין לָבֹא פּוֹסְקִין מִיָּד:
La pluie vient — les pluies descendent en abondance et ne cessent pas vite. Mais si la pluie est venue d'abord et que des gouttes fines commencent ensuite, elles cessent aussitôt.
חַרְיָא דְּעִיזֵּי. פִּי' רֵיעִי שֶׁל עִזִּים שֶׁבַּתְּחִילָּה רֵיעִי גָּדוֹל וּכְשֶׁהִיא פּוֹסֶקֶת מַתְרֶזֶת זֶבֶל דַּק:
La crotte des chèvres — explication : la fiente des chèvres ; au début la fiente est grosse, et lorsque la bête s'arrête, elle lâche un crottin fin.
🪔 Ben Yehoyada (1)
מִקַּמֵּיהּ מִיטְרָא, אָתֵי מִיטְרָא, וְסִימָנָיךְ, מַהוֹלְתָּא. נִרְאֶה לִי בס"ד עָשָׂה סִימָן בִּיאַת הַמָּטָר בַּמַּהוֹלְתָּא שֶׁהִיא מְלַאכְתָּהּ לִבְרֹור וְכֵן הַמָּטָר בִּירִידָתוֹ נַעֲשָׂה בֵּירוּר נִיצוֹצֵי קְדֻושָּׁה מִן הַסִּיגִים. וְחַרְיָא דְּעִיזֵּי רֶמֶז לְכוֹחוֹת הַמְקַטְרְגִים עָשָׂה בָּהֶם סִימָן לִפְסִיקַת הַגֶּשֶׁם שֶׁנִּפְסַק לִפְעָמִים מֵחֲמַת קִטְרוּג הַמְקַטְרְגִים.
« Avant la pluie, la pluie vient, et ton signe est le tamis. » Il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'il a pris pour signe de la venue de la pluie le tamis, dont le travail est de trier ; de même, la pluie, en descendant, opère un berour, un tri des étincelles de sainteté (nitsotsot) d'avec les scories (siguim). Et la crotte des chèvres fait allusion aux forces d'accusation (mekatreguim) : il en a fait le signe de l'arrêt de la pluie, qui s'interrompt parfois à cause de l'accusation de ces forces.
💡 Explication

Le même phénomène, la bruine, reçoit deux sens opposés selon sa place dans le temps. La Guemara donne donc deux moyens mnémotechniques, un pour chaque cas.

Rachi et Tossefot décrivent le tamis de deux manières inverses. Pour Rachi, la farine fine sort la première et le son grossier à la fin, ce qui colle directement à la bruine qui précède l'averse. Tossefot objecte que le procédé de leur temps faisait passer le son d'abord, et reconstruit le signe autrement.

🖼️ Schéma
Nehila : le même signe, deux sens selon sa place bruine pluie abondante Elle annonce : la pluie vient et ne cessera pas vite. Signe : le tamis (mehoulta). pluie abondante bruine Elle conclut : la pluie s'arrête aussitôt. Signe : la crotte des chèvres. Pourquoi ces deux images Tamis : ce qui est menu sort d'abord, l'abondant suit. Crotte : ce qui est gros vient d'abord, le menu termine. Rachi et Tossefot divergent sur l'ordre réel du tamisage ; le sens du signe, lui, reste le même.
L'axe du temps décide : la bruine qui précède annonce, la bruine qui suit termine.
8
עֻולָּא אִיקְּלַע לְבָבֶל, חֲזָא פּוֹרְחוֹת, אֲמַר לְהוּ: פְּנוּ מָאנֵי, דְּהַשְׁתָּא אָתֵי מִיטְרָא. לְסוֹף לָא אָתֵי מִיטְרָא. אָמַר: כִּי הֵיכִי דִּמְשַׁקְּרִי בַּבְלָאֵי, הָכִי מְשַׁקְּרִי מִיטְרַייְהוּ.

Oulla arriva à Bavel. Il vit des porhot ; il leur dit : rentrez les récipients, car la pluie vient maintenant.

Finalement la pluie ne vint pas. Il dit : de même que les gens de Bavel mentent, ainsi leurs pluies mentent.

🪔 Ben Yehoyada (1)
לְסוֹף לָא אֲתָא מִיטְרָא, אֲמַר: כִּי הֵיכִי דִּמְשַׁקְּרִי בַּבְלָאֵי, הָכִי מְשַׁקְּרִי מִטְרַיְהוּ. יֵשׁ לְהָבִין מַה שֶׁקֶר כְּלָלִי מָצָא אֵצֶל בַּבְלָאֵי? וְנִרְאֶה לִי בס"ד דְּאָמְרוּ בְּבֵיצָה (בֵּיצָה לב:) אָמַר רַב נָתָן בַּר אַבָּא אָמַר רַב עַתִּירֵי בָּבֶל יוֹרְדֵי גֵיהִנָּם הֵם, וּפֵירֵשׁ רַשִׁ"י: יוֹרְדֵי גֵּיהִנָּם שֶׁאֵין מְרַחֲמִים לִיתֵּן צְדָקָה עַייֵּן שָׁם, וְיָדוּעַ סֵדֶר הַגָּדָה שֶׁל לֵיל פֶּסַח נִתְקַן בְּבָבֶל וְלָכֵן פִּסְקָא רִאשׁוֹנָה שֶׁל 'הָא לַחְמָא עַנְיָא' נֶאֶמְרָה בִּלְשׁוֹן אֲרַמִּי שֶׁזֶּה הָיָה לְשׁוֹנָם וְכַנִּזְכָּר בְּסִפְרֵי הַמְפָרְשִׁים זַ"ל, וְלָכֵן לִהְיוֹת שֶׁבִּזְמַן עֻולָּא גַּם כֵּן הָיוּ עַתִּירֵי בָּבֶל קַמְצָנִים וְאֵין נוֹתְנִים צְדָקָה קָרֵי לְהוּ שַׁקְרָנִים דְּהֵם אוֹמְרִים בְּלֵיל פֶּסַח 'כָּל דִּכְפִין יֵיתֵי וְיִיכֶל' וְאִם יָבֹא עָנִי אֲפִילּוּ לֶחֶם לְבַדּוֹ אֵין נוֹתְנִים וְנִמְצָא הֵם מְשַׁקְּרִים וְלָכֵן גַּם מִטְרַייְהוּ מְשַׁקְּרִי שֶׁתִּמְצָא סִימָנִים חֲזָקִים לִירִידַת הַמָּטָר וְעִם כָּל זֶה גֶּשֶׁם אֵין, וְכַיּוֹצֵא בָּזֶה אִתְּמַר לְעֵיל אֵין הַגְּשָׁמִים נֶעְצָרִים אֶלָּא בִּשְׁבִיל פּוֹסְקֵי צְדָקָה בָּרַבִּים וְאֵינָם נוֹתְנִים שֶׁנֶּאֱמַר (מִשְׁלֵי כה, יד) 'נְשִׂיאִים וְרוּחַ וְגֶשֶׁם אָיִן אִישׁ מִתְהַלֵּל בְּמַתַּת שֶׁקֶר'.
« Finalement la pluie ne vint pas. Il dit : de même que les gens de Bavel mentent, ainsi leurs pluies mentent. » Il faut comprendre quel mensonge général il a trouvé chez les gens de Bavel. Il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'il est dit dans Betsa (32b) : Rav Natan bar Abba a dit au nom de Rav, les riches de Bavel descendent au Guehinom ; et Rachi explique qu'ils descendent au Guehinom parce qu'ils n'ont pas pitié au point de donner la tsedaka, vois-y. Or il est connu que l'ordre de la Haggada de la nuit de Pessa'h a été institué à Bavel, et c'est pourquoi le premier paragraphe, ha lahma anya, a été dit en araméen, qui était leur langue, comme le rapportent les livres des commentateurs. Ainsi, puisque du temps d'Oulla également les riches de Bavel étaient avares et ne donnaient pas la tsedaka, il les a appelés menteurs : ils disent la nuit de Pessa'h « que quiconque a faim vienne et mange », et si un pauvre vient, on ne lui donne même pas du pain ; ils mentent donc. C'est pourquoi leurs pluies aussi mentent : on y trouve des signes solides de la venue de la pluie, et malgré tout il n'y a pas de pluie. Il en va de même de ce qui a été dit plus haut : les pluies ne sont retenues que pour ceux qui promettent la tsedaka en public et ne donnent pas, ainsi qu'il est dit (Michle 25, 14) « nuées et vent, et pas de pluie : tel est l'homme qui se glorifie d'un don mensonger ».
💡 Explication

Le signe donné par Rav Papa vaut en Terre d'Israël et se révèle inopérant à Bavel. La Guemara enregistre la limite locale du signe.

Oulla formule sa déception par une comparaison qui vise les habitants. Le Ben Yehoyada cherche à quel mensonge précis il pense, et le rattache à la tsedaka promise et non donnée, cause de retenue des pluies enseignée plus haut dans la massekhet.

9
עֻולָּא אִיקְּלַע לְבָבֶל, חָזֵי מְלָא צַנָּא דְתַמְרֵי בְּזוּזָא. אָמַר: מְלָא צַנָּא דְּדֻובְשָׁא בְּזוּזָא, וּבַבְלָאֵי לָא עָסְקִי בְּאוֹרָייְתָא? בְּלֵילְיָא צְעָרוּהוּ, אָמַר: מְלָא צַנָּא דְסַכִּינֵי בְּזוּזָא, וּבַבְלָאֵי עִסְקֵי בְּאוֹרָיְיתָא!

Oulla arriva à Bavel. Il vit un panier plein de dattes pour un zouz.

Il dit : un panier plein de miel pour un zouz, et les gens de Bavel ne s'occupent pas de Torah ! Dans la nuit, elles le firent souffrir.

Il dit : un panier plein de couteaux pour un zouz, et les gens de Bavel s'occupent de Torah !

📜 Rachi (4)
דְּתַמְרֵי דְּבַשׁ עוֹשִׂין מֵהֶן:
De dattes — on en fait du miel.
וּבַבְלָאֵי לָא עִסְקֵי כְּלוֹמַר יְכוֹלִין הֵן לַעֲסֹוק תָּמִיד שֶׁיֵּשׁ לָהֶן מְזוֹנוֹת בְּזוֹל וּבְלֹא טֹורַח:
Et les gens de Bavel ne s'occupent pas — c'est-à-dire qu'ils pourraient s'en occuper constamment, puisqu'ils ont leur nourriture à bas prix et sans peine.
מְצַעֲרִים בְּשִׁלְשׁוּל דְּאָמְרוּ (גִּיטִּין דַּף ע.) תַּמְרֵי מְשַׁחֲנָן וּמְשַׁלְשְׁלָן:
Elles font souffrir — par la diarrhée, car on a dit (Guitin 70a) : les dattes réchauffent et relâchent.
מְלָא צַנָּא דְסַכִּינֵי בְּזוּזָא שֶׁמִּתּוֹךְ שֶׁלּוֹקְחִין אוֹתוֹ בְּזוֹל אוֹכְלִין מֵהֶן הַרְבֵּה וּמְצַעֲרִים אוֹתָן:
Un panier plein de couteaux pour un zouz — puisqu'ils les achètent à bas prix, ils en mangent beaucoup et elles les font souffrir.
🪔 Ben Yehoyada (1)
מְלָא צַנָּא דְּדֻובְשָׁא בְּזוּזָא. קְרָאָם דֻּובְשָׁא וְלֹא קְרָאָם תַּמְרֵי כְּמוֹ שֶׁנֶּאֱמַר בַּפָּסוּק (דְּבָרִים ח, ח) 'זֵית שֶׁמֶן וּדְבָשׁ' וְגַם כֵּיוָן דְּהַתּוֹרָה נִקְרֵאת דְּבַשׁ דִּכְתִיב (שִׁיר הַשִּׁירִים ד, יא) 'דְּבַשׁ וְחָלָב תַּחַת לְשׁוֹנְךָ' וְאֵיךְ הַדְּבַשׁ הַגַּשְׁמִי אֶצְלָם בְּזוֹל כָּל כָּךְ וְאֵין עוֹסְקִים בַּתּוֹרָה שֶׁנִּקְרֵאת דְּבַשׁ וְחָזַר וּקְרָאָן סַכִּינֵי עַל דֶּרֶךְ (מִשְׁלֵי כג, ב) 'וְשַׂמְתָּ שַׂכִּין בְּלֹעֶךָ':
« Un panier plein de miel pour un zouz. » Il les a appelées miel et non dattes, comme il est dit dans le verset (Devarim 8, 8) « olive à huile et miel ». Et aussi parce que la Torah est appelée miel, ainsi qu'il est écrit (Chir haChirim 4, 11) « du miel et du lait sous ta langue » : comment le miel matériel est-il chez eux à si bas prix, alors qu'ils ne s'occupent pas de la Torah, qui est appelée miel ? Puis il les a appelées couteaux, selon le verset (Michle 23, 2) « et tu mettras un couteau à ta gorge ».
💡 Explication

Second récit d'Oulla à Bavel, construit sur le même retournement que le précédent. Il juge d'abord, puis l'expérience corrige son jugement et il le formule à l'envers.

Rachi explique le raisonnement initial : nourriture abondante et bon marché devrait libérer du temps pour l'étude. La nuit lui apprend le coût caché de cette abondance, et le mérite des habitants s'en trouve rehaussé.

10
תַּנְיָא, רַבִּי אֱלִיעֶזֶר אוֹמֵר: כָּל הָעוֹלָם כֻּולּוֹ מִמֵּימֵי אוֹקְייָנוֹס הוּא שׁוֹתֶה, שֶׁנֶּאֱמַר: ״וְאֵד יַעֲלֶה מִן הָאָרֶץ וְהִשְׁקָה אֶת כָּל פְּנֵי הָאֲדָמָה״. אָמַר לוֹ רַבִּי יְהוֹשֻׁעַ: וַהֲלֹא מֵימֵי אוֹקְייָנוֹס מְלוּחִין הֵן! אָמַר לוֹ: מִתְמַתְּקִין בְּעָבִים.

Il a été enseigné : Rabbi Eliezer dit : le monde entier boit des eaux de l'océan, ainsi qu'il est dit : « et une vapeur montait de la terre et abreuvait toute la surface du sol » (Berechit 2, 6). Rabbi Yehochoua lui dit : mais les eaux de l'océan sont salées !

Il lui dit : elles sont adoucies dans les nuées.

📜 Rachi (2)
מִמֵּימֵי אוֹקְיָינוֹס כְּלוֹמַר מִמַּיִם שֶׁל מַטָּה וְלֹא מִמַּיִם שֶׁל מַעְלָה שֶׁנֶּאֱמַר וְאֵד יַעֲלֶה מִן הָאָרֶץ שֶׁשָּׁתָה בָּאָרֶץ וְעָלָה:
Des eaux de l'océan — c'est-à-dire des eaux d'en bas et non des eaux d'en haut, ainsi qu'il est dit « et une vapeur montait de la terre » : elle a bu dans la terre et est montée.
מְלוּחִין הֵן וְאֵין תְּבוּאָה גְּדֵילָה מֵהֶן:
Elles sont salées — et le grain ne pousse pas avec elles.
🪔 Ben Yehoyada (2)
אֲמַר לֵיהּ רַבִּי יְהוֹשֻׁעַ: וַהֲלֹא מֵימֵי אוֹקְיָנוֹס מְלוּחִין הֵם. פֵּירֵשׁ רַשִׁ"י דְּאֵין תְּבוּאָה גָּדְלָה מֵהֶם. מַקְשִׁים הֲוָה לֵיהּ לְמֵימַר וַהֲלֹא קָחָזֵינַן דִּגְשָׁמִים מְתוּקִין הֵם דְּשׁוֹתִין אוֹתָם? וְנִרְאֶה לִי בס"ד דְּמִכֹּחַ מְתִיקוּת מֵי גְּשָׁמִים אֵין לְהַקְשׁוֹת דְּיֵשׁ לוֹמַר כֵּיוָן דִּמְעֹורָב בָּהֶם מַיִם עֶלְיוֹנִים דְּהֵם מְתוּקִים הַרְבֵּה לְכָךְ אֵין נִרְגָּשׁ בָּהֶם מְלִיחוֹת, לְכָךְ פֵּירֵשׁ רַשִׁ"י זַ"ל הַקֻּושְׁיָא הִיא מִכֹּחַ גִּידּוּל הַתְּבוּאָה דִּמְלוּחִים אַף עַל פִּי שֶׁיִּתְעָרְבוּ בְּרוֹב מְתִיקוּת מַיִם עֶלְיוֹנִים עִם כָּל זֶה הַטֶּבַע לֹא יִשְׁתַּנֶּה, דְּטֶבַע הַמְּלוּחִין אֵין עוֹשִׂין פְּרִי וּלְמַאי אִצְטְרִיכוּ כֵּיוָן דְּאֵין עוֹשִׂין פְּרִי יִהְיוּ מַיִם עֶלְיוֹנִים לְבַדָּם? וְתֵירֵץ דְּמִתְמַתְּקִים בְּעָבִים דְּמִשָּׁנִים הֶעָבִים גּוּף הַמַּיִם לַהֲפֹוךְ מְלִיחוּתָם וְכֵיוָן דְּנֶהְפָּכִים בְּזֶה גַּם טִבְעָן יִשְׁתַּנֶּה שֶׁיִּהְיוּ עוֹשִׂין פְּרִי וְיִהְיֶה מֵהֶם גִּידּוּל תְּבוּאָה.
« Rabbi Yehochoua lui dit : mais les eaux de l'océan sont salées ! » Rachi explique : le grain ne pousse pas avec elles. On objecte : il aurait fallu dire plutôt « mais nous voyons que les eaux de pluie sont douces, puisqu'on les boit » ! Il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'on ne peut pas objecter à partir de la douceur des eaux de pluie, car on pourrait répondre que, puisqu'il s'y mêle des eaux supérieures, qui sont très douces, la salinité ne s'y fait pas sentir. C'est pourquoi Rachi explique que l'objection tient à la croissance du grain : les eaux salées, même mêlées à beaucoup de douceur des eaux supérieures, ne changent pas de nature, et la nature des eaux salées est de ne pas produire de fruit. Et à quoi serviraient-elles, puisqu'elles ne produisent pas de fruit ? Que les eaux supérieures viennent seules ! Il a répondu qu'elles sont adoucies dans les nuées : les nuées modifient le corps même de ces eaux et renversent leur salinité ; et puisqu'elles se transforment ainsi, leur nature change aussi, de sorte qu'elles produisent du fruit et que le grain pousse avec elles.
תַּנְיָא, רַבִּי אֱלִיעֶזֶר אוֹמֵר: כָּל הָעוֹלָם כֻּלּוֹ, מִמֵּימֵי אוֹקְיָנוֹס הוּא שׁוֹתֶה. הִנֵּה כַּווָּנַת רַבִּי אֱלִיעֶזֶר הוּא עַל הָאֵידִים הָעוֹלִים מִשָּׁם אֲשֶׁר מֵהֶם יִהְיֶה הָעֲרָפֶל וּמִמֶּנּוּ הָעֲנָנִים, וְאַף עַל פִּי דְּמִכָּל הָאָרֶץ יוֹצְאִים אֵידִים וְגַם מִן הַיַּבָּשָׁה עִם כָּל זֶה הָעִיקָּר הֵמָּה הָאֵידִים הַיּוֹצְאִים מִן הַמַּיִם שֶׁהֵם לַחִים בְּיוֹתֵר וּכְמוֹ שֶׁכָּתַב בְּסֵפֶר הַבְּרִית, וְלָכֵן נָקֵיט רַבִּי אֱלִיעֶזֶר יָם אַקְיַּינוּס כִּי הוּא הַגָּדוֹל הַמַּקִּיף הָעוֹלָם וְכָל הַנְּחָלִים הוֹלְכִים אֵלָיו וְעִיקַּר הָאֵידִים הַמַּשְׁקִים הָעוֹלָם עוֹלִין מִמֶּנּוּ וּמִתְפַּשְּׁטִים בְּכָל הַמְּקוֹמוֹת בִּגְזֵרַת הַבּוֹרֵא וּלְכָל מָקוֹם שֶׁיַּחְפֹּוץ יַטֶּה אוֹתָם. וּמַה שֶׁאָמַר רַבִּי יְהוֹשֻׁעַ מִן מַיִם הָעֶלְיוֹנִים שׁוֹתֶה , כַּווָּנָתוֹ הוּא כִּי יוֹרְדִים מַיִם רוּחָנִיִּים מִלְמַעְלָה וּכְשֶׁיּוֹרְדִים לְמַטָּה הֵם מִתְגַּשְּׁמִים וְהֶעָבִים מְקַבְּלִים אוֹתָם וְאָז נוֹזְלִים עַל הָאָרֶץ מֵאוֹתָם הֶעָבִים וְגַם רַבִּי אֱלִיעֶזֶר מוֹדֶה שֶׁיֵּשׁ מַיִם עֶלְיוֹנִים כִּי מַיִם הָעֶלְיוֹנִים הֵם מִיַּיִן דְּכוּרִין וְתַחְתּוֹנִים מִיַּיִן נֻוקְבִּין וְנִכְלָלִין זֶה בָּזֶה בְּתוֹךְ הֶעָבִים וּמְקַבְּלִין דִּין מִן דִּין וְרַק רַבִּי אֱלִיעֶזֶר סוֹבֵר הָעִיקָּר שֶׁל רִבּוּי הַגְּשָׁמִים שֶׁנִּרְאֶה לְעֵינֵינוּ בָּאָרֶץ הוּא הַיּוֹצֵא וּבָא מִן הָאֵידִים אֲשֶׁר עִיקָּרָם הוּא מֵי אוֹקְיָינוֹס וְהֻוצְרְכוּ מַיִם עֶלְיוֹנִים לְהִתְעָרֵב בָּהֶם כְּדֵי לַעֲשׂוֹת פְּרִי וְאֵין עֲשִׂיַּית פְּרִי בִּלְתִּי זָכָר וּנְקֵבָה וְרַבִּי יְהוֹשֻׁעַ סוֹבֵר דְּהָעִיקָּר הוּא מֵאוֹתָם מַיִם הָעֶלְיוֹנִים שֶׁיּוֹרְדִים מִלְמַעְלָה שֶׁהֵם רֻובֵּי הָאֵיכוּת וְאַחַר כָּךְ יִהְיוּ רֻובֵּי הַכְּמוֹת גַּם כֵּן. וּמַה שֶׁאָמַר רַבִּי יְהוֹשֻׁעַ מָה אֲנִי מְקַיֵּם ' וְאֵד יַעֲלֶה מִן הָאָרֶץ ' (בְּרֵאשִׁית ב, ו) , בָּא לְיַישֵּׁב מַה שֶׁנֶּאֱמַר 'וְהִשְׁקָה אֶת כָּל פְּנֵי הָאֲדָמָה' דְּמַשְׁמַע דְּהוּא עִיקָּר וּלְכָךְ פֵּירֵשׁ מְלַמֵּד שֶׁעֲנָנִים מִתְגַּבְּרִין וְעוֹלִין לָרָקִיעַ וּפוֹתְחִין פִּיהֶן כְּנֶגְדָּן וּמְקַבְּלִין מֵי מָטָר, כְּלוֹמַר לְהָכִי יִחֵס הַכָּתוּב הַשְׁקָאַת כָּל פְּנֵי הָאֲדָמָה לָהֶם מִפְּנֵי שֶׁהֵם מְקַבְּלִים מַיִם הָעֶלְיוֹנִים בַּעֲלוֹתָם לְמַעְלָה וַאֲנַחְנוּ רוֹאִין שֶׁמֵּהֶם יוֹרֵד כָּל הַגֶּשֶׁם כֻּולּוֹ עַל הָאֲדָמָה. וּמַה שֶׁאָמַר עוֹלִין לָרָקִיעַ לָאו דַּוְקָא, אֶלָּא הַכַּוָּנָה שֶׁיַּעֲלוּ לַאֲוִיר הָאֶמְצָעִי שֶׁנִּרְאֶה לְמַרְאֵה עֵינַיִם כְּאִלּוּ עוֹלִין לָרָקִיעַ וּכְמוֹ שֶׁנֶּאֱמַר (דְּבָרִים כח, כד) 'אָבָק וְעָפָר מִן הַשָּׁמַיִם' וְאָמְרוּ בְּתַלְמוּדָא הֵיכִי מַשְׁכַּחַתְּ לַהּ, אֶלָּא כֵּיוָן דְּמִדְּלֵי לְהָתָם מִן הַשָּׁמַיִם קָרֵי לְהוּ עַיֵּין שָׁם, וְכֵן הָכָא כֵּיוָן דְּסָלְקִי לְהָתָם מֵעֲלִיּוֹתָיו קָרֵי לְהוּ.
« Il a été enseigné : Rabbi Eliezer dit : le monde entier boit des eaux de l'océan. » L'intention de Rabbi Eliezer porte sur les vapeurs qui montent de là, dont se forme la brume, et de la brume les nuées. Bien que des vapeurs sortent de toute la terre, y compris de la terre ferme, l'essentiel demeure les vapeurs qui sortent des eaux, qui sont les plus humides, comme l'écrit le Sefer haBerit. C'est pourquoi Rabbi Eliezer a pris l'océan, car il est la grande mer qui entoure le monde, vers laquelle vont tous les fleuves ; l'essentiel des vapeurs qui abreuvent le monde monte de lui et se répand en tous lieux par décret du Créateur, qui les incline vers l'endroit qu'Il veut. Et ce que dit Rabbi Yehochoua, que le monde boit des eaux supérieures, veut dire que des eaux spirituelles descendent d'en haut ; en descendant vers le bas elles se matérialisent, les nuées les reçoivent, et elles coulent alors sur la terre depuis ces nuées. Rabbi Eliezer lui aussi admet qu'il existe des eaux supérieures, car les eaux supérieures sont des mayin doukhrin, des eaux masculines, et les inférieures des mayin noukvin, des eaux féminines ; elles se combinent les unes aux autres à l'intérieur des nuées et reçoivent l'une de l'autre. Seulement, Rabbi Eliezer tient que l'essentiel de l'abondance de pluie que nous voyons de nos yeux sur la terre sort et vient des vapeurs dont la source est l'eau de l'océan, et que les eaux supérieures doivent s'y mêler pour produire du fruit, puisqu'il n'y a pas de fructification sans masculin et féminin. Rabbi Yehochoua tient que l'essentiel vient de ces eaux supérieures qui descendent d'en haut, qui font l'essentiel de la qualité, et ensuite l'essentiel de la quantité également. Et ce que dit Rabbi Yehochoua, « comment est-ce que je maintiens : et une vapeur montait de la terre », vient régler ce qui est dit « et elle abreuvait toute la surface du sol », d'où il ressortirait que c'est là l'essentiel ; c'est pourquoi il explique que cela enseigne que les nuées prennent force et montent au firmament, ouvrent leur bouche en face d'elles et reçoivent les eaux de pluie. Autrement dit, l'Écriture leur attribue l'abreuvement de toute la surface du sol parce qu'elles reçoivent les eaux supérieures en montant vers le haut, et nous voyons que c'est d'elles que descend toute la pluie sur la terre. Et ce qu'il dit, « elles montent au firmament », n'est pas à prendre au sens strict : l'intention est qu'elles montent dans l'air intermédiaire, ce qui paraît à l'œil comme si elles montaient au firmament, de même qu'il est dit (Devarim 28, 24) « poussière et poudre depuis les cieux », et la Guemara demande comment cela se trouve ; elle répond que, puisqu'elles s'élèvent là, on les appelle « depuis les cieux », vois-y. De même ici : puisqu'elles montent là, on les appelle « depuis Ses chambres hautes ».
💡 Explication

Nouvelle sougya, qui occupe toute la fin du folio : l'origine physique de l'eau de pluie. Rabbi Eliezer tient les eaux d'en bas, celles de l'océan, qui montent en vapeur et retombent.

L'objection de Rabbi Yehochoua porte, selon Rachi, sur l'agriculture : l'eau salée ne fait pas pousser le grain. La réponse de Rabbi Eliezer, « elles sont adoucies dans les nuées », fait de la nuée un lieu de transformation et pas seulement de transport.

11
רַבִּי יְהוֹשֻׁעַ אוֹמֵר: כָּל הָעוֹלָם כֻּולּוֹ מִמַּיִם הָעֶלְיוֹנִים הוּא שׁוֹתֶה, שֶׁנֶּאֱמַר: ״לִמְטַר הַשָּׁמַיִם תִּשְׁתֶּה מָּיִם״, אֶלָּא מָה אֲנִי מְקַיֵּים ״וְאֵד יַעֲלֶה מִן הָאָרֶץ״? מְלַמֵּד שֶׁהָעֲנָנִים מִתְגַּבְּרִים וְעוֹלִים לָרָקִיעַ, וּפוֹתְחִין פִּיהֶן כְּנוֹד, וּמְקַבְּלִין מֵי מָטָר, שֶׁנֶּאֱמַר: ״יָזֹקּוּ מָטָר לְאֵדוֹ״.

Rabbi Yehochoua dit : le monde entier boit des eaux supérieures, ainsi qu'il est dit : « c'est de la pluie du ciel qu'elle boit de l'eau » (Devarim 11, 11). Mais alors, comment est-ce que je maintiens « et une vapeur montait de la terre » ?

Cela enseigne que les nuées prennent force et montent au firmament, ouvrent leur bouche comme une outre et reçoivent les eaux de pluie, ainsi qu'il est dit : « car Il attire les gouttes d'eau, qui distillent la pluie de Sa vapeur » (Iyov 36, 27).

📜 Rachi (2)
יָזֹקּוּ מָטָר לְאֵדוֹ רְקִיעִין מוֹצִיאִין מַיִם לֶעָבִים:
« Yazokou matar le-edo » — les firmaments font sortir l'eau vers les nuées.
יָזֹקּוּ כְּמוֹ יָצוּקוּ צָק לָעָם וְיֹאכְלוּ (מְלָכִים ב ד׳:מ״א):
Yazokou — comme yitsokou, « verse pour le peuple et qu'ils mangent » (II Melakhim 4, 41).
💡 Explication

Position inverse : l'eau vient d'en haut. Le verset de Devarim 11, 11, qui décrit la Terre d'Israël buvant la pluie du ciel, sert d'appui.

Reste à rendre compte du verset de Berechit invoqué par Rabbi Eliezer. Rabbi Yehochoua renverse le sens du mouvement : la vapeur qui monte de la terre désigne les nuées qui montent chercher l'eau, non l'eau elle-même. L'image de l'outre qui ouvre la bouche décrit le remplissage.

🖼️ Schéma
Le trajet de l'eau selon Rabbi Yehochoua Eaux supérieures, au-dessus du firmament Devarim 11, 11 : la pluie du ciel 1. Les nuées prennent force et montent c'est le sens de : une vapeur montait de la terre 2. Elles ouvrent la bouche comme une outre et reçoivent l'eau (Iyov 36, 27) 3. Percées comme un crible, elles répandent l'eau goutte à goutte (II Chemouel 22, 12) La terre Entre une goutte et l'autre, l'épaisseur d'un cheveu : le jour des pluies vaut le jour de la création.
Les nuées montent d'abord, se remplissent ensuite, puis laissent tomber l'eau par leurs trous.
12
וּמְנֻוקָּבוֹת הֵן כִּכְבָרָה, וּבָאוֹת וּמְחַשְּׁרוֹת מַיִם עַל גַּבֵּי קַרְקַע, שֶׁנֶּאֱמַר: ״חַשְׁרַת מַיִם עָבֵי שְׁחָקִים״. וְאֵין בֵּין טִיפָּה לְטִיפָּה אֶלָּא כִּמְלֹא נִימָא, לְלַמֶּדְךָ שֶׁגָּדוֹל יוֹם הַגְּשָׁמִים כְּיוֹם שֶׁנִּבְרְאוּ בּוֹ שָׁמַיִם וָאָרֶץ.

Et elles sont percées comme un crible, et elles viennent répandre l'eau sur le sol, ainsi qu'il est dit : « amas d'eaux, nuées épaisses des cieux » (II Chemouel 22, 12). Et entre une goutte et l'autre il n'y a que l'épaisseur d'un cheveu, pour t'enseigner que le jour des pluies est aussi grand que le jour où furent créés les cieux et la terre.

📜 Rachi (2)
חַשְׁרַת מַיִם עָבֵי שְׁחָקִים הֶעָבִים מְחַשְּׁרִין כְּלוֹמַר מַשִּׁירִין הַמַּיִם לָאָרֶץ:
« Hachrat mayim avei chehakim » — les nuées mahchirot, c'est-à-dire qu'elles font tomber l'eau vers la terre.
לְלַמֶּדְךָ אַקְּרָא דִּלְקַמָּן קָאֵי וְאוֹמֵר מַכִּין הָרִים לָא גָּרְסִינַן הָכָא:
Pour t'enseigner — cela se rapporte au verset qui suit ; et « et il est dit : Il affermit les montagnes » ne se lit pas ici.
💡 Explication

La description se poursuit : la nuée percée comme un crible explique la pluie en gouttes séparées plutôt qu'en masse d'eau.

Le détail de l'épaisseur d'un cheveu entre deux gouttes porte la conclusion : des gouttes si proches restent pourtant distinctes. De là l'énoncé que le jour des pluies vaut le jour de la création, appuyé sur les versets du segment suivant.

13
שֶׁנֶּאֱמַר: ״עֹשֶׂה גְדֹלוֹת וְאֵין חֵקֶר״, וּכְתִיב: ״הַנֹּתֵן מָטָר עַל פְּנֵי אָרֶץ״, וּכְתִיב לְהַלָּן: ״הֲלוֹא יָדַעְתָּ אִם לֹא שָׁמַעְתָּ אֱ-לֹהֵי עוֹלָם ה׳ אֵין חֵקֶר לִתְבוּנָתוֹ״, וּכְתִיב: ״מֵכִין הָרִים בְּכֹחוֹ וְגוֹ׳״.

ainsi qu'il est dit : « Il fait de grandes choses insondables » (Iyov 9, 10), et il est écrit : « Il donne la pluie sur la face de la terre » (Iyov 5, 10) ; et il est écrit plus loin : « Ne sais-tu pas, n'as-tu pas entendu ? D.ieu éternel, Hachem, Son intelligence est insondable » (Yechaya 40, 28) ; et il est écrit : « Il affermit les montagnes par Sa force, etc. » (Tehilim 65, 7).

📜 Rachi (1)
וְאוֹמֵר מַכִּין הָרִים לָא גָּרְסִינַן הָכָא:
« Et il est dit : Il affermit les montagnes » — ne se lit pas ici.
💡 Explication

La démonstration repose sur un mot répété. Ein heker, insondable, se dit du verset d'Iyov qui parle de la pluie, et du verset de Yechaya qui parle de la création du monde. Le rapprochement des deux emplois établit l'égalité annoncée au segment précédent.

Rachi note deux fois, ici et au segment précédent, que les mots « et il est dit : Il affermit les montagnes » ne figurent pas dans sa version du texte.

14
כְּמַאן אָזְלָא הָא דִּכְתִיב: ״מַשְׁקֶה הָרִים מֵעֲלִיּוֹתָיו״, וְאָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: מֵעֲלִיּוֹתָיו שֶׁל הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא, כְּמַאן — כְּרַבִּי יְהוֹשֻׁעַ.

Selon qui se comprend ce qui est écrit : « Il abreuve les montagnes depuis Ses chambres hautes » (Tehilim 104, 13), à propos de quoi Rabbi Yo'hanan a dit : depuis les chambres hautes du Saint béni soit-Il ? Selon qui ?

Selon Rabbi Yehochoua.

📜 Rachi (2)
וְאָמַר רַבִּי יוֹחָנָן מֵעֲלִיּוֹתָיו שֶׁל מַעְלָה כְּלוֹמַר מִמַּיִם הָעֶלְיוֹנִים וְרַבִּי יוֹחָנָן מַיִם הָעֶלְיוֹנִים אֲתָא לְאַשְׁמוֹעִינַן דְּאִי לָאו רַבִּי יוֹחָנָן הָוֵי אָמֵינָא דְּהָכִי קָאָמַר מֵעֲלִיּוֹת שֶׁהַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא עוֹמֵד בָּהֶם הוּא מַשְׁקֶה אוֹתָן לְמַטָּה וּלְעוֹלָם הַמַּיִם מֵאוֹקְיָינוֹס:
« Et Rabbi Yo'hanan a dit : depuis Ses chambres d'en haut » — c'est-à-dire des eaux supérieures. Rabbi Yo'hanan vient nous enseigner les eaux supérieures : sans lui, j'aurais dit que le verset veut dire que, depuis les chambres hautes où se tient le Saint béni soit-Il, Il les abreuve en bas, et que l'eau viendrait toujours de l'océan.
כְּרַבִּי יְהוֹשֻׁעַ דְּאָמַר מִמַּיִם הָעֶלְיוֹנִים:
Selon Rabbi Yehochoua — qui dit : des eaux supérieures.
🗂️ Tossefot (1)
וְאָמַר רַבִּי יוֹחָנָן מֵעֲלִיּוֹתָיו שֶׁל הקב"ה כְּמַאן כְּר' יְהוֹשֻׁעַ. פִּי' כְּרַבִּי יְהוֹשֻׁעַ דְּאָמַר כָּל הָעוֹלָם כֻּולּוֹ מִמַּיִם הָעֶלְיוֹנִים הֵם שׁוֹתִים דְּאִי כְּרַבִּי אֱלִיעֶזֶר הָא אָמַר מִימֵּי אוֹקְיָינוֹס הוּא שׁוֹתֶה:
« Et Rabbi Yo'hanan a dit : depuis les chambres hautes du Saint béni soit-Il — selon qui ? Selon Rabbi Yehochoua. » Explication : selon Rabbi Yehochoua, qui dit que le monde entier boit des eaux supérieures ; car selon Rabbi Eliezer, il a dit que le monde boit des eaux de l'océan.
💡 Explication

La Guemara commence le partage des versets entre les deux positions. Ce verset des Tehilim, lu par Rabbi Yo'hanan, place l'origine de l'eau dans les chambres hautes, donc du côté de Rabbi Yehochoua.

Rachi précise l'apport exact de Rabbi Yo'hanan : le verset seul pourrait signifier que l'ordre part d'en haut alors que l'eau vient de l'océan. C'est Rabbi Yo'hanan qui tranche en faveur des eaux supérieures elles-mêmes.

15
וְרַבִּי אֱלִיעֶזֶר, כֵּיוָן דְּסָלְקִי לְהָתָם — ״מַשְׁקֶה מֵעֲלִיּוֹתָיו״ קָרֵי לְהוּ. דְּאִי לָא תֵּימָא הָכִי, ״אָבָק וְעָפָר מִן הַשָּׁמַיִם״ הֵיכִי מַשְׁכַּחַתְּ לַהּ? אֶלָּא כֵּיוָן דְּמִדְּלֵי לְהָתָם — ״מִן הַשָּׁמַיִם״ קָרֵי לֵיהּ. הָכִי נָמֵי: דְּסָלְקִי לְהָתָם — ״מֵעֲלִיּוֹתָיו״ קָרֵי לֵיהּ.

Et Rabbi Eliezer ? Puisqu'elles montent là-haut, le verset les appelle « Il abreuve depuis Ses chambres hautes ».

Car si tu ne dis pas ainsi, « poussière et poudre depuis les cieux » (Devarim 28, 24), comment le trouves-tu ? Il faut donc dire que, puisqu'elle s'élève là-haut, on l'appelle « depuis les cieux ».

Ici aussi : puisqu'elles montent là-haut, on les appelle « depuis Ses chambres hautes ».

📜 Rachi (1)
וְר' אֱלִיעֶזֶר אָמַר לְעוֹלָם מֵעֲלִיּוֹתָיו שֶׁל הקב"ה כְּרַבִּי יוֹחָנָן וְכוּ':
Et Rabbi Eliezer — il dit qu'en vérité « depuis les chambres hautes du Saint béni soit-Il » s'entend comme le dit Rabbi Yo'hanan, etc.
💡 Explication

Rabbi Eliezer garde sa position en changeant la portée du mot. Un objet peut être nommé d'après le lieu où il passe, sans en tirer son origine.

La preuve est prise d'un verset des malédiction : la poussière venue des cieux. Personne ne pense que la poussière se forme dans le ciel ; elle y monte, et l'Écriture la nomme ainsi. Le même usage s'applique aux nuées et aux chambres hautes.

🖼️ Schéma
La réponse de Rabbi Eliezer : nommé d'après le passage Le cas admis par tous poussière et poudre depuis les cieux (Devarim 28, 24) Le cas discuté Il abreuve les montagnes depuis Ses chambres hautes (Tehilim 104, 13) Origine : le sol. Elle monte, puis elle est nommée depuis les cieux. Origine : l'océan. Les nuées montent, puis elles sont nommées d'en haut. Règle commune : le lieu où la chose s'élève donne son nom, sans indiquer son origine.
Le contre-exemple de la poussière sert à établir un usage de langue, que Rabbi Eliezer applique ensuite à son verset.
16
כְּמַאן אָזְלָא הָא דְּאָמַר רַבִּי חֲנִינָא: ״כֹּנֵס כַּנֵּד מֵי הַיָּם נֹתֵן בְּאֹוצָרוֹת תְּהוֹמוֹת״. מִי גָּרַם לָאוֹצָרוֹת שֶׁיִּתְמַלְּאוּ בָּר — תְּהוֹמוֹת, כְּרַבִּי אֱלִיעֶזֶר. וְרַבִּי יְהוֹשֻׁעַ: הַהוּא

Selon qui se comprend ce qu'a dit Rabbi Hanina : « Il amasse comme une digue les eaux de la mer, Il met en réserve les abîmes » (Tehilim 33, 7) — qu'est-ce qui a fait que les réserves se remplissent de grain ? Les abîmes.

Selon Rabbi Eliezer. Et Rabbi Yehochoua ?

Celui-là

📜 Rachi (1)
תְּהוֹמוֹת מַיִם שֶׁל מַטָּה כְּדִכְתִיב תְּהוֹמוֹת יְכַסְיֻומוּ (שְׁמוֹת טו):
Les abîmes — les eaux d'en bas, ainsi qu'il est écrit « les abîmes les recouvrirent » (Chemot 15, 5).
💡 Explication

Second verset partagé, dans l'autre sens. Rabbi Hanina lit le mot otsarot, réserves, comme les greniers de grain, et attribue leur remplissage aux tehomot, les abîmes, c'est-à-dire les eaux d'en bas. Cette lecture convient à Rabbi Eliezer.

Le folio s'interrompt sur la question posée à Rabbi Yehochoua et le premier mot de sa réponse. La suite se lit en 10a.

✉ Signaler une erreur de traduction

Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).