Taanit 9a — La dîme qui enrichit, l'enfant de Rech Lakich, et la pluie qui vient pour un seul

Taanit 9a

Sougya : Le folio achève la série de cinq enseignements de Rabbi Yo'hanan annoncée en 8b par un siman (rassemblement, armées, tsedaka, maasser, parnas) : il en reste deux, le maasser et le parnas. Le quatrième enseignement est la lecture de « asser te'asser » : prélève la dîme afin de t'enrichir.

Cette lecture est mise en scène dans une rencontre entre Rabbi Yo'hanan et le jeune fils de Rech Lakich, qui lui oppose l'interdit d'éprouver Hachem et reçoit la seule exception, tirée de Malakhi 3, 10 ; l'enfant conclut qu'avec ce verset il n'avait besoin ni du maître ni du maître de son maître. Une seconde rencontre porte sur « la sottise de l'homme pervertit sa voie et son cœur s'irrite contre Hachem » : Rabbi Yo'hanan cherche l'allusion de ce verset des Ketouvim dans la Torah, et l'enfant la trouve dans la parole des frères de Yossef.

La mère emmène l'enfant, par crainte du regard qui a fait mourir son père. Le cinquième enseignement pose la distinction centrale du folio : la pluie descend pour un seul, la subsistance vient pour un grand nombre.

Une baraita sur les trois pourvoyeurs — Moche, Aharon, Miriam — et les trois dons — le puits, la nuée, la manne — semble la contredire, puisque la manne venait par le mérite de Moche seul ; la réponse distingue celui qui demande pour lui-même et celui qui demande pour tous. Le folio se poursuit sur le verset des trois bergers retranchés en un seul mois et sur l'histoire de Rav Papa et des trois élèves de Rava.

Où l'on est dans le folio : la fin du siman de Rabbi Yo'hanan Siman annoncé en 8b : kibouts - gayassot - tsedaka - maasser - parnas Cinq enseignements de Rabbi Yo'hanan. Les trois premiers sont en 8b. Les deux derniers ouvrent et structurent notre folio. 4. Maasser (segments 0 à 6) Asser te'asser : prélève la dîme afin de t'enrichir. Mise en scène : Rabbi Yo'hanan et le jeune fils de Rech Lakich, deux rencontres. - Rencontre 1 : peut-on éprouver le Ciel ? La seule exception, Malakhi 3, 10. - Rencontre 2 : un verset des Ketouvim a-t-il toujours son allusion dans la Torah ? Fin : la mère emmène l'enfant loin du regard de Rabbi Yo'hanan. 5. Parnas (segments 7 à 13) Matar bichvil yahid, parnassa bichvil rabim : la pluie pour un seul, la subsistance pour un grand nombre. Deux versets à l'appui. Objection : la baraita des trois pourvoyeurs et des trois dons. La manne venait par le mérite de Moche, donc d'un seul. Réponse : Moche demandait pour tous, il compte comme un grand nombre. Suite : Rav Papa et les trois élèves de Rava.
Le folio termine la liste annoncée en 8b : il développe le quatrième mot du siman (maasser) puis le cinquième (parnas).
Le dialogue avec l'enfant : qui interroge qui Rabbi Yo'hanan Le jeune fils de Rech Lakich 1. Récite-moi ton verset. 2. Asser te'asser (Devarim 14, 22). 3. Et que signifie asser te'asser ? 4. Prélève la dîme afin de t'enrichir. 5. D'où le tiens-tu ? 6. Va et fais-en l'essai. 7. Éprouver le Ciel ? Il est écrit : vous n'éprouverez pas Hachem (Devarim 6, 16). 8. Rabbi Hochaya : sauf en ce cas-ci. Malakhi 3, 10 : éprouvez-Moi donc par la. 9. Si j'étais arrivé à ce verset, je n'aurais eu besoin ni de toi ni de Hochaya ton maître.
L'enfant ouvre en répondant, puis prend la conduite du dialogue : il interroge, objecte, et conclut en se passant des deux maîtres.
Trois pourvoyeurs, trois dons, et l'objection contre Rabbi Yo'hanan Pourvoyeur Don À sa mort Retour Miriam Le puits Le puits disparaît (Bamidbar 20, 1-2) Par le mérite des deux Aharon La colonne de nuée Les nuées disparaissent : le roi d'Arad attaque Par le mérite de Moche Moche La manne Les trois dons cessent ensemble Aucun L'usage de la baraita dans la sougya Objection : la manne est de la parnassa, et elle venait par le mérite de Moche, un seul homme. Réponse : Moche la demandait pour tous ; celui qui demande pour un grand nombre compte comme un grand nombre.
La baraita fournit l'objection et, par sa lecture attentive, la réponse : ce qui compte est celui pour qui la demande est faite.
1
״עַשֵּׂר תְּעַשֵּׂר״ — עַשֵּׂר בִּשְׁבִיל שֶׁתִּתְעַשֵּׁר.

« Asser te'asser » (tu prélèveras la dîme, Devarim 14, 22) — prélève la dîme (asser) afin de t'enrichir (chetit'acher).

🗂️ Tossefot (1)
עַשֵּׂר תְּעַשֵּׂר. הָכִי אִיתָא בְּסִיפְרֵי עַשֵּׂר תְּעַשֵּׂר אֵת כָּל תְּבוּאַת זַרְעֶךָ הַיֹּוצֵא הַשָּׂדֶה שָׁנָה שָׁנָה אֵין לִי אֶלָּא תְּבוּאַת זַרְעֶךָ שֶׁחַיָּיב בְּמַעֲשֵׂר רִבִּית וּפְרַקְמַטְיָא וְכָל שְׁאָר רְווָחִים מִנַּיִן ת"ל אֶת כָּל דַּהֲוָה מָצֵי לְמֵימַר אֶת תְּבוּאָתְךָ מַאי כֹּל לְרַבּוֹת רִבִּית וּפְרַקְמַטְיָא וְכָל דָּבָר שֶׁמַּרְוִיחַ בּוֹ וְהָכִי נָמֵי אִיכָּא בַּהַגָּדָה הַיּוֹצֵא הַשָּׂדֶה שָׁנָה [שָׁנָה] כְּלוֹמַר אִם לֹא תְּעַשֵּׂר שָׂדְךָ כַּהֹוגֶן לֹא יִהְיֶה לְךָ אֶלָּא הַיּוֹצֵא מִן הַשָּׂדֶה כְּלוֹמַר לֹא יַעֲשֶׂה שָׂדְךָ אֶלָּא כְּפִי מַעַשְׂרוֹת שֶׁהָיוּ קֹודֶם לָכֵן דְּהַייְנוּ הַיּוֹצֵא מִן הַשָּׂדֶה כְּלוֹמַר מַה שֶׁהָיִיתָ רָגִיל לְהוֹצִיא לְמַעֲשֵׂר מִן הַשָּׂדֶה וּמַעֲשֶׂה בְּאָדָם אֶחָד שֶׁהָיָה עָשִׁיר וְהָיָה לוֹ שָׂדֶה שֶׁעָשְׂתָה אֶלֶף כּוֹר וְהָיָה אוֹתוֹ עָשִׁיר נוֹטֵל ק' כּוֹרִין לְמַעֲשֵׂר וּמַפְרִישׁ כָּל שָׁנָה וְשָׁנָה וְכֵן עָשָׂה כָּל יָמָיו כְּשֶׁחָלָה לָמוּת קָרָא לִבְנוֹ וְאָמַר לוֹ בְּנִי דַּע שֶׁשָּׂדֶה זוֹ שֶׁאֲנִי מוֹרִישׁ לְךָ עוֹשֶׂה בְּכָל שָׁנָה וְשָׁנָה אֶלֶף כּוֹרִין הִזָּהֵר שֶׁתַּפְרִישׁ ק' כּוֹרִין כַּאֲשֶׁר עָשִׂיתִי וּמֵת אוֹתוֹ הָאִישׁ וְעָמַד הַבֵּן בִּמְקוֹמוֹ וְעָשָׂה הַשָּׂדֶה אֶלֶף כּוֹרִין כַּאֲשֶׁר הָיָה עוֹשֶׂה בְּחַיֵּי הָאָב וְהִפְרִישׁ מִמֶּנָּה ק' כּוֹרִין בְּשָׁנָה שְׁנִיָּה נִסְתַּכֵּל וְרָאָה הַבֵּן שֶׁמַּעֲשֵׂר הָיָה דָּבָר גָּדוֹל וְאָמַר שֶׁלֹּא יַפְרִישׁ לְשָׁנָה אַחֶרֶת נִתְמַעֵט הַשָּׂדֶה וְלֹא עָשָׂה כִּי אִם מֵאָה כּוֹרִין נִצְטַעֵר עָלָיו וְשָׁמְעוּ קְרוֹבָיו שֶׁכָּךְ מִיעֵט וְלֹא הִפְרִישׁ מַעֲשֵׂר בָּאוּ כֻּולָּם אֶצְלוֹ מְלֻובָּשִׁים לְבָנִים וּשְׂמֵחִים אָמַר לָהֶם כִּמְדֻומֶּה לִי שֶׁאַתֶּם שְׂמֵחִים בְּקַלְקָלָתִי אָמְרוּ לוֹ נִצְטַעֵר עָלֶיךָ כִּי גָּרַמְתָּ לְךָ כָּל הָרָעָה הַזֹּאת וּמִפְּנֵי מַה לֹא הִפְרַשְׁתָּ מַעֲשֵׂר כָּרָאוּי הֵיטֵב בֹּא וּרְאֵה כִּי מִתְּחִלָּה כְּשֶׁבָּא הַשָּׂדֶה לְיָדְךָ הָיִיתָ בַּעַל הַבַּיִת והקב"ה כֹּהֵן שֶׁהָיָה הַמַּעֲשֵׂר חֶלְקוֹ לִיתֵּן לַעֲנִיִּים וְעַכְשָׁיו שֶׁלֹּא הִפְרַשְׁתָּ חֶלְקוֹ לוֹ הָיָה הקב"ה בַּעַל הַבַּיִת וְאַתָּה כֹּהֵן שֶׁאֵין שָׂדְךָ עוֹשֶׂה מַה שֶׁהָיָה עוֹשֶׂה מִתְּחִלָּה אֶלֶף כּוֹרִין וְהִפְרִישׁ לְךָ מֵאָה כּוֹרִין וְהַיְינוּ דִּכְתִיב (בַּמִּדְבָּר ה) וְאִישׁ אֶת קֳדָשָׁיו לוֹ יִהְיוּ כְּלוֹמַר כְּשֶׁאֵינוֹ מַפְרִישׁ כַּהֹוגֶן לֹא יִהְיֶה לוֹ אֶלָּא הַקֳּדָשִׁים כְּלוֹמַר הַמַּעֲשֵׂר וְעַל זֶה אָמְרוּ חֲכָמִים הַמְעַכֵּב מְעֻשְּׂרוֹתָיו לְסוֹף בָּא שֶׁלֹּא יִהְיֶה לוֹ אֶלָּא אֶחָד מַעֲשֵׂר כְּדִכְתִיב (יְשַׁעְיָהוּ ה) וְזֶרַע חֹומֶר יַעֲשֶׂה אֵיפָה דְּהַייְנוּ הַמַּעֲשֵׂר דְּאֵיפָה ג' סְאִין וּבְחֹומֶר יֵשׁ (לו) ל' סְאִין וְכֵן כְּתִיב כִּי עֲשֶׂרֶת צִמְדֵּי כֶרֶם יַעֲשׂוּ בַּת אֶחָת וה"ר נָתָן האופניא"ל פִּי' הַיּוֹצֵא מִן הַשָּׂדֶה כְּלוֹמַר וְאִם לָאו שֶׁאֵין אַתָּה מַפְרִישׁ הָעִישּׂוּר יִהְיֶה לְאוֹתוֹ הַיּוֹצֵא לַשָּׂדֶה דְּהַייְנוּ עֵשָׂו הָרָשָׁע כְּלוֹמַר שֶׁיִּקָּחוּהוּ הָעוֹבָדֵי כּוֹכָבִים:
« Asser te'asser ». Ainsi est-il enseigné dans le Sifri : « Tu prélèveras la dîme de tout le produit de ta semence, ce qui sort du champ, année par année » (Devarim 14, 22). Je n'ai là que le produit de ta semence, qui est tenu à la dîme ; d'où l'inclusion de l'intérêt, du négoce et de tous les autres profits ? L'enseignement dit « de tout » : le texte aurait pu dire « ton produit » ; que vient donc ajouter « tout » ? Inclure l'intérêt, le négoce et toute chose dont on tire un gain. Et il y a de même dans l'agada sur « ce qui sort du champ, année [par année] » : si tu ne prélèves pas la dîme de ton champ comme il convient, tu n'auras que ce qui sort du champ, c'est-à-dire que ton champ ne produira plus que selon les dîmes d'autrefois, à savoir ce que tu avais coutume de prélever comme dîme du champ. Et il advint qu'un homme riche possédait un champ qui produisait mille kor ; ce riche en prélevait cent kor comme dîme et les mettait à part chaque année, et il fit ainsi toute sa vie. Quand il tomba malade pour mourir, il appela son fils et lui dit : Mon fils, sache que ce champ que je te laisse produit chaque année mille kor ; prends garde à en prélever cent kor comme je l'ai fait. Cet homme mourut, le fils prit sa place, le champ produisit mille kor comme du vivant du père, et il en préleva cent kor. La deuxième année, le fils considéra et vit que la dîme était une grosse affaire, et il dit qu'il ne prelevrait pas l'année suivante. Le champ diminua et ne produisit que cent kor. Il s'en affligea. Ses proches apprirent qu'il avait ainsi diminué et n'avait pas prélevé la dîme ; ils vinrent tous chez lui, vêtus de blanc et joyeux. Il leur dit : Il me semble que vous vous réjouissez de mon malheur. Ils lui dirent : Nous nous affligeons pour toi, car c'est toi qui t'es attiré tout ce mal. Pourquoi n'as-tu pas prélevé la dîme comme il convient ? Viens et vois : au début, quand le champ t'est venu en main, tu étais le maître de maison et le Saint béni soit-Il était le kohen, puisque la dîme était Sa part, à donner aux pauvres ; maintenant que tu ne Lui as pas prélevé Sa part, le Saint béni soit-Il est le maître de maison et toi le kohen, car ton champ ne produit plus ce qu'il produisait d'abord, mille kor, et il t'a prélevé cent kor. C'est ce qui est écrit : « et chacun, ses choses saintes seront à lui » (Bamidbar 5, 10), c'est-à-dire que celui qui ne prélève pas comme il convient n'aura que les choses saintes, à savoir la dîme. À ce propos les Sages ont dit : celui qui retient ses dîmes finit par n'avoir qu'un dixième, comme il est écrit : « une semence d'un homer produira une éifa » (Yechayahou 5, 10), c'est-à-dire la dîme, car une éifa fait trois sea et un homer en contient trente. Et de même il est écrit : « car dix arpents de vigne ne produiront qu'un bat ». Et Rabbi Natan de Ofnial a expliqué « ce qui sort du champ » ainsi : si tu ne prélèves pas le dixième, [ton bien] ira à celui qui sort au champ, à savoir Essav le méchant, c'est-à-dire que les nations le prendront.
🪔 Ben Yehoyada (1)
עַשֵּׂר בִּשְׁבִיל שֶׁתִּתְעַשֵּׁר. קָשֶׁה הַכָּתוּב אוֹמֵר 'תְּעַשֵּׂר' פֹּועַל יוֹצֵא לַאֲחֵרִים וְהוּא מוֹסִיף אוֹת תָּי"ו יָתֵר כְּדֵי שֶׁתַּחֲזֹור הַפְּעֻולָּה לְעַצְמוֹ וּמְנָא לֵיהּ הָא? וְנִרְאֶה לִי בס"ד דְּמָצִינוּ שֶׁלֹּא נָתַן הקב"ה חֵלֶק לְשֵׁבֶט לֵוִי הַכֹּהֲנִים וְהַלְוִיִּם אֶלָּא הֵם מִתְפַּרְנְסִים מִתְּרוּמוֹת וּמַעַשְׂרוֹת וּשְׁאָר מַתְּנוֹת כְּהֻונָּה שֶׁיִּתְּנוּ לָהֶם יִשְׂרָאֵל, וּפֵרַשְׁנוּ שֶׁבָּזֶה זוֹכִין יִשְׂרָאֵל בְּעֹושֶׁר וּבְרָכָה בְּיוֹתֵר שֶׁאִם יִהְיֶה לָהֶם בְּצִמְצוּם לֹא תִּהְיֶה פַּרְנָסַת כֹּהֲנִים וּלְוִיִּם מִתְּרוּמוֹת וּמַעַשְׂרוֹת בְּהַרְווָחָה לְכָךְ הקב"ה יִתֵּן לָהֶם בְּרָכָה בְּיוֹתֵר כְּדֵי שֶׁאָז חֵלֶק הַכֹּהֲנִים וּלְוִיִּם בִּתְרוּמוֹת וּמַעַשְׂרוֹת גַּם כֵּן יִהְיֶה מְרֻובֶּה בְּרִיוַּח, וְלָכֵן אָמַר הַכָּתוּב (דְּבָרִים יד, כב) 'עַשֵּׂר תְּעַשֵּׂר' רוֹצֶה לוֹמַר תּוֹצִיא מַעֲשֵׂר שֶׁבּוֹ תַּעֲשִׁיר לַכֹּהֲנִים וּלְוִיִּם וְאִם כֵּן מִמֵּילָא גַּם אַתָּה תִּתְעַשֵּׂר, דְּאֵיךְ תַּעֲשִׁיר לְשֵׁבֶט לֵוִי אִם לֹא תִּתְעַשֵּׂר אַתָּה בִּבְרָכָה?! וּלְפִי זֶה מַה שֶׁאָמַר תִּתְעַשֵּׂר לָא אִצְטְרִיךְ קְרָא לְפָרֵשׁ זֶה אֶלָּא כֵּיוָן דְּאָמַר 'תְּעַשֵּׂר' לַאֲחֵרִים מִמֵּילָא נוֹדַע שֶׁגַּם הוּא יִתְעַשֵּׁר דְּהָא בְּהָא תַּלְיָא.
« Prélève la dîme afin de t'enrichir. » Difficulté : le verset dit te'asser, verbe dont l'action porte sur autrui, et il ajoute un tav supplémentaire pour que l'action revienne sur celui qui agit ; d'où tire-t-on cela ? Il me semble, avec l'aide du Ciel, que nous trouvons que le Saint béni soit-Il n'a pas donné de part à la tribu de Levi, aux kohanim et aux leviim : ils vivent des teroumot, des maasserot et des autres dons de la kehouna que les enfants d'Israël leur remettent. Nous avons expliqué que par la Israël mérite une richesse et une bénédiction accrues : car s'ils n'avaient que le strict nécessaire, la subsistance des kohanim et des leviim tirée des teroumot et des maasserot ne serait pas large ; c'est pourquoi le Saint béni soit-Il leur donne une bénédiction accrue, afin que la part des kohanim et des leviim dans les teroumot et les maasserot soit elle aussi abondante. C'est pourquoi le verset dit « asser te'asser » (Devarim 14, 22) : prélève une dîme par laquelle tu enrichiras les kohanim et les leviim, et dès lors toi aussi tu t'enrichiras — car comment enrichirais-tu la tribu de Levi si tu ne t'enrichissais pas toi-même par la bénédiction ? Selon cela, le verset n'avait pas besoin d'expliciter « tit'acher » : dès lors qu'il dit « te'asser » à l'égard d'autrui, on sait d'emblée que lui aussi s'enrichira, car l'un dépend de l'autre.
💡 Explication

Le folio ouvre sur le quatrième mot du siman annoncé en 8b, maasser. La lecture repose sur la forme redoublée du verset, asser te'asser, où le verbe est répété. On lit le second terme comme tit'acher, tu t'enrichiras : les mêmes consonnes portent le prélèvement et la richesse.

Le point sensible est l'intention. Prélever la dîme afin de s'enrichir ressemble à servir en vue d'une récompense, ce que l'on évite ailleurs. Le folio va assumer cette intention dans ce cas précis, et la suite du dialogue en donnera l'autorisation textuelle.

2
אַשְׁכְּחֵיהּ רַבִּי יוֹחָנָן לְיָנוֹקָא דְּרֵישׁ לָקִישׁ, אֲמַר לֵיהּ: אֵימָא לִי פְּסוּקָיךְ! אֲמַר לֵיהּ: ״עַשֵּׂר תְּעַשֵּׂר״. אֲמַר לֵיהּ: וּמַאי ״עַשֵּׂר תְּעַשֵּׂר״? אֲמַר לֵיהּ: עַשֵּׂר בִּשְׁבִיל שֶׁתִּתְעַשֵּׁר, אֲמַר לֵיהּ: מְנָא לָךְ? אֲמַר לֵיהּ: זִיל נִסִּי.

Rabbi Yo'hanan rencontra le jeune fils de Rech Lakich. Il lui dit : Récite-moi ton verset !

Il lui dit : « Asser te'asser ». Il lui dit : Et que signifie « asser te'asser » ?

Il lui dit : Prélève la dîme afin de t'enrichir. Il lui dit : D'où le tiens-tu ?

Il lui dit : Va et fais-en l'essai.

📜 Rachi (2)
לְיָנוֹקָא דְּרֵישׁ לָקִישׁ בֶּן אֲחוֹתוֹ שֶׁל ר' יוֹחָנָן וּלְאַחַר מִיתָתוֹ שֶׁל רֵישׁ לָקִישׁ כִּדְמוֹכַח לְקַמָּן:
Le jeune fils de Rech Lakich — c'était le fils de la sœur de Rabbi Yo'hanan, et cela se passait après la mort de Rech Lakich, comme il ressort de la suite.
אָמַר יָנוֹקָא לְר' יוֹחָנָן מַאי עַשֵּׂר תְּעַשֵּׂר:
Il dit — c'est le jeune garçon qui dit à Rabbi Yo'hanan : que signifie asser te'asser ?
🪔 Ben Yehoyada (2)
אֲמַר לֵיהּ: מְנָא לָךְ? אֲמַר לֵיהּ: זִיל נִסִּי. הִקְשָׁה גְּבוּרוֹת אֲרִי וַהֲלֹא קְרָא קָדָרֵישׁ מִדִּכְתִיב (דְּבָרִים יד, כב) 'עַשֵּׂר תְּעַשֵּׂר'! וְעוֹד הוּא בְּעַצְמוֹ שָׁאַל לוֹ מַאי עַשֵּׂר תְּעַשֵּׂר? וְאֵיךְ בָּתַר דְּאָמַר לוֹ פֵּירוּשׁ הַכָּתוּב פָּרֵיךְ לֵיהּ מְנָא לָךְ? וְעוֹד אַמַּאי הֵשִׁיב לוֹ זִיל נִסִּי, הֲוָה לֵיהּ לְמֵימַר קְרָא (מַלְאָכִי ג, י) 'וּבְחָנוּנִי' דְּמַיְיתִי בַּמַּסְּקָנָא עַייֵּן שָׁם. וְנִרְאֶה לִי בס"ד דְּהַיָּנוֹקָא מַקְשֵׁי לְרַבִּי יוֹחָנָן מְנָא לֵיהּ לִדְרוֹשׁ שֶׁבָּא הַכָּתוּב לְלַמְּדֵנוּ דְּשָׁרֵי לְעַשֵּׂר בְּכַוָּנָה כְּדֵי שֶׁיִּתְעַשֵּׁר? אֵימָא הָכִי קָאָמַר אִם תְּעַשֵּׂר תִּזְכֶּה לְהִתְעַשֵּׂר, אֲבָל לְעוֹלָם אָסוּר לִיתֵּן מַעֲשֵׂר בִּשְׁבִיל שֶׁיִּתְעַשֵּׁר דְּאָסוּר לַעֲבֹוד עַל מְנָת לְקַבֵּל פְּרָס, אַךְ רַבִּי יוֹחָנָן לֹא חָשַׁב דְּהַיָּנוֹקָא חַכִּים כֻּולֵּי הַאי לְהַקְשׁוֹת קֻושְׁיָא כָּזוֹ אֶלָּא חָשַׁב שֶׁהַיָּנוֹקָא שׁוֹאֵל מְנָא לֵיהּ דְּהַמַּעֲשֵׂר יוֹעִיל לְהַעֲשִׁיר? דְּזוֹ הִיא שְׁאֵלָה פְּשׁוּטָה וְקַלָּה שֶׁאֵין בָּהּ חֲרִיפוּת כְּאוֹתָהּ הַשְּׁאֵלָה, וְלָכֵן לֹא הֵבִיא לוֹ פְּסִיק שֶׁל 'וּבְחָנוּנִי' אֶלָּא אָמַר לוֹ דָּבָר לְשַׁכֵּךְ דַּעְתּוֹ יוֹתֵר בְּאוֹמְרוֹ 'זִיל נִסִּי' דְּהַנִּסָּיוֹן שֶׁרוֹאֵהוּ בְּעֵינָיו עָדִיף לֵיהּ מֵהוֹכָחָה שֶׁל דִּבְרֵי הַכָּתוּב דַּתָּא חֲזִי עָדִיף לְקָטָן מִן תָּא שְׁמַע, אַךְ הַיָּנוֹקָא אַף עַל פִּי שֶׁבֶּאֱמֶת לֹא הָיְתָה כַּוָּנָתוֹ בִּשְׁאֵלָה עַל זֹאת עִם כָּל זֶה כֵּיוָן שֶׁשָּׁמַע מֵרַבִּי יוֹחָנָן דְּאָמַר לוֹ זִיל נִסִּי, מָצָא לוֹ קֻושְׁיָא אַחַת גְּדוֹלָה בִּדְבָרָיו וְאָמַר לוֹ וּמִי שָׁרִי לְנַסּוֹיֵי לְהַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא? וְהָא כְּתִיב: (דְּבָרִים ו, טז) לֹא תְנַסּוּ אֶת ה'? וְאָז הֻוכְרַח רַבִּי יוֹחָנָן לְהָבִיא לוֹ רְאָיָה דְּשָׁרֵי לְנַסּוֹת מִן פָּסוּק 'וּבְחָנוּנִי' וּמִמֵּילָא גַּם עִיקַּר שְׁאֵלָתוֹ שֶׁל הַיָּנוֹקָא נִתְפָּרְשָׁה אֶצְלוֹ עַל יְדֵי פָּסוּק זֶה.
« Il lui dit : D'où le tiens-tu ? Il lui dit : Va et fais-en l'essai. » Le Guevourot Ari a objecté : c'est pourtant un verset qu'il expose, puisqu'il est écrit « asser te'asser » (Devarim 14, 22) ! De plus, c'est lui-même qui avait demandé : que signifie asser te'asser ? Comment, après que [Rabbi Yo'hanan] lui eut donné le sens du verset, lui objecte-t-il « d'où le tiens-tu ? » Et encore : pourquoi lui répondre « va et fais-en l'essai », alors qu'il aurait dû citer le verset « et éprouvez-Moi » (Malakhi 3, 10), qu'il amène d'ailleurs en conclusion ? Voir là-bas. Il me semble, avec l'aide du Ciel, que le jeune garçon objectait à Rabbi Yo'hanan ceci : d'où tire-t-il que le verset vient nous enseigner qu'il est permis de prélever la dîme avec l'intention de s'enrichir ? Dis plutôt que le verset enseigne : si tu prélèves la dîme tu mériteras de t'enrichir, mais il reste toujours interdit de donner la dîme pour s'enrichir, car il est interdit de servir en vue de recevoir une récompense. Or Rabbi Yo'hanan ne pensait pas l'enfant assez savant pour poser une telle question ; il crut que l'enfant demandait d'où l'on sait que la dîme a le pouvoir d'enrichir, question simple et facile, dépourvue de la finesse de l'autre. C'est pourquoi il ne lui apporta pas le verset « et éprouvez-Moi », mais lui dit une chose propre à apaiser davantage son esprit : « va et fais-en l'essai », car l'expérience vue de ses yeux vaut mieux pour lui qu'une preuve tirée des mots du verset — « viens et vois » vaut mieux, pour un enfant, que « viens et entends ». Mais le jeune garçon, bien que telle n'eût pas été en vérité son intention dans sa question, dès qu'il entendit Rabbi Yo'hanan lui dire « va et fais-en l'essai », y trouva une grande objection et lui dit : est-il donc permis d'éprouver le Saint béni soit-Il ? N'est-il pas écrit « vous n'éprouverez pas Hachem » (Devarim 6, 16) ? Rabbi Yo'hanan fut alors contraint de lui apporter une preuve qu'il est permis d'éprouver, à partir du verset « et éprouvez-Moi » ; et par là même la question première du jeune garçon se trouva résolue pour lui par ce verset.
אֲמַר לֵיהּ: זִיל נִסִּי. מַקְשִׁים הָא קָטָן לָאו בַּר חִיּוּבָא דְּמַעֲשֵׂר וְאֵיךְ אָמַר לוֹ זִיל נִסִּי? וְנִרְאֶה לִי דְּאַף עַל גַּב דְּלָאו בַּר חִיּוּבָא הוּא אִם יִתֵּן יְקַבֵּל שְׂכַר עֹושֶׁר. אוֹ יוּבָן אָמַר לוֹ זִיל נִסִּי, וְכַוָּנָתוֹ לוֹמַר דְּכָל זֶה הוּא בָּדוּק וְיָדוּעַ לְכָל שֶׁגַּם אַתָּה כְּשֶׁתִּגְדַּל תְּנַסֶּה וְיַעֲלֶה בְּיָדֶיךָ. אַךְ מַקְשִׁים וְהָא אִיכָּא דְּנוֹתְנִים מַעֲשֵׂר וְאֵינָם מִתְעַשְּׂרִים? וְתֵירֵץ בְּנִי יְדִידִי כְּבוֹד הָרַב יַעֲקֹב הי"ו דְּאִלּוּ הַחֵטְא גּוֹרֵם לָהֶם לִמְנֹועַ מֵהֶם הָעֹושֶׁר הָרָאוּי לָבֹא לָהֶם עַל יְדֵי הַמַּעֲשֵׂר וּלְכָךְ בְּיָנוֹקָא דְּאֵינוֹ בַּר עוֹנְשִׁין בָּטַח לִבּוֹ שֶׁל רַבִּי יוֹחָנָן שֶׁאִם יְעַשֵּׂר יִתְעַשֵּׁר וּלְכָךְ אָמַר לוֹ זִיל נִסִּי, עַד כָּאן דְּבָרָיו נר"ו.
« Il lui dit : Va et fais-en l'essai. » On objecte : un mineur n'est pas tenu à la mitsva de la dîme, comment donc lui dire « va et fais-en l'essai » ? Il me semble que, bien qu'il n'y soit pas tenu, s'il donne il recevra la récompense de la richesse. Ou bien on comprendra qu'il lui a dit « va et fais-en l'essai » en voulant dire : tout cela est éprouvé et connu de tous, et toi aussi, quand tu grandiras, tu en feras l'essai et cela te réussira. Mais on objecte : bien des gens donnent la dîme et ne s'enrichissent pas ! Mon fils bien-aimé, l'honorable Rav Yaakov, qu'il vive, a répondu : chez eux, la faute empêche la richesse qui devait leur venir par la dîme ; c'est pourquoi, s'agissant d'un enfant, qui n'est pas passible de châtiment, Rabbi Yo'hanan était assuré que s'il prélevait la dîme il s'enrichirait, et c'est pourquoi il lui a dit « va et fais-en l'essai ». Fin de ses paroles, qu'il soit garde.
💡 Explication

La guemara met la lecture précédente en scène. Rabbi Yo'hanan demande à l'enfant de réciter son verset, c'est-à-dire celui qu'il vient d'apprendre à l'école : c'était un usage de demander à un enfant ce qu'il avait étudié ce jour-là. Le hasard du verset récité ouvre le sujet.

Rachi donne deux informations qui pèsent sur toute la scène : l'enfant est le neveu de Rabbi Yo'hanan, et Rech Lakich est déjà mort. La tension de la fin du passage, quand la mère emmènera l'enfant, est déjà inscrite ici.

La réponse « zil nassi », va et fais-en l'essai, est une réponse par l'expérience et non par le texte. C'est elle qui déclenche l'objection de l'enfant.

🖼️ Schéma
Les deux personnes de la scène, selon Rachi Rabbi Yo'hanan Le maître. Frère de la mère de l'enfant. Son beau-frère et compagnon d'étude, Rech Lakich, est mort. Ses paupières couvrent ses yeux : il doit les relever pour regarder. Le jeune fils de Rech Lakich Encore à l'école : il récite le verset appris le jour même. Neveu de Rabbi Yo'hanan. Il questionne, objecte, et finit par se passer des deux maîtres.
Rachi installe le lien de famille et le deuil : les deux éléments qui donneront son poids à la fin de la scène.
3
אֲמַר לֵיהּ: וּמִי שְׁרֵי לְנַסּוֹייֵהּ לְהַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא? וְהָכְתִיב: ״לֹא תְנַסּוּ אֶת ה׳״! אֲמַר לֵיהּ, הָכִי אָמַר רַבִּי הוֹשַׁעְיָא: חוּץ מִזּוֹ, שֶׁנֶּאֱמַר: ״הָבִיאוּ אֶת כָּל הַמַּעֲשֵׂר אֶל בֵּית הָאוֹצָר וִיהִי טֶרֶף בְּבֵיתִי וּבְחָנוּנִי נָא בָּזֹאת אָמַר ה׳ צְבָאוֹת אִם לֹא אֶפְתַּח לָכֶם אֵת אֲרֻבּוֹת הַשָּׁמַיִם וַהֲרִיקֹתִי לָכֶם בְּרָכָה עַד בְּלִי דָי״.

Il lui dit : Et est-il permis d'éprouver le Saint béni soit-Il ? N'est-il pas écrit : « Vous n'éprouverez pas Hachem votre D.ieu » (Devarim 6, 16) !

Il lui dit : Ainsi a dit Rabbi Hochaya : sauf en ce cas-ci, ainsi qu'il est dit : « Apportez toute la dîme à la maison du trésor, et qu'il y ait de la nourriture dans Ma maison ; éprouvez-Moi donc par là, dit Hachem Tsevaot, [pour voir] si Je n'ouvre pas pour vous les écluses des cieux et ne déverse pas sur vous une bénédiction au-delà de la suffisance » (Malakhi 3, 10).

📜 Rachi (1)
א"ל יָנוֹקָא וְהָכְתִיב לֹא תְּנַסּוּ:
Le jeune garçon lui dit — mais n'est-il pas écrit « vous n'éprouverez pas » ?
🪔 Ben Yehoyada (1)
אֲמַר לֵיהּ: הָכִי אָמַר רַבִּי הוֹשַׁעְיָא: חוּץ מִזּוֹ, שֶׁנֶּאֱמַר: (מַלְאָכִי ג, י) הָבִיאוּ אֶת כָּל הַמַּעֲשֵׂר אֶל בֵּית הָאוֹצָר וִיהִי טֶרֶף בְּבֵיתִי וּבְחָנוּנִי נָא בָּזֹאת וְכוּ'.. פֵּירוּשׁ רַבִּי הוֹשַׁעְיָא דִּיֵּיק מִתֵּיבַת 'בְּזֹאת' דְּלָא הֲוָה לֵיהּ לְמֵימַר אֶלָּא וּבְחָנוּנִי נָא אִם לֹא אֶפְתַּח לָכֶם וְכוּ' וְאָמַר 'בָּזֹאת' לְמֵידַק דַּוְקָא בְּזוֹ תְּנַסּוּ וְלֹא בְּאַחֶרֶת! וְלָכֵן אָמַר לוֹ יָנוֹקָא: אִי הֲוָה מָטֵינָא הָתָם לְהַאי פְּסוּקָא לָא הֲוֵינָא צְרִיכְנָא לָךְ וּלְרַבִּי הוֹשַׁעְיָא רַבְּךָ, פֵּירוּשׁ לֹא הָיִיתִי צָרִיךְ לִדְרָשָׁה שֶׁלְּךָ שֶׁדָּרַשְׁתָּ עָשָׂר בִּשְׁבִיל שֶׁתִּתְעַשֵּׁר, וְלֹא לִדְרָשָׁה דְּרַבִּי הוֹשַׁעְיָא רַבְּךָ שֶׁדָּרַשׁ מִן תֵּיבַת 'בָּזֹאת' דְּהָיִיתִי יוֹדֵעַ לְדַקְדֵּק דִּקְדּוּק זֶה מִדַּעְתִּי דְּהוּא פָּשׁוּט.
« Il lui dit : Ainsi a dit Rabbi Hochaya : sauf en ce cas-ci, ainsi qu'il est dit (Malakhi 3, 10) : Apportez toute la dîme à la maison du trésor, et qu'il y ait de la nourriture dans Ma maison ; éprouvez-Moi donc par là, etc. » Explication : Rabbi Hochaya le déduit précisément du mot <i>bazot</i>, par là. Il aurait suffi de dire « éprouvez-Moi donc, si Je n'ouvre pas pour vous, etc. » ; s'il dit « par là », c'est pour marquer que c'est en cela seulement que vous éprouverez, et non en autre chose. C'est pourquoi le jeune garçon lui dit : si j'étais arrivé là, à ce verset, je n'aurais eu besoin ni de toi ni de Rabbi Hochaya ton maître — c'est-à-dire que je n'aurais eu besoin ni de ton exposé, « prélève la dîme afin de t'enrichir », ni de l'exposé de Rabbi Hochaya ton maître tiré du mot <i>bazot</i>, car j'aurais su faire cette déduction de moi-même, tant elle est simple.
💡 Explication

L'objection de l'enfant est de fond. L'interdit de nissayon, éprouver le Ciel, est un verset explicite du Deutéronome ; or « va et fais-en l'essai » invite exactement à cela.

La réponse cite Rabbi Hochaya, maître de Rabbi Yo'hanan : la dîme est la seule exception. Le verset de Malakhi 3, 10 emploie le verbe bahan, éprouver, et le met à l'impératif, adressé aux hommes. Le Ben Ich Haï précise le point d'appui exact : le mot bazot, par là, qui restreint l'autorisation à ce seul domaine.

4
מַאי ״עַד בְּלִי דַּי״? אָמַר רָמֵי בַּר חָמָא אָמַר רַב: עַד שֶׁיִּבְלוּ שִׂפְתוֹתֵיכֶם מִלּוֹמַר ״דַּי״. אֲמַר לֵיהּ: אִי הֲוָת מָטֵי הָתָם לְהַאי פְּסוּקָא, לָא הֲוֵית צְרִיכְנָא לָךְ וּלְהוֹשַׁעְיָא רַבָּךְ.

Que signifie « au-delà de la suffisance » (ad beli dai) ? Rami bar Hama a dit au nom de Rav : jusqu'à ce que vos lèvres s'usent (yivlou) à dire « assez » (dai).

[Le jeune garçon] lui dit : si j'étais arrivé là, à ce verset, je n'aurais eu besoin ni de toi ni de Hochaya ton maître.

📜 Rachi (3)
שֶׁיִּבְלוּ כְּלוֹמַר שֶׁיִּיגְעוּ דולוראנ"ט בְּלַעַ"ז:
Qu'elles s'usent — c'est-à-dire qu'elles se fatiguent ; dolorant en langue vernaculaire.
אִי הֲוָה מָטֵינָא לְהָתָם לְהַאי קְרָא דְּהֵבִיאוּ אֶת כָּל הַמַּעֲשֵׂר הֲוָה יְדַעִית לֵיהּ מִמֵּילָא:
Si j'étais arrivé là — à ce verset « apportez toute la dîme », je l'aurais su de moi-même.
לֵר' הוֹשַׁעְיָא רַבְּךָ דַּאֲמַרִית לִי מִשְּׁמֵיהּ:
Ni de Rabbi Hochaya ton maître — puisque tu me l'as dit en son nom.
🪔 Ben Yehoyada (1)
מַאי "עַד בְּלִי דַּי" (מַלְאָכִי ג, י) ? אָמַר רָמִי בַּר חָמָא, אָמַר רַב: עַד שֶׁיִּבְלוּ שִׂפְתוֹתֵיכֶם מִלּוֹמַר: 'דָּי'. קָשֶׁה הַאי דְּרָשָׁה דְּרָמֵי בַּר חָמָא לְמַאי אִצְטְרִיךְ לְמִייְתֵּי הָכָא, דְּכָאן הֵבִיא פָּסוּק זֶה לְהוֹכִיחַ לְתִינוֹק דְּשָׁרֵי לְנַסּוֹת וּדְרָשָׁה זוֹ מְקוֹמָהּ בְּשַׁבָּת דַּף ל"ב (שַׁבָּת לב:) דְּאָמַר וְאִם נוֹתְנִין מִתְבָּרְכִין וְכוּ' וְשָׁם הֵבִיא דְּרָשָׁה זוֹ? וְנִרְאֶה לִי בס"ד דְּהֵבִיא דְּרָשָׁה זוֹ כְּדֵי לְיַישֵּׁב הַטַּעַם דְּשָׁרֵי לְנַסּוֹת בְּמִצְוָה זוֹ וְהַייְנוּ דְּקָאָמַר עַד שֶׁיִּבְלוּ שִׂפְתוֹתֵיכֶם מִלּוֹמַר 'דָּי' וּכְפִי הַטֶּבַע אִי אֶפְשָׁר לִהְיוֹת כָּךְ דָּמֵי יֹאמַר עַל הַטּוֹבָה 'דָּי'?! אַךְ אָדָם טוֹב שׁוֹלֵט בְּתַאֲוָתוֹ וְאוֹמֵר 'דָּי' וְנִמְצָא בְּמִצְוָה זוֹ הָאָדָם מְנַסֶּה עַצְמוֹ אִם הוּא יָכוֹל לִשְׁלֹוט בְּתַאֲוָתוֹ לוֹמַר 'דָּי' וְלָכֵן שָׁרִי לְנַסּוֹת אֶת השי"ת בְּדָבָר זֶה דַּוְקָא מִפְּנֵי שֶׁבָּזֶה הוּא יַכִּיר וְיֵדַע בְּעַצְמוֹ אִם הוּא שׁוֹלֵט בְּתַאֲוָתוֹ אוֹ לָאו.
« Que signifie au-delà de la suffisance (Malakhi 3, 10) ? Rami bar Hama a dit au nom de Rav : jusqu'à ce que vos lèvres s'usent à dire : assez. » Difficulté : à quoi bon amener ici cet exposé de Rami bar Hama ? Ici, le verset a été cité pour prouver à l'enfant qu'il est permis d'éprouver, et la place de cet exposé est dans Chabbat 32b, où il est enseigné « et s'ils donnent, ils sont bénis, etc. » et où cet exposé est amené. Il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'il l'a amené pour établir la raison pour laquelle il est permis d'éprouver dans cette mitsva : c'est le sens de « jusqu'à ce que vos lèvres s'usent à dire assez ». Or, selon la nature, cela ne peut pas se produire, car qui dirait « assez » devant le bien ? Mais l'homme bon maîtrise son désir et dit « assez ». Il se trouve donc que dans cette mitsva l'homme s'éprouve lui-même, pour savoir s'il est capable de maîtriser son désir au point de dire « assez ». C'est pourquoi il est permis d'éprouver Hachem précisément en cette chose, parce que par elle l'homme reconnaîtra et saura de lui-même s'il maîtrise son désir ou non.
💡 Explication

La guemara s'arrête sur les derniers mots du verset, ad beli dai, littéralement « jusqu'à sans assez ». Rav lit beli par la racine de l'usure : la bénédiction sera telle que les lèvres s'useront à répéter « assez ».

La dernière phrase revient au dialogue. L'enfant ferme la scène : le verset de Malakhi dit lui-même ce que les deux maîtres ont exposé, et il aurait su le lire seul. Le Ben Ich Haï ajoute une raison au privilège de cette mitsva : celui qui doit apprendre à dire « assez » s'éprouve lui-même en même temps qu'il éprouve le Ciel.

5
וְתוּ אַשְׁכְּחֵיהּ רַבִּי יוֹחָנָן לְיָנוֹקֵיהּ דְּרֵישׁ לָקִישׁ דְּיָתֵיב וְאָמַר: ״אִוֶּלֶת אָדָם תְּסַלֵּף דַּרְכּוֹ וְעַל ה׳ יִזְעַף לִבּוֹ״.

Et de nouveau Rabbi Yo'hanan rencontra le jeune fils de Rech Lakich, qui était assis et disait : « La sottise de l'homme pervertit sa voie, et son cœur s'irrite contre Hachem » (Michlei 19, 3).

📜 Rachi (1)
אִוֶּלֶת אָדָם תְּסַלֵּף דַּרְכּוֹ וְעַל ה' יִזְעַף לִבּוֹ כְּשֶׁאָדָם חוֹטֵא מְסַלֵּף דַּרְכּוֹ שֶׁבָּאִין עָלָיו פְּגָעִים וְעַל הַשֵּׁם יִזְעַף לִבּוֹ שֶׁכּוֹעֵס וְאוֹמֵר מִפְּנֵי מָה אֵירַע לִי פָּגַע זֶה:
La sottise de l'homme pervertit sa voie, et son cœur s'irrite contre Hachem — quand l'homme faute, il pervertit sa voie, de sorte que des malheurs lui arrivent, et son cœur s'irrite contre Hachem : il se met en colère et dit pourquoi ce malheur m'est-il arrivé.
💡 Explication

Deuxième rencontre, même dispositif : l'enfant récite, le maître réagit. Le verset de Michlei décrit un enchaînement en deux temps, que Rachi explicite : la faute produit le malheur, puis l'homme s'en prend au Ciel au lieu de remonter à la cause.

6
יְתֵיב רַבִּי יוֹחָנָן וְקָא מַתְמַהּ. אָמַר: מִי אִיכָּא מִידֵּי דִּכְתִיבִי בִּכְתוּבֵי דְּלָא רְמִיזִי בְּאוֹרָייְתָא? אֲמַר לֵיהּ: אַטּוּ הָא מִי לָא רְמִיזִי, וְהָכְתִיב: ״וַיֵּצֵא לִבָּם וַיֶּחֶרְדוּ אִישׁ אֶל אָחִיו לֵאמֹר מַה זֹּאת עָשָׂה אֱ-לֹהִים לָנוּ״.

Rabbi Yo'hanan s'assit et s'étonna. Il dit : Y a-t-il quoi que ce soit d'écrit dans les Ketouvim qui ne soit pas suggéré dans la Torah ?

Il lui dit : Est-ce à dire que cela n'y est pas suggéré ? N'est-il pas écrit : « Leur cœur défaillit, et ils se tournèrent en tremblant l'un vers l'autre en disant : qu'est-ce que D.ieu nous a fait la ? » (Berechit 42, 28).

📜 Rachi (1)
וְלֹא רָמְזָה מֹשֶׁה בְּאוֹרָיְיתָא שֶׁהַחֹומֶשׁ הוּא יְסוֹד נְבִיאִים וּכְתוּבִים וּבְכֻולָּן יֵשׁ סֶמֶךְ לִמְצוֹא מִן הַתּוֹרָה:
Et il ne l'a pas suggéré — Moche, dans la Torah ; car le Houmach est le fondement des Nevi'im et des Ketouvim, et pour tous on trouve un appui tiré de la Torah.
🪔 Ben Yehoyada (1)
יְתֵיב רַבִּי יוֹחָנָן וְקָא מַתְמַהּ, אָמַר: מִי אִיכָּא מִידִי, דִּכְתִיבִי בִּכְתוּבֵי דְּלָא רְמִיזִי בְּאוֹרָיְתָא. הַקֻּושְׁיָא כָּאן יְדוּעָה וְכִי רַבִּי יוֹחָנָן לֹא קָרָא פָּסוּק זֶה עֲדַיִין, וּמַה נִתְחַדֵּשׁ לוֹ עַתָּה? וְעַייֵּן מָהַרְשָׁ"א וְהָרִי"ף זַ"ל. וְנִרְאֶה לִי בס"ד דְּרַבִּי יוֹחָנָן הָיָה חוֹשֵׁב פָּסוּק זֶה מְדַבֵּר בְּעוֹשֵׂי שְׁתֵּי רָעוֹת, אַחַת בֵּין אָדָם לַמָּקוֹם וְאַחַת בֵּין אָדָם לַחֲבֵירוֹ וְהָכִי קָאָמַר (מִשְׁלֵי יט, ג) ' אִוֶּלֶת אָדָם תְּסַלֵּף דַּרְכּוֹ ' תְּסַבֵּב לוֹ לִגְזוֹל וְלִגְנוֹב וּלְכַחֵשׁ בַּעֲמִיתוֹ דְּהוּא עָוֹן בֵּין אָדָם לַחֲבֵירוֹ וְלֹא דַּי לוֹ זֶה אֶלָּא גַּם ' עַל ה' יִזְעַף לִבּוֹ ' דְּהַיְינוּ אַחַר שֶׁגָּנַב אוֹ כִּיחֵשׁ וַחֲבֵירוֹ הֵבִיאוּ לַדִּין יְמַלְּאֶנּוּ לִבּוֹ לְהִשָּׁבַע בִּשְׁמוֹ יִתְבָּרֵךְ לַשֶּׁקֶר הֲרֵי כָּאן עָוֹן בֵּין אָדָם לַמָּקוֹם וּכְמוֹ שֶׁכָּתַב רַבֵּינוּ מָהָרָ"ם אַלְשֵׁיךְ זַ"ל בַּפָּסוּק (וַיִּקְרָא יט, יא) לֹא תִּגְנֹבוּ וְלֹא תְכַחֲשׁוּ וְלֹא תְשַׁקְּרוּ אִישׁ בַּעֲמִיתוֹ וְלֹא תִשָּׁבְעוּ בִשְׁמִי לַשָּׁקֶר וְחִלַּלְתָּ אֶת שֵׁם אֱלֹקֶיךָ אֲנִי ה' יְעֻויַּן שָׁם, כָּךְ הָיָה רַבִּי יוֹחָנָן מְפָרֵשׁ מִקֹּודֶם דִּבְרֵי הַפָּסוּק הַזֶּה דִּתְרֵי מִילֵּי קָאָמַר. אָמְנָם עַתָּה אַשִּׁכְחֵיהּ לְיָנוֹקָא שֶׁהָיָה גּוֹרֵס הַכָּתוּב בִּלְשׁוֹן תֵּימַהּ כְּדֵי לְבָרֵר הַמַּשְׁמָעוּת שֶׁלּוֹ בִּקְרִיאָתוֹ וְהַיְינוּ שֶׁהָיָה קוֹרֵא וְעַל ה' יִזְעַף לִבּוֹ? בְּנִיגּוּן שֶׁל תֵּימַהּ כְּמוֹ (בְּרֵאשִׁית ג, יא) 'הֲמִן הָעֵץ אֲשֶׁר צִוִּיתִיךָ לְבִלְתִּי אֲכָל מִמֶּנּוּ אָכָלְתָּ?', וְנִמְצָא הַיָּנוֹקָא הוֹרָה בִּקְרִיאָתוֹ דְּמַה שֶׁנֶּאֱמַר וְעַל ה' יִזְעַף לִבּוֹ לָאו מִילְּתָא בְּאַפֵּי נַפְשָׁהּ הִיא אֶלָּא גְּזוּרָה מִדְּבָרִים הַקּוֹדְמִים לָהּ, וְאִם כֵּן לְפִי דַּעְתּוֹ כֵּן הוּא מַשְׁמָעוּת הַכָּתוּב דְּקָאָמַר הִנֵּה אִוֶּלֶת אָדָם תְּסַלֵּף דַּרְכּוֹ שֶׁלָּכֵן בָּאוּ עָלָיו יִסּוּרִין כִּי מִיָּדוֹ הָיְתָה לוֹ, וְהוּא עַל ה' יִזְעַף לִבּוֹ שֶׁחוֹשֵׁב שֶׁהֵבִיא עָלָיו יִסּוּרִין שֶׁלֹּא כַּדִּין, אֶתְמְהָא? וְאָמַר רַבִּי יוֹחָנָן וַדַּאי זֶה הַבֵּיאוּר הַמּוּבָן מִדִּבְרֵי הַיָּנוֹקָא הוּא לְמָדוֹ מֵרַבּוֹ וְלָכֵן קָא תָּמֵהַּ עַל בֵּיאוּר זֶה שֶׁאֵינוֹ מוֹצֵא לוֹ רֶמֶז בְּאוֹרָיְיתָא אֲבָל בֵּיאוּר שֶׁהָיָה רַבִּי יוֹחָנָן מֵבִין מִקֹּודֶם בַּפָּסוּק הוּא יוֹדֵעַ שֶׁיֵּשׁ לוֹ רֶמֶז בַּתּוֹרָה וְהוּא בְּפָרָשַׁת קְדוֹשִׁים בַּפָּסוּק לֹא תִּגְנֹבוּ וְכוּ' וְלֹא תִשָּׁבְעוּ בִשְׁמִי לַשָּׁקֶר וְכַאֲשֶׁר פֵּירְשׁוּ רַבֵּינוּ מָהָרָ"ם אַלְשֵׁיךְ זַ"ל עַל דֶּרֶךְ זֶה וְכָאָמוּר לְעֵיל. וְהֵשִׁיב לוֹ הַיָּנוֹקָא גַּם זֶה רָמוּז בַּתּוֹרָה, דִּכְתִיב (בְּרֵאשִׁית מב, כח) מַה זֹּאת עָשָׂה אֱלֹקִים לָנוּ, דְּאַף עַל גַּב דְּהֵם יוֹדְעִים שֶׁחָטְאוּ חֵטְא גָּדוֹל בִּמְכִירַת יוֹסֵף הַצַּדִּיק ע"ה, שֶׁרָאוּי לְהָבִיא עֲלֵיהֶם יִסּוּרִין אֵלּוּ עִם כָּל זֶה הֵם תְּמֵהִים מַה זֹּאת עָשָׂה אֱלֹקִים לָנוּ וּכְמַאֲמַר הַכָּתוּב כָּאן וְעַל ה' יִזְעַף לִבּוֹ. וּכְשֶׁרָאָה רַבִּי יוֹחָנָן חֲרִיפוּת הַתִּינוֹק שֶׁהֵבִיא לוֹ רֶמֶז זֶה מִן הַתּוֹרָה שֶׁחִדְּשׁוּ מִדַּעְתּוֹ עַתָּה רָצָה לִרְאוֹתוֹ וְאַל תִּתְמַהּ אֵיךְ רַבִּי יוֹחָנָן תָּמַהּ עַל זֶה וְנֶעְלַם מִמֶּנּוּ הָרֶמֶז הַזֶּה שֶׁאָמַר הַתִּינוֹק בַּפָּסוּק 'מַה זֹאת' דְּאֶפְשָׁר רַבִּי יוֹחָנָן תָּמַהּ לְחַדֵּד הַיָּנוֹקָא לִרְאוֹת אִם יוּכַל לְחַדֵּשׁ הָרֶמֶז מִדַּעְתּוֹ. וְעוֹד נִרְאֶה לִי בס"ד דְּרַבִּי יוֹחָנָן מִקֹּודֶם הָיָה מְפָרֵשׁ פָּסוּק זֶה שֶׁל אִוֶּלֶת אָדָם תְּסַלֵּף דַּרְכּוֹ הַיְינוּ שֶׁאִם הָאָדָם יִרְאֶה הַרְווָחָתוֹ מִתְמַעֶטֶת אֵינוֹ מְחַסֵּר מִן הוֹצָאוֹת אֲכִילָה וּשְׁתִיָּה וּמַלְבּוּשׁ שֶׁהֵם צָרְכֵי הַגּוּף שֶׁעוֹלִים לְסַךְ גָּדוֹל אֶלָּא מְמַעֵט מִן הוֹצָאוֹת שֶׁהֵם לְצֹורֶךְ גָּבוֹהַּ דָּבָר הַנּוֹגֵעַ לְמִצְוַת ה'. וְזֶהוּ אִוֶּלֶת אָדָם תְּסַלֵּף דַּרְכּוֹ דַּעֲוֹנֹותָיו גּוֹרְמִין שֶׁתִּתְמַעֵט הַרְווָחָתוֹ וְהוּא אֵינוֹ עוֹשֶׂה הֶפְרֵשׁ בְּהוֹצָאוֹת הַגַּשְׁמִיּוּת אֶלָּא עַל ה' יִזְעַף לִבּוֹ רוֹצֶה לוֹמַר בַּדְּבָרִים הָרוּחָנִיִּים יִזְעַף לִבּוֹ לְמַעֵט וּלְחַסֵּר בָּהֶם וְעַל זֶה הָיָה יוֹדֵעַ שֶׁיֵּשׁ רֶמֶז בַּתּוֹרָה בְּפָרָשַׁת רָאָה (דְּבָרִים טו, ט) הִשָּׁמֶר לְךָ פֶּן יִהְיֶה דָבָר עִם לְבָבְךָ בְלִיַּעַל לֵאמֹר קָרְבָה שְׁנַת הַשֶּׁבַע שְׁנַת הַשְּׁמִטָּה וְרָעָה עֵינְךָ בְּאָחִיךָ הָאֶבְיוֹן דַּוְקָא וְלֹא בְּהוֹצָאוֹת הַבַּיִת שֶׁלְּךָ! וּמִן נִיגּוּן שֶׁל הַתִּינוֹק הֵבִין בֵּיאוּר הַכָּתוּב בְּאֹופֶן אַחֵר כַּאֲשֶׁר כָּתַבְנוּ לְעֵיל וְדוֹק.
« Rabbi Yo'hanan s'assit et s'étonna, il dit : Y a-t-il quoi que ce soit d'écrit dans les Ketouvim qui ne soit pas suggéré dans la Torah ? » La difficulté est ici connue : Rabbi Yo'hanan n'avait-il donc pas encore lu ce verset, et qu'y avait-il là de nouveau pour lui maintenant ? Voir le Maharcha et le Rif. Il me semble, avec l'aide du Ciel, que Rabbi Yo'hanan tenait ce verset pour parlant de celui qui commet deux fautes, l'une entre l'homme et le Lieu, l'autre entre l'homme et son prochain. Voici ce qu'il disait : « la sottise de l'homme pervertit sa voie » (Michlei 19, 3) — elle l'amène à voler, à dérober et à mentir à son compagnon, ce qui est une faute entre l'homme et son prochain ; et cela ne lui suffit pas, mais de plus « son cœur s'irrite contre Hachem », c'est-à-dire qu'après avoir volé ou menti, quand son compagnon l'amène en jugement, son cœur l'enhardit à jurer faussement par Son Nom béni : voilà une faute entre l'homme et le Lieu. Ainsi qu'a écrit notre maître le Maharam Alchikh sur le verset (Vayikra 19, 11) « vous ne volerez pas, vous ne mentirez pas et vous ne tromperez pas l'un envers l'autre, et vous ne jurerez pas faussement par Mon Nom, profanant le Nom de ton D.ieu ; Je suis Hachem » — voir là-bas. C'est ainsi que Rabbi Yo'hanan expliquait d'abord les paroles de ce verset, y voyant deux choses. Or voici qu'il rencontra le jeune garçon qui récitait le verset sur le ton de l'étonnement, afin d'en préciser le sens dans sa lecture : il lisait « et son cœur s'irrite contre Hachem ? » sur la mélodie de l'étonnement, comme « est-ce de l'arbre dont Je t'avais ordonné de ne pas manger que tu as mangé ? » (Berechit 3, 11). Il se trouve que le jeune garçon indiquait par sa lecture que « son cœur s'irrite contre Hachem » forme une proposition dépendant de ce qui précède plutôt qu'une proposition autonome. Selon lui, le sens du verset est donc : voici que la sottise de l'homme a perverti sa voie, et c'est pour cela que des souffrances lui sont venues, car elles sont de sa main ; et lui, son cœur s'irrite contre Hachem, pensant qu'Il lui a envoyé des souffrances injustement — étonnant ! Et Rabbi Yo'hanan se dit que cette explication, qui ressort des paroles du jeune garçon, il l'a apprise de son maître ; c'est pourquoi il s'étonna de cette explication, pour laquelle il ne trouvait pas d'allusion dans la Torah. Quant à l'explication qu'il comprenait auparavant dans le verset, il savait qu'elle a son allusion dans la Torah, dans la parachat Kedochim, dans le verset « vous ne volerez pas, etc., et vous ne jurerez pas faussement par Mon Nom », comme l'a expliqué notre maître le Maharam Alchikh de cette manière, ainsi qu'il a été dit. Le jeune garçon lui répondit que cela aussi est suggéré dans la Torah, car il est écrit (Berechit 42, 28) « qu'est-ce que D.ieu nous a fait la ? » : bien qu'ils sussent avoir commis une grande faute dans la vente de Yossef le juste, la paix sur lui, faute qui méritait de leur attirer ces souffrances, ils s'étonnent malgré tout : « qu'est-ce que D.ieu nous a fait la ? », comme le dit ici le verset, « et son cœur s'irrite contre Hachem ». Et quand Rabbi Yo'hanan vit la finesse de l'enfant, qui lui apportait de la Torah cette allusion qu'il venait de trouver de lui-même, il voulut le voir. Ne t'étonne pas que Rabbi Yo'hanan se soit étonné là-dessus et que cette allusion du verset « mah zot » lui ait échappé : il se peut que Rabbi Yo'hanan se soit étonné pour aiguiser le jeune garçon, afin de voir s'il saurait trouver l'allusion de lui-même. Il me semble encore, avec l'aide du Ciel, que Rabbi Yo'hanan expliquait d'abord ce verset de « la sottise de l'homme pervertit sa voie » ainsi : si l'homme voit ses gains diminuer, il ne retranche pas sur les dépenses de nourriture, de boisson et de vêtement, qui sont les besoins du corps et montent à une grosse somme, mais il retranche sur les dépenses qui sont pour les besoins d'en haut, ce qui touche aux mitsvot d'Hachem. Voilà « la sottise de l'homme pervertit sa voie » : ses fautes font que ses gains diminuent, et lui ne fait pas de différence dans les dépenses matérielles, mais « son cœur s'irrite contre Hachem », c'est-à-dire que c'est dans les choses spirituelles que son cœur s'irrite, pour les réduire et les diminuer. Et pour cela il savait qu'il y a une allusion dans la Torah, dans la parachat Réé (Devarim 15, 9) : « garde-toi qu'il n'y ait dans ton cœur une pensée vile en disant : la septième année approche, l'année de la chemita, et que ton œil ne soit mauvais envers ton frère pauvre » — envers lui précisément, et non envers les dépenses de ta maison ! Et c'est de la mélodie de l'enfant qu'il comprit le verset d'une autre manière, comme nous l'avons écrit plus haut ; et examine bien.
💡 Explication

Le principe posé par Rabbi Yo'hanan, et explicité par Rachi, est que le Houmach est le fondement des Nevi'im et des Ketouvim : tout ce qui figure dans les livres postérieurs a déjà son appui, au moins allusif, dans la Torah. Rabbi Yo'hanan s'étonne parce qu'il ne voit pas où ce verset de Michlei serait suggéré.

L'enfant répond par le verset de Berechit. Les frères de Yossef viennent de trouver l'argent dans leurs sacs ; ils savent leur faute, et pourtant ils s'écrient « qu'est-ce que D.ieu nous a fait la ? ». C'est exactement la situation décrite par Michlei : un homme dont la faute a produit le malheur, et qui s'en étonne comme d'une injustice.

7
דַּל עֵינֵיהּ וַחֲזָא בֵּיהּ, אָתְיָא אִימֵּיהּ אַפֵּיקְתֵּיהּ, אָמְרָה לֵיהּ: תָּא מִקַּמֵּיהּ, דְּלָא לֶיעְבַּד לָךְ כְּדַעֲבַד לַאֲבוּךְ.

Il leva les yeux et le regarda. Sa mère vint et l'emmena, en lui disant : Viens, éloigne-toi de lui, pour qu'il ne te fasse pas comme il a fait à ton père.

📜 Rachi (2)
דְּלִי עֵינֶיהָ רַבִּי יוֹחָנָן שֶׁהָיוּ עַפְעַפָּיו מְכַסִּין אֶת עֵינָיו וּמַגְבִּיהִין בְּמַזְלְגֵי דְּכַסְפָּא בְּבָבָא קַמָּא בְּפֶ' אַחֲרוֹן (דַּף קיז.) שֶׁהָיָה רוֹצֶה לִרְאוֹתוֹ מִפְּנֵי שֶׁהוּא חָרִיף:
Il leva les yeux — Rabbi Yo'hanan, dont les paupières couvraient les yeux et qu'on lui relevait avec des fourches d'argent, comme il est dit dans Baba Kama, au dernier chapitre (117a) ; il voulait le voir parce qu'il était fin d'esprit.
דְּלָא לֶיעֱבֵיד לָךְ כִּדְעָבַד לַאֲבוּךְ שֶׁלֹּא יִתֵּן עֵינָיו בְּךָ כְּמוֹ שֶׁנָּתַן בְּאָבִיךָ וֶהֱמִיתוֹ בְּבָבָא מְצִיעָא (דַּף פד.):
Pour qu'il ne te fasse pas comme il a fait à ton père — qu'il ne pose pas les yeux sur toi comme il les a posés sur ton père et l'a fait mourir, dans Baba Metsia (84a).
💡 Explication

Le geste est présent dans le texte sans explication : Rabbi Yo'hanan lève les yeux et fixe l'enfant. Rachi en donne la lecture favorable — il soulève ses paupières pour regarder l'enfant, tant sa finesse l'impressionne — et rappelle le récit de Baba Metsia 84a, où le regard de Rabbi Yo'hanan posé sur Rech Lakich a entraîné sa mort.

La mère lit le même geste autrement et emmène l'enfant. La scène se referme ainsi sur le deuil signalé dès le premier Rachi du folio.

8
אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: מָטָר בִּשְׁבִיל יָחִיד, פַּרְנָסָה בִּשְׁבִיל רַבִּים. מָטָר בִּשְׁבִיל יָחִיד, דִּכְתִיב: ״יִפְתַּח ה׳ לְךָ אֶת אוֹצָרוֹ הַטּוֹב לָתֵת מְטַר אַרְצְךָ״. פַּרְנָסָה בִּשְׁבִיל רַבִּים, דִּכְתִיב: ״הִנְנִי מַמְטִיר לָכֶם לֶחֶם״.

Rabbi Yo'hanan a dit : la pluie [vient] pour un seul, la subsistance pour un grand nombre. La pluie pour un seul, ainsi qu'il est écrit : « Hachem ouvrira pour toi Son bon trésor, [les cieux,] pour donner la pluie de ta terre » (Devarim 28, 12).

La subsistance pour un grand nombre, ainsi qu'il est écrit : « Voici que Je vais faire pleuvoir pour vous du pain » (Chemot 16, 4).

📜 Rachi (3)
מָטָר בִּשְׁבִיל יָחִיד שֶׁאִם א"צ מָטָר אֶלָּא לְאָדָם אֶחָד כְּגוֹן שֶׁזָּרַע אַחַר זְמַן זְרִיעַת בְּנֵי אָדָם אוֹ שֶׁדָּר בְּעִיר שֶׁכֻּולָּהּ נָכְרִים וְצָרִיךְ לְמָטָר בָּא בִּזְכוּתוֹ וּפַרְנָסָה שֶׁפַע טוֹבָה וּמִחְיָה לְכָל הָעוֹלָם אֵינוֹ בָּא לָעוֹלָם בִּזְכוּת אֶחָד אֶלָּא בִּשְׁבִיל רַבִּים שֶׁאִם רַבִּים צְרִיכִין שֹׂובַע שֶׁתִּשְׁלַח בְּרָכָה בִּתְבוּאָה הקב"ה עוֹשֶׂה אִם זָכוּ אֵבֶל יָחִיד הַצָּרִיךְ שֶׁיִּתְבָּרְכוּ תְּבוּאוֹתָיו אֵין הקב"ה מְשַׁנֶּה בַּעֲבוּרוֹ דִּין הַשָּׁנָה אֶלָּא כְּפִי בִּרְכוֹתֶיהָ ואע"פ שֶׁמּוֹרִיד בִּשְׁבִיל יָחִיד מָטָר זֶה לְהַשְׁבִּיחַ תְּבוּאוֹתָיו שֶׁלֹּא יְהוּ גְּרוּעוֹת מִשֶּׁל אֲחֵרִים אֲבָל לַעֲשׂוֹת שָׂדֵהוּ כִּשְׂדֵה שֹׂובַע לֹא:
La pluie pour un seul — si la pluie n'est nécessaire qu'à un seul homme, par exemple s'il a semé après le temps où les gens sèment, ou s'il habite une ville entièrement peuplée de non-Juifs et qu'il ait besoin de pluie, elle vient par son mérite. La subsistance, en revanche — l'abondance du bien et de quoi vivre pour le monde entier — ne vient jamais par le mérite d'un seul, mais seulement pour un grand nombre : si un grand nombre a besoin de satiété, que la bénédiction soit envoyée dans la récolte, le Saint béni soit-Il le fait s'ils en sont dignes ; mais pour un individu qui a besoin que ses récoltes soient bénies, le Saint béni soit-Il ne change pas pour lui le régime de l'année, qui reste selon ses bénédictions. Et bien qu'Il fasse descendre la pluie pour un seul, c'est pour améliorer ses récoltes afin qu'elles ne soient pas inférieures à celles des autres, mais non pour faire de son champ un champ d'abondance.
מְטַר אַרְצְךָ שֶׁל אֶחָד מַשְׁמַע:
La pluie de ta terre — cela s'entend d'un seul.
מַמְטִיר לָכֶם לְשׁוֹן רַבִּים:
Je vais faire pleuvoir pour vous — au pluriel.
🪔 Ben Yehoyada (1)
בניך שמו פניהם עלי, שאני כבן־בית לפניך. נראה לי בס"ד על פי מה שכתב הרב ערבי נחל ז"ל, דאם נעצרו הגשמים ימים רבים דאז חיי נפש תלויים בהם נחשבים בכלל הפרנסה וחסרונם נחשב חסרון פרנסה. גם ידוע מה שאמרו בגמרא לעיל (תענית ט.) , אמר רבי יוחנן מטר בשביל יחיד דכתיב (דברים כח, יב) יפתח ה' לך את אוצרו הטוב את השמים לתת מטר ארצך בעתו, ופרנסה בשביל רבים דכתיב (שמות טז, ד) הנני ממטיר לכם לחם מן השמים. ומקשי בגמרא דאמר מר מן ירד בזכות משה? ומתרץ בגמרא שאני משה כיון דלרבים בעי ליה כרבים דמי, ועוד איתא נוסחא אחרינא שאני משה זכותיה כרבים יעוין שם. והנה בודאי אף על גב דלא קם כמשה רבינו ע"ה ומי לנו גדול כמוהו עם כל זה אמרו רבותינו ז"ל (ראש השנה כה:) ירובעל בדורו כמשה בדורו, והנה הכא דעבר רוב אדר ולא ירדו גשמים אז הוי הגשמים פרנסה וכמו שכתב הרב ערבי נחל ז"ל, והשתא קשא איך ירד המטר בשביל חוני המעגל שהוא יחיד? ולזאת הקושיא יש לתרץ שני תירוצים של הש"ס הנזכר, חדא כיון דלרבים בעי ליה כרבים דמי ועוד שאני חוני המעגל דאלים בדורו זכותיה כרבים כי באמת יחיד בדורו היה והן הן שני טענות שטען חוני המעגל ע"ה אחר שראה שלא נענה חשב הטעם מפני שהוא יחיד ואותו זמן הגשמים נחשבים פרנסה ואין פרנסה באה בשביל יחיד לזה אמר בניך שמו פניהם עלי כלומר הן אמת דאנכי יחיד ומבקש על הגשמים שהם פרנסה אך לא בשבילי אני מבקש אלא בשביל רבים כי בניך שהם רבים שמו פניהם עלי ואני שלוחם בדבר זה וכיון דלרבים אנא בעי שפיר דמי. ועוד שאני כבן־בית לפניך שחושבין אותי כמשה בדורו שהיה כבן בית דאלים זכותיה כרבים דירובעל בדורו כמשה בדורו ולכן נשבע אני בשמך הגדול, שאיני זז מכאן עד שתרחם על בניך.
« Tes enfants ont tourné leur visage vers moi, car je suis comme un familier de la maison devant Toi. » Il me semble, avec l'aide du Ciel, d'après ce qu'a écrit le Arvei Nahal : si les pluies sont retenues de longs jours, au point que la vie des êtres en dépend, elles entrent dans la catégorie de la subsistance, et leur manque est tenu pour un manque de subsistance. On sait aussi ce qui a été dit dans la guemara plus haut (Taanit 9a) : Rabbi Yo'hanan a dit, la pluie pour un seul, ainsi qu'il est écrit (Devarim 28, 12) « Hachem ouvrira pour toi Son bon trésor, les cieux, pour donner la pluie de ta terre en son temps », et la subsistance pour un grand nombre, ainsi qu'il est écrit (Chemot 16, 4) « Voici que Je vais faire pleuvoir pour vous du pain depuis les cieux ». Et la guemara objecte : le maître n'a-t-il pas dit que la manne descendait par le mérite de Moche ? Et la guemara répond : Moche est différent, puisqu'il la demandait pour un grand nombre, il compte comme un grand nombre ; et il y a une autre version : Moche est différent, son mérite vaut celui d'un grand nombre — voir là-bas. Or, assurément, bien que nul ne se soit levé comme Moche notre maître, la paix sur lui, et que nul ne soit plus grand que lui, nos maîtres ont pourtant dit (Roch Hachana 25b) : Yeroubaal en sa génération est comme Moche en la sienne. Ici donc, où la plus grande partie du mois d'Adar était passée sans que les pluies fussent tombées, les pluies relèvent de la subsistance, comme l'a écrit le Arvei Nahal ; et alors se pose la difficulté : comment la pluie est-elle descendue pour Honi HaMé'aguel, qui n'était qu'un seul ? À cette difficulté on peut répondre par les deux réponses de la guemara citée : d'abord, puisqu'il la demandait pour un grand nombre, il compte comme un grand nombre ; ensuite, Honi HaMé'aguel est différent, car il était puissant en sa génération, son mérite valant celui d'un grand nombre, puisqu'il était en vérité unique en sa génération. Et ce sont là les deux arguments que fit valoir Honi HaMé'aguel, la paix sur lui : voyant qu'il n'était pas exaucé, il pensa que la raison en était qu'il n'était qu'un seul, qu'en ce temps-là les pluies relevaient de la subsistance, et que la subsistance ne vient pas pour un seul ; c'est pourquoi il dit « Tes enfants ont tourné leur visage vers moi », c'est-à-dire : il est vrai que je suis un seul et que je demande les pluies, qui sont la subsistance, mais je ne demande pas pour moi, je demande pour un grand nombre, car Tes enfants, qui sont nombreux, ont tourné leur visage vers moi et je suis leur envoyé en cette affaire ; et puisque c'est pour un grand nombre que je demande, il en va bien ainsi. Et de plus, « je suis comme un familier de la maison devant Toi », car on me tient pour un Moche en sa génération, qui était comme un familier de la maison, son mérite valant celui d'un grand nombre, puisque Yeroubaal en sa génération est comme Moche en la sienne. C'est pourquoi « je jure par Ton grand Nom que je ne bouge pas d'ici avant que Tu aies pitié de Tes enfants ».
💡 Explication

Cinquième et dernier enseignement du siman : parnas, le pourvoyeur. La distinction porte sur deux biens différents. Le matar, la pluie, peut descendre au mérite d'un seul homme ; la parnassa, la subsistance, ne vient que pour un grand nombre.

La preuve est grammaticale : « la pluie de ta terre » est au singulier, « Je vais faire pleuvoir pour vous » est au pluriel. Le même verbe de la pluie sert dans les deux versets, ce qui rend la différence de nombre significative.

Rachi resserre encore la portée de la première partie. La pluie qui descend pour un seul remet son champ au niveau des autres ; elle ne lui donne pas une année d'abondance à part, car le régime de l'année ne se modifie pas pour un individu.

🖼️ Schéma
Matar et parnassa : deux biens, deux régimes Matar - la pluie Vient au mérite d'un seul homme. Verset : pour donner la pluie de ta terre (Devarim 28, 12) - singulier. Exemples de Rachi : celui qui a semé hors saison ; celui qui vit seul dans une ville où nul autre n'a besoin de pluie. Portée limitée : son champ rejoint le niveau des autres, sans plus. Parnassa - la subsistance Vient pour un grand nombre seulement. Verset : Je vais faire pleuvoir pour vous du pain (Chemot 16, 4) - pluriel. Il s'agit de l'abondance elle-même : le régime de l'année, la bénédiction posée dans la récolte. Le Ciel ne modifie pas ce régime pour un individu.
La différence ne tient pas au volume d'eau mais au type de bien : réparer un manque local, ou fixer l'abondance d'une année.
9
מֵיתִיבִי, רַבִּי יוֹסֵי בְּרַבִּי יְהוּדָה אוֹמֵר: שְׁלֹשָׁה פַּרְנָסִים טוֹבִים עָמְדוּ לְיִשְׂרָאֵל, אֵלּוּ הֵן: מֹשֶׁה וְאַהֲרֹן וּמִרְיָם. וְשָׁלֹשׁ מַתָּנוֹת טוֹבוֹת נִיתְּנוּ עַל יָדָם, וְאֵלּוּ הֵן: בְּאֵר, וְעָנָן, וּמִן. בְּאֵר — בִּזְכוּת מִרְיָם, עַמּוּד עָנָן — בִּזְכוּת אַהֲרֹן, מָן — בִּזְכוּת מֹשֶׁה. מֵתָה מִרְיָם — נִסְתַּלֵּק הַבְּאֵר, שֶׁנֶּאֱמַר: ״וַתָּמָת שָׁם מִרְיָם״, וּכְתִיב בָּתְרֵיהּ: ״וְלֹא הָיָה מַיִם לָעֵדָה״, וְחָזְרָה בִּזְכוּת שְׁנֵיהֶן.

On objecte : Rabbi Yossi fils de Rabbi Yehouda dit : trois bons pourvoyeurs se sont levés pour Israël, à savoir Moche, Aharon et Miriam. Et trois bons dons ont été donnés par leur intermédiaire, à savoir le puits, la nuée et la manne.

Le puits, par le mérite de Miriam ; la colonne de nuée, par le mérite d'Aharon ; la manne, par le mérite de Moche. Miriam mourut, le puits disparut, ainsi qu'il est dit : « Et Miriam mourut là » (Bamidbar 20, 1), et il est écrit ensuite : « et il n'y eut pas d'eau pour la communauté » (Bamidbar 20, 2) ; et il revint par le mérite des deux [autres].

📜 Rachi (2)
בְּאֵרָהּ שֶׁל מִרְיָם סֶלַע וְזַבֵּין מִמֶּנּוּ מַיִם וְהָיָה מִתְגַּלְגֵּל וְהוֹלֵךְ עִם יִשְׂרָאֵל וְהוּא הַסֶּלַע שֶׁבּוֹ הִכָּה מֹשֶׁה שֶׁלֹּא הָיָה רוֹצֶה לְהַזִּיל מֵימָיו בִּשְׁבִילוֹ לְפִי שֶׁמֵּתָה מָרִים:
Le puits de Miriam — un rocher qui faisait jaillir de l'eau ; il roulait et avançait avec Israël. C'est le rocher que Moche frappa, car il ne voulait plus laisser couler ses eaux pour lui, du fait que Miriam était morte.
חָזְרָה בִּזְכוּת שְׁנֵיהֶן שֶׁכֵּן כְּתִיב וְדִבַּרְתָּם שְׁנֵיכֶם אֶל הַסֶּלַע וְנָתַן מֵימָיו:
Il revint par le mérite des deux — car il est écrit « et vous parlerez tous deux au rocher », et il donna ses eaux.
💡 Explication

La baraita est amenée comme teyouvta, objection contre Rabbi Yo'hanan. Elle établit une correspondance stricte entre trois parnassim et trois dons, chacun attaché au mérite d'une seule personne.

La preuve de la correspondance est fournie par la juxtaposition des versets : Miriam meurt, et le verset suivant signale le manque d'eau. Le lien de mérite se lit dans la succession des deux versets.

Rachi identifie le puits au rocher frappé par Moche et explique le refus du rocher par la mort de Miriam. Son retour, tiré du verset « vous parlerez tous deux », est attribué au mérite conjoint de Moche et d'Aharon.

10
מֵת אַהֲרֹן — נִסְתַּלְּקוּ עַנְנֵי כָּבוֹד, שֶׁנֶּאֱמַר: ״וַיִּשְׁמַע הַכְּנַעֲנִי מֶלֶךְ עֲרָד״, מַה שְׁמוּעָה שָׁמַע? שָׁמַע שֶׁמֵּת אַהֲרֹן וְנִסְתַּלְּקוּ עַנְנֵי כָּבוֹד, וּכְסָבוּר נִיתְּנָה לוֹ רְשׁוּת לְהִלָּחֵם בְּיִשְׂרָאֵל. וְהַיְינוּ דִּכְתִיב: ״וַיִּרְאוּ כָּל הָעֵדָה כִּי גָוַע אַהֲרֹן״.

Aharon mourut, les nuées de gloire disparurent, ainsi qu'il est dit : « Et le Cananéen, roi d'Arad, entendit » (Bamidbar 33, 40). Quelle nouvelle entendit-il ?

Il entendit qu'Aharon était mort et que les nuées de gloire avaient disparu, et il crut qu'on lui avait donné la permission de combattre Israël. Et c'est ce qui est écrit : « Et toute la communauté vit qu'Aharon avait expiré » (Bamidbar 20, 29).

📜 Rachi (1)
וְנִסְתַּלְּקוּ עַנְנֵי כָּבוֹד עַנְנֵי רָקִיעַ וַעֲנָנֵי עָשָׁן וּשְׁאָר עֲנָנִים אֵינָן שֶׁל כָּבוֹד:
Et les nuées de gloire disparurent — les nuées du firmament, les nuées de fumée et les autres nuées ne sont pas des nuées de gloire.
💡 Explication

Le raisonnement part d'un blanc dans le verset : le roi d'Arad « entendit », sans que le texte dise quoi. La guemara comble ce blanc par la disparition des nuées, événement visible de l'extérieur : la protection d'Israël devient soudain lisible pour un ennemi.

Rachi précise le sens de l'expression : les ananei kavod forment une catégorie à part, distincte des nuages ordinaires.

11
אָמַר רַבִּי אָבָהוּ: אַל תִּקְרֵי ״וַיִּרְאוּ״, אֶלָּא ״וַיִּירְאוּ״. כִּדְדָרֵישׁ רֵישׁ לָקִישׁ, דְּאָמַר רֵישׁ לָקִישׁ: ״כִּי״ מְשַׁמֵּשׁ בְּאַרְבַּע לְשׁוֹנוֹת: אִי, דִּלְמָא, אֶלָּא, דְּהָא.

Rabbi Abbahou a dit : ne lis pas « vayir'ou » (et ils virent), mais « vayera'ou » (et ils furent vus). Comme l'a exposé Rech Lakich ; car Rech Lakich a dit : [le mot] « ki » sert dans quatre acceptions : si, peut-être, mais, parce que.

📜 Rachi (1)
כִּי מְשַׁמֵּשׁ אַרְבַּע לְשׁוֹנוֹת אִי דִּלְמָא אֶלָּא דְּהָא כָּל מָקוֹם שֶׁצָּרִיךְ לִדְרוֹשׁ כִּי בֵּין לְעִנְיַן דְּרָשָׁה בֵּין לְמַשְׁמָעוּת הַמִּקְרָא תּוּכַל לְשַׁנּוֹתוֹ בְּאֶחָד מֵהָנֵי אַרְבַּע לְשׁוֹנוֹת דִּלְשׁוֹן כִּי מַשְׁמַע בְּכֻולָּם וְכֵן וְכַד וּבְרַם וַאֲרִי בִּכְלַל הָנֵי ד' הֵן וְהַאי דְּכִי גָּוַע אַהֲרֹן מִשְׁתַּמֵּשׁ בִּלְשׁוֹן דְּהָא וְשָׁמְעִינַן מִינָּהּ טַעְמָא דִּקְרָא דְּמַה טַעַם נִתְרָאוּ דְּהָא מִית שֶׁהֲרֵי מֵת אַהֲרֹן וְרֵישׁ לָקִישׁ לָא אָתֵי לְמֵימַר דְּלָא מְתַרְגְּמִין שׁוּם כִּי בָּעוֹלָם אֶלָּא מְהַנֵּי לְשׁוֹנוֹת אֶלָּא אֲפִי' מְתַרְגֵּם דִּלְמָא אֲרִי דָּרְשִׁינַן מִשִּׁמְעוֹתֶיהָ כְּמַשְׁמָעוּת דְּהָא וּמַאן דִּמְתַרְגֵּם וַחֲזִיאוּ כָּל כְּנִישְׁתָּא דְּהָא מִית טוֹעֶה הוּא דְּאִם כֵּן וְאִתְחֲזִיאוּ מִיבְּעֵי לֵיהּ וַיִּרְאוּ כָּל הָעֵדָה בְּמִשְׁקָל וַיִּרְאוּ רָאשֵׁי הַבַּדִּים וַיֵּרָפוּ הַמַּיִם וַיֵּעָלוּ מֵעַל מִשְׁכַּן קֹרַח:
Ki sert dans quatre acceptions : i, dilma, ela, deha — partout où il faut interpréter ki, que ce soit pour un exposé ou pour le sens littéral du verset, tu peux le rendre par l'une de ces quatre acceptions, car le terme ki les comporte toutes ; de même vekhad, veveram et ari sont compris dans ces quatre. Ici, « ki gava Aharon » s'emploie au sens de deha, parce que, et nous en apprenons la raison donnée par le verset : pourquoi furent-ils vus ? Parce qu'il est mort, puisque Aharon était mort. Et Rech Lakich ne vient pas dire qu'aucun ki au monde ne se traduit autrement que par ces acceptions ; même si l'on traduit dilma par ari, nous en exposons le sens comme le sens de deha. Et celui qui traduit « et toute l'assemblée vit, parce qu'il était mort » se trompe : s'il en était ainsi, il aurait fallu la forme passive. « Vayera'ou kol ha'eda » suit le même modèle que « vayera'ou rachei habadim » (et les extrémités des barres furent vues), « vayeratou hamayim » et « vayeaalou mealeu michkan Korah ».
💡 Explication

Le verset dit que toute la communauté vit qu'Aharon était mort, ce qui pose une difficulté : Aharon est mort au sommet de la montagne, hors de la vue du peuple. Rabbi Abbahou change la vocalisation du même squelette consonantique : au lieu de vayir'ou, actif, il lit vayera'ou, passif — ils furent vus.

Ce passage au passif rejoint la disparition des nuées : jusque-là les nuées couvraient Israël, et désormais le peuple est à découvert. La règle de Rech Lakich sur les quatre acceptions de ki fournit alors la charnière : ici, ki signifie « parce que ». Ils furent vus, parce qu'Aharon était mort.

Rachi ajoute deux précisions : la liste de Rech Lakich vaut pour le sens, non pour la traduction araméenne mot à mot, et la forme du verbe dans notre verset est bien celle d'un passif, sur le modèle d'autres versets qu'il cite.

🖼️ Schéma
Les quatre acceptions de ki, selon Rech Lakich i - si valeur conditionnelle dilma - peut-être valeur de doute ela - mais valeur d'opposition deha - parce que valeur causale Application à Bamidbar 20, 29 Lecture reçue : et toute la communauté vit QUE Aharon avait expiré. Difficulté : il est mort sur la montagne. Lecture de Rabbi Abbahou : vayera'ou, au passif - et toute la communauté FUT VUE. Avec ki au sens de deha : elle fut vue PARCE QUE Aharon était mort - les nuées qui la couvraient avaient disparu.
Un changement de vocalisation plus une acception de ki : le verset cesse de décrire ce que le peuple voit et décrit ce qu'on voit de lui.
12
חָזְרוּ שְׁנֵיהֶם בִּזְכוּת מֹשֶׁה, מֵת מֹשֶׁה נִסְתַּלְּקוּ כֻּולָּן, שֶׁנֶּאֱמַר: ״וָאַכְחִד אֶת שְׁלֹשֶׁת הָרֹעִים בְּיֶרַח אֶחָד״, וְכִי בְּיֶרַח אֶחָד מֵתוּ? וַהֲלֹא מִרְיָם מֵתָה בְּנִיסָן, וְאַהֲרֹן בְּאָב, וּמֹשֶׁה בַּאֲדָר! אֶלָּא, מְלַמֵּד שֶׁנִּתְבַּטְּלוּ שָׁלֹשׁ מַתָּנוֹת טוֹבוֹת שֶׁנִּתְּנוּ עַל יָדָן, וְנִסְתַּלְּקוּ כֻּולָּן בְּיֶרַח אֶחָד.

Les deux revinrent par le mérite de Moche. Moche mourut, tous disparurent, ainsi qu'il est dit : « Et Je fis disparaître les trois bergers en un seul mois » (Zekharia 11, 8).

Or sont-ils morts en un seul mois ? Miriam est morte en Nissan, Aharon en Av et Moche en Adar !

Cela enseigne plutôt que les trois bons dons donnés par leur intermédiaire furent annulés, et qu'ils disparurent tous en un seul mois.

📜 Rachi (3)
חָזְרוּ שְׁנֵיהֶם בִּזְכוּת מֹשֶׁה מִדִּכְתִיב וָאַכְחִיד אֶת שְׁלֹשֶׁת הָרֹועִים פְּשִׁיטָא לָן דִּבְדִידְהוּ מִשְׁתַּעֵי שֶׁלֹּא מָצִינוּ פַּרְנָסִים לְיִשְׂרָאֵל שְׁלֹשָׁה כְּאֶחָד אֶלָּא הֵם:
Les deux revinrent par le mérite de Moche — puisqu'il est écrit « et Je fis disparaître les trois bergers », il est évident pour nous que le verset parle d'eux, car nous ne trouvons pas trois pourvoyeurs ensemble pour Israël hormis eux.
מֵתָה בְּנִיסָן שֶׁנֶּאֱמַר (בַּמִּדְבָּר כ) וְיָבוֹאוּ בְנֵי יִשְׂרָאֵל כָּל הָעֵדָה מִדְבַּר צִין בַּחֹדֶשׁ הָרִאשׁוֹן וַיֵּשֶׁב הָעָם בְּקָדֵשׁ וַתָּמָת שָׁם מִרְיָם וַתִּקָּבֵר שָׁם (בְּפָרָה) אֲדֻומָּה:
Elle est morte en Nissan — ainsi qu'il est dit : « les enfants d'Israël, toute la communauté, arrivèrent au désert de Tsin au premier mois, et le peuple s'établit à Kadech, et Miriam mourut là et y fut ensevelie » (dans la section de la vache rousse).
אַהֲרֹן מֵת בְּאֶחָד לַחֹדֶשׁ:
Aharon est mort — le premier du mois.
💡 Explication

Le verset de Zekharia parle de trois bergers retranchés « en un seul mois ». Rachi explique pourquoi la guemara l'applique d'emblée à Moche, Aharon et Miriam : c'est le seul cas d'un trio de pourvoyeurs simultanés pour Israël.

L'objection est chronologique et ne se discute pas : les trois morts sont espacées sur près d'une année. La résolution déplace le sujet du verset. Ce qui a disparu en un mois, ce sont les trois dons : le puits et la nuée, revenus au mérite de Moche, cessent avec lui, en même temps que la manne.

🖼️ Schéma
Trois morts espacées, une seule disparition Nissan Miriam Av Aharon Adar Moche Objection : ces trois dates ne tiennent pas dans un seul mois. Réponse : le verset compte les dons, non les personnes Le puits et la nuée étaient revenus au mérite de Moche. À sa mort, les trois dons cessent ensemble : le puits, la nuée et la manne disparaissent dans le même mois.
Le déplacement porte sur le sujet du verbe : ce sont les trois dons, et non les trois personnes, qui sont retranchés en un mois.
13
אַלְמָא אַשְׁכְּחַן פַּרְנָסָה בִּשְׁבִיל יָחִיד! שָׁאנֵי מֹשֶׁה, כֵּיוָן דִּלְרַבִּים הוּא בָּעֵי — כְּרַבִּים דָּמֵי.

Il en ressort donc que l'on trouve la subsistance pour un seul ! Moche est différent : puisqu'il la demandait pour un grand nombre, il compte comme un grand nombre.

🪔 Ben Yehoyada (1)
שָׁאנֵי מֹשֶׁה כֵּיוָן דִּלְרַבִּים הוּא בָּעֵי כְּרַבִּים דָּמֵי. נֻוסָּח אַחֵר 'דְּאַלִּים זְכוּתָהּ כְּרַבִּים דָּמֵי'. הָעִנְיָן הוּא שְׁלֹשָׁה תַּלְמִידֵי חֲכָמִים בָּאוּ לְעִיר גְּדוֹלָה לְבַקֵּשׁ נְדָבָה מִן הַקָּהָל וּפָסְקוּ הַפַּרְנָסִים לְאֶחָד עֶשְׂרִים אֶלֶף וּלְאֶחָד עֲשָׂרָה אֲלָפִים וּלְאֶחָד אֶלֶף, וּבָא זֶה מִתְרַעֵם לָמָּה פְּסַקְתֶּם לָזֶה עֶשְׂרִים אֶלֶף וְלִי אֶלֶף? אָמְרוּ לוֹ: זֶה מְבַקֵּשׁ נְדָבָה בִּשְׁבִיל עֲנִיֵּי אֶרֶץ יִשְׂרָאֵל שֶׁיֵּשׁ שָׁם ק"ן נְפָשׁוֹת תַּלְמִידֵי חֲכָמִים עֲנִיִּים שֶׁצְּרִיכִין צְדָקָה וְאִם כֵּן לֹא יַגִּיעַ לְכָל אֶחָד וְאֶחָד חֻומָּשׁ שֶׁלְּךָ! אָמַר אִם כֵּן לָמָּה פְּסַקְתֶּם לָזֶה עֲשָׂרָה אֲלָפִים וְהוּא שָׁלִיחַ לְעַצְמוֹ דַּוְקָא כָּמוֹנִי? אָמְרוּ לוֹ זֶה יֵשׁ בּוֹ תּוֹרָה וְחָכְמָה עֶשֶׂר יָדוֹת עָלֶיךָ! עַד כָּאן, וּבָזֶה מוּבָנִים שְׁתֵּי הַגִּרְסָאוֹת הַנִּזְכָּר.
« Moche est différent : puisqu'il la demandait pour un grand nombre, il compte comme un grand nombre. » Autre version : « son mérite était puissant comme celui d'un grand nombre ». Voici la chose : trois talmidei hakhamim vinrent dans une grande ville demander une collecte à la communauté ; les responsables fixèrent pour l'un vingt mille, pour l'autre dix mille et pour le troisième mille. Ce dernier vint se plaindre : pourquoi avez-vous fixé vingt mille pour celui-là et mille pour moi ? Ils lui dirent : celui-là demande la collecte pour les pauvres de la terre d'Israël, où il y a cent cinquante âmes de talmidei hakhamim pauvres qui ont besoin de tsedaka ; il ne reviendra donc pas à chacun le cinquième de ta part ! Il dit : s'il en est ainsi, pourquoi avez-vous fixé dix mille pour celui-là, qui est envoyé pour lui-même seul, comme moi ? Ils lui dirent : celui-là a de la Torah et de la sagesse dix fois plus que toi ! Fin. Et par là se comprennent les deux versions citées.
💡 Explication

L'objection est enfin formulée. La manne relève de la parnassa, et la baraita l'attache au mérite de Moche seul : la règle de Rabbi Yo'hanan serait donc contredite.

La réponse redéfinit ce que veut dire yahid. Le critère n'est pas le nombre de demandeurs mais le nombre de bénéficiaires : Moche demandait la manne pour tout Israël, donc sa demande est une demande de rabbim. La règle reste entière.

Le Ben Ich Haï rapporte une variante de texte — le mérite de Moche était à lui seul aussi puissant que celui d'un grand nombre — et l'illustre par un récit de collecte qui distingue les deux critères : pour qui l'on demande, et ce que l'on vaut soi-même.

14
רַב הוּנָא בַּר מָנוֹחַ וְרַב שְׁמוּאֵל בַּר אִידִי וְרַב חִיָּיא מִווָּסְתַּנְיָא הֲווֹ שְׁכִיחִי קַמֵּיהּ דְּרָבָא. כִּי נָח נַפְשֵׁיהּ דְּרָבָא, אֲתוֹ לְקַמֵּיהּ דְּרַב פָּפָּא, כָּל אֵימַת דַּהֲוָה אָמַר לְהוּ שְׁמַעְתָּא וְלָא הֲוָה מִסְתַּבְּרָא לְהוּ, הָווּ מְרַמְּזִי אַהֲדָדֵי. חָלַשׁ דַּעְתֵּיהּ.

Rav Houna bar Manoah, Rav Chmouel bar Idi et Rav Hiya de Vastanya se tenaient habituellement devant Rava. Quand Rava mourut, ils vinrent devant Rav Papa.

Chaque fois qu'il leur disait un enseignement qui ne leur paraissait pas fondé, ils se faisaient des signes l'un à l'autre. Il en fut affecté.

📜 Rachi (2)
מִוָּוסְתַנְיָא מֵאוֹתוֹ מָקוֹם:
De Vastanya — du lieu portant ce nom.
אַחְווֹ לְהָדְדִי מַרְאִין וּמַבִּיטִין זֶה לָזֶה דְּלָא סָלְקָא לְהוּ שְׁמַעְתָּא כְּרָבָא:
Ils se faisaient des signes l'un à l'autre — ils se faisaient signe et se regardaient l'un l'autre, parce que l'enseignement ne leur paraissait pas à la hauteur de celui de Rava.
💡 Explication

Le folio se termine sur un récit rattaché au verset des trois bergers, par le motif du groupe de trois. Trois élèves de premier rang perdent leur maître et passent à un autre.

Le détail retenu est le geste : ils ne contredisent pas Rav Papa à voix haute, ils se font des signes. Rachi précise ce que ces signes veulent dire — l'enseignement ne leur paraît pas à la hauteur de celui de Rava. L'expression halach daateh, il en fut affecté, marque la blessure ; la suite du récit se lit en 9b.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).