Taanit 8b — La gezera chava entre la femme et la pluie (atsira, leda, pekida), la kouba du firmament, la règle selon laquelle on ne prie pas sur deux malheurs à la fois, le jeûne accepté sous la persécution, et la bénédiction qui ne réside que dans ce qui est dérobé à l'œil

Taanit 8b

Sougya : Le folio achève la derasha de Rech Lakich au nom de Bar Kappara, commencée en 8a : trois termes sont employés à la fois pour la femme stérile et pour le ciel fermé — la retenue (atsira), l'enfantement (leda) et le souvenir (pekida) — chacun avec son verset. La guemara s'arrête alors sur le dernier d'entre eux, « le canal de D.ieu est plein d'eau », et rapporte la beraita de la kouba, cette coupole du firmament d'où sortent les pluies.

Rabbi Chemouel bar Nahmani lit ensuite le verset de Job qui distribue la même pluie en trois destinations, selon qu'elle vient comme châtiment, pour la terre, ou par bonté ; deux lectures successives en sont proposées. Un épisode de son temps introduit la règle centrale du folio : famine et épidémie ensemble, et l'impossibilité d'implorer la miséricorde sur deux malheurs à la fois.

Il tranche pour la famine, car l'abondance est donnée pour les vivants. La règle est appuyée sur deux versets, l'un d'Ezra, l'autre de Daniel.

Rabbi Zeira affronte une difficulté parallèle : un décret de persécution interdit précisément de jeûner. Sa réponse est l'acceptation du jeûne, dont l'efficacité est tirée du verset de Daniel : les paroles sont entendues dès l'instant où le cœur s'est applique à se mortifier.

Le folio revient à la pluie par une série d'enseignements de Rabbi Yits'hak, où la louange du jour des pluies côtoie la pénibilité de la pluie du vendredi, puis par la règle de la bénédiction cachée : elle ne se trouve ni dans ce qui est pesé, ni dans ce qui est mesuré, ni dans ce qui est compté, mais dans ce qui échappe à l'œil — d'où la beraita de celui qui entre mesurer son aire. Cinq enseignements de Rabbi Yo'hanan, retenus par un signe mnémotechnique, referment le folio.

Bar Kappara : trois termes communs à la femme et à la pluie LA FEMME LA PLUIE terme commun atsira - retenue Il avait fermé toute matrice Il retiendra les cieux leda - enfantement elle conçut et enfanta un fils elle la fait enfanter et germer pekida - souvenir Hachem se souvint de Sara Tu t as souvenu de la terre Ordre du folio : leda avant pekida. Le Ben Yehoyada l'explique par le côté pluie : leda vient des Prophètes, pekida des Écrits - l'ordre suit le Tanakh. Rachi : ce rapprochement indique que sur tous ces manques on implore la miséricorde.
La gezera chava de Bar Kappara : trois termes, six versets, deux domaines. L'ordre retenu par la guemara s'explique par la colonne de droite.
On n'implore pas la miséricorde sur deux malheurs à la fois Cas 1 - R. Chemouel bar Nahmani famine ET épidémie en même temps Les sages : prier sur l'épidémie R. Ch. b. Nahmani : prier sur la famine Raison : quand le Ciel donne l'abondance, c'est pour les vivants qu'Il la donne. L'épidémie cesse alors d'elle-même. Cas 2 - Rabbi Zeira persécution + interdiction de jeûner Blocage : l'outil même est interdit Solution : accepter le jeûne sur soi Verset : depuis le premier jour où tu as applique ton cœur à te mortifier, tes paroles ont été entendues. L'acceptation vaut déjà comme le jeûne. D'où vient la règle ? Deux sources Talmud anonyme - Ezra 8, 23 nous jeûnâmes et implorâmes À CE SUJET donc il y en avait un autre, non demandé R. Haggai en Occident - Daniel 2, 18 miséricorde sur CE MYSTÈRE-CI donc il y en avait un autre, non demandé Même technique dans les deux cas : un démonstratif restrictif dans le verset livre la règle.
La règle du folio et ses deux applications : choisir le malheur sur lequel prier, et prier même lorsque l'instrument de la prière est interdit.
La bénédiction ne réside que dans ce qui est dérobé à l'œil Ce qui ferme la porte pesé mesuré compté Le total est connu : la quantité est fixée, et l'accroissement deviendrait un miracle ouvert. Bénir après avoir mesuré : prière vaine. Ce qui l'ouvre dérobé à l'œil - samouy Le total reste inconnu ; l'école de R. Yichmael dit : ce sur quoi l'œil n'a pas de prise. Verset : la bénédiction dans tes greniers. La beraita de l'aire : l'ordre des gestes décide de tout 1. Avant de mesurer Que ce soit Ta volonté 2. Dès le début du mesurage Béni soit Celui qui envoie 3. Après avoir mesuré prière vaine
Le principe de Rabbi Yits'hak, sa formulation par l'école de Rabbi Yichmael, et son application pratique dans la beraita de l'aire.
1
נֶאֶמְרָה עֲצִירָה בְּאִשָּׁה, שֶׁנֶּאֱמַר: ״כִּי עָצֹר עָצַר ה׳ בְּעַד כָּל רֶחֶם״, וְנֶאֶמְרָה עֲצִירָה בַּגְּשָׁמִים, דִּכְתִיב: ״וְעָצַר אֶת הַשָּׁמַיִם״.

La retenue (atsira) est énoncée au sujet de la femme, ainsi qu'il est dit : « car Hachem avait fermé, fermé toute matrice » ; et la retenue est énoncée au sujet des pluies, ainsi qu'il est écrit : « et Il retiendra les cieux ».

📜 Rachi (1)
נֶאֶמְרָה עֲצִירָה בְּאִשָּׁה כו' כְּלוֹמַר עַל כֻּולָּן מְבַקְּשִׁים רַחֲמִים:
« La retenue est énoncée au sujet de la femme », etc. — c'est-à-dire : sur toutes ces situations on implore la miséricorde.
💡 Explication

Le folio reprend en cours de route la derasha de Rech Lakich au nom de Bar Kappara, ouverte à la fin de 8a. Le procédé est celui de la gezera chava au sens large : un même terme employé dans deux domaines autorise à lire l'un par l'autre. Ici le terme est atsira, la retenue.

Le premier verset concerne la maison d'Avimelekh, frappée de stérilité ; le second est le verset du Chema qui annonce la fermeture du ciel. La femme dont la matrice est fermée et le ciel qui ne donne plus de pluie sont ainsi décrits par le même mot.

Rachi donne d'emblée l'enjeu pratique du rapprochement : sur chacune de ces situations, on implore la miséricorde.

2
נֶאֱמַר לֵידָה בְּאִשָּׁה וְנֶאֱמַר לֵידָה בִּגְשָׁמִים, נֶאֱמַר לֵידָה בְּאִשָּׁה, דִּכְתִיב: ״וַתַּהַר וַתֵּלֶד בֵּן״, וְנֶאֱמַר לֵידָה בַּגְּשָׁמִים, דִּכְתִיב: ״וְהוֹלִידָה וְהִצְמִיחָה״.

L'enfantement (leda) est énoncé au sujet de la femme et l'enfantement est énoncé au sujet des pluies. L'enfantement est énoncé au sujet de la femme, ainsi qu'il est écrit : « elle conçut et enfanta un fils » ; et l'enfantement est énoncé au sujet des pluies, ainsi qu'il est écrit : « et elle la fait enfanter et germer ».

🪔 Ben Yehoyada (1)
נֶאֶמְרָה 'לֵדָה' בְּאִשָּׁה, דִּכְתִיב: (בְּרֵאשִׁית ל, כג) "וַתַּהַר וַתֵּלֶד בֵּן". יֵשׁ לְהַקְשׁוֹת לָמָּה לֹא הֵבִיא פָּסוּק קֹודֶם זֶה בְּפָרָשַׁת בְּרֵאשִׁית (בְּרֵאשִׁית ד, א) 'וַתַּהַר וַתֵּלֶד אֶת קַיִן', וְכֵן (בְּרֵאשִׁית ד, יז) 'וַתַּהַר וַתֵּלֶד אֶת חֲנוֹךְ'? וְאֵין לְתָרֵץ כִּי בָּחַר בָּזֶה הַפָּסוּק מִפְּנֵי שֶׁמַּזְכִּיר בּוֹ רַק ג' תֵּיבוֹת וְאוֹתָם פְּסוּקִים צָרִיךְ לְהַזְכִּירָם בְּאַרְבָּעָה שֶׁהוּא בּוֹחֵר לְשַׁנּוֹת בִּקְצָרָה, דַּעֲדַיִין קָשֶׁה לֵימָא שְׁתֵּי תֵּיבוֹת דַּוְקָא, כְּמוֹ שֶׁנֶּאֱמַר פָּסוּק (יְשַׁעְיָהוּ נה, י) 'וְהוֹלִידָה וְהִצְמִיחָה', וְכֵן כָּאן יֹאמַר 'וַתַּהַר וַתֵּלֶד'? וְנִרְאֶה לִי בס"ד דְּאֵינוֹ רוֹצֶה לִזְכֹּור חֲצִי פָּסוּק דְּאֵין לְהַזְכִּיר חֲצִי פָּסוּק, אַךְ יָדוּעַ אִם יֵשׁ אתנ"ח חֲשִׁיב זֶה סִיּוּם פָּסוּק, וְלָכֵן הֵבִיא 'וַתַּהַר וַתֵּלֶד בֵּן' כִּי יֵשׁ אתנ"ח תַּחַת בֵּן וַהֲרֵי זֶה סוֹף פָּסוּק, וְלָכֵן לֹא הֵבִיא פָּסוּק (בְּרֵאשִׁית ל, ה) 'וַתַּהַר בִּלְהָה וַתֵּלֶד', מִפְּנֵי שֶׁבָּזֶה מַזְכִּיר חֲצִי פָּסוּק דְּלֵיכָּא אתנ"ח בָּזֶה, וְלָכֵן לֹא הֵבִיא פָּסוּק (בְּרֵאשִׁית כט, לב) 'וַתַּהַר לֵאָה וַתֵּלֶד בֵּן' דְּלֵיכָּא אתנ"ח וְאִם יְסַיְּימוּ כֻּולּוֹ יַאֲרִיךְ, וְלָכֵן לֹא הֵבִיא 'וַתַּהַר וַתֵּלֶד אֶת קַיִן' דְּאֵין כָּאן אתנ"ח וְאִם יַשְׁלִים כֻּולּוֹ יַאֲרִיךְ, וְכֵן 'וַתַּהַר וַתֵּלֶד אֶת חֲנוֹךְ' אַף עַל גַּב דְּאִיכָּא אתנ"ח צָרִיךְ לְהַזְכִּירוֹ מִן 'וַיֵּדַע קַיִן אֶת אִשְׁתּוֹ' וְהָיָה מַאֲרִיךְ, מִיהוּ פָּסוּק 'וְהוֹלִידָה וְהִצְמִיחָה' לָא קָפֵיד בָּזֶה כֵּיוָן שֶׁהוּא פָּסוּק שֶׁל נְבִיאִים וְיָדוּעַ מַה שֶׁאָמַר הַתּוֹסָפוֹת דְּעַל פְּסוּקֵי נְבִיאִים אֵין לְהַקְפִּיד בַּכְּלָל הַזֶּה וְכֵן כָּתַב בְּסֵפֶר הַכֹּלְבּוֹ.
« L'enfantement est énoncé au sujet de la femme, ainsi qu'il est écrit : (Berechit 30, 23) « elle conçut et enfanta un fils ». » Il y a lieu de demander : pourquoi n'a-t-il pas apporté un verset antérieur, dans la parachat Berechit — (Berechit 4, 1) « elle conçut et enfanta Caïn », et de même (Berechit 4, 17) « elle conçut et enfanta Hanokh » ? On ne peut répondre qu'il a choisi ce verset-ci parce qu'il n'y mentionne que trois mots, tandis que ces versets-là exigeraient d'en mentionner quatre, et qu'il préfère citer le plus brièvement possible : il resterait à objecter qu'il aurait pu s'en tenir à deux mots exactement, comme il est dit dans le verset (Yechaya 55, 10) « et elle la fait enfanter et germer », et de même ici il aurait pu dire « elle conçut et enfanta ». Il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'il ne veut pas citer une moitié de verset, car on ne cite pas une moitié de verset ; or il est connu que la où se trouve un etnahta, cela est tenu pour une fin de verset. C'est pourquoi il a apporté « elle conçut et enfanta un fils », puisqu'il y a un etnahta sous le mot ben, ce qui constitue une fin de verset. Pour la même raison il n'a pas apporté le verset (Berechit 30, 5) « Bilha conçut et enfanta », parce qu'il y citerait une moitié de verset, n'y ayant pas d'etnahta ; et il n'a pas apporté (Berechit 29, 32) « Léa conçut et enfanta un fils », où il n'y a pas d'etnahta et où l'achever en entier serait long ; et il n'a pas apporté « elle conçut et enfanta Caïn », où il n'y a pas d'etnahta et où le compléter en entier serait long ; de même « elle conçut et enfanta Hanokh », bien qu'il s'y trouve un etnahta, il faudrait le citer depuis « Caïn connut sa femme », ce qui serait long. Quant au verset « et elle la fait enfanter et germer », il ne s'en soucie pas, puisqu'il s'agit d'un verset des Prophètes, et l'on connaît ce qu'ont dit les Tossefot : sur les versets des Prophètes on n'est pas regardant sur cette règle. Ainsi l'a écrit également le livre Kol Bo.
💡 Explication

Deuxième terme commun : leda, l'enfantement. Le verset de la femme est celui de Rachel exaucée ; celui de la pluie est le verset d'Isaie où la pluie descendue fait que la terre enfante et germe.

Le Ben Yehoyada s'arrête sur le choix précis du verset de Rachel, alors que la Tora offre plus tôt des formulations semblables. Sa réponse tient à une règle de citation : on ne cite pas une demi-phrase, et la présence d'un etnahta, l'accent de pause majeur, vaut fin de verset.

3
נֶאֱמַר פְּקִידָה בְּאִשָּׁה, וְנֶאֱמַר פְּקִידָה בַּגְּשָׁמִים. נֶאֱמַר פְּקִידָה בְּאִשָּׁה, דִּכְתִיב: ״וַה׳ פָּקַד אֶת שָׂרָה״, וְנֶאֱמַר פְּקִידָה בַּגְּשָׁמִים, דִּכְתִיב: ״פָּקַדְתָּ הָאָרֶץ וַתְּשֹׁקְקֶהָ רַבַּת תַּעְשְׁרֶנָּה פֶּלֶג אֱ-לֹהִים מָלֵא מָיִם״.

Le souvenir (pekida) est énoncé au sujet de la femme, et le souvenir est énoncé au sujet des pluies. Le souvenir est énoncé au sujet de la femme, ainsi qu'il est écrit : « et Hachem se souvint de Sara » ; et le souvenir est énoncé au sujet des pluies, ainsi qu'il est écrit : « Tu t'es souvenu de la terre et Tu l'as abreuvée, Tu l'as grandement enrichie ; le canal de D.ieu est plein d'eau ».

📜 Rachi (1)
פְּלַג בְּרִיכָה:
« Peleg » — un bassin.
🪔 Ben Yehoyada (1)
נֶאֶמְרָה 'פְּקִידָה' בְּאִשָּׁה (בְּרֵאשִׁית כא, א) , וְנֶאֶמְרָה 'פְּקִידָה' בַּגְּשָׁמִים (תְּהִלִּים סה, י) . קָשֶׁה הֲוָה לֵיהּ לְמֵימַר פְּקִידָה קֹודֶם לֵידָה דְּכֵן הוּא הַסֵּדֶר, עֲצִירָה וְאַחַר כָּךְ פְּקִידָה וְאַחַר כָּךְ לֵידָה? וְנִרְאֶה לִי בס"ד דְּבַר קַפָּרָא לָא נָחַת לְלַמְּדֵינוּ עַל הַנֶּאֱמָר בְּאִשָּׁה דְּאֵין זֶה חִידּוּשׁ אֶלָּא הַחִידּוּשׁ הוּא עַל הַנֶּאֱמָר בַּגְּשָׁמִים וְלָכֵן נָקֵיט לֵידָה קֹודֶם פְּקִידָה כִּי לֵידָה דִּגְשָׁמִים מַפִּיק לָהּ מִפָּסוּק שֶׁל נְבִיאִים וּפְקִידָה דִּגְשָׁמִים מַפִּיק לָהּ מִפָּסוּק שֶׁל כְּתוּבִים וְנִמְצָא דְּנָקֵיט בַּגְּשָׁמִים עַל סֵדֶר תַּנַ"ך. בְּרַם הָא קַשְׁיָא לְמַאי אִצְטְרִיךְ לְלַמְּדֵינוּ דָּבָר זֶה? וְרַשִׁ"י פֵּירֵשׁ 'כְּלוֹמַר עַל כֻּולָּם מְבַקְּשִׁים רַחֲמִים' וְקָשֶׁה גַּם זֶה פְּשִׁיטָא דְּוַדַּאי צָרִיךְ לְבַקֵּשׁ רַחֲמִים בְּכֻולָּם דְּאֵין לְךָ חֶסְרוֹן טוֹבָה יוֹתֵר מִזֶּה וּמַה יֵשׁ לִלְמֹוד מִדִּמְיוֹנוֹת אֵלּוּ לְעִנְיַן צֹורֶךְ בַּקָּשַׁת רַחֲמִים? וְנִרְאֶה לִי בס"ד דְּבָא לְלַמְּדֵנוּ בְּדִמְיוֹנוֹת אֵלּוּ דְּאִם רָאִינוּ עֵת רָצוֹן שֶׁהִשְׁפִּיעוּ מִן הַשָּׁמַיִם בַּגְּשָׁמִים נָכוֹן לְהִתְפַּלֵּל אוֹתָהּ שָׁעָה עַל אִשָּׁה גַּם כֵּן וְכֵן לְהֵיפֶךְ כִּי כֵּיוָן דְּדָמוּ אַהֲדָדֵי אָז כְּשֶׁיֵּשׁ עֵת רָצוֹן לָזֶה יִהְיֶה עֵת רָצוֹן גַּם לָזֶה.
« Le souvenir est énoncé au sujet de la femme (Berechit 21, 1), et le souvenir est énoncé au sujet des pluies (Tehilim 65, 10). » Difficulté : il aurait fallu énoncer le souvenir avant l'enfantement, car tel est l'ordre — la retenue, puis le souvenir, puis l'enfantement. Il me semble, avec l'aide du Ciel, que Bar Kappara n'est pas venu nous enseigner ce qui est dit au sujet de la femme, où il n'y a aucune nouveauté : la nouveauté porte sur ce qui est dit au sujet des pluies. C'est pourquoi il a placé l'enfantement avant le souvenir, car l'enfantement concernant les pluies, il le tire d'un verset des Prophètes, et le souvenir concernant les pluies, il le tire d'un verset des Écrits ; il se trouve donc qu'au sujet des pluies il suit l'ordre du Tanakh. Reste toutefois cette difficulté : pourquoi était-il nécessaire de nous enseigner cela ? Rachi a expliqué : « c'est-à-dire : sur toutes ces situations on implore la miséricorde », et cela aussi fait difficulté, car c'est évident : il faut certainement implorer la miséricorde dans tous ces cas, puisqu'il n'est pas de privation de bien plus grande que celles-là — que peut-on donc apprendre de ces rapprochements quant à la nécessité de demander miséricorde ? Il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'il vient nous enseigner par ces rapprochements que si nous voyons un moment de faveur, où l'on a répandu du Ciel l'abondance des pluies, il convient de prier à cette heure-là également pour la femme, et inversement : puisqu'ils sont semblables l'un à l'autre, lorsqu'il y a un moment de faveur pour l'un, il y a aussi un moment de faveur pour l'autre.
💡 Explication

Troisième et dernier terme : pekida, le souvenir, qui dans le langage de la Tora désigne la visite divine qui met fin à la stérilité. Le verset de Sara en est le modèle.

Du côté de la pluie, le verset des Psaumes emploie le même verbe pour la terre, et s'achève sur une expression obscure — peleg Elokim mâle mayim — que la guemara va aussitôt interroger dans le segment suivant.

4
מַאי ״פֶּלֶג אֱ-לֹהִים מָלֵא מָיִם״? תַּנָּא: כְּמִין קֻובָּה יֵשׁ בָּרָקִיעַ, שֶׁמִּמֶּנָּה גְּשָׁמִים יוֹצְאִין.

Que signifie « le canal de D.ieu est plein d'eau » ? On a enseigné : il y a au firmament une sorte de coupole (kouba), d'où sortent les pluies.

📜 Rachi (1)
כְּמִין קֻובָּה אֹהֶל מָלֵא מַיִם:
« Une sorte de kouba » — une tente pleine d'eau.
🪔 Ben Yehoyada (1)
תַּנָּא: כְּמִין קֻבָּה יֵשׁ בָּרָקִיעַ, שֶׁמִּמֶּנָּה גְּשָׁמִים יוֹצְאִים. נִרְאֶה לִי בס"ד 'פֶּלֶג' עוֹלֶה מִסְפַּר 'קֻובָּה' [113] לָכֵן דְּרֵישׁ זֶה עַל 'פְּלַג אֱלֹקִים מָלֵא מַיִם' (תְּהִלִּים סה, י) .
« On a enseigné : il y a au firmament une sorte de kouba, d'où sortent les pluies. » Il me semble, avec l'aide du Ciel, que peleg a la même valeur numérique que kouba [113] ; c'est pourquoi il expose ainsi le verset « le canal de D.ieu est plein d'eau » (Tehilim 65, 10).
💡 Explication

La guemara quitte un instant la gezera chava pour expliquer l'image du verset. Le mot peleg désigne un cours d'eau ou un bassin ; Rachi retient le bassin.

La beraita répond par une image de réserve : une kouba, une coupole ou une tente au firmament, remplie d'eau, d'où la pluie sort. Le Ben Yehoyada ancre cette lecture dans l'équivalence numérique de peleg et de kouba.

🖼️ Schéma
Peleg Elokim mâle mayim : la kouba du firmament kouba - coupole pleine d'eau firmament la terre Ben Yehoyada : peleg et kouba ont la même valeur numérique, 113.
L'image de la beraita : une réserve fermée au firmament, d'où la pluie est laissée sortir.
5
אָמַר רַבִּי שְׁמוּאֵל בַּר נַחְמָנִי, מַאי דִכְתִיב: ״אִם לְשֵׁבֶט אִם לְאַרְצוֹ אִם לְחֶסֶד יַמְצִאֵהוּ״. ״אִם לְשֵׁבֶט״ — בְּהָרִים וּבַגְּבָעוֹת, ״אִם לְחֶסֶד יַמְצִאֵהוּ לְאַרְצוֹ״ — בַּשָּׂדוֹת וּבַכְּרָמִים.

Rabbi Chemouel bar Nahmani dit : que signifie ce qui est écrit : « que ce soit pour le châtiment, que ce soit pour Sa terre, que ce soit pour la bonté, Il le fait advenir » ? « Que ce soit pour le châtiment » — sur les montagnes et sur les collines ; « que ce soit pour la bonté, Il le fait advenir pour Sa terre » — dans les champs et dans les vignes.

📜 Rachi (2)
אִם לְשֵׁבֶט אִם גָּזַר הקב"ה רֹוב גְּשָׁמִים לְרָעָה אָז יוֹרְדִים בְּכֹחַ כְּשֵׁבֶט שֶׁמַּכֶּה בְּכֹחַ וְחָזְרוּ בִּתְשׁוּבָה הקב"ה מוֹרִידָן עַל הָרִים וּגְבָעוֹת מָקוֹם שֶׁאֵין שָׁם אִישׁ:
« Que ce soit pour le châtiment » — si le Saint béni soit-Il a décrété des pluies abondantes pour le mal, elles descendent alors avec force, comme un bâton qui frappe avec force ; et s'ils sont revenus par la techouva, le Saint béni soit-Il les fait descendre sur les montagnes et les collines, en un lieu où il n'y a personne.
אֲבָל אִם לְחֶסֶד שֶׁיּוֹרְדִין בְּנַחַת יַמְצִיאֵהוּ לְאַרְצוֹ לְאֶרֶץ יִשְׂרָאֵל:
« Mais si c'est pour la bonté » — qu'elles descendent avec douceur : « Il le fait advenir pour Sa terre », pour la terre d'Israël.
💡 Explication

Le verset de Job énumère trois modalités : lechevet (pour le bâton, donc le châtiment), leartso (pour Sa terre), lehessed (pour la bonté). Rabbi Chemouel bar Nahmani y lit une distribution de la même pluie selon le lieu où elle tombe.

Rachi précise les deux versants. Le châtiment tient à la fois à la force de la chute — une pluie qui frappe comme un bâton — et au lieu où elle est envoyée : les montagnes et les collines, là où nul ne se trouve, de sorte qu'elle est perdue pour les hommes. La bonté tient à la douceur de la chute et au lieu utile : les champs et les vignes.

6
״אִם לְשֵׁבֶט״ — לְאִילָנוֹת, ״אִם לְאַרְצוֹ״ — לִזְרָעִים, ״אִם לְחֶסֶד יִמְצָאֵהוּ״ — בּוֹרוֹת שִׁיחִין וּמְעָרוֹת.

« Que ce soit pour le châtiment » — pour les arbres ; « que ce soit pour Sa terre » — pour les semences ; « que ce soit pour la bonté, Il le fait advenir » — les citernes, les fosses et les grottes.

💡 Explication

Seconde lecture du même verset, où les trois termes ne désignent plus des lieux mais des bénéficiaires, rangés par ordre croissant de durée. Une pluie qui ne profite qu'aux arbres, déjà pourvus de racines profondes, laisse les semences sans rien : d'où le châtiment. Une pluie qui atteint les semences nourrit l'année en cours.

La bonté est atteinte lorsque la pluie remplit les réserves — citernes, fosses et grottes — car son effet se prolonge alors jusque dans la saison sèche.

🖼️ Schéma
Un seul verset de Job, deux lectures de R. Chemouel bar Nahmani terme du verset 1re lecture : le LIEU 2e lecture : le BENEFICIAIRE im lachevet montagnes et collines - lieu désert les arbres seulement im leartso la terre d'Israël les semences im lehessed champs et vignes citernes, fosses et grottes Dans les deux lectures, la même quantité de pluie change de valeur selon sa destination.
Les deux grilles de lecture du verset de Job : par le lieu, puis par le bénéficiaire.
7
בִּימֵי רַבִּי שְׁמוּאֵל בַּר נַחְמָנִי הֲוָה כַּפְנָא וּמוֹתָנָא, אָמְרִי: הֵיכִי נַעֲבִיד? נִיבְעֵי רַחֲמֵי אַתַּרְתֵּי — לָא אֶפְשָׁר. אֶלָּא לִיבְעֵי רַחֲמֵי אַמּוֹתָנָא, וְכַפְנָא נִיסְבּוֹל. אֲמַר לְהוּ רַבִּי שְׁמוּאֵל בַּר נַחְמָנִי: נִיבְעֵי רַחֲמֵי אַכַּפְנָא, דְּכִי יָהֵיב רַחֲמָנָא שֻׂובְעָא — לְחַיֵּי הוּא דְּיָהֵיב, דִּכְתִיב: ״פּוֹתֵחַ אֶת יָדֶךָ וּמַשְׂבִּיעַ לְכָל חַי רָצוֹן״.

Aux jours de Rabbi Chemouel bar Nahmani il y eut famine et épidémie. Ils dirent : que ferons-nous ?

Implorer la miséricorde sur les deux — ce n'est pas possible. Implorons donc la miséricorde au sujet de l'épidémie, et la famine, nous la supporterons.

Rabbi Chemouel bar Nahmani leur dit : implorons la miséricorde au sujet de la famine, car lorsque le Miséricordieux donne l'abondance, c'est pour les vivants qu'Il la donne, ainsi qu'il est écrit : « Tu ouvres Ta main et Tu rassasies tout vivant selon son désir ».

📜 Rachi (4)
אַתַּרְתֵּי לָא בָּעֵינַן רַחֲמֵי אַהֲדָדֵי כְּדִלְקַמָּן:
« Sur les deux » — nous n'implorons pas la miséricorde sur deux choses ensemble, comme il est expliqué plus loin.
נִבְעֵי רַחֲמֵי אַכַּפְנָא דְּלִיתֵּיב שֻׂובְעָא וּמוֹתָנָא לִיבָּטֵל מִמֵּילָא:
« Implorons la miséricorde au sujet de la famine » — afin que l'abondance soit donnée, et l'épidémie cessera d'elle-même.
דְּכִי יָהֵיב רַחֲמָנָא שֻׂובְעָא לְחַיֵּי הוּא דְּיָהֵיב לְחַיִּים וְלֹא לַמֵּתִים דְּאֵינוֹ מֵבִיא שֻׂובְעָא כְּדֵי לְהָמִית בְּנֵי אָדָם אֶלָּא כְּדֵי שֶׁיִּחְיוּ:
« Car lorsque le Miséricordieux donne l'abondance, c'est pour les vivants qu'Il la donne » — pour les vivants et non pour les morts : Il n'amène pas l'abondance afin de faire mourir les hommes, mais afin qu'ils vivent.
מַשְׂבִּיעַ לְכָל חַי רָצוֹן שֹׂובַע נוֹתֵן לִבְנֵי אָדָם חַיִּים:
« Tu rassasies tout vivant selon son désir » — Il donne l'abondance à des hommes vivants.
🪔 Ben Yehoyada (2)
בִּימֵי רַבִּי שְׁמוּאֵל בַּר נַחְמָנִי הֲוָה כַּפְנָא וּמוֹתָנָא. אֶפְשָׁר דְּהִתְחִיל כַּפְנָא קֹודֶם לְכָךְ נָקֵיט לְהוּ כֵּן, אוֹ אֲפִילּוּ אִם הִתְחִיל מוֹתָנָא קֹודֶם לֹא רָצָה בַּעַל הַמַּאֲמָר לְהַתְחִיל בְּרֵאשִׁית דְּבָרָיו בְּמוֹתָנָא. וְהָא דְּאָמְרוּ לֹא אֶפְשָׁר לְמִבְעֵי רַחֲמֵי אַתַּרְתֵּי נִרְאֶה הַטַּעַם מִפְּנֵי דְּוַדַּאי הַגְּזֵירוֹת הָיוּ בְּדִין וּבְמִשְׁפָּט וְאִם יִשְׁאֲלוּ עַל בִּיטּוּלָם אֵין לָהֶם טַעֲנָה וּזְכוּת בִּשְׁאֵלָה זוֹ אֶלָּא רַק שׁוֹאֲלִין בְּתוֹרַת חֶסֶד וּצְדָקָה וְלָכֵן אִם יֵשׁ שְׁתֵּי גְּזֵרוֹת וְשׁוֹאֲלִין עַל שְׁתֵּיהֶם בְּיַחַד יְקַטְרְגוּ הַמְקַטְרְגִים לוֹמַר אִלּוּ שׁוֹאֲלִין כֵּן בְּאֵיזֶה זְכוּת הַמְחַיֵּיב עַל בִּיטּוּלָם וְאַיֵּה זְכוּתָם? אַךְ אִם אֵין שׁוֹאֲלִין אֶלָּא עַל אַחַת מוּכָח דְּאֵין שׁוֹאֲלִין הַבִּיטּוּל מִשּׁוּם זְכוּת שֶׁבְּיָדָם אֶלָּא שׁוֹאֲלִין בְּתוֹרַת צְדָקָה וְלָכֵן בּוֹשׁוּ לִשְׁאוֹל עַל שְׁתַּיִם וְאָז בָּזֶה אַדְּרַבָּה יִהְיֶה סַנְגּוֹרִייא עֲלֵיהֶם מַמְלִיצֵי טוֹב.
« Aux jours de Rabbi Chemouel bar Nahmani il y eut famine et épidémie. » Il se peut que la famine ait commencé la première, et c'est pour cela qu'il les énonce dans cet ordre ; ou bien, même si l'épidémie a commencé la première, l'auteur de l'enseignement n'a pas voulu ouvrir ses paroles par l'épidémie. Quant à ce qu'ils ont dit, qu'il n'est pas possible d'implorer la miséricorde sur deux choses, la raison en paraît être la suivante : ces décrets ont certainement été portés selon le droit et la justice, et si l'on demande leur annulation, on n'a dans cette demande ni argument ni mérite à faire valoir — on ne demande qu'au titre de la bonté et de la charité. Dès lors, s'il y a deux décrets et que l'on demande leur annulation ensemble, les accusateurs accuseront en disant : ceux-là demandent ainsi, mais en vertu de quel mérite obligerait-on leur annulation, et où est leur mérite ? Mais si l'on ne demande que sur l'une des deux, il est prouvé que l'annulation n'est pas demandée en vertu d'un mérite que l'on détiendrait, mais au titre de la charité — c'est pourquoi ils ont eu honte de demander sur deux ; et alors, bien au contraire, cela devient pour eux une défense de la part des avocats favorables.
וּמְנָא לָן דְּלָא מַצְלִינַן אַתַּרְתֵּי? דִּכְתִיב: (עֶזְרָא ח, כג) "וַנָּצוּמָה וַנְּבַקְשָׁה מֵאֱלֹקֵינוּ עַל זֹאת". פֵּירֵשׁ רַשִׁ"י 'בְּעֶזְרָא כְּתִיב', וְכֵן בַּפָּסוּק עַל (דָּנִיֵּאל ב, ל) 'רָזָא דָּנָה' פֵּירֵשׁ רַשִׁ"י 'בְּדָנִיֵּאל כְּתִיב' וְהַדָּבָר יִפָּלֵא דְּאֵין דַּרְכּוֹ שֶׁל רַשִׁ"י לְצַייֵּן פְּסוּקִים שֶׁל הַגְּמָרָא עַל מְקוֹמָן וּמַאי שְׁנָא הָכָא שֶׁבָּא לִהְיוֹת מוֹרֶה מָקוֹם לִפְסוּקִים אֵלּוּ? וְנִרְאֶה לִי בס"ד דְּמָצָאתִי כָּתוּב דְּאֵין הַכְּלָל הַזֶּה דְּלָא מַצְּלִין אַתַּרְתֵּי נֶאֱמַר אֶלָּא רַק בְּחוּץ לָאָרֶץ דְּהִיא תַּחַת מֶמְשֶׁלֶת שִׁבְעִים שָׂרִים שֶׁכָּל הַתְּפִילּוֹת עוֹלִין בְּאֶמְצָעוּתָם וְאִי מְצַלּוּ אַתַּרְתֵּי יָבוֹאוּ לְקַטְרֵג אֲבָל בְּאֶרֶץ יִשְׂרָאֵל לֵיתָא לִכְלַל הַזֶּה כִּי אֶרֶץ יִשְׂרָאֵל אֵינָהּ תַּחַת מֶמְשֶׁלֶת הַשָּׂרִים אֶלָּא הִיא 'אֶרֶץ אֲשֶׁר ה' אֱלֹקֶיךָ דֹּרֵשׁ אֹתָהּ תָּמִיד עֵינֵי ה' אֱ-לֹהֶיךָ בָּהּ מֵרֵשִׁית הַשָּׁנָה וְעַד אַחֲרִית שָׁנָה' (דְּבָרִים יא, יב) וְאֵין הַתְּפִילּוֹת עוֹלִין בְּאֶמְצָעוּת הַשָּׂרִים, לָכֵן יְכוֹלִים לְהִתְפַּלֵּל שָׁם עַל שְׁתַּיִם וְשָׁלֹשׁ וְיוֹתֵר. וּלְפִי זֶה מֻוכְרָח לְפָרֵשׁ הַאי עֻובְדָּא דַּהֲוָה בִּימֵי רַבִּי שְׁמוּאֵל בַּר נַחְמָנִי הֲוָה בְּחוּץ לָאָרֶץ. וּבָזֶה נִיחָא דְּנָחַת רַשִׁ"י זַ"ל לְפָרֵשׁ בְּעֶזְרָא כְּתִיב וּבְדָנִיֵּאל כְּתִיב, לְלַמֵּד שֶׁפְּסוּקִים אֵלּוּ נֶאֶמְרוּ בְּחוּץ לָאָרֶץ, וְכֵן עֶזְרָא הַסּוֹפֵר ע"ה אָמַר עַל זֹאת בִּתְפִלָּה שֶׁהִתְפַּלֵּל עַל הַנָּהָר (עֶזְרָא ח, טו) 'וָאֶקְבְּצֵם אֶל הַנָּהָר הַבָּא אֶל אַהוּא' קֹודֶם שֶׁהֶחֱזִיק בַּדֶּרֶךְ לָלֶכֶת לִירוּשָׁלַיִם, וּבָא רַשִׁ"י לְלַמֵּד דְּשַׁפִּיר מַייְתֵי הוֹכָחָה מֵהָנֵי קְרָאֵי לַכְּלָל הַזֶּה דְּאִתְּמַר בְּחוּץ לָאָרֶץ. וְרָאִיתִי בְּשֵׁם הַגְּדוֹלִים דְּיֵשׁ אוֹמְרִים פֵּירוּשׁ מַסֶּכֶת תַּעֲנִית אֵינוֹ מִן רַשִׁ"י וַאֲנִי כּוֹתֵב עַל הַסְּתָם.
« Et d'où savons-nous que nous ne prions pas sur deux choses ? De ce qu'il est écrit : (Ezra 8, 23) « et nous jeûnâmes et nous implorâmes notre D.ieu à ce sujet ». » Rachi a expliqué : « c'est écrit dans Ezra » ; et de même, sur le verset « ce mystère-ci » (Daniel 2, 30), il a expliqué : « c'est écrit dans Daniel ». La chose étonne, car il n'est pas dans la manière de Rachi d'indiquer la place des versets cités par la guemara : qu'y a-t-il donc de particulier ici, pour qu'il vienne signaler la source de ces versets ? Il me semble, avec l'aide du Ciel, que j'ai trouvé écrit que cette règle, selon laquelle on ne prie pas sur deux choses, n'a été énoncée qu'en dehors de la terre d'Israël, laquelle est sous le gouvernement des soixante-dix princes célestes, par l'entremise desquels montent toutes les prières : si l'on prie sur deux choses, ils viendront accuser. Mais en terre d'Israël cette règle ne s'applique pas, car la terre d'Israël n'est pas sous le gouvernement de ces princes ; elle est « une terre dont Hachem ton D.ieu prend soin, les yeux de Hachem ton D.ieu sont constamment sur elle, du commencement de l'année jusqu'à la fin de l'année » (Devarim 11, 12), et les prières n'y montent pas par l'entremise des princes ; on peut donc y prier sur deux choses, sur trois et davantage. Selon cela, il faut nécessairement expliquer que l'épisode survenu aux jours de Rabbi Chemouel bar Nahmani a eu lieu en dehors de la terre d'Israël. Par là se comprend que Rachi, de mémoire bénie, se soit arrêté à préciser « c'est écrit dans Ezra » et « c'est écrit dans Daniel » : pour enseigner que ces versets ont été dits en dehors de la terre d'Israël. De même Ezra le scribe, que la paix soit sur lui, a dit « à ce sujet » dans la prière qu'il a priée au bord du fleuve — « je les rassemblai près du fleuve qui coule vers Ahava » (Ezra 8, 15) — avant de se mettre en route pour Jérusalem. Rachi vient donc enseigner que l'on tire bien la preuve de ces versets pour cette règle, laquelle a été énoncée hors de la terre d'Israël. Et j'ai vu au nom du Chem HaGuedolim que certains disent que le commentaire du traité Taanit n'est pas de Rachi ; pour ma part, j'écris selon l'usage reçu.
💡 Explication

Le récit pose un choix sous contrainte. Deux fléaux frappent ensemble, et la règle — exposée au segment suivant — interdit d'implorer la miséricorde sur les deux à la fois. Il faut donc en désigner un.

Le raisonnement spontané des sages choisit le fléau le plus grave : l'épidémie tue, la famine se supporte. Rabbi Chemouel bar Nahmani renverse le calcul en regardant le mode d'action de la réponse plutôt que la gravité du mal. L'abondance, lorsqu'elle est donnée, est donnée pour les vivants ; une prière exaucée sur la famine entraîne donc nécessairement la fin de l'épidémie, puisque le Ciel ne nourrit pas des hommes destinés à mourir.

C'est le sens que Rachi donne au verset des Psaumes : l'abondance est donnée à des hommes vivants. Une seule demande recouvre ainsi les deux besoins.

8
וּמְנָלַן דְּלָא מְצַלִּינַן אַתַּרְתֵּי — דִּכְתִיב: ״וַנָּצוּמָה וַנְּבַקְשָׁה מֵאֱ-לֹהֵינוּ עַל זֹאת״, מִכְּלָל דְּאִיכָּא אַחֲרִיתִי. בְּמַעְרְבָא אָמְרִי מִשְּׁמֵיהּ דְּרַבִּי חַגַּי מֵהָכָא: ״וְרַחֲמִין לְמִבְעֵא מִן קֳדָם אֱלָהּ שְׁמַיָּא עַל רָזָא דְּנָה״, מִכְּלָל דְּאִיכָּא אַחֲרִיתִי.

Et d'où savons-nous que nous ne prions pas sur deux choses ? De ce qu'il est écrit : « et nous jeûnâmes et nous implorâmes notre D.ieu à ce sujet » — d'où il ressort qu'il y en avait une autre.

En Occident on dit au nom de Rabbi Haggai, à partir d'ici : « et pour implorer miséricorde devant le D.ieu des cieux au sujet de ce mystère-ci » — d'où il ressort qu'il y en avait un autre.

📜 Rachi (2)
עַל זֹאת עַל חֲדָא מַשְׁמַע בְּעֶזְרָא כְּתִיב:
« À ce sujet » — cela indique : sur une seule chose. C'est écrit dans Ezra.
עַל רָזָא דְּנָא בְּדָנִיֵּאל כְּתִיב:
« Au sujet de ce mystère-ci » — c'est écrit dans Daniel.
🗂️ Tossefot (1)
וַנָּצוּמָה וַנְּבַקְשָׁה מֵאֱ-לֹהֵינוּ. וַיֶּעְתַּר לָנוּ פֵּירוּשׁ מִדְּקָאָמַר עַל [זֹאת] מַשְׁמַע דְּאִיכָּא מִילְּתָא אַחֲרִיתָא וְכֵן פֵּירֵשׁ בְּסָמוּךְ עַל דְּנָא:
« Et nous jeûnâmes et nous implorâmes notre D.ieu » — « et Il se laissa fléchir par nous ». Explication : du fait qu'il est dit « à ce sujet », il ressort qu'il y avait une autre affaire ; et de même il explique plus loin sur « ce mystère-ci ».
🪔 Ben Yehoyada (2)
בְּמַעְרְבָא אָמְרִי מִשְּׁמֵיהּ דְּרַבִּי חַגַּי: מֵהָכָא: (דָּנִיֵּאל ב, יח) "וְרַחֲמִין לְמִבְעֵא מִן קֳדָם אֱלָהּ שְׁמַיָּא עַל רָזָא דְּנָה". יֵשׁ לְהַקְשׁוֹת סְתָמָא דְתַלְמוּדָא אַמַּאי לָא מַיְיתֵי מֵהַאי קְרָא דִּקְדִים לִקְרָא דְּעֶזְרָא? וְנִרְאֶה לִי בס"ד דְּלָא נִיחָא לֵיהּ בְּהַאי קְרָא מִשּׁוּם דְּאַייְרֵי בִּיחִידִים דִּכְתִיב (דָּנִיֵּאל ב, יז-יח) אֱדַיִן דָּנִיֵּאל לְבַיְתֵהּ אֲזַל וְלַחֲנַנְיָה מִישָׁאֵל וַעֲזַרְיָה חַבְרוֹהִי מִלְּתָא הוֹדַע וְרַחֲמִין לְמִבְעֵא מִן קֳדָם אֱלָהּ שְׁמַיָּא עַל רָזָא דְּנָה, וְאֶפְשָׁר לוֹמַר דְּכֹחַ צִיבּוּר שָׁאנֵי דִּיכוֹלִים לְהִתְפַּלֵּל עַל שְׁתַּיִם בְּיַחַד, לָכֵן הֵבִיא קְרָא דְּעֶזְרָא שֶׁהָיוּ רַבִּים מִיִּשְׂרָאֵל עִמּוֹ שֶׁכֻּולָּם הִתְפַּלְּלוּ עִמּוֹ. וְעוֹד נִרְאֶה לִי בס"ד בְּהַאי קְרָא אֵינוֹ מְפֹורָשׁ שֶׁהָיָה תַּעֲנִית גַּם כֵּן כִּי אִם רַק תְּפִלָּה אֲבָל בִּקְרָא דְּעֶזְרָא מְפֹורָשׁ שֶׁהָיָה תַּעֲנִית גַּם כֵּן דִּכְתִיב (עֶזְרָא ח, כג) 'וַנָּצוּמָה וַנְּבַקְשָׁה מֵאֱלֹקֵינוּ עַל זֹאת' וְעִם כָּל זֶה לֹא הִתְפַּלְּלוּ אֶלָּא עַל אַחַת. וְעוֹד נִרְאֶה לִי בס"ד פָּסוּק עֶזְרָא עָדִיף לֵיהּ דִּמְסַיֵּים 'וַיֵּעָתֶר לָנוּ' שְׁמַע מִינָּה דְּבָא לְמֵידַק מִפְּנֵי שֶׁלֹּא הִתְפַּלַּלְנוּ אֶלָּא רַק עַל אַחַת לְכָךְ וַיֵּעָתֶר לָנוּ דְּאִם הָיִינוּ מְבַקְּשִׁים עַל שְׁתַּיִם לֹא הָיָה נֶעְתַּר. וּבָזֶה נִיחָא לְפָרֵשׁ דִּבְרֵי הַתּוֹסָפוֹת זַ"ל שֶׁהוֹסִיפוּ 'וַיֵּעָתֶר לָנוּ' שֶׁנִּרְגְּשׁוּ בָּזֶה וְתֵירְצוּ כְּדַאֲמָרָן, דְּמִשּׁוּם הָכֵי הֲוָה נִיחָא לֵיהּ בְּהַאי קְרָא טְפֵי. וְהָא דְּרַבִּי חַגַּי נִיחָא לֵיהּ בִּקְרָא דְּרָגִיל טְפֵי, מִשּׁוּם דְּהָתָם יָדְעִינַן בְּבֵירוּר דַּהֲוָה מִלְּתָא אַחֲרִיתִי בֶּאֱמֶת וּכְמוֹ שֶׁכָּתַב רַבֵּינוּ סְעַדְיָה גָּאוֹן זַ"ל בְּפֵירוּשׁוֹ עַל שְׁתֵּי חֲלוֹמוֹת שֶׁפֵּירֵשׁ מַה שֶׁאָמְרוּ 'מִכְּלָל דְּאִיכָּא אַחֲרִיתִי' הוּא אוֹתוֹ חֲלוֹם שֶׁל אִילָן עַייֵּן שָׁם. נִמְצָא יָדוּעַ שֶׁהָיָה שְׁתַּיִם, מַה שֶׁאֵין כֵּן בִּקְרָא דְּעֶזְרָא מִדִּיּוּקָא אָמְרִינַן דַּהֲוָה שְׁתַּיִם. וְעוֹד נִרְאֶה לִי בס"ד דְּסָבַר רַבִּי חַגַּי בִּקְרָא דְּעֶזְרָא לֹא מַשְׁמַע לְעִיכּוּבָא אֶלָּא מַעֲשֶׂה שֶׁהָיָה כָּךְ הָיָה, שֶׁהֵם לֹא הִתְפַּלְּלוּ אֶלָּא עַל אַחַת וְאֶפְשָׁר אִם הָיוּ מִתְפַּלְּלִים עַל שְׁתַּיִם הָיוּ יְכוֹלִים, אֲבָל בִּקְרָא דְּדָנִיֵּאל הוּא מְצַוֶּה אוֹתָם בִּלְשׁוֹן צִוּוּי שֶׁלֹּא יִתְפַּלְּלוּ אֶלָּא עַל אַחַת בִּלְבַד מַשְׁמַע דְּאִיכָּא עִיכּוּבָא בְּדָבָר זֶה.
« En Occident on dit au nom de Rabbi Haggai, à partir d'ici : (Daniel 2, 18) « et pour implorer miséricorde devant le D.ieu des cieux au sujet de ce mystère-ci ». » Il y a lieu de demander : pourquoi l'énoncé anonyme du Talmud n'a-t-il pas apporté ce verset, qui précède celui d'Ezra ? Il me semble, avec l'aide du Ciel, que ce verset ne lui convenait pas, parce qu'il traite d'individus, comme il est écrit (Daniel 2, 17-18) : « alors Daniel s'en alla dans sa maison et fit connaître la chose à Hanania, Michaël et Azaria ses compagnons, et pour implorer miséricorde devant le D.ieu des cieux au sujet de ce mystère-ci » ; et l'on peut dire que la force du public est autre, le public pouvant prier sur deux choses à la fois. C'est pourquoi il a apporté le verset d'Ezra, où une multitude d'Israël était avec lui et priait avec lui. Il me semble encore, avec l'aide du Ciel, que dans ce verset-là il n'est pas explicite qu'il y ait eu aussi un jeûne, mais seulement une prière, tandis que dans le verset d'Ezra le jeûne est explicite, ainsi qu'il est écrit (Ezra 8, 23) « et nous jeûnâmes et nous implorâmes notre D.ieu à ce sujet » — et malgré cela ils n'ont prié que sur une seule chose. Il me semble encore, avec l'aide du Ciel, que le verset d'Ezra lui est préférable parce qu'il s'achève par « et Il se laissa fléchir par nous » : on en déduit que c'est précisément parce qu'ils n'ont prié que sur une seule chose qu'« Il se laissa fléchir par nous », car s'ils avaient demandé sur deux, Il ne se serait pas laissé fléchir. Par là s'expliquent bien les paroles des Tossefot, de mémoire bénie, qui ont ajouté « et Il se laissa fléchir par nous » : ils ont été sensibles à ce point et ont répondu comme nous l'avons dit — c'est pour cela que ce verset lui convenait mieux. Quant à Rabbi Haggai, le verset qui lui convient mieux est celui dont il est coutumier, parce que là nous savons avec certitude qu'il y avait réellement une autre affaire, comme l'a écrit Rabbenou Saadia Gaon, de mémoire bénie, dans son commentaire sur les deux songes : ce qu'ils ont dit, « d'où il ressort qu'il y en avait un autre », vise ce songe de l'arbre, vois-le là-bas. Il est donc connu qu'il y en avait deux, tandis que dans le verset d'Ezra c'est par déduction que nous disons qu'il y en avait deux. Il me semble encore, avec l'aide du Ciel, que Rabbi Haggai estime que le verset d'Ezra n'indique pas un empêchement, mais rapporte seulement un fait tel qu'il s'est produit : eux n'ont prié que sur une seule chose, et il se peut que, s'ils avaient prié sur deux, ils l'auraient pu ; tandis que dans le verset de Daniel il leur est ordonné, en une forme impérative, de ne prier que sur une seule chose, ce qui indique qu'il y a là un empêchement.
וּמְנָא לָן דְּלָא מַצְלִינַן אַתַּרְתֵּי? דִּכְתִיב: (עֶזְרָא ח, כג) "וַנָּצוּמָה וַנְּבַקְשָׁה מֵאֱלֹקֵינוּ עַל זֹאת". פֵּירֵשׁ רַשִׁ"י 'בְּעֶזְרָא כְּתִיב', וְכֵן בַּפָּסוּק עַל (דָּנִיֵּאל ב, ל) 'רָזָא דָּנָה' פֵּירֵשׁ רַשִׁ"י 'בְּדָנִיֵּאל כְּתִיב' וְהַדָּבָר יִפָּלֵא דְּאֵין דַּרְכּוֹ שֶׁל רַשִׁ"י לְצַייֵּן פְּסוּקִים שֶׁל הַגְּמָרָא עַל מְקוֹמָן וּמַאי שְׁנָא הָכָא שֶׁבָּא לִהְיוֹת מוֹרֶה מָקוֹם לִפְסוּקִים אֵלּוּ? וְנִרְאֶה לִי בס"ד דְּמָצָאתִי כָּתוּב דְּאֵין הַכְּלָל הַזֶּה דְּלָא מַצְּלִין אַתַּרְתֵּי נֶאֱמַר אֶלָּא רַק בְּחוּץ לָאָרֶץ דְּהִיא תַּחַת מֶמְשֶׁלֶת שִׁבְעִים שָׂרִים שֶׁכָּל הַתְּפִילּוֹת עוֹלִין בְּאֶמְצָעוּתָם וְאִי מְצַלּוּ אַתַּרְתֵּי יָבוֹאוּ לְקַטְרֵג אֲבָל בְּאֶרֶץ יִשְׂרָאֵל לֵיתָא לִכְלַל הַזֶּה כִּי אֶרֶץ יִשְׂרָאֵל אֵינָהּ תַּחַת מֶמְשֶׁלֶת הַשָּׂרִים אֶלָּא הִיא 'אֶרֶץ אֲשֶׁר ה' אֱלֹקֶיךָ דֹּרֵשׁ אֹתָהּ תָּמִיד עֵינֵי ה' אֱ-לֹהֶיךָ בָּהּ מֵרֵשִׁית הַשָּׁנָה וְעַד אַחֲרִית שָׁנָה' (דְּבָרִים יא, יב) וְאֵין הַתְּפִילּוֹת עוֹלִין בְּאֶמְצָעוּת הַשָּׂרִים, לָכֵן יְכוֹלִים לְהִתְפַּלֵּל שָׁם עַל שְׁתַּיִם וְשָׁלֹשׁ וְיוֹתֵר. וּלְפִי זֶה מֻוכְרָח לְפָרֵשׁ הַאי עֻובְדָּא דַּהֲוָה בִּימֵי רַבִּי שְׁמוּאֵל בַּר נַחְמָנִי הֲוָה בְּחוּץ לָאָרֶץ. וּבָזֶה נִיחָא דְּנָחַת רַשִׁ"י זַ"ל לְפָרֵשׁ בְּעֶזְרָא כְּתִיב וּבְדָנִיֵּאל כְּתִיב, לְלַמֵּד שֶׁפְּסוּקִים אֵלּוּ נֶאֶמְרוּ בְּחוּץ לָאָרֶץ, וְכֵן עֶזְרָא הַסּוֹפֵר ע"ה אָמַר עַל זֹאת בִּתְפִלָּה שֶׁהִתְפַּלֵּל עַל הַנָּהָר (עֶזְרָא ח, טו) 'וָאֶקְבְּצֵם אֶל הַנָּהָר הַבָּא אֶל אַהוּא' קֹודֶם שֶׁהֶחֱזִיק בַּדֶּרֶךְ לָלֶכֶת לִירוּשָׁלַיִם, וּבָא רַשִׁ"י לְלַמֵּד דְּשַׁפִּיר מַייְתֵי הוֹכָחָה מֵהָנֵי קְרָאֵי לַכְּלָל הַזֶּה דְּאִתְּמַר בְּחוּץ לָאָרֶץ. וְרָאִיתִי בְּשֵׁם הַגְּדוֹלִים דְּיֵשׁ אוֹמְרִים פֵּירוּשׁ מַסֶּכֶת תַּעֲנִית אֵינוֹ מִן רַשִׁ"י וַאֲנִי כּוֹתֵב עַל הַסְּתָם.
« Et d'où savons-nous que nous ne prions pas sur deux choses ? De ce qu'il est écrit : (Ezra 8, 23) « et nous jeûnâmes et nous implorâmes notre D.ieu à ce sujet ». » Rachi a expliqué : « c'est écrit dans Ezra » ; et de même, sur le verset « ce mystère-ci » (Daniel 2, 30), il a expliqué : « c'est écrit dans Daniel ». La chose étonne, car il n'est pas dans la manière de Rachi d'indiquer la place des versets cités par la guemara : qu'y a-t-il donc de particulier ici, pour qu'il vienne signaler la source de ces versets ? Il me semble, avec l'aide du Ciel, que j'ai trouvé écrit que cette règle, selon laquelle on ne prie pas sur deux choses, n'a été énoncée qu'en dehors de la terre d'Israël, laquelle est sous le gouvernement des soixante-dix princes célestes, par l'entremise desquels montent toutes les prières : si l'on prie sur deux choses, ils viendront accuser. Mais en terre d'Israël cette règle ne s'applique pas, car la terre d'Israël n'est pas sous le gouvernement de ces princes ; elle est « une terre dont Hachem ton D.ieu prend soin, les yeux de Hachem ton D.ieu sont constamment sur elle, du commencement de l'année jusqu'à la fin de l'année » (Devarim 11, 12), et les prières n'y montent pas par l'entremise des princes ; on peut donc y prier sur deux choses, sur trois et davantage. Selon cela, il faut nécessairement expliquer que l'épisode survenu aux jours de Rabbi Chemouel bar Nahmani a eu lieu en dehors de la terre d'Israël. Par là se comprend que Rachi, de mémoire bénie, se soit arrêté à préciser « c'est écrit dans Ezra » et « c'est écrit dans Daniel » : pour enseigner que ces versets ont été dits en dehors de la terre d'Israël. De même Ezra le scribe, que la paix soit sur lui, a dit « à ce sujet » dans la prière qu'il a priée au bord du fleuve — « je les rassemblai près du fleuve qui coule vers Ahava » (Ezra 8, 15) — avant de se mettre en route pour Jérusalem. Rachi vient donc enseigner que l'on tire bien la preuve de ces versets pour cette règle, laquelle a été énoncée hors de la terre d'Israël. Et j'ai vu au nom du Chem HaGuedolim que certains disent que le commentaire du traité Taanit n'est pas de Rachi ; pour ma part, j'écris selon l'usage reçu.
💡 Explication

La guemara fonde la règle sur un procédé unique applique à deux versets : un démonstratif restrictif. Dire « à ce sujet » ou « ce mystère-ci » laisse entendre qu'il existait autre chose sur quoi l'on n'a pas demandé.

Le premier verset est celui d'Ezra au bord du fleuve Ahava ; le second, celui de Daniel et de ses compagnons sur le songe de Nevoukhadnetsar. En Occident désigne la terre d'Israël, dont les enseignements sont rapportés ainsi en Babylonie.

Tossefot attirent l'attention sur la suite du verset d'Ezra, « et Il se laissa fléchir par nous », que le Ben Yehoyada exploite : l'exaucement est présenté comme la conséquence de la demande unique.

9
בִּימֵי רַבִּי זֵירָא גְּזוּר שְׁמָדָא, וּגְזוּר דְּלָא לְמֵיתַב בְּתַעֲנִיתָא. אֲמַר לְהוּ רַבִּי זֵירָא: נְקַבְּלֵיהּ עִילָּווַן, וּלְכִי בָּטֵיל שְׁמָדָא לֵיתְבֵיהּ.

Aux jours de Rabbi Zeira on décréta une persécution religieuse, et l'on décréta de ne pas s'asseoir en jeûne. Rabbi Zeira leur dit : acceptons-le sur nous, et lorsque la persécution sera abolie, nous l'observerons.

📜 Rachi (2)
דְּלָא לִיתְּבוּ בְּתַעֲנִיתָא דְּלָא בָּעוּ דִּלֵּיתִי בְּרָכָה לְעוֹלָם בִּשְׁבִילָן:
« Qu'ils ne s'asseyent pas en jeûne » — car ils ne voulaient pas que la bénédiction vienne au monde grâce à eux.
נִיקְבֹּל עִילָּוַון יוֹמֵי תַּעֲנִיתָא דְּמִשּׁוּם קַבָּלָה מְהַנֵּי לָן כְּתַעֲנִיתָא וְכִי בְּטִיל גְּזֵרָה עָבְדִין לְהוּ:
« Acceptons sur nous » — les jours de jeûne ; car du fait de l'acceptation cela nous vaut comme un jeûne, et lorsque le décret sera aboli nous les accomplirons.
💡 Explication

Un second récit, construit sur le même genre d'impasse. Le décret vise le jeûne lui-même : l'instrument par lequel on demanderait l'abolition du décret est précisément ce qui est interdit.

Rachi explique le calcul des persécuteurs : ils ne voulaient pas que la bénédiction vienne au monde par le mérite d'Israël. La réponse de Rabbi Zeira dissocie deux moments du jeûne — l'acceptation (kabbala) et l'accomplissement. On accepte aujourd'hui, on accomplira plus tard ; et l'acceptation seule est déjà opérante.

10
אָמְרִי לֵיהּ: מְנָא לָךְ הָא? אֲמַר לְהוּ, דִּכְתִיב: ״וַיֹּאמֶר אֵלַי אַל תִּירָא דָנִיֵּאל כִּי מִן הַיּוֹם הָרִאשׁוֹן אֲשֶׁר נָתַתָּ אֶת לִבְּךָ לְהָבִין וּלְהִתְעַנּוֹת לִפְנֵי אֱ-לֹהֶיךָ נִשְׁמְעוּ דְבָרֶיךָ״.

Ils lui dirent : d'où tiens-tu cela ? Il leur dit : de ce qu'il est écrit : « et il me dit : ne crains pas, Daniel, car depuis le premier jour où tu as applique ton cœur à comprendre et à te mortifier devant ton D.ieu, tes paroles ont été entendues ».

📜 Rachi (2)
וּמִנָּלַן דְּעָבְדִינַן הָכִי כְּלוֹמַר דִּמְהַנֵּי אִי עָבְדִינַן הָכִי:
« Et d'où savons-nous que l'on agit ainsi » — c'est-à-dire : que cela est efficace si nous agissons ainsi.
אֲשֶׁר נָתַתָּ לִבְּךָ לְהִתְעַנּוֹת לִפְנֵי אֱ-לֹהֶיךָ נִשְׁמְעוּ דְבָרֶיךָ אַלְמָא מִשֶּׁקִּיבֵּל עָלָיו נִשְׁמְעוּ דְּבָרָיו:
« Où tu as applique ton cœur à te mortifier devant ton D.ieu, tes paroles ont été entendues » — il en ressort que dès l'instant où il a accepté sur lui, ses paroles ont été entendues.
💡 Explication

La preuve porte sur un détail de formulation : le verset situe l'exaucement au premier jour où Daniel a applique son cœur, et non au terme du jeûne accompli. L'acceptation intérieure suffit donc à faire entendre les paroles.

Rachi reformule la question posée à Rabbi Zeira : on ne lui demande pas s'il est permis d'agir ainsi, mais si cela est efficace.

11
אָמַר רַבִּי יִצְחָק: אֲפִילּוּ שָׁנִים כִּשְׁנֵי אֵלִיָּהוּ, וְיָרְדוּ גְּשָׁמִים בְּעַרְבֵי שַׁבָּתוֹת — אֵינָן אֶלָּא סִימַן קְלָלָה. הַיְינוּ דְּאָמַר רַבָּה בַּר שֵׁילָא: קָשֶׁה יוֹמָא דְמִיטְרָא כְּיוֹמָא דְּדִינָא. אָמַר אֲמֵימַר: אִי לָא דִּצְרִיךְ לִבְרִיָּיתָא, בָּעֵינַן רַחֲמֵי וּמְבַטְּלִינַן לֵיהּ.

Rabbi Yits'hak dit : même dans des années semblables aux années d'Eliyahou, si les pluies descendent les veilles de chabbat, elles ne sont qu'un signe de malédiction. C'est bien ce qu'a dit Rabba bar Chila : un jour de pluie est aussi pénible qu'un jour de jugement.

Ameimar dit : s'il n'y avait que les créatures en ont besoin, nous implorerions la miséricorde et nous l'annulerions.

📜 Rachi (6)
כִּשְׁנֵי אֵלִיָּהוּ בִּימֵי אַחְאָב שֶׁהָיָה הָעוֹלָם צָרִיךְ לִגְשָׁמִים דִּכְתִיב (מְלָכִים א י״ז:א׳) אִם יִהְיֶה הַשָּׁנִים הָאֵלֶּה טַל וּמָטָר כִּי אִם לְפִי דְבָרִי:
« Comme les années d'Eliyahou » — aux jours d'Ahav, où le monde avait besoin de pluies, ainsi qu'il est écrit (Melakhim I 17, 1) : « il n'y aura durant ces années ni rosée ni pluie, sinon à ma parole ».
סִימַן קְלָלָה שֶׁבְּנֵי אָדָם צְרִיכִים לְחַזֵּר בַּשּׁוּק לִקְנוֹת סְעוּדַת שַׁבָּת:
« Signe de malédiction » — car les gens doivent aller et venir au marché pour acheter le repas de chabbat.
וְהַייְנוּ דְּאָמַר ר' שִׁילָא:
« C'est bien ce qu'a dit Rabbi Chila. »
קָשֵׁי יוֹמֵי דְּמִיטְרָא שֶׁאֵין בְּנֵי אָדָם יְכוֹלִין לַעֲשׂוֹת צָרְכֵיהֶן:
« Un jour de pluie est pénible » — car les gens ne peuvent pas vaquer à leurs besoins.
כְּיוֹמָא דְּדִינָא שֵׁנִי וַחֲמִישִׁי שֶׁמִּתְקַבְּצִין בְּנֵי אָדָם לָדוּן עִם חַבְרֵיהֶן כְּתַקָּנַת עֶזְרָא שֶׁיֵּשׁ הוּמוֹת וְקוֹלוֹת וְאִוְושׁוֹת בְּיוֹם הַגְּשָׁמִים כְּיוֹם הַדִּין וּבְעֶרֶב שַׁבָּת כָּל שֶׁכֵּן דְּקָשֵׁי מִיטְרָא:
« Comme un jour de jugement » — le lundi et le jeudi, où les gens se rassemblent pour plaider contre leurs compagnons selon l'institution d'Ezra, et où il y a du tumulte, des cris et du vacarme ; il en va de même le jour de pluie comme au jour du jugement. Et la veille de chabbat, à plus forte raison la pluie est-elle pénible.
וּמְבַטְּלִינְהוּ לִירִידַת גְּשָׁמִים שֶׁטּוֹרְחִין בְּנֵי אָדָם וְאֵינָן יְכוֹלִין לָצֵאת וְלָבֹא:
« Et nous l'annulerions » — la chute des pluies, car les gens peinent et ne peuvent ni sortir ni entrer.
💡 Explication

Le folio revient à la pluie, et prend d'abord son versant pénible. Les années d'Eliyahou sont le cas extrême de la sécheresse, aux jours d'Ahav : même dans ces années-là, une pluie qui tombe le vendredi vaut malédiction, car elle empêche la préparation du chabbat, qui suppose d'aller et venir au marché.

Rachi précise la comparaison de Rabba bar Chila. Le jour de jugement désigne ici le lundi et le jeudi, jours de séance des tribunaux selon l'institution d'Ezra, avec leur tumulte et leur cohue ; le jour de pluie leur ressemble par l'encombrement qu'il produit.

Ameimar pousse la remarque à sa limite et s'arrête devant le besoin réel des créatures. La nécessité de la pluie interdit de prier pour son annulation, quelque gênante qu'elle soit.

🖼️ Schéma
La pluie louée et la pluie pénible : où passe la limite Grandeur de la pluie la perouta de la bourse est bénie comme le rassemblement des exilés les armées s'arrêtent R. Yits hak, R. Yo'hanan Pénibilité de la pluie veille de chabbat : signe de malédiction pénible comme un jour de jugement Ameimar : nous prierions pour l'annuler R. Yits hak, Rabba bar Chila, Ameimar Ce qui retient Ameimar : les créatures en ont besoin. Ben Yehoyada : la peine tient au jour et au métier, la grandeur demeure.
Les deux séries d'énoncés du folio et le point où elles se concilient.
12
וְאָמַר רַבִּי יִצְחָק: שַׁמָּשׁ בְּשַׁבָּת — צְדָקָה לַעֲנִיִּים, שֶׁנֶּאֱמַר: ״וְזָרְחָה לָכֶם יִרְאֵי שְׁמִי שֶׁמֶשׁ צְדָקָה וּמַרְפֵּא״. וְאָמַר רַבִּי יִצְחָק: גָּדוֹל יוֹם הַגְּשָׁמִים, שֶׁאֲפִילּוּ פְּרוּטָה שֶׁבַּכִּיס מִתְבָּרֶכֶת בּוֹ, שֶׁנֶּאֱמַר: ״לָתֵת מְטַר אַרְצְךָ בְּעִתּוֹ וּלְבָרֵךְ אֵת כָּל מַעֲשֵׂה יָדֶךָ״.

Et Rabbi Yits'hak dit : le soleil pendant le chabbat est une charité pour les pauvres, ainsi qu'il est dit : « et pour vous qui craignez Mon nom se lèvera un soleil de charité, avec la guérison dans ses ailes ». Et Rabbi Yits'hak dit : grand est le jour des pluies, car même la perouta qui est dans la bourse y est bénie, ainsi qu'il est dit : « pour donner à ta terre la pluie en son temps et pour bénir toute l'œuvre de ta main ».

📜 Rachi (3)
צְדָקָה לַעֲנִיִּים שֶׁמִּתְעַדְּנִין בָּהּ וְנוֹחַ לָהֶן יוֹם בָּרוּר וּמִתְחַמְּמִין בָּהּ בְּיוֹם הַצִּינָּה:
« Une charité pour les pauvres » — car ils en jouissent ; un jour clair leur est agréable et ils s'y réchauffent au jour du froid.
יִרְאֵי שְׁמִי שׁוֹמְרֵי שַׁבָּת:
« Ceux qui craignent Mon nom » — ceux qui gardent le chabbat.
פְּרוּטָה שֶׁבַּכִּיס אַפֵּי' מַעֲשֵׂה יָדַיִם שֶׁאֵינָן צְרִיכִים לִגְשָׁמִים מִתְבָּרְכִין:
« La perouta qui est dans la bourse » — même les ouvrages des mains, qui n'ont pas besoin des pluies, sont bénis.
🪔 Ben Yehoyada (2)
וְאָמַר רַבִּי יִצְחָק: שַׁמָּשׁ בְּשַׁבָּת, צְדָקָה לַעֲנִיִּים. קָשֶׁה מַאי שַׁייָּכוּת יֵשׁ לְהָא דְּרַבִּי יִצְחָק עִם מַאֲמָרִים אֵלּוּ שֶׁמְּדַבְּרִים בְּעִנְיַן הַגְּשָׁמִים? וְנִרְאֶה לִי בס"ד דְּכָאן הֵבִיא דִּבְרֵי רָבָא בַּר שִׁילָא דְּאָמַר קָשֶׁה יוֹמָא דְּמִטְרָא, כְּיוֹמָא דְּדִינָא וְכוּ' וְקַשְׁיָא לֵיהּ לִמְסַדֵּר הַשַּׁ"ס בָּזֶה שֶׁנִּרְאֶה הוּא הֵפֶךְ כָּל הַמַּאֲמָרִים דִּלְעֵיל שֶׁהִשְׁבִּיחוּ מְאֹד מְאֹד בְּיוֹם הַגְּשָׁמִים! לְכָךְ הֵבִיא מַאֲמָר זֶה לְיַשֵּׁב הַדָּבָר וְהוּא כִּי בֶּאֱמֶת מַה שֶׁאָמַר שֶׁמֶשׁ בְּשַׁבָּת צְדָקָה לַעֲנִיִּים, אֵין זֶה דָּבָר חָלוּט כִּי זֶה הוּא דַּוְקָא בַּחֹורֶף שֶׁיֵּשׁ קוֹר גָּדוֹל שֶׁיֵּשְׁבוּ בַּשֶּׁמֶשׁ וְיִתְחַמְּמוּ אַךְ בַּקַּיִץ שֶׁהַחֹום רַב וְאֵין לָהֶם מָקוֹם מֵרוּחַ שֶׁאֵין שׁוֹלֵט בּוֹ הַשֶּׁמֶשׁ כְּדֵי לֵישֵׁב בּוֹ שֶׁהַשַּׁמָּשׁ נִכְנָס בְּכָל חֲדָרֵיהֶם שֶׁכֻּולָּם נְקָבִים וְהַשֶּׁמֶשׁ שׂוֹרֵף אוֹתָם וַדַּאי צַעַר לָהֶם בְּשַׁבָּת שֶׁהֵם יוֹשְׁבִים כָּל הַיּוֹם בַּבַּיִת וְאֵין לָהֶם מְקוֹם צֵל חָשׁוּב אַךְ קָרֵי לָהּ צְדָקָה בִּשְׁבִיל זְמַן הַקֹּור דַּוְקָא, וְכֵן כָּאן קָרֵי לֵיהּ יוֹמָא דְּדִינָא בִּשְׁבִיל יוֹם שֶׁיִּזְדַּמֵּן לְאָדָם בּוֹ עֵסֶק שֶׁל הֲלִיכָה מְרֻובָּה בַּשְּׁווָקִים וּבָרְחוֹבוֹת אֲבָל בִּזְמַן שֶׁהָאָדָם יוֹשֵׁב בַּחֲנוּתוֹ וְעוֹסֵק בִּמְלַאכְתּוֹ מָה אִכְפַּת לוֹ מִן הַגְּשָׁמִים שֶׁאֵינוֹ הוֹלֵךְ וּבָא בַּשְּׁווָקִים וּבָרְחוֹבוֹת? לָכֵן הֵבִיא מִסֵּדֶר הַשַּׁ"ס מַאֲמָר זֶה דְּרַבִּי יִצְחָק, כְּדֵי שֶׁגַּם דִּבְרֵי רָבָא בַּר שִׁילָא נְפָרֵשׁ אוֹתָם עַל דֶּרֶךְ זֶה וּלְעוֹלָם וַדַּאי גָּדוֹל הוּא יוֹם הַגְּשָׁמִים. וּמַה שֶׁמֵּבִיא רְאָיָה מִפָּסוּק (מַלְאָכִי ג, כ) ' וְזָרְחָה לָכֶם יִרְאֵי שְׁמִי שֶׁמֶשׁ צְדָקָה ' פֵּירֵשׁ רַשִׁ"י: יִרְאֵי שְׁמִי שׁוֹמְרֵי שַׁבָּת, וּפֵירֵשׁ הַגָּאוֹן חִידָ"א זַ"ל עַל פִּי מַה שֶׁאָמְרוּ בַּזֹּוהַר הַקָּדוֹשׁ (פָּרָשַׁת יִתְרוֹ דַּף פח:) מַהוּ שַׁבָּת שֶׁמָּא דקב"ה שֶׁמָּא דְּאִיהוּ שְׁלִים מִכָּל סִטְרוּי (מַהוּ שֵׁם שַׁבָּת, שַׁבָּת הוּא שְׁמוֹ שֶׁל הקב״ה שֵׁם שֶׁהוּא שָׁלֵם מִכָּל צְדָדָיו) עַיֵּין שָׁם. וַעֲדַייִן יֵשׁ לְהַקְשׁוֹת מֵהֵיכָא מַשְׁמַע דִּמְדַבֵּר בַּעֲנִיִּים וְכִי הָעֲנִיִּים בִּלְבַד שׁוֹמְרֵי שַׁבָּת? וַהֲלֹא גַּם הָעֲשִׁירִים שׁוֹמְרֵי שַׁבָּת הֵן! וְנִרְאֶה לִי בס"ד דְּאָמְרוּ רַבּוֹתֵינוּ זַ"ל בַּתִּיקּוּנִים בְּרֵאשִׁית 'יְרֵא שַׁבָּת' וּפֵירַשְׁנוּ עִנְיַן הַמּוֹרָא בְּשַׁבָּת טְפֵי מִמִּצְוֹת אֲחֵרוֹת הוּא מִפְּנֵי כִּי הַשַּׁבָּת רַבּוּ בּוֹ אִיסּוּרֵי הַמְּלָאכוֹת שֶׁכֻּולָּם מֻותָּרִים לְאָדָם בִּימֵי הַחֹול וְרָגִיל בָּהֶם וְלָכֵן בְּנָקֵל יָבֹא לִידֵי שׁוֹגֵג לְהִכָּשֵׁל בָּהֶם בִּשְׁגָגָה וּלְכָךְ צָרִיךְ שֶׁיִּהְיֶה לְאָדָם מוֹרָא וָפַחַד וַחֲרָדָה גְּדוֹלָה בְּשַׁבָּת וְלִזְכֹּור קְדֻושָּׁתוֹ וְלִהְיוֹת תָּמִיד בֵּין עֵינָיו וְחָרוּשׁ עַל לוּחַ לִבּוֹ כְּדֵי שֶׁלֹּא יִשְׁגֶּה וְיִכָּשֵׁל בּוֹ. וְהִנֵּה הֶעָשִׁיר אִם שָׁגַג וְנִתְחַיֵּיב חַטָּאת יֵשׁ לְאֵל יָדוֹ לְהָבִיא אֲפִילּוּ עֲשָׂרָה חַטָּאוֹת וְיוֹתֵר אַחַר שַׁבָּת אַךְ הֶעָנִי אֲפִילּוּ חַטָּאת אַחַת אֵין לְאֵל יָדוֹ לְהָבִיא וְלָכֵן יִהְיֶה לוֹ מוֹרָא יוֹתֵר בְּמִצְוַת שַׁבָּת וְלָכֵן דְּרֵישׁ 'יִרְאֵי שְׁמִי' שֶׁהוּא רוֹצֶה לוֹמַר יִרְאֵי שַׁבָּת עַל הָעֲנִיִּים טְפֵי מִן הָעֲשִׁירִים. וּמַה שֶׁאָמַר ' שֶׁמֶשׁ בְּשַׁבָּת צְדָקָה לַעֲנִיִּים ' נִרְאֶה לִי בס"ד דֶּרֶךְ צַחוּת דְּהַמִּינִין טוֹעֲנִין (בָּבָא בָּתְרָא י.) אִם הקב"ה אוֹהֵב אֶת הָעֲנִיִּים לָמָּה אֵינוֹ מְפַרְנְסָן? וְהַתְּשׁוּבָה לָזֶה הוּא מַה שֶׁנֶּאֱמַר (אִיּוֹב יד, טו) 'לְמַעֲשֵׂה יָדֶיךָ תִּכְסֹף' שהקב"ה רוֹצֶה שֶׁבְּנֵי אָדָם שֶׁהֵם מַעֲשֵׂה יָדָיו דִּכְתִיב בָּהֶם (בְּרֵאשִׁית א, כו) 'נַעֲשֶׂה אָדָם' הֵם יַשְׁלִימוּ אֶת מַעֲשָׂיו, וּרְאָיָה לָזֶה מִן הַשַּׁבָּת שהקב"ה קִידֵּשׁ אֶת הַשַּׁבָּת דִּכְתִיב (בְּרֵאשִׁית ב, ג) 'וַיְבָרֶךְ אֱלֹקִים אֶת יוֹם הַשְּׁבִיעִי וַיְקַדֵּשׁ אִתּוֹ' וְעִם כָּל זֶה צִוָּה אוֹתָנוּ (שְׁמוֹת כ, ז) 'זָכוֹר אֶת יוֹם הַשַּׁבָּת לְקַדְּשׁוֹ' הָוֵי לְמַעֲשֵׂה יָדֶיךָ תִּכְסֹף! וְכֵן יֵשׁ הוֹכָחָה מִן הַשֶּׁמֶשׁ שֶׁגָּזַר הקב"ה שֶׁהִיא תִּתֵּן אוֹר לְיֶרַח וּבֶאֱמֶת הוּא הַנּוֹתֵן אֶת הָאוֹר לְשַׁמֵּשׁ וְלָמָּה לֹא נָתַן גַּם לְיֶרַח? הָוֵי לְמַעֲשֵׂה יָדֶיךָ תִּכְסֹף! וְהִנֵּה כְּתִיב (דְּבָרִים יט, טו) 'עַל פִּי שְׁנֵי עֵדִים יָקוּם דָּבָר' כֵּן הָכָא בְּהוֹכָחָה שֶׁיֵּשׁ מִן הַשֶּׁמֶשׁ וּבְהוֹכָחָה שֶׁיֵּשׁ מִן הַשַּׁבָּת אֲנַחְנוּ לְמֵידִין עַל חִיּוּב הַצְּדָקָה לַעֲנִיִּים דְּבָטְלָה טַעֲנַת הַמִּינִים וּלְכָךְ אָמַר 'שַׁמָּשׁ בְּשַׁבָּת צְדָקָה לָעֲנִיִּים'. וּבְנֵי יְדִידִי כְּבוֹד הָרַב יַעֲקֹב הי"ו פֵּירֵשׁ דְּהָעֲנִיִּים בְּחוֹל עוֹסְקִים בִּמְלָאכָה וְאֵין מַרְגִּישִׁין כָּל כָּךְ בַּצִּינָּה וּבְשַׁבָּת שֶׁהֵם בְּטֵלִים יַרְגִּישׁוּ בַּצִּינָּה בְּיוֹתֵר וּלְכָךְ הַשַּׁמָּשׁ בְּשַׁבָּת הִיא צְדָקָה לַעֲנִיִּים, וּדְרֵישׁ דַּעֲלֵיהֶם נֶאֱמַר 'וְזָרְחָה לָכֶם יִרְאֵי שְׁמִי שֶׁמֶשׁ צְדָקָה'. אַךְ יָדוּעַ דְּבַעֲלֵי מְלָאכָה יוֹמָא דְּלָא עָבְדִי חָלְשִׁי וְכֵן מִי שֶׁדַּרְכּוֹ לִהְיוֹת סוֹבֵב וְהוֹלֵךְ בְּרַגְלָיו בְּכָל יוֹם מִמָּקוֹם לְמָקוֹם אִם יִהְיֶה יוֹם אֶחָד יוֹשֵׁב בְּבֵיתוֹ וְלֹא יָקוּם לְהִתְהַלֵּךְ עַל רַגְלָיו אָנֶה וָאָנָה יַרְגִּישׁ בַּיּוֹם הַבָּא אַחֲרָיו חֻולְשָׁה בְּאֵיבָרָיו, וְלָכֵן סִייֵּם 'וּמַרְפֵּא בִּכְנָפֶיהָ' רוֹצֶה לוֹמַר מִלְּבַד שֶׁתְּחַמֵּם אֶת הָעֲנִיִּים בְּיוֹם שַׁבָּת מֵחֲמַת הַצִּינָּה שֶׁיַּרְגִּישׁוּ בָּהּ בְּיוֹתֵר עוֹד תִּתֵּן לָהֶם רְפוּאָה בְּאֵיבְרֵיהֶם שֶׁהֵם מְלֻומָּדִים בְּעֵסֶק וְהִילּוּךְ רַב בִּימֵי הַחֹול שֶׁלֹּא יַרְגִּישׁוּ בָּהֶם חֻולְשָׁה אַחַר שַׁבָּת, עַד כָּאן דְּבָרָיו נר"ו.
« Et Rabbi Yits'hak dit : le soleil pendant le chabbat est une charité pour les pauvres. » Difficulté : quel rapport y a-t-il entre cet enseignement de Rabbi Yits'hak et les enseignements qui précèdent, lesquels traitent des pluies ? Il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'on a rapporté ici les paroles de Rabba bar Chila, qui a dit qu'un jour de pluie est pénible comme un jour de jugement ; cela faisait difficulté au rédacteur du Talmud, car cela paraît contraire à tous les enseignements précédents, qui ont loué très grandement le jour des pluies. Il a donc rapporté cet enseignement pour résoudre la chose. En effet, ce qui a été dit — le soleil pendant le chabbat est une charité pour les pauvres — n'est pas un énoncé absolu : cela vaut précisément en hiver, quand il fait grand froid, car ils s'asseyent au soleil et se réchauffent ; mais en été, où la chaleur est grande et où ils n'ont pas de lieu aéré que le soleil n'atteigne pas pour s'y asseoir, le soleil pénétrant dans toutes leurs chambres, qui sont percées de toutes parts, et les brûlant, c'est assurément une peine pour eux au chabbat, où ils demeurent assis toute la journée à la maison sans disposer d'un lieu d'ombre notable ; on l'appelle donc charité à cause du temps du froid précisément. De même ici, on l'appelle jour de jugement à cause du jour où il se trouve qu'un homme a une affaire exigeant de longs déplacements dans les marchés et les rues ; mais lorsqu'un homme est assis dans sa boutique et s'occupe de son travail, que lui importent les pluies, puisqu'il ne va ni ne vient dans les marchés et les rues ? C'est pourquoi le rédacteur du Talmud a rapporté cet enseignement de Rabbi Yits'hak, afin que nous expliquions de cette manière les paroles de Rabba bar Chila également, et le jour des pluies demeure assurément grand. Quant à la preuve tirée du verset (Malakhi 3, 20) « et pour vous qui craignez Mon nom se lèvera un soleil de charité », Rachi a expliqué : « ceux qui craignent Mon nom — ceux qui gardent le chabbat » ; et le Gaon le Hida, de mémoire bénie, l'a expliqué d'après ce qui est dit dans le saint Zohar (parachat Yitro 88b) : qu'est-ce que chabbat ? Le nom du Saint béni soit-Il, un nom qui est parfait de tous ses côtés — vois-le là-bas. Il reste cependant à demander : d'où ressort-il qu'il parle des pauvres ? Les pauvres seraient-ils seuls à garder le chabbat ? Les riches aussi gardent le chabbat ! Il me semble, avec l'aide du Ciel, que nos maîtres, de mémoire bénie, ont dit dans les Tikounim, sur le mot berechit, qu'il s'y lit yaré chabbat, celui qui craint le chabbat. Nous avons expliqué que la crainte attachée au chabbat plus qu'aux autres commandements tient à ce que le chabbat comporte de nombreux interdits de travaux, tous permis à l'homme les jours de semaine et auxquels il est accoutumé : il en vient donc facilement à y trébucher par inadvertance. Il faut par conséquent que l'homme ait au chabbat une crainte, une frayeur et un tremblement plus grands, qu'il se souvienne de sa sainteté et la garde toujours entre ses yeux, gravée sur la table de son cœur, afin de ne pas s'égarer ni trébucher. Or le riche, s'il a fauté par inadvertance et s'est rendu passible d'un sacrifice de faute, a les moyens d'en apporter même dix et davantage après le chabbat, tandis que le pauvre n'a pas même les moyens d'en apporter un seul ; sa crainte sera donc plus grande dans les commandements du chabbat. C'est pourquoi il expose « ceux qui craignent Mon nom », c'est-à-dire ceux qui craignent le chabbat, comme visant les pauvres plus que les riches. Quant à ce qui est dit « le soleil pendant le chabbat est une charité pour les pauvres », il me semble, avec l'aide du Ciel, par manière de finesse, que les hérétiques objectent (Baba Batra 10a) : si le Saint béni soit-Il aime les pauvres, pourquoi ne les nourrit-Il pas ? La réponse à cela est ce qui est dit (Iyov 14, 15) « Tu aspireras à l'œuvre de Tes mains » : le Saint béni soit-Il veut que les hommes, qui sont l'œuvre de Ses mains, puisqu'il est écrit à leur sujet (Berechit 1, 26) « faisons l'homme », achèvent eux-mêmes Ses œuvres. La preuve en est le chabbat : le Saint béni soit-Il a sanctifié le chabbat, ainsi qu'il est écrit (Berechit 2, 3) « et D.ieu bénit le septième jour et le sanctifia », et malgré cela Il nous a ordonné (Chemot 20, 7) « souviens-toi du jour du chabbat pour le sanctifier » — voilà bien « Tu aspireras à l'œuvre de Tes mains ». De même il y a une preuve tirée du soleil : le Saint béni soit-Il a décrété que le soleil donne sa lumière à la lune, alors qu'en vérité c'est Lui qui donne la lumière au soleil ; et pourquoi ne l'a-t-Il pas donnée aussi à la lune ? Voilà bien « Tu aspireras à l'œuvre de Tes mains ». Or il est écrit (Devarim 19, 15) « sur la parole de deux témoins la chose sera établie » : ainsi ici, par la preuve tirée du soleil et par la preuve tirée du chabbat, nous apprenons l'obligation de la charité envers les pauvres, et l'objection des hérétiques tombe. C'est pourquoi il a dit : « le soleil pendant le chabbat est une charité pour les pauvres ». Et mon fils bien-aimé, l'honorable Rav Yaakov, que D.ieu le garde, a expliqué que les pauvres, les jours de semaine, sont occupés à leur travail et ne ressentent pas tellement le froid, tandis qu'au chabbat, étant desœuvres, ils ressentent le froid davantage ; c'est pourquoi le soleil au chabbat est une charité pour les pauvres, et il expose que c'est à leur sujet qu'il est dit « et pour vous qui craignez Mon nom se lèvera un soleil de charité ». Or il est connu que les artisans, le jour où ils ne travaillent pas, sont affaiblis ; de même celui qui a coutume d'aller et de tourner à pied chaque jour d'un endroit à l'autre, s'il reste un jour assis chez lui sans se lever pour marcher ça et là, ressentira le lendemain une faiblesse dans ses membres. C'est pourquoi le verset conclut « et la guérison dans ses ailes », c'est-à-dire : outre qu'il réchauffera les pauvres au jour du chabbat à cause du froid qu'ils y ressentent davantage, il leur donnera encore une guérison dans leurs membres, accoutumés qu'ils sont à l'activité et à de longues marches les jours de semaine, afin qu'ils n'y ressentent pas de faiblesse après le chabbat. Fin de ses paroles, que D.ieu le garde.
גָּדוֹל יוֹם הַגְּשָׁמִים, שֶׁאֲפִלּוּ פְּרוּטָה שֶׁבַּכִּיס מִתְבָּרֶכֶת בּוֹ. נִרְאֶה לִי בס"ד בְּדֶרֶךְ הֲלָצָה כִּי הַיּוֹשְׁבִים בַּחֲנוּיוֹת לִמְכֹּור אֵין דַּרְכָּם לִמְכֹּור דְּבָרִים קְטַנִּים שֶׁנִּמְכָּרִים בִּפְרוּטוֹת דַּוְקָא אֶלָּא כָּל מִמְכָּרָם הוּא בִּמְחִיר כְּסָפִים אַךְ אֵלּוּ שֶׁהֵם סוֹבְבִים בָּרְחוֹבוֹת וּבַשְּׁוָוקִים לִמְכֹּור דְּבָרִים קַלִּים שֶׁל מִינֵי מְתִיקָה לִילָדִים אוֹ חֲפָצִים קְטַנִּים וְזוֹלִים שֶׁכָּל חֵפֶץ אֵינוֹ מַגִּיעַ עֶרְכּוֹ יוֹתֵר מִשָּׁלֹשׁ אוֹ אַרְבַּע פְּרוּטוֹת וְכֵן אֵלּוּ הַמּוֹכְרִים לֶפֶת שָׁלוּק אוֹ רֻובְּיָא שֶׁלּוֹקֶה וְכַיּוֹצֵא בָּהֶם שֶׁכָּל מִקָּחָם הוּא בִּפְרוּטוֹת הִנֵּה כָּל אֵלּוּ אֵין לָהֶם חֲנוּת לֵישֵׁב בּוֹ כִּי אֵין עִסְקָם כְּדַאי לִשְׂכֹּור לוֹ חֲנוּת וְרַק נוֹשְׂאִים סְחוֹרָתָם עַל רֹאשָׁם וְסוֹבְבִים וְהוֹלְכִין בִּמְבוֹאוֹת וּבָרְחוֹבוֹת מִמָּקוֹם לְמָקוֹם לִמְכֹּור, וְעַל כֵּן אֵלּוּ רֻובָּם הֵם בְּטֵלִים בְּיוֹם הַגֶּשֶׁם דְּקָשֶׁה עֲלֵיהֶם הַטִּלְטוּל מִמָּקוֹם לְמָקוֹם וְאֵיךְ יַעַבְרוּ בִּרְחוֹבוֹת הָעִיר וְהַגֶּשֶׁם דּוֹלֵף עֲלֵיהֶם וְרַק יִמָּצֵא מְעַט מֵהֶם שֶׁלֹּא יַשְׁבִּיתוּ עִסְקָם גַּם בְּיוֹם הַגֶּשֶׁם. וְהִנֵּה מֵאַחַר דְּכָל אֵלּוּ הַכְנָסָה שֶׁלָּהֶם הִיא פְּרוּטוֹת לָכֵן נִמְצָא אֶצְלָם פְּרוּטוֹת הַרְבֵּה כִּי הַקֶּרֶן שֶׁלָּהֶם כֻּולּוֹ פְּרוּטוֹת שֶׁהֵם מְקַבְּלִים בְּעַד דְּבָרִים שֶׁמּוֹכְרִים וּבְכָל יְמוֹת הַשָּׁנָה מִי שֶׁרוֹצֶה לְהַחֲלִיף מַטְבֵּעַ כֶּסֶף בִּפְרוּטוֹת יַחֲלִיף אֶצְלָם כִּי נִמְצָא אֶצְלָם פְּרוּטוֹת נְחֹושֶׁת בְּרִבּוּי אַךְ בְּיוֹם הַגֶּשֶׁם שֶׁאֵין נִמְצָאִים בַּעֲלֵי עֵסֶק אֵלּוּ הַרְבֵּה אָז גַּם הַפְּרוּטוֹת יִהְיוּ מוּעָטִים וְאִם בְּכָל יוֹם יַחֲלִיפוּ מַטְבֵּעַ כֶּסֶף בַּעֲשָׂרָה פְּרוּטוֹת, הִנֵּה בְּיוֹם הַגֶּשֶׁם יִתְייַקְּרוּ הַפְּרוּטוֹת וְיִהְיוּ כָּל שְׁמוֹנָה פְּרוּטוֹת בְּמַטְבֵּעַ כֶּסֶף מִפְּנֵי שֶׁאֵין נִמְצָאִים הַרְבֵּה וְנִמְצָא לְפִי זֶה בְּיוֹם הַגְּשָׁמִים הַפְּרוּטָה אֲשֶׁר יֵשׁ בְּכִיסוֹ שֶׁל אָדָם מִתְבָּרֶכֶת שֶׁאִם הָיָה עֵרֶךְ הַפְּרוּטוֹת עֲשָׂרָה בְּמַטְבֵּעַ אֶחָד כֶּסֶף הִנֵּה בְּאוֹתוֹ הַיּוֹם יִהְיוּ שִׁבְעָה אוֹ שְׁמֹנָה בְּמַטְבֵּעַ כֶּסֶף. וּבְנִי יְדִידִי כְּבוֹד הָרַב יַעֲקֹב נר"ו פֵּירֵשׁ כָּל דָּבָר שֶׁתִּשְׁלֹוט בּוֹ עַיִן הָרַע אֵין הַבְּרָכָה שׁוֹרָה בּוֹ לָכֵן כָּל דָּבָר שֶׁהוּא גָּלוּי לְעֵינֵי בְּנֵי אָדָם אֵין בּוֹ בְּרָכָה וְיֵשׁ בְּנֵי אָדָם שֶׁהֵם עֲנִיִּים אִם רוֹאִין בְּעֵינֵיהֶם מָעוֹת אֵצֶל אֲחֵרִים מְטִילִין בָּהֶם עַיִן הָרַע וְאָז מִמֵּילָא אֵין בְּרָכָה מְצוּיָה בְּאוֹתָם הַמָּעוֹת אָמְנָם בְּיוֹם הַגְּשָׁמִים תִּהְיֶה עֵינֵיהֶם שֶׁל עֲנִיִּים שְׂבִיעָה וְאָז אֲפִילּוּ מָעוֹת הַמֻּונָּחִים בְּכִיסוֹ שֶׁל אָדָם שֶׁעַל הָרֹוב הֵם נִגְלִין לְעֵינֵי הַכֹּל כִּי תָּמִיד הוּא פּוֹתֵחַ כִּיסוֹ בַּשּׁוּק כְּדֵי לִקְנוֹת בָּהֶם וְאָז רוֹאִין כָּל הָעוֹבְרִים וְשָׁבִים שֶׁיִּמָּצֵא בָּהֶם עֲנִיִּים הֵם רוֹאִים כִּיס הַמָּעוֹת שֶׁלּוֹ לֹא תִּשְׁלֹוט בָּהֶם עַיִן הָרָע שֶׁל עֲנִיִּים יַעַן כִּי אוֹתוֹ הַיּוֹם עֵינֵיהֶם שְׂבִיעוֹת בִּרְאוֹתָם הַגְּשָׁמִים וְיוֹדְעִים שֶׁטּוֹבָה רַבָּה בָּאָה לָעוֹלָם וְהַכֹּל יִהְיֶה בְּזוֹל וְלָכֵן תָּחוּל הַבְּרָכָה גַּם בַּמָּעוֹת שֶׁבַּכִּיס שֶׁהֵם גְּלוּיִים לְעֵינֵי הַכֹּל טְפֵי מִשְּׁאָר מָעוֹת, וְלָזֶה אָמַר אֲפִלּוּ פְּרוּטָה שֶׁבַּכִּיס מִתְבָּרֶכֶת בּוֹ, עַד כָּאן דְּבָרָיו נר"ו.
« Grand est le jour des pluies, car même la perouta qui est dans la bourse y est bénie. » Il me semble, avec l'aide du Ciel, par manière de finesse, que ceux qui sont assis dans des boutiques pour vendre n'ont pas coutume de vendre de petits objets qui se vendent à la perouta : toute leur marchandise se vend au prix de pièces d'argent. Mais ceux qui tournent dans les rues et les marchés pour vendre des choses de peu — friandises pour les enfants, ou petits objets bon marché dont aucun ne dépasse trois ou quatre peroutot — et de même ceux qui vendent des navets bouillis, des fèves bouillies et autres choses semblables, dont tout le commerce se fait en peroutot : tous ceux-là n'ont pas de boutique où s'asseoir, car leur affaire ne vaut pas qu'ils en louent une ; ils portent leur marchandise sur leur tête et tournent d'un endroit à l'autre par les passages et les rues pour vendre. Aussi la plupart d'entre eux chomment-ils le jour de pluie, car le déplacement d'un lieu à l'autre leur est pénible : comment traverseraient-ils les rues de la ville tandis que la pluie ruisselle sur eux ? Il ne s'en trouvera qu'un petit nombre qui n'interrompent pas leur commerce même le jour de pluie. Or, puisque toute leur recette est en peroutot, il se trouve chez eux beaucoup de peroutot, car tout leur fonds est en peroutot reçues pour ce qu'ils vendent ; et tous les jours de l'année, qui veut changer une pièce d'argent contre des peroutot les change chez eux, puisqu'il se trouve chez eux des peroutot de cuivre en abondance. Mais le jour de pluie, où ces commerçants ne se trouvent pas en nombre, les peroutot aussi seront rares ; si chaque jour on change une pièce d'argent contre dix peroutot, le jour de pluie les peroutot renchériront et il n'y en aura que huit pour une pièce d'argent, parce qu'il ne s'en trouve pas beaucoup. Il se trouve donc, selon cela, que le jour des pluies la perouta qui est dans la bourse d'un homme est bénie : si la valeur des peroutot était de dix pour une pièce d'argent, ce jour-là elles seront sept ou huit pour une pièce d'argent. Et mon fils bien-aimé, l'honorable Rav Yaakov, que D.ieu le garde, a expliqué : toute chose sur laquelle s'exerce le mauvais œil, la bénédiction n'y réside pas ; c'est pourquoi toute chose exposée aux yeux des hommes est sans bénédiction. Or il y a des hommes pauvres qui, s'ils voient de leurs yeux de l'argent chez d'autres, y jettent le mauvais œil, et alors la bénédiction ne se trouve plus dans cet argent. Mais le jour des pluies, les yeux des pauvres sont rassasiés ; alors, même l'argent déposé dans la bourse d'un homme — lequel est le plus souvent exposé aux yeux de tous, puisqu'il ouvre constamment sa bourse au marché pour acheter, et que tous les passants, parmi lesquels se trouvent des pauvres, voient sa bourse — le mauvais œil des pauvres ne s'exercera pas sur lui, parce que ce jour-là leurs yeux sont rassasiés en voyant les pluies : ils savent qu'un grand bien vient au monde et que tout sera à bas prix. La bénédiction se posera donc aussi sur l'argent de la bourse, qui est exposé aux yeux de tous, plus que sur le reste de l'argent. C'est pourquoi il a dit : même la perouta qui est dans la bourse y est bénie. Fin de ses paroles, que D.ieu le garde.
💡 Explication

Deux enseignements de Rabbi Yits'hak. Le premier né parle pas de pluie : le soleil du chabbat vaut charité pour les pauvres, qui peuvent alors se réchauffer. Rachi lit « ceux qui craignent Mon nom » comme désignant ceux qui gardent le chabbat.

Le second tire du verset des bénédictions de Devarim une conséquence très large : la bénédiction du jour de pluie ne se limite pas aux récoltes, mais atteint toute l'œuvre de ta main, jusqu'à la pièce de monnaie en poche. Rachi le formule ainsi : même les ouvrages des mains, qui ne dépendent pas de la pluie, sont bénis.

Le Ben Yehoyada se sert du premier enseignement pour résoudre la tension du segment précédent : de même que le soleil du chabbat est une faveur en hiver et une gêne en été, la pluie est pénible selon le jour et le métier, sans que sa grandeur soit atteinte.

13
וְאָמַר רַבִּי יִצְחָק: אֵין הַבְּרָכָה מְצוּיָה אֶלָּא בְּדָבָר הַסָּמוּי מִן הָעַיִן, שֶׁנֶּאֱמַר: ״יְצַו ה׳ אִתְּךָ אֶת הַבְּרָכָה בַּאֲסָמֶיךָ״. תָּנָא דְּבֵי רַבִּי יִשְׁמָעֵאל: אֵין הַבְּרָכָה מְצוּיָה אֶלָּא בְּדָבָר שֶׁאֵין הָעַיִן שׁוֹלֶטֶת בּוֹ, שֶׁנֶּאֱמַר: ״יְצַו ה׳ אִתְּךָ אֶת הַבְּרָכָה בַּאֲסָמֶיךָ״.

Et Rabbi Yits'hak dit : la bénédiction ne se trouve que dans une chose dérobée à l'œil, ainsi qu'il est dit : « Hachem ordonnera pour toi la bénédiction dans tes greniers ». On a enseigné dans l'école de Rabbi Yichmael : la bénédiction ne se trouve que dans une chose sur laquelle l'œil n'a pas de prise, ainsi qu'il est dit : « Hachem ordonnera pour toi la bénédiction dans tes greniers ».

🗂️ Tossefot (1)
אֶלָּא בְּדָבָר הַסָּמוּי מִן הָעַיִן שֶׁנֶּאֱמַר יְצַו ה' וְגוֹ'. תֵּימַהּ דְּאָמְרִינַן פֶּרֶק כָּל הַבָּשָׂר (חֻולִּין דַּף קה:) גַּבֵּי הָנֵי שָׁקוֹלָאֵי דְּדָרוּ חָבִיתָא דְּחַמְרָא בְּעוֹ לְאִתְּפוֹחֵי אוֹתְבוּהוּ תּוּתֵי מַרְזֵיבָא פְּקַע חָבִיתָא וּמְפָרֵשׁ שָׁם בִּשְׁבִיל הַשָּׁד שֶׁהָיָה שָׁם עַד דְּאַכְפְּיֵיהּ מָר בַּר רַב אָשֵׁי לְשַׁד לְשַׁלֵּם אֲמַר לֵיהּ שֵׁידָא לְמָר בַּר רַב אָשֵׁי לִיקְבַּע לִי מָר זִימְנָא דְּאֵיזִיל וַאֲשַׁלֵּם קְבַע לֵיהּ זִימְנָא כִּי מְטָא זִימְנֵיהּ אִיעַכַּב וַאֲמַר לֵיהּ אַמַּאי לָא אֲתֵית בְּזִמְנָךְ אֲמַר לֵיהּ כֹּל מִידֵּי דִּצְיִיר וַחֲתִים וּכְיִיל וּמְנֵי לֵית לַן רְשׁוּת לְמִישְׁקַל מִינֵּיהּ אַלְמָא בְּדָבָר הַמָּדוּד וְהַמָּנוּי לֵית לֵיהּ רְשׁוּת לְמִשְׁקַל מִינֵּיהּ וּבְדָבָר הַסָּמוּי אִית לֵיהּ רְשׁוּת אַלְמָא אֵין בְּרָכָה בְּדָבָר הַסָּמוּי וי"ל דְּלָא קָשֶׁה מִידִי דְּהָא דְקָאָמַר הָתָם הַיְינוּ טַעְמָא דְּלֵית לְהוּ אֶלָּא בִּדְבַר הֶפְקֵר וְלֹא דָּבָר דְּכָיֵיל וּמָנוּי אוֹ צַיָּיר וַחֲתִים הַייְנוּ בִּשְׁבִיל דְּאֵין בְּרָכָה מְצוּיָה בְּהָנֵי וְלֵית בְּהוּ דְּבַר הֶפְקֵר וְהַאי דִּבְעָלִים נִינְהוּ אֶלָּא בְּדָבָר הַסָּמוּי וְהַיְינוּ מִטַּעַם דְּהַבְּרָכָה מְצוּיָה בְּדָבָר הַסָּמוּי וּמַה שֶׁמִּתְרַבֶּה בִּשְׁבִיל הַבְּרָכָה אִית לְהוּ רְשׁוּת לְמִישְׁקַל בְּסָמוּי דְּהַייְנוּ כְּמוֹ הֶפְקֵר שֶׁאֵין לְשׁוּם אָדָם זְכוּת בּוֹ אִי נָמֵי הָכָא מַיְירֵי בְּדָבָר הַמָּנוּי וְהַמָּדוּד בְּלֹא צִייֵּר וַחֲתִים וּבְהָא אִית לְהוּ רְשׁוּתָא וְהָתָם מַיְירֵי בְּמָדוּד וּמָנוּי וְכַיִיל וְצַייֵּר וַחֲתִים וּבְהָא לֵית לְהוּ רְשׁוּתָא:
« Sinon dans une chose dérobée à l'œil, ainsi qu'il est dit : Hachem ordonnera, etc. » — Cela étonne, car nous disons au chapitre Kol HaBassar (Houlin 105b), à propos de ces porteurs qui transportaient un tonneau de vin : voulant se reposer, ils le posèrent sous une gouttière, et le tonneau éclata. On explique là que ce fut à cause du démon qui s'y trouvait, jusqu'à ce que Mar bar Rav Achi contraignît le démon à payer. Le démon dit à Mar bar Rav Achi : que le maître me fixe un terme, et j'irai payer. Il lui fixa un terme. Le terme venu, il tarda, et il lui dit : pourquoi n'es-tu pas venu à ton terme ? Il lui répondit : tout ce qui est noué et scellé, jaugé et compté, nous n'avons pas le droit d'y prendre quoi que ce soit. Il ressort de là que sur une chose mesurée et comptée ils n'ont pas le droit de prendre, tandis que sur une chose dérobée à l'œil ils en ont le droit — d'où il ressortirait qu'il n'y a pas de bénédiction dans une chose dérobée à l'œil. On peut répondre qu'il n'y a là aucune difficulté : ce qui est dit là-bas, sa raison est qu'ils n'ont de droit que sur une chose sans maître, et non sur une chose jaugée et comptée ou nouée et scellée ; et cela tient à ce qu'il n'y a pas de bénédiction dans ces choses-là, de sorte qu'il ne s'y trouve rien qui soit sans maître, tout y appartenant aux propriétaires. Il n'en va autrement que dans une chose dérobée à l'œil, et cela parce que la bénédiction se trouve dans la chose dérobée à l'œil : ce qui s'y ajoute grâce à la bénédiction, ils ont le droit de le prendre dans la chose dérobée, car c'est comme une chose sans maître sur laquelle nul n'a de droit. Ou bien : ici il s'agit d'une chose comptée et mesurée sans être nouée ni scellée, et en pareil cas ils y ont droit ; tandis que là-bas il s'agit d'une chose mesurée, comptée, jaugée, nouée et scellée, et en pareil cas ils n'y ont pas droit.
🪔 Ben Yehoyada (1)
אֵין הַבְּרָכָה מְצוּיָה, אֶלָּא בְּדָבָר הַסָּמוּי מִן הָעַיִן. נִרְאֶה לִי בס"ד מִילּוּי אוֹתִיּוֹת עַיִן כָּזֶה: ע י " ן י וְ " ד נ ו " ן עוֹלֶה קכ"ו [126] שֶׁהוּא מִסְפַּר ג' פְּעָמִים מ"ב [42×3=126] שֶׁהֵם סוֹד שְׁלֹשָׁה יד [14×3=42] שֶׁעַל יָדָם יִשְׁתַּלְשֵׁל שֶׁפַע הַפַּרְנָסָה בְּסוֹד (תְּהִלִּים קמה, טז) פּוֹתֵחַ אֶת יָדֶךָ וּמַשְׂבִּיעַ לְכָל חַי רָצוֹן, 'יָדְךָ' דַּיְיקָא רֶמֶז לֹג' פְּעָמִים מ"ב שֶׁהוּא סוֹד הַיָּדַיִם וְהַפָּשׁוּט הוּא גָּלוּי וְהַמִּילּוּי הִיא סִמּוּי וּמְכֻוסֶּה. וְלָזֶה אָמַר אֵין הַבְּרָכָה מְצוּיָה אֶלָּא בְּדָבָר הַסָּמוּי מִן הָעַיִן, רוֹצֶה לוֹמַר בַּג' פְּעָמִים מ"ב שֶׁהֵם רְמוּזִים בְּמִלּוּי אוֹתִיּוֹת עַיִן. וְנִרְאֶה לָכֵן סָמֶ"ךְ שֶׁהוּא סִמּוּי הוּא אַחַר אוֹת עַיִ"ן בְּאַלְפָא בֵּיתָא. וְנִרְאֶה לִי בס"ד דְּרַבִּי יִצְחָק קָאָמַר סָמוּי מִן הָעַיִן הַיְינוּ שֶׁאֵין יָדוּעַ מִנְייָנוֹ וּמִשְׁקָלוֹ אֲבָל אִם הוּא גָּלוּי לֵית לַן בַּהּ וְתַנָּא דְּבֵי רַבִּי יִשְׁמָעֵאל אַיְירֵי אֲפִילּוּ אִם אֵין יָדוּעַ מִנְייָנוֹ וּמִשְׁקָלוֹ אִם הוּא גָּלוּי לְעֵינֵי הַכֹּל תִּשְׁלֹוט בּוֹ עַיִן הָרַע וּכְמוֹ שֶׁאָמַר רַב לִבְרֵיהּ (בָּבָא מְצִיעָא קז.) לָא תְּזַבֵּין שָׂדֶה הַסְּמוּכָה לָעִיר, שֶׁהִיא גְּלוּיָה לְעֵינֵי הַכֹּל. אִי נָמֵי רַבִּי יִצְחָק אַיְירֵי שֶׁיִּהְיֶה סִמּוּי גַּם מִן עֵין הַבְּעָלִים שֶׁלֹּא יָדְעוּ מִנְיָינוֹ וּמִשְׁקָלוֹ אֲבָל תָּנָא דְּבֵי רַבִּי יִשְׁמָעֵאל קָפֵיד עַל עַיִן שֶׁל אֲחֵרִים דַּוְקָא.
« La bénédiction ne se trouve que dans une chose dérobée à l'œil. » Il me semble, avec l'aide du Ciel, que le remplissage des lettres du mot ayin, ainsi : ayin-youd-noun, youd-vav-dalet, noun-vav-noun, s'élève à 126, qui est le nombre de trois fois 42, lesquels sont le sod de trois fois yad, la main [14 x 3 = 42], par lesquelles se déroule l'épanchement de la subsistance, selon le sod de (Tehilim 145, 16) « Tu ouvres Ta main et Tu rassasies tout vivant selon son désir » — « Ta main » précisément, allusion aux trois fois 42, qui sont le sod des mains. La forme simple des lettres est ce qui est révélé, et leur remplissage est ce qui est dérobé et couvert. C'est pourquoi il a dit : la bénédiction ne se trouve que dans une chose dérobée à l'œil, c'est-à-dire dans les trois fois 42 qui sont allusionnés dans le remplissage des lettres du mot ayin. Et il apparaît que c'est pour cela que la lettre samekh, celle de samouy, vient après la lettre ayin dans l'alphabet. Il me semble encore, avec l'aide du Ciel, que Rabbi Yits'hak dit « dérobé à l'œil », c'est-à-dire que son nombre et son poids ne sont pas connus, mais que si la chose est exposée cela ne nous importe pas ; tandis que l'école de Rabbi Yichmael traite même du cas où son nombre et son poids ne sont pas connus : si la chose est exposée aux yeux de tous, le mauvais œil s'exercera sur elle, comme Rav le dit à son fils (Baba Metsia 107a) : n'achète pas un champ proche de la ville, car il est exposé aux yeux de tous. Ou bien : Rabbi Yits'hak traite du cas où la chose doit être dérobée aussi à l'œil des propriétaires eux-mêmes, qui n'en connaîtront ni le nombre ni le poids, tandis que l'école de Rabbi Yichmael n'est regardante que sur l'œil d'autrui.
💡 Explication

Le principe repose sur un rapprochement de mots : assamekha, tes greniers, est lu par proximité avec samouy, dérobé. Une quantité dont le total est connu ne peut s'accroître sans devenir un miracle ouvert ; la bénédiction demande donc l'indétermination.

L'école de Rabbi Yichmael reformule : une chose sur laquelle l'œil n'a pas de prise. Le Ben Yehoyada traite cette variante comme une seconde exigence, liée au mauvais œil, et distingue l'œil du propriétaire et celui d'autrui.

Tossefot opposent au principe un récit de Houlin où un démon déclare n'avoir pas le droit de prendre sur ce qui est noué, scellé, mesuré et compté, ce qui suggérerait l'inverse. Leur réponse retourne l'argument : c'est précisément parce que la bénédiction réside dans le caché que le surplus produit par elle y demeure comme sans maître.

14
תָּנוּ רַבָּנַן: הַנִּכְנָס לָמֹוד אֶת גָּרְנוֹ, אוֹמֵר: ״יְהִי רָצוֹן מִלְּפָנֶיךָ ה׳ אֱ-לֹהֵינוּ שֶׁתִּשְׁלַח בְּרָכָה בְּמַעֲשֵׂה יָדֵנוּ״. הִתְחִיל לִמּוּד, אוֹמֵר: ״בָּרוּךְ הַשּׁוֹלֵחַ בְּרָכָה בַּכְּרִי הַזֶּה״. מָדַד וְאַחַר כָּךְ בֵּירַךְ — הֲרֵי זוֹ תְּפִלַּת שָׁוְא, לְפִי שֶׁאֵין הַבְּרָכָה מְצוּיָה לֹא בְּדָבָר הַשָּׁקוּל, וְלֹא בְּדָבָר הַמָּדוּד, וְלֹא בְּדָבָר הַמָּנוּי, אֶלָּא בְּדָבָר הַסָּמוּי מִן הָעַיִן.

Nos maîtres ont enseigné : celui qui entre pour mesurer son aire dit : « Que ce soit Ta volonté, Hachem notre D.ieu, que Tu envoies la bénédiction sur l'œuvre de nos mains. » S'il a commencé à mesurer, il dit : « Béni soit Celui qui envoie la bénédiction dans ce tas. » S'il a mesuré puis a béni — c'est une prière vaine, car la bénédiction ne se trouve ni dans une chose pesée, ni dans une chose mesurée, ni dans une chose comptée, mais dans une chose dérobée à l'œil.

📜 Rachi (3)
בָּרוּךְ הַשּׁוֹלֵחַ בְּרָכָה (שִׁיפּוּעַ) וּמַזְכִּיר בָּהּ מַלְכוּת וְאַזְכָּרָה כְּכָל הַבְּרָכוֹת כֻּולָּן:
« Béni soit Celui qui envoie la bénédiction » — il y mentionne la royauté et le Nom, comme dans toutes les bénédictions.
הֲרֵי זוֹ תְּפִילַּת שָׁוְא וְשׁוּב אֵין בְּרָכָה נִכְנֶסֶת בָּהּ:
« C'est une prière vaine » — et désormais la bénédiction n'y entre plus.
בְּדָבָר הַסָּמוּי מִן הָעַיִן שֶׁאֵינוֹ יוֹדֵעַ הַסְּכוּם:
« Dans une chose dérobée à l'œil » — dont il ne connaît pas le total.
🪔 Ben Yehoyada (1)
לְפִי שֶׁאֵין הַבְּרָכָה מְצוּיָה, לֹא בְּדָבָר הַשָּׁקוּל וְלֹא בְּדָבָר הַמָּדוּד וְלֹא בְּדָבָר הַמָּנוּי. נִרְאֶה לִי בס"ד ש קִיל מ דָּוִד מ נוֹי רָאשֵׁי תֵּיבוֹת 'שְׁמָם' כִּי מְקוֹם שְׁלֹשָׁה אֵלֶּה הוּא שְׁמָם מִן הַבְּרָכָה וְסוֹפֵי תֵּיבוֹת יָד " ל רוֹצֶה לוֹמַר דַּלִּים מֵהַבְּרָכָה. וְעוֹד נִרְאֶה לִי בס"ד סִמּוּי [116] עוֹלֶה קי"ו, אַךְ בָּאָדָם יֵשׁ שְׁתֵּי עֵינַיִם יָמִין וּשְׂמֹאל, וְצָרִיךְ שֶׁיִּהְיֶה סִמּוּי מֵעֵין יָמִין וְסִמּוּי מֵעֵין שְׂמֹאל, וּב' פְּעָמִים 'סִמּוּי' עוֹלֶה מִסְפַּר הַבְּרָכָה [232] רֶמֶז שֶׁאִם הוּא סִמּוּי מֵעֵין יָמִין וְסִמּוּי מֵעֵין שְׂמֹאל תִּשְׁלוֹט בּוֹ הַבְּרָכָה. וּבָזֶה יוּבָן בס"ד הַכָּתוּב (דְּבָרִים כח, ח) 'יְצַו ה' אִתְּךָ אֶת הַבְּרָכָה בַּאֲסָמֶיךָ', לְשׁוֹן רַבִּים רוֹצֶה לוֹמַר עַל יְדֵי שֶׁיִּהְיֶה סִמּוּי מֵעֵין יָמִין וְסִמּוּי מֵעֵין שְׂמֹאל. וּמַה שֶׁאָמַר וְאֵין ' אֲפִיקִים ' אֶלָּא מָטָר נִרְאֶה לִי בס"ד חִלֵּק תֵּיבַת 'אֲפִיקִים' (תְּהִלִּים קכו, ד) לִשְׁתַּיִם וְקָרֵי בָּהּ 'אַפֵּיק יָם' כִּי רֹוב הַמָּטָר יוֹרֵד מִן הָאֵידִים הָעוֹלִים מִן הַיָּם וּכְמוֹ שֶׁאָמְרוּ 'כָּל הָעוֹלָם כֻּלּוֹ, מִמֵּימֵי אוֹקְיָנוּס הוּא שׁוֹתָה'.
« Car la bénédiction ne se trouve ni dans une chose pesée, ni dans une chose mesurée, ni dans une chose comptée. » Il me semble, avec l'aide du Ciel, que chakoul, madoud, manouy ont pour initiales chin-mem-mem, soit chamem, désolé, car le lieu de ces trois-là est désolé de bénédiction ; et leurs lettres finales forment youd-dalet-lamed, c'est-à-dire dalim, pauvres de bénédiction. Il me semble encore, avec l'aide du Ciel, que samouy s'élève à 116 ; mais l'homme a deux yeux, celui de droite et celui de gauche, et il faut que la chose soit dérobée à l'œil droit et dérobée à l'œil gauche : or deux fois samouy s'élève au nombre de haberakha, la bénédiction [232], allusion à ceci que si la chose est dérobée à l'œil droit et dérobée à l'œil gauche, la bénédiction s'exercera sur elle. Par là se comprend, avec l'aide du Ciel, le verset (Devarim 28, 8) « Hachem ordonnera pour toi la bénédiction dans tes greniers », au pluriel, c'est-à-dire par le fait qu'elle sera dérobée à l'œil droit et dérobée à l'œil gauche. Quant à ce qui est dit « et afikim ne désigne que la pluie », il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'il faut diviser le mot afikim (Tehilim 126, 4) en deux et y lire afik yam, ce qui sort de la mer, car la plus grande part de la pluie descend des vapeurs qui montent de la mer, ainsi qu'ils ont dit : le monde entier boit des eaux de l'océan.
💡 Explication

La beraita traduit le principe en pratique liturgique, et tout se joue sur le moment. Avant de mesurer, une demande sans formule de bénédiction ; des le début du mesurage, une bénédiction complète, que Rachi décrit comme comportant le Nom et la mention de la royauté, à la manière de toutes les bénédictions.

Après coup, la même formule devient une tefilat chav, une prière vaine, car le total est désormais fixé. Rachi le dit nettement : la bénédiction n'y entre plus.

15
קִבּוּץ, גְּייָסוֹת, צְדָקָה, מַעֲשֵׂר, פַּרְנָס סִימָן. אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: גָּדוֹל יוֹם הַגְּשָׁמִים כְּיוֹם קִבּוּץ גָּלִיּוֹת, שֶׁנֶּאֱמַר: ״שׁוּבָה ה׳ אֶת שְׁבִיתֵנוּ כַּאֲפִיקִים בַּנֶּגֶב״, וְאֵין ״אֲפִיקִים״ אֶלָּא מָטָר, שֶׁנֶּאֱמַר: ״וְיִרְאוּ אַפְּקֵי יָם״.

Rassemblement, armées, charité, dîme, pourvoyeur : signe mnémotechnique. Rabbi Yo'hanan dit : grand est le jour des pluies comme le jour du rassemblement des exilés, ainsi qu'il est dit : « ramène, Hachem, nos captifs, comme des torrents dans le Neguev » ; or « afikim » ne désigne que la pluie, ainsi qu'il est dit : « et les lits de la mer apparurent ».

📜 Rachi (3)
כַּאֲפִיקִים כַּאֲפִיקֵי נְחָלִים:
« Comme des afikim » — comme les lits des torrents.
בַּנֶּגֶב יְבֵשָׁה וְהִנֵּה חָרְבוּ מְתַרְגְּמִינַן נַגִּיבוּ:
« Dans le Neguev » — une terre sèche ; et « voici qu'elles étaient asséchés », nous le traduisons neguivou.
אֲפִיקֵי יָם מוֹצָאֵי יָם אַלְמָא אַפֵּיק לְשׁוֹן מַיִם וַאֲפִיקִים בַּנֶּגֶב נַמֵּי לְשׁוֹן גְּשָׁמִים:
« Les lits de la mer » — les issues de la mer. Il en ressort que afik est un terme d'eaux, et « afikim dans le Neguev » est donc lui aussi un terme désignant les pluies.
🗂️ Tossefot (1)
גָּדוֹל יוֹם גְּשָׁמִים כְּיוֹם קִיבּוּץ גָּלִיּוֹת שֶׁנֶּאֱמַר שׁוּבָה ה' אֶת שְׁבִיתֵנוּ כַּאֲפִיקִים בַּנֶּגֶב וְגוֹ'. וְאִם תֹּאמַר אַמַּאי לָא קָאָמַר גָּדוֹל יוֹם הַגְּשָׁמִים יוֹתֵר מִקִּיבּוּץ גָּלִיּוֹת דְּהָא כַּאֲפִיקִים בַּנֶּגֶב כְּתִיב וּמִי נִתְלֶה בְּמִי קָטָן נִתְלֶה בַּגָּדוֹל שֶׁאֲפִיקִים גְּדוֹלִים מִיּוֹם קִיבּוּץ גָּלֻיּוֹת דְּהָכִי נָמֵי אָמַר (לְעֵיל תַּעֲנִית דַּף ז.) יַעֲרֹוף כַּמָּטָר לִקְחִי מִי נִתְלֶה בְּמִי קָטָן נִתְלֶה בַּגָּדוֹל וְי"ל דְּה"פ אָנוּ מִתְפַּלְּלִים הָכֵי שׁוּבָה ה' אֶת שְׁבִיתֵנוּ כַּאֲפִיקִים הַיּוֹרְדִין בַּנֶּגֶב שֶׁגָּדוֹל יוֹם קִיבּוּץ כַּאֲפִיקִים בַּנֶּגֶב א"כ עֲשֵׂה עִמָּנוּ לְטוֹבָה אוֹת בְּקִבּוּץ גָּלִיּוֹת בִּהְיוֹת כִּי זֶה כְּמוֹ זֶה וַאֲפִיקִים בַּנֶּגֶב תְּחַדֵּשׁ בְּכָל יוֹם כְּיוֹם קִיבּוּץ גָּלֻיּוֹת אֲבָל יוֹתֵר לֹא:
« Grand est le jour des pluies comme le jour du rassemblement des exilés, ainsi qu'il est dit : ramène, Hachem, nos captifs, comme des torrents dans le Néguev, etc. » — Et si tu dis : pourquoi n'a-t-il pas dit que le jour des pluies est plus grand que le rassemblement des exilés, puisqu'il est écrit « comme des torrents dans le Néguev », et que l'on rattache toujours le petit au grand, de sorte que les torrents seraient plus grands que le jour du rassemblement des exilés ? Ainsi disions-nous également (plus haut, Taanit 7a) sur « que mon enseignement se répande comme la pluie » : on rattache le petit au grand. On peut répondre que voici le sens : nous prions ainsi — « ramène, Hachem, nos captifs » comme les torrents qui descendent dans le Néguev, car le jour du rassemblement est grand comme les torrents dans le Néguev ; s'il en est ainsi, fais avec nous un signe pour le bien dans le rassemblement des exilés, puisque l'un est comme l'autre, et renouvelle chaque jour les torrents dans le Néguev comme au jour du rassemblement des exilés — mais pas davantage.
💡 Explication

Le simane annonce cinq enseignements de Rabbi Yo'hanan par leur mot-clé. Les deux premiers, rassemblement et armées, figurent dans ce folio ; les suivants se lisent en 9a.

La démonstration passe par le mot afikim. Rachi montre qu'il désigne les lits des torrents et les issues de la mer, donc un terme d'eaux ; le verset des Psaumes compare ainsi le retour des exilés à la pluie.

Tossefot relèvent une difficulté de logique : dans une comparaison, on rattache toujours le petit au grand, et le verset devrait donc placer la pluie au-dessus du rassemblement des exilés, alors que Rabbi Yo'hanan les dit égaux. Leur réponse fait du verset une prière, dans laquelle on demande que le rassemblement se renouvelle comme les torrents du Néguev.

16
וְאָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: גָּדוֹל יוֹם הַגְּשָׁמִים, שֶׁאֲפִילּוּ גְּייָסוֹת פּוֹסְקוֹת בּוֹ, שֶׁנֶּאֱמַר: ״תְּלָמֶיהָ רַוֵּה נַחֵת גְּדוּדֶיהָ״. וְאָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: אֵין הַגְּשָׁמִים נֶעֱצָרִין אֶלָּא בִּשְׁבִיל פּוֹסְקֵי צְדָקָה בָּרַבִּים וְאֵין נוֹתְנִין, שֶׁנֶּאֱמַר: ״נְשִׂיאִים וְרוּחַ וְגֶשֶׁם אָיִן אִישׁ מִתְהַלֵּל בְּמַתַּת שָׁקֶר״.

Et Rabbi Yo'hanan dit : grand est le jour des pluies, car même les armées s'y arrêtent, ainsi qu'il est dit : « abreuvant ses sillons, aplanissant ses guedoudim ». Et Rabbi Yo'hanan dit : les pluies ne sont retenues qu'à cause de ceux qui promettent la charité en public et ne donnent pas, ainsi qu'il est dit : « nuages et vent, et point de pluie — tel est l'homme qui se glorifie d'un don mensonger ».

📜 Rachi (3)
גְּייָסוֹת חֲייָלוֹת כְּשֶׁאַתָּה מְרַווֶּה תַּלְמֵי הָאָרֶץ בְּגֶשֶׁם מִיָּד גִּדּוּדִים נוֹחִין כְּדִלְקַמָּן:
« Guayassot » — des armées. Lorsque tu abreuves de pluie les sillons de la terre, aussitôt les troupes se tiennent tranquilles, comme il est dit plus loin.
פּוֹסְקֵי צְדָקָה בָּרַבִּים לְשָׁם וְלִפְנִים וְאוֹרְחָא דְּמִילְּתָא נְקַט שֶׁאֵין אָדָם עָשׂוּי לִפְסֹוק צְדָקָה בֵּינוֹ לְבֵין עַצְמוֹ וְאֵינוֹ נוֹתֵן:
« Ceux qui promettent la charité en public » — pour la renommée et l'apparence. Il énonce le cas ordinaire, car un homme n'a pas coutume de promettre la charité entre lui et lui-même et de ne pas donner.
נְשִׂיאִים וָרוּחַ בָּאִין לָעוֹלָם כְּאִילּוּ גְּשָׁמִים יוֹרְדִין וְאֵינָן יוֹרְדִין בִּשְׁבִיל הָאִישׁ הַמִּתְהַלֵּל בְּמַתַּת שֶׁקֶר דִּכְשֵׁם שֶׁהוּא עוֹשֶׂה לְפָנִים וּמַחֲנִיף אֶת הָעֲנִיִּים אַף שָׁמַיִם מַחֲנִיפִין אֶת הָאָרֶץ שֶׁמַּרְאִין נְשִׂיאִים וְרוּחַ וְגֶשֶׁם אָיִן אִי נָמֵי אֵין קָאֵי אַשְּׁלָשְׁתָּם דְּמִכָּל אֵלּוּ נֶעֱצָרִין:
« Nuages et vent » — ils viennent au monde comme si les pluies allaient descendre, et elles ne descendent pas, à cause de l'homme qui se glorifie d'un don mensonger : de même qu'il agit pour l'apparence et flatte les pauvres, de même les cieux flattent la terre, en montrant nuages et vent, et point de pluie. Ou bien : le mot « point » porte sur les trois, car de tous ceux-là ils sont retenus.
💡 Explication

Le mot guedoudim s'écrit de la même manière pour les sillons et pour les troupes. La pluie qui abreuve les sillons est donc aussi celle qui immobilise les armées, comme le précise Rachi.

Le second enseignement revient au catalogue des fautes qui retiennent la pluie, poursuivi depuis 7b. La faute visée est la promesse publique non tenue, et Rachi explique pourquoi le public est mentionné : un homme ne promet guère la charité pour lui-même sans donner — le cas ordinaire est celui de l'annonce faite devant témoins, pour la renommée.

La mesure est exacte : celui qui donne l'apparence sans la chose reçoit un ciel qui donne l'apparence sans la chose. Rachi ajoute une seconde lecture, où la négation porte sur les trois termes du verset, nuages, vent et pluie retenus ensemble.

🖼️ Schéma
Les cinq enseignements de R. Yo'hanan et leur signe mnémotechnique kibbouts rassemblement des exilés guayassot les armées s'arrêtent tsedaka promise en public et non donnée maasser la dîme (suite en 9a) parnass le pourvoyeur (suite en 9a) Le pivot du folio : le mot guedoudim, écrit de la même manière pour les sillons et pour les troupes. La pluie qui abreuve les sillons est celle qui immobilise les armées. Mesure pour mesure du 3e énoncé : qui donne l'apparence sans la chose reçoit nuages et vent sans pluie.
Le signe mnémotechnique de Rabbi Yo'hanan : deux enseignements dans ce folio, trois en 9a.
17
וְאָמַר רַבִּי יוֹחָנָן, מַאי דִכְתִיב:

Et Rabbi Yo'hanan dit : que signifie ce qui est écrit :

💡 Explication

Le folio s'interrompt sur l'ouverture du quatrième enseignement de Rabbi Yo'hanan, annoncé par le signe mnémotechnique sous le mot maasser, la dîme. Son énoncé complet se lit en 9a.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).