Taanit 8a — Diagnostic et remède : l'étude qui résiste, le ciel qui se ferme et la prière qui l'ouvre

Taanit 8a

Sougya : Le folio applique un même procédé à trois blocages : on décrit un mal, on en cherche la cause, on prescrit un remède. L'élève dont l'étude est dure comme le fer souffre d'une michna mal ordonnée — le remède est la révision, illustrée par Rech Lakich qui révisait quarante fois et Rav Adda bar Ahava vingt-quatre fois ; pour Rava, la cause est un maître au visage fermé, et le remède passe par des intermédiaires.

Rabbi Ami transpose le même schéma à la pluie : un ciel qui se corrode comme du cuivre signale l'absence d'hommes qui prient à voix basse, et la sougya construit une échelle de recours — aller vers celui qui sait prier, puis vers le hassid de la génération — avec un risque au sommet, l'orgueil de celui qui a été exaucé, qui fait remonter la colère sur le monde. Rech Lakich lit le même verset autrement : les animaux interrogent le serpent, et la réponse vise le médisant.

Vient ensuite une section sur la emouna — la prière qui suppose qu'on mette son âme dans sa paume, la pluie qui tombe pour les hommes de parole tenue, l'histoire de la belette et de la citerne — puis la règle de rigueur : qui se rend juste en bas est jugé avec exactitude en haut, et qui se réjouit de ses souffrances apporte le salut au monde. Le folio se clôt sur l'image du ciel retenu, comparé à une femme en travail qui n'enfante pas.

Le plan du folio : trois blocages, un même procédé 1. L'étude qui résiste Rav Ami : la michna n'est pas ordonnée. Remède : révision et yechiva. Rava : le maître ferme son visage. Remède : des amis. 2. Le ciel qui se ferme Rabbi Ami : plus personne ne prie à voix basse. Échelle de recours, puis le piège de l'orgueil qui fait monter la colère. 3. La emouna Mettre son âme dans sa paume : yahid ou tsibour. La pluie tombe pour les hommes de parole tenue : la belette et la citerne. 4. La rigueur du juste Qui se rend juste en bas est jugé au plus juste en haut : trois versets. Se réjouir des souffrances apporte le salut au monde. Le fil conducteur : deux versets de Kohelet 10 Verset 10 : « si le fer est émoussé et qu'on n'en aiguise pas le tranchant (panim), il faut redoubler de forces » — l'étude. Verset 11 : « si le serpent mord faute de murmure (lahach), il n'y a pas d'avantage pour le maître de la langue » — la pluie. La forme répétée : im raita ... mai takanteh « Si tu vois ... » = le symptôme visible. Puis « bichvil ... » = la cause cachée, tirée du verset. Puis « quel est son remède ? » = la prescription, tirée de la suite du même verset. Le verset porte le diagnostic et l'ordonnance dans ses deux moitiés.
Le folio enchaîne quatre blocs, tenus par deux versets de Kohelet 10 et par une même forme : symptôme, cause, remède.
Quatre diagnostics bâtis sur le même moule Qui parle Le symptôme La cause Le remède Rav Ami Kohelet 10, 10 Étude dure comme le fer Michna non ordonnée Rester à la yechiva, revoir et revoir encore Rava même verset Étude dure comme le fer Le maître ferme son visage Multiplier les amis qui apaisent le maître Rabbi Ami Kohelet 10, 11 Ciel corrode comme cuivre Plus de prière à voix basse Aller vers qui sait prier Rabbi Ami (suite) Iyov 36, 32 Il a prié et n'a pas été exaucé Sa prière ne suffit pas seule Le hassid de la génération
Le même moule sert quatre fois : symptôme visible, cause cachée lue dans le verset, remède lu dans la suite du verset.
L'échelle de la prière pour la pluie, et son piège au sommet 1. La génération prie Des hommes murmurent leur prière à voix basse. 2. Personne ne sait On va vers celui qui sait murmurer : yaguid alav reo. 3. Il prie sans réponse On monte d'un cran : le hassid de la génération. 4. La pluie tombe La prière a abouti. Le piège : il s'enfle d'orgueil mikné af al olé — il fait monter la colère sur le monde, et ce qu'il a obtenu se retourne. Rava lit le même verset autrement Deux talmide hakhamim d'une même ville qui ne se font pas bon accueil dans la halakha font eux aussi monter la colère. Le mot af tient les deux lectures : celui qui monte (olé) fait monter la colère (af). L'orgueil du priant exaucé et la dureté entre deux maîtres produisent le même effet — la pluie obtenue par la prière est reprise par la faute.
Quatre degrés de recours pour obtenir la pluie, et le renversement possible au sommet : l'orgueil de celui qui a été exaucé.
1
שֶׁתַּלְמוּדוֹ קָשֶׁה עָלָיו כַּבַּרְזֶל — בִּשְׁבִיל מִשְׁנָתוֹ שֶׁאֵינָהּ סְדוּרָה עָלָיו, שֶׁנֶּאֱמַר: ״וְהוּא לֹא פָנִים קִלְקַל״.

... dont l'étude lui est dure comme le fer — c'est à cause de sa michna qui n'est pas ordonnée pour lui, ainsi qu'il est dit : « et lui n'a pas aiguisé le tranchant (panim) » (Kohelet 10, 10).

📜 Rachi (1)
שֶׁלִּמּוּדוֹ קָשֶׁה עָלָיו כַּבַּרְזֶל שֶׁקָּשֶׁה לוֹ מֵרֹוב קֻושְׁיוֹת בִּשְׁבִיל מִשְׁנָתוֹ שֶׁאֵינָהּ סְדוּרָה לוֹ וְאֵינוֹ זוֹכֵר מַה כְּתִיב בָּהּ וּלְפִיכָךְ אֵינוֹ יוֹדֵעַ לְפָרֵק אִי נָמֵי שֶׁגּוֹרְסָהּ בְּטָעוּת פּוֹטֵר עַל הַחִיּוּב וּמְחַיֵּיב עַל הַפָּטוּר וּמַקְשֵׁי עֲלָהּ מִדֻּוכְתָּא אַחֲרִיתִי וְהָכִי מַשְׁמַע קְרָא וְהוּא לֹא שֶׁאֵינוֹ יוֹדֵעַ שְׁמוּעָתוֹ מִפְּנֵי שֶׁפָּנִים קִלְקֵל שֶׁקִּלְקֵל בַּמִּשְׁנָה שֶׁהִיא קֹודֶם לַגְּמָרָא:
Son étude lui est dure comme le fer — elle lui est dure à force d'objections, à cause de sa michna qui n'est pas ordonnée pour lui : il ne se souvient pas de ce qui y est énoncé, et ne sait donc pas résoudre l'objection. Ou bien il la récite de travers — il exempte la où il faut déclarer tenu et déclare tenu la où il faut exempter — et on lui objecte alors depuis un autre passage. Voici le sens du verset : « et lui n'a pas », c'est-à-dire qu'il ne connaît pas son enseignement, « parce qu'il a gâté les panim », parce qu'il a gâté la michna, qui vient avant la guemara.
🪔 Ben Yehoyada (1)
אִם רָאִיתָ תַּלְמִיד, שֶׁתַּלְמוּדוֹ קָשֶׁה עָלָיו כַּבַּרְזֶל, בִּשְׁבִיל מִשְׁנָתוֹ שֶׁאֵינָהּ סְדוּרָה עָלָיו. נִרְאֶה לִי נָקֵיט בַּרְזֶל אוֹתִיּוֹת 'לֵב זָר' כְּלוֹמַר לִבּוֹ בַּתּוֹרָה כְּמוֹ לֵב אִישׁ זָר דְּאֵין דִבְרֵי תוֹרָה מִתְקַבְּלִים וּמִתְיַישְּׁבִים עָלָיו.
« Si tu vois un élève dont l'étude lui est dure comme le fer (barzel), c'est à cause de sa michna qui n'est pas ordonnée pour lui. » Il me semble que le texte a choisi le mot barzel parce que ses lettres forment lev zar, cœur étranger : son cœur est étranger à la Torah, comme le cœur d'un homme étranger, et les paroles de Torah ne sont ni reçues ni installées en lui.
💡 Explication

Le folio s'ouvre au milieu d'une phrase commencée en 7b : « si tu vois un élève dont l'étude lui est dure comme le fer ». Le verset de base est Kohelet 10, 10 : « si le fer est émoussé et qu'on n'en aiguise pas le tranchant ». Le mot panim signifie à la fois le tranchant d'une lame, la surface d'une chose et le visage — toute la suite va exploiter ces trois sens.

Ici, panim est pris comme la surface, c'est-à-dire la couche première de l'étude : la michna, qui précède la guemara. L'élève n'échoue pas sur la difficulté du raisonnement, il échoue parce que la matière sur laquelle le raisonnement travaille n'est pas en place. Rachi décrit deux formes de ce défaut : ou bien il ne se souvient plus du texte, ou bien il le récite faussé, ce qui produit des contradictions apparentes avec d'autres passages.

2
מַאי תַּקַּנְתֵּיהּ — יַרְבֶּה בִּישִׁיבָה, שֶׁנֶּאֱמַר: ״וַחֲיָלִים יְגַבֵּר וְיִתְרוֹן הַכְשֵׁיר חָכְמָה״. כָּל שֶׁכֵּן אִם מִשְׁנָתוֹ סְדוּרָה לוֹ מֵעִיקָּרָא.

Quel est son remède ? Qu'il augmente le temps passé à la yechiva, ainsi qu'il est dit : « il redoublera de forces (hayalim), et l'avantage de la sagesse est d'y avoir été bien préparé ».

À plus forte raison s'il avait dès le départ sa michna ordonnée pour lui.

📜 Rachi (2)
יַרְבֶּה בִּישִׁיבָה שֶׁיַּסְדִּירוּ בְּנֵי הַיְּשִׁיבָה מִשְׁנָתָם שֶׁנֶּאֱמַר וַחֲיָילִים בֵּין תַּלְמִידִים שֶׁהֵן חַיָּילוֹת חַיָּילוֹת:
Qu'il augmente le temps passé à la yechiva — afin que les gens de la yechiva lui ordonnent sa michna ; ainsi qu'il est dit « hayalim » (des troupes), ce qui vise les élèves, lesquels forment des troupes et des troupes.
וְיִתְרוֹן הִכְשִׁיר כְּשֶׁסִּידֵּר מִשְׁנָתוֹ מִתְּחִילָּה:
Et l'avantage est d'avoir été bien préparé — lorsqu'il a ordonné sa michna des le début.
💡 Explication

La seconde moitié du même verset porte le remède. Hayalim yegaber, « il redoublera de forces », est lu par le jeu sur hayalim, qui évoque des troupes : c'est la yechiva, le groupe des compagnons d'étude, qui remet la michna en ordre.

La dernière clause, vayitron hakhcher 'hokhma, fonctionne comme un kol chekken (à plus forte raison) : si la réparation après coup produit déjà un résultat, la mise en ordre faite d'emblée en produit davantage.

3
כִּי הָא דְּרֵישׁ לָקִישׁ הֲוָה מְסַדַּר מַתְנִיתֵיהּ אַרְבְּעִין זִמְנִין, כְּנֶגֶד אַרְבָּעִים יוֹם שֶׁנִּיתְּנָה תּוֹרָה, וְעָיֵיל לְקַמֵּיהּ דְּרַבִּי יוֹחָנָן. רַב אַדָּא בַּר אַהֲבָה מְסַדַּר מַתְנִיתֵיהּ עֶשְׂרִין וְאַרְבַּע זִמְנִין, כְּנֶגֶד תּוֹרָה נְבִיאִים וּכְתוּבִים, וְעָיֵיל לְקַמֵּיהּ דְּרָבָא.

Comme le faisait Rech Lakich : il ordonnait son enseignement quarante fois, correspondant aux quarante jours pendant lesquels la Torah fut donnée, et ensuite seulement il entrait devant Rabbi Yo'hanan. Rav Adda bar Ahava ordonnait son enseignement vingt-quatre fois, correspondant à la Torah, aux Prophètes et aux Écrits, et ensuite seulement il entrait devant Rava.

📜 Rachi (2)
כְּנֶגֶד מ' יוֹם שֶׁנִּיתְּנָה הַתּוֹרָה שֶׁתִּתְקַייֵּם בְּיָדוֹ וַהֲדַר עָיֵיל קַמֵּיהּ דְּר' יוֹחָנָן לְמִיגְמַר גְּמָרָא:
Correspondant aux quarante jours pendant lesquels la Torah fut donnée — pour qu'elle se maintienne entre ses mains ; ensuite seulement il entrait devant Rabbi Yo'hanan pour y apprendre la guemara.
כְּנֶגֶד תַּנַ"ך שֶׁהֵן כ"ד סְפָרִים:
Correspondant au Tanakh — qui compte vingt-quatre livres.
🪔 Ben Yehoyada (2)
כִּי הָא דְּרֵישׁ לָקִישׁ הֲוָה מְסַדַּר מַתְנִיתִין אַרְבְּעִין זִימְנִין, כְּנֶגֶד אַרְבָּעִים יוֹם שֶׁנִּתְּנָה תּוֹרָה, וְעָיֵל לְקַמֵּיהּ דְּרַבִּי יוֹחָנָן. נִרְאֶה לִי כְּדֵי שֶׁיָּגֵין עָלָיו זְכוּת לִימּוּד מֹשֶׁה רַבֵּינוּ ע"ה שֶׁלָּמַד בְּהַר תּוֹרָה מהקב"ה בְּאַרְבָּעִים יוֹם. אִי נָמֵי כְּדֵי שֶׁתִּתְיַיסֵּד הַתּוֹרָה בְּאַרְבָּעָה יְסוֹדוֹת שֶׁבּוֹ, וְכָל דָּבָר כָּלוּל מַעֲשֵׂר שֶׁבִּקְדֻושָּׁה.
« Comme le faisait Rech Lakich : il ordonnait son enseignement quarante fois, correspondant aux quarante jours pendant lesquels la Torah fut donnée, et ensuite seulement il entrait devant Rabbi Yo'hanan. » Il me semble que c'était afin que le protège le mérite de l'étude de Moche notre maître, la paix soit sur lui, qui apprit la Torah sur la montagne durant quarante jours. Ou bien encore : afin que la Torah soit fondée sur les quatre yessodot (éléments) qui le composent, chaque chose étant faite de dix dans le domaine de la sainteté.
רב אדא בר אהבה מסדר מתניתין עשרין וארבע זימנין, כנגד תורה נביאים וכתובים, ועיל לקמיה דרבא. עיין מהרש"א שכתב אין כאן טעם מבורר עיין שם. ונראה לי בס"ד תורה שבעל פה ששה סדרים ונדרשת בארבע חלקים פרד"ס [פשט, רמז, דרש, סוד] ולפי זה ארבע פעמים ששה הם כ"ד הרי מכוון בה החשבון כנגד כ"ד ספרים שהם תורה שבכתב. אי נמי תורה שבעל פה היא בסוד שם אדנ־י שיש בו כ"ד צירופים, ותורה שבכתב כ"ד ספרים הרי 'כדכד' וזהו שנאמר (ישעיהו נד, יב) 'ושמתי כדכד שמשתיך'. או יובן השכחה בא מכח זוהמת הנחש וידוע (זוהר חלק ח' דף קכד.) דזוהמת הנחש שורשה מן כ"ד זיני דמסאבותא, כמנין ואיבה [24] , דכתיב (בראשית ג, טו) ואיבה אשית בינך ובין האשה וכו' ולכן ניתנה תורה שבכתב בכ"ד ספרים להעביר ולדחות מעל ישראל כ"ד זיני דמסאבותא כנודע, ולכן הוה תני כ"ד זמנין כנגד כ"ד ספרים כדי שימשך לו כח מן כ"ד ספרים לדחות מעליו כ"ד זיני דמסאבותא דהשכחה באה מצידם שעל ידי כך לא ישכח ולא יתקשה בלימודו ולכן כתיב (יחזקאל ג, כא) 'צדיק והוא לא חטא חיו יחיה', חיו מספר כ"ד, רמז לקדושת כ"ד ספרים יחיה בהם.
« Rav Adda bar Ahava ordonnait son enseignement vingt-quatre fois, correspondant à la Torah, aux Prophètes et aux Écrits, et ensuite seulement il entrait devant Rava. » Vois le Maharcha, qui écrit qu'il n'y a pas ici de raison clairement établie. Et il me semble, avec l'aide du Ciel, que la Torah orale compte six ordres et se laisse interpréter selon quatre niveaux, le <i>pardes</i> (pchat, remez, drach, sod) : quatre fois six font vingt-quatre, et le compte correspond ainsi aux vingt-quatre livres de la Torah écrite. Ou bien encore : la Torah orale relève du secret du Nom Ado-nay, qui admet vingt-quatre permutations, et la Torah écrite compte vingt-quatre livres — soit <i>kadkod</i>, et c'est ce qui est dit : « je ferai tes créneaux de kadkod » (Yechayahou 54, 12). On peut aussi comprendre ainsi : l'oubli vient de la force de la souillure du serpent, et il est connu (Zohar III, 124a) que la racine de cette souillure tient aux vingt-quatre espèces d'impureté, nombre du mot <i>veeva</i> (inimitié), comme il est écrit « je mettrai une inimitié entre toi et la femme » (Berechit 3, 15). C'est pourquoi la Torah écrite fut donnée en vingt-quatre livres, afin d'écarter et de repousser d'Israël les vingt-quatre espèces d'impureté, comme on le sait. Voilà pourquoi il révisait vingt-quatre fois, correspondant aux vingt-quatre livres, afin qu'une force lui vienne de ces vingt-quatre livres pour repousser de lui les vingt-quatre espèces d'impureté, dont l'oubli procède — et ainsi il n'oubliera pas et son étude ne lui sera pas dure. C'est pourquoi il est écrit « un juste, s'il n'a pas fauté, vivra, il vivra » (Ye'hezkel 3, 21) : <i>hayo</i> a pour valeur vingt-quatre, allusion à la sainteté des vingt-quatre livres par lesquels il vivra.
💡 Explication

Le remède est illustré par deux pratiques. Le verbe messader (ordonner) reprend exactement le mot du diagnostic : la michna « qui n'est pas ordonnée ». La révision n'est pas une répétition machinale, elle est la mise en ordre du matériau.

Rachi souligne le point décisif : la révision précède la venue chez le maître. On n'entre pas chez Rabbi Yo'hanan pour y apprendre la michna, mais pour y apprendre la guemara — le raisonnement — sur une michna déjà possédée.

🖼️ Schéma
Deux maîtres, deux mesures de révision Rech Lakich — 40 fois Mesure : les 40 jours du don de la Torah. Rachi : pour que l'étude se maintienne entre ses mains. Ensuite seulement il entre chez son maître, Rabbi Yo'hanan, pour la guemara. Rav Adda bar Ahava — 24 fois Mesure : les 24 livres du Tanakh (Torah, Neviim, Ketouvim). Ensuite seulement il entre chez son maître, Rava. Ben Yehoyada : 6 ordres x 4 niveaux de lecture = 24.
Le nombre de révisions n'est pas arbitraire : chacun le calque sur une mesure du don de la Torah.
4
רָבָא אָמַר: אִם רָאִיתָ תַּלְמִיד שֶׁתַּלְמוּדוֹ קָשֶׁה עָלָיו כַּבַּרְזֶל — בִּשְׁבִיל רַבּוֹ שֶׁאֵינוֹ מַסְבִּיר לוֹ פָּנִים, שֶׁנֶּאֱמַר: ״וְהוּא לֹא פָנִים קִלְקַל״.

Rava dit : si tu vois un élève dont l'étude lui est dure comme le fer, c'est à cause de son maître, qui ne lui fait pas bon visage (panim), ainsi qu'il est dit : « et lui n'a pas aiguisé le panim ».

📜 Rachi (1)
שֶׁפָּנִים קִלְקֵל שֶׁהֶרְאָה לוֹ פָּנִים רָעוֹת:
Parce qu'il a gâté les panim — parce qu'il lui a montré un visage dur.
💡 Explication

Rava lit le même mot panim dans son troisième sens : le visage. La cause n'est plus chez l'élève mais chez le maître. Les deux lectures ne se contredisent pas, elles désignent deux blocages distincts qui produisent le même symptôme.

Le déplacement est notable : la guemara accepte que l'échec d'un élève puisse tenir à la manière dont on l'enseigne, et elle en tire une prescription plutôt qu'un reproche.

5
מַאי תַּקַּנְתֵּיהּ — יַרְבֶּה עָלָיו רֵעִים, שֶׁנֶּאֱמַר: ״וַחֲיָלִים יְגַבֵּר וְיִתְרוֹן הַכְשֵׁיר חָכְמָה״. כָּל שֶׁכֵּן אִם הֻוכְשְׁרוּ מַעֲשָׂיו בִּפְנֵי רַבּוֹ מֵעִיקָּרָא.

Quel est son remède ? Qu'il multiplie les amis auprès de lui, ainsi qu'il est dit : « il redoublera de forces (hayalim), et l'avantage de la sagesse est d'y avoir été bien préparé ».

À plus forte raison si sa conduite avait été bien réglée devant son maître dès le départ.

📜 Rachi (1)
יַרְבֶּה עָלָיו רֵעִים לְפַייֵּס הֵימֶנּוּ שֶׁיִּסְבֹּור לוֹ פָּנִים:
Qu'il multiplie les amis auprès de lui — pour l'apaiser, afin qu'il lui fasse bon visage.
💡 Explication

Le même mot hayalim sert de nouveau, mais applique autrement : les compagnons ne servent plus à réviser, ils servent d'intermédiaires auprès du maître. La démarche passe par des tiers plutôt que par une confrontation directe.

Et la clause finale joue le même rôle qu'au premier cas : mieux vaut n'avoir pas eu à réparer. L'expression houkhcheru maassav, « sa conduite a été bien réglée », renvoie au comportement de l'élève devant son maître, qui conditionne l'accueil qu'il reçoit.

6
וְאָמַר רַבִּי אַמִּי, מַאי דִכְתִיב: ״אִם יִשֹּׁךְ הַנָּחָשׁ בְּלוֹא לָחַשׁ וְאֵין יִתְרוֹן לְבַעַל הַלָּשׁוֹן״, אִם רָאִיתָ דּוֹר שֶׁהַשָּׁמַיִם מִשְׁתַּכִּין כִּנְחֹשֶׁת מִלְּהוֹרִיד טַל וּמָטָר — בִּשְׁבִיל לוֹחֲשֵׁי לְחִישׁוֹת שֶׁאֵין בַּדּוֹר.

Et Rabbi Ami dit : que signifie ce qui est écrit, « si le serpent mord faute de murmure (lahach), il n'y a pas d'avantage pour le maître de la langue » (Kohelet 10, 11) ? Si tu vois une génération pour laquelle les cieux se corrodent comme du cuivre au point de ne plus faire descendre la rosée et la pluie, c'est à cause de ceux qui murmurent des murmures, qui manquent dans cette génération.

📜 Rachi (2)
מְשַׁתְּכִין עָלָיו כִּנְחֹושֶׁת מַאְדִּימִין פָּנִים כְּעֵין רודיליי"א כִּדְאָמְרִי' בְּבָבָא מְצִיעָא (דַּף כו.) דִּשְׁתִיךְ טְפֵי שֶׁהֶעֱלָה חֲלֻודָּה שֶׁנֶּעְצָרִין (מִלְּהוֹלִיד) טַל וּמָטָר:
Ils se corrodent au-dessus d'elle comme du cuivre — ils rougissent, à la manière du rodelia (la rouille rousse), comme il est dit dans Baba Metsia 26a « il est davantage corrodé », c'est-à-dire qu'il a pris de la rouille ; et ils sont retenus de faire descendre la rosée et la pluie.
לוֹחֲשֵׁי לְחִישׁוֹת בִּשְׁבִיל שֶׁאֵין מִתְפַּלְּלִים תְּפִלָּה בְּלַחַשׁ:
Ceux qui murmurent des murmures — parce qu'on ne prie pas la prière à voix basse.
🗂️ Tossefot (1)
אִם רָאִיתָ דּוֹר שֶׁהַשָּׁמַיִם מִשְׁתַּכִּין עָלָיו כִּנְחֹושֶׁת מִלְּהוֹרִיד גֶּשֶׁם עָלָיו וְכוּ'. מִכָּאן מוֹכִיחַ ר"ת דְּהָא דְּאָמְרִי' בְּבָבָא בָּתְרָא (דַּף יט. וְשָׁם) אֵין טוֹמְנִין בִּסְלָעִים מ"ט מִשּׁוּם דִּמְשַׁתְּכִי לֵיהּ לִקְדֵירָה ר"ל מְשַׁתְּכִי מְקַלְקְלִים הַמַּאֲכָל שֶׁבַּקְּדֵירָה וּבְלַעַ"ז אורמשי"ר וְהָא דְּאָמַר לִקְדֵירָה לָאו דַּוְקָא לִקְדֵירָה אֶלָּא לְמַאֲכָל שֶׁבַּקְּדֵירָה דְּהָכִי נָמֵי קָאָמַר (שַׁבָּת דַּף יח:) הַאי קְדֵרָה חַייְּתָא שְׁרֵי וְאֵין לְפָרֵשׁ כפרש"י שָׁפֵי' הָתָם מְשַׁתְּכִי מְשַׁבְּרִים הַקְּדֵירָה דא"כ מַאי קָאָמַר הָכָא שֶׁהַשָּׁמַיִם מְשַׁתְּכִין ר"ל שֶׁהַשָּׁמַיִם מִשְׁתַּבְּרִין אֶלָּא וַדַּאי מְשַׁתְּכִים ר"ל מַעֲלִין חֲלוּדָה כְּמוֹ דָּבָר שֶׁבָּטֵל מִמְּלַאכְתּוֹ יָמִים רַבִּים וּמַחֲלִיד וּבְלַעַ"ז ראוליי"ר:
« Si tu vois une génération pour laquelle les cieux se corrodent au-dessus d'elle comme du cuivre au point de ne plus faire descendre la pluie », etc. — de là, Rabbenou Tam prouve que ce qui est dit dans Baba Batra 19a — « on ne calfeutre pas dans des pierres ; pourquoi ? parce qu'elles mechatkhei la marmite » — veut dire qu'elles gâtent la nourriture qui se trouve dans la marmite, en langue vulgaire <i>ormesir</i> ; et lorsqu'il est dit « la marmite », ce n'est pas à prendre au pied de la lettre, il s'agit de la nourriture qui s'y trouve, de même qu'on dit (Chabbat 18b) « cette marmite crue est permise ». On ne peut pas expliquer comme Rachi, qui explique là-bas que mechatkhei signifie qu'elles brisent la marmite, car s'il en était ainsi, que voudrait dire ici « les cieux mechatkhin », que les cieux se brisent ? Nécessairement, mechatkhim veut dire qu'ils prennent de la rouille, comme une chose restée longtemps sans usage et qui se rouille, en langue vulgaire <i>roulier</i>.
🪔 Ben Yehoyada (1)
אִם רָאִיתָ דּוֹר, שֶׁהַשָּׁמַיִם מְשַׁתְּכִין עָלָיו כִּנְחֹשֶׁת מִלְּהוֹרִיד טַל וּמָטָר, בִּשְׁבִיל לוֹחֲשֵׁי לְחִישׁוֹת שֶׁאֵין בְּאוֹתוֹ הַדּוֹר. נִרְאֶה לִי בס"ד נָקֵיט לְחִישׁוֹת לְשׁוֹן רַבִּים, דְּכָל תְּפִלָּה צְרִיכָה לִהְיוֹת בִּשְׁתַּיִם דְּהַפְּשָׁט וְהַנִּגְלָה שֶׁלָּהּ עַל צָרְכֵי עוֹלָם הַזֶּה וְהַנִּסְתָּר שֶׁלָּהּ הוּא בְּעוֹלָמוֹת הָעֶלְיוֹנִים, נִמְצָא הַתְּפִלָּה הִיא לַחַשׁ שֶׁכּוֹלֵל שְׁתֵּי לְחִישׁוֹת.
« Si tu vois une génération pour laquelle les cieux se corrodent au-dessus d'elle comme du cuivre au point de ne plus faire descendre la rosée et la pluie, c'est à cause de ceux qui murmurent des murmures, qui manquent dans cette génération. » Il me semble, avec l'aide du Ciel, que le texte emploie <i>lehichot</i> au pluriel parce que toute prière doit être double : son sens apparent et dévoilé porte sur les besoins de ce monde-ci, et son sens caché agit dans les mondes supérieurs. La prière se trouve donc être un murmure qui en contient deux.
💡 Explication

La sougya change de verset et de sujet, mais garde la même forme. Kohelet 10, 11 parle du serpent qui mord faute d'incantation ; Rabbi Ami y lit un diagnostic sur la pluie par un jeu de sons : nahach (serpent) évoque nehochet (le cuivre), et lahach (le murmure du charmeur) devient la prière dite à voix basse.

L'image est précise : un ciel qui se ferme est comparé à du métal qui se couvre de rouille et se bouche. Tossefot utilise ce passage comme preuve lexicale pour trancher le sens du verbe chatakh ailleurs dans le Talmud, contre l'explication de Rachi a Baba Batra — un raisonnement de philologie talmudique typique de l'école de Rabbenou Tam.

7
מַאי תַּקָּנָתָן — יֵלְכוּ אֵצֶל מִי שֶׁיּוֹדֵעַ לִלְחֹושׁ, דִּכְתִיב: ״יַגִּיד עָלָיו רֵעוֹ״, ״וְאֵין יִתְרוֹן לְבַעַל הַלָּשׁוֹן״. וּמִי שֶׁאֶפְשָׁר לוֹ לִלְחֹושׁ וְאֵינוֹ לוֹחֵשׁ, מָה הֲנָאָה יֵשׁ לוֹ?

Quel est leur remède ? Qu'ils aillent auprès de celui qui sait murmurer, ainsi qu'il est écrit : « son compagnon l'annonce à son sujet » (Iyov 36, 33).

Et « il n'y a pas d'avantage pour le maître de la langue » : celui qui peut murmurer et ne murmure pas, quel profit en retire-t-il ?

📜 Rachi (2)
יַגִּיד עָלָיו רֵעוֹ יִתְפַּלֵּל עָלָיו חֲבֵירוֹ וְגַבֵּי גְּשָׁמִים כְּתִיב בְּאִיּוֹב:
Son compagnon l'annonce à son sujet — que son compagnon prie pour lui ; et ce verset est écrit dans Iyov à propos des pluies.
וְאֵין יִתְרוֹן לְבַעַל הַלָּשׁוֹן כְּלוֹמַר מָה הֲנָאָה יֵשׁ לְבַעַל הַלָּשׁוֹן שֶׁיּוֹדֵעַ לִלְחוֹשׁ וְאֵינוֹ לוֹחֵשׁ:
Et il n'y a pas d'avantage pour le maître de la langue — c'est-à-dire : quel profit retire le maître de la langue, qui sait murmurer et ne murmure pas ?
🪔 Ben Yehoyada (1)
אָמַר וּמַה יִתְרוֹן לְבַעַל הַלָּשׁוֹן (קֹהֶלֶת י, יא) . קָשֶׁה הֲוָה לֵיהּ לְמֵימַר וּמַה 'הֲנָאָה' לְבַעַל הַלָּשׁוֹן, דְּהֵם אָמְרוּ לוֹ 'מָה הֲנָאָה יֵשׁ לְךָ?' וְעוֹד לָמָּה הַמְסַפֵּר לָשׁוֹן הָרַע נִקְרָא 'בַּעַל הַלָּשׁוֹן', וְכִי הוּא לְבַדּוֹ יֵשׁ לוֹ לָשׁוֹן? וַהֲלֹא גַּם הַמִּסְפָּר טוֹב יֵשׁ לוֹ לָשׁוֹן וּמְסַפֵּר בִּלְשׁוֹן! וְנִרְאֶה לִי בס"ד דְּהַלָּשׁוֹן נִקְרָא כְּלִי ה', כִּי פְּעֻולַּת הַלָּשׁוֹן שֶׁהוּא הַדִּיבּוּר לֹא יוּכַל שׁוּם אָדָם לִבְרֹא אוֹתוֹ אֲפִילּוּ עַל יְדֵי סֵפֶר יְצִירָה, וְלָכֵן הַדִּיבּוּר נִקְרָא כֹּחַ ה' כִּי הוּא מְיֻוחָד להשי"ת לְבַדּוֹ שֶׁלֹּא נָתַן הקב"ה כֹּחַ לְשׁוּם נִבְרָא לִבְרֹא כֹּחַ זֶה וְעָלָיו נֶאֱמַר (דְּבָרִים ח, יח) וְזָכַרְתָּ אֶת ה' אֱלֹקֶיךָ כִּי הוּא הַנֹּתֵן לְךָ 'כֹּחַ' זֶה הַדִּיבּוּר לַעֲשׂוֹת בּוֹ חַיִל, נִמְצָא שֵׁם שָׁמַיִם נִקְרָא עַל הַלָּשׁוֹן. לָכֵן לָשׁוֹן גֵּימַטְרְיָא שְׁכִינָה עִם הַכּוֹלֵל [386] וְאִם הָאָדָם יִטַּמָּא לְשׁוֹנוֹ בִּלְשׁוֹן הָרַע יוּסַר שֵׁם שָׁמַיִם מֵעָלָיו וְלֹא יִהְיֶה נִקְרָא כְּלִי ה' אֶלָּא יִתְיַחֵס לָאָדָם, וְכֵיוָן שֶׁנִּטְמָא הַלָּשׁוֹן בְּלָשׁוֹן הָרַע יִסְתַּלֵּק מִמֶּנּוּ מִסֵּפֶר כֹּחַ [28] כְּנֶגֶד כ"ח אוֹתִיּוֹת דְּשֵׁם הוי"ה בִּמְלוֹאוֹ וּמַלְוֵי מְלוֹאוֹ וְיִשָּׁאֵר בִּלְשׁוֹן מִסְפַּר נָחָשׁ [358] , דְּאָז נַעֲשֶׂה הָאָדָם שֶׁהוּא בַּעַל הַלָּשׁוֹן הַזֶּה כְּמוֹ נָחָשׁ מַמָּשׁ! לָזֶה אָמַר הַנָּחָשׁ ' וּמַה יִתְרוֹן לְבַעַל הַלָּשׁוֹן ' כְּלוֹמַר זֶה הַמִּסְפָּר לָשׁוֹן הָרַע שֶׁהַלָּשׁוֹן יִתְיַיחֵס אֵלָיו אַחַר שֶׁנִּטְמָא מַה יִתְרוֹן יֵשׁ בּוֹ עַל מִסְפַּר שְׁמִי? כִּי בְּטֻומְאַת לְשׁוֹנוֹ יוּסַר מִן מִסְפַּר הַלָּשׁוֹן שֶׁלּוֹ מִסְפַּר כֹּחַ שֶׁהוּא רֶמֶז לְשֵׁם שָׁמַיִם, וְאָז יִשָּׁאֵר בִּלְשׁוֹן מִסְפַּר נָחָשׁ, וְאִם כֵּן לָמָּה תִּשְׁאֲלוּ מִמֶּנִּי 'מָה הֲנָאָה יֵשׁ לְךָ?' הֲלֹא יֵשׁ אֶתְכֶם עוֹד נָחָשׁ אַחֵר, תִּשְׁאָלוּהוּ מָה הֲנָאָה יֵשׁ לְךָ?!
« Il dit : quel avantage pour le maître de la langue ? » (Kohelet 10, 11). Il y a une difficulté : il aurait fallu dire « quel <i>profit</i> pour le maître de la langue », puisque les animaux lui avaient demandé « quel profit as-tu ? ». Et de plus, pourquoi celui qui rapporte la médisance est-il appelé « maître de la langue » ? Est-il le seul à avoir une langue ? Celui qui parle en bien à lui aussi une langue et parle avec sa langue. Il me semble, avec l'aide du Ciel, que la langue est appelée instrument de Hachem, car son action — la parole — nul homme ne peut la créer, pas même au moyen du Sefer Yetsira. La parole est donc appelée force de Hachem, car elle est réservée au Saint béni soit-Il seul : Il n'a donné à aucune créature le pouvoir de créer cette force. C'est d'elle qu'il est dit « tu te souviendras de Hachem ton D.ieu, car c'est Lui qui te donne la force » (Devarim 8, 18) — cette force de la parole, pour en faire ta réussite. Le Nom du Ciel se trouve donc appelé sur la langue : <i>lachon</i> a la valeur de <i>Chekhina</i> avec l'unité (386). Si l'homme souille sa langue par la médisance, le Nom du Ciel se retire d'elle et elle n'est plus appelée instrument de Hachem mais attribuée à l'homme ; et dès lors que la langue est souillée par la médisance, s'en retire le nombre <i>koah</i> (28), correspondant aux vingt-huit lettres du Nom de quatre lettres dans son déploiement et le déploiement de son déploiement, et il reste dans <i>lachon</i> le nombre <i>nahach</i> (358) : l'homme, maître de cette langue, devient alors littéralement comme un serpent. C'est pourquoi le serpent leur dit « quel avantage pour le maître de la langue ? », c'est-à-dire : ce médisant, à qui la langue est attribuée après qu'elle a été souillée, quel avantage a-t-il sur le nombre de mon nom ? Car par la souillure de sa langue s'est retiré du nombre de sa langue le nombre <i>koah</i>, allusion au Nom du Ciel, et il reste dans <i>lachon</i> le nombre <i>nahach</i>. S'il en est ainsi, pourquoi me demander « quel profit as-tu ? » — vous avez parmi vous un autre serpent, demandez-lui quel profit il a.
💡 Explication

Le remède tient dans un verset d'Iyov qui parle de la pluie : yaguid alav reo, « son compagnon l'annonce à son sujet ». Rachi le rend au sens de l'intercession : qu'un autre prie à sa place.

La clause finale du verset de Kohelet est alors relue comme un reproche, adressé non pas à la génération mais à celui qui sait prier : le baal halachon qui détient la capacité et ne s'en sert pas. Ce même mot servira au segment 10 dans un tout autre sens, celui du médisant.

8
וְאִם לָחַשׁ וְלֹא נַעֲנָה, מַאי תַּקַּנְתֵּיהּ? יֵלֵךְ אֵצֶל חָסִיד שֶׁבַּדּוֹר, וְיַרְבֶּה עָלָיו בִּתְפִלָּה, שֶׁנֶּאֱמַר: ״וַיְצַו עָלֶיהָ בְּמַפְגִּיעַ״, וְאֵין פְּגִיעָה אֶלָּא תְּפִילָּה, שֶׁנֶּאֱמַר: ״וְאַתָּה אַל תִּתְפַּלֵּל בְּעַד הָעָם הַזֶּה וְאַל תִּשָּׂא בַעֲדָם רִנָּה וּתְפִלָּה וְאַל תִּפְגַּע בִּי״.

Et s'il a murmuré et n'a pas été exaucé, quel est son remède ? Qu'il aille auprès du hassid de la génération, et que celui-ci multiplie pour lui la prière, ainsi qu'il est dit : « et Il lui a donné ordre par imploration (mafguia) » (Iyov 36, 32) ; or peguia ne désigne rien d'autre que la prière, ainsi qu'il est dit : « et toi, ne prie pas pour ce peuple, n'élève pour eux ni cri ni prière, et n'implore pas (tifga) auprès de Moi » (Yirmeyahou 7, 16).

🪔 Ben Yehoyada (1)
מַאי תַּקַּנְתֵּיהּ? יַרְבֶּה בִּתְפִלָּה יֵלֵךְ אֵצֶל חָסִיד שֶׁבַּדּוֹר וְיַרְבֶּה עָלָיו בִּתְפִלָּה. פֵּירֵשׁ בְּנִי יְדִידִי כְּבוֹד הָרַב יַעֲקֹב נר"ו הַטַּעַם שֶׁמַּחֲלִיט הַתַּקָּנָה שֶׁל יְרִידַת הַגְּשָׁמִים בִּתְפִלָּה מִפְּנֵי כִּי גְּשָׁמִים הָרִאשׁוֹנִים שֶׁיָּרְדוּ לָעוֹלָם לֹא יָרְדוּ אֶלָּא עַל יְדֵי תְּפִלָּה שֶׁל אָדָם הָרִאשׁוֹן כְּמוֹ שֶׁאָמְרוּ רַבּוֹתֵינוּ זִ"לִ (חֻולִּין ס:) שֶׁהַדְּשָׁאִים כְּשֶׁנִּבְרְאוּ עָמְדוּ עַל פֶּתַח הַקַּרְקַע, וְלֹא יָצְאוּ עַד שֶׁבָּא אָדָם הָרִאשׁוֹן וְהִתְפַּלֵּל וְיָרְדוּ גְּשָׁמִים וְיָצְאוּ, וּכְמוֹ שֶׁנֶּאֱמַר (בְּרֵאשִׁית ב, ה) וְכֹל שִׂיחַ הַשָּׂדֶה טֶרֶם יִהְיֶה בָאָרֶץ וְכָל עֵשֶׂב הַשָּׂדֶה טֶרֶם יִצְמָח כִּי לֹא הִמְטִיר וְכוּ' עַד כָּאן דְּבָרָיו נר"ו.
« Quel est son remède ? Qu'il multiplie la prière, qu'il aille auprès du hassid de la génération et que celui-ci multiplie pour lui la prière. » Mon fils bien-aimé, l'honorable Rav Yaakov, qu'il soit garde, a expliqué ainsi la raison pour laquelle le texte fixe la prière comme remède à la descente des pluies : les premières pluies qui tombèrent sur le monde ne tombèrent que par la prière d'Adam harichon, comme l'ont dit nos maîtres de mémoire bénie (Houlin 60b) — les herbes, lorsqu'elles furent créées, se tinrent à l'entrée du sol et ne sortirent pas jusqu'à ce qu'Adam harichon vint et pria ; alors les pluies tombèrent et elles sortirent, ainsi qu'il est dit « et aucun arbuste des champs n'était encore sur la terre, et aucune herbe des champs n'avait encore poussé, car Hachem n'avait pas fait pleuvoir » (Berechit 2, 5). Fin de ses paroles, qu'il soit garde.
💡 Explication

Troisième degré de l'échelle : la prière a été dite dans les règles et n'a pas abouti. Le recours est alors une personne, le hassid de la génération, et non une technique.

La preuve repose sur une guezera chava de vocabulaire : la racine pg' du verset d'Iyov est établie comme désignant la prière par le verset de Yirmeyahou, où elle figure explicitement à côté de « cri » et de « prière ». Le verbe employé, yarbe alav bitfila, « qu'il multiplie pour lui la prière », indique une intercession insistante et répétée.

9
וְאִם לָחַשׁ וְעָלְתָה בְּיָדוֹ, וּמֵגִיס דַּעְתּוֹ עָלָיו — מֵבִיא אַף לְעוֹלָם, שֶׁנֶּאֱמַר: ״מִקְנֶה אַף עַל עוֹלֶה״.

Et s'il a murmuré et que cela a réussi entre ses mains, mais qu'il s'enfle d'orgueil, il amène la colère sur le monde, ainsi qu'il est dit : « mikne af al olé » (Iyov 36, 33).

📜 Rachi (1)
מִקְנֶה אַף עַל עוֹלֶה מַקְנֶה אַף מִי שֶׁמֵּגִיס דַּעְתּוֹ וְעוֹלָה:
Mikne af al olé — acquiert la colère celui qui s'enfle d'orgueil et s'élève.
🗂️ Tossefot (1)
וְאִי לוֹחֵשׁ וְעָלְתָה בְּיָדוֹ וּמֵגִיס דַּעְתּוֹ מֵבִיא אַף לָעוֹלָם שֶׁנֶּאֱמַר יַגִּיד עָלָיו רֵיעוֹ וְגוֹ'. כְּלוֹמַר אִם יַגִּיד עָלָיו רֵיעוֹ שֶׁעַל יָדוֹ בָּאוּ הַגְּשָׁמִים וְהוּא מֵגִיס דַּעְתּוֹ מַקְנָה אַף עוֹלֶה כְּלוֹמַר הוּא קוֹנֶה אַף וְעוֹלָה כְּלוֹמַר אִם עוֹלֶה שֶׁמֵּגִיס דַּעְתּוֹ עָלָיו הוּא מַקְנֶה הָאַף:
« Et s'il a murmuré et que cela a réussi entre ses mains, mais qu'il s'enfle d'orgueil, il amène la colère sur le monde, ainsi qu'il est dit : son compagnon l'annonce à son sujet », etc. — c'est-à-dire : si son compagnon annonce à son sujet que les pluies sont venues par lui, et que lui s'enfle d'orgueil, alors <i>mikne af olé</i>, c'est-à-dire qu'il acquiert la colère et celle-ci monte ; autrement dit, si celui qui s'élève s'enfle d'orgueil, il fait acquérir la colère.
🪔 Ben Yehoyada (1)
וְאִם לָחַשׁ וְעָלְתָה בְּיָדוֹ וְהֵגִיס דַּעְתּוֹ עָלָיו, מֵבִיא אַף לְעוֹלָם. נִרְאֶה לִי בס"ד עַל פִּי מַה שֶּׁכָּתַב הָרַב נַחַל קְדוּמִים בְּפָרָשַׁת נִצָּבִים, קֹודֶם שֶׁבָּרָא הקב"ה הָעוֹלָם הָיָה אוֹת א' בְּמִילּוֹאוֹ 'אַף' וְרָאָה הקב"ה דְּאֵין הָעוֹלָם מִתְקַיֵּים בְּאַף הֵטִיל לָמֶ"ד וְנַעֲשָׂה 'אָלֶף'. וּבָזֶה פֵּירְשׁוּ (תְּהִלִּים צג, א) 'אַף תִּכּוֹן תֵּבֵל בַּל תִּמּוֹט' עַייֵּן שָׁם. וְהִנֵּה נוֹדַע כִּי אוֹת ל' הוּא גְּבוֹהָה יוֹתֵר מִכָּל הָאוֹתִיּוֹת וְלָכֵן מִי שֶׁהוּא מֵגִיס דַּעְתּוֹ עָלָיו בְּחָשְׁבוּ שֶׁהוּא גָּבוֹהַּ מִכָּל אָדָם לָכֵן מְסַלֵּק אֶת הַלָּמֶ"ד שֶׁהוּא גָּבוֹהַּ מֵהַכֹּל מִן מִלּוּי 'אָלֶף' וְיִשָּׁאֵר 'אַף' וְזֶהוּ שֶׁאָמַר מֵבִיא אַף לְעוֹלָם, וְלָכֵן הֵבִיא זֶה עַל פָּסוּק (אִיּוֹב לוֹ, לג) 'מַקְנֶה אַף עַל עוֹלָה' כִּי עוֹלָה [111] גֵּימַטְרְיָא אֵל " ף . וּבָזֶה יוּבָן נָמֵי דִּבְרֵי רָבָא, 'שְׁנֵי תַּלְמִידֵי חֲכָמִים שֶׁאֵין נוֹחִין זֶה לָזֶה בַּהֲלָכָה, מִתְקַנְּאִין בָּאַף וּמַעֲלִין אוֹתוֹ' דְּכֵיוָן שֶׁפּוֹגְמִים בְּלִימּוּד שֶׁלָּהֶם שֶׁרָמוּז בָּאוֹת לָמֶ"ד לְכָךְ יִסְתַּלֵּק לָמֶ"ד מִן מִלּוּי 'אֶלֶף' וְיִשָּׁאֵר 'אַף'.
« Et s'il a murmuré et que cela a réussi entre ses mains, mais qu'il s'est enflé d'orgueil, il amène la colère sur le monde. » Il me semble, avec l'aide du Ciel, d'expliquer selon ce qu'écrit le Nahal Kedoumim sur la paracha Nitsavim : avant que le Saint béni soit-Il ne créât le monde, la lettre aleph dans son déploiement s'écrivait <i>af</i> ; le Saint béni soit-Il vit que le monde ne peut subsister avec <i>af</i> (la colère), Il y introduisit un lamed et il en résulta <i>aleph</i>. C'est ainsi qu'on a expliqué « af tikon tevel bal timot » (Tehilim 93, 1) — vois là-bas. Or il est connu que la lettre lamed est la plus haute de toutes les lettres. Celui donc qui s'enfle d'orgueil en se croyant plus haut que tout homme fait retirer le lamed, qui est le plus haut de tous, du déploiement de <i>aleph</i>, et il reste <i>af</i> : voilà ce que signifie « il amène la colère sur le monde ». C'est pourquoi ce propos est appuyé sur le verset « mikné af al olé » (Iyov 36, 33), car <i>olé</i> (111) a la valeur de <i>aleph</i> écrit en toutes lettres. Ainsi se comprennent aussi les paroles de Rava : « deux talmide hakhamim qui ne se font pas bon accueil l'un à l'autre dans la halakha font monter la colère » — puisqu'ils portent atteinte à leur étude, laquelle est désignée par la lettre lamed, le lamed se retire du déploiement de <i>aleph</i> et il reste <i>af</i>.
💡 Explication

Le sommet de l'échelle est aussi son point de bascule. Le verset mikne af al olé est lu mot à mot : olé, celui qui s'élève, makne af, fait acquérir la colère. La réussite de la prière devient dangereuse dès lors que celui qui a prié se l'attribue.

Tossefot rattache le propos au verset précédent, yaguid alav reo : c'est parce que la génération a reconnu publiquement que la pluie est venue par lui que la tentation d'orgueil se présente. La reconnaissance publique du mérite est précisément ce qui l'expose.

10
רָבָא אָמַר: שְׁנֵי תַּלְמִידֵי חֲכָמִים שֶׁיּוֹשְׁבִין בְּעִיר אַחַת וְאֵין נוֹחִין זֶה לָזֶה בַּהֲלָכָה — מִתְקַנְּאִין בָּאַף וּמַעֲלִין אוֹתוֹ, שֶׁנֶּאֱמַר: ״מִקְנֶה אַף עַל עוֹלֶה״.

Rava dit : deux talmide hakhamim qui demeurent dans une même ville et ne se font pas bon accueil l'un à l'autre dans la halakha suscitent la colère et la font monter, ainsi qu'il est dit : « mikné af al olé ».

📜 Rachi (1)
וְאֵין נוֹחִין זֶה לָזֶה כּוּ' וְהָכִי מַשְׁמַע בִּשְׁבִיל שֶׁצָּרִיךְ לְהַגִּיד זֶה לָזֶה וְלִהְיוֹת נוֹחִין בַּהֲלָכָה וְאֵינָן עוֹשִׂין מִקְנֶה מִתְקַנְּאִים מִתְגָּרִים בָּאַף וּמַעֲלִים אוֹתוֹ וּמְבִיאִים אוֹתוֹ עֲלֵיהֶן. וְיֵשׁ גּוֹרְסִין וְנוֹחִין זֶה לָזֶה בַּהֲלָכָה מִתְקַנְּאִים בְּאַף וְכוּ' מִשֶּׁיַּגִּיד עָלָיו רֵעוֹ שֶׁנּוֹחִין זֶה לָזֶה מִתְקַנְּאִים בָּאַף וּמַעֲלִים אוֹתוֹ מֵעֲלֵיהֶם:
Et ne se font pas bon accueil l'un à l'autre, etc. — voici le sens : parce qu'ils devraient s'annoncer les choses l'un à l'autre et se faire bon accueil dans la halakha, et qu'ils ne le font pas ; <i>mikné</i>, « ils suscitent », c'est-à-dire qu'ils provoquent la colère, la font monter et l'attirent sur eux. Et certains lisent : « et se font bon accueil l'un à l'autre dans la halakha — ils suscitent la colère », etc., c'est-à-dire que du moment que son compagnon l'annonce à son sujet et qu'ils se font bon accueil l'un à l'autre, ils détournent la colère et la font monter de dessus eux.
💡 Explication

Rava applique le même verset à une autre situation : la dureté entre deux maîtres d'une même ville. L'expression eno noah lo bahalakha ne vise pas le désaccord, qui est la matière même de l'étude, mais la manière — l'agressivité qui remplace l'échange.

Rachi signale une seconde lecture, qui inverse le sens : certains lisent « et se font bon accueil », auquel cas le verbe maalin oto signifie qu'ils font monter la colère loin d'eux, c'est-à-dire qu'ils l'écartent. Le même verset porte alors une promesse au lieu d'une menace.

11
אָמַר רֵישׁ לָקִישׁ, מַאי דִכְתִיב: ״אִם יִשֹּׁךְ הַנָּחָשׁ בְּלוֹא לָחַשׁ וְאֵין יִתְרוֹן לְבַעַל הַלָּשׁוֹן״, לְעָתִיד לָבוֹא מִתְקַבְּצוֹת וּבָאוֹת כָּל הַחַיּוֹת אֵצֶל הַנָּחָשׁ, וְאוֹמְרִים לוֹ: אֲרִי דּוֹרֵס וְאוֹכֵל, זְאֵב טוֹרֵף וְאוֹכֵל, אַתָּה מָה הֲנָאָה יֵשׁ לְךָ? אָמַר לָהֶם: ״וְאֵין יִתְרוֹן לְבַעַל הַלָּשׁוֹן״.

Rech Lakich dit : que signifie ce qui est écrit, « si le serpent mord faute de murmure, il n'y a pas d'avantage pour le maître de la langue » ? Dans l'avenir, tous les animaux se rassembleront et viendront auprès du serpent et lui diront : le lion déchire et mange, le loup déchiquette et mange ; toi, quel profit en as-tu ?

Il leur dira : « et il n'y a pas d'avantage pour le maître de la langue ».

📜 Rachi (3)
אֲרִי דּוֹרֵס וְאוֹכֵל מִיָּד וְאֵינוֹ מִתְיָרֵא:
Le lion déchire et mange — sur-le-champ, et il n'a pas peur.
טוֹרֵף וְאוֹכֵל שֶׁמּוֹלִיךְ לְחוֹרָיו וְאוֹכֵל שָׁם שֶׁמְּפַחֵד מִן הַבְּרִיּוֹת וּלְכֻולָּן יֵשׁ לָהֶם הֲנָאָה:
Déchiquette et mange — car il emporte sa proie dans ses trous et la mange là-bas, parce qu'il a peur des gens ; et tous en tirent un profit.
וּלְךָ מָה הֲנָאָה יֵשׁ לְךָ שֶׁאַתָּה נוֹשֵׁךְ בְּנֵי אָדָם וְהוֹרְגָן וְהוּא אוֹמֵר מַה יִתְרוֹן לְבַעַל הַלָּשׁוֹן שֶׁמְּסַפֵּר לָשׁוֹן הָרָע אע"פ שֶׁאֵין לוֹ הֲנָאָה וּלְפִיכָךְ מְבִיאוֹ הקב"ה בְּדִין אֵצֶל נָחָשׁ כְּדֵי שֶׁיִּתְבַּיֵּישׁ מִפְּנֵי שֶׁהִשִּׂיא אָדָם הָרִאשׁוֹן וּמִתְבַּיְּישִׁין עִמּוֹ מְסַפְּרֵי לָשׁוֹן הָרַע:
Et toi, quel profit as-tu ? — car tu mords les gens et tu les tues. Et il répond : quel avantage a le maître de la langue, qui rapporte la médisance, alors même qu'il n'en tire aucun profit ? C'est pourquoi le Saint béni soit-Il l'amène en jugement auprès du serpent, afin qu'il ait honte, parce que le serpent a induit en faute le premier homme, et que les médisants soient couverts de honte avec lui.
💡 Explication

Rech Lakich relit le même verset dans son sens premier — le serpent et le charmeur — mais transforme le baal halachon en médisant. Le mot signifie littéralement « maître de la langue » : le charmeur, mais aussi celui qui se sert de sa langue pour nuire.

La force de l'argument tient au criter du profit. Les autres prédateurs tuent pour se nourrir ; le serpent tue sans rien y gagner. Le serpent répond en montrant qu'il existe pire que lui : le médisant nuit sans aucun bénéfice. Rachi ajoute que la confrontation aura lieu en jugement, et que la honte du médisant viendra d'être placé à côté de celui qui fit fauter le premier homme par sa parole.

12
אָמַר רַבִּי אַמִּי: אֵין תְּפִלָּתוֹ שֶׁל אָדָם נִשְׁמַעַת אֶלָּא אִם כֵּן מֵשִׂים נַפְשׁוֹ בְּכַפּוֹ, שֶׁנֶּאֱמַר: ״נִשָּׂא לְבָבֵנוּ אֶל כַּפָּיִם״, אֵינִי?! וְהָא אוֹקֵים שְׁמוּאֵל אָמוֹרָא עֲלֵיהּ וּדְרַשׁ: ״וַיְפַתּוּהוּ בְּפִיהֶם וּבִלְשׁוֹנָם יְכַזְּבוּ לוֹ וְלִבָּם לֹא נָכוֹן עִמּוֹ וְלֹא נֶאֶמְנוּ בִּבְרִיתוֹ״, וְאַף עַל פִּי כֵן — ״וְהוּא רַחוּם יְכַפֵּר עָוֹן וְגוֹ׳״!

Rabbi Ami dit : la prière d'un homme n'est exaucée que s'il met son âme dans sa paume, ainsi qu'il est dit : « élevons notre cœur avec nos paumes » (Eikha 3, 41). Est-ce bien ainsi ?

Or Chemouel a établi un interprète auprès de lui et a exposé : « ils Le flattaient de leur bouche et Lui mentaient de leur langue, leur cœur n'était pas ferme avec Lui et ils n'étaient pas fidèles à Son alliance » (Tehilim 78, 36-37), et malgré cela : « et Lui, miséricordieux, pardonne la faute », etc. (Tehilim 78, 38) !

📜 Rachi (2)
וְלִבָּם לֹא נָכוֹן עִמּוֹ עִם הקב"ה:
Et leur cœur n'était pas ferme avec Lui — avec le Saint béni soit-Il.
ואעפ"כ כָּתוּב בְּסָמוּךְ וְהוּא רַחוּם יְכַפֵּר עָוֹן וְשׁוֹמֵעַ תְּפִלָּתָם וְהֵיכִי אֲמַרְתְּ שֶׁאֵין תְּפִלָּתָם נִשְׁמַעַת אא"כ מֵשִׂים נַפְשׁוֹ בְּכַפּוֹ כְּלוֹמַר שֶׁנַּפְשׁוֹ מְכֻוֶּונֶת בְּכַפּוֹ:
Et malgré cela — il est écrit juste après « et Lui, miséricordieux, pardonne la faute », et Il entend leur prière ; comment peux-tu donc dire que leur prière n'est exaucée que s'il met son âme dans sa paume, c'est-à-dire que son âme soit dirigée dans sa paume ?
🪔 Ben Yehoyada (1)
אֵין תְּפִלָּתוֹ שֶׁל אָדָם נִשְׁמַעַת, אֶלָּא אִם כֵּן מֵשִׂים נַפְשׁוֹ בְּכַפּוֹ. נִרְאֶה לִי בס"ד הַנֶּפֶשׁ הוּא סוֹד הַמַּלְכוּת שֶׁהִיא סוֹד דִּבּוּר וּמִי שֶׁמְּקַיֵּים דִּבּוּרוֹ לַהֲבִיאוֹ לִידֵי מַעֲשֶׂה מְתַקֵּן בָּזֶה אֶת נַפְשׁוֹ, וְלָכֵן מִדָּה כְּנֶגֶד מִדָּה תְּפִלָּתוֹ נִשְׁמַעַת שֶׁמְּיַיקֵּר הקב"ה אֶת דִּבּוּרוֹ כְּשֵׁם שֶׁהוּא מְייַקֵּר דִּבּוּרוֹ לְהָבִיא לִידֵי מַעֲשֶׂה שֶׁכָּל מַעֲשֶׂה תִּתְייַחֵס לְכַפַּיִם. אוֹ יוּבָן אֲחִיזָה בַּכַּף הִיא אֲחִיזָה מְעַלְּיָא מַה שֶׁאֵין כֵּן בְּאֶצְבָּעוֹת בִּלְבַד הִיא אֲחִיזָה רְפוּיָה וְהַמֵּשִׂים נַפְשׁוֹ בְּכַפּוֹ רוֹצֶה לוֹמַר אוֹחֵז תִּיקּוּן נַפְשׁוֹ אֲחִיזָה מְעַלְּיָא כְּדִמְיוֹן הָאֲחִיזָה בְּכַפַּיִם אָז הַתְּפִילָּה שֶׁהִיא סוֹד נֶפֶשׁ נִשְׁמַעַת. וְעוֹד נִרְאֶה לִי בס"ד הַמָּמוֹן נִקְרָא נֶפֶשׁ בְּעָלָיו כְּמוֹ שֶׁאָמְרוּ רַבּוֹתֵינוּ זִ"לִ (בָּבָא קַמָּא קיט.) עַל פָּסוּק (מִשְׁלֵי א, יט) 'נֶפֶשׁ בְּעָלָיו יִקַּח' זֶה מָמוֹן שֶׁל נִגְזָל, וְזֶהוּ מֵשִׂים נַפְשׁוֹ רוֹצֶה לוֹמַר מָמוֹנוֹ בְּכַפּוֹ לְחֶלְקוֹ לַעֲנִיִּים כִּי הַצְּדָקָה תִּתְיַיחֵס לְכַפַּיִים.
« La prière d'un homme n'est exaucée que s'il met son âme dans sa paume. » Il me semble, avec l'aide du Ciel, que la <i>nefech</i> relève du secret de la <i>malkhout</i>, laquelle est le secret de la parole : celui qui tient sa parole et la mène jusqu'à l'acte répare par la même son âme, et c'est pourquoi, mesure pour mesure, sa prière est exaucée — le Saint béni soit-Il tient sa parole pour précieuse comme lui-même tient sa parole pour précieuse en la menant jusqu'à l'acte, tout acte se rapportant aux paumes. On peut aussi comprendre ainsi : la prise dans la paume est une prise ferme, tandis que la prise avec les seuls doigts est une prise lâche ; celui qui met son âme dans sa paume veut dire qu'il tient la réparation de son âme d'une prise ferme, à la manière de la prise dans les paumes, et alors la prière, qui est le secret de la nefech, est exaucée. Et il me semble encore, avec l'aide du Ciel, que l'argent est appelé la nefech de son propriétaire, comme l'ont dit nos maîtres de mémoire bénie (Baba Kama 119a) sur le verset « elle prend la nefech de ses propriétaires » (Michle 1, 19), ce qui vise l'argent de celui qui a été volé ; « il met sa nefech » veut donc dire qu'il met son argent dans sa paume pour le distribuer aux pauvres, car la tsedaka se rapporte aux paumes.
💡 Explication

Rabbi Ami pose une exigence de sincérité : messim nafcho bekhapo, mettre son âme dans sa paume, c'est-à-dire faire que l'intention accompagne réellement les mains levées. Le verset d'Eikha associe le cœur et les paumes.

L'objection vient d'une dracha de Chemouel, exposé publiquement par l'intermédiaire d'un amora (le répétiteur qui transmet à voix haute l'enseignement du maître) : les Tehilim décrivent explicitement des gens dont le cœur n'accompagne pas la bouche, et affirment pourtant que D.ieu leur pardonne.

13
לָא קַשְׁיָא: כָּאן בְּיָחִיד, כָּאן בְּצִבּוּר.

Ce n'est pas difficile : ici, il s'agit d'un individu ; là, il s'agit d'une communauté.

📜 Rachi (2)
בְּצִבּוּר תְּפִלָּתָם נִשְׁמַעַת ואע"פ שֶׁאֵין לֵב כֻּולָּם שָׁלֵם כְּדִכְתִיב וַיְפַתּוּהוּ בְּפִיהֶם בִּדְבָרִים ל' רַבִּים:
En communauté — leur prière est exaucée bien que le cœur de tous ne soit pas entier, comme il est écrit « ils Le flattaient de leur bouche », au pluriel.
בְּיָחִיד אֵינוֹ אֶלָּא א"כ לִבּוֹ מְכֻוָּון:
Pour un individu — sa prière n'est exaucée que si son cœur est dirigé.
💡 Explication

La résolution est un partage de cas classique : lo kachya, ce n'est pas difficile — chaque source parle d'une situation différente. L'exigence de Rabbi Ami porte sur le yahid, celui qui prie seul ; la constatation de Chemouel porte sur le tsibour.

Rachi tire la preuve du texte lui-même : les verbes des Tehilim sont au pluriel, donc le verset décrit une collectivité. La prière communautaire est portée par l'ensemble, et le défaut d'intention de certains ne l'invalide pas.

🖼️ Schéma
La contradiction et son partage Rabbi Ami — Eikha 3, 41 La prière n'est exaucée que si l'on met son âme dans sa paume. Chemouel — Tehilim 78 Leur cœur n'était pas avec Lui, et Il pardonne pourtant leur faute. Yahid — l'individu Rachi : sa prière n'est exaucée que si son cœur est dirigé. Tsibour — la communauté Rachi : exaucée même si le cœur de tous n'est pas entier ; le verset est au pluriel.
Le partage yahid / tsibour résout la contradiction : l'exigence de sincérité porte sur l'individu isolé.
14
אָמַר רַבִּי אַמִּי: אֵין גְּשָׁמִים יוֹרְדִין אֶלָּא בִּשְׁבִיל בַּעֲלֵי אֲמָנָה, שֶׁנֶּאֱמַר: ״אֱמֶת מֵאֶרֶץ תִּצְמָח וְצֶדֶק מִשָּׁמַיִם נִשְׁקָף״.

Rabbi Ami dit : les pluies ne tombent qu'en raison des hommes de parole tenue (baale emouna), ainsi qu'il est dit : « la vérité germera de la terre, et la justice se penchera du ciel » (Tehilim 85, 12).

📜 Rachi (1)
בִּזְמַן שֶׁאֱמֶת מֵאֶרֶץ תִּצְמַח שֶׁיֵּשׁ אֱמוּנָה בְּמַשָּׂא וּמַתָּן אָז צֶדֶק מִשָּׁמַיִם נִשְׁקָף דְּהַיְינוּ גְּשָׁמִים שֶׁהֵן צְדָקָה:
Lorsque la vérité germe de la terre — lorsqu'il y a de la fidélité dans le commerce, alors « la justice se penche du ciel », c'est-à-dire les pluies, qui sont une tsedaka.
💡 Explication

Le mot emouna ne désigne pas ici la croyance mais la fiabilité : l'homme dont la parole tient, en particulier dans les affaires. Rachi le précise explicitement — massa oumatan, le commerce.

Le verset est lu comme une correspondance ordonnée : ce qui vient d'en bas, la vérité qui germe de la terre, provoque ce qui vient d'en haut, la tsedaka — mot qui désigne à la fois la justice et la pluie. Ce même verset servira au segment 15 dans un sens tout différent.

15
וְאָמַר רַבִּי אַמִּי: בֹּא וּרְאֵה כַּמָּה גְּדוֹלִים בַּעֲלֵי אֲמָנָה, מִנַּיִין — מֵחֻולְדָּה וּבוּר. וּמָה הַמַּאֲמִין בְּחֻולְדָּה וּבוֹר — כָּךְ, הַמַּאֲמִין בְּהַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא — עַל אַחַת כַּמָּה וְכַמָּה.

Et Rabbi Ami dit : viens et vois combien sont grands les hommes de parole tenue. D'où le sait-on ?

De la belette et de la citerne. Si celui qui a fait confiance à une belette et à une citerne a connu un tel sort, celui qui fait confiance au Saint béni soit-Il, à plus forte raison.

📜 Rachi (2)
מֵחֻולְדָּה וּבוֹר שֶׁהֵמִיתוּ שְׁנֵי בְּנֵי אָדָם מָצוּי הוּא בָּאַגָּדָה מַעֲשֶׂה בְּבָחוּר אֶחָד שֶׁנָּתַן אֱמוּנָתוֹ לְרִיבָּה אַחַת שֶׁיִּשָּׂאֶנָּה אָמְרָה מִי מֵעִיד וְהָיָה שָׁם בּוֹר אֶחָד וְחֻולְדָּה אָמַר הַבָּחוּר בּוֹר וְחֻולְדָּה עֵדִים בַּדָּבָר לְיָמִים עָבַר עַל אֱמוּנָתוֹ וְנָשָׂא אַחֶרֶת וְהוֹלִיד שְׁנֵי בָּנִים אֶחָד נָפַל לַבּוֹר וּמֵת וְא' נְשָׁכַתּוּ חֻולְדָּה וּמֵת אָמְרָה לוֹ אִשְׁתּוֹ מַה מַעֲשֶׂה הוּא זֶה שֶׁבָּנֵינוּ מֵתִים בְּמִיתָה מְשֻׁונָּה וְאָמַר לָהּ כָּךְ וְכָךְ הָיָה הַמַּעֲשֶׂה:
De la belette et de la citerne — qui firent mourir deux personnes. Cela se trouve dans l'aggada : il advint qu'un jeune homme donna sa parole à une jeune fille qu'il l'épouserait. Elle lui dit : qui en témoignera ? Il y avait là une citerne et une belette. Le jeune homme dit : la citerne et la belette sont témoins de la chose. Avec le temps il transgressa sa parole, en épousa une autre et eut deux fils : l'un tomba dans une citerne et mourut, l'autre fut mordu par une belette et mourut. Sa femme lui dit : quelle est cette affaire, que nos enfants meurent d'une mort étrange ? Il lui répondit : voici ce qui s'est passé.
הַמַּאֲמִין בְּהַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא שֶׁמְּשִׂימוֹ עַד בֵּינוֹ לְבֵין חֲבֵירוֹ עַל אַחַת כַּמָּה וְכַמָּה:
Celui qui fait confiance au Saint béni soit-Il — qui Le prend pour témoin entre lui et son prochain, à plus forte raison.
🗂️ Tossefot (1)
בְּחֻולְדָּה וּבוֹר כָּךְ בהקב"ה עַל אַחַת כַּמָּה וְכַמָּה. פִּי' מַאֲמִין בְּחֻולְדָּה וּבוֹר מַעֲשֶׂה הָיָה בְּנַעֲרָה אַחַת הָיְתָה רוֹצָה לֵילֵךְ לְבֵית אָבִיהָ וְהָיָה בּוֹר בַּדֶּרֶךְ וְנָפְלָה וּבָא בָּחוּר אֶחָד וְאָמַר אִם אֲנִי אַעֲלֵיךְ תִּנָּשְׂאִי לִי אָמְרָה לוֹ הֵן וְנִשְׁבְּעוּ בֵּינֵיהֶן שֶׁהוּא לֹא יִשָּׂא אִשָּׁה אַחֶרֶת וְהִיא לֹא תִּנָּשֵׂא לְאִישׁ אַחֵר וְאָמְרוּ מִי מֵעִיד בֵּינֵינוּ וְהָיְתָה חֻולְדָּה אַחַת הוֹלֶכֶת לִפְנֵי הַבּוֹר וְאָמְרוּ אֵלּוּ שְׁנַיִם בּוֹר וְחֻולְדָּה יִהְיוּ עֵדִים בֵּינֵינוּ וְהָלְכוּ לְדַרְכָּם וְהִיא עָמְדָה בִּשְׁבוּעָתָהּ וְהוּא נָשָׁה אִשָּׁה אַחֶרֶת וְיָלְדָה בֵּן בָּאת חֻולְדָּה וּנְשָׁכַתּוּ וּמֵת וְיָלְדָה לוֹ בֵּן שֵׁנִי וְנָפַל לַבּוֹר וּמֵת אָמְרָה לוֹ אִשְׁתּוֹ מַה זֶה הַמַּעֲשֶׂה שֶׁהִגִּיעַ לָנוּ שֶׁלֹּא כִּשְׁאָר בְּנֵי אָדָם נִזְכַּר הַשְּׁבוּעָה וְסִיפֵּר לְאִשְׁתּוֹ כָּל הַמַּעֲשֶׂה אָמְרָה לוֹ א"כ חֲזֹור וְקָחֶנָּה וְכָתַב לָהּ גֵּט וְהָלַךְ וְנָשָׂא אֶת הַבְּתוּלָה וְהַיְינוּ דְּאָמְרִי הַמַּאֲמִין בְּבוֹר וְחֻולְדָּה שֶׁהֶעֱמִידוּ עֵדוּתָן:
« À une belette et à une citerne, à plus forte raison au Saint béni soit-Il. » Explication de « celui qui fait confiance à une belette et à une citerne » : il advint qu'une jeune fille voulait se rendre à la maison de son père ; il y avait une citerne sur le chemin et elle y tomba. Un jeune homme vint et dit : si je te fais remonter, tu m'épouseras. Elle lui dit : oui. Ils jurèrent entre eux qu'il n'épouserait pas une autre femme et qu'elle n'épouserait pas un autre homme. Ils dirent : qui témoignera entre nous ? Une belette passait devant la citerne, et ils dirent : que ces deux-là, la citerne et la belette, soient témoins entre nous. Ils s'en allèrent chacun de son côté. Elle tint son serment, et lui épousa une autre femme. Elle enfanta un fils : une belette vint, le mordit, et il mourut. Elle lui enfanta un second fils : il tomba dans une citerne et mourut. Sa femme lui dit : quelle est cette affaire qui nous arrive, contrairement au reste des hommes ? Il se souvint du serment et raconta à sa femme toute l'affaire. Elle lui dit : s'il en est ainsi, retourne et prends-la. Il lui écrivit un guet, alla et épousa la jeune fille. Et c'est ce qu'on dit : celui qui a fait confiance à la citerne et à la belette, lesquelles ont maintenu leur témoignage.
🪔 Ben Yehoyada (1)
בוא וראה, כמה גדולים בעלי אמנה, מנין? מחלדה ובור, ומה המאמין בחלדה ובור כך, המאמין בהקדוש ברוך הוא על אחת כמה וכמה. פירוש מאמין שאפילו חולדה ובור שאין בהם דעת יש ממש בעדות שיעיד אותם עליו לנקום ממנו נקם על ידם כמשפט העדים שיש בהם דעת דכתיב בהו (דברים יז, ז) 'יד העדים תהיה בו בראשנה להמיתו', המאמין בהקדוש ברוך הוא על אחת כמה וכמה! והנה כעין מעשה זו של חולדה ובור, שמעתי שמספרים אשר עשה השי"ת לנקום נקמת איש ישראל אשר נהרג על ידי נכרי אחד והוא כי איש יהודי עשיר היה הולך בשיירא במדבר מעירו לעיר אחרת והיה נושא באמתחתו על בהמתו צרורות הרבה של דינרי זהב בשביל עסקו ונזדמן שם בשיירא ההיא נכרי אחד מאנשי חיל שהרגיש שיש אצל היהודי צרורות דינרי זהב. מה עשה? נתחבר עמו בדרך בחיבה וריעות והיה משמשו כמו משרת והיו רוכבים כל יום בהמתם ביחד זה אצל זה והיה הנכרי משמח את היהודי בדברי טיול וספורי מעשיות בכל הדרך ויום אחד היה מספר לו סיפורים נאים המושכים את הלב והיה מנהיג הבהמה בנחת כדי שילכו יחדיו ועל ידי כך נתרחקו מאנשי השיירא שהיו הם אחרונים, והיהודי להיותו נותן לבו לדבריו לא הרגיש בהרחקתם מן השיירא ובאו למקום עומק עד שאין איש רואה אותם מרחוק כלל ואם יצעק אין קולו נשמע ואז ירד הנכרי מן הבהמה וחרבו שלופה בידו והפיל את היהודי לארץ וכפת אותו לשחוט אותו כדי ליקח צרורות הזהובים אשר באמתחתו והיהודי ראה כי כלתה אליו הרעה ויבט כה וכה וירא כי אין איש ורק ראה עוף אחד יושב על סלע אחד סמוך אליו ויאמר לנכרי עוף זה ששמו כך הוא יעיד על דמי לנקום נקם! ויצחק הנכרי ושחטו תכף והניח גוייתו בגומא אחת וכסהו בעפר ולקח צרורות הזהובים וחזר לאחוריו ולא הלך לשיירא. ואחר איזה ימים שב לעיר שמח והקרובים של היהודי חשבו שהגיע היהודי לעיר שהלך שם וכשראו שבאה משם שיירא אחר שיירא ולא בא להם מכתב ממנו הלכו לחפש ולא מצאו ונתייאשו ממנו ויתאבלו עליו. והנכרי ההוא דר בעיר היהודי שהיא היתה עיר המלוכה ואין מי שמכיר ומרגיש בדבר זה כלל אך זה הצליח על ידי העושר ההוא שלקח מן היהודי אחר שרצח אותו ובמעט שנים עלה לגדולה עד שנעשה משנה למלך והצליח יותר עד שהגיע למעלה גדולה שכל יום סועד עם המלך ביחד. ויהי היום המלצר של המלך קנה עוף אחד חשוב שהוא מזה המין של העוף אשר העידו היהודי על דמו כי זה המין אינו מצוי כל כך ובשרו שמן וטוב ועלה בלבו לעשותו מטעמים למלך מפני שאינו מצוי וכן עשה בישלו ועשהו מטעמים לפאר וכשהגיע זמן הסעודה של המלך הגיש המלצר בידו את העוף הזה בקערה אחת ויאמר למלך זה הוא עוף פלוני שנקרא כך ונזדמן לידי היום ועשיתיו מטעמים, אכול ממנו ויערב לך. וזה המשנה היה יושב על השלחן עם המלך וכששמע מפי המלצר שמו של זה העוף צחק כי זכר דברי היהודי שאמר לו קודם שרצחו זה עוף פלוני יעיד על דמי לנקום נקם ואמר בלבו אנכי הצלחתי אחר הרצח עד שהייתי משנה והנני אוכל עם המלך מן העוף הזה אשר הכינו היהודי לעדות וכאשר עבר דבר זה בלבו אותה שעה צחק על דברי היהודי ואף על פי שהמלך יושב צחק כי לא היה יכול להתאפק אך המלך כשראהו שצחק בלי אומר ובלי דברים תמה על הצחוק הזה שראה בו וישאלהו למה צחקת? הגד לי! ויאמר לא אוכל להגיד והמלך חרה אפו ויאמר אם לא תגיד האמת מה ענין הצחוק זה אהרוג אותך עתה וזה כשראה דבר המלך נחוץ ואי אפשר שלא יגיד ואין לו זמן לצייר דברים בשקר, אמר בלבו אגיד הדבר כמו שהוא ומה בכך? כי ודאי המלך לא יקפיד על שהרגתי יהודי אחד, והוא יודע שלפעמים אני צולב עשרה נפשות ביום אחד ומה נחשב בעיני המלך דם יהודי אחד שהרגתי קודם כמה שנים! ויגד למלך הדבר כמו שהוא ויאמר צחקתי עתה בזכרי דברי היהודי שאמר זה העוף יעיד על דמי והנה בעתה אני אוכל את העוף הזה על שלחן המלך! ויאמר המלך בלבו דבר זה נעשה לפני בהשגחה מן השמים, שנתגלגל הדבר שאדע אני בהריגת היהודי על ידי מין העוף הזה בעצמו ולא על חנם נתגלגלה ידיעה זו לפני הלא כדי שאנקום נקמת דם היהודי ואעשה משפט! כל זה חשב המלך בלבבו, ויאמר להמשנה בנחת והראה על פניו מעט שחוק, מי זה היהודי הנרצח? ויאמר יהודי שולחני שמו כך וכך והוא ידוע בעיר זו. ויקם המלך מעל השלחן ועדיין לא אכל וישלח את עבדיו לבית המשנה להוציא את אשתו ובניו ושפחותיו לחוץ וישמרו את הבית ויגזור אומר שילכו לביתו של אותו יהודי השולחני הנרצח ויקחו את אשתו ובניו ויביאום לבית המשנה להיות להם הבית וכל אשר בתוכו לנחלת עולם ויתלו את זה המשנה על פתח ביתו! ראה כמה גדלו מעשה השי"ת! כי היהודי אמר עוף פלוני הזה יעיד על דמי וככה עשה השי"ת אשר סבב כמה סיבות עד שסוף דבר זה המין של עוף זה בו נודע דמו של היהודי ונהרג הרוצח ותחת ממון שלקח מן היהודי שילם מאה פעמים כי נעשה זה עשיר גדול וביתו וממונו ניתן ליורשי היהודי הנרצח 'א־ל נקמות ה' א־ל נקמות הופיע' (תהלים צד, א) !
« Viens et vois combien sont grands les hommes de parole tenue. D'où le sait-on ? De la belette et de la citerne : si celui qui a fait confiance à une belette et à une citerne a connu un tel sort, celui qui fait confiance au Saint béni soit-Il, à plus forte raison. » Explication : il croyait que même une belette et une citerne, qui sont sans connaissance, ont une réalité dans le témoignage qu'elles portent contre lui, pour tirer vengeance de lui par leur intermédiaire, à la manière des témoins doués de connaissance, dont il est écrit « la main des témoins sera sur lui la première pour le faire mourir » (Devarim 17, 7) — celui qui fait confiance au Saint béni soit-Il, à plus forte raison. Or, dans le genre de cette histoire de la belette et de la citerne, j'ai entendu raconter ce que fit Hachem pour venger le sang d'un homme d'Israël tué par un non-Juif. Un Juif riche cheminait avec une caravane dans le désert, de sa ville vers une autre ville, et portait dans sa besace, sur sa bête, de nombreuses bourses de deniers d'or pour ses affaires. Il se trouva dans cette caravane un non-Juif, homme de guerre, qui s'aperçut que le Juif avait sur lui des bourses de deniers d'or. Que fit-il ? Il se lia à lui en route avec affection et amitié, le servait comme un serviteur ; ils chevauchaient chaque jour côte à côte, et le non-Juif égayait le Juif de propos plaisants et de récits tout au long du chemin. Un jour, il lui racontait de belles histoires qui captivent le cœur, et il menait sa bête lentement afin qu'ils avancent ensemble ; par là, ils s'éloignèrent des gens de la caravane, dont ils étaient les derniers. Le Juif, tout occupé de ses paroles, ne s'aperçut pas de leur éloignement, et ils arrivèrent dans un creux d'où nul ne pouvait les voir de loin et où un cri ne pouvait être entendu. Alors le non-Juif descendit de sa bête, l'épée dégainée, jeta le Juif à terre et le ligota pour l'égorger et prendre les bourses d'or de sa besace. Le Juif vit que son malheur était consommé ; il regarda de tous côtés et vit qu'il n'y avait personne, mais il aperçut un oiseau posé sur un rocher tout près. Il dit au non-Juif : cet oiseau, dont le nom est tel, témoignera sur mon sang pour en tirer vengeance. Le non-Juif se moqua, l'égorgea aussitôt, posa son corps dans un creux, le couvrit de terre, prit les bourses d'or et rebroussa chemin sans rejoindre la caravane. Quelques jours plus tard il revint en ville, joyeux. Les proches du Juif pensaient qu'il était arrivé dans la ville où il se rendait ; voyant qu'une caravane arrivait après l'autre sans qu'aucune lettre de lui ne leur parvienne, ils allèrent le chercher, ne le trouvèrent pas, perdirent espoir et le pleurèrent. Ce non-Juif habitait la ville du Juif, qui était la ville royale, et nul ne remarquait rien de cette affaire ; il prospéra grâce à cette richesse prise au Juif après l'avoir assassiné, et en peu d'années il s'éleva jusqu'à devenir second du roi, et prospéra plus encore, au point de prendre chaque jour son repas avec le roi lui-même. Un jour, l'échanson du roi acheta un oiseau de prix, de cette espèce même dont le Juif avait pris témoignage sur son sang — car cette espèce n'est pas commune, et sa chair est grasse et bonne — et il lui vint à l'esprit d'en faire un mets pour le roi, parce qu'il est rare ; ainsi fit-il, il le cuisina et en fit un mets magnifique. Quand vint l'heure du repas du roi, l'échanson lui présenta de sa main cet oiseau dans un plat et dit au roi : voici l'oiseau untel, nommé ainsi, qui m'est tombé sous la main aujourd'hui, et j'en ai fait un mets ; manges-en et qu'il te soit agréable. Ce second du roi était assis à table avec le roi ; lorsqu'il entendit de la bouche de l'échanson le nom de cet oiseau, il rit, car il se souvint des paroles du Juif qui lui avait dit, avant qu'il ne l'assassiné : cet oiseau untel témoignera sur mon sang pour en tirer vengeance. Il se dit en lui-même : moi, j'ai prospéré après le meurtre au point de devenir second du roi, et voici que je mange avec le roi de cet oiseau que le Juif avait établi pour témoin. Comme cela lui traversait le cœur, il rit à ce moment-là des paroles du Juif, et bien que le roi fut assis là, il rit, car il ne put se retenir. Le roi, le voyant rire sans un mot ni une parole, s'étonna de ce rire et lui demanda : pourquoi as-tu ri ? Dis-le moi ! Il répondit : je ne peux pas le dire. Le roi se mit en colère et dit : si tu ne dis pas la vérité sur ce rire, je te tue sur-le-champ. Voyant l'affaire pressante et qu'il lui était impossible de ne pas parler, sans avoir le temps de composer un mensonge, il se dit : je dirai la chose telle qu'elle est, et qu'importe ? Car assurément le roi ne s'offusquera pas de ce que j'aie tué un Juif, lui qui sait que je fais parfois pendre dix personnes en un seul jour ; que vaut aux yeux du roi le sang d'un Juif que j'ai tué voici plusieurs années ? Il raconta donc la chose au roi telle qu'elle était et dit : j'ai ri maintenant en me souvenant des paroles du Juif, qui avait dit que cet oiseau témoignerait sur son sang, et voici qu'à cette heure je mange cet oiseau à la table du roi ! Le roi se dit en son cœur : cette chose s'est faite devant moi par une providence du Ciel, puisqu'il s'est trouvé que j'apprends le meurtre du Juif par cette espèce d'oiseau elle-même ; ce n'est pas pour rien que cette connaissance m'est parvenue, mais pour que je venge le sang du Juif et que je rende justice. Le roi pensa tout cela en son cœur, puis dit au second avec douceur, en laissant paraître sur son visage un peu de rire : qui est ce Juif assassiné ? Il répondit : un Juif changeur, dont le nom est tel, et il est connu dans cette ville. Le roi se leva de table sans avoir encore mangé, envoya ses serviteurs à la maison du second pour en faire sortir sa femme, ses fils et ses servantes, et faire garder la maison ; il ordonna qu'on aille à la maison de ce Juif changeur assassiné, qu'on prenne sa femme et ses fils et qu'on les amène dans la maison du second, laquelle leur appartiendrait avec tout ce qu'elle contient en héritage perpétuel, et qu'on pende ce second à l'entrée de sa maison. Vois combien sont grandes les œuvres de Hachem ! Car le Juif avait dit : cet oiseau-là témoignera sur mon sang, et ainsi fit Hachem, qui enchaîna plusieurs causes jusqu'à ce qu'en définitive ce fut par cette espèce d'oiseau que le sang du Juif fut connu, que le meurtrier fut mis à mort, et qu'à la place de l'argent pris au Juif il paya cent fois — car il était devenu très riche, et sa maison et sa fortune furent données aux héritiers du Juif assassiné. « D.ieu des vengeances, Hachem, D.ieu des vengeances, parais ! » (Tehilim 94, 1)
💡 Explication

La preuve procède par kal vahomer (à fortiori) : si la confiance placée dans deux témoins dépourvus de conscience — une citerne et une belette — s'est trouvée vérifiée, la confiance placée en D.ieu l'est à plus forte raison.

Le récit lui-même n'est pas dans la guemara ; il est rapporté par Rachi et par Tossefot, qui en donnent deux versions. Chez Rachi, le jeune homme donne simplement sa parole ; chez Tossefot, il sauve la jeune fille tombée dans la citerne et lui pose sa condition. La version de Tossefot se termine bien : il divorce et l'épouse, ce qui explique la formule finale — les témoins « ont maintenu leur témoignage ».

16
אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: כָּל הַמַּצְדִּיק אֶת עַצְמוֹ מִלְּמַטָּה — מַצְדִּיקִין עָלָיו הַדִּין מִלְּמַעְלָה, שֶׁנֶּאֱמַר: ״אֱמֶת מֵאֶרֶץ תִּצְמָח וְצֶדֶק מִשָּׁמַיִם נִשְׁקָף״. רַבִּי חִייָּא בַּר אָבִין אָמַר רַב הוּנָא, מֵהָכָא: ״וּכְיִרְאָתְךָ עֶבְרָתֶךָ״.

Rabbi Yo'hanan dit : quiconque se rend juste ici-bas, on applique sur lui la rigueur du jugement d'en haut, ainsi qu'il est dit : « la vérité germera de la terre, et la justice se penchera du ciel » (Tehilim 85, 12). Rabbi Hiya bar Avin dit au nom de Rav Houna : de ce verset-ci : « et Ta fureur est à la mesure de la crainte que l'on a de Toi » (Tehilim 90, 11).

📜 Rachi (4)
הַמַּצְדִּיק עַצְמוֹ שֶׁמַּכְשִׁיר וּמְקַשֵּׁט מַעֲשָׂיו:
Celui qui se rend juste — qui rend sa conduite convenable et la pare.
מַצְדִּיקִין עָלָיו מְדַקְדְּקִין עִמּוֹ אֲפִילּוּ כְּחוּט הַשַּׂעֲרָה יוֹתֵר מַשְׁאִילוֹ מְקַלְקֵל מַעֲשָׂיו כְּדֵי לְמָרֵק עֲוֹנֹותָיו:
On applique sur lui la rigueur — on est exigeant avec lui jusqu'à l'épaisseur d'un cheveu, plus qu'avec celui dont la conduite est mauvaise, afin de purifier ses fautes.
שֶׁנֶּאֱמַר אֱמֶת מֵאֶרֶץ תִּצְמָח אָז צֶדֶק מִשָּׁמַיִם נִשְׁקָף צְדָקָה אֵין כְּתִיב כָּאן אֶלָּא צֶדֶק דְּמַשְׁמַע דִּין:
Ainsi qu'il est dit « la vérité germera de la terre » — alors « la justice se penchera du ciel » : il n'est pas écrit ici <i>tsedaka</i> mais <i>tsedek</i>, ce qui indique le jugement.
וּכְיִרְאָתְךָ עֶבְרָתֶךָ עַל מִי שֶׁהוּא יָרֵא אוֹתְךָ אַתָּה מַחֲזִיק עֶבְרָתֶךָ כְּדֵי לְמָרֵק עֲוֹנֹותָיו וּפְשַׁט הַמִּקְרָא מִי יוֹדֵעַ עֹוז אַפֶּךָ מִי יוֹדֵעַ עֹוז וְכֹחַ לִמְצוֹא אוֹתוֹ לָנוּס מִפָּנֶיךָ בְּיוֹם אַפְּךָ וּכְיִרְאָתְךָ עֶבְרָתֶךָ כְּשֵׁם שֶׁאַתָּה יָראוּי וּמְפֻוחָד כָּךְ יֵשׁ לְהִתְייָרֵא וּלְהִתְפַּחֵד מֵעֶבְרָתֶךָ:
Et Ta fureur est à la mesure de la crainte que l'on a de Toi — sur celui qui Te craint, Tu maintiens Ta fureur, afin de purifier ses fautes. Et le sens littéral du verset est : « qui connaît la puissance de Ta colère » — qui connaît la puissance et la force permettant de la trouver, pour fuir devant Toi au jour de Ta colère ; « et Ta fureur est à la mesure de la crainte que l'on a de Toi » — de même que Tu es craint et redouté, ainsi faut-il craindre et redouter Ta fureur.
🪔 Ben Yehoyada (1)
כָּל הַמַּצְדִּיק אֶת עַצְמוֹ מִלְּמַטָּה, מַצְדִּיקִין עָלָיו אֶת הַדִּין מִלְמַעְלָה. נִרְאֶה לִי בס"ד הַכַּוָּנָה שֶׁהוּא מוֹדֶה בַּחֲטָאָיו וּבְחֶסְרוֹנוֹת שֶׁיֵּשׁ לוֹ בִּדְבָרִים הַנּוֹגְעִים לַתּוֹרָה וּמִצְוֹת שֶׁאוֹמֵר חַיָּיב בְּכָךְ וְהוּא חָסֵר כָּךְ וְכָךְ וְהוֹדָאָה זוֹ תִּהְיֶה לוֹ מִכֹּחַ עִנְייָנֵי עוֹלָם הַזֶּה הַגַּשְׁמִיִּים שֶׁהֵם לְמַטָּה כִּי אָמַר הֲלֹא אָנֹכִי בַּעֲבוּר עִסְקֵי עוֹלָם הַזֶּה לֹא עִכְּבַנִי קוֹר וָחֹום וְאֵיךְ בִּטַּלְתִּי תּוֹרָה וּתְפִלָּה בִּשְׁבִיל קוֹר אוֹ חֹום?! וְכֵן כַּיּוֹצֵא בָּזֶה שֶׁנִּמְצָא מִכֹּחַ דְּבָרִים שֶׁל מַטָּה שֶׁהֵם עִסְקֵי עוֹלָם הַזֶּה הִצְדִּיק עָלָיו אֶת הַדִּין בִּדְבָרִים שֶׁל מַעְלָה שֶׁהוֹדָה בַּחֲטָאָיו וְחֶסְרוֹנוֹתָיו בַּתּוֹרָה וּמִצְוֹת. וְלָכֵן אָדָם כָּזֶה זוֹכֶה שֶׁמַּצְדִּיק עָלָיו אֶת הַדִּין מִלְמַעְלָה כְּלוֹמַר הקב"ה פּוֹטְרוֹ מִן הָעֹונֶשׁ וּמַצְדִּיק עָלָיו דִּינוֹ שֶׁאֵינוֹ מַעֲנִישׁוֹ כְּפִי עֵרֶךְ הַחֲטָאִים שֶׁלּוֹ יַעַן כִּי אוֹמֵר הַמֵּלִיץ הֲלֹא הַשָּׁמַיִם לֹא זָכוּ בְּעֵינָיו וּבְמַלְאָכָיו יָשִׂים תְּהִלָּה וְאוֹתָם הַמַּלְאָכִים שֶׁיָּרְדוּ לָאָרֶץ הִשְׁחִיתוּ דַּרְכָּם וּמַה יַעֲשֶׂה יְלוּד אִשָּׁה הַקָּרוּץ מֵחֹומֶר?! וְלָכֵן אֵין לְהַעֲנִישׁוֹ כְּפִי חֶסְרוֹנוֹת הַנִּמְצָאִים בּוֹ. נִמְצָא זֶה הַצַּדֶּקֶת דִּינוֹ בָּאָה מִכֹּחַ דִּירָה שֶׁל מַעְלָה וְלָזֶה אָמַר (תְּהִלִּים פה, יב) ' אֱמֶת מֵאֶרֶץ תִּצְמַח ' רוֹצֶה לוֹמַר הָאָדָם מֵאַמַּת הַדִּין עָלָיו מִכֹּחַ דְּעִנְיְנֵי הָאָרֶץ שֶׁהוּא זָרִיז וְנִשְׁמָר בָּהּ וְעִנְייְנֵי שָׁמַיִם אֵין מַשְׁגִּיחַ בָּהֶם וְאָז מִדָּה כְּנֶגֶד מִדָּה צֶדֶק לְשׁוֹן צְדָקָה וּזְכוּת בָּא מִכֹּחַ הַדִּירָה שֶׁל הַשָּׁמַיִם וְנִשְׁקָף עַל הָאָדָם כִּי יֹאמַר הַמֵּלִיץ שָׁמַיִם לֹא זָכוּ בְּעֵינָיו וְכוּ' וְכַאֲשֶׁר אָמַרְנוּ. וְרַבִּי חִיָּיא בַּר אָבִין בְּשֵׁם רַב הוּנָא אָמַר (תְּהִלִּים צ, יא) ' וּכְיִרְאָתְךָ עֶבְרָתֶךָ ' רוֹצֶה לוֹמַר כְּמוֹ הַנְהָגַת הָאָדָם בְּיִרְאָתְךָ שֶׁמַּצְדִּיק עָלָיו הַדִּין מִלְּמַטָּה כֵּן תִּתְנַהֵג בְּעֶבְרָתֶךָ לַעֲשׂוֹת לָאָדָם הַזֶּה זְכוּת בְּעֶבְרָתֶךָ מִכֹּחַ דִּירָה שֶׁל מַעְלָה. וְרֵישׁ לָקִישׁ אָמַר (יְשַׁעְיָהוּ סד, ד) בִּדְרָכֶיךָ יִזְכְּרוּךָ הֵם עִנְיְינֵי שָׁמַיִם וּמָה הֵם אוֹמְרִים? הֵן אַתָּה קָצַפְתָּ , הֵן לְשׁוֹן הוֹדָאָה כְּמוֹ (בְּרֵאשִׁית ל, לד) 'הֵן לוּ יְהִי כִּדְבָרֶךָ' וְתִרְגֵּם יוֹנָתָן 'יָאוּת' כְּלוֹמַר יָאוּת קָצַפְתָּ וּבְדִין קָצַפְתָּ, יַעַן כִּי וַנֶּחֱטָא בָּהֶם , לְשׁוֹן חִסָּרוֹן כְּמוֹ (מְלָכִים א' א, כא) 'אֲנִי וּבְנֵי שְׁלֹמֹה חֲטָאִים', שֶׁיֵּשׁ לָנוּ כַּמָּה חֶסְרוֹנוֹת בְּעִנְיְינֵי שָׁמַיִם וְחֶסְרוֹנוֹת אֵלּוּ אֲנַחְנוּ מַרְגִּישִׁים בָּהֶם מִכֹּחַ עוֹלָם הַזֶּה שֶׁנִּקְרָא עוֹלָם בִּסְתָם שֶׁאֵין הַנְהָגָתֵינוּ בְּעִנְייְנֵי שָׁמַיִם כְּמוֹ הַנְהָגָתֵינוּ בְּעִנְייְנֵי עוֹלָם הַזֶּה, וְהִנֵּה הָאוֹמֵר כֵּן וְהַמּוֹדָה בְּכָךְ הִנֵּה זֶה נוֹשָׁע בְּדִינוֹ בְּוַדַּאי כִּי אַתָּה תְּצַדְּקֵהוּ מִלְמַעְלָה.
« Quiconque se rend juste ici-bas, on applique sur lui la rigueur du jugement d'en haut. » Il me semble, avec l'aide du Ciel, que l'intention est celle-ci : il reconnaît ses fautes et les manquements qui sont les siens dans les choses touchant la Torah et les mitsvot, en disant : je suis tenu à ceci, et il me manque cela et cela. Cette reconnaissance lui vient par la force des affaires matérielles de ce monde-ci, qui sont « en bas » : il se dit en effet, pour les affaires de ce monde-ci ni le froid ni la chaleur ne m'ont retenu, comment donc ai-je négligé la Torah et la prière à cause du froid ou de la chaleur ? Et ainsi de suite. Il se trouve donc que par la force des choses d'en bas, qui sont les affaires de ce monde-ci, il a reconnu la justice du jugement dans les choses d'en haut, en avouant ses fautes et ses manquements dans la Torah et les mitsvot. C'est pourquoi un tel homme mérite qu'on justifie sur lui le jugement d'en haut, c'est-à-dire que le Saint béni soit-Il l'exempte de la punition et justifie son jugement en ne le punissant pas selon la mesure de ses fautes, car l'avocat dira : les cieux eux-mêmes ne sont pas purs à Ses yeux et Il trouve à redire à Ses anges, et ces anges qui sont descendus sur la terre ont corrompu leur voie — que fera donc un né de la femme, pétri d'argile ? Il n'y a donc pas lieu de le punir selon les manquements qui se trouvent en lui. Cette justification de son jugement vient ainsi par la force de la demeure d'en haut. Et c'est ce qui est dit : « la vérité germera de la terre » (Tehilim 85, 12), c'est-à-dire que l'homme reconnaît sur lui la vérité du jugement par la force des choses de la terre, dans lesquelles il est diligent et attentif alors qu'il ne prend pas garde aux choses du Ciel ; et alors, mesure pour mesure, « tsedek » au sens de tsedaka et de mérite lui vient par la force de la demeure du Ciel et se penche sur l'homme, puisque l'avocat dit « les cieux ne sont pas purs à Ses yeux », etc., comme nous l'avons dit. Et Rabbi Hiya bar Avin au nom de Rav Houna a dit : « et Ta fureur est à la mesure de la crainte que l'on a de Toi » (Tehilim 90, 11), c'est-à-dire : de même que l'homme se conduit dans Ta crainte en justifiant sur lui le jugement d'en bas, ainsi conduis-Toi dans Ta fureur pour rendre à cet homme un mérite, par la force de la demeure d'en haut. Et Rech Lakich a dit (Yechayahou 64, 4) : « dans Tes voies ils se souviennent de Toi » — ce sont les choses du Ciel ; et que disent-ils ? « oui, Tu T'es irrité » — <i>hen</i> exprime l'aveu, comme « oui, qu'il en soit selon ta parole » (Berechit 30, 34), que le Targoum Yonatan rend par « il convient » : c'est-à-dire, il convenait que Tu T'irrites et Tu T'es irrité à bon droit, puisque « nous avons fauté par elles » — <i>venehta</i> au sens de manque, comme « moi et mon fils Chelomo serons manquants » (Melakhim I 1, 21) — car nous avons de nombreux manquements dans les choses du Ciel, et ces manquements, nous les ressentons par la force de ce monde-ci, appelé simplement <i>olam</i>, puisque notre conduite dans les choses du Ciel n'est pas à la mesure de notre conduite dans les affaires de ce monde-ci. Or celui qui parle ainsi et qui le reconnaît, celui-là est assurément sauvé dans son jugement, car Tu le justifies d'en haut.
💡 Explication

Le verset du segment 13 revient, lu dans l'autre sens. Rachi donne la clé : le texte porte tsedek et non tsedaka. Le premier mot désigne la justice au sens strict, donc le jugement ; le second, la faveur.

La règle énoncée est exigeante : celui qui soigne sa conduite est examiné « jusqu'à l'épaisseur d'un cheveu ». Rachi en donne aussitôt la finalité, lemarek avonotav, purifier ses fautes : la rigueur est un traitement, pas une sanction. Deux appuis supplémentaires suivent, celui de Rav Houna sur Tehilim 90, 11 et celui de Rech Lakich au segment suivant.

🖼️ Schéma
Un même verset, deux enseignements opposés Tehilim 85, 12 : la vérité germera de la terre, et le tsedek se penchera du ciel Segment 13 — Rabbi Ami tsedek lu comme tsedaka : la pluie. Vérité d'en bas = fidélité dans le commerce (Rachi). Résultat : les pluies descendent pour les hommes de parole tenue. Segment 15 — Rabbi Yo'hanan tsedek lu comme din : le jugement. Rachi : il est écrit tsedek et non tsedaka, ce qui indique la rigueur. Résultat : qui se rend juste en bas est jugé au plus juste en haut.
Le mot tsedek porte les deux lectures : la pluie donnée comme une faveur, ou la mesure exacte du jugement.
17
רֵישׁ לָקִישׁ אָמַר מֵהָכָא: ״פָּגַעְתָּ אֶת שָׂשׂ וְעֹשֵׂה צֶדֶק בִּדְרָכֶיךָ יִזְכְּרוּךָ הֵן אַתָּה קָצַפְתָּ וַנֶּחֱטָא בָּהֶם עוֹלָם וְנִוָּשֵׁעַ״. אָמַר רַבִּי יְהוֹשֻׁעַ בֶּן לֵוִי: כָּל הַשָּׂמֵחַ בְּיִסּוּרִין שֶׁבָּאִין עָלָיו — מֵבִיא יְשׁוּעָה לָעוֹלָם, שֶׁנֶּאֱמַר: ״בָּהֶם עוֹלָם וְנוֹשַׁע״.

Rech Lakich dit : de ce verset-ci : « Tu es allé au-devant de celui qui se réjouit et pratique la justice, de ceux qui se souviennent de Toi dans Tes voies ; oui, Tu T'es irrité, et nous avons fauté — par elles, depuis toujours, nous sommes sauvés » (Yechayahou 64, 4). Rabbi Yehochoua ben Levi dit : quiconque se réjouit des souffrances qui viennent sur lui apporte le salut au monde, ainsi qu'il est dit : « par elles, le monde (olam) est sauvé ».

📜 Rachi (1)
פָּגַעְתָּ אֶת שָׂשׂ וְעֹושֵׂה צֶדֶק בְּמִי שֶׁשָּׂמֵחַ וְעוֹשֶׂה צֶדֶק שֶׁהֵן הָעוֹשִׂים כָּךְ בִּדְרָכֶיךָ יַזְכִּירוּךָ אַתָּה פּוֹגֵעַ בּוֹ אִם חוֹטֵא כְּלוּם כְּמוֹ וַיִּפְגַּע בּוֹ וַיָּמָת קְרָא הָכִי הוּא פָּגַעְתָּ אֶת שָׂשׂ וְעֹושֵׂה צֶדֶק וְהֵן הָעוֹשִׂין כָּךְ בִּדְרָכֶיךָ יַזְכִּירוּךָ בְּאוֹתָם דְּרָכִים שֶׁאַתָּה מְייַסְּרָן בְּיִסּוּרִין יַזְכִּירוּךָ לְטוֹבָה וְאוֹמְרִים הֵן אַתָּה קָצַפְתָּ בִּשְׁבִיל שֶׁחָטָאנוּ בָּהֶם עוֹלָם וְנוֹשַׁע בִּשְׁבִילָם נוֹשָׁע לָעוֹלָם הַבָּא:
Tu es allé au-devant de celui qui se réjouit et pratique la justice — celui qui se réjouit et pratique la justice, ceux qui agissent ainsi « dans Tes voies se souviennent de Toi » ; Tu vas au-devant de lui s'il commet une faute, au sens de « il alla au-devant de lui et il mourut ». Voici comment lire le verset : Tu es allé au-devant de celui qui se réjouit et pratique la justice, et ceux qui agissent ainsi, dans Tes voies ils se souviennent de Toi — par ces voies mêmes où Tu les corriges par des souffrances, ils se souviennent de Toi en bien et disent : oui, Tu T'es irrité parce que nous avons fauté ; « par elles, le monde est sauvé » — par elles nous sommes sauvés pour le monde à venir.
🪔 Ben Yehoyada (1)
כָּל הַשָּׂמֵחַ בְּיִסּוּרִין שֶׁבָּאִים עָלָיו, מֵבִיא יְשׁוּעָה לָעוֹלָם, שֶׁנֶּאֱמַר: "בָּהֶם עוֹלָם וְנוֹשַׁע" (יְשַׁעְיָהוּ סד, ד) . נִרְאֶה לִי בס"ד כְּפִי הַטֶּבַע אִי אֶפְשָׁר לִשְׂמֹוחַ בְּיִסּוּרִין אַךְ אֶפְשָׁר שֶׁיִּשְׂמַח בְּיִסּוּרִין מִפְּנֵי שֶׁחוֹשֵׁב בְּדַעְתּוֹ שֶׁצַּעַר זֶה הוּא צַעַר שָׁעָה והקב"ה נָתַן לוֹ צַעַר שָׁעָה שֶׁהִצִּילוֹ מִצַּעַר עוֹלָם שֶׁל שָׁנִים רַבּוֹת, וְהַמַּאֲמִין בְּכָךְ וַדַּאי יִשְׂמַח! וּלְפִי זֶה נִמְצָא הַשִּׂמְחָה הוּא מִפְּנֵי שֶׁחוֹשֵׁב זֶה הָוֵי שֶׁל הַיִּסּוּרִין הוּא וִי שֶׁל שָׁעָה וּלְכָךְ הוּא יֵשׁ לוֹ מִצְוַת צִפִּיתָ לִישׁוּעָה, שֶׁכָּל שָׁעָה וְשָׁעָה מְצַפֶּה שֶׁיָּסִיר הקב"ה יִסּוּרִין אֵלּוּ מֵעָלָיו מֵאַחַר שֶׁחוֹשֵׁב שֶׁזֶּה הוּא וִי שֶׁל שָׁעָה. וְלָכֵן בְּשָׂכָר זֶה מֵבִיא יְשׁוּעָה לְעוֹלָם כִּי צֵירוּף וִי עִם שָׁעָה יִהְיֶה צֵירוּף יְשׁוּעָה . אוֹ יוּבָן הַשָּׂמֵחַ בְּיִסּוּרִין אוֹמֵר עֲלֵיהֶם 'הֵן' שֶׁתַּרְגּוּמוֹ 'יָאוּת' כְּמוֹ שֶׁנֶּאֱמַר (בְּרֵאשִׁית ל, לד) 'הֵן לוּ יְהִי כִּדְבָרֶךָ' וְתִרְגֵּם יוֹנָתָן 'יָאוּת' וְצָרֵף מִסְפַּר הֵן [55] עִם מִסְפַּר יִסּוּרִין [336] עוֹלֶה יְשׁוּעָה [391] , לְכָךְ בְּשָׂכָר זֶה מֵבִיא יְשׁוּעָה לְעוֹלָם.
« Quiconque se réjouit des souffrances qui viennent sur lui apporte le salut au monde, ainsi qu'il est dit : par elles, le monde est sauvé (Yechayahou 64, 4). » Il me semble, avec l'aide du Ciel, que selon la nature il est impossible de se réjouir des souffrances ; mais il est possible qu'un homme s'en réjouisse parce qu'il considère que cette peine est la peine d'un moment, et que le Saint béni soit-Il lui a donné une peine d'un moment pour lui épargner une peine de longues années — et celui qui croit cela se réjouira assurément. Selon cela, sa joie vient de ce qu'il tient le <i>vay</i> (la plainte) des souffrances pour un vay d'une heure (<i>chaa</i>), et il accomplit ainsi la mitsva d'attendre la délivrance, puisqu'à chaque heure il attend que le Saint béni soit-Il lui retire ces souffrances, tenant cela pour un vay d'une heure. C'est pourquoi, en récompense, il apporte le salut au monde : car la combinaison de <i>vay</i> et de <i>chaa</i> donne <i>yechoua</i>, le salut. On peut aussi comprendre ainsi : celui qui se réjouit des souffrances dit à leur sujet <i>hen</i>, que le Targoum rend par « il convient », comme il est dit « oui (hen), qu'il en soit selon ta parole » (Berechit 30, 34), que le Targoum Yonatan rend par « il convient » ; et si l'on additionne le nombre de <i>hen</i> (55) et celui de <i>yissourin</i> (336), on obtient <i>yechoua</i> (391). C'est pourquoi, en récompense, il apporte le salut au monde.
💡 Explication

Rech Lakich apporte un troisième appui à la règle de rigueur, tiré d'un verset difficile de Yechayahou. Rachi doit d'abord en établir la construction : pagata signifie ici aller au-devant au sens de frapper, comme dans « il alla au-devant de lui et il mourut ». La rigueur vise donc précisément celui qui « se réjouit et pratique la justice ».

Rabbi Yehochoua ben Levi retourne la fin du même verset en une promesse. Le mot olam, que Rachi rapporte au monde à venir, est lu ici comme « le monde » entier : accepter ses souffrances avec joie produit un effet qui dépasse celui qui les subit.

18
אָמַר רֵישׁ לָקִישׁ, מַאי דִכְתִיב: ״וְעָצַר אֶת הַשָּׁמַיִם״, בְּשָׁעָה שֶׁהַשָּׁמַיִם נֶעֱצָרִין מִלְּהוֹרִיד טַל וּמָטָר — דּוֹמֶה לְאִשָּׁה שֶׁמְּחַבֶּלֶת וְאֵינָהּ יוֹלֶדֶת. וְהַיְינוּ דְּאָמַר רֵישׁ לָקִישׁ מִשּׁוּם בַּר קַפָּרָא: נֶאֶמְרָה עֲצִירָה בִּגְשָׁמִים וְנֶאֶמְרָה עֲצִירָה בְּאִשָּׁה,

Rech Lakich dit : que signifie ce qui est écrit, « et Il fermera les cieux » (Devarim 11, 17) ? Au moment où les cieux sont fermés au point de ne plus faire descendre la rosée et la pluie, cela ressemble à une femme qui souffre les douleurs et n'enfante pas.

Et c'est ce qu'a dit Rech Lakich au nom de bar Kappara : une fermeture est énoncée à propos des pluies, et une fermeture est énoncée à propos de la femme,

📜 Rachi (1)
שֶׁחוֹבֶלֶת כְּמוֹ חֶבְלֵי יוֹלֵדָה אַף הַשָּׁמַיִם עוֹשִׂין כֵּן וְקָשֶׁה לְעוֹלָם וְעַל חֵטְא הוּא:
Qui souffre les douleurs — au sens des douleurs de l'enfantement ; les cieux font de même, et cela est pénible pour le monde, et c'est en raison de la faute.
💡 Explication

Le dernier passage du folio prépare une guezera chava : le même verbe atsira (fermeture, retenue) figure à propos des pluies et à propos de la stérilité d'une femme. Le rapprochement lexical autorisera un transfert d'enseignement, développé en 8b.

L'image intermédiaire est forte et à son propre poids : un ciel retenu n'est pas inerte, il souffre comme une femme en travail qui n'enfante pas. Rachi ajoute que cette souffrance pèse sur le monde et qu'elle vient de la faute — la retenue de la pluie reste, dans toute cette sougya, un signe à lire.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).