Sougya : Le folio s'ouvre sur la fin de l'échange entre Rabbi Yehochoua ben Hanania et la fille de l'empereur sur la Torah contenue dans un vase disgracieux, et sur une seconde comparaison : les trois boissons auxquelles la Torah est comparée ne se gâtent que par relâchement de l'attention, et les paroles de Torah ne s'oublient que de la même manière. La sougya revient ensuite à la pluie et lui donne sa plus haute mesure : Rabbi Hama fils de Rabbi Hanina tire du verset d'Isaie que le jour des pluies égale le jour où furent créés les cieux et la terre, Rav Ochaya y voit le salut lui-même qui fructifie et se multiplie, Rabbi Tanhoum bar Hanilaï en fait le signe que les fautes ont été pardonnées.
À partir de la, le folio devient un catalogue : chaque maître rattache la retenue de la pluie à une faute précise, avec son verset. Israël passible d'extermination, annulation des teroumot et des maasserot, médisance, effronterie, annulation de l'étude de la Torah, vol, enfin actions corrompues de la génération.
Deux fois de suite, Ze'iri de Dihavat oppose à Ravina un autre verset pour le même enseignement. Une longue digression s'ouvre sur l'effronterie : celui qui la porte a déjà trébuché dans la faute, il est permis de l'appeler racha en face et permis de le haïr.
Le folio se clôt sur le remède, tiré deux fois du même verset qui a servi au diagnostic : multiplier la prière, redoubler de supplications, et mieux encore redresser les actions dès le départ. La dernière ligne ouvre l'enseignement de Rech Lakich sur le disciple, qui se lira en 8a.
« S'ils avaient été laids, ils auraient été plus savants encore. » Autre explication : de même que ces trois boissons ne se gâtent que par un relâchement de l'attention, ainsi les paroles de Torah ne s'oublient que par un relâchement de l'attention.
Le folio précédent rapportait l'échange entre Rabbi Yehochoua ben Hanania et la fille de l'empereur, qui s'étonnait qu'une si belle sagesse loge dans un vase disgracieux. Il lui avait répondu par l'image du vin, que l'on conserve dans des récipients de terre et non d'argent. Elle objecte alors que des gens beaux sont eux aussi savants ; il répond que leur beauté leur coûte, et que les mêmes, laids, auraient su davantage. Rachi donne la raison : un homme beau peine à abaisser son esprit, et cette hauteur conduit à l'oubli.
Le davar aher, la seconde explication, revient à la comparaison de la Torah avec l'eau, le vin et le lait. Ces trois liquides sont clairs : la moindre salissure les rend impropres. L'huile et le miel, épais, laissent l'impureté flotter et se laissent écrémer. La Torah suit le régime des liquides clairs — un seul hesseh hadaat, un relâchement de l'attention, suffit à la perdre.
Rabbi Hama fils de Rabbi Hanina dit : grand est le jour des pluies, comme le jour où furent créés les cieux et la terre, ainsi qu'il est dit : « Cieux, distillez d'en haut, que les nuées fassent ruisseler la justice ; que la terre s'ouvre et qu'ils produisent le salut, et qu'elle fasse germer la justice ensemble — Moi, Hachem, Je l'ai créé. » Il n'est pas dit « Je les ai créés », mais « Je l'ai créé ».
Le verset d'Isaie énumère plusieurs réalités : les cieux, les nuées, la terre. On s'attendrait donc à la fin au pluriel, « Je les ai créés ». Le texte porte le singulier, bérativ, « Je l'ai créé ». Rabbi Hama fils de Rabbi Hanina en conclut que le singulier vise la pluie, dont le verset vient de parler, et que Hachem s'en glorifie comme Il se glorifie de la création.
La formule gadol yom haguechamim, grand est le jour des pluies, va servir de refrain aux énoncés qui suivent. Chaque maître y ajoute une dimension : la création, puis le salut, puis le pardon.
Rav Ochaya dit : grand est le jour des pluies, car même le salut y fructifie et s'y multiplie, ainsi qu'il est dit : « que la terre s'ouvre et qu'ils produisent le salut ». Rabbi Tanhoum bar Hanilaï dit : les pluies ne descendent que si les fautes d'Israël ont été pardonnées, ainsi qu'il est dit : « Tu as agréé, Hachem, Ta terre, Tu as ramené la captivité de Yaakov.
Tu as porte la faute de Ton peuple, Tu as couvert toute leur faute, sela. »
Rav Ochaya lit le même verset autrement. « Qu'ils produisent le salut » emploie un verbe de fécondité, yifrou, de la même racine que « soyez féconds et multipliez-vous ». Le jour de la pluie est donc un moment de faveur où le salut lui-même se reproduit.
Rabbi Tanhoum bar Hanilaï renverse la perspective : la pluie devient un indice rétrospectif. Le psaume 85 place « Tu as agréé Ta terre » avant « Tu as porte la faute de Ton peuple ». L'agrément de la terre, c'est-à-dire la pluie, suppose donc un pardon déjà accordé. Cette lecture fonde tout le reste du folio : si la pluie atteste le pardon, son absence accuse une faute, et il reste à savoir laquelle.
Zé'iri de Dihavat dit à Ravina : vous, c'est d'ici que vous l'enseignez ; nous, c'est de là que nous l'enseignons : « Et Toi, Tu entendras des cieux et Tu pardonneras la faute, etc. »
Zé'iri ne conteste pas l'enseignement, il change de verset. La prière de Chelomo lors de l'inauguration du Temple décrit exactement la situation : le ciel fermé faute de pluie, la confession, puis le pardon, et enfin « Tu donneras la pluie sur Ta terre ». L'ordre y est explicite, la pluie venant après le pardon.
Rachi signale une difficulté chronologique : Zé'iri sans autre précision est un maître des premières générations, tandis que Ravina clôt l'enseignement amoraïque ; ils n'ont pas pu se parler. Il s'agit donc d'un autre Zé'iri, celui de Dihavat, d'où la précision du nom de lieu.
Rabbi Tanhoum fils de Rabbi Hiya, homme du village d'Akko, dit : les pluies ne sont retenues que si les ennemis d'Israël — c'est-à-dire Israël lui-même — se sont rendus passibles d'extermination, ainsi qu'il est dit : « La sécheresse et la chaleur ravissent les eaux de neige ; le cheol, ceux qui ont fauté. » Zé'iri de Dihavat lui dit : vous, c'est d'ici que vous l'enseignez ; nous, c'est de là que nous l'enseignons : « Il fermera les cieux... et vous périrez promptement. »
Le tour sonehem chel Israël, « les ennemis d'Israël », est un euphémisme : le Talmud évite de dire qu'Israël mérite l'extermination et retourne la formule.
Le verset de Job juxtapose deux propositions sans lien apparent : la sécheresse qui ravit les eaux de neige, puis « le cheol, ceux qui ont fauté ». Rabbi Tanhoum fils de Rabbi Hiya lit la juxtaposition comme une explication : le ciel se ferme quand les fautes ont déjà conduit leurs auteurs au seuil du cheol. Zé'iri répond par la juxtaposition parallèle du Chema : « il n'y aura pas de pluie » est immédiatement suivi de « vous périrez promptement ».
Rav Hisda dit : les pluies ne sont retenues qu'à cause de l'annulation des teroumot et des maasserot, ainsi qu'il est dit : « La sécheresse et la chaleur ravissent les eaux de neige. » Où cela est-il implique ? On a enseigné à l'école de Rabbi Yichmael : à cause des choses que Je vous ai ordonnées durant la saison chaude et que vous n'avez pas faites, on vous ravira les eaux de neige à la saison des pluies.
Rav Hisda reprend le verset de Job que le maître précédent venait d'utiliser, et le lit autrement. Le mot tsia, sécheresse, est rapproché de tsivouy, commandement : les mêmes lettres servent aux deux mots. Le verset devient alors une phrase de mesure pour mesure.
La mécanique est exacte. Les prélèvements agricoles — teroumot et maasserot — se font à la saison chaude, quand la récolte est rentrée. Celui qui les retient à ce moment-là se voit retenir les eaux de neige à la saison suivante. Les deux moments de l'année se répondent.
Rabbi Chimon ben Pazi dit : les pluies ne sont retenues qu'à cause de ceux qui colportent la médisance, ainsi qu'il est dit : « Le vent du nord écarte la pluie, et un visage courroucé, la langue cachée. »
Le verset des Proverbes met en parallèle deux couples : le vent du nord et la pluie d'un côté, le visage courroucé et la langue cachée de l'autre. Rachi lit le verbe teholèl au sens de « annuler », par rapprochement avec la racine de « il ne profanera pas sa parole ». Le vent du nord, vent clair, chasse les nuages et empêche la pluie.
Le parallèle donne alors le sens du verset : de même que le vent du nord dégage le ciel, ainsi le ciel prend un visage courroucé — sans nuages et sans pluie — à cause de la lachon hara, la langue de médisance.
Rav Salla dit au nom de Rav Hamnouna : les pluies ne sont retenues qu'à cause des effrontés, ainsi qu'il est dit : « Les ondées ont été retenues et la pluie tardive n'est pas venue ; tu avais le front d'une femme prostituée, etc. » Et Rav Salla dit au nom de Rav Hamnouna : tout homme qui a de l'effronterie finit par trébucher dans la faute, ainsi qu'il est dit : « tu avais le front d'une femme prostituée ». Rav Nahman dit : il est acquis qu'il a déjà trébuché dans la faute, car il est dit « tu avais », et il n'est pas dit « tu auras ».
Le verset de Jérémie réunit dans une même phrase la sécheresse et l'impudeur. Le mot charnière est metsah, le front : le front de la prostituée désigne celui qui ne rougit plus. Rav Salla en tire deux enseignements successifs, l'un sur la pluie, l'autre sur l'homme.
Rav Nahman durcit le second. Le verset emploie le passé, haya lakh, « tu avais ». L'effronterie visible atteste donc une faute déjà commise, au lieu d'annoncer une faute à venir. Cette précision commande les deux permissions du segment suivant : on ne les accorde que parce que le statut de fauteur est déjà établi.
Rabba bar Rav Houna dit : tout homme qui a de l'effronterie, il est permis de l'appeler racha, mécréant, en face, ainsi qu'il est dit : « L'homme mécréant durcit son visage. » Rav Nahman bar Yitshak dit : il est permis de le haïr, ainsi qu'il est dit : « et la dureté de son visage yechouneh » — ne lis pas « yechouneh », il est changé, mais « yissané », il est haï.
Deux permissions exceptionnelles. La première se heurte à la règle de Kidouchin 28a : celui qui traite son prochain de racha peut être sanctionné dans ses biens et son gagne-pain. Le Tossafot explique la différence : ici la faute est certaine, puisque l'effronterie atteste déjà le manquement, et l'homme y persiste ; son visage témoigne contre lui.
La seconde permission se heurte à « tu aimeras ton prochain comme toi-même ». Rachi le signale expressément. L'appui est un al tikri, un changement de vocalisation : les mêmes consonnes du verset de Qohelet se lisent « il est changé » ou « il est haï ». Rachi ajoute que le mot az y est écrit sans vav, ce qui autorise la lecture.
Rav Ketina dit : les pluies ne sont retenues qu'à cause de l'annulation de l'étude de la Torah, ainsi qu'il est dit : « Par la paresse la charpente s'affaisse » — à cause de la paresse qui était en Israël, qui ne s'est pas adonné à la Torah, l'ennemi du Saint béni soit-Il — euphémisme pour Hachem Lui-même — est devenu makh. Et makh désigne le pauvre, ainsi qu'il est dit : « et s'il est trop pauvre pour ton estimation ».
Et mekaré désigne le Saint béni soit-Il, ainsi qu'il est dit : « Il charpente Ses hautes demeures dans les eaux. »
Le verset de Qohelet parle d'une maison mal entretenue : par paresse, la charpente s'affaisse. Rav Ketina le lit mot à mot, en identifiant chacun des deux termes par un autre verset. Makh, l'affaissement, vaut pauvreté, d'après Vayikra 27. Mekaré, le charpentier, désigne Hachem, d'après le psaume 104 qui Le décrit charpentant Ses demeures dans les eaux — précisément les eaux d'en haut.
Le résultat est une image forte, que le Talmud adoucit par l'euphémisme habituel : par la paresse d'Israël à l'étude, Celui qui charpente les eaux se trouve, si l'on peut dire, sans moyens. Rachi le rend ainsi : comme quelqu'un qui n'aurait plus la force de faire descendre la rosée et la pluie.
Rav Yossef dit : d'ici — « Et maintenant, on ne voit plus la lumière ; elle est brillante dans les nuées, mais un vent passe et les nettoie » ; et « lumière » désigne la Torah, ainsi qu'il est dit : « car la mitsva est une lampe et la Torah une lumière » — « elle est brillante dans les nuées ». On a enseigné à l'école de Rabbi Yichmael : même à l'heure où le firmament se couvre de taches claires pour faire descendre la rosée et la pluie, « un vent passe et les nettoie ».
Rav Yossef apporte un second verset pour la même faute que Rav Ketina. Le verset de Job se lit en deux temps : « on ne voit plus la lumière » vaut, puisque lumière signifie Torah, l'abandon de l'étude ; « elle est brillante dans les nuées » décrit alors un ciel sans nuage, donc sans pluie.
L'école de Rabbi Yichmael pousse la lecture plus loin. Le mot béhorin, que le Tossafot rattache aux baharot, les taches de la peau, décrit un ciel déjà moucheté de nuages prêts à donner. Même à ce stade, le vent peut passer et tout dissiper. L'annulation de l'étude atteint la pluie jusqu'au dernier instant.
Rabbi Ami dit : les pluies ne sont retenues qu'à cause de la faute de vol, ainsi qu'il est dit : « Sur les paumes Il a couvert la lumière. » À cause de la faute des paumes, Il a couvert la lumière. Et « paumes » désigne la violence, ainsi qu'il est dit : « et de la violence qui est dans leurs paumes » ; et « lumière » désigne la pluie, ainsi qu'il est dit : « Il disperse la nuée de Sa lumière. »
Même méthode que chez Rav Ketina : les deux termes du verset reçoivent leur définition par un autre verset. Kapayim, les paumes, vaut hamas, la violence et la rapine, d'après le décret des gens de Ninive. Or, la lumière, vaut la pluie, d'après Job 37 ; Rachi précise que le verset y parle de l'ange dont le nom est Af Beri, l'ange chargé de la pluie déjà rencontré au début du traité.
Le verset se lit alors : à cause de ce que les paumes ont pris, la lumière qu'est la pluie est couverte. La suite du même verset donnera le remède.
Quel est son remède ? Qu'il multiplie la prière, ainsi qu'il est dit : « et Il lui ordonne par supplication » ; et « pegia » désigne la prière, ainsi qu'il est dit : « Et toi, ne prie pas pour ce peuple, etc., et n'intercède pas auprès de Moi. »
La suite du verset de Job qui vient de servir au diagnostic : « et Il lui ordonne », c'est-à-dire qu'Il ordonne à la pluie de descendre, « bemafgia », par supplication. Rachi décompose : le sujet du verbe est Hachem, le pronom féminin vise la pluie, et mafgia désigne le moment où l'on priera pour elle.
La preuve que pegia vaut prière vient de Jérémie, où le prophète reçoit interdiction de prier pour le peuple, formulée par ce même verbe. Le remède d'une faute de rapine passe donc par une intercession redoublée, la restitution restant évidemment requise par ailleurs.
Et Rabbi Ami dit : qu'est-ce qui est écrit — « Si le fer est émoussé et qu'on n'en aiguise pas le tranchant » ? Si tu vois un firmament émoussé comme du fer, refusant de faire descendre la rosée et la pluie, c'est à cause des actions de la génération, qui sont corrompues, ainsi qu'il est dit : « et lui n'a pas aiguisé les faces ».
Le verset de Qohelet décrit un outil : une lame émoussée qu'on néglige d'affûter oblige à forcer davantage. Rabbi Ami transporte l'image au ciel. Kaha, émoussé, est le verbe employé pour les dents agacées, comme le rappelle Rachi en citant Jérémie 31.
La seconde moitié du verset fournit la cause. Le mot kilkal est rapproché de mekoulkalin, corrompus, et panim, les faces, désigne les hommes de la génération. Un ciel dur comme du fer signale donc une génération dont la conduite s'est gâtée.
Quel est leur remède ? Qu'ils redoublent de supplications, ainsi qu'il est dit : « alors il devra redoubler de forces, et l'avantage de bien préparer, c'est la sagesse » — à plus forte raison si leurs actions avaient été redressées dès le départ.
Le remède sort de la suite du même verset de Qohelet : vahayalim yegaber, « il redoublera de forces », entendu comme un redoublement de supplications.
La dernière proposition, veyitron hakhcher 'hokhma, est lue par Rachi comme l'énoncé d'une hiérarchie. Celui qui a redressé ses actions avant que le ciel ne se ferme obtient plus sûrement la pluie que celui qui, ayant gâté sa conduite, doit ensuite se renforcer dans la prière.
Rech Lakich dit : si tu vois un disciple
La dernière ligne du folio ouvre une nouvelle lecture du même verset de Qohelet, cette fois appliquée à l'étude et au rapport entre le disciple et son maître. L'énoncé complet de Rech Lakich se lit en 8a.
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).