Taanit 7a — De la pluie à la Torah : le disciple digne, l'étude à deux et l'humilité du récipient

Taanit 7a

Sougya : Le folio quitte la bénédiction sur la pluie pour une longue série d'éloges : Rabbi Abahou la déclare plus grande que la résurrection des morts, Rav Yehouda l'égale au don de la Torah, Rava la place au-dessus. Le verset qui sert d'appui, « mon enseignement coulera comme la pluie » (Devarim 32, 2), fait alors basculer la sougya : de la pluie on passe à la Torah, et la comparaison devient un critère.

Quatre maîtres relèvent tour à tour une contradiction entre deux versets et la résolvent par un même partage — le talmid 'hakham digne (hagoun) et celui qui ne l'est pas : la rosée ou la nuque brisée, l'arbre qu'on épargne ou qu'on abat, le maître qui se déplace ou l'élève qui vient, la source répandue ou gardée. Une seconde série compare la Torah au feu, à l'arbre, à l'eau et à trois boissons, pour établir deux exigences : étudier à plusieurs, sous peine de s'abêtir et de fauter, et rester un récipient de peu de prix.

Le folio se clôt sur l'échange entre la fille de César et Rabbi Yehochoua ben Hanania sur la sagesse logée dans un vase laid.

Le plan du folio : un verset fait passer de la pluie à la Torah 1. Éloges de la pluie R. Abahou : plus grande que la résurrection des morts. Rav Yossef : égale à elle, d'où sa place dans la 2e bénédiction. Rav Yehouda : égale au don de la Torah. Rava : au-dessus. 2. Le verset charnière Devarim 32, 2 : yaarof kamatar likhi Mon enseignement coulera comme la pluie. 3. La Torah et ses images Pluie et rosée : selon le disciple. Arbre du champ : on épargne ou on abat. Fer, feu, bois : l'étude à deux. Eau, vin, lait : le récipient de peu de prix. Le pivot est un procédé de lecture : pour comparer la Torah a la pluie, il faut déjà savoir ce que vaut la pluie ; Rava en tire que le petit terme est suspendu au grand, et la sougya se déplace vers le terme comparé. Deux enseignements pratiques traversent tout le folio : à qui l'on transmet la Torah (le critère du hagoun), et dans quelles conditions elle se maintient (à plusieurs, et chez qui a l'esprit humble).
Le mouvement général : trois éloges de la pluie, un verset charnière, puis une série d'images de la Torah.
Quatre contradictions, un seul critère : hagoun ou non Les deux versets S'il est digne S'il ne l'est pas Rava — Devarim 32, 2 pluie dure / rosée douce Elle coule sur lui comme la rosée. Elle lui brise la nuque comme la pluie. R. Yo'hanan — Devarim 20 arbre épargné / arbre abattu Tu en mangeras, tu ne l'abattras pas. Celui-là, tu le détruiras et l'abattras. R. Hanina b. Papa — Yech. apporter l'eau / aller à l'eau Le maître se déplace jusqu'à lui. C'est à lui de venir chez le maître. R. Hanina b. Hama — Michle 5 sources répandues / gardées Que tes sources se répandent dehors. Qu'elles soient à toi seul.
Le même schéma se répète quatre fois : deux versets opposés, partagés entre le disciple digne et celui qui ne l'est pas.
Étudier seul : la descente en quatre degrés Étude solitaire bad be-vad, chacun de son côté. Elle ne tient pas Le feu ne brûle pas avec une seule bûche. Il s'abêtit ve-noalou : le Targoum traduit de-itpachna. Il faute noalnou est couple à hatanou. À l'opposé, l'étude partagée — trois images convergentes Le fer : deux lames s'aiguisent l'une l'autre. | Le feu : plusieurs bûches prennent ensemble. L'arbre : le bois menu allume le gros, donc le petit élève aiguise le grand. Conséquence tirée par Rabbi Hanina Des maîtres : beaucoup. Des collègues : plus que des maîtres. Des élèves : plus que de tous. Le Ben Yehoyada y lit les trois lettres de harout : haver, rav, talmid.
La sanction de l'étude solitaire et les trois images qui imposent l'étude à plusieurs.
1
נֵימְרִינְהוּ לְתַרְוַיְיהוּ: ״אֵל הַהוֹדָאוֹת״ וְ״רֹוב הַהוֹדָאוֹת״.

Disons-les toutes les deux : « El ha-hoda'ot » (le D.ieu des actions de grâces) et « Rov ha-hoda'ot » (l'abondance des actions de grâces).

📜 Rachi (1)
לְמֵימְרִינְהוּ לְתַרְוַיְיהוּ בָּרוּךְ אַתָּה בְּרוֹב הַהוֹדָאוֹת בְּמַרְבִּית הַהוֹדָאוֹת הָאֵל שֶׁל כָּל הַהוֹדָאוֹת מַשְׁמַע וּמִתְּחִלָּה הָיָה מַשְׁמַע רֹוב מַמָּשׁ וְלֹא מְרֻובּוֹת וּכְמוֹ כֵּן בְּיִשְׁתַּבַּח אֵל מֶלֶךְ גָּדוֹל בַּתִּשְׁבָּחוֹת אֵל הַהוֹדָאוֹת. מִפִּי רַבִּי:
« Baroukh ata... be-rov ha-hoda'ot » signifie : dans la multitude des actions de grâces ; et « El ha-hoda'ot » s'entend comme le D.ieu de toutes les actions de grâces. Au départ, « rov » pouvait s'entendre au sens strict de « la plus grande part », et non de « nombreuses ». De même dans Yichtabah : « El melekh gadol ba-tichbahot, El ha-hoda'ot. » De la bouche de mon maître.
⚖️ Rosh (1)
גְּמ' אָמַר רַבִּי אֲבָהוּ מֵאֵימָתַי מְבָרְכִין עַל הַגְּשָׁמִים מִשֶּׁיֵּצֵא חָתָן לִקְרַאת כַּלָּה שֶׁהַטִּיפּוֹת שֶׁיָּרְדוּ עַל הָאָרֶץ עוֹלוֹת לִקְרַאת הַטִּיפּוֹת הַיּוֹרְדוֹת עוֹד. מַאי מְבָרֵךְ אָמַר רַב הוּנָא מוֹדִים אֲנַחְנוּ לָךְ עַל כָּל טִיפָּה וְטִיפָּה שֶׁהוֹרַדְתָּ לָנוּ ר' יוֹחָנָן הַמְסַיֵּים בָּהּ וְאִילּוּ פִּינוּ מָלֵא שִׁירָה כַּיָּם עַד וִיקַדְּשׁוּ אֶת שִׁמְךָ אֱ-לֹהֵינוּ בָּרוּךְ רֹוב הַהוֹדָאוֹת רֹוב הַהוֹדָאוֹת וְלָא כָּל הַהוֹדָאוֹת. אָמַר רָבָא (אֶלָּא) אֵימָא אֵל הַהוֹדָאוֹת. אָמַר רַב פָּפָּא הִלְכָּךְ נֵימְרִינְהוּ לְתַרְוַוייְהוּ בָּרוּךְ רֹוב הַהוֹדָאוֹת אֵל הַהוֹדָאוֹת. וְעוֹד יֵשׁ בְּרָכָה אַחֶרֶת עַל הַגְּשָׁמִים פְּעָמִים מְבָרְכִין הַטּוֹב וְהַמֵּטִיב וּפְעָמִים מְבָרְכִין שֶׁהֶחֱיָינוּ וְכֻולָּן מְפֹורָשִׁין בְּפֶ' בָּתְרָא דִּבְרָכוֹת (סִי' ט"ו):
Guemara. Rabbi Abahou a dit : à partir de quand récite-t-on la bénédiction sur les pluies ? Dès que le hatan sort à la rencontre de la kala, c'est-à-dire quand les gouttes tombées sur la terre remontent à la rencontre de celles qui descendent encore. Quelle bénédiction dit-on ? Rav Houna a dit : « Nous te remercions pour chaque goutte que tu as fait descendre pour nous. » Rabbi Yo'hanan la conclut ainsi : « Et si nos bouches étaient pleines de chant comme la mer... » jusqu'à « et ils sanctifieront ton Nom, notre D.ieu ; béni sois-tu, rov ha-hoda'ot » — rov ha-hoda'ot, et non kol ha-hoda'ot. Rava a dit : dis plutôt El ha-hoda'ot. Rav Papa a dit : par conséquent, disons-les toutes les deux — « Baroukh... rov ha-hoda'ot, El ha-hoda'ot. » Il existe encore une autre bénédiction sur les pluies : on dit parfois « ha-tov ve-hametiv » et parfois « chehe'heyanou » ; tout cela est exposé au dernier chapitre de Berakhot (siman 15).
💡 Explication

Le folio s'ouvre sur la dernière ligne d'une sougya commencée en 6b : quelle formule conclut la bénédiction que l'on dit sur la pluie. Deux lectures s'opposaient. Rov ha-hoda'ot peut s'entendre comme « la plus grande part des actions de grâces », ce qui reviendrait à n'en rendre qu'une partie ; El ha-hoda'ot, « le D.ieu des actions de grâces », évite cette lecture.

Rav Papa tranche par le cumul : on dit les deux formules l'une après l'autre. Rachi précise que rov se lit alors comme « en multitude » et rapproche l'usage de la prière de Yichtabah, où les deux tournures voisinent déjà.

2
אָמַר רַבִּי אָבָהוּ: גָּדוֹל יוֹם הַגְּשָׁמִים מִתְּחִיַּית הַמֵּתִים, דְּאִילּוּ תְּחִייַּת הַמֵּתִים — לַצַּדִּיקִים, וְאִילּוּ גְּשָׁמִים — בֵּין לַצַּדִּיקִים בֵּין לָרְשָׁעִים. וּפְלִיגָא דְּרַב יוֹסֵף, דְּאָמַר רַב יוֹסֵף: מִתּוֹךְ שֶׁהִיא שְׁקוּלָה כִּתְחִיַּית הַמֵּתִים — קְבָעוּהָ בִּתְחִיַּית הַמֵּתִים.

Rabbi Abahou a dit : grand est le jour des pluies, plus que la résurrection des morts ; car la résurrection des morts est pour les justes, tandis que les pluies sont pour les justes comme pour les méchants. Et cela diverge de l'avis de Rav Yossef, car Rav Yossef a dit : puisqu'elle est égale à la résurrection des morts, on l'a fixée dans la bénédiction de la résurrection des morts.

📜 Rachi (2)
רִשְׁעֵי עוֹבְדֵי כּוֹכָבִים אֵינָן חַיִּין כִּי תוֹלַעְתָּם לֹא תָמוּת וְאִשָּׁם לֹא תִכְבֶּה (יְשַׁעְיָהוּ ס״ו:כ״ד):
Les méchants parmi les idolâtres ne revivent pas, car « leur ver ne mourra pas et leur feu ne s'éteindra pas » (Yechayahou 66, 24).
וּפְלִיגָא דְּרַב יוֹסֵף דְּאִיהוּ אָמַר כִּתְחִייַּת הַמֵּתִים וְלֹא יוֹתֵר שֶׁבָּהּ חַיִּים בְּנֵי אָדָם שֶׁהַתְּבוּאָה גְּדֵילָה בּוֹ:
Lui a dit « comme la résurrection des morts », et pas davantage : par elle les hommes vivent, puisque la récolte croît grâce à elle.
🪔 Ben Yehoyada (1)
אָמַר רַבִּי אָבָהוּ: גָּדוֹל יוֹם הַגְּשָׁמִים מִתְּחִיַּת הַמֵּתִים, דְּאִלּוּ תְּחִיַּת הַמֵּתִים לַצַּדִּיקִים. קָשֶׁה אֵיךְ יְצֻוייַּר דְּבַר זֶה בַּשֵּׂכֶל שֶׁתִּהְיֶה יְרִידַת הַגֶּשֶׁם גְּדוֹלָה מִתְּחִייַּת הַמֵּתִים? וְנִרְאֶה לִי בס"ד עַל דֶּרֶךְ שֶׁאָמְרוּ רַבּוֹתֵינוּ זַ"ל (פְּסָחִים קיח.) 'קָשִׁים מְזוֹנוֹתָיו שֶׁל אָדָם כִּקְרִיעַת יַם סוֹף' דְּלָא עַל הַפְּעֻולָּה אַייְרֵי אֶלָּא הַקֹּושִׁי הוּא מִצַּד הַמְקַבֵּל שֶׁאֵינוֹ רָאוּי לְהִתְפַּרְנֵס וְעִם כָּל זֶה הקב"ה מְפַרְנְסוֹ כְּמוֹ שֶׁהָיָה בִּקְרִיעַת יַם סוּף דְּלָא הָיוּ רְאוּיִים לְאוֹתוֹ הַנֵּס שֶׁטָּעַן עֻוזָּא מָה אֵלּוּ אַף אֵלּוּ וְכוּ' וְכֵן כָּאן גָּדוֹל יוֹם הַגְּשָׁמִים שֶׁהָעוֹלָם אֵינוֹ רָאוּי לַגְּשָׁמִים וְעִם כָּל זֶה הקב"ה נוֹתֵן לָהֶם וְלָכֵן הוּא גָּדוֹל מִן תְּחִיַּית הַמֵּתִים שֶׁתִּהְיֶה בִּגְמַר הַתִּיקּוּן שֶׁיִּהְיוּ כֻּולָּם צַדִּיקִים וְעַל זֶה אָמַר גָּדוֹל שֶׁהוּא גָּדוֹל מִצַּד הַקֹּושִׁי הַנִּזְכָּר הַנִּמְצָא בּוֹ. וְלָזֶה אָמַר הַטַּעַם דְּתִחְיֶה הִיא לַצַּדִּיקִים שֶׁכֻּולָּם רְאוּיִים, דִּכְתִיב (יְשַׁעְיָה ס, כא) 'וְעַמֵּךְ כֻּלָּם צַדִּיקִים לְעוֹלָם יִירְשׁוּ אֶרֶץ' אַךְ כָּאן בֵּין לַצַּדִּיקִים בֵּין לָרְשָׁעִים דְּאָז עַל יְדֵי כָּךְ יִמָּצֵא קִטְרוּג שֶׁלֹּא יֵרְדוּ גְּשָׁמִים וְכֵיוָן דְּעִם כָּל זֶה יוֹרְדִין גְּשָׁמִים לְכָךְ 'גָּדוֹל יוֹם הַגְּשָׁמִים מִתְּחִיַּת הַמֵּתִים' מֵחֲמַת הַקֹּושִׁי הַזֶּה אֲשֶׁר נַעֲשָׂה מִצַּד הַקִּטְרוּגִים. וּמַה שֶׁאָמַר רַב יוֹסֵף ' שְׁקוּלָה כִּתְחִיַּת הַמֵּתִים ' מַקְשִׁים מַה יַּעֲנֶה לְטַעֲנָה זוֹ דְּטָעַן רַבִּי אָבָהוּ דְּזֶה לַצַּדִּיקִים דַּוְקָא? וְתֵירֵץ בְּנִי יְדִידִי כְּבוֹד הָרַב יַעֲקֹב נר"ו, דְּהָא אִיכָּא יִתְרוֹן אַחֵר בִּתְחִייַּת הַמֵּתִים שֶׁהֵם חַיִּים חַיֵּי עוֹלָם מַה שֶׁאֵין כֵּן גְּשָׁמִים הֵם חַיֵּי שָׁעָה וְלָכֵן סָבַר רַב יוֹסֵף שֶׁקּוֹלִין הֵם דְּיֵשׁ בָּזֶה מַה שֶׁאֵין בָּזֶה.
« Rabbi Abahou a dit : grand est le jour des pluies, plus que la résurrection des morts, car la résurrection des morts est pour les justes. » Difficulté : comment se représenter rationnellement que la descente de la pluie soit plus grande que la résurrection des morts ? Il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'il faut suivre la voie de ce qu'ont dit nos maîtres (Pessahim 118a) : « La subsistance de l'homme est aussi difficile que la fente de la mer des Joncs. » La difficulté porte sur le bénéficiaire plutôt que sur l'acte lui-même : il ne mérite pas d'être nourri, et malgré cela le Saint béni soit-il le nourrit — comme lors de la fente de la mer, où ils n'étaient pas dignes de ce miracle, ainsi que le fit valoir le ministre Ouza : ce que sont ceux-ci, ceux-là le sont aussi, etc. Ici de même : grand est le jour des pluies, car le monde n'est pas digne de la pluie et pourtant le Saint béni soit-il la lui donne ; en ce sens il est plus grand que la résurrection des morts, laquelle aura lieu à l'achèvement du tikoun, quand tous seront justes. C'est ce que veut dire « grand » : grand du fait de la difficulté mentionnée. Voilà pourquoi il donne la raison : la résurrection est pour les justes, qui tous en sont dignes, comme il est écrit (Yechayahou 60, 21) « et ton peuple, tous justes, hériteront à jamais la terre » ; tandis qu'ici elle vaut aussi bien pour les justes que pour les méchants, ce qui suscite une accusation pour que la pluie ne tombe pas — et puisque malgré cela elle tombe, « grand est le jour des pluies, plus que la résurrection des morts », en raison de cette difficulté créée par les accusations. Quant à Rav Yossef, qui dit « elle est égale à la résurrection des morts », on objecte : que répondra-t-il à l'argument de Rabbi Abahou, que celle-ci est réservée aux justes ? Mon fils bien-aimé, l'honorable Rav Yaakov — que le Miséricordieux le garde — a répondu qu'il existe un autre avantage dans la résurrection des morts : ceux-là vivent de la vie éternelle, tandis que les pluies donnent une vie passagère. Rav Yossef tient donc qu'elles s'équivalent, chacune ayant ce que l'autre n'a pas.
💡 Explication

Trois positions se dessinent sur une même échelle. Rabbi Abahou place la pluie au-dessus de la résurrection des morts, avec un argument d'extension : la résurrection profite aux justes, la pluie profite à tous. Rachi appuie la première moitié de l'argument sur le dernier verset de Yechayahou.

Rav Yossef tient la pluie pour égale à la résurrection, et il en tire une conséquence liturgique : la mention de la pluie a été placée dans la deuxième bénédiction de la amida, celle de meh'aye hametim. La guemara signale ainsi une divergence réelle entre les deux amoraim.

🖼️ Schéma
Pluie et résurrection des morts : deux mesures Rabbi Abahou : la pluie est plus grande Résurrection des morts : pour les justes. Pluie : pour les justes et pour les méchants. Critère retenu : l'étendue des bénéficiaires. Rachi : les méchants idolâtres ne revivent pas. Rav Yossef : elles s'équivalent La pluie fait vivre les hommes, puisque la récolte croît grâce à elle. Preuve par la liturgie : la mention de la pluie est logée dans la bénédiction mehaye hametim. Nafka mina de lecture : pour Rav Yossef, la place liturgique mesure une égalité ; pour Rabbi Abahou, cette place reste en dessous de ce que vaut réellement la pluie. Le Ben Yehoyada ajoute une vie durable contre une vie passagère.
Les deux mesures et ce que chacune retient comme critère.
3
אָמַר רַב יְהוּדָה: גָּדוֹל יוֹם הַגְּשָׁמִים כְּיוֹם שֶׁנִּיתְּנָה בּוֹ תּוֹרָה, שֶׁנֶּאֱמַר: ״יַעֲרֹף כְּמָטָר לִקְחִי״, וְאֵין ״לֶקַח״ אֶלָּא תּוֹרָה, שֶׁנֶּאֱמַר: ״כִּי לֶקַח טוֹב נָתַתִּי לָכֶם תּוֹרָתִי אַל תַּעֲזֹבוּ״. רָבָא אָמַר: יוֹתֵר מִיּוֹם שֶׁנִּיתְּנָה בּוֹ תּוֹרָה, שֶׁנֶּאֱמַר: ״יַעֲרֹף כְּמָטָר לְקָחַי״, מִי נִתְלֶה בְּמִי? הֱוֵי אוֹמֵר: קָטָן נִתְלֶה בַּגָּדוֹל.

Rav Yehouda a dit : grand est le jour des pluies comme le jour où la Torah a été donnée, ainsi qu'il est dit : « Mon enseignement (likhi) coulera comme la pluie » ; or « lekah » ne désigne que la Torah, ainsi qu'il est dit : « Car je vous ai donné un bon enseignement (lekah), n'abandonnez pas ma Torah. » Rava a dit : plus que le jour où la Torah a été donnée, ainsi qu'il est dit : « Mon enseignement coulera comme la pluie » — qui est suspendu à qui ? Il faut dire : le petit est suspendu au grand.

📜 Rachi (1)
כְּמָטָר לִקְחִי הַשָּׁוֶה לֶקַח לְמָטָר:
Le verset met le lekah sur le même plan que la pluie.
🪔 Ben Yehoyada (1)
גָּדוֹל יוֹם הַגְּשָׁמִים כְּיוֹם שֶׁנִּתְּנָה בּוֹ תּוֹרָה. נִרְאֶה לִי בס"ד לָאו בְּכוּלֵּיהּ מִילְּתֵיהּ גָּדוֹל אֶלָּא אִיכָּא דָּבָר אֶחָד שָׁוֶה אֵלָיו וְהוּא דְּאִיכָּא טַעֲנָה לְעֵשָׂו דְּאֵין לִבְנֵי יַעֲקֹב בָּעוֹלָם הַזֶּה יוֹתֵר מִכְּדֵי חַיּוּתָם בְּצִמְצוּם מִשּׁוּם שֶׁכְּבָר חָלְקוּ הָעוֹלָמוֹת, וְהַתְּשׁוּבָה, בְּיוֹם מַתַּן תּוֹרָה זָכִינוּ בְּכָל טוּב עוֹלָם הַזֶּה מִדִּין מַצִּיל מִזּוֹטוֹ שֶׁל יָם דְּאִם לֹא הָיוּ יִשְׂרָאֵל מְקַבְּלִים הַתּוֹרָה הָיָה עוֹלָם הַזֶּה אוֹבֵד וְעוֹד יֵשׁ טַעֲנָה כָּזֹאת לִזְכּוֹת בְּטוֹב עוֹלָם הַזֶּה מִכֹּחַ הַגְּשָׁמִים דְּאֵין הָעוֹלָם מִתְקַיֵּים בְּלֹא גְּשָׁמִים וְהֵם יוֹרְדִין בַּעֲבוּר יִשְׂרָאֵל וּבִזְכוּתָם נִמְצָא כְּמוֹ שֶׁיֵּשׁ זְכוּת לְיִשְׂרָאֵל בְּרִבּוּי הַטּוֹבָה בָּעוֹלָם הַזֶּה מִכֹּחַ יוֹם קַבָּלַת הַתּוֹרָה כֵּן יֵשׁ לְיִשְׂרָאֵל זְכוּת מִכֹּחַ יְרִידַת גְּשָׁמִים, לְכָךְ גָּדוֹל יוֹם הַגְּשָׁמִים כְּיוֹם שֶׁנִּיתְּנָה בּוֹ תּוֹרָה. אִי נָמֵי אָמְרִינַן לְקַמָּן אֵין הַגְּשָׁמִים יוֹרְדִין אֶלָּא בִּשְׁבִיל בַּעֲלֵי אֲמָנָה, וּבַתּוֹרָה כְּתִיב (הוֹשֵׁעַ ב, כב) 'וְאֵרַשְׂתִּיךְ לִי בֶּאֱמוּנָה' כְּלוֹמַר בִּזְכוּת הַאֲמָנָה וְהָאֵירוּסִין הוּא מַתַּן תּוֹרָה כְּמוֹ שֶׁנֶּאֱמַר (דְּבָרִים לג, ד) 'מֻורְשֶׁה קְהִלַּת יַעֲקֹב'.
« Grand est le jour des pluies comme le jour où la Torah a été donnée. » Il me semble, avec l'aide du Ciel, que la grandeur n'est pas totale : il y a un point sur lequel le jour des pluies égale le don de la Torah. Essav peut prétendre que les fils de Yaakov n'ont droit en ce monde qu'à leur stricte subsistance, puisque les mondes ont déjà été partagés. La réponse est que, le jour du don de la Torah, nous avons acquis tout le bien de ce monde au titre de celui qui sauve un bien emporté par le flot de la mer : sans l'acceptation de la Torah par Israël, ce monde aurait été perdu. Une prétention semblable au bien de ce monde vient de la pluie : le monde ne subsiste pas sans elle, et elle descend en faveur d'Israël et par son mérite. De même donc qu'Israël a un titre à l'abondance du bien de ce monde par la force du jour où la Torah fut reçue, il en a un par la force de la descente des pluies ; c'est pourquoi « grand est le jour des pluies comme le jour où la Torah a été donnée ». On peut dire aussi : nous enseignerons plus loin que les pluies ne descendent qu'en faveur des hommes de foi (baale amana), et de la Torah il est écrit (Hochea 2, 22) « et je te fiancerai à moi dans la foi » — c'est-à-dire par le mérite de la foi ; or les fiançailles désignent le don de la Torah, comme il est dit (Devarim 33, 4) « héritage de l'assemblée de Yaakov ».
💡 Explication

Le même verset sert successivement à deux conclusions opposées. Rav Yehouda en tire une égalité : le verset compare l'enseignement à la pluie, donc les deux jours se valent. La preuve intermédiaire est une équivalence de vocabulaire, lekah pour Torah, établie par Michle 4, 2.

Rava applique au même verset une règle de lecture des comparaisons : dans « X est comme Y », on éclaire X par Y, donc Y est le terme déjà connu et le plus solide. « Le petit est suspendu au grand » : la Torah étant comparée à la pluie, la pluie l'emporte. Cette règle commande tout le reste du folio, puisqu'elle autorise à lire les images de la Torah comme des enseignements sur la Torah elle-même.

🖼️ Schéma
Qui est suspendu à qui : la règle de lecture de Rava Le verset Mon enseignement coulera COMME la pluie. Terme comparé : l'enseignement, le lekah. Terme de comparaison : la pluie. Rav Yehouda : la comparaison pose une égalité. Rava : le comparé est le plus petit des deux. Conséquence : on éclaire toujours l'inconnu par le connu, donc le terme de comparaison vaut davantage. C'est cette règle qui permet, dans la suite du folio, de tirer des leçons de la pluie, du feu, de l'arbre et de l'eau.
La règle du kal nitle ba-gadol appliquée au verset de Haazinou.
4
רָבָא רָמֵי, כְּתִיב: ״יַעֲרֹף כְּמָטָר לִקְחִי״, וּכְתִיב: ״תִּזַּל כְּטַל אָמַרְתִּי״! אִם תַּלְמִיד חָכָם הָגוּן הוּא — כְּטַל, וְאִם לָאו — עוֹרְפֵהוּ כְּמָטָר.

Rava a soulevé une contradiction : il est écrit « Mon enseignement coulera (yaarof) comme la pluie », et il est écrit « Ma parole distillera comme la rosée » ! S'il s'agit d'un talmid 'hakham digne (hagoun) — comme la rosée ; sinon — qu'elle lui brise la nuque (orfehou) comme la pluie.

📜 Rachi (3)
יַעֲרֹף כְּמוֹ אַף שָׁמָיו יַעַרְפוּ טָל (דְּבָרִים ל״ג:כ״ח) וּשְׁחָקִים יִרְעֲפוּ טַל (מִשְׁלֵי ג׳:כ׳) שֶׁהִיא מְרַבֶּה הַפֵּירוֹת:
Yaarof : comme dans « ses cieux aussi feront couler la rosée » (Devarim 33, 28) et « les nuées font dégoutter la rosée » (Michle 3, 20) — une eau qui multiplie les fruits.
כְּתִיב תִּזַּל כְּטַל דְּמַשְׁמַע נַחַת:
Ce qui dénote la douceur.
עָרְפֵיהוּ כְּמָטָר הָרְגֵהוּ:
Tue-le.
🪔 Ben Yehoyada (2)
אִם תַּלְמִיד חָכָם הָגוּן הוּא, כְּטַל, וְאִם לָאו, עוֹרְפֵהוּ כְּמָטָר. נִרְאֶה לִי בס"ד לְכָךְ יֵשׁ בְּמִסְפַּר מָטָר [249] יִתְרוֹן עַל מִסְפַּר טַל [39] כְּמִסְפַּר חֶרֶב [210] דְּעוֹרְפֵהוּ בְּחֶרֶב עֵשָׂו, דְּהָא הָכִי אִתְּמַר 'כְּשֶׁהַקּוֹל קוֹל יַעֲקֹב אֵין הַיָּדַיִם יְדֵי עֵשָׂו' וְזֶה שֶׁלֹּא הָיָה לוֹ בַּתּוֹרָה קוֹל יַעֲקֹב אָז רָאוּי לְעָרְפוֹ בְּחֶרֶב עֵשָׂו שֶׁהוּא בִּרְכַּת יָדַיִם שֶׁלּוֹ.
« S'il s'agit d'un talmid 'hakham digne — comme la rosée ; sinon — qu'elle lui brise la nuque comme la pluie. » Il me semble, avec l'aide du Ciel, que c'est pourquoi le nombre de matar [249] dépasse celui de tal [39] exactement du nombre de herev [210] : on lui brise la nuque par l'épée d'Essav. Car il a été dit ainsi : quand la voix est la voix de Yaakov, les mains ne sont pas les mains d'Essav ; celui qui n'a pas eu dans la Torah la voix de Yaakov mérite qu'on lui brise la nuque par l'épée d'Essav, qui est la bénédiction des mains reçue par ce dernier.
אִם תַּלְמִיד חָכָם הָגוּן הוּא, "לִקְרַאת צָמֵא הֵתָיוּ מָיִם", וְאִם לָאו, "הוֹי כָּל צָמֵא לְכוּ לַמַּיִם" (יְשַׁעְיָה כא, יד) . נִרְאֶה וַדַּאי אִם אֵינוֹ הָגוּן מִצַּד הַמַּעֲשִׂים אָסוּר לְלַמְּדוֹ תּוֹרָה, דְּהָוֵי כְּזוֹרֵק אֶבֶן לְמֶרְקוּלִיס אַךְ כָּאן בָּאֵינוּ הָגוּן דְּהַייְנוּ שֶׁלּוֹמֵד בַּעֲבוּר פָּנֶיהָ לְהִתְגַּדֵּל אוֹ לְשֵׁם פָּנֶיהָ אַחֶרֶת שֶׁזֶּה מֻותָּר לְלַמְּדוֹ תּוֹרָה כִּי מִתּוֹךְ שֶׁלֹּא לִשְׁמָהּ בָּא לִשְׁמָהּ. בְּרַם לִכְאוֹרָה נִרְאֶה דְּהַאי דְּרָשָׁה לֹא תִּיכּוֹן לִסְבָרַת רַבָּן גַּמְלִיאֵל דִּסְבִירָא לֵיהּ כָּל תַּלְמִיד חָכָם שֶׁאֵין תּוֹכוֹ כְּבָרוֹ אַל יִכָּנֵס לְבֵית הַמִּדְרָשׁ (בְּרָכוֹת כח.) , דְּלֵית לֵיהּ הָא דְּאָמְרִינַן מִתּוֹךְ שֶׁלֹּא לִשְׁמָהּ בָּא לִשְׁמָהּ (נָזִיר כג:) . מִיהוּ נִרְאֶה לִי דְּאָתְיָא גַּם לְרַבָּן גַּמְלִיאֵל וְהָכִי קָאָמַר אִם בָּרוּר לְךָ שֶׁהוּא הָגוּן שֶׁלּוֹמֵד תּוֹרָה לִשְׁמָהּ 'הַתָּיו מַיִם' תֵּלֵךְ אֶצְלוֹ לְלַמְּדוֹ, וְאִם לָאו כְּלוֹמַר אֵינוֹ בָּרוּר לְךָ אִם הוּא לוֹמֵד לִשְׁמָהּ, אוֹ לָאו אָז 'לְכוּ לַמַּיִם' הַמְתֵּן עַד שֶׁיָּבֹא אֶצְלְךָ וְתִבְדֹּוק אוֹתוֹ וְתִרְאֶה אִם הוּא לוֹמֵד לִשְׁמָהּ תְּלַמְּדֶנּוּ וְאִם לָאו אַל תְּלַמְּדֶנּוּ.
« S'il s'agit d'un talmid 'hakham digne — au-devant de l'assoiffé, apportez de l'eau ; sinon — ho, tout assoiffé, allez vers l'eau (Yechayahou 21, 14). » Il apparaît certainement que, s'il n'est pas digne du côté des actes, il est interdit de lui enseigner la Torah, car cela revient à jeter une pierre au Markoulis. Ici, « non digne » désigne celui qui étudie par intérêt, pour se grandir ou pour quelque autre visée ; à celui-là il est permis d'enseigner la Torah, car de chelo lichma on vient à lichma. À première vue, pourtant, cette derasha ne tiendrait pas selon Rabban Gamliel (Berakhot 28a), qui tient que tout talmid 'hakham dont l'intérieur ne ressemble pas à l'extérieur n'entre pas à la maison d'étude, et qui n'admet donc pas le principe « de chelo lichma on vient à lichma » (Nazir 23b). Il me semble pourtant qu'elle s'accorde aussi avec Rabban Gamliel, et voici ce qu'elle dit : s'il t'est clair qu'il est digne et qu'il étudie la Torah lichma, « apportez de l'eau » — va vers lui pour l'enseigner ; sinon, c'est-à-dire s'il ne t'est pas clair qu'il étudie lichma, alors « allez vers l'eau » — attends qu'il vienne à toi, examine-le, et si tu vois qu'il étudie lichma, enseigne-lui ; sinon, ne lui enseigne pas.
💡 Explication

Rava revient au même verset et y relève cette fois une tension interne : sa première moitié parle de pluie, sa seconde de rosée. Rachi note que la pluie évoquée ici est abondante et féconde, tandis que « tizal ka-tal » dénote la douceur.

La résolution joue sur la racine du verbe. Yaarof peut se lire soit comme « couler, dégoutter », soit à partir de oref, la nuque, donc « briser la nuque ». La même Torah agit alors de deux manières selon celui qui la reçoit : rosée pour le disciple hagoun, coup pour l'autre. C'est la première occurrence du critère qui structure tout le folio.

5
תַּנְיָא, הָיָה רַבִּי בְּנָאָה אוֹמֵר: כָּל הָעוֹסֵק בְּתוֹרָה לִשְׁמָהּ — תּוֹרָתוֹ נַעֲשֵׂית לוֹ סַם חַיִּים, שֶׁנֶּאֱמַר: ״עֵץ חַיִּים הִיא לַמַּחֲזִיקִים בָּהּ״, וְאוֹמֵר: ״רִפְאוּת תְּהִי לְשָׂרֵךְ״, וְאוֹמֵר: ״כִּי מֹצְאִי מָצָא חַיִּים״. וְכָל הָעוֹסֵק בַּתּוֹרָה שֶׁלֹּא לִשְׁמָהּ — נַעֲשֵׂית לוֹ סַם הַמָּוֶת, שֶׁנֶּאֱמַר: ״יַעֲרֹף כְּמָטָר לִקְחִי״, וְאֵין עֲרִיפָה אֶלָּא הֲרִיגָה, שֶׁנֶּאֱמַר: ״וְעָרְפוּ שָׁם אֶת הָעֶגְלָה בַּנָּחַל״.

Il a été enseigné : Rabbi Bena'a disait : quiconque s'occupe de Torah lichma — sa Torah devient pour lui un remède de vie (sam 'hayim), ainsi qu'il est dit : « C'est un arbre de vie pour ceux qui s'y attachent » ; et il est dit : « Ce sera une guérison pour ton nombril » ; et il est dit : « Car celui qui me trouve à trouvé la vie. » Et quiconque s'occupe de Torah chelo lichma — elle devient pour lui un poison mortel (sam hamavet), ainsi qu'il est dit : « Mon enseignement coulera (yaarof) comme la pluie » ; or arifa ne désigne que la mise à mort, ainsi qu'il est dit : « Et ils briseront la nuque de la génisse dans le torrent. »

📜 Rachi (1)
לִשְׁמָהּ מִשּׁוּם כַּאֲשֶׁר צִוַּנִי ה' אֱ-לֹהָי וְלֹא כְּדֵי לְהַקְרוֹת רַבִּי:
Lichma : parce que « ainsi que me l'a ordonné ה' mon D.ieu », et non pour se faire appeler rabbi.
🗂️ Tossefot (1)
וְכָל הָעוֹסֵק בַּתּוֹרָה שֶׁלֹּא לִשְׁמָהּ תּוֹרָתוֹ נַעֲשֵׂית לוֹ סַם הַמָּוֶת. וְקָשֶׁה וַהֲלֹא אָמְרִינַן (פְּסָחִים דַּף נ:) לְעוֹלָם יַעֲסֹוק אָדָם בַּתּוֹרָה אע"ג שֶׁאֵינָהּ לִשְׁמָהּ שֶׁמִּתּוֹךְ שֶׁלֹּא לִשְׁמָהּ בָּא לִשְׁמָהּ וְיֵשׁ לוֹמַר דִּתְרֵי שֶׁלֹּא לִשְׁמָהּ הָוֵי דְּמַה שֶׁאָמְרִינַן לְעוֹלָם יַעֲסֹוק בַּתּוֹרָה אֲפִילּוּ שֶׁלֹּא לִשְׁמָהּ הַייְנוּ כְּלוֹמַר כְּדֵי שֶׁיִּקְרָא רַבִּי אוֹ כְּדֵי שֶׁיְּכַבְּדוּהוּ וּמַה שֶׁאָמְרִינַן הָכָא כָּל הָעוֹסֵק בַּתּוֹרָה שֶׁלֹּא לִשְׁמָהּ נַעֲשֶׂה לוֹ סַם הַמָּוֶת הַיְינוּ מִי שֶׁלּוֹמֵד לְקַנְטֵר:
Difficulté : n'a-t-on pas dit (Pessahim 50b) que l'homme doit toujours s'occuper de Torah même chelo lichma, car de chelo lichma il vient à lichma ? On peut répondre qu'il existe deux sortes de chelo lichma. Ce que l'on dit, « qu'il s'occupe toujours de Torah même chelo lichma », vise celui qui étudie pour être appelé rabbi ou pour être honoré ; et ce que l'on dit ici, « quiconque s'occupe de Torah chelo lichma, elle devient pour lui un poison mortel », vise celui qui étudie pour chicaner (lekanter).
🪔 Ben Yehoyada (1)
כָּל הָעוֹסֵק בְּתוֹרָה לִשְׁמָהּ, תּוֹרָתוֹ נַעֲשֵׂית לוֹ סַם חַיִּים. נִרְאֶה לִי בס"ד הַהֶפְרֵשׁ בֵּין 'סַם חַיִּים' [168] לְ'סֹם מוֹת' [546] הוּא מְסַפֵּר חֲשֵׁכִים [378] , כִּי תּוֹרָה לִשְׁמָהּ 'אוֹר' כְּמוֹ שֶׁנֶּאֱמַר 'כִּי נֵר מִצְוָה וְתוֹרָה אוֹר' וְשֶׁלֹּא לִשְׁמָהּ חֲשֵׁכִים שֶׁהוּא הֵפֶךְ הָאוֹר. וּבָזֶה יוּבָן הַכָּתוּב בִּישַׁעְיָה נוּ"ן (יְשַׁעְיָה נ, י) 'מִי בָכֶם יְרֵא ה' שֹׁמֵעַ בְּקוֹל עַבְדּוֹ אֲשֶׁר הָלַךְ חֲשֵׁכִים וְאֵין נֹגַהּ לוֹ' וּפֵירְשׁוּ רַבּוֹתֵינוּ זַ"ל שָׁמַע בְּקוֹל עַבְדּוֹ הוּא הַיֵּצֶר הָרַע, שֶׁבָּרְאוּ הקב"ה עֶבֶד לָאָדָם, וְהוּא שׁוֹמֵעַ לְקוֹל עֲצַת הַיֵּצֶר וְעוֹבֵד אֶת ה' מִיִּרְאָה וְאֵינוֹ עוֹבֵד מֵאַהֲבָה וְכָל עֲבוֹדָה שֶׁהִיא מֵחֲמַת יִרְאָה הִיא שֶׁלֹּא לִשְׁמָהּ וְלָזֶה אָמַר אֲשֶׁר הָלַךְ חֲשֵׁכִים שֶׁלָּמַד תּוֹרָה שֶׁלֹּא לִשְׁמָהּ שֶׁיֵּשׁ לוֹ חֲשֵׁכִים וְאֵין נֹגַהּ לוֹ שֶׁאֵין לוֹ תּוֹרָה לִשְׁמָהּ שֶׁהִיא אוֹר, הִנֵּה זֶה יֵשׁ לוֹ תַּקָּנָה דְּעַתָּה יִבְטַח בְּשֵׁם ה' וְיִשָּׁעֵן בֵּאלֹקָיו לַעֲשׂוֹת עֲבוֹדָה לִשְׁמָהּ, וְלָכֵן אָמַר כָּאן הַלּוֹמֵד לִשְׁמָהּ תּוֹרָתוֹ נַעֲשֵׂית לוֹ סַם חַיִּים, וְשֶׁלֹּא לִשְׁמָהּ סַם מָוֶת בַּר מִינָן. וְהַתּוֹסָפוֹת פֵּירְשׁוּ הַאי שֶׁלֹּא לִשְׁמָהּ דְּנָקֵיט כָּאן הַייְנוּ שֶׁלּוֹמֵד לְקַנְטֵר, וְהָאֱמֶת אַתֶּם בָּזֶה, רֶמֶז לְדָבָר קָנָטַר [359] גֵּימַטְרְיָא שָׂטָן [359] . וְאוֹמְרוֹ תּוֹרָתוֹ הַיְינוּ אֲפִילּוּ הַחִידּוּשִׁים שֶׁהוּא מְחַדֵּשׁ בַּתּוֹרָה שֶׁנִּקְרָאִים תּוֹרָתוֹ גַּם כֵּן נַעֲשֵׂית לוֹ וְכוּ'.
« Quiconque s'occupe de Torah lichma, sa Torah devient pour lui un remède de vie. » Il me semble, avec l'aide du Ciel, que l'écart entre sam 'hayim [168] et sam mavet [546] est le nombre de hachekhim [378], les ténèbres : car la Torah lichma est lumière, ainsi qu'il est dit « car la mitsva est une lampe et la Torah une lumière », tandis que le chelo lichma est ténèbre, l'opposé de la lumière. On comprend par là le verset de Yechayahou, chapitre cinquante (50, 10) : « Qui parmi vous craint ה', écoute la voix de son serviteur, qui a marché dans les ténèbres et n'a point de clarté. » Nos maîtres ont expliqué que « la voix de son serviteur » désigne le yetser hara, que le Saint béni soit-il a créé serviteur de l'homme : celui-là écoute le conseil du yetser et sert ה' par crainte, sans servir par amour ; or tout service qui vient de la crainte est chelo lichma. C'est ce que dit le verset : « qui a marché dans les ténèbres » — il a étudié la Torah chelo lichma, il a les ténèbres ; « et n'a point de clarté » — il n'a pas la Torah lichma, qui est lumière. Celui-là garde pourtant un remède : qu'il se fie désormais au Nom de ה' et s'appuie sur son D.ieu pour accomplir un service lichma. C'est pourquoi il est dit ici que celui qui étudie lichma, sa Torah devient pour lui un remède de vie, et celui qui étudie chelo lichma, un poison mortel — que le Ciel nous en préserve. Les Tossefot ont expliqué que le chelo lichma pris ici désigne celui qui étudie pour chicaner, et la vérité est avec eux : l'allusion en est que kanter [359] vaut autant que satan [359]. Et lorsqu'il dit « sa Torah », cela inclut même les nouveautés qu'il innove dans la Torah, appelées elles aussi « sa Torah » : elles deviennent pour lui, etc.
💡 Explication

La baraita reprend la lecture de yaarof par la nuque, cette fois pour opposer deux intentions d'étude. Lichma se définit par Rachi de manière restrictive : étudier parce que la Torah a été ordonnée, et non pour le titre.

Les Tossefot mesurent le heurt avec Pessahim 50b, où l'on encourage précisément l'étude chelo lichma. Leur réponse distingue deux registres : l'étude intéressée, qui reste un chemin vers l'étude désintéressée, et l'étude lekanter, menée pour contredire et rabaisser, qui seule empoisonne.

6
אֲמַר לֵיהּ רַבִּי יִרְמְיָה לְרַבִּי זֵירָא: לַיְּתֵי מַר לִיתְנֵי. אֲמַר לֵיהּ: חֲלַשׁ לִבַּאי וְלָא יָכֵילְנָא. לֵימָא מָר מִילְּתָא דְּאַגַּדְתָּא, אֲמַר לֵיהּ: הָכִי אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן — מַאי דִכְתִיב: ״כִּי הָאָדָם עֵץ הַשָּׂדֶה״, וְכִי אָדָם עֵץ שָׂדֶה הוּא?

Rabbi Yirmeya dit à Rabbi Zera : que le maître vienne enseigner. Il lui dit : mon cœur est faible et je n'en suis pas capable. — Que le maître dise alors une parole d'aggada.

Il lui dit : ainsi a dit Rabbi Yo'hanan — que signifie ce qui est écrit : « Car l'homme est un arbre du champ » ? L'homme est-il donc un arbre du champ ?

📜 Rachi (2)
לָא יָכֵילְנָא לְמִיגְמַר:
Je n'en suis pas capable : pour l'étude suivie de la halakha.
וְכִי אָדָם עֵץ הַשָּׂדֶה אֶלָּא מַקִּישׁ אָדָם לְעֵץ הַשָּׂדֶה מָה עֵץ הַשָּׂדֶה אִם עֵץ מַאֲכָל הוּא מִמֶּנּוּ תֹאכֵל וְאֹותוֹ לֹא תִכְרֹות כָּךְ תַּלְמִידֵי חֲכָמִים אִם הָגוּן הוּא מִמֶּנּוּ תֹאכֵל לִמּוּד הֵימֶנּוּ וְאִם לָאו אֹותוֹ תַשְׁחִית סוּר מֵעָלָיו:
L'homme est-il donc un arbre du champ ? Le verset rapproche l'homme de l'arbre du champ : de même que pour l'arbre du champ, s'il s'agit d'un arbre fruitier, « tu en mangeras et tu ne l'abattras pas » ; ainsi pour les talmide hakhamim — s'il est digne, « tu en mangeras », apprends de lui ; sinon, « tu le détruiras », écarte-toi de lui.
💡 Explication

Le passage change de registre par une scène d'école. Rabbi Zera décline la halakha pour cause de faiblesse et accepte l'aggada, présentée ici comme moins coûteuse en effort. Le contenu qui suit porte pourtant sur les conditions mêmes de la transmission.

La question de Rabbi Yo'hanan part d'une lecture littérale de Devarim 20, 19, verset sur les arbres pendant un siège. L'incongruité apparente de la formule ouvre la voie à la lecture par hekech, rapprochement : l'homme est mis en regard de l'arbre, et les deux versets voisins fournissent les deux traitements possibles.

7
אֶלָּא, מִשּׁוּם דִּכְתִיב: ״כִּי מִמֶּנּוּ תֹאכֵל וְאֹתוֹ לֹא תִכְרֹת״, וּכְתִיב: ״אִתּוֹ תַּשְׁחִית וְכָרֵת״. הָא כֵיצַד? אִם תַּלְמִיד חָכָם הָגוּן הוּא — ״מִמֶּנּוּ תֹאכֵל וְאֹתוֹ לֹא תִכְרֹת״, וְאִם לָאו — ״אִתּוֹ תַּשְׁחִית וְכָרֵת״.

Mais plutôt : parce qu'il est écrit « car tu en mangeras et tu ne l'abattras pas », et qu'il est écrit « celui-là, tu le détruiras et tu l'abattras ». Comment cela ?

S'il s'agit d'un talmid 'hakham digne — « tu en mangeras et tu ne l'abattras pas » ; sinon — « celui-là, tu le détruiras et tu l'abattras ».

🗂️ Tossefot (1)
אִם תַּלְמִיד חָכָם הָגוּן מִמֶּנּוּ תֹּאכַל. פֵּירוּשׁ לִמּוּד לְפָנָיו וְאוֹתוֹ לֹא תִּכְרֹות כְּלוֹמַר לֹא תִּפָּרֵד מִמֶּנּוּ לֵילֵךְ לִפְנֵי רַב אַחֵר וְאִם לָאו לֹא תַּלְמוּד לְפָנָיו וְהָא דְּאָמְרִינַן דְּלוֹמְדִים מת"ח אע"פ שֶׁאֵינוֹ הָגוּן כר"מ שֶׁהָיָה לוֹמֵד לִפְנֵי אַחֵר בְּמַסֶּכֶת חֲגִיגָה (דַּף טו.) הַיְינוּ דַּוְקָא תַּלְמִיד חָכָם (אַחֵר) יָכוֹל לִלְמֹוד לְפָנָיו לְפִי שֶׁלֹּא יִלְמֹוד מִמַּעֲשָׂיו אֲבָל אִם אֵינוֹ תַּלְמִיד חָכָם אֵינוֹ רַשַּׁאי לִלְמֹוד לְפָנָיו:
Explication : étudie devant lui ; « et tu ne l'abattras pas » veut dire : ne te sépare pas de lui pour aller devant un autre maître. Sinon, n'étudie pas devant lui. Quant à ce que l'on dit, que l'on apprend d'un talmid 'hakham même s'il n'est pas digne, comme Rabbi Meir qui étudiait devant Aher au traité Haguiga (15a), cela vaut précisément pour un talmid 'hakham déjà formé, qui peut étudier devant lui parce qu'il n'apprendra pas de ses actes ; mais celui qui n'est pas un talmid 'hakham n'a pas le droit d'étudier devant lui.
🪔 Ben Yehoyada (1)
אִם תַּלְמִיד חָכָם הָגוּן הוּא, "מִמֶּנּוּ תֹאכֵל וְאֹתוֹ לֹא תִכְרֹת" (דְּבָרִים כ, יט) . נִרְאֶה לִי בס"ד עַל פִּי מַה שֶׁאָמְרוּ רַבּוֹתֵינוּ זַ"ל (סֻוכָּה כא:) 'שִׂיחָתָן שֶׁל תַּלְמִידֵי חֲכָמִים צְרִיכָה תַּלְמוּד', פֵּירוּשׁ הַתַּלְמִיד חָכָם גַּם מִדִּבְרֵי חוֹל שֶׁלּוֹ יִלְמְדוּ הָעוֹלָם יִרְאָה וְחָכְמָה אַךְ זֶה אֵינוֹ אֶלָּא בְּתַלְמִיד חָכָם הָגוּן שֶׁהוּא צַדִּיק, וְלָזֶה אָמַר מִמֶּנּוּ תֹּאכֵל 'מִמֶּנּוּ' דַּיְיקָא רוֹצֶה לוֹמַר מִגּוּף הָעֵץ תֹּאכַל, שֶׁיִּהְיֶה הָעֵץ רָאוּי לַאֲכִילָה חוּץ מִן הַפֵּירוֹת וְלָכֵן קְרָאוֹ בְּשֵׁם הָגוּן וְלֹא אָמַר צַדִּיק אוֹ כָּשֵׁר דְּהָגוּן לְמַפְרֵעַ נֹוגַהּ שֶׁיִּהְיֶה מֵאִיר לְעוֹלָם שֶׁהַכֹּל נֶהֱנִים מִמֶּנּוּ.
« S'il s'agit d'un talmid 'hakham digne — tu en mangeras et tu ne l'abattras pas (Devarim 20, 19). » Il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'il faut s'appuyer sur ce qu'ont dit nos maîtres (Souka 21b) : « la conversation ordinaire des talmide hakhamim demande étude » — c'est-à-dire que, même des propos profanes du talmid 'hakham, le monde apprend la crainte et la sagesse. Cela vaut uniquement pour un talmid 'hakham digne, qui est un tsadik. Voilà pourquoi il dit « tu en mangeras », « mimenou » précisément : du corps même de l'arbre tu mangeras, l'arbre étant propre à la consommation au-delà de ses fruits. Et voilà pourquoi il l'appelle hagoun plutôt que tsadik ou kacher : hagoun lu à l'envers donne noga, la clarté, car il éclaire le monde et tous profitent de lui.
💡 Explication

La réponse s'appuie sur la succession de deux versets qui traitent différemment deux catégories d'arbres : celui dont on mange est épargné, l'autre est abattu. Le rapprochement avec l'homme transforme cette différence en règle de choix du maître.

Les Tossefot resserrent la portée pratique. Ils lisent « tu n'abattras pas » comme une interdiction de quitter un bon maître, et ils réservent l'étude auprès d'un maître non digne à un élève déjà formé, protégé par sa propre formation contre l'imitation de ses actes. Le cas invoqué est celui de Rabbi Meir auprès d'Aher.

8
אָמַר רַבִּי חָמָא בְּרַבִּי חֲנִינָא, מַאי דִכְתִיב: ״בַּרְזֶל בְּבַרְזֶל יַחַד״, לוֹמַר לָךְ: מַה בַּרְזֶל זֶה — אֶחָד מְחַדֵּד אֶת חֲבֵירוֹ, אַף שְׁנֵי תַּלְמִידֵי חֲכָמִים — מְחַדְּדִין זֶה אֶת זֶה בַּהֲלָכָה.

Rabbi Hama fils de Rabbi Hanina a dit : que signifie ce qui est écrit : « Le fer par le fer ensemble » ? Pour t'enseigner : de même que le fer, l'un aiguise l'autre, ainsi deux talmide hakhamim s'aiguisent l'un l'autre dans la halakha.

📜 Rachi (1)
בַּרְזֶל בְּבַרְזֶל יָחַד וְאִישׁ יַחַד פְּנֵי רֵעֵהוּ מַה בַּרְזֶל זֶה אֶחָד מְחַדֵּד אֶת חֲבֵירוֹ כְּגוֹן סַכִּין עַל גַּבֵּי חֲבִירְתֵּהּ:
« Le fer par le fer ensemble » — et l'homme aiguise le visage de son compagnon. De même que le fer, l'un aiguise l'autre, comme un couteau passe sur un autre couteau.
💡 Explication

Ce court énoncé ouvre la seconde série du folio, consacrée aux conditions matérielles de l'étude. Le verset de Michle 27, 17 est lu au pied de la lettre : l'aiguisage suppose deux pièces de fer, jamais une seule.

Le rendement de l'image tient à la réciprocité : chacune des deux lames gagne du fait de l'autre. Les trois énoncés qui suivent — le feu, l'épée, l'arbre — déclinent la même exigence sous d'autres formes.

9
אָמַר רַבָּה בַּר בַּר חָנָה: לָמָּה נִמְשְׁלוּ דִּבְרֵי תוֹרָה כָּאֵשׁ, שֶׁנֶּאֱמַר: ״הֲלֹא כֹה דְבָרִי כָּאֵשׁ נְאֻם ה׳״, לוֹמַר לָךְ: מָה אֵשׁ אֵינוֹ דּוֹלֵק יְחִידִי, אַף דִּבְרֵי תוֹרָה אֵין מִתְקַיְּימִין בִּיחִידִי.

Rabba bar bar Hana a dit : pourquoi les paroles de Torah ont-elles été comparées au feu, ainsi qu'il est dit : « Ma parole n'est-elle pas comme le feu, parole de ה' » ? Pour t'enseigner : de même que le feu ne brûle pas sur une seule bûche, ainsi les paroles de Torah ne se maintiennent pas chez celui qui est seul.

📜 Rachi (2)
אֵינָהּ דּוֹלֶקֶת יְחִידִי עֵץ אֶחָד אֵינָהּ דּוֹלֶקֶת אֶלָּא ב' אוֹ ג' בְּיַחַד:
Il ne brûle pas seul : une seule bûche ne prend pas, il en faut deux ou trois ensemble.
יְחִידִי בְּלֹא חָבֵר שֶׁיְּחַדְּדֶנּוּ:
Seul : sans compagnon pour l'aiguiser.
🪔 Ben Yehoyada (2)
מָה אֵשׁ אֵינוֹ דּוֹלֵק יְחִידִי, אַף דִּבְרֵי תוֹרָה אֵין מִתְקַיְּמִין בִּיחִידִי. נִרְאֶה לִי בס"ד לָכֵן הַתּוֹרָה הִתְחִילָה בְּתֵיבַת 'בְּרֵאשִׁית' (בְּרֵאשִׁית א, א) וְדָרְשׁוּ בַּתִּיקּוּנִים 'בְּרִית אֵשׁ' כִּי תּוֹרָה עִם הַכּוֹלֵל עוֹלֶה מִסְפַּר בְּרִית [612] וְהִיא כְּמוֹ הָאֵשׁ דְּאֵינוֹ דּוֹלֵק יְחִידִי. וּבָזֶה יוּבָן הַטַּעַם שֶׁהִתְחִילָה בְּבֵי"ת וּמְסַיֶּימֶת בְּלָמֶ"ד כִּי הַלָּמֶ"ד רוֹצֶה לוֹמַר לִימּוּד צָרִיךְ לִהְיוֹת בְּבֵי"ת דְּהַיְינוּ בִּשְׁנַיִם וְלֹא בְּאֶחָד.
« De même que le feu ne brûle pas seul, ainsi les paroles de Torah ne se maintiennent pas chez celui qui est seul. » Il me semble, avec l'aide du Ciel, que c'est pourquoi la Torah commence par le mot bereshit (Bereshit 1, 1), que les Tikoune Zohar lisent comme berit ech, alliance de feu : Torah avec le kolel vaut le nombre de berit [612], et elle est comme le feu, qui ne brûle pas seul. On comprend par là pourquoi elle commence par un bet et s'achève par un lamed : le lamed dit limoud, l'étude, et cette étude doit se faire en bet, c'est-à-dire à deux, et non à un seul.
לָמָּה נִמְשְׁלוּ דִּבְרֵי תוֹרָה לְמַיִם? דִּכְתִיב: (יְשַׁעְיָהוּ נה, א) "הוֹי כָּל צָמֵא לְכוּ לַמַּיִם", לוֹמַר לְךָ: מַה מַיִם מַנִּיחִין מָקוֹם גָּבוֹהַּ, וְהוֹלְכִין לְמָקוֹם נָמוּךְ, אַף דִבְרֵי תוֹרָה, אֵין מִתְקַיְּמִין אֶלָּא בְּמִי שֶׁדַּעְתּוֹ שְׁפָלָה. נִרְאֶה לִי בס"ד לְכָךְ אַחַר אוֹת מ' יֵשׁ אוֹתִיּוֹת נֵס דְּאוֹת מ' הוּא מַיִם בִּמְלוֹאָהּ, וְאוֹתִיּוֹת נֵס הַמִּלּוּי שֶׁלָּהֶם אוֹתִיּוֹת נָמוּךְ כָּזֶה נוּ"ן סָמֶ"ךְ, וְלָזֶה אָמַר (תְּהִלִּים ס, ו) 'נָתַתָּה לִירֵאֶיךָ נֵס לְהִתְנוֹסֵס' כְּלוֹמַר כֵּיוָן דְּהוּא נָמוּךְ תַּעֲשֶׂה לוֹ נֵּס לְהִתְנוֹסֵס מִפְּנֵי קֹשֶׁט סֶלָה. וְאוֹמְרוֹ ' בְּמִי שֶׁדַּעְתּוֹ שְׁפָלָה ' נִרְאֶה לִי בס"ד הַתּוֹרָה הִיא בַּפֶּה, כְּמוֹ שֶׁאָמְרוּ (עֵירוּבִין נד.) 'כִּי חַיִּים הֵם לִמְצָאֵיהֶם' (מִשְׁלֵי ד, כב) וְהַתְחָלַת הַפֶּה שֶׁל הָאָדָם הוּא הַשָּׂפָה וְאִם תַּנִּיחַ אַוַּת לָמֶ"ד הָרוֹמֵז לְלִימּוּד הַתּוֹרָה בְּתוֹךְ אוֹתִיּוֹת 'שָׂפָה' יִהְיֶה צֵירוּף 'שְׁפָלָה'. וּמַה שֶׁאָמַר ' דַּעֲתוֹ שְׁפָלָה עָלָיו ' יֵשׁ לְהַקְשׁוֹת לְמַאי צָרִיךְ לוֹמַר 'עָלָיו'? וּפֵירֵשׁ בְּנִי יְדִידִי כְּבוֹד הָרַב יַעֲקֹב הי"ו, רוֹצֶה לוֹמַר שֶׁאֵין שִׁפְלוּתוֹ לְעֵינֵי הַבְּרִיּוֹת דַּוְקָא אֶלָּא שְׁפָלָה עָלָיו כְּלוֹמַר שָׁפֵל בְּעֵינֵי עַצְמוֹ עַד כָּאן דְּבָרָיו נר"ו.
« Pourquoi les paroles de Torah ont-elles été comparées à l'eau ? Ainsi qu'il est écrit (Yechayahou 55, 1) : ho, tout assoiffé, allez vers l'eau. Pour t'enseigner : de même que l'eau quitte le lieu élevé et va vers le lieu bas, ainsi les paroles de Torah ne se maintiennent que chez celui dont l'esprit est humble. » Il me semble, avec l'aide du Ciel, que c'est pourquoi la lettre mem est suivie des lettres noun et samekh, qui forment nés : la lettre mem écrite en toutes lettres donne mayim, l'eau, et les noms des lettres noun et samekh — noun vav noun, samekh mem kaf — contiennent les lettres de namoukh, « bas ». C'est en ce sens qu'il est dit (Tehilim 60, 6) : « Tu as donné à ceux qui te craignent un étendard (nés) pour qu'il s'élève » — puisqu'il est bas, tu lui fais un miracle qui l'élève, « devant la vérité, sela ». Et quand il dit « chez celui dont l'esprit est humble (chefela) » : il me semble, avec l'aide du Ciel, que la Torah est dans la bouche, comme ils ont dit (Erouvin 54a) sur « car elles sont vie pour ceux qui les trouvent » (Michle 4, 22) ; or le commencement de la bouche de l'homme est la lèvre, safa, et si tu places au milieu des lettres de safa le lamed, qui fait allusion au limoud de la Torah, tu obtiens chefela. Quant à la formule « son esprit est humble sur lui (alav) », on peut demander pourquoi il faut ajouter « sur lui ». Mon fils bien-aimé, l'honorable Rav Yaakov — que D.ieu le garde — a expliqué : son abaissement vaut au-delà du regard des créatures ; « humble sur lui » veut dire humble à ses propres yeux. Fin de ses paroles.
💡 Explication

L'image du feu ajoute une nuance à celle du fer. Le fer disait le gain réciproque ; le feu dit la condition d'existence : une bûche isolée ne s'enflamme pas du tout. Rachi le formule en termes concrets, deux ou trois morceaux de bois ensemble.

Le verbe employé par la guemara est mitkayemin, « se maintiennent ». L'enjeu porte sur la conservation de l'étude dans la durée, au-delà de la seule qualité de la compréhension.

10
וְהַייְנוּ דְּאָמַר רַבִּי יוֹסֵי בַּר חֲנִינָא, מַאי דִכְתִיב: ״חֶרֶב אֶל הַבַּדִּים וְנֹאָלוּ״, חֶרֶב עַל שׂוֹנְאֵיהֶן שֶׁל תַּלְמִידֵי חֲכָמִים שֶׁעוֹסְקִין בַּד בְּבַד בַּתּוֹרָה. וְלֹא עוֹד אֶלָּא שֶׁמִּטַּפְּשִׁין, שֶׁנֶּאֱמַר: ״וְנֹאָלוּ״.

Et c'est ce qu'a dit Rabbi Yossi bar Hanina : que signifie ce qui est écrit : « Une épée contre les badim, et ils deviendront sots » ? Une épée contre les ennemis des talmide hakhamim — formule adoucie qui les désigne eux-mêmes — lorsqu'ils s'occupent de Torah chacun à part (bad be-vad).

Et plus encore : ils s'abêtissent, ainsi qu'il est dit : « et ils deviendront sots ».

📜 Rachi (1)
שֶׁמּוֹסִיפִין טִפְּשׁוּת דִּכְתִיב נוֹאַלְנוּ אֲשֶׁר נוֹאַלְנוּ מִתַּרְגֵּם דְּאִיטַּפַּשְׁנָא:
Ils ajoutent à leur sottise, puisqu'il est écrit « noalnou » : « acher noalnou » est rendu par le Targoum « de-itpachna », nous nous sommes abêtis.
🪔 Ben Yehoyada (1)
מַאי דִכְתִיב: (יִרְמְיָהוּ נ, לו) "חֶרֶב אֶל הַבַּדִּים וְנֹאָלוּ"? חֶרֶב עַל שׂוֹנְאֵיהֶם שֶׁל תַּלְמִידֵי חֲכָמִים. נִרְאֶה לִי בס"ד הַכָּתוּב אָמַר (בְּרֵאשִׁית כז, כב) 'הַקֹּל קוֹל יַעֲקֹב וְהַיָּדַיִם יְדֵי עֵשָׂו' וְדָרְשׁוּ רַבּוֹתֵינוּ זַ"ל כְּשֶׁהַקּוֹל קוֹל יַעֲקֹב אֵין הַיָּדַיִם יְדֵי עֵשָׂו. וּמַה שֶׁכָּפַל אֶת הַקּוֹל הַיְינוּ לִרְמֹוז שֶׁצָּרִיךְ לִהְיוֹת הַלִּימּוּד בִּשְׁנַיִם שֶׁהֵם שְׁתֵּי קוֹלוֹת אָז יֵשׁ בָּהֶם כֹּחַ לְבַטֵּל כֹּחַ הַיָּדַיִם שֶׁל עֵשָׂו שֶׁהוּא הַחֶרֶב, וְהַייְנוּ כִּי שְׁנֵי פְּעָמִים קוֹל [136] הוּא מִסְפַּר רָעָב [272] , וְחֶרֶב מִסִּפְרוֹ ר"י [210] , וְיֵשׁ בּוֹ שְׁנֵי נְקֻודּוֹת שֶׁל סגו"ל שֶׁמִּסְפָּרָם שִׁשִּׁים, וְעִם הַכּוֹלֵל שֶׁלָּהֶם הֵם ס"ב הֲרֵי סַךְ הַכֹּל שֶׁל חֶרֶב וּנְקֻודּוֹתָיו הוּא רָעֵב , וְלָכֵן צָרִיךְ ב' פְּעָמִים קוֹל מִשְּׁנֵי תַּלְמִידֵי חֲכָמִים לְבַטֵּל הַחֶרֶב וְעַל כֵּן כֵּיוָן שֶׁלּוֹמְדִים יְחִידִים וְאֵין לָהֶם צֵירוּף ב' קוֹל לְבַטֵּל הַחֶרֶב אָז הוּא חֶרֶב עַל שׂוֹנְאֵיהֶם שֶׁל תַּלְמִידֵי חֲכָמִים. וְנִרְאֶה לִי חֶרֶב אוֹתִיּוֹת חָבֵר , שֶׁאִם לוֹמֵד עִם חָבֵר נִיצּוֹל מִן חֶרֶב.
« Que signifie ce qui est écrit (Yirmeyahou 50, 36) : une épée contre les badim, et ils deviendront sots ? Une épée contre les ennemis des talmide hakhamim. » Il me semble, avec l'aide du Ciel, que le verset dit (Bereshit 27, 22) « la voix est la voix de Yaakov et les mains sont les mains d'Essav », et nos maîtres ont expliqué : quand la voix est la voix de Yaakov, les mains ne sont pas les mains d'Essav. Si le mot « voix » est répété, c'est pour faire allusion à l'étude qui doit se faire à deux, soit deux voix ; alors seulement elles ont la force d'annuler la puissance des mains d'Essav, qui est l'épée. En effet, deux fois kol [136] donnent le nombre de raav [272] ; et herev vaut deux cent dix [210], avec deux points de segol dont la valeur est soixante, et avec leur kolel cela fait soixante-deux : le total de herev et de ses points vaut donc raav. Il faut ainsi deux fois kol, venant de deux talmide hakhamim, pour annuler l'épée. Et puisqu'ils étudient seuls et qu'ils n'ont pas la conjonction des deux voix pour annuler l'épée, alors « une épée contre les ennemis des talmide hakhamim ». Il me semble encore que les lettres de herev sont celles de haver : celui qui étudie avec un compagnon est sauvé de l'épée.
💡 Explication

Le verset de Yirmeyahou est relu par un découpage du mot badim, entendu comme « chacun à part », bad be-vad. La sanction annoncée frappe alors ceux qui étudient isolément. La formule « les ennemis des talmide hakhamim » est un euphémisme habituel de la guemara, qui évite de prononcer une malédiction directe sur des sages.

Une seconde conséquence est tirée du même verset : ve-noalou, rendu par le Targoum comme un verbe de sottise. L'étude solitaire fait donc perdre en intelligence, au-delà de la seule mauvaise conservation du savoir.

11
וְלֹא עוֹד, אֶלָּא שֶׁחוֹטְאִין. כְּתִיב הָכָא: ״וְנֹאָלוּ״, וּכְתִיב הָתָם: ״אֲשֶׁר נוֹאַלְנוּ וַאֲשֶׁר חָטָאנוּ״. וְאִיבָּעֵית אֵימָא — מֵהָכָא: ״נוֹאֲלוּ שָׂרֵי צֹעַן [וְגוֹ׳] הִתְעוּ אֶת מִצְרָיִם״.

Et plus encore : ils fautent. Il est écrit ici « et ils deviendront sots », et il est écrit là-bas « ce en quoi nous avons agi sottement (noalnou) et ce en quoi nous avons fauté ».

Et si tu veux, dis-le d'ici : « Les princes de Tsoan sont devenus sots... ils ont égaré l'Égypte ».

📜 Rachi (2)
שֶׁחוֹטְאִין דִּכְתִיב נוֹאֲלוּ גַּבֵּי חָטָאנוּ:
Qu'ils fautent : puisqu'il est écrit « noalnou » à côté de « hatanou ».
וְאִיבָּעֵית אֵימָא מֵהָכָא נוֹאֲלוּ שָׂרֵי צֹועַן וְגוֹ' וְהִתְעוּ אֶת מִצְרַיִם וְתוֹעֶה הַייְנוּ חוֹטֵא:
Et l'égaré, c'est le fauteur.
💡 Explication

La guemara franchit un degré de plus par une guezera chava de vocabulaire : le mot noalou d'ici est rapproché de noalnou dans les paroles d'Aharon (Bamidbar 12, 11), où il voisine immédiatement avec hatanou, « nous avons fauté ». La sottise devient ainsi signe de faute.

La seconde dérivation, proposée en alternative, passe par Yechayahou 19, 13 : les princes de Tsoan devenus sots ont égaré l'Égypte, et l'égarement est lui-même un langage de la faute. Les deux voies aboutissent au même résultat, ce qui donne au propos son assise.

12
אָמַר רַב נַחְמָן בַּר יִצְחָק: לָמָּה נִמְשְׁלוּ דִּבְרֵי תוֹרָה כְּעֵץ, שֶׁנֶּאֱמַר: ״עֵץ חַיִּים הִיא לַמַּחֲזִיקִים בָּהּ״, לוֹמַר לָךְ: מָה עֵץ קָטָן מַדְלִיק אֶת הַגָּדוֹל, אַף תַּלְמִידֵי חֲכָמִים קְטַנִּים מְחַדְּדִים אֶת הַגְּדוֹלִים. וְהַיְינוּ דְּאָמַר רַבִּי חֲנִינָא: הַרְבֵּה לָמַדְתִּי מֵרַבּוֹתַי, וּמֵחֲבֵירַי יוֹתֵר מֵרַבּוֹתַי, וּמִתַּלְמִידִי יוֹתֵר מִכֻּולָּן.

Rav Nahman bar Yits'hak a dit : pourquoi les paroles de Torah ont-elles été comparées à un arbre, ainsi qu'il est dit : « C'est un arbre de vie pour ceux qui s'y attachent » ? Pour t'enseigner : de même qu'un petit bois allume le grand, ainsi les petits talmide hakhamim aiguisent les grands.

Et c'est ce qu'a dit Rabbi Hanina : j'ai beaucoup appris de mes maîtres, de mes collègues plus que de mes maîtres, et de mes élèves plus que de tous.

📜 Rachi (2)
תּוֹרָה כְּעֵץ דִּכְתִיב עֵץ חַיִּים הִיא לַמַּחֲזִיקִים בָּהּ כְּשֶׁמַּדְלִיק אֶת הָאוּר מָצֵית אֶת הָעֵצִים דַּקִּין תְּחִלָּה:
La Torah comme un arbre, puisqu'il est écrit « c'est un arbre de vie pour ceux qui s'y attachent » : quand on allume le feu, on embrase d'abord les bois menus.
קְטַנִּים מְחַדְּדִין שֶׁשּׁוֹאֲלִין כָּל שָׁעָה:
Les petits aiguisent : parce qu'ils posent des questions à tout moment.
🪔 Ben Yehoyada (1)
וְהַיְנוּ דְּאָמַר רַבִּי חֲנִינָא: הַרְבֵּה תּוֹרָה לָמַדְתִּי מֵרַבּוֹתַי, וּמֵחֲבֵרַי, יוֹתֵר מֵרַבּוֹתַי, וּמִתַּלְמִידִי, יוֹתֵר מִכֻּלָּם. נִרְאֶה לִי דִּקְדֵּק לוֹמַר 'הַרְבֵּה תּוֹרָה' דְּלָא תֵּימָא לָא אַתָּרְמִי לְרַבִּי חֲנִינָא לִלְמֹוד מֵרַבּוֹתָיו הַרְבֵּה וּלְכָךְ לִימּוּדוֹ מֵחֲבֵירָיו הָיָה יוֹתֵר, לָזֶה אָמַר 'הַרְבֵּה תּוֹרָה לָמַדְתִּי מֵרַבּוֹתַי' אַדְּרַבָּא אַתָּרְמִי לִי דְּהַרְבֵּה תּוֹרָה לָמַדְתִּי מֵרַבּוֹתַי וְעִם כָּל זֶה לִימּוּדֵי מְחַבְּרִי הָיָה יוֹתֵר, נִמְצָא לְפִי זֶה הַלִּימּוּד מִן הַתַּלְמִידִים עוֹלֶה עַל כֻּולָּנָה. וְנִרְאֶה לִי לְכָךְ כָּל חָכָם נִקְרָא בְּשֵׁם תַּלְמִיד חָכָם לִרְמֹוז עִיקַּר שְׁלֵימוֹת חָכְמָתוֹ הוּא מִכֹּחַ הַתַּלְמִיד וּלְפִי זֶה הַלִּימּוּד יִהְיֶה עַל יְדֵי שְׁלֹשָׁה שֶׁהֵם רַב חָבֵר תַּלְמִיד, וְזֶה נִרְמַז בְּאָמְרוֹ (שְׁמוֹת לב, טז) 'חָרוּת עַל הַלֻּחֹת' אוֹתִיּוֹת הַמִּבְטָא הֵם 'חָרֶת' רָאשֵׁי תֵּיבוֹת ח בַּר ר ב ת לָמֵיד וְחוּט הַמְשֻׁולָּשׁ לֹא בִמְהֵרָה יִנָּתֵק. וּבָזֶה יוּבָן הַטַּעַם שֶׁנִּקְרֵאת אוֹרְיָין תְּלִיתַאי, כְּמוֹ שֶׁאָמְרוּ (שַׁבָּת פח.) 'בְּרִיךְ רַחֲמָנָא דִּיהַב אוֹרְיָין תְּלָתָאי לְעַם תְּלָתָאי'. וּבָזֶה יוּבָן (מִשְׁלֵי ל, כט) 'שְׁלֹשָׁה הֵמָּה מֵיטִיבֵי צַעַד' שֶׁהֵם רַב חָבֵר תַּלְמִיד שֶׁעַל יָדָם 'אַרְבָּעָה מֵיטְבֵי לֶכֶת' הֵם אַרְבָּעָה חֶלְקֵי הַתּוֹרָה שֶׁהֵם פַּרְדֵּ"ס [פָּשַׁט, רֶמֶז, דָּרַשׁ, סוֹד] .
« Et c'est ce qu'a dit Rabbi Hanina : j'ai beaucoup appris de mes maîtres, de mes collègues plus que de mes maîtres, et de mes élèves plus que de tous. » Il me semble qu'il a pris soin de dire « beaucoup de Torah », pour écarter l'idée qu'il ne se serait pas trouvé pour Rabbi Hanina d'apprendre beaucoup de ses maîtres et que son étude auprès de ses collègues aurait été supérieure pour cette seule raison. Il dit donc : « j'ai appris beaucoup de Torah de mes maîtres » — au contraire, il s'est trouvé que j'ai beaucoup appris d'eux, et malgré cela mon étude auprès de mes collègues fut supérieure ; d'où il ressort que l'étude auprès des élèves l'emporte sur toutes. Il me semble encore que c'est pourquoi tout sage est appelé talmid 'hakham, pour faire allusion au fait que l'essentiel de la perfection de sa sagesse vient de l'élève. L'étude se fait alors par trois — le maître, le compagnon et l'élève — et cela est suggéré dans le verset (Chemot 32, 16) « gravé (harout) sur les tables » : les lettres qui s'y prononcent sont het, resh, tav, initiales de haver, rav, talmid, et un fil triple ne se rompt pas de sitôt. On comprend par là pourquoi elle est appelée orayan telitai, comme ils ont dit (Chabat 88a) : « Béni soit le Miséricordieux qui a donné une Torah en trois parties à un peuple en trois parties. » On comprend aussi (Michle 30, 29) « ils sont trois à bien marcher » — le maître, le compagnon et l'élève — par lesquels « quatre vont bien » : les quatre parties de la Torah, qui sont le pardes (pchat, remez, drach, sod).
💡 Explication

L'image de l'arbre sert ici à un renversement de hiérarchie. Dans l'allumage d'un feu, le bois menu prend le premier et transmet la flamme aux grosses bûches ; de même, les élèves débutants font progresser les maîtres. Rachi donne le mécanisme concret : ils posent des questions sans arrêt.

Le mot de Rabbi Hanina donne l'échelle complète, en trois degrés croissants : les maîtres, les collègues, les élèves. Le sommet revient à ceux qui savent le moins, parce que leurs questions obligent à reprendre les fondements.

🖼️ Schéma
Trois sources d'étude, en ordre croissant de rendement Les maîtres J'ai beaucoup appris. Les collègues Plus que de mes maîtres. Les élèves Plus que de tous les autres. Le mécanisme, selon Rachi Le bois menu prend le premier et allume la grosse bûche : les élèves questionnent sans arrêt et forcent la reprise. Ben Yehoyada : les trois lettres prononcées de harout donnent haver, rav, talmid — un fil triple qui ne se rompt pas. De là aussi le nom d'orayan telitai, la Torah en trois parties donnée à un peuple en trois parties.
L'échelle de Rabbi Hanina et le mécanisme qui la justifie.
13
רַבִּי חֲנִינָא בַּר פָּפָּא רָמֵי: כְּתִיב ״לִקְרַאת צָמֵא הֵתָיוּ מָיִם״, וּכְתִיב: ״הוֹי כָּל צָמֵא לְכוּ לַמַּיִם״. אִם תַּלְמִיד הָגוּן הוּא — ״לִקְרַאת צָמֵא הֵתָיוּ מָיִם״, וְאִי לָא — ״הוֹי כָּל צָמֵא לְכוּ לַמַּיִם״.

Rabbi Hanina bar Papa a soulevé une contradiction : il est écrit « Au-devant de l'assoiffé, apportez de l'eau », et il est écrit « Ho, tout assoiffé, allez vers l'eau ! ». S'il s'agit d'un élève digne — « au-devant de l'assoiffé, apportez de l'eau » ; sinon — « ho, tout assoiffé, allez vers l'eau ».

📜 Rachi (4)
הַתָּיו מַשְׁמַע לְהוֹלִיךְ לוֹ מַיִם:
Hetayou : cela dénote qu'on lui porte l'eau.
וּכְתִיב לְכוּ לַמַּיִם יֵלֵךְ הוּא עַצְמוֹ:
Et il est écrit « allez vers l'eau » : qu'il y aille lui-même.
אִם תַּלְמִיד (חָכָם) הָגוּן שֶׁרוֹצֶה לִלְמֹוד מִמְּךָ מִצְוָה לְרַב לֵילֵךְ אֶצְלוֹ בִּמְקוֹמוֹ:
S'il s'agit d'un élève digne, qui veut apprendre de toi, c'est une mitsva pour le maître d'aller à lui, en son lieu.
וְאִם לָאו יֵלֵךְ הוּא אֵצֶל הָרַב:
Sinon : c'est lui qui ira chez le maître.
💡 Explication

Troisième application du même procédé : deux versets de Yechayahou décrivent en sens inverse la rencontre entre l'eau et l'assoiffé. L'un fait porter l'eau vers l'homme (21, 14), l'autre envoie l'homme vers l'eau (55, 1).

La résolution transforme cette différence en règle de conduite pour le maître. Devant un élève hagoun, Rachi parle d'une mitsva de se déplacer jusqu'à lui ; devant un autre, la charge du déplacement revient à l'élève. La contradiction devient ainsi une mesure de l'effort que mérite le disciple.

14
רַבִּי חֲנִינָא בַּר חָמָא רָמֵי: כְּתִיב ״יָפֻוצוּ מַעְיְנֹתֶיךָ חוּצָה״, וּכְתִיב: ״יִהְיוּ לְךָ לְבַדְּךָ״. אִם תַּלְמִיד הָגוּן הוּא — ״יָפוּצוּ מַעְיְנֹתֶיךָ חוּצָה״, וְאִם לָאו — ״יִהְיוּ לְךָ לְבַדְּךָ״.

Rabbi Hanina bar Hama a soulevé une contradiction : il est écrit « Que tes sources se répandent au-dehors », et il est écrit « Qu'elles soient à toi seul ». S'il s'agit d'un élève digne — « que tes sources se répandent au-dehors » ; sinon — « qu'elles soient à toi seul ».

📜 Rachi (2)
יָפֻוצוּ מַעְיְנֹותֶיךָ חוּצָה אִם הָגוּן הוּא אֱמֹור לוֹ סִתְרֵי תּוֹרָה:
Que tes sources se répandent au-dehors : s'il est digne, dis-lui les secrets de la Torah.
וְאִם לָאו יִהְיוּ לְךָ לְבַדֶּךָ וְאֵין לְזָרִים אִתָּךְ:
Et sinon, qu'elles soient à toi seul : « et non à des étrangers avec toi ».
🪔 Ben Yehoyada (1)
אִם תַּלְמִיד הָגוּן הוּא, "יָפוּצוּ מַעְיְנֹתֶיךָ חוּצָה" (מִשְׁלֵי ה, טז) . נִרְאֶה לִי הָא דְּהֻוכְרַח רַשִׁ"י לְפָרֵשׁ דְּרָשָׁה זוֹ דְּרַבִּי חֲנִינָא בַּר חֲמָא בְּסִתְרֵי תּוֹרָה, מִשּׁוּם דְּאִם לֹא כֵן הָוֵי דְּלָא כְּרַבִּי אֶלְעָזָר בֶּן עֲזַרְיָה (בְּרָכוֹת כח.) , וּבֶאֱמֶת קַיְימָא לַן כְּרַבִּי אֶלְעָזָר בֶּן עֲזַרְיָה דְּכָךְ הִסְכִּימוּ כָּל הַחֲכָמִים בַּיּוֹם שֶׁהוֹשִׁיבוּ אֶת רַבִּי אֶלְעָזָר בֶּן עֲזַרְיָה לְנָשִׂיא וְנִיתּוֹסְפוּ אַרְבַּע מֵאוֹת סַפְסָלִים בֵּית הַמִּדְרָשׁ.
« S'il s'agit d'un élève digne — que tes sources se répandent au-dehors (Michle 5, 16). » Il me semble que Rachi a été contraint d'expliquer cette derasha de Rabbi Hanina bar Hama comme portant sur les secrets de la Torah, faute de quoi elle irait contre Rabbi Elazar ben Azarya (Berakhot 28a) ; or nous tenons la halakha comme Rabbi Elazar ben Azarya, puisque tous les sages en sont convenus le jour où l'on installa Rabbi Elazar ben Azarya comme nassi et où quatre cents bancs furent ajoutés à la maison d'étude.
💡 Explication

Quatrième application, tirée cette fois de deux versets consécutifs de Michle 5. La résolution est la même, avec le critère du disciple digne.

Rachi restreint la portée de la règle aux sitré Torah, les enseignements ésotériques. Le Ben Yehoyada explique cette restriction : sans elle, la règle interdirait l'accès de la maison d'étude aux élèves dont on n'est pas sur, contre la position de Rabbi Elazar ben Azarya, retenue comme halakha depuis le jour où quatre cents bancs furent ajoutés au beit hamidrach.

15
וְאָמַר רַבִּי חֲנִינָא בַּר אִידִי: לָמָּה נִמְשְׁלוּ דִּבְרֵי תוֹרָה לְמַיִם, דִּכְתִיב: ״הוֹי כָּל צָמֵא לְכוּ לַמַּיִם״, לוֹמַר לָךְ: מַה מַיִם מַנִּיחִין מָקוֹם גָּבוֹהַּ וְהוֹלְכִין לְמָקוֹם נָמוּךְ, אַף דִּבְרֵי תוֹרָה אֵין מִתְקַיְּימִין אֶלָּא בְּמִי שֶׁדַּעְתּוֹ שְׁפָלָה.

Et Rabbi Hanina bar Idi a dit : pourquoi les paroles de Torah ont-elles été comparées à l'eau, ainsi qu'il est écrit : « Hô, tout assoiffé, allez vers l'eau » ? Pour t'enseigner : de même que l'eau quitte le lieu élevé et va vers le lieu bas, ainsi les paroles de Torah ne se maintiennent que chez celui dont l'esprit est humble.

💡 Explication

Le verset qui servait à régler le déplacement du maître sert maintenant à décrire une propriété de l'eau : elle descend. L'enseignement tiré porte sur le récepteur, et le folio passe de la question « à qui transmettre » à la question « chez qui la Torah tient-elle ».

La formule daato cheféla, l'esprit bas, sera reprise à l'identique dans l'énoncé suivant. Les deux images, l'eau qui descend et le récipient de peu de prix, aboutissent à la même exigence d'humilité.

16
וְאָמַר רַבִּי אוֹשַׁעְיָא: לָמָּה נִמְשְׁלוּ דִּבְרֵי תוֹרָה לִשְׁלֹשָׁה מַשְׁקִין הַלָּלוּ: בְּמַיִם, וּבַיַּיִן, וּבְחָלָב. דִּכְתִיב: ״הוֹי כָּל צָמֵא לְכוּ לַמַּיִם״, וּכְתִיב: ״לְכוּ שִׁבְרוּ וֶאֱכֹלוּ וּלְכוּ שִׁבְרוּ בְּלוֹא כֶסֶף וּבְלוֹא מְחִיר יַיִן וְחָלָב״, לוֹמַר לָךְ: מַה שְׁלֹשָׁה מַשְׁקִין הַלָּלוּ אֵין מִתְקַייְּמִין אֶלָּא בַּפָּחוּת שֶׁבַּכֵּלִים — אַף דִּבְרֵי תוֹרָה אֵין מִתְקַיְּימִין אֶלָּא בְּמִי שֶׁדַּעְתּוֹ שְׁפָלָה.

Et Rabbi Ochaya a dit : pourquoi les paroles de Torah ont-elles été comparées à ces trois boissons — l'eau, le vin et le lait ? Car il est écrit : « Hô, tout assoiffé, allez vers l'eau », et il est écrit : « Allez, achetez et mangez ; allez, achetez sans argent et sans prix du vin et du lait. » Pour t'enseigner : de même que ces trois boissons ne se conservent que dans le moindre des récipients, ainsi les paroles de Torah ne se maintiennent que chez celui dont l'esprit est humble.

📜 Rachi (2)
שְׁלֹשָׁה מַשְׁקִים הַלָּלוּ מַיִם יַיִן וְחָלָב זוֹ הַתּוֹרָה שֶׁאֵינוֹ נוֹתֵן בָּהּ כְּלוּם וְיוֹדְעָהּ וְלוֹמְדָהּ:
Ces trois boissons — l'eau, le vin et le lait : telle est la Torah, que l'on acquiert sans rien donner en échange, en la connaissant et en l'étudiant.
בְּפָחוֹת שֶׁבַּכֵּלִים בְּמָאנֵי דְּפַחְרָא:
Dans le moindre des récipients : dans des vases de terre cuite.
🗂️ Tossefot (1)
אַף דִבְרֵי תוֹרָה וְכוּ'. וְכֵן נָמֵי אָמְרִינַן בְּעֵירוּבִין פ' כֵּיצַד מְעַבְּרִין (עֵירוּבִין דַּף נה.) לֹא בַשָּׁמַיִם הִיא וְלֹא מֵעֵבֶר לַיָּם הִיא כְּלוֹמַר לֹא תִּמְצָא הַתּוֹרָה בְּמִי שֶׁמַּגְבִּיהַּ עַצְמוֹ כַּשָּׁמַיִם שֶׁדַּעְתּוֹ גָּבוֹהַּ וְלֹא בְּסוֹחֲרִים הַהוֹלְכִים בִּמְדִינַת הַיָּם בְּעֵבֶר הַיָּם דְּאִי סִפְרָא לָא סַיָּיפָא וְאִי סַייָּפָא לָא סָפְרָא וְהָכִי נָמֵי אִיתָא הָתָם לֹא בְּסַחְרָנִין וְלֹא בְּתַגָּרִין וְלֹא בְּאִיסְטְרוֹלֹגִין כְּלוֹמַר בְּאוֹתָן שֶׁרוֹאִין בַּכּוֹכָבִים אָמְרוּ לֵיהּ לִשְׁמוּאֵל וְהָא מַר אִיסְטְרוֹלֹגוֹס הוּא אֲמַר לְהוּ תֵּיתֵי לִי דְּלָא מַעְיָינָא בְּהוּ אֶלָּא בְּעִידַּן דְּנָפְקָא לְמַיָּא פֵּירוּשׁ לְהַטִּיל מַיִם וְלֹא אֲנִי מְבַטֵּל לְעַצְמִי:
Ainsi dit-on également dans Erouvin, chapitre Ketsad meabrin (55a) : « Elle n'est pas dans les cieux ni au-delà de la mer » — c'est-à-dire que tu ne trouveras pas la Torah chez celui qui s'élève comme les cieux, dont l'esprit est hautain, ni chez les marchands qui voyagent outre-mer, car qui tient le livre ne tient pas l'épée, et qui tient l'épée ne tient pas le livre. On y dit de même : ni chez les colporteurs, ni chez les négociants, ni chez les astrologues, c'est-à-dire ceux qui observent les astres. On dit à Chmouel : le maître n'est-il pas astrologue ? Il leur répondit : qu'il m'advienne du bien, car je ne les examine qu'au moment où je sors vers les eaux — c'est-à-dire pour faire mes besoins — et je ne perds ainsi rien de mon temps.
🪔 Ben Yehoyada (1)
לָמָּה נִמְשְׁלוּ דִּבְרֵי תוֹרָה בִּשְׁלֹשָׁה מַשְׁקִין הַלָּלוּ: בְּמַיִם, וּבַיַּיִן, וּבְחָלָב. נִרְאֶה לִי בס"ד דִּמְיוֹן הַמַּיִם הוּא לַתּוֹרָה שֶׁבִּכְתָב דְּהַכֹּל לוֹמְדִים אוֹתָהּ אֲפִילּוּ הֲמוֹן הָעָם כְּמוֹ הַמַּיִם שֶׁהַכֹּל שׁוֹתִין אוֹתָהּ, וְדִמְיוֹן הֶחָלָב לַתּוֹרָה שֶׁבְּעַל פֶּה דְּהַייְנוּ חֵלֶק הַפָּשׁוּט שֶׁבָּהּ, וְדִמְיוֹן הַיַּיִן לְחַלֵּק הַנִּסְתָּר. וְעוֹד נִרְאֶה לִי בס"ד עָשָׂה ג' דִּמְיוֹנוֹת כְּנֶגֶד שְׁלֹשָׁה מִינֵי לִמּוּד שֶׁלּוֹמֵד הָאָדָם מֵרַבּוֹתָיו וּמֵחֲבֵירָיו וּמִתַּלְמִידָיו, וְרָאשֵׁי תֵּיבוֹת ח לב י יֵן מ יָם 'חַיִּים' כִּי הַיּוֹ"ד כְּפוּלָה, וְלָכֵן בַּתּוֹרָה כְּתִיב (מִשְׁלֵי ד, כב) 'כִּי חַיִּים הֵם לִמְצָאֵיהֶם' כִּי מֹוצְאִי מָצָא חַיִּים, וּמִסְפַּר 'מַיִם חֵלֶב יַיִן' [200] עוֹלֶה מָאתַיִם. וְזֶהוּ שֶׁנֶּאֱמַר (שִׁיר הַשִּׁירִים ח, יב) ' כַּרְמִי שֶׁלִּי לִפְנֵי ' הוּא בֵּית הַמִּדְרָשׁ ' הָאֶלֶף לְךָ שְׁלֹמֹה ' אָלֶ"ף שֶׁלְּךָ רוֹצֶה לוֹמַר לִימּוּד לְךָ שְׁלֹמֹה שֶׁהוּא לִימּוּד לִשְׁמָהּ ' וּמָאתַיִם ' הֵם מַיִם חָלָב יַיִן הֵם דִּמְיוֹן ' לְנֹטְרִים אֶת פִּרְיוֹ ' אֵלּוּ תַּלְמִידֵי חֲכָמִים. וּבְנִי יְדִידִי כְּבוֹד הָרַב יַעֲקֹב הי"ו פֵּירֵשׁ, מַיִם דִּמְיוֹן לְמִשְׁנָה וְחֵלֶב דִּמְיוֹן לְלִימּוּד הַסְּבָרָא הוּא הַתַּלְמוּד שֶׁמְּלַבֵּן הַהֲלָכָה וּמוֹצִיאָהּ לְאוֹרָהּ וְהַיַּיִן דִּמְיוֹן לְפִלְפּוּל שֶׁהוּא גְּבוּרָה שֶׁל תּוֹרָה שֶׁהַיַּיִן הוּא סוֹד הַגְּבוּרוֹת, עַד כָּאן דְּבָרָיו נר"ו.
« Pourquoi les paroles de Torah ont-elles été comparées à ces trois boissons : l'eau, le vin et le lait ? » Il me semble, avec l'aide du Ciel, que la comparaison à l'eau vise la Torah écrite, que tous étudient, même le commun du peuple, comme l'eau que tous boivent ; la comparaison au lait vise la Torah orale dans sa part simple ; et la comparaison au vin vise la part cachée. Il me semble encore qu'il a fait ces trois comparaisons en regard des trois sortes d'étude par lesquelles l'homme apprend : de ses maîtres, de ses collègues et de ses élèves. Les initiales de halav, yayin, mayim forment 'hayim, la vie, le youd étant redoublé ; c'est pourquoi il est écrit de la Torah (Michle 4, 22) « car elles sont vie pour ceux qui les trouvent », et celui qui la trouve à trouvé la vie. Et le nombre de mayim, halav, yayin s'élève à deux cents. C'est ce qui est dit (Chir haChirim 8, 12) : « ma vigne, la mienne, est devant moi » — c'est la maison d'étude ; « les mille sont à toi, Chelomo » — ton alef, c'est-à-dire ton étude, Chelomo, qui est l'étude lichma ; « et deux cents » — l'eau, le lait et le vin, qui sont la comparaison — « à ceux qui en gardent le fruit », ce sont les talmide hakhamim. Et mon fils bien-aimé, l'honorable Rav Yaakov — que D.ieu le garde — a expliqué : l'eau est la comparaison de la michna, le lait celle de l'étude du raisonnement, qui est le Talmud, lequel clarifie la halakha et la porte à la lumière, et le vin celle du pilpoul, qui est la guevoura de la Torah, le vin étant le secret des guevourot. Fin de ses paroles.
💡 Explication

Rabbi Ochaya tire les trois boissons d'un seul verset de Yechayahou 55, 1, qui les mentionne l'une après l'autre et les offre sans paiement. Rachi retient d'abord ce trait : la Torah s'acquiert sans contrepartie.

La leçon principale porte sur le récipient. Les vases de terre cuite conservent ces liquides mieux que les métaux précieux ; de même, l'homme d'esprit humble conserve la Torah. Les Tossefot élargissent le propos en rassemblant les figures qui font obstacle à l'étude : l'orgueilleux, le marchand au long cours, l'astrologue — le cas de Chmouel montrant que le défaut porte sur le temps pris à l'étude.

🖼️ Schéma
Trois boissons, un seul récipient possible Mayim l'eau Yayin le vin Halav le lait Elles se conservent dans le moindre des vases : la terre cuite, mane de-pahara. L'or et l'argent Récipients de prix : le vin y tourne, comme le montre l'expérience de César au segment suivant. Image de l'esprit hautain. Règle tirée : les paroles de Torah ne se maintiennent que chez celui dont l'esprit est bas, daato cheféla.
Le rapport entre le contenu et son contenant, qui commande la fin du folio.
17
כְּדַאֲמַרָה לֵיהּ בְּרַתֵּיה דְּקֵיסָר לְרַבִּי יְהוֹשֻׁעַ בֶּן חֲנַנְיָה: אִי חָכְמָה מְפֹואָרָה בִּכְלִי מְכֹועָר! אֲמַר לָהּ: אָבִיךָ רָמֵי חַמְרָא בְּמָנֵי דְפַחְרָא? אֲמַרָה לֵיהּ: אֶלָּא בְּמַאי נִירְמֵי? אֲמַר לָהּ: אַתּוּן דַּחֲשִׁיבִיתוּ, רְמוֹ בְּמָאנֵי דַּהֲבָא וְכַסְפָּא.

Ainsi que le dit la fille de César à Rabbi Yehochoua ben Hanania : quel dommage, une sagesse si magnifique dans un vase si laid ! Il lui dit : ton père met-il le vin dans des récipients de terre cuite ?

Elle lui dit : dans quoi le mettrait-il donc ? Il lui dit : vous qui êtes des gens d'importance, mettez-le dans des récipients d'or et d'argent.

📜 Rachi (2)
בְּמָאנֵי דְּפַחְרָא בְּדֶרֶךְ שְׂחוֹק אָמַר וּמְרַמֵּז מָה אַתְּ אוֹמֶרֶת לִי וַהֲלֹא אָבִיךָ נוֹתֵן יַיִן בְּכֵלִים מְכֹועָרִין שֶׁל חֶרֶס:
Dans des récipients de terre cuite : il parla sur le mode de la plaisanterie, en faisant entendre — que me dis-tu là ? Ton père lui-même met le vin dans de laids récipients de terre cuite.
וְאֶלָּא בְּמַאי נִירְמְיֵהּ אִם לֹא בְּשֶׁל חֶרֶס הָא כֻּולֵּי עָבְדִי הָכִי:
Dans quoi le mettrait-il donc : s'il ne le met pas dans de la terre cuite, alors que tous font ainsi.
💡 Explication

Le récit illustre l'énoncé précédent par une démonstration menée sur un cas réel. La fille de César oppose la beauté de la sagesse à la laideur de celui qui la porte ; Rabbi Yehochoua déplace la question sur le vin et son récipient.

Rachi signale le ton : la première réplique est ironique, puisque tout le monde conserve déjà le vin dans la terre cuite. Le conseil qui suit a donc pour fonction de produire l'expérience qui rendra la réponse évidente.

18
אֲזַלָה וַאֲמַרָה לֵיהּ לַאֲבוּהּ רַמְייֵהּ לְחַמְרָא בְּמָנֵי דַּהֲבָא וְכַסְפָּא, וּתְקֵיף. אָתוּ וְאָמְרוּ לֵיהּ. אֲמַר לָהּ לְבַרְתֵּיהּ: מַאן אֲמַר לָךְ הָכִי? אֲמַרָה לֵיהּ: רַבִּי יְהוֹשֻׁעַ בֶּן חֲנַנְיָה. קְרִיוּהוּ. אֲמַר לֵיהּ: אַמַּאי אֲמַרְתְּ לַהּ הָכִי? אֲמַר לֵיהּ: כִּי הֵיכִי דַּאֲמַרָה לִי, אָמְרִי לָהּ. וְהָא אִיכָּא שַׁפִּירֵי דִּגְמִירִי!

Elle alla le dire à son père ; il fit mettre le vin dans des récipients d'or et d'argent, et le vin tourna. On vint le lui dire.

Il dit à sa fille : qui t'a dit cela ? Elle lui dit : Rabbi Yehochoua ben Hanania.

On le convoqua. Il lui dit : pourquoi lui as-tu dit cela ?

Il lui dit : de la manière même dont elle m'a parlé, je lui ai parlé. — Mais il y a bien des gens beaux qui sont savants !

📜 Rachi (2)
וּתְקֵיף הֶחֱמִיץ:
Ve-takif : il s'aigrit.
כִּי הֵיכִי דַּאֲמַרָה לִי אִי חָכְמָה מְפֹואָרָה בִּכְלִי מְכֹועָר הָכִי אָמְרִי לָהּ דַּיָּין מִשְׁתַּמֵּר בִּכְלִי מְכֹועָר אַף הַתּוֹרָה מִתְקַייֶּמֶת בִּי יוֹתֵר מַשְׁאִילוֹ הָיִיתִי נָאֶה:
De la manière même dont elle m'a parlé : puisqu'elle m'a dit « quel dommage, une sagesse magnifique dans un vase laid », je lui ai répondu ainsi — de même que le vin se conserve dans un récipient laid, de même la Torah se maintient en moi mieux que si j'étais beau.
🪔 Ben Yehoyada (1)
אַמַּאי אֲמַרְתְּ לַהּ הָכִי. הִנֵּה הַגִּרְסָא בְּעֵין יַעֲקֹב הִיא אֲמַר לֵהּ לְבַרְתֵּיהּ: מַאן אֲמַר לָךְ הָכִי? אֲמַרָה לֵיהּ: רַבִּי יְהוֹשֻׁעַ בֶּן חֲנַנְיָא, מַאי אֲמַרְתְּ לֵיהּ? הָכִי וְהָכִי אֲמַרְתְּ לֵיהּ, וְגִרְסָא זוֹ הֱבִיאָהּ בְּסֵפֶר דִּקְִדּוּקֵי סוֹפְרִים מִתַּלְמוּד כְּתָב יָד וְהִיא נְכוֹנָה, דְּוַדַּאי שָׁאַל הַקֵּיסָר מִבִּתּוֹ תְּחִילָּה מַאי אֲמַרְתְּ לֵיהּ, וְהַשְׁתָּא לְפִי גִרְסָא זוֹ נִמְצָא יָדַע אָבִיהָ דְּהִיא אָמְרָה לוֹ תְּחִילָּה הָכִי וְהוּא הֵשִׁיב לָהּ הָכִי, וּלְפִי זֶה יֵשׁ לְהַקְשׁוֹת לָמָּה אָמַר לְרַבִּי יְהוֹשֻׁעַ בֶּן חֲנַנְיָא אַמַּאי אֲמַרְתְּ לַהּ הָכִי מֵאַחַר דְּיָדַע הֲסִיבָּה, וּמַה שֶׁהֵשִׁיב לוֹ רַבִּי יְהוֹשֻׁעַ בֶּן חֲנַנְיָא כִּי הֵיכִי דַּאֲמַרָה לִי לֵיהּ אִיהִי וְכוּ', מַה נִתְחַדֵּשׁ אֵצֶל הַקֵּיסָר בִּדְבָרִים אֵלּוּ עַל מַה שֶּׁהָיָה יוֹדֵעַ תְּחִילָּה מִבִּתּוֹ? וְנִרְאֶה לִי בס"ד וְאַקְדִּים לְתָרֵץ תְּחִילָּה עוֹד דִּקְדּוּק אַחֵר, מַה טַעַם מָצָא רַבִּי יְהוֹשֻׁעַ בֶּן חֲנַנְיָא בִּדְבָרָיו שֶׁדִּבֵּר עִם בַּת הַקֵּיסָר בְּעֵיצָה זוֹ לָתֵת הַיַּיִן שֶׁבָּאוֹצָר בִּכְלִי זָהָב? כִּי בִּשְׁלָמָא יַיִן שֶׁשּׁוֹתִין עַל הַשֻּׁלְחָן וַדַּאי רָאוּי לִשְׁתּוֹתוֹ בִּכְלִי זָהָב וּבְוַדַּאי כָּךְ הָיוּ עוֹשִׂין הֵם אֲבָל יַיִן שֶׁבָּאוֹצָר מָה הֶפְרֵשׁ כָּבוֹד יֵשׁ בּוֹ אִם מֻונָּח בִּכְלִי חֶרֶס אוֹ כְּלִי זָהָב? כִּי מִי רוֹאֶה אוֹתוֹ וּבִתּוֹ שֶׁל קֵיסָר כְּשֶׁאָמְרָה לְאָבִיהָ שֶׁיַּנִּיחוּ הַיַּיִן בִּכְלִי זָהָב אֵיךְ שָׁמַע וְקִבֵּל דְּבָרֶיהָ, דְּמַה טַעַם מָצָא בָּזֶה? עַל כֵּן נִרְאֶה לִי דְּלָאו עַל יַיִן דְּקָאֵים לִשְׁתִיָּה הוּא אוֹמֵר אֶלָּא הַכַּוָּנָה הוּא עַל יַיִן שֶׁדַּרְכָּם לְנַסְּכוֹ בְּכָל יוֹם לַעֲבוֹדָה זָרָה כִּי מִקֹּודֶם הָיוּ אֲדוּקִים בְּנִיסּוּךְ הַיַּיִן לַעֲבוֹדָה זָרָה מְאֹד , וְכָל אֶחָד יֵשׁ לוֹ יַיִן מְשֻׁובָּח בְּתוֹךְ בֵּיתוֹ שֶׁיְּנַסֵּךְ מִמֶּנּוּ בְּכָל יוֹם לַעֲבוֹדָה זָרָה וְכֵן הוּא אֵצֶל הַקֵּיסָר וְעַל זֶה הַיַּיִן אֲמַר לֵהּ רַבִּי יְהוֹשֻׁעַ בֶּן חֲנַנְיָא אֵיךְ אַתֶּם שׁוֹמְרִים אוֹתוֹ? וְהָשִׁיבָה בְּכֵלִים שֶׁל חֶרֶס כִּשְׁאָר יֵינוֹת שֶׁבַּבַּיִת וְהֵשִׁיב לָהּ דְּאַתָּם הַחֲשׁוּבִים צָרִיךְ לְשָׁמְרוֹ בִּכְלִי זָהָב, וְהוּא הָיָה צָרִיךְ לוֹמַר לָהּ כָּךְ עֲבוֹדָה זָרָה דַּחֲשִׁיבָה צָרִיךְ לִשְׁמוֹר יַיִן שֶׁלָּהּ בִּכְלִי זָהָב, אַךְ לֹא רָצָה לְהַזְכִּיר בְּפִיו חֲשִׁיבוּת עַל עֲבוֹדָה זָרָה וְכִינָּה הַחֲשִׁיבוּת עֲלֵיהֶם כֵּיוָן דְּאַתֶּם חֲשׁוּבֵין רָאוּי שֶׁתִּשְׁמְרוּ יַיִן זֶה לַעֲבוֹדָה זָרָה בִּכְלִי זָהָב, וְהִיא אָמְרָה לְאָבִיהָ עֵיצָה זוֹ אֵיךְ יַיִן שֶׁל עֲבוֹדָה זָרָה יִהְיֶה שָׁמוּר בִּכְלִי חֶרֶס וְרָאוּי שֶׁיִּהְיֶה מֻונָּח בִּכְלִי זָהָב וּמָצָא אָבִיהָ טַעַם בִּדְבָרֶיהָ וְצִוָּה שֶׁכָּךְ יַעֲשׂוּ וְהֶחֱמִיץ הַיַּיִן, וְאַחַר שֶׁשָּׁאַל מִבִּתּוֹ מִי הִגִּיד לְךָ עֵצָה זוֹ? וְאָמְרָה לוֹ רַבִּי יְהוֹשֻׁעַ בֶּן חֲנַנְיָא, וְשָׁאַל מַאי אֲמַרְתְּ לֵיהּ? וְהָשִׁיבָה הָכִי וְהָכִי אֲמַרְתְּ לֵיהּ, חֲשָׁד אֶת רַבִּי יְהוֹשֻׁעַ בֶּן חֲנַנְיָא דְּלָאו בִּשְׁבִיל הַוִּיכּוּחַ אָמַר לָהּ כֵּן אֶלָּא אָמַר כֵּן כְּדֵי לְקַלְקֵל אֶת הַמּוּכָן לַעֲבוֹדָה זָרָה לְשִׂנְאָתוֹ בַּעֲבוֹדָה זָרָה וּלְכָךְ שָׁאַל אוֹתוֹ אַמַּאי אֲמַרְתְּ לַהּ הָכִי? כִּי אֲנִי חוֹשְׁדֵךְ בַּעֲבוּר שִׂנְאַת הָעֲבוֹדָה זָרָה דִּבַּרְתָּ כֵּן כִּי וַדַּאי אֵין אַתָּה חָשׁ עַל כְּבוֹד הָעֲבוֹדָה זָרָה כְּדֵי שֶׁתֹּאמַר דָּבָר שֶׁהוּא לִכְבוֹדָהּ! וְהֵשִׁיב לוֹ אִם אֲנִי הָיִיתִי נִכְנָס עִמָּהּ בְּדָבָר זֶה תְּחִלָּה הָיָה מָקוֹם לַחֲשָׁד זֶה אַךְ הִיא אָמְרָה לִי כָּךְ וְהֻוכְרַחְתִּי לְהָשִׁיב לָהּ כָּךְ לִסְתּוֹר דְּבָרֶיהָ שֶׁהָיְתָה מְגֻנֶּה אוֹתִי וְאָמַרְתִּי לָהּ שֶׁיֵּשׁ הוֹכָחָה מִן שְׁמִירַת הַיַּיִן בְּכֵלִים שֶׁאֵינוֹ נִשְׁמָר אֶלָּא רַק בִּכְלִי פָּחוֹת וְלֹא נִתְכַּוַּנְתִּי בְּדֶרֶךְ עֵצָה כִּי מֵעוֹלָם לֹא חָשַׁבְתִּי שֶׁיֵּשׁ אָדָם טוֹעֶה בְּדָבָר זֶה לַחְשֹׁוב שֶׁיִּהְיֶה שְׁמִירָה לַיַּיִן בִּכְלֵי כֶּסֶף וְזָהָב וְלֹא הָיוּ דְּבָרַי אֶלָּא בְּדֶרֶךְ הוֹכָחָה וּרְאָיָה שֶׁאֲנִי מוֹכִיחַ מַזֶּה עַל דָּבָר שֶׁהִלְעִיגָה בּוֹ. וְהָא דְּעָשָׂה לָהּ הוֹכָחָה מִן הַיַּיִן וְלֹא מִן הַמַּיִם, דְּהָא הַשַּׁ"ס קָאָמַר גַּם הַמַּיִם אֵין מִתְקַיְּימִין אֶלָּא בַּפָּחוּת שֶׁבַּכֵּלִים חֲדָא קִלְקוּל הַיַּיִן הוּא טְפֵי מִן הַמַּיִם וְעוֹד הֵם אֵין דַּרְכָּם לִשְׁמוֹר מַיִם בְּכֵלִים אֶלָּא מְבִיאִים מַיִם חֲדָשִׁים מִן הַמַּעְיָין אוֹ מִן הַנָּהָר דְּבַר יוֹם בְּיוֹמוֹ.
« Pourquoi lui as-tu dit cela ? » La version du Ein Yaakov porte : « il dit à sa fille : qui t'a dit cela ? Elle lui dit : Rabbi Yehochoua ben Hanania. — Que lui avais-tu dit ? — Je lui avais dit telle et telle chose. » Cette version est rapportée dans le Dikdouké Soferim d'après un Talmud manuscrit, et elle est juste : César a certainement demandé d'abord à sa fille ce qu'elle lui avait dit. Selon cette version, le père savait donc qu'elle avait parlé la première et qu'il lui avait répondu de cette manière. On peut alors demander pourquoi il dit à Rabbi Yehochoua ben Hanania « pourquoi lui as-tu dit cela », puisqu'il en connaissait déjà la cause ; et dans la réponse de Rabbi Yehochoua ben Hanania, « de la manière même dont elle m'a parlé », etc., qu'y avait-il de nouveau pour César par rapport à ce qu'il tenait déjà de sa fille ? Il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'il faut d'abord résoudre une autre difficulté : quelle raison Rabbi Yehochoua ben Hanania trouvait-il à donner ce conseil de placer dans des vases d'or le vin conservé en réserve ? Pour le vin que l'on boit à table, il convient certes de le boire dans des coupes d'or, et c'est bien ce qu'ils faisaient ; mais pour le vin de réserve, quelle différence d'honneur y a-t-il à le laisser dans de la terre cuite ou dans de l'or, puisque personne ne le voit ? Et lorsque la fille de César dit à son père de placer le vin dans des vases d'or, comment a-t-il écouté et accepté ses paroles, quelle raison y trouvait-il ? Il me semble donc qu'il ne parlait pas du vin destiné à la boisson, mais du vin qu'ils avaient coutume de libationner chaque jour pour l'idolâtrie ; ils étaient alors très attachés à la libation de vin pour l'idolâtrie, et chacun gardait chez lui un vin de choix pour en libationner chaque jour, et il en allait de même chez César. C'est de ce vin que Rabbi Yehochoua ben Hanania lui a demandé : comment le conservez-vous ? Elle répondit : dans des vases de terre cuite, comme les autres vins de la maison. Il lui répondit que, vu leur importance, il fallait le conserver dans des vases d'or. Il aurait dû lui dire : l'idolâtrie étant chose importante, il faut conserver son vin dans des vases d'or ; mais il n'a pas voulu prononcer de sa bouche une parole d'importance sur l'idolâtrie, et il a reporté cette importance sur eux — puisque vous êtes des gens d'importance, il convient que vous conserviez ce vin destiné à l'idolâtrie dans des vases d'or. Elle rapporta ce conseil à son père : comment le vin de l'idolâtrie serait-il conservé dans de la terre cuite, alors qu'il convient de le placer dans de l'or ? Son père trouva raison à ses paroles, ordonna de faire ainsi, et le vin s'aigrit. Après avoir demandé à sa fille « qui t'a donné ce conseil ? » et qu'elle eut répondu « Rabbi Yehochoua ben Hanania », puis lui avoir demandé « que lui avais-tu dit ? » et qu'elle eut répondu « je lui avais dit telle et telle chose », il soupçonna Rabbi Yehochoua ben Hanania d'avoir parlé non pas pour les besoins de la discussion, mais pour gâter ce qui était destiné à l'idolâtrie, par haine de l'idolâtrie. Voilà pourquoi il lui demanda « pourquoi lui as-tu dit cela ? » : je te soupçonne d'avoir parlé ainsi par haine de l'idolâtrie, car assurément tu ne te soucies pas de l'honneur de l'idolâtrie au point de dire une parole qui la servirait. Il lui répondit : si j'étais entré le premier avec elle dans ce sujet, ce soupçon aurait eu sa place ; mais c'est elle qui m'a parlé ainsi, et j'ai été contraint de lui répondre de la sorte pour réfuter ses propos, puisqu'elle me dénigrait. Je lui ai dit qu'il y a une preuve dans la conservation du vin, qui ne se garde que dans un récipient de peu de prix ; je ne visais aucun conseil, car je n'ai jamais pensé qu'un homme pût se tromper sur ce point au point de croire que le vin se conserverait dans des vases d'argent et d'or. Mes paroles n'étaient qu'une preuve et une démonstration touchant la chose dont elle s'était moquée. Et s'il a tiré sa preuve du vin plutôt que de l'eau, alors que le Talmud dit aussi que l'eau ne se conserve que dans le moindre des récipients, c'est d'abord que la dégradation du vin est plus marquée que celle de l'eau ; et ensuite qu'ils n'avaient pas coutume de conserver l'eau dans des récipients, mais d'apporter de l'eau fraîche de la source ou du fleuve chaque jour.
💡 Explication

L'expérience confirme la thèse : le vin loge dans l'or tourne. Rachi explicite la réponse de Rabbi Yehochoua — il a répondu dans le registre même de la remarque qui lui était faite, en tirant de la conservation du vin une preuve sur la conservation de la Torah.

César oppose alors un contre-exemple : il existe des gens beaux qui sont savants. La réponse vient au début de 7b, où l'on dira que leur savoir serait plus grand encore s'ils étaient laids. Le folio se referme donc sur une objection ouverte.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).