Sougya : Le folio poursuit l'enquête ouverte en 6a sur l'utilité pratique de la seconde revia. Quatre maîtres l'accrochent chacun à un domaine : Rav Zevid aux olives oubliées et aux dons laissés aux pauvres, Rav Papa aux sentiers que l'on peut couper à travers champs, Rav Nahman bar Yitshak au biour de la paille et du chaume de la septième année, la michna des vœux au sens du mot pluies dans la bouche des hommes.
Un même instant de l'année commande ainsi quatre régimes différents. Une digression donne l'étymologie du mot revia : ce qui féconde la terre, la pluie étant appelée par Rav Yehouda l'époux de la terre.
La sougya passe ensuite à la mesure : un tefah de pénétration pour la première revia, de quoi boucher l'ouverture d'un tonneau pour la seconde. Rav Hisda en tire trois règles sur la malédiction de il retiendra les cieux : la quantité, le moment de la journée, et la répartition sur le territoire.
Chacune se heurte à une objection et reçoit une distinction : nuées épaisses contre nuages tenus, pluie déjà tombée à Marhechvan ou non, quantité juste ou excessive. Le folio s'achève sur la bénédiction des pluies : Rabbi Abahou fixe le seuil au moment où les gouttes qui remontent du sol rencontrent celles qui descendent, image du fiancé sortant à la rencontre de la fiancée, et la guemara discute la formule de la conclusion, coupée au milieu de la réponse de Rav Papa.
Celui qui fait vœu « jusqu'aux pluies » : [le vœu court] depuis que les pluies sont tombées, jusqu'à ce que tombe la seconde revia.
La sougya cherche depuis le folio précédent à quoi sert concrètement la date de la seconde revia. Première réponse : au droit des vœux. Celui qui s'interdit un profit « jusqu'aux pluies » a employé un mot de la langue courante, et c'est cette langue qu'il faut interpréter.
Rachi donne deux lectures. Selon la première, les gens n'appellent « pluies » une saison qu'à partir du moment où les chemins deviennent impraticables, donc après la seconde revia. Selon la seconde, le pluriel du mot lui-même indique deux pluies. Les deux aboutissent à la même date.
Rav Zevid dit : pour les olives. Car nous avons appris : à partir de quand tout homme est-il autorisé [à prendre] le leket (les épis glanés), la chikh'ha (la gerbe oubliée) et la pea (le coin du champ) ?
Depuis que les namochot sont passés. Pour le peret (les grains tombés) et les olelot (les grappillons) ?
Depuis que les pauvres sont allés dans la vigne et sont revenus. Pour les olives ?
Depuis que tombe la seconde revia.
Deuxième usage de la date : les dons laissés aux pauvres. Leket, chikh'ha, pea, peret et olelot appartiennent aux pauvres tant que ceux-ci n'y ont pas renoncé. La michna de Pea fixe pour chaque catégorie le signe de ce renoncement, et ce signe varie selon la façon dont on récolte.
Pour le champ, le signe est le passage des namochot, les derniers glaneurs. Pour la vigne, c'est un second passage des pauvres. Pour les olives, que l'on cueille sur l'arbre pendant des semaines, il faut un repère de calendrier : la seconde revia, après laquelle plus rien ne se ramasse.
Que signifie « namochot » ? Rabbi Yo'hanan dit : les vieillards qui marchent avec un bâton.
Rech Lakich dit : les glaneurs qui viennent après les glaneurs.
Le mot namochot désigne la dernière vague de pauvres, celle après laquelle plus personne ne retourne au champ. Deux lectures s'affrontent sur son identité.
Pour Rabbi Yo'hanan ce sont les vieillards appuyés sur un bâton : ils avancent lentement et voient tout, donc leur passage épuise le champ. Pour Rech Lakich ce sont les glaneurs qui repassent derrière les glaneurs, selon Rachi un pauvre accompagné de son fils. La différence porte sur la raison du renoncement : la minutie du regard, ou le second passage.
Rav Papa dit : pour savoir jusqu'à quand marcher sur les sentiers autorisés. Car le Maître a dit : chacun marche sur les sentiers autorisés jusqu'à ce que tombe la seconde revia.
Troisième usage : le droit de passage. Parmi les conditions posées par Yehochoua lors du partage du pays figure la permission, pour les voyageurs, de couper à travers les champs privés par des sentiers autorisés.
Cette permission a une limite dans le temps. Après la seconde revia le grain lève, et le piétinement l'abîme ; la tolérance cesse donc à cette date. Rachi rattache la règle au chapitre Merouba de Baba Kama, où sont énumérées ces conditions.
Rav Nahman bar Yitshak dit : pour le biour (le retrait) des fruits de la septième année. Car nous avons appris : jusqu'à quand tire-t-on profit de la paille et du chaume de la septième année et les brûle-t-on ?
Jusqu'à ce que tombe la seconde revia.
Quatrième usage : la chemita. Les produits de la septième année peuvent être consommés ou utilisés tant que leur espèce se trouve encore dans les champs. Passé ce moment vient le biour, le retrait de la maison.
Pour la paille et le chaume, ce moment est la seconde revia : les pluies les transforment en fumier et il n'en reste plus rien dans la campagne. Tossefot signale que cette michna suppose une position précise sur les repousses (sefihim), position que Rabbi Akiva ne partage pas.
Quel en est le motif ? Car il est écrit : « et pour ton bétail et pour l'animal qui est dans ton pays » : tant que l'animal des champs y trouve à manger, donne à manger à ton bétail dans la maison ; dès que cela a disparu des champs pour l'animal, fais-le disparaître de la maison pour ton bétail.
Le verset de Vayikra 25,7 associe le bétail domestique et l'animal des champs dans le même droit sur les produits de la septième année. Les Sages en tirent une règle de mesure : ce que le propriétaire garde chez lui ne doit pas dépasser ce que la nature offre encore librement à tous.
Le biour découle de cette égalité. Quand une espèce a disparu des champs, la réserve gardée à la maison perd son titre. Rachi précise grammaticalement le mot kala, employé deux fois avec deux sens : un constat, puis un ordre.
Rabbi Abahou dit : que signifie le terme « revia » ? Une chose qui féconde la terre.
Conformément à Rav Yehouda, qui a dit : la pluie est l'époux de la terre, ainsi qu'il est dit : « Car de même que descendent la pluie et la neige depuis les cieux, et qu'elles n'y retournent pas sans avoir abreuvé la terre, l'avoir fait enfanter et germer. »
Après quatre applications pratiques, la guemara revient au mot lui-même. La racine de revia désigne l'union féconde : la pluie pénètre le sol et le rend producteur.
Rav Yehouda appuie l'image sur Yechayahou 55,10, où le verset emploie deux verbes de naissance pour la terre arrosée. L'image explique aussi les deux mesures qui vont suivre : une pluie compte à partir du moment où elle pénètre réellement, et non lorsqu'elle mouille seulement la surface.
Et Rabbi Abahou dit encore : la première revia — de quoi pénétrer dans le sol d'un tefah (un palme). La seconde — de quoi boucher avec [la boue] l'ouverture d'un tonneau.
Rav Hisda dit : des pluies tombées en quantité suffisante pour boucher avec elles l'ouverture d'un tonneau ne relèvent pas de « il retiendra ».
Deux mesures concrètes, vérifiables par n'importe quel paysan. Pour la première revia, il faut que l'eau soit descendue d'un tefah dans le sol. Pour la seconde, que la terre soit assez trempée pour qu'on en façonne un bouchon de tonneau sans ajouter d'eau.
Rav Hisda transforme la seconde mesure en critère théologique : une pluie de cette force suffit à écarter la malédiction de « il retiendra les cieux » (Devarim 11,17). Le verset ne vise que l'année où la pluie reste en deçà de ce seuil.
Et Rav Hisda dit : des pluies tombées avant « il retiendra » ne relèvent pas de « il retiendra ».
Seconde règle de Rav Hisda, portant cette fois sur le moment. Le verset « il retiendra les cieux » se lit chaque jour dans le second paragraphe du Chema. Une pluie tombée avant cette lecture écarte la malédiction pour ce moment-là.
Rachi souligne le point important : cette règle vaut même pour une pluie faible. Le critère de quantité du segment précédent cède ici la place à un critère d'heure.
Abaye dit : nous n'avons dit cela que pour le « il retiendra » du soir ; mais avant le « il retiendra » du matin, elles relèvent bien de « il retiendra ». Car Rav Yehouda bar Yitshak a dit : ces nuages du matin sont sans consistance, ainsi qu'il est écrit : « Que te ferai-je, Efraim ?
Que te ferai-je, Yehouda ? Votre bonté est comme la nuée du matin, etc. »
Abaye restreint la règle. Une pluie qui tombe pendant la journée, donc avant le Chema du soir, témoigne d'un ciel qui donne. Une pluie tombée au petit matin, avant le Chema du matin, vient de nuées passagères.
La preuve est un verset de Hochea qui compare la bonté fugitive d'Efraim à la nuée du matin. Rachi ajoute la conséquence agricole : une telle année ne reçoit pas de bénédiction.
Rav Papa dit à Abaye : mais les gens disent bien : « pluie à l'heure où l'on ouvre les portes — ânier, replie ton sac et va dormir » ! [La contradiction] n'est pas difficile : ici, un ciel noué de nuées épaisses ; là, un ciel noué de nuages tenus.
Rav Papa oppose à Abaye un dicton populaire. La pluie du petit matin annonce une journée entière de pluie et une année d'abondance : le marchand de grain peut aller se coucher, son grain ne vaudra plus grand-chose.
La réponse distingue deux aspects du ciel du matin. Un ciel noué de nuées épaisses (eiba) tiendra sa promesse ; un ciel de nuages tenus (anana) se dissipera. Le dicton et la règle d'Abaye décrivent chacun l'un de ces deux matins.
Rav Yehouda dit : heureuse l'année dont le mois de Tevet est veuf. Certains disent : pour que les tarbitse ne restent pas en friche ; d'autres disent : pour qu'elle ne subisse pas la nielle.
En est-il ainsi ? Rav Hisda n'a-t-il pas dit : heureuse l'année dont le mois de Tevet est fangeux !
[La contradiction] n'est pas difficile : ici, la pluie était venue dès le début ; là, la pluie n'était pas venue au début.
Un mois de Tevet veuf est un mois sans pluie. Rav Yehouda y voit un bien, pour deux raisons rapportées : selon la première lecture de Rachi, les chemins restent praticables et les maisons d'étude ne se vident pas ; selon la seconde, les jardins ne souffrent pas de l'excès d'eau et le grain échappe à la nielle.
Rav Hisda dit l'inverse : heureuse l'année où Tevet est fangeux. La guemara sépare les deux situations. Quand les pluies de Marhechvan sont tombées en leur temps, le monde à son compte et un Tevet sec vaut mieux. Quand elles ont manqué, Tevet doit rattraper le retard.
Et Rav Hisda dit encore : des pluies tombées sur une partie du pays et non sur l'autre ne relèvent pas de « il retiendra ». En est-il ainsi ?
Mais il est écrit : « Et moi aussi je vous ai retenu la pluie alors qu'il restait trois mois avant la moisson ; j'ai fait pleuvoir sur une ville et je n'ai pas fait pleuvoir sur une autre ville ; une parcelle a reçu la pluie, etc. », et Rav Yehouda a dit au nom de Rav : les deux sont une malédiction !
Troisième règle de Rav Hisda, portant sur la répartition. Une pluie qui tombe sur une région et pas sur l'autre n'est pas une retenue des cieux, puisque la région arrosée vendra son grain à l'autre.
L'objection vient d'Amos 4,7, où ce partage est présenté comme un châtiment. Rav déclare même les deux régions maudites : celle qui n'a rien reçu, et celle qui a reçu trop, dont la récolte est gâtée.
[La contradiction] n'est pas difficile : ici, il en est tombé beaucoup ; là, il en est tombé autant qu'il fallait. Rav Achi dit : le texte le précise aussi, car il est écrit « temater » : elle sera un lieu de pluie.
Apprends-en [qu'il en est bien ainsi].
La distinction porte sur la quantité reçue par la région arrosée. Si elle a reçu la mesure juste, elle nourrit sa voisine et la situation reste une bénédiction. Si elle a reçu un déluge, sa propre récolte est perdue et les deux régions souffrent.
Rav Achi lit la forme temater du verset d'Amos comme « elle sera un lieu de pluie », c'est-à-dire un endroit saturé d'eau. Le verset décrit donc l'excès, et la règle de Rav Hisda garde sa place pour la pluie mesurée.
Rabbi Abahou dit : à partir de quand récite-t-on la bénédiction sur les pluies ? Depuis que le fiancé sort à la rencontre de la fiancée.
La bénédiction sur la pluie exige un seuil visible. Rabbi Abahou le décrit par une image : le moment où l'eau déjà posée sur le sol répond à l'eau qui descend. Rachi rapporte deux explications, l'une au nom de son maître : la goutte qui tombe fait jaillir une goutte à sa rencontre ; l'autre : les rues ruissellent l'une vers l'autre.
Le Roch retient la première et en fait la halakha, avant de renvoyer aux autres bénédictions sur la pluie : ha-tov ve-ha-metiv et chehehiyanou, traitées au dernier chapitre de Berakhot.
Quelle bénédiction dit-on ? Rav Yehouda a dit au nom de Rav : « Nous Te rendons grâce, Hachem notre D.ieu, pour chaque goutte que Tu as fait descendre pour nous. » Et Rabbi Yo'hanan la conclut ainsi : « Quand notre bouche serait pleine de chant comme la mer, et notre langue de jubilation comme le grondement de ses vagues, etc. », jusqu'à : « que Ta miséricorde ne nous abandonne pas, Hachem notre D.ieu, et Tu ne nous as pas abandonnés ; béni sois-Tu, à qui va la plupart des actions de grâce ».
La formule de base est brève et énumérative : la reconnaissance porte sur chaque goutte prise séparément. Rabbi Yo'hanan la prolonge par le texte de Nichmat, récité le matin de Chabbat, jusqu'à sa conclusion.
C'est cette conclusion, « la plupart des actions de grâce », qui va poser une difficulté au segment suivant.
« La plupart des actions de grâce » et non « toutes les actions de grâce » ? Rava dit : dis plutôt « D.ieu des actions de grâce ».
Rav Papa dit : dès lors
La formule transmise loue Hachem comme Celui à qui va la plupart des actions de grâce, ce qui laisserait entendre qu'une part revient ailleurs. Rava corrige donc en modifiant une lettre : au lieu de rov, la plupart, lire El, D.ieu des actions de grâce, ce qui les englobe toutes.
La réponse de Rav Papa est coupée au bas du folio : il proposera de dire les deux formules ensemble, comme le rapporte déjà le Roch cité plus haut. La suite se lit en 7a.
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).