Sougya : Le folio s'ouvre sur la fin du récit de l'arbre du désert, dont la bénédiction sert de modèle à celle que Rabbi Yits'hak adresse à Rav Nahman : quand un homme a déjà la Torah, la richesse et les enfants, il ne reste à lui souhaiter que des descendants qui lui ressemblent. La guemara revient ensuite à la pluie et travaille les deux mots du verset de Devarim : yoré, la première pluie, et malkoch, la dernière.
Une longue baraita cherche le sens du nom yoré — elle enseigne aux gens de préparer leurs toits et leurs récoltes, elle abreuve la terre, elle tombe avec douceur — puis demande si le mot ne désignerait pas au contraire une pluie qui détruit ; la réponse fait servir chacun des deux mots à garantir l'autre, et le verset de Yoël vient fonder la yoré elle-même. Vient alors la question de la date : yoré en Marheshvan et malkoch en Nissan, ou bien Tichri et Iyar, ou bien Kislev ?
Le folio s'achève sur la baraita des trois revi'ot — précoce, moyenne, tardive — avec les dates de Rabbi Meir, de Rabbi Yehouda et de Rabbi Yossi, la halakha de Rav Hisda, et la question de la fonction propre de chacune des trois.
... qu'ils soient comme toi. Toi aussi, par quoi te bénirais-je ?
Si c'est par la Torah — voici, tu as la Torah ; si c'est par la richesse — voici, tu as la richesse ; si c'est par les enfants — voici, tu as les enfants. Mais plutôt : que ce soit Sa volonté que les rejetons de tes entrailles soient comme toi.
La phrase achève le récit commencé à la page précédente : un voyageur épuisé trouve dans le désert un arbre chargé de fruits, ombreux, avec une source à ses pieds ; au moment de partir il cherche par quoi le bénir et ne trouve rien qui lui manque. Le mashal se retourne alors sur l'homme à qui l'on parle — Rav Nahman — qui a lui aussi la Torah, la richesse et les enfants.
La seule bénédiction qui reste possible porte sur ce qui n'est pas encore acquis : la continuité. Les biens présents ne peuvent être augmentés par un souhait ; ce qui peut l'être, c'est qu'ils se retrouvent dans la génération suivante.
Nos maîtres ont enseigné : « yoré » — parce qu'elle enseigne (moré) aux créatures d'enduire leurs toits, de rentrer leurs fruits et de faire tous leurs besoins. Autre explication : parce qu'elle abreuve (marvé) la terre et l'irrigue jusqu'à l'abîme, ainsi qu'il est dit : « Tu abreuves ses sillons, tu affaisses ses mottes, tu l'amollis par des ondées, tu bénis sa végétation. » Autre explication : « yoré » — parce qu'elle descend avec douceur et ne descend pas avec violence.
La baraita cherche pourquoi la première pluie porte le nom de yoré. Les trois explications tirent le mot de trois racines différentes : moré (enseigner), marvé (abreuver), et une troisième qui joue sur la manière dont la pluie tombe.
La première lecture est sociale : la pluie arrive comme un avertissement qui met les gens au travail avant l'hiver. La deuxième est agricole et se prouve par un verset de Tehilim. La troisième décrit la qualité même de l'averse, qui doit être douce pour être utile.
Ou bien « yoré » ne veut-il pas dire plutôt qu'elle fait tomber les fruits, qu'elle emporte les semences et qu'elle emporte les arbres ? L'enseignement dit : « malkoch » — de même que la malkoch est pour la bénédiction, ainsi la yoré est pour la bénédiction.
Ou bien « malkoch » ne veut-il pas dire plutôt qu'elle abat les maisons, qu'elle brise les arbres et qu'elle fait monter les sekain ? L'enseignement dit : « yoré » — de même que la yoré est pour la bénédiction, ainsi la malkoch est pour la bénédiction.
La baraita retourne les deux mots en malédiction. Yore peut se rattacher à la racine du tir (yaro), donc à une pluie qui abat ; malkoch peut se lire mal et kaché, une pluie dure qui casse tout. La question est donc de savoir si le verset promet ou menace.
La réponse est un hekech croisé : les deux mots sont accolés dans le même verset, donc chacun impose son registre à l'autre. Rachi précise pourquoi la lecture destructrice tient mal dans chaque sens : en Marheshvan il n'y a plus d'aires de battage à briser, et en Nissan il n'y a pas encore de fruits à faire tomber ; le contenu même des accusations ne correspond pas à la saison.
Tossefot relève justement cette dissymétrie : les dégâts invoqués contre la malkoch ne sont pas les mêmes que ceux invoqués contre la yoré, et il demande pourquoi.
Et la yoré elle-même, d'où le tenons-nous ? De ce qu'il est écrit : « Et vous, enfants de Tsion, exultez et réjouissez-vous en ה' votre D.ieu, car il vous a donné la moré selon la tsedaka, et il a fait descendre pour vous une pluie, moré et malkoch, au premier mois. »
La guemara reprend la faille du raisonnement précédent : si la yoré n'est bonne que parce que la malkoch l'est, et la malkoch que parce que la yoré l'est, la preuve tourne en rond. Il faut donc un appui extérieur pour au moins l'un des deux.
Le verset de Yoël le fournit : il attache explicitement la moré à la tsedaka et en fait un motif de réjouissance. Une fois la yoré établie comme bénédiction par ce verset, le hekech du verset de Devarim suffit pour la malkoch.
Nos maîtres ont enseigné : la yoré en Marheshvan et la malkoch en Nissan. Tu dis : la yoré en Marheshvan et la malkoch en Nissan — ou bien n'est-ce pas plutôt la yoré en Tichri et la malkoch en Iyar ?
L'enseignement dit : « en son temps ».
Après le sens des mots, la baraita passe à la date. La question porte sur un décalage d'un mois : Tichri et Iyar encadrent la même saison agricole que Marheshvan et Nissan.
La réponse tient dans les deux mots be-ito, « en son temps ». La pluie utile est celle qui vient au moment où la terre en a besoin : au semis pour la première, à la maturation du grain pour la dernière. Tichri est trop tôt, Iyar trop tard.
« Malkoch » — Rav Nehilaï bar Idi a dit au nom de Chemouel : une chose qui circoncit (mal) la dureté (kachyout) d'Israël. L'école de Rabbi Yichmael a enseigné : une chose qui remplit (memalé) le grain dans sa tige (be-kachéha).
Dans une baraita on a enseigné : une chose qui descend sur les épis (mélilot) et sur les tiges (kachin).
Trois découpages du même mot, et trois registres. Chemouel entend mal-kachyout, circoncire la dureté : la pluie qui manque ramène le peuple à la techouva. L'école de Rabbi Yichmael entend memalé-kach, remplir la tige : l'averse qui gonfle le grain déjà formé. La baraita entend simplement les mots mélilot et kachin, les épis et les tiges sur lesquels elle tombe.
Les deux dernières lectures décrivent la même réalité agricole ; la première sort du champ agricole et donne au retard de la pluie une fonction morale, qui prépare le sujet du traité, le jeûne.
Nos maîtres ont enseigné : la yoré en Marheshvan et la malkoch en Nissan. Tu dis : la yoré en Marheshvan — ou bien n'est-ce pas plutôt au mois de Kislev ?
L'enseignement dit : « en son temps, yoré et malkoch » — de même que la malkoch est en son temps, ainsi la yoré est en son temps ; car dès lors que Nissan est passé et que les pluies tombent, ce n'est pas un signe de bénédiction.
Même baraita, autre alternative : le décalage n'est plus d'un mois en arrière (Tichri) mais d'un mois en avant (Kislev). La réponse reste le mot be-ito, mais elle est maintenant tirée d'un hekech : ce qui est vrai du terme de la malkoch vaut pour celui de la yoré.
La preuve s'appuie sur un fait admis : une pluie qui tombe après Nissan n'est pas une bénédiction. Puisque la malkoch a une limite stricte, la yoré en a une aussi, et cette limite est Marheshvan.
Il est enseigné dans une autre baraita : la yoré en Marheshvan et la malkoch en Nissan — paroles de Rabbi Meir. Et les Sages disent : la yoré en Kislev.
Ce que la baraita précédente avait écarté comme une simple hypothèse devient ici la position d'un camp. La mahloket est donc réelle : Rabbi Meir place la yoré en Marheshvan, les Sages en Kislev.
Qui sont les Sages ? Rav Hisda a dit : c'est Rabbi Yossi, car il est enseigné dans une baraita : quelle est la première revia ?
La précoce, le trois de Marheshvan ; la moyenne, le sept ; la tardive, le dix-sept — paroles de Rabbi Meir. Rabbi Yehouda dit : le sept, le dix-sept et le vingt-trois.
Pour identifier les Sages, Rav Hisda renvoie à une autre baraita, qui ne donne pas une date unique mais un intervalle : la première revia peut être bekhira (précoce), benonit (moyenne) ou afila (tardive), selon les années.
Le mot revia désigne l'averse qui féconde la terre et permet le semis. Les trois dates de chaque tana bornent le même phénomène ; l'écart entre les tanaim porte sur le moment où l'on peut encore considérer la pluie comme tombée en son temps.
Rabbi Yossi dit : le dix-sept, le vingt-trois et le Roch Hodech de Kislev. Et de même Rabbi Yossi disait : les yehidim ne jeûnent pas avant que n'arrive le Roch Hodech de Kislev.
La position de Rabbi Yossi décale l'ensemble : sa date la plus tardive tombe au Roch Hodech de Kislev, ce qui l'identifie aux Sages de la baraita précédente. L'identification de Rav Hisda tient donc sur ce point précis.
La deuxième phrase donne la conséquence pratique. Les yehidim — les hommes particulièrement pieux, qui jeûnent avant la communauté — ne commencent pas tant que la dernière date possible de la première revia n'est pas passée : avant elle, la pluie n'est pas encore en retard.
Rav Hisda a dit : la halakha est comme Rabbi Yossi. Amemar enseignait ce propos de Rav Hisda dans ces termes : le trois de Marheshvan on demande les pluies, Rabban Gamliel dit : le sept du mois ; Rav Hisda a dit : la halakha est comme Rabban Gamliel.
Le même trancheur, deux rattachements différents. Dans la version courante, Rav Hisda se prononce sur la baraita des trois revi'ot. Dans celle d'Amemar, il se prononce sur la michna de la chéela, la demande de pluie insérée dans la prière, qui oppose le trois et le sept de Marheshvan.
Les deux versions ne disent pas la même chose et n'ont pas la même portée pratique : la première fixe le calendrier des revi'ot, la seconde fixe la date à laquelle on commence à demander la pluie.
Selon qui va cet enseignement de la baraita : Rabban Chimon ben Gamliel dit — des pluies qui sont tombées sept jours l'un après l'autre, tu y comptes une première revia, une deuxième et une troisième ? Selon qui ?
Selon Rabbi Yossi. Rav Hisda a dit : la halakha est comme Rabbi Yossi.
La guemara cherche à qui attribuer une baraita de Rabban Chimon ben Gamliel qui suppose un intervalle fixe de sept jours entre les revi'ot. Seul le calendrier de Rabbi Yossi — dix-sept, vingt-trois, Roch Hodech Kislev — donne cet écart régulier ; Rachi fait le compte chez les autres tanaim pour montrer qu'aucun ne convient.
Tossefot conteste la leçon du texte : l'écart entre le vingt-trois et le Roch Hodech de Kislev est de huit jours et non de sept, ce qui empêche de compter la troisième revia. Il propose donc de retrancher les mots « et une troisième », et rapporte la solution des gens de Narbonne, qui comptent les sept jours de moment à moment à partir du milieu du jour.
Soit pour la première revia — elle sert à demander. La troisième — à jeûner.
Mais la deuxième, à quoi sert-elle ? Rabbi Zeira a dit : aux vœux, car nous avons appris dans une michna :
La guemara demande à quoi sert chacune des trois dates. Les deux extrêmes ont une fonction connue : la première ouvre la chéela, l'insertion de « donne la rosée et la pluie » dans la prière ; la troisième ouvre les jeûnes des yehidim, le lundi, le jeudi et le lundi.
La réponse de Rabbi Zeira pour la deuxième relève d'un tout autre domaine : les nedarim. Un homme qui a formulé un vœu jusqu'aux pluies voit son vœu prendre fin à une date que la michna doit fixer, et c'est la deuxième revia qui la fixe. La citation de cette michna s'ouvre ici et se poursuit au folio suivant.
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).