Taanit 6a — Yore et malkoch : le nom des deux pluies, leur saison, et les trois revi'ot de Marheshvan

Taanit 6a

Sougya : Le folio s'ouvre sur la fin du récit de l'arbre du désert, dont la bénédiction sert de modèle à celle que Rabbi Yits'hak adresse à Rav Nahman : quand un homme a déjà la Torah, la richesse et les enfants, il ne reste à lui souhaiter que des descendants qui lui ressemblent. La guemara revient ensuite à la pluie et travaille les deux mots du verset de Devarim : yoré, la première pluie, et malkoch, la dernière.

Une longue baraita cherche le sens du nom yoré — elle enseigne aux gens de préparer leurs toits et leurs récoltes, elle abreuve la terre, elle tombe avec douceur — puis demande si le mot ne désignerait pas au contraire une pluie qui détruit ; la réponse fait servir chacun des deux mots à garantir l'autre, et le verset de Yoël vient fonder la yoré elle-même. Vient alors la question de la date : yoré en Marheshvan et malkoch en Nissan, ou bien Tichri et Iyar, ou bien Kislev ?

Le folio s'achève sur la baraita des trois revi'ot — précoce, moyenne, tardive — avec les dates de Rabbi Meir, de Rabbi Yehouda et de Rabbi Yossi, la halakha de Rav Hisda, et la question de la fonction propre de chacune des trois.

Les deux pluies du verset : yoré et malkoch Devarim 11, 14 : Je donnerai la pluie de votre terre en son temps, yoré et malkoch. YORÉ — la première pluie MALKOCH — la dernière pluie 1. moré : elle enseigne aux gens d'enduire les toits, de rentrer les fruits, de faire tous leurs besoins. 2. marvé : elle abreuve la terre jusqu'à l'abîme. 3. be-nahat : elle descend avec douceur, non avec violence. 1. Chemouel : mal kachyout — elle circoncit la dureté d'Israël. 2. École de R. Yichmael : memalé kach — elle remplit le grain dans sa tige. 3. Baraita : mélilot et kachin — les épis, les tiges. Saison : Marheshvan (ou Kislev, selon les Sages). Saison : Nissan. Le point commun établi par la baraita : les deux mots sont des mots de bénédiction. Chacun sert de garant à l'autre, et le verset de Yoël vient fonder la yoré elle-même, pour que la preuve ne tourne pas en rond.
Le plan du folio : deux mots d'un même verset, chacun avec ses lectures, sa saison et sa garantie de bénédiction.
Les trois revi'ot : qui place quoi, et quand Marheshvan 3 7 17 23 Roch Hodech Kislev Rabbi Meir Rabbi Yehouda Rabbi Yossi Les trois points d'une même ligne : bekhira (précoce), benonit (moyenne), afila (tardive). Rabbi Yossi seul espace ses trois dates de sept jours en sept jours : 17, 23, Roch Hodech Kislev.
Le calendrier des trois revi'ot. L'écart régulier de sept jours chez Rabbi Yossi servira de preuve à la fin du folio.
Le fil halakhique du folio : trois énoncés de Rav Hisda Version courante Sur la baraita des revi'ot : la halakha suit Rabbi Yossi. Donc : 17 et 23 Marheshvan, puis Roch Hodech Kislev. Version d'Amemar Il rattache le même propos à la michna de la chéela : 3 Marheshvan, ou 7 selon Rabban Gamliel — halakha comme Rabban Gamliel. Preuve indirecte Rabban Chimon ben Gamliel : sept jours de pluie de suite comptent pour deux revi'ot. Seul Rabbi Yossi donne cet écart. Nafka mina pratique : la date à partir de laquelle on insère la demande de pluie dans la prière, et la date à partir de laquelle les yehidim commencent à jeûner quand la pluie n'est pas tombée. Rachi signale que Rabbenou lisait ici une troisième version : la halakha suit Rabbi Yehouda, qui place la précoce le 7 Marheshvan — date à laquelle on commence alors la demande de pluie.
Les trancheurs du folio et ce qui en dépend : la date de la demande de pluie et celle du jeûne des yehidim.
1
יִהְיוּ כְּמוֹתְךָ. אַף אַתָּה, בַּמֶּה אֲבָרְכֶךָּ? אִם בַּתּוֹרָה — הֲרֵי תּוֹרָה, אִם בְּעֹושֶׁר — הֲרֵי עֹושֶׁר, אִם בְּבָנִים — הֲרֵי בָּנִים, אֶלָּא: יְהִי רָצוֹן שֶׁיִּהְיוּ צֶאֱצָאֵי מֵעֶיךָ כְּמוֹתְךָ.

... qu'ils soient comme toi. Toi aussi, par quoi te bénirais-je ?

Si c'est par la Torah — voici, tu as la Torah ; si c'est par la richesse — voici, tu as la richesse ; si c'est par les enfants — voici, tu as les enfants. Mais plutôt : que ce soit Sa volonté que les rejetons de tes entrailles soient comme toi.

📜 Rachi (1)
יִהְיוּ כְּמוֹתְךָ בַּתּוֹרָה וּלְעֹושֶׁר וְכָבוֹד:
en Torah, en richesse et en honneur.
🪔 Ben Yehoyada (1)
אַף אַתָּה, בַּמֶּה אֲבָרְכֶךָּ? אִם בַּתּוֹרָה? הֲרֵי יֵשׁ לְךָ תּוֹרָה! וְכוּ'.. בְּעֵין יַעֲקֹב גָּרֵיס נָמֵי 'וְאִם לְגַדְּלָהּ? הֲרֵי יֵשׁ לְךָ גְּדוֹלָה!' אַךְ בַּגְּמָרָא לָא גָּרֵיס גְּדוֹלָה. וְצָרִיךְ לְהָבִין לְגִרְסַת הַגְּמָרָא אַמַּאי לָא נָקֵיט גְּדֻולָּה? וְנִרְאֶה לִי בס"ד מִשּׁוּם שֶׁסִּייֵּם 'יִהְיוּ צֶאֱצָאֵי מֵעֶיךָ כְּמוֹתְךָ' וְאִם יַזְכִּיר גְּדֻולָּה מַשְׁמַע שֶׁיִּהְיוּ כָּמוֹהוּ בִּשְׂרָרָה שֶׁלּוֹ שֶׁהָיָה אַב בֵּית דִּין אִם כֵּן נִרְאֶה כְּאִלּוּ אוֹמֵר שֶׁיִּפָּטֵר וִירָשׁוֹ כִּתְּרוּ! דְּאֵיךְ הַבָּנִים יִקְּחוּ שְׂרָרָה שֶׁל אֲבִיהֶן בְּחַיָּיו? וְאַף עַל גַּב דְּיֵשׁ לוֹמַר שֶׁיִּהְיוּ אַב בֵּית דִּין בְּמָקוֹם אַחֵר בְּחַיֵּי אֲבִיהֶן זֶה רָחוֹק וְאֵינוֹ מֻוכְרָח, מַה שֶּׁאֵין כֵּן בַּתּוֹרָה וְעֹושֶׁר וּבָנִים יִזְכּוּ בְּחַיֵּי אֲבִיהֶן לְכָל זֹאת דְּאֵין זֶה נוֹגֵעַ לַאֲבִיהֶם. וְדַע כִּי רַב נַחְמָן זֶה הַמִּתְבָּרֵךְ הוּא רַב נַחְמָן שֶׁהָיָה חֲתַן הַנָּשִׂיא, וְהָיָה אַב בֵּית דִּין וְהָיָה עָשִׁיר גָּדוֹל וּכְמוֹ שֶׁכָּתוּב בְּסֵדֶר הַדּוֹרוֹת.
« Toi aussi, par quoi te bénirais-je ? Si c'est par la Torah ? Voici, tu as déjà la Torah ! », etc. — Dans le Ein Yaakov on lit aussi « et si c'est par la grandeur ? Voici, tu as déjà la grandeur ! », mais la guemara ne lit pas « grandeur ». Il faut comprendre, selon la version de la guemara, pourquoi elle ne retient pas la grandeur. Il me semble avec l'aide du Ciel que c'est parce qu'il conclut « que les rejetons de tes entrailles soient comme toi » : s'il mentionnait la grandeur, cela reviendrait à dire qu'ils lui ressembleraient dans son autorité, lui qui était av beit din, et il paraîtrait alors dire qu'il s'en irait et qu'ils hériteraient de sa couronne. Car comment des fils prendraient-ils l'autorité de leur père de son vivant ? Et bien que l'on puisse répondre qu'ils seraient av beit din ailleurs du vivant de leur père, cela est éloigné et n'a rien de contraignant ; tandis que pour la Torah, la richesse et les enfants, ils peuvent y accéder du vivant de leur père, car cela ne touche en rien à leur père. Et sache que ce Rav Nahman qui reçoit la bénédiction est le Rav Nahman qui était le gendre du nassi, qui était av beit din et un très grand riche, comme il est écrit dans le Seder haDorot.
💡 Explication

La phrase achève le récit commencé à la page précédente : un voyageur épuisé trouve dans le désert un arbre chargé de fruits, ombreux, avec une source à ses pieds ; au moment de partir il cherche par quoi le bénir et ne trouve rien qui lui manque. Le mashal se retourne alors sur l'homme à qui l'on parle — Rav Nahman — qui a lui aussi la Torah, la richesse et les enfants.

La seule bénédiction qui reste possible porte sur ce qui n'est pas encore acquis : la continuité. Les biens présents ne peuvent être augmentés par un souhait ; ce qui peut l'être, c'est qu'ils se retrouvent dans la génération suivante.

2
תָּנוּ רַבָּנַן: ״יוֹרֶה״ — שֶׁמּוֹרֶה אֶת הַבְּרִיּוֹת לְהָטִיחַ גַּגּוֹתֵיהֶן, וּלְהַכְנִיס אֶת פֵּירוֹתֵיהֶן, וְלַעֲשׂוֹת כָּל צָרְכֵיהֶן. דָּבָר אַחֵר: שֶׁמַּרְוֶה אֶת הָאָרֶץ וּמַשְׁקָהּ עַד תְּהוֹם, שֶׁנֶּאֱמַר: ״תְּלָמֶיהָ רַוֵּה נַחֵת גְּדוּדֶיהָ בִּרְבִיבִים תְּמֹגְגֶנָּה צִמְחָהּ תְּבָרֵךְ״. דָּבָר אַחֵר: ״יוֹרֶה״ — שֶׁיּוֹרֵד בְּנַחַת וְאֵינוֹ יוֹרֵד בְּזַעַף.

Nos maîtres ont enseigné : « yoré » — parce qu'elle enseigne (moré) aux créatures d'enduire leurs toits, de rentrer leurs fruits et de faire tous leurs besoins. Autre explication : parce qu'elle abreuve (marvé) la terre et l'irrigue jusqu'à l'abîme, ainsi qu'il est dit : « Tu abreuves ses sillons, tu affaisses ses mottes, tu l'amollis par des ondées, tu bénis sa végétation. » Autre explication : « yoré » — parce qu'elle descend avec douceur et ne descend pas avec violence.

📜 Rachi (7)
יוֹרֶה וְנָתַתִּי מְטַר אַרְצְכֶם בְּעִתּוֹ יוֹרֶה וּמַלְקוֹשׁ (דְּבָרִים י״א:י״ד):
« Je donnerai la pluie de votre terre en son temps, yoré et malkoch » (Devarim 11, 14).
יוֹרֶה רְבִיעָה רִאשׁוֹנָה הַיּוֹרֶדֶת בְּמַרְחֶשְׁוָן כְּדִלְקַמָּן לָמָּה נִקְרָא יוֹרָה שֶׁמּוֹרֶה לָהֶן לְהָטִיחַ גַּגּוֹתֵיהֶן בְּטִיחַ שֶׁל טִיט שֶׁלֹּא יִטְּפוּ גְּשָׁמִים בַּבַּיִת:
la première revia, celle qui tombe en Marheshvan, comme plus loin. Pourquoi l'appelle-t-on yoré ? Parce qu'elle leur enseigne d'enduire leurs toits d'un enduit d'argile, afin que les pluies ne gouttent pas dans la maison.
וּלְהַכְנִיס פֵּירוֹתֵיהֶן שֶׁהִנִּיחוֹ בַּשָּׂדוֹת לְיַיבְּשָׁן עַד עַכְשָׁיו:
qu'ils avaient laissés dans les champs pour les faire sécher jusqu'à maintenant.
כָּל צָרְכֵיהֶן שְׁאָר דְּבָרִים הַצְּרִיכִים לִימוֹת הַגְּשָׁמִים:
les autres choses nécessaires pour la saison des pluies.
תְּלָמֶיהָ רָוָה כְּשֶׁאַתָּה מְרַוֶּה תַּלְמֵי חֲרִישָׁה שֶׁל אֶרֶץ יִשְׂרָאֵל:
quand tu abreuves les sillons de labour de la terre d'Israël.
נַחַת הוּא לִגְדוּדֶיהָ בְּנֵי אָדָם הַייְנוּ פְּשַׁט הַמִּקְרָא וּלְקַמֵּיהּ דְּרֵישׁ שָׁאפֵי' גְּיָיסוֹת פּוֹסְקוֹת בּוֹ:
des êtres humains : tel est le sens simple du verset. Plus loin on l'expose autrement, que même les troupes s'arrêtent à cause d'elle.
שֶׁיּוֹרֵד בְּנַחַת וְהָכִי מַשְׁמַע יוֹרֶה כְּאָדָם שֶׁמּוֹרֶה לְתַלְמִידָיו בְּנַחַת דִּכְתִיב (קֹהֶלֶת ט׳:י״ז) דִּבְרֵי חֲכָמִים בְּנַחַת נִשְׁמָעִים אִי נָמֵי לְשׁוֹן חֵץ יוֹרֶה הַהוֹלֵךְ בְּיֹושֶׁר וְאֵינוֹ נוֹטֶה לְכָאן וּלְכָאן לָשׁוֹן אַחֵר שֶׁמִּתְכַּוֵּין לָאָרֶץ וְאֵינוֹ יוֹרֵד בְּזַעַף בְּסִפְרֵי:
et voici ce que suggère le mot yoré : comme un homme qui enseigne à ses élèves avec douceur, ainsi qu'il est écrit (Kohelet 9, 17) « les paroles des sages s'entendent dans le calme ». Ou bien c'est un terme de tir : la flèche que l'on tire va droit et ne dévie ni d'un côté ni de l'autre. Autre version : elle vise la terre et ne descend pas avec violence — ainsi dans le Sifri.
🪔 Ben Yehoyada (2)
'יוֹרֶה', שֶׁמּוֹרֶה אֶת הַבְּרִיּוֹת לְהָטִיחַ גַּגּוֹתֵיהֶן. נִרְאֶה לִי בס"ד הַטַּעַם שֶׁקָּרָא הַכָּתוּב אֶת הַיּוֹרָה בְּשֵׁם מוֹרֶה, דִּכְתִיב (יוֹאֵל ב, כג) 'כִּי נָתַן לָכֶם אֶת הַמּוֹרֶה לִצְדָקָה' וְלֹא אָמַר 'אֶת הַיּוֹרָה' כִּי מוֹרֶה אוֹתִיּוֹת מַהֲרוּ, רוֹצֶה לוֹמַר מַהֲרוּ לְהָטִיחַ הַגַּגּוֹת וּלְהַכְנִיס הַפֵּירוֹת וְלַעֲשׂוֹת שְׁאָר צְרָכִים דְּהַמָּטָר מְזֻומָּן לָבֹא. וְגַם בְּ'מַלְקוֹשׁ' שֶׁהוּא הָאַחֲרוֹן נִרְאֶה לִי בס"ד מַלְקוֹשׁ אוֹתִיּוֹת קוּם לָשׁ, כְּלוֹמַר גְּמַר בִּישּׁוּל הַתְּבוּאָה וְקָרוֹב אַתָּה לָלוּשׁ עִיסָּה מִמֶּנָּה. אוֹ יוּבָן מַלְקוֹשׁ אוֹתִיּוֹת מְלוּ שַׂק, כְּלוֹמַר נִגְמַר גִּידּוּל הַתְּבוּאָה וּתְמַלְּאוּ עַתָּה שַׂקִּים מִמֶּנָּה לְהוֹבִילָה לְאוֹצָר. וְזֶהוּ שֶׁנֶּאֱמַר (תְּהִלִּים קמה, טו) 'עֵינֵי כֹל אֵלֶיךָ יְשַׂבֵּרוּ וְאַתָּה נוֹתֵן לָהֶם אֶת אָכְלָם בְּעִתּוֹ', עִתּוֹ גֵּימַטְרְיָא מַלְקוֹשׁ [476] .
« Yore » : parce qu'elle enseigne aux créatures d'enduire leurs toits. Il me semble avec l'aide du Ciel que la raison pour laquelle l'Écriture appelle la yoré du nom de moré — comme il est écrit (Yoël 2, 23) « car il vous a donné la moré selon la tsedaka », et non « la yoré » — tient à ce que moré a les mêmes lettres que maharou, c'est-à-dire : hâtez-vous d'enduire les toits, de rentrer les fruits et de faire les autres besoins, car la pluie est prête à venir. Et pour « malkoch », qui est la dernière, il me semble avec l'aide du Ciel que malkoch a les lettres de koum louch, c'est-à-dire : la maturation du grain est achevée et te voilà près d'en pétrir une pâte. Ou bien on l'entendra comme les lettres de mélo sak, c'est-à-dire : la croissance du grain est achevée, remplissez-en maintenant des sacs pour la porter au grenier. Et c'est ce qui est dit (Tehilim 145, 15) « les yeux de tous espèrent en toi, et tu leur donnes leur nourriture en son temps » — ito a la valeur numérique de malkoch [476].
וּמַשְׁקֶה עַד הַתְּהוֹם. בְּעֵין יַעֲקֹב הַגִּרְסָא וּמַשְׁקֶה 'אֶת' הַתְּהוֹם וְצָרִיךְ לְהָבִין הַתְּהוֹם כֻּולּוֹ מַיִם וּמַאי בָּעֵי בְּהַשְׁקָאַת הַמָּטָר? וְגַם לְגִרְסַת 'עַד' הַתְּהוֹם קָשֶׁה הֲלֹא הַמָּטָר מַשְׁקֶה פְּנֵי הַקַּרְקַע וְאֵינוֹ יוֹרֵד עַד הַתְּהוֹם שֶׁהוּא רַב הַמֶּרְחָק מְאֹד. וְנִרְאֶה לִי בס"ד עַל פִּי מַה שֶּׁכָּתַב רַבֵּינוּ הָאֲרִ"י זַ"ל בְּסֵפֶר הַלְּקוּטִים פָּרָשַׁת וַיִּשְׁלַח שֶׁיֵּשׁ בְּדוֹמֵם תַּעֲרֹובֶת נִיצוֹצֵי קְדֻושָּׁה וּמִתְבָּרְרִים וְעוֹלִים עַל יְדֵי הַמָּטָר בְּכֹחַ אוֹר רוּחָנִי הַיּוֹרֵד עִמּוֹ מִלְמַעְלָה וְהוּא מֵאִיר בָּהֶם וּמִחְיָה וּמַעֲלֶה אוֹתָם יְעֻויַּן שָׁם. וּבָזֶה מוּבָן אוֹמְרוֹ מַשְׁקֶה 'עַד' הַתְּהוֹם אוֹ 'אֶת' הַתְּהוֹם, הַכַּוָּונָה עַל אוֹר קְדֻושָּׁה הָרוּחָנִי הַיּוֹרֵד עִם הַמָּטָר מִלְמַעְלָה שֶׁכּוֹחוֹ וְהֶאָרָתוֹ מִתְפַּשֶּׁטֶת וְיוֹרֶדֶת עַד הַתְּהוֹם לְהָאִיר לְנִיצוֹצֵי קְדֻושָּׁה וְהַשְׁקָאָה זוֹ הִיא עִנְיַן הֶאָרָה, וְכֵן אוֹמְרוֹ 'אֶת' הַתְּהוֹם הַכַּוָּונָה עַל נִיצוֹצֵי קְדֻושָּׁה הַסְּגוּרִים בַּמַּיִם הַתַּחְתּוֹנִים שֶׁבַּתְּהוֹם, וּמַייְתִי עַל זֶה הַפָּסוּק (תְּהִלִּים סה, יא) 'תְּלָמֶיהָ רָוָה נַחַת גְּדוּדֶיהָ' פֵּירוּשׁ גְּדוּדֶיהָ קָאֵי עַל נִיצוֹצֵי קְדֻושָּׁה שֶׁמֵּהֶם נִבְרָא חַייָּלוֹת שֶׁל מַלְאָכִים, כִּי עַל כֵּן הַצַּדִּיק נִקְרָא אִישׁ חַיִל וְהַצַּדֶּקֶת אֵשֶׁת חַיִל וְסִיֵּים 'צָמְחָה תְּבָרֵךְ' רוֹצֶה לוֹמַר צֶמַח הֵ"א דְּאֵלּוּ הֲנִיצוֹצֵי קְדֻושָּׁה הֵם שַׁייָּכִים לִבְחִינַת הֵ"א אַחֲרוֹנָה שֶׁבַּשֵּׁם, תְּבָרֵךְ אוֹתָם.
« Et elle irrigue jusqu'à l'abîme. » Dans le Ein Yaakov la version est « et elle irrigue l'abîme ». Il faut comprendre : l'abîme est tout entier fait d'eau, à quoi lui sert donc l'arrosage de la pluie ? Et même selon la version « jusqu'à » l'abîme la difficulté demeure : la pluie arrose la surface du sol et ne descend pas jusqu'à l'abîme, qui en est très éloigné. Il me semble avec l'aide du Ciel, d'après ce qu'a écrit notre maître le Ari de mémoire bénie dans le Sefer haLikoutim, parachat Vayichlah, qu'il y a dans le domem (le règne minéral) un mélange de nitsotsot (étincelles) de sainteté, qui sont triées et qui montent par le moyen de la pluie, par la force d'une lumière spirituelle qui descend avec elle d'en haut, qui les éclaire, les fait vivre et les fait monter ; vois-y. Ainsi se comprend « elle irrigue jusqu'à l'abîme », ou « l'abîme » : il s'agit de la lumière sainte et spirituelle qui descend d'en haut avec la pluie, dont la force et l'éclat se répandent et descendent jusqu'à l'abîme pour éclairer les nitsotsot de sainteté — cet arrosage étant affaire d'illumination. De même « l'abîme » vise les nitsotsot de sainteté enfermées dans les eaux inférieures de l'abîme. Et il apporte là-dessus le verset (Tehilim 65, 11) « tu abreuves ses sillons, tu affaisses ses mottes » : guedoudéha renvoie aux nitsotsot de sainteté dont sont créées les armées d'anges, car c'est bien pourquoi le juste est appelé ich hayil et la femme vertueuse echet hayil ; et il conclut « tu bénis sa végétation », c'est-à-dire le tsemah du hé, car ces nitsotsot de sainteté relèvent du hé final du Nom — qu'Il les bénisse.
💡 Explication

La baraita cherche pourquoi la première pluie porte le nom de yoré. Les trois explications tirent le mot de trois racines différentes : moré (enseigner), marvé (abreuver), et une troisième qui joue sur la manière dont la pluie tombe.

La première lecture est sociale : la pluie arrive comme un avertissement qui met les gens au travail avant l'hiver. La deuxième est agricole et se prouve par un verset de Tehilim. La troisième décrit la qualité même de l'averse, qui doit être douce pour être utile.

🖼️ Schéma
Les trois lectures du mot yoré YORÉ Racine moré : enseigner Elle avertit les gens : enduire les toits d'argile, rentrer les fruits laissés à sécher dans les champs. Racine marvé : abreuver Elle pénètre la terre jusqu'à l'abîme. Preuve : Tehilim 65, 11. La manière de tomber Elle descend avec douceur et non avec violence. Rachi : comme le maître qui enseigne posément.
Un seul mot, trois racines possibles : chacune décrit un aspect réel de la première pluie.
3
אוֹ אֵינוֹ ״יוֹרֶה״, אֶלָּא שֶׁמַּשִּׁיר אֶת הַפֵּירוֹת, וּמַשְׁטִיף אֶת הַזְּרָעִים, וּמַשְׁטִיף אֶת הָאִילָנוֹת — תַּלְמוּד לוֹמַר: ״מַלְקוֹשׁ״, מַה מַלְקוֹשׁ לִבְרָכָה — אַף יוֹרֶה לִבְרָכָה. אוֹ אֵינוֹ ״מַלְקוֹשׁ״, אֶלָּא שֶׁמַּפִּיל אֶת הַבָּתִּים, וּמְשַׁבֵּר אֶת הָאִילָנוֹת, וּמַעֲלֶה אֶת הַסַּקָּאִין — תַּלְמוּד לוֹמַר: ״יוֹרֶה״, מַה יוֹרֶה לִבְרָכָה — אַף מַלְקוֹשׁ לִבְרָכָה.

Ou bien « yoré » ne veut-il pas dire plutôt qu'elle fait tomber les fruits, qu'elle emporte les semences et qu'elle emporte les arbres ? L'enseignement dit : « malkoch » — de même que la malkoch est pour la bénédiction, ainsi la yoré est pour la bénédiction.

Ou bien « malkoch » ne veut-il pas dire plutôt qu'elle abat les maisons, qu'elle brise les arbres et qu'elle fait monter les sekain ? L'enseignement dit : « yoré » — de même que la yoré est pour la bénédiction, ainsi la malkoch est pour la bénédiction.

📜 Rachi (7)
ה"ג אוֹ אֵינוֹ אֶלָּא שֶׁשּׁוֹטֵף אֶת הַזְּרָעִים כְּלוֹמַר דְּעַד הַשְׁתָּא אָמְרִינַן יוֹרֶה לִבְרָכָה אוֹ אֵינוֹ אֶלָּא יוֹרֶה לְשׁוֹן קְלָלָה כְּמוֹ יָרָה יִיָּרֶה (שְׁמוֹת י״ט:ה׳) שֶׁשּׁוֹבֵר הַכֹּל אוֹ לְשׁוֹן חֵץ הַיּוֹרָה וְהָכִי מַשְׁמַע קְרָא וְהָיָה אִם שָׁמֹועַ תִּשְׁמְעוּ אֶל מִצְוֹתַי וְגוֹ' וְאִם לָאו וְנָתַתִּי מְטַר אַרְצְכֶם יוֹרֶה לְרָעָה מִלְּתָא בְּעָלְמָא הוּא וְאוֹרְחָא דְּבָרַיְיתָא לְמִתְנֵי כִּי הַאי גַוְונָא:
C'est ainsi qu'il faut lire. C'est-à-dire : jusqu'ici nous disions que la yoré est pour la bénédiction ; ou bien « yoré » ne serait-il pas un terme de malédiction, comme « yaro yiyaré » (Chemot 19), qui brise tout, ou bien un terme de flèche que l'on tire ? Et voici ce que suggérerait le verset : « si vous écoutez mes commandements... », et si vous n'écoutez pas, « je donnerai la pluie de votre terre », une yoré pour le mal. Ce n'est là qu'une manière de parler, et c'est l'usage de la baraita d'enseigner de cette façon.
מַשִּׁיר פֵּירוֹתֵיהֶן שֶׁעוֹדָן בְּאִילָן כְּגוֹן אֶתְרוֹגִים אוֹ רִמּוֹנִים אוֹ סוֹפֵי תְּאֵנִים וְלָא גָּרְסִינַן שׁוֹטֵף אֶת הַגְּרָנוֹת דִּגְרָנוֹת בְּמַרְחֶשְׁוָן לֵיכָּא:
ceux qui sont encore sur l'arbre, comme les étroguim, les grenades ou les dernières figues. Et l'on ne lit pas « elle emporte les aires de battage », car en Marheshvan il n'y a pas d'aires.
מַה מַלְקוֹשׁ לִבְרָכָה שא"א לְדָורְשׁוֹ לְשַׁבֵּר גְּרָנוֹת וּלְהַשִּׁיר פֵּירוֹת שֶׁאֵינָם מְצוּיִים בְּאוֹתוֹ הַפֶּרֶק וְאִי אַתָּה יָכוֹל לְדָורְשׁוֹ אֶלָּא לְטוֹבָה שֶׁיּוֹרֵד עַל הַמְּלִילוֹת וְעַל הַקַּשִּׁין וּמְמַלֵּא אֶת הַתְּבוּאָה בְּקַשֶּׁיהָ:
car il est impossible de l'expliquer comme brisant les aires et faisant tomber les fruits, qui ne se trouvent pas à cette saison ; tu ne peux donc l'expliquer qu'en bien : elle descend sur les épis et sur les tiges et remplit le grain dans sa tige.
הֲדַר אָמַר דִּלְמָא מַלְקוֹשׁ קְלָלָה הוּא וְהָכִי מַשְׁמַע שֶׁמָּל וְקָשֶׁה כְּלוֹמַר מָל אֶת הַבָּתִּים וְהָאִילָנוֹת שֶׁמַּפִּילָן וּמְשַׁבְּרָן וְקָשֶׁה לִתְבוּאָה:
Il revient alors et dit : peut-être « malkoch » est-il une malédiction, et voici ce qu'il suggérerait — mal et kaché, c'est-à-dire qu'elle tranche les maisons et les arbres, qu'elle les abat et les brise, et qu'elle est dure pour le grain.
שֶׁמַּפִּיל אֶת הַבָּתִּים וּמַשְׁמָעוֹ כְּדִלְקַמָּן שֶׁמָּל קַשְׁיוּתָן שֶׁל יִשְׂרָאֵל אִי נָמֵי שֶׁמָּל דָּבָר הַקָּשֶׁה חוֹתֵךְ וּמְשַׁבֵּר אֶת הַבָּתִּים כְּלוֹמַר אֵין בּוֹ תַּקָּלַת גְּרָנוֹת וְהַשָּׁרַת פֵּירוֹת לְפִי שא"א לוֹ:
et son sens serait, comme plus loin, qu'elle circoncit la dureté d'Israël ; ou bien qu'elle tranche ce qui est dur, qu'elle coupe et brise les maisons. C'est-à-dire qu'il n'y a pas chez elle de dégât aux aires ni de chute des fruits, parce que cela lui est impossible.
שֶׁמַּעֲלֶה סַקָּאִים וּבְרָכָה דִּקְרָא לְמִילּוּי מַיִם בּוֹרוֹת שִׁיחִין וּמְעָרוֹת גִּימְגּוּם:
et la bénédiction dont parle le verset porterait alors sur le remplissage des citernes, des fosses et des grottes — explication qui bredouille.
סַקַּאי מִין אַרְבֶּה כְּדִמְתַרְגֵּם הַצִּלְצָל (דְּבָרִים כח) סַקָּאָהּ וּמַלְקוֹשׁ לְשׁוֹן אַרְבֶּה כְּמוֹ וְהִנֵּה לֶקֶשׁ אַחַר גִּזֵּי הַמֶּלֶךְ (עָמוֹס ז׳:א׳):
une espèce de sauterelle, comme le Targoum traduit ha-tselatsal (Devarim 28) par sekaa ; et malkoch serait un terme de sauterelle, comme « et voici un lékèch après la fauche du roi » (Amos 7, 1).
🗂️ Tossefot (1)
מַלְקוֹשׁ לִבְרָכָה אוֹ אֵינוֹ אֶלָּא שֶׁמַּפִּיל הַבָּתִּים וּמְשַׁבֵּר הָאִילָנוֹת וְכוּ'. צ"ע אַמַּאי לָא קָאָמַר וּמְשַׁבֵּר הַגְּרָנוֹת וּמַשִּׁיר אֶת הַפֵּירוֹת כְּדִלְעֵיל:
« La malkoch est pour la bénédiction ; ou bien n'est-ce pas plutôt qu'elle abat les maisons et brise les arbres », etc. Il y a lieu d'examiner pourquoi il ne dit pas ici « et elle brise les aires et fait tomber les fruits », comme plus haut.
💡 Explication

La baraita retourne les deux mots en malédiction. Yore peut se rattacher à la racine du tir (yaro), donc à une pluie qui abat ; malkoch peut se lire mal et kaché, une pluie dure qui casse tout. La question est donc de savoir si le verset promet ou menace.

La réponse est un hekech croisé : les deux mots sont accolés dans le même verset, donc chacun impose son registre à l'autre. Rachi précise pourquoi la lecture destructrice tient mal dans chaque sens : en Marheshvan il n'y a plus d'aires de battage à briser, et en Nissan il n'y a pas encore de fruits à faire tomber ; le contenu même des accusations ne correspond pas à la saison.

Tossefot relève justement cette dissymétrie : les dégâts invoqués contre la malkoch ne sont pas les mêmes que ceux invoqués contre la yoré, et il demande pourquoi.

🖼️ Schéma
Bénédiction ou malédiction : les deux mots se garantissent l'un l'autre Hava amina sur YORÉ Hava amina sur MALKOCH Elle fait tomber les fruits, emporte les semences, emporte les arbres. Racine : yaro, tirer, abattre. Elle abat les maisons, brise les arbres, fait monter les sauterelles. Lecture : mal kaché, une pluie dure. Réponse : le verset dit aussi malkoch, qui est pour la bénédiction — donc yoré aussi. Réponse : le verset dit aussi yoré, qui est pour la bénédiction — donc malkoch aussi. Rachi : chaque accusation tombe d'elle-même, car les dégâts invoqués ne correspondent pas à la saison du mot visé. Faiblesse du procédé : les deux appuis se tiennent l'un l'autre. D'où la question du segment suivant, sur la yoré elle-même.
Le hekech croisé du verset, et la faille qu'il laisse ouverte.
4
וְיוֹרָה גּוּפֵיהּ מִנָּלַן — דִּכְתִיב: ״וּבְנֵי צִיּוֹן גִּילוּ וְשִׂמְחוּ בַּה׳ אֱ-לֹהֵיכֶם כִּי נָתַן לָכֶם אֶת הַמּוֹרֶה לִצְדָקָה וַיּוֹרֶד לָכֶם גֶּשֶׁם מוֹרֶה וּמַלְקוֹשׁ בָּרִאשׁוֹן״.

Et la yoré elle-même, d'où le tenons-nous ? De ce qu'il est écrit : « Et vous, enfants de Tsion, exultez et réjouissez-vous en ה' votre D.ieu, car il vous a donné la moré selon la tsedaka, et il a fait descendre pour vous une pluie, moré et malkoch, au premier mois. »

📜 Rachi (1)
אֶת הַמּוֹרֶה לִצְדָקָה אַלְמָא יוֹרֶה לְטוֹבָה:
il en ressort donc que la yoré est pour le bien.
🪔 Ben Yehoyada (1)
וְיוֹרֶה גּוּפֵיהּ, מְנָא לַן? דִּכְתִיב: (יוֹאֵל ב, כג) "כִּי נָתַן לָכֶם אֶת הַמּוֹרֶה לִצְדָקָה". נִרְאֶה לִי בס"ד הַמּוֹרֶה [256] עִם הַכּוֹלֵל עוֹלֶה מִסֵּפֶר לִבְרָכָה [257] .
« Et la yoré elle-même, d'où le tenons-nous ? De ce qu'il est écrit (Yoël 2, 23) : car il vous a donné la moré selon la tsedaka. » Il me semble avec l'aide du Ciel que ha-moré [256], avec le kollel, atteint le compte de li-vrakha [257].
💡 Explication

La guemara reprend la faille du raisonnement précédent : si la yoré n'est bonne que parce que la malkoch l'est, et la malkoch que parce que la yoré l'est, la preuve tourne en rond. Il faut donc un appui extérieur pour au moins l'un des deux.

Le verset de Yoël le fournit : il attache explicitement la moré à la tsedaka et en fait un motif de réjouissance. Une fois la yoré établie comme bénédiction par ce verset, le hekech du verset de Devarim suffit pour la malkoch.

5
תָּנוּ רַבָּנַן: יוֹרֶה בְּמַרְחֶשְׁוָן, וּמַלְקוֹשׁ בְּנִיסָן. אַתָּה אוֹמֵר: יוֹרֶה בִּמְרַחְשְׁוָן וּמַלְקוֹשׁ בְּנִיסָן, אוֹ אֵינוֹ אֶלָּא יוֹרֶה בְּתִשְׁרִי וּמַלְקוֹשׁ בְּאִיָּיר? תַּלְמוּד לוֹמַר: ״בְּעִתּוֹ״.

Nos maîtres ont enseigné : la yoré en Marheshvan et la malkoch en Nissan. Tu dis : la yoré en Marheshvan et la malkoch en Nissan — ou bien n'est-ce pas plutôt la yoré en Tichri et la malkoch en Iyar ?

L'enseignement dit : « en son temps ».

📜 Rachi (2)
ה"ג אוֹ אֵינוֹ אֶלָּא יוֹרֶה בְּתִשְׁרִי וּמַלְקוֹשׁ בְּאִיָּיר שֶׁיֵּשׁ עֲדַיִן מְלִילוֹת וְקָשִׁין:
C'est ainsi qu'il faut lire : « ou bien n'est-ce pas plutôt la yoré en Tichri et la malkoch en Iyar » — car il y a encore alors des épis et des tiges.
ת"ל בְּעִתּוֹ יוֹרֶה בִּמְרַחְשְׁוָן וּמַלְקוֹשׁ בְּנִיסָן שֶׁכָּךְ הִיא הָעֵת וְהַזְּמַן וְיָפֶה הוּא כְּדִלְקַמָּן דִּזְמַן רְבִיעָה רִאשׁוֹנָה בְּמַרְחֶשְׁוָן הוּא אִית סְפָרִים דְּכָתוּב בְּהוּ אוֹ אֵינוֹ אֶלָּא בְּכִסְלֵיו דִּזְמַן יוֹרֶה בְּכִסְלֵיו הוּא וּכְרַבָּנָן דִּפְלִיגִי עָלֶיהָ דר"מ לְקַמָּן ת"ל בְּעִתּוֹ יוֹרֶה וּמַלְקוֹשׁ מַה מַלְקוֹשׁ בְּעִתּוֹ אַף יוֹרֶה בְּעִתּוֹ דְּמַלְקוֹשׁ זֶהוּ שֶׁיּוֹרֵד עַל הַמְּלִילוֹת וְעַל הַקַּשִּׁין וְזֶהוּ נִיסָן שֶׁיֵּשׁ בּוֹ קָשִׁין וּמַלִּילוּ:
la yoré en Marheshvan et la malkoch en Nissan, car tel est le temps et le moment, et cela convient, comme plus loin : le temps de la première revia est en Marheshvan. Il y a des livres où il est écrit « ou bien n'est-ce pas en Kislev », le temps de la yoré étant en Kislev, selon les Sages qui contestent Rabbi Meir plus loin ; l'enseignement dit alors « en son temps, yoré et malkoch » : de même que la malkoch est en son temps, ainsi la yoré est en son temps — car la malkoch est celle qui descend sur les épis et sur les tiges, et c'est Nissan, où il y a des tiges et des épis.
💡 Explication

Après le sens des mots, la baraita passe à la date. La question porte sur un décalage d'un mois : Tichri et Iyar encadrent la même saison agricole que Marheshvan et Nissan.

La réponse tient dans les deux mots be-ito, « en son temps ». La pluie utile est celle qui vient au moment où la terre en a besoin : au semis pour la première, à la maturation du grain pour la dernière. Tichri est trop tôt, Iyar trop tard.

6
״מַלְקוֹשׁ״ — אָמַר רַב נְהִילַאי בַּר אִידִי אָמַר שְׁמוּאֵל: דָּבָר שֶׁמָּל קַשְׁיוּתֵיהֶן שֶׁל יִשְׂרָאֵל. דְּבֵי רַבִּי יִשְׁמָעֵאל תַּנָּא: דָּבָר שֶׁמְּמַלֵּא תְּבוּאָה בְּקַשֶּׁיהָ. בְּמַתְנִיתָא תַּנָּא: דָּבָר שֶׁיּוֹרֵד עַל הַמְּלִילוֹת וְעַל הַקַּשִּׁין.

« Malkoch » — Rav Nehilaï bar Idi a dit au nom de Chemouel : une chose qui circoncit (mal) la dureté (kachyout) d'Israël. L'école de Rabbi Yichmael a enseigné : une chose qui remplit (memalé) le grain dans sa tige (be-kachéha).

Dans une baraita on a enseigné : une chose qui descend sur les épis (mélilot) et sur les tiges (kachin).

📜 Rachi (4)
דָּבָר שֶׁמָּל קַשְׁיוּתָן שֶׁל יִשְׂרָאֵל שֶׁכְּשֶׁאֵינוֹ יוֹרֵד חוֹזְרִין יִשְׂרָאֵל בִּתְשׁוּבָה וּמִתְעַנִּין וְעוֹשִׂין צְדָקוֹת:
car lorsqu'elle ne tombe pas, Israël revient au repentir, jeûne et fait des actes de tsedaka.
שֶׁמְּמַלֵּא תְּבוּאָה בְּקַשֶּׁיהָ וּמִשְּׁלֵימָה:
et l'achève.
מְלִילוֹת רָאשֵׁי שֶׁיְּבוֹלוֹת שֶׁאָדָם מוֹלֵל בְּיָדוֹ כְּדִכְתִיב (דְּבָרִים כ״ג:כ״ו) וְקָטַפְתָּ מְלִילוֹת בְּיָדְךָ:
les têtes d'épis que l'on froisse à la main, comme il est écrit (Devarim 23, 26) « tu cueilleras des épis à la main ».
וְקָשִׁין קָנֶה:
la tige.
💡 Explication

Trois découpages du même mot, et trois registres. Chemouel entend mal-kachyout, circoncire la dureté : la pluie qui manque ramène le peuple à la techouva. L'école de Rabbi Yichmael entend memalé-kach, remplir la tige : l'averse qui gonfle le grain déjà formé. La baraita entend simplement les mots mélilot et kachin, les épis et les tiges sur lesquels elle tombe.

Les deux dernières lectures décrivent la même réalité agricole ; la première sort du champ agricole et donne au retard de la pluie une fonction morale, qui prépare le sujet du traité, le jeûne.

🖼️ Schéma
Trois découpages du mot malkoch Chemouel mal + kachyout Elle circoncit la dureté d'Israël. Registre moral : quand elle manque, on revient au repentir (Rachi). École de R. Yichmael memalé + kach Elle remplit le grain dans sa tige. Registre agricole : elle achève l'épi déjà formé. Baraita mélilot + kachin Elle descend sur les épis et sur les tiges. Registre descriptif : le mot nomme ce sur quoi elle tombe.
Le même mot lu trois fois : une lecture morale, une lecture agricole, une lecture descriptive.
7
תָּנוּ רַבָּנַן: יוֹרֶה בְּמַרְחֶשְׁוָן, וּמַלְקוֹשׁ בְּנִיסָן. אַתָּה אוֹמֵר יוֹרֶה בִּמְרַחְשְׁוָן, אוֹ אֵינוֹ אֶלָּא בְּחֹדֶשׁ כִּסְלֵיו? תַּלְמוּד לוֹמַר: ״בְּעִתּוֹ יוֹרֶה וּמַלְקוֹשׁ״, מַה מַלְקוֹשׁ בְּעִתּוֹ — אַף יוֹרֶה בְּעִתּוֹ, כֵּיוָן שֶׁיָּצָא נִיסָן וְיָרְדוּ גְּשָׁמִים אֵינוֹ סִימַן בְּרָכָה.

Nos maîtres ont enseigné : la yoré en Marheshvan et la malkoch en Nissan. Tu dis : la yoré en Marheshvan — ou bien n'est-ce pas plutôt au mois de Kislev ?

L'enseignement dit : « en son temps, yoré et malkoch » — de même que la malkoch est en son temps, ainsi la yoré est en son temps ; car dès lors que Nissan est passé et que les pluies tombent, ce n'est pas un signe de bénédiction.

💡 Explication

Même baraita, autre alternative : le décalage n'est plus d'un mois en arrière (Tichri) mais d'un mois en avant (Kislev). La réponse reste le mot be-ito, mais elle est maintenant tirée d'un hekech : ce qui est vrai du terme de la malkoch vaut pour celui de la yoré.

La preuve s'appuie sur un fait admis : une pluie qui tombe après Nissan n'est pas une bénédiction. Puisque la malkoch a une limite stricte, la yoré en a une aussi, et cette limite est Marheshvan.

8
תַּנְיָא אִידָךְ: יוֹרֶה בִּמְרַחְשְׁוָן וּמַלְקוֹשׁ בְּנִיסָן, דִּבְרֵי רַבִּי מֵאִיר. וַחֲכָמִים אוֹמְרִים: יוֹרֶה בְּכִסְלֵיו.

Il est enseigné dans une autre baraita : la yoré en Marheshvan et la malkoch en Nissan — paroles de Rabbi Meir. Et les Sages disent : la yoré en Kislev.

💡 Explication

Ce que la baraita précédente avait écarté comme une simple hypothèse devient ici la position d'un camp. La mahloket est donc réelle : Rabbi Meir place la yoré en Marheshvan, les Sages en Kislev.

9
מַאן חֲכָמִים? אָמַר רַב חִסְדָּא: רַבִּי יוֹסֵי הִיא, דְּתַנְיָא: אֵיזוֹ הִיא רְבִיעָה רִאשׁוֹנָה? הַבַּכִּירָה — בִּשְׁלֹשָׁה בְּמַרְחֶשְׁוָן, בֵּינוֹנִית — בְּשִׁבְעָה בּוֹ, אֲפִילָה — בְּשִׁבְעָה עָשָׂר בּוֹ, דִּבְרֵי רַבִּי מֵאִיר. רַבִּי יְהוּדָה אוֹמֵר: בְּשִׁבְעָה, וּבְשִׁבְעָה עָשָׂר, וּבְעֶשְׂרִים וּשְׁלֹשָׁה.

Qui sont les Sages ? Rav Hisda a dit : c'est Rabbi Yossi, car il est enseigné dans une baraita : quelle est la première revia ?

La précoce, le trois de Marheshvan ; la moyenne, le sept ; la tardive, le dix-sept — paroles de Rabbi Meir. Rabbi Yehouda dit : le sept, le dix-sept et le vingt-trois.

📜 Rachi (4)
הֵי רְבִיעָה אֵיזֶה זְמַן רְבִיעָה:
c'est-à-dire : quel est le temps de la revia.
בְּכִירָה רִאשׁוֹנָה וּלְקַמָּן מְפָרֵשׁ לְמַאי הִלְכְתָא נִינְהוּ יוֹרֶה יֵשׁ בּוֹ ג' זְמַנֵּי גְּשָׁמִים:
la précoce, la première. Plus loin on explique pour quelle halakha elles sont énoncées. La yoré comporte trois temps de pluie.
אֲפִילָה אַחֲרוֹנָה כְּמוֹ כִּי אֲפִילוֹת הֵנָּה (שְׁמוֹת ט׳:ל״ב):
la dernière, comme dans « car elles sont tardives » (Chemot 9, 32).
ר' יְהוּדָה אוֹמֵר בְּכִירָה בַּז' בְּמַרְחֶשְׁוָן וּבֵינוֹנִית בי"ז וַאֲפֵילָה בכ"ג וְכוּלְּהוּ הָנֵי תְּלָתָא יוֹרֶה קָרֵי לְהוּ:
la précoce le sept de Marheshvan, la moyenne le dix-sept et la tardive le vingt-trois ; et ces trois-là, il les appelle toutes yoré.
💡 Explication

Pour identifier les Sages, Rav Hisda renvoie à une autre baraita, qui ne donne pas une date unique mais un intervalle : la première revia peut être bekhira (précoce), benonit (moyenne) ou afila (tardive), selon les années.

Le mot revia désigne l'averse qui féconde la terre et permet le semis. Les trois dates de chaque tana bornent le même phénomène ; l'écart entre les tanaim porte sur le moment où l'on peut encore considérer la pluie comme tombée en son temps.

10
רַבִּי יוֹסֵי אוֹמֵר: בְּשִׁבְעָה עָשָׂר, וּבְעֶשְׂרִים וּשְׁלֹשָׁה, וּבְרֹאשׁ חֹדֶשׁ כִּסְלֵיו. וְכֵן הָיָה רַבִּי יוֹסֵי אוֹמֵר: אֵין הַיְּחִידִים מִתְעַנִּין עַד שֶׁיַּגִּיעַ רֹאשׁ חֹדֶשׁ כִּסְלֵיו.

Rabbi Yossi dit : le dix-sept, le vingt-trois et le Roch Hodech de Kislev. Et de même Rabbi Yossi disait : les yehidim ne jeûnent pas avant que n'arrive le Roch Hodech de Kislev.

📜 Rachi (2)
אֵין הַיְּחִידִים מִתְעַנִּין כּוּ' דְּאָמְרִינַן בְּסָמוּךְ שְׁלִישִׁית לְהִתְעַנּוֹת וְהוֹאִיל וּזְמַן שְׁלִישִׁית בְּרֹאשׁ חֹדֶשׁ הוּא אֵין לִיחִידִים לְהִתְעַנּוֹת:
car nous disons plus bas que la troisième sert à jeûner ; et puisque le temps de la troisième tombe au Roch Hodech, les yehidim n'ont pas à jeûner avant.
יְחִידִים חֲסִידִים וְהָכֵי אָמְרִינַן בְּמָתְנֵי' לְקַמָּן (תַּעֲנִית דַּף י.) הִגִּיעַ י"ז בְּמַרְחֶשְׁוָן וְלֹא יֵרְדוּ גְּשָׁמִים הִתְחִילוּ הַיְּחִידִים לְהִתְעַנּוֹת שֶׁמִּכָּאן וְאֵילָךְ זְמַן רְבִיעָה אֲפִילָה לר"מ דִּסְתָם מַתְנֵי' ר"מ וה"נ אָמַר ר' יוֹסֵי דְּאֵין מִתְעַנִּין עַד ר"ח כִּסְלֵיו דְּהַייְנוּ רְבִיעָה אֲפִילָה וְהַייְנוּ כַּחֲכָמִים דְּאָמְרִי יוֹרֶה בְּכִסְלֵיו:
les yehidim : les hassidim. Et ainsi disons-nous dans la michna plus loin (Taanit 10a) : « quand arrive le dix-sept de Marheshvan sans que les pluies soient tombées, les yehidim commencent à jeûner », car à partir de là commence le temps de la revia tardive selon Rabbi Meir — la michna anonyme étant de Rabbi Meir. Et de même Rabbi Yossi dit que l'on ne jeûne pas avant le Roch Hodech de Kislev, qui est chez lui la revia tardive ; ce qui revient à l'avis des Sages qui disent : la yoré en Kislev.
💡 Explication

La position de Rabbi Yossi décale l'ensemble : sa date la plus tardive tombe au Roch Hodech de Kislev, ce qui l'identifie aux Sages de la baraita précédente. L'identification de Rav Hisda tient donc sur ce point précis.

La deuxième phrase donne la conséquence pratique. Les yehidim — les hommes particulièrement pieux, qui jeûnent avant la communauté — ne commencent pas tant que la dernière date possible de la première revia n'est pas passée : avant elle, la pluie n'est pas encore en retard.

11
אָמַר רַב חִסְדָּא: הֲלָכָה כְּרַבִּי יוֹסֵי. אַמֵּימָר מַתְנֵי לְהָא דְּרַב חִסְדָּא בְּהָא לִישָּׁנָא: בִּשְׁלשָׁה בְּמַרְחֶשְׁוָן שׁוֹאֲלִין אֶת הַגְּשָׁמִים, רַבָּן גַּמְלִיאֵל אוֹמֵר: בְּשִׁבְעָה בּוֹ, אָמַר רַב חִסְדָּא: הֲלָכָה כְּרַבָּן גַּמְלִיאֵל.

Rav Hisda a dit : la halakha est comme Rabbi Yossi. Amemar enseignait ce propos de Rav Hisda dans ces termes : le trois de Marheshvan on demande les pluies, Rabban Gamliel dit : le sept du mois ; Rav Hisda a dit : la halakha est comme Rabban Gamliel.

📜 Rachi (1)
אָמַר רַב חִסְדָּא הֲלָכָה כְּר' יוֹסֵי וְאַמֵּימֵר תָּנֵי לְהָא דְּאָמַר רַב חִסְדָּא הֲלָכָה כְּרַבָּן גַּמְלִיאֵל דְּאֵינוֹ שׁוֹאֵל עַד ז' בְּמַרְחֶשְׁוָן:
et Amemar enseignait ce propos de Rav Hisda ainsi : la halakha est comme Rabban Gamliel, c'est-à-dire que l'on ne demande la pluie qu'à partir du sept de Marheshvan.
💡 Explication

Le même trancheur, deux rattachements différents. Dans la version courante, Rav Hisda se prononce sur la baraita des trois revi'ot. Dans celle d'Amemar, il se prononce sur la michna de la chéela, la demande de pluie insérée dans la prière, qui oppose le trois et le sept de Marheshvan.

Les deux versions ne disent pas la même chose et n'ont pas la même portée pratique : la première fixe le calendrier des revi'ot, la seconde fixe la date à laquelle on commence à demander la pluie.

12
כְּמַאן אָזְלָא הָא דְּתַנְיָא, רַבָּן שִׁמְעוֹן בֶּן גַּמְלִיאֵל אוֹמֵר: גְּשָׁמִים שֶׁיָּרְדוּ שִׁבְעָה יָמִים זֶה אַחַר זֶה אַתָּה מוֹנֶה בָּהֶן רְבִיעָה רִאשׁוֹנָה וּשְׁנִיָּה וּשְׁלִישִׁית, כְּמַאן — כְּרַבִּי יוֹסֵי. אָמַר רַב חִסְדָּא: הֲלָכָה כְּרַבִּי יוֹסֵי.

Selon qui va cet enseignement de la baraita : Rabban Chimon ben Gamliel dit — des pluies qui sont tombées sept jours l'un après l'autre, tu y comptes une première revia, une deuxième et une troisième ? Selon qui ?

Selon Rabbi Yossi. Rav Hisda a dit : la halakha est comme Rabbi Yossi.

📜 Rachi (3)
ז' יָמִים בְּזֶה אַחַר זֶה שֶׁיָּרְדוּ גְּשָׁמִים עַכְשָׁיו וּפָסְקוּ עַד יוֹם שְׁבִיעִי וְיָרְדוּ ז' יָמִים זֶה אַחַר זֶה אַתָּה מוֹנֶה בָּהֶן רִאשׁוֹנָה וּשְׁנִיָּה וּשְׁלִישִׁית:
que les pluies soient tombées maintenant puis se soient arrêtées jusqu'au septième jour, et qu'elles soient tombées sept jours l'un après l'autre : tu y comptes une première, une deuxième et une troisième.
כְּר' יוֹסֵי דְּאַלִּיבָּא דְּר' יוֹסֵי הָכִי הָווּ בֵּין רְבִיעָה רִאשׁוֹנָה וּשְׁנִיָּה אוֹ שְׁנִיָּה וּשְׁלִישִׁית דְּרִאשׁוֹנָה בי"ז וּשְׁנִיָּה בכ"ג דְּהַייְנוּ ז' יָמִים עִם שְׁנַיִם יְמֵי רְבִיעָה ומכ"ג עַד ל' ז' יָמִים בְּלֹא יוֹם רְבִיעָה אַחֲרוֹנָה דִּלְכוּלְּהוּ תַּנָּאֵי לָא הָוֵי הָכִי דלר"מ דְּאָמַר רִאשׁוֹנָה בַּג' וּשְׁנִיָּה בַּז' לֵיכָּא בֵּין זוֹ לָזוֹ אֶלָּא אַרְבָּעָה יָמִים בֵּין שְׁנִיָּה לַשְּׁלִישִׁית יֵשׁ י' יָמִים וְלֵר' יְהוּדָה בֵּין רִאשׁוֹנָה לַשְּׁנִיָּה י' יָמִים אֲבָל בֵּין שְׁנִיָּה לַשְּׁלִישִׁית יֵשׁ יוֹתֵר:
car selon Rabbi Yossi il en va ainsi entre la première revia et la deuxième, ou entre la deuxième et la troisième : la première est le dix-sept et la deuxième le vingt-trois, ce qui fait sept jours en comptant les deux jours de revia ; et du vingt-trois au trente il y a sept jours sans le jour de la dernière revia. Pour les autres tanaim il n'en va pas ainsi : selon Rabbi Meir, qui dit la première le trois et la deuxième le sept, il n'y a entre elles que quatre jours, et entre la deuxième et la troisième il y a dix jours ; et selon Rabbi Yehouda, entre la première et la deuxième il y a dix jours, et entre la deuxième et la troisième il y en a davantage encore.
נִרְאֶה לְרַבִּי דְּהָכִי גָּרְסִינַן אָמַר רַב חִסְדָּא הֲלָכָה כְּר' יְהוּדָה דְּאָמַר בְּכִירָה בַּז' בְּמַרְחֶשְׁוָן וְאָז מַתְחִילִין לִשְׁאוֹל כְּדִלְקַמָּן (תַּעֲנִית דַּף י.):
Il semble à Rabbenou que la leçon est ici : Rav Hisda a dit, la halakha est comme Rabbi Yehouda, qui dit que la précoce est le sept de Marheshvan — et c'est alors que l'on commence à demander la pluie, comme plus loin (Taanit 10a).
🗂️ Tossefot (1)
גְּשָׁמִים שֶׁיָּרְדוּ ז' יָמִים זֶה אַחַר זֶה וְלֹא פָּסְקוּ אַתָּה מוֹנֶה בָּהֶן רְבִיעָה רִאשׁוֹנָה וּשְׁנִיָּה. כֵּיוָן דְּלָא פָּסְקוּ ז' יָמִים דְּאֵין בֵּין י"ז לכ"ג אֶלָּא ז' יָמִים י"ז י"ח י"ט כ' כ"א כ"ב כ"ג אֲבָל לָא גָּרְסִינַן וּשְׁלִישִׁית שֶׁהֲרֵי אִם יַתְחִיל בכ"ג וְיָרְדוּ ז' יָמִים רְצוּפִים אַכַּתִּי לֹא תִּמְצָא רְבִיעָה שְׁלִישִׁית דְּאִיכָּא ח' יָמִים מכ"ג עַד ר"ח כִּסְלֵיו וְאַנְשֵׁי נרבונ"א גּוֹרְסִין גְּשָׁמִים שֶׁיָּרְדוּ ז' יָמִים זֶה אַחַר זֶה אַתָּה מוֹנֶה בָּהֶם רְבִיעָה שְׁנִיָּה וּשְׁלִישִׁית כֵּיצַד הַגְּשָׁמִים הִתְחִילוּ בְּאֶמְצַע הַיּוֹם וְיָרְדוּ ז' יָמִים רְצוּפִים א"כ יָרְדוּ עַד חֲצִי יוֹם שֶׁל ר"ח מֵעֵת לְעֵת:
« Des pluies qui sont tombées sept jours l'un après l'autre sans s'arrêter, tu y comptes une première revia et une deuxième. » Puisqu'elles ne se sont pas arrêtées pendant sept jours — car entre le dix-sept et le vingt-trois il n'y a que sept jours : dix-sept, dix-huit, dix-neuf, vingt, vingt et un, vingt-deux, vingt-trois. Mais nous ne lisons pas « et une troisième », car si elles commençaient le vingt-trois et tombaient sept jours de suite, tu n'aurais toujours pas de troisième revia, puisqu'il y a huit jours du vingt-trois au Roch Hodech de Kislev. Et les gens de Narbonne lisent : « des pluies qui sont tombées sept jours l'un après l'autre, tu y comptes une deuxième revia et une troisième » — comment ? Les pluies ont commencé au milieu du jour et sont tombées sept jours de suite ; elles sont donc tombées jusqu'à la moitié du jour du Roch Hodech, d'un moment à l'autre.
💡 Explication

La guemara cherche à qui attribuer une baraita de Rabban Chimon ben Gamliel qui suppose un intervalle fixe de sept jours entre les revi'ot. Seul le calendrier de Rabbi Yossi — dix-sept, vingt-trois, Roch Hodech Kislev — donne cet écart régulier ; Rachi fait le compte chez les autres tanaim pour montrer qu'aucun ne convient.

Tossefot conteste la leçon du texte : l'écart entre le vingt-trois et le Roch Hodech de Kislev est de huit jours et non de sept, ce qui empêche de compter la troisième revia. Il propose donc de retrancher les mots « et une troisième », et rapporte la solution des gens de Narbonne, qui comptent les sept jours de moment à moment à partir du milieu du jour.

13
בִּשְׁלָמָא רְבִיעָה רִאשׁוֹנָה — לִשְׁאוֹל. שְׁלִישִׁית — לְהִתְעַנּוֹת. שְׁנִיָּה, לְמַאי? אָמַר רַבִּי זֵירָא: לִנְדָרִים, דִּתְנַן:

Soit pour la première revia — elle sert à demander. La troisième — à jeûner.

Mais la deuxième, à quoi sert-elle ? Rabbi Zeira a dit : aux vœux, car nous avons appris dans une michna :

📜 Rachi (2)
רִאשׁוֹנָה לִשְׁאוֹל מִכָּאן וְאֵילָךְ וְתֵן טַל וּמָטָר:
à partir de la, « donne la rosée et la pluie ».
שְׁלִישִׁית לְהִתְעַנּוֹת שֶׁאִם לֹא יָרְדוּ גְּשָׁמִים עַד זְמַן רְבִיעָה שְׁלִישִׁית אַפֵּי' פַּעַם אַחַת מִתְעַנִּין הַיְּחִידִים שֵׁנִי וַחֲמִישִׁי וְשֵׁנִי:
car si les pluies ne sont pas tombées, même une seule fois, jusqu'au temps de la troisième revia, les yehidim jeûnent le lundi, le jeudi et le lundi.
💡 Explication

La guemara demande à quoi sert chacune des trois dates. Les deux extrêmes ont une fonction connue : la première ouvre la chéela, l'insertion de « donne la rosée et la pluie » dans la prière ; la troisième ouvre les jeûnes des yehidim, le lundi, le jeudi et le lundi.

La réponse de Rabbi Zeira pour la deuxième relève d'un tout autre domaine : les nedarim. Un homme qui a formulé un vœu jusqu'aux pluies voit son vœu prendre fin à une date que la michna doit fixer, et c'est la deuxième revia qui la fixe. La citation de cette michna s'ouvre ici et se poursuit au folio suivant.

🖼️ Schéma
À quoi sert chacune des trois revi'ot Première revia La chéela : on commence à dire dans la prière donne la rosée et la pluie. Deuxième revia Les nedarim : elle fixe le terme d'un vœu pris jusqu'aux pluies. Troisième revia Le jeûne : les yehidim jeûnent lundi, jeudi et lundi. La question de la guemara portait sur la deuxième : les deux autres ont une fonction visible, elle non. Rabbi Zeira la trouve hors du domaine de la pluie, dans le droit des vœux — la michna citée ouvre le folio suivant.
Trois dates, trois usages : la prière, les vœux, le jeûne.
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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).