Taanit 10b — Qui est un yahid ? Le jeûne que l'on achève, et les consignes de Yossef pour la route

Taanit 10b

Sougya : Le folio part de la michna qui confie aux yehidim les trois premiers jeûnes, et demande ce que vaut ce titre. Une baraita répond que tout talmid 'hakham est un yahid, puis distingue le yahid, digne d'être nommé responsable de la communauté, et le talmid, capable de répondre sur un point de halakha dans son étude.

Deux baraitot suivantes opposent Rabbi Meir et Rabbi Yossi, puis Rabbi Chimon ben Elazar et Rabban Chimon ben Gamliel, sur le droit de s'imposer soi-même une conduite de yahid : la règle retenue distingue ce qui relève de l'honneur et ce qui relève de la peine. La guemara passe ensuite au régime du jeûne déjà commencé — cause disparue, déplacement d'une ville à l'autre, oubli — puis dérive, par le verset « pourquoi vous montrez-vous ? », vers un long passage aggadique sur les consignes de Yossef à ses frères pour la route : ne pas discuter de halakha en profondeur, ne pas faire de grands pas, entrer dans la ville au jour, et manger peu en voyage.

Yahid et talmid : deux titres, deux définitions Yahid quiconque est digne d'être nommé parnass, responsable de la communauté c'est lui que la michna charge des trois premiers jeûnes, avant le public Talmid quiconque, interrogé sur un point de halakha dans son étude, sait répondre même s'il ne connaît que le traité de kalla, celui de l'année Point de départ de la baraita : qu'un homme ne dise pas je ne suis qu'un élève, donc indigne de ce jeûne. Tous les talmide hakhamim sont des yehidim. Difficulté relevée par Tossefot Chabbat 114a appelle talmid celui qui répond sur tout, et le dit digne d'être parnass. Réponse : le mot talmid a deux emplois — celui qui répond sur tout est le yahid d'ici.
Les deux titres de la baraita et la difficulté que Tossefot y règlent.
Un jeûne commencé : dans quels cas l'achève-t-on ? La cause disparaît le malheur est passé, le malade est guéri il jeûne et achève Rachi : de même s'il est mort Il change de ville on ne jeûne pas chez lui, on jeûne là où il arrive il jeûne avec eux rigueurs du lieu d'arrivée Il change de ville on jeûne chez lui, on ne jeûne pas où il arrive il jeûne et achève rigueurs du lieu quitté Il a oublié, il a mangé et bu qu'il ne se montre pas rassasié devant le public et ne se donne pas d'agréments Verset d'appui : Yaakov à ses fils, pourquoi vous montrez-vous ? (Berechit 42, 1) Rachi : il paraîtrait comme un marié parmi des endeuillés, et on le jalouserait
Le régime du jeûne déjà commencé, et la retenue exigée de celui qui a rompu par oubli.
Les consignes de Yossef à ses frères pour la route 1. Pas de halakha al titragzou ba-derekh de peur que la route ne s'emporte contre vous Rachi : vous vous égareriez 2. Pas de grands pas pessia gassa elle prend un cinq-centième de la lumière des yeux Tossefot : du premier pas 3. Entrer au jour sortir be-ki tov et entrer be-ki tov Rachi : brigands, fossés, soupçon d'espionnage 4. Manger peu pas plus qu'en année de famine deux motifs, voir plus bas Objection et règlement sur la consigne 1 Rabbi Ilai bar Berekhia : deux maîtres qui marchent sans paroles de Tora méritent d'être brûlés Règlement : ligrass, réviser ce qu'on sait, est requis en route ; le'ayouni, approfondir, est écarté Bavel : mechoum meayana à cause des entrailles, que la marche éprouve quand on a trop mangé Maarava : mechoum mezonei à cause des provisions, qui risquent de manquer avant la fin du voyage
Les quatre consignes de la route, l'objection sur l'étude en chemin et les deux motifs du repas mesuré.
1
וּבְיָמִים טוֹבִים הַכְּתוּבִין בִּמְגִילַּת תַּעֲנִית.

Et lors des jours de fête inscrits dans la Meguilat Taanit.

📜 Rachi (1)
וְכֵן בְּיָמִים טוֹבִים הַכְּתוּבִים בִּמְגִילַּת תַּעֲנִית:
Et de même lors des jours de fête inscrits dans la Meguilat Taanit.
⚖️ Rosh (1)
גְּמָ' מַאן יְחִידִים אָמַר רַב הוּנָא רַבָּנַן. וַאֲמַר רַב הוּנָא יְחִידִים מִתְעַנִּין ג' תַּעֲנִיּוֹת שֵׁנִי וַחֲמִישִׁי וְשֵׁנִי. תַּנְיָא נָמֵי הָכִי הַיְּחִידִים מִתְעַנִּין שְׁלֹשָׁה תַּעֲנִיּוֹת שֵׁנִי וַחֲמִישִׁי וְשֵׁנִי. וּמַפְסִיקִין בְּרָאשֵׁי חֳדָשִׁים וּבְיָמִים טוֹבִים הַכְּתוּבִים בִּמְגִילַּת תַּעֲנִית וְהָאִידָּנָא דְּבָטְלָה מְגִילַּת תַּעֲנִית אֵין מַפְסִיקִין אֶלָּא בַּחֲנֻוכָּה וּבְפוּרִים וְדַוְקָא הַיְּחִידִים אֲבָל צִבּוּר לֹא כְּדִתְנַן (לְקַמָּן תַּעֲנִית דַּף טו:) אֵין גּוֹזְרִין תַּעֲנִית עַל הַצִּבּוּר בְּרָאשֵׁי חֳדָשִׁים בַּחֲנֻוכָּה וּבְפוּרִים וְאִם הִתְחִילוּ אֵין מַפְסִיקִין. ת"ר לֹא יֹאמַר אָדָם תַּלְמִיד אֲנִי וְאֵינִי רָאוּי לְכָךְ אֶלָּא כָּל הַתַּלְמִידִים רְאוּיָן לְכָךְ. וְאֵיזֶהוּ יָחִיד וְאֵיזֶהוּ תַּלְמִיד. יָחִיד כֹּל שֶׁרָאוּי לְמַנּוֹתוֹ פַּרְנָס עַל הַצִּבּוּר. תַּלְמִיד כָּל שֶׁשּׁוֹאֲלִין אוֹתוֹ דָּבָר הֲלָכָה בְּהַשַּׁ"ס וְאוֹמְרוֹ וְאַפֵּי' בְּמַסֶּכֶת כַּלָּה. תָּנוּ רַבָּנַן לֹא כָּל הָרוֹצֶה לַעֲשׂוֹת עַצְמוֹ יָחִיד עוֹשֶׂה וְהַתַּלְמִידִים אֵין עוֹשִׂין אֶת עַצְמָן יְחִידִים דִּבְרֵי ר' מֵאִיר וְר' יוֹסֵי אוֹמֵר עוֹשֶׂה וְזָכוּר לַטּוֹב שֶׁאֵינוֹ שֶׁבַח לוֹ אֶלָּא צַעַר הוּא לוֹ. תַּנְיָא אִידַּךְ לֹא כָּל הָרוֹצֶה לַעֲשׂוֹת אֶת עַצְמוֹ יָחִיד עוֹשֶׂה וְתַלְמִידִים עוֹשִׂין עַצְמָן יְחִידִים דִּבְרֵי ר' שִׁמְעוֹן בֶּן אֶלְעָזָר. רַבָּן שִׁמְעוֹן בֶּן גַּמְלִיאֵל אוֹמֵר דָּבָר שֶׁל שֶׁבַח אֵינוֹ עוֹשֶׂה וְשֶׁל צַעַר עוֹשֶׂה:
Guemara : qui sont les yehidim ? Rav Houna dit : les maîtres. Et Rav Houna a dit : les yehidim jeûnent trois jeûnes, lundi, jeudi et lundi. Une baraita enseigne de même : les yehidim jeûnent trois jeûnes, lundi, jeudi et lundi, et ils interrompent aux roch hodech et aux jours de fête inscrits dans la Meguilat Taanit. Et aujourd'hui que la Meguilat Taanit est abolie, on n'interrompt que pour 'Hanouka et pour Pourim. Cela vaut précisément pour les yehidim, mais non pour la communauté, comme nous l'avons appris (plus loin, Taanit 15b) : on ne décrète pas de jeûne sur la communauté aux roch hodech, à 'Hanouka et à Pourim, et s'ils ont commencé, ils n'interrompent pas. Nos maîtres ont enseigné : qu'un homme ne dise pas : je ne suis qu'un élève et je n'en suis pas digne ; au contraire, tous les élèves en sont dignes. Et qui est un yahid, et qui est un talmid ? Le yahid : quiconque est digne d'être nommé parnass, responsable de la communauté. Le talmid : quiconque, interrogé sur un point de halakha dans le Talmud, sait le dire, et même s'il ne s'agit que du traité de kalla. Nos maîtres ont enseigné : tous ceux qui veulent se faire yahid ne le peuvent pas, et les élèves ne se font pas yehidim — paroles de Rabbi Meir. Et Rabbi Yossi dit : il le fait, et il est mentionné en bien, car cela ne lui vaut aucun éloge mais seulement de la peine. Il est enseigné dans une autre baraita : tous ceux qui veulent se faire yahid ne le peuvent pas, et les élèves se font yehidim — paroles de Rabbi Chimon ben Elazar. Rabban Chimon ben Gamliel dit : ce qui relève de l'honneur, il ne le fait pas ; ce qui relève de la peine, il le fait.
💡 Explication

Ces quelques mots achèvent la baraita citée en 10a sur les trois jeûnes des yehidim : ils les interrompent aux roch hodech et aux jours de fête portés sur la Meguilat Taanit, cette liste ancienne de dates où le jeûne est écarté.

Le Roch tire ici la halakha pratique : la Meguilat Taanit ayant été abolie, la règle d'interruption ne subsiste que pour 'Hanouka et Pourim, et elle ne vaut que pour les jeûnes des yehidim, non pour un jeûne décrété sur la communauté.

2
תָּנוּ רַבָּנַן: אַל יֹאמַר אָדָם תַּלְמִיד אֲנִי, אֵינִי רָאוּי לִהְיוֹת יָחִיד, אֶלָּא: כָּל תַּלְמִידֵי חֲכָמִים יְחִידִים. אֵיזֶהוּ יָחִיד וְאֵיזֶהוּ תַּלְמִיד? יָחִיד — כֹּל שֶׁרָאוּי לְמַנּוֹתוֹ פַּרְנָס עַל הַצִּבּוּר, תַּלְמִיד — כָּל שֶׁשּׁוֹאֲלִין אוֹתוֹ דָּבָר הֲלָכָה בְּתַלְמוּדוֹ וְאוֹמֵר, וַאֲפִילּוּ בְּמַסֶּכְתָּא דְּכַלָּה.

Nos maîtres ont enseigné : qu'un homme ne dise pas : je ne suis qu'un élève, je ne suis pas digne d'être un yahid ; au contraire, tous les talmide hakhamim sont des yehidim. Qui est un yahid et qui est un talmid ?

Le yahid — quiconque est digne d'être nommé parnass, responsable de la communauté. Le talmid — quiconque, interrogé sur un point de halakha dans son étude, sait le dire, et même s'il ne s'agit que du traité de kalla.

📜 Rachi (1)
תַּלְמִיד אֲנִי וְאֵינִי חָשׁוּב כָּל כָּךְ כִּיחִידִים כְּלוֹמַר אֵינִי רָאוּי לְהַתְחִיל תַּעֲנִית עִם הַיְּחִידִים:
Je ne suis qu'un élève — et je ne compte pas autant que les yehidim, c'est-à-dire : je ne suis pas digne de commencer le jeûne avec les yehidim.
🗂️ Tossefot (1)
אֵיזֶהוּ יָחִיד כו' שֶׁרָאוּי לְמַנּוֹתוֹ פַּרְנָס עַל הַצִּבּוּר לִהְיוֹת פַּרְנָס וְאֵיזֶהוּ תַּלְמִיד. כֹּל שֶׁשּׁוֹאֲלִין דָּבָר הֲלָכָה בְּכָל מָקוֹם וְכוּ'. וְקָשֶׁה דְּהָכָא מַשְׁמַע דְּקָרֵי תַּלְמִיד אוֹתוֹ שֶׁיּוֹדֵעַ לְהָשִׁיב כְּשֶׁשּׁוֹאֲלִין לוֹ דָּבָר הֲלָכָה בְּכָל מָקוֹם וְאוֹמְרָהּ וְהָתָם אָמְרִינַן בְּמַס' שַׁבָּת פֶּרֶק וְאֵלּוּ קְשָׁרִים (שַׁבָּת דַּף קיד.) אֵיזֶהוּ תַּלְמִיד הָרָאוּי לְמַנּוֹתוֹ פַּרְנָס עַל הַצִּבּוּר כְּשֶׁיּוֹדֵעַ לְהָשִׁיב כֹּל שֶׁשּׁוֹאֲלִין דְּבַר הֲלָכָה וַאֲפִילּוּ בְּמַסֶּכֶת כַּלָּה אַלְמָא הָרָאוּי לְמַנּוֹתוֹ פַּרְנָס עַל הַצִּבּוּר הָוֵי כְּשֶׁיּוֹדֵעַ לְהָשִׁיב וְהָכָא מַשְׁמַע דְּאוֹתוֹ הָרָאוּי לְמַנּוֹתוֹ פַּרְנָס הָוֵי מִילְּתָא אַחֲרִיתִי וְעוֹד דְּהָכָא מַשְׁמַע דְּיָחִיד עָדִיף מִדְּקָאָמַר בְּסָמוּךְ לֹא כָּל הָרוֹצֶה לַעֲשׂוֹת עַצְמוֹ יָחִיד עוֹשֶׂה אֲבָל הָרוֹצֶה לַעֲשׂוֹת עַצְמוֹ תַּלְמִיד עוֹשֶׂה וְיֵשׁ לוֹמַר דְּיֵשׁ חִילּוּק בְּתַלְמִיד דְּדַוְקָא כְּשֶׁהָרַב בָּא אֶל מָקוֹם אֶחָד וְכָל הַתַּלְמִידִים אֶצְלוֹ זֶה שׁוֹאֵל אֶל הָרַב מִמַּה שֶׁהוּא לוֹמֵד וְזֶה שׁוֹאֵל מִמָּקוֹם אַחֵר וְאוֹתוֹ הָרַב יוֹדֵעַ לְהָשִׁיב לְכָל הַתַּלְמִידִים לְכָל אֶחָד וְאֶחָד כְּפִי שְׁאֵילָתוֹ וַאֲפִילּוּ בְּמַס' כַּלָּה זֶהוּ יָחִיד דְּעָדִיף מִתַּלְמִיד דְּהָכָא וְנִקְרָא תַּלְמִיד הָתָם בְּפֶרֶק אֵלּוּ קְשָׁרִים אוֹתוֹ וַדַּאי רָאוּי לְמַנּוֹתוֹ פַּרְנָס עַל הַצִּבּוּר אֲבָל אִם אֵינוֹ יוֹדֵעַ לְהָשִׁיב אֶלָּא בְּמַסֶּכֶת שֶׁלּוֹ נִקְרָא גַּם כֵּן תַּלְמִיד וּמִזֶּה מַיְירֵי הָכָא:
Qui est un yahid, etc., celui qui est digne d'être nommé parnass sur la communauté, et qui est un talmid : quiconque, interrogé sur un point de halakha en tout endroit, etc. Il y a une difficulté : ici il ressort qu'on appelle talmid celui qui sait répondre lorsqu'on l'interroge sur un point de halakha en tout endroit, alors qu'au traité Chabbat, chapitre Vé-elou kecharim (114a), on dit : qui est le talmid digne d'être nommé parnass sur la communauté ? Celui qui sait répondre à tout ce qu'on lui demande en matière de halakha, et même dans le traité de kalla. Il en ressort là-bas que « digne d'être nommé parnass sur la communauté » se définit par le fait de savoir répondre, alors qu'ici il ressort que « digne d'être nommé parnass » est une qualité distincte. De plus, ici il ressort que le yahid est supérieur, puisqu'on dit plus loin : tous ceux qui veulent se faire yahid ne le peuvent pas, mais celui qui veut se faire talmid le peut. On peut dire qu'il y a une distinction dans le mot talmid : précisément, lorsque le maître vient en un lieu et que tous les élèves sont auprès de lui, l'un l'interroge sur ce qu'il étudie, l'autre sur un autre passage, et ce maître sait répondre à tous les élèves, à chacun selon sa question, et même dans le traité de kalla — celui-là est un yahid, supérieur au talmid dont il est question ici, et c'est lui qu'on appelle talmid là-bas, au chapitre Elou kecharim ; celui-là est assurément digne d'être nommé parnass sur la communauté. Mais celui qui ne sait répondre que dans le traité qu'il étudie est appelé lui aussi talmid, et c'est de celui-là qu'il s'agit ici.
⚖️ Rosh (1)
גְּמ' תְּנָא רִאשׁוֹנוֹת וּשְׁנִיּוֹת נִכְנָסִין לְבָתֵּי כְּנֵסִיּוֹת וּמִתְפַּלְּלִין. כְּדֶרֶךְ שֶׁמִּתְפַּלְּלִין כָּל הַשָּׁנָה כֻּולָּהּ. וּבְשֶׁבַע אַחֲרוֹנוֹת מוֹצִיאִין אֶת הַתֵּיבָה לִרְחוֹבָהּ שֶׁל עִיר וְנוֹתְנִין אֵפֶר (מִקְלֶה) עַל גַּבֵּי הַתֵּיבָה וּבְרֹאשׁ הַנָּשִׂיא וּבְרֹאשׁ אַב בֵּית דִּין וְכָל אֶחָד וְאֶחָד נוֹטֵל וְנוֹתֵן בְּרֹאשׁוֹ. רַבִּי נָתָן אוֹמֵר אֵפֶר מִקְלֶה הָיוּ מַנִּיחִין בְּרֹאשׁ נָשִׂיא וּבְרֹאשׁ אַב בֵּית דִּין וַהֲדַר כָּל אֶחָד וְאֶחָד נוֹטֵל וְנוֹתֵן בְּרֹאשׁוֹ. וְהָתַנְיָא בִּגְדוֹלָה מַתְחִיל מִן הַגָּדוֹל וּבַקַּלְקָלָה מַתְחִיל מִן הַקָּטָן. הָא נָמֵי חֲשִׁיבוּתָא הִיא לְדִידֵיהּ דְּאָמְרִי לֵיהּ אַתְּ חֲשִׁיבָא לְמִיבְעֵי רַחֲמֵי עֲלַן. וְכָל אֶחָד נוֹטֵל וְנוֹתֵן בְּרֹאשׁוֹ. נָשִׂיא וְאַב ב"ד נָמֵי נִשְׁקְלוּ אִינְהוּ וּלְיֻנְּחוּ בְּרֵישַׁיְיהוּ מ"ש דְּשָׁקְלִי אֲחֵרִים וּמַנְּחוּ בְּרֵישַׁייְהוּ. א"ר זֵירָא דְּמִן קָסְרֵי לְפִי שֶׁאֵינוֹ דֹּומּוּ מִתְבַּייֵּשׁ מֵעַצְמוֹ לְמִתְבַּייֵּשׁ מֵאֲחֵרִים. הֵיכָא מַנַּח לֵיהּ אָמַר רַבִּי יִצְחָק בִּמְקוֹם תְּפִילִּין שֶׁנֶּאֱמַר (יְשַׁעְיָהוּ ס״א:ג׳) לָשׂוּם לַאֲבֵלֵי צִיּוֹן פְּאֵר תַּחַת אֵפֶר. לָמָּה יוֹצְאִין לִרְחוֹבָהּ אָמַר רַבִּי לוֹמַר צָעַקְנוּ בְּצִינְעָה וְלֹא נַעֲנֵינוּ נְבַזֶּה עַצְמֵנוּ בְּפַרְהֶסְיָא. רֵישׁ לָקִישׁ אָמַר גָּלִינוּ וְגָלוּתֵינוּ מְכַפֶּרֶת עָלֵינוּ. מַאי בֵּינַייְהוּ דְּגָלוּ מִבֵּי כְנִישְׁתָּא לְבֵי כְנִישְׁתָּא. לָמָּה מוֹצִיאִין אֶת הַתֵּיבָה לִרְחוֹבָהּ שֶׁל עִיר. אָמַר רִיבָּ"ל כְּלִי צָנוּעַ הָיָה לָנוּ וְנִתְבַּזָּה בַּעֲוֹנֹותֵינוּ. לָמָּה מִתְכַּסִּים בְּשַׂקִּין אָמַר רַבִּי חִייָּא בַּר אַבָּא לוֹמַר הֲרֵי אָנוּ לְפָנֶיךָ כִּבְהֵמָה. לָמָּה נוֹתְנִין אֵפֶר מִקְלֶה עַל גַּבֵּי (ס"ת) תֵּיבָה אָמַר רַבִּי יְהוּדָה בֶּן פַּזִּי לוֹמַר עִמּוֹ אָנֹכִי בְּצָרָה. לָמָּה נוֹתְנִין אֵפֶר בְּרֹאשׁ כָּל אֶחָד פְּלִיגִי בָּהּ ר' לֵוִי בַּר לַחְמָא וְר' חֲמָא בַּר חֲנִינָא חַד אָמַר הֲרֵי אָנוּ חֲשׁוּבִים לְפָנֶיךָ כְּאֵפֶר. וְחַד אָמַר כְּדֵי שֶׁיִּזְכֹּור אֶפְרוֹ שֶׁל יִצְחָק וִירַחֵם עָלֵינוּ מַאי בֵּינַיְיהוּ אִיכָּא בֵּינַייְהוּ אֵפֶר סְתָם וְלָמָּה יוֹצְאִין לְבֵית הַקְּבָרוֹת. פְּלִיגִי ר' לֵוִי בַּר לַחְמָא וְר' חָמָא בַּר חֲנִינָא. חַד אָמַר הֲרֵי אָנוּ חֲשׁוּבִים לְפָנֶיךָ כְּמֵתִים. וְחַד אָמַר כְּדֵי שֶׁיְּבַקְּשׁוּ מֵתִים רַחֲמִים עָלֵינוּ. מַאי בֵּינַיְיהוּ אִיכָּא בֵּינַייְהוּ קִבְרֵי נָכְרִים: וְהַזָּקָן שֶׁבָּהֶן אוֹמֵר לִפְנֵיהֶם דִּבְרֵי כִּבּוּשִׁין. ת"ר יֵשׁ שָׁם זָקֵן וְחָכָם אוֹמֵר. אֵין שָׁם זָקֵן וְחָכָם אוֹמֵר חָכָם. אֵין שָׁם זָקָן וְלֹא חָכָם אוֹמֵר אָדָם שֶׁל צוּרָה. פִּי' ת"ח וְלָא גְּמִיר כְּחָכָם. כִּדְאִיתָא במו"ק (דַּף ט. ) הַלָּלוּ בְּנֵי אָדָם שֶׁל צוּרָה הֵן זִיל לְגַבַּיְיהוּ דִּלְבָרְכוּךְ. א"נ שֶׁרָאוּי לְמַנּוֹתוֹ פַּרְנָס עַל הַצִּבּוּר כִּדְאָמְרִי' לְעֵיל בְּפ"ק (תַּעֲנִית דַּף י:) אֵיזֶהוּ יָחִיד כֹּל שֶׁרָאוּי לְמַנּוֹתוֹ פַּרְנָס עַל הַצִּבּוּר כְּלוֹמַר מְצֻוייָּר הוּא עַל הֶחָכָם לְכָךְ וְעוֹמֵד לְקַבֵּל גְּדֻולָּה. וּבִירוּשַׁלְמִי (פ"ק הֵל' ד) פָּרֵיךְ וְכִי מִכֵּיוָן שֶׁהוּא מִתְמַנֶּה עַל הַצִּבּוּר הוּא מִתְפַּלֵּל וְנַעֲנָה וּמְשַׁנֵּי כֵּיוָן שֶׁהוּא מִתְמַנֶּה עַל הַצִּבּוּר וְנִמְצָא נֶאֱמָן כְּדִי הוּא דִּמְצַלֵּי וּמִתְעַנֶּה. כְּלוֹמַר כֵּיוָן שֶׁהוּא נֶאֱמָן בִּשְׁלִיחוּת הַקָּהָל וּמוֹסֵר נַפְשׁוֹ לַעֲמֹוד בַּפֶּרֶץ לְהָגֵן בַּעֲדָם כְּדֵי הוּא שֶׁיַּעֲנֶה גַּם מִן הַשָּׁמַיִם בְּעַד הַקָּהָל. וּבַתּוֹסֶפְתָּא (פֶּרֶק א) תַּנְיָא אֵיזֶהוּ יָחִיד כֹּל שֶׁמִּינָּהוּ בֵּית דִּין פַּרְנָס בִּדְבַר צַעַר. אוֹמֵר אָדָם שֶׁל צוּרָה אַחֵינוּ לֹא שַׂק וְלֹא תַּעֲנִית גּוֹרְמִין אֶלָּא תְּשׁוּבָה וּמַעֲשִׂים טוּבִין גּוֹרְמִין. שֶׁכָּךְ מָצִינוּ בְּאַנְשֵׁי נִינְוֵה שֶׁלֹּא נֶאֱמַר בָּהֶם וַיַּרְא אֶת שַׂקָּם וְאֶת תַּעֲנִיתָם אֶלָּא וַיַּרְא אֱ-לֹהִים אֶת מַעֲשֵׂיהֶם כִּי שָׁבוּ מִדַּרְכָּם הָרָעָה וּמִן הֶחָמָס אֲשֶׁר בְּכַפֵּיהֶם (יוֹנָה ג׳:י׳) מַאי וּמִן הֶחָמָס אֲשֶׁר בְּכַפֵּיהֶם אֲפִילּוּ גָּזַל מָרִישׁ וּבְנָאוֹ בְּבִירָה מְקַעְקֵעַ כָּל הַבִּירָה כֻּולָּהּ וּמַחְזִיר מָרִישׁ לִבְעָלָיו:
Guemara : il est enseigné que, lors des trois premiers et des trois seconds jeûnes, ils entrent dans les maisons d'étude et prient — à la manière dont on prie toute l'année. Et lors des sept derniers, on sort la teva sur la place de la ville, on met de la cendre de foyer sur la teva, sur la tête du nassi et sur la tête du av beit din, et chacun en prend et s'en met sur la tête. Rabbi Natan dit : c'est de la cendre de foyer qu'on posait sur la tête du nassi et sur celle du av beit din, puis chacun en prenait et s'en mettait sur la tête. Objection d'une baraita : pour un honneur on commence par le plus grand, et pour une dégradation on commence par le plus petit. Réponse : ici aussi c'est un honneur pour lui, car on lui dit : tu es assez important pour demander miséricorde sur nous. « Et chacun en prend et s'en met sur la tête » : que le nassi et le av beit din en prennent eux aussi et s'en mettent sur la tête ; en quoi est-il différent que d'autres en prennent et leur en mettent sur la tête ? Rabbi Zera de Césarée a dit : parce que celui qui se couvre de honte par lui-même ne ressemble pas à celui qui est couvert de honte par autrui. Où la pose-t-on ? Rabbi Yits'hak a dit : à l'endroit des tefilin, ainsi qu'il est dit (Yechayahou 61, 3) : « donner aux endeuillés de Tsion une parure au lieu de cendre ». Pourquoi sort-on sur la place ? Rabbi a dit : pour dire, nous avons crié dans le secret et nous n'avons pas été exaucés, nous nous avilissons en public. Rech Lakich a dit : nous nous sommes exilés, et notre exil nous obtient l'expiation. Quelle différence entre eux ? Le cas où ils se sont déplacés d'une maison d'étude à une autre. Pourquoi sort-on la teva sur la place de la ville ? Rabbi Yehochoua ben Levi a dit : nous avions un objet réservé, et il s'est trouvé avili par nos fautes. Pourquoi se couvre-t-on de sacs ? Rabbi Hiya bar Abba a dit : pour dire, nous voici devant Toi comme des bêtes. Pourquoi met-on de la cendre de foyer sur la teva ? Rabbi Yehouda ben Pazi a dit : pour dire, « Je suis avec lui dans la détresse ». Pourquoi met-on de la cendre sur la tête de chacun ? Rabbi Levi bar Lahma et Rabbi Hama bar Hanina divergent : l'un dit, nous voici comptés devant Toi comme de la cendre ; l'autre dit, afin qu'Il se souvienne de la cendre de Yits'hak et qu'Il ait pitié de nous. Quelle différence entre eux ? Le cas d'une cendre ordinaire. Et pourquoi sort-on au cimetière ? Rabbi Levi bar Lahma et Rabbi Hama bar Hanina divergent : l'un dit, nous voici comptés devant Toi comme des morts ; l'autre dit, afin que les morts demandent miséricorde sur nous. Quelle différence entre eux ? Le cas des tombes de non-juifs. « Et le plus ancien d'entre eux leur adresse des paroles de réprimande. » Nos maîtres ont enseigné : s'il y a là un ancien qui est aussi un sage, c'est lui qui parle ; s'il n'y a pas d'ancien, c'est un sage qui parle ; s'il n'y a ni ancien ni sage, c'est un homme de tenue. Explication : un talmid 'hakham qui n'est pas aussi savant qu'un sage, comme il est rapporté au traité Moed Katan (9a) : ceux-là sont des hommes de tenue, va vers eux pour qu'ils te bénissent. Ou encore : celui qui est digne d'être nommé parnass sur la communauté, comme nous l'avons dit plus haut au premier chapitre (Taanit 10b) : qui est un yahid ? Quiconque est digne d'être nommé parnass sur la communauté — c'est-à-dire que le sage est marqué pour cela et destiné à recevoir une charge. Et dans le Yerouchalmi (chapitre 1, halakha 4) on objecte : parce qu'il est nommé sur la communauté, il prierait et serait exaucé ? Et l'on répond : puisqu'il est nommé sur la communauté et qu'il se révèle fidèle, il est digne de prier et de jeûner — c'est-à-dire, puisqu'il est fidèle dans la mission de la communauté et qu'il se dévoue pour se tenir sur la brèche et la protéger, il est digne d'être exaucé du Ciel en faveur de la communauté. Et dans la Tossefta (chapitre 1) il est enseigné : qui est un yahid ? Quiconque le beit din a nommé parnass dans une affaire de détresse. L'homme de tenue dit : nos frères, ce ne sont ni le sac ni le jeûne qui opèrent, mais la techouva et les bonnes actions, car nous trouvons ainsi chez les gens de Ninve, où il n'est pas dit « Il vit leur sac et leur jeûne », mais « D.ieu vit leurs actions, qu'ils étaient revenus de leur mauvaise voie et de la violence qui était dans leurs mains » (Yona 3, 10). Que signifie « et de la violence qui était dans leurs mains » ? Même s'il a volé une poutre et l'a bâtie dans un édifice, il démolit tout l'édifice et rend la poutre à son propriétaire.
💡 Explication

La baraita écarte la modestie qui dispenserait de l'effort : nul ne peut se retrancher derrière son titre d'élève pour échapper aux trois jeûnes confiés aux yehidim. Elle définit alors deux niveaux. Le yahid se reconnaît à une aptitude publique : être digne de la charge de parnass, responsable de la communauté. Le talmid se reconnaît à une compétence d'étude : savoir répondre sur un point de halakha dans ce qu'il apprend.

Le traité de kalla désigne le traité étudié en commun pendant les mois de rassemblement, Adar et Eloul. Le mentionner fixe un seuil bas : même ce savoir-la suffit au titre de talmid.

Tossefot confrontent cette définition à celle de Chabbat 114a, où le même critère de réponse sert à désigner celui qu'on peut nommer parnass. Leur règlement tient à un double emploi du mot talmid : celui qui répond à chacun sur tout sujet est le yahid d'ici, tandis que celui qui répond seulement dans son traité est le talmid d'ici.

3
תָּנוּ רַבָּנַן: לֹא כָּל הָרוֹצֶה לַעֲשׂוֹת עַצְמוֹ יָחִיד עוֹשֶׂה, תַּלְמִיד — עוֹשֶׂה, דִּבְרֵי רַבִּי מֵאִיר. רַבִּי יוֹסֵי אוֹמֵר: עוֹשֶׂה, וְזָכוּר לַטּוֹב, לְפִי שֶׁאֵין שֶׁבַח הוּא לוֹ, אֶלָּא צַעַר הוּא לוֹ.

Nos maîtres ont enseigné : tous ceux qui veulent se faire yahid ne le peuvent pas ; se faire talmid, on le peut — paroles de Rabbi Meir. Rabbi Yossi dit : il le fait, et il est mentionné en bien, car cela ne lui vaut aucun éloge mais seulement de la peine.

📜 Rachi (4)
לֹא כָּל הָרוֹצֶה לַעֲשׂוֹת עַצְמוֹ יָחִיד לְעִנְיַן תַּעֲנִית:
Tous ceux qui veulent se faire yahid ne le peuvent pas — s'agissant du jeûne.
עוֹשֶׂה דְּנִרְאֶה מִגַּסֵּי הָרוּחַ וּתְנַן (אָבוֹת פֶּרֶק ג מִשְׁנָה י) כָּל שֶׁרוּחַ הַבְּרִיּוֹת נוֹחָה הֵימֶנּוּ כו':
Le peuvent — car il aurait l'air de ceux qui ont l'esprit hautain, et nous avons appris (Avot 3, 10) : celui dont l'esprit des créatures se satisfait, etc.
הָכִי גָּרְסִינַן הַתַּלְמִידִים עוֹשִׂין עַצְמָן כִּדְאָמְרִינַן לְעֵיל שֶׁכָּל הַתַּלְמִידִים רְאוּיִין לְכָךְ וְאֵין בָּהֶם מִשּׁוּם גַּסּוּת הָרוּחַ:
Telle est la leçon que nous retenons : les élèves se font eux-mêmes [yehidim] — comme nous l'avons dit plus haut, tous les élèves en sont dignes et il n'y a chez eux aucune hauteur d'esprit.
רַבִּי יוֹסֵי אוֹמֵר כָּל אָדָם וַאֲפִילּוּ שֶׁאֵינוֹ תַּלְמִיד עוֹשֶׂה עַצְמוֹ יָחִיד לְהִתְעַנּוֹת וְזָכוּר לַטּוֹב דְּצַעַר הוּא לוֹ וְלֹא גַּסּוּת לִישָּׁנָא אַחְרִינָא גָּרְסִינַן לֹא כָּל הָרוֹצֶה לַעֲשׂוֹת עַצְמוֹ יָחִיד עוֹשֶׂה תַּלְמִיד עוֹשֶׂה כְּלוֹמַר וְלֹא כָּל הָרוֹצֶה נָמֵי לַעֲשׂוֹת עַצְמוֹ תַּלְמִיד לְהִתְנַהֵג עַצְמוֹ בְּמִדַּת תַּלְמִיד בַּחֲלוּקוֹ וּבְמִטָּתוֹ וּלְהִתְנָאוֹת בְּסוּדָר שֶׁל תַּלְמִידֵי חֲכָמִים וּשְׁאָר דְּבָרִים עוֹשֶׂה דְּכָל הָרוֹצֶה לִיטֹּול לוֹ אֶת הַשֵּׁם לֹא יִטֹּול וְרַבִּי יוֹסֵי אַרֵישָׁא וּמִסְתַּבֵּר כִּי הַאי לִישָּׁנָא מִדְּקָא מַהְדַּר רַבָּן שִׁמְעוֹן בֶּן גַּמְלִיאֵל דָּבָר שֶׁל שֶׁבַח אֵינוֹ עוֹשֶׂה מִכְּלָל דְּאַיְּירִי בְּשֶׁבַח:
Rabbi Yossi dit : tout homme — et même celui qui n'est pas un talmid se fait yahid pour jeûner, et il est mentionné en bien, car c'est une peine pour lui et non de la hauteur. Autre leçon, que nous retenons : « tous ceux qui veulent se faire yahid ne le peuvent pas, se faire talmid, on le peut » — c'est-à-dire que tous ceux qui veulent se faire talmid, se conduire à la manière d'un talmid pour son vêtement et pour son lit, se parer du sudar des talmide hakhamim et du reste, ne le peuvent pas, car quiconque veut s'emparer du titre ne s'en emparera pas ; et Rabbi Yossi porte sur la première partie. Cette leçon paraît la bonne, puisque Rabban Chimon ben Gamliel répond « ce qui relève de l'honneur, il ne le fait pas », d'où l'on tire qu'il était question d'honneur.
💡 Explication

La question porte maintenant sur l'initiative personnelle : peut-on s'attribuer soi-même la conduite du yahid, avec les jeûnes qu'elle entraîne ? Rabbi Meir l'interdit, par crainte de la gassout harouah, la hauteur d'esprit de celui qui s'élève au-dessus de son rang. Rabbi Yossi l'autorise et le loue, au motif que cette conduite coûte au lieu de rapporter.

Rachi retient une seconde leçon du texte, qui déplace la difficulté : l'interdit porterait sur le fait de se donner les signes extérieurs du talmid — le vêtement, le sudar des maîtres — et se rattacherait à la règle « quiconque veut s'emparer du titre ne s'en emparera pas ». Son argument est la réponse de Rabban Chimon ben Gamliel au segment suivant, qui parle expressément d'une chose relevant de l'honneur.

4
תַּנְיָא אִידָךְ: לֹא כָּל הָרוֹצֶה לַעֲשׂוֹת עַצְמוֹ יָחִיד עוֹשֶׂה, תַּלְמִיד — עוֹשֶׂה, דִּבְרֵי רַבִּי שִׁמְעוֹן בֶּן אֶלְעָזָר. רַבָּן שִׁמְעוֹן בֶּן גַּמְלִיאֵל אוֹמֵר: בַּמֶּה דְבָרִים אֲמוּרִים: בְּדָבָר שֶׁל שֶׁבַח, אֲבָל בְּדָבָר שֶׁל צַעַר — עוֹשֶׂה, וְזָכוּר לַטּוֹב, שֶׁאֵין שֶׁבַח הוּא לוֹ, אֶלָּא צַעַר הוּא לוֹ.

Il est enseigné dans une autre baraita : tous ceux qui veulent se faire yahid ne le peuvent pas ; se faire talmid, on le peut — paroles de Rabbi Chimon ben Elazar. Rabban Chimon ben Gamliel dit : de quoi parle-t-on ?

D'une chose qui relève de l'honneur ; mais pour une chose qui relève de la peine, il le fait, et il est mentionné en bien, car cela ne lui vaut aucun éloge mais seulement de la peine.

💡 Explication

La seconde baraita reprend le même désaccord avec d'autres noms, et Rabban Chimon ben Gamliel en donne le principe de partage. La question n'est plus de savoir si l'on peut s'élever, mais de savoir ce que l'on s'attribue : un signe qui rehausse ou une charge qui pèse.

Ce critère règle aussi la première baraita selon la seconde leçon de Rachi : l'interdit vise les marques de distinction, l'autorisation vise les conduites pénibles. La halakha suit ici Rabban Chimon ben Gamliel.

🖼️ Schéma
Peut-on se faire yahid soi-même ? Deux baraitot Première baraita Rabbi Meir : on ne le fait pas motif de Rachi : gassout harouah Rabbi Yossi : il le fait, et en bien motif : la conduite coûte, elle n'honore pas Seconde baraita R. Chimon ben Elazar : on ne le fait pas Rabban Chimon ben Gamliel : il partage selon que la conduite honore ou qu'elle coûte Chose d'honneur vêtement, sudar, tenue des talmide hakhamim il ne se l'attribue pas Chose de peine les jeûnes des yehidim et les rigueurs semblables il le fait, et on le mentionne en bien
La ligne de partage de Rabban Chimon ben Gamliel : l'honneur ne se prend pas, la peine se prend.
5
תָּנוּ רַבָּנַן: מִי שֶׁהָיָה מִתְעַנֶּה עַל הַצָּרָה וְעָבְרָה, עַל הַחוֹלֶה וְנִתְרַפֵּא — הֲרֵי זֶה מִתְעַנֶּה וּמַשְׁלִים. הַהוֹלֵךְ מִמְּקוֹם שֶׁאֵין מִתְעַנִּין לִמְקוֹם שֶׁמִּתְעַנִּין — הֲרֵי זֶה מִתְעַנֶּה עִמָּהֶן. מִמְּקוֹם שֶׁמִּתְעַנִּין לִמְקוֹם שֶׁאֵין מִתְעַנִּין — הֲרֵי זֶה מִתְעַנֶּה וּמַשְׁלִים.

Nos maîtres ont enseigné : celui qui jeûnait pour un malheur et que le malheur est passé, ou pour un malade et qu'il a guéri — il jeûne et achève son jeûne. Celui qui va d'un lieu où l'on ne jeûne pas vers un lieu où l'on jeûne — il jeûne avec eux.

D'un lieu où l'on jeûne vers un lieu où l'on ne jeûne pas — il jeûne et achève son jeûne.

📜 Rachi (3)
עַל הַחוֹלֶה וְנִתְרַפֵּא הוּא הַדִּין אִם מֵת הַחוֹלֶה בָּעֵי לְקַיּוֹמֵי נִדְרוֹ:
Pour un malade et qu'il a guéri — il en va de même si le malade est mort : il doit accomplir son vœu.
עַל הַצָּרָה וְעָבְרָה מִתְעַנֶּה וּמַשְׁלִים וְאִם לָאו נִרְאֶה כְּמַתְנֶה עִם קוֹנוֹ אִם תַּעֲבֹור (אֶתְעַנֶּה) וְאִם לָאו (לֹא) אֶתְעַנֶּה:
Pour un malheur et que le malheur est passé — il jeûne et achève, faute de quoi il aurait l'air de poser une condition à son Créateur : s'il passe, [je jeûnerai], et sinon, [je ne] jeûnerai [pas].
לִמְקוֹם שֶׁאֵין מִתְעַנִּין הֲרֵי זֶה מִתְעַנֶּה וּמַשְׁלִים כָּל הַתַּעֲנִיּוֹת שֶׁקִּבְּלוּ עֲלֵיהֶן בְּנֵי עִירוֹ דְּנוֹתְנִין עָלָיו חֻומְרֵי הַמָּקוֹם שֶׁיָּצָא מִשָּׁם:
Vers un lieu où l'on ne jeûne pas, il jeûne et achève — tous les jeûnes que les gens de sa ville ont pris sur eux, car on lui impose les rigueurs du lieu qu'il a quitté.
🗂️ Tossefot (1)
הַהוֹלֵךְ מִמְּקוֹם שֶׁמִּתְעַנִּין לִמְקוֹם שֶׁאֵין מִתְעַנִּין הֲרֵי מִתְעַנֶּה וּמַשְׁלִים. ל"ש דַּעְתּוֹ לַחֲזֹור ל"ש אֵין דַּעְתּוֹ לַחֲזֹור הוֹאִיל וְקִבֵּל עָלָיו הַתַּעֲנִית:
« Celui qui va d'un lieu où l'on jeûne vers un lieu où l'on ne jeûne pas, il jeûne et achève. » Il n'y a pas de différence entre celui qui a l'intention de revenir et celui qui n'a pas l'intention de revenir, puisqu'il a déjà pris ce jeûne sur lui.
⚖️ Rosh (2)
ת"ר הֲרֵי שֶׁהָיָה מִתְעַנֶּה עַל הַחוֹלֶה וְנִתְרַפֵּא בָּאוּ עַל הַצַּעַר וְעָבְרָה הֲרֵי זֶה מִתְעַנֶּה וּמַשְׁלִים. הִקְשָׁה הָרָאָבָ"ד זַ"ל מַאי שְׁנָא מִתַּעֲנִית גְּשָׁמִים (לְקַמָּן תַּעֲנִית דַּף יט.) שֶׁמַּפְסִיקִין בַּיּוֹם אִם יָרְדוּ לָהֶם גְּשָׁמִים קֹודֶם חֲצוֹת. וְתֵירֵץ דְּשָׁאנֵי תַּעֲנִית גְּשָׁמִים דְּכֵיוָן שֶׁיָּרְדוּ לָהֶם גְּשָׁמִים כָּל צָורְכָן שׁוּב אֵין לָהֶן צֹורֶךְ בָּזֶה הַפַּעַם אֲבָל צָרָה אַחֶרֶת כָּל שָׁעָה צָרִיךְ רַחֲמִים שֶׁלֹּא תַּחֲזֹור. וְאֵינוֹ טַעַם מַסְפִּיק דְּבִגְשָׁמִים נָמֵי אֲפִילּוּ לֹא יָרַד לָהֶן כָּל צָרְכָן אוֹכְלִין וְשׁוֹתִין וּשְׂמֵחִים וְאוֹמְרִים הַלֵּל לְפִי שֶׁנִּתְקַבְּלָה תְּפִלָּתָם וּבוֹטְחִים בְּבוֹרֵא שֶׁיָּרְדוּ לָהֶם כָּל הַצֹּורֶךְ. וְזֶה שַׁייָּךְ לוֹמַר אַף בִּשְׁאָר צָרוֹת אֶלָּא נ"ל לְחַלֵּק בֵּין צִבּוּר לְיָחִיד דְּצִבּוּר צְרִיכִין לְהַלֵּל וּלְהוֹדוֹת מִתּוֹךְ שִׂמְחָה וּבְכֶרֶס מְלֵאָה אֵבֶל יָחִיד מַשְׁלִים תַּעֲנִיתוֹ וְכֵן מַשְׁמַע מִתּוֹךְ הָרַמְבַּ"ם זַ"ל (פ"א מֹהַל' תַּעֲנִית הֵל' טז) שֶׁכָּתַב גַּבֵּי צִבּוּר שֶׁהָיוּ מִתְעַנִּים וְיָרְדוּ גְּשָׁמִים קֹודֶם חֲצוֹת שֶׁמַּפְסִיקִין. וְכֵן אִם מִתְעַנִּין עַל צָרָה וְעָבְרָה וְעַל ד"א וּבָטֵל. אִם קֹודֶם חֲצוֹת לֹא יַשְׁלִימוּ לְאַחַר חֲצוֹת יַשְׁלִימוּ. אַלְמָא לָא מְפַלֵּיג בְּצִבּוּר בֵּין גְּשָׁמִים וּבֵין צָרוֹת א"כ צָרִיךְ לְחַלֵּק בֵּין צִבּוּר וּבֵין יָחִיד הֲרֵי זֶה מְשַׁלֵּים כָּל הַתַּעֲנִיּוֹת שֶׁקִּיבֵּל עָלָיו. וְנִרְאֶה דה"ה נָמֵי אִם מֵת הַחוֹלֶה דְּכֵיוָן שֶׁקִּבֵּל עָלָיו תַּעֲנִיּוֹת סְתָם וְלֹא הִתְנָה דַּעְתּוֹ הָיָה אַקַּבָּלָה זוֹ מִתּוֹךְ שֶׁקִּיבֵּל עָלָיו תַּעֲנִיּוֹת הַלָּלוּ תִּהְיֶה מְקֻובָּל תְּפִלָּתוֹ שֶׁיִּתְפַּלֵּל עַל הַחוֹלֶה וְעַל הַצָּרָה. וְהַאי דִּנְקַט וְנִתְרַפֵּא מִשּׁוּם דִּבְדָבָר זֶה יֵשׁ חִילּוּק בֵּין צִבּוּר לְיָחִיד:
Nos maîtres ont enseigné : celui qui jeûnait pour un malade et qu'il a guéri, ou pour une peine et qu'elle est passée — il jeûne et achève. Le Raavad de mémoire bénie a objecté : en quoi cela diffère-t-il des jeûnes pour la pluie (plus loin, Taanit 19a), où l'on interrompt dans la journée si la pluie est tombée avant midi ? Il a répondu que les jeûnes pour la pluie sont différents : puisque la pluie est tombée autant qu'il le fallait, ils n'en ont plus besoin cette fois-ci, tandis que pour un autre malheur il faut à chaque instant demander miséricorde pour qu'il ne revienne pas. Ce motif ne suffit pas, car pour la pluie aussi, même si elle n'est pas tombée autant qu'il le fallait, ils mangent, boivent, se réjouissent et disent le Hallel, parce que leur prière a été accueillie et qu'ils font confiance au Créateur pour qu'il leur tombe tout ce qu'il faut — et cela se dirait tout autant pour les autres malheurs. Il me semble plutôt qu'il faut distinguer entre la communauté et le particulier : la communauté doit dire le Hallel et rendre grâce dans la joie et le ventre plein, tandis que le particulier achève son jeûne. C'est ce qui ressort du Rambam de mémoire bénie (Hilkhot Taanit 1, 16), qui écrit au sujet d'une communauté qui jeûnait et à qui la pluie est tombée avant midi, qu'elle interrompt ; et de même s'ils jeûnaient pour un malheur et qu'il est passé, ou pour autre chose et que la cause est tombée : si c'est avant midi ils n'achèvent pas, si c'est après midi ils achèvent. On voit qu'il ne distingue pas, pour la communauté, entre la pluie et les autres malheurs ; il faut donc distinguer entre la communauté et le particulier, lequel achève tous les jeûnes qu'il a pris sur lui. Et il paraît qu'il en va de même si le malade est mort : puisqu'il a pris sur lui des jeûnes sans réserve et sans poser de condition, son intention était, en les acceptant, que par ces jeûnes mêmes sa prière pour le malade et pour le malheur soit accueillie. Si la baraita a pris le cas de la guérison, c'est parce que sur ce point il y a une différence entre la communauté et le particulier.
הַהוֹלֵךְ מִמְּקוֹם שֶׁמִּתְעַנִּין לִמְקוֹם שֶׁאֵין מִתְעַנִּין הֲרֵי זֶה מִתְעַנֶּה וּמַשְׁלִים כָּל הַתַּעֲנִיּוֹת שֶׁקִּיבְּלוּ עֲלֵיהֶן בִּמְקוֹמוֹ. דְּנוֹתְנִין עָלָיו חֻומְרֵי מָקוֹם שֶׁיָּצָא מִשָּׁם כֵּיוָן דְּדַעְתּוֹ לַחֲזֹור. וּמִמָּקוֹם שֶׁאֵין מִתְעַנִּין לִמְקוֹם שֶׁמִּתְעַנִּין מִתְעַנֶּה עִמָּהֶם. שָׁכַח וְאָכַל וְשָׁתָה לֹא יִתְרָאֶה בִּפְנֵיהֶן וְלֹא יִנְהֹוג עִידּוּנִין בְּעַצְמוֹ:
« Celui qui va d'un lieu où l'on jeûne vers un lieu où l'on ne jeûne pas, il jeûne et achève » — tous les jeûnes qu'ils ont pris sur eux dans son lieu, car on lui impose les rigueurs du lieu qu'il a quitté, puisqu'il a l'intention de revenir. Et d'un lieu où l'on ne jeûne pas vers un lieu où l'on jeûne, il jeûne avec eux. S'il a oublié, qu'il a mangé et bu, qu'il ne se montre pas devant eux et ne se donne pas d'agréments.
💡 Explication

Trois règles tiennent au même principe : un jeûne accepté engage, même quand son motif disparaît. Rachi en donne la raison, qui est une raison de tenue devant Hachem : abandonner le jeûne dès que la demande est exaucée reviendrait à avoir posé une condition à son Créateur.

Les deux cas de déplacement appliquent la règle connue des rigueurs du lieu : on prend celles de l'endroit où l'on arrive et l'on garde celles de l'endroit que l'on quitte. Tossefot précisent que l'intention de revenir ne change rien, l'engagement ayant déjà été pris.

Le Roch discute l'objection du Raavad, tirée des jeûnes pour la pluie que l'on interrompt lorsque la pluie tombe avant midi. Sa réponse distingue la communauté, qui doit dire le Hallel dans la joie, et le particulier, qui achève le jeûne qu'il a pris sur lui.

🖼️ Schéma
Le voyageur et les jeûnes des deux villes Ville quittée on n'y jeûne pas Ville d'arrivée on y jeûne il jeûne avec eux Ville quittée on y jeûne Ville d'arrivée on n'y jeûne pas il jeûne et achève Rachi : on lui impose les rigueurs du lieu quitté Tossefot : peu importe qu'il ait ou non l'intention de revenir
Les deux sens du déplacement : on prend les rigueurs du lieu d'arrivée, on garde celles du lieu quitté.
6
שָׁכַח וְאָכַל וְשָׁתָה — אַל יִתְרָאֶה בִּפְנֵי הַצִּבּוּר, וְאַל יַנְהִיג עִידּוּנִין בְּעַצְמוֹ, שֶׁנֶּאֱמַר: ״וַיֹּאמֶר יַעֲקֹב לְבָנָיו לָמָּה תִּתְרָאוּ״, אָמַר לָהֶם יַעֲקֹב לְבָנָיו: אַל תַּרְאוּ עַצְמְכֶם כְּשֶׁאַתֶּם שְׂבֵעִין, לֹא בִּפְנֵי עֵשָׂו וְלֹא בִּפְנֵי יִשְׁמָעֵאל, כְּדֵי שֶׁלֹּא יִתְקַנְּאוּ בָּכֶם.

S'il a oublié, qu'il a mangé et bu — qu'il ne se montre pas devant le public et ne se donne pas d'agréments, ainsi qu'il est dit : « Yaakov dit à ses fils : pourquoi vous montrez-vous ? » (Berechit 42, 1). Yaakov dit à ses fils : ne vous montrez pas rassasiés, ni devant Essav ni devant Yichmael, afin qu'ils ne vous jalousent pas.

📜 Rachi (4)
אָכַל וְשָׁתָה דִּיעֲבַד:
Il a mangé et bu — après coup.
אַל יִתְרָאֶה בִּפְנֵיהֶן שֶׁנִּרְאֶה כְּחָתָן בֵּין אֲבֵלִים וְיִתְקַנְּאוּ בּוֹ:
Qu'il ne se montre pas devant eux — car il aurait l'air d'un marié au milieu d'endeuillés, et ils le jalouseraient.
וְאַל יַנְהִיג עִדּוּנִים בְּעַצְמוֹ שֶׁלֹּא יֹאמַר הוֹאִיל וְאָכַלְתִּי כָּל שֶׁהוּא אוֹכֵל הַרְבֵּה:
Et qu'il ne se donne pas d'agréments — qu'il ne dise pas : puisque j'ai déjà mangé un peu, autant manger beaucoup.
אַל תִּרְאוּ עַצְמְכֶם שֶׁיֵּשׁ לָכֶם חִטִּים הַרְבֵּה וְלֹא הָלְכוּ אֶלָּא בִּשְׁבִיל דָּבָר זֶה שֶׁלֹּא לְהִתְרָאוֹת בִּפְנֵי בְּנֵי עֵשָׂו שֶׁהָיוּ צְעוּרִים וּרְעֵבִים:
Ne vous montrez pas — comme ayant du blé en abondance ; et ils ne sont partis que pour cette raison, pour ne pas se montrer devant les fils d'Essav, qui souffraient et avaient faim.
🗂️ Tossefot (1)
לָמָּה תִּתְרָאוּ. כְּמוֹ שֶׁמְּפָרֵשׁ אַל תַּרְאוּ עַצְמְכֶם בִּפְנֵי בְנֵי עֵשָׂו וְכוּ' וְיֵשׁ בַּמִּדְרָשׁ לָמָּה תִּתְרָאוּ פֵּירוּשׁ לָמָּה תִּהְיוּ כְּחוּשִׁין:
« Pourquoi vous montrez-vous ? » — comme il l'explique : ne vous montrez pas devant les fils d'Essav, etc. Et il y a un midrach [qui lit] « pourquoi vous montrez-vous ? » au sens de : pourquoi seriez-vous amaigris ?
🪔 Ben Yehoyada (1)
אַל תַּרְאוּ עַצְמְכֶם כְּשֶׁאַתֶּם שְׂבֵעִים, לֹא בִּפְנֵי עֵשָׂו וְלֹא בִּפְנֵי יִשְׁמָעֵאל, כְּדֵי שֶׁלֹּא יִתְקַנְּאוּ בָּכֶם. קָשֶׁה לָמָּה קָפֵיד עַל שְׁתֵּי אֻומּוֹת אֵלּוּ וְלָא קָפֵיד עַל כְּנַעֲנִים הַדָּרִים עִמָּהֶם וְעַל שְׁאָר אֻומּוֹת עַמּוֹן וּמוֹאָב וְכַיּוֹצֵא הַחוֹנִים סְבִיבוֹתֵיהֶם? וְנִרְאֶה לִי בס"ד דְּקָפֵיד עַל שְׁתַּיִם אֵלּוּ כְּדֵי שֶׁלֹּא יָבוֹאוּ לִטְעוֹן מִצַּד יְרֻושָּׁה בְּאֶרֶץ יִשְׂרָאֵל, כִּי יִשְׁמָעֵאל יֹאמַר שֶׁהוּא בֶּן אַבְרָהָם אָבִינוּ ע"ה וְעֵשָׂו יֹאמַר שֶׁהוּא בֶּן יִצְחָק אָבִינוּ ע"ה אַךְ לְיִשְׂרָאֵל יֵשׁ לָהֶם תְּשׁוּבָה נֶגְדָּן, כִּי הָיָה שְׁטַר חוֹב שֶׁל עַבְדוּת וִירֻושַּׁת קַרְקַע וַאֲנַחְנוּ שֶׁלִּמַּנּוּ כָּל הַחוֹב וְצָרִיךְ לִיקַּח כָּל הָאָרֶץ! וְאִם תֹּאמַר לֹא עָבְדוּ אֶלָּא רד"ו? הַתְּשׁוּבָה לָזֶה שֶׁהַגֵּירוּת מַתְחִיל מִלֵּידַת יִצְחָק אָבִינוּ ע"ה נִמְצָא כּוֹחָן שֶׁל יִשְׂרָאֵל תָּלוּי בָּזֶה שֶׁהַגֵּירוּת נֶחְשָׁב מִלֵּידַת יִצְחָק וְאִיכָּא זְמַן גָּמוּר וְשָׁלֵם. מִיהוּ אִם יִהְיוּ גַּם בִּשְׁנַת בַּצֹּורֶת וּרְעָבוֹן הֵם שְׂבֵעִים וְיוֹשְׁבִין בִּמְנוּחָה וְשַׁלְוָה, וְאַדְּרַבָּא שְׁאָר יוֹשְׁבֵי הָאָרֶץ כְּמוֹ כְּנַעֲנִים וְכַיּוֹצֵא הֵם גּוֹלִין וּמְטֻולְטָלִין בִּשְׁבִיל רְעָבוֹן, יֹאמְרוּ אֵין זֶה נֶחְשָׁב גֵּירוּת וְאִם כֵּן אִבֵּד חֶשְׁבּוֹן שֶׁהָיוּ מְחַשְּׁבִין הַגָּלוּת מִלֵּידַת יִצְחָק וְאָז יִתְעוֹרְרוּ לִטְעוֹן וְלִתְבֹּועַ בִּירֻושַּׁת אֶרֶץ יִשְׂרָאֵל! וְנִרְאֶה לִי לָכֵן אָמַר לָהֶם (בְּרֵאשִׁית מב, א) ' לָמָּה תִּתְרָאוּ ' רָמַז בָּזֶה עַל עֵשָׂו וְיִשְׁמָעֵאל שֶׁכָּל אֶחָד דָּבֵק בְּאַרְבַּע מֵאוֹת כּוֹחוֹת שֶׁל טֻומְאָה שֶׁהֵם מִסְפַּר ת', וְלָזֶה אָמַר לָמָּה ת ' ת ' רְאוּ , רֶמֶז עַל אֻומּוֹת עֵשָׂו וְיִשְׁמָעֵאל שֶׁכָּל אֶחָד וְאֶחָד מֵהֶם יֵשׁ לוֹ דְּבֵקוּת בְּכוֹחוֹת ת' ת' שֶׁל טֻומְאָה.
« Ne vous montrez pas rassasiés, ni devant Essav ni devant Yichmael, afin qu'ils ne vous jalousent pas. » Difficulté : pourquoi s'est-il soucié de ces deux nations, et non des Cananéens qui habitaient avec eux, ni des autres nations, Amon, Moav et semblables, qui campaient autour d'eux ? Il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'il s'est soucié de ces deux-là pour qu'elles ne viennent pas réclamer la terre d'Israël au titre de l'héritage : Yichmael dirait qu'il est fils d'Avraham avinou, la paix soit sur lui, et Essav qu'il est fils de Yits'hak avinou, la paix soit sur lui. Israël a pourtant une réponse à leur opposer : il y avait un acte de dette portant sur la servitude et sur l'héritage de la terre, et nous avons acquitté toute la dette, de sorte que la terre entière doit nous revenir. Et si tu objectes qu'ils n'ont servi que deux cent dix ans ? La réponse est que le séjour d'étranger commence à la naissance de Yits'hak avinou, la paix soit sur lui ; la force d'Israël tient donc à ce que ce séjour se compte depuis la naissance de Yits'hak, et le temps se trouve alors entier et complet. Or, si, même dans une année de sécheresse et de famine, ils sont rassasiés et demeurent dans le repos et la tranquillité, tandis que les autres habitants du pays, les Cananéens et semblables, sont chassés et ballottés par la famine, ils diront que cela ne compte pas comme séjour d'étranger, et le compte qui fait partir l'exil de la naissance de Yits'hak se trouve perdu ; ils se lèveront alors pour réclamer l'héritage de la terre d'Israël. Il me semble que c'est pour cela qu'il leur a dit (Berechit 42, 1) « lama titraou, pourquoi vous montrez-vous ? », faisant allusion par là à Essav et à Yichmael, dont chacun est attaché aux quatre cents forces de l'impureté, qui sont le compte de la lettre tav. C'est pourquoi il dit lama tav tav raou, allusion aux nations d'Essav et de Yichmael, dont chacune a une attache aux forces tav et tav de l'impureté.
💡 Explication

La baraita règle le cas de celui qui a rompu son jeûne par oubli : le jeûne subsiste, et deux conduites lui sont demandées, se tenir à l'écart du public et s'abstenir de tout idoun, agrément de table. Rachi donne l'image : un marié au milieu d'endeuillés.

Le verset d'appui est la phrase de Yaakov à ses fils au début de la famine. La guemara la lit comme une consigne de discrétion : ne pas afficher son abondance devant ceux qui manquent. C'est le mot titraou, vous vous montrez, qui porte ce sens, et il fournit du même coup la transition vers le passage aggadique qui suit sur les consignes de voyage de Yossef.

7
״אַל תִּרְגְּזוּ בַּדֶּרֶךְ״, אָמַר רַבִּי אֶלְעָזָר, אָמַר לָהֶם יוֹסֵף לְאֶחָיו: אַל תִּתְעַסְּקוּ בִּדְבַר הֲלָכָה, שֶׁמָּא תְּרַגְּזוּ עֲלֵיכֶם הַדֶּרֶךְ.

« Ne vous emportez pas en chemin » (Berechit 45, 24). Rabbi Elazar a dit : Yossef dit à ses frères : ne vous occupez pas d'un point de halakha, de peur que la route ne s'emporte contre vous.

📜 Rachi (1)
תִּרְגְּזוּ עֲלֵיכֶם הַדֶּרֶךְ תִּתְעוּ:
Que la route ne s'emporte contre vous — que vous ne vous égariez.
🗂️ Tossefot (1)
אַל תִּרְגְּזוּ בַּדֶּרֶךְ. וְיֵשׁ מִדְרָשׁ אַל תַּפְסִיקוּ מִדְּבַר הֲלָכָה:
« Ne vous emportez pas en chemin. » Et il y a un midrach [qui lit] : n'interrompez pas les paroles de halakha.
🪔 Ben Yehoyada (1)
(בְּרֵאשִׁית מה, כד) "אַל תִּרְגְּזוּ בַּדֶּרֶךְ", אָמַר רַבִּי אֶלְעָזָר: אָמַר לָהֶם יוֹסֵף לְאֶחָיו: אַל תִּתְעַסְּקוּ בִּדְבַר הֲלָכָה, שֶׁמָּא תִּרְגַּז עֲלֵיכֶם הַדֶּרֶךְ. נִרְאֶה לִי בס"ד בַּגְּמָרָא פֶּרֶק קַמָּא דְּקִדּוּשִׁין אִתְּמַר דֶּרֶךְ זוֹ תּוֹרָה, שֶׁנֶּאֱמַר (שְׁמוֹת יח, כ) 'וְהוֹדַעְתָּ לָהֶם אֶת הַדֶּרֶךְ יֵלְכוּ בָּהּ' וְאָמַר 'דְּבַר הֲלָכָה' וְלֹא אָמַר 'אַל תִּתְעַסְּקוּ בַּהֲלָכָה' וְהַיְינוּ לְלַמֵּד דַּהֲלָכָה פְּסוּקָה לֵית לַן בַּהּ אַךְ דִּבּוּר שֶׁל הֲלָכָה שֶׁהוּא פִּלְפּוּל וְקֻשְׁיוֹת וְתֵירוּצִים לְהוֹצִיא מֵהֶם קֻושְׁיוֹת וְתֵירוּצִים וּטְעָמִים.
(Berechit 45, 24) « Ne vous emportez pas en chemin », Rabbi Elazar a dit : Yossef dit à ses frères : ne vous occupez pas d'un point de halakha, de peur que la route ne s'emporte contre vous. Il me semble, avec l'aide du Ciel : dans la guemara, au premier chapitre de Kidouchin, il est énoncé que « la voie » désigne la Tora, ainsi qu'il est dit (Chemot 18, 20) « tu leur feras connaître la voie où ils doivent marcher ». Et il a dit « une parole de halakha » plutôt que « ne vous occupez pas de halakha », ce qui enseigne qu'une halakha tranchée ne pose pas de difficulté, et que la mise en garde vise le discours de halakha, c'est-à-dire le pilpoul, les questions et les réponses d'où l'on tire encore des questions, des réponses et des motifs.
💡 Explication

La guemara passe des paroles de Yaakov à celles de Yossef, au moment où il renvoie ses frères vers leur père. Le verset dit littéralement : ne vous emportez pas en chemin. Rabbi Elazar l'entend comme une mise en garde contre la discussion halakhique en voyage, qui échauffe les esprits.

Rachi lit le second membre autrement : le danger porte sur la route elle-même, au sens où l'on s'égare quand l'esprit est ailleurs. Le Ben Yehoyada observe que le texte dit dvar halakha, une parole de halakha, et non la halakha en général : une règle déjà tranchée ne pose pas problème, seul le pilpoul, la discussion qui oppose questions et réponses, est visé.

8
אֵינִי? וְהָאָמַר רַבִּי אִלְעַאי בַּר בֶּרֶכְיָה: שְׁנֵי תַּלְמִידֵי חֲכָמִים שֶׁמְּהַלְּכִים בַּדֶּרֶךְ וְאֵין בֵּינֵיהֶן דִּבְרֵי תוֹרָה — רְאוּיִין לִישָּׂרֵף, שֶׁנֶּאֱמַר: ״וַיְהִי הֵמָּה הֹלְכִים הָלוֹךְ וְדַבֵּר וְהִנֵּה רֶכֶב אֵשׁ וְסוּסֵי אֵשׁ וַיַּפְרִדוּ בֵּין שְׁנֵיהֶם״, טַעְמָא דְּאִיכָּא דִּיבּוּר, הָא לֵיכָּא דִּיבּוּר — רְאוּיִין לִישָּׂרֵף!

Est-ce bien ainsi ? Rabbi Ilai bar Berekhia n'a-t-il pas dit : deux talmide hakhamim qui marchent en chemin sans que des paroles de Tora passent entre eux méritent d'être brûlés, ainsi qu'il est dit : « Or, comme ils marchaient en parlant, voici un char de feu et des chevaux de feu, et ils séparèrent les deux » (II Melakhim 2, 11) ?

La raison en est qu'il y avait une parole ; s'il n'y avait pas eu de parole, ils auraient mérité d'être brûlés !

📜 Rachi (1)
לִישָּׂרֵף בָּאֵשׁ דִּכְתִיב וְהִנֵּה סוּסֵי אֵשׁ וּכְתִיב בְּהַהוּא עִנְיָינָא הָלוֹךְ וְדָבָר וְאַהָכִי כַּתְבֵיהּ לְאַשְׁמוֹעִינַן דְּאִי לָאו שֶׁהָיוּ הוֹלְכִין בְּעָומְקָהּ שֶׁל הֲלָכָה לֹא [הָיוּ נִיצּוֹלִין]:
D'être brûlés par le feu — car il est écrit « voici des chevaux de feu », et il est écrit dans ce même passage « marchant et parlant » ; s'il l'a écrit, c'est pour nous apprendre que s'ils n'avaient pas été engagés dans la profondeur d'une halakha, ils n'auraient pas été sauvés.
🗂️ Tossefot (1)
וְאֵין בֵּינֵיהֶם דִבְרֵי תוֹרָה רְאוּיָם לִישָּׂרֵף דִּכְתִיב וַיְהִי הֵמָּה הֹולְכִים הָלוֹךְ וְדַבֵּר וְגוֹ' טַעְמָא דְּאִיכָּא דִּבּוּר וְכוּ'. וְיֵשׁ מִדְרָשׁ שֶׁהֵם הָיוּ מְדַבְּרִים דְּבָרִים בְּטֵלִים ומש"ה רְאוּיָן לִישָּׂרֵף:
« Sans que des paroles de Tora passent entre eux, ils méritent d'être brûlés », car il est écrit « or, comme ils marchaient en parlant, etc. » : la raison en est qu'il y avait une parole, etc. Et il y a un midrach [selon lequel] ils parlaient de choses vaines, et c'est pour cela qu'ils méritaient d'être brûlés.
💡 Explication

L'objection tire un enseignement de la séparation d'Eliyahou et d'Elicha. Le verset précise qu'ils marchaient en parlant ; puisque ce détail est noté, il porte une leçon, et Rabbi Ilai bar Berekhia en déduit que la parole de Tora est ce qui les a protégés du feu.

La contradiction avec Rabbi Elazar est directe : l'un écarte l'étude en chemin, l'autre l'exige. Elle sera réglée au segment suivant.

9
לָא קַשְׁיָא: הָא — לְמִיגְרַס, הָא — לְעַיּוֹנֵי.

Ce n'est pas difficile : ici il s'agit de réviser, là il s'agit d'approfondir.

📜 Rachi (1)
הָא לְמִגְרַס מִבָּעֵי לֵיהּ בְּאוֹרְחָא אֲבָל בְּמִלְּתָא דְּמִבָּעֵי לֵיהּ לְעַיּוֹנֵי לָא:
Ici, pour réviser — cela lui est requis en chemin ; mais pour ce qui demande d'approfondir, non.
💡 Explication

Le règlement tient à deux modes d'étude. Ligrass désigne la révision de ce que l'on sait déjà, exercice de mémoire qui n'engage aucun débat : c'est ce que Rabbi Ilai bar Berekhia exige du voyageur. Le'ayouni désigne l'examen en profondeur, qui appelle objections et réponses : c'est ce que Yossef écarte pour la route.

10
בְּמַתְנִיתָא תַּנָּא: אַל תַּפְסִיעוּ פְּסִיעָה גַּסָּה, וְהִכְנִיסוֹ חַמָּה לָעִיר. אַל תַּפְסִיעוּ פְּסִיעָה גַּסָּה — דְּאָמַר מָר: פְּסִיעָה גַּסָּה נוֹטֶלֶת אֶחָד מֵחֲמֵשׁ מֵאוֹת מִמְּאוֹר עֵינָיו שֶׁל אָדָם.

Il a été enseigné dans une baraita : ne faites pas de grands pas, et faites entrer le soleil dans la ville. « Ne faites pas de grands pas » — car le Maître a dit : un grand pas prend un cinq-centième de la lumière des yeux de l'homme.

📜 Rachi (2)
בְּמַתְנִיתָא תַּנָּא מַאי אַל תִּרְגְּזוּ בַּדֶּרֶךְ אַל תַּזִּיקוּ עַצְמְכֶם בִּפְסִיעָה גַּסָּה:
Il a été enseigné dans une baraita — que signifie « ne vous emportez pas en chemin » ? Ne vous faites pas de tort à vous-mêmes par un grand pas.
וְהִכְנִיסוֹ חַמָּה לָעִיר כְּשֶׁאַתֶּם לָנִין וְשׁוֹכְבִין בַּדֶּרֶךְ בָּעֲייָרוֹת הִכְנִיסוּ לָעִיר בְּעוֹד שֶׁהַחַמָּה זוֹרַחַת:
Et faites entrer le soleil dans la ville — lorsque vous passez la nuit et couchez en route dans les villes, entrez dans la ville pendant que le soleil brille encore.
🗂️ Tossefot (1)
פְּסִיעָה גַּסָּה נוֹטֶלֶת אַחַת מֵחֲמֵשׁ מֵאוֹת מִמְּאוֹר עֵינָיו שֶׁל אָדָם וְאֵין לְהַקְשׁוֹת אִם כֵּן בַּחֲמֵשׁ מֵאוֹת פְּסִיעוֹת גַּסּוֹת יִהְיֶה נִיטָּל כָּל מְאוֹר עֵינָיו שֶׁל אָדָם וְהָא קָא חָזֵינַן דְּלָאו הָכִי הֲוָה וְנִרְאֶה לְפָרֵשׁ דְּהַפְּסִיעָה רִאשׁוֹנָה נוֹטֵל אַחַת מֵחֲמֵשׁ מֵאוֹת וְהַפְּסִיעָה שְׁנִיָּה נוֹטֵל פָּחוֹת מִן הָרִאשׁוֹנָה שֶׁשְּׁנִיָּה אֵינָהּ נוֹטֶלֶת אֶלָּא אֶחָד מֵחֲמֵשׁ מֵאוֹת הַנִּשְׁאָרִים כְּמוֹ בְּעִישּׂוּרְייָתָא דְּבֵי רַבִּי (כְּתֻובּוֹת דַּף סח.) ר"ל הָעִישּׂוּר מִמַּה שֶׁנִּשְׁאַר אֲבָל עֲדַייִן קָשֶׁה דמ"ש פְּסִיעָה רִאשׁוֹנָה דְּנוֹטֶלֶת יוֹתֵר מִן הַשְּׁנִיָּה אֶלָּא יֵשׁ לוֹמַר דְּלָא נוֹטֶלֶת אֶלָּא פְּסִיעָה רִאשׁוֹנָה דַּוְקָא וּמִכָּאן וְאֵילָךְ כֵּיוָן דְּדָשׁ דָּשׁ אִי נָמֵי פְּסִיעָה רִאשׁוֹנָה נוֹטֶלֶת טְפֵי מִשּׁוּם דְּכָל הַתְחָלוֹת קָשׁוֹת:
« Un grand pas prend un cinq-centième de la lumière des yeux de l'homme. » Il ne faut pas objecter qu'en cinq cents grands pas toute la lumière de ses yeux lui serait ôtée, alors que nous voyons qu'il n'en va pas ainsi. Il paraît qu'il faut expliquer que le premier pas prend un cinq-centième, que le deuxième prend moins que le premier, puisqu'il ne prend qu'un cinq-centième de ce qui reste, à la manière des dixièmes de la maison de Rabbi (Ketoubot 68a), c'est-à-dire le dixième de ce qui reste. Mais il reste une difficulté : en quoi le premier pas diffère-t-il du second ? Il faut dire plutôt que seul le premier pas prend quelque chose, et qu'à partir de là, une fois la chose faite et refaite, elle ne nuit plus. Ou encore : le premier pas prend davantage parce que tous les commencements sont difficiles.
🪔 Ben Yehoyada (1)
אַל תַּפְסִיעוּ פְּסִיעָה גַּסָּה. אַף עַל גַּב דְּיוֹדְעִים זֶה מִדַּעְתָּם, חָשַׁשׁ שֶׁמָּא יֹאמְרוּ בִּשְׁבִיל מִצְוָה רַבָּה לְמַהֵר לַעֲלוֹת אֶל אָבִינוּ הַיּוֹשֵׁב בְּצַעַר מֻותָּר לִפְסֹעַ, לְכָךְ הִזְהִירָם. אוֹ יוּבָן בס"ד דֶּרֶךְ דְּרָשׁ דְּיָדוּעַ מַה שֶּׁכָּתַב רַבֵּינוּ הָאֲרִ"י זַ"ל בַּפָּסוּק (בְּרֵאשִׁית ו, ח) וְנֹחַ מָצָא חֵן בְּעֵינֵי ה', דְּהַיְּסוֹד יֵשׁ לוֹ שַׁיָּיכוּת בָּעֵינַיִם וּלְכָךְ אָמְרוּ רַבּוֹתֵינוּ זַ"ל הַהַזְרָעָה נוֹטֶלֶת מְאוֹר עֵינָיו שֶׁל אָדָם, וְכָל אָדָם שֶׁאָחוּז בִּיסוֹד לוֹ שַׁיָּיכוּת בְּעֵינַייִם, עַל כֵּן כְּשֶׁמָּכְרוּ אֶת יוֹסֵף הַצַּדִּיק ע"ה שֶׁהוּא בִּיסוֹד פְּגָמוֹ בָּעֵינַיִם וְאָז נִמְצָא מִמֵּילָא הֵם עֲלוּלִים יוֹתֵר לִנְזָקִין שֶׁבָּעֵינַיִם לְכָךְ צִוָּה אוֹתָם לִיזָּהֵר מִן פְּסִיעָה גַּסָּה שֶׁעוֹשֶׂה נֶזֶק בָּעֵינַיִם אַךְ יַעֲקֹב אָבִינוּ ע"ה שֶׁעֲדַייִן לֹא יָדַע מִמְּכִירַת יוֹסֵף הַצַּדִּיק ע"ה לֹא הִזְהִירָם בְּכָךְ. וּמַה שֶׁצִּוָּה אוֹתָם שֶׁיִּכָּנְסוּ חַמָּה לָעִיר נִרְאֶה לִי מִפְּנֵי שֶׁהֵם הוֹלְכִים לְבָשָׂר בְּשׂוֹרָה טוֹבָה גְּדוֹלָה לְיַעֲקֹב אָבִינוּ ע"ה וְיָדוּעַ דְּאֶפְשָׁר לִהְיוֹת סַכָּנָה מִבְּשׂוֹרָה טוֹבָה וּכְמוֹ שֶׁקָּרָה לְשָׂרָה אִמֵּנוּ ע"ה (תַּנְחוּמָא וַיַּרְא אוֹת כג, וּבְקִיצּוּר בִּבְרֵאשִׁית רַבָּה פָּרָשָׁה נֹחַ, ה שֶׁנִּשְׁמָתָהּ שֶׁל שָׂרָה פָּרְחָה מִמֶּנָּה כְּשֶׁאָמַר לָהּ הַשָּׂטָן שֶׁיִּצְחָק נֶעֱקַד) לְכָךְ לֹא רָצָה שֶׁיִּכָּנְסוּ בַּלַּיְלָה שֶׁהוּא זְמַן דִּין וְיֵשׁ שְׁלִיטָה לַשָּׂטָן בּוֹ יוֹתֵר וְאַף עַל פִּי שֶׁהֵם וַדַּאי יִהְיוּ נִזְהָרִים לְבַשֵּׂר בְּאֹופֶן שֶׁלֹּא יֵצֵא מִמֶּנּוּ נֶזֶק, עִם כָּל זֶה מִי יוֹדֵעַ מַה יִוָּלֵד יוֹם עַל כָּל פָּנִים טוֹב לַעֲשׂוֹת הַבְּשׂוֹרָה בַּיּוֹם. וּבְנִי יְדִידִי כְּבוֹד הָרַב יַעֲקֹב נר"ו פֵּירֵשׁ, מַה שֶׁאָמַר לָהֶם 'הִכְנִיסוֹ חֵמָה לָעִיר' כִּי יַעֲקֹב אָבִינוּ ע"ה הָיָה בְּחִינַת תִּפְאֶרֶת שֶׁהוּא סוֹד חַמָּה וְלָכֵן אָמְרוּ רַבּוֹתֵינוּ זַ"ל (בְּרֵאשִׁית כח, יא) 'וַיָּלֶן שָׁם כִּי בָא הַשֶּׁמֶשׁ', שָׁמַע מַלְאֲכֵי הַשָּׁרֵת אוֹמְרִים אֲתָא שִׁמְשָׁא אֲתָא שִׁמְשָׁא, וּלְכָךְ אָמַר לָהֶם הִכָּנְסוּ חַמָּה לָעִיר שֶׁיָּגֵין עֲלֵיהֶם זְכוּת יַעֲקֹב אָבִינוּ ע"ה שֶׁהוּא סוֹד חַמָּה, עַד כָּאן דְּבָרָיו נר"ו.
« Ne faites pas de grands pas. » Bien qu'ils le sussent d'eux-mêmes, il a craint qu'ils ne disent : pour une grande mitsva, celle de se hâter de monter vers notre père qui demeure dans la peine, il est permis de faire de grands pas ; c'est pourquoi il les a avertis. On peut aussi le comprendre, avec l'aide du Ciel, par voie de derach. On connaît ce qu'a écrit notre maître le Ari, de mémoire bénie, sur le verset (Berechit 6, 8) « et Noah trouva grâce aux yeux de Hachem » : le yessod a un rapport avec les yeux, et c'est pourquoi nos maîtres, de mémoire bénie, ont dit que l'émission de semence prend de la lumière des yeux de l'homme ; tout homme attaché au yessod a un rapport avec les yeux. Aussi, lorsqu'ils vendirent Yossef le juste, la paix soit sur lui, qui est au yessod, ils portèrent atteinte aux yeux, et dès lors ils étaient plus exposés aux dommages qui touchent les yeux ; c'est pourquoi il leur ordonna de se garder du grand pas, qui fait du tort aux yeux. Quant à Yaakov avinou, la paix soit sur lui, qui ne savait encore rien de la vente de Yossef le juste, la paix soit sur lui, il ne les a pas mis en garde sur ce point. Et s'il leur a ordonné de faire entrer le soleil dans la ville, il me semble que c'est parce qu'ils allaient annoncer une grande et bonne nouvelle à Yaakov avinou, la paix soit sur lui, et l'on sait qu'une bonne nouvelle peut comporter un danger, comme il arriva à Sara imenou, la paix soit sur elle (Tan'houma Vayera 23, et en abrégé dans Berechit Rabba 58, 5 : l'âme de Sara s'envola d'elle lorsque le satan lui dit que Yits'hak avait été ligoté). Il n'a donc pas voulu qu'ils entrent de nuit, qui est le temps du din et où le satan a davantage d'emprise ; et bien qu'ils eussent certainement pris garde d'annoncer la chose de manière à n'en tirer aucun dommage, qui sait ce qu'un jour enfante ? En tout cas il valait mieux faire l'annonce de jour. Et mon fils bien-aimé, l'honorable rav Yaakov, qu'il soit garde, a expliqué ainsi la parole « faites entrer le soleil dans la ville » : Yaakov avinou, la paix soit sur lui, était de l'ordre du tiferet, qui est le sod du soleil ; c'est pourquoi nos maîtres, de mémoire bénie, ont dit sur (Berechit 28, 11) « il y passa la nuit car le soleil s'était couché » qu'il entendit les anges de service dire : le soleil est venu, le soleil est venu. Il leur a donc dit : faites entrer le soleil dans la ville, afin que le mérite de Yaakov avinou, la paix soit sur lui, qui est le sod du soleil, les protège. Jusqu'ici ses paroles, qu'il soit garde.
💡 Explication

Une baraita donne une autre lecture de « ne vous emportez pas en chemin » : elle y entend un avertissement physique, contre le pessia gassa, le grand pas, et une consigne d'horaire, entrer dans la ville tant qu'il fait jour.

Tossefot traitent la mesure du cinq-centième comme un problème de calcul, puisqu'à ce rythme cinq cents pas aveugleraient. Ils proposent trois réponses : une diminution proportionnelle de ce qui reste, sur le modèle des dixièmes de la maison de Rabbi ; ou bien la perte n'est due qu'au premier pas ; ou bien le premier pas coûte davantage parce que tout commencement est difficile.

11
וְהִכְנִיסוֹ חַמָּה לָעִיר — כִּדְרַב יְהוּדָה אָמַר רַב. דְּאָמַר רַב יְהוּדָה אָמַר רַב: לְעוֹלָם יֵצֵא אָדָם ב״כי טוֹב״ וְיִכָּנֵס ב״כי טוֹב״, שֶׁנֶּאֱמַר: ״הַבֹּקֶר אוֹר וְהָאֲנָשִׁים שֻׁלְּחוּ״.

« Et faites entrer le soleil dans la ville » — conformément à ce que Rav Yehouda a dit au nom de Rav. Car Rav Yehouda a dit au nom de Rav : que l'homme sorte toujours avec « ki tov » et entre avec « ki tov », ainsi qu'il est dit : « Le matin venu, les hommes furent renvoyés » (Berechit 44, 3).

📜 Rachi (3)
יֵצֵא אָדָם בְּכִי טוֹב שֶׁיַּמְתִּין עַד שֶׁיֵּאוֹר כְּמוֹ וַיַּרְא אֱ-לֹהִים אֶת הָאוֹר כִּי טוֹב (בְּרֵאשִׁית א):
Que l'homme sorte avec « ki tov » — qu'il attende qu'il fasse jour, comme dans « et D.ieu vit la lumière, qu'elle était bonne » (Berechit 1).
וְיִכָּנֵס בְּכִי טוֹב בָּעֶרֶב בְּעוֹד שֶׁהַחַמָּה זוֹרַחַת שֶׁאֵין לִיסְטִין מְצֻוייָּן אִי נָמֵי שֶׁלֹּא יִפֹּול בְּבוֹרוֹת וּבְקָעִים שֶׁבָּעִיר שֶׁלֹּא יַעֲלִילוּ עָלָיו עֲלִילוֹת מֵרֶגֶל אַתָּה אוֹ גַּנָּב:
Et qu'il entre avec « ki tov » — le soir, pendant que le soleil brille encore, car les brigands ne sont pas là ; ou encore, pour qu'il ne tombe pas dans les fosses et les crevasses de la ville, et pour qu'on ne monte pas contre lui des accusations : es-tu un espion, es-tu un voleur ?
הַבֹּוקֶר אוֹר וְהָאֲנָשִׁים שֻׁולְּחוּ הֵמָּה וַחֲמֹורֵיהֶם מִיכֵּן שֶׁיָּצְאוּ בְּכִי טוֹב וְהוּא הַדִּין לִיכָּנֵס בְּכִי טוֹב יֵשׁ סְפָרִים דְּלָא כְּתִיב בְּהוּ הַאי קְרָא אֶלָּא מִילְּתָא דְּרַב יְהוּדָה סְבָרָא הוּא וְלָא בָּעֵי' קְרָא:
« Le matin venu, les hommes furent renvoyés, eux et leurs ânes » — de là on apprend qu'ils sont sortis avec « ki tov », et il en va de même pour entrer avec « ki tov ». Il y a des livres où ce verset n'est pas écrit, et où la parole de Rav Yehouda tient du raisonnement, sans qu'un verset soit nécessaire.
🗂️ Tossefot (1)
לְעוֹלָם יֵצֵא אָדָם בְּכִי טוֹב. פִּי' בְּפֶרֶק קַמָּא דִּפְסָחִים (דַּף ב.) [וְע"ע תּוֹסְ' ב"ק ס:]:
« Que l'homme sorte toujours avec ki tov. » Expliqué au premier chapitre de Pessahim (2a) [voir aussi Tossefot Baba Kama 60b].
🪔 Ben Yehoyada (1)
לעולם יצא אדם בכי־טוב, ויכנס בכי־טוב, שנאמר: (בראשית מד, ג) "הבקר אור והאנשים שלחו". יש להקשות כיון דסמך דבר זה על פסוק 'הבקר אור' הוה ליה למימר 'יצא באור היום ויכנס באור היום'? ונראה לי בס"ד בהקדם מה שאמרו במדרש רבה פרשת מקץ, אמר רבי לוי עובדא הוה בארץ הדרום היה פונדקי אחד שהיה עומד בכל לילה ולובש מלבושיו וכלי זיינו והיה אומר לאותם האורחים שהיו לנים בפונדק קומו ולכו לדרכיכם ואל תפחדו מלסטים כי אני הולך עמכם בכלי זיין ואשמור אתכם, והם לפי תומם הולכים עמו ואחר שירחקו מן העיר יש שם לסטים שותפים עם זה הפונדקי באים ושוללין אותם וחולקין עם הפונדקי. פעם אחת נזדמן שרבי מאיר לן שם באותו פונדק ובא הפונדקי אצלו אחר חצות לילה ואמר לו שילך לדרכו והוא שומר אותו, אמר לו רבי מאיר יש לי אח ואני ממתין עליו שיבא ולא אוכל לילך עד שיבא אחי, אמר לו היכן הוא יושב? אמר לו בבית הכנסת, אמר לו ומה שמו? כי אלך ואקראהו שיבא אצלך, אמר לו שמו 'כי טוב' והלך אותו פונדקי וצווח על פתח בית הכנסת כי טוב! כי טוב! ואין קול ואין עונה וחזר למקומו והנה בבוקר כשהאיר היום קם רבי מאיר ותיקן החמור שלו כדי שילך לדרכו, אמר לו אותו פונדקי איה הוא אחיך שאמרת שאתה ממתין לו שיבא? אמר לו כבר בא דכתיב (בראשית א, ד) 'וירא אלקים את האור כי טוב', עד כאן. ובדרשותי דקדקתי למה אמר 'את האור כי טוב' הוה ליה למימר 'האור טוב' ואין צריך לומר כי? ופרשתי בס"ד דיחוד חכמה ובינה שהם דחילו ורחימו הוא שילוב הוי"ה אהי"ה וזה היחוד נעשה בקריאת שמע ואחריו בתפילת העמידה נעשה יחוד תפארת ומלכות שהוא שילוב הוי"ה אדנ"י וידוע דצריך להקדים לעשות יחוד הוי"ה בקריאת שמע בנץ החמה דמצות קריאת שמע הוא לגומרה בנץ החמה ולכן כתיב 'וירא אלקים את האור כי טוב' דמספר כי טוב [47] עולה הוי " ה אהי " ה [47] . והנה ידוע בסוד הכתוב (ישעיהו מג, טז) 'הנותן בים דרך' דשם הוי"ה במלוי ס"ג [63] ושם אהי"ה במלוי קס"א [161] עולים מספר 'דרך' [224] על כן שילוב שם הוי"ה ושם אהי"ה יועיל לשמירת הדרך מפני כי שני שמות אלו במילואם עולים דרך, ורבי מאיר אמר לפונדקי שאני ממתין לאחי ששמו 'כי טוב' כיון בשם זה דשלוב הוי"ה אהי"ה שהוא מספר 'כי טוב' ומשך ממנו שפע שמירה באותה שעה שהיה בדרך וכשהאיר היום שנעשה זמן קריאת שמע שבה יהיה יחוד הוי"ה אהי"ה יתעורר השם הזה לשמרו בדרך אשר ילך בה ששמות אלו במילואם עולים מספר 'דרך' ולכן רב הזהיר האדם בלשון זה של 'כי טוב' שאמר 'יצא בכי־טוב ויכנס בכי־טוב' לרמוז לפי דרכו שיזהר למשוך לו שמירה משמות הוי"ה אהי"ה שמספרם 'כי טוב' שהם מסוגלים לשמירת הדרך ולכן היוצא לדרך קורא פסוק קריאת שמע על המזוזה כשיצא מביתו.
« Que l'homme sorte toujours avec ki tov et entre avec ki tov, ainsi qu'il est dit (Berechit 44, 3) : le matin venu, les hommes furent renvoyés. » Il y a lieu d'objecter : puisqu'il appuie la chose sur le verset « le matin venu », il aurait dû dire « qu'il sorte à la lumière du jour et entre à la lumière du jour ». Il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'il faut d'abord rappeler ce qui est dit au Midrach Rabba, section Miketz. Rabbi Levi a dit : il arriva, au pays du Sud, qu'un aubergiste se levait chaque nuit, revêtait ses habits et ses armes, et disait aux voyageurs qui passaient la nuit à l'auberge : levez-vous et allez votre chemin, ne craignez pas les brigands, car je vais avec vous en armes et je vous garderai. Eux, dans leur simplicité, partaient avec lui ; et une fois éloignés de la ville, des brigands associés à cet aubergiste venaient les dépouiller et partageaient avec lui. Une fois, il se trouva que Rabbi Meir passa la nuit dans cette auberge. L'aubergiste vint auprès de lui après minuit et lui dit d'aller son chemin, qu'il le garderait. Rabbi Meir lui dit : j'ai un frère et je l'attends, je ne puis partir avant qu'il arrive. Il lui dit : où demeure-t-il ? Il lui répondit : à la maison d'étude. Il lui dit : et quel est son nom ? J'irai l'appeler pour qu'il vienne auprès de toi. Il lui dit : son nom est « ki tov ». Cet aubergiste alla crier à la porte de la maison d'étude : ki tov ! ki tov ! Et il n'y eut ni voix ni réponse, et il revint à sa place. Au matin, quand le jour se leva, Rabbi Meir se leva et prépara son âne pour aller son chemin. L'aubergiste lui dit : où est ton frère, que tu disais attendre ? Il lui répondit : il est déjà venu, comme il est écrit (Berechit 1, 4) « et D.ieu vit la lumière, qu'elle était bonne ». Jusque là le midrach. Et dans mes drachot j'ai relevé : pourquoi dit-il « la lumière, qu'elle était bonne » ? Il aurait pu dire « la lumière était bonne », sans le mot « qu' ». J'ai expliqué, avec l'aide du Ciel, que l'union de la 'hokhma et de la bina, qui sont la crainte et l'amour, est l'entrelacement des noms Havaya et Ehye, et que cette union se fait au keriat chema, après quoi, à la tefila de la amida, se fait l'union du tiferet et de la malkhout, qui est l'entrelacement des noms Havaya et Ado-nay. On sait qu'il faut faire d'abord l'union du nom Havaya au keriat chema au lever du soleil, la mitsva du keriat chema étant de l'achever au lever du soleil ; c'est pourquoi il est écrit « et D.ieu vit la lumière, qu'elle était bonne », car le compte de ki tov, quarante-sept, égale celui de Havaya et Ehye, quarante-sept. Et l'on sait, dans le sod du verset (Yechayahou 43, 16) « Celui qui donne une voie dans la mer », que le nom Havaya dans son épellation de soixante-trois et le nom Ehye dans son épellation de cent soixante et un font ensemble le compte de derekh, la voie, deux cent vingt-quatre. C'est pourquoi l'entrelacement du nom Havaya et du nom Ehye est utile pour la protection de la route, puisque ces deux noms, dans leur épellation, font derekh. Et Rabbi Meir, disant à l'aubergiste qu'il attendait son frère dont le nom est « ki tov », visait par ce nom l'entrelacement de Havaya et Ehye, qui est le compte de ki tov, et il en tira une abondance de protection à l'heure même où il était en route ; et lorsque le jour se leva, devenu le temps du keriat chema où se fait l'union de Havaya et Ehye, ce nom s'éveilla pour le garder sur la voie où il marcherait, ces noms dans leur épellation faisant le compte de derekh. C'est pourquoi celui qui part en voyage lit le verset du keriat chema sur la mezouza en sortant de sa maison.
💡 Explication

La guemara rattache la consigne de Yossef à une règle générale de Rav : partir et arriver be-ki tov, pendant qu'il fait jour. L'expression vient du verset de la création de la lumière, où il est dit « ki tov », qu'elle était bonne.

Rachi donne trois dangers de la nuit, qui tiennent tous à la ville inconnue : les brigands, les fosses et crevasses, et le soupçon qui pèse sur un étranger arrivant après la tombée du jour. Il signale aussi que certains livres n'ont pas le verset d'appui, la règle tenant alors du simple bon sens.

🖼️ Schéma
La journée du voyageur : sortir et entrer avec ki tov nuit on ne part pas le jour se lève départ : yetse be-ki tov le matin venu, les hommes furent renvoyés le soleil brille encore arrivée : yikanes be-ki tov faites entrer le soleil dans la ville nuit tombée brigands, fosses, soupçon d'espionnage Rachi : ki tov renvoie à et D.ieu vit la lumière, qu'elle était bonne — le jour est le temps sur
La fenêtre de jour à l'intérieur de laquelle tient le déplacement.
12
אָמַר רַב יְהוּדָה אָמַר רַבִּי חִייָּא: הַמְהַלֵּךְ בַּדֶּרֶךְ — אַל יֹאכַל יוֹתֵר מִשְּׁנֵי רְעָבוֹן. מַאי טַעְמָא? הָכָא תַּרְגִּימוּ: מִשּׁוּם מַעְיָינָא. בְּמַעֲרָבָא אָמְרִי: מִשּׁוּם מְזוֹנֵי. מַאי בֵינַיְיהוּ? אִיכָּא בֵינַיְיהוּ,

Rav Yehouda a dit au nom de Rabbi Hiya : celui qui marche en chemin ne doit pas manger plus que ce qu'on mange dans les années de famine. Quelle en est la raison ?

Ici on a traduit : à cause des entrailles. En Occident on dit : à cause des provisions.

Quelle différence y a-t-il entre eux ? La différence entre eux porte sur

📜 Rachi (4)
לֹא יֹאכַל יוֹתֵר מִמַּה שֶׁאוֹכֵל בִּשְׁנֵי רְעָבוֹן דְּאָמַר לְקַמָּן (תַּעֲנִית דַּף יא.) שֶׁצָּרִיךְ לְהַרְעִיב עַצְמוֹ בִּשְׁנֵי רְעָבוֹן:
Qu'il ne mange pas plus que ce qu'on mange dans les années de famine — car il est dit plus loin (Taanit 11a) qu'il faut se tenir dans la faim durant les années de famine.
(הָכָא זֶה בַּבְלִי הוּא וְכִי מִשְׁתַּעֵי בְּבָבֶל קָאָמַר הָכָא וְכָל הָא לַן וְהָא לְהוּ בְּבָבֶל קָאָמַר):
(Ici — celui-ci est un Babylonien, et lorsqu'il parle de Bavel il dit « ici » ; et partout où l'on trouve « ceci pour nous, cela pour eux », c'est depuis Bavel qu'on parle.)
מִשּׁוּם מַעְיָינָא שֶׁלֹּא יִתְחַלְחֲלוּ מֵעָיו שֶׁל אָדָם בְּרוֹב אֲכִילָתוֹ מִפְּנֵי טֹורַח הַדֶּרֶךְ יֵשׁ אוֹמְרִים יִהְיוּ מֵעָיו שֶׁל אָדָם שׁוֹפְכִין זֶה לָזֶה כְּעֵין מַעְיָין:
À cause des entrailles — pour que les entrailles de l'homme ne soient pas ébranlées par l'abondance de ce qu'il mange, à cause de la peine de la route. Certains disent : pour que les entrailles de l'homme ne se déversent pas l'une dans l'autre à la manière d'une source.
מִשּׁוּם מְזוֹנֵי שֶׁמָּא אֵין לוֹ לאח"כ:
À cause des provisions — de peur qu'il n'ait plus rien ensuite.
🗂️ Tossefot (1)
מִשּׁוּם מַעְיָינָא. פֵּירוּשׁ מִשּׁוּם שֶׁהַבְּנֵי מַעְיָין הָוֵי קָשֶׁה לְהוּ:
« À cause des entrailles. » Explication : parce que les entrailles leur sont éprouvantes.
🪔 Ben Yehoyada (1)
הַמְהַלֵּךְ בַּדֶּרֶךְ, אַל יֹאכַל יוֹתֵר מִשְּׁנֵי רְעָבוֹן. נִרְאֶה רֶמֶז לַדָּבָר (דְּבָרִים ח, ג) 'וַיְעַנְּךָ וְיִרְעָבֵךְ' כְּלוֹמַר בְּעִינּוּי הַדֶּרֶךְ תִּתְנַהֵג כְּבִשְׁנַת רְעָבוֹן.
« Celui qui marche en chemin ne doit pas manger plus que ce qu'on mange dans les années de famine. » Il paraît qu'il y a une allusion à cela (Devarim 8, 3) dans « Il t'a fait souffrir et t'a fait avoir faim », c'est-à-dire : dans l'épreuve de la route, conduis-toi comme en une année de famine.
💡 Explication

Dernier enseignement du folio sur la route : le voyageur mange comme en année de disette. Deux motifs sont avancés. Mechoum meayana, à cause des entrailles, fait de la mesure une règle de santé, l'effort de la marche s'accordant mal avec un estomac plein. Mechoum mezonei, à cause des provisions, en fait une règle de prévoyance, les vivres devant durer jusqu'au terme du voyage.

Le mot hakha, ici, désigne Bavel, comme Rachi le note ; be-maarava, en Occident, désigne la terre d'Israël. La guemara demande la nafka mina, le cas pratique où les deux motifs se séparent, et le folio s'arrête sur cette question, dont la réponse ouvre le folio suivant.

🖼️ Schéma
Manger en voyage : deux motifs, deux écoles Ici, c'est-à-dire Bavel mechoum meayana les entrailles, que la marche ébranle quand on a trop mangé motif de santé En Occident, la terre d'Israël mechoum mezonei les provisions, qui risquent de manquer avant la fin motif de prévoyance Nafka mina : le cas où un seul des deux motifs vaut le folio s'interrompt sur ces mots ; la réponse ouvre 11a
Le désaccord de Bavel et de la terre d'Israël sur le motif du repas mesuré en voyage.
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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).