Sougya : Le folio part de la michna qui confie aux yehidim les trois premiers jeûnes, et demande ce que vaut ce titre. Une baraita répond que tout talmid 'hakham est un yahid, puis distingue le yahid, digne d'être nommé responsable de la communauté, et le talmid, capable de répondre sur un point de halakha dans son étude.
Deux baraitot suivantes opposent Rabbi Meir et Rabbi Yossi, puis Rabbi Chimon ben Elazar et Rabban Chimon ben Gamliel, sur le droit de s'imposer soi-même une conduite de yahid : la règle retenue distingue ce qui relève de l'honneur et ce qui relève de la peine. La guemara passe ensuite au régime du jeûne déjà commencé — cause disparue, déplacement d'une ville à l'autre, oubli — puis dérive, par le verset « pourquoi vous montrez-vous ? », vers un long passage aggadique sur les consignes de Yossef à ses frères pour la route : ne pas discuter de halakha en profondeur, ne pas faire de grands pas, entrer dans la ville au jour, et manger peu en voyage.
Et lors des jours de fête inscrits dans la Meguilat Taanit.
Ces quelques mots achèvent la baraita citée en 10a sur les trois jeûnes des yehidim : ils les interrompent aux roch hodech et aux jours de fête portés sur la Meguilat Taanit, cette liste ancienne de dates où le jeûne est écarté.
Le Roch tire ici la halakha pratique : la Meguilat Taanit ayant été abolie, la règle d'interruption ne subsiste que pour 'Hanouka et Pourim, et elle ne vaut que pour les jeûnes des yehidim, non pour un jeûne décrété sur la communauté.
Nos maîtres ont enseigné : qu'un homme ne dise pas : je ne suis qu'un élève, je ne suis pas digne d'être un yahid ; au contraire, tous les talmide hakhamim sont des yehidim. Qui est un yahid et qui est un talmid ?
Le yahid — quiconque est digne d'être nommé parnass, responsable de la communauté. Le talmid — quiconque, interrogé sur un point de halakha dans son étude, sait le dire, et même s'il ne s'agit que du traité de kalla.
La baraita écarte la modestie qui dispenserait de l'effort : nul ne peut se retrancher derrière son titre d'élève pour échapper aux trois jeûnes confiés aux yehidim. Elle définit alors deux niveaux. Le yahid se reconnaît à une aptitude publique : être digne de la charge de parnass, responsable de la communauté. Le talmid se reconnaît à une compétence d'étude : savoir répondre sur un point de halakha dans ce qu'il apprend.
Le traité de kalla désigne le traité étudié en commun pendant les mois de rassemblement, Adar et Eloul. Le mentionner fixe un seuil bas : même ce savoir-la suffit au titre de talmid.
Tossefot confrontent cette définition à celle de Chabbat 114a, où le même critère de réponse sert à désigner celui qu'on peut nommer parnass. Leur règlement tient à un double emploi du mot talmid : celui qui répond à chacun sur tout sujet est le yahid d'ici, tandis que celui qui répond seulement dans son traité est le talmid d'ici.
Nos maîtres ont enseigné : tous ceux qui veulent se faire yahid ne le peuvent pas ; se faire talmid, on le peut — paroles de Rabbi Meir. Rabbi Yossi dit : il le fait, et il est mentionné en bien, car cela ne lui vaut aucun éloge mais seulement de la peine.
La question porte maintenant sur l'initiative personnelle : peut-on s'attribuer soi-même la conduite du yahid, avec les jeûnes qu'elle entraîne ? Rabbi Meir l'interdit, par crainte de la gassout harouah, la hauteur d'esprit de celui qui s'élève au-dessus de son rang. Rabbi Yossi l'autorise et le loue, au motif que cette conduite coûte au lieu de rapporter.
Rachi retient une seconde leçon du texte, qui déplace la difficulté : l'interdit porterait sur le fait de se donner les signes extérieurs du talmid — le vêtement, le sudar des maîtres — et se rattacherait à la règle « quiconque veut s'emparer du titre ne s'en emparera pas ». Son argument est la réponse de Rabban Chimon ben Gamliel au segment suivant, qui parle expressément d'une chose relevant de l'honneur.
Il est enseigné dans une autre baraita : tous ceux qui veulent se faire yahid ne le peuvent pas ; se faire talmid, on le peut — paroles de Rabbi Chimon ben Elazar. Rabban Chimon ben Gamliel dit : de quoi parle-t-on ?
D'une chose qui relève de l'honneur ; mais pour une chose qui relève de la peine, il le fait, et il est mentionné en bien, car cela ne lui vaut aucun éloge mais seulement de la peine.
La seconde baraita reprend le même désaccord avec d'autres noms, et Rabban Chimon ben Gamliel en donne le principe de partage. La question n'est plus de savoir si l'on peut s'élever, mais de savoir ce que l'on s'attribue : un signe qui rehausse ou une charge qui pèse.
Ce critère règle aussi la première baraita selon la seconde leçon de Rachi : l'interdit vise les marques de distinction, l'autorisation vise les conduites pénibles. La halakha suit ici Rabban Chimon ben Gamliel.
Nos maîtres ont enseigné : celui qui jeûnait pour un malheur et que le malheur est passé, ou pour un malade et qu'il a guéri — il jeûne et achève son jeûne. Celui qui va d'un lieu où l'on ne jeûne pas vers un lieu où l'on jeûne — il jeûne avec eux.
D'un lieu où l'on jeûne vers un lieu où l'on ne jeûne pas — il jeûne et achève son jeûne.
Trois règles tiennent au même principe : un jeûne accepté engage, même quand son motif disparaît. Rachi en donne la raison, qui est une raison de tenue devant Hachem : abandonner le jeûne dès que la demande est exaucée reviendrait à avoir posé une condition à son Créateur.
Les deux cas de déplacement appliquent la règle connue des rigueurs du lieu : on prend celles de l'endroit où l'on arrive et l'on garde celles de l'endroit que l'on quitte. Tossefot précisent que l'intention de revenir ne change rien, l'engagement ayant déjà été pris.
Le Roch discute l'objection du Raavad, tirée des jeûnes pour la pluie que l'on interrompt lorsque la pluie tombe avant midi. Sa réponse distingue la communauté, qui doit dire le Hallel dans la joie, et le particulier, qui achève le jeûne qu'il a pris sur lui.
S'il a oublié, qu'il a mangé et bu — qu'il ne se montre pas devant le public et ne se donne pas d'agréments, ainsi qu'il est dit : « Yaakov dit à ses fils : pourquoi vous montrez-vous ? » (Berechit 42, 1). Yaakov dit à ses fils : ne vous montrez pas rassasiés, ni devant Essav ni devant Yichmael, afin qu'ils ne vous jalousent pas.
La baraita règle le cas de celui qui a rompu son jeûne par oubli : le jeûne subsiste, et deux conduites lui sont demandées, se tenir à l'écart du public et s'abstenir de tout idoun, agrément de table. Rachi donne l'image : un marié au milieu d'endeuillés.
Le verset d'appui est la phrase de Yaakov à ses fils au début de la famine. La guemara la lit comme une consigne de discrétion : ne pas afficher son abondance devant ceux qui manquent. C'est le mot titraou, vous vous montrez, qui porte ce sens, et il fournit du même coup la transition vers le passage aggadique qui suit sur les consignes de voyage de Yossef.
« Ne vous emportez pas en chemin » (Berechit 45, 24). Rabbi Elazar a dit : Yossef dit à ses frères : ne vous occupez pas d'un point de halakha, de peur que la route ne s'emporte contre vous.
La guemara passe des paroles de Yaakov à celles de Yossef, au moment où il renvoie ses frères vers leur père. Le verset dit littéralement : ne vous emportez pas en chemin. Rabbi Elazar l'entend comme une mise en garde contre la discussion halakhique en voyage, qui échauffe les esprits.
Rachi lit le second membre autrement : le danger porte sur la route elle-même, au sens où l'on s'égare quand l'esprit est ailleurs. Le Ben Yehoyada observe que le texte dit dvar halakha, une parole de halakha, et non la halakha en général : une règle déjà tranchée ne pose pas problème, seul le pilpoul, la discussion qui oppose questions et réponses, est visé.
Est-ce bien ainsi ? Rabbi Ilai bar Berekhia n'a-t-il pas dit : deux talmide hakhamim qui marchent en chemin sans que des paroles de Tora passent entre eux méritent d'être brûlés, ainsi qu'il est dit : « Or, comme ils marchaient en parlant, voici un char de feu et des chevaux de feu, et ils séparèrent les deux » (II Melakhim 2, 11) ?
La raison en est qu'il y avait une parole ; s'il n'y avait pas eu de parole, ils auraient mérité d'être brûlés !
L'objection tire un enseignement de la séparation d'Eliyahou et d'Elicha. Le verset précise qu'ils marchaient en parlant ; puisque ce détail est noté, il porte une leçon, et Rabbi Ilai bar Berekhia en déduit que la parole de Tora est ce qui les a protégés du feu.
La contradiction avec Rabbi Elazar est directe : l'un écarte l'étude en chemin, l'autre l'exige. Elle sera réglée au segment suivant.
Ce n'est pas difficile : ici il s'agit de réviser, là il s'agit d'approfondir.
Le règlement tient à deux modes d'étude. Ligrass désigne la révision de ce que l'on sait déjà, exercice de mémoire qui n'engage aucun débat : c'est ce que Rabbi Ilai bar Berekhia exige du voyageur. Le'ayouni désigne l'examen en profondeur, qui appelle objections et réponses : c'est ce que Yossef écarte pour la route.
Il a été enseigné dans une baraita : ne faites pas de grands pas, et faites entrer le soleil dans la ville. « Ne faites pas de grands pas » — car le Maître a dit : un grand pas prend un cinq-centième de la lumière des yeux de l'homme.
Une baraita donne une autre lecture de « ne vous emportez pas en chemin » : elle y entend un avertissement physique, contre le pessia gassa, le grand pas, et une consigne d'horaire, entrer dans la ville tant qu'il fait jour.
Tossefot traitent la mesure du cinq-centième comme un problème de calcul, puisqu'à ce rythme cinq cents pas aveugleraient. Ils proposent trois réponses : une diminution proportionnelle de ce qui reste, sur le modèle des dixièmes de la maison de Rabbi ; ou bien la perte n'est due qu'au premier pas ; ou bien le premier pas coûte davantage parce que tout commencement est difficile.
« Et faites entrer le soleil dans la ville » — conformément à ce que Rav Yehouda a dit au nom de Rav. Car Rav Yehouda a dit au nom de Rav : que l'homme sorte toujours avec « ki tov » et entre avec « ki tov », ainsi qu'il est dit : « Le matin venu, les hommes furent renvoyés » (Berechit 44, 3).
La guemara rattache la consigne de Yossef à une règle générale de Rav : partir et arriver be-ki tov, pendant qu'il fait jour. L'expression vient du verset de la création de la lumière, où il est dit « ki tov », qu'elle était bonne.
Rachi donne trois dangers de la nuit, qui tiennent tous à la ville inconnue : les brigands, les fosses et crevasses, et le soupçon qui pèse sur un étranger arrivant après la tombée du jour. Il signale aussi que certains livres n'ont pas le verset d'appui, la règle tenant alors du simple bon sens.
Rav Yehouda a dit au nom de Rabbi Hiya : celui qui marche en chemin ne doit pas manger plus que ce qu'on mange dans les années de famine. Quelle en est la raison ?
Ici on a traduit : à cause des entrailles. En Occident on dit : à cause des provisions.
Quelle différence y a-t-il entre eux ? La différence entre eux porte sur
Dernier enseignement du folio sur la route : le voyageur mange comme en année de disette. Deux motifs sont avancés. Mechoum meayana, à cause des entrailles, fait de la mesure une règle de santé, l'effort de la marche s'accordant mal avec un estomac plein. Mechoum mezonei, à cause des provisions, en fait une règle de prévoyance, les vivres devant durer jusqu'au terme du voyage.
Le mot hakha, ici, désigne Bavel, comme Rachi le note ; be-maarava, en Occident, désigne la terre d'Israël. La guemara demande la nafka mina, le cas pratique où les deux motifs se séparent, et le folio s'arrête sur cette question, dont la réponse ouvre le folio suivant.
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).