Taanit 11a — S'associer à la peine du public, les témoins du jugement, et le jeûneur : pécheur ou saint

Taanit 11a

Sougya : Le folio achève d'abord les règles de conduite en année de famine : la nafka mina entre les deux motifs qui interdisent de manger largement en voyage, la pratique de Rav Papa, puis l'enseignement de Rav selon lequel celui qui se prive volontairement en année de famine échappe à une mort anormale, et l'interdit de Reich Lakich sur les rapports conjugaux en ces années-là. Deux baraitot posent ensuite la règle centrale : celui qui se sépare du public dans sa détresse est maudit par les deux anges qui l'accompagnent et ne verra pas la consolation ; celui qui s'associe à la peine du public, comme Moche assis sur une pierre, mérite de la voir.

Le passage enchaîne sur le jour du jugement — qui témoigne contre l'homme : les pierres de sa maison, les anges, sa nechama, ses membres — puis sur l'exposition de « El emouna ve-ein avel » : justes et méchants reçoivent chacun dans le monde où cela les dessert le moins. Le folio se clôt sur la mahloket entre Chmouel, pour qui le jeûneur est appelé pécheur d'après le nazir, et Rabbi Elazar, pour qui il est appelé saint.

L'individu face à la détresse du public Le public est dans la peine tsibour charouy be-tsaar Il se sépare : perich min ha-tsibour J'irai chez moi, je mangerai et je boirai, et paix sur toi, mon âme Les deux anges qui l'accompagnent posent les mains sur sa tête et le nomment Qu'il ne voie pas la consolation du public Isaie 22,13-14 : cette faute ne sera pas expiée pour vous jusqu'à ce que vous mouriez degré des beinonim ; plus bas, les rechaim Il s'associe : metsaer im ha-tsibour Moche, les mains lourdes, prend une pierre et s'assoit dessus — Exode 17,12 N'avait-il pas un coussin ou un traversin ? Puisque Israël est dans la peine, moi aussi je serai avec eux dans la peine Il mérite de voir la consolation du public la mesure se lit dans les deux sens : qui partage la peine partage la consolation Même structure dans les deux baraitot : conduite, verset, sanction
Les deux voies ouvertes à l'individu quand le public souffre, et leur sanction respective.
Qui témoigne contre l'homme ? Quatre réponses Qui témoigne contre moi ? mi meid bi — j'ai agi en secret Le tana de la baraita Les pierres et les poutres de sa maison Habaqouq 2,11 : la pierre criera du mur et le kafis du bois lui répondra École de Rabbi Chila Les deux anges qui l'accompagnent Psaumes 91,11 : Il ordonnera à Ses anges pour toi mêmes anges qu'au début Rabbi Hidka Sa nechama témoigne sur lui Michee 7,5 : de celle qui couche en ton sein, garde les portes de ta bouche Yech omrim Ses membres témoignent contre lui Isaie 43,10 : vous êtes Mes témoins — pluriel, note Rachi Le mouvement va de l'extérieur vers l'intérieur : les murs, les anges, l'âme, le corps lui-même. Le Ben Yehoyada demande comment l'âme et les membres, eux-mêmes jugés, peuvent témoigner.
Les quatre positions de la baraita sur le témoignage au jour du jugement.
Celui qui jeûne : hôte ou kadoch ? Chmouel : il est appelé hôte Appui : Rabbi Elazar HaKappar Berabbi Nombres 6,11 : il expiera pour lui de ce qu'il a péché contre l'âme De quelle âme ? Il s'est privé du vin. Kal va-homer : se priver de tout, à plus forte raison Objection : et "il sera saint" ? Réponse : cela porte sur la chevelure Rabbi Elazar : il est appelé kadoch Appui : Nombres 6,5 il sera saint, laissant croître la chevelure de sa tête Rachi : par là ses fautes sont récurées Kal va-homer : se priver de tout, à plus forte raison Objection : et "il a péché" ? Réponse : il s'agit du nazir devenu tame Tossefot : les deux versants tiennent ensemble Il y a bien une part de faute à s'affliger, mais la mitsva du jeûne l'emporte sur elle ; d'où le cas du taanit halom de chabbat, où l'on jeûne ensuite pour ce jeûne-là.
La mahloket Chmouel / Rabbi Elazar sur le nazir, et la conciliation des Tossefot.
1
דְּיָתֵיב בְּאַרְבָּא. אִי נָמֵי, דְּקָאֲזִיל מֵאַוָּונָא לְאַוָּונָא.

... c'est le cas de celui qui est assis dans un bateau. Ou encore : celui qui va d'une étape (avna) à l'autre.

📜 Rachi (2)
דְּיָתֵיב בְּאַרְבָּא שֶׁהוֹלֵךְ בִּסְפִינָה מִשּׁוּם מְזוֹנֵי אִיכָּא מִשּׁוּם מַעְיָינָא לֵיכָּא:
Qui est assis dans un bateau — celui qui voyage en bateau : le motif des provisions existe, le motif des intestins n'existe pas.
מֵאַווָּנָא לְאַוָּונָא מְקוֹם מְלוֹן הַתַּגָּרִים מִכְּפָר לִכְפָר דְּמִשְׁתַּכְחִי מְזוֹנֵי וְלֵיכָּא לְמִיחַשׁ לִמְזוֹנֵי וּלְמַעְיָינָא אִיכָּא לְמֵיחַשׁ:
D'une étape à l'autre — le relais des marchands, de village en village, où l'on trouve de la nourriture : il n'y a pas à craindre pour les provisions, mais il y a à craindre pour les intestins.
💡 Explication

Le folio s'ouvre sur la fin d'une discussion commencée en 10b : celui qui est en voyage ne doit pas manger plus qu'en année de famine. Deux motifs ont été proposés — mezoné, la crainte de manquer de provisions en chemin, et meayana, la crainte que la fatigue de la route ne dérange les intestins d'un homme trop repu.

La guemara cherche la nafka mina, le cas où les deux motifs divergent. Le bateau : on manque de provisions, mais on ne se fatigue pas. Le trajet d'un relais de marchands au suivant : on se ravitaille partout, mais on marche. Chaque cas isole un motif et invalide l'autre.

🖼️ Schéma
La nafka mina entre les deux motifs Assis dans un bateau Il ne peut pas se ravitailler en chemin Il ne se fatigue pas sur la route mezoné : oui, il faut craindre meayana : non seul le premier motif impose la retenue D'une étape à l'autre Relais de marchands, de village en village Il trouve à manger, mais il marche mezoné : non meayana : oui, il faut craindre seul le second motif impose la retenue
Deux situations de voyage, chacune n'activant qu'un seul des deux motifs.
2
רַב פָּפָּא — כָּל פַּרְסָה וּפַרְסָה אָכֵיל חֲדָא רִיפְתָּא. קָסָבַר, מִשּׁוּם מַעְיָינָא.

Rav Papa, à chaque parsa, mangeait un pain. Il tient que [la raison de la règle est] à cause des intestins.

📜 Rachi (1)
כָּל פַּרְסָה וּפַרְסָה אָכֵל רִיפְתָּא קָסָבַר רַב פָּפָּא הָא דַּאֲמוּר רַבָּנָן לָא לֵיכוֹל טְפֵי מִשּׁוּם מַעְיָינָא וְאִיהוּ לָא מִיסְתְּפֵי מִמַּעְייָנָא דְּבַעַל בֶּטֶן הֲוָה עִנְיָן אַחֵר כְּרֵיסוֹ רְחָבָה כִּדְאִיתָא בְּבָבָא מְצִיעָא (דַּף פד.) דְּקָא חֲשִׁיב אַבְּרֵיהּ דְּרַב פָּפָּא וּכְאִישׁ גְּבוּרָתוֹ וּלְפִיכָךְ יָכוֹל לֶאֱכֹול הַרְבֵּה וְאֵינוֹ מַזִּיק לוֹ:
À chaque parsa il mangeait un pain — Rav Papa tient que ce que les maîtres ont dit, de ne pas manger davantage, est dû au souci des intestins ; or lui ne craignait rien de ses intestins, car il était un gros mangeur, d'une autre nature, le ventre large, comme il est rapporté dans Baba Metsia (84a), là où l'on décrit les membres de Rav Papa, et « tel l'homme, telle sa force » ; c'est pourquoi il pouvait manger beaucoup sans que cela lui nuise.
🪔 Ben Yehoyada (1)
רַב פָּפָּא, כָּל פַּרְסָה וּפַרְסָה אָכֵיל חֲדָא רִיפְתָּא. נִרְאֶה לִי בס"ד הַטַּעַם דְּאָכִיל בְּכָל פְּרָסָא חֲדָא רִפְתָּא, דְּאִיתָא בִּפְסָחִים (פְּסָחִים פט:) רַב פָּפָּא וְרַב הוּנָא בְּרֵיהּ דְּרַב יְהוֹשֻׁעַ עָרִיכוּ רִפְתָּא בַּהֲדֵי הֲדָדֵי אַדְּאָכֵיל רַב הוּנָא חֲדָא אָכֵיל רַב פָּפָּא אַרְבַּע אֲמַר לוֹ פְּלַג לִי אָמַר לוֹ קַבֵּילְתּוּן וְכוּ' עַייֵּן שָׁם. נִמְצָא אֲכִילָתוֹ הָיְתָה מְרֻובָּה עַל שְׁאָר אָדָם אַרְבָּעָה פְּעָמִים וְכָאן קָאָמַר 'הַמְהַלֵּךְ בַּדֶּרֶךְ אַל יֹאכַל יוֹתֵר מִשְּׁנֵי רְעָבוֹן' וְלֹא פֵּרְשׁוּ לָנוּ שִׁיעוּר אֲכִילָה בִּשְׁנֵי רְעָבוֹן כַּמָּה הוּא? אַךְ נִרְאֶה מִסְּבָרָא שֶׁהוּא רְבִיעַ אֲכִילָתוֹ הַנְּהוּגָה רֶמֶז לַדָּבָר רָעָב בְּהִפּוּךְ אַתָּווָן רֶבַע , רוֹצֶה לוֹמַר בִּשְׁנַת רָעָב יֹאכַל רֶבַע מִדָּתוֹ וְלָכֵן רַב פָּפָּא מַה שֶּׁהָיוּ אוֹכְלִים בְּנֵי אָדָם בְּדֶרֶךְ חֲדָא רִפְתָּא בְּאַרְבַּע פַּרְסָאוֹת הוּא הָיָה אוֹכֵל אַרְבַּע רִפְתָּא בְּאַרְבַּע פַּרְסָאוֹת.
Rav Papa, à chaque parsa, mangeait un pain. Il me semble, avec l'aide du Ciel, que la raison pour laquelle il mangeait un pain à chaque parsa tient à ce qui est rapporté dans Pessahim (89b) : Rav Papa et Rav Houna fils de Rav Yehochoua prenaient leur pain ensemble ; le temps que Rav Houna en mange un, Rav Papa en mangeait quatre. Il lui dit : partage avec moi. Il lui répondit : tu as accepté, etc., vois là-bas. Il ressort que sa mesure était quatre fois celle des autres hommes. Or on dit ici : « celui qui marche en chemin ne doit pas manger plus qu'en années de famine », sans que la mesure de ce que l'on mange en années de famine nous soit précisée. Il semble par raisonnement qu'il s'agisse du quart de la ration habituelle, et l'indice en est que ra'av (famine), lettres inversées, donne rova (quart) : en année de famine on mange le quart de sa mesure. Rav Papa, là où les gens mangeaient en chemin un pain pour quatre parsaot, en mangeait donc quatre pour quatre parsaot.
💡 Explication

Rav Papa tranche en acte : il mange à chaque parsa, ce qui excède largement la mesure d'une année de famine. S'il le fait, c'est qu'il tient le motif meayana, le souci des intestins — motif qui ne concerne que celui dont la digestion est fragile, et lui ne l'était pas.

3
אָמַר רַב יְהוּדָה אָמַר רַב: כָּל הַמַּרְעִיב עַצְמוֹ בִּשְׁנֵי רְעָבוֹן, — נִיצָּל מִמִּיתָה מְשֻׁונָּה, שֶׁנֶּאֱמַר: ״בָּרָעָב פַּדָּךְ מִמָּוֶת״. ״מֵרָעָב״ מִיבְּעֵי לֵיהּ, אֶלָּא הָכִי קָאָמַר: בִּשְׂכַר שֶׁמַּרְעִיב עַצְמוֹ בִּשְׁנֵי רְעָבוֹן — נִיצּוֹל מִמִּיתָה מְשֻׁונָּה.

Rav Yehouda a dit au nom de Rav : quiconque s'affame lui-même dans les années de famine est sauvé d'une mort anormale, ainsi qu'il est dit : « dans la famine Il t'a racheté de la mort ». Il aurait fallu dire « de la famine » ; mais voici ce que le verset dit : en récompense de ce qu'il s'affame lui-même dans les années de famine, il est sauvé d'une mort anormale.

📜 Rachi (2)
מִיתָה מְשֻׁונָּה מֵת בַּחֶרֶב וּבְרָעָב וְכָל מִיתָה שֶׁאֵינָהּ בִּידֵי מַלְאַךְ הַמָּוֶת כְּדֶרֶךְ כָּל אָדָם עַל מִטָּתוֹ:
Une mort anormale — mourir par l'épée, par la famine, et toute mort qui ne vient pas par l'ange de la mort, à la manière de tout homme, dans son lit.
בְּשָׂכָר שֶׁמְּצַעֵר עַצְמוֹ כְּשֶׁיִּשְׂרָאֵל בְּצַעַר:
En récompense de ce qu'il s'afflige lui-même — lorsque Israël est dans la peine.
🪔 Ben Yehoyada (1)
כָּל הַמַּרְעִיב עַצְמוֹ בִּשְׁנֵי רְעָבוֹן, נִצּוֹל מִמִּיתָה מִשְׁנָה. נִרְאֶה לִי בס"ד מִדָּה כְּנֶגֶד מִדָּה דְּכָאן אַיְירֵי בְּיֵשׁ לוֹ יְכֹולֶת לֶאֱכֹול לְשָׂבְעָה וְהוּא מַרְעִיב עַצְמוֹ בְּיָדַיִם כְּדֵי לְהִשְׁתַּתֵּף בְּצָרַת צִיבּוּר דְּהָא לֹא אָמַר 'כָּל הָרָעָב בִּשְׁנֵי רְעָבוֹן' אֶלָּא אָמַר 'כָּל הַמַּרְעִיב' נִמְצָא עוֹשֶׂה שִׁינּוּי בַּהֲנָאַת גּוּפוֹ בְּיָדַיִם שֶׁאֵין הַזְּמַן מַכְרִיחוֹ לְכָךְ בִּשְׁבִיל לְשַׁתֵּף עַצְמוֹ בְּצָרַת אֲחֵרִים לָכֵן מִדָּה כְּנֶגֶד מִדָּה יַצִּילֵהוּ הקב"ה מִשִּׁינּוּי מִיתָה שֶׁאֵין הַטֶּבַע מַכְרִיחָה. וְהָא דְּיָלֵיף מִן (אִיּוֹב ה, כ) 'בָּרָעָב פַּדָּךְ מִמָּוֶת' אַף עַל גַּב דִּקְרָא מָוֶת סְתָמָא קָאָמַר, מֻוכְרָח לְפָרְשׁוֹ עַל מִיתָה מְשֻׁונָּה דְּהָא הַחוּשׁ מֵעִיד שֶׁבְּרָעָב מֵתִים מִיתָה טִבְעִית. וְנִרְאֶה לִי מֵ"ם רִאשֹׁנָה שֶׁל מ מָוֶת הִיא רָאשֵׁי תֵּיבוֹת מ שָׁנָה.
Quiconque s'affame lui-même dans les années de famine est sauvé d'une mort anormale. Il me semble, avec l'aide du Ciel, que c'est mesure pour mesure. Il s'agit ici de celui qui a de quoi manger à satiété et qui s'affame de ses propres mains afin de s'associer à la détresse du public — car il n'est pas dit « quiconque a faim dans les années de famine », mais « quiconque s'affame ». Il introduit donc de ses mains un changement dans la jouissance de son corps, sans que le temps l'y contraigne, pour s'associer à la peine d'autrui ; mesure pour mesure, le Saint béni soit-Il le sauve d'un changement dans sa mort, que la nature n'imposait pas. Et ce que l'on déduit de Job 5,20, « dans la famine Il t'a racheté de la mort » : bien que le verset parle de la mort sans plus, il faut l'expliquer d'une mort anormale, car l'expérience atteste que l'on meurt de faim d'une mort naturelle. Il me semble encore que le premier mem de mi-mavet est l'initiale de mechouna, anormale.
💡 Explication

La deracha repose sur une précision de langue : le verset dit ba-ra'av, « dans la famine », là où « de la famine » serait attendu si l'on parlait d'être sauvé de la faim. Le beit est donc lu comme un beit de prix ou de récompense : c'est par la famine qu'il s'impose qu'il est racheté de la mort.

Rachi définit la mita mechouna : toute mort qui sort du cours ordinaire. Sa seconde glose rattache le propos au fil du folio : l'enjeu est de s'affliger quand Israël souffre.

4
אָמַר רֵישׁ לָקִישׁ: אָסוּר לְאָדָם לְשַׁמֵּשׁ מִטָּתוֹ בִּשְׁנֵי רְעָבוֹן, שֶׁנֶּאֱמַר: ״וּלְיוֹסֵף יֻלַּד שְׁנֵי בָנִים בְּטֶרֶם תָּבוֹא שְׁנַת הָרָעָב״. תַּנָּא: חֲסוּכֵי בָּנִים מְשַׁמְּשִׁין מִטּוֹתֵיהֶן בִּשְׁנֵי רְעָבוֹן.

Reich Lakich a dit : il est interdit à l'homme d'avoir des rapports conjugaux dans les années de famine, ainsi qu'il est dit : « et il naquit à Yossef deux fils avant que vienne l'année de la famine ». Il a été enseigné : ceux qui sont privés d'enfants ont des rapports conjugaux dans les années de famine.

📜 Rachi (2)
אָסוּר לְשַׁמֵּשׁ מִטָּתוֹ בִּשְׁנֵי רְעָבוֹן דְּצָרִיךְ אָדָם לִנְהֹוג צַעַר בְּעַצְמוֹ:
Il est interdit d'avoir des rapports conjugaux dans les années de famine — car l'homme doit se conduire dans l'affliction.
חֲסוּכֵי בָּנִים חֲסִירִי בָּנִים דְּגָרְסִינַן בִּמְנָחוֹת (דַּף כט.) לְגַבֵּי מְנוֹרָה וּמִי חַסַּיְכֵי כֻּולֵּי הַאי שֶׁלֹּא קִייְּמוּ פְּרִיָּה וּרְבִיָּה:
Hassoukhei banim — ceux à qui il manque des enfants ; ainsi lisons-nous dans Mena'hot (29a) à propos de la menora : « et manquait-il à ce point ? » — ceux qui n'ont pas accompli le devoir de fécondité.
🗂️ Tossefot (1)
אָסוּר לְאָדָם לְשַׁמֵּשׁ מִטָּתוֹ בִּשְׁנֵי רְעָבוֹן. וְאִם תֹּאמַר הֲרֵי יוֹכֶבֶד נוֹלְדָה בֵּין הַחוֹמוֹת וְאוֹתוֹ הָעֵת עֵת רָעָב הָיָה וע"כ שִׁימְּשׁוּ מִטּוֹתֵיהֶן בִּשְׁנֵי רְעָבוֹן וְיֵשׁ לוֹמַר דלכ"ע לָא הָוֵי אָסוּר אֶלָּא לְמִי שֶׁרוֹצֶה לִנְהֹוג עַצְמוֹ בַּחֲסִידוּת וְיוֹסֵף לֹא שִׁימֵּשׁ אֲבָל שְׁאָר בְּנֵי אָדָם שִׁימְּשׁוּ:
Il est interdit à l'homme d'avoir des rapports conjugaux dans les années de famine — et si tu dis : voici que Yokhéved est née entre les murailles, et ce temps-là était un temps de famine, d'où il ressort nécessairement qu'ils avaient des rapports conjugaux dans les années de famine ? On peut répondre que, de l'avis de tous, cela n'est interdit qu'à celui qui veut se conduire avec piété ; Yossef s'est abstenu, mais les autres hommes n'en ont pas fait autant.
🪔 Ben Yehoyada (2)
אָסוּר לְאָדָם לְשַׁמֵּשׁ מִטָּתוֹ בִּשְׁנֵי רְעָבוֹן, שֶׁנֶּאֱמַר: (בְּרֵאשִׁית מא, נ) "וּלְיוֹסֵף יֻלַּד שְׁנֵי בָנִים בְּטֶרֶם תָּבוֹא שְׁנַת הָרָעָב". עַיֵּין בְּתוֹסָפוֹת שֶׁהִקְשׁוּ מִן יוֹכֶבֶד עַייֵּן שָׁם. וְאֶפְשָׁר דְּיוֹסֵף הַצַּדִּיק ע"ה הָיָה לוֹ בָּנוֹת שֶׁנּוֹלְדוּ עִם מְנַשֶּׁה וְאֶפְרַיִם תְּאוֹמוֹת כַּאֲשֶׁר נוֹלְדוּ עִם שְׁאָר שְׁבָטִים וּכְמוֹ דְּבַשְּׁבָטִים לֹא נִתְפָּרְשׁוּ בַּתּוֹרָה הַבָּנוֹת שֶׁנּוֹלְדוּ עִמָּהֶם כֵּן הָכָא גַּבֵּי מְנַשֶּׁה וְאֶפְרַיִם, אָמְנָם זֶה הוּא לְחַד מַאן דְּאָמַר דַּוְקָא.
Il est interdit à l'homme d'avoir des rapports conjugaux dans les années de famine, ainsi qu'il est dit : « et il naquit à Yossef deux fils avant que vienne l'année de la famine » (Genèse 41,50). Vois les Tossefot, qui objectent à partir de Yokhéved. Il est possible que Yossef le juste, la paix sur lui, ait eu des filles nées jumelles avec Menaché et Efraim, comme il en est né avec les autres tribus ; et de même que pour les tribus la Torah n'a pas explicité les filles nées avec elles, de même ici pour Menaché et Efraim. Toutefois cela ne vaut que selon une seule opinion.
אָסוּר לְאָדָם לְשַׁמֵּשׁ מִטָּתוֹ בִּשְׁנֵי רְעָבוֹן. נִרְאֶה לִי בס"ד הַטַּעַם כִּי רֹוב בְּנֵי אָדָם בְּאוֹתוֹ זְמַן אֵין מְשַׁמְּשִׁים כִּי מֵחֲמַת רְעָבוֹן בָּטְלָה תַּאֲוַת הַמִּשְׁגָּל מֵהֶם לְכָךְ צָרִיךְ לְשַׁתֵּף עַצְמוֹ בְּצַעַר רֹוב צִיבּוּר. וְעוֹד נִרְאֶה לִי בס"ד דְּאָמְרוּ בַּגְּמָרָא מִיטְרָא, בַּעְלָהּ דְּאַרְעָא הוּא, וְכֵן אָמְרוּ נֶאֶמְרָה עֲצִירָה בְּאִשָּׁה, נֶאֶמְרָה 'לֵדָה' בְּאִשָּׁה וְנֶאֶמְרָה 'לֵדָה' בַּגְּשָׁמִים, נִמְצָא עֲצִירַת גְּשָׁמִים הוּא עִנְיַן בִּיטּוּל תַּשְׁמִישׁ אִישׁ עִם אִשְׁתּוֹ וְלִהְיוֹת כִּי עַל הָרֹוב הָרָעָב בָּא מַכַּת עֲצִירַת גְּשָׁמִים לָכֵן כְּמוֹ שֶׁהָאָרֶץ אֵין לָהּ תַּשְׁמִישׁ עִם בַּעְלָהּ שֶׁהוּא הַמָּטָר כֵּן הָאָדָם רָאוּי שֶׁיִּתְנַהֵג עִם אִשְׁתּוֹ כֵּן. וְעוֹד נִרְאֶה לִי בס"ד הַטַּעַם, דְּיָדוּעַ הַתַּשְׁמִישׁ מְכוֹנָה בְּשֵׁם אֲכִילָה דִּכְתִיב (מִשְׁלֵי ל, כ) 'אָכְלָה וּמַחְתָּה פִּיהָ' וְכֵן אָמְרוּ עַל פָּסוּק (בְּרֵאשִׁית לט, ו) 'כִּי אִם הַלֶּחֶם אֲשֶׁר הוּא אוֹכַל', וְלָכֵן כֵּיוָן דְּנִתְמַעֲטָה אֲכִילַת לֶחֶם הֶעָקְרִי בִּשְׁנֵי רְעָבוֹן רָאוּי שֶׁגַּם אֲכִילָה זוֹ דְּתַשְׁמִישׁ תִּתְמַעֵט. וְרָאִיתִי דְּאִיכָּא פְּלֻוגְתָּא בְּסִפְרֵי הָאַחֲרוֹנִים דְּיֵשׁ אוֹמְרִים דִּין זֶה אֵינוֹ נוֹהֵג אֶלָּא רַק בִּשְׁנֵי רְעָבוֹן וְיֵשׁ אוֹמְרִים דְּנוֹהֵג גַּם בִּשְׁאָר צָרָה שֶׁלֹּא תָּבֹא, וְכָעֵת אֵין פְּנַאי לְדַבֵּר בָּזֶה.
Il est interdit à l'homme d'avoir des rapports conjugaux dans les années de famine. Il me semble, avec l'aide du Ciel, que la raison en est que la plupart des gens, en ce temps-là, s'en abstiennent, car la famine leur ôte le désir ; il faut donc s'associer à la peine de la majorité du public. Il me semble encore, avec l'aide du Ciel, que la guemara dit : la pluie est l'époux de la terre ; de même on a dit que le terme atsira, retenue, est employé pour la femme, et que leda, l'enfantement, est employé pour la femme comme pour les pluies. Il ressort que la retenue des pluies est de l'ordre de la suspension de l'union de l'homme avec sa femme ; et comme la famine vient le plus souvent du fléau de la retenue des pluies, de même que la terre n'a pas d'union avec son époux qui est la pluie, ainsi convient-il que l'homme se conduise avec sa femme. Il me semble encore, avec l'aide du Ciel, que la raison en est ceci : l'union conjugale est désignée du nom de nourriture, comme il est écrit (Proverbes 30,20) « elle a mangé et s'est essuyé la bouche », et comme on l'a dit sur le verset (Genèse 39,6) « sinon le pain qu'il mangeait » ; puisque la consommation du pain, qui est l'essentiel, diminue dans les années de famine, il convient que cette nourriture-là aussi diminue. Et j'ai vu qu'il y a controverse chez les derniers décisionnaires : certains disent que cette règle ne vaut que dans les années de famine, d'autres qu'elle vaut aussi dans les autres détresses, qu'elles ne viennent pas ; et pour l'heure il n'y a pas le loisir d'en traiter.
💡 Explication

La preuve est tirée d'un détail chronologique : le verset prend soin de dire que les fils de Yossef sont nés avant l'année de famine. Reich Lakich en fait une règle de conduite générale.

Deux limites sont aussitôt posées. La baraita exempte les hassoukhei banim, ceux qui n'ont pas encore accompli la mitsva de fécondité. Les Tossefot, devant le cas de Yokhéved née en Égypte pendant la famine, restreignent la règle à une conduite de hassidout et non à un interdit général.

5
תָּנוּ רַבָּנַן: בִּזְמַן שֶׁיִּשְׂרָאֵל שְׁרוּיִין בְּצַעַר וּפֵירַשׁ אֶחָד מֵהֶן, בָּאִין שְׁנֵי מַלְאֲכֵי הַשָּׁרֵת שֶׁמְּלַוִּין לוֹ לָאָדָם, וּמַנִּיחִין לוֹ יְדֵיהֶן עַל רֹאשׁוֹ, וְאוֹמְרִים: פְּלוֹנִי זֶה שֶׁפֵּירַשׁ מִן הַצִּבּוּר אַל יִרְאֶה בְּנֶחָמַת צִבּוּר.

Nos maîtres ont enseigné : lorsque Israël se trouve dans la peine et que l'un d'eux s'en sépare, les deux anges de service qui accompagnent l'homme viennent, posent leurs mains sur sa tête et disent : cet homme, un tel, qui s'est séparé du public, qu'il ne voie pas la consolation du public.

📜 Rachi (1)
שְׁנֵי מַלְאֲכֵי שָׁרֵת מְלַוִּין לוֹ לָאָדָם אֶחָד מִימִינוֹ וְאֶחָד מִשְּׂמֹאלוֹ דַּכָּתִי' (תְּהִילִּים צ״א:י״א) כִּי מַלְאָכָיו יְצַוֶּה לָּךְ:
Deux anges de service accompagnent l'homme — l'un à sa droite et l'autre à sa gauche, ainsi qu'il est écrit (Psaumes 91,11) : « car Il ordonnera à Ses anges pour toi ».
🪔 Ben Yehoyada (2)
בִּזְמַן שֶׁיִּשְׂרָאֵל שְׁרוּייִן בְּצַעַר, וּפֵרֵשׁ אֶחָד מֵהֶם, בָּאִים שְׁנֵי מַלְאֲכֵי הַשָּׁרֵת [שֶׁמַּלְוִין לוֹ לָאָדָם], וּמַנִּיחִין לוֹ יְדֵיהֶם עַל רֹאשׁוֹ. נִרְאֶה לִי בס"ד דְּמַנִּיחִין יְדֵיהֶן שֶׁהֵם יָמִין וּשְׂמֹאל שֶׁהֵם חֶסֶד וּגְבוּרָה לִרְמֹוז רָאוּי שֶׁיִּהְיֶה זֶה מְקֻולָּל בְּכָךְ אֲפִילּוּ עַל פִּי מִדַּת הַחֶסֶד עַל שֶׁהוּא הָלַךְ בְּאַכְזָרִיּוּת לֵב שֶׁלֹּא שִׁיתֵּף עַצְמוֹ בְּצַעַר צִיבּוּר! וּמַה שֶׁמַּנִּיחִין עַל רֹאשׁוֹ רֶמֶז כִּי יִשְׂרָאֵל אַף עַל פִּי שֶׁהֵם גּוּפִים מֻוחְלָקִין עִם כָּל זֶה שָׁרְשָׁן לְמַעְלָה הוּא אֶחָד כִּי כָּל דָּבָר שֶׁבִּקְדֻושָּׁה הוּא בְּאַחְדוּת וְהָרֹאשׁ רוֹמֵז עַל הַשֹּׁורֶשׁ כְּמוֹ שֶׁאָמְרוּ רַבּוֹתֵינוּ זִ"לִ (קֹהֶלֶת ב, יד) 'הֶחָכָם עֵינָיו בְּרֹאשׁוֹ' רוֹצֶה לוֹמַר בְּשָׁרְשׁוֹ, וְלָכֵן זֶה שֶׁלֹּא הִבִּיט בַּשֹּׁרֶשׁ שֶׁל יִשְׂרָאֵל הָרוֹמֵז בָּרֹאשׁ שֶׁבָּזֶה רָאוּי שֶׁלֹּא יִפְרֹושׁ מִן הַצִּבּוּר לָכֵן יְקֻולַּל בִּדְבָרִים אֵלּוּ. אִי נָמֵי מַנִּיחִין הַיָּדַיִם עַל רֹאשׁוֹ, לְרַמֵּז עַל רֹאשׁ תֹּואַר אָדָם שֶׁנִּקְרְאוּ בּוֹ יִשְׂרָאֵל דַּוְקָא שֶׁהוּא מַתְחִיל בְּאָלֶף שֶׁהוּא מִסְפָּר אֶחָד וְזֶה פֵּירֵשׁ וְלֹא רָאָה כִּי יִשְׂרָאֵל הֵם 'גּוֹי אֶחָד' (דִּבְרֵי הַיָּמִים א' יז, כא) וְאֵין רָאוּי שֶׁיִּפְרֹושׁ אָדָם מִן הַצִּבּוּר. אִי נָמֵי יָדוּעַ שֶׁכְּבוֹד הַשְּׁכִינָה שׁוֹרָה עַל רֹאשׁ הָאָדָם כְּמוֹ שֶׁאָמְרוּ רַבּוֹתֵינוּ זִ"לִ לְעוֹלָם יִרְאֶה אָדָם שְׁכִינָה לְמַעְלָה מֵרֹאשׁוֹ, וְיָדוּעַ כִּי בְּצַעַר יִשְׂרָאֵל יֵשׁ צַעַר לַשְּׁכִינָה כִּבְיָכוֹל וְאִם כֵּן זֶה שֶׁפֵּירַשׁ מִן הַצִּיבּוּר לֹא אִכְפַּת לוֹ בְּצַעַר הַשְּׁכִינָה שֶׁהִיא לְמַעְלָה מֵרֹאשׁוֹ וּלְכָךְ מַנִּיחִין יְדֵיהֶם עַל רֹאשׁוֹ וְאוֹמְרִים כֵּן וְגַם כַּוָּנָתָם לוֹמַר נִסְתַּלְּקָה שְׁכִינָה מֵעַל רֹאשׁוֹ וְלָכֵן מַנִּיחִין יְדֵיהֶן שָׁם כִּי הַמָּקוֹם רֵיקָן הוּא מִכְּבוֹד הַשְּׁכִינָה שֶׁנָּסְעָה מִשָּׁם.
Lorsque Israël se trouve dans la peine et que l'un d'eux s'en sépare, les deux anges de service [qui accompagnent l'homme] viennent et posent leurs mains sur sa tête. Il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'ils posent leurs mains, qui sont droite et gauche, soit 'hessed et guevoura, pour indiquer qu'il mérite d'être maudit ainsi même selon la mesure de 'hessed, puisqu'il a agi avec dureté de cœur en ne s'associant pas à la peine du public. Et ce qu'ils posent sur sa tête est une allusion : Israël, bien que ses corps soient séparés, a sa racine en haut qui est une, car tout ce qui relève de la sainteté est dans l'unité, et la tête indique la racine, comme l'ont dit nos maîtres de mémoire bénie sur « le sage, ses yeux sont dans sa tête » (Ecclésiaste 2,14), c'est-à-dire dans sa racine ; celui-ci n'a pas regardé la racine d'Israël, indiquée par la tête, d'où il aurait appris à ne pas se séparer du public, et il mérite donc d'être maudit par ces paroles. Ou encore : ils posent les mains sur sa tête pour indiquer la tête du mot adam, titre donné à Israël précisément, qui commence par la lettre alef, laquelle vaut un ; celui-ci s'est séparé et n'a pas vu qu'Israël est « une seule nation » (I Chroniques 17,21), et il ne convient pas que l'homme se sépare du public. Ou encore : on sait que la gloire de la Chekhina réside au-dessus de la tête de l'homme, comme l'ont dit nos maîtres, que l'homme se représente toujours la Chekhina au-dessus de sa tête ; et l'on sait que dans la peine d'Israël il y a, pour ainsi dire, une peine pour la Chekhina. Celui qui s'est séparé du public ne se soucie donc pas de la peine de la Chekhina qui est au-dessus de sa tête ; c'est pourquoi ils posent leurs mains sur sa tête et parlent ainsi, voulant dire aussi que la Chekhina s'est retirée de dessus sa tête, et ils y posent leurs mains parce que la place est vide de la gloire de la Chekhina qui s'en est allée.
וְאוֹמְרִים: פְּלוֹנִי זֶה שֶׁפֵּרַשׁ מִן הַצִּבּוּר. הָא דְּהֻוצְרְכוּ לְהַזְכִּיר שְׁמוֹ, כִּי יָדוּעַ אוֹתִיּוֹת הַשֵּׁם שֶׁל הָאָדָם הֵם צִינּוֹרוֹת הַשֶּׁפַע שֶׁלּוֹ כְּמוֹ שֶׁכָּתַב עַרְבֵי נַחַל עַל פָּסוּק (בְּרֵאשִׁית ב, יט) 'נֶפֶשׁ חַיָּה הוּא שְׁמוֹ' וְכָאן רוֹצִים לְהָרִיק בְּצִינּוֹרוֹת שֶׁלּוֹ קְלָלָה זוֹ תַּחַת הַבְּרָכָה. גַּם מַזְכִּירִין הַשֵּׁם שֶׁלּוֹ כְּדֵי לִכְלֹול גַּם אֶת הַנֶּפֶשׁ שֶׁהַשֵּׁם שֶׁל הָאָדָם מוֹרֶה עַל הַנֶּפֶשׁ גַּם כֵּן כַּנּוֹדָע. וּמַה שֶׁאוֹמְרִים אַל יִרְאֶה בְּנֶחָמַת צִבּוּר לָאו עַל תְּשׁוּעָתָם מִצָּרָה זוֹ דְּהָא פְּשִׁיטָא הִיא כִּי (מִשְׁלֵי כז, יח) 'נֵצֶר תְּאֵנָה יֹאכַל פִּרְיָהּ' אַךְ הַכַּוָּנָה עַל נֶחָמַת צִיבּוּר בְּטוֹבָה אַחֶרֶת דְּלָא שָׁיְיכָה לְאוֹתוֹ הַצַּעַר.
Et ils disent : cet homme, un tel, qui s'est séparé du public. S'ils ont eu besoin de mentionner son nom, c'est que les lettres du nom de l'homme sont les canaux de son influx, comme l'a écrit l'Arvei Nahal sur le verset (Genèse 2,19) « âme vivante, tel est son nom » ; ici, ils veulent verser dans ses canaux cette malédiction à la place de la bénédiction. Ils mentionnent aussi son nom afin d'inclure également le nefech, car le nom de l'homme indique aussi le nefech, comme on sait. Et ce qu'ils disent, « qu'il ne voie pas la consolation du public », ne porte pas sur leur délivrance de cette détresse-ci, ce qui va de soi, car (Proverbes 27,18) « celui qui garde le figuier en mange le fruit » ; l'intention porte sur une consolation du public par un autre bien, sans rapport avec cette peine-là.
💡 Explication

La baraita ne parle pas d'une faute d'acte mais d'une position : perich min ha-tsibour, se retirer du corps commun au moment où il souffre. La sanction est formulée en miroir — qui refuse la peine commune se voit refuser la consolation commune.

Le détail des deux anges qui accompagnent l'homme, tiré de Psaumes 91,11, reviendra plus bas comme témoignage au jugement. Ils sont ici ceux qui prononcent la sentence, en nommant l'homme.

6
תַּנְיָא אִידָךְ: בִּזְמַן שֶׁהַצִּבּוּר שָׁרוּי בְּצַעַר, אַל יֹאמַר אָדָם: אֵלֵךְ לְבֵיתִי, וְאוֹכַל וְאֶשְׁתֶּה, וְשָׁלוֹם עָלֶיךָ נַפְשִׁי. וְאִם עוֹשֶׂה כֵּן — עָלָיו הַכָּתוּב אוֹמֵר: ״וְהִנֵּה שָׂשׂוֹן וְשִׂמְחָה הָרֹג בָּקָר וְשָׁחֹט צֹאן אָכֹל בָּשָׂר וְשָׁתוֹת יָיִן אָכוֹל וְשָׁתוֹ כִּי מָחָר נָמוּת״, מַה כְּתִיב בָּתְרֵיהּ — ״וְנִגְלָה בְאָזְנָי ה׳ צְבָאוֹת אִם יְכֻפַּר הֶעָוֹן הַזֶּה לָכֶם עַד תְּמֻתוּן״.

Il a été enseigné dans une autre baraita : lorsque le public se trouve dans la peine, que l'homme ne dise pas : j'irai chez moi, je mangerai et je boirai, et paix sur toi, mon âme. Et s'il agit ainsi, le verset dit de lui : « et voici joie et allégresse, on tue du gros bétail et l'on égorge du petit bétail, on mange de la viande et l'on boit du vin : mangeons et buvons, car demain nous mourrons » ; et qu'est-il écrit ensuite ?

« Et cela s'est révélé aux oreilles de Hachem Tsevakot : cette faute ne vous sera pas expiée jusqu'à ce que vous mouriez ».

📜 Rachi (1)
הִנֵּה שָׂשׂוֹן וְשִׂמְחָה הָרֹוג בָּקָר וְשָׁחֹוט צֹאן אָכֹול בָּשָׂר וְשָׁתוֹת יָיִן כִּי מָחָר נָמוּת וְנִגְלָה בְאָזְנָי ה' צְבָאוֹת אִם יְכֻופַּר הֶעָוֹן הַזֶּה לָכֶם עַד תְּמֻותוּן:
« Voici joie et allégresse, on tue du gros bétail et l'on égorge du petit bétail, on mange de la viande et l'on boit du vin, car demain nous mourrons ; et cela s'est révélé aux oreilles de Hachem Tsevakot : cette faute ne vous sera pas expiée jusqu'à ce que vous mouriez ».
🪔 Ben Yehoyada (1)
בִּזְמַן שֶׁהַצִּבּוּר שָׁרוּי בְּצַעַר, אַל יֹאמַר אָדָם: אֵלֵךְ לְבֵיתִי וְאֹכַל וְאֶשְׁתֶּה, וְשָׁלוֹם עָלֶיךָ נַפְשִׁי. נִרְאֶה לִי בס"ד הַכַּוָּנָה דְּהַצִּיבּוּר בְּיוֹם צָרָה עָבְדִי תַּרְתֵּי, חֲדָא דְּאַחַר תְּפִלָּה לֹא יֵלְכוּ תֵּיכֶף לְבָתֵּיהֶם אֶלָּא יִשָּׁאֲרוּ בְּבֵית הַכְּנֶסֶת לוֹמַר תְּהִלִּים וּסְלִיחוֹת, וְהַב' שֶׁיִּשָּׁאֲרוּ כָּל הַיּוֹם הַהוּא בְּתַעֲנִית, וְזֶה לָא עֲבִיד לָא הָא וְלָא הָא כִּי אוֹמֵר אֵלֵךְ לְבֵיתִי וְלֹא אֶתְעַכֵּב עִמָּהֶם בְּבֵית הַכְּנֶסֶת בִּשְׁבִיל לִימּוּד תְּהִלִּים וּסְלִיחוֹת וְגַם אֹכַל וְאֶשְׁתֶּה וְלֹא אֶתְעַנֶּה עִמָּהֶם, וְרָאשֵׁי תֵּיבוֹת ש לוֹם ע לִיךְ נ פָּשִׁי 'עָנַשׁ' רוֹצֶה לוֹמַר עָנַשׁ יֵעָנֵשׁ בִּדְבָרִים אֵלּוּ.
Lorsque le public se trouve dans la peine, que l'homme ne dise pas : j'irai chez moi, je mangerai et je boirai, et paix sur toi, mon âme. Il me semble, avec l'aide du Ciel, que l'intention est celle-ci : le public, au jour de détresse, fait deux choses. La première, qu'après la prière on ne rentre pas aussitôt chez soi mais que l'on demeure à la synagogue pour dire des Tehilim et des seli'hot ; la seconde, que l'on reste ce jour-là en jeûne. Celui-ci ne fait ni l'un ni l'autre, car il dit : j'irai chez moi, je ne m'attarderai pas avec eux à la synagogue pour l'étude des Tehilim et des seli'hot, et je mangerai et boirai, je ne jeûnerai pas avec eux. Et les initiales de chalom aleikh nafchi forment onech, châtiment : c'est dire qu'il sera châtié pour ces paroles.
💡 Explication

La première baraita visait celui qui se retire ; celle-ci vise la formule qui accompagne ce retrait — « paix sur toi, mon âme ». Le verset d'Isaie décrit un festin tenu pendant que la ville est assiégée, et sa suite immédiate fixe la sanction : une faute que le repentir ordinaire n'efface pas.

7
עַד כָּאן מִידַּת בֵּינוֹנִים. אֲבָל בְּמִדַּת רְשָׁעִים, מַה כְּתִיב? ״אֵתָיוּ אֶקְחָה יַיִן וְנִסְבְּאָה שֵׁכָר וְהָיָה כָזֶה יוֹם מָחָר״, מַה כְּתִיב בָּתְרֵיהּ: ״הַצַּדִּיק אָבָד וְאֵין אִישׁ שָׂם עַל לֵב כִּי מִפְּנֵי הָרָעָה נֶאֱסַף הַצַּדִּיק״.

Jusqu'ici, la mesure des hommes moyens. Mais avec la mesure des méchants, qu'est-il écrit ?

« Venez, je prendrai du vin et nous nous enivrerons de boisson forte, et demain sera comme aujourd'hui » ; et qu'est-il écrit ensuite ? « Le juste a péri et nul ne le prend à cœur, car c'est devant le mal que le juste a été recueilli ».

📜 Rachi (3)
זוֹ מִידַּת בֵּינוֹנִים שִׁירָאִין מִן הַמִּיתָה כְּדִכְתִיב בְּהוּ כִּי מָחָר נָמוּת:
Ceci est la mesure des hommes moyens — car ils craignent la mort, comme il est écrit à leur sujet : « car demain nous mourrons ».
אֵתָיוּ אֶקְחָה יַיִן וְנִסְבְּאָה שֵׁכָר וְהָיָה כָזֶה יוֹם מָחָר גָּדוֹל יוֹתֵר מְאֹד:
« Venez, je prendrai du vin et nous nous enivrerons de boisson forte, et demain sera comme aujourd'hui » — bien plus grand encore.
הַצַּדִּיק אָבָד וְאֵין אִישׁ שָׂם עַל לֵב מִפְּנֵי מָה הוּא מֵת מִפְּנֵי הָרָעָה נֶאֱסַף הַצַּדִּיק מִפְּנֵי שֶׁלֹּא יִצְטַעֵר הוּא בָּרָעָה וְאַחַר שֶׁהִיא גְּזֵרָה מִלְּפָנָיו כִּי מִפְּנֵי הָרָעָה נֶאֱסַף הַצַּדִּיק ל"א מִפְּנֵי רָעוֹת שֶׁל אֵלּוּ הוּא נֶאֱסָף שֶׁאֵין הקב"ה רוֹצֶה שֶׁיְּבַקֵּשׁ עֲלֵיהֶם רַחֲמִים:
« Le juste a péri et nul ne le prend à cœur » — pourquoi meurt-il ? « C'est devant le mal que le juste a été recueilli » : pour qu'il ne souffre pas du malheur, puisque le décret est déjà rendu devant Lui. Autre explication : c'est à cause des méchancetés de ceux-là qu'il est recueilli, car le Saint béni soit-Il ne veut pas qu'il implore miséricorde pour eux.
💡 Explication

La baraita étage deux degrés. Les beinonim mangent en disant « demain nous mourrons » : ils savent la fin proche et s'en détournent. Les rechaim disent « demain sera comme aujourd'hui » : ils nient même la fin.

Le verset qui suit celui des méchants dit la conséquence : le juste est retiré du monde avant le malheur. Rachi donne deux lectures du motif — l'épargner, ou priver les méchants de celui qui priait pour eux.

8
אֶלָּא, יְצַעֵר אָדָם עִם הַצִּבּוּר, שֶׁכֵּן מָצִינוּ בְּמֹשֶׁה רַבֵּינוּ שֶׁצִּיעֵר עַצְמוֹ עִם הַצִּבּוּר, שֶׁנֶּאֱמַר: ״וִידֵי מֹשֶׁה כְּבֵדִים וַיִּקְחוּ אֶבֶן וַיָּשִׂימוּ תַחְתָּיו וַיֵּשֶׁב עָלֶיהָ״, וְכִי לֹא הָיָה לוֹ לְמֹשֶׁה כַּר אֶחָד אוֹ כֶּסֶת אַחַת לֵישֵׁב עָלֶיהָ? אֶלָּא כָּךְ אָמַר מֹשֶׁה: הוֹאִיל וְיִשְׂרָאֵל שְׁרוּיִין בְּצַעַר — אַף אֲנִי אֶהְיֶה עִמָּהֶם בְּצַעַר. וְכָל הַמְצַעֵר עַצְמוֹ עִם הַצִּבּוּר — זוֹכֶה וְרוֹאֶה בְּנֶחָמַת צִבּוּר.

Au contraire, que l'homme s'afflige avec le public, car ainsi trouvons-nous chez Moche notre maître, qui s'est affligé lui-même avec le public, ainsi qu'il est dit : « et les mains de Moche étaient lourdes ; ils prirent une pierre, la mirent sous lui et il s'assit dessus ». Or Moche n'avait-il pas un coussin ou un traversin pour s'y asseoir ?

Mais voici ce que Moche a dit : puisque Israël se trouve dans la peine, moi aussi je serai avec eux dans la peine. Et quiconque s'afflige avec le public mérite de voir la consolation du public.

💡 Explication

Le raisonnement part d'un détail apparemment inutile du récit d'Amalek : pourquoi préciser une pierre ? Le camp d'Israël ne manquait pas de coussins. Le choix est donc deliberatement inconfortable.

Moche ne combat pas, il ne peut donc pas partager le danger ; il partage ce qu'il peut, l'inconfort. La conclusion renverse exactement la sentence des anges plus haut : celui qui s'associe à la peine voit la consolation.

9
וְשֶׁמָּא יֹאמַר אָדָם: מִי מֵעִיד בִּי? אַבְנֵי בֵּיתוֹ שֶׁל אָדָם וְקוֹרוֹת בֵּיתוֹ שֶׁל אָדָם מְעִידִים בּוֹ, שֶׁנֶּאֱמַר: ״כִּי אֶבֶן מִקִּיר תִּזְעָק וְכָפִיס מֵעֵץ יַעֲנֶנָּה״. דְּבֵי רַבִּי שֵׁילָא אָמְרִי: שְׁנֵי מַלְאֲכֵי הַשָּׁרֵת הַמְלַוִּין לוֹ לָאָדָם, הֵן מְעִידִין עָלָיו, שֶׁנֶּאֱמַר: ״כִּי מַלְאָכָיו יְצַוֶּה לָּךְ״.

Et si l'homme dit : qui témoigne contre moi ? Les pierres de la maison de l'homme et les poutres de la maison de l'homme témoignent contre lui, ainsi qu'il est dit : « car la pierre criera du mur et le kafis de bois lui répondra ».

Ceux de la maison de Rabbi Chila disent : les deux anges de service qui accompagnent l'homme, ce sont eux qui témoignent contre lui, ainsi qu'il est dit : « car Il ordonnera à Ses anges pour toi ».

📜 Rachi (1)
כָּפִיס חֲצִי לְבֵינָהּ וּרְגִילִין לְתִתָּהּ בֵּין שְׁתֵּי נִדְבְּכֵי הָעֵצִים:
Kafis — une demi-brique, que l'on a coutume de placer entre deux assises de poutres.
🪔 Ben Yehoyada (2)
וְשֶׁמָּא יֹאמַר אָדָם: מִי מֵעִיד בִּי? אַבְנֵי בֵּיתוֹ שֶׁל אָדָם וְקוֹרוֹת בֵּיתוֹ שֶׁל אָדָם מְעִידִין בּוֹ. נִרְאֶה לִי בס"ד אַבְנֵי בֵּיתוֹ הֵם יֵצֶר הָרַע וְגוּנְדָּא דִּילֵיהּ כִּי הַיֵּצֶר הָרַע נִקְרָא אֶבֶן דִּכְתִיב (יְחֶזְקֵאל לוֹ, כו) 'וְהֵסַרְתִּי אֶת לֵב הָאֶבֶן' וְזֶה קָאֵי עַל הַיֵּצֶר הָרַע הַבָּא מִכֹּחַ הַתּוֹלָדָה שֶׁהוּא מִזֻּוהֲמַת הַנָּחָשׁ. וְקוֹרוֹת בֵּיתוֹ קָאֵי עַל יֵצֶר הָרַע וְגוּנְדָּא דִּילֵיהּ הַבָּאִים מִן הַקְּלִיפָּה שֶׁלְּמַעְלָה לְכָךְ כִּינָּה אוֹתָם בְּשֵׁם קוֹרוֹת, שֶׁהַקּוֹרָה הִיא לְמַעְלָה מִן הַבַּיִת. גַּם עוֹד 'קוֹרוֹת' בְּהִפּוּךְ אַתָּוָון 'רַקּוֹת' שֶׁהוּא לְשׁוֹן חִסָּרוֹן כְּמוֹ שֶׁפֵּירֵשׁ רַשִׁ"י בַּפָּסוּק (בְּרֵאשִׁית מא, ג) 'וְדַקּוֹת בָּשָׂר' כָּל רַקּוֹת שֶׁבַּמִּקְרָא חֶסְרוֹן בָּשָׂר עַיֵּין שָׁם, וְאֵלּוּ חֲסֵרִים כָּל טוּב.
Et si l'homme dit : qui témoigne contre moi ? Les pierres de la maison de l'homme et les poutres de la maison de l'homme témoignent contre lui. Il me semble, avec l'aide du Ciel, que les pierres de sa maison sont le yetser hara et sa troupe, car le yetser hara est appelé pierre, comme il est écrit (Ezechiel 36,26) « et j'ôterai le cœur de pierre », ce qui vise le yetser hara venu par la naissance, issu de la souillure du serpent. Et les poutres de sa maison visent le yetser hara et sa troupe venus de la klipa d'en haut ; c'est pourquoi il les a désignés du nom de poutres, la poutre étant au-dessus de la maison. De plus, korot, poutres, donne par inversion des lettres rekot, terme de manque, comme Rachi l'explique sur le verset (Genèse 41,3) « et maigres de chair » : tout rekot dans l'Écriture désigne un manque de chair, vois là-bas ; or ceux-là manquent de tout bien.
וּשְׁפַל בֵּרַךְ. פֵּירֵשׁ רַשִׁ"י עָנָיו. וְנִרְאֶה לִי לְכָךְ קְרָאוֹ וּשְׁפַל בָּרֵךְ, כִּי בָּרֵךְ רוֹצֶה לוֹמַר עָנָיו שֶׁרוֹאֶה עַצְמוֹ רַךְ הֵן בְּעִנְיָינִים הַנַּפְשִׁיִּים הֵן בְּעִנְייָנִים הַגּוּפָנִיִּים וְזֶהוּ בָּרֵךְ 'ב' רַךְ' שֶׁהוּא רַךְ בִּשְׁתַּיִם. אַךְ יֵשׁ שֶׁהוּא עָנָיו מִבַּחוּץ וּבְלִבּוֹ מִתְגָּאֶה בַּעֲנָוָה שֶׁלּוֹ כְּאוֹתוֹ הַכֹּומֶר שֶׁהָיָה בִּזְמַן הָרַמְבַּ"ן זַ"ל, לְכָךְ קְרָאוֹ 'שְׁפַל בְּרַךְ' שֶׁהוּא שָׁפֵל בַּחוּץ וּבִפְנִים וְזֶהוּ ב' רַךְ. וּמַה שֶׁאָמַר בֵּיתוֹ רֵיקָם מִן הָעֲבֵרָה , כִּי יָדוּעַ עַל בַּעַל עֲבֵירוֹת כְּתִיב (חֲבַקּוּק ב, יא) 'אֶבֶן מִקִּיר תִּזְעַק' וְכֵן אָמְרוּ רַבּוֹתֵינוּ זַ"ל (תַּעֲנִית יא.) אַבְנֵי בֵּיתוֹ שֶׁל אָדָם וְקוֹרוֹת בֵּיתוֹ שֶׁל אָדָם מְעִידִין בּוֹ, שֶׁנֶּאֱמַר 'אֶבֶן מִקִּיר תִּזְעַק' וְלָכֵן עַל זֶה שֶׁהוּא צַדִּיק שֶׁאֵין לוֹ עֲבֵירוֹת אָמַר 'בֵּיתוֹ רֵיקָם מִן הָעֲבֵרָה' רוֹצֶה לוֹמַר רֵיקָם מִן צְעָקוֹת וְעִדִּיּוֹת שֶׁל עֲבֵירָה שֶׁאֵין אַבְנֵי בֵּיתוֹ וְקִירוֹתָיו זוֹעֲקִין וּמְעִידִין עָלָיו בַּעֲבֵירוֹת וְאֵין נִשְׁמַע קוֹלָם מֵאַחַר שֶׁהוּא נָקִי. גַּם אָמַר רֵיקָם , בְּהִיפּוּךְ אַתָּווָן מִקִּיר . וְעוֹד נִרְאֶה לִי בֵּיתוֹ רוֹצֶה לוֹמַר גּוּפוֹ רֵיקָם מִן הַעֲבָרָה כִּי הָעֲבֵירוֹת רִשּׁוּמִין עַל עֲצָמוֹת גּוּפוֹ שֶׁל אָדָם כְּדִכְתִיב (יְחֶזְקֵאל לב, כז) 'וַתְּהִי עוֹ‍נָתָם עַל עַצְמוֹתָם'.
« Et humble de genou. » Rachi explique : modeste. Il me semble qu'il l'a appelé ainsi parce que berekh veut dire modeste, celui qui se voit tendre (rakh) tant dans les choses de l'âme que dans celles du corps : c'est berekh, be-rakh, tendre en deux domaines. Mais il en est qui sont modestes au-dehors et dont le cœur s'enorgueillit de leur modestie, comme ce prêtre du temps du Ramban de mémoire bénie ; c'est pourquoi il l'a appelé chefal berekh, bas au-dehors et au-dedans, ce qui est be-rakh. Et ce qui est dit, « sa maison est vide de transgression » : on sait que du fauteur il est écrit (Habaqouq 2,11) « la pierre criera du mur », et de même nos maîtres de mémoire bénie ont dit (Taanit 11a) que les pierres de la maison de l'homme et les poutres de la maison de l'homme témoignent contre lui, ainsi qu'il est dit « la pierre criera du mur » ; c'est pourquoi, de ce juste qui n'a pas de transgressions, il est dit « sa maison est vide de transgression », c'est-à-dire vide des cris et des témoignages de la transgression, car les pierres de sa maison et ses murs ne crient pas et ne témoignent pas contre lui de fautes, et leur voix ne se fait pas entendre puisqu'il est net. Il dit aussi reikam, vide, qui est l'inversion des lettres de mikir, du mur. Et il me semble encore que « sa maison » veut dire son corps, vide de transgression, car les transgressions sont inscrites sur les os du corps de l'homme, comme il est écrit (Ezechiel 32,27) « et leurs fautes seront sur leurs os ».
💡 Explication

L'objection est celle du fauteur discret : la faute de séparation se commet chez soi, sans témoin. La baraita répond par une série d'instances qui ne peuvent pas être écartées, en commençant par les plus extérieures — le bâtiment lui-même.

Le verset de Habaqouq fournit déjà deux témoins distincts, la pierre du mur et le kafis, la demi-brique posée entre les assises ; Rachi précise ce dernier terme, rare.

10
רַבִּי חִידְקָא אוֹמֵר: נִשְׁמָתוֹ שֶׁל אָדָם הִיא מְעִידָה עָלָיו, שֶׁנֶּאֱמַר: ״מִשֹּׁכֶבֶת חֵיקֶךָ שְׁמֹר פִּתְחֵי פִיךָ״. וְיֵשׁ אוֹמְרִים: אֵבָרָיו שֶׁל אָדָם מְעִידִים בּוֹ, שֶׁנֶּאֱמַר: ״אַתֶּם עֵדַי נְאֻם ה׳״.

Rabbi Hidka dit : la nechama de l'homme témoigne contre lui, ainsi qu'il est dit : « de celle qui couche en ton sein, garde les portes de ta bouche ». Et certains disent : les membres de l'homme témoignent contre lui, ainsi qu'il est dit : « vous êtes Mes témoins, dit Hachem ».

📜 Rachi (1)
הָכִי גָּרְסִינַן אֲבָרָיו שֶׁל אָדָם הֵן מְעִידִין בּוֹ שֶׁנֶּאֱמַר וְאַתֶּם עֵדַי לְשׁוֹן רַבִּים נְאֻם ה':
Voici la leçon que nous lisons : les membres de l'homme témoignent contre lui, ainsi qu'il est dit « et vous, vous êtes Mes témoins » — au pluriel — « dit Hachem ».
🪔 Ben Yehoyada (2)
נִשְׁמָתוֹ שֶׁל אָדָם הִיא מְעִידָה עָלָיו, שֶׁנֶּאֱמַר: (מִיכָה ז, ה) "מִשֹּׁכֶבֶת חֵיקֶךָ שְׁמֹר פִּתְחֵי פִיךָ". הַדָּבָר יִפָּלֵא, וַהֲלֹא הַנְּשָׁמָה הִיא עַצְמָהּ הַנִּידּוֹנְתָ עִם הַגּוּף וּכְמוֹ שֶׁאָמְרוּ רַבּוֹתֵינוּ זַ"ל (וַיִּקְרָא רַבָּה ד, ה) עַל פָּסוּק (תְּהִלִּים נ, ד) 'יִקְרָא אֶל הַשָּׁמַיִם מֵעָל' זוֹ הַנְּשָׁמָה 'וְאֶל הָאָרֶץ לָדִין עַמּוֹ' זֶה הַגּוּף עַל פִּי הַמָּשָׁל שֶׁל חִגֵּר וְסוּמָא, וְאֵיךְ תָּעִיד עַל עַצְמָהּ? וְנִרְאֶה לִי בס"ד עַל פִּי מַה שֶּׁכָּתַב רַבֵּינוּ הָאֲרִ"י זַ"ל (בְּשַׁעַר הַגִּלְגּוּלִים הַקְדָּמָה ג') כִּי הַנֶּפֶשׁ הַמִּתְגַּלְגֶּלֶת בַּגּוּף הַשֵּׁנִי בַּעֲבוּר עֲבֵירָה חֲמוּרָה וְגַם עוֹד שֶׁלֹּא נִתְקְנָה כְּלָל מִתְּחִלָּה עַל יְדֵי קִיּוּם הַמִּצְוָה הַמִּתְיַיחֶסֶת לָהּ אַךְ יֵשׁ לָהּ נִיצוֹצוֹת שֶׁכְּבָר נִתְקְנוּ בַּמִּצְוֹת הַמִּתְיַיחֲסִים לָהֶם הִנֵּה אוֹתוֹ הַחֵלֶק שֶׁלֹּא נִתְקַן כְּלָל עֲדַייִן הוּא הַמִּתְגַּלְגֵּל בַּגּוּף הַשֵּׁנִי גִּלְגּוּל גָּמוּר וְנִקְרָא זֶה הַגּוּף עַל שְׁמוֹ אֲבָל שְׁאָר הַחֲלָקִים אֲשֶׁר נִתְקְנוּ כְּבָר בָּרִאשׁוֹן אַף עַל פִּי שֶׁגַּם הֵם בָּאִים בָּזֶה הַגּוּף הַשֵּׁנִי עִם זֶה הַחֵלֶק שֶׁלֹּא נִתְקַן אֵינוֹ נִקְרָא זֶה גִּלְגּוּל גָּמוּר לָהֶם אֶלָּא נִקְרָא בְּשֵׁם עִיבּוּר אַף עַל פִּי שֶׁהוּא גַּם כֵּן גִּלְגּוּל יַעַן כִּי גִּלְגּוּל גָּמוּר הוּא רַק לְגַבֵּי אוֹתוֹ הַחֵלֶק הַפְרָטַיי הַפָּגוּם וְזֶה מַגִּיעַ לוֹ שָׂכָר מִן הַמִּצְוֹת שֶׁעוֹשֶׂה עַתָּה בַּגּוּף הַשֵּׁנִי וְגַם עֹונֶשׁ מִן הָעֲבֵירוֹת מַה שֶׁאֵין כֵּן אוֹתָם הַחֲלָקִים שֶׁכְּבָר נִתְקְנוּ וְרַק בָּאוּ עִם זֶה הַחֵלֶק הַפָּגוּם בְּגוּף זֶה הַשֵּׁנִי אֵין לָהֶם חֵלֶק מִן הָעֲבֵירוֹת שֶׁעוֹשֶׂה וְלֹא יַגִּיעַ לָהֶם עֹונֶשׁ כְּלָל אֶלָּא יַגִּיעַ לָהֶם חֵלֶק שָׂכָר מִן הַמִּצְוֹת שֶׁעוֹשֶׂה עַתָּה בַּגּוּף הַשֵּׁנִי, עַד כָּאן דְּבָרָיו זַ"ל עַייֵּן שָׁם. וּבָזֶה נִיחָא מַה שֶׁאָמַר כָּאן ' נִשְׁמָתוֹ שֶׁל אָדָם הִיא מְעִידָה בּוֹ ' קָאֵי עַל חֵלֶק הַנְּשָׁמָה שֶׁכְּבָר נִתְקַן בְּגִלְגּוּל הַקּוֹדֵם וּבָא עַתָּה בְּגִלְגּוּל הַשֵּׁנִי עִם חֵלֶק הַנְּשָׁמָה הַפָּגוּם שֶׁזֶּה אֵינוֹ מַגִּיעַ לוֹ עֹונֶשׁ מִן הָעֲבֵירוֹת וְלָכֵן הוּא יָעִיד עַל הָאָדָם בַּעֲבוּר הָעֲבֵירוֹת וְכָל דָּבָר שֶׁאֵינוֹ הָגוּן. וְלָזֶה אָמַר 'מִשִּׁכְבַת חֵיקֶךָ' כִּי זֶה הַחֵלֶק אֵינוֹ בְּגוּף זֶה גִּלְגּוּל גָּמוּר וְאֵינוֹ נִקְרָא עַל שְׁמוֹ וְרַק הוּא שׁוֹכֵב וְדָר עִם חֵלֶק הַנְּשָׁמָה הַפָּגוּם וּלְהָכִי קְרָאוֹ 'שִׁכְבַת חֵיקֶךָ' וְהַיְינוּ כִּי פְּשַׁט שִׁכְבַת חֵיקְךָ קָאֵי עַל אִשְׁתּוֹ שֶׁל אָדָם וְיָדוּעַ כִּי הָאִשָּׁה מְרֻוַּוחַת מִבַּעְלָהּ דְּפַלְּגָא בַּהֲדֵיהּ בְּעֵסֶק הַתּוֹרָה. וְעוֹד אָמַר רַבֵּינוּ הָאֲרִ"י זַ"ל דְּמִצְווַת עֲשֵׂה שֶׁהַזְּמַן גְּרָמָא דְּנָשִׁים פְּטוּרוֹת הֵם נִשְׁלָמִים בָּהֶם מִכֹּחַ בַּעֲלֵיהֶם שֶׁמְּקַיְּימִים אוֹתָם, וּכְמוֹ שֶׁכָּתוּב בְּרֵישׁ שַׁעַר מַאֲמָרֵי רַשְׁבִּ"י, נִמְצָא הָאִשָּׁה מְרֻוַּוחַת מִבַּעְלָהּ כַּמָּה מִצְוֹת אֲבָל אִם בַּעְלָהּ עוֹשֶׂה עֲבֵירוֹת אֵינוֹ מַגִּיעַ לְאִשְׁתּוֹ עֹונֶשׁ וְנֶזֶק מֵהֶם , וְכֵן אֵלּוּ הַחֲלָקִים שֶׁל הַנְּשָׁמָה שֶׁכְּבָר נִתְקְנוּ בְּגִלְגּוּל הָרִאשׁוֹן וּבָאוּ בְּגִלְגּוּל הַשֵּׁנִי עִם הַחֵלֶק הַפָּגוּם שֶׁהֵם מַרְוִיחִים מִמִּצְוֹת וּמַעֲשִׂים טוֹבִים שֶׁעוֹשֶׂה הַחֵלֶק הַפָּגוּם עַתָּה בִּהְיוֹתוֹ בְּגִלְגּוּל הַשֵּׁנִי וְאֵינוֹ מַגִּיעַ לָהֶם נֶזֶק וְעֹונֶשׁ מִן הָעֲבֵירוֹת שֶׁעוֹשֶׂה נִמְצָא הֵם דּוֹמִים לְאִשָּׁה שׁוֹכֶבֶת חֵיקוֹ שֶׁל אָדָם מַמָּשׁ וְלָכֵן קָרֵי לָזֶה הַחֵלֶק שֶׁכְּבָר נִתְקַן 'שִׁכְבַת חֵיקֶךָ'.
La nechama de l'homme témoigne contre lui, ainsi qu'il est dit : (Michee 7,5) « de celle qui couche en ton sein, garde les portes de ta bouche ». La chose étonne : la nechama est elle-même jugée avec le corps, comme l'ont dit nos maîtres de mémoire bénie (Vayikra Rabba 4,5) sur le verset (Psaumes 50,4) « Il appelle les cieux d'en haut », c'est la nechama, « et la terre, pour juger Son peuple », c'est le corps, selon la parabole du boiteux et de l'aveugle ; comment donc témoignerait-elle contre elle-même ? Il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'il faut l'expliquer d'après ce qu'a écrit notre maître le Ari de mémoire bénie (Chaar HaGuilgoulim, introduction 3) : le nefech qui revient en guilgoul dans un second corps à cause d'une transgression grave, et qui de surcroît n'a pas été réparé du tout au départ par l'accomplissement de la mitsva qui lui correspond, garde néanmoins des étincelles déjà réparées par les mitsvot qui leur correspondent. Cette part qui n'a pas été réparée du tout est celle qui revient dans le second corps en guilgoul complet, et ce corps porte son nom ; mais les autres parts déjà réparées dans le premier corps, bien qu'elles viennent elles aussi dans ce second corps avec la part non réparée, ne sont pas en guilgoul complet : cela s'appelle ibbour, bien que ce soit aussi une forme de guilgoul, car le guilgoul complet ne concerne que cette part particulière endommagée. C'est à celle-ci qu'échoit la récompense des mitsvot accomplies maintenant dans le second corps, et aussi le châtiment des transgressions ; tandis que les parts déjà réparées, venues seulement avec la part endommagée dans ce second corps, n'ont aucune part aux transgressions commises et n'en reçoivent aucun châtiment, mais reçoivent une part de récompense des mitsvot accomplies maintenant dans le second corps — ainsi ses paroles, vois là-bas. Par là s'éclaire ce qui est dit ici, « la nechama de l'homme témoigne contre lui » : cela vise la part de la nechama déjà réparée dans le guilgoul précédent et venue maintenant dans le second guilgoul avec la part endommagée ; celle-là ne reçoit pas de châtiment des transgressions, c'est pourquoi elle témoigne contre l'homme pour ses transgressions et pour tout ce qui ne convient pas. Et c'est pourquoi il est dit « de celle qui couche en ton sein » : cette part n'est pas dans ce corps un guilgoul complet, le corps ne porte pas son nom, elle ne fait qu'y coucher et y demeurer avec la part endommagée, d'où l'appellation chokhevet heikekha. Car le sens simple de chokhevet heikekha vise l'épouse de l'homme, et l'on sait que la femme gagne de son mari, ayant part avec lui dans l'étude de la Torah. Notre maître le Ari de mémoire bénie a dit encore que les mitsvot positives liées au temps, dont les femmes sont dispensées, se complètent en elles par la force de leurs maris qui les accomplissent, comme il est écrit au début du Chaar Maamarei Rachbi. Il ressort que la femme gagne de son mari de nombreuses mitsvot, mais que si son mari commet des transgressions, elle n'en reçoit ni châtiment ni dommage ; de même ces parts de la nechama déjà réparées dans le premier guilgoul et venues dans le second avec la part endommagée gagnent des mitsvot et des bonnes actions que la part endommagée accomplit maintenant dans le second guilgoul, sans recevoir ni dommage ni châtiment des transgressions commises. Elles ressemblent donc exactement à une femme couchée dans le sein de l'homme, et c'est pourquoi cette part déjà réparée est appelée chokhevet heikekha.
וְיֵשׁ אוֹמְרִים: אֵבָרָיו שֶׁל אָדָם מְעִידִים בּוֹ. קָשֶׁה אֵיךְ יָעִידוּ הָאֵיבָרִים עַל עַצְמָן, וַהֲלֹא הֵם עַצְמָם נִידּוֹנִין? וְנִרְאֶה לִי בס"ד הַכַּוָּנָה כִּי הָרֹושֶׁם שֶׁל הָעֲבֵירוֹת הָרָשׁוּם עַל אֵיבָרָיו שֶׁל אָדָם שֶׁעָשָׂה בָּהֶן עֲבֵירָה הוּא מֵעִיד עַל הָעֲבֵירוֹת וְאֵין זוֹ עֵדוּת בַּפֶּה אֶלָּא הוֹכָחָה וּרְאָיָה כְּמוֹ עֵדוּת שֶׁל הַשְּׁטָר הַמֵּעִיד עַל רְאוּבֵן שֶׁנִּתְחַיֵּיב כָּךְ וְכָךְ מֵחֲמַת דְּבָרִים שֶׁל הָעֵדִים וַחֲתִימָתָן הָרְשׁוּמָה בּוֹ.
Et certains disent : les membres de l'homme témoignent contre lui. Difficulté : comment les membres témoigneraient-ils sur eux-mêmes, alors qu'ils sont eux-mêmes jugés ? Il me semble, avec l'aide du Ciel, que l'intention est celle-ci : l'empreinte des transgressions, inscrite sur les membres par lesquels l'homme a commis la transgression, est ce qui témoigne des transgressions. Ce n'est pas un témoignage par la bouche, c'est une preuve et une démonstration, comme le témoignage d'un acte écrit qui atteste que Reouven s'est engagé pour telle et telle somme, par les paroles des témoins et leur signature inscrites dessus.
💡 Explication

Deux instances plus intimes s'ajoutent : la nechama, et les membres du corps eux-mêmes. Rachi note que la preuve des membres tient au pluriel du verset — « vous êtes Mes témoins » — lu comme s'adressant aux organes.

Le Ben Yehoyada soulève la difficulté que la sougya laisse implicite : la nechama et les membres comparaissent comme accusés, non comme tiers. Il répond dans les deux cas en distinguant une part qui n'encourt pas le châtiment — une part de l'âme déjà réparée, et pour le corps la simple empreinte laissée par la faute, qui vaut preuve matérielle et non déposition.

11
״אֵל אֱמוּנָה וְאֵין עָוֶל״. ״אֵל אֱמוּנָה״, כְּשֵׁם שֶׁנִּפְרָעִין מִן הָרְשָׁעִים לָעוֹלָם הַבָּא אֲפִילּוּ עַל עֲבֵירָה קַלָּה שֶׁעוֹשִׂין, כָּךְ נִפְרָעִין מִן הַצַּדִּיקִים בָּעוֹלָם הַזֶּה עַל עֲבֵירָה קַלָּה שֶׁעוֹשִׂין.

« D.ieu de fidélité et sans iniquité. » « D.ieu de fidélité » : de même que l'on exige des méchants dans le monde à venir jusqu'à la transgression légère qu'ils commettent, de même exige-t-on des justes dans ce monde-ci jusqu'à la transgression légère qu'ils commettent.

📜 Rachi (1)
מַאי דִכְתִיב אֵל אֱמוּנָה וְאֵין עָוֶל כְּשֵׁם שֶׁמְּשַׁלֵּם כּוּ' כָּךְ מְשַׁלֵּם לָרְשָׁעִים בְּעוֹלָם הַזֶּה כְּדֵי לְטָורְדָן מִן הָעוֹלָם הַבָּא וּכְדִכְתִיב (דְּבָרִים ז׳:י׳) וּמְשַׁלֵּם לְשֹׂונְאָיו אֶל פָּנָיו לְהַאֲבִידוֹ:
Ce qui est écrit « D.ieu de fidélité et sans iniquité », de même qu'Il paie, etc. — ainsi paie-t-Il les méchants dans ce monde-ci afin de les chasser du monde à venir, comme il est écrit (Deutéronome 7,10) : « et Il paie Ses ennemis en face pour les faire périr ».
🪔 Ben Yehoyada (1)
(דברים לב, ד) "א־ל אמונה", כשם שנפרעין מן הרשעים לעולם הבא, אפלו על עברה קלה שעושין וכו'.. הנה על זה שייך לשון ' א ־ ל אמונה ' מפני שהבטיח הקב"ה לצדיקים שלא יראו פני גהינם כמו שנאמר (תהלים טז, י) 'לא תתן חסידך לראות שחת' לכן אם יש עליהם עונש עבירה קלה אף על פי שבעבורה לא ירדו לגיהנם אלא זמן מועט ואחר כך ילכו לגן עדן שהיא נחלתם שהבטיח להם עם כל זה הרואה אותם יורדים לגיהנם ויושבים עם הרשעים יחשובו שזה הוא מקום נחלתם כרשעים ח"ו, ויאמרו אם כן שוא עבוד אלקים דאין הפרש בין עובד אלקים ללא עבדו, ואיה הבטחתו יתברך שהכין גן עדן לנחלה לצדיקים? לכן יקדים להענישם על עבירה קלה בעולם הזה כדי שלא ירדו לגיהנם כלל אלא תכף ומיד אחר פטירתם ילכו לגן עדן ויאמרו הכל א־ל אמונה הוא שקיים הבטחתו לתת נחלה לצדיקים בגן עדן ולשלם להם שם שכר טוב על מעשיהם. אך על מצוה קלה שעושין הרשעים שמקדים להם שכרה בעולם הזה יפול בזה לשון ' אין עול ' יען שאם יניח פרעון שכרה בעולם הבא אף על פי שבעבורה ראוי שיכניס הרשע בגן עדן כדי לשלם שכר מצוה קלה עם כל זה הרואה את הרשע נכנס לגיהנם תכף ומיד וישב שם זמן הרבה בעבור רבוי עבירות שעשה הוא חושב שאין לזה הרשע עוד עלייה ממקום גיהנם כדי לקבל שכר מעט מצות שיש לו, לכן יקדים לשלם לו שכר מצות קלות בעולם הזה דאז הכל יודעין דהרשע אף על פי שאי אפשר שלא יהיה לו מעט מצות כבר דרכו יתברך לשלם לו בעולם הזה, ולכך כשהביאו לגיהנם שהוא נידון שם זמן מרובה יאמרו אין עול בידו יתברך כי זה לא נשאר אצלו שום שכר מצוה כדי שישלם לו עתה וראויה גיהנם אליו לדורות עולם.
(Deutéronome 32,4) « D.ieu de fidélité » : de même que l'on exige des méchants dans le monde à venir jusqu'à la transgression légère qu'ils commettent, etc. Le terme de « D.ieu de fidélité » convient ici parce que le Saint béni soit-Il a promis aux justes qu'ils ne verraient pas la face du guehinom, ainsi qu'il est dit (Psaumes 16,10) « Tu ne laisseras pas Ton fidèle voir la fosse ». Si donc ils portent le châtiment d'une transgression légère — même si, pour elle, ils ne descendraient au guehinom que peu de temps avant d'aller au gan éden qui est leur héritage promis — celui qui les verrait descendre au guehinom et siéger avec les méchants penserait que telle est leur part, comme celle des méchants, à D.ieu ne plaise, et l'on dirait qu'il est donc vain de servir D.ieu, qu'il n'y a pas de différence entre celui qui Le sert et celui qui ne Le sert pas ; et où serait Sa promesse bénie d'avoir préparé le gan éden en héritage aux justes ? C'est pourquoi Il avance leur châtiment pour la transgression légère en ce monde-ci, afin qu'ils ne descendent pas du tout au guehinom, mais qu'aussitôt après leur décès ils aillent au gan éden, et que tous disent : Il est D.ieu de fidélité, qui a tenu Sa promesse de donner un héritage aux justes dans le gan éden et de leur y payer une bonne récompense pour leurs actes. Quant à la mitsva légère que font les méchants, dont Il avance la récompense en ce monde-ci, c'est l'expression « sans iniquité » qui s'y applique. Car s'Il laissait le paiement de cette récompense pour le monde à venir — bien que pour elle il faudrait faire entrer le méchant au gan éden afin de lui payer sa mitsva légère — celui qui verrait le méchant entrer aussitôt au guehinom et y siéger longtemps, en raison des nombreuses transgressions qu'il a commises, penserait que ce méchant n'a plus de remontée possible depuis le guehinom pour recevoir la récompense du peu de mitsvot qu'il possède. C'est pourquoi Il lui avance la récompense de ses mitsvot légères en ce monde-ci ; alors tous savent que le méchant, bien qu'il soit impossible qu'il n'ait pas un peu de mitsvot, a déjà été payé en ce monde selon la voie bénie de Dieu, et lorsqu'on le mène au guehinom où il est jugé longtemps, on dit qu'il n'y a pas d'iniquité en Lui, car il ne reste plus aucune récompense de mitsva à lui payer, et le guehinom lui revient pour les siècles.
💡 Explication

Le verset de Haazinou est découpé en trois expressions, chacune exposée séparément : El emouna, ve-ein avel, puis tsadik ve-yachar hou. Ce premier volet traite du châtiment et pose une symétrie : la rigueur qui s'exerce sur les méchants dans le monde à venir s'exerce sur les justes ici-bas.

Rachi complète la symétrie que la baraita laisse implicite : les méchants aussi sont payés ici-bas, mais de leur mérite, et précisément pour les priver de part dans le monde à venir.

🖼️ Schéma
El emouna ve-ein avel : où chacun est-il payé ? Ce monde-ci Le monde à venir Les justes tsadikim Les méchants rechaim Châtiment jusqu'à la faute légère El emouna Récompense jusqu'à la mitsva légère ve-ein avel Récompense jusqu'à la mitsva légère ve-ein avel Châtiment jusqu'à la faute légère El emouna
Le compte est soldé en entier ; seul change le monde dans lequel chaque part est réglée.
12
״וְאֵין עָוֶל״, כְּשֵׁם שֶׁמְּשַׁלְּמִין שָׂכָר לַצַּדִּיקִים לָעוֹלָם הַבָּא אֲפִילּוּ עַל מִצְוָה קַלָּה שֶׁעוֹשִׂין, כָּךְ מְשַׁלְּמִין שָׂכָר לָרְשָׁעִים בָּעוֹלָם הַזֶּה אֲפִילּוּ עַל מִצְוָה קַלָּה שֶׁעוֹשִׂין.

« Et sans iniquité » : de même que l'on paie leur récompense aux justes dans le monde à venir jusqu'à la mitsva légère qu'ils accomplissent, de même paie-t-on leur récompense aux méchants dans ce monde-ci jusqu'à la mitsva légère qu'ils accomplissent.

📜 Rachi (1)
וְאֵין עָוֶל שֶׁאֵין עוֹשֶׂה דִּין בְּלֹא דִּין אֱמֶת וָצֶדֶק:
Et sans iniquité — car Il ne rend aucun jugement qui ne soit un jugement de vérité et de justice.
💡 Explication

Second volet de la même symétrie, du côté de la récompense. Pris ensemble, les deux énoncés forment un système fermé : rien n'est perdu ni du mérite ni de la faute, seul varie le monde où le compte est soldé.

13
״צַדִּיק וְיָשָׁר הוּא״, אָמְרוּ: בִּשְׁעַת פְּטִירָתוֹ שֶׁל אָדָם לְבֵית עוֹלָמוֹ כָּל מַעֲשָׂיו נִפְרָטִין לְפָנָיו, וְאוֹמְרִים לוֹ: כָּךְ וְכָךְ עָשִׂיתָ בְּמָקוֹם פְּלוֹנִי בְּיוֹם פְּלוֹנִי, וְהוּא אוֹמֵר: הֵן, וְאוֹמְרִים לוֹ: חָתוּם! וְחוֹתֵם. שֶׁנֶּאֱמַר: ״בְּיַד כָּל אָדָם יַחְתּוֹם״. וְלֹא עוֹד, אֶלָּא שֶׁמַּצְדִּיק עָלָיו אֶת הַדִּין, וְאוֹמֵר לָהֶם: יָפֶה דַּנְתּוּנִי, לְקַיֵּים מַה שֶׁנֶּאֱמַר ״לְמַעַן תִּצְדַּק בִּדְבָרְךָ״.

« Il est juste et droit. » Ils ont dit : à l'heure où l'homme s'en va vers sa demeure éternelle, tous ses actes sont détaillés devant lui, et on lui dit : telle et telle chose tu as faite, en tel lieu, tel jour ; et il dit : oui. On lui dit : signe !

Et il signe, ainsi qu'il est dit : « par la main de tout homme Il fait signer ». Et non seulement cela, mais il justifie sur lui le jugement et leur dit : vous m'avez bien jugé — pour accomplir ce qui est dit : « afin que Tu sois juste dans Ta parole ».

📜 Rachi (3)
צַדִּיק וְיָשָׁר מַצְדִּיק הַדִּין עַל הַצַּדִּיקִים לִפְרֹועַ מֵהֶם וְעוֹשֶׂה טוֹבָה וְיַשְׁרוּת עִם הָרְשָׁעִים לִפְרֹועַ כָּל זְכוּתָם בְּעוֹלָם הַזֶּה כְּדֵי לְטָורְדָן:
Juste et droit — Il justifie le jugement rendu sur les justes en exigeant d'eux, et Il agit avec bonté et droiture envers les méchants en payant tout leur mérite dans ce monde-ci afin de les chasser.
בְּיַד כָּל אָדָם יַחְתּוֹם כּוֹתֵב מַעֲשֵׂה כָּל אָדָם וּמַחְתִּים יָד עַל כָּל מַעֲשָׂיו:
« Par la main de tout homme Il fait signer » — Il écrit l'acte de chaque homme et fait signer sa main sur tous ses actes.
לְמַעַן תִּצְדַּק בִּדְבָרְךָ שֶׁהוּא מַצְדִּיק עָלָיו בִּדְבָרֶיךָ שֶׁאַתָּה מַרְאֶה לוֹ:
« Afin que Tu sois juste dans Ta parole » — car il Te justifie par Tes paroles, celles que Tu lui montres.
🪔 Ben Yehoyada (2)
בִּשְׁעַת פְּטִירָתוֹ שֶׁל אָדָם לְבֵית עוֹלָמוֹ, כָּל מַעֲשָׂיו נִפְרָטִין לְפָנָיו. נִרְאֶה לִי בס"ד הַכַּוָּנָה עַל דֶּרֶךְ מַה שֶּׁאָמַר הַכָּתוּב (יְשַׁעְיָהוּ ג, ט) 'הַכָּרַת פְּנֵיהֶם עָנְתָה בָּם וְחַטָּאתָם כִּסְדֹם הִגִּידוּ לֹא כִחֵדוּ אוֹי לְנַפְשָׁם כִּי גָמְלוּ לָהֶם רָעָה' כִּי כָּל עוֹנוֹת הָאָדָם נִרְשָׁמִים בְּפָנָיו בְּשִׂרְטוּטֵי הַמֵּצַח וּלְכָךְ יֵשׁ בְּנֵי אָדָם נוֹהֲגִין לְכַסּוֹת הַמֵּצַח שֶׁלָּהֶם בִּזְמַן הַדָּבָר בַּר מִינָן, וְלָזֶה אָמַר נִפְרָטִין לְפָנָיו, רוֹצֶה לוֹמַר כְּפִי מַה שֶׁרָשׁוּם בְּפָנָיו כִּי הַמֵּצַח הוּא מִכְּלַל הַפָּנִים, וּכְמוֹ שֶׁאָמַר הַכָּתוּב 'הַכָּרַת פְּנֵיהֶם עָנְתָה בָּם'.
À l'heure où l'homme s'en va vers sa demeure éternelle, tous ses actes sont détaillés devant lui. Il me semble, avec l'aide du Ciel, que l'intention rejoint ce que dit le verset (Isaie 3,9) « l'aspect de leur visage témoigne contre eux, et leur faute, comme Sodome, ils la déclarent, ils ne la cachent pas ; malheur à leur âme, car ils se sont fait du mal » : toutes les fautes de l'homme sont inscrites sur son visage, dans les lignes du front — c'est pourquoi certains ont coutume de se couvrir le front au temps de l'épidémie, qu'elle nous soit épargnée. C'est en ce sens qu'il est dit « détaillés devant lui », c'est-à-dire selon ce qui est inscrit sur son visage, le front faisant partie du visage, comme le dit le verset « l'aspect de leur visage témoigne contre eux ».
וְאוֹמְרִים לוֹ: כָּךְ וְכָךְ עָשִׂיתָ בְּמָקוֹם פְּלוֹנִי, בְּיוֹם פְּלוֹנִי, וְהוּא אוֹמֵר: הֵן. יֵשׁ לְהַקְשׁוֹת מַה צֹורֶךְ לְסַייֵּם הַמְּקוֹמוֹת? וְנִרְאֶה לִי בס"ד דְּיָדוּעַ אִם אָדָם עָשָׂה עֲבֵירָה הוּא מַנִּיחַ כֹּחַ טֻומְאָה בְּאוֹתוֹ מָקוֹם שֶׁיִּהְיֶה שׁוֹרָה שָׁם תָּמִיד וְאָז גּוֹרֵם נֶזֶק לַאֲחֵרִים אַחַר כָּךְ לְאוֹתָם הַבָּאִים לָדוּר שָׁם בְּאוֹתוֹ מָקוֹם שֶׁיִּהְיֶה לָהֶם אוֹתוֹ כֹּחַ טֻומְאָה לְמִכְשׁוֹל לְהַכְשִׁילָם בְּחֵטְא, וְכֵן בְּמָקוֹם שֶׁעָשׂוּ בּוֹ תּוֹרָה וּמִצְוֹת גַּם כֵּן שׁוֹרָה שָׁם קְדֻושָּׁה וְיִהְיֶה עֵזֶר לְהַדְרִים שָׁם כַּיָּדוּעַ, וְלָכֵן מְסַיְּימִין לוֹ מָקוֹם שֶׁעָשָׂה בּוֹ עֲבֵירָה כִּי מִלְּבַד עֹונֶשׁ שֶׁיַּגִּיעַ לוֹ מִגּוּף הָעֲבֵירָה שֶׁלּוֹ עוֹד יַגִּיעַ לוֹ עֹונֶשׁ מִסִּיבַּת הַמָּקוֹם שֶׁטִּמְּאוֹ וְעָשָׂה בּוֹ כֹּחַ טֻומְאָה וְעַל יְדֵי כָּךְ הָיָה מִכְשׁוֹל לַאֲחֵרִים שֶׁבָּאוּ בּוֹ אַחַר כָּךְ. וּמַה שֶׁמַּגִּידִים הַיּוֹם שֶׁעָשָׂה בּוֹ עֲבֵירָה, הִנֵּה גַּם מַגִּיעַ לוֹ עֹונֶשׁ מִלְּבַד גּוּף הָעֲבֵירָה מֵחֲמַת הַיּוֹם כִּי אֶפְשָׁר בְּאוֹתוֹ הַיּוֹם הָיְתָה כַּפּוֹת הַמֹּאזְנַיִם שֶׁל זְכִיּוֹת וַעֲבֵירוֹת שֶׁקּוֹלִין וְזֶה שֶׁעָשָׂה בּוֹ בַּיּוֹם עֲבֵירוֹת הִכְרִיעַ הַכַּף לְחוֹבָה. וְאָמְרוּ וְלֹא עוֹד אֶלָּא שֶׁמַּצְדִּיק עָלָיו אֶת הַדִּין , וְאוֹמֵר: יָפֶה דַּנְתּוּנִי, כְּלוֹמַר אַף עַל פִּי שֶׁהוּא אֵינוֹ יוֹדֵעַ הַדִּין נוֹתֵן הקב"ה בּוֹ בִּינָה שֶׁיֵּדַע הַדִּין כְּדֵי שֶׁיַּצְדִּיק וְיֹאמַר יָפֶה דַּנְתּוּנִי! גַּם ' אוֹמֵר יָפֶה דַּנְתּוּנִי ' הַכַּוָּנָה אַף עַל פִּי שֶׁיֵּשׁ חָכָם מַתִּיר הַדָּבָר, כִּי עַל הָרֹוב לְמַטָּה יִמָּצֵא הַלָּלוּ אוֹסְרִים וְהַלָּלוּ מַתִּירִים, יָפֶה דַּנְתּוּנִי כִּסְבָרַת הָאוֹסְרִים דַּהֲלָכָה כְּוָותַייְהוּ. וְגַם עוֹד הַנֶּפֶשׁ אוֹמֶרֶת כֵּן כְּלוֹמַר אֵין לִי טַעֲנָה לְהַטִּיל הַחוֹב עַל הַגּוּף כִּמְשַׁל הַחִגֵּר וְהַסּוּמָא לוֹמַר הַגּוּף עֲשֵׂה וְלֹא אֲנִי (וַיִּקְרָא רַבָּה ד, ה) . וּבְנִי יְדִידִי כְּבוֹד הָרַב יַעֲקֹב הי"ו פֵּירֵשׁ מַה שֶׁפּוֹרְטִים לוֹ הַמְּקוֹמוֹת וְהַיָּמִים, דְּאֵינוֹ דּוֹמֶה עוֹשֶׂה עֲבֵירָה בְּמָקוֹם קָדוֹשׁ כְּמוֹ בֵּית הַכְּנֶסֶת וּבֵית הַמִּדְרָשׁ לְעוֹשֶׂה בְּמָקוֹם חוֹל. וְגַם אֵינוֹ דּוֹמֶה עוֹשֶׂה בְּמָקוֹם גָּלוּי לְעוֹשֶׂה בְּמָקוֹם מֻוצְנָע דִּבְגָלוּי יִהְיֶה חִלּוּל הַשֵּׁם יוֹתֵר. וְכֵן בְּיָמִים אֵינוֹ דּוֹמֶה עוֹשֶׂה בְּיוֹם קָדוֹשׁ כְּשַׁבָּת וְיוֹם הַכִּיפּוּרִים וְיָמִים נוֹרָאִים לְעוֹשֶׂה בְּיָמִים פְּשׁוּטִים, וְגַם אֵינוֹ דּוֹמֶה עוֹשֶׂה בִּזְמַן בַּחֲרוּתוֹ לְעוֹשֶׂה בִּזְמַן זִקְנוּתוֹ עַד כָּאן דְּבָרָיו נר"ו.
Et on lui dit : telle et telle chose tu as faite, en tel lieu, tel jour ; et il dit : oui. On peut demander : à quoi bon préciser les lieux ? Il me semble, avec l'aide du Ciel, que l'on sait que lorsqu'un homme commet une transgression, il dépose en ce lieu une force d'impureté qui y demeure en permanence et cause ensuite du tort à d'autres, à ceux qui viendront y habiter, cette force d'impureté leur devenant un obstacle qui les fait trébucher dans la faute ; de même, là où l'on a étudié la Torah et accompli des mitsvot, une sainteté y réside et devient une aide pour ceux qui y demeurent, comme on sait. On lui précise donc le lieu où il a commis la transgression, car outre le châtiment qui lui revient pour la transgression elle-même, il lui revient encore un châtiment à cause du lieu qu'il a rendu impur, en y instituant une force d'impureté par laquelle d'autres, venus après lui, ont trébuché. Et si on lui dit le jour où il a commis la transgression, c'est qu'il lui revient également, outre la transgression elle-même, un châtiment du fait du jour : peut-être ce jour-là les plateaux de la balance des mérites et des fautes étaient-ils égaux, et cette transgression a fait pencher le plateau vers la culpabilité. Et ils ont dit : et non seulement cela, mais il justifie sur lui le jugement et dit : vous m'avez bien jugé — c'est-à-dire que, bien qu'il ne connaisse pas la loi, le Saint béni soit-Il met en lui l'intelligence de la connaître, afin qu'il justifie et dise : vous m'avez bien jugé. De plus, « il dit : vous m'avez bien jugé » signifie que, même s'il se trouve un sage qui permet la chose — car le plus souvent ici-bas les uns interdisent et les autres permettent — il reconnaît : vous m'avez bien jugé selon l'avis de ceux qui interdisent, car la halakha est comme eux. Et encore, le nefech parle ainsi, voulant dire : je n'ai pas d'argument pour rejeter la dette sur le corps, à la manière de la parabole du boiteux et de l'aveugle, en disant que c'est le corps qui a agi et non moi (Vayikra Rabba 4,5). Et mon cher fils, l'honoré Rav Yaakov, qu'il vive, a expliqué ainsi le détail des lieux et des jours : celui qui commet une transgression dans un lieu saint, comme la synagogue ou le beit hamidrach, n'est pas comparable à celui qui la commet dans un lieu profane. De même, celui qui la commet à découvert n'est pas comparable à celui qui la commet en cachette, car à découvert la profanation du Nom est plus grande. Ainsi pour les jours : celui qui la commet en un jour saint, comme le chabbat, Yom Kippour et les jours redoutables, n'est pas comparable à celui qui la commet en des jours ordinaires ; et celui qui la commet au temps de sa jeunesse n'est pas comparable à celui qui la commet au temps de sa vieillesse. Ainsi ses paroles, qu'il soit garde.
💡 Explication

Troisième volet du verset. La scène est décrite en termes de procédure judiciaire : énumération détaillée des actes, aveu, puis signature — chaque étape appuyée sur un verset. Le détail du lieu et du jour n'est pas ornemental : il fixe la circonstance, qui aggrave ou allège.

L'étape finale dépasse l'aveu : l'homme justifie le jugement lui-même. Le verset des Psaumes est alors accompli par la bouche de celui qui est jugé.

🖼️ Schéma
Les quatre temps de la comparution 1. Énumération tous ses actes sont détaillés devant lui, avec le lieu et le jour 2. Aveu et il dit : oui aucune contestation 3. Signature on lui dit : signe, et il signe Job 37,7 4. Justification vous m'avez bien jugé Psaumes 51,6 Chaque étape a son verset ; la dernière va au-delà de ce qu'un tribunal humain peut obtenir.
Du relevé des actes à l'acquiescement au jugement.
14
אָמַר שְׁמוּאֵל: כָּל הַיּוֹשֵׁב בְּתַעֲנִית נִקְרָא חוֹטֵא. סָבַר כִּי הַאי תַּנָּא, דְּתַנְיָא: רַבִּי אֶלְעָזָר הַקַּפָּר בְּרַבִּי אוֹמֵר, מַה תַּלְמוּד לוֹמַר: ״וְכִפֶּר עָלָיו מֵאֲשֶׁר חָטָא עַל הַנָּפֶשׁ״, וְכִי בְּאֵיזֶה נֶפֶשׁ חָטָא זֶה? אֶלָּא שֶׁצִּיעֵר עַצְמוֹ מִן הַיַּיִן.

Chmouel a dit : quiconque siège en jeûne est appelé pécheur. Il tient comme ce tana, car il a été enseigné : Rabbi Elazar HaKappar Berabbi dit : que vient enseigner le verset « et il expiera pour lui de ce qu'il a péché contre l'âme » ?

Contre quelle âme celui-ci a-t-il donc péché ? C'est qu'il s'est affligé lui-même en se privant du vin.

📜 Rachi (1)
וְכִי בְּאֵיזֶה נֶפֶשׁ חָטָא זֶה מִי הָרַג שֶׁנִּקְרָא חוֹטֵא שֶׁאֵין מִצְוָה לְצַעֵר עַצְמוֹ כִּדְאָמְרִינַן צַדִּיקֵי (מִי) אָכְלִי הַאי עָלְמָא (וְהָאֵיךְ) מִי סָנֵי לְהוּ בְּמַס' הוֹרָיוֹת (פּ"ג דַּף י:):
Contre quelle âme celui-ci a-t-il péché — qui a-t-il tué, pour être appelé pécheur ? C'est qu'il n'y a pas de mitsva à s'affliger soi-même, comme nous disons : les justes mangent-ils de ce monde-ci ? leur serait-ce donc odieux ? — dans le traité Horayot (chap. 3, 10b).
🗂️ Tossefot (1)
אָמַר שְׁמוּאֵל כָּל הַיּוֹשֵׁב בְּתַעֲנִית נִקְרָא חוֹטֵא. וְקַשְׁיָא דְּאָמְרִינַן בְּפֶ' הַחוֹבֵל (בּ"ק דַּף צֵא: וְשָׁם) הַחוֹבֵל בְּעַצְמוֹ רַשַּׁאי אֲבָל אֲחֵרִים שֶׁחָבְלוּ בּוֹ חַייָּבִים וּמְפָרֵשׁ הָתָם הָא דְּקָאָמַר הַחוֹבֵל בְּעַצְמוֹ רַשַּׁאי אָמַר שְׁמוּאֵל בְּיוֹשֵׁב בְּתַעֲנִית אַלְמָא מַשְׁמַע דִּשְׁמוּאֵל קָאָמַר דְּיוֹשֵׁב בְּתַעֲנִית לֹא נִקְרָא חוֹטֵא וְיֵשׁ לוֹמַר דְּוַדַּאי הָוֵי חוֹטֵא כִּדְאָמְרִינַן הָכָא מִקַּל וָחֹומֶר מִנָּזִיר וּמַה נָזִיר שֶׁלֹּא צִיעֵר עַצְמוֹ אֶלָּא מִיַּיִן וְכוּ' אֲבָל מִכָּל מָקוֹם הַמִּצְוָה שֶׁהוּא עוֹשֶׂה הַתַּעֲנִית גָּדוֹל יוֹתֵר מִן הָעֲבֵירָה מִמַּה שֶׁהוּא מְצַעֵר נַפְשׁוֹ דְּמִצְוָה לִנְדֹּור כִּדְאָמְרִינַן (סוֹטָה דַּף ב.) הָרוֹאֶה סוֹטָה בְּקִלְקוּלָהּ יַזִּיר עַצְמוֹ מִן הַיַּיִן וּמִכָּל מָקוֹם יֵשׁ קְצָת חֵטְא מִידִי דַּהֲוָה אַמִּתְעַנֶּה תַּעֲנִית חֲלוֹם בְּשַׁבָּת דְּקוֹרְעִין גְּזַר דִּינוֹ וְנִפְרָעִין מִמֶּנּוּ תַּעֲנִית שֶׁל שַׁבָּת וּמַאי תַּקַּנְתֵּיהּ לִיתֹּב תַּעֲנִיתָא לְתַעֲנִיתֵיהּ:
Chmouel a dit : quiconque siège en jeûne est appelé pécheur. Il y a une difficulté, car nous disons au chapitre HaHovel (Baba Kama 91b) : celui qui se blesse lui-même en a le droit, mais d'autres qui le blessent sont tenus ; et l'on explique là-bas que ce qui est dit, « celui qui se blesse lui-même en a le droit », Chmouel l'a dit de celui qui siège en jeûne. Il ressort donc que Chmouel tient que celui qui siège en jeûne n'est pas appelé pécheur. On peut répondre qu'il est certainement pécheur, comme nous le disons ici par un kal va-homer tiré du nazir — et si le nazir, qui ne s'est affligé que du vin, etc. — mais que la mitsva qu'il accomplit en jeûnant l'emporte sur la transgression que constitue l'affliction de son âme, car c'est une mitsva de faire vœu, comme nous disons (Sota 2a) : celui qui voit une sota dans sa dégradation doit se faire nazir du vin. Malgré tout il reste une part de faute, comme dans le cas de celui qui jeûne un taanit halom un chabbat : on déchire son décret, et on lui réclame le jeûne du chabbat ; quel est son remède ? Siéger un jeûne pour son jeûne.
💡 Explication

Le folio revient au sujet propre du traité. Chmouel qualifie le jeûneur de hôte, pécheur, et la guemara lui trouve un appui tanaitique : la Torah impose au nazir un korban expiatoire « de ce qu'il a péché contre l'âme », alors qu'il n'a tué personne. Rabbi Elazar HaKappar en conclut que la faute est l'affliction elle-même.

Les Tossefot posent la contradiction interne : ailleurs, Chmouel se sert du jeûneur comme exemple de ce qui est permis. Leur réponse tient les deux termes — il y a bien une part de faute, mais la mitsva du jeûne pèse davantage, ce dont le taanit halom du chabbat donne le modèle.

15
וַהֲלֹא דְּבָרִים קַל וָחֹומֶר: וּמַה זֶה, שֶׁלֹּא צִיעֵר עַצְמוֹ אֶלָּא מִן הַיַּיִן — נִקְרָא חוֹטֵא, הַמְצַעֵר עַצְמוֹ מִכָּל דָּבָר וְדָבָר — עַל אַחַת כַּמָּה וְכַמָּה.

Et ces choses ne sont-elles pas un kal va-homer ? Si celui-ci, qui ne s'est affligé que du vin, est appelé pécheur, celui qui s'afflige de toute chose, à plus forte raison.

💡 Explication

Le kal va-homer est ce qui transporte la loi du nazir au jeûneur : le nazir renonce à un seul aliment, le jeûneur à tout. Le raisonnement est réversible, et c'est précisément ce que fera Rabbi Elazar au segment suivant, avec l'autre verset du même passage.

16
רַבִּי אֶלְעָזָר אוֹמֵר: נִקְרָא קָדוֹשׁ, שֶׁנֶּאֱמַר: ״קָדֹושׁ יִהְיֶה גַּדֵּל פֶּרַע שְׂעַר רֹאשׁוֹ״. וּמַה זֶה, שֶׁלֹּא צִיעֵר עַצְמוֹ אֶלָּא מִדָּבָר אֶחָד — נִקְרָא קָדוֹשׁ, הַמְצַעֵר עַצְמוֹ מִכָּל דָּבָר — עַל אַחַת כַּמָּה וְכַמָּה.

Rabbi Elazar dit : il est appelé saint, ainsi qu'il est dit : « il sera saint, laissant croître librement la chevelure de sa tête ». Et si celui-ci, qui ne s'est affligé que d'une seule chose, est appelé saint, celui qui s'afflige de toute chose, à plus forte raison.

📜 Rachi (1)
נִקְרָא קָדוֹשׁ רֵישֵׁיהּ דִּקְרָא קָא דְּרֵישׁ בִּשְׁבִיל שֶׁמִּתּוֹךְ כָּךְ מִתְמָרְקִין עֲוֹנֹותָיו שֶׁמִּתְעַנֶּה:
Il est appelé saint — c'est le début du verset qu'il expose ; parce que, par ce moyen, les fautes de celui qui jeûne sont récurées.
💡 Explication

Rabbi Elazar prend le même nazir et le même raisonnement, mais part de Nombres 6,5 : « il sera saint ». Toute la mahloket tient donc au choix du verset retenu comme définissant le nazir, la Torah disant de lui les deux choses.

17
וְלִשְׁמוּאֵל, הָא אִיקְּרִי קָדוֹשׁ! הַהוּא, אַגִּידּוּל פֶּרַע קָאֵי. וּלְרַבִּי אֶלְעָזָר, הָא נִקְרָא חוֹטֵא! הַהוּא דְּסָאֵיב נַפְשֵׁיהּ.

Et selon Chmouel : voici qu'il est appelé saint ! Celui-là porte sur le fait de laisser croître la chevelure.

Et selon Rabbi Elazar : voici qu'il est appelé pécheur ! Celui-là porte sur celui qui s'est rendu impur.

📜 Rachi (1)
לִשְׁמוּאֵל קָדוֹשׁ יִהְיֶה אֶגְדַּל פָּרַע קָאֵי שֶׁשְּׂעָרוֹ אָסוּר בַּהֲנָאָה אֲבָל הוּא עַצְמוֹ לֹא נִקְרָא קָדוֹשׁ וְלֵר' אֶלְעָזָר חוֹטֵא דִּסְאִיב כְּתַרְגּוּמוֹ מֵאֲשֶׁר חָטָא עַל הַנָּפֶשׁ פְּשַׁט הַמִּקְרָא עַל שֶׁנִּטְמָא בְּמֵת:
Pour Chmouel, « il sera saint » porte sur « laissant croître librement la chevelure » — sa chevelure est interdite à tout profit, mais lui-même n'est pas appelé saint. Et pour Rabbi Elazar, « pécheur » vise celui qui s'est rendu impur, conformément au Targoum : « de ce qu'il a péché contre l'âme », le sens simple du verset portant sur celui qui s'est rendu impur par un mort.
💡 Explication

Chacun doit maintenant neutraliser le verset de l'autre. Chmouel restreint la sainteté à la chevelure, qui est effectivement interdite à tout profit ; Rabbi Elazar restreint la faute au nazir tame, celui qui s'est rendu impur par un mort, lequel est bien le sujet immédiat du verset de Nombres 6,11.

18
וּמִי אָמַר רַבִּי אֶלְעָזָר הָכִי? וְהָאָמַר רַבִּי אֶלְעָזָר: לְעוֹלָם יָמֹוד אָדָם עַצְמוֹ

Et Rabbi Elazar a-t-il vraiment dit cela ? Or Rabbi Elazar a bien dit : que l'homme se considère toujours lui-même...

💡 Explication

Le folio se termine sur une contradiction ouverte dans les propos de Rabbi Elazar lui-même, dont la suite et la résolution se lisent en 11b.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).