Taanit 11b — Qui a le droit de jeûner, et quand dit-on Anénou : le jeûne par heures et l'acceptation préalable

Taanit 11b

Sougya : Le folio ouvre sur la résolution de la contradiction laissée en suspens : celui qui peut supporter le jeûne sans se nuire est loué, celui qui ne le peut pas est appelé pécheur, car ses entrailles sont comme une chose sainte qu'il est interdit d'affaiblir. Reich Lakich ajoute que le jeûneur est appelé hassid, et Rav Chechet écarte le jeûne de l'étudiant : son repas revient au chien.

Rav Yirmeya bar Abba pose deux règles pour la Babylonie — aucun jeûne public hormis le 9 av, et interdiction pour le talmid 'hakham de jeûner, parce que cela diminue l'œuvre du Ciel. Vient ensuite le cœur halakhique du folio : Rav Houna distingue celui qui a accepté son jeûne la veille, qui dit Anénou même après avoir mangé toute la nuit, et celui qui a simplement prolongé son jeûne dans la nuit, qui ne le dit pas.

Rav Yossef propose deux lectures de cette règle, Abaye tranche par l'absence d'acceptation préalable, et la maison d'étude, consultée par Mar Oukva à Ginzak, fixe la halakha : on jeûne par heures et l'on prie la prière du jeûne.

Le jeûneur : pécheur, saint ou hassid ? Un homme veut prendre un jeûne le critère : peut-il s'affliger sans se nuire ? Il peut s'affliger : de-matsi le-tsaouri Le Ciel le loue pour son jeûne Reich Lakich : il est appelé hassid Michle 11,17 : gomel nafcho ich 'hessed Rachi : gomel = il se sèvre du manger, comme be-yom higamel et Its-hak Il ne peut pas : de-lo matsi le-tsaouri Il est appelé pécheur s'il jeûne quand même Ses entrailles sont comme une chose sainte Oshéa 11,9 : be-kirbekha kadoch Tossefot : le kadoch du verset désigne le Saint béni soit-Il lui-même Un cas à part : le talmid 'hakham Reich Lakich : il n'a pas le droit de jeûner, cela diminue melekhet chamayim — il est faible et ne peut plus étudier Rav Chechet : l'étudiant qui jeûne, que le chien mange son repas — le jeûne ne lui rapporte rien
La contradiction de 11a est levée par la capacité physique : le même jeûne fait un hassid ou un pécheur selon celui qui le prend.
Quand un individu dit-il Anénou ? La règle de Rav Houna Yahid che-kibel alav taanit acceptation la veille, à la prière de minha Jour accepté la veille Il a mangé et bu toute la nuit, jusqu'au lever de l'aube Il prie Anénou le ventre plein ne change rien : l'acceptation a précédé le jeûne Lan be-taanito À la sortie du jeûne il ne mange pas et passe la nuit dans son jeûne Il ne prie pas Anénou les heures de la nuit prolongée n'ont jamais été acceptées Rav Yossef : deux lectures possibles de Rav Houna A. Ein mitanin le-chaot : ce jeûne n'existe pas, il pourrait même manger au milieu B. Mitanin le-chaot, le jeûne tient, mais il ne mérite pas Anénou Abaye, puis la halakha de la maison d'étude Abaye : on jeûne par heures ET l'on prie Anénou ; le cas de Rav Houna est particulier, faute d'acceptation préalable Halakha tranchée à Ginzak : mitanin le-chaot ou-mitpallelin tefilat taanit
L'acceptation préalable, et non la durée du jeûne, commande le droit de dire Anénou.
Mar Oukva a Ginzak : trois questions restées sans réponse 1. Jeûne-t-on par heures ? la ova be-yadeh 2. Les jarres des non-Juifs interdites ou permises ? 3. Avec quoi Moche a-t-il servi les sept jours des miluim ? Il alla demander à la maison d'étude Halakha : on jeûne par heures et l'on prie la prière du jeûne la question laissée ouverte par Rav Yossef est tranchée Permises après douze mois le goût du vin de libation s'en va dans les douze mois : il faut y verser de l'eau trois jours Avec une tunique blanche halouk lavan, de lin Rav Kahana ajoute : sans imra, c'est-à-dire sans ourlet
Les trois questions de Ginzak et les réponses rapportées de la maison d'étude.
1
כְּאִילּוּ קָדוֹשׁ שָׁרוּי בְּתוֹךְ מֵעָיו, שֶׁנֶּאֱמַר: ״בְּקִרְבְּךָ קָדוֹשׁ וְלֹא אָבוֹא בְּעִיר״! לָא קַשְׁיָא: הָא — דְּמָצֵי לְצַעוֹרֵי נַפְשֵׁיהּ, הָא — דְּלָא מָצֵי לְצַעוֹרֵי נַפְשֵׁיהּ.

...comme si une chose sainte demeurait dans ses entrailles, ainsi qu'il est dit : « au-dedans de toi est un saint, et je n'entrerai pas dans la ville » ! Ce n'est pas une difficulté : ce premier enseignement porte sur celui qui peut s'affliger lui-même, et cet autre sur celui qui ne peut pas s'affliger lui-même.

📜 Rachi (3)
כְּאִילּוּ קָדוֹשׁ שָׁרוּי בְּתוֹךְ מֵעָיו כְּאִילּוּ כָּל מֵעָיו קָדוֹשׁ וְאָסוּר לְהַכְחִישָׁן דְּהָכִי מַשְׁמַע בְּקִרְבְּךָ קָדוֹשׁ כְּלוֹמַר דְּאָסוּר לְהִתְעַנּוֹת:
Comme si une chose sainte demeurait dans ses entrailles — comme si toutes ses entrailles étaient chose sainte, qu'il est interdit d'affaiblir ; c'est ce que laisse entendre « au-dedans de toi est un saint », à savoir qu'il est interdit de jeûner.
בְּקִרְבְּךָ קָדוֹשׁ רֵישֵׁיהּ דִּקְרָא קָדָרֵישׁ בִּשְׁבִיל שֶׁקָּדוֹשׁ שָׁרוּי בְּצַעַר לֹא אָבוֹא בְּעִיר שֶׁל מַעְלָה עַד שֶׁאֶבְנֶה יְרוּשָׁלַיִם שֶׁל מַטָּה וּרְמִיזָא בְּעָלְמָא הוּא:
Au-dedans de toi est un saint — c'est le début du verset qu'il expose : puisqu'un saint demeure dans la peine, « je n'entrerai pas dans la ville » d'en haut avant d'avoir bâti la Jérusalem d'en bas. Ce n'est là qu'une allusion.
הָא דְּמָצֵי מְצַעֵר נַפְשֵׁיהּ שֶׁיָּכוֹל לִסְבֹּול הַתַּעֲנִית מְשַׁבְּחוֹ הקב"ה אֲבָל מִי שֶׁאֵינוֹ יָכוֹל לְהִתְעַנּוֹת נִקְרָא חוֹטֵא:
Ce cas, où il peut s'affliger lui-même — celui qui est capable de supporter le jeûne, le Saint béni soit-Il le loue ; mais celui qui ne peut pas jeûner est appelé pécheur.
🗂️ Tossefot (1)
כְּאִילּוּ קָדוֹשׁ. הקב"ה פֵּירוּשׁ וְהָא אָמַר לְעֵיל שֶׁנִּקְרָא קָדוֹשׁ כְּלוֹמַר שֶׁהַיּוֹשֵׁב בְּתַעֲנִית נִקְרָא קָדוֹשׁ וּמְשַׁנֵּי לָא קַשְׁיָא:
Comme si une chose sainte : il s'agit du Saint béni soit-Il. Explication : or on a dit plus haut qu'il est appelé saint, c'est-à-dire que celui qui se tient dans le jeûne est appelé saint — et la Guemara répond : ce n'est pas une difficulté.
🪔 Ben Yehoyada (1)
לְעוֹלָם (יִרְאֶה) [יִמַּד] אָדָם עַצְמוֹ כְּאִלּוּ קָדוֹשׁ שָׁרוּי בְּתוֹךְ מֵעָיו, שֶׁנֶּאֱמַר: (הוֹשֵׁעַ יא, ט) "בְּקִרְבְּךָ קָדוֹשׁ". נִרְאֶה לִי בס"ד לָכֵן אוֹתִיּוֹת 'בֶּטֶן' בִּמְלוֹאָם יֵשׁ בְּתוֹךְ ב י " ת מִסְפַּר 'קָדוֹשׁ' [410] וּבְתוֹךְ ט י " ת מִסְפַּר 'קָדוֹשׁ' וּבְתוֹךְ נ וְ " ן מִסְפַּר 'נָאֶה' [56] וְלָזֶה אָמַר 'בְּקִרְבְּךָ קָדוֹשׁ' בְּקֶרֶב שֶׁהוּא הַבֶּטֶן שֶׁלְּךָ יֵשׁ מִסְפָּר קָדוֹשׁ כָּפוּל שִׂנְאָה לִהְיוֹת לְךָ קָדוֹשׁ כָּפוּל לַגּוּף וְלַנֶּפֶשׁ.
« Que l'homme se mesure toujours lui-même comme si une chose sainte demeurait dans ses entrailles, ainsi qu'il est dit (Oshéa 11,9) : au-dedans de toi est un saint. » Il me semble, avec l'aide du Ciel, que cela tient aux lettres de beten (le ventre) écrites en plein : dans beit (בי"ת) les lettres cachées valent le nombre de kadoch, saint [410] ; dans têt (טי"ת) elles valent également kadoch ; et dans noun (נו"ן) elles valent nae, il convient [56]. C'est pourquoi il est dit « au-dedans de toi est un saint » : dans ton dedans, qui est ton ventre, se trouve deux fois le nombre de kadoch, car il convient que tu sois doublement saint, pour le corps et pour la nechama (l'âme).
💡 Explication

Le folio reprend la difficulté ouverte à la fin de 11a. Un enseignement fait du jeûneur un kadoch, un autre en fait un hôte, un pécheur, au motif que ses entrailles abritent une chose sainte qu'il lui est interdit d'affaiblir. La Guemara répartit les deux enseignements selon la capacité physique de celui qui jeûne : de-matsi le-tsaouri nafcheh, il peut s'affliger sans se nuire, et il est loué ; de-lo matsi le-tsaouri nafcheh, il ne le peut pas, et son jeûne devient une faute.

Rachi et Tossefot lisent différemment le mot kadoch du verset : pour Rachi il désigne les entrailles de l'homme, devenues objet sacré ; pour Tossefot il désigne le Saint béni soit-Il, qui demeure au-dedans de l'homme.

2
רֵישׁ לָקִישׁ אָמַר: נִקְרָא חָסִיד, שֶׁנֶּאֱמַר: ״גֹּמֵל נַפְשׁוֹ אִישׁ חָסֶד וְעֹכֵר שְׁאֵרוֹ וְגוֹ׳״. אָמַר רַב שֵׁשֶׁת: הַאי בַּר בֵּי רַב דְּיָתֵיב בְּתַעֲנִיתָא — לֵיכוֹל כַּלְבָּא לְשֵׁירוּתֵיהּ.

Reich Lakich a dit : il est appelé hassid, ainsi qu'il est dit : « l'homme de 'hessed fait du bien à son âme, et celui qui trouble sa chair est cruel, etc. ». Rav Chechet a dit : cet étudiant de la maison d'étude qui se tient dans le jeûne — que le chien mange son repas !

📜 Rachi (3)
נִקְרָא חָסִיד הַמִּתְעַנֶּה דִּכְתִיב גּוֹמֵל נַפְשׁוֹ אִישׁ חָסִיד מַפְרִישׁ עַצְמוֹ מִמַּאֲכָל וּמִשְׁתֶּה כְּמוֹ בְּיוֹם הִגָּמֵל אֶת יִצְחָק (בְּרֵאשִׁית כ״א:ח׳) שברי"ר בְּלַעַ"ז מִפִּי מוֹרִי אִי נָמֵי גּוֹמֵל לְשׁוֹן תַּגְמוּל שֶׁמַּשְׁלִים נַפְשׁוֹ לְקוֹנוֹ:
Il est appelé hassid — celui qui jeûne, car il est écrit « gomel nafcho ich 'hessed » : il se sèvre du manger et du boire, comme dans « le jour où Its-hak fut sevré » (Berechit 21,8), sevrer en langue vulgaire, de la bouche de mon maître. Ou bien gomel a le sens de rétribution : il acquitte son âme envers son Créateur.
וְעוֹכֵר שְׁאֵרוֹ הַמִּתְעַנֶּה וּמַכְחִישׁ בְּשָׂרוֹ נִקְרָא אַכְזָר:
Et il trouble sa chair — celui qui jeûne et affaiblit sa chair est appelé cruel.
שֵׁירוּתֵיהּ סְעֻודָּתוֹ כַּלְבָּא לֵיכוֹל סְעֻודָּתוֹ וּלְכָךְ הַמִּתְעַנֶּה אֵינוֹ מוֹעִיל לוֹ אֶלָּא כְּמִי שֶׁמִּתְעַנֶּה מִפְּנֵי שֶׁאֵין לוֹ מַה יֹּאכַל:
Son repas — sa seouda. Que le chien mange son repas : le jeûne de cet étudiant ne lui sert à rien, il est comme celui qui jeûne faute d'avoir de quoi manger.
🗂️ Tossefot (1)
גּוֹמֵל נַפְשׁוֹ. פֵּירוּשׁ שֶׁגּוֹמֵל חֶסֶד לְנַפְשׁוֹ שֶׁאֵינוֹ מִתְעַנֶּה נִקְרָא חָסִיד:
Il fait du bien à son âme : explication — celui qui fait du 'hessed à son âme, en ne jeûnant pas, est appelé hassid.
🪔 Ben Yehoyada (1)
הַאי בַּר בֵּי רַב דְּיָתֵיב בְּתַעֲנִיתָא, כַּלְבָּא לֵיכוֹל שֵׁירוּתֵיהּ. נִרְאֶה לִי בס"ד הַטַּעַם דְּנָקֵיט 'כַּלְבָּא' דְּהָעוֹסֵק בַּתּוֹרָה נִקְרָא בֵּן להקב"ה דִּכְתִיב (תְּהִלִּים ב, ז) 'אֲסַפְּרָה אֶל חֹק ה' אָמַר אֵלַי בְּנִי אַתָּה', וְלָכֵן זֶה שֶׁמִּתְעַנֶּה שֶׁבָּזֶה מְבַטֵּל עֵסֶק הַתּוֹרָה שֶׁבַּעֲבוּרוֹ נִקְרָא בֵּן, לָכֵן 'לֵיכוֹל כַּלְבָּא שֵׁירוּתֵיהּ' כִּי כֶּלֶב [52] הוּא מְסַפֵּר בֵּן [52] . אוֹ יוּבָן אָמְרוּ רַבּוֹתֵינוּ זַ"ל (שַׁבָּת קְנֵה:) צְדָקָה עָשָׂה הקב"ה שֶׁמַּשְׁהֶה אֲכִילָתוֹ בְּמֵעָיו, וְלָכֵן זֶה שֶׁהוּא מִתְעַנֶּה שֶׁלֹּא כַּדָּת דְּעַל יְדֵי הַתַּעֲנִית יָבֹא לִידֵי עִיצּוּר שֶׁשּׁוֹהֶה אֲכִילָתוֹ בְּמֵעָיו, יָבֹא כַּלְבָּא שֶׁשּׁוֹהֶה אֲכִילָתוֹ בְּמֵעָיו וְלֵיכוּל שֵׁירוּתֵיהּ. וְעוֹד נִרְאֶה לִי בס"ד דְּיָדוּעַ עֵסֶק הַתּוֹרָה עוֹשֶׂה תִּיקּוּן בִּיצִירָה וְהַתַּעֲנִית עוֹשֶׂה תִּיקּוּן בַּעֲשִׂיָּה דַּוְקָא וְכַנִּזְכָּר בְּדִבְרֵי רַבֵּינוּ הָאֲרִ"י זַ"ל וְיָדוּעַ דִּקְלִיפַּת הַכְּלָבִים הִיא בַּעֲשִׂיָּה וּכְמוֹ שֶׁאָמַר רַבֵּינוּ הָאֲרִ"י זַ"ל בְּבֵיאוּר פִּרְקֵי שִׁירָה, כְּלָבִים אוֹמְרִים 'בֹּאוּ נִשְׁתַּחֲוֶה וְנִכְרָעָה נִבְרְכָה לִפְנֵי ה' עָשָׂנוּ' (תְּהִלִּים צה, ו) , שֶׁאֵין אוֹמְרִים 'בּוֹרְאֵינוּ' אוֹ 'יוֹצְרֵינוּ' אֶלָּא 'עוֹשֵׂינוּ', וְלָכֵן זֶה שֶׁהִשְׁלִיךְ עֵסֶק הַתּוֹרָה שֶׁעוֹשֶׂה תִּיקּוּן בִּיצִירָה וּבָחַר בְּתַעֲנִית שֶׁהוּא מְתַקֵּן בַּעֲשִׂיָּה דַּוְקָא יָבֹא כַּלְבָּא שֶׁקְּלִיפָּתוֹ בְּעוֹלָם הָעֲשִׂיָּה וְלֵיכוּל שֵׁירוּתֵיהּ.
« Cet étudiant de la maison d'étude qui se tient dans le jeûne : que le chien mange son repas. » Il me semble, avec l'aide du Ciel, que la raison pour laquelle il a pris le chien tient à ceci : celui qui s'occupe de Torah est appelé fils du Saint béni soit-Il, comme il est écrit (Tehilim 2,7) « je raconterai le décret : ה' m'a dit, tu es Mon fils ». Celui-ci, en jeûnant, annule l'étude par laquelle il porte ce nom de fils ; c'est pourquoi « que le chien mange son repas », car kelev, le chien [52], vaut le même nombre que ben, le fils [52]. On peut aussi le comprendre par ce qu'ont dit nos maîtres de mémoire bénie (Chabbat 155b) : le Saint béni soit-Il a fait une faveur au chien, dont la nourriture demeure longtemps dans ses entrailles ; celui-ci, qui jeûne sans y être tenu, en vient par le jeûne à la rétention, sa nourriture demeurant dans ses entrailles — que vienne donc le chien, dont la nourriture demeure dans ses entrailles, et qu'il mange son repas. Il me semble encore, avec l'aide du Ciel, qu'il est connu que l'étude de la Torah opère une réparation dans la Yetsira, tandis que le jeûne opère une réparation dans la Assia seulement, comme il est rapporté au nom de notre maître l'Arizal de mémoire bénie ; et il est connu que la klipa (écorce) des chiens se tient dans la Assia, comme l'a dit notre maître l'Arizal dans son explication du Perek Chira : les chiens disent « venez, prosternons-nous et inclinons-nous, agenouillons-nous devant ה' notre faiseur » (Tehilim 95,6) — ils disent bien ossenou, notre faiseur, et non borenou, notre créateur, ni yotsrenou, notre formateur. Celui-ci a donc rejeté l'étude de la Torah, qui répare dans la Yetsira, et choisi le jeûne, qui répare dans la Assia seulement : que vienne le chien, dont la klipa est dans le monde de la Assia, et qu'il mange son repas.
💡 Explication

Reich Lakich exploite le double sens de gomel : sevrer ou rétribuer. Rachi l'applique au jeûneur, qui se sèvre de nourriture ; Tossefot l'applique à l'inverse à celui qui fait du bien à son âme en mangeant. La seconde moitié du verset, « celui qui trouble sa chair est cruel », donne prise aux deux lectures.

Rav Chechet applique la règle à l'étudiant : son jeûne le prive de forces pour l'étude, et le repas auquel il renonce est perdu pour tout le monde, autant qu'il revienne au chien.

3
אָמַר רַב יִרְמְיָה בַּר אַבָּא: אֵין תַּעֲנִית צִיבּוּר בְּבָבֶל אֶלָּא תִּשְׁעָה בְּאָב בִּלְבַד. אָמַר רַב יִרְמְיָה בַּר אַבָּא אָמַר רֵישׁ לָקִישׁ: אֵין תַּלְמִיד חָכָם רַשַּׁאי לֵישֵׁב בְּתַעֲנִית, מִפְּנֵי שֶׁמְּמַעֵט בִּמְלֶאכֶת שָׁמַיִם.

Rav Yirmeya bar Abba a dit : il n'y a pas de jeûne public en Babylonie, hormis le 9 av seulement. Rav Yirmeya bar Abba a dit au nom de Reich Lakich : un talmid 'hakham n'a pas le droit de se tenir dans un jeûne, parce qu'il diminue par là l'œuvre du Ciel.

📜 Rachi (2)
אֵין תַּעֲנִית צִבּוּר בְּבָבֶל לְעִנְיַן אִיסּוּרֵי חוּמְרֵי תַּעֲנִית אָמַר ר' יִרְמְיָה לְמִילְּתֵיהּ שֶׁהָיוּ נוֹהֲגִין בּוֹ כְּעֵין אֲבֵילוּת שֶׁהָיוּ אוֹכְלִין מִבְּעוֹד יוֹם וַאֲסוּרִין בִּנְעִילַת הַסַּנְדָּל אֶלָּא תִּשְׁעָה בְּאָב בִּלְבַד:
Il n'y a pas de jeûne public en Babylonie — c'est au sujet des interdits et des rigueurs du jeûne que Rabbi Yirmeya a dit sa règle : on s'y conduisait comme dans un deuil, on mangeait encore de jour et le port de la sandale y était interdit — et cela ne vaut que pour le 9 av seulement.
שֶׁמְּמַעֵט בִּמְלֶאכֶת שָׁמַיִם חַלָּשׁ הוּא וְאֵינוֹ יָכוֹל לִלְמֹוד:
Parce qu'il diminue l'œuvre du Ciel — il est affaibli et ne peut plus étudier.
🗂️ Tossefot (1)
אֵין תַּעֲנִית צִבּוּר בְּבָבֶל אֶלָּא תִּשְׁעָה בְּאָב בִּלְבַד. פֵּירוּשׁ שֶׁהָיָה לָהֶם הַרְבֵּה גְּשָׁמִים:
Il n'y a pas de jeûne public en Babylonie hormis le 9 av seulement : explication — parce qu'ils avaient des pluies en abondance.
⚖️ Rosh (1)
אָמַר ר' אַבָּא אֵין תַּעֲנִית צִבּוּר בְּבָבֶל אֶלָּא ט' בְּאָב בִּלְבַד. פֵּירֵשׁ ר' אבי"ה לְפִי שֶׁאֵין שָׁם נָשִׂיא דְּגָרְסִינַן בִּירוּשַׁלְמִי בְּפֶ' שֵׁנִי דִּמְכִילְתִּין (הֵל' א) ר' חֲלָבוֹ אָמַר לְרַבִּי יוּדָן נְשַׁייָּא פּוּק עִמָּן וְצַעַרְךָ עֲבַר אָמַר ר' יוֹסֵי הֲדָא דְּתֵימָא אֵלּוּ תַּעֲנִיּוֹת דְּאֵינָן עָבְדִין לָיֵתְנָא תַּעֲנִיתָא דְּלֵית נְשִׂיאָה עִמַּנָא וְהִלְכְתָא כִּשְׁמוּאֵל דְּרַבָּנָן דְּבֵי רַב אַשִּׁי סָבְרִי כִּשְׁמוּאֵל לְקַמָּן בִּשְׁמַעְתִּין (תַּעֲנִית דַּף יב:) וְכָתַב רַבֵּינוּ אבי"ה דְּיָחִיד שֶׁקִּיבֵּל עָלָיו תַּעֲנִית סְתָם לָא חָיְישִׁינַן שֶׁמָּא תַּעֲנִית צִבּוּר קִיבֵּל עָלָיו כֵּיוָן דְּאֵין תַּעֲנִית צִבּוּר בְּבָבֶל. וְהֵבִיא רְאָיָה שֶׁכֵּן הַצִּבּוּר כְּשֶׁמְּקַבְּלִין עֲלֵיהֶן תַּעֲנִית שֵׁנִי וַחֲמִישִׁי וְשֵׁנִי וּמְבָרְכִין לְמִי שֶׁמִּתְעַנֶּה אוֹמְרִין תַּעֲנִית סְתָם וְאֵינָם אוֹמְרִים תַּעֲנִית יָחִיד:
« Rabbi Abba a dit : il n'y a pas de jeûne public en Babylonie hormis le 9 av seulement. » Le Ravia a expliqué : parce qu'il n'y a pas là de nassi. Nous lisons en effet dans le Yerouchalmi, au deuxième chapitre de notre traité (halakha 1) : Rabbi Helbo dit à Rabbi Youdan le nassi, sors avec nous et ta peine est passée ; Rabbi Yossi dit, cela se dit des jeûnes que nous ne décrétons pas — nous ne décrétons pas de jeûne sans que le nassi soit avec nous. Et la halakha suit Chmouel, car les maîtres de la maison d'étude de Rav Achi tiennent comme Chmouel, plus loin dans notre sougya (Taanit 12b). Le Ravia a écrit qu'un individu qui accepte sur lui un jeûne sans autre précision, on ne craint pas qu'il ait accepté un jeûne public, puisqu'il n'y a pas de jeûne public en Babylonie. Il en apporte une preuve : lorsque la communauté accepte sur elle les jeûnes du lundi, du jeudi et du lundi, et que l'on bénit celui qui jeûne, on dit « un jeûne » sans autre précision, et l'on ne dit pas « un jeûne individuel ».
💡 Explication

Deux règles babyloniennes. La première concerne le statut du jeûne : hors du pays d'Israël, seul le 9 av porte les rigueurs du jeûne public — repas achevé avant la tombée de la nuit, interdiction de la sandale, conduite de deuil. Rachi précise que la règle vise ces rigueurs, non l'existence même de jeûnes communautaires. Le Roch rapporte au nom du Ravia une autre raison : l'absence de nassi en Babylonie, un jeûne public ne se décrétant pas sans lui.

La seconde règle vise le talmid 'hakham : son jeûne est une perte pour l'étude, et l'étude est melekhet chamayim.

4
אוֹכְלִין וְשׁוֹתִין מִשֶּׁחָשֵׁיכָה כּוּ׳. אָמַר רַבִּי זְעֵירָא אָמַר רַב הוּנָא: יָחִיד שֶׁקִּיבֵּל עָלָיו תַּעֲנִית, אֲפִילּוּ אָכַל וְשָׁתָה כָּל הַלַּיְלָה — לְמָחָר הוּא מִתְפַּלֵּל תְּפִילַּת תַּעֲנִית. לָן בְּתַעֲנִיתוֹ — אֵינוֹ מִתְפַּלֵּל שֶׁל תַּעֲנִית.

« Ils mangent et boivent dès la tombée de la nuit, etc. » Rabbi Zeira a dit au nom de Rav Houna : un individu qui a accepté sur lui un jeûne, même s'il a mangé et bu toute la nuit, prie le lendemain la prière du jeûne. S'il a passé la nuit dans son jeûne, il ne prie pas la prière du jeûne.

📜 Rachi (3)
יָחִיד שֶׁקִּיבֵּל עָלָיו תַּעֲנִית מֵאֶתְמוֹל הֲרֵי אֲנִי יוֹשֵׁב בְּתַעֲנִית לְמָחָר אֲפִילּוּ אָכַל וְשָׁתָה כָּל הַלַּיְלָה עַד עַמּוּד הַשַּׁחַר לְמָחָר מִתְפַּלֵּל תְּפִלַּת תַּעֲנִית עֲנֵנוּ:
Un individu qui a accepté sur lui un jeûne — depuis la veille : « me voici en jeûne pour demain ». Même s'il a mangé et bu toute la nuit jusqu'au lever de l'aube, il prie le lendemain la prière du jeûne, Anénou.
לָן בְּתַעֲנִיתוֹ בְּאוֹתוֹ תַּעֲנִית שֶׁקִּיבֵּל עָלָיו שֶׁלֹּא אָכַל בְּמוֹצָאֵי תַּעֲנִיתוֹ וְלָן כָּל אוֹתוֹ הַלַּיְלָה לְשֵׁם תַּעֲנִית עַד הַבֹּקֶר:
Il a passé la nuit dans son jeûne — dans ce jeûne-là même qu'il avait accepté : il n'a pas mangé à la sortie de son jeûne et a passé toute cette nuit en jeûne, jusqu'au matin.
לְמָחָר אֵין מִתְפַּלֵּל תְּפִלַּת תַּעֲנִית אֵינוֹ יָכוֹל לְהִתְפַּלֵּל עֲנֵנוּ קֹודֶם שֶׁיֹּאכַל כְּדֵי לָצֵאת יְדֵי חוֹבַת תַּעֲנִית שֶׁל לַיְלָה אע"פ שֶׁהוּא יוֹם אֶחָד כְּדִכְתִיב (בְּרֵאשִׁית א׳:ה׳) וַיְהִי עֶרֶב וַיְהִי בֹוקֶר יוֹם אֶחָד וּלְקַמָּן מְפָרֵשׁ וְאָזֵיל מַאי קָסָבַר רַב הוּנָא מַאי טַעְמָא אֵין מִתְפַּלֵּל לְמָחָר עֲנֵנוּ:
Le lendemain il ne prie pas la prière du jeûne — il ne peut pas dire Anénou avant de manger pour s'acquitter du jeûne de la nuit, bien que ce soit un seul jour, comme il est écrit (Berechit 1,5) « il fut soir, il fut matin, un jour ». Plus loin la Guemara explique et poursuit : que tient donc Rav Houna, et pour quelle raison ne prie-t-il pas Anénou le lendemain ?
🗂️ Tossefot (2)
יָחִיד שֶׁקִּיבֵּל עָלָיו תַּעֲנִית אע"פ שֶׁאָכַל וְשָׁתָה כָּל הַלַּיְלָה מִתְפַּלֵּל תְּפִלַּת תַּעֲנִית . תֵּימַהּ אַמַּאי נְקַט יָחִיד דְּצִבּוּר נָמֵי דְּאָמְרִינַן בְּמָתְנֵי' (לְעֵיל תַּעֲנִית דַּף י.) דְּעוֹשִׂין שְׁלֹשָׁה תַּעֲנִיּוֹת וְאוֹכְלִים מִשֶּׁחֲשֵׁיכָה וצ"ע:
Un individu qui a accepté sur lui un jeûne, même s'il a mangé et bu toute la nuit, prie la prière du jeûne. Question : pourquoi avoir pris le cas de l'individu ? Le public aussi est concerné, puisque nous disons dans la michna (Taanit 10a) que l'on fait trois jeûnes où l'on mange dès la tombée de la nuit. Cela demande examen.
לָן בְּתַעֲנִיתוֹ. פֵּירוּשׁ שֶׁהִתְעַנָּה הַיּוֹם וּבַלַּיְלָה לֹא אָכַל וְלָן בְּתַעֲנִיתוֹ אע"ג שֶׁהַלִּינָה הָיָה מִכֹּחַ תַּעֲנִית שֶׁקִּיבֵּל עָלָיו אֵינוֹ מִתְפַּלֵּל תְּפִלַּת תַּעֲנִית ובה"ג יֵשׁ אוֹכֵל וּמִתְפַּלֵּל תְּפִלַּת תַּעֲנִית וּמְפָרֵשׁ כְּמוֹ הָכָא דִּבְשַׁחֲרִית אוֹמֵר תְּפִלַּת תַּעֲנִית אע"פ שֶׁאָכַל כָּל הַלַּיְלָה וְיֵשׁ מִתְעַנֶּה שֶׁאֵינוֹ מִתְפַּלֵּל כְּמוֹ בְּעַרְבִית אע"פ שֶׁלֹּא אָכַל וּמְפָרֵשׁ בַּהֲלָכוֹת גְּדוֹלוֹת דְּאֵין אוֹמְרִין עֲנֵנוּ בִּתְפִלַּת שַׁחֲרִית שֶׁמָּא נִמְצָא שַׁקְרָן בִּתְפִלָּתוֹ דְּשֶׁמָּא לֹא יְסַיֵּים הַתַּעֲנִית וְלִי נִרְאֶה דְּלָא נִקְרָא שַׁקְרָן כֵּיוָן שֶׁהָיָה בְּדַעְתּוֹ לְהִתְעַנּוֹת אֲפִילּוּ אִקְרֵי אֹונֶס אַחַר כָּךְ וְלָא מָצֵי לְצַעֵר נַפְשֵׁיהּ לָא גָּרַע מִמִּתְעַנִּין לְשָׁעוֹת וְכֵן מַשְׁמַע מֵהָא דִּתְנַן (לְקַמָּן תַּעֲנִית דַּף יט.) יָרְדוּ לָהֶם גְּשָׁמִים קֹודֶם חֲצוֹת אֵינָן מַשְׁלִימִין וּמִסְּתָמָא מַשְׁמַע שֶׁאָמְרוּ תְּפִלַּת תַּעֲנִית מִכָּל מָקוֹם אֵין זֶה רְאָיָה גְּמוּרָה דְּשֶׁמָּא לֹא אֲמָרוּהָ וּמֵהָא דִּלְקַמָּן (תַּעֲנִית דַּף יב:) גַּבֵּי רַב הוּנָא בְּרֵיהּ דְּרַב יְהוֹשֻׁעַ בְּרֵיהּ דְּרַב אִידִי דְּיָתֵיב בְּתַעֲנִיתָא מִדְּאָמְרוּ לֵיהּ לִיזּוֹף מַר וְלִיפָּרַע וַאֲמַר לְהוּ תַּעֲנִית חֲלוֹם הוּא אַמַּאי לֹא אָמַר מִפְּנֵי שֶׁאָמַר תְּפִלַּת תַּעֲנִית אֵין זֶה רְאָיָה לְדִבְרֵי ה"ג דְּלָא הָיָה דַּעְתּוֹ לְהִתְעַנּוֹת מִבְּעוֹד יוֹם וְלֹא קִבֵּל עָלָיו וְכָתַב הר"מ מִי שֶׁלֹּא קִבֵּל עָלָיו מִבְּעוֹד יוֹם דְּאֵין אוֹמֵר עֲנֵנוּ אִי לָאו דְּתַעֲנִית חֲלוֹם הוּא וְנוֹהֲגִים שֶׁשְּׁלִיחַ צִבּוּר אוֹמְרוֹ בְּשַׁחֲרִית כְּדֵי לְהוֹדִיעַ לְעוֹלָם וּלְהַזְכִּיר הַתַּעֲנִית אֵבֶל יָחִיד אֵינוֹ אוֹמֵר עַד הַמִּנְחָה [וּבַטּוּר אֹורַח חַיִּים (סִי' תקסה) אוֹמֵר שְׁלִיחַ צִבּוּר אוֹמֵר בְּכָל פַּעַם שֶׁאִי אֶפְשָׁר שֶׁלֹּא יִתְעַנּוּ קְצָת מִקָּהָל עכ"ל]:
Il a passé la nuit dans son jeûne. Explication : il a jeûné ce jour-là, n'a pas mangé la nuit et a passé la nuit dans son jeûne ; bien que ce prolongement vienne du jeûne qu'il avait accepté, il ne prie pas la prière du jeûne. Dans les Halakhot Guedolot : il y a celui qui mange et prie pourtant la prière du jeûne — à comprendre comme ici, qu'au chaharit il dit la prière du jeûne bien qu'il ait mangé toute la nuit ; et il y a celui qui jeûne et ne la prie pas, comme à arvit, bien qu'il n'ait pas mangé. Les Halakhot Guedolot expliquent que l'on ne dit pas Anénou à la prière de chaharit, de peur qu'il se trouve menteur dans sa prière, s'il n'achevait pas le jeûne. Il me semble qu'on ne l'appelle pas menteur, puisque son intention était de jeûner ; même si un empêchement survient ensuite et qu'il ne peut plus s'affliger, cela ne vaut pas moins que ceux qui jeûnent par heures. C'est aussi ce qui ressort de ce que nous avons appris (Taanit 19a) : si la pluie est tombée avant midi, ils n'achèvent pas le jeûne — et il est vraisemblable qu'ils avaient dit la prière du jeûne. Cela ne fait pourtant pas une preuve complète, car peut-être ne l'avaient-ils pas dite. De même pour ce qui vient plus loin (Taanit 12b) à propos de Rav Houna fils de Rav Yehochoua fils de Rav Idi, qui se tenait dans un jeûne : puisqu'on lui a dit « que le maître emprunte son jeûne et le rembourse », et qu'il leur a répondu « c'est un jeûne de rêve », pourquoi n'a-t-il pas répondu qu'il avait déjà dit la prière du jeûne ? Cela ne prouve rien contre les Halakhot Guedolot, car son intention de jeûner ne datait pas de la veille encore de jour et il n'avait rien accepté sur lui. Le Rav Moche a écrit : celui qui n'a pas accepté le jeûne la veille encore de jour ne dit pas Anénou, sauf s'il s'agit d'un jeûne de rêve. L'usage est que le chalia'h tsibour le dise à chaharit, pour le faire savoir à tous et rappeler le jeûne, tandis que l'individu ne le dit qu'à minha. [Et dans le Tour Orah Haim (§ 565) il est dit : le chalia'h tsibour le dit chaque fois, car il est impossible qu'une partie de la communauté ne jeûne pas. Fin de citation.]
⚖️ Rosh (1)
אָמַר זְעֵירִי אָמַר רַב הוּנָא יָחִיד שֶׁקִּיבֵּל עָלָיו תַּעֲנִית אַפֵּי' אָכַל וְשָׁתָה כָּל הַלַּיְלָה לְמָחָר מִתְפַּלֵּל תְּפִלַּת תַּעֲנִית לָן בְּתַעֲנִיתוֹ לְמָחָר אֵין מִתְפַּלֵּל תְּפִלַּת תַּעֲנִית. כָּךְ הַגִּירְסָא בַּסְּפָרִים שֶׁלָּנוּ וְהָכֵין פֵּירוּשָׁא. אֲפִילּוּ אָכַל וְשָׁתָה כָּל הַלַּיְלָה לְמָחָר בְּכָרֵס מְלֵאָה מִתְפַּלֵּל תְּפִלַּת תַּעֲנִית. לָאו דַּוְקָא לְמָחָר אֶלָּא אֲפִילּוּ בַּלַּיְלָה נָמֵי כִּדְאָמַר בְּפֶרֶק בַּמֶּה מַדְלִיקִין (שַׁבָּת דַּף כד.) גַּבֵּי תַּעֲנִיּוֹת וּמַעֲמָדוֹת שֶׁמִּתְפַּלֵּל עַרְבִית שַׁחֲרִית וּמִנְחָה עֲנֵנוּ. וְגַם הֵבִיא רַשִׁ"י תּוֹסֶפְתָּא אַחֶרֶת יֵשׁ אוֹכֵל וְשׁוֹתֶה כָּל הַלַּיְלָה וּמִתְפַּלֵּל תְּפִלַּת תַּעֲנִית וְיֵשׁ שָׁרוּי בְּתַעֲנִיתוֹ כָּל הַלַּיְלָה וְאֵינוֹ מִתְפַּלֵּל תְּפִלַּת תַּעֲנִית כָּאן בִּכְנִיסָתוֹ כָּאן בִּיצִיאָתוֹ וְהַאי דִּנְקַט לְמָחָר אַגַּב סֵיפָא. אִי נָמֵי רְבוּתָא הִיא טְפֵי לְמָחָר אע"פ דְּאָכַל וְשָׁתָה כָּל הַלַּיְלָה וּבִטְנוֹ מְלֵאָה. לָן בְּתַעֲנִיתוֹ שֶׁנִּמְלַךְ וְלֹא אָכַל בַּלַּיְלָה וְהִתְעַנָּה כָּל הַיּוֹם לְמָחֳרַת אֵינוֹ מִתְפַּלֵּל כֵּיוָן שֶׁלֹּא קִיבֵּל עָלָיו לְהִתְעַנּוֹת כָּל אוֹתוֹ הַיּוֹם:
« Zeiri a dit au nom de Rav Houna : un individu qui a accepté sur lui un jeûne, même s'il a mangé et bu toute la nuit, prie le lendemain la prière du jeûne ; s'il a passé la nuit dans son jeûne, il ne prie pas le lendemain la prière du jeûne. » Telle est la version de nos livres, et voici son explication. Même s'il a mangé et bu toute la nuit, le lendemain, le ventre plein, il prie la prière du jeûne. Cela vaut aussi pour la nuit, et non pour le lendemain seulement, comme il est dit au chapitre Bame madlikin (Chabbat 24a) au sujet des jeûnes et des maamadot : il prie Anénou à arvit, à chaharit et à minha. Rachi a aussi rapporté une autre Tossefta : il y a celui qui mange et boit toute la nuit et prie la prière du jeûne, et il y a celui qui demeure dans son jeûne toute la nuit et ne prie pas la prière du jeûne — ici à l'entrée du jeûne, là à sa sortie. Si la Guemara a dit « le lendemain », c'est à cause de la fin de la phrase ; ou bien parce que le cas est plus fort le lendemain, alors même qu'il a mangé et bu toute la nuit et que son ventre est plein. « Il a passé la nuit dans son jeûne » : il s'est ravisé, n'a pas mangé la nuit et a jeûné tout le jour suivant — il ne prie pas, puisqu'il n'avait pas accepté sur lui de jeûner tout ce jour-là.
💡 Explication

La michna venait de dire que dans la première série de jeûnes on mange et on boit dès la tombée de la nuit. Rav Houna en tire la règle du yahid, l'individu qui prend un jeûne sur lui. Deux situations se distinguent par un seul point : l'acceptation préalable, la kabbala faite la veille à minha.

Celui qui a accepté son jeûne la veille dit Anénou le jour du jeûne, même s'il a passé la nuit à manger. Celui qui prolonge simplement son jeûne dans la nuit sans rien avoir accepté pour le lendemain, le lan be-taanito, ne le dit pas. Les Tossefot ouvrent ici le grand débat des Halakhot Guedolot sur le moment où l'individu dit Anénou — à chaharit ou seulement à minha.

🖼️ Schéma
Les deux cas de Rav Houna sur l'axe du temps minha de la veille tombée de la nuit lever de l'aube Cas 1 — il accepte la veille : haréini be-taanit lemahar Il mange et boit toute la nuit, jusqu'à l'aube. Le jour venu, il jeûne. Résultat : il prie Anénou Cas 2 — lan be-taanito : rien n'a été accepté pour le jour suivant À la sortie de son jeûne il ne mange pas et passe toute la nuit à jeun, jusqu'au matin. Résultat : il ne prie pas Anénou — Rachi : il ne peut pas le dire avant de manger
Le seul écart entre les deux cas tient à l'acceptation faite avant le début du jeûne.
5
אָמַר רַב יוֹסֵף: מַאי קָסָבַר רַב הוּנָא? סְבִירָא לֵיהּ: אֵין מִתְעַנִּין לְשָׁעוֹת, אוֹ דִּלְמָא: מִתְעַנִּין לְשָׁעוֹת — וְהַמִּתְעַנֶּה לְשָׁעוֹת אֵינוֹ מִתְפַּלֵּל תְּפִלַּת תַּעֲנִית?

Rav Yossef a dit : que tient donc Rav Houna ? Tient-il qu'on ne jeûne pas par heures, ou bien peut-être qu'on jeûne par heures, mais que celui qui jeûne par heures ne prie pas la prière du jeûne ?

📜 Rachi (1)
וְהָכִי גָּרְסִינַן מַאי קָסָבַר רַב הוּנָא מִיסְבָּר קָסָבַר אֵין מִתְעַנִּין לְשָׁעוֹת אוֹ דִלְמָא קָסָבַר מִתְעַנִּין לְשָׁעוֹת וְהַמִּתְעַנֶּה לְשָׁעוֹת אֵינוֹ מִתְפַּלֵּל תְּפִלַּת תַּעֲנִית אָמַר אַבָּיֵי לְעוֹלָם קָסָבַר מִתְעַנִּין לְשָׁעוֹת ( *וּמִתְפַּלֵּל ) תְּפִלַּת תַּעֲנִית כו' פֵּירוּשׁ מַאי קָסָבַר ר' הוּנָא אֵין מִתְעַנִּין לְשָׁעוֹת כְּלוֹמַר הַאי דְּקָאָמַר לְמָחָר אֵין מִתְפַּלֵּל תְּפִלַּת תַּעֲנִית לְכָךְ אֵינוֹ מִתְפַּלֵּל דְּקַבָּלַת תַּעֲנִית זֶה אֵינוֹ קַבָּלָה וְאֵינוֹ תַּעֲנִית כְּלָל וְאִם רוֹצֶה לֶאֱכֹול וְלִסְעוֹד בְּתוֹךְ הַתַּעֲנִית הָרְשׁוּת בְּיָדוֹ דְּאֵין מְקַבְּלִין תַּעֲנִית לְשָׁעוֹת כְּגוֹן זֶה שֶׁלֹּא קִיבֵּל תַּעֲנִית שֶׁל לַיְלָה זֶה מֵאֶתְמוֹל כִּדְקָתָנֵי לָן בְּתַעֲנִיתוֹ דְּמַשְׁמַע מֵאֵלָיו כְּשֶׁהֶחְשִׁיךְ וּבָא לִסְעֹוד עָמַד וְלֹא אָכַל כְּלוֹמַר שֶׁהָיָה בְּדַעְתּוֹ לֶאֱכֹול עַד שֶׁעָבַר מִקְצָת הַלַּיְלָה שָׁעָה אַחַת אוֹ שְׁתֵּי שָׁעוֹת וְאַחַר כָּךְ נִמְלַךְ וְלָן בְּתַעֲנִיתוֹ אוֹ דִּלְמָא הַאי דְּקָאָמַר רַב הוּנָא לְמָחָר אֵין מִתְפַּלֵּל תְּפִלַּת תַּעֲנִית לָאו מִשּׁוּם דְּאֵין מִתְעַנִּין לְשָׁעוֹת דְּשֵׁם תַּעֲנִית עָלָיו וְאִם רוֹצֶה לַחֲזֹור בּוֹ וְלִטְעֹום אַחַר שֶׁהִתְחִיל בְּתַעֲנִית אֵינוֹ יָכוֹל אֶלָּא לְהָכִי אֵינוֹ מִתְפַּלֵּל תְּפִלַּת תַּעֲנִית דְּסָבַר אֵין תַּעֲנִית שֶׁל שָׁעוֹת חָשׁוּב וְחָמוּר כָּל כָּךְ שֶׁיְּהֵא צָרִיךְ לְהִתְפַּלֵּל עָלָיו עֲנֵנוּ:
Voici notre version : « que tient Rav Houna ? Tient-il qu'on ne jeûne pas par heures, ou bien peut-être tient-il qu'on jeûne par heures et que celui qui jeûne par heures ne prie pas la prière du jeûne ? Abaye a dit : en vérité il tient qu'on jeûne par heures et que l'on prie la prière du jeûne, etc. » Explication : que tient Rav Houna — qu'on ne jeûne pas par heures, c'est-à-dire que s'il dit que le lendemain il ne prie pas la prière du jeûne, c'est parce que l'acceptation d'un tel jeûne n'est pas une acceptation et que ce n'est pas un jeûne du tout ; et s'il veut manger et prendre son repas au milieu de ce jeûne, il en a le droit, car on n'accepte pas un jeûne par heures tel que celui-ci, où il n'a pas accepté depuis la veille le jeûne de cette nuit — ainsi qu'il est enseigné « il a passé la nuit dans son jeûne », ce qui laisse entendre que la chose s'est faite d'elle-même : la nuit venue, il est venu prendre son repas, s'est levé et n'a pas mangé, c'est-à-dire qu'il avait l'intention de manger, et lorsqu'une partie de la nuit fut passée, une heure où deux, il s'est ravisé et a passé la nuit dans son jeûne. Ou bien peut-être que si Rav Houna dit que le lendemain il ne prie pas la prière du jeûne, ce n'est pas parce qu'on ne jeûne pas par heures — le nom de jeûne lui est bien attaché, et s'il veut revenir sur sa décision et goûter quelque chose après avoir commencé le jeûne, il ne le peut pas — mais parce qu'il tient qu'un jeûne d'heures n'a pas assez d'importance ni de gravité pour qu'il faille prier Anénou à son sujet.
⚖️ Rosh (1)
אָמַר רַב יוֹסֵף מַאי קָא סָבַר רַב הוּנָא אִי סָבַר אֵין מִתְעַנִּין לְשָׁעוֹת כְּגוֹן שֶׁקִּיבֵּל עָלָיו בִּזְמַן הַמִּנְחָה לְהִתְעַנּוֹת עַד חֲצִי הַיּוֹם וְשׁוּב נִמְלַךְ וְהִתְעַנָּה עַד הָעֶרֶב לָא שְׁמֵיהּ תַּעֲנִית וְאֵינוֹ מִתְפַּלֵּל עֲנֵנוּ וְכֵן אִם קִיבֵּל עָלָיו תַּעֲנִית יוֹם אֶחָד לֹא יָצָא יְדֵי חוֹבָתוֹ בְּתַעֲנִית זֶה א"כ אֵין זֶה קַבָּלַת תַּעֲנִית וּמֻותָּר לֶאֱכֹול וּמִילְּתָא דְּרַב הוּנָא הָוְיָא בְּתַעֲנִית שָׁעוֹת שֶׁלֹּא קִיבֵּל עָלָיו אֶלָּא יוֹם א' וְשׁוּב נִמְלַךְ וְהִתְעַנָּה גַּם יוֹם שֵׁנִי הִלְכָּךְ אֵין מִתְפַּלֵּל עֲנֵנוּ בְּיוֹם שֵׁנִי אֲבָל יוֹם רִאשׁוֹן וַדַּאי תַּעֲנִית הָוֵי שֶׁהֲרֵי הִתְעַנָּה יוֹם שֶׁקִּיבֵּל עָלָיו אוֹ דִּילְמָא לְעוֹלָם קָא סָבַר מִתְעַנִּין לְשָׁעוֹת וְאִם קִיבֵּל עָלָיו תַּעֲנִית יוֹם א' יוֹצֵא יְדֵי חוֹבָתוֹ וְגַם אָסוּר לֶאֱכֹול אֶלָּא דְּלָא מִיקְּרֵי תַּעֲנִית לְעִנְיַן עֲנֵנוּ. וְרַשִׁ"י פִּי' בְּמַס' ע"ז (דַּף לד:) מִתְעַנִּין לְשָׁעוֹת כְּגוֹן שֶׁקִּיבֵּל עָלָיו תַּעֲנִית מִשֵּׁשׁ שָׁעוֹת וּלְמַעְלָה אַךְ לֹא טָעַם חֲצִי הַיּוֹם הָרִאשׁוֹן אֶלָּא שֶׁלֹּא נִתְכַּוֵּין לְשֵׁם תַּעֲנִית וצ"ל שֶׁקִּיבֵּל עָלָיו מֵאֶתְמוֹל מִזְּמַן הַמִּנְחָה. וְהָרַמְבַּ"ן זַ"ל כָּתַב דְּאַפֵּי' לֹא קִיבֵּל עָלָיו מִזְּמַן הַמִּנְחָה כֵּיוָן שֶׁקִּיבֵּל עָלָיו תַּעֲנִית קֹודֶם שָׁעוֹת הַתַּעֲנִית וְתֵימַהּ מַאי שְׁנָא מִתַּעֲנִית יוֹם שֶׁצָּרִיךְ לְקַבֵּל עָלָיו בִּזְמַן הַמִּנְחָה וְאִם קִיבֵּל עָלָיו בַּלַּיְלָה לָא הָוֵי תַּעֲנִית. וְי"ל דְּהָתָם הוּא מְחֻויָּב תַּעֲנִית יוֹם שָׁלֵם הִלְכָּךְ צָרִיךְ קַבָּלָה קֹודֶם שֶׁיַּתְחִיל הַתַּעֲנִית. וּלְפִי זֶה מִי שֶׁלֹּא הָיָה בְּדַעְתּוֹ לְהִתְעַנּוֹת וּבַלַּיְלָה נִמְלַךְ וְקִיבֵּל עָלָיו תַּעֲנִית הָוֵי תַּעֲנִית דְּלָא גָּרַע מִקֶּיְבֶּל עָלָיו תַּעֲנִית מִשֵּׁשׁ שָׁעוֹת וּלְמַעְלָה וְאִי אֶפְשָׁר לוֹמַר כֵּן מִדְּקָאָמַר לֵיהּ אַבַּיֵּי לְעוֹלָם מִתְעַנִּין לְשָׁעוֹת וְכוּ' וְשָׁאנֵי הָכָא דְּלָא קַבְּלֵיהּ עִילָּוֵיהּ וְאַמַּאי וְהָא קַבְּלֵיהּ עֲלֵיהּ בְּלֵילְיָא וְהוּא לֹא מְחֻויָּב תַּעֲנִית יוֹם שָׁלֵם הִלְכָּךְ צ"ל דְּכָל תַּעֲנִית צָרִיךְ קַבָּלָה בִּתְפִלַּת הַמִּנְחָה אָמַר אַבָּיֵי לְעוֹלָם קָסָבַר מִתְעַנִּין לְשָׁעוֹת וְהַמִּתְעַנֶּה לְשָׁעוֹת מִתְפַּלֵּל תְּפִלַּת תַּעֲנִית וְשָׁאנֵי הָכָא דְּלָא קַבְּלֵיהּ עִילָּוֵיהּ. אָמַר רַב חִסְדָּא הָא דְּאָמְרַתְּ מִתְעַנִּין לְשָׁעוֹת וְהוּא שֶׁלֹּא טָעַם כְּלוּם כָּל אוֹתוֹ הַיּוֹם א"ל אַבַּיֵּי הָא תַּעֲנִיתָא מְעַלַּיְיתָא הוּא. לָא צְרִיכָא דְּקָא מִימְלָךְ אִימְּלוֹכֵי לְפֵירוּשׁ קַמָּא כְּשֶׁהִגִּיעַ חֲצִי הַיּוֹם נִמְלַךְ וְהִשְׁלִים תַּעֲנִיתוֹ עַד הָעֶרֶב וּלְאִידָךְ פֵּירוּשָׁא קִבֵּל עָלָיו לְהִתְעַנּוֹת מִשֵּׁשׁ שָׁעוֹת וּלְמַעְלָה וְנִמְלַךְ וְלֹא אָכַל שֵׁשׁ שָׁעוֹת הָרִאשׁוֹנוֹת. רַב חִסְדָּא לְטַעְמֵיהּ דְּאָמַר רַב חִסְדָּא כָּל תַּעֲנִית שֶׁלֹּא שָׁקְעָה עָלָיו הַחַמָּה לָא שְׁמֵיהּ תַּעֲנִית. הִלְכָּךְ לָא מִיקְּרֵי תַּעֲנִית שָׁעוֹת אִם לֹא שֶׁיִּהְיֶה שָׁרוּי כָּל הַיּוֹם בְּתַעֲנִית בְּלֹא טְעִימָה כְּלוּם. וְעִיקַּר הַךְ מִילְּתָא דְרַב חִסְדָּא בִּמְקַבֵּל עָלָיו תַּעֲנִית סְתָם שֶׁצָּרִיךְ לְהִתְעַנּוֹת עַד שְׁקִיעַת הַחַמָּה דְּהַייְנוּ צֵאת הַכּוֹכָבִים. ואע"ג דְּאָמְרִינַן בִּפְסָחִים פ' מִי שֶׁהָיָה טָמֵא (פְּסָחִים דַּף צַד. ) דְּמִשְּׁקִיעַת הַחַמָּה עַד צֵאת הַכְּכֹבִים ה' מִילִין פר"ת הַיְינוּ מִתְּחִילַּת שְׁקִיעַת הַחַמָּה כְּשֶׁהַחַמָּה מַתְחֶלֶת לִיכָּנֵס בְּעָבְיוֹ שֶׁל רָקִיעַ אֲבָל שְׁקִיעַת הַחַמָּה הַייְנוּ סוֹף שְׁקִיעָה וְהוּא זְמַן צֵאת הַכּוֹכָבִים. וּפָרִיךְ מֵאַנְשֵׁי מִשְׁמָר שֶׁהָיוּ מִתְעַנִּין וְלֹא מַשְׁלִימִין וְכֵן מִבְּנֵי סְנָאָה בֶּן בִּנְיָמִן אַלְמָא שֵׁם תַּעֲנִית עִילָּוֵיהּ. וּמְשַׁנֵּי לְצַעוֹרֵי נַפְשֵׁיהּ הוּא דְּעָבְדִי וְלֹא הָיָה שֵׁם תַּעֲנִית עָלָיו. וְתוּ פָּרִיךְ מַר' יוֹחָנָן דְּאָמַר אֱהֵא בְּתַעֲנִית עַד שֶׁאָבוֹא בְּבֵיתִי דְּאִיכָּא תַּרְתֵּי חֲדָא שֶׁלֹּא קִיבֵּל עָלָיו מִבְּעֶרֶב וְעוֹד שֶׁלֹּא הִשְׁלִים תַּעֲנִיתוֹ עַד הָעֶרֶב וְסָלְקָא שְׁמַעְתָּתָא דְּלָא מִיקְּרֵי תַּעֲנִית אִם לֹא שֶׁקִּיבֵּל עָלָיו מִבְּעֶרֶב וְגַם שֶׁיִּתְעַנֶּה עַד הָעֶרֶב. וְהָרַמְבַּ"ם זַ"ל (פ"א מַה' תַּעֲנִית הֵל' י"ג) כָּתַב אִם אָכַל וְשָׁתָה וְאַחַר כָּךְ הִתְחִיל לְהִתְעַנּוֹת שְׁאָר הַיּוֹם הֲרֵי זוֹ תַּעֲנִית שָׁעוֹת וּבִירוּשַׁלְמִי מַשְׁמַע כִּדְבָרָיו דְּגֵר' בִּירוּשַׁלְמִי דִּנְדָרִים פֶּרֶק קוֹנָם יַיִן (הֵל' א') מִילְּתֵיהּ דְּר' יוֹחָנָן אָמְרָה מִתְעַנֶּה לְשָׁעוֹת. דְּא"ר יוֹחָנָן הֲרֵינִי בְּתַעֲנִית עַד דְּנֶיחֱסַל פִּירְקִין. מִמִּילְּתֵיהּ דְּרַבִּי יוֹנָה הֲוָה מִתְעַנִּין לְשָׁעוֹת. דְּרַבִּי יוֹנָה הֲוָה בְּצוֹר וְשָׁמַע דִּדְמִיךְ בְּרֵיהּ דְּר' יוֹסֵי אע"ג דְּאָכַל גַּבָּנֵי וְשַׁתָּא מַיָּא אַסְקִי' צוֹם הַהוּא יוֹמָא. מִילְּתֵיהּ דְּרַב אָמַר מִתְעַנִּין לְשָׁעוֹת. דְּאָמַר רַב לֹוֶה אָדָם תַּעֲנִיתוֹ וּפוֹרֵעַ פִּי' דְּגַם יוֹם זֶה שֶׁהִתְחִיל לְהִתְעַנּוֹת מִיקְּרֵי תַּעֲנִיתוֹ וְאֵין צָרִיךְ לִפְרֹועַ שֶׁהֲרֵי יוֹם שָׁלֵם קִבֵּל עָלָיו. וְרַבִּי אֲבִי הָעֶזְרִי נִדְחַק מְאֹד לְהַשְׁווֹת יַחַד הַיְרוּשַׁלְמִי וְהַבַּבְלִי. וּפֵירֵשׁ עַל שִׁיטַת הָרַמְבַּ"ם זַ"ל וְלֹא נִרְאֶה בְּעֵינַי אַךְ נִרְאֶה שֶׁהַיְּרוּשַׁלְמִי חוֹלֵק עַל הַבַּבְלִי א"נ נוּכַל לוֹמַר דְּלָא פְּלִיג דְּהָא דְּקָאָמַר ר' יוֹחָנָן וְר' יוֹנָה דְּמִתְעַנִּין לְשָׁעוֹת לָאו לְעִנְיַן תְּפִלַּת תַּעֲנִית קָאָמַר אֶלָּא לְעִנְיָן זֶה שֶׁצָּרִיךְ לְקַיֵּים נִדְרוֹ. דְּלָא תֵּימָא דְּלָא מִיקְּרֵי נֶדֶר כֵּיוָן שֶׁלֹּא קִיבֵּל עָלָיו לְהִתְעַנּוֹת יוֹם שָׁלֵם קמ"ל דְּמִיקְּרֵי שַׁפִּיר נֶדֶר וְצָרִיךְ לְקַייֵּם דְּבָרוֹ אֲבָל לְעִנְיַן עֲנֵנוּ לָא מִיקְּרֵי תַּעֲנִית אִם לֹא שֶׁהִתְעַנָּה הַיּוֹם שָׁלֵם. וְהָא דְּקָאָמַר רַב סָבַר מִתְעַנִּין לְשָׁעוֹת מִדְּקָאָמַר לֹוֶה אָדָם תַּעֲנִיתוֹ וּפוֹרֵעַ ה"ק אע"פ שֶׁקִּיבֵּל עָלָיו תַּעֲנִית יָכוֹל לִלְוָת עָלָיו תַּעֲנִיתוֹ וּמִיקְּרֵי שַׁפִּיר תַּעֲנִית מַה שֶׁהִתְעַנָּה מִקְצָת הַיּוֹם לְעִנְיָן זֶה דְּלָא מִיקְּרֵי מְבַטֵּל נִדְרוֹ בְּמַה שֶׁאָכַל הַיּוֹם:
« Rav Yossef a dit : que tient donc Rav Houna ? » S'il tient qu'on ne jeûne pas par heures — par exemple celui qui a accepté sur lui, au moment de minha, de jeûner jusqu'à la moitié du jour, puis s'est ravisé et a jeûné jusqu'au soir — ce n'est pas un jeûne, il ne prie pas Anénou ; et de même, s'il avait accepté sur lui un jeûne d'un jour entier, il ne s'acquitte pas de son obligation par un tel jeûne. S'il en est ainsi, il n'y a pas là d'acceptation de jeûne et il lui est permis de manger. La règle de Rav Houna porte alors sur un jeûne d'heures, où il n'avait accepté sur lui qu'un seul jour, puis s'est ravisé et a jeûné aussi un deuxième jour : il ne prie donc pas Anénou le deuxième jour, tandis que le premier jour est assurément un jeûne, puisqu'il a jeûné le jour qu'il avait accepté. Ou bien peut-être tient-il en vérité qu'on jeûne par heures, et que s'il a accepté sur lui un jeûne d'un jour il s'acquitte de son obligation et il lui est même interdit de manger, seulement cela ne s'appelle pas un jeûne quant à Anénou. Rachi a expliqué dans le traité Avoda Zara (34b) : « on jeûne par heures », par exemple celui qui a accepté sur lui un jeûne à partir de la sixième heure et au-delà, mais qui n'a rien goûté non plus durant la première moitié du jour, sans pourtant en avoir eu l'intention pour le jeûne ; et il faut dire qu'il l'avait accepté la veille, au moment de minha. Le Ramban de mémoire bénie a écrit que même s'il ne l'a pas accepté au moment de minha cela suffit, du moment qu'il a accepté le jeûne avant les heures du jeûne. Question : en quoi cela diffère-t-il du jeûne d'un jour, qu'il faut accepter au moment de minha, alors que s'il l'accepte la nuit ce n'est pas un jeûne ? On peut répondre que là-bas il est tenu à un jour entier de jeûne, et qu'il lui faut donc une acceptation avant que le jeûne ne commence. D'après cela, celui qui n'avait pas l'intention de jeûner et qui, la nuit, s'est ravisé et a accepté sur lui un jeûne, a bien un jeûne, puisque cela ne vaut pas moins que celui qui accepte un jeûne à partir de la sixième heure et au-delà. Mais il est impossible de le dire, puisque Abaye lui répond « en vérité on jeûne par heures, etc., et ici le cas est différent, car il ne l'a pas accepté sur lui » : pourquoi donc, alors qu'il l'a bien accepté sur lui dans la nuit, et qu'il n'est pas tenu à un jour entier de jeûne ? Il faut donc dire que tout jeûne exige une acceptation à la prière de minha. « Abaye a dit : en vérité il tient qu'on jeûne par heures et que celui qui jeûne par heures prie la prière du jeûne, et ici le cas est différent, car il ne l'a pas accepté sur lui. Rav Hisda a dit : ce que tu as dit, qu'on jeûne par heures, c'est à condition qu'il n'ait rien goûté de tout ce jour-là. Abaye lui a dit : mais c'est là un jeûne parfait ! Il n'a fallu le dire que pour le cas où il s'est ravisé. » Selon la première explication, arrive la moitié du jour il s'est ravisé et a achevé son jeûne jusqu'au soir ; selon l'autre explication, il avait accepté de jeûner à partir de la sixième heure et au-delà, et il s'est ravisé et n'a pas mangé durant les six premières heures. Rav Hisda suit ici sa propre voie, lui qui a dit : tout jeûne sur lequel le soleil ne s'est pas couché n'est pas un jeûne. Il n'y a donc de jeûne d'heures qu'à condition qu'il demeure tout le jour dans le jeûne sans rien goûter. Le fond de cette règle de Rav Hisda vise celui qui accepte sur lui un jeûne sans autre précision, lequel doit jeûner jusqu'au coucher du soleil, c'est-à-dire jusqu'à la sortie des étoiles. Et bien que nous disions dans Pessahim, au chapitre Mi che-haya tame (94a), qu'il y a cinq mil du coucher du soleil à la sortie des étoiles, Rabbenou Tam a expliqué qu'il s'agit du début du coucher, quand le soleil commence à entrer dans l'épaisseur du firmament, tandis que « le coucher du soleil » désigne la fin du coucher, qui est le moment de la sortie des étoiles. La Guemara objecte à partir des hommes de la garde sacerdotale, qui jeûnaient sans achever leur jeûne, et de même à partir des fils de Senaa fils de Binyamin : il y a donc bien un nom de jeûne sur eux. Elle répond qu'ils agissaient ainsi pour s'affliger eux-mêmes, sans qu'il y ait sur eux de nom de jeûne. Elle objecte encore à partir de Rabbi Yo'hanan, qui disait « je serai en jeûne jusqu'à ce que je rentre chez moi » : il y a là deux choses, d'abord qu'il ne l'avait pas accepté depuis le soir, ensuite qu'il n'a pas achevé son jeûne jusqu'au soir. Et la sougya conclut que cela ne s'appelle pas un jeûne s'il ne l'a pas accepté depuis le soir et s'il n'a pas jeûné jusqu'au soir. Le Rambam de mémoire bénie (Hilkhot Taanit 1,13) a écrit : s'il a mangé et bu, puis a commencé à jeûner le reste du jour, c'est là un jeûne d'heures. Et le Yerouchalmi va dans son sens, car nous lisons dans le Yerouchalmi de Nedarim, chapitre Konam yayin (halakha 1) : la conduite de Rabbi Yo'hanan enseigne qu'on jeûne par heures, car Rabbi Yo'hanan disait « me voici en jeûne jusqu'à ce que nous achevions notre chapitre ». De la conduite de Rabbi Yona aussi l'on apprend qu'on jeûnait par heures, car Rabbi Yona était à Tyr et apprit que le fils de Rabbi Yossi s'était endormi ; bien qu'il eût mangé du fromage et bu de l'eau, il fit monter un jeûne pour ce jour-là. La parole de Rav aussi enseigne qu'on jeûne par heures, puisque Rav a dit : un homme emprunte son jeûne et le rembourse — ce qui signifie que ce jour-là aussi, qu'il a commencé à jeûner, s'appelle son jeûne, et qu'il n'a pas besoin de rembourser, puisqu'il avait accepté sur lui un jour entier. Rabbi Avi HaEzri s'est beaucoup forcé pour accorder ensemble le Yerouchalmi et le Bavli, et il a expliqué selon la voie du Rambam de mémoire bénie ; cela ne me paraît pas juste, et il me semble plutôt que le Yerouchalmi est en désaccord avec le Bavli. On peut aussi dire qu'il n'y a pas de désaccord : lorsque Rabbi Yo'hanan et Rabbi Yona disent qu'on jeûne par heures, ils ne le disent pas quant à la prière du jeûne, mais quant à l'obligation d'accomplir son vœu. Pour qu'on ne dise pas que cela ne s'appelle pas un vœu, puisqu'il n'a pas accepté de jeûner un jour entier, ils nous apprennent que cela s'appelle bien un vœu et qu'il doit accomplir sa parole ; mais quant à Anénou, cela ne s'appelle pas un jeûne s'il n'a pas jeûné le jour entier. Et lorsqu'on dit que Rav tient qu'on jeûne par heures, du fait qu'il a dit « un homme emprunte son jeûne et le rembourse », voici ce que cela veut dire : bien qu'il ait accepté sur lui un jeûne, il peut emprunter sur lui son jeûne, et ce qu'il a jeûné d'une partie du jour s'appelle bien un jeûne sur ce point, qu'il n'est pas appelé celui qui annule son vœu par ce qu'il a mangé ce jour-là.
💡 Explication

Rav Yossef formule les deux lectures possibles de Rav Houna, et l'enjeu dépasse largement Anénou. Première lecture : ein mitanin le-chaot, un jeûne partiel n'existe pas ; il s'ensuit que celui qui l'a entrepris peut manger au milieu, puisqu'il n'a rien accepté de contraignant. Seconde lecture : mitanin le-chaot, le jeûne tient et il devient interdit de manger, mais un tel jeûne n'a pas le poids requis pour qu'on y ajoute la prière du jeûne.

La nafka mina est donc double : le droit de manger, et le droit de dire Anénou. Le Roch y attache la grande discussion des richonim sur le moment de la kabbala — à minha de la veille selon Rachi, avant le début des heures du jeûne selon le Ramban — et sur l'exigence de Rav Hisda, qu'un jeûne s'achève au coucher du soleil.

🖼️ Schéma
Les deux lectures de Rav Yossef et leur nafka mina A. Ein mitanin le-chaot Un jeûne partiel n'a aucune existence L'acceptation n'en est pas une Il peut manger au milieu du jeûne Il ne s'acquitte pas d'un jeûne promis Pas de Anénou parce qu'il n'y a pas de jeûne du tout B. Mitanin le-chaot Le jeûne partiel tient L'acceptation engage Il lui est interdit de manger Il s'acquitte d'un jeûne promis Pas de Anénou parce que ce jeûne est trop léger
Les deux lectures aboutissent au même silence sur Anénou, mais se séparent sur le droit de manger.
6
אָמַר לֵיהּ אַבַּיֵּי: לְעוֹלָם קָסָבַר רַב הוּנָא מִתְעַנִּין לְשָׁעוֹת, וְהַמִּתְעַנֶּה לְשָׁעוֹת מִתְפַּלֵּל תְּפִלַּת תַּעֲנִית. וְשָׁאנֵי הָכָא, דְּאִיכָּא שָׁעוֹת דְּלֵילְיָא דְּלָא קַבֵּיל עֲלֵיהּ מֵעִיקָּרָא.

Abaye lui a dit : en vérité, Rav Houna tient qu'on jeûne par heures et que celui qui jeûne par heures prie la prière du jeûne. Ici le cas est différent, car il y a des heures de la nuit qu'il n'avait pas acceptées sur lui dès le départ.

📜 Rachi (1)
לְעוֹלָם קָסָבַר בְּעָלְמָא דְּמִתְעַנִּין לְשָׁעוֹת וְהַמִּתְעַנֶּה לְשָׁעוֹת מִתְפַּלֵּל תְּפִלַּת תַּעֲנִית וְהָכָא מַאי טַעְמָא אֵין מִתְפַּלֵּל תְּפִלַּת תַּעֲנִית דְּשָׁאנֵי הָכָא הֵיכָא דְּהִתְעַנָּה אֶתְמוֹל וּבַלַּיְלָה לָן בְּתַעֲנִיתוֹ דְּלָא קִיבְּלָהּ עִילָּוֵיהּ שֶׁלֹּא קִיבֵּל עָלָיו תַּעֲנִית זֶה בִּפְנֵי עַצְמוֹ מֵאֶתְמוֹל כְּדֶרֶךְ שְׁאָר מִתְעַנִּין לְשָׁעוֹת וְאֵינוֹ חָשׁוּב לְהִתְפַּלֵּל עָלָיו עֲנֵנוּ:
En vérité il tient — de manière générale, qu'on jeûne par heures et que celui qui jeûne par heures prie la prière du jeûne. Et ici, pour quelle raison ne prie-t-il pas la prière du jeûne ? Parce que le cas est différent : là où il a jeûné la veille et a passé la nuit dans son jeûne, il ne l'avait pas accepté sur lui — il n'a pas accepté ce jeûne-là pour lui-même depuis la veille, à la manière des autres qui jeûnent par heures ; il n'a donc pas assez d'importance pour qu'on prie Anénou à son sujet.
💡 Explication

Abaye écarte les deux lectures de Rav Yossef : la règle générale est qu'on jeûne par heures et qu'on y prie Anénou. Le cas de Rav Houna est particulier par un détail de fait, les heures de la nuit que l'homme n'avait jamais prises sur lui. L'acceptation préalable devient ainsi le véritable critère, en place de la durée.

7
מָר עֻוקְבָא אִיקְּלַע לְגִינְזַק, בָּעוּ מִינֵּיהּ: מִתְעַנִּין לְשָׁעוֹת אוֹ אֵין מִתְעַנִּין לְשָׁעוֹת? לָא הֲוָה בִידֵיהּ. קַנְקְנִּין שֶׁל נָכְרִים, אֲסוּרִין אוֹ מֻותָּרִין? לָא הֲוָה בִידֵיהּ. בַּמֶּה שִׁימֵּשׁ מֹשֶׁה כָּל שִׁבְעַת יְמֵי הַמִּלּוּאִים? לָא הֲוָה בִידֵיהּ.

Mar Oukva se trouva à Ginzak. On lui demanda : jeûne-t-on par heures, ou ne jeûne-t-on pas par heures ?

Il ne l'avait pas. Les jarres des non-Juifs, sont-elles interdites ou permises ?

Il ne l'avait pas. Avec quoi Moche a-t-il officié durant les sept jours des miluim ?

Il ne l'avait pas.

📜 Rachi (2)
מָר עֻוקְבָא אִיקְּלַע לְגִינְזַק גָּרְסִינַן דְּאִילּוּ ר' עֲקִיבָא לֹא הָיָה מִסְתַּפֵּק לוֹ הָנָךְ בַּעְיֵי וְעוֹד דְּבִלְשׁוֹן בָּרַיְיתָא הֲוָה מִשְׁתַּעֵי בֵּיהּ מַעֲשֶׂה בְּרַבִּי עֲקִיבָא כו' וְלֹא בַּגְּמָרָא:
Mar Oukva se trouva à Ginzak — telle est notre version, car Rabbi Akiva, lui, n'aurait pas été dans le doute sur ces questions ; et de plus, on en aurait parlé dans le langage d'une baraita, « il arriva à Rabbi Akiva, etc. », et non dans celui de la Guemara.
בַּמֶּה שִׁימֵּשׁ מֹשֶׁה דְּאִילּוּ בְּאַהֲרֹן כְּתִיב בִּגְדֵי כְּהֻונָּה דִּכְתִיב (שְׁמוֹת כט) וְהִלְבַּשְׁתָּם שֶׁבְּשָׁעָה שֶׁהָיָה מֹשֶׁה עוֹבֵד אַהֲרֹן הָיָה לָבוּשׁ בִּגְדֵי כְּהֻונָּה וַעֲבוֹדָה דְּמֹשֶׁה גְּזֵירַת הַכָּתוּב הוּא וּבִגְדֵי כְּהֻונָּה לֹא מָצִינוּ בּוֹ וּמִסְּתָמָא אֵין הַדָּבָר כָּשֵׁר שֶׁהָיָה עוֹבֵד בִּבְגָדָיו שֶׁל חוֹל שֶׁיּוֹצֵא בָּהֶן לַשּׁוּק:
Avec quoi Moche a-t-il officié — car pour Aharon les vêtements de kehouna sont écrits, comme il est dit (Chemot 29) « tu les en revêtiras » : au moment où Moche officiait, Aharon était vêtu des habits de kehouna. Le service de Moche, lui, relève d'un décret de l'Écriture, et nous ne trouvons pas pour lui de vêtements de kehouna ; il est vraisemblable qu'il n'était pas convenable qu'il officiât dans ses vêtements profanes, ceux avec lesquels il sortait au marché.
🪔 Ben Yehoyada (1)
בַּמֶּה שִׁמֵּשׁ מֹשֶׁה כָּל שִׁבְעַת יְמֵי הַמִּלּוּאִים? לָא הֲוָה בִידֵיהּ, אֲזַל וּשְׁאֵיל בֵּי מִדְרְשָׁא, אָמְרוּ לֵיהּ: בְּחָלוּק לָבָן. נִרְאֶה לִי בס"ד הַטַּעַם כִּי מֹשֶׁה רַבֵּינוּ ע"ה הָיָה בְּחִינַת הֶבֶל שֶׁהָיָה בְּסוֹד אוֹר מַקִּיף כְּמוֹ שֶׁכָּתַב רַבֵּינוּ הָאֲרִ"י זַ"ל בְּשַׁעַר הַפְּסוּקִים פָּרָשַׁת בָּלָק, וְלָכֵן לָבַשׁ חָלוּק לָבָן בְּתַכְלִית הַלִּיבּוּן שֶׁרוֹמֵז לְאוֹר מַקִּיף בְּסוֹד לְבוֹנָה זָכָה שֶׁהוּא סוֹד אוֹר מַקִּיף וְכֵן הוּא סוֹד טַלִּית לְבָנָה שֶׁהוּא סוֹד אוֹר מַקִּיף כַּנִּזְכָּר בִּדְרוּשׁ הַצִּיצִית בְּסֵפֶר הַכַּוָּנוֹת. וְהוֹסִיף רַב כָּהֲנָא לְבָאֵר שֶׁלֹּא הָיָה לוֹ אִימְּרָא, וּפֵירֵשׁ רַשִׁ"י שֶׁהָיָה מִחוּט אֶחָד כָּל הֶחָלוּק וְלֹא הָיָה בּוֹ חֲתִיכוֹת תְּפוּרוֹת, וְזֶה יִרְמֹוז לְאוֹר מַקִּיף שֶׁאֵינוֹ מִתְחַלֵּק לְיוֹ"ד סְפִירוֹת כְּאוֹר פְּנִימִי, וּכְמוֹ שֶׁאָמַר רַבֵּינוּ זַ"ל בְּשַׁעַר הַכַּוָּנוֹת בְּסוֹד י"א סַמָּנֵי הַקְּטֹורֶת.
« Avec quoi Moche a-t-il officié durant les sept jours des miluim ? Il ne l'avait pas. Il alla demander à la maison d'étude ; on lui dit : avec une tunique blanche. » Il me semble, avec l'aide du Ciel, que la raison en est que Moche notre maître, que la paix soit sur lui, relevait de l'aspect de Hevel, lequel se tient dans le sod (secret) de l'<i>or makif</i>, la lumière enveloppante, comme l'a écrit notre maître l'Arizal de mémoire bénie dans le Chaar HaPessoukim, paracha Balak. C'est pourquoi il revêtait une tunique blanche, d'une blancheur parfaite, qui fait allusion à l'or makif, dans le sod de la levona zaka, l'encens pur, lequel est le sod de l'or makif ; et tel est aussi le sod du talith blanc, qui est le sod de l'or makif, comme il est mentionné dans l'exposé sur les tsitsit du Sefer HaKavanot. Rav Kahana a ajouté cette précision, qu'elle n'avait pas d'imra, et Rachi explique que toute la tunique était faite d'un seul fil, sans morceaux cousus : cela fait allusion à l'or makif, qui ne se divise pas en dix sefirot comme l'or penimi, la lumière intérieure, ainsi que l'a dit notre maître de mémoire bénie dans le Chaar HaKavanot, au sujet du sod des onze ingrédients de la ketoret.
💡 Explication

La sougya change de registre et rapporte un récit. Trois questions sont posées à Mar Oukva dans la ville de Ginzak, et la réponse lui manque pour chacune : l'une de nos jeûnes, l'une des interdits alimentaires, l'une du service du Michkan. La formule « la hava be-yadeh », il ne l'avait pas, dit la mémoire vide d'une tradition reçue, non l'incapacité à raisonner.

Rachi défend la version du texte : le nom exact est Mar Oukva et non Rabbi Akiva, d'abord parce que ces questions n'auraient pas arrêté Rabbi Akiva, ensuite parce qu'un récit tannaitique aurait été formulé en langue de baraita.

8
אֲזַל וּשְׁאֵיל בֵּי מִדְרְשָׁא. אָמְרוּ לֵיהּ, הִלְכְתָא: מִתְעַנִּין לְשָׁעוֹת, וּמִתְפַּלְּלִין תְּפִלַּת תַּעֲנִית, וְהִלְכְתָא: קַנְקְנִּין שֶׁל נָכְרִים, לְאַחַר שְׁנֵים עָשָׂר חֹדֶשׁ — מֻותָּרִין. בַּמֶּה שִׁימֵּשׁ מֹשֶׁה כָּל שִׁבְעַת יְמֵי הַמִּלּוּאִים — בְּחָלוּק לָבָן. רַב כָּהֲנָא מַתְנֵי: בְּחָלוּק לָבָן שֶׁאֵין לוֹ אִימְּרָא.

Il alla demander à la maison d'étude. On lui dit : la halakha est qu'on jeûne par heures et que l'on prie la prière du jeûne ; et la halakha est que les jarres des non-Juifs sont permises après douze mois.

Avec quoi Moche a-t-il officié durant les sept jours des miluim ? Avec une tunique blanche.

Rav Kahana enseigne : avec une tunique blanche qui n'avait pas d'imra.

📜 Rachi (5)
קַנְקַנִּים שֶׁל חֶרֶס שֶׁמַּכְנִיסִין בָּהֶן יַיִן לְקִיּוּם אָסוּר לְהִשְׁתַּמֵּשׁ בָּהֶן:
Des jarres de terre cuite — dans lesquelles on met le vin pour le conserver : il est interdit de s'en servir.
לְאַחַר שְׁנֵים עָשָׂר חֹדֶשׁ הוֹלֵךְ טַעַם יֵין נֶסֶךְ וּמֻותָּרִים בְּלֹא עֵירוּי מַיִם אֲבָל תּוֹךְ י"ב חֹדֶשׁ צָרִיךְ עֵירוּי שְׁלֹשָׁה יָמִים מֵעֵת לְעֵת:
Après douze mois — le goût du yayin nessekh, le vin de libation, s'en est allé, et elles sont permises sans qu'on ait à y verser de l'eau ; mais dans les douze mois, il faut y verser de l'eau pendant trois jours, d'un moment au même moment.
בְּחָלוּק לָבָן שֶׁל פִּשְׁתָּן עָשׂוּי לְשֵׁם כָּךְ:
Avec une tunique blanche — de lin, confectionnée à cette fin.
רַב כָּהֲנָא מַתְנֵי כִּי הַאי לִישָּׁנָא:
Rav Kahana enseigne — en ces termes-ci.
בְּחָלוּק לָבָן שֶׁאֵין בּוֹ אִימְּרָא שָׂפָה מְתַרְגְּמִינַן אִימְּרָא (שָׁם כח) כְּלוֹמַר תָּחוּב הָיָה מִחוּט אֶחָד כָּל הֶחָלוּק וְלֹא כִּבְגָדִים שֶׁלָּנוּ שֶׁבָּתֵּי הַיָּדַיִם מְדֻובָּקִין בְּבֶגֶד הַגּוּף בִּתְפִירָה כְּדֵי שֶׁלֹּא יַחְשְׁדוּהוּ שֶׁמָּא בְּאוֹתָהּ שָׂפָה הוֹצִיא מְעוֹת הַקֹּודֶשׁ מִשּׁוּם שֶׁנֶּאֱמַר (בַּמִּדְבָּר ל״ב:כ״ב) וִהְיִיתֶם נְקִיִּים מֵה' וּמִיִּשְׂרָאֵל:
Avec une tunique blanche qui n'avait pas d'imra — « safa », le bord, se traduit par imra (Chemot 28), c'est-à-dire que toute la tunique était tissée d'un seul fil, à la différence de nos vêtements, où les manches sont jointes au corps du vêtement par une couture — afin qu'on ne le soupçonne pas d'avoir sorti dans cet ourlet de l'argent consacré, selon ce qui est dit (Bamidbar 32,22) « vous serez quittes envers ה' et envers Israël ».
💡 Explication

La maison d'étude tranche les trois questions. La première réponse ferme la sougya ouverte plus haut : mitanin le-chaot ou-mitpallelin tefilat taanit, exactement la position d'Abaye. La deuxième fixe à douze mois le délai après lequel les jarres ayant contenu du vin de non-Juifs redeviennent utilisables sans rinçage prolongé.

La troisième porte sur le halouk lavan de Moche. Rav Kahana précise « sans imra », sans ourlet : Rachi explique que la tunique était d'une seule pièce, sans couture où l'on aurait pu dissimuler de l'argent consacré — application du verset « vous serez quittes envers ה' et envers Israël », qui exige que l'officiant soit hors de tout soupçon.

🖼️ Schéma
Le halouk lavan de Moche : pourquoi sans imra tunique de lin, d'un seul fil aucune couture, aucun ourlet Le risque écarté un ourlet pourrait dissimuler de l'argent consacré Le principe vous serez quittes envers le Ciel et envers Israël — Bamidbar 32,22 l'officiant doit être hors de soupçon
Rachi lit la précision de Rav Kahana comme une règle de transparence sur les biens consacrés.
9
אָמַר רַב חִסְדָּא:

Rav Hisda a dit :

💡 Explication

Le folio s'interrompt sur l'ouverture d'un enseignement de Rav Hisda, dont le contenu se lit en 12a : la condition qu'un jeûne d'heures suppose qu'on n'ait rien goûté de tout le jour. Le Roch en a déjà donné la teneur dans son commentaire ci-dessus.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).