Sougya : Le folio ouvre sur la résolution de la contradiction laissée en suspens : celui qui peut supporter le jeûne sans se nuire est loué, celui qui ne le peut pas est appelé pécheur, car ses entrailles sont comme une chose sainte qu'il est interdit d'affaiblir. Reich Lakich ajoute que le jeûneur est appelé hassid, et Rav Chechet écarte le jeûne de l'étudiant : son repas revient au chien.
Rav Yirmeya bar Abba pose deux règles pour la Babylonie — aucun jeûne public hormis le 9 av, et interdiction pour le talmid 'hakham de jeûner, parce que cela diminue l'œuvre du Ciel. Vient ensuite le cœur halakhique du folio : Rav Houna distingue celui qui a accepté son jeûne la veille, qui dit Anénou même après avoir mangé toute la nuit, et celui qui a simplement prolongé son jeûne dans la nuit, qui ne le dit pas.
Rav Yossef propose deux lectures de cette règle, Abaye tranche par l'absence d'acceptation préalable, et la maison d'étude, consultée par Mar Oukva à Ginzak, fixe la halakha : on jeûne par heures et l'on prie la prière du jeûne.
...comme si une chose sainte demeurait dans ses entrailles, ainsi qu'il est dit : « au-dedans de toi est un saint, et je n'entrerai pas dans la ville » ! Ce n'est pas une difficulté : ce premier enseignement porte sur celui qui peut s'affliger lui-même, et cet autre sur celui qui ne peut pas s'affliger lui-même.
Le folio reprend la difficulté ouverte à la fin de 11a. Un enseignement fait du jeûneur un kadoch, un autre en fait un hôte, un pécheur, au motif que ses entrailles abritent une chose sainte qu'il lui est interdit d'affaiblir. La Guemara répartit les deux enseignements selon la capacité physique de celui qui jeûne : de-matsi le-tsaouri nafcheh, il peut s'affliger sans se nuire, et il est loué ; de-lo matsi le-tsaouri nafcheh, il ne le peut pas, et son jeûne devient une faute.
Rachi et Tossefot lisent différemment le mot kadoch du verset : pour Rachi il désigne les entrailles de l'homme, devenues objet sacré ; pour Tossefot il désigne le Saint béni soit-Il, qui demeure au-dedans de l'homme.
Reich Lakich a dit : il est appelé hassid, ainsi qu'il est dit : « l'homme de 'hessed fait du bien à son âme, et celui qui trouble sa chair est cruel, etc. ». Rav Chechet a dit : cet étudiant de la maison d'étude qui se tient dans le jeûne — que le chien mange son repas !
Reich Lakich exploite le double sens de gomel : sevrer ou rétribuer. Rachi l'applique au jeûneur, qui se sèvre de nourriture ; Tossefot l'applique à l'inverse à celui qui fait du bien à son âme en mangeant. La seconde moitié du verset, « celui qui trouble sa chair est cruel », donne prise aux deux lectures.
Rav Chechet applique la règle à l'étudiant : son jeûne le prive de forces pour l'étude, et le repas auquel il renonce est perdu pour tout le monde, autant qu'il revienne au chien.
Rav Yirmeya bar Abba a dit : il n'y a pas de jeûne public en Babylonie, hormis le 9 av seulement. Rav Yirmeya bar Abba a dit au nom de Reich Lakich : un talmid 'hakham n'a pas le droit de se tenir dans un jeûne, parce qu'il diminue par là l'œuvre du Ciel.
Deux règles babyloniennes. La première concerne le statut du jeûne : hors du pays d'Israël, seul le 9 av porte les rigueurs du jeûne public — repas achevé avant la tombée de la nuit, interdiction de la sandale, conduite de deuil. Rachi précise que la règle vise ces rigueurs, non l'existence même de jeûnes communautaires. Le Roch rapporte au nom du Ravia une autre raison : l'absence de nassi en Babylonie, un jeûne public ne se décrétant pas sans lui.
La seconde règle vise le talmid 'hakham : son jeûne est une perte pour l'étude, et l'étude est melekhet chamayim.
« Ils mangent et boivent dès la tombée de la nuit, etc. » Rabbi Zeira a dit au nom de Rav Houna : un individu qui a accepté sur lui un jeûne, même s'il a mangé et bu toute la nuit, prie le lendemain la prière du jeûne. S'il a passé la nuit dans son jeûne, il ne prie pas la prière du jeûne.
La michna venait de dire que dans la première série de jeûnes on mange et on boit dès la tombée de la nuit. Rav Houna en tire la règle du yahid, l'individu qui prend un jeûne sur lui. Deux situations se distinguent par un seul point : l'acceptation préalable, la kabbala faite la veille à minha.
Celui qui a accepté son jeûne la veille dit Anénou le jour du jeûne, même s'il a passé la nuit à manger. Celui qui prolonge simplement son jeûne dans la nuit sans rien avoir accepté pour le lendemain, le lan be-taanito, ne le dit pas. Les Tossefot ouvrent ici le grand débat des Halakhot Guedolot sur le moment où l'individu dit Anénou — à chaharit ou seulement à minha.
Rav Yossef a dit : que tient donc Rav Houna ? Tient-il qu'on ne jeûne pas par heures, ou bien peut-être qu'on jeûne par heures, mais que celui qui jeûne par heures ne prie pas la prière du jeûne ?
Rav Yossef formule les deux lectures possibles de Rav Houna, et l'enjeu dépasse largement Anénou. Première lecture : ein mitanin le-chaot, un jeûne partiel n'existe pas ; il s'ensuit que celui qui l'a entrepris peut manger au milieu, puisqu'il n'a rien accepté de contraignant. Seconde lecture : mitanin le-chaot, le jeûne tient et il devient interdit de manger, mais un tel jeûne n'a pas le poids requis pour qu'on y ajoute la prière du jeûne.
La nafka mina est donc double : le droit de manger, et le droit de dire Anénou. Le Roch y attache la grande discussion des richonim sur le moment de la kabbala — à minha de la veille selon Rachi, avant le début des heures du jeûne selon le Ramban — et sur l'exigence de Rav Hisda, qu'un jeûne s'achève au coucher du soleil.
Abaye lui a dit : en vérité, Rav Houna tient qu'on jeûne par heures et que celui qui jeûne par heures prie la prière du jeûne. Ici le cas est différent, car il y a des heures de la nuit qu'il n'avait pas acceptées sur lui dès le départ.
Abaye écarte les deux lectures de Rav Yossef : la règle générale est qu'on jeûne par heures et qu'on y prie Anénou. Le cas de Rav Houna est particulier par un détail de fait, les heures de la nuit que l'homme n'avait jamais prises sur lui. L'acceptation préalable devient ainsi le véritable critère, en place de la durée.
Mar Oukva se trouva à Ginzak. On lui demanda : jeûne-t-on par heures, ou ne jeûne-t-on pas par heures ?
Il ne l'avait pas. Les jarres des non-Juifs, sont-elles interdites ou permises ?
Il ne l'avait pas. Avec quoi Moche a-t-il officié durant les sept jours des miluim ?
Il ne l'avait pas.
La sougya change de registre et rapporte un récit. Trois questions sont posées à Mar Oukva dans la ville de Ginzak, et la réponse lui manque pour chacune : l'une de nos jeûnes, l'une des interdits alimentaires, l'une du service du Michkan. La formule « la hava be-yadeh », il ne l'avait pas, dit la mémoire vide d'une tradition reçue, non l'incapacité à raisonner.
Rachi défend la version du texte : le nom exact est Mar Oukva et non Rabbi Akiva, d'abord parce que ces questions n'auraient pas arrêté Rabbi Akiva, ensuite parce qu'un récit tannaitique aurait été formulé en langue de baraita.
Il alla demander à la maison d'étude. On lui dit : la halakha est qu'on jeûne par heures et que l'on prie la prière du jeûne ; et la halakha est que les jarres des non-Juifs sont permises après douze mois.
Avec quoi Moche a-t-il officié durant les sept jours des miluim ? Avec une tunique blanche.
Rav Kahana enseigne : avec une tunique blanche qui n'avait pas d'imra.
La maison d'étude tranche les trois questions. La première réponse ferme la sougya ouverte plus haut : mitanin le-chaot ou-mitpallelin tefilat taanit, exactement la position d'Abaye. La deuxième fixe à douze mois le délai après lequel les jarres ayant contenu du vin de non-Juifs redeviennent utilisables sans rinçage prolongé.
La troisième porte sur le halouk lavan de Moche. Rav Kahana précise « sans imra », sans ourlet : Rachi explique que la tunique était d'une seule pièce, sans couture où l'on aurait pu dissimuler de l'argent consacré — application du verset « vous serez quittes envers ה' et envers Israël », qui exige que l'officiant soit hors de tout soupçon.
Rav Hisda a dit :
Le folio s'interrompt sur l'ouverture d'un enseignement de Rav Hisda, dont le contenu se lit en 12a : la condition qu'un jeûne d'heures suppose qu'on n'ait rien goûté de tout le jour. Le Roch en a déjà donné la teneur dans son commentaire ci-dessus.
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).