Taanit 14a — Ce que la michna omet, où se dit Anénou, et par quoi l'on sonne l'alarme

Taanit 14a

Sougya : Le folio achève d'abord la discussion ouverte en 13b : la michna énumère-t-elle vraiment toutes les rigueurs propres aux sept derniers jeûnes ? Deux omissions sont opposées, la teva que l'on sort sur la place et les vingt-quatre bénédictions ; deux réponses successives sont proposées, l'une par la distinction entre ce qui se fait en privé et ce qui se fait en public, l'autre par le fait que le tana enseigne ces détails dans un autre chapitre.

Rav Achi tire de la formule « en quoi ceux-ci sont-ils plus rigoureux » un argument de précision. Vient ensuite la conclusion halakhique sur la place de Anénou dans la amida de l'individu : dans Chomea tefila.

La Guemara résout trois baraitot contradictoires sur les femmes enceintes et celles qui allaitent en les rapportant toutes aux trois jeûnes intermédiaires. La dernière moitié du folio est occupée par la mahloket de Rav Yehouda et de Rav sur le mot matri'in de la michna : le chofar, ou la prière Anénou.

Trois textes sont opposés tour à tour, et la discussion se termine sur une divergence de tanaim tirée du cas du chabbat.

Les quatre mouvements du folio 1. La michna est-elle exhaustive ? teva, vingt-quatre berakhot segments 0 à 2 2. Où dire Anénou ? conclusion halakhique : dans Chomea tefila segment 3 3. Enceintes et nourrices trois baraitot, une réponse segments 4 et 5 4. Par quoi sonne-t-on l'alarme ? chofar ou Anénou segments 6 à 12 Le fil commun : jusqu'où lire une formulation de michna ? Le mot matri'in est d'abord discuté comme énumération (est-il le seul ajout ?), puis comme vocabulaire (que désigne-t-il ?). Vocabulaire du folio teva : l'arche portative que l'on sort sur la place de la ville lors des sept derniers jeûnes. hatra'a (matri'in) : sonner l'alarme. Le sens même du mot est l'objet du débat des segments 6 à 12. shiyura : omission. Dire lav shiyura hu, c'est refuser de traiter un manque comme un oubli du tana. tsin'a / parhesya : ce qui se fait en privé, à la synagogue, contre ce qui se fait au dehors, sur la place.
Le folio enchaîne quatre sujets. Les deux extrémités portent sur la même michna, lue d'abord comme liste, ensuite comme vocabulaire.
Les trois séries de jeûnes publics 3 premiers 3 intermédiaires 7 derniers Jeûne du lever du jour. Travail permis l'après-midi. Rigueurs légères. Jeûne de la veille au soir. Interdits de lavage, onction, sandale, relations. On sonne l'alarme. On ferme les boutiques. On sort la teva sur la place. Enceintes et nourrices : la réponse de Rav Achi (segment 5) Elles jeûnent aux intermédiaires seulement. Les premiers sont trop légers pour les y astreindre, les sept derniers trop lourds pour elles. Pourquoi trois baraitot se contredisent en apparence Baraita A : aux premiers, non aux derniers. Ses premiers = les intermédiaires, premiers par rapport aux sept derniers. Baraita B : aux derniers, non aux premiers. Ses derniers = les intermédiaires, derniers par rapport aux trois premiers. Baraita C : ni aux premiers ni aux derniers. Premiers et derniers au sens propre, ce qui laisse les intermédiaires. Les trois disent donc la même chose. Le tana nomme une série d'après celle qu'il lui oppose.
Toute la résolution tient à un fait de langue : premier et dernier sont des termes relatifs, pas des rangs fixes.
Mahloket : que signifie matri'in ? Point discuté Rav Yehouda Rav Yehouda b. Chemouel, au nom de Rav Sa position Par les chofarot. Le mot vient de teroua. Par Anénou, crie à voix haute à la fin des selihot. Objection 1 Yeriho, segment 7 Aucune difficulté : dix-huit hatra'ot et un signe pris des chofarot. À Yeriho c'étaient des chofarot. Réfutation apparente. Correction de la mahloket (segment 8) Que le chofar soit une hatra'a, tous en conviennent. Le désaccord porte sur Anénou seul : est-il lui aussi une hatra'a ? Objection 2 les flaux, segment 10 La baraita oppose crier et sonner l'alarme : la parole serait donc exclue. Difficulté pour Rav. Réponse au segment 11 : divergence de tanaim. Preuve du chabbat segments 11 et 12 On sonne l'alarme le chabbat pour la ville assiégée, l'inondation, le navire en perdition. Or le chofar est interdit le chabbat : cette hatra'a-là est donc une parole. Un tana au moins tient comme Rav. Nafka mina : la baraita des flaux autorise-t-elle seulement de crier, ou aussi de sonner du chofar ?
La mahloket est d'abord posée trop largement, puis resserrée : le seul point litigieux est le statut de la parole.
1
וְהָא שִׁיֵּיר תֵּיבָה! אִי מִשּׁוּם תֵּיבָה — לָאו שִׁיּוּרָא הוּא. מִילֵּי דְּצִינְעָא — קָתָנֵי, מִילֵּי דִּבְפַרְהֶסְיָא — לָא קָתָנֵי.

Mais il a omis la teva ! — Si c'est à cause de la teva, ce n'est pas une omission : il enseigne les choses qui se font en privé, il n'enseigne pas les choses qui se font en public (parhesya).

📜 Rachi (3)
וְהָא שִׁיֵּיר תֵּיבָה דְּבָאַחֲרוֹנוֹת אִיתָא וְהָכָא לֵיתָא כִּדְקָתָנֵי לְקַמָּן (תַּעֲנִית דַּף טו.) סֵדֶר תַּעֲנִיּוֹת כֵּיצַד מוֹצִיאִין אֶת הַתֵּיבָה כּוּ' וּמוֹתְבִינַן בַּגְּמָרָא בְּהֶדְיָא מִתֵּיבָה דְּלֵיתָא אֶלָּא בָּאַחֲרוֹנוֹת וּמְשַׁנֵּי כִּי קָתָנֵי נַמֵּי מַתְנִיתִין בְּקַמַּיְיתָא:
Mais il a omis la teva — car pour les derniers [jeûnes] elle existe, et ici elle n'existe pas, comme il est enseigné plus loin (Taanit 15a) : « L'ordre des jeûnes, comment ? On sort la teva », etc. Et dans la guemara on objecte expressément à partir de la teva, qui ne se trouve que lors des derniers ; et l'on répond : ce que notre michna enseigne porte aussi sur les premiers.
מִילֵּי דְּצִינְעָא מַתְרִיעִין בְּבֵית הַכְּנֶסֶת וכ"ד נָמֵי בְּבֵית הַכְּנֶסֶת:
Les choses qui se font en privé — on sonne l'alarme à la synagogue, et les vingt-quatre [bénédictions] se disent elles aussi à la synagogue.
בְּפַרְהֶסְיָא תֵּיבָה בִּרְחוֹבָהּ שֶׁל עִיר:
En public — la teva, [que l'on sort] sur la place de la ville.
💡 Explication

La discussion vient de 13b. Elle porte sur la michna qui compare les trois jeûnes intermédiaires et les sept derniers : « en quoi ceux-ci sont-ils plus rigoureux que les premiers ? » La Guemara vérifie si la liste donnée est complète, en cherchant des omissions (shiyura).

La teva est l'arche portative des rouleaux de la Tora. Lors des sept derniers jeûnes on la sortait sur la place de la ville pour y prier ; cette rigueur manque à la liste. La réponse distingue deux registres : ce qui se passe à l'intérieur de la synagogue, dit tsin'a, et ce qui se passe au dehors, dit parhesya. Le tana n'a énuméré que le premier registre, de sorte que l'absence de la teva s'explique sans supposer un oubli.

2
אָמַר רַב אַשִּׁי: מַתְנִיתִין נָמֵי דַּיְקָא, דְּקָתָנֵי: מָה אֵלּוּ יְתֵירוֹת עַל הָרִאשׁוֹנוֹת, אֶלָּא שֶׁבָּאֵלּוּ מַתְרִיעִין וְנוֹעֲלִין אֶת הַחֲנוּיוֹת. אֲבָל בְּכָל דִּבְרֵיהֶן — זֶה וָזֶה שָׁוִין. וְכִי תֵּימָא הָכָא נָמֵי תָּנָא וְשַׁיַּיר, וְהָא ״מָה אֵלּוּ״ קָתָנֵי.

Rav Achi dit : notre michna aussi le laisse entendre avec précision, puisqu'elle enseigne : « En quoi ceux-ci sont-ils plus rigoureux que les premiers, sinon qu'en ceux-ci on sonne l'alarme et l'on ferme les boutiques » — mais pour tout le reste de leurs règles, les uns et les autres sont égaux. Et si tu dis : ici aussi il a enseigné et omis — or il enseigne « en quoi ceux-ci ».

📜 Rachi (2)
דַּיְקָא נָמֵי דלכ"ד זֶה וָזֶה שָׁוִין דְּקָתָנֵי מַתְנִיתִין מָה אֵלּוּ יְתֵירוֹת עַל הָרִאשׁוֹנוֹת כו' וְאֵלּוּ כ"ד לָא קָא חֲשִׁיב גַּבֵּי אַחֲרוֹנוֹת:
Cela aussi se déduit avec précision — à savoir que pour les vingt-quatre [bénédictions] les uns et les autres sont égaux, puisque notre michna enseigne « en quoi ceux-ci sont-ils plus rigoureux que les premiers », etc., et voilà qu'elle ne compte pas les vingt-quatre au titre des derniers.
וְהָא מָה אֵלּוּ קָתָנֵי דְּמַשְׁמַע דַּוְוקָא:
Or il enseigne « en quoi ceux-ci » — formule qui indique une énumération exclusive.
⚖️ Rosh (1)
מַתְנִי' עָבְרוּ אֵלּוּ וְלֹא נַעֲנִין ב"ד גּוֹזְרִין עוֹד שִׁבְעָה תַּעֲנִיּוֹת עַל הַצִּבּוּר. וּמָה אֵלּוּ יְתֵירוֹת עַל הָרִאשׁוֹנוֹת שֶׁבְּאֵלּוּ מַתְרִיעִין וְנוֹעֲלִין אֶת הַחֲנוּיוֹת וּבַשֵּׁנִי מַטִּין עִם חֲשֵׁיכָה. וּבַחֲמִישִׁי מֻותָּרִין מִפְּנֵי כְּבוֹד הַשַּׁבָּת:
Michna. Ceux-ci sont passés et l'on n'a pas été exaucé : le beth din décrète encore sept jeûnes sur la communauté. En quoi ceux-ci sont-ils plus rigoureux que les premiers ? En ceux-ci on sonne l'alarme et l'on ferme les boutiques ; le lundi on entrouvre [les boutiques] à la tombée de la nuit, et le jeudi elles sont permises, en l'honneur du chabbat.
💡 Explication

Rav Achi retourne la difficulté en argument. La formule mah elou yeterot, « en quoi ceux-ci sont-ils plus rigoureux », se lit comme une énumération close : tout ce qui n'y figure pas est commun aux deux séries. De là il tire que les vingt-quatre bénédictions se disent dans les deux, puisqu'elles ne sont pas portées au compte des seuls derniers jeûnes.

L'objection habituelle à ce genre de raisonnement, tana ve-shayer — le tana a enseigné une partie et laissé le reste de côté —, est écartée par la formulation elle-même : qui demande « en quoi ceux-ci sont-ils plus rigoureux » annonce qu'il va tout dire.

3
וְתִסְבְּרָא ״מָה אֵלּוּ״ דַּווְקָא הוּא? וְהָא שַׁיַּיר לַהּ תֵּיבָה! אִי מִשּׁוּם תֵּיבָה — לָאו שִׁיּוּרָא הוּא, מִשּׁוּם דְּקָא חָשֵׁיב לַהּ בְּאִידַּךְ פִּרְקָא. הַשְׁתָּא דַאֲתֵית לְהָכִי: עֶשְׂרִים וְאַרְבָּעָה נָמֵי לָאו שִׁיּוּרָא הוּא, דְּקָתָנֵי לַהּ בְּאִידַּךְ פִּירְקָא.

Et comprends-tu vraiment que « en quoi ceux-ci » soit exclusif ? Mais il a omis la teva ! — Si c'est à cause de la teva, ce n'est pas une omission, parce qu'il la compte dans un autre chapitre.

Maintenant que tu en es venu là : les vingt-quatre non plus ne sont pas une omission, puisqu'il les enseigne dans un autre chapitre.

📜 Rachi (2)
דְּהָא קָתָנֵי לָהּ בְּאִידָךְ פִּירְקִין דָּמֵי שֶׁשָּׁנָה מַתְנִיתִין דְּהָכָא תַּנָּא נָמֵי דְּהָתָם וְהַאי דְּלָא תְּנָא בְּהַאי סְמִיךְ אַהָתָם דְּקָתָנֵי בָּאַחֲרוֹנוֹת מוֹצִיאִין הַתֵּיבָה מַה שֶׁאֵין כֵּן בָּאֶמְצָעִיּוֹת:
Puisqu'il l'enseigne dans l'autre chapitre — car celui qui a enseigné notre michna ici a enseigné aussi celle de là-bas ; et s'il ne l'a pas enseignée ici, c'est qu'il s'appuie sur la-bas, où il est enseigné que lors des derniers on sort la teva, ce qui n'a pas lieu lors des intermédiaires.
הַשְׁתָּא דַאֲתֵית לְהָכִי דְּמִשּׁוּם דְּקָתָנֵי לָהּ בְּאִידָךְ פִּירְקִין דַּאֲמַרְתְּ דְּלָא הָוֵי שִׁיּוּר כ"ד נָמֵי דַּאֲמַרְתְּ דְּשָׁוִין נִינְהוּ אִיכָּא לְמֵימַר דְּלָא הָוֵי שָׁוִין דְּהָא אַפֵּי' שִׁיּוּרָא נָמֵי לָא הָוֵי דִּבְהֶדְיָא קָתָנֵי לָהּ בְּאִידָךְ פִּירְקִין דְּבָאַחֲרוֹנוֹת אִיתַנְהוּ בָּאֶמְצָעִיּוֹת לָא וְאִיכָּא לְתָרוֹצֵי כְּתֵירוּצָא קַמָּא בְּקַמַּיְיתָא דְּלֵיכָּא כ"ד:
Maintenant que tu en es venu là — puisque, du fait qu'il l'enseigne dans l'autre chapitre, tu dis que ce n'est pas une omission, on peut dire des vingt-quatre [bénédictions], dont tu disais qu'elles sont égales, qu'elles ne sont pas égales : car il ne s'agit même pas d'une omission, puisqu'il est enseigné expressément dans l'autre chapitre que lors des derniers elles ont lieu, et non lors des intermédiaires. On peut alors répondre comme dans la première réponse, à savoir que lors des premiers il n'y a pas de vingt-quatre.
🗂️ Tossefot (1)
לָאו שִׁיּוּרָא הוּא דְּהָא קָתָנֵי לָהּ בְּאִידָךְ פִּירְקָא. וְהוּא הַדִּין דַּהֲוָה מָצֵי לְתָרוּצֵי כְּדִלְעֵיל מִילֵּי דִבְפַרְהֶסְיָא לָא קָתָנֵי:
« Ce n'est pas une omission, puisqu'il l'enseigne dans l'autre chapitre. » Il aurait pu tout aussi bien répondre comme plus haut : il n'enseigne pas les choses qui se font en public.
💡 Explication

La Guemara ruine l'appui de Rav Achi. Si « en quoi ceux-ci » était vraiment exclusif, la teva devrait y figurer. Une seconde réponse est donc avancée : le tana enseigne la teva dans un autre chapitre, celui de 15a, et il lui suffit de l'avoir dite une fois.

Cette réponse se retourne ensuite contre Rav Achi. Si un enseignement placé ailleurs dispense le tana de le répéter, les vingt-quatre bénédictions peuvent elles aussi être propres aux derniers jeûnes tout en manquant à notre liste. La déduction de Rav Achi, qui les rendait communes aux deux séries, tombe.

4
מַאי הָוֵי עֲלַהּ? אָמַר רַבִּי שְׁמוּאֵל בַּר סִסְרָטַאי, וְכֵן אָמַר רַב חִיָּיא בַּר אָשֵׁי אָמַר רַב: בֵּין ״גּוֹאֵל״ לְ״רוֹפֵא״. וְרַב אָשֵׁי אָמַר מִשְּׁמֵיהּ דְּרַבִּי יַנַּאי בְּרֵיהּ דְּרַבִּי יִשְׁמָעֵאל: ב״שׁוֹמֵעַ תְּפִילָּה״. וְהִלְכְתָא, בְּ״שׁוֹמֵעַ תְּפִילָּה״.

Qu'en est-il conclu ? Rabbi Chemouel bar Sasretaï a dit, et de même Rav Hiya bar Achi a dit au nom de Rav : entre « goel » et « rofé ».

Et Rav Achi a dit au nom de Rabbi Yanaï fils de Rabbi Yichmael : dans « choméa tefila ». Et la halakha : dans « choméa tefila ».

📜 Rachi (1)
מַאי הָוֵי עֲלַהּ הֵיכָן אוֹמְרָהּ יָחִיד:
Qu'en est-il conclu ? — à quel endroit l'individu la dit-il.
🗂️ Tossefot (1)
וְרַב יְהוּדָה בְּרֵיהּ דְּרַב שְׁמוּאֵל בַּר שִׁילַת מִשְּׁמֵיהּ דְּרַב אָמַר עֲנֵנוּ. אוֹמֵר הָרִ"י וְהַאי עֲנֵנוּ לֹא ר"ל עֲנֵנוּ שֶׁבִּתְפִלַּת תַּעֲנִית אֶלָּא עֲנֵינוּ שֶׁאוֹמְרִים בִּסְלִיחוֹת וּבְיוֹם הַכִּפּוּרִים עֲנֵנוּ אָבִינוּ עֲנֵנוּ אֲבָל עֲנֵנוּ דִּתְפִלָּה לָא קָאָמַר דְּהָא בְּשָׁלֹשׁ רִאשׁוֹנוֹת נָמֵי אָמַר לָהּ:
« Et Rav Yehouda fils de Rav Chemouel bar Chilat a dit au nom de Rav : par Anénou. » Le Ri dit que ce Anénou désigne le Anénou que l'on dit dans les selihot et à Yom Kippour, « Anénou avinou anénou », et non celui de la prière du jour de jeûne ; ce dernier, il ne le vise pas, puisqu'on le dit déjà lors des trois premiers [jeûnes].
💡 Explication

Reprise d'une question laissée ouverte plus haut : où l'individu qui jeûne insère-t-il Anénou dans sa amida ? Deux avis sont rappelés — entre la septième bénédiction, goel Israël, et la huitième, rofé holei amo ; ou bien à l'intérieur de la seizième, choméa tefila.

La Guemara tranche : dans choméa tefila. Cette bénédiction est la demande générale, où l'on peut insérer une requête particulière ; c'est là que Anénou trouve sa place pour un individu, tandis que l'officiant la dit comme bénédiction séparée.

5
תָּנֵי חֲדָא: עֻובָּרוֹת וּמֵינִיקוֹת מִתְעַנּוֹת בָּרִאשׁוֹנוֹת, וְאֵין מִתְעַנּוֹת בָּאַחֲרוֹנוֹת. וְתַנְיָא אִידָךְ: מִתְעַנּוֹת בָּאַחֲרוֹנוֹת, וְאֵין מִתְעַנּוֹת בָּרִאשׁוֹנוֹת. וְתַנְיָא אִידָךְ: אֵין מִתְעַנּוֹת, לֹא בָּרִאשׁוֹנוֹת וְלֹא בָּאַחֲרוֹנוֹת.

Une baraita enseigne : les femmes enceintes et celles qui allaitent jeûnent lors des premiers et ne jeûnent pas lors des derniers. Une autre enseigne : elles jeûnent lors des derniers et ne jeûnent pas lors des premiers.

Et une autre enseigne : elles ne jeûnent ni lors des premiers ni lors des derniers.

🗂️ Tossefot (1)
תָּנֵי חֲדָא מִתְעַנּוֹת בָּרִאשׁוֹנוֹת וְלֹא בָּאַחֲרוֹנוֹת וְתַנָּא אִידָךְ מִתְעַנִּין בָּאַחֲרוֹנוֹת וְלֹא בָּרִאשׁוֹנוֹת וְתָנֵי אִידָךְ לֹא מִתְעַנִּין לֹא בָּרִאשׁוֹנוֹת וְלֹא בָּאַחֲרוֹנוֹת נְקוֹט מְצִיעֲתָא בִּידָךְ. פֵּירֵשׁ הַקּוּנְטְרֵס הַשָּׁלֹשׁ תַּעֲנִיּוֹת אֶמְצָעִיּוֹת בְּיָדְךָ דִּבְאוֹתָן תַּעֲנִיּוֹת עוֹבְרוֹת וּמֵינִיקוֹת מִתְעַנּוֹת וה"ק מִתְעַנּוֹת בָּרִאשׁוֹנוֹת פִּי' בָּרִאשׁוֹנוֹ' ר"ל אֶמְצָעִיּוֹת דְּהֵם רִאשׁוֹנוֹת לַאֲחָרוּנוּ' שֶׁהָיוּ חֲמוּרוֹת אֲבָל לֹא בָּאַחֲרוֹנוֹת דִּנְפִישִׁי וְלָא מָצוּ עָבְדִי לְהוּ וְהָא דְּקָתָנֵי בָּאַחֲרוֹנוֹת וְלֹא בָּרִאשׁוֹנוֹת הַאי אַחֲרוֹנוֹ' הַיְינוּ אֶמְצָעִיּוֹת וְקָרֵי לְהוּ אַחֲרוֹנוֹת שֶׁהֵם אַחֲרוֹנוֹת מִן הָרִאשׁוֹנוֹת בַּתְּחִלָּה גּוֹזְרִין שָׁלֹשׁ תַּעֲנִיּוֹת וְכֵן בַּשְּׁנִיָּה שָׁלֹשׁ אֲבָל אֵין מִתְעַנּוֹת בָּרִאשׁוֹנוֹת שֶׁהֵם קַלּוֹת וְהָא דְּקָתָנֵי לֹא בָּרִאשׁוֹנוֹת וְלֹא בָּאַחֲרוֹנוֹת כְּלוֹמַר לֹא בְּשָׁלֹשׁ הָרִאשׁוֹנוֹת הָרִאשׁוֹנוֹת מַמָּשׁ וְלֹא בְּשֶׁבַע הָאַחֲרוֹנוֹת הָאַחֲרוֹנוֹת מַמָּשׁ אֶלָּא דַּוְוקָא בָּאֶמְצָעִיּוֹת:
« Une baraita enseigne : elles jeûnent lors des premiers et non lors des derniers ; une autre enseigne : elles jeûnent lors des derniers et non lors des premiers ; et une autre enseigne : elles ne jeûnent ni lors des premiers ni lors des derniers. Tiens en main celle du milieu. » Le Kountras [Rachi] explique : tiens en main les trois jeûnes intermédiaires, car c'est lors de ces jeûnes-là que les femmes enceintes et celles qui allaitent jeûnent. Et voici ce que les baraitot veulent dire. « Elles jeûnent lors des premiers », entends : lors des intermédiaires, qui sont les premiers par rapport aux derniers, lesquels étaient plus rigoureux ; « mais non lors des derniers », qui sont nombreux et qu'elles ne peuvent tenir. Et ce qui est enseigné « lors des derniers et non lors des premiers » : ces derniers sont les intermédiaires, appelés derniers parce qu'ils viennent après les premiers — on décrète d'abord trois jeûnes, puis trois autres ; « mais elles ne jeûnent pas lors des premiers », qui sont légers. Et ce qui est enseigné « ni lors des premiers ni lors des derniers » veut dire : ni lors des trois premiers au sens propre, ni lors des sept derniers au sens propre, mais uniquement lors des intermédiaires.
💡 Explication

Nouveau sujet. Les femmes enceintes et celles qui allaitent sont dispensées d'une partie des jeûnes publics, leur santé et celle de l'enfant passant avant. Trois baraitot se contredisent terme à terme : la première les fait jeûner aux premiers et non aux derniers, la deuxième dit l'inverse, la troisième les exempte des deux.

La contradiction est apparente. Elle tient au fait que richonot (premiers) et aharonot (derniers) sont des termes relatifs : chaque baraita compare deux séries sans dire lesquelles. La résolution vient au segment suivant.

6
אָמַר רַב אַשִּׁי: נְקוֹט אֶמְצָעִיְיתָא בִּידָךְ, דְּמִיתָּרְצָן כּוּלְּהוּ.

Rav Achi dit : tiens en main celles du milieu, et toutes se trouvent résolues.

📜 Rachi (1)
נְקוֹט מְצִיעֲיָתָא בִּידָךְ כְּלוֹמַר תָּרֵיץ דִּבְשָׁלֹשׁ אֶמְצָעִיּוֹת הָיוּ מִתְעַנִּין וּמְתָרֶצֶת לְכוּלְּהוּ הָנָךְ מַתְנְיָיתָא הָא דְּקָתָנֵי בָּרִאשׁוֹנוֹת וְלֹא בָּאַחֲרוֹנוֹת הָנָךְ רִאשׁוֹנוֹת לָאו רִאשׁוֹנוֹת מַמָּשׁ נִינְהוּ אֶלָּא אֶמְצָעִיּוֹת דְּאִינְהוּ הָווּ רִאשׁוֹנוֹת לָאַחֲרוֹנוֹת אֲבָל בְּשֶׁבַע אַחֲרוֹנוֹת לָא מִיתְעַנּוּ דְּכֵיוָן דְּשֶׁבַע נִינְהוּ לָא מָצוּ עוֹבְרוֹת וּמֵינִיקוֹת לְמֵיקַם בְּהוּ וְהָא דְּקָתָנֵי בָּאַחֲרוֹנוֹת וְלֹא בָּרִאשׁוֹנוֹת הָנָךְ אַחֲרוֹנוֹת אֶמְצָעִיּוֹת נִינְהוּ וְהָרִאשׁוֹנוֹת רִאשׁוֹנוֹת מַמָּשׁ וְאֵין מִתְעַנִּין בָּהֶן דְּלָא תַּקִּיף רֻוגְזָא כֻּולֵּי הַאי וְצַחוּת לָשׁוֹן הוּא לַתַּנָּא לְמִיקְרֵי לָאֶמְצָעִיּוֹת רִאשׁוֹנוֹת לְאַחֲרוֹנ' וְאַחֲרוֹנוֹ' לָרִאשׁוֹנוֹת:
Tiens en main celles du milieu — c'est-à-dire : réponds qu'elles jeûnaient lors des trois jeûnes intermédiaires, et tu résous ainsi toutes ces baraitot. Celle qui enseigne « lors des premiers et non lors des derniers » : ces « premiers » sont les intermédiaires, qui sont les premiers par rapport aux derniers, plutôt que les premiers au sens propre ; « mais lors des sept derniers elles ne jeûnent pas », car étant sept, les femmes enceintes et celles qui allaitent ne peuvent les tenir. Et celle qui enseigne « lors des derniers et non lors des premiers » : ces « derniers » sont les intermédiaires, et les « premiers » sont les premiers au sens propre, où elles ne jeûnent pas parce que la colère [du Ciel] n'est pas encore si forte. C'est une élégance de langue, pour le tana, d'appeler les intermédiaires « premiers » par rapport aux derniers, et « derniers » par rapport aux premiers.
💡 Explication

La réponse de Rav Achi tient en trois mots : nekot emtsaïta be-yadakh, tiens en main la série du milieu. Les trois baraitot énoncent une seule règle — elles jeûnent aux trois jeûnes intermédiaires — mais chacune nomme cette série à partir de celle qu'elle lui oppose.

Rachi donne la raison de fond, dans les deux sens. Les trois premiers jeûnes sont trop légers pour qu'on impose cet effort à ces femmes ; les sept derniers sont trop lourds pour qu'elles les supportent. Les intermédiaires sont le seul point où la gravité de l'heure et leurs forces se rencontrent.

🖼️ Schéma
Nekot emtsaïta be-yadakh : une seule règle sous trois formulations 3 premiers 3 intermédiaires 7 derniers baraita A dit ici : premiers exclus (trop nombreux) exclus (trop légers) baraita B dit ici : derniers exclus baraita C : ce qui reste exclus La colonne verte est la même dans les trois lignes. Deux raisons opposées la bornent : la rigueur insuffisante à gauche, l'effort excessif à droite.
Les trois baraitot désignent la même colonne. Seul le nom qu'elles lui donnent change.
7
מָה אֵלּוּ יְתֵירוֹת עַל הָרִאשׁוֹנוֹת, אֶלָּא שֶׁבָּאֵלּוּ מַתְרִיעִין וְנוֹעֲלִין אֶת הַחֲנוּיוֹת. בְּמַאי מַתְרִיעִין? רַב יְהוּדָה אָמַר: בְּשׁוֹפָרוֹת, וְרַב יְהוּדָה בְּרֵיהּ דְּרַב שְׁמוּאֵל בַּר שִׁילַת מִשְּׁמֵיהּ דְּרַב אָמַר: ב״עֲנֵנוּ״.

« En quoi ceux-ci sont-ils plus rigoureux que les premiers, sinon qu'en ceux-ci on sonne l'alarme et l'on ferme les boutiques. » Par quoi sonne-t-on l'alarme ? Rav Yehouda dit : par les chofarot.

Et Rav Yehouda fils de Rav Chemouel bar Chilat a dit au nom de Rav : par « Anénou ».

📜 Rachi (2)
בַּשּׁוֹפָרוֹת הָיוּ עוֹשִׂין הַהַתְרָעוֹת וּלְשׁוֹן הַתְרָעָה כְּמוֹ תְּרוּעָה וּסְתָם תְּרוּעָה פְּשׁוּטָה לְפָנֶיהָ וּלְאַחֲרֶיהָ בְּמַסֶּכֶת רֹאשׁ הַשָּׁנָה (דַּף לד.) וְאַהָכִי מַתְרִיעִין בְּשׁוֹפָרוֹת כְּדִכְתִיב (בַּמִּדְבָּר י׳:י׳) וּתְקַעְתֶּם בַּחֲצוֹצְרוֹת וְגוֹ' תּוֹקְעִין בַּשּׁוֹפָרוֹת כְּדֵי שֶׁיַּכְנִיעוּ לִבָּם לְקוֹל הַשּׁוֹפָר וְיִהְיוּ נִרְתָּעִים מֵחַטָּאתָם וְאַשֵּׁשׁ בְּרָכוֹת שֶׁהָיוּ מוֹסִיפִין בְּיוֹם הַתַּעֲנִית הָיוּ תּוֹקְעִין עַל כָּל בְּרָכָה יַבְּבָא אַחַת שֶׁהֵן י"ח הַתְרָעוֹת:
Par les chofarot — c'est ainsi qu'on faisait les hatra'ot. Le mot hatra'a a le sens de teroua, et une teroua ordinaire comporte un son continu avant elle et après elle, comme au traité Roch Hachana (34a). Et c'est pour cela qu'on sonne l'alarme aux chofarot, ainsi qu'il est écrit « et vous sonnerez des trompettes », etc. (Bamidbar 10, 10) : on sonne des chofarot afin que les cœurs se soumettent au son du chofar et que l'on soit saisi d'effroi et détourné de ses fautes. Et sur les six bénédictions que l'on ajoutait le jour du jeûne, on sonnait pour chaque bénédiction une yevava, ce qui fait dix-huit hatra'ot.
רַב יְהוּדָה אָמַר מַתְרִיעִין עֲנֵנוּ בְּקוֹל רָם הָיוּ צוֹעֲקִים עֲנֵנוּ אָבִינוּ עֲנֵנוּ עֲנֵנוּ אֱ-לֹהֵי אַבְרָהָם עֲנֵנוּ עֲנֵנוּ אֱ-לֹהֵי יִצְחָק עֲנֵנוּ עֲנֵנוּ אֱ-לֹהֵי יַעֲקֹב עֲנֵנוּ הַכֹּל כְּפִי שֶׁאוֹמְרִים בְּסוֹף הַסְּלִיחוֹת אֲבָל עֲנֵנוּ דִּתְפִלַּת תַּעֲנִית אוֹמֵר אַפֵּי' בָּרִאשׁוֹנוֹת וְאַפֵּי' יָחִיד אוֹקֵימְנָא דְּאוֹמְרָהּ בְּשׁוֹמֵעַ תְּפִלָּה וּתְפִלָּה קָרֵי לֵיהּ הַתְרָעָה דְּאִי בְּשׁוֹפָרוֹת מְרִיעִין מִיבְּעֵי לֵיהּ וּמַאן דִּמְפָרֵשׁ עֲנֵנוּ שֶׁל תְּפִלַּת תַּעֲנִית מִשְׁתַּבֵּשׁ דְּהָא קָתָנֵי בְּסָמוּךְ שֶׁהֵן י"ח הַתְרָעוֹת וְקָא פָּרִיךְ מִן וְסִימָן לַדָּבָר יְרִיחוֹ וְאִם אִיתָא לִיפְּרִיךְ בְּהֶדְיָא י"ח תְּפִלּוֹת שֶׁל שְׁמוֹנֶה עֶשְׂרֵה בְּרָכוֹת מִי אִיכָּא בְּשֶׁבַע תַּעֲנִיּוֹת:
Rav Yehouda dit — on sonne l'alarme par Anénou : à voix haute on criait « Anénou avinou anénou, anénou Elokei Avraham anénou, anénou Elokei Yits'hak anénou, anénou Elokei Yaakov anénou », le tout comme on le dit à la fin des selihot. Mais le Anénou de la prière du jour de jeûne, on le dit même lors des premiers, et même un individu seul ; et nous avons établi qu'il le dit dans Chomea tefila. Et cette prière-là, on l'appelle hatra'a — car s'il s'agissait des chofarot, il aurait fallu dire meri'in. Celui qui explique [notre passage] du Anénou de la prière du jeûne se trompe, puisqu'il est enseigné juste après qu'il y a dix-huit hatra'ot et que l'on objecte à partir de « et le signe de la chose : Yeriho » ; or s'il en était ainsi, qu'on objecte directement : dix-huit prières de dix-huit bénédictions, y en a-t-il en sept jeûnes ?
🗂️ Tossefot (1)
וְרַב יְהוּדָה בְּרֵיהּ דְּרַב שְׁמוּאֵל בַּר שִׁילַת מִשְּׁמֵיהּ דְּרַב אָמַר עֲנֵנוּ. אוֹמֵר הָרִ"י וְהַאי עֲנֵנוּ לֹא ר"ל עֲנֵנוּ שֶׁבִּתְפִלַּת תַּעֲנִית אֶלָּא עֲנֵינוּ שֶׁאוֹמְרִים בִּסְלִיחוֹת וּבְיוֹם הַכִּפּוּרִים עֲנֵנוּ אָבִינוּ עֲנֵנוּ אֲבָל עֲנֵנוּ דִּתְפִלָּה לָא קָאָמַר דְּהָא בְּשָׁלֹשׁ רִאשׁוֹנוֹת נָמֵי אָמַר לָהּ:
« Et Rav Yehouda fils de Rav Chemouel bar Chilat a dit au nom de Rav : par Anénou. » Le Ri dit que ce Anénou désigne le Anénou que l'on dit dans les selihot et à Yom Kippour, « Anénou avinou anénou », et non celui de la prière du jour de jeûne ; ce dernier, il ne le vise pas, puisqu'on le dit déjà lors des trois premiers [jeûnes].
💡 Explication

Retour à la michna, cette fois sur le sens d'un mot. Matri'in, « on sonne l'alarme », se comprend de deux manières : le son du chofar, ou le cri de la prière Anénou.

Rachi et Tossefot précisent lequel des deux Anénou est visé. Il s'agit du Anénou clamé à voix haute à la fin des selihot, avec la suite « Anénou Elokei Avraham anénou ». La bénédiction Anénou insérée dans la amida se dit déjà lors des trois premiers jeûnes et même par un individu seul : elle serait une pratique commune à toutes les séries, sans rien de propre aux sept derniers.

8
קָא סָלְקָא דַּעְתָּן, מַאן דְּאָמַר בְּ״עֲנֵנוּ״ — לֹא אָמַר בְּשׁוֹפָרוֹת, וּמַאן דְּאָמַר בְּשׁוֹפָרוֹת — לֹא אָמַר בְּ״עֲנֵנוּ״. וְהָתַנְיָא: אֵין פּוֹחֲתִין מִשֶּׁבַע תַּעֲנִיּוֹת עַל הַצִּבּוּר, שֶׁבָּהֶן שְׁמֹונֶה עֶשְׂרֵה הַתְרָעוֹת. וְסִימָן לַדָּבָר: יְרִיחוֹ. וִירִיחוֹ שׁוֹפָרוֹת הֲוָה, וּתְיוּבְתָּא לְמָאֵן דְּאָמַר בְּ״עֲנֵנוּ״!

Il nous vient à l'esprit que celui qui dit « par Anénou » ne dit pas « par les chofarot », et que celui qui dit « par les chofarot » ne dit pas « par Anénou ». Or il est enseigné : on ne décrète pas moins de sept jeûnes sur la communauté, dans lesquels il y a dix-huit hatra'ot.

Et le signe de la chose : Yeriho. Or à Yeriho c'étaient des chofarot — réfutation de celui qui dit « par Anénou » !

📜 Rachi (4)
אֵין פּוֹחֲתִין מז' תַּעֲנִיּוֹת בָּאַחֲרוֹנוֹת:
On ne décrète pas moins de sept jeûnes — il s'agit des derniers.
שְׁמוֹנֶה עֶשְׂרֵה הַתְרָעוֹת שֶׁהֵן מוֹסִיפִין ו' בְּרָכוֹת מי"ח עַד כ"ד וּלְכָל אַחַת שָׁלֹשׁ תְּרוּעוֹת:
Dix-huit hatra'ot — car on ajoute six bénédictions, de dix-huit jusqu'à vingt-quatre, et pour chacune trois terouot.
וְסִימָן לַדָּבָר שֶׁלֹּא תִּטְעֶה אִם הַתְרָעָה הַזּוֹ תְּרוּעָה אוֹ תְּפִלָּה:
Et le signe de la chose — pour que tu ne te trompes pas en te demandant si cette hatra'a est une teroua ou une prière.
יְרִיחוֹ דִּכְתִיב בָּהּ שׁוֹפָרוֹת לִישָּׁנָא אַחְרִינָא סִימָן לַדָּבָר כְּלוֹמַר לְכָךְ מַתְרִיעִין כְּדֵי שֶׁיַּעֲנוּ כְּדֶרֶךְ שֶׁנַּעֲנוּ בִּירִיחוֹ עַל יְדֵי שׁוֹפָרוֹת דִּכְתִיב (יְהוֹשֻׁעַ ו׳:כ׳) וְיִתְקְעוּ בְּשׁוֹפָרוֹת וְגוֹ' וּכְתִיב (שָׁם) וְתִפּוֹל הַחוֹמָה תַּחְתֶּיהָ:
Yeriho — parce que les chofarot y sont mentionnés. Autre version de « signe de la chose » : c'est-à-dire que l'on sonne ainsi l'alarme afin d'être exaucé comme on le fut à Yeriho par les chofarot, ainsi qu'il est écrit « et ils sonnèrent des chofarot », etc. (Yehochoua 6, 20), et il est écrit là même « et la muraille s'écroula sur place ».
🗂️ Tossefot (1)
וּבָהֶן י"ח תְּרוּעוֹת וְסִימָן לַדָּבָר יְרִיחוֹ. פֵּירוּשׁ שֶׁבִּירִיחוֹ עָשׂוּ כֵּן שֶׁהִקִּיפוּהָ ז' יָמִים וְהָיוּ תּוֹקְעִין בְּכָל יוֹם כְּמוֹ כֵן תִּקְּנוּ בְּתַעֲנִיּוֹת וּבְכָל תַּעֲנִית מוֹסִיפִין שֵׁשׁ בְּרָכוֹת וְעַל כָּל בְּרָכָה תּוֹקְעִין מְרִיעִין וְתוֹקְעִין א"כ הַיְינוּ י"ח תְּרוּעוֹת:
« Et il y a en eux dix-huit terouot, et le signe de la chose : Yeriho. » C'est-à-dire qu'à Yeriho on fit ainsi : on l'encercla sept jours et l'on sonnait chaque jour ; de même on a institué lors des jeûnes, et à chaque jeûne on ajoute six bénédictions, et sur chaque bénédiction on sonne teki'a, teroua, teki'a — ce qui fait donc dix-huit terouot.
💡 Explication

La Guemara suppose d'abord que les deux maîtres s'excluent l'un l'autre. Sous cette lecture, une baraita réfute Rav : elle compte dix-huit hatra'ot sur les sept jeûnes et donne pour moyen mnémotechnique Yeriho, où l'on sonna du chofar sept jours durant. L'appui pris de Yeriho montre que les hatra'ot dont il s'agit sont des sonneries.

Rachi et Tossefot expliquent le compte de dix-huit de la même façon : six bénédictions ajoutées ce jour-là, portant la amida de dix-huit à vingt-quatre, et une sonnerie complète sur chacune. Ils divergent seulement sur la manière de décrire cette sonnerie — teki'a, teroua, teki'a pour Tossefot, trois terouot pour Rachi.

🖼️ Schéma
D'où viennent les dix-huit hatra'ot La amida du jour de jeûne 18 berakhot + 6 berakhot ajoutées = 24 bénédictions. Une sonnerie complète sur chacune des 6 ajoutées : 6 x 3 = 18. Yeriho, le moyen mnémotechnique Sept jours d'encerclement, chofarot chaque jour. Sept jeûnes, hatra'ot chaque jour. Rachi, autre version : le signe dit aussi pourquoi l'on sonne — pour être exaucé comme la-bas. Force de l'objection : si le signe est Yeriho, l'hatra'a comptée ici est une sonnerie, et celui qui traduit matri'in par Anénou se trouve réfuté.
Le compte de dix-huit et le rappel de Yeriho se renforcent : tous deux supposent le chofar.
9
אֶלָּא: בְּשׁוֹפָרוֹת, דְּכֻולֵּי עָלְמָא לָא פְּלִיגִי דְּקָרֵי לַהּ הַתְרָעָה. כִּי פְּלִיגִי בְּ״עֲנֵנוּ״. מַר סָבַר: קָרֵי לָהּ הַתְרָעָה, וּמַר סָבַר: לָא קָרֵי לַהּ הַתְרָעָה.

Plutôt : pour les chofarot, tout le monde s'accorde à les appeler hatra'a. Leur désaccord porte sur « Anénou » : un maître tient qu'on l'appelle hatra'a, et l'autre maître tient qu'on ne l'appelle pas hatra'a.

📜 Rachi (2)
אֶלָּא בְּשׁוֹפָרוֹת כֻּולֵּי עָלְמָא וְכוּ' דְּהָא מַתְרִיעִין דְּקָתָנֵי הָכָא בְּמַתְנִיתִין דְּעָבְדִינַן בְּתַעֲנִיּוֹת בְּשׁוֹפָרוֹת:
Plutôt : pour les chofarot, tout le monde, etc. — car le matri'in enseigne ici, dans notre michna, que l'on fait lors des jeûnes, se fait aux chofarot.
כִּי פְּלִיגִי בַּעֲנָנוֹ כִּי פְּלִיגִי בְּמַתְרִיעִין דְּאָמְרִינַן בְּעָלְמָא עַל שְׁאָר פֻּורְעָנוּיוֹת מ"ס עֲנֵנוּ נָמֵי הַתְרָעָה וְהַאי דְּקָתָנֵי בְּעָלְמָא מַתְרִיעִין בַּעֲנָנוֹ וּמַאן דְּאָמַר בְּשׁוֹפָרוֹת אֲבָל בַּעֲנֵנוּ לָא:
Leur désaccord porte sur Anénou — leur désaccord porte sur le matri'in dont nous parlons ailleurs à propos des autres flaux : un maître tient que Anénou est lui aussi une hatra'a, et celui qui dit « par les chofarot » tient que par Anénou, non.
⚖️ Rosh (1)
תְּנָא עֻובָּרוֹת וּמְנִיקוֹת אֵין מִתְעַנּוֹת לֹא בָּרִאשׁוֹנוֹת וְלֹא בָּאַחֲרוֹנוֹת אֶלָּא בָּאֶמְצָעִיּוֹת. תָּנוּ רַבָּנַן כְּשֶׁאָמְרוּ אֲסִיר בִּרְחִיצָה לֹא אָמְרוּ אֶלָּא כָּל גּוּפוֹ אֲבָל פָּנָיו יָדָיו וְרַגְלָיו מֻותָּר. וּכְשֶׁאָמְרוּ אֲסִיר בִּמְלָאכָה לֹא אָמְרוּ אֶלָּא בַּיּוֹם אֲבָל בַּלַּיְלָה מֻותָּר. וּכְשֶׁאָמְרוּ אָסוּר בִּנְעִילַת סַנְדָּל לֹא אָמְרוּ אֶלָּא בָּעִיר אֲבָל בַּדֶּרֶךְ מֻותָּר. הָא כֵּיצַד יָצָא לַדֶּרֶךְ נוֹעֵל נִכְנַס לָעִיר חוֹלֵץ. יְרוּשַׁלְמִי (מ"ק פ"ג הֵל' ה) אָבֵל וּמְנֻודֶּה שֶׁהָיוּ מְהַלְּכִין בַּדֶּרֶךְ מֻותָּרִין בִּנְעִילַת הַסַּנְדָּל וּכְשֶׁיָּבוֹאוּ לָעִיר חוֹלְצִין. וְכֵן בְּתִשְׁעָה בְּאָב וְכֵן בְּתַעֲנִית צִבּוּר. אָמַר רַפְרָם בַּר פָּפָּא אָמַר רַב חִסְדָּא כָּל שֶׁהוּא מִשּׁוּם אֵבֶל כְּגוֹן תִּשְׁעָה בְּאָב וְאָבֵל אָסוּר בֵּין בְּחַמִּין בֵּין בְּצוֹנֵן. וְכָל שֶׁהוּא מִשּׁוּם תַּעֲנוּג כְּגוֹן תַּעֲנִית צִבּוּר בְּחַמִּין אָסוּר בְּצוֹנֵן מֻותָּר. וְהִלְכְתָא אֲבָל אָסוּר בֵּין בְּחַמִּין בֵּין בְּצוֹנֵן וּפָנָיו יָדָיו וְרַגְלָיו בְּחַמִּין אָסוּר בְּצוֹנֵן מֻותָּר. וְלָסוּךְ אַפֵּי' כָּל שֶׁהוּא אָסוּר וְאִם לְהַעֲבִיר אֶת הַזֻּוהֲמָא מֻותָּר. וּבְפֶרֶק מָקוֹם שֶׁנָּהֲגוּ (פְּסָחִים דַּף נד:) קָאָמַר רַבִּי אֶלְעָזָר דְּאָסוּר לְהוֹשִׁיט אֶצְבָּעוֹ בְּמַיִם בְּתִשְׁעָה בְּאָב כְּמוֹ בְּיוֹם הַכִּפּוּרִים. אע"ג דְּמַשְׁמַע הָכָא דְּאָבֵל וְתִשְׁעָה בְּאָב שָׁוִין לְעִנְיַן פְּסַק הֲלָכָה הֶחְמִירוּ בְּתִשְׁעָה בְּאָב יוֹתֵר מִבְּאָבֵל:
Il est enseigné : les femmes enceintes et celles qui allaitent ne jeûnent ni lors des premiers ni lors des derniers, mais lors des intermédiaires. Nos maîtres ont enseigné : quand ils ont dit qu'il est interdit de se laver, ils ne l'ont dit que du corps entier ; mais le visage, les mains et les pieds sont permis. Et quand ils ont dit qu'il est interdit de travailler, ils ne l'ont dit que pour le jour ; mais la nuit, c'est permis. Et quand ils ont dit qu'il est interdit de chausser la sandale, ils ne l'ont dit que dans la ville ; mais sur la route, c'est permis. Comment cela ? Il part sur la route, il chausse ; il entre dans la ville, il retire. Talmud de Jérusalem (Moed Katan, chap. 3, hal. 5) : l'endeuillé et l'exclu qui marchaient sur la route ont le droit de chausser la sandale, et lorsqu'ils arrivent en ville ils la retirent ; de même le neuf av, de même le jeûne public. Rafram bar Papa a dit au nom de Rav Hisda : tout ce qui relève du deuil, comme le neuf av et l'endeuillé, est interdit tant à l'eau chaude qu'à l'eau froide ; et tout ce qui relève du plaisir, comme le jeûne public, est interdit à l'eau chaude et permis à l'eau froide. Et la halakha : l'endeuillé est interdit tant à l'eau chaude qu'à l'eau froide ; et pour son visage, ses mains et ses pieds, l'eau chaude est interdite et l'eau froide permise. Quant à s'oindre, même la moindre quantité est interdite ; et si c'est pour faire passer la saleté, c'est permis. Et au chapitre Makom chenahagou (Pessahim 54b), Rabbi Elazar dit qu'il est interdit de tremper son doigt dans l'eau le neuf av, comme à Yom Kippour. Bien qu'il ressorte d'ici que l'endeuillé et le neuf av sont égaux quant à la décision halakhique, on a été plus rigoureux pour le neuf av que pour le deuil.
💡 Explication

La Guemara resserre la mahloket. La supposition de départ était trop large : personne ne conteste que le chofar soit une hatra'a, et la michna des jeûnes parle bien de sonneries. Le point litigieux est plus étroit — Anénou mérite-t-il lui aussi ce nom ?

Rachi situe l'enjeu ailleurs que dans notre michna : il porte sur le matri'in dont parlent les textes traitant des autres flaux. Pour Rav, on y sonne l'alarme par la parole aussi bien que par le chofar ; pour Rav Yehouda, par le chofar seulement.

10
לְמָאֵן דְּאָמַר בְּ״עֲנֵנוּ״ — כָּל שֶׁכֵּן בְּשׁוֹפָרוֹת. וּלְמַאן דְּאָמַר בְּשׁוֹפָרוֹת — אֲבָל בַּעֲנָנוֹ לֹא!

Pour celui qui dit « par Anénou » — à plus forte raison par les chofarot. Et pour celui qui dit « par les chofarot » — mais par Anénou, non !

💡 Explication

La Guemara tire la conséquence de la formulation corrigée. Anénou, la prière, passe pour une demande plus forte que la sonnerie. Celui qui range Anénou parmi les hatra'ot y range donc à plus forte raison le chofar, tandis que son contradicteur réserve le nom au seul chofar.

Cette échelle prépare l'objection suivante : il existe des situations où l'on autorise seulement de crier, et d'autres où l'on autorise de sonner l'alarme. Reste à savoir laquelle des deux est la réponse la plus grave.

11
וְהָתַנְיָא: וּשְׁאָר כָּל מִינֵי פֻּורְעָנוּיוֹת הַמִּתְרַגְּשׁוֹת, כְּגוֹן: חִיכּוּךְ, חָגָב, זְבוּב וְצִירְעָה וְיַתּוּשִׁין, וְשִׁילּוּחַ נְחָשִׁים וְעַקְרַבִּים — לֹא הָיוּ מַתְרִיעִין אֶלָּא צוֹעֲקִין. מִדִּצְעָקָה בַּפֶּה, הַתְרָעָה בְּשׁוֹפָרוֹת!

Or il est enseigné : et pour tous les autres genres de calamités qui surviennent, tels que la gale, le criquet, la mouche, le frelon et les moustiques, et l'envoi de serpents et de scorpions — on ne sonnait pas l'alarme, mais on criait. Du fait que le cri se fait par la bouche, l'hatra'a se fait donc par les chofarot !

📜 Rachi (5)
חָגָב אַרְבֶּה כְּתַרְגּוּמוֹ:
Hagav — le criquet, selon sa traduction araméenne.
צִירְעָה עוֹקֶצֶת אֶת הָאָדָם:
Le frelon — il pique l'homme.
יַתּוּשִׁין נִכְנָסִין בְּעֵינָיו וּבְחָוטְמוֹ:
Les moustiques — ils entrent dans ses yeux et dans ses narines.
חִיכּוּךְ כְּמוֹ נִתְחַכֵּךְ בַּכֹּותֶל:
La gale — comme dans « il s'est frotté contre un mur ».
הָא צְעָקָה בַּפֶּה הִיא אַלְמָא דְּצַעֲקַת פֶּה לָא קָרֵי לֵיהּ הַתְרָעָה:
Or le cri se fait par la bouche — il ressort donc que le cri de la bouche porte un autre nom que hatra'a.
💡 Explication

L'objection porte contre Rav. La baraita énumère des flaux qui rongent sans tuer — maladies de peau, insectes, reptiles — et fixe pour eux une réponse moindre : on crie, on ne sonne pas l'alarme. Les deux termes sont donc distincts.

Or le cri, tsea'ka, se fait de toute évidence par la bouche. Si l'hatra'a lui est opposée, elle désigne autre chose qu'une parole : elle se fait au chofar. La position de Rav, qui compte Anénou parmi les hatra'ot, se trouve prise en défaut.

12
תַּנָּאֵי הִיא, דִּתְנַן: עַל אֵלּוּ מַתְרִיעִין בְּשַׁבָּת, עַל עִיר שֶׁהִקִּיפוּהָ גַּיִיס אוֹ נָהָר, וְעַל סְפִינָה הַמְטֹורֶפֶת בַּיָּם. רַבִּי יוֹסֵי אָמַר: לַעֲזָרָה, אֲבָל לֹא לִצְעָקָה.

C'est une divergence de tanaim, comme nous l'avons appris : pour ceux-ci on sonne l'alarme le chabbat — pour une ville qu'une troupe ou un fleuve a encerclée, et pour un navire secoué en mer. Rabbi Yossi dit : pour le secours, mais non pour le cri.

📜 Rachi (6)
תַּנָּאֵי הִיא הַאי תַּנָּא דִּשְׁאָר מִינֵי פֻּורְעָנִיּוֹת סָבַר צַעֲקַת פֶּה לָאו שְׁמָהּ הַתְרָעָה וְאִידָךְ סָבַר כוּ':
C'est une divergence de tanaim — ce tana des autres genres de calamités tient que le cri de la bouche ne porte pas le nom d'hatra'a, et l'autre tient, etc.
גַּיִיס וְצָרִין עָלֶיהָ:
Une troupe — qui l'assiège.
נְהַר הַמִּתְפַּשֵּׁט וְיוֹצֵא לַחוּץ לִשְׁטֹוף אֶת הַשָּׂדֶה וְאֶת הַבָּתִּים:
Un fleuve — qui déborde et sort de son lit pour emporter les champs et les maisons.
הַמְטֹורֶפֶת כְּמוֹ בֵּיצִים טְרוּפוֹת (חֻולִּין דַּף סד.) שֶׁהוֹלֶכֶת וְנִדָּה וַעֲתִידָה לְהִיטָּבַע בַּמַּיִם:
Secoué — comme dans « des œufs battus » (Houlin 64a) : il va à la dérive et finira par sombrer dans les eaux.
לָעֲזָרָה צוֹעֲקִין לִבְנֵי אָדָם שֶׁיָּבוֹאוּ לְעָזְרָם:
Pour le secours — on crie vers les hommes afin qu'ils viennent leur porter secours.
וְלֹא לִצְעָקָה תְּפִלָּה שֶׁאֵין אָנוּ בְּטוּחִין כָּל כָּךְ שֶׁתּוֹעִיל תְּפִלָּתֵנוּ לִצְעוֹק עֲלֵיהֶן בְּשַׁבָּת אַלְמָא צַעֲקַת פֶּה קָרֵי הַתְרָעָה מִפִּי מוֹרִי ל"א לָעֲזָרָה דְּקָאָמַר תַּנָּא קַמָּא מַתְרִיעִין דְּמַשְׁמַע בְּקוֹל רָם וַאֲמַר לֵיהּ רַבִּי יוֹסֵי לָעֲזָרָה שֶׁיְּהוּ מִתְפַּלְּלִין כָּל אֶחָד בְּבֵיתוֹ לָעֲזָרָה בְּעָלְמָא:
Et non pour le cri — la prière ; car nous ne sommes pas assez assurés que notre prière serve, pour crier à leur sujet le chabbat. Il ressort donc que le cri de la bouche s'appelle hatra'a. Ainsi de la bouche de mon maître. Autre version : le « pour le secours » se comprend ainsi — le premier tana dit « on sonne l'alarme », ce qui indique à voix haute, et Rabbi Yossi lui dit : pour le secours, c'est-à-dire que chacun prie chez soi, en vue d'un simple secours.
🗂️ Tossefot (1)
מַתְרִיעִין לָעֲזָרָה. פִּי' שֶׁיָּבוֹאוּ לַעְזֹור הָעִיר וְכוּ' וּמַתְרִיעִין בַּפֶּה פֵּירוּשׁ וְהַאי תְּרוּעָה ר"ל מַתְרִיעִין בַּפֶּה דְּאֵין לְהַתִּיר תְּרוּעָה בַּשּׁוֹפָר בְּשַׁבָּת:
« On sonne l'alarme pour le secours. » C'est-à-dire afin que l'on vienne porter secours à la ville, etc. ; et « on sonne l'alarme par la bouche », c'est-à-dire que cette teroua se fait par la bouche, car on ne saurait permettre la teroua au chofar le chabbat.
💡 Explication

La réponse abandonne l'idée d'une position unique chez les tanaim. La michna citée autorise à sonner l'alarme même le chabbat dans trois détresses immédiates : l'armée sous les murs, la crue qui emporte, le navire en perdition.

Rabbi Yossi restreint cette permission : on peut appeler les hommes au secours, mais on s'abstient de crier vers le Ciel le chabbat. Rachi en donne la raison, au nom de son maître — la confiance manque que cette prière-là soit exaucée, et le chabbat demande de s'en tenir là. Il rapporte aussi une seconde lecture, où Rabbi Yossi renvoie chacun à la prière faite chez soi.

🖼️ Schéma
Le chabbat comme preuve : quel geste reste-t-il possible ? Trois détresses où l'on sonne l'alarme le chabbat ville encerclée par une troupe | ville menacée par la crue d'un fleuve | navire secoué en mer Est-ce au chofar ? Sonner du chofar est interdit le chabbat, même à Roch Hachana. Voie fermée. Il reste donc la parole Cette hatra'a-là se fait par la bouche, et la michna l'appelle pourtant matri'in. Conclusion : un tana au moins nomme hatra'a une parole. La position de Rav tient.
L'interdit du chofar le chabbat sert de levier : il isole le seul geste possible et révèle le sens du mot.
13
בְּמַאי? אִילֵּימָא בְּשׁוֹפָרוֹת — שׁוֹפָרוֹת בְּשַׁבָּת מִי שְׁרֵי? אֶלָּא לָאו, בְּ״עֲנֵנוּ״, וְקָרֵי לָהּ הַתְרָעָה, שְׁמַע מִינָּה.

Par quoi ? Si l'on dit par les chofarot — les chofarot sont-ils permis le chabbat ?

Plutôt, n'est-ce pas par « Anénou », et on l'appelle hatra'a — apprends-en.

💡 Explication

Le raisonnement se referme. Sonner du chofar le chabbat est interdit, y compris à Roch Hachana ; la michna qui autorise à sonner l'alarme ce jour-là vise donc nécessairement le cri de la prière.

Et pourtant elle emploie le mot matri'in. Un tana au moins donne donc ce nom à une parole, ce qui suffit à établir que la position de Rav a un appui tannaitique.

14
בִּשְׁנֵי דְּרַבִּי יְהוּדָה נְשִׂיאָה הֲוָה צַעֲרָא,

Dans les années de Rabbi Yehouda Nessia il y eut une détresse,

💡 Explication

Début d'un récit qui s'achève en 14b. Rabbi Yehouda Nessia est le petit-fils de Rabbi Yehouda Hanassi et le chef de la communauté de son temps ; la détresse dont il s'agit est une sécheresse.

Le folio passe ainsi de la discussion sur les mots de la michna à la question pratique posée au chef de génération : jusqu'où décréter des jeûnes, et selon quelle gradation.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).