Sougya : Le folio achève d'abord la discussion ouverte en 13b : la michna énumère-t-elle vraiment toutes les rigueurs propres aux sept derniers jeûnes ? Deux omissions sont opposées, la teva que l'on sort sur la place et les vingt-quatre bénédictions ; deux réponses successives sont proposées, l'une par la distinction entre ce qui se fait en privé et ce qui se fait en public, l'autre par le fait que le tana enseigne ces détails dans un autre chapitre.
Rav Achi tire de la formule « en quoi ceux-ci sont-ils plus rigoureux » un argument de précision. Vient ensuite la conclusion halakhique sur la place de Anénou dans la amida de l'individu : dans Chomea tefila.
La Guemara résout trois baraitot contradictoires sur les femmes enceintes et celles qui allaitent en les rapportant toutes aux trois jeûnes intermédiaires. La dernière moitié du folio est occupée par la mahloket de Rav Yehouda et de Rav sur le mot matri'in de la michna : le chofar, ou la prière Anénou.
Trois textes sont opposés tour à tour, et la discussion se termine sur une divergence de tanaim tirée du cas du chabbat.
Mais il a omis la teva ! — Si c'est à cause de la teva, ce n'est pas une omission : il enseigne les choses qui se font en privé, il n'enseigne pas les choses qui se font en public (parhesya).
La discussion vient de 13b. Elle porte sur la michna qui compare les trois jeûnes intermédiaires et les sept derniers : « en quoi ceux-ci sont-ils plus rigoureux que les premiers ? » La Guemara vérifie si la liste donnée est complète, en cherchant des omissions (shiyura).
La teva est l'arche portative des rouleaux de la Tora. Lors des sept derniers jeûnes on la sortait sur la place de la ville pour y prier ; cette rigueur manque à la liste. La réponse distingue deux registres : ce qui se passe à l'intérieur de la synagogue, dit tsin'a, et ce qui se passe au dehors, dit parhesya. Le tana n'a énuméré que le premier registre, de sorte que l'absence de la teva s'explique sans supposer un oubli.
Rav Achi dit : notre michna aussi le laisse entendre avec précision, puisqu'elle enseigne : « En quoi ceux-ci sont-ils plus rigoureux que les premiers, sinon qu'en ceux-ci on sonne l'alarme et l'on ferme les boutiques » — mais pour tout le reste de leurs règles, les uns et les autres sont égaux. Et si tu dis : ici aussi il a enseigné et omis — or il enseigne « en quoi ceux-ci ».
Rav Achi retourne la difficulté en argument. La formule mah elou yeterot, « en quoi ceux-ci sont-ils plus rigoureux », se lit comme une énumération close : tout ce qui n'y figure pas est commun aux deux séries. De là il tire que les vingt-quatre bénédictions se disent dans les deux, puisqu'elles ne sont pas portées au compte des seuls derniers jeûnes.
L'objection habituelle à ce genre de raisonnement, tana ve-shayer — le tana a enseigné une partie et laissé le reste de côté —, est écartée par la formulation elle-même : qui demande « en quoi ceux-ci sont-ils plus rigoureux » annonce qu'il va tout dire.
Et comprends-tu vraiment que « en quoi ceux-ci » soit exclusif ? Mais il a omis la teva ! — Si c'est à cause de la teva, ce n'est pas une omission, parce qu'il la compte dans un autre chapitre.
Maintenant que tu en es venu là : les vingt-quatre non plus ne sont pas une omission, puisqu'il les enseigne dans un autre chapitre.
La Guemara ruine l'appui de Rav Achi. Si « en quoi ceux-ci » était vraiment exclusif, la teva devrait y figurer. Une seconde réponse est donc avancée : le tana enseigne la teva dans un autre chapitre, celui de 15a, et il lui suffit de l'avoir dite une fois.
Cette réponse se retourne ensuite contre Rav Achi. Si un enseignement placé ailleurs dispense le tana de le répéter, les vingt-quatre bénédictions peuvent elles aussi être propres aux derniers jeûnes tout en manquant à notre liste. La déduction de Rav Achi, qui les rendait communes aux deux séries, tombe.
Qu'en est-il conclu ? Rabbi Chemouel bar Sasretaï a dit, et de même Rav Hiya bar Achi a dit au nom de Rav : entre « goel » et « rofé ».
Et Rav Achi a dit au nom de Rabbi Yanaï fils de Rabbi Yichmael : dans « choméa tefila ». Et la halakha : dans « choméa tefila ».
Reprise d'une question laissée ouverte plus haut : où l'individu qui jeûne insère-t-il Anénou dans sa amida ? Deux avis sont rappelés — entre la septième bénédiction, goel Israël, et la huitième, rofé holei amo ; ou bien à l'intérieur de la seizième, choméa tefila.
La Guemara tranche : dans choméa tefila. Cette bénédiction est la demande générale, où l'on peut insérer une requête particulière ; c'est là que Anénou trouve sa place pour un individu, tandis que l'officiant la dit comme bénédiction séparée.
Une baraita enseigne : les femmes enceintes et celles qui allaitent jeûnent lors des premiers et ne jeûnent pas lors des derniers. Une autre enseigne : elles jeûnent lors des derniers et ne jeûnent pas lors des premiers.
Et une autre enseigne : elles ne jeûnent ni lors des premiers ni lors des derniers.
Nouveau sujet. Les femmes enceintes et celles qui allaitent sont dispensées d'une partie des jeûnes publics, leur santé et celle de l'enfant passant avant. Trois baraitot se contredisent terme à terme : la première les fait jeûner aux premiers et non aux derniers, la deuxième dit l'inverse, la troisième les exempte des deux.
La contradiction est apparente. Elle tient au fait que richonot (premiers) et aharonot (derniers) sont des termes relatifs : chaque baraita compare deux séries sans dire lesquelles. La résolution vient au segment suivant.
Rav Achi dit : tiens en main celles du milieu, et toutes se trouvent résolues.
La réponse de Rav Achi tient en trois mots : nekot emtsaïta be-yadakh, tiens en main la série du milieu. Les trois baraitot énoncent une seule règle — elles jeûnent aux trois jeûnes intermédiaires — mais chacune nomme cette série à partir de celle qu'elle lui oppose.
Rachi donne la raison de fond, dans les deux sens. Les trois premiers jeûnes sont trop légers pour qu'on impose cet effort à ces femmes ; les sept derniers sont trop lourds pour qu'elles les supportent. Les intermédiaires sont le seul point où la gravité de l'heure et leurs forces se rencontrent.
« En quoi ceux-ci sont-ils plus rigoureux que les premiers, sinon qu'en ceux-ci on sonne l'alarme et l'on ferme les boutiques. » Par quoi sonne-t-on l'alarme ? Rav Yehouda dit : par les chofarot.
Et Rav Yehouda fils de Rav Chemouel bar Chilat a dit au nom de Rav : par « Anénou ».
Retour à la michna, cette fois sur le sens d'un mot. Matri'in, « on sonne l'alarme », se comprend de deux manières : le son du chofar, ou le cri de la prière Anénou.
Rachi et Tossefot précisent lequel des deux Anénou est visé. Il s'agit du Anénou clamé à voix haute à la fin des selihot, avec la suite « Anénou Elokei Avraham anénou ». La bénédiction Anénou insérée dans la amida se dit déjà lors des trois premiers jeûnes et même par un individu seul : elle serait une pratique commune à toutes les séries, sans rien de propre aux sept derniers.
Il nous vient à l'esprit que celui qui dit « par Anénou » ne dit pas « par les chofarot », et que celui qui dit « par les chofarot » ne dit pas « par Anénou ». Or il est enseigné : on ne décrète pas moins de sept jeûnes sur la communauté, dans lesquels il y a dix-huit hatra'ot.
Et le signe de la chose : Yeriho. Or à Yeriho c'étaient des chofarot — réfutation de celui qui dit « par Anénou » !
La Guemara suppose d'abord que les deux maîtres s'excluent l'un l'autre. Sous cette lecture, une baraita réfute Rav : elle compte dix-huit hatra'ot sur les sept jeûnes et donne pour moyen mnémotechnique Yeriho, où l'on sonna du chofar sept jours durant. L'appui pris de Yeriho montre que les hatra'ot dont il s'agit sont des sonneries.
Rachi et Tossefot expliquent le compte de dix-huit de la même façon : six bénédictions ajoutées ce jour-là, portant la amida de dix-huit à vingt-quatre, et une sonnerie complète sur chacune. Ils divergent seulement sur la manière de décrire cette sonnerie — teki'a, teroua, teki'a pour Tossefot, trois terouot pour Rachi.
Plutôt : pour les chofarot, tout le monde s'accorde à les appeler hatra'a. Leur désaccord porte sur « Anénou » : un maître tient qu'on l'appelle hatra'a, et l'autre maître tient qu'on ne l'appelle pas hatra'a.
La Guemara resserre la mahloket. La supposition de départ était trop large : personne ne conteste que le chofar soit une hatra'a, et la michna des jeûnes parle bien de sonneries. Le point litigieux est plus étroit — Anénou mérite-t-il lui aussi ce nom ?
Rachi situe l'enjeu ailleurs que dans notre michna : il porte sur le matri'in dont parlent les textes traitant des autres flaux. Pour Rav, on y sonne l'alarme par la parole aussi bien que par le chofar ; pour Rav Yehouda, par le chofar seulement.
Pour celui qui dit « par Anénou » — à plus forte raison par les chofarot. Et pour celui qui dit « par les chofarot » — mais par Anénou, non !
La Guemara tire la conséquence de la formulation corrigée. Anénou, la prière, passe pour une demande plus forte que la sonnerie. Celui qui range Anénou parmi les hatra'ot y range donc à plus forte raison le chofar, tandis que son contradicteur réserve le nom au seul chofar.
Cette échelle prépare l'objection suivante : il existe des situations où l'on autorise seulement de crier, et d'autres où l'on autorise de sonner l'alarme. Reste à savoir laquelle des deux est la réponse la plus grave.
Or il est enseigné : et pour tous les autres genres de calamités qui surviennent, tels que la gale, le criquet, la mouche, le frelon et les moustiques, et l'envoi de serpents et de scorpions — on ne sonnait pas l'alarme, mais on criait. Du fait que le cri se fait par la bouche, l'hatra'a se fait donc par les chofarot !
L'objection porte contre Rav. La baraita énumère des flaux qui rongent sans tuer — maladies de peau, insectes, reptiles — et fixe pour eux une réponse moindre : on crie, on ne sonne pas l'alarme. Les deux termes sont donc distincts.
Or le cri, tsea'ka, se fait de toute évidence par la bouche. Si l'hatra'a lui est opposée, elle désigne autre chose qu'une parole : elle se fait au chofar. La position de Rav, qui compte Anénou parmi les hatra'ot, se trouve prise en défaut.
C'est une divergence de tanaim, comme nous l'avons appris : pour ceux-ci on sonne l'alarme le chabbat — pour une ville qu'une troupe ou un fleuve a encerclée, et pour un navire secoué en mer. Rabbi Yossi dit : pour le secours, mais non pour le cri.
La réponse abandonne l'idée d'une position unique chez les tanaim. La michna citée autorise à sonner l'alarme même le chabbat dans trois détresses immédiates : l'armée sous les murs, la crue qui emporte, le navire en perdition.
Rabbi Yossi restreint cette permission : on peut appeler les hommes au secours, mais on s'abstient de crier vers le Ciel le chabbat. Rachi en donne la raison, au nom de son maître — la confiance manque que cette prière-là soit exaucée, et le chabbat demande de s'en tenir là. Il rapporte aussi une seconde lecture, où Rabbi Yossi renvoie chacun à la prière faite chez soi.
Par quoi ? Si l'on dit par les chofarot — les chofarot sont-ils permis le chabbat ?
Plutôt, n'est-ce pas par « Anénou », et on l'appelle hatra'a — apprends-en.
Le raisonnement se referme. Sonner du chofar le chabbat est interdit, y compris à Roch Hachana ; la michna qui autorise à sonner l'alarme ce jour-là vise donc nécessairement le cri de la prière.
Et pourtant elle emploie le mot matri'in. Un tana au moins donne donc ce nom à une parole, ce qui suffit à établir que la position de Rav a un appui tannaitique.
Dans les années de Rabbi Yehouda Nessia il y eut une détresse,
Début d'un récit qui s'achève en 14b. Rabbi Yehouda Nessia est le petit-fils de Rabbi Yehouda Hanassi et le chef de la communauté de son temps ; la détresse dont il s'agit est une sécheresse.
Le folio passe ainsi de la discussion sur les mots de la michna à la question pratique posée au chef de génération : jusqu'où décréter des jeûnes, et selon quelle gradation.
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).