Taanit 14b — Jusqu'où peut-on jeûner, ou demander la pluie hors saison, et quels gestes de prière sont réservés à l'homme en vue

Taanit 14b

Sougya : Le folio s'ouvre sur Rabbi Yehouda Nessia qui, après treize jeûnes sans réponse, veut en décréter davantage, et sur Rabbi Ami qui l'arrête au nom du principe « on n'importune pas la communauté à l'excès ». Rabbi Abba fils de Rabbi Hiya bar Abba conteste cette réponse et lui oppose l'enseignement de Rabbi Yo'hanan : la limite de treize ne vaut que pour la pluie, tandis que pour les autres calamités on jeûne sans discontinuer.

La guemara sauve Rabbi Ami en montrant que la question oppose déjà deux tannaim, Rabbi et Rabban Chimon ben Gamliel, qui ne donnent pas le même motif à la limite de treize. Vient ensuite la question des gens de Ninive, qui ont besoin de pluie en plein été : sont-ils une communauté, qui demande dans la bénédiction des années, ou des particuliers, qui demandent dans Chomea tefila ?

Rabbi tranche pour le particulier, et la halakha finale suit Rav Chechet. Le folio revient enfin à la michna sur les boutiques entrebâillées, sur la réduction de la construction, de la plantation et des salutations, puis rassemble trois enseignements de Rabbi Elazar sur les gestes de la prière : la chute sur la face, le sac, la déchirure, et, pour l'avenir, le lever et la prosternation.

Jusqu'où décrète-t-on des jeûnes ? Rabbi Yehouda Nessia a décrété treize jeûnes sans réponse et veut aller plus loin Rabbi Ami l'arrête : on n'importune pas la communauté à l'excès Rabbi Abba fils de Rabbi Hiya bar Abba : c'est pour lui-même que Rabbi Ami a parlé Rabbi Yo'hanan : la limite de treize ne vaut que pour la pluie On jeûne pour la pluie 3 premiers + 3 du milieu + 7 derniers on s'arrête à treize la saison de la pluie a son terme On jeûne pour les autres calamités aucune limite de nombre on continue jusqu'à être exaucé du Ciel le danger dure, donc le jeûne dure Sauvetage de Rabbi Ami : la question oppose déjà deux tannaim Rabbi dit : à cause de la peine imposée — Rabban Chimon ben Gamliel dit : la saison est passée
La limite de treize jeûnes, sa portée restreinte à la pluie, et la controverse de tannaim qui permet à Rabbi Ami de maintenir sa position.
La question des gens de Ninive : où demander la pluie en plein été ? Une ville qui a besoin de pluie même à la saison de tamouz, hors du calendrier de la terre d'Israël Sommes-nous comme une communauté, ou comme des particuliers ? Comme une communauté la demande entre dans la bénédiction des années, Birkat hachanim c'est la place fixée par les prophètes position que soutiendra Rav Nahman Comme des particuliers la demande entre dans Chomea tefila, la bénédiction ouverte à tout besoin la formule fixée reste intacte réponse de Rabbi, puis de Rav Chechet Objection : la baraita de Rabbi Yehouda — à notre époque tout dépend de l'année, du lieu, du temps Réponse : Rabbi est lui-même un tana, et il peut être en désaccord avec Rabbi Yehouda Halakha tranchée : dans Chomea tefila
Les deux places possibles de la demande de pluie hors saison, l'objection tirée de Rabbi Yehouda et la conclusion halakhique.
Les gestes de la prière selon Rabbi Elazar : qui a le droit de les faire Un geste public engage celui qui le fait ; s'il reste sans réponse, il se retourne contre lui Tomber sur sa face réservé à l'homme en vue assuré d'être exaucé Modèle : Yehochoua bin Noun lève-toi, pourquoi donc tombes-tu sur ta face ? (Josue 7,10) Se ceindre d'un sac même condition d'être exaucé Modèle : Yehoram fils d'Ahav impie, et pourtant exaucé sur la famine de son temps Déchirer ses vêtements geste de rang inférieur ouvert plus largement Modèles : Yehochoua et Kalev ils n'avaient pas le rang de Moche et Aharon Le partage des générations dans l'épisode des explorateurs Moche et Aharon tombent sur leurs faces — Yehochoua et Kalev déchirent leurs vêtements Objection de Rabbi Zera : le vav de « et Yehochoua » indique qu'ils ont fait l'un et l'autre Le même partage dans l'avenir, selon le verset d'Isaie les rois se lèvent — les princes se prosternent à chaque rang son geste, et le geste plus fort revient au rang plus haut
Les trois enseignements de Rabbi Elazar sur les gestes de la prière, leur hiérarchie et le partage entre Moche et Aharon d'un côté, Yehochoua et Kalev de l'autre.
1
גְּזַר תְּלָת עַשְׂרֵה תַּעֲנִיּוֹת וְלָא אִיעֲנִי. סָבַר לְמִיגְזַר טְפֵי. אֲמַר לֵיהּ רַבִּי אַמֵּי: הֲרֵי אָמְרוּ אֵין מַטְרִיחִין אֶת הַצִּבּוּר יוֹתֵר מִדַּאי.

Il décréta treize jeûnes et ne fut pas exaucé. Il envisagea d'en décréter davantage.

Rabbi Ami lui dit : ils ont pourtant enseigné qu'on n'importune pas la communauté à l'excès.

📜 Rachi (1)
גְּזַר תְּלֵיסַר תַּעֲנִיתָא כִּדְאָמְרִינַן בְּמַתְנִיתִין (דַּף טו:) שָׁלֹשׁ רִאשׁוֹנוֹת וְשָׁלֹשׁ אֶמְצָעִיּוֹת וְשֶׁבַע אַחֲרוֹנוֹת וְלִשְׁאָר פֻּורְעָנִיּוֹת עֲבִיד לְהוּ וְלֹא לִגְשָׁמִים:
Comme nous l'apprenons dans la michna (Taanit 15b) : trois premiers, trois du milieu et sept derniers. Et c'est pour les autres calamités qu'il les a institués, non pour la pluie.
🗂️ Tossefot (1)
רַבִּי יְהוּדָה נְשִׂיאָה גְּזַר תְּלֵיסַר תַּעֲנִיּוֹת. עַל שְׁאָר פֻּורְעָנִיּוֹת וּמִיהוּ קָאָמַר לֵיהּ רַבִּי אַמִּי דְּאֵין מַטְרִיחִין דְּהָכִי נָמֵי מַשְׁמַע דַּהֲוָה אַשְּׁאָר מִינֵי פֻּורְעָנִיּוֹת מִדְּמַיְיתֵי עֲלָהּ הָא דְּקָאָמַר רַבִּי יוֹחָנָן ל"ש אֶלָּא לִגְשָׁמִים אֲבָל לִשְׁאָר מִינִים וְכוּ':
« Rabbi Yehouda Nessia décréta treize jeûnes. » Pour les autres calamités. Et malgré cela Rabbi Ami lui dit qu'on n'importune pas la communauté. C'est bien ainsi qu'il faut comprendre, qu'il s'agissait des autres sortes de calamités, puisque la guemara enchaîne sur ce propos de Rabbi Yo'hanan : on n'a enseigné cela que pour la pluie, mais pour les autres sortes, etc.
⚖️ Rosh (1)
גְּמָ' אֲמַרוּ לֵיהּ רַבָּנַן לְרַב שֵׁשֶׁת קָאָתוּ רַבָּנַן לְבֵי תַּעֲנִיתָא כִּי מְסַיְּימִי מְסָאנֵי אֶיקְפֹּד. אֲמַר דִּילְמָא מֵיכַל נָמֵי קָאָכְלִי. אַבַּיֵּי וְרָבָא מְסַיְּימִי אַפַּנְתָּא. אָמֵימָר וּמַר זוּטְרָא מִיחַלְּפָא דְּיַמִּינָא לִשְׂמָאלָא. רַבָּנַן דְּבֵי רַב אָשֵׁי סָיְימִי כִּי אוֹרְחַיְיהוּ. סַבֵּירוּ לְהָא דִּשְׁמוּאֵל דְּאָמַר שְׁמוּאֵל אֵין תַּעֲנִית צִבּוּר בְּבָבֶל אֶלָּא תִּשְׁעָה בְּאָב ויוה"כ וְכֵן הִלְכְתָא. ר' יְהוּדָה נְשִׂיאָה גָּזַר תְּלֵיסַר תַּעֲנִיתָא וְלָא אִיעֲנִי סְבַר לְמִגְזַר טְפֵי אֲמַר לֵיהּ רַבִּי אַמֵּי הֲרֵי אָמְרוּ אֵין מַטְרִיחִין עַל הַצִּבּוּר יוֹתֵר מִדַּאי. אָמַר רַבִּי חִיָּיא בַּר אַבָּא אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן לֹא שָׁנוּ אֶלָּא לִגְשָׁמִים אֲבָל לִשְׁאָר מִינֵי פֻּורְעָנִיּוֹת מִתְעַנִּין וְהוֹלְכִין עַד שֶׁיֵּעָנוּ:
Guemara. Les maîtres dirent à Rav Chechet : les maîtres viennent à la maison du jeûne. Comme ils portaient leurs chaussures, il s'irrita et dit : peut-être mangent-ils aussi ! Abaye et Rava chaussaient l'apanta (l'arrière seul de la chaussure). Ameimar et Mar Zoutra intervertissaient celle de droite et celle de gauche. Les maîtres de la maison de Rav Achi chaussaient à leur manière habituelle : ils tenaient pour l'avis de Chemouel, qui a dit qu'il n'y a pas de jeûne public en Babylonie sinon le neuf av et Yom Kippour ; et telle est la halakha. Rabbi Yehouda Nessia décréta treize jeûnes et ne fut pas exaucé ; il envisagea d'en décréter davantage. Rabbi Ami lui dit : ils ont dit qu'on n'importune pas la communauté à l'excès. Rabbi Hiya bar Abba a dit au nom de Rabbi Yo'hanan : on n'a enseigné cela que pour la pluie, mais pour les autres sortes de calamités on jeûne sans discontinuer jusqu'à ce qu'on soit exaucé.
💡 Explication

Le folio reprend en pleine phrase l'épisode ouvert à la fin de 14a. Rabbi Yehouda Nessia, le nassi, a conduit la communauté jusqu'au bout de la série prévue par la michna — trois jeûnes, trois autres, puis sept — soit treize jeûnes, et la pluie n'est pas venue. Il veut poursuivre.

Rabbi Ami l'arrête au nom d'une règle citée comme déjà connue : ein matrihin et hatsibour yoter midai, on n'importune pas la communauté à l'excès. Le nombre treize devient ainsi un plafond, et la discussion qui suit portera exactement sur la portée de ce plafond.

Rachi précise d'emblée le point que Tossefot développera : ces treize jeûnes-là avaient été décrétés pour une autre calamité que la sécheresse. Le détail est décisif, puisque Rabbi Yo'hanan va justement limiter le plafond au seul cas de la pluie.

2
אָמַר רַבִּי אַבָּא בְּרֵיהּ דְּרַבִּי חַייָּא בַּר אַבָּא: רַבִּי אַמִּי דַּעֲבַד — לְגַרְמֵיהּ הוּא דַּעֲבַד. אֶלָּא הָכִי אָמַר רַבִּי חִייָּא בַּר אַבָּא אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: לֹא שָׁנוּ אֶלָּא לִגְשָׁמִים, אֲבָל לִשְׁאָר מִינֵי פֻורְעָנוּיוֹת — מִתְעַנִּין וְהוֹלְכִין עַד שֶׁיֵּעָנוּ מִן הַשָּׁמַיִם. תַּנְיָא נָמֵי הָכִי: כְּשֶׁאָמְרוּ שָׁלֹשׁ וּכְשֶׁאָמְרוּ שֶׁבַע — לֹא אָמְרוּ אֶלָּא לִגְשָׁמִים, אֲבָל לִשְׁאָר מִינֵי פֻורְעָנוּיוֹת — מִתְעַנִּין וְהוֹלְכִין עַד שֶׁיֵּעָנוּ.

Rabbi Abba fils de Rabbi Hiya bar Abba dit : ce que Rabbi Ami a fait, c'est pour lui-même qu'il l'a fait. Voici plutôt ce qu'a dit Rabbi Hiya bar Abba au nom de Rabbi Yo'hanan : on n'a enseigné cela que pour la pluie, mais pour les autres sortes de calamités on jeûne sans discontinuer jusqu'à ce qu'on soit exaucé du Ciel.

Une baraita l'enseigne aussi : lorsqu'ils ont dit trois et lorsqu'ils ont dit sept, ils ne l'ont dit que pour la pluie ; mais pour les autres sortes de calamités, on jeûne sans discontinuer jusqu'à ce qu'on soit exaucé.

📜 Rachi (3)
לְגַרְמֵיהּ לְעַצְמוֹ דָּרַשׁ שֶׁלֹּא אָמַר אֶלָּא לְפִי שֶׁהוּא לֹא הָיָה רוֹצֶה לְהִתְעַנּוֹת:
Pour lui-même : c'est à son propre usage qu'il a exposé cette règle, car il ne l'a dite que parce qu'il ne voulait pas, lui, jeûner.
לֹא שָׁנוּ דְּאֵין גּוֹזְרִים יוֹתֵר מִשָּׁלֹשׁ עֲשָׂרָה:
On n'a enseigné — qu'on ne décrète pas plus de treize [jeûnes].
כְּשֶׁאָמְרוּ לְהִתְעַנּוֹת שָׁלֹשׁ רִאשׁוֹנוֹת וְשָׁלֹשׁ אֶמְצָעִיּוֹת וְשֶׁבַע אַחֲרוֹנוֹת:
Lorsqu'ils ont dit — de jeûner trois premiers, trois du milieu et sept derniers.
💡 Explication

Rabbi Abba conteste la réponse de Rabbi Ami par une formule dure : legarmeih, il a tranché pour lui-même. Rachi en donne la lecture la plus directe : Rabbi Ami avait un intérêt personnel à interrompre les jeûnes.

À la place, Rabbi Abba rapporte la tradition de son propre père au nom de Rabbi Yo'hanan, qui restreint le plafond de treize au seul cas de la pluie. La raison se comprend : la saison des pluies a un terme, donc la série des jeûnes en a un aussi ; une épidémie ou une invasion, elles, ne s'arrêtent pas au calendrier, et le jeûne accompagne le danger tant qu'il dure.

La guemara appuie aussitôt cet avis par une baraita — tania nami hakhi — qui distingue exactement de la même façon les jeûnes pour la pluie des jeûnes pour les autres calamités.

3
לֵימָא תֶּיהְוֵי תְּיוּבְתֵּיהּ דְּרַבִּי אַמֵּי! אָמַר לָךְ רַבִּי אַמֵּי: תַּנָּאֵי הִיא, דְּתַנְיָא: אֵין גּוֹזְרִין יוֹתֵר מִשְּׁלֹשׁ עֶשְׂרֵה תַּעֲנִיּוֹת עַל הַצִּבּוּר, לְפִי שֶׁאֵין מַטְרִיחִין אֶת הַצִּבּוּר יוֹתֵר מִדַּאי, דִּבְרֵי רַבִּי. רַבָּן שִׁמְעוֹן בֶּן גַּמְלִיאֵל אוֹמֵר: לֹא מִן הַשֵּׁם הוּא זֶה, אֶלָּא מִפְּנֵי שֶׁיָּצָא זְמַנָּהּ שֶׁל רְבִיעָה.

Disons donc que ce serait une réfutation de Rabbi Ami ! Rabbi Ami peut te répondre : c'est une controverse de tannaim, car on a enseigné : on ne décrète pas plus de treize jeûnes sur la communauté, parce qu'on n'importune pas la communauté à l'excès — parole de Rabbi.

Rabban Chimon ben Gamliel dit : ce motif n'est pas le bon, la raison est que le temps de la reviya est passé.

📜 Rachi (1)
לֹא מִן הַשֵּׁם הוּא זֶה שֶׁאֵין זֶה טַעַם שֶׁאֵין מַנִּיחִין בִּשְׁבִיל טֹורַח אֶלָּא שֶׁכְּבָר יָצָא זְמַנָּהּ שֶׁל רְבִיעָה שֶׁל יוֹרֶה שֶׁהֲרֵי מַרְחֶשְׁוָן עָבַר עַל כֻּולָּן לְסוֹף הַתַּעֲנִיּוֹת שֶׁמִּקְצָתָן הָיוּ בְּכִסְלֵיו כִּדְקָתָנֵי מַתְנִיתִין וְאִיכָּא לְמִשְׁמַע מִדְּרַבִּי שִׁמְעוֹן דְּבִשְׁאָר מִינֵי פֻּורְעָנִיּוֹת דְּכָל שַׁעְתָּא הָוֵי זִימְנַייְהוּ לְמִיבַּטְלִי אֲפִילּוּ טְפֵי גָּזְרִינַן וְרַבִּי דְּאָמַר אֵין מַטְרִיחִין סְתָמָא אַכֻּולְּהוּ קָאָמַר וַאֲנָא דְּאָמְרִי כְּרַבִּי:
Ce motif n'est pas le bon : le vrai motif de l'arrêt ne tient pas à la peine imposée, mais à ce que le temps de la reviya du yoré est déjà passé, puisque marheshvan s'est écoulé pour tous à la fin des jeûnes, dont une partie tombait en kislev, comme l'enseigne la michna. Et l'on peut déduire de Rabbi Chimon que pour les autres sortes de calamités, dont l'heure est à tout moment propice à les faire cesser, on décrète même au-delà. Rabbi, lui, qui dit qu'on n'importune pas la communauté, parle de manière générale et vise tous les cas ; et moi qui ai parlé ainsi, c'est selon Rabbi que j'ai parlé.
🗂️ Tossefot (1)
שֶׁיָּצְאָה זְמַנָּהּ שֶׁל רְבִיעָה. דִּזְמַן רְבִיעָה דְּיוֹרֶה הָוֵי בְּמַרְחֶשְׁוָן וְיָצָא מַרְחֶשְׁוָן:
« Que le temps de la reviya est passé. » Car le temps de la reviya du yoré (la première pluie) tombe en marheshvan, et marheshvan est déjà passé.
💡 Explication

La baraita qui vient d'appuyer Rabbi Yo'hanan menace de réfuter Rabbi Ami : teyouvta. La guemara le défend en montrant que les deux motifs possibles du plafond de treize sont déjà débattus par deux tannaim.

Pour Rabbi, le motif est la peine imposée à la communauté : un motif général, qui vaut donc aussi pour les autres calamités, et qui plafonne les jeûnes dans tous les cas. Pour Rabban Chimon ben Gamliel, le motif tient au calendrier : passé marheshvan, le temps de la reviya, la première pluie, est révolu, et prier pour elle n'a plus d'objet ; un tel motif ne concerne évidemment que la pluie.

Rabbi Ami se range donc derrière Rabbi, et la baraita citée plus haut suit Rabban Chimon ben Gamliel. Les deux enseignements tiennent ensemble comme les deux côtés d'une mahloket.

4
שְׁלַחוּ לֵיהּ בְּנֵי נִינְוֵה לְרַבִּי: כְּגוֹן אֲנַן, דַּאֲפִילּוּ בִּתְקוּפַת תַּמּוּז בָּעֵינַן מִטְרָא, הֵיכִי נַעֲבִיד? כִּיחִידִים דָּמֵינַן אוֹ כְּרַבִּים דָּמֵינַן? כִּיחִידִים דְּמִינָן וּבִ״שׁוֹמֵעַ תְּפִלָּה״, אוֹ כְּרַבִּים דָּמֵינַן וּבְבִרְכַּת הַשָּׁנִים? שְׁלַח לְהוּ: כִּיחִידִים דְּמִיתוּ וּבְ״שׁוֹמֵעַ תְּפִלָּה״.

Les gens de Ninive envoyèrent demander à Rabbi : nous autres, qui avons besoin de pluie même à la saison de tamouz, comment devons-nous faire ? Sommes-nous comme des particuliers ou comme une communauté ?

Comme des particuliers, et alors dans « Chomea tefila », ou comme une communauté, et alors dans la bénédiction des années ? Il leur envoya cette réponse : vous êtes comme des particuliers, et dans « Chomea tefila ».

📜 Rachi (1)
וּבְשׁוֹמֵעַ תְּפִלָּה אָמְרִינַן לִשְׁאֵילַת מָטָר כְּיָחִיד הַשּׁוֹאֵל צְרָכָיו בְּשׁוֹמֵעַ תְּפִלָּה דְּהָא דְּאָמְרִינַן שְׁאֵלָה בְּבִרְכַּת הַשָּׁנִים אַפֵּי' בְּיָחִיד מִשּׁוּם דִּזְמַן צִבּוּר הוּא אֲבָל בְּמִילְּתָא אַחֲרִיתִי דְּהָוֵי לְיָחִיד וְלֹא לַצִּבּוּר כְּהָכָא דְּבִתְקוּפַת תַּמּוּז לָאו זְמַן שְׁאִילַת צִבּוּר הוּא בְּשׁוֹמֵעַ תְּפִלָּה הוּא דְּמַדְכַּר לֵיהּ וְלֹא בְּבִרְכַּת הַשָּׁנִים כִּדְאָמְרִינַן בְּמַסֶּכֶת ע"ז (דַּף ח.) וּבִבְרָכוֹת (דַּף לא.) אִם הָיָה לוֹ חוֹלֶה בְּתוֹךְ בֵּיתוֹ מַזְכִּיר עָלָיו בְּבִרְכַּת הַחוֹלִים וּלְבַסּוֹף מוֹקְמִינַן וְהִלְכְתָא בְּשׁוֹמֵעַ תְּפִלָּה כָּךְ שָׁמַעְתִּי:
Et dans Chomea tefila : nous disons que la demande de pluie s'y fait, comme pour un particulier qui demande ses besoins dans Chomea tefila. Car si nous disons que la demande se fait dans la bénédiction des années même pour un particulier, c'est parce que c'est alors le temps de la communauté ; mais pour une autre affaire, qui concerne un particulier et non la communauté — comme ici, où la saison de tamouz n'est pas le temps de la demande publique — c'est dans Chomea tefila qu'on la mentionne, et non dans la bénédiction des années, comme nous le disons dans le traité Avoda Zara (8a) et dans Berakhot (31a) : s'il avait un malade dans sa maison, il le mentionne dans la bénédiction des malades. Et à la fin nous établissons que la halakha est dans Chomea tefila. Ainsi l'ai-je entendu.
🗂️ Tossefot (2)
תָּנֵי חֲדָא מִתְעַנּוֹת בָּרִאשׁוֹנוֹת וְלֹא בָּאַחֲרוֹנוֹת וְתַנָּא אִידָךְ מִתְעַנִּין בָּאַחֲרוֹנוֹת וְלֹא בָּרִאשׁוֹנוֹת וְתָנֵי אִידָךְ לֹא מִתְעַנִּין לֹא בָּרִאשׁוֹנוֹת וְלֹא בָּאַחֲרוֹנוֹת נְקוֹט מְצִיעֲתָא בִּידָךְ. פֵּירֵשׁ הַקּוּנְטְרֵס הַשָּׁלֹשׁ תַּעֲנִיּוֹת אֶמְצָעִיּוֹת בְּיָדְךָ דִּבְאוֹתָן תַּעֲנִיּוֹת עוֹבְרוֹת וּמֵינִיקוֹת מִתְעַנּוֹת וה"ק מִתְעַנּוֹת בָּרִאשׁוֹנוֹת פִּי' בָּרִאשׁוֹנוֹ' ר"ל אֶמְצָעִיּוֹת דְּהֵם רִאשׁוֹנוֹת לַאֲחָרוּנוּ' שֶׁהָיוּ חֲמוּרוֹת אֲבָל לֹא בָּאַחֲרוֹנוֹת דִּנְפִישִׁי וְלָא מָצוּ עָבְדִי לְהוּ וְהָא דְּקָתָנֵי בָּאַחֲרוֹנוֹת וְלֹא בָּרִאשׁוֹנוֹת הַאי אַחֲרוֹנוֹ' הַיְינוּ אֶמְצָעִיּוֹת וְקָרֵי לְהוּ אַחֲרוֹנוֹת שֶׁהֵם אַחֲרוֹנוֹת מִן הָרִאשׁוֹנוֹת בַּתְּחִלָּה גּוֹזְרִין שָׁלֹשׁ תַּעֲנִיּוֹת וְכֵן בַּשְּׁנִיָּה שָׁלֹשׁ אֲבָל אֵין מִתְעַנּוֹת בָּרִאשׁוֹנוֹת שֶׁהֵם קַלּוֹת וְהָא דְּקָתָנֵי לֹא בָּרִאשׁוֹנוֹת וְלֹא בָּאַחֲרוֹנוֹת כְּלוֹמַר לֹא בְּשָׁלֹשׁ הָרִאשׁוֹנוֹת הָרִאשׁוֹנוֹת מַמָּשׁ וְלֹא בְּשֶׁבַע הָאַחֲרוֹנוֹת הָאַחֲרוֹנוֹת מַמָּשׁ אֶלָּא דַּוְוקָא בָּאֶמְצָעִיּוֹת:
« Une baraita enseigne : elles jeûnent aux premiers et non aux derniers ; une autre enseigne : aux derniers et non aux premiers ; une troisième enseigne : ni aux premiers ni aux derniers. Tiens en main celle du milieu. » Le Kountras (Rachi) explique : tiens en main les trois jeûnes du milieu, car ce sont ces jeûnes-là que les femmes enceintes et celles qui allaitent observent. Et voici le sens : « elles jeûnent aux premiers » vise les jeûnes du milieu, appelés premiers par rapport aux derniers, qui étaient plus rigoureux ; « mais non aux derniers », qui sont nombreux et qu'elles ne peuvent pas accomplir. Ce qui est enseigné « aux derniers et non aux premiers » vise, sous le nom de derniers, ces mêmes jeûnes du milieu, appelés derniers parce qu'ils viennent après les premiers : on décrète d'abord trois jeûnes, puis trois autres en second lieu ; « mais elles ne jeûnent pas aux premiers », qui sont légers. Et ce qui est enseigné « ni aux premiers ni aux derniers » veut dire : ni aux trois premiers au sens propre, ni aux sept derniers au sens propre, mais uniquement à ceux du milieu.
שְׁלַח לְהוּ כִּיחִידִים דָּמֵיתוּ. פֵּירוּשׁ וּבְשׁוֹמֵעַ תְּפִלָּה תֹּאמְרוּ תְּפִלַּת תַּעֲנִית וְהָא דְּיָחִיד אוֹמֵר וְתֵן טַל וּמָטָר בְּבִרְכַּת הַשָּׁנִים אע"ג שֶׁמִּתְפַּלֵּל בְּעַצְמוֹ הוֹאִיל וּזְמַן צִבּוּר הוּא אֲבָל בְּנֵי נִינְוֵה הָווּ יְחִידִים אַפֵּי' בִּתְקוּפַת תַּמּוּז צְרִיכִין לְמִטְרָא:
« Il leur envoya : vous êtes comme des particuliers. » C'est-à-dire : vous direz la prière du jeûne dans Chomea tefila. Et si un particulier dit « donne la rosée et la pluie » dans la bénédiction des années bien qu'il prie seul, c'est parce que c'est alors le temps de la communauté ; les gens de Ninive, eux, sont des particuliers, puisqu'ils ont besoin de pluie même à la saison de tamouz.
⚖️ Rosh (1)
שְׁלַחוּ לֵיהּ בְּנֵי נִינְוֵה לְרַבִּי כְּגוֹן אֲנַן דִּצְרִיכִין לְמָטָר אֲפִילּוּ בִּתְקוּפַת תַּמּוּז כִּיחִידִים דָּמֵינַן וּבְשׁוֹמֵעַ תְּפִלָּה אוֹ כְּרַבִּים דָּמֵינַן וּבְבִרְכַּת הַשָּׁנִים. שְׁלַח לְהוּ כִּיחִידִים דָּמֵיתוּ וּבְשׁוֹמֵעַ תְּפִלָּה. וְכֵן הִלְכְתָא וְנִרְאֶה דכ"ש דְּכִיחִידִים דָּמוּ לְעִנְיַן עֲנֵנוּ וְאֵין קוֹבְעִין בְּרָכָה לְעַצְמָן. וְכָתַב רַבֵּינוּ אבי"ה שֶׁשָּׁמַע מֵאָבִיו רַבֵּינוּ יוֹאֵל הַלֵּוִי זַ"ל וּמֵרַבֵּינוּ אֱלִיעֶזֶר בַּר שִׁמְעוֹן שֶׁהָיוּ תְּמוּהִין עַל מַה שֶׁסָּמְכוּ הָרִאשׁוֹנִים שֶׁמִּתְעַנִּין בִּשְׁבִיל גְּזֵרָה אוֹ כְּדֵי שֶׁלֹּא תָּבֹא עֲלֵיהֶם צָרָה שֶׁמִּתְפַּלֵּל שְׁלִיחַ צִבּוּר עֲנֵנוּ בֵּין גּוֹאֵל לְרוֹפֵא וְכֵן לָמָּה קוֹרִין פָּרָשַׁת וַיְחַל דְּבַתּוֹסֶפְתָּא קָתָנֵי דְּאֵין קוֹרִין בַּתּוֹרָה בְּתַעֲנִית יָחִיד וְתַעֲנִית שֵׁנִי וְחִמֵּישׁוֹ וְשֵׁנִי שֶׁלְּאַחַר הַפֶּסַח וְאַחַר הֶחָג נָהֲגוּ בָּהֶן כָּל תְּפוּצוֹת יִשְׂרָאֵל וְלָא הָוֵי כְּתַעֲנִית יָחִיד. וְהָרָאָבָ"ד זַ"ל כָּתַב דְּנִרְאֶה לוֹ דְּהָנָךְ תַּעֲנִיּוֹת דְּמִתְעַנִּין בְּאִיָּיר וּבְמַרְחֶשְׁוָן כֵּיוָן דְּאִיכָּא דַּעֲבִיד לְהוּ וְאִיכָּא דְּלָא עֲבִיד לְהוּ וְלָא חוֹבָה נִינְהוּ וְלָאו עַל מִילְּתָא יְדִיעָה עָבְדִי לְהוּ. ואע"ג דְּמַכְרְזִי עֲלַייְהוּ בְּבֵי כְּנִישְׁתָּא כִּיחִידִים דָּמוּ וְאַפֵּי' שְׁלִיחַ צִבּוּר לֹא יֹאמַר עֲנֵנוּ אֶלָּא בְּשׁוֹמֵעַ תְּפִלָּה. וּפָרָשַׁת וַיְחַל נָמֵי לָא אִיבַּעְיָא לְהוּ לְמִיקְרֵי וּבְאֶרֶץ אַשְׁכְּנַז עֲשָׂאוּם קֶבַע וְהַכֹּל מִתְעַנִּין וְסָמְכוּ לְהוּ מַעֲשֶׂה דְּאִיּוֹב דְּכִי הִקִּיפוּ בָּנָיו לְשִׁבְעַת הַיָּמִים הִקְרִיבוּ עוֹלוֹת מִסְפַּר בָּנָיו אוּלַי חָטְאוּ וּבֵרְכוּ הַשֵּׁם בְּלִבָּם. וְכֵן בְּשִׂמְחָה וּמִשְׁתֶּה שֶׁל יְמֵי הַמּוֹעֵד אוּלַי חָטְאוּ נִרְאֶה לִי דִּנְהִי דְּכִיחִידִים דָּמוּ לְעִנְיַן שְׁאֵלָה הַיְינוּ טַעְמָא דִּמְפָ' בִּירוּשַׁלְמִי (פ' אֵין עוֹמְדִין) שֶׁאֵין לְשַׁנּוֹת מִמַּטְבֵּעַ בְּרָכָה דְּסֵדֶר י"ח בְּרָכוֹת תִּיקּוּן נְבִיאִים הֵן וְאֵיךְ לְשַׁנּוֹת בָּהֶם אֲבָל קָהָל מְקַבְּלִים עֲלֵיהֶם תַּעֲנִית וַדַּאי רַבִּים מִיקְּרוּ וִיכוֹלִין לִקְבֹּועַ בְּרָכָה: וּבַשֵּׁנִי מַטִּין עִם חֲשֵׁיכָה. תַּנָּא מַטִּין לְעֵת עֶרֶב וּבַחֲמִישִׁי פּוֹתְחִין כָּל הַיּוֹם כֻּולָּן מִפְּנֵי כְּבוֹד הַשַּׁבָּת יֵשׁ לוֹ שְׁנֵי פְתָחִים פּוֹתֵחַ אֶחָד וְנוֹעֵל אֶחָד אִם יֵשׁ לוֹ אִיצְטַבָּא בְּפָנֶיהָ פּוֹתֵחַ כְּדַרְכּוֹ וְאֵינוֹ חוֹשֵׁשׁ:
« Les gens de Ninive envoyèrent demander à Rabbi : nous autres, qui avons besoin de pluie même à la saison de tamouz, sommes-nous comme des particuliers, et alors dans Chomea tefila, ou comme une communauté, et alors dans la bénédiction des années ? Il leur envoya : vous êtes comme des particuliers, et dans Chomea tefila. » Et telle est la halakha. Il apparaît à plus forte raison qu'ils sont comme des particuliers quant à Anénou, et qu'ils ne se fixent pas une bénédiction à eux-mêmes. Rabbenou Avia'h (le Raavya) a écrit qu'il avait entendu de son père Rabbenou Yoël Halévi, de mémoire bénie, et de Rabbenou Eliezer bar Chimon, qu'ils s'étonnaient de ce sur quoi les premiers se sont appuyés pour que l'officiant dise Anénou entre Goël et Rofé lorsqu'on jeûne à cause d'un décret ou afin qu'un malheur ne survienne pas, et de même pour l'usage de lire la section Vayéhal, alors que la Tossefta enseigne qu'on ne lit pas dans la Tora lors d'un jeûne de particulier. Et les jeûnes du lundi, du jeudi et du lundi qui suivent Pessa'h et qui suivent la fête, toutes les diasporas d'Israël en ont pris l'usage, et ils ne valent pas comme un jeûne de particulier. Le Raavad, de mémoire bénie, a écrit qu'il lui semble que ces jeûnes que l'on observe en iyar et en marheshvan, puisqu'il y a qui les font et qui ne les font pas, qu'ils ne sont pas une obligation et qu'on ne les institué pas pour une affaire déterminée — et bien qu'on les annonce à la synagogue — valent comme des particuliers ; même l'officiant ne dira donc Anénou que dans Chomea tefila, et il n'y a pas lieu non plus d'y lire la section Vayéhal. Mais au pays d'Achkenaz on en a fait une règle fixe, tous jeûnent, et ils s'appuient sur l'épisode de Job : lorsque ses fils achevaient le tour des sept jours, il offrait des holocaustes selon le nombre de ses fils, se disant que peut-être avaient-ils fauté et avaient-ils béni Hachem dans leur cœur ; de même pour la joie et le festin des jours de fête, peut-être ont-ils fauté. Il me semble que, s'ils valent comme des particuliers quant à la demande de pluie, la raison en est celle qu'explique le Yerouchalmi (chapitre Ein omdin) : on ne modifie pas la formule fixée de la bénédiction, car l'ordre des dix-huit bénédictions est une institution des prophètes, et comment y changer quelque chose ? Mais une communauté qui prend sur elle un jeûne est assurément appelée « nombreux » et peut se fixer une bénédiction. « Et le lundi ils entrebâillent à la tombée de la nuit. » On a enseigné : ils entrebâillent vers le soir, et le jeudi ils ouvrent toute la journée entière en l'honneur du Chabbat. S'il a deux entrées, il en ouvre une et en ferme une. S'il a une estrade devant l'entrée, il ouvre à sa manière habituelle et ne s'en soucie pas.
💡 Explication

Ninive se trouve dans une région où la pluie est nécessaire toute l'année, y compris en tekoufat tamouz, le plein été. Le calendrier liturgique, lui, est règle sur la terre d'Israël, où la demande de pluie est fixée à la saison des pluies et inscrite dans la neuvième bénédiction de la amida, Birkat hachanim.

La question posée à Rabbi est donc une question de statut : une ville entière qui a un besoin propre, hors du calendrier commun, compte-t-elle comme un tsibour, qui peut placer sa demande dans la bénédiction prévue pour elle, ou comme un yahid, un particulier, dont tout besoin personnel se dit dans Chomea tefila, la bénédiction ouverte à toute requête ? Rabbi répond : comme des particuliers.

Le principe qui commande la réponse, et que le Roch rappelle ici, est qu'on ne modifie pas la formule d'une bénédiction fixée par les prophètes. Chomea tefila est précisément l'endroit prévu pour ce qui déborde le cadre fixé, comme la prière pour un malade de sa maison.

5
מֵיתִיבִי, אָמַר רַבִּי יְהוּדָה: אֵימָתַי — בִּזְמַן שֶׁהַשָּׁנִים כְּתִיקְנָן וְיִשְׂרָאֵל שְׁרוּיִן עַל אַדְמָתָן. אֲבָל בַּזְּמַן הַזֶּה — הַכֹּל לְפִי הַשָּׁנִים, הַכֹּל לְפִי הַמְּקוֹמוֹת, הַכֹּל לְפִי הַזְּמַן! אֲמַר לֵיהּ: מַתְנִיתָא רָמֵית עֲלֵיהּ דְּרַבִּי?! רַבִּי תַּנָּא הוּא וּפָלֵיג.

On objecte : Rabbi Yehouda a dit : quand cela ? Au temps où les années sont conformes à leur ordre et où Israël demeure sur sa terre.

Mais à notre époque, tout dépend des années, tout dépend des lieux, tout dépend du temps ! Il lui dit : tu opposes une baraita à Rabbi ?!

Rabbi est un tana, et il peut être en désaccord.

📜 Rachi (5)
אֵימָתַי הוּא סֵדֶר תַּעֲנִיּוֹת:
Quand cela — il s'agit de l'ordre des jeûnes.
בִּזְמַן שֶׁהַשְּׁנַיִם כְּתִיקְנָן שֶׁהִיא קָצִיר בְּנִיסָן וּזְרִיעָה בְּמַרְחֶשְׁוָן וְאֵין סֵדֶר הַשָּׁנִים מִשְׁתַּנֶּה:
Au temps où les années sont conformes à leur ordre — que la moisson tombe en nissan et les semailles en marheshvan, et que l'ordre des saisons ne change pas.
וְיִשְׂרָאֵל שְׁרוּיִן עַל אַדְמָתָן שֶׁמִּנְהַג אֶרֶץ יִשְׂרָאֵל בְּכָךְ:
Et où Israël demeure sur sa terre — car tel est l'usage de la terre d'Israël.
הַכֹּל לְפִי הַשָּׁנִים אִם צְרִיכָה אוֹתָהּ שָׁנָה לְמָטָר כְּגוֹן שָׁנָה שְׁחוּנָה שֶׁצְּרִיכָה לִגְשָׁמִים הַרְבֵּה:
Tout dépend des années — si cette année-là a besoin de pluie, par exemple une année de chaleur qui réclame beaucoup de pluies.
לְפִי הַמְּקוֹמוֹת כְּגוֹן נִינְוֵה דְּאַפֵּי' בִּתְקוּפַת תַּמּוּז בָּעוּ מִטְרָא. לָא גָּרְסִינַן לְפִי הַזְּמַן שֶׁלֹּא יָרְדוּ עֲדַיִין גְּשָׁמִים:
Selon les lieux — comme Ninive, qui a besoin de pluie même à la saison de tamouz. Nous ne lisons pas « selon le temps », au sens où les pluies ne seraient pas encore tombées.
🗂️ Tossefot (1)
הַכֹּל לְפִי הַשָּׁנִים. אִם צְרִיכִים אוֹתָהּ שָׁנָה גְּשָׁמִים שֶׁהִיא שְׁחוּנָה וְאִם צְרִיכִים גְּשָׁמִים כִּבְנֵי נִינְוֵה שׁוֹאֲלִין וְתֵן טַל וּמָטָר בְּבִרְכַּת הַשָּׁנִים:
« Tout dépend des années. » Si cette année-là a besoin de pluies parce qu'elle est chaude, et s'ils ont besoin de pluies comme les gens de Ninive, ils demandent « donne la rosée et la pluie » dans la bénédiction des années.
💡 Explication

La baraita de Rabbi Yehouda paraît dire exactement le contraire de Rabbi. Elle reconnaît que le calendrier fixe suppose deux conditions — des saisons régulières et un peuple établi sur sa terre — et que, ces conditions tombées, la demande s'ajuste à l'année, au lieu et au moment. Tossefot en tire la conséquence explicite : les gens de Ninive diraient alors « donne la rosée et la pluie » dans la bénédiction des années.

La réponse ne discute pas le contenu de la baraita, elle en discute le poids. Rabbi, rédacteur de la michna, a lui-même rang de tana : une baraita ne le réfute pas, elle lui fait face. La question reste donc ouverte, ce qui explique qu'elle soit reprise aussitôt sous la forme « qu'en est-il finalement ? ».

6
מַאי הָוֵי עֲלַהּ? רַב נַחְמָן אָמַר: בְּבִרְכַּת הַשָּׁנִים. רַב שֵׁשֶׁת אָמַר: בְּ״שׁוֹמֵעַ תְּפִלָּה״. וְהִלְכְתָא: בְּ״שׁוֹמֵעַ תְּפִלָּה״.

Qu'en est-il finalement ? Rav Nahman dit : dans la bénédiction des années.

Rav Chechet dit : dans « Chomea tefila ». Et la halakha est : dans « Chomea tefila ».

💡 Explication

Les deux amoraim se répartissent exactement selon les deux tannaim précédents : Rav Nahman suit Rabbi Yehouda et la bénédiction des années, Rav Chechet suit Rabbi et Chomea tefila.

La guemara tranche par un ve-hilkheta, formule de décision définitive : la demande de pluie hors saison se dit dans Chomea tefila. La formule fixée des dix-huit bénédictions reste ainsi inchangée, et le besoin local trouve sa place dans la bénédiction faite pour l'accueillir.

7
בַּשֵּׁנִי מַטִּין עִם חֲשֵׁיכָה וּבַחֲמִישִׁי כָּל הַיּוֹם מִפְּנֵי כְּבוֹד הַשַּׁבָּת. אִיבַּעְיָא לְהוּ, הֵיכִי קָתָנֵי: בַּשֵּׁנִי מַטִּין עִם חֲשֵׁיכָה, וּבַחֲמִישִׁי כָּל הַיּוֹם — מִפְּנֵי כְּבוֹד הַשַּׁבָּת, אוֹ דִּילְמָא: בַּשֵּׁנִי מַטִּין, וּבַחֲמִישִׁי פּוֹתְחִין כָּל הַיּוֹם כֻּולּוֹ?

« Le lundi ils entrebâillent à la tombée de la nuit, et le jeudi toute la journée, en l'honneur du Chabbat. » On s'est demandé : comment cela est-il enseigné ? Le lundi ils entrebâillent à la tombée de la nuit, et le jeudi ils entrebâillent toute la journée, en l'honneur du Chabbat ?

Ou peut-être : le lundi ils entrebâillent, et le jeudi ils ouvrent toute la journée entière ?

📜 Rachi (2)
מַטִּין שֶׁלֹּא יִרְאוּ בְּנֵי אָדָם וְיִצְטַעֲרוּ אֶלָּא לְעֵת עֶרֶב פּוֹתְחִין הוֹאִיל וְלָאו לִכְבוֹד שַׁבָּת הוּא וּבַחֲמִישִׁי מֻותָּרִין לִפְתֹּוחַ לְגַמְרֵי:
Ils entrebâillent — pour que les gens ne le voient pas et n'en soient pas peinés ; seulement vers le soir ils ouvrent, puisque ce n'est pas en l'honneur du Chabbat. Et le jeudi il leur est permis d'ouvrir entièrement.
אוֹ דִּילְמָא פּוֹתְחִין כָּל הַיּוֹם וְהָכִי מַשְׁמַע מַתְנִיתִין בְּשֵׁנִי מַטִּין וּבָהּ' הָיָה פָּתוּחַ כְּדַרְכּוֹ כָּל הַיּוֹם לְגַמְרֵי מִפְּנֵי כְּבוֹד הַשַּׁבָּת:
Ou peut-être — ils entrebâillent toute la journée ; et voici alors le sens de la michna : le lundi ils entrebâillent, et le jeudi la boutique était ouverte à sa manière habituelle toute la journée, entièrement, en l'honneur du Chabbat.
💡 Explication

La guemara revient à la michna du chapitre, qui décrit ce que font les boutiquiers pendant les sept derniers jeûnes : ils cessent d'ouvrir normalement. Deux jours échappent partiellement à la règle, le lundi et le jeudi, jours de marché et de lecture de la Tora.

La difficulté porte sur la place de la clause finale. Le mot matin désigne une ouverture partielle, une porte poussée sans être ouverte. La question est de savoir si le jeudi diffère du lundi par la durée — entrebâillé, mais tout le jour — ou par le mode — ouvert entièrement. Rachi présente les deux lectures, et la baraita citée ensuite tranchera.

🖼️ Schéma
Les deux lectures de la michna sur l'ouverture des boutiques Première lecture lundi : entrebâillé, et seulement le soir jeudi : entrebâillé, mais toute la journée l'honneur du Chabbat allonge la durée Seconde lecture lundi : entrebâillé, toute la journée jeudi : ouvert en grand, toute la journée l'honneur du Chabbat change le mode La baraita du segment suivant tranche pour la seconde lecture lundi : entrebâillé jusqu'au soir — jeudi : ouvert toute la journée entière l'enjeu de l'entrebâillement : que l'on ne voie pas la boutique ouverte un jour de jeûne
La question posée à la michna : le jeudi se distingue-t-il du lundi par la durée de l'ouverture ou par sa manière ?
8
תָּא שְׁמַע, דְּתַנְיָא: בַּשֵּׁנִי מַטִּין עַד הָעֶרֶב, וּבַחֲמִישִׁי פּוֹתְחִין כָּל הַיּוֹם כֻּולּוֹ מִפְּנֵי כְּבוֹד הַשַּׁבָּת. הָיוּ לוֹ שְׁנֵי פְתָחִים — פּוֹתֵחַ אֶחָד וְנוֹעֵל אֶחָד. הָיָה לוֹ אִצְטְבָא כְּנֶגֶד פִּתְחוֹ — פּוֹתֵחַ כְּדַרְכּוֹ וְאֵינוֹ חוֹשֵׁשׁ.

Viens et écoute, car on a enseigné : le lundi ils entrebâillent jusqu'au soir, et le jeudi ils ouvrent toute la journée entière en l'honneur du Chabbat. S'il avait deux entrées, il en ouvre une et en ferme une.

S'il avait une estrade face à son entrée, il ouvre à sa manière habituelle et ne s'en soucie pas.

📜 Rachi (2)
אִיצְטַבָּא כִּסֵּא דְּהַשְׁתָּא אֵין הַחֲנוּת פְּתוּחָה לִרְשׁוּת הָרַבִּים וְאִם הוּא פָּתוּחַ אֵינוֹ נִרְאֶה כָּל כָּךְ:
Une estrade — un banc ; dès lors la boutique n'est plus ouverte sur le domaine public, et si elle est ouverte cela ne se remarque pas tellement.
פּוֹתֵחַ כְּדַרְכּוֹ אַפֵּי' בַּשֵּׁנִי:
Il ouvre à sa manière habituelle — même le lundi.
💡 Explication

La baraita résout la question : le lundi, l'ouverture reste partielle mais dure jusqu'au soir ; le jeudi, elle est pleine et dure tout le jour. Le jeudi se distingue donc par le mode, non par la durée.

Les deux cas ajoutés éclairent l'enjeu réel de la règle. Celui qui a deux portes en ouvre une et en ferme une : la boutique fonctionne, mais son aspect signale que le jour n'est pas ordinaire. Celui dont l'entrée est masquée par une itstséba, une estrade ou un banc qui la dérobe au regard de la rue, ouvre normalement. L'interdit ne porte donc pas sur le commerce lui-même mais sur son apparence publique, pour qu'on ne voie pas les gens manger et boire un jour de jeûne.

9
עָבְרוּ אֵלּוּ וְלֹא נַעֲנוּ — מְמַעֲטִין בְּמַשָּׂא וּמַתָּן, בְּבִנְיָן וּבִנְטִיעָה. תְּנָא: בְּבִנְיָן — בִּנְיָן שֶׁל שִׂמְחָה. נְטִיעָה — נְטִיעָה שֶׁל שִׂמְחָה. אֵי זֶהוּ בִּנְיָן שֶׁל שִׂמְחָה — זֶה הַבּוֹנֶה בֵּית חַתְנוּת לִבְנוֹ. אִי זוֹ הִיא נְטִיעָה שֶׁל שִׂמְחָה — זֶה הַנּוֹטֵעַ אַבְּוָורַנְקֵי שֶׁל מְלָכִים.

« Ceux-là passés sans qu'on ait été exaucé, on réduit le négoce, la construction et la plantation. » On a enseigné : la construction, une construction de joie ; la plantation, une plantation de joie. Quelle est la construction de joie ?

Celui qui bâtit une maison de noces pour son fils. Quelle est la plantation de joie ?

Celui qui plante un avvarnaki de rois.

📜 Rachi (4)
ה"ג תְּנָא בִּנְיָן בִּנְיָן שֶׁל שִׂמְחָה נְטִיעָה נְטִיעָה שֶׁל שִׂמְחָה בִּנְיָן דְּקָתָנֵי מַתְנִיתִין לֹא בִּנְיָן הַצָּרִיךְ לוֹ אֶלָּא בִּנְיָן הַצָּרִיךְ לְשִׂמְחָה דְּבִדְבַר שִׂמְחָה מְמַעֲטִינַן:
Telle est la leçon : on a enseigné, la construction — une construction de joie ; la plantation — une plantation de joie. La construction dont parle la michna ne vise pas la construction dont il a besoin, mais celle qui sert à la joie, car c'est en matière de joie que l'on réduit.
בֵּית חַתְנוּת לַעֲשׂוֹת חֻופָּתוֹ:
Une maison de noces — pour y faire sa houppa.
אַבְּוָורַנְקֵי שֶׁל מְלָכִים שֶׁכָּךְ הָיוּ נוֹהֲגִין כְּשֶׁנּוֹלַד בֵּן לַמֶּלֶךְ הָיוּ נוֹטְעִין אִילָן לִשְׁמוֹ וְיוֹם שֶׁמַּמְלִיכִין אוֹתוֹ עוֹשִׂין לוֹ כִּסֵּא מִמֶּנּוּ לִישָּׁנָא אַחְרִינָא אִילָן גָּדוֹל הַמֵּיסֵךְ עַל הָאָרֶץ לְטַייֵּל הַמֶּלֶךְ תַּחְתָּיו וְדוֹמֶה לוֹ בְּעֵירוּבִין (דַּף כֹּה:) הַהוּא אַבְּוָורַנְקָא דַּהֲוָה לֵיהּ לְרֵישׁ גָּלוּתָא בְּבֻוסְתָּנֵיהּ:
Un avvarnaki de rois — tel était leur usage : à la naissance d'un fils de roi, on plantait un arbre à son nom, et le jour où on le faisait roi on lui en faisait un trône. Autre leçon : un grand arbre couvrant la terre de son ombre, sous lequel le roi se promène ; et son semblable se trouve dans Erouvin (25b) : « un certain avvarnaka qu'avait l'exilarque dans son verger ».
שֶׁל מְלָכִים דֶּרֶךְ מְלָכִים נוֹטְעִין אוֹתוֹ לְצֵל הוּא נוֹטְעוֹ כְּמוֹ כֵן לְצֵל הִיא וְהִיא נְטִיעָה שֶׁל שִׂמְחָה:
De rois — l'usage des rois est d'en planter pour l'ombre ; celui-là aussi le plante pour l'ombre, et c'est bien une plantation de joie.
⚖️ Rosh (1)
גְּמ' תְּנָא בִּנְיָן בִּנְיָן שֶׁל שִׂמְחָה נְטִיעָה נְטִיעָה שֶׁל שִׂמְחָה. אֵיזֶהוּ בִּנְיָן שֶׁל שִׂמְחָה זֶה הַבּוֹנֶה בֵּית חַתְנוּת לִבְנוֹ. נְטִיעָה שֶׁל שִׂמְחָה זֶה הַנּוֹטֵעַ אַבְוַרְנְקִי שֶׁל מְלָכִים. יְרוּשַׁלְמִי (הֲלָכָה ח) הָדָא דְּתֵימָא בְּבִנְיָן שֶׁל שִׂמְחָה אֲבָל אִם הָיָה כָּותְלוֹ גּוֹהֶה סוֹתְרוֹ וּבוֹנֵהוּ פִּי' כָּותְלוֹ שֶׁל בֵּית חַתְנוּת: וּבִשְׁאִילַת שָׁלוֹם. תָּנוּ רַבָּנַן חֲבֵירִים אֵין בֵּינֵיהֶם שְׁאִילַת שָׁלוֹם וְעַם הָאָרֶץ שֶׁשָּׁאַל מַחֲזִירִין אוֹתוֹ בְּשָׂפָה רָפָה וּבְכֹובֶד רֹאשׁ וְהֵם מִתְעַטְּפִין וְיוֹשְׁבִין כַּאֲבֵלִים וְכִמְנֻודִּים עַד שֶׁיְּרַחֲמוּ עֲלֵיהֶם מִן הַשָּׁמַיִם. א"ר אֶלְעָזָר אֵין אָדָם חָשׁוּב רַשַּׁאי לִיפּוֹל עַל פָּנָיו אֶלָּא אִם כֵּן נַעֲנֶה כִּיהוֹשֻׁעַ שֶׁנֶּאֱמַר (יְהוֹשֻׁעַ ז) וַיֹּאמֶר ה' אֶל יְהוֹשֻׁעַ קֻום לָךְ לָמָּה זֶּה אַתָּה נֹופֵל וּבַיְּרוּשַׁלְמִי (פ"ב הֵל' ו) וּבִלְבַד יָחִיד עַל הַצִּבּוּר אֶלָּא אִם כֵּן בָּטוּחַ הוּא בַּחֲסִידוּתוֹ שֶׁיַּעֲנֶה כִּיהוֹשֻׁעַ בֶּן נוּן שֶׁמָּא לֹא יַעֲנֶה וְיִתְחַלֵּל שֵׁם שָׁמַיִם וְיֹאמְרוּ אֵין תּוֹכוֹ כְּבָרוֹ. יָצָא נִיסָן הַגְּשָׁמִים סִימַן קְלָלָה. יְרוּשַׁלְמִי (פ"א הֵל' ח) א"ר אַסִּי בַּר אָבִין הֲדָא דְּתִימְרָא בְּשֶׁלֹּא יָרְדוּ לָהֶם גְּשָׁמִים מִכְּבָר. אֲבָל יָרְדוּ לָהֶם גְּשָׁמִים מִכְּבָר סִימַן בְּרָכָה הֵם: הַדְרָן עֲלָךְ מֵאֵימָתַי פֶּרֶק שֵׁנִי
Guemara. On a enseigné : la construction, une construction de joie ; la plantation, une plantation de joie. Quelle est la construction de joie ? Celui qui bâtit une maison de noces pour son fils. La plantation de joie ? Celui qui plante un avvarnaki de rois. Yerouchalmi (halakha 8) : cela vaut pour une construction de joie, mais si son mur penchait, il le démolit et le rebâtit — c'est-à-dire le mur de la maison de noces. « Et les salutations. » Nos maîtres ont enseigné : les haverim n'échangent pas de salutations entre eux ; et le am haaretz qui salue, on lui rend d'une lèvre molle et avec gravité ; et eux s'enveloppent et s'asseyent comme des endeuillés et comme des exclus, jusqu'à ce que le Ciel ait pitié d'eux. Rabbi Elazar a dit : un homme en vue n'a le droit de tomber sur sa face que s'il est exaucé comme Yehochoua, ainsi qu'il est dit (Josue 7) : « Et ה' dit à Yehochoua : lève-toi, pourquoi donc tombes-tu ? » Et dans le Yerouchalmi (ch. 2 halakha 6) : et cela seulement lorsqu'un particulier prie pour la communauté, à moins qu'il ne soit assuré par sa piété d'être exaucé comme Yehochoua bin Noun ; car peut-être ne sera-t-il pas exaucé, le nom du Ciel sera profane et l'on dira que son dedans ne vaut pas son dehors. « Nissan passé, les pluies sont un signe de malédiction. » Yerouchalmi (ch. 1 halakha 8) : Rabbi Assi bar Avin a dit : cela s'entend lorsque les pluies ne sont pas tombées auparavant ; mais si des pluies sont déjà tombées, elles sont un signe de bénédiction. Hadran alakh perek Méémataï.
💡 Explication

La michna demandait de réduire trois activités lorsque les treize jeûnes sont passés sans réponse. La baraita en restreint deux : la construction et la plantation visées sont celles qui expriment la joie, non celles qui répondent à un besoin. On ne demande pas à un homme de laisser sa maison sans toit ni son champ sans semence.

Les deux exemples donnent la mesure du superflu festif : la beit hatanout, la maison de noces bâtie pour le fils qui se marie, et l'avvarnaki de rois, arbre d'agrément planté à la manière des rois. Rachi donne deux traditions sur ce dernier mot, l'arbre planté à la naissance d'un prince et l'arbre d'ombrage sous lequel le roi se promène, et les deux convergent sur le même point : un plant qui ne sert à rien d'autre qu'à l'agrément.

Le Roch ajoute le correctif du Yerouchalmi : même la maison de noces, si son mur menace ruine, peut être démolie et rebâtie. La réduction porte sur la joie, et non sur la sécurité.

10
וּבִשְׁאִילַת שָׁלוֹם. תָּנוּ רַבָּנַן: חֲבֵרִים, אֵין שְׁאֵילַת שָׁלוֹם בֵּינֵיהֶן. עַמֵּי הָאָרֶץ שֶׁשּׁוֹאֲלִין — מַחְזִירִין לָהֶם בְּשָׂפָה רָפָה, וּבְכֹובֶד רֹאשׁ. וְהֵן מִתְעַטְּפִין וְיוֹשְׁבִין כַּאֲבֵלִים וְכִמְנֻודִּין, כִּבְנֵי אָדָם הַנְּזוּפִין לַמָּקוֹם, עַד שֶׁיְּרַחֲמוּ עֲלֵיהֶם מִן הַשָּׁמַיִם.

« Et les salutations. » Nos maîtres ont enseigné : les haverim n'échangent pas de salutations entre eux. Les amei haaretz qui les saluent, on leur rend d'une lèvre molle et avec gravité.

Et eux s'enveloppent et s'asseyent comme des endeuillés et comme des exclus, comme des gens réprimandés devant Hachem, jusqu'à ce que le Ciel ait pitié d'eux.

📜 Rachi (2)
שֶׁשָּׁאַל בְּשָׁלוֹם תַּלְמִיד חָכָם מַחֲזִיר לוֹ מִשּׁוּם אֵיבָה וּבְשָׂפָה רָפָה:
Celui qui salue — un talmid 'hakham lui rend son salut à cause de l'animosité qu'un silence susciterait, et il le fait d'une lèvre molle.
אֲבָל וּמְנֻודֶּה חַייָּבִין בַּעֲטִיפָה דִּכְתִיב וְעַל שָׂפָם יַעְטֶה בְּמוֹעֵד קָטָן (דַּף טו.):
L'endeuillé et l'exclu sont tenus à l'enveloppement — car il est écrit « et il se couvrira jusqu'à la moustache », dans Moed Katan (15a).
⚖️ Rosh (1)
מַתְנִי' עָבְרוּ אֵלּוּ וְלֹא נַעֲנוּ מְמַעֲטִין בְּמַשָּׂא וּבְמַתָּן בְּבִנְיָן וּבִנְטִיעָה בְּאֵירוּסִין וּבְנִשּׂוּאִין וּבִשְׁאִילוֹת שָׁלוֹם בֵּין אָדָם לַחֲבֵירוֹ כִּבְנֵי אָדָם הַנְּזוּפִים לִפְנֵי הַמָּקוֹם. הַיְּחִידִים חוֹזְרִין וּמִתְעַנִּין עַד שֶׁיֵּצֵא נִיסָן. יָצָא נִיסָן הַגְּשָׁמִים סִימַן קְלָלָה שֶׁנֶּאֱמַר (שְׁמוּאֵל א יב) הֲלֹא קְצִיר חִטִּים הַיּוֹם אֶקְרָא וְגוֹ':
Michna. Ceux-là passés sans qu'on ait été exaucé, on réduit le négoce, la construction et la plantation, les fiançailles et les noces, et les salutations entre un homme et son prochain, comme des gens réprimandés devant Hachem. Les particuliers reprennent le jeûne jusqu'à ce que nissan soit passé. Nissan passé, les pluies sont un signe de malédiction, ainsi qu'il est dit (I Samuel 12) : « N'est-ce pas aujourd'hui la moisson des blés ? Je vais crier, etc. »
💡 Explication

La baraita gradue la retenue selon l'interlocuteur. Entre haverim, compagnons voués à l'observance scrupuleuse, la salutation disparaît entièrement. Face à un am haaretz qui salue sans savoir que le jour l'interdit, on répond quand même, mais d'une voix basse et sur un ton grave ; Rachi en donne le motif, éviter l'animosité.

La suite décrit une posture entière : s'envelopper, comme l'endeuillé et l'exclu, et s'asseoir. Le mot nezoufin, réprimandés, indique le sens de la scène ; ils se tiennent devant Hachem dans la posture de celui à qui l'on a tourné le visage, et ils s'y tiennent jusqu'à ce que la pitié vienne du Ciel.

11
אָמַר רַבִּי אֶלְעָזָר: אֵין אָדָם חָשׁוּב רַשַּׁאי לִיפּוֹל עַל פָּנָיו, אֶלָּא אִם כֵּן נַעֲנֶה כִּיהוֹשֻׁעַ בִּן נוּן, שֶׁנֶּאֱמַר: ״וַיֹּאמֶר ה׳ אֶל יְהוֹשֻׁעַ קֻם לָךְ לָמָּה זֶּה אַתָּה נֹפֵל עַל פָּנֶיךָ״.

Rabbi Elazar a dit : un homme en vue n'a le droit de tomber sur sa face que s'il est exaucé comme Yehochoua bin Noun, ainsi qu'il est dit : « Et ה' dit à Yehochoua : lève-toi ! Pourquoi donc tombes-tu sur ta face ? »

📜 Rachi (1)
רַשַּׁאי לִיפּוֹל עַל פָּנָיו לְבַזּוֹת עַצְמוֹ בִּפְנֵי הַצִּבּוּר שֶׁאִם לֹא יַעֲנֶה יְחָרְפוּהוּ כָּךְ שָׁמַעְתִּי אֶלָּא אִם כֵּן יוֹדְעִין בּוֹ שֶׁהוּא חָשׁוּב כִּיהוֹשֻׁעַ שֶׁאָמַר לוֹ הקב"ה קֻום לָךְ לָמָּה זֶּה אַתָּה נֹופֵל עַל פָּנֶיךָ:
N'a le droit de tomber sur sa face — de se ravaler devant la communauté ; car s'il n'est pas exaucé on le couvrira d'outrage — ainsi l'ai-je entendu — à moins qu'on ne sache de lui qu'il est en vue comme Yehochoua, à qui le Saint béni soit-Il a dit : lève-toi, pourquoi donc tombes-tu sur ta face ?
🪔 Ben Yehoyada (1)
אֵין אָדָם חָשׁוּב רַשַּׁאי לִפֹּל עַל פָּנָיו, אֶלָּא אִם כֵּן נַעֲנֶה כִּיהוֹשֻׁעַ בִּן נוּן. פֵּירֵשׁ רַשִׁ"י שֶׁמָּא לֹא יִהְיֶה נַעֲנֶה וִיחָרְפוּהוּ, וְהִקְשָׁה מָהַרְשָׁ"א אַמַּאי אֵינוֹ רַשַּׁאי אִם הוּא לֹא קָפֵיד בְּכָךְ? וְנִרְאֶה לִי בס"ד הַכַּוָּנָה שֶׁיְּחָרְפוּ גַּם הַנְּפִילַתְּ אַפַּיִם גַּם כֵּן עִמּוֹ שֶׁאוֹמְרִים זֶה שׁוֹטֶה שֶׁהֶאֱמִין דִּנְפִילַת אַפַּיִם עוֹשֶׂה רֹושֶׁם וְלֹא יֵדַע שֶׁאֵין בָּהּ תּוֹעֶלֶת, וַהֲרֵי הוּא פֶּתִי מַאֲמִין לְכָל דָּבָר! וְנִמְצָא בְּחָרְפָּם אוֹתוֹ נוֹגֵעַ הַחֵירוּף לִנְפִילַת אַפַּיִם גַּם כֵּן. וּבָזֶה נִיחָא מַה שֶׁאָמַר 'אָדָם חָשׁוּב' דְּאִם אֵינוֹ אָדָם חָשׁוּב אוֹמְרִים לְכָךְ הוּא לֹא נַעֲנָה מִצַּד פְּחִיתוּתוֹ וְאֵין תּוֹלִין הַחִסָּרוֹן בִּנְפִילַת אַפַּיִם. וְעוֹד נִרְאֶה לִי בס"ד מִלְּבַד פֵּירוּשׁ רָשִׁ"י, הָא דְּאֵינוֹ רַשַּׁאי מִשּׁוּם דְּמִתְחַייֵּב בְּנַפְשׁוֹ כִּי עַל יְדֵי כָּךְ הַמְקַטְרְגִים יְקַטְרְגוּ עָלָיו לוֹמַר זֶה סָמַךְ עַל צִדְקוּתוֹ וְעָשָׂה נְפִילַת אַפַּיִם לְהַעֲנִישׁ בָּהּ אֲחֵרִים, נִרְאֶה מַה מַעֲשָׂיו! וּכְהַאי גַּוְנָא אָמְרוּ רַבּוֹתֵינוּ זַ"ל (רֹאשׁ הַשָּׁנָה טז:) אָסוּר לֵישֵׁב תַּחַת קִיר נָטוּי, כִּי מֵבִיא עַצְמוֹ לִידֵי סַכָּנָה מֵחֲמַת קִטְרוּג הַמְקַטְרְגִים. וְעַיֵּין בִּירוּשַׁלְמִי בְּמַכֻלְתִּין פֶּרֶק ג' הֲלָכָה ה', בְּעֻובְדָּא דְּרַבִּי לֵוִי בַּר סִיסֵי וְתַלְמִידוֹ וְתַלְמִיד תַּלְמִידוֹ עַייֵּן שָׁם, וְכֵן הוּא עִנְיָן מַה שֶׁאָמְרוּ כָּאן עַל לְבִישַׁת הַשַּׂק.
« Un homme en vue n'a le droit de tomber sur sa face que s'il est exaucé comme Yehochoua bin Noun. » Rachi explique : peut-être ne sera-t-il pas exaucé et le couvrira-t-on d'outrage. Le Maharcha objecte : pourquoi n'en aurait-il pas le droit, s'il ne s'en soucie pas lui-même ? Il me semble, avec l'aide du Ciel, que l'intention est que l'outrage atteindra du même coup la <b>nefilat apayim</b> (la chute sur la face) : on dira que voilà un insensé qui a cru que la nefilat apayim produit un effet et qui ignorait qu'elle est sans utilité, un naïf qui croit tout ! Il se trouve qu'en l'outrageant on atteint aussi la nefilat apayim elle-même. Ainsi s'éclaire le mot « homme en vue » : car s'il n'est pas un homme en vue, on dira que s'il n'a pas été exaucé, c'est à cause de sa propre bassesse, et l'on n'imputera pas le manquement à la nefilat apayim. Et il me semble encore, avec l'aide du Ciel, outre l'explication de Rachi, qu'il n'en a pas le droit parce qu'il met sa vie en danger : par ce geste, les accusateurs l'accuseront en disant, celui-là s'est appuyé sur sa justice et a fait une nefilat apayim pour en faire punir autrui — voyons donc quelles sont ses actions ! Nos maîtres, de mémoire bénie, ont dit une chose semblable (Roch Hachana 16b) : il est interdit de s'asseoir sous un mur penché, car on s'expose ainsi au danger à cause de l'accusation des accusateurs. Vois le Yerouchalmi sur notre traité, chapitre 3 halakha 5, dans l'épisode de Rabbi Levi bar Sissi, de son élève et de l'élève de son élève, vois-y. Et il en va de même de ce qui est dit ici à propos du vêtement de sac.
💡 Explication

La nefilat apayim, la chute sur la face, est le geste de prière le plus abaissé. Rabbi Elazar le réserve à l'homme dont la communauté sait qu'il sera exaucé, et son verset est celui où ה' relève Yehochoua après la défaite devant Aï.

Rachi donne le motif : celui qui se ravale publiquement et n'obtient rien s'expose au mépris. Le Ben Ich H'ai rapporte l'objection du Maharcha — un homme peut accepter d'être méprisé — et répond que l'outrage retombe alors sur le geste lui-même, que l'on tiendra pour vain. Il ajoute un second motif : un tel geste provoque les accusateurs d'en haut, qui demandent à examiner les actes de celui qui s'appuie sur son mérite.

12
וְאָמַר רַבִּי אֶלְעָזָר: אֵין אָדָם חָשׁוּב רַשַּׁאי לַחֲגֹור שַׂק אֶלָּא אִם כֵּן נַעֲנֶה כִּיהוֹרָם בֶּן אַחְאָב, שֶׁנֶּאֱמַר: ״וַיְהִי כִשְׁמֹעַ הַמֶּלֶךְ אֶת דִּבְרֵי הָאִשָּׁה וַיִּקְרַע אֶת בְּגָדָיו וְהוּא עֹבֵר עַל הַחֹמָה וַיַּרְא הָעָם וְהִנֵּה הַשַּׂק עַל בְּשָׂרוֹ וְגוֹ׳״.

Rabbi Elazar a dit encore : un homme en vue n'a le droit de se ceindre d'un sac que s'il est exaucé comme Yehoram fils d'Ahav, ainsi qu'il est dit : « Et lorsque le roi entendit les paroles de la femme, il déchira ses vêtements ; or il passait sur la muraille, et le peuple vit, et voici, le sac était sur sa chair, etc. »

📜 Rachi (1)
אֶלָּא אִם כֵּן נַעֲנֶה שֶׁיּוֹדְעִין הֵן שֶׁנַּעֲנָה כִּיהוֹרָם יְהוֹרָם רָשָׁע הָיָה אֶלָּא שֶׁהִתְעַנָּה עַל רָעָב שֶׁהָיָה בְּיָמָיו וְנַעֲנָה דִּכְתִיב (מְלָכִים ב ז׳:ט״ז) וַיְהִי סְאָה סֹולֶת בְּשֶׁקֶל וְסָאתַיִם שְׂעֹורִים בְּשֶׁקֶל:
Que s'il est exaucé — que l'on sache qu'il sera exaucé comme Yehoram. Yehoram était un impie, mais il jeûna à cause de la famine qui sévissait de son temps et fut exaucé, ainsi qu'il est écrit (II Rois 7,16) : « et une sea de fleur de farine fut à un chekel, et deux sea d'orge à un chekel ».
💡 Explication

Le second enseignement applique la même règle à un autre geste public, le sak, le sac de deuil porte à même la chair. La condition reste la même : l'assurance d'être exaucé.

Le choix du modèle frappe. Yehoram fils d'Ahav était un roi impie, et c'est pourtant lui que le verset retient, parce que son jeûne fut suivi d'effet : la famine de Chomron cessa. La preuve porte sur le résultat du geste, non sur la valeur de celui qui l'a fait.

13
וְאָמַר רַבִּי אֶלְעָזָר: לֹא הַכֹּל בִּקְרִיעָה וְלֹא הַכֹּל בִּנְפִילָה. מֹשֶׁה וְאַהֲרֹון — בִּנְפִילָה, יְהוֹשֻׁעַ וְכָלֵב — בִּקְרִיעָה. מֹשֶׁה וְאַהֲרֹן בִּנְפִילָה, דִּכְתִיב: ״וַיִּפֹּול מֹשֶׁה וְאַהֲרֹן עַל פְּנֵיהֶם״. יְהוֹשֻׁעַ וְכָלֵב בִּקְרִיעָה, דִּכְתִיב: ״וִיהוֹשֻׁעַ בִּן נוּן וְכָלֵב בֶּן יְפֻנֶּה קָרְעוּ בִּגְדֵיהֶם״.

Rabbi Elazar a dit encore : tous ne sont pas dans la déchirure et tous ne sont pas dans la chute. Moche et Aharon, dans la chute ; Yehochoua et Kalev, dans la déchirure.

Moche et Aharon dans la chute, car il est écrit : « Et Moche et Aharon tombèrent sur leurs faces ». Yehochoua et Kalev dans la déchirure, car il est écrit : « Et Yehochoua bin Noun et Kalev ben Yefouneh déchirèrent leurs vêtements ».

📜 Rachi (1)
לֹא הַכֹּל נַעֲנִין (בִּתְפִלָּה) וְלֹא הַכֹּל נַעֲנִין בִּקְרִיעָה דִּיהוֹשֻׁעַ וְכָלֵב שֶׁלֹּא הָיוּ חֲשׁוּבֵין כְּמֹשֶׁה וְאַהֲרֹן לֹא זָכוּ לֵיעָנוֹת אֶלָּא בִּקְרִיעָה וּמִקְרָא בְּעָלְמָא קָא דְּרֵישׁ:
Tous ne sont pas — exaucés par la prière, et tous ne sont pas exaucés par la déchirure : Yehochoua et Kalev, qui n'étaient pas en vue comme Moche et Aharon, n'ont mérité d'être exaucés que par la déchirure ; et il expose ici un verset à la manière d'une derasha.
💡 Explication

Le troisième enseignement de Rabbi Elazar tire du récit des explorateurs une hiérarchie des gestes. Deux versets consécutifs montrent deux couples réagissant à la même révolte : Moche et Aharon tombent sur leurs faces, Yehochoua et Kalev déchirent leurs vêtements.

Rachi lit la différence comme une différence de rang : la chute sur la face appartient aux plus grands, la déchirure à ceux qui viennent après. Il précise que la lecture relève de la derasha, une lecture appuyée sur la disposition des versets plus que sur leur sens littéral.

🖼️ Schéma
Deux rangs, deux gestes, dans l'épisode des explorateurs Moche et Aharon ils tombent sur leurs faces Nombres 14,5 le geste le plus fort revient au rang le plus haut Yehochoua et Kalev ils déchirent leurs vêtements Nombres 14,6 selon Rachi, ils n'avaient pas le rang requis Objection de Rabbi Zera, ou de Rabbi Chemouel bar Nahmani le verset porte « et Yehochoua », avec un vav qui rattache au verset précédent ils auraient donc fait les deux gestes, la chute et la déchirure
Le partage des gestes entre les deux couples de l'épisode, et l'objection tirée du vav de liaison.
14
מַתְקִיף לַהּ רַבִּי זֵירָא, וְאִיתֵּימָא רַבִּי שְׁמוּאֵל בַּר נַחְמָנִי: אִי הֲוָה כְּתִיב ״יְהוֹשֻׁעַ״ — כִּדְקָאָמְרַתְּ, הַשְׁתָּא דִּכְתִיב: ״וִיהוֹשֻׁעַ״, הָא וְהָא עֲבִיד.

Rabbi Zera objecte, et il y a qui disent Rabbi Chemouel bar Nahmani : s'il était écrit « Yehochoua », ce serait comme tu l'as dit ; maintenant qu'il est écrit « et Yehochoua », il a fait l'un et l'autre.

📜 Rachi (1)
וִיהוֹשֻׁעַ בֶּן נוּן כְּתִיב בָּתְרֵיהּ דְּהַהוּא דְּוַיֹּפֶל וָי"ו מוֹסִיף עַל עִנְיָן רִאשׁוֹן:
Et Yehochoua bin Noun — c'est écrit à la suite du verset du « et il tomba », et le vav ajoute au propos précédent.
💡 Explication

L'objection repose sur une lettre. Un verset qui ouvrirait par « Yehochoua » poserait une action distincte et opposée à la précédente. Le vav de « et Yehochoua » rattache au contraire ce verset à celui qui précède, et un vav de liaison mossif al inyan richon, ajoute au propos antérieur.

Il en résulte que Yehochoua et Kalev ont pu faire les deux gestes, la chute et la déchirure, la déchirure s'ajoutant à ce qui était déjà dit. La hiérarchie posée par Rabbi Elazar se trouve ainsi contestée sur son fondement scripturaire.

15
וְאָמַר רַבִּי אֶלְעָזָר: לֹא הַכֹּל בְּקִימָה וְלֹא הַכֹּל בְּהִשְׁתַּחֲוָיָה. מְלָכִים — בְּקִימָה, וְשָׂרִים — בְּהִשְׁתַּחֲוָיָה. מְלָכִים בְּקִימָה, דִּכְתִיב: ״כֹּה אָמַר ה׳ גֹּאֵל יִשְׂרָאֵל קְדוֹשׁוֹ

Rabbi Elazar a dit encore : tous ne sont pas dans le lever et tous ne sont pas dans la prosternation. Les rois, dans le lever ; les princes, dans la prosternation.

Les rois dans le lever, car il est écrit : « Ainsi a dit ה', le rédempteur d'Israël, son Saint

📜 Rachi (1)
וְלֹא הַכֹּל בְּקִימָה לִקְרַאת יִשְׂרָאֵל לֶעָתִיד לָבֹא מְלָכִים יִרְאוּ וָקָמוּ שָׂרִים וְיִשְׁתַּחֲווּ:
Et tous ne sont pas dans le lever — à la rencontre d'Israël dans l'avenir : « des rois verront et se lèveront, des princes, et ils se prosterneront ».
💡 Explication

Le folio s'achève sur un quatrième enseignement bâtie sur le même moule que le précédent : lo hakol, tous ne sont pas dans tel geste. Cette fois la scène se déplace vers l'avenir, et les gestes sont ceux de l'hommage rendu à Israël restauré.

Le verset cité est tronqué par la fin du folio ; Rachi en donne la suite, tirée d'Isaie 49,7 : des rois verront et se lèveront, des princes, et ils se prosterneront. À chaque rang son geste, et ici le geste le plus abaissé revient au rang le moins élevé. La suite se lit au début de 15a.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).