Sougya : Le folio se partage en deux. Il achève d'abord la section aggadique ouverte en 14b : le verset d'Yechayahou promet que les rois se lèveront et que les ministres se prosterneront ; Rabbi Zera objecte que la lettre vav de « et ils se prosterneront » oblige à dire que les ministres font l'un et l'autre.
Rav Nahman bar Yitshak ajoute une distinction du même ordre sur un verset des Tehilim : la lumière revient aux justes, la joie aux hommes droits. Le Hadran clôt le chapitre Meeimataï.
Commence alors le deuxième chapitre, dont la longue michna décrit l'ordre du jour de jeûne public : on sort la teva sur la place de la ville, on met de la cendre de foyer sur la teva et sur les têtes, le plus âgé adresse à l'assemblée des paroles de réprimande, on fait descendre devant la teva un officiant âgé, habitué, chargé d'enfants et de maison vide, et celui-ci dit vingt-quatre bénédictions : les dix-huit de chaque jour et six ajoutées, avec sept conclusions qui rappellent chacune une prière exaucée, d'Avraham au mont Moria jusqu'à David et Chelomo à Yerouchalayim. Le folio s'interrompt sur le premier mot d'un récit.
« ... à celui qui est méprisé, à celui qu'abhorre la nation, au serviteur des dominateurs : des rois verront et se lèveront. » Et les ministres, par une prosternation, ainsi qu'il est écrit : « des ministres, et ils se prosterneront ». Rabbi Zera objecte, et certains disent que c'est Rabbi Chemouel bar Nahmani : s'il avait été écrit « et des ministres se prosterneront », ce serait comme tu le dis ; maintenant qu'il est écrit « des ministres, et ils se prosterneront », c'est qu'ils font l'un et l'autre.
Fin de la section aggadique ouverte au folio précédent. Le verset d'Yechayahou (49,7) promet à Israël humilié un renversement futur : les rois verront et se lèveront, les ministres se prosterneront. La lecture initiale répartit deux gestes distincts, un par catégorie : le lever pour les rois, la prosternation pour les ministres.
L'objection de Rabbi Zera tient à une seule lettre. Le texte porte charim vayichtahavou, avec un vav de liaison placé devant le verbe et non devant le sujet. Cette place du vav rattache les ministres à ce qui précède : ils se lèvent comme les rois, et de plus ils se prosternent. Le principe de lecture est général dans la Guemara : la position d'un vav décide de ce qui se cumule et de ce qui se distribue.
Rav Nahman bar Yitshak dit : moi aussi je dis une chose semblable. Tout n'est pas destiné à la lumière, et tout n'est pas destiné à la joie.
Les justes, à la lumière ; les hommes droits, à la joie. Les justes à la lumière, ainsi qu'il est écrit : « une lumière est semée pour le juste » ; et aux hommes droits la joie, ainsi qu'il est écrit : « et pour les cœurs droits, la joie ».
Rav Nahman bar Yitshak reprend le procédé du passage précédent et l'applique à un autre verset (Tehilim 97,11). La formule lo hakol, « tout n'est pas », signale une répartition : deux récompenses, deux catégories, chacune la sienne.
La différence avec le cas précédent est syntaxique. Dans le verset d'Yechayahou, le vav autorisait le cumul ; ici, le verset sépare. Rachi ajoute une hiérarchie : la joie, attribuée aux hommes droits, marque un degré supérieur à la lumière. Tossefot fournit la preuve de la séparation par un argument de symétrie : si l'on rattache une moitié du verset à l'autre dans un sens, il faudrait le faire dans l'autre sens, et le verset aurait alors écrit les deux termes ensemble.
Hadran alakh Mééimataï — nous revenons vers toi, chapitre « À partir de quand ».
Formule de clôture du premier chapitre du traité, ouvert par les mots mééimataï mazkirin guevourot guéchamim, « à partir de quand mentionne-t-on la puissance des pluies ». Le chapitre a traité de la mention et de la demande de pluie, puis de la gradation des treize jeûnes publics.
Le deuxième chapitre change d'objet : il ne traite plus du calendrier des jeûnes mais de leur déroulement, c'est-à-dire de la liturgie du jour de jeûne lui-même.
MICHNA. Quel est l'ordre des jeûnes ?
On sort la teva sur la place de la ville, on place de la cendre de foyer sur la teva, sur la tête du nassi et sur la tête du av beit din, et chacun en place sur sa propre tête.
Ouverture du deuxième chapitre. La michna décrit la liturgie des jeûnes publics les plus graves, ceux où l'on sort la teva, l'arche portative qui contient le sefer Tora. Le geste est celui d'un déplacement : ce qui se tient d'ordinaire à l'abri de la synagogue est porte sur la place, au vu de tous. Rachi rattache cette place à la réhova chel ir du traité Meguila, lieu public consacré par l'usage de la prière des jours de jeûne.
La cendre de foyer, efer mikla, est distinguée de la simple terre par Rachi : le mot efer seul désignerait la poussière, et la michna précise mikla, de combustion, pour désigner une cendre véritable, signe d'humiliation plus fort. Tossefot y voit une cendre d'origine humaine, rappel de la Akeda d'Yitshak. La Guemara du folio suivant discutera ce motif.
La progression du geste est significative : la teva d'abord, puis le nassi et le av beit din, puis chacun. Les chefs reçoivent la cendre d'une main étrangère ; chaque individu se la place lui-même.
Le plus âgé d'entre eux dit devant eux des paroles de réprimande : « Nos frères ! Il n'est pas dit au sujet des gens de Ninvé : D.ieu vit leurs sacs et leur jeûne, mais : D.ieu vit leurs actes, qu'ils étaient revenus de leur mauvaise voie » ; et dans la tradition prophétique il est dit : « Déchirez vos cœurs et non vos vêtements ».
Le discours du plus âgé tient en un argument de lecture. Le livre de Yona aurait pu attribuer le retournement de Ninvé au sac et au jeûne ; le verset (Yona 3,10) mentionne les actes et le retour de la mauvaise voie. La liturgie du jeûne se trouve ainsi relativisée par le texte même qui la fonde.
Rachi explique kevouchin par la racine du pressoir : la parole exerce une pression sur le cœur. Sa seconde glose porte sur le terme divrei kabbala, qui désigne les livres prophétiques par opposition à la Tora ; la question posée est de savoir pourquoi le verset de Yoël reçoit ce nom et le verset de Yona non. La réponse tient au statut du propos : un ordre adressé à Israël d'un côté, un récit de l'autre.
Ils se tinrent debout pour la prière : on fait descendre devant la teva un homme âgé et habitué, qui a des enfants et dont la maison est vide, afin que son cœur soit entier dans la prière.
Quatre conditions sont posées pour le cheliah tsibour du jour de jeûne : l'âge, l'habitude de la prière, la charge d'enfants, et une maison vide. Le motif est donné par la michna elle-même : kedei chéyéhé libo chalem batéfila, afin que son cœur soit entier dans la prière.
La logique est celle de l'implication personnelle. Celui qui a des bouches à nourrir et rien chez lui demande la pluie pour lui-même en la demandant pour la communauté. Rachi ajoute un motif de compétence pour ragil : l'erreur de l'officiant est tenue pour un mauvais signe pour ceux qui l'ont délégué. Il signale enfin que la Guemara donnera une autre lecture de « maison vide », entendue comme une conduite nette de fautes.
Et il dit devant eux vingt-quatre bénédictions : les dix-huit de chaque jour, auxquelles il en ajoute six autres, à savoir : Zikhronot et Chofarot, « Vers Hachem, dans ma détresse, j'ai crié et Il m'a répondu », « Je lève mes yeux vers les montagnes, etc. », « Des profondeurs je T'ai appelé, Hachem », « Prière du pauvre lorsqu'il défaille ».
La amida du jour de jeûne public compte vingt-quatre bénédictions : les dix-huit ordinaires et six ajoutées. Les deux premières ajoutées sont les séries de versets de Roch Hachana, Zikhronot (versets de souvenir) et Chofarot ; les quatre suivantes sont des psaumes de détresse, Tehilim 120, 121, 130 et 102.
Le choix n'est pas arbitraire : chacun de ces psaumes est un appel lancé depuis une situation sans issue, et chacun trouvera son écho dans la conclusion qui lui est assortie, comme le montrent les segments suivants.
Rabbi Yehouda dit : il n'avait pas besoin de dire Zikhronot et Chofarot ; il dit à leur place « S'il y a une famine dans le pays, s'il y a une épidémie », « Parole de Hachem qui fut adressée à Yirmeyahou au sujet des sécheresses ».
Rabbi Yehouda conserve le nombre de six ajouts et change les deux premiers. À la place des séries de Roch Hachana, qui parlent de souvenir et de royauté, il prescrit deux passages qui traitent directement de la détresse visée : la prière de Chelomo lors de l'inauguration du Temple, qui envisage famine et épidémie (I Melakhim 8,37), et l'oracle de Yirmeyahou sur les sécheresses (Yirmeyahou 14,1).
L'enjeu est celui de l'adéquation du texte à l'occasion : Rabbi Yehouda veut une liturgie dont les mots portent sur le mal précis dont on souffre.
Et il dit leurs conclusions. Sur la première il dit : « Celui qui a répondu à Avraham sur le mont Moria, c'est Lui qui vous répondra et qui entendra la voix de votre cri en ce jour.
Béni sois-Tu, Hachem, qui délivrés Israël. » Sur la deuxième il dit : « Celui qui a répondu à nos pères sur la mer des Joncs, c'est Lui qui vous répondra et qui entendra la voix de votre cri en ce jour. Béni sois-Tu, Hachem, qui Te souviens des choses oubliées. »
Chaque ajout reçoit une hatima, une formule de conclusion propre, précédée d'une invocation de forme fixe : mi chéana, celui qui a répondu à un tel en tel lieu, c'est Lui qui vous répondra. La liturgie invoque ainsi une série de précédents de prière exaucée.
Rachi résout ici une difficulté de comptage. La michna annonce six ajouts et donne sept conclusions. La première, Goël Yisrael, appartient déjà aux dix-huit ; c'est la septième bénédiction ordinaire, que l'officiant allonge au lieu d'en créer une nouvelle. Les six suivantes sont les ajouts proprement dits.
Le lien entre Yam Souf et les Zikhronot est expliqué par Rachi : la délivrance d'Égypte est le cas où un peuple oublié est rappelé au souvenir, d'où la conclusion zokher hanichkahot, qui se souvient des choses oubliées.
Sur la troisième il dit : « Celui qui a répondu à Yehochoua à Guilgal, c'est Lui qui vous répondra et qui entendra la voix de votre cri en ce jour. Béni sois-Tu, Hachem, qui entends la teroua. » Sur la quatrième il dit : « Celui qui a répondu à Chemouel à Mitspa, c'est Lui qui vous répondra et qui entendra la voix de votre cri en ce jour.
Béni sois-Tu, Hachem, qui entends le cri. » Sur la cinquième il dit : « Celui qui a répondu à Eliyahou au mont Carmel, c'est Lui qui vous répondra et qui entendra la voix de votre cri en ce jour. Béni sois-Tu, Hachem, qui entends la prière. »
Trois conclusions, trois précédents. La troisième est accordée aux Chofarot : Rachi rattache Guilgal à la prise de Yériho, obtenue au son des chofarot, alors qu'Israël campait encore à Guilgal ; de là, la formule choméa teroua.
Les deux suivantes suivent l'ordre des psaumes ajoutés. Chemouel à Mitspa (I Chemouel 7) répond au psaume « Vers Hachem, dans ma détresse », d'où choméa tseaka ; Eliyahou au mont Carmel répond au psaume « Je lève mes yeux vers les montagnes », d'où choméa tefila, car il est écrit chez Eliyahou anéni, réponds-moi, qui est le terme de la prière.
Sur la sixième il dit : « Celui qui a répondu à Yona depuis les entrailles du poisson, c'est Lui qui vous répondra et qui entendra la voix de votre cri en ce jour. Béni sois-Tu, Hachem, qui réponds au temps de la détresse. » Sur la septième il dit : « Celui qui a répondu à David et à Chelomo son fils à Yerouchalayim, c'est Lui qui vous répondra et qui entendra la voix de votre cri en ce jour.
Béni sois-Tu, Hachem, qui prends en pitié la terre. »
Les deux dernières conclusions achèvent la série. Yona, exaucé depuis les entrailles du poisson, répond au psaume « Des profondeurs je T'ai appelé » ; la conclusion haoné béet tsara reprend le mot même du verset de Yona, « j'ai appelé depuis ma détresse ».
La septième réunit David et Chelomo. Rachi signale que la Guemara s'interrogera sur ce couple : David pour la famine de trois ans (II Chemouel 21), Chelomo pour l'inauguration du Temple, ou pour sa prière sur la famine et la sécheresse. La conclusion haméraheim al haaretz est accordée à l'objet de leur prière, la terre, et au psaume « Prière du pauvre lorsqu'il défaille », que Rachi rapporte à la pénurie de pluies.
Il advint que...
Le folio s'interrompt sur le premier mot d'un récit, que la michna développe au folio suivant : l'épisode où Rabbi Halafta et Rabbi Hanania ben Teradyon observèrent des usages différents lors des bénédictions du jeûne.
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).