Taanit 15b — Fin de la michna du deuxième chapitre : le michmar et le beit av, la Meguilat Taanit, le calendrier des jeûnes, et la cendre sur la tête des chefs

Taanit 15b

Sougya : Le folio achève la longue michna ouverte en 15a, puis ouvre la Guemara. Il rapporte d'abord l'incident des jours de Rabbi Halafta et de Rabbi Hanania ben Teradyon : un officiant acheva chaque bénédiction du jeûne sans qu'on réponde amen après lui, le bedeau annonçant à la place les sonneries du chofar ; les Sages jugèrent que cet usage n'avait cours qu'à la porte orientale et sur le mont du Temple.

La michna passe ensuite au régime du jeûne pour les kohanim de service : Rabbi Yehochoua et les Sages divergent sur ce que doivent les hommes du michmar, la garde de la semaine, et les hommes du beit av, la famille de service du jour ; s'y ajoutent le vin, la coupe de cheveux et la lessive. Viennent alors les jours de la Meguilat Taanit, marqués soit point d'oraison funèbre soit point de jeûne, avec le désaccord de Rabbi Yossi sur la veille et le lendemain ; puis la règle qui interdit d'ouvrir une série de jeûnes un jeudi, pour ne pas faire flamber les prix, et celle qui exclut Roch Hodech, 'Hanouka et Pourim.

La Guemara s'ouvre sur une contradiction que Rav Papa résout : la michna décrivait les sept derniers jeûnes. Elle demande enfin pourquoi le nassi et l'av beit din reçoivent la cendre les premiers, alors que la malédiction commence par le plus petit, et pourquoi un autre la pose sur leur tête.

Qui jeûne, et jusqu'où : le michmar et le beit av Série de jeûnes 3 premiers 3 seconds 7 derniers Rabbi Yehochoua Hommes du michmar jeûnent sans finir jeûnent et finissent jeûnent et finissent Hommes du beit av ne jeûnent pas du tout jeûnent sans finir jeûnent et finissent Les Sages Hommes du michmar ne jeûnent pas du tout jeûnent sans finir jeûnent et finissent Hommes du beit av ne jeûnent pas du tout ne jeûnent pas du tout jeûnent sans finir La logique du tableau Le michmar est la garde sacerdotale de la semaine ; le beit av est la famille qui assure le service du jour même. Le beit av est toujours un cran plus ménagé que le michmar, et les Sages décalent encore toute la grille d'un cran. Motif donné plus loin (17a) : si le service devient lourd, le michmar vient prêter main-forte au beit av, et un homme à jeun n'aurait pas la force de tenir dans la avoda.
Rabbi Yehochoua et les Sages divergent non sur le principe mais sur le réglage : de combien de crans la charge du jeûne recule devant les exigences du service.
La Meguilat Taanit : deux catégories de jours, deux avis sur la veille et le lendemain Jour marqué delà lemispad : point d'oraison funèbre. Le degré le plus grave. La veille Le lendemain Tana kama interdit permis Rabbi Yossi interdit interdit Jour marqué delà lehitanaa : point de jeûne. Le degré le plus léger. La veille Le lendemain Tana kama permis permis Rabbi Yossi interdit permis Rachi donne le motif de la veille : on craint qu'à force de jeûner ou d'accepter l'oraison la veille, on n'en vienne à le faire le jour de fête lui-même. Le lendemain, la crainte tombe pour le tana kama, puisque le jour est déjà passé. Rabbi Yossi durcit d'un cran chacune des deux catégories.
La grille se lit en croix : le degré de gravité du jour en colonnes de blocs, le désaccord tanaitique en lignes.
La cendre sur la tête : l'ordre des personnes et la main qui la pose La règle de Rabbi Grandeur : on commence par le plus grand. Malédiction : on commence par le plus petit. La difficulté La cendre est un signe de deuil, donc de malédiction. Pourquoi commencer par le nassi et l'av beit din ? La réponse Pour eux, c'est une considération : vous êtes assez dignes pour demander miséricorde sur tous. Seconde question : la main La michna dit on met sur la tête du nassi et sur celle de l'av beit din, mais pour tous les autres elle dit chacun prend et met sur sa tête. Pourquoi cette différence ? Rabbi Abba de Césarée Celui qui se couvre de honte lui-même et celui qui est couvert de honte par un autre ne sont pas semblables. La honte reçue d'autrui pèse davantage. Les deux questions tiennent au même fait : le nassi et l'av beit din sont traités autrement que le reste de l'assemblée. La première porte sur le rang, la seconde sur le geste. Les deux réponses vont dans le même sens : le chef porte la part la plus lourde du jour de jeûne.
Le passage se lit comme une double objection sur le même détail de la michna, résolue deux fois par la place particulière du chef.
1
בִּימֵי רַבִּי חֲלַפְתָּא וְרַבִּי חֲנַנְיָא בֶּן תְּרַדְיוֹן שֶׁעָבַר אֶחָד לִפְנֵי הַתֵּיבָה וְגָמַר אֶת הַבְּרָכָה כֻּולָּהּ, וְלֹא עָנוּ אַחֲרָיו אָמֵן. תָּקְעוּ הַכֹּהֲנִים תִּקְעוּ! מִי שֶׁעָנָה אֶת אַבְרָהָם אָבִינוּ בְּהַר הַמּוֹרִיָּה, הוּא יַעֲנֶה אֶתְכֶם וְיִשְׁמַע בְּקוֹל צַעֲקַתְכֶם הַיּוֹם הַזֶּה. הָרִיעוּ בְּנֵי אַהֲרֹן הָרִיעוּ! מִי שֶׁעָנָה אֶת אֲבוֹתֵינוּ עַל יַם סוּף, הוּא יַעֲנֶה אֶתְכֶם וְיִשְׁמַע בְּקוֹל צַעֲקַתְכֶם הַיּוֹם הַזֶּה.

...aux jours de Rabbi Halafta et de Rabbi Hanania ben Teradyon : quelqu'un passa devant la teva, acheva la bénédiction tout entière, et l'on ne répondit pas amen après lui. [Le bedeau de la synagogue annonça :] Sonnez, kohanim, sonnez !

Celui qui a répondu à Avraham notre père au mont Moria, Lui vous répondra et entendra la voix de votre cri en ce jour. Faites retentir la teroua, fils d'Aharon, faites retentir !

Celui qui a répondu à nos pères sur la mer des Joncs, Lui vous répondra et entendra la voix de votre cri en ce jour.

📜 Rachi (3)
בִּימֵי רַבִּי חֲלַפְתָּא בְּצִפּוֹרִי אָבִיו שֶׁל רַבִּי יוֹסֵי דְּאָמְרִינַן בְּסַנְהֶדְרִין (דַּף לב:) אַחַר רַבִּי יוֹסֵי בְּצִפּוֹרִי [אַחַר רַבִּי חֲנַנְיָא בֶּן תְּרַדְיוֹן] בְּסִיכְנִי:
C'est le père de Rabbi Yossi, comme nous le disons dans Sanhédrin (32b) : suis Rabbi Yossi à Tsippori, [suis Rabbi Hanania ben Teradyon] à Sikhni.
וְגוֹמֵר כָּל הַבְּרָכָה כָּל אוֹתָהּ בְּרָכָה עַצְמָהּ:
Cette bénédiction-là même, tout entière.
ה"ג וְלֹא עָנוּ אַחֲרָיו אָמֵן תִּקְעוּ בְּנֵי אַהֲרֹן תִּקְעוּ חַזַּן הַכְּנֶסֶת אוֹמֵר לָהֶן עַל כָּל בְּרָכָה וּבְרָכָה וְהוּא הַשַּׁמָּשׁ וְלֹא שְׁלִיחַ צִבּוּר:
Telle est la version à retenir. C'est le bedeau de la synagogue qui le leur dit après chaque bénédiction : il s'agit du chamach, et non de l'officiant, le cheliah tsibbour.
💡 Explication

La michna de 15a avait décrit les sept bénédictions du jeûne, chacune close par une formule propre. Ce récit en montre une exécution particulière. Deux écarts par rapport à l'usage ordinaire de la prière : l'assemblée ne répond pas amen après chaque bénédiction, et c'est le chamach, le bedeau de la synagogue, qui annonce la sonnerie du chofar entre les bénédictions.

Rachi insiste sur ce dernier point : celui qui crie tikou et hariou n'est pas l'officiant, qui poursuit sa prière, mais un second personnage qui scande le déroulement. Les deux formules citées reprennent les deux premières des sept : Avraham au mont Moria, puis nos pères à la mer des Joncs.

2
וּכְשֶׁבָּא דָּבָר אֵצֶל חֲכָמִים, אָמְרוּ: לֹא הָיִינוּ נוֹהֲגִין כֵּן, אֶלָּא בְּשַׁעַר מִזְרָח וּבְהַר הַבַּיִת.

Et lorsque la chose parvint devant les Sages, ils dirent : nous n'avions cet usage qu'à la porte orientale et sur le mont du Temple.

📜 Rachi (2)
לֹא הָיִינוּ נוֹהֲגִין שֶׁלֹּא לַעֲנוֹת אָמֵן:
Il s'agit de l'usage de ne pas répondre amen.
אֶלָּא בְּשַׁעַר מִזְרָח וּבְהַר הַבַּיִת כְּלוֹמַר בִּזְמַן שֶׁבֵּית הַמִּקְדָּשׁ קַייָּם כְּשֶׁמִּתְפַּלְּלִין בְּהַר הַבַּיִת נִכְנָסִין בְּדֶרֶךְ שַׁעַר הַמִּזְרָח לְפִי שֶׁלֹּא הָיוּ עוֹנִין אָמֵן בַּמִּקְדָּשׁ כִּדְאָמְרִינַן בַּגְּמָרָא (דַּף טז:) וְאֵין לוֹמַר לֹא הָיוּ נוֹהֲגִין כֵּן לִתְקֹועַ אֶלָּא בַּמִּקְדָּשׁ דְּוַדַּאי תּוֹקְעִין בַּגְּבוּלִים כִּדְמוֹכַח בְּכֻולָּהּ הַךְ מַסֶּכֶת וּמַסֶּכֶת רֹאשׁ הַשָּׁנָה (דַּף כו: כז.):
C'est-à-dire : au temps où le Temple était debout, lorsqu'on priait sur le mont du Temple, on entrait par la porte orientale ; car on ne répondait pas amen au Temple, comme nous le disons dans la Guemara (16b). Et l'on ne peut pas dire que cet usage réservé au Temple soit celui de sonner du chofar, car on sonne assurément en province, comme cela ressort de tout ce traité et du traité Roch Hachana (26b et 27a).
💡 Explication

La réponse des Sages porte sur un seul des deux écarts. Au Temple, on ne répondait pas amen mais baroukh chem kevod malkhouto leolam vaed ; l'usage observé à Tsippori était donc un usage du Temple transporté hors de son lieu.

Rachi ferme expressément l'autre lecture : la sonnerie du chofar, elle, n'a rien de réservé au Temple, puisque tout le traité suppose qu'on sonne bagvoulin, dans les villes de province. L'objection des Sages vise la seule suppression du amen.

🖼️ Schéma
Ce qui fut fait, et ce que les Sages ont retenu L'usage observé 1. L'officiant achève chaque bénédiction en entier. 2. L'assemblée ne répond pas amen après lui. Le bedeau scande tikou : sonnez, kohanim. hariou : faites retentir, fils d'Aharon. Rachi : le chamach, pas Le verdict des Sages Cet usage n'avait cours qu'à la porte orientale et sur le mont du Temple, au temps où le Temple était debout. Le point exact du désaccord Au Temple, on ne répondait pas amen mais baroukh chem kevod malkhouto leolam vaed. C'est ce point-là, et lui seul, que les Sages refusent de voir transporté hors du mont du Temple. Rachi écarte l'autre lecture : sonner du chofar n'a rien de réservé au Temple, on sonne bien bagvoulin, dans les villes de province.
Deux écarts dans le récit, un seul repris par les Sages : le amen supprimé, non la sonnerie.
3
שָׁלֹשׁ תַּעֲנִיּוֹת הָרִאשׁוֹנוֹת — אַנְשֵׁי מִשְׁמָר מִתְעַנִּין וְלֹא מַשְׁלִימִין, וְאַנְשֵׁי בֵּית אָב לֹא הָיוּ מִתְעַנִּין כְּלָל. שָׁלֹשׁ שְׁנִיּוֹת — אַנְשֵׁי מִשְׁמָר מִתְעַנִּין וּמַשְׁלִימִין, וְאַנְשֵׁי בֵּית אָב מִתְעַנִּין וְלֹא מַשְׁלִימִין. שֶׁבַע אַחֲרוֹנוֹת — אֵלּוּ וָאֵלּוּ מִתְעַנִּין וּמַשְׁלִימִין, דִּבְרֵי רַבִּי יְהוֹשֻׁעַ.

Les trois premiers jeûnes : les hommes du michmar jeûnent mais ne vont pas jusqu'au bout, et les hommes du beit av ne jeûnaient pas du tout. Les trois seconds : les hommes du michmar jeûnent et vont jusqu'au bout, et les hommes du beit av jeûnent sans aller jusqu'au bout.

Les sept derniers : les uns et les autres jeûnent et vont jusqu'au bout. Telles sont les paroles de Rabbi Yehochoua.

📜 Rachi (3)
אַנְשֵׁי מִשְׁמָר שֶׁל אוֹתָהּ שַׁבָּת:
Ceux de cette semaine-là.
וְלֹא מַשְׁלִימִין שֶׁעֲדַייִן אֵינָן חֲמוֹרִין כָּל כָּךְ וּבַגְּמָרָא (דַּף יז.) מְפָרֵשׁ שֶׁמָּא תִּכְבַּד הָעֲבוֹדָה עַל אַנְשֵׁי בֵּית אָב שֶׁהָיוּ עוֹבְדִין אוֹתוֹ הַיּוֹם וּבָאִים הֵן לְסַיְּיעָם וְאִם הָיוּ מִתְעַנִּים לֹא הָיָה לָהֶם כֹּחַ לַעֲמֹוד בַּעֲבוֹדָה:
Car ces jeûnes ne sont pas encore d'une telle rigueur. Et dans la Guemara (17a) il est expliqué : de crainte que le service ne devienne lourd pour les hommes du beit av qui officiaient ce jour-là ; les hommes du michmar viennent alors les aider, et s'ils jeûnaient ils n'auraient pas la force de tenir dans le service.
אַנְשֵׁי בֵּית אָב הַמִּשְׁמָרָה מִתְחַלֶּקֶת לְשִׁבְעָה בָּתֵּי אָבוֹת כְּנֶגֶד שִׁבְעַת יְמֵי הַשָּׁבוּעַ בֵּית אָב לְיוֹם:
Le michmar se partage en sept batei avot, correspondant aux sept jours de la semaine : un beit av par jour.
💡 Explication

Deux niveaux d'organisation du sacerdoce. Le michmar est l'une des vingt-quatre gardes qui se relaient au Temple, chacune une semaine ; le beit av est l'une des sept familles du michmar, chargée du service d'un jour précis. Le beit av du jour est donc au travail, le reste du michmar est disponible en renfort.

De là, la règle en escalier. Mitanin velo machlimin signifie jeûner sans mener le jeûne jusqu'au soir : on mange avant la fin. La charge du jeûne monte au fur et à mesure des séries, et recule toujours devant l'exigence du service.

4
וַחֲכָמִים אוֹמְרִים: שָׁלֹשׁ תַּעֲנִיּוֹת הָרִאשׁוֹנוֹת — אֵלּוּ וָאֵלּוּ לֹא הָיוּ מִתְעַנִּין כְּלָל. שָׁלֹשׁ שְׁנִיּוֹת — אַנְשֵׁי מִשְׁמָר מִתְעַנִּין וְלֹא מַשְׁלִימִין, וְאַנְשֵׁי בֵּית אָב לֹא הָיוּ מִתְעַנִּין כְּלָל, שֶׁבַע אַחֲרוֹנוֹת — אַנְשֵׁי מִשְׁמָר מִתְעַנִּין וּמַשְׁלִימִין, וְאַנְשֵׁי בֵּית אָב מִתְעַנִּין וְלֹא מַשְׁלִימִין.

Et les Sages disent : les trois premiers jeûnes, les uns et les autres ne jeûnaient pas du tout. Les trois seconds : les hommes du michmar jeûnent sans aller jusqu'au bout, et les hommes du beit av ne jeûnaient pas du tout.

Les sept derniers : les hommes du michmar jeûnent et vont jusqu'au bout, et les hommes du beit av jeûnent sans aller jusqu'au bout.

💡 Explication

L'avis des Sages reprend exactement la structure de Rabbi Yehochoua en la décalant d'un cran vers l'allégement : ce que Rabbi Yehochoua impose aux trois premiers jeûnes, les Sages ne l'imposent qu'aux trois seconds, et ainsi de suite. Le schéma de synthèse en haut de page met les deux grilles l'une sous l'autre.

5
אַנְשֵׁי מִשְׁמָר — מֻותָּרִין לִשְׁתּוֹת יַיִן בַּלֵּילוֹת, אֲבָל לֹא בַּיָּמִים, וְאַנְשֵׁי בֵּית אָב — לֹא בַּיּוֹם וְלֹא בַּלַּיְלָה. אַנְשֵׁי מִשְׁמָר וְאַנְשֵׁי מַעֲמָד — אֲסוּרִין מִלְּסַפֵּר וּמִלְּכַבֵּס. וּבַחֲמִישִׁי מֻותָּרִין, מִפְּנֵי כְּבוֹד הַשַּׁבָּת.

Les hommes du michmar sont autorisés à boire du vin la nuit, mais non le jour ; et les hommes du beit av, ni le jour ni la nuit. Les hommes du michmar et les hommes du maamad ont interdiction de se couper les cheveux et de laver leur linge ; et le jeudi ils y sont autorisés, en l'honneur du Chabbat.

📜 Rachi (6)
מֻותָּרִין לִשְׁתּוֹת יַיִן לָאו גַּבֵּי תַּעֲנִית אִיתְּמַר אֶלָּא אַגַּב דְּמַייְרֵי בִּבְנֵי מִשְׁמָר מַיְיתֵי לָהּ:
Cela n'a pas été énoncé à propos du jeûne ; c'est parce que la michna traitait des hommes du michmar qu'elle l'amène ici, en passant.
בַּלֵּילוֹת אֵין לָחוּשׁ שֶׁמָּא תִּכְבַּד הָעֲבוֹדָה שֶׁהֲרֵי רָאוּ מִבְּעֶרֶב שֶׁפָּסְקוּ הַקָּרְבָּנוֹת וְלֹא כִּבְּדָה הָעֲבוֹדָה שֶׁיָּבִיאוּ רֹוב קָרְבָּנוֹת וְלֹא יַסְפִּיקוּ בְּנֵי בֵּית אָב שֶׁל אוֹתוֹ הַיּוֹם וּצְרִיכִין אֵלּוּ לְסַיְּיעָן וַהֲרֵי אֵינָן רְאוּיִין לַעֲבוֹדָה מִשּׁוּם שִׁכְרוּת:
Il n'y a pas à craindre que le service devienne lourd, puisqu'ils ont vu dès le soir que les sacrifices avaient cessé, et que le service n'a pas été lourd au point qu'on apporte une masse de sacrifices que les hommes du beit av de ce jour-là ne suffiraient pas à traiter, obligeant les autres à les aider alors qu'ils seraient impropres au service pour cause d'ivresse.
אַנְשֵׁי בֵּית אָב אֲסוּרִין בֵּין בַּיּוֹם וּבֵין בַּלַּיְלָה לְפִי שֶׁהָיוּ מַעֲלִין כָּל הַלַּיְלָה אֵבָרִים וּפְדָרִים שֶׁפָּקְעוּ מֵעַל הַמִּזְבֵּחַ א"נ לֹא גָּמְרוּ בַּיּוֹם גּוֹמְרִים בַּלַּיְלָה אֲבָל אַנְשֵׁי מִשְׁמָר אֵינָן צְרִיכִין לְסַיֵּיעַ בַּלַּיְלָה לְהַפֵּךְ בְּמַזְלֵג דְּבֵית אָב יָכוֹל לְהַסְפִּיק לְבַד הִיפּוּךְ הַמַּעֲרָכָה:
Parce qu'ils remontaient toute la nuit sur l'autel les membres et les graisses qui en avaient été projetés ; ou bien : ce qu'ils n'avaient pas achevé le jour, ils l'achèvent la nuit. Les hommes du michmar, eux, n'ont pas besoin d'aider la nuit à retourner les parts avec la fourche, car le beit av suffit seul au retournement de la disposition du bûcher.
אַנְשֵׁי [מַעֲמָד] אֶחָד כֹּהֲנִים וּלְוִיִּם וְיִשְׂרְאֵלִים הַקְּבוּעִים וְעוֹמְדִין וּמִתְפַּלְּלִין עַל קָרְבַּן אֲחֵיהֶם שֶׁיְּקַבֵּל לְרָצוֹן וְעוֹמְדִים לְשָׁם בִּשְׁעַת עֲבוֹדָה דְּהֵיאַךְ קָרְבָּנוֹ שֶׁל אָדָם קָרֵב וְהוּא אֵינוֹ עוֹמֵד עַל גַּבָּיו וְכוּלְּהוּ מְפָרֵשׁ בְּפֶרֶק אַחֲרוֹן (דַּף כו.):
Kohanim, leviim et Israélites désignés à poste fixe, qui se tiennent debout et prient pour que le sacrifice de leurs frères soit agréé ; ils se tiennent là pendant le service, car comment le sacrifice d'un homme serait-il offert sans qu'il se tienne auprès ? Tout cela est expliqué au dernier chapitre (26a).
אֲסוּרִים לְסַפֵּר וּלְכַבֵּס מִשֶּׁנִּכְנְסוּ לְמִשְׁמַרְתָּם כָּל אוֹתָהּ שַׁבָּת אֶלָּא מִסְתַּפְּרִין קֹודֶם לָכֵן וְטַעְמָא מְפָרֵשׁ בַּגְּמָרָא:
Dès le moment où ils sont entrés dans leur garde, toute cette semaine-là ; ils se coupent donc les cheveux auparavant. La raison en est expliquée dans la Guemara.
וּבַחֲמִישִׁי שֶׁל מִשְׁמַרְתָּן מֻותָּרִים דֶּרֶךְ רֹוב בְּנֵי אָדָם לְהִסְתַּפֵּר בַּחֲמִישִׁי וְלֹא בְּעֶרֶב שַׁבָּת מִפְּנֵי הַטֹּורַח:
Le jeudi de leur semaine de garde, ils y sont autorisés : la plupart des gens ont coutume de se faire couper les cheveux le jeudi, et non la veille de Chabbat, à cause de l'affairement.
💡 Explication

La michna quitte un instant le jeûne pour regrouper d'autres règles propres aux hommes de service ; Rachi le note expressément, la michna procède ici agav, par association de sujet.

Le vin est interdit à qui pourrait être appelé au service : le beit av officie de jour comme de nuit, le michmar seulement en renfort de jour. La coupe de cheveux et la lessive sont interdites pour une autre raison : on doit entrer dans sa semaine de garde déjà soigné, et non profiter du temps du Temple pour s'en occuper. Le maamad désigne la délégation d'Israël qui se tient à la prière pendant l'offrande du korban public.

🖼️ Schéma
Trois corps, trois régimes Règle Michmar Beit av Maamad Vin, la nuit permis interdit non visé ici Vin, le jour interdit interdit non visé ici Cheveux et lessive interdits, sauf le jeudi compris dans le michmar interdits, sauf le jeudi Pourquoi le vin Le beit av officie de jour comme de nuit : il remonte sur l'autel les membres tombés et achève la nuit ce qu'il n'a pas fini le jour. Le michmar n'est appelé qu'en renfort de jour : la nuit, le vin lui est permis. Pourquoi le jeudi On entre dans sa semaine de garde déjà soigné : il est interdit de reporter sur le temps du Temple ce qu'on devait faire avant. Le jeudi rouvre l'usage, car c'est le jour où l'on se prépare pour le Chabbat.
Le vin suit la disponibilité pour le service ; la coupe de cheveux suit l'honneur du Chabbat.
6
כָּל הַכָּתוּב בִּמְגִלַּת תַּעֲנִית ״דְּלָא לְמִסְפַּד״ — לְפָנָיו אָסוּר, לְאַחֲרָיו — מֻותָּר. רַבִּי יוֹסִי אוֹמֵר: לְפָנָיו וּלְאַחֲרָיו אָסוּר.

Tout jour inscrit dans la Meguilat Taanit sous la mention point d'oraison funèbre : la veille est interdite, le lendemain est permis. Rabbi Yossi dit : la veille et le lendemain sont interdits.

📜 Rachi (2)
כָּל הַכָּתוּב בִּמְגִילַּת תַּעֲנִית דְּלָא לְמִיסְפַּד דְּאִית יוֹמַיָּא דְּלָא לְהִתְעַנָּאָה וּמִקְצָתְהוֹן דַּחֲמִירִי טְפֵי דְּלָא לְמִיסְפַּד וְאוֹתָן שֶׁהֵן חֲמוּרִים וַאֲסוּרִים בְּהֶסְפֵּד לְפָנָיו אָסוּר בְּהֶסְפֵּד דִּילְמָא אָתֵי לְמֶיעְבַּד ביו"ט גּוּפֵיהּ:
Il y a des jours marqués point de jeûne, et parmi eux certains, plus graves, marqués point d'oraison funèbre. Pour ceux-là, qui sont graves et où l'oraison est interdite, elle est également interdite la veille, de crainte qu'on n'en vienne à en faire le jour de fête lui-même.
וּלְאַחֲרָיו מֻותָּר דְּכֵיוָן שֶׁעָבַר יוֹם לָא חָייְשִׁינַן וְאוֹתָן שֶׁאֵינָן חֲמוֹרִין לֵיאָסֵר בְּהֶסְפֵּד אֶלָּא דְּלָא לְהִתְעַנָּאָה בֵּין לְפָנָיו כו':
Puisque le jour est passé, on ne le craint plus. Quant à ceux qui ne sont pas graves au point d'interdire l'oraison, mais seulement marqués point de jeûne, la veille comme le lendemain, etc.
💡 Explication

La Meguilat Taanit est la liste des journées où une délivrance survint à Israël. Elle distingue deux degrés : les jours où l'on inscrit delà lemispad, point d'oraison funèbre, qui interdisent à la fois l'éloge funèbre et le jeûne, et les jours où l'on inscrit seulement delà lehitanaa, point de jeûne.

La michna ne discute pas du jour lui-même mais de ses abords. Le principe de Rachi : interdire la veille sert à protéger le jour, de peur qu'on ne déborde sur lui. Le lendemain n'a plus ce rôle, le jour étant passé.

7
״דְּלָא לְהִתְעַנָּאָה״ — לְפָנָיו וּלְאַחֲרָיו מֻותָּר. רַבִּי יוֹסִי אוֹמֵר: לְפָנָיו אָסוּר, לְאַחֲרָיו מֻותָּר.

Point de jeûne : la veille et le lendemain sont permis. Rabbi Yossi dit : la veille est interdite, le lendemain est permis.

💡 Explication

La seconde catégorie, plus légère, reçoit le même traitement décale d'un cran. Rabbi Yossi se montre constant : il tient qu'un jour de la Meguilat Taanit protège toujours sa veille, quel que soit son degré. Le schéma de synthèse en haut de page croise les deux catégories et les deux avis.

8
אֵין גּוֹזְרִין תַּעֲנִית עַל הַצִּבּוּר בַּתְּחִילָּה בַּחֲמִישִׁי, שֶׁלֹּא לְהַפְקִיעַ הַשְּׁעָרִים. אֶלָּא שָׁלֹשׁ תַּעֲנִיּוֹת הָרִאשׁוֹנוֹת: שֵׁנִי וַחֲמִישִׁי וְשֵׁנִי, וְשָׁלֹשׁ שְׁנִיּוֹת: חֲמִישִׁי שֵׁנִי וַחֲמִישִׁי. רַבִּי יוֹסֵי אוֹמֵר: כְּשֵׁם שֶׁאֵין הָרִאשׁוֹנוֹת בַּחֲמִישִׁי, כָּךְ לֹא שְׁנִיּוֹת וְלֹא אַחֲרוֹנוֹת.

On ne décrète pas sur la communauté un jeûne qui commence un jeudi, afin de ne pas faire flamber les prix. Les trois premiers jeûnes ont donc lieu un lundi, un jeudi et un lundi ; et les trois seconds, un jeudi, un lundi et un jeudi.

Rabbi Yossi dit : de même que les premiers ne tombent pas un jeudi, de même ni les seconds ni les derniers.

📜 Rachi (1)
שֶׁלֹּא לְהַפְקִיעַ אֶת הַשְּׁעָרִים כְּשֶׁרוֹאִין בַּעֲלֵי חֲנֻיוֹת שֶׁקּוֹנִין לְמוֹצָאֵי יוֹם חֲמִישִׁי שְׁתֵּי סְעוּדוֹת גְּדוֹלוֹת אַחַת לְלֵיל חֲמִישִׁי וְאַחַת לְשַׁבָּת סְבוּרִים שֶׁבָּא רָעָב לְעוֹלָם וּמְיַיקְּרִים וּמַפְקִיעִים הַשַּׁעַר אֲבָל מִשֶּׁהִתְחִילוּ לְהִתְעַנּוֹת יוֹדְעִין שֶׁאֵינוֹ אֶלָּא מִפְּנֵי הַתַּעֲנִית:
Quand les boutiquiers voient qu'on achète, pour l'issue du jeudi, deux grands repas, l'un pour la nuit du jeudi et l'autre pour le Chabbat, ils croient qu'une famine vient au monde, ils enchérissent et font flamber les prix. Mais une fois les jeûnes commencés, ils savent que cela ne tient qu'au jeûne.
💡 Explication

La règle protège le marché. Ouvrir la série un jeudi produirait, le jeudi soir, un achat double : le repas de rupture du jeûne et celui du Chabbat. Les boutiquiers y liraient l'annonce d'une famine et mafkiin hacheiarim, ils feraient monter les cours.

La différence avec le tana kama tient à un point : une fois la première série connue, l'achat double du jeudi s'explique de lui-même par le jeûne, et la crainte tombe. Rabbi Yossi ne l'admet pas et aligne toutes les séries sur un début le lundi.

🖼️ Schéma
Où tombent les jeûnes dans la semaine Série 1er jeûne 2e jeûne 3e jeûne Tana kama, 3 premiers lundi jeudi lundi Tana kama, 3 seconds jeudi lundi jeudi Rabbi Yossi, toutes séries lundi jeudi lundi Le motif économique Ouvrir la série un jeudi obligerait à acheter, le jeudi soir, deux grands repas : celui de la rupture du jeûne et celui du Chabbat. Rachi : les boutiquiers y verraient l'annonce d'une famine et feraient monter les cours. Une fois la série engagée, ils savent à quoi attribuer ces achats, et le tana kama autorise alors un jeudi. Rabbi Yossi ne l'accorde à aucune série.
La règle du calendrier est réglée par le marché : un achat double le même soir serait lu comme un signe de disette.
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אֵין גּוֹזְרִין תַּעֲנִית עַל הַצִּבּוּר בְּרָאשֵׁי חֳדָשִׁים, בַּחֲנֻוכָּה, וּבְפוּרִים. וְאִם הִתְחִילוּ — אֵין מַפְסִיקִין, דִּבְרֵי רַבָּן גַּמְלִיאֵל. אָמַר רַבִּי מֵאִיר: אַף עַל פִּי שֶׁאָמַר רַבָּן גַּמְלִיאֵל אֵין מַפְסִיקִין, מוֹדֶה הָיָה שֶׁאֵין מַשְׁלִימִין. וְכֵן תִּשְׁעָה בְּאָב שֶׁחָל לִהְיוֹת בְּעֶרֶב שַׁבָּת.

On ne décrète pas de jeûne sur la communauté aux jours de Roch Hodech, à 'Hanouka ni à Pourim. Et si l'on a commencé, on n'interrompt pas.

Telles sont les paroles de Rabban Gamliel. Rabbi Meir a dit : bien que Rabban Gamliel ait dit qu'on n'interrompt pas, il reconnaissait qu'on ne mène pas le jeûne jusqu'au bout.

Et de même pour le neuf av qui tombe une veille de Chabbat.

📜 Rachi (3)
בְּרָאשֵׁי חֳדָשִׁים דְּאִיקְרֵי מוֹעֵד:
Car Roch Hodech est appelé moed, temps fixé.
וְאִם הִתְחִילוּ שֶׁקִּיבְּלוּ תַּעֲנִית מִקֹּודֶם לָכֵן וְנִכְנַס בָּהֶן רֹאשׁ חֹדֶשׁ אֵין מַפְסִיקִין דְּאַף עַל גַּב דְּאִקְּרִי מוֹעֵד לָא כְּתִיב בֵּיהּ יוֹם מִשְׁתֶּה וְשִׂמְחָה:
Ils avaient pris sur eux le jeûne auparavant, et un Roch Hodech est survenu au milieu de la série : on n'interrompt pas, car bien qu'il soit appelé moed, il n'y est pas écrit jour de festin et de joie.
שֶׁאֵין מַשְׁלִימִין לְהִתְעַנּוֹת כָּל הַיּוֹם אֶלָּא אוֹכְלִין סָמוּךְ לָעֶרֶב מְגִילַּת תַּעֲנִית נִכְתְּבָה בִּימֵי חֲכָמִים אע"פ שֶׁלֹּא הָיוּ כּוֹתְבִין הֲלָכוֹת וְהַיְינוּ דְּקָתָנֵי כָּל הַכָּתוּב בִּמְגִילַּת תַּעֲנִית כְּאִילּוּ הָיָה מִקְרָא:
On ne jeûne pas la journée entière ; on mange vers le soir. La Meguilat Taanit fut mise par écrit aux jours des Sages, alors même qu'on n'écrivait pas les halakhot ; c'est pourquoi la michna dit tout ce qui est écrit dans la Meguilat Taanit, comme s'il s'agissait d'un verset.
⚖️ Rosh (1)
גְּמָ' מַאן יְחִידִים אָמַר רַב הוּנָא רַבָּנַן. וַאֲמַר רַב הוּנָא יְחִידִים מִתְעַנִּין ג' תַּעֲנִיּוֹת שֵׁנִי וַחֲמִישִׁי וְשֵׁנִי. תַּנְיָא נָמֵי הָכִי הַיְּחִידִים מִתְעַנִּין שְׁלֹשָׁה תַּעֲנִיּוֹת שֵׁנִי וַחֲמִישִׁי וְשֵׁנִי. וּמַפְסִיקִין בְּרָאשֵׁי חֳדָשִׁים וּבְיָמִים טוֹבִים הַכְּתוּבִים בִּמְגִילַּת תַּעֲנִית וְהָאִידָּנָא דְּבָטְלָה מְגִילַּת תַּעֲנִית אֵין מַפְסִיקִין אֶלָּא בַּחֲנֻוכָּה וּבְפוּרִים וְדַוְקָא הַיְּחִידִים אֲבָל צִבּוּר לֹא כְּדִתְנַן (לְקַמָּן תַּעֲנִית דַּף טו:) אֵין גּוֹזְרִין תַּעֲנִית עַל הַצִּבּוּר בְּרָאשֵׁי חֳדָשִׁים בַּחֲנֻוכָּה וּבְפוּרִים וְאִם הִתְחִילוּ אֵין מַפְסִיקִין. ת"ר לֹא יֹאמַר אָדָם תַּלְמִיד אֲנִי וְאֵינִי רָאוּי לְכָךְ אֶלָּא כָּל הַתַּלְמִידִים רְאוּיָן לְכָךְ. וְאֵיזֶהוּ יָחִיד וְאֵיזֶהוּ תַּלְמִיד. יָחִיד כֹּל שֶׁרָאוּי לְמַנּוֹתוֹ פַּרְנָס עַל הַצִּבּוּר. תַּלְמִיד כָּל שֶׁשּׁוֹאֲלִין אוֹתוֹ דָּבָר הֲלָכָה בְּהַשַּׁ"ס וְאוֹמְרוֹ וְאַפֵּי' בְּמַסֶּכֶת כַּלָּה. תָּנוּ רַבָּנַן לֹא כָּל הָרוֹצֶה לַעֲשׂוֹת עַצְמוֹ יָחִיד עוֹשֶׂה וְהַתַּלְמִידִים אֵין עוֹשִׂין אֶת עַצְמָן יְחִידִים דִּבְרֵי ר' מֵאִיר וְר' יוֹסֵי אוֹמֵר עוֹשֶׂה וְזָכוּר לַטּוֹב שֶׁאֵינוֹ שֶׁבַח לוֹ אֶלָּא צַעַר הוּא לוֹ. תַּנְיָא אִידַּךְ לֹא כָּל הָרוֹצֶה לַעֲשׂוֹת אֶת עַצְמוֹ יָחִיד עוֹשֶׂה וְתַלְמִידִים עוֹשִׂין עַצְמָן יְחִידִים דִּבְרֵי ר' שִׁמְעוֹן בֶּן אֶלְעָזָר. רַבָּן שִׁמְעוֹן בֶּן גַּמְלִיאֵל אוֹמֵר דָּבָר שֶׁל שֶׁבַח אֵינוֹ עוֹשֶׂה וְשֶׁל צַעַר עוֹשֶׂה:
Guemara : qui sont les yehidim ? Rav Houna a dit : les Sages. Et Rav Houna a dit : les yehidim jeûnent trois jeûnes, un lundi, un jeudi et un lundi. Cela a également été enseigné dans une baraita : les yehidim jeûnent trois jeûnes, lundi, jeudi et lundi ; et ils interrompent aux jours de Roch Hodech et aux jours de fête inscrits dans la Meguilat Taanit. Aujourd'hui que la Meguilat Taanit est abolie, on n'interrompt qu'à 'Hanouka et à Pourim. Cela vaut précisément pour les yehidim, mais non pour la communauté, comme l'enseigne la michna (Taanit 15b) : on ne décrète pas de jeûne sur la communauté aux jours de Roch Hodech, à 'Hanouka ni à Pourim, et si l'on a commencé, on n'interrompt pas. Nos maîtres ont enseigné : qu'un homme ne dise pas je ne suis qu'un élève et je n'en suis pas digne, car tous les élèves en sont dignes. Et qui est un yahid, et qui est un talmid ? Le yahid, c'est celui qu'on pourrait nommer parnass, responsable de la communauté. Le talmid, c'est celui à qui l'on pose une question de halakha dans le Talmud et qui y répond, fut-ce dans le traité Kalla. Nos maîtres ont enseigné : n'est pas yahid qui veut, et les élèves ne se font pas eux-mêmes yehidim. Telles sont les paroles de Rabbi Meir. Et Rabbi Yossi dit : il se fait yahid, et qu'il soit mentionné en bien, car il n'y a là aucune gloire pour lui, mais une peine. Une autre baraita enseigne : n'est pas yahid qui veut, mais les élèves, eux, se font yehidim. Telles sont les paroles de Rabbi Chimon ben Elazar. Rabban Chimon ben Gamliel dit : ce qui relève de la gloire, il ne se l'attribue pas ; ce qui relève de la peine, il se l'attribue.
💡 Explication

Trois jours sont exclus du décret : Roch Hodech, qui porte le nom de moed, 'Hanouka et Pourim. La question suivante est celle du jeûne déjà engagé qui rencontre l'un de ces jours. Rabban Gamliel maintient la série ; Rabbi Meir rapporte qu'il concédait tout de même de ne pas la mener jusqu'au bout, c'est-à-dire de manger avant le soir.

Rachi distingue finement : Roch Hodech est bien un moed, mais l'Écriture n'en fait pas un jour de michté vesimha, festin et joie. Il pèse donc assez pour empêcher de décréter un jeûne, non pour briser une série commencée. Le neuf av tombant un vendredi suit la même logique de jeûne non achevé, cette fois par égard pour l'entrée du Chabbat.

10
גְּמָ׳ סֵדֶר תַּעֲנִיּוֹת כֵּיצַד? מוֹצִיאִין אֶת הַתֵּיבָה כּוּ׳. וַאֲפִילּוּ בְּקַמָּייְתָא? וּרְמִינְהוּ: שָׁלֹשׁ תַּעֲנִיּוֹת רִאשׁוֹנוֹת וּשְׁנִיּוֹת נִכְנָסִים לְבֵית הַכְּנֶסֶת, וּמִתְפַּלְּלִין כְּדֶרֶךְ שֶׁמִּתְפַּלְּלִין כָּל הַשָּׁנָה כֻּולָּהּ

Guemara. La michna a enseigné : quel est l'ordre des jours de jeûne ?

On sort la teva, etc. Et même lors des premiers jeûnes ?

La Guemara oppose une baraita : lors des trois premiers jeûnes et des trois seconds, on entre à la synagogue et l'on prie comme on prie toute l'année...

📜 Rachi (1)
אֲפִילּוּ בְּקַמַּיְיתָא מוֹצִיאִין אֶת הַתֵּיבָה בִּתְמִיהַּ:
On sortirait la teva ? La question est posée sur le ton de l'étonnement.
🗂️ Tossefot (1)
וַאֲפִילּוּ בְּקַמַּיְיתָא. כְּלוֹמַר וְאַפֵּי' בַּג' תַּעֲנִיּוֹת הָרִאשׁוֹנוֹת וּבַג' שְׁנִיּוֹת קָאָמַר בְּמָתְנֵי' דְּמוֹצִיאִין אֶת הַתֵּיבָה לִרְחוֹבָהּ שֶׁל עִיר וְאוֹמֵר כ"ד בְּרָכוֹת כו' וּרְמִינְהוּ וְהָתַנְיָא רִאשׁוֹנוֹת וּשְׁנִיּוֹת נִכְנָסִין כּוּ' . פֵּי' וּמִתְפַּלְּלִין בָּהּ כְּדֶרֶךְ כָּל הַשָּׁנָה כֻּולָּהּ כְּלוֹמַר שֶׁיֹּאמַר י"ח בְּרָכוֹת כְּדֶרֶךְ שֶׁמִּתְפַּלְּלִין כָּל הַשָּׁנָה וְקָשֶׁה דְּהָא לְעֵיל בפ"ק (תַּעֲנִית דַּף יג:) קָאָמְרִינַן אֵין בֵּין ג' תַּעֲנִיּוֹת שְׁנִיּוֹת לְשָׁלֹשׁ רִאשׁוֹנוֹת אֶלָּא שֶׁבְּאֵלּוּ מִתְפַּלְּלִין וּמֻותָּרִין בַּעֲשִׂייַּת מְלָאכָה וּבְאֵלּוּ אֲסוּרִין בַּעֲשִׂייַּת מְלָאכָה הָא לְעִנְיַן עֶשְׂרִים וְאַרְבָּעָה זֶה וָזֶה שָׁוִין דְּבֵין בָּרִאשׁוֹנוֹת בֵּין בָּאֶמְצָעִיּוֹת הָיוּ אוֹמְרִים כ"ד וְעוֹד קָשֶׁה דְּאָמְרִינַן לְעֵיל וְאִיבָּעֵית אֵימָא בָּאֶמְצָעִיּוֹת נָמֵי לָא מְצַלּוּ כ"ד וְאַמַּאי לָא מַיְיתֵי לָהּ סִיּוּעָא מֵהָא דְּהָכָא וְי"ל דְּהָא דְקָאָמַר הָכָא וּמִתְפַּלְּלִין כְּדֶרֶךְ כָּל הַשָּׁנָה לָאו בְּעֶשְׂרִים וְאַרְבַּע בְּרָכוֹת קָאָמַר אֶלָּא קָאָמַר שֶׁמִּתְפַּלְּלִין כְּדֶרֶךְ כָּל הַשָּׁנָה שֶׁלֹּא הָיוּ מוֹצִיאִין אֶת הַתֵּיבָה לִרְחוֹבָהּ שֶׁל עִיר:
C'est-à-dire : la michna dirait-elle que même lors des trois premiers jeûnes et des trois seconds on sort la teva sur la place de la ville et l'on dit les vingt-quatre bénédictions ? Et la Guemara oppose la baraita : les premiers et les seconds, on entre à la synagogue, etc. Explication : et l'on y prie comme toute l'année, c'est-à-dire que l'on dit les dix-huit bénédictions comme on prie toute l'année. Difficulté : plus haut, au premier chapitre (Taanit 13b), nous avons dit qu'entre les trois seconds jeûnes et les trois premiers il n'y a d'autre différence que celle-ci, que dans les uns on prie et le travail est permis, et que dans les autres le travail est interdit ; d'où il ressort que pour les vingt-quatre bénédictions les uns et les autres sont pareils, puisque tant aux premiers qu'aux intermédiaires on disait les vingt-quatre. Autre difficulté : nous avons dit plus haut, et si tu veux, dis que dans les intermédiaires non plus on ne priait pas les vingt-quatre ; pourquoi alors n'apporte-t-on pas un appui à cette réponse depuis notre passage ? On peut répondre que ce qui est dit ici, et l'on prie comme toute l'année, ne vise pas les vingt-quatre bénédictions : cela veut dire qu'on prie comme toute l'année en ce sens qu'on ne sortait pas la teva sur la place de la ville.
💡 Explication

La Guemara commence par la première ligne de la michna de 15a. Celle-ci s'ouvrait sur seder taaniyot keitsad, quel est l'ordre des jours de jeûne, sans préciser de quelle série il s'agit. La question porte sur cette indétermination : la cérémonie de la place publique vaudrait-elle dès les trois premiers jeûnes ?

La ramia, la mise en contradiction, s'appuie sur une baraita qui distingue nettement les deux régimes. Tossefot précise ce que recouvre l'expression prier comme toute l'année, et l'utilise pour lever une difficulté laissée ouverte au premier chapitre.

🖼️ Schéma
La marche du raisonnement 1. La michna Quel est l'ordre des jours de jeûne ? On sort la teva sur la place de la ville. 2. La question Et même dès les trois premiers jeûnes ? Rachi : sur le ton de l'étonnement. 3. La contradiction Baraita : premiers et seconds, on entre à la synagogue et l'on prie comme toute l'année. 4. Rav Papa La michna aussi ne parlait que des sept derniers jeûnes. La précision de Tossefot Prier comme toute l'année ne se rapporte pas au nombre des bénédictions : aux jeûnes intermédiaires aussi on disait les vingt-quatre. La formule vise le lieu et le décor : on restait à la synagogue, on ne sortait pas la teva sur la place de la ville. La baraita ne contredit donc pas ce qui a été dit au premier chapitre (13b) sur l'égalité des deux premières séries quant aux vingt-quatre.
Le mouvement classique : citation de la michna, question sur sa portée, baraita contradictoire, réponse qui restreint le champ.
11
וּבְשֶׁבַע אַחֲרוֹנוֹת מוֹצִיאִין אֶת הַתֵּיבָה לִרְחוֹבָהּ שֶׁל עִיר, וְנוֹתְנִין אֵפֶר עַל גַּבֵּי הַתֵּיבָה, וּבְרֹאשׁ הַנָּשִׂיא, וּבְרֹאשׁ אַב בֵּית דִּין, וְכָל אֶחָד וְאֶחָד נוֹטֵל וְנוֹתֵן בְּרֹאשׁוֹ. רַבִּי נָתָן אוֹמֵר: אֵפֶר מִקְלֶה הֵן מְבִיאִין! אָמַר רַב פָּפָּא: כִּי תְּנַן נָמֵי מַתְנִיתִין — אֶשָּׁבַע אַחֲרוֹנוֹת תְּנַן.

Et lors des sept derniers jeûnes, on sort la teva sur la place de la ville, on met de la cendre sur la teva, sur la tête du nassi et sur la tête de l'av beit din, et chacun en prend et en met sur sa tête. Rabbi Natan dit : c'est de la cendre de foyer qu'ils apportent.

Rav Papa a dit : lorsque nous avons enseigné la michna aussi, c'est des sept derniers jeûnes que nous avons enseigné.

📜 Rachi (2)
ה"ג בַּגְּמָרָא וְנוֹתְנִין אֵפֶר עַל גַּבֵּי הַתֵּיבָה וְלָא גָּרְסִינַן אֵפֶר מַקְלֶה אֵפֶר שְׂרֵיפָה עָדִיף מִשּׁוּם אֶפְרוֹ שֶׁל יִצְחָק כְּדִלְקַמָּן:
Et nous ne lisons pas cendre de foyer. La cendre provenant d'un brulement vaut mieux, en raison de la cendre d'Yitshak, comme il est dit plus loin.
כִּי קָתָנֵי נַמֵּי מַתְנִיתִין סֵדֶר תַּעֲנִיּוֹת כֵּיצַד בְּסֵדֶר תַּעֲנִיּוֹת אַחֲרוֹנוֹת קָא מַיְירֵי:
Quel est l'ordre des jours de jeûne : la michna traite de l'ordre des derniers jeûnes.
💡 Explication

La réponse de Rav Papa ne corrige pas la michna : elle en restreint le champ. La formule ki tenan nami matnitin, lorsque nous avons enseigné la michna aussi, signifie que la michna visait déjà les sept derniers jeûnes, sans le dire.

Rachi relève au passage une variante de texte. La baraita porte simplement cendre, non efer mikle, cendre de foyer ; la différence prépare la discussion de 16a sur la nature de cette cendre et son rapport à la cendre d'Yitshak sur l'autel.

12
וּבְרֹאשׁ הַנָּשִׂיא, וַהֲדַר תָּנֵי כָּל אֶחָד וְאֶחָד נוֹתֵן בְּרֹאשׁוֹ. אֵינִי?! וְהָתַנְיָא: רַבִּי אוֹמֵר: בִּגְדֻולָּה מַתְחִילִין מִן הַגָּדוֹל, וּבִקְלָלָה מַתְחִילִין מִן הַקָּטָן.

Et sur la tête du nassi : puis la michna enseigne que chacun en met sur sa tête. En est-il ainsi ?

Mais il a été enseigné : Rabbi dit : dans ce qui relève de la grandeur, on commence par le plus grand, et dans ce qui relève de la malédiction, on commence par le plus petit.

📜 Rachi (1)
בִּגְדוֹלָה מִצְוָה בְּעָלְמָא שֶׁלֹּא לְפוּרְעָנוּת וַיְדַבֵּר מֹשֶׁה אֶל אַהֲרֹן וְאֶל אֶלְעָזָר וְגוֹ':
Il s'agit d'une mitsva ordinaire, qui ne relève pas du malheur : et Moche parla à Aharon, à Elazar, etc.
🪔 Ben Yehoyada (1)
וְהָתַנְיָא: רַבִּי אוֹמֵר: בִּגְדֻלָּה מַתְחִילִין מִן הַגָּדוֹל, וּבִקְלָלָה מַתְחִילִין מִן הַקָּטָן. מַקְשִׁים אַמַּאי הֻוצְרַךְ תַּלְמוּדָא לְהָבִיא דִּבְרֵי הַבָּרַייְתָא, יִקְשֶׁה לוֹ מִן הַפָּסוּק עַצְמוֹ דִּתְחִלָּה נִתְקַלֵּל נָחָשׁ וְאַחַר כָּךְ חַוָּה וְאַחַר כָּךְ אָדָם? וְנִרְאֶה לִי בס"ד דְּמִן הַכָּתוּב לֵיכָּא קֻושְׁיָא דְּיֵשׁ לוֹמַר הָתָם שָׁאנֵי מִשּׁוּם דְּנָחָשׁ הָיָה הַמֵּסִית וְהוּא הִתְחִיל בַּעֲבֵירָה וְחַוָּה חָטְאָה קֹודֶם אָדָם לָכֵן נִתְקַלְּלוּ בָּזֶה אֶת זֶה וּלְעוֹלָם לֵיתֵיהּ לְהַאי כְּלָלָא דְּבִקְלָלָה מַתְחִילִין מִן הַקָּטָן, אַךְ תַּנָּא דְּבָרַיְיתָא דְּיָלֵיף הַאי כְּלָלָא מֵהַאי עִנְיָינָא, שְׁמַע מִינָּה דְּלֵית לֵיהּ חִילּוּק זֶה שֶׁאָמַרְנוּ. וְעַייֵּן בִּבְרָכוֹת דַּף ס"א מַה שֶׁתֵּרַצְתִּי עוֹד בָּזֶה. [וְזֶה לְשׁוֹנוֹ שָׁם: וְנִרְאֶה לִי בס"ד כִּי מִן הַכָּתוּב לֵיכָּא קֻושְׁיָא, דִּלְעוֹלָם הָאָדָם נִתְקַלֵּל בָּרִאשׁוֹנָה וְכֵן הַסְּבָרָה מְחַייֶּבֶת מֵאַחַר דְּהוֹכִיחוּ תְּחִלָּה וַדַּאי גָּמַר דְּבָרָיו עִמּוֹ וְקִלְּלוֹ, וּמַה שֶׁזָּכַר הַכָּתוּב קִלְלָתוֹ בָּאַחֲרוֹנָה כֵּן יִמָּצֵא הַרְבֵּה בַּמִּקְרָאוֹת שֶׁיִּזָּכֵר עִנְיָן הַמְאֻוחָר קֹודֶם עִנְיָן שֶׁקָּדַם לוֹ דְּעַל זֶה אָמְרוּ רַבּוֹתֵינוּ זַ"ל 'אֵין מֻוקְדָּם וּמְאֻוחָר בַּתּוֹרָה' וְיִתָּכֵן דְּחָס הַכָּתוּב עַל כְּבוֹד אָדָם וְהִזְכִּיר קִלְלָתוֹ בָּאַחֲרוֹנָה וּלְעוֹלָם נִתְקַלֵּל בָּרִאשׁוֹנָה תֵּכֶף בְּעֵת שֶׁהוֹכִיחוֹ אַךְ רַבִּי מֵאִיר דְּיָלֵיף מֵהָכָא לְעִנְיָן בְּעָלְמָא דְּבִקְלָלָה מַתְחִילִין מִן הַקָּטָן מַשְׁמַע דִּסְבִירָא לֵיהּ דִּבְקוּשְׁטָא הָכִי הָוֵי שֶׁהַנָּחָשׁ נִתְקַלֵּל בָּרִאשׁוֹנָה וְאָדָם בָּאַחֲרוֹנָה, לְכָךְ מַקְשֵׁי מֵהָא דְּרַבִּי מֵאִיר.]
Mais il a été enseigné : Rabbi dit : dans ce qui relève de la grandeur on commence par le plus grand, et dans ce qui relève de la malédiction on commence par le plus petit. On demande : pourquoi le Talmud a-t-il eu besoin d'apporter les paroles de la baraita ? Il pouvait poser sa difficulté depuis le verset lui-même, puisque le serpent fut maudit d'abord, puis Hava, puis Adam. Il me semble, avec l'aide du Ciel, que depuis le texte écrit il n'y a pas de difficulté, car on peut dire : là, c'est différent, parce que le serpent fut l'instigateur et qu'il commença la faute, et parce que Hava pécha avant Adam ; c'est pourquoi ils furent maudits dans cet ordre-là, et la règle selon laquelle dans la malédiction on commence par le plus petit n'entre aucunement en jeu. Mais le tana de la baraita, qui tire cette règle de ce passage même, montre par là qu'il n'admet pas la distinction que nous venons de dire. Voir Berakhot 61, ce que j'y ai encore répondu sur ce point. [Voici ses termes là-bas : il me semble, avec l'aide du Ciel, que depuis le texte écrit il n'y a pas de difficulté, car en vérité Adam fut maudit le premier, et le raisonnement l'exige : dès lors qu'Il l'avait d'abord repris, Il acheva certainement Ses paroles avec lui et le maudit. Que le texte mentionne sa malédiction en dernier, on en trouve beaucoup d'exemples dans les versets, où une chose postérieure est mentionnée avant une chose qui l'a précédée ; c'est à ce sujet que nos maîtres, de mémoire bénie, ont dit qu'il n'y a pas d'antériorité ni de postériorité dans la Tora. Il se peut que le texte ait ménagé l'honneur d'Adam et ait mentionné sa malédiction en dernier, alors qu'en vérité il fut maudit le premier, aussitôt après avoir été repris. Mais Rabbi Meir, qui tire d'ici une règle valant en général, selon laquelle dans la malédiction on commence par le plus petit, laisse entendre qu'il tient que les choses se sont réellement passées ainsi, le serpent maudit le premier et Adam le dernier ; c'est pourquoi la Guemara objecte depuis l'enseignement de Rabbi Meir.]
💡 Explication

L'objection lit l'ordre de la michna comme un ordre de préséance : d'abord la teva, puis le nassi, puis l'av beit din, puis l'assemblée. Or poser de la cendre sur sa tête est un geste de deuil, donc du côté de la kelala, la malédiction, où la règle de Rabbi veut qu'on commence par le plus petit.

Rachi précise le versant opposé de la règle : la guedoula désigne une mitsva ordinaire, sans dimension de malheur, et le verset cité en est l'exemple, Moche s'adressant d'abord à Aharon, puis à ses fils.

13
בִּגְדֻולָּה מַתְחִילִין מִן הַגָּדוֹל, שֶׁנֶּאֱמַר: ״וַיֹּאמֶר מֹשֶׁה אֶל אַהֲרֹן וּלְאֶלְעָזָר וּלְאִיתָמָר״. וּבִקְלָלָה מַתְחִילִין מִן הַקָּטָן — שֶׁבַּתְּחִלָּה נִתְקַלֵּל נָחָשׁ, וְאַחַר כָּךְ נִתְקַלְּלָה חַוָּה, וְאַחַר כָּךְ נִתְקַלֵּל אָדָם!

Dans ce qui relève de la grandeur, on commence par le plus grand, ainsi qu'il est dit : et Moche dit à Aharon, à Elazar et à Itamar. Et dans ce qui relève de la malédiction, on commence par le plus petit : car d'abord le serpent fut maudit, puis Hava fut maudite, puis Adam fut maudit.

💡 Explication

La baraita donne ses deux sources. Pour la grandeur, un verset de Vayikra où Moche nomme Aharon avant ses fils. Pour la malédiction, l'ordre du récit de Berechit : le serpent, Hava, puis Adam, c'est-à-dire du plus bas au plus haut.

14
הָא חֲשִׁיבוּתָא לְדִידְהוּ, דְּאָמְרִי לְהוּ: אַתּוּן חֲשִׁיבִיתוּ לְמִיבְעֵי עֲלַן רַחֲמֵי אַכֻּולֵּי עָלְמָא.

Ici, c'est pour eux une marque de considération : on leur dit en effet, vous êtes assez dignes pour demander miséricorde sur nous, sur le monde entier.

💡 Explication

La réponse déplace la qualification du geste. Recevoir la cendre en premier serait une préséance dans le malheur si l'on ne regardait que le signe de deuil ; la Guemara y voit une hachivouta, une marque de considération, parce que le geste désigne celui dont la prière porte pour tous.

Le raisonnement vaut au-delà du cas : la charge publique est classée ici du côté de l'honneur, même quand elle prend la forme d'une humiliation.

15
כָּל אֶחָד וְאֶחָד נוֹתֵן בְּרֹאשׁוֹ. נָשִׂיא וְאַב בֵּית דִּין נָמֵי נִשְׁקְלוּ אִינְהוּ וְנַינְּחוּ בְּרֵאשַׁייְהוּ, מַאי שְׁנָא דְּשָׁקֵיל אִינִישׁ אַחֲרִינָא וּמַנַּח לְהוּ? אָמַר רַבִּי אַבָּא דְּמִן קֵסָרִי: אֵינוֹ דּוֹמֶה מִתְבַּיֵּישׁ מֵעַצְמוֹ

Chacun en met sur sa tête. Que le nassi et l'av beit din en prennent eux aussi eux-mêmes et en posent sur leur propre tête !

En quoi est-ce différent, qu'un autre en prenne et leur en pose ? Rabbi Abba de Césarée a dit : celui qui se couvre de honte de lui-même n'est pas semblable à...

📜 Rachi (1)
דְּשָׁקִיל אִינִישׁ אַחַרְיַנָא כו' דְּקָתָנֵי וְנוֹתְנִין ע"ג הַתֵּיבָה כו' וְעַל רֹאשׁ הַנָּשִׂיא כּוּ' דְּמַשְׁמַע עַל יְדֵי אַחֵר וְגַבֵּי שְׁאָר כָּל אָדָם לָא תָּנֵי נוֹתְנִין אֶלָּא כָּל אֶחָד וְאֶחָד (נוֹטֵל) כו':
La michna enseigne on met sur la teva, etc., et sur la tête du nassi, etc., ce qui laisse entendre que cela se fait par la main d'un autre ; alors que pour tout le reste de l'assemblée elle n'enseigne pas on met, mais chacun prend, etc.
💡 Explication

La seconde objection porte sur la forme verbale. La michna emploie pour la teva, le nassi et l'av beit din une forme impersonnelle, venotenin, on met, et pour les autres une forme réfléchie, chacun prend et met sur sa propre tête. Rachi montre que la différence est bien voulue.

La réponse de Rabbi Abba de Césarée est interrompue par la fin du folio. Son principe se lit déjà : la honte que l'on s'inflige à soi-même et celle que l'on reçoit d'un autre ne pèsent pas du même poids. La suite est en 16a.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).