Sougya : Le folio achève d'abord la baraita sur l'homme que l'on fait descendre devant la teva les jours de jeûne. Rav H'isda précise que sa maison vide désigne une maison vide de faute, et Abaye que sa jeunesse fut belle signifie qu'aucune mauvaise réputation n'est sortie sur lui.
Un verset de Yirmiyahou sert ensuite à condamner l'officiant indigne. La Guemara revient alors au compte de la michna : vingt-quatre bénédictions, les dix-huit de chaque jour plus six ajoutées ; elle objecte qu'il y en a sept, et Rav Nahman bar Yitshak répond que la septième est celle que l'on allonge, Goël Yisrael, qui appartient déjà aux dix-huit.
Vient enfin la longue description du déroulement : le sceau Celui qui a répondu à Avraham, la réponse de l'assemblée, l'appel du bedeau aux kohanim et l'alternance des sonneries. Le rite change au Temple, où l'on ne répond pas amen mais Baroukh chem kevod malkhouto, ce que la baraita tire de Nehemia.
Rabbi Halafta à Tsippori et Rabbi Hanania ben Teradyon à Sikhni suivirent cet usage, et les Sages jugèrent qu'il n'avait cours qu'aux portes orientales et sur le mont du Temple. Une seconde tradition et une baraita reprennent la même matière, puis s'ouvre l'explication de Rabbi Yehouda, qui remplaçait Zikhronot et Chofarot.
Chargé de famille et sans ressources, cela revient-il au même que sa maison est vide ? Rav H'isda dit : cela veut dire que sa maison est vide de toute faute.
Et sa jeunesse fut belle : Abaye dit : c'est celui sur qui aucune mauvaise réputation n'est sortie dans sa jeunesse.
La Guemara achève la baraita ouverte en 16a, qui énumère les qualités de l'homme habitué que l'on fait descendre devant la teva les jours de jeûne. Deux expressions se recouvraient : chargé de famille et sans ressources, et sa maison est vide. Rav H'isda écarte la redondance en changeant le sens du second : une maison vide de faute, sans violence ni vol.
Abaye traite de même perko nae, littéralement sa période est belle. Il ne s'agit pas d'une qualité du moment présent, mais du passé de l'homme : sa jeunesse n'a laissé derrière elle aucune mauvaise réputation. L'officiant d'un jeûne public porte la demande de toute la communauté, et son passé entre dans le choix.
Mon héritage est devenu pour moi comme un lion dans la forêt, elle a donné de la voix contre moi, c'est pourquoi je l'ai haïe. Que signifie elle a donné de la voix contre moi ?
Mar Zoutra bar Toviya a dit au nom de Rav, et certains rapportent que Rabbi Hama a dit au nom de Rabbi Elazar : il s'agit de l'officiant indigne qui descend devant la teva.
Le verset de Yirmiyahou parle d'Israël devenu odieux à son Maître parce qu'il a donné de la voix contre lui. La derasha lit cette voix comme celle de l'officiant : une prière publique conduite par un homme indigne devient elle-même motif d'éloignement.
Rachi précise le mécanisme : la voix est portée devant Hachem, et c'est celui qui la porte qui la rend insupportable. Le passage donne ainsi son enjeu à toute la liste de critères qui précède, en montrant ce que coûte un mauvais choix.
Il dit devant eux vingt-quatre bénédictions : les dix-huit de chaque jour, auxquelles il en ajoute encore six. Ces six-là, elles sont sept !
Car nous avons appris : sur la septième il dit : Béni soit Celui qui a pitié de la terre. Rav Nahman bar Yitshak dit : que signifie la septième ?
La septième depuis celle que l'on allonge.
La Guemara revient au compte de la michna. Celle-ci annonce six bénédictions ajoutées, mais la michna qui énumère les sceaux va jusqu'à une septième, scellée par Celui qui a pitié de la terre. Le compte semble faux.
Rav Nahman bar Yitshak répond en changeant le point de départ du décompte : septième ne veut pas dire septième ajoutée, mais septième à partir de Goël Yisrael, la bénédiction que l'officiant allonge. Cette bénédiction appartient déjà aux dix-huit quotidiennes ; on entend donc sept sceaux, tout en n'ajoutant que six bénédictions.
Comme il a été enseigné : dans Goël Yisrael il allonge, et au sceau de cette bénédiction il dit : Celui qui a répondu à Avraham sur le mont Moriya, c'est Lui qui vous répondra et entendra la voix de votre cri en ce jour. Béni soit Celui qui délivre Israël.
Et ils répondent amen après lui. Puis le bedeau de la synagogue leur dit : Sonnez, fils d'Aharon, sonnez.
La baraita décrit le rite dans le détail. L'officiant allonge la bénédiction de la délivrance en y insérant demandes et supplications, puis il la scelle par une formule double : le rappel d'une délivrance passée, celle d'Avraham sur le mont Moriya, et la demande pour le jour présent.
Trois rôles se distinguent : l'officiant qui dit la bénédiction, l'assemblée qui répond amen, et le bedeau qui appelle les kohanim à sonner. La sonnerie n'est pas laissée à l'initiative de chacun, elle est annoncée.
Il reprend et dit : Celui qui a répondu à nos pères sur la mer des Joncs, c'est Lui qui vous répondra et entendra la voix de votre cri en ce jour. Béni soit Celui qui se souvient des choses oubliées.
Et ils répondent amen après lui. Puis le bedeau de la synagogue leur dit : Sonnez la teroua, fils d'Aharon, sonnez la teroua.
Et ainsi pour chaque bénédiction : après l'une il dit sonnez la tekia, après l'autre il dit sonnez la teroua.
La deuxième bénédiction suit la même structure et se scelle par le souvenir. L'ensemble avance par un cycle fixe, répété autant de fois qu'il y a de bénédictions ajoutées.
La dernière phrase pose la règle d'alternance : les sonneries ne sont pas identiques d'une bénédiction à l'autre. On passe de la tekia, son continu, à la teroua, son brisé, et l'appel du bedeau indique à chaque fois laquelle est attendue.
Dans quel cas cela est-il dit ? En province.
Mais au Temple il n'en va pas ainsi, car on ne répond pas amen au Temple. Et d'où sait-on que l'on ne répond pas amen au Temple ?
Tout ce qui précède valait pour les guvulin, la province, c'est-à-dire partout hors du Temple. La baraita marque maintenant la limite de cette description et annonce un rite différent pour le Temple.
La différence tient à la réponse de l'assemblée. Au Temple on ne dit pas amen, mais Baroukh chem kevod malkhouto leolam vaed, et le sceau de la bénédiction est lui-même allongé. La Guemara demande aussitôt la source de cette règle.
Car il est dit : Levez-vous, bénissez Hachem votre D.ieu d'éternité en éternité, et que l'on bénisse le nom de Ta gloire, élevé au-dessus de toute bénédiction et de toute louange. On aurait pu penser que pour toutes les bénédictions il n'y ait qu'une seule louange ; c'est pourquoi le texte dit : élevé au-dessus de toute bénédiction et de toute louange, c'est-à-dire sur chaque bénédiction donne-Lui une louange.
Le verset de Nehemia est lu comme la description d'un rite du second Temple. L'expression al kol, au-dessus de toute, est reprise dans son sens distributif : sur chacune. Chaque bénédiction reçoit ainsi sa propre louange.
Cette louange est précisément la formule Baroukh chem kevod malkhouto, que le verset désigne par que l'on bénisse le nom de Ta gloire. Le amen, réponse unique et brève, est remplacé au Temple par cette proclamation répétée.
Alors, au Temple, que dit-il ? Béni soit Hachem, D.ieu d'Israël, d'éternité en éternité.
Béni soit Celui qui délivre Israël. Et ils répondent après lui : Baroukh chem kevod malkhouto leolam vaed.
Puis le bedeau de la synagogue leur dit : Sonnez, les kohanim, fils d'Aharon, sonnez,
La baraita donne maintenant la formule du Temple. Le sceau s'ouvre par une proclamation longue, d'éternité en éternité, avant la formule habituelle de la délivrance, et la réponse de l'assemblée change en conséquence.
Rachi relève un point de déroulement : l'appel aux kohanim vient du bedeau, distinct de l'officiant, et il précise à chaque fois la sonnerie attendue. Au Temple, l'appel nomme explicitement les kohanim.
puis il reprend et dit : Celui qui a répondu à Avraham sur le mont Moriya, c'est Lui qui vous répondra et entendra la voix de votre cri en ce jour. Béni soit Hachem, D.ieu d'Israël, qui se souvient des choses oubliées.
Et ils répondent après lui : Baroukh chem kevod malkhouto leolam vaed. Puis le bedeau de la synagogue leur dit : Sonnez la teroua, les kohanim, fils d'Aharon, sonnez la teroua, et ainsi de suite.
Et ainsi pour chaque bénédiction : après l'une il dit sonnez la tekia, après l'autre il dit sonnez la teroua, jusqu'à ce qu'il les achève toutes.
Le même cycle se poursuit au Temple, avec la formule longue à chaque sceau et la réponse Baroukh chem kevod malkhouto à la place du amen. L'alternance des sonneries reste identique à celle de la province.
Et c'est ainsi que Rabbi Halafta institua l'usage à Tsippori, et Rabbi Hanania ben Teradyon à Sikhni. Quand la chose parvint devant les Sages, ils dirent : on n'agissait ainsi qu'aux portes orientales et sur le mont du Temple.
Deux maîtres de la génération qui suit la destruction ont transposé le rite du Temple dans leurs villes. Les Sages ne les approuvent pas : cet usage était lié à un lieu, les portes orientales et le mont du Temple.
Selon Rachi, le point contesté est la réponse de l'assemblée. Hors du Temple, elle reste amen. La transposition d'un rite propre au Temple hors de son lieu est ainsi écartée.
Et certains rapportent qu'il en va comme il a été enseigné : il dit devant eux vingt-quatre bénédictions, les dix-huit de chaque jour, auxquelles il en ajoute encore six. Et ces six-là, où les dit-il ?
Entre Goël Yisrael et Celui qui guérit les malades. Il allonge dans la bénédiction de la délivrance, et ils répondent amen après lui sur chaque bénédiction.
Et c'est ainsi que l'on agissait en province.
Une seconde tradition rapporte la même matière autrement. Elle précise l'emplacement exact des six bénédictions ajoutées dans l'Amida : entre la septième, Goël Yisrael, et la huitième, Celui qui guérit les malades.
Elle conserve l'allongement dans la bénédiction de la délivrance et la réponse amen après chaque bénédiction, en précisant que tel était l'usage de la province. La suite opposera de nouveau le Temple.
Mais au Temple, ils disaient : Béni soit Hachem, D.ieu d'Israël, d'éternité en éternité. Béni soit Celui qui délivre Israël.
Et ils ne répondaient pas amen après lui. Pourquoi tout cela ?
Parce que l'on ne répond pas amen au Temple. Et d'où sait-on que l'on ne répond pas amen au Temple ?
Car il est dit : Levez-vous, bénissez Hachem votre D.ieu d'éternité en éternité, et que l'on bénisse le nom de Ta gloire, élevé au-dessus de toute bénédiction et de toute louange ; sur chaque bénédiction, donne-Lui une louange.
La seconde tradition reprend la même opposition et la même source. La règle du Temple et sa preuve tirée de Nehemia sont communes aux deux récits ; seuls le détail du déroulement et l'emplacement des bénédictions ajoutées les séparent.
Nos maîtres ont enseigné : sur la première il dit : Béni soit Hachem, D.ieu d'Israël, d'éternité en éternité. Béni soit Celui qui délivre Israël.
Et ils répondent après lui : Baroukh chem kevod malkhouto leolam vaed. Puis le bedeau de la synagogue dit : Sonnez, kohanim, sonnez.
Il reprend et dit : Celui qui a répondu à Avraham sur le mont Moriya, c'est Lui qui vous répondra et entendra la voix de votre cri en ce jour. Et ils sonnent la tekia, la teroua et la tekia.
Sur la deuxième il dit : Béni soit Hachem, D.ieu d'Israël, d'éternité en éternité. Béni soit Celui qui se souvient des choses oubliées.
Et ils répondent après lui : Baroukh chem kevod malkhouto leolam vaed,
Une baraita reprend le rite du Temple en ordonnant clairement les étapes : sceau long, réponse de l'assemblée, appel du bedeau, formule Celui qui a répondu, puis sonnerie.
Elle apporte une précision absente plus haut : la sonnerie elle-même est une suite de trois sons, tekia, teroua, tekia. L'alternance annoncée par le bedeau porte donc sur le son qui ouvre et ferme la série.
et le bedeau de la synagogue dit : Sonnez la teroua, fils d'Aharon, sonnez la teroua. Et il dit : Celui qui a répondu à nos pères sur la mer des Joncs, c'est Lui qui vous répondra et entendra la voix de votre cri en ce jour.
Et ils sonnent la teroua, la tekia et la teroua. Et ainsi pour chaque bénédiction : après l'une il dit sonnez la tekia, après l'autre il dit sonnez la teroua, jusqu'à ce qu'il achève toutes les bénédictions.
Et c'est ainsi que Rabbi Halafta institua l'usage à Tsippori, et Rabbi Hanania ben Teradyon à Sikhni. Quand la chose parvint devant les Sages, ils dirent : on n'agissait ainsi qu'aux portes orientales et sur le mont du Temple.
La seconde série inverse l'ordre des sons : teroua, tekia, teroua. L'alternance se lit donc au niveau de la série entière, et l'appel du bedeau en indique à chaque fois le sens.
La baraita se referme sur le même incident et le même verdict. Selon Rachi, l'usage que Rabbi Halafta et Rabbi Hanania ben Teradyon avaient transposé est bien celui du Temple, que les Sages limitent aux portes orientales et au mont du Temple.
Rabbi Yehouda dit : il n'avait pas à dire Zikhronot, etc. Rabbi Adda de Yafo dit : quelle est la raison de Rabbi Yehouda ?
Parce que l'on ne dit Zikhronot et Chofarot
Le folio s'achève sur l'ouverture d'une nouvelle question. La michna rapportait que Rabbi Yehouda remplaçait Zikhronot et Chofarot par des passages consacrés à la famine et à la détresse.
Rabbi Adda de Yafo commence à en donner la raison : ces deux séries ne se disent que dans un cadre précis. La phrase est interrompue par la fin du folio et se poursuit en 17a.
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).