Taanit 17a — La fin des bénédictions du jeûne public, puis le kohen privé de vin et privé de cheveux longs : ce qui reste du service quand le Temple est détruit

Taanit 17a

Sougya : Le folio achève d'abord la liste des sept bénédictions ajoutées au jour de jeûne : un enseignement interverti les formules de clôture de deux d'entre elles, cri pour Eliyahou et prière pour Chemouel, et la guemara vérifie que chaque personnage a bien dans l'Écriture le mot qu'on lui prête. Elle explique ensuite pourquoi Yona, postérieur à David et Chelomo, est nommé avant eux : la dernière bénédiction doit se conclure sur la terre d'Israël.

Le reste du folio quitte la cérémonie pour les hommes du michmar et du bet av. Deux interdits les concernent, le vin et la coupe des cheveux, et les deux posent la même question : que subsiste-t-il d'une règle de service quand le Temple est détruit et qu'il pourrait être rebâti aujourd'hui ?

Sur le vin, une baraita gradue l'interdit selon ce que le kohen sait de son michmar ; Rabbi l'étend à toujours, puis constate que la durée même de la destruction lève la mesure, et Abaye conclut que la pratique actuelle suit Rabbi. Sur les cheveux, la guemara tire les trente jours du kohen ordinaire d'une guezera chava avec le nazir, puis aligne cet interdit sur celui du vin.

Les bénédictions du jeûne : qui est nommé, et par quoi on conclut Rang Celui qui a été répondu Formule de clôture Le point discuté 1re Avraham qui se souvient des choses oubliées - 5e Eliyahou au mont Carmel usage reçu : qui entend la prière autre usage : qui entend le cri le mot cri manque dans son verset 6e Yona dans le poisson qui répond au temps de la détresse pourquoi avant David, qui lui est antérieur 7e et dernière David et Chelomo à Yerouchalayim qui a pitié de la terre Soumkhos : qui abaisse les orgueilleux cette clôture commande tout l'ordre de la liste La dernière place revient à ceux qui ont prié pour la terre d'Israël : l'ordre suit la clôture, non la chronologie Yona vécut aux jours d'Amatsia, longtemps après David et Chelomo
La fin de la série des sept bénédictions : la formule de clôture décide de l'ordre des personnages.
Le vin du kohen aujourd'hui : ce qu'il sait décide de la durée de l'interdit Crainte de base : le Temple peut être rebâti aujourd'hui et le service devenir lourd, et ce kohen être appelé à officier Que sait ce kohen de son tour de service ? Son michmar (la semaine) et son bet av (le jour) il sait aussi que sa maison paternelle était établie au service Son michmar seulement il ignore quel jour de la semaine son bet av officiait Ni l'un ni l'autre mais il sait que sa maison paternelle était établie Interdit ce jour-là seulement Interdit toute cette semaine Interdit toute l'année Un kohen qui ne sait pas que sa maison paternelle était établie au service n'est pas concerné du tout Rabbi : la même crainte devrait interdire le vin à tout kohen pour toujours car l'ordre des michmarot peut changer, ou tous peuvent servir ensemble à l'inauguration Mais que faire : son dommage fait son remède la durée même de la destruction lève la mesure — Abaye : les kohanim boivent aujourd'hui selon Rabbi
La baraita du vin : trois degrés de savoir, trois durées d'interdit, puis la position de Rabbi qui est devenue la pratique.
La coupe des cheveux : trois rythmes, trois raisons Le roi chaque jour R. Abba bar Zavda : le verset Tes yeux verront le roi dans sa beauté on le voit tous les jours Le kohen gadol chaque veille de Chabbat Rav Chemouel bar Yitzhak : les michmarot se renouvellent chaque semaine un public neuf le découvre Le kohen ordinaire tous les trente jours guezera chava péra-péra avec le nazir seul rythme tiré d'un verset La chaîne de déduction des trente jours Kohen : ils ne laisseront pas croître leur péra Nazir : il laissera croître la péra de sa tête Nézirout sans précision : trente jours (Rav Matna) yihye : guematria trente Objection de Rav Papa le verset veut peut-être dire : aucune pousse du tout, et le kohen se rase chaque jour Réponse d'Abaye : l'ordre des mots et leur péra, ils ne la laisseront pas croître — une péra leur est acquise, la laisser croître leur est interdit
Les trois rythmes de coupe, la chaîne qui donne les trente jours du kohen ordinaire, et la discussion sur la lecture du verset.
1
אֶלָּא בְּרֹאשׁ הַשָּׁנָה, וּבַיּוֹבְלוֹת, וּבִשְׁעַת מִלְחָמָה.

sinon à Roch Hachana, aux années de Jubilé, et en temps de guerre.

📜 Rachi (3)
אֶלָּא בְּרֹאשׁ הַשָּׁנָה כִּדְאָמְרִינַן בר"ה (דַּף טז.) אִמְרוּ לִפְנֵי מַלְכֻיוֹת וְזִכְרוֹנוֹת וְכוּ':
Sinon à Roch Hachana — comme nous le disons dans Roch Hachana (16a) : dites devant Moi des malkhouyot et des zikhronot, etc.
וּבַיּוֹבֵל בְּיוֹם הַכִּפּוּרִים שֶׁל יוֹבֵל כְּדִתְנַן הָתָם (דַּף כו:) שָׁוֶה הַיּוֹבֵל לר"ה לִתְקִיעָה וְלִבְרָכוֹת כו':
Et au Jubilé — le jour de Kippour de l'année du Jubilé, comme nous l'avons appris là-bas (26b) : le Jubilé est égal à Roch Hachana pour la sonnerie et pour les bénédictions, etc.
וּבִשְׁעַת מִלְחָמָה דִּכְתִיב (בַּמִּדְבָּר י) וְכִי תָבֹאוּ מִלְחָמָה בְּאַרְצְכֶם עַל הַצַּר הַצֹּורֵר אֶתְכֶם וְגוֹ' וְלָא יָדְעִינַן מְנָא אִיתְפְּרִישׁ דְּאוֹמֵר בְּרָכוֹת וּפְסוּקֵי מַלְכֻיוֹת זִכְרוֹנוֹת וְשׁוֹפָרוֹת בִּשְׁעַת מִלְחָמָה:
Et en temps de guerre — car il est écrit (Nombres 10) : « Et lorsque vous irez en guerre dans votre pays contre l'ennemi qui vous opprime, etc. » ; mais nous ne savons pas d'où il ressort explicitement qu'on dit alors les bénédictions et les versets de malkhouyot, de zikhronot et de chofarot en temps de guerre.
💡 Explication

Le folio s'ouvre sur la fin d'une phrase commencée en 16b : les zikhronot (versets de souvenir) et les chofarot (versets de sonnerie) ne se disent qu'à Roch Hachana, au Jubilé et en temps de guerre. La question de fond reste celle du jour de jeûne public, où l'on ajoute sept bénédictions avec sonneries : il faut savoir ce que ce jour emprunte à Roch Hachana et ce qu'il ne lui emprunte pas.

Rachi ferme le dossier des sources : les deux premiers cas ont leur lieu dans le traité Roch Hachana ; pour la guerre, il indique le verset de Nombres et note que la formulation complète du rite en temps de guerre reste sans source explicite.

2
עַל הָרִאשׁוֹנָה הוּא אוֹמֵר: מִי שֶׁעָנָה אֶת אַבְרָהָם כּוּ׳. תְּנָא: יֵשׁ מַחְלִיפִין צְעָקָה לְאֵלִיָּהוּ, וּתְפִלָּה לִשְׁמוּאֵל. בִּשְׁלָמָא גַּבֵּי שְׁמוּאֵל — כְּתִיב בֵּיהּ תְּפִלָּה וּכְתִיב בֵּיהּ צְעָקָה.

« Sur la première, il dit : Celui qui a répondu à Avraham, etc. » On a enseigné : certains intervertissent, mettant le cri pour Eliyahou et la prière pour Chemouel. Passe encore pour Chemouel : il est écrit à son sujet « prière » et il est écrit à son sujet « cri ».

📜 Rachi (2)
צָעֲקָה לְאֵלִיָּהוּ עַל מִי שֶׁעָנָה אֶת אֵלִיָּהוּ חוֹתֵם שׁוֹמֵעַ צְעָקָה וּבִשְׁמוּאֵל שׁוֹמֵעַ תְּפִלָּה דִּכְתִיב בֵּיהּ תְּפִלָּה (שְׁמוּאֵל א ז׳:ה׳) קִבְצוּ אֶת כָּל יִשְׂרָאֵל הַמִּצְפָּתָה וְאֶתְפַּלֵּל בַּעַדְכֶם:
Le cri pour Eliyahou — sur « Celui qui a répondu à Eliyahou » il conclut par « qui entend le cri », et pour Chemouel par « qui entend la prière », car il est écrit à son sujet « prière » (I Chemouel 7, 5) : « Rassemblez tout Israël à Mitspa, et je prierai pour vous ».
צְעָקָה דִּכְתִיב (שָׁם טו) וַיִּחַר לִשְׁמוּאֵל וַיִּזְעַק אֶל ה' כָּל הַלָּיְלָה וְאִיכָּא לְמֵימַר בַּמִּצְפָּה הֲוָה הַהִיא צְעָקָה דְּבָתַר פָּרָשַׁת קִבְצוּ כָּל יִשְׂרָאֵל הַמִּצְפָּתָה כְּתִיב בְּפָרָשַׁת נִחַמְתִּי כִּי הִמְלַכְתִּי אֶת שָׁאוּל וְגוֹ' כָּךְ שָׁמַעְתִּי:
Cri — car il est écrit (ibid. 15) : « Chemouel s'irrita et cria vers Hachem toute la nuit ». On peut dire que ce cri-là eut lieu à Mitspa, car après la section « Rassemblez tout Israël à Mitspa » il est écrit la section « Je regrette d'avoir établi Chaoul roi, etc. ». Ainsi l'ai-je entendu.
💡 Explication

Chacune des sept bénédictions rappelle un homme que Hachem a exaucé, et se ferme par une formule de clôture. Deux d'entre elles ont des clôtures voisines : choméa tseaka (qui entend le cri) et choméa tefila (qui entend la prière). Un enseignement rapporte que certains les échangent, donnant le cri à la bénédiction d'Eliyahou et la prière à celle de Chemouel.

La guemara ne discute pas du goût de l'usage, elle vérifie sa base scripturaire : la formule doit reprendre le mot que l'Écriture emploie pour le personnage. Pour Chemouel, les deux mots figurent, donc les deux clôtures lui conviennent.

3
אֶלָּא גַּבֵּי אֵלִיָּהוּ — תְּפִלָּה כְּתִיב, צְעָקָה לָא כְּתִיב! ״עֲנֵנִי ה׳ עֲנֵנִי״ לְשׁוֹן צְעָקָה הִיא.

Mais pour Eliyahou, « prière » est écrit tandis que « cri » n'est pas écrit ! — « Réponds-moi, Hachem, réponds-moi » est une expression de cri.

📜 Rachi (1)
גַּבֵּי אֵלִיָּהוּ בַּמַּעֲשֶׂה דְּהַר הַכַּרְמֶל כְּתִיב תְּפִלָּה דִּכְתִיב עֲנֵנִי ה' עֲנֵנִי דְּמַשְׁמַע לְשׁוֹן בַּקָּשָׁה וּתְפִלָּה וְלֹא לְשׁוֹן צְעָקָה וּמְשַׁנֵּי עֲנֵנִי ה' עֲנֵנִי לְשׁוֹן צְעָקָה הוּא כָּךְ שָׁמַעְתִּי:
Pour Eliyahou — dans l'épisode du mont Carmel il est écrit une prière, car il est écrit « Réponds-moi, Hachem, réponds-moi », ce qui indique une demande et une prière plutôt qu'un cri ; et la guemara répond que « Réponds-moi, Hachem, réponds-moi » est une expression de cri. Ainsi l'ai-je entendu.
💡 Explication

La difficulté porte sur Eliyahou : son verset au mont Carmel donne le mot prière, le mot cri en est absent. La réponse fait porter la preuve sur la forme de la phrase plutôt que sur le vocabulaire : la répétition « réponds-moi, réponds-moi » est en elle-même la marque d'un cri.

4
עַל הַשִּׁשִּׁית הוּא אוֹמֵר: מִי שֶׁעָנָה אֶת יוֹנָה כּוּ׳. עַל הַשְּׁבִיעִית הוּא אוֹמֵר: מִי שֶׁעָנָה אֶת דָּוִד כּוּ׳. מִכְּדֵי יוֹנָה בָּתַר דָּוִד וּשְׁלֹמֹה הֲוָה, מַאי טַעְמָא מַקְדֵּים לֵיהּ בְּרֵישָׁא? מִשּׁוּם דְּבָעֵי לְמִיחְתַּם ״מְרַחֵם עַל הָאָרֶץ״. תַּנָּא, מִשּׁוּם סוּמָכוֹס אָמְרוּ: ״בָּרוּךְ מַשְׁפִּיל הָרָמִים״.

« Sur la sixième il dit : Celui qui a répondu à Yona, etc. Sur la septième il dit : Celui qui a répondu à David, etc. » Or Yona vint après David et Chelomo : pour quelle raison le nomme-t-il en premier ?

Parce qu'on veut conclure par « qui a pitié de la terre ». On a enseigné au nom de Soumkhos : on disait « Béni sois-Tu, qui abaisse les orgueilleux ».

📜 Rachi (3)
יוֹנָה בָּתַר דָּוִד וּשְׁלֹמֹה דַּהֲוָה בִּימֵי אֲמַצְיָהוּ בְּסֵדֶר עוֹלָם:
Yona vint après David et Chelomo — il vécut aux jours d'Amatsia, selon le Seder Olam.
דְּבָעֵי לְמִחְתַּם בְּסוֹף כָּל בְּרָכוֹת בָּרוּךְ מְרַחֵם עַל הָאָרֶץ וּלְהָכִי בָּעֵי בְּאוֹתָהּ חֲתִימָה דָּוִד וּשְׁלֹמֹה שֶׁהֵן הִתְפַּלְּלוּ עַל אֶרֶץ יִשְׂרָאֵל כָּךְ שָׁמַעְתִּי אִי נָמֵי מִשּׁוּם דְּאִינְהוּ תִּקּוּן בֵּית הַמִּקְדָּשׁ דְּהוּא עִיקַּר הָאָרֶץ כָּךְ שָׁמַעְתִּי:
Parce qu'on veut conclure — à la fin de toutes les bénédictions, par « Béni... qui a pitié de la terre » ; c'est pourquoi on veut, pour cette clôture-là, David et Chelomo, qui ont prié pour la terre d'Israël. Ainsi l'ai-je entendu. Ou bien parce que ce sont eux qui ont établi le Temple, lequel est l'essentiel de la terre. Ainsi l'ai-je entendu.
בָּרוּךְ מַשְׁפִּיל הָרָמִים הָיוּ אוֹמְרִים בְּמָקוֹם בָּרוּךְ מֵרֶחֶם שֶׁהִכְנִיעָם בְּמָטָר שֶׁשָּׁבוּ בִּתְשׁוּבָה:
« Béni... qui abaisse les orgueilleux » — on le disait à la place de « Béni... qui a pitié », car Il les a soumis par la pluie, puisqu'ils sont revenus par la techouva.
💡 Explication

La question est chronologique : Yona vécut aux jours d'Amatsia, bien après David et Chelomo, et il occupe pourtant la sixième place, avant eux. La réponse renverse la priorité : la hatima (formule de clôture) de la dernière bénédiction, « qui a pitié de la terre », commande l'ordre des personnages. Il faut donc terminer sur les deux rois qui ont prié pour la terre d'Israël et qui y ont bâti le Temple.

Soumkhos rapporte une autre clôture pour cette dernière bénédiction : « qui abaisse les orgueilleux ». Rachi la rattache à l'effet même de la pluie obtenue, qui vient après que le public s'est soumis et est revenu par la techouva.

5
שָׁלֹשׁ תַּעֲנִיּוֹת הָרִאשׁוֹנוֹת אַנְשֵׁי מִשְׁמָר מִתְעַנִּין וְלֹא מַשְׁלִימִין כּוּ׳. תָּנוּ רַבָּנַן: מִפְּנֵי מֶה אָמְרוּ אַנְשֵׁי מִשְׁמָר מֻותָּרִין לִשְׁתּוֹת יַיִן בַּלֵּילוֹת אֲבָל לֹא בַּיָּמִים — שֶׁמָּא תִּכְבַּד הָעֲבוֹדָה עַל אַנְשֵׁי בֵּית אָב, וְיָבוֹאוּ וִיסַיְּיעוּ לָהֶם.

« Les trois premiers jeûnes, les hommes du michmar jeûnent sans achever, etc. » Nos maîtres ont enseigné : pourquoi ont-ils dit que les hommes du michmar sont autorisés à boire du vin la nuit mais non le jour ? De crainte que le service ne devienne trop lourd pour les hommes du bet av, et que les hommes du michmar ne viennent les aider.

💡 Explication

Deux ensembles de kohanim se partagent le service. Le michmar est le groupe de service de la semaine : vingt-quatre michmarot se relaient dans l'année. À l'intérieur du michmar, le bet av (maison paternelle) est la famille qui officie un jour donné de cette semaine.

Les hommes du michmar ne servent donc pas tous les jours de leur semaine. La baraita explique quand même leur interdit de vin pendant la journée : un jour de forte affluence, le bet av de service peut avoir besoin de renfort, et les hommes du michmar seront appelés. Un kohen ayant bu du vin ne peut pas officier ; l'interdit couvre donc toutes les heures où l'appel est possible.

6
מִפְּנֵי מֶה אָמְרוּ אַנְשֵׁי בֵּית אָב לֹא בַּיּוֹם וְלֹא בַּלַּיְלָה — מִפְּנֵי שֶׁהֵן עֲסוּקִין תָּמִיד בָּעֲבוֹדָה.

Pourquoi ont-ils dit que les hommes du bet av ne boivent ni le jour ni la nuit ? Parce qu'ils sont occupés en permanence au service.

💡 Explication

Pour le bet av, l'interdit couvre les vingt-quatre heures, car son service ne s'arrête pas au coucher du soleil : les membres brûlent sur l'autel toute la nuit, et les travaux nocturnes du Temple lui incombent.

7
מִכָּאן אָמְרוּ: כָּל כֹּהֵן שֶׁמַּכִּיר מִשְׁמַרְתּוֹ וּמִשְׁמֶרֶת בֵּית אָב שֶׁלּוֹ, וְיוֹדֵעַ שֶׁבָּתֵּי אֲבוֹתָיו קְבוּעִין שָׁם — אָסוּר לִשְׁתּוֹת יַיִן כָּל אוֹתוֹ הַיּוֹם. בְּמַכִּיר מִשְׁמַרְתּוֹ וְאֵין מַכִּיר מִשְׁמֶרֶת בֵּית אָב שֶׁלּוֹ, וְיוֹדֵעַ שֶׁבָּתֵּי אֲבוֹתָיו קְבוּעִין שָׁם — אָסוּר לִשְׁתּוֹת יַיִן כָּל אוֹתָהּ שַׁבָּת.

De là ils ont dit : tout kohen qui connaît son michmar et le michmar de son bet av, et qui sait que les maisons de ses pères y étaient établies, il lui est interdit de boire du vin tout ce jour-là. S'il connaît son michmar sans connaître le michmar de son bet av, et qu'il sait que les maisons de ses pères y étaient établies, il lui est interdit de boire du vin toute cette semaine-là.

📜 Rachi (7)
מִכָּאן אָמְרוּ מִדְּקָתָנֵי הָכָא דַּאֲפִילּוּ אַנְשֵׁי מִשְׁמָר שֶׁלֹּא הָיוּ עוֹבְדִין בְּאוֹתוֹ הַיּוֹם כְּלָל אֲפִילּוּ הָכֵי אֲסוּרִין לִשְׁתּוֹת יַיִן:
De là ils ont dit — puisqu'il est enseigné ici que même les hommes du michmar, qui n'officiaient pas du tout ce jour-là, ont malgré tout interdiction de boire du vin.
כֹּהֵן בַּזְּמַן הַזֶּה:
Un kohen — de nos jours.
הַמַּכִּיר מִשְׁמַרְתּוֹ הַיּוֹדֵעַ מֵאֵיזוֹ מִשְׁמֶרֶת הוּא מִיְּהוֹיָרִיב אוֹ מִיְּדַעְיָה אוֹ אַחַת מכ"ד מִשְׁמָרוֹת שֶׁיּוֹדֵעַ שְׁמוֹת אֲבוֹתָיו וַאֲבוֹת אֲבוֹתָיו עַד יְהוֹיָרִיב וְיוֹדֵעַ אֵיזֶה יוֹם וְאֵיזֶה שַׁבָּת הָיוּ עוֹבְדִים:
Celui qui connaît son michmar — celui qui sait de quel michmar il est, Yehoyariv ou Yedaya ou l'un des vingt-quatre michmarot, parce qu'il connaît les noms de ses pères et des pères de ses pères jusqu'à Yehoyariv, et qu'il sait quel jour et quelle semaine ils officiaient.
קִבּוּעִין שֶׁיּוֹדֵעַ וַדַּאי שֶׁבֵּית אָב שֶׁלּוֹ עוֹבֵד בַּמִּקְדָּשׁ לְפִי שֶׁהַרְבֵּה הָיוּ מִבָּתֵּי אֲבוֹת הַכֹּהֲנִים שֶׁלֹּא הֻוקְבְּעוּ שׁוּב אָמַר לִי רַבִּי קִבּוּעִין שֶׁלֹּא נִתְחַלֵּל בֵּית אָב שֶׁלּוֹ לִהְיוֹת מְגֹואָל מִן הַכְּהֻונָּה וְיוֹדֵעַ שֶׁרָאוּי בֵּית אָב שֶׁלּוֹ לַעֲבֹוד:
Établies — qu'il sait avec certitude que son bet av officiait au Temple, car nombre de maisons paternelles de kohanim n'avaient pas été établies. Mon maître m'a encore dit : « établies » veut dire que son bet av n'a pas été profane au point d'être écarté de la kehouna, et qu'il sait que son bet av est apte au service.
אָסוּר לִשְׁתּוֹת יַיִן כָּל אוֹתוֹ הַיּוֹם וְתוּ לָא שֶׁמָּא יִבָּנֶה בֵּית הַמִּקְדָּשׁ וְתִכְבַּד הָעֲבוֹדָה וְיִהְיֶה זֶה צָרִיךְ לַעֲבֹוד:
Il lui est interdit de boire du vin tout ce jour-là — et pas au-delà : de crainte que le Temple soit rebâti, que le service devienne lourd et que cet homme ait à officier.
מַכִּיר מִשְׁמַרְתּוֹ שֶׁיּוֹדֵעַ אֵיזֶה שַׁבָּת בְּשָׁנָה עוֹבְדִין:
Il connaît son michmar — il sait quelle semaine de l'année ils officient.
וְאֵינוֹ יוֹדֵעַ מֵאֵיזֶה בֵּית אָב דְּעַכְשָׁיו אֵינוֹ מַכִּיר בְּאֵיזֶה יוֹם בְּשַׁבָּת עוֹבְדִין וְיוֹדֵעַ שֶׁבָּתֵּי אֲבוֹתָיו קְבוּעִין אָסוּר כָּל אוֹתָהּ שַׁבָּת מִסְּפֵיקָא בְּכוּלְּהוּ גָּרְסִינַן וְיוֹדֵעַ שֶׁבָּתֵּי אֲבוֹתָיו קְבוּעִין הֵן דְּאִם אֵינוֹ יוֹדֵעַ שֶׁבָּתֵּי אֲבוֹתָיו קִבּוּעִין לַעֲבֹוד מֻותָּר הוּא לִשְׁתּוֹת יַיִן כָּל הַשָּׁנָה וְלָא חָייְשִׁינַן שֶׁמָּא יִבָּנֶה וְשֶׁמָּא בֵּית אָב שֶׁלּוֹ יַעַבְדוּ הַיּוֹם:
Et il ne sait pas de quel bet av — car il ignore maintenant quel jour de la semaine ils officiaient ; et il sait que les maisons de ses pères étaient établies : il est alors interdit toute cette semaine-là, par doute. Dans tous les cas nous lisons « et il sait que les maisons de ses pères étaient établies », car s'il ne sait pas que les maisons de ses pères étaient établies pour le service, il lui est permis de boire du vin toute l'année, et l'on ne craint pas qu'il soit rebâti et que son bet av officie aujourd'hui.
🗂️ Tossefot (1)
וְיוֹדֵעַ שֶׁבָּתֵּי אֲבוֹתָיו קְבוּעִין לְשָׁם אָסוּר לִשְׁתּוֹת יַיִן וְכוּ'. פֵּירוּשׁ אָסוּר לִשְׁתּוֹת יַיִן חוּץ לִסְעֻודָּתוֹ אֲבָל בִּסְעֻודָּתוֹ מֻותָּר דְּיַיִן שֶׁבְּתוֹךְ הַסְּעוּדָה אֵינוֹ מְשַׁכֵּר:
Explication : il lui est interdit de boire du vin en dehors de son repas, mais au cours de son repas cela lui est permis, car le vin bu pendant le repas n'enivre pas.
💡 Explication

La baraita quitte l'époque du Temple pour la nôtre. Le raisonnement est toujours le même : si le Temple était rebâti aujourd'hui, ce kohen pourrait être appelé, et le vin l'en empêcherait. L'interdit se règle donc sur l'étendue du doute.

Qui connaît sa semaine et son jour est interdit ce jour de la semaine ; qui ne connaît que sa semaine est interdit les sept jours, chacun pouvant être le sien. Rachi ajoute une condition préliminaire : il faut aussi savoir que sa maison paternelle était kevoua (établie) au service, car toutes ne l'étaient pas. Faute de quoi le kohen n'est pas concerné.

Tossefot restreint la portée pratique : l'interdit vise le vin bu hors du repas. Le vin pris au cours du repas n'enivre pas, et ne tombe donc pas sous cette crainte.

🖼️ Schéma
Michmar et bet av : deux échelles de temps Le michmar : la semaine de service vingt-quatre michmarot se relaient dans l'année, une semaine chacun Le bet av : le jour de service à l'intérieur de cette semaine jour 1 jour 2 jour 3 mon bet av jour 4 jour 5 jour 6 jour 7 Savoir la semaine et le jour : un seul jour interdit — savoir la semaine seule : les sept jours interdits Le jour de service du bet av commence le soir et se poursuit toute la nuit sur l'autel
Le michmar donne la semaine, le bet av donne le jour : l'interdit épouse ce que le kohen ignore.
8
אֵינוֹ מַכִּיר מִשְׁמַרְתּוֹ וּמִשְׁמֶרֶת בֵּית אָב שֶׁלּוֹ, וְיוֹדֵעַ שֶׁבָּתֵּי אֲבוֹתָיו קְבוּעִין שָׁם — אָסוּר לִשְׁתּוֹת יַיִן כָּל הַשָּׁנָה.

S'il ne connaît ni son michmar ni le michmar de son bet av, mais qu'il sait que les maisons de ses pères y étaient établies, il lui est interdit de boire du vin toute l'année.

9
רַבִּי אוֹמֵר, אוֹמֵר אֲנִי: אָסוּר לִשְׁתּוֹת יַיִן לְעוֹלָם, אֲבָל מָה אֶעֱשֶׂה שֶׁתַּקָּנָתוֹ קַלְקָלָתוֹ. אָמַר אַבַּיֵּי: כְּמַאן שָׁתוּ הָאִידָּנָא כָּהֲנֵי חַמְרָא — כְּרַבִּי.

Rabbi dit : je dis, moi, qu'il est interdit de boire du vin à jamais ; mais que faire, puisque son dommage fait son remède ? Abaye a dit : selon qui les kohanim boivent-ils du vin aujourd'hui ?

Selon Rabbi.

📜 Rachi (1)
רַבִּי אוֹמֵר אוֹמֵר אֲנִי כֹּהֵן אָסוּר כּוּ' כְּלוֹמַר אִי חָייְשִׁינַן לְשֶׁמָּא יִבָּנֶה יְהֵא אָסוּר לְעוֹלָם אַפֵּי' הַמַּכִּיר מִשְׁמַרְתּוֹ וּמִשְׁמֶרֶת בֵּית אֲבוֹתָיו דְּחָיְישִׁינַן שֶׁמָּא יִשְׁתַּנֶּה סֵדֶר מִשְׁמָרוֹת וְשֶׁמָּא יַעַבְדוּ כֻּולָּם לַחֲנֻוכַּת הַבַּיִת בְּבַת אַחַת וְנִמְצָא זֶה צָרִיךְ לַעֲבֹוד אֲבָל מָה אֶעֱשֶׂה שֶׁתַּקָּנָתוֹ קַלְקָלָתוֹ דְּהָוֵי כַּמָּה שָׁנִים שֶׁלֹּא חָזְרָה בִּירָה וְקִלְקְלָה זוֹ תַּקָּנָתוֹ לִשְׁתּוֹת יַיִן בְּהֶדְיָא וּלְשֶׁמָּא יִבָּנֶה לָא חָיְישִׁינַן:
Rabbi dit : je dis qu'un kohen a interdiction, etc. — c'est-à-dire : si nous craignons qu'il soit rebâti, ce sera interdit à jamais, même à celui qui connaît son michmar et le michmar de ses pères, car nous craindrions que l'ordre des michmarot change, ou que tous officient ensemble pour l'inauguration de la Maison, de sorte que celui-ci aurait à officier. « Mais que faire, puisque son dommage fait son remède » : voilà bien des années que la Demeure n'est pas revenue, et ce dommage-là devient son remède pour boire du vin ouvertement, sans qu'on craigne qu'elle soit rebâtie.
💡 Explication

Rabbi pousse le raisonnement de la baraita jusqu'à son terme : la crainte ne porte pas seulement sur le tour de service connu, car à la reconstruction l'ordre des michmarot peut changer, et tous les kohanim peuvent servir ensemble à l'inauguration. Aucun kohen ne serait donc jamais hors de cause, et l'interdit deviendrait permanent.

La formule takanto kilkalto (son dommage fait son remède) est le tour que prend cette conclusion. Rachi l'explique : la durée même de la destruction est ce qui permet au kohen de boire, puisqu'une mesure aussi lourde ne peut pas être maintenue sur une attente sans terme. Abaye tire la conséquence pratique : l'usage des kohanim de son temps suit Rabbi.

10
אַנְשֵׁי מִשְׁמָר וְאַנְשֵׁי מַעֲמָד אֲסוּרִים לְסַפֵּר וּלְכַבֵּס, וּבַחֲמִישִׁי מֻותָּרִין מִפְּנֵי כְּבוֹד הַשַּׁבָּת. מַאי טַעְמָא? אָמַר רַבָּה בַּר בַּר חָנָה אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: כְּדֵי שֶׁלֹּא יִכָּנְסוּ לְמִשְׁמַרְתָּם כְּשֶׁהֵן מְנֻוָּולִין.

« Les hommes du michmar et les hommes du maamad ont interdiction de se couper les cheveux et de laver leur linge, et le jeudi ils y sont autorisés en l'honneur du Chabbat. » Quelle en est la raison ? Rabba bar bar Hana a dit au nom de Rabbi Yo'hanan : afin qu'ils n'entrent pas dans leur michmar avec une apparence négligée.

📜 Rachi (1)
כְּשֶׁהֵן מְנֻוָּולִין שֶׁלֹּא יְהוּ סוֹמְכִין עַל יוֹם אֶחָד מִימֵי שַׁבָּת וְאֵין מִסְתַּפְּרִין בַּשַּׁבָּת שֶׁעָבְרָה:
Avec une apparence négligée — afin qu'ils ne se fient pas à un jour quelconque de la semaine de service et ne négligent pas de se couper les cheveux durant la semaine précédente.
🗂️ Tossefot (1)
וּבַחֲמִישִׁי מֻותָּרִין מִפְּנֵי כְּבוֹד הַשַּׁבָּת מַאי טַעְמָא. פִּי' מַאי טַעְמָא אֵין הַכֹּהֲנִים מֻותָּרִין לְהִסְתַּפֵּר אֶלָּא דַּווְקָא בַּחֲמִישִׁי בְּשַׁבָּת כְּדֵי שֶׁלֹּא יִכָּנְסוּ לַמִּשְׁמָר כְּשֶׁהֵן מְנֻווָּלִין פִּי' וְלֹא יַמְתִּינוּ עַד יוֹם אֶחָד מִימֵי הַשָּׁבוּעַ הַבָּא וְיִסְתַּפְּרוּ קֹודֶם שֶׁיִּכָּנְסוּ לְמִשְׁמֶרֶת דְּאִם לֹא יִסְתַּפְּרוּ קֹודֶם יִהְיוּ אֲסוּרִין כָּל הַשָּׁבוּעַ הַבָּא עַד יוֹם הַחֲמִישִׁי וּמִתּוֹךְ זֶה שֶׁאָסְרוּ לְסַפֵּר כָּל הַשָּׁבוּעַ הַבָּא יִסְתַּפְּרוּ קֹודֶם שֶׁיִּכָּנְסוּ לְמִשְׁמַרְתָּם וְלֹא יִהְיוּ מְנֻוָּולִים:
Explication : pourquoi les kohanim ne sont-ils autorisés à se couper les cheveux que le jeudi ? Afin qu'ils n'entrent pas dans le michmar avec une apparence négligée. C'est-à-dire qu'ils n'attendent pas un jour de la semaine suivante, mais se coupent les cheveux avant d'entrer dans le michmar ; car s'ils ne le font pas avant, ils en seront empêchés toute la semaine suivante jusqu'au jeudi. Du fait qu'on a interdit de se couper les cheveux toute la semaine suivante, ils se couperont les cheveux avant d'entrer dans leur michmar et ne seront pas négligés.
💡 Explication

L'interdit de se couper les cheveux pendant la semaine de service semble aller contre son propre but : un kohen en service devrait être soigné. Rabbi Yo'hanan renverse la lecture. L'interdit pendant la semaine de service pousse le kohen à se préparer avant d'entrer en fonction, au lieu de remettre la chose à un jour de sa semaine.

Tossefot explicite le mécanisme : sachant qu'une fois entré il ne pourra plus se couper les cheveux jusqu'au jeudi, le kohen s'en occupe la semaine d'avant.

11
תָּנוּ רַבָּנַן: מֶלֶךְ מִסְתַּפֵּר בְּכָל יוֹם, כֹּהֵן גָּדוֹל — מֵעֶרֶב שַׁבָּת לְעֶרֶב שַׁבָּת, כֹּהֵן הֶדְיוֹט — אַחַת לִשְׁלֹשִׁים יוֹם. מֶלֶךְ מִסְתַּפֵּר בְּכָל יוֹם — מַאי טַעְמָא? אָמַר רַבִּי אַבָּא בַּר זַבְדָּא, אֲמַר קְרָא: ״מֶלֶךְ בְּיָפְיוֹ תֶּחֱזֶינָה עֵינֶיךָ״. כֹּהֵן גָּדוֹל מֵעֶרֶב שַׁבָּת לְעֶרֶב שַׁבָּת — מַאי טַעְמָא? אָמַר רַב שְׁמוּאֵל בַּר יִצְחָק: הוֹאִיל וּמִשְׁמָרוֹת מִתְחַדְּשׁוֹת.

Nos maîtres ont enseigné : le roi se coupe les cheveux chaque jour ; le kohen gadol, d'une veille de Chabbat à l'autre ; le kohen ordinaire, une fois tous les trente jours. Le roi se coupe les cheveux chaque jour : quelle en est la raison ?

Rabbi Abba bar Zavda a dit : le verset dit « Tes yeux verront le roi dans sa beauté ». Le kohen gadol d'une veille de Chabbat à l'autre : quelle en est la raison ?

Rav Chemouel bar Yitzhak a dit : puisque les michmarot se renouvellent.

📜 Rachi (3)
מִסְתַּפֵּר בְּכָל יוֹם מִצְוָה:
Se coupe les cheveux chaque jour — c'est une mitsva.
מֵעֶרֶב שַׁבָּת לְעֶרֶב שַׁבָּת וְלֹא יִשְׁהֶה מִלְּגַלֵּחַ יוֹתֵר:
D'une veille de Chabbat à l'autre — il ne diffère pas la coupe au-delà.
וּמִשְׁמָרוֹת מִתְחַדְּשׁוֹת בְּכָל שַׁבָּת וְשַׁבָּת וּמִשְׁמָרָה שֶׁלֹּא רָאַתְהוּ עַד עַכְשָׁיו וּבָאָה לִרְאוֹתוֹ הַדָּבָר נָאֶה שֶׁתִּרְאֵהוּ בְּיָופְיוֹ:
Et les michmarot se renouvellent — chaque semaine ; et pour un michmar qui ne l'avait pas encore vu et qui vient le voir, il convient qu'il le voie dans sa beauté.
🗂️ Tossefot (1)
כֹּהֵן גָּדוֹל מִסְתַּפֵּר מע"ש לְעֶרֶב שַׁבָּת וְכֹהֵן הֶדְיוֹט אֶחָד לִשְׁלֹשִׁים יוֹם כֹּהֵן גָּדוֹל מִסְתַּפֵּר מע"ש לְעֶרֶב שַׁבָּת וְכֹהֵן הֶדְיוֹט אֶחָד לִשְׁלֹשִׁים יוֹם. פֵּירוּשׁ שֶׁאֵינוֹ יָכוֹל לְהַשְׁהוֹת יוֹתֵר וְהַאי דְּקָאָמַר בְּסָמוּךְ הַשְׁתָּא דִּכְתִיב פֶּרַע לֹא יְשַׁלֵּחוּ פֶּרַע לֶיהֱוֵי פִּי' פֶּרַע לֶיהֱוֵי עַד שְׁלֹשִׁים יוֹם אִם יִרְצֶה:
Explication : il ne peut différer davantage. Et ce qui est dit plus loin, « maintenant qu'il est écrit : leur pera, ils ne la laisseront pas croître — qu'ils aient une pera », veut dire : qu'il ait une pera jusqu'à trente jours, s'il le veut.
🪔 Ben Yehoyada (1)
מֶלֶךְ מִסְתַּפֵּר בְּכָל יוֹם, כֹּהֵן גָּדוֹל, מֵעֶרֶב שַׁבָּת לְעֶרֶב שַׁבָּת. כֹּהֵן הֶדְיוֹט, אַחַת לִשְׁלֹשִׁים יוֹם. נִרְאֶה לִי בס"ד הַטַּעַם כִּי יָדוּעַ הַתִּסְפֹּורֶת הִיא כְּדֵי לְהַעֲבִיר כּוֹחוֹת הַדִּינִין וְלָכֵן הַמֶּלֶךְ שֶׁכָּל יִשְׂרָאֵל תְּלוּיִים בּוֹ צָרִיךְ לְהַעֲבִיר כּוֹחוֹת הַדִּינִים בְּכָל יוֹם, רֶמֶז לַדָּבָר (מְלָכִים א' ח, נט) 'לַעֲשׂוֹת מִשְׁפַּט עַבְדּוֹ וּמִשְׁפַּט עַמּוֹ יִשְׂרָאֵל דְּבַר יוֹם בְּיוֹמוֹ'. אַךְ כֹּהֵן גָּדוֹל שֶׁאֵין תְּלוּיִים בּוֹ כְּמוֹ הַמֶּלֶךְ יִסְתַּפֵּר בְּכָל עֶרֶב שַׁבָּת, וְכֹהֵן הֶדְיוֹט בְּכָל חֹודֶשׁ דְּאֵינוֹ דּוֹמֶה בְּעִנְיָן זֶה לְכֹהֵן גָּדוֹל שֶׁיֵּשׁ לוֹ יוֹם אֶחָד בַּשָּׁנָה שֶׁהוּא יוֹם הַכִּיפּוּרִים שֶׁכָּל יִשְׂרָאֵל תְּלוּיִים בּוֹ.
« Le roi se coupe les cheveux chaque jour ; le kohen gadol, d'une veille de Chabbat à l'autre ; le kohen ordinaire, une fois tous les trente jours. » Il me semble, avec l'aide du Ciel, que la raison en est la suivante. On sait que la coupe des cheveux sert à écarter les forces des dinim (les rigueurs). Le roi, dont tout Israël dépend, doit donc écarter les forces des dinim chaque jour, et l'allusion en est (I Rois 8, 59) : « pour faire droit à Son serviteur et droit à Son peuple Israël, chaque jour selon son jour ». Le kohen gadol, dont on ne dépend pas comme du roi, se coupe les cheveux chaque veille de Chabbat, et le kohen ordinaire chaque mois, car il ne ressemble pas en cela au kohen gadol, qui a dans l'année un jour, Yom Kippour, où tout Israël dépend de lui.
💡 Explication

La baraita gradue trois rythmes de coupe selon la fonction. Pour le roi, Rabbi Abba bar Zavda cite le verset d'Yechayahou : puisque le peuple doit voir son roi dans sa beauté, et qu'on le voit tous les jours, la coupe est quotidienne.

Pour le kohen gadol, Rav Chemouel bar Yitzhak donne une raison de même ordre, réglée sur le calendrier du Temple : chaque veille de Chabbat, un michmar nouveau entre en fonction et découvre le kohen gadol. Le rythme de la coupe suit celui du public qui le regarde. Le troisième cas, le kohen ordinaire, n'a pas ici de raison de convenance : la guemara va en chercher la source dans un verset.

12
כֹּהֵן הֶדְיוֹט אַחַת לִשְׁלשִׁים יוֹם — מִנָּלַן? אָתְיָא ״פֶּרַע״ ״פֶּרַע״ מִנָּזִיר, כְּתִיב הָכָא: ״וְרֹאשָׁם לֹא יְגַלֵּחוּ וּפֶרַע לֹא יְשַׁלֵּחוּ״, וּכְתִיב הָתָם: ״קָדֹשׁ יִהְיֶה גַּדֵּל פֶּרַע שְׂעַר רֹאשׁוֹ״, מַה לְהַלָּן שְׁלֹשִׁים — אַף כָּאן שְׁלֹשִׁים.

Le kohen ordinaire une fois tous les trente jours : d'où le tenons-nous ? Cela se déduit par une guezera chava entre « pera » et « pera », depuis le nazir.

Il est écrit ici : « Ils ne raseront pas leur tête et ne laisseront pas croître leur pera », et il est écrit là-bas : « Il sera consacré, laissant croître la pera de la chevelure de sa tête » ; de même que là-bas ce sont trente jours, ici aussi trente jours.

💡 Explication

Une guezera chava est un rapprochement entre deux passages qui emploient le même terme : la mesure fixée dans l'un se transporte dans l'autre. Le mot commun est ici pera, la chevelure laissée longue. Il figure chez le kohen (Ye'hezkel 44) et chez le nazir (Nombres 6).

La durée connue du nazir, trente jours, passe donc au kohen : au-delà de trente jours, sa chevelure est une pera. Le rythme du kohen ordinaire a ainsi une assise dans le texte, ce qui prépare la question du bas du folio : si la source est un verset, pourquoi la règle ne vaudrait-elle pas aujourd'hui encore ?

13
וְנָזִיר גּוּפֵיהּ מִנָּלַן? אָמַר רַב מַתָּנָה: סְתַם נְזִירוּת שְׁלֹשִׁים יוֹם. מִנָּלַן? אֲמַר קְרָא: ״יִהְיֶה״ — בְּגֵימַטְרְיָא תְּלָתִין הָוֵי. אָמַר לֵיהּ רַב פָּפָּא לְאַבַּיֵּי: וְדִלְמָא הָכִי קָאָמַר רַחֲמָנָא: לָא לִירַבּוּ כְּלָל! אֲמַר לֵיהּ: אִי הֲוָה כְּתַב ״לֹא יִשְׁלְחוּ פֶּרַע״ — כִּדְקָאָמְרַתְּ, הַשְׁתָּא דִּכְתִיב: ״וּפֶרַע לֹא יְשַׁלְּחוּ״ — פֶּרַע לֶיהֱוֵי, שַׁלּוֹחֵי הוּא דְּלָא לִישַׁלְּחוּ.

Et pour le nazir lui-même, d'où le tenons-nous ? Rav Matna a dit : une nezirout sans précision dure trente jours.

D'où le tenons-nous ? Le verset dit « yihye » (il sera), dont la guematria vaut trente.

Rav Papa dit à Abaye : peut-être le Miséricordieux veut-Il dire ceci, qu'ils ne les laissent pousser aucunement ! Il lui répondit : s'il avait été écrit « ils ne laisseront pas croître de pera », ce serait comme tu dis ; maintenant qu'il est écrit « et leur pera, ils ne la laisseront pas croître », qu'ils aient une pera, mais qu'ils ne la laissent pas croître.

📜 Rachi (2)
לֹא לִירַבּוּ כְּלָל אֶלָּא יִסְתַּפְּרוּ בְּכָל יוֹם דְּהָכִי מַשְׁמַע וּפֶרַע דְּהַיְינוּ שְׁלֹשִׁים לֹא יִשְׁלְחוּ אֶלָּא יְגַלְּחוּ:
Qu'ils ne les laissent pousser aucunement — mais qu'ils se coupent les cheveux chaque jour, car tel serait le sens : une pera, c'est-à-dire trente jours, ils ne la laisseront pas croître, mais se raseront.
שְׁלוּחֵי לָא מְשַׁלְּחִי הָכִי מַשְׁמַע פֶּרַע שֶׁגָּדְלוּ אֵינָן רַשָּׁאִין לְגַדֵּל עוֹד:
Croître, ils ne la laisseront pas croître — tel en est le sens : une pera qui a poussé, ils n'ont pas le droit de la laisser pousser davantage.
🗂️ Tossefot (2)
לֹא לִירַבּוּ כְּלָל. פֵּירוּשׁ וַאֲפִילּוּ עַד ל' יוֹם וְקָשֶׁה דְּאִם כֵּן ג"ש דְּפָרַע לָמָּה לִי וְי"ל דְּשֶׁמָּא ר"ל לֹא לִירַבּוּ עַד ל' יוֹם אֶלָּא יְגַלֵּחַ בכ"ט:
« Qu'ils ne les laissent pousser aucunement. » Explication : même jusqu'à trente jours. Difficulté : s'il en est ainsi, à quoi bon la guezera chava de « pera » ? On peut répondre que peut-être il veut dire : qu'ils ne les laissent pas pousser jusqu'à trente jours, mais qu'il se rase au vingt-neuvième.
שְׁלוּחִי לֹא מְשַׁלְּחוֹ. יוֹתֵר מִשְּׁלֹשִׁים יוֹם:
« Croître, ils ne la laisseront pas croître » : au-delà de trente jours.
💡 Explication

La guezera chava suppose acquis que le nazir se mesure en trente jours. Rav Matna rappelle la règle, puis en donne la source : dans « yihye kodech » (il sera consacré), la guematria du mot yihye, la somme de la valeur de ses lettres, vaut trente.

Rav Papa attaque la lecture du verset des kohanim : peut-être interdit-il toute chevelure, ce qui obligerait à se raser sans cesse. Abaye répond par l'ordre des mots. Le verset ne dit pas « ils ne laisseront pas croître de pera », ce qui nierait la chose même ; il dit « et leur pera, ils ne la laisseront pas croître ». Le mot pera est donc posé comme un acquis, et seul son allongement est visé.

14
אִי הָכִי, אֲפִילּוּ הָאִידָּנָא נָמֵי! דֻּומְיָא דִּשְׁתוּיֵי יַיִן. מַה שְׁתוּיֵי יַיִן — בִּזְמַן בִּיאָה הוּא דְּאָסוּר, שֶׁלֹּא בִּזְמַן בִּיאָה — שָׁרֵי, אַף הָכָא נָמֵי.

S'il en est ainsi, alors même de nos jours ! — C'est semblable à ceux qui ont bu du vin : de même que ceux qui ont bu du vin ne sont interdits qu'au temps de l'entrée, tandis qu'en dehors du temps de l'entrée cela leur est permis, ici aussi.

📜 Rachi (3)
אִי הָכִי כֵּיוָן דְּמִקְּרָא מַפְּקַתְּ לָהּ הָאִידָּנָא נָמֵי לָא לִישַׁלְּחוּ וּמְשַׁנֵּי כְּיַיִן דֻּומְיָא דְּיַיִן דִּכְתִיב בְּסָמוּךְ לְהַאי וּפֶרַע לֹא יְשַׁלֵּחוּ וְיַיִן לֹא יִשְׁתּוּ כָּל כֹּהֵן:
S'il en est ainsi — puisque tu le tires d'un verset, de nos jours aussi ils ne devraient pas la laisser croître. La guemara répond : comme le vin, semblable au vin, car il est écrit juste à côté de « et leur péra, ils ne la laisseront pas croître » : « et de vin, aucun kohen ne boira ».
מַה יַיִן בִּזְמַן בִּיאָה הוּא דְּאָסוּר דִּכְתִיב (יְחֶזְקֵאל מד) בְּבוֹאָם אֶל הֶחָצֵר וְגוֹ' בִּזְמַן שֶׁבֵּית הַמִּקְדָּשׁ קַיָּים שֶׁבָּאִין שָׁם לַעֲבֹוד:
De même que le vin n'est interdit qu'au temps de l'entrée — car il est écrit (Ye'hezkel 44) : « lorsqu'ils entreront dans le parvis, etc. », au temps où le Temple existe et où l'on s'y rend pour officier.
שֶׁלֹּא בִּזְמַן בִּיאָה כְּגוֹן הָאִידָּנָא שֶׁהַבַּיִת חָרֵב וְלֹא זְמַן בִּיאָה הִיא:
En dehors du temps de l'entrée — par exemple de nos jours, où la Maison est détruite et où le temps de l'entrée n'a pas lieu.
💡 Explication

L'objection est directe : si les trente jours viennent d'un verset, ils devraient obliger le kohen aujourd'hui encore. La réponse s'appuie sur le voisinage des deux interdits dans Ye'hezkel 44, la chevelure et le vin, et sur la condition que le verset attache au second : « lorsqu'ils entreront dans le parvis ». La règle vaut au zeman bia, le temps de l'entrée au Temple.

Les deux interdits sont donc lus ensemble : l'un comme l'autre dépend d'un service effectif. Le Temple étant détruit, aucun des deux ne s'applique de droit aujourd'hui.

🖼️ Schéma
Deux interdits voisins dans le même verset, une même condition Ye'hezkel 44 : leur péra, ils ne la laisseront pas croître... et de vin, aucun kohen ne boira La chevelure : trente jours tirés de la guezera chava avec le nazir question : et aujourd'hui ? Le vin : interdit au kohen qui officie le verset ajoute : lorsqu'ils entreront dans le parvis donc seulement au temps de l'entrée Le voisinage impose la même limite aux deux : la règle ne vaut qu'au temps du service la Maison étant détruite, le temps de l'entrée n'a pas lieu
La chevelure est alignée sur le vin parce que les deux interdits se suivent dans le verset de Ye'hezkel.
15
וְהָתַנְיָא, רַבִּי אוֹמֵר: אוֹמֵר אֲנִי כֹּהֲנִים אֲסוּרִים לִשְׁתּוֹת יַיִן לְעוֹלָם, אֲבָל מָה אֶעֱשֶׂה שֶׁתַּקָּנָתוֹ קַלְקָלָתוֹ. וְאָמַר אַבַּיֵּי: כְּמַאן שָׁתוּ הָאִידָּנָא כָּהֲנֵי חַמְרָא —

Mais n'a-t-on pas enseigné : Rabbi dit, je dis, moi, que les kohanim ont interdiction de boire du vin à jamais, mais que faire, puisque son dommage fait son remède ? Et Abaye a dit : selon qui les kohanim boivent-ils du vin aujourd'hui ? —

📜 Rachi (1)
וְהָתַנְיָא רַבִּי אוֹמֵר אוֹמֵר אֲנִי כו' וְאָמַר אַבַּיֵּי כוּ' מִכְּלָל דְּרַבָּנָן אָסְרִי דְּחָייְשִׁינַן לִשְׁמָא יִבְנֶה וּמָצֵי נָמֵי מַיְיתֵי רֵישָׁא דְּבָרַייְתָא מִפְּנֵי מֶה אָמְרוּ אַנְשֵׁי מִשְׁמָר כו' וְאַיְּיתִי סֵיפָא בְּלָשׁוֹן קְצָרָה וְדִיֵּיק מִינָּהּ מִכְּלָל דְּרַבָּנָן אָסְרִי:
Cela implique que les sages l'interdisent, car nous craignons qu'il soit rebâti. Il aurait pu aussi citer le début de la baraita, « pourquoi ont-ils dit que les hommes du michmar, etc. » ; il en a cité la fin en abrégé et en a déduit que les sages l'interdisent.
💡 Explication

La réponse précédente est aussitôt mise à l'épreuve. Si le vin n'était interdit qu'au temps du service effectif, la position de Rabbi n'aurait pas de sens : il n'aurait rien à étendre et rien à lever. Le fait même qu'il doive invoquer « son dommage fait son remède » montre que les sages, eux, interdisent le vin aujourd'hui, par crainte d'une reconstruction.

Rachi note le procédé : la guemara cite la fin de la baraita en abrégé et en tire la position des sages par déduction. La phrase reste ouverte et sa réponse se lit au début de 17b.

✉ Signaler une erreur de traduction

Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).