Taanit 18b — Le jour de Nicanor, le jour de Trajan, et la fin du chapitre : jeûner jusqu'au bout

Taanit 18b

Sougya : Le folio achève la discussion ouverte en 17b sur la Meguilat Taanit et sur la contradiction apparente entre deux paroles de Rabbi Yo'hanan. La michna de Meguila permet l'éloge funèbre et le jeûne le jour où l'on a lu la Meguila avant sa date ; la guemara passe en revue les dates possibles — le onze, le douze, le treize, le quatorze — pour savoir de laquelle il s'agit, et chacune se heurte à une date déjà inscrite.

La réponse tient à l'annulation du jour de Trajan, après que Chemaya et son frère Ahiya y eurent été mis à mort. La baraita raconte alors l'origine des deux dates : Nicanor, le général grec qui menaçait Jérusalem du geste, et Trajan, devant qui Loulianos et Papos furent exécutés à Loud.

Le folio revient ensuite à la michna de notre traité sur le commencement d'une série de jeûnes, tranche que l'on jeûne jusqu'à la tombée de la nuit même lorsque le jeûne rencontre Roch Hodech, puis ouvre le troisième chapitre : les cas où l'on sonne l'alarme immédiatement, sans attendre l'ordre progressif des jeûnes.

Les cinq dates de lecture de la Meguila et leur statut Les villages lisent par avance, au jour du rassemblement (lundi ou jeudi). La michna dit que ce jour-là l'éloge funèbre et le jeûne sont permis. 11 Adar Jour du rassemblement quand le 14 tombe un dimanche. Date libre 12 Adar Jour de Trajan. Chemaya et Ahiya y ont été tués. Date annulée 13 Adar Jour de Nicanor. Victoire hasmonéenne sur le général grec. Date interdite 14 Adar Pourim des villes ouvertes. Date interdite 15 Adar Pourim des villes fortifiées. Date interdite La question du folio : de quelle date parle la michna quand elle permet le jeûne ? Trois des cinq dates sont déjà prises. Restent le 11, qui poserait une autre difficulté, et le 12, une fois le jour de Trajan annulé. La guemara retiendra le 12.
Le calendrier d'Adar commande toute la première moitié du folio.
Le fil de la discussion : éliminer les dates une à une Point de départ (fin de 18a) Une michna anonyme permet le jeûne ce jour-là. Hypothèse 1 : les gens du 15 lisant le 14 Ecarté : Rava, la Meguilat Taanit croise les deux dates. Hypothèse 2 : les gens du 14 lisant le 13 Ecarté : le 13 est le jour de Nicanor. Hypothèse 3 : les gens du 14 lisant le 12 Ecarté dans un premier temps : jour de Trajan. Reste donc le 11 : difficulté Le 11 est la veille du 12 ; Rabbi Yossi l'interdirait. Réponse de la guemara Il s'agit bien du 12, et l'hypothèse 3 tombe : le jour de Trajan lui-même a été annulé, puisque Chemaya et son frère Ahiya y ont été mis à mort. Rav Nahman a décrété un jeûne le 12 pour cette raison. Dernière objection et réponse Le 12 reste la veille du 13, jour de Nicanor. Rav Achi : du moment qu'on a annulé le jour lui-même, on n'ira pas décréter une interdiction à titre de veille d'une autre date. La parole de Rabbi Yo'hanan est ainsi préservée.
La guemara élimine les dates jusqu'à ce que l'annulation du jour de Trajan libère le douze.
Fin du chapitre : le jeûne qui rencontre un jour de fête Combien de jeûnes font un commencement ? Rav Aha : trois jeûnes, lundi, jeudi et lundi. Rabbi Assi : un seul jeûne suffit. Enjeu : à partir de quand la série ne s'interrompt plus. Faut-il mener le jeûne jusqu'à la nuit ? Rabbi Meir au nom de Rabban Gamliel : on jeûne sans mener à terme. Les Sages : on jeûne et on mène à terme. Halakha (Mar Zoutra au nom de Rav Houna) comme les Sages : on jeûne jusqu'à la nuit. Piskei HaRosh tranche comme Rabbi Yossi : un seul jeûne. Tossefot restreint la décision à Roch Hodech : à 'Hanouka et à Pourim, jours de festin, on ne jeûne pas du tout.
Les deux questions qui closent le chapitre, et la portée exacte de la décision.
1
מֻותָּרִין בְּהֶסְפֵּד וְתַעֲנִית. אֵימַת? אִילֵּימָא בְּנֵי חֲמֵיסַר וְקָא קָרוּ לֵיהּ בְּאַרְבֵּיסַר, וּמִי שָׁרִי?

« ...sont permis à l'éloge funèbre et au jeûne. » Quand cela ? Si l'on dit qu'il s'agit des gens du quinze qui l'ont lue le quatorze — est-ce donc permis ?

📜 Rachi (3)
מֻותָּרִין בְּהֶסְפֵּד וּבְתַעֲנִית בְּנֵי ט"ו קְרִיאַת הַמְּגִילָּה דִּכְרַכִּין קֹודֶם זְמַנָּהּ כְּדִמְפָרֵשׁ הָתָם בי"א בי"ב בי"ג בי"ד בט"ו שֶׁהַכְּפָרִים מַקְדִּימִין לְיוֹם הַכְּנִיסָה מֻותָּרִין אוֹתָן יָמִים שֶׁקְּרָאוּהָ קֹודֶם זְמַנָּהּ בְּהֶסְפֵּד וְתַעֲנִית:
Permis à l'éloge funèbre et au jeûne — les gens du quinze, la lecture de la Meguila des villes fortifiées ayant eu lieu avant sa date, comme il est expliqué là-bas : le onze, le douze, le treize, le quatorze et le quinze, car les villages avancent au jour du rassemblement ; ces jours où on l'a lue avant sa date sont permis à l'éloge funèbre et au jeûne.
בְּנֵי חֲמֵיסַר דְּהַייְנוּ כְּרַכִּים הַמֻּוקָּפִין חוֹמָה מִימוֹת יְהוֹשֻׁעַ בִּן נוּן וְקָא קָרֵי בְּאַרְבֵּיסַר כְּגוֹן שֶׁהָלַךְ לִכְפָר וְקָרָא עִמָּהֶן דְּפָרוּז בֶּן יוֹמוֹ נִקְרָא פָּרוּז כִּדְאָמְרִינַן בִּמְגִילָּה (דַּף יט.):
Les gens du quinze — ce sont les villes entourées d'une muraille depuis les jours de Yehochoua bin Noun ; et « ils l'ont lue le quatorze », par exemple quand l'un d'eux s'est rendu dans un village et l'a lue avec ses habitants, car celui qui est « paroz » ne serait-ce qu'un jour est appelé paroz, comme nous le disons dans Meguila (19a).
מִי שָׁרִי י"ד אֲפִילּוּ לִבְנֵי ט"ו בְּהֶסְפֵּד וְתַעֲנִית:
Est-ce permis — le quatorze, même pour les gens du quinze, à l'éloge funèbre et au jeûne ?
💡 Explication

Le folio prolonge sans transition la fin de 18a. La guemara y examinait une contradiction entre deux paroles de Rabbi Yo'hanan : il tranche comme Rabbi Yossi, pour qui la veille d'une date de la Meguilat Taanit est interdite au jeûne, alors qu'il pose par ailleurs que la halakha suit toute michna anonyme (stam michna), et qu'une michna anonyme de Meguila semble dire le contraire.

Cette michna enseigne que les villages qui ont lu la Meguila avant sa date peuvent, ce jour-là, prononcer un éloge funèbre et jeûner. La guemara demande maintenant de quelle date il s'agit exactement : chacune des cinq dates possibles est déjà prise par une interdiction, et il faut trouver celle qui reste disponible.

2
וְהָכְתִיב בִּמְגִילַּת תַּעֲנִית: יוֹם אַרְבָּעָה עָשָׂר בּוֹ וְיוֹם חֲמִשָּׁה עָשָׂר בּוֹ, יוֹמֵי פּוּרַיָּא אִינּוּן דְּלָא לְמִיסְפַּד בְּהוֹן. וְאָמַר רָבָא: לָא נִצְרְכָא, אֶלָּא לֶאֱסֹור אֶת שֶׁל זֶה בָּזֶה וְאֶת שֶׁל זֶה בָּזֶה.

Or il est écrit dans la Meguilat Taanit : le quatorzième jour de ce mois et le quinzième jour de ce mois sont les jours de Pourim, où l'on ne prononce pas d'éloge funèbre. Et Rava a dit : cela n'était nécessaire que pour interdire la date des uns à ceux-là et la date des autres à ceux-ci.

📜 Rachi (2)
וְאָמַר רָבָא לֹא נִצְרְכָה לִכְתֹּוב בִּמְגִילַּת תַּעֲנִית לִגְזֹור הַהֶסְפֵּד וְתַעֲנִית לִבְנֵי י"ד בי"ד וְלִבְנֵי ט"ו בט"ו דְּהָא קְרָא כְּתִיב בְּהֶדְיָא לִהְיוֹת עוֹשִׂים אֵת יְמֵי הַפֻּורִים הָאֵלֶּה וְגוֹ':
Et Rava a dit : cela n'était nécessaire — d'écrire dans la Meguilat Taanit, que pour décréter l'interdiction de l'éloge funèbre et du jeûne aux gens du quatorze le quatorze et aux gens du quinze le quinze ? Le verset l'écrit pourtant explicitement : « pour faire de ces jours de Pourim... »
אֶלָּא לֶאֱסֹור אֶת שֶׁל זֶה בָּזֶה כְּגוֹן בְּנֵי ט"ו (דְּקָרוּ) בי"ד וּבְנֵי י"ד בט"ו:
Mais pour interdire la date des uns à ceux-là — par exemple les gens du quinze le quatorze, et les gens du quatorze le quinze.
💡 Explication

Première hypothèse écartée. Le quatorze est déjà couvert par la Meguilat Taanit pour tout le monde, y compris les habitants des villes fortifiées qui, eux, lisent normalement le quinze. Rava avait expliqué que l'inscription de ces deux dates dans la Meguilat Taanit ne serait qu'une redite du verset d'Esther si elle ne servait pas à étendre chaque date à l'autre groupe.

La michna ne peut donc pas parler de gens du quinze lisant le quatorze : ce jour-là leur est interdit de toute façon.

3
וְאֶלָּא, בְּנֵי אַרְבֵּיסַר וְקָא קָרֵי לֵיהּ בִּתְלֵיסַר — יוֹם נִיקָנוֹר הוּא! וְאֶלָּא, בְּנֵי אַרְבֵּיסַר וְקָא קָרֵי לֵיהּ בִּתְרֵיסַר — יוֹם טוּרְיָינוּס הוּא!

Mais alors, [s'il s'agit] des gens du quatorze qui l'ont lue le treize — c'est le jour de Nicanor ! Mais alors, des gens du quatorze qui l'ont lue le douze — c'est le jour de Trajan !

📜 Rachi (5)
בְּנֵי אַרְבֵּיסַר נִינְהוּ כְּפָרִים וַעֲיָירוֹת:
Les gens du quatorze — ce sont les villages et les bourgs.
וְקָא קָרֵי בי"ג כְּגוֹן שֶׁחָל י"ד בַּג' בְּשַׁבָּת וּמַקְדִּימִין לְיוֹם הַכְּנִיסָה:
Et ils l'ont lue le treize — par exemple lorsque le quatorze tombe un mardi et qu'ils avancent au jour du rassemblement.
יוֹם נִיקָנוֹר הוּא לְקַמָּן מְפָרֵשׁ וְאָסוּר בְּהֶסְפֵּד וְתַעֲנִית:
C'est le jour de Nicanor — expliqué plus loin ; il est interdit à l'éloge funèbre et au jeûne.
אֶלָּא בְּנֵי י"ד וְקָרוּ בי"ב שֶׁחָל י"ד בָּרְבִיעִי בַּשַּׁבָּת וְהִקְדִּימוֹ לְיוֹם הַכְּנִיסָה דְּהַיְינוּ י"ב:
Mais alors les gens du quatorze qui l'ont lue le douze — que le quatorze tombe un mercredi et qu'ils ont avancé au jour du rassemblement, c'est-à-dire le douze.
טוּרְיָינוּס בְּסָמוּךְ מִפָּרָשָׁה:
Trajan — expliqué juste après.
💡 Explication

Le jour du rassemblement (yom ha-kenissa) est le lundi ou le jeudi, jours où les villageois montaient au bourg pour le tribunal et la lecture publique. Quand le quatorze Adar ne tombe pas un de ces jours, les villages lisent la Meguila au jour du rassemblement précédent, ce qui donne selon les cas le treize, le douze ou le onze.

Deux hypothèses tombent ici : le treize est le jour de Nicanor et le douze le jour de Trajan, deux dates de la Meguilat Taanit où le jeûne est interdit.

🖼️ Schéma
Le jour du rassemblement selon le jour où tombe le 14 Adar Jours du rassemblement : lundi et jeudi. Les villages reculent à celui qui précède le 14. 14 Adar un dimanche Rassemblement précédent : jeudi Lecture le 11 Adar Date restée libre 14 Adar un mercredi Rassemblement précédent : lundi Lecture le 12 Adar Jour de Trajan 14 Adar un mardi Rassemblement précédent : lundi Lecture le 13 Adar Jour de Nicanor La michna parle d'un jour où le jeûne reste permis : il faut donc une date qui ne soit pas déjà inscrite ailleurs.
Trois configurations de calendrier produisent les trois dates anticipées discutées ici.
4
אֶלָּא לָאו, דְּקָא קָרוּ לֵיהּ בַּחֲדֵיסַר, וְקָתָנֵי מֻותָּר בְּהֶסְפֵּד וּבְתַעֲנִית!

N'est-ce donc pas qu'ils l'ont lue le onze, et pourtant il est enseigné qu'il est permis à l'éloge funèbre et au jeûne !

📜 Rachi (1)
בַּחֲדֵיסַר שֶׁחָל לִהְיוֹת י"ד בְּאֶחָד בַּשַּׁבָּת וּכְפָרִים מַקְדִּימִין לְיוֹם הַכְּנִיסָה דְּהָווּ י"א וּשְׁמַע מִינָּהּ דאע"ג שֶׁהוּא יוֹם שֶׁלִּפְנֵי טוּרְיָינוּס שָׁרִי בְּהֶסְפֵּד וְתַעֲנִית:
Le onze — que le quatorze tombe un dimanche et que les villages avancent au jour du rassemblement, soit le onze ; on en déduit que, bien qu'il s'agisse du jour qui précède celui de Trajan, l'éloge funèbre et le jeûne y sont permis.
💡 Explication

Par élimination, la michna parlerait du onze Adar. Mais ce jour est la veille du douze, jour de Trajan. Si la michna y permet le jeûne, elle suit Rabbi Meir, pour qui la veille reste permise, et non Rabbi Yossi.

La contradiction chez Rabbi Yo'hanan se reforme alors : cette michna anonyme, qu'il devrait suivre, s'oppose à sa propre décision en faveur de Rabbi Yossi pour la veille.

5
לֹא, בְּנֵי אַרְבָּעָה עָשָׂר, וְקָא קָרוּ לֵיהּ בִּתְרֵיסַר. וּדְקָאָמְרַתְּ יוֹם טֻרְיָינוֹס הוּא — יוֹם טֻרְיָינוֹס גּוּפֵיהּ בַּטּוֹלֵי בַּטְּלוּהּ, הוֹאִיל וְנֶהֶרְגוּ בּוֹ שְׁמַעְיָה וַאֲחִיָּה אֶחָיו. כִּי הָא דְּרַב נַחְמָן גְּזַר תַּעֲנִיתָא בִּתְרֵיסַר, אָמְרוּ לֵיהּ רַבָּנָן: יוֹם טוּרְיָינוּס הוּא! אֲמַר לְהוּ: יוֹם טוּרְיָינוּס גּוּפֵיהּ בַּטֻּולֵּי בִּטְּלוּהָ, הוֹאִיל וְנֶהֶרְגוּ בּוֹ שְׁמַעְיָה וַאֲחִיָּה אָחִיו.

Non : [il s'agit] des gens du quatorze qui l'ont lue le douze. Et quant à ce que tu disais, que c'est le jour de Trajan — le jour de Trajan lui-même, on l'a annulé, puisque Chemaya et son frère Ahiya y ont été mis à mort.

Comme dans le cas de Rav Nahman, qui décréta un jeûne le douze ; les Sages lui dirent : c'est le jour de Trajan ! Il leur répondit : le jour de Trajan lui-même, on l'a annulé, puisque Chemaya et son frère Ahiya y ont été mis à mort.

📜 Rachi (1)
שְׁמַעְיָה וְאַחֶיהָ חֲסִידִים הָיוּ וְלֹא פֵּירֵשׁ מִי הֵם דְּאוֹתוֹ שֶׁאָכְלוּ הָאַרְיֵה עִידּוֹ הָיָה וְלֹא שְׁמַעְיָה:
Chemaya et Ahiya — c'étaient des hommes pieux ; il n'est pas précisé qui ils sont, car celui que le lion a dévoré, c'était Ido et non Chemaya.
💡 Explication

La guemara revient sur l'hypothèse du douze. Une date de la Meguilat Taanit peut être annulée lorsqu'un malheur survient le même jour : la délivrance qu'elle commémore ne suffit plus à en faire un jour de joie. Le douze Adar a perdu son statut après l'exécution de Chemaya et de son frère Ahiya.

Le précédent de Rav Nahman, qui décréta un jeûne public le douze et répondit aux Sages en invoquant cette annulation, sert ici de preuve pratique.

🖼️ Schéma
Comment une date de la Meguilat Taanit est annulée Étape 1 : la date est inscrite Le 12 Adar entre dans la liste à la suite de la chute de Trajan. Étape 2 : un malheur y survient Chemaya et son frère Ahiya sont mis à mort ce jour-là. Étape 3 : la date tombe Le jeûne et l'éloge funèbre y redeviennent permis. Le précédent de Rav Nahman Il décrète un jeûne public le 12 Adar. Les Sages objectent : c'est le jour de Trajan. Il répond que ce jour a été annulé. La pratique confirme la réponse de la guemara.
L'annulation d'une date de la Meguilat Taanit libère le calendrier pour un jeûne public.
6
וְתִיפּוֹק לֵיהּ דְּהָוֵה לֵיהּ יוֹם שֶׁלִּפְנֵי נִיקָנוֹר! אָמַר רַב אַשִּׁי: הַשְׁתָּא אִיהוּ גּוּפֵיהּ בַּטְּלוּהּ, מִשּׁוּם יוֹם נִיקָנוֹר נֵיקוּם וְנִגְזֹר?

Et qu'il le déduise de ce que c'est le jour qui précède celui de Nicanor ! Rav Achi dit : maintenant que ce jour lui-même, on l'a annulé, irions-nous nous lever et décréter [une interdiction] à cause du jour de Nicanor ?

💡 Explication

Objection : même annulé comme jour de Trajan, le douze demeure la veille du treize, jour de Nicanor. Selon Rabbi Yossi, la veille est interdite ; le jeûne de Rav Nahman resterait donc impossible.

Rav Achi répond par une mesure de proportion : l'interdiction de la veille est une protection accordée à une date, moins forte que la date elle-même. Du moment que les Sages ont retiré au douze son statut propre, ils n'iront pas le réinterdire au titre secondaire de veille d'une autre date.

🖼️ Schéma
Le raisonnement de Rav Achi Objection Le 12 est encore la veille du 13, jour de Nicanor. Selon Rabbi Yossi, la veille est interdite. Réponse Les Sages ont retiré au 12 son statut propre. Ils ne le réinterdiront pas à titre de veille. Principe : l'interdiction de la veille est un accessoire de la date qu'elle protège. Un jour déchu de son propre statut ne reçoit pas une interdiction plus faible en remplacement.
Rav Achi mesure la protection de la veille à l'aune du statut de la date principale.
7
מַאי נִיקָנוֹר וּמַאי טוּרְייָנוֹס? דְּתַנְיָא: נִיקָנוֹר, אֶחָד מֵאִפַּרְכֵי יְווָנִים הָיָה, וּבְכָל יוֹם וָיוֹם הָיָה מֵנִיף יָדוֹ עַל יְהוּדָה וִירוּשָׁלַיִם, וְאוֹמֵר: אֵימָתַי תִּפֹּול בְּיָדִי וְאֶרְמְסֶנָּה. וּכְשֶׁגָּבְרָה מַלְכוּת בֵּית חַשְׁמוֹנַאי וְנִצְּחוּם, קָצְצוּ בְּהוֹנוֹת יָדָיו וְרַגְלָיו וּתְלָאוּם בְּשַׁעֲרֵי יְרוּשָׁלַיִם, וְאָמְרוּ: פֶּה שֶׁהָיָה מְדַבֵּר בְּגַאֲוָה, וְיָדַיִים שֶׁהָיוּ מְנִיפוֹת עַל יְרוּשָׁלַיִם — תַּעֲשֶׂה בָּהֶם נְקָמָה.

Qu'est-ce que le jour de Nicanor et qu'est-ce que le jour de Trajan ? Car il est enseigné : Nicanor était l'un des gouverneurs grecs ; chaque jour il agitait la main en direction de Yehouda et de Jérusalem et disait : quand tombera-t-elle entre mes mains, que je la piétine ?

Et lorsque la royauté de la maison des Hasmonéens prit le dessus et les vainquit, on trancha les pouces de ses mains et de ses pieds et on les suspendit aux portes de Jérusalem, en disant : la bouche qui parlait avec orgueil et les mains qui s'agitaient contre Jérusalem, que vengeance en soit tirée.

📜 Rachi (1)
אִיפַּרְכִי דּוּכּוֹס:
Iparkhei — un duc, c'est-à-dire un gouverneur.
🪔 Ben Yehoyada (1)
פֶּה שֶׁהָיָה מְדַבֵּר בְּגַאֲוָה. מֻוכְרָח לוֹמַר כְּדִבְרֵי הַיְּרוּשַׁלְמִי שֶׁחָתְכוּ רֹאשׁוֹ וַתִּלְאוּהוּ וּכְמוֹ שֶׁכָּתַב מָהַרְשָׁ"א אַךְ קַשָּׁא הָיָה לָהֶם לַחְתֹּוךְ הַלָּשׁוֹן דַּוְקָא וְלִתְלוֹתוֹ וּכְמוֹ שֶׁעָשׂוּ בַּבְּהוֹנוֹת יָדָיו? וְנִרְאֶה לִי כִּי הַלָּשׁוֹן הָיָה מְדַבֵּר בְּגַאֲוָה שֶׁהִיא מְמַלְּאָה כָּל הָרֹאשׁ וְלָכֵן הַמִּצְנֶפֶת שֶׁל כֹּהֵן גָּדוֹל מְכַפֶּרֶת עַל הַגַּאֲוָה וְעַל כֵּן אָמְרוּ 'פֶּה שֶׁהָיָה מְדַבֵּר בְּגַאֲוָה' שֶׁהִיא בָּרֹאשׁ.
« La bouche qui parlait avec orgueil. » Il faut nécessairement dire, comme le Yerouchalmi et comme l'écrit le Maharcha, qu'on lui trancha la tête et qu'on la suspendit. Une difficulté demeure : pourquoi ne pas trancher précisément la langue et la suspendre, comme on l'a fait pour les pouces de ses mains ? Il me semble que la langue parlait avec un orgueil qui emplit toute la tête ; c'est pourquoi la mitsnefet (turban) du cohen gadol expie l'orgueil. Voilà pourquoi ils ont dit « la bouche qui parlait avec orgueil », car cet orgueil siège dans la tête.
💡 Explication

La guemara s'arrête pour donner l'origine des deux dates qu'elle vient d'invoquer. Nicanor, général grec de l'époque hasmonéenne, est cité pour un geste répété : la main levée vers Jérusalem, accompagnée d'une parole de mépris.

La sentence prononcée sur ses membres répond terme pour terme à sa faute, la bouche à la parole et la main au geste. Cette correspondance explique le détail du récit : les pouces des mains et des pieds suspendus aux portes de la ville qu'il voulait piétiner.

8
מַאי טוּרְיָינוּס? אָמְרוּ: כְּשֶׁבִּקֵּשׁ טוּרְיָינוֹס לַהֲרֹוג אֶת לוּלְיָנוּס וּפַפּוּס אָחִיו בְּלוּדְקִיָּא, אָמַר לָהֶם: אִם מֵעַמּוֹ שֶׁל חֲנַנְיָה מִישָׁאֵל וַעֲזַרְיָה אַתֶּם — יָבֹא אֱ-לֹהֵיכֶם וְיַצִּיל אֶתְכֶם מִיָּדִי, כְּדֶרֶךְ שֶׁהִצִּיל אֶת חֲנַנְיָה מִישָׁאֵל וַעֲזַרְיָה מִיַּד נְבוּכַדְנֶצַּר! אָמְרוּ לוֹ: חֲנַנְיָה מִישָׁאֵל וַעֲזַרְיָה צַדִּיקִים גְּמוּרִין הָיוּ, וּרְאוּיִין הָיוּ לֵיעָשׂוֹת לָהֶם נֵס. וּנְבוּכַדְנֶצַּר מֶלֶךְ הָגוּן הָיָה, וְרָאוּי לַעֲשׂוֹת נֵס עַל יָדוֹ.

Qu'est-ce que le jour de Trajan ? On a dit : lorsque Trajan voulut mettre à mort Loulianos et son frère Papos à Laodicée, il leur dit : si vous êtes du peuple de Hanania, Michaël et Azaria, que votre D.ieu vienne vous sauver de ma main, comme Il a sauvé Hanania, Michaël et Azaria de la main de Nabuchodonosor !

Ils lui répondirent : Hanania, Michaël et Azaria étaient des justes accomplis, et ils étaient dignes qu'un miracle fut fait pour eux ; et Nabuchodonosor était un roi digne de ce nom, et il convenait qu'un miracle fut accompli par son entremise.

📜 Rachi (3)
לוּלְיָינוּס וּפַפּוּס אָחִיו צַדִּיקִים גְּמוּרִים הָיוּ:
Loulianos et son frère Papos — c'étaient des justes accomplis.
בְּלוֹדְקִי' הִיא לוֹד וְהַייְנוּ דְּאָמְרִינַן בְּכָל דֻּוכְתָּא (ב"ב דַּף י:) הֲרוּגֵי לוֹד אֵין כָּל בְּרִיָּה יְכוֹלָה לַעֲמֹוד בִּמְחִיצָתָן בְּגַן עֵדֶן וְיֵשׁ אוֹמְרִין שֶׁנֶּהֶרְגוּ עַל בִּתּוֹ שֶׁל מֶלֶךְ שֶׁנִּמְצֵאת הֲרוּגָה וְאָמְרוּ הַיְּהוּדִים הֲרָגוּהָ וְגָזְרוּ גְּזֵרָה עַל שׂוֹנְאֵיהֶן שֶׁל יִשְׂרָאֵל וְעָמְדוּ אֵלּוּ וּפָדוּ אֶת יִשְׂרָאֵל וְאָמְרוּ אָנוּ הֲרַגְנוּהָ וְהָרַג הַמֶּלֶךְ לְאֵלּוּ בִּלְבַד:
À Laodicée — c'est Loud ; et c'est ce que nous disons partout (Baba Batra 10b) : les exécutés de Loud, aucune créature ne peut se tenir dans leur enclos au Gan Éden. Certains disent qu'ils furent mis à mort à cause de la fille du roi, qu'on trouva assassinée ; on dit alors que les Juifs l'avaient tuée et l'on décréta un décret contre Israël. Ceux-ci se levèrent et sauvèrent Israël en déclarant : c'est nous qui l'avons tuée. Le roi ne mit à mort qu'eux seuls.
אִם מֵעִמּוֹ כו':
« Si vous êtes du peuple... » etc.
🪔 Ben Yehoyada (1)
וּנְבוּכַדְנֶאצַּר מֶלֶךְ הָגוּן הָיָה. אַף עַל פִּי שֶׁהָיָה רָשָׁע גָּמוּר קְרָאוּהוּ 'הָגוּן' מִפְּנֵי שֶׁהָיָה נִזְהָר בִּכְבוֹד השי"ת וּמוֹדֶה בְּשִׁבְחוֹ, דְּיָדוּעַ מַה שֶּׁאָמְרוּ בְּפֶרֶק חֵלֶק שֶׁמָּלַךְ בַּעֲבוּר הַכָּבוֹד שֶׁעָשָׂה בַּחֲזָרַת הָאִגֶּרֶת וְגַם אַחַר שֶׁמָּלַךְ כְּשֶׁרָאָה נֵס חֲנַנְיָה מִישָׁאֵל וַעֲזַרְיָה אָמַר (דָּנִיֵּאל ג, לג) 'אָתוֹהִי כְּמָה רַבְרְבִין וְתִמְהוֹהִי כְּמָה תַקִּיפִין מַלְכוּתֵהּ מַלְכוּת עָלַם וְשָׁלְטָנֵהּ עִם דָּר וְדָר' וַאֲפִילּוּ כְּשֶׁהֶחֱרִיב בֵּית הַמִּקְדָּשׁ וְהִגְלָה אֶת יִשְׂרָאֵל נִתְפַּחֵד מהקב"ה וְלֹא הֶחֱרִיב עַד שֶׁאָמְרוּ לוֹ זוֹ הִיא גְּזֵירָה מִן הַשָּׁמַיִם עַל פִּי הַנָּבִיא וְאָז בָּא וְהֶחֱרִיב.
« Et Nabuchodonosor était un roi digne. » Bien qu'il fut entièrement racha (mécréant), ils l'ont appelé digne parce qu'il prenait garde à l'honneur de Hachem et reconnaissait Sa louange. On sait ce qui est dit au chapitre Helek : il régna en raison de l'honneur qu'il manifesta en faisant revenir la lettre. De plus, une fois régnant, voyant le miracle de Hanania, Michaël et Azaria, il dit (Daniel 3,33) : « Ses signes, combien grands, et Ses prodiges, combien puissants ; Sa royauté est une royauté éternelle et Sa souveraineté dure de génération en génération. » Et même lorsqu'il détruisit le Temple et exila Israël, il craignit le Saint béni soit-Il et ne détruisit pas avant qu'on lui eût dit qu'il s'agissait d'un décret du Ciel, selon la parole du prophète ; alors seulement il vint et détruisit.
💡 Explication

Le second récit se passe à Loud, sous la domination romaine. Trajan lance un défi théologique : si le D.ieu d'Israël a sauvé les trois compagnons de Daniel dans la fournaise, qu'Il sauve aussi ces deux hommes.

La réponse de Loulianos et Papos porte sur les deux conditions d'un miracle public. Elle tient à la fois au mérite de ceux qui sont sauvés et au rang de celui devant qui le miracle se produit : un roi légitime donne au miracle une portée que n'aurait pas un homme sans autorité réelle.

9
וְאוֹתוֹ רָשָׁע, הֶדְיוֹט הוּא, וְאֵינוֹ רָאוּי לַעֲשׂוֹת נֵס עַל יָדוֹ. וְאָנוּ נִתְחַייַּבְנוּ כְּלָיָה לַמָּקוֹם, וְאִם אֵין אַתָּה הוֹרְגֵנוּ — הַרְבֵּה הוֹרְגִים יֵשׁ לוֹ לַמָּקוֹם, וְהַרְבֵּה דֻּובִּין וַאֲרָיוֹת יֵשׁ לוֹ לַמָּקוֹם בְּעוֹלָמוֹ שֶׁפּוֹגְעִין בָּנוּ וְהוֹרְגִין אוֹתָנוּ. אֶלָּא, לֹא מְסָרָנוּ הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא בְּיָדְךָ, אֶלָּא שֶׁעָתִיד לִיפָּרַע דָּמֵינוּ מִיָּדֶךָ.

Et ce racha (mécréant), lui, est un homme du commun, et il ne convient pas qu'un miracle soit accompli par son entremise. Quant à nous, nous avons encouru l'extermination devant l'Omniprésent ; et si tu ne nous tues pas, l'Omniprésent a bien des exécuteurs, et bien des ours et des lions dans Son monde, qui peuvent nous atteindre et nous tuer.

Mais le Saint béni soit-Il ne nous a livrés entre tes mains que parce qu'Il exigera un jour notre sang de ta main.

📜 Rachi (1)
נִתְחַייַּבְנוּ הֲרִיגָה עַל חֵטְא חַייָּבֵי מִיתוֹת בֵּית דִּין:
Nous avons encouru la mise à mort — pour une faute passible des peines capitales du tribunal.
🪔 Ben Yehoyada (1)
וְאִם אֵין אַתָּה הוֹרְגֵנוּ, הַרְבֵּה הוֹרְגִים יֵשׁ בְּיַד הַמָּקוֹם, הַרְבֵּה דֻּבִּים יֵשׁ, הַרְבֵּה אֲרָיוֹת יֵשׁ, הַרְבֵּה נְמֵרִים יֵשׁ, שֶׁפּוֹגְעִין בָּנוּ. נָקְטוּ דֻּובִּים כְּנֶגֶד גָּלוּת פָּרַס שֶׁנִּמְשְׁלוּ לְדֹוב וְכַנִּזְכָּר בַּגְּמָרָא (עֲבוֹדָה זָרָה ב:) 'דָּמֶיהָ לִדֹּב' (דָּנִיֵּאל ז, ה) זוֹ פְּרָס, וַאֲרָיוֹת גָּלוּת בָּבֶל שֶׁהָיָה בְּיַד נְבוּכַדְנֶאצַּר שֶׁנִּמְשַׁל לְאַרְיֵה, וּנְמֵרִים גָּלוּת יִשְׁמָעֵאל שֶׁנִּמְשְׁלוּ לִנְמֵרִים, וּכְמוֹ שֶׁאָמְרוּ בַּזֹּוהַר פָּרָשַׁת שְׁמוֹת (זֹהַר חֵלֶק ב' ג.) מֵהַרְרֵי נְמֵרִים אִלֵּין בְּנֵי יִשְׁמָעֵאל עַייֵּן שָׁם. וְלֹא אָמְרוּ כְּנֶגֶד אֱדוֹם כְּלוּם, מִפְּנֵי כִּי אוֹתוֹ רָשָׁע הָיָה מִמַּלְכוּת אֱדוֹם וְהֵם מְדַבְּרִים עִמּוֹ. וּמַה שֶׁאָמְרוּ: לֹא זָזוּ מִשָּׁם, פֵּירוּשׁ לֹא הִסְפִּיקוּ לִישָּׂא אוֹתָם לְקָבְרָם עַד שֶׁנֶּהֱרַג אוֹתוֹ רָשָׁע. וְלִהְיוֹת שֶׁהָרַג שְׁנֵי אַבִּירֵי יִשְׂרָאֵל שֶׁהֵם כְּנֶגֶד הַמּוֹחַ לְכָךְ פָּצְעוּ אֶת מוֹחוֹ. וְלִהְיוֹת כִּי הָיוּ שְׁנֵי צַדִּיקִים לְכָךְ נִפְצַע עַל יְדֵי דְּיוֹפָּלֵי שֶׁהֵם שְׁנֵי שָׂרִים כְּמוֹ שֶׁכָּתַב רַשִׁ"י. וּמַה שֶׁפִּצְּעוּהוּ בִּשְׁנֵי מַקְלוֹת זְכוּת אֶבְרָה ם יִצַּח ק וישׁרא ל שֶׁסּוֹף שְׁמָם מַקֵּל הַגִּין, שֶׁנָּקַם ה' נִקְמָתָם מִיָּד לְכָךְ הַפְּצִיעָה הָיְתָה בַּגְּזִירִין שֶׁהֵם מַקְלוֹת. וְדַע לְפִי דִּבְרֵי רַבֵּינוּ הָאֲרִ"י זַ"ל שְׁנֵי צַדִּיקִים הָהֵם הָיוּ מִבְּחִינַת זִוּוּג דְּמִנְחָה שֶׁהוּא דִּינָא קַשְׁיָא וּלְכָךְ נֶהֶרְגוּ עַיֵּין שָׁם, וּלְכָךְ פָּצְעוּ מָחוּ, כִּי ב' פְּעָמִים מוֹחַ [54] גֵּימַטְרְיָא ק"ח כְּמִנְיַן מִנְחָה עַם כּוֹלֵל הָאוֹתִיּוֹת וְכוֹלֵל הַתֵּיבָה [108] .
« Et si tu ne nous tues pas, l'Omniprésent a bien des exécuteurs, bien des ours, bien des lions, bien des léopards, qui peuvent nous atteindre. » Ils ont mentionné les ours en face de l'exil de Perse, comparée à un ours, comme il est rapporté dans la guemara (Avoda Zara 2b) : « semblable à un ours » (Daniel 7,5), c'est la Perse ; les lions, en face de l'exil de Bavel, aux mains de Nabuchodonosor, comparé à un lion ; et les léopards, en face de l'exil d'Ichmael, comparé aux léopards, comme il est dit au Zohar, parachat Chemot (Zohar II, 3a) : « des montagnes des léopards », ce sont les fils d'Ichmael, voir là-bas. Ils n'ont rien dit en face d'Edom, parce que ce racha appartenait à la royauté d'Edom et qu'ils parlaient devant lui. Et ce qui est dit, « ils ne bougèrent pas de là », signifie qu'on n'eut pas même le temps de les emporter pour les ensevelir avant que ce racha ne fût tué. Parce qu'il avait tué deux des puissants d'Israël, qui correspondent au cerveau, on lui fendit le cerveau ; et parce qu'ils étaient deux justes, il fut frappé par des diyoflei, c'est-à-dire deux dignitaires, comme l'écrit Rachi. S'il fut frappé au moyen de deux bâtons, c'est par le mérite d'Avraham, Yitshak et Israël, dont les dernières lettres des noms forment maqel, le bâton qui protège, car Hachem a vengé leur sang aussitôt ; c'est pourquoi la blessure fut faite avec des guezirin, qui sont des bâtons. Sache encore, selon les paroles de notre maître le Ari zal, que ces deux justes relevaient du zivoug de minha, qui est un din sévère, et c'est pour cela qu'ils furent tués, voir là-bas ; et c'est pourquoi on lui fendit le cerveau, car deux fois moah (cerveau, 54) fait en guematria cent huit, comme le compte de minha avec le total des lettres et le mot lui-même (108).
💡 Explication

La réponse se retourne contre celui qui la provoque. Loulianos et Papos refusent d'abord de se compter parmi les justes accomplis : s'ils meurent, c'est que le décret du Ciel les atteint, et le Ciel ne manque pas de moyens pour l'exécuter.

Le rôle de Trajan s'en trouve réduit à celui d'un instrument, et la responsabilité lui reste entière. La dernière phrase annonce le dénouement du récit au segment suivant.

10
אַף עַל פִּי כֵן הֲרָגָן מִיָּד. אָמְרוּ: לֹא זָזוּ מִשָּׁם, עַד שֶׁבָּאוּ דְּיוֹפָּלֵי מֵרוֹמִי וּפָצְעוּ אֶת מוֹחוֹ בְּגִיזְרִין.

Malgré cela, il les tua sur-le-champ. On a dit : ils n'avaient pas bougé de là que déjà arrivaient de Rome deux dignitaires qui lui fendirent le crâne à coups de gourdins.

📜 Rachi (2)
דְּיוֹפָּלִין שְׁנֵי שָׂרִים וְכֵן מֶטְרוֹפּוֹלִין שֶׁל מְלָכִים לְשׁוֹן שָׂרִים:
Diyoflin — deux dignitaires ; de même « métropolin » des rois est un terme désignant des dignitaires.
בִּגְזִירִין מַקְלוֹת כְּמוֹ גְּזִירֵי עֵצִים:
Be-guezirin — des bâtons, comme dans l'expression « guezirei etsim », des bûches fendues.
💡 Explication

Le récit s'achève par la chute de Trajan, présentée comme la réponse immédiate à la parole des deux frères. C'est cette chute que la date du douze Adar commémorait.

Le folio boucle ainsi son propos : la date avait été inscrite pour la délivrance qu'elle marquait, puis annulée à cause de la mort de Chemaya et de son frère Ahiya survenue le même jour.

🖼️ Schéma
Le 12 Adar : une date inscrite puis retirée Loulianos et Papos à Loud Trajan les met à mort après leur réponse. Chute immédiate de Trajan Deux dignitaires venus de Rome le frappent à mort. La date est inscrite. Annulation Chemaya et Ahiya sont tués au même jour. C'est cette annulation qui permet à Rav Nahman de décréter un jeûne le 12, et à la guemara de résoudre sa question.
Le récit explique à la fois l'inscription et la disparition du douze Adar.
11
אֵין גּוֹזְרִין תַּעֲנִית עַל הַצִּבּוּר בַּתְּחִלָּה בַּחֲמִישִׁי כּוּ׳, אֵין גּוֹזְרִין תַּעֲנִית בְּרָאשֵׁי חֳדָשִׁים כּוּ׳. וְכַמָּה הָוְיָא הַתְחָלָה? רַב אֲחָא אָמַר: שָׁלֹשׁ. רַבִּי אַסִּי אָמַר: אַחַת.

« On ne décrète pas de jeûne public en commençant un jeudi, etc. » ; « On ne décrète pas de jeûne aux Roch Hodech, etc. » Et combien faut-il pour qu'il y ait commencement ? Rav Aha dit : trois.

Rabbi Assi dit : un seul.

📜 Rachi (3)
וְכַמָּה הָוְיָא הַתְחָלָה שֶׁאֵינוֹ מַפְסִיק לְאַחַר מִכָּאן:
Et combien faut-il pour qu'il y ait commencement — à partir de quoi l'on n'interrompt plus ensuite.
רַבִּי אֲחָא וְרַבִּי יוֹסֵי אָמוֹרָאֵי נִינְהוּ דְּלָאו אוֹרְחָא דְּתַנָּאֵי לְאִשְׁתַּעוֹיֵי בַּגְּמָרָא כִּי הַאי גַוְונָא:
Rabbi Aha et Rabbi Yossi — ce sont des Amoraim, car il n'est pas d'usage que des Tanaim s'expriment dans la guemara de cette manière.
שָׁלֹשׁ תַּעֲנִיּוֹת שֵׁנִי וַחֲמִישִׁי וְשֵׁנִי:
Trois — jeûnes : lundi, jeudi et lundi.
⚖️ Rosh (1)
גְּמ' וְכַמָּה הָוֵי הַתְחָלָה ר' אֲחָא אוֹמֵר שָׁלֹשׁ רַבִּי יוֹסֵי אוֹמֵר אַחַת וְהִלְכְתָא כְּרַבִּי יוֹסֵי. אָמַר רַב יְהוּדָה אָמַר רַב זוֹ דִּבְרֵי ר' מֵאִיר שֶׁאָמַר מִשּׁוּם ר"ג אֲבָל חֲכָמִים אוֹמְרִים מִתְעַנֶּה וּמַשְׁלִים. דָּרֵשׁ מָר זוּטְרָא מִשְּׁמֵיהּ דְּרַב הוּנָא הֲלָכָה מִתְעַנֶּה וּמַשְׁלִים וַאֲפִילּוּ בְּתַעֲנִית יָחִיד וְהָכִי אִיתָא בִּירוּשַׁלְמִי (הֵל' טו) אָמַר רַב הוּנָא אֲפִילּוּ יָחִיד גָּזַר עַל עַצְמוֹ תַּעֲנִית מִתְעַנֶּה וּמַשְׁלִים פֵּירוּשׁ אִם יִרְצֶה וְלָא חֲשִׁיב כְּמִתְעַנֶּה בְּשַׁבָּת וְכֵיוָן שֶׁיָּכוֹל לְהַשְׁלִים אִם יִרְצֶה וְהוּא קִבֵּל עָלָיו תַּעֲנִית סְתָם וְכָל תַּעֲנִית שֶׁלֹּא שָׁקְעָה עָלָיו הַחַמָּה אֵינוֹ תַּעֲנִית צָרִיךְ לְהִתְעַנּוֹת עַד צֵאת הַכְּכָבִים אִם לֹא שֶׁפֵּירֵשׁ בִּשְׁעַת קַבָּלַת תַּעֲנִית עַד שֶׁיַּשְׁלִים תְּפִלָּתוֹ עִם הַצִּבּוּר: הֲדַרַן עֲלָךְ סֵדֶר תַּעֲנִיּוֹת כֵּיצַד פַּרְקְשְׁלִישִׁי
Guemara : « Et combien faut-il pour qu'il y ait commencement ? Rabbi Aha dit : trois ; Rabbi Yossi dit : un. » La halakha suit Rabbi Yossi. Rav Yehouda a dit au nom de Rav : ce sont les paroles de Rabbi Meir, qui les a dites au nom de Rabban Gamliel ; mais les Sages disent : il jeûne et mène le jeûne à son terme. Mar Zoutra a enseigné au nom de Rav Houna : la halakha est qu'il jeûne et mène le jeûne à son terme, et cela vaut même pour un jeûne de particulier (taanit yahid). Ainsi est-il dit dans le Yerouchalmi (halakha 15) : Rav Houna a dit, même un particulier qui a décrété sur lui-même un jeûne, il jeûne et le mène à son terme. Comprendre : s'il le veut, et il n'est pas considéré comme jeûnant un jour de fête. Et puisqu'il peut le mener à terme s'il le veut, et qu'il a accepté sur lui un jeûne sans autre précision, or tout jeûne sur lequel le soleil ne s'est pas couché n'est pas un jeûne, il doit jeûner jusqu'à la sortie des étoiles — à moins d'avoir précisé, au moment où il a accepté le jeûne, qu'il jeûnerait jusqu'à l'achèvement de sa prière avec la communauté. Hadran alakh Seder taaniot keitsad. Chapitre troisième.
💡 Explication

Le folio revient à la michna de notre traité. Elle interdit d'ouvrir une série de jeûnes publics un jeudi, pour ne pas provoquer une montée des prix, et d'en décréter aux Roch Hodech, à 'Hanouka et à Pourim ; mais une série déjà commencée ne s'interrompt pas devant ces jours.

D'où la question : à partir de combien de jeûnes la série est-elle commencée et devient-elle insécable ? Rav Aha exige les trois jeûnes du cycle lundi-jeudi-lundi ; Rabbi Assi se contente d'un seul. Les témoins du texte varient entre Rabbi Assi et Rabbi Yossi : Rachi et le Roch lisent ici Rabbi Yossi, et le Roch tranche comme lui.

12
אָמַר רַב יְהוּדָה אָמַר רַב: זוֹ דִּבְרֵי רַבִּי מֵאִיר שֶׁאָמַר מִשּׁוּם רַבָּן גַּמְלִיאֵל, אֲבָל חֲכָמִים אוֹמְרִים: מִתְעַנֶּה וּמַשְׁלִים. דָּרֵשׁ מָר זוּטְרָא מִשְּׁמֵיהּ דְּרַב הוּנָא: הֲלָכָה מִתְעַנֶּה וּמַשְׁלִים.

Rav Yehouda a dit au nom de Rav : ce sont les paroles de Rabbi Meir, qui les a dites au nom de Rabban Gamliel ; mais les Sages disent : il jeûne et mène le jeûne à son terme. Mar Zoutra a enseigné au nom de Rav Houna : la halakha est qu'il jeûne et mène le jeûne à son terme.

📜 Rachi (2)
זוֹ דִּבְרֵי ר"מ וְאַדִּבְרֵי ר"מ דְּמַתְנִי' קָאֵי דְּקָתָנֵי אֵין מַשְׁלִימִין:
Ce sont les paroles de Rabbi Meir — cela porte sur les paroles de Rabbi Meir dans notre michna, où il est enseigné « ils ne mènent pas [le jeûne] à son terme ».
מִתְעַנֶּה וּמַשְׁלִים עַד חֲשֵׁיכָה:
Il jeûne et mène à son terme — jusqu'à la tombée de la nuit.
🗂️ Tossefot (1)
הֲלָכָה מִתְעַנֶּה וּמַשְׁלִים. פִּי' הָא דְּקָפָסֵק הֲלָכָה מִתְעַנֶּה וּמַשְׁלִים אר"ח קָאֵי דְּאִי אַחֲנֻוכָּה וְאַפּוּרִים אֵינוֹ יָכוֹל לְהִתְעַנּוֹת דְּיוֹם מִשְׁתֶּה וְשִׂמְחָה כְּתִיב:
« La halakha est qu'il jeûne et mène à son terme. » Explication : cette décision porte sur Roch Hodech ; car s'il s'agissait de 'Hanouka et de Pourim, il ne pourrait pas jeûner du tout, puisqu'il est écrit à leur sujet « jour de festin et de réjouissance ».
💡 Explication

La michna enseignait qu'une série de jeûnes déjà commencée se poursuit ces jours-là, mais sans être menée jusqu'à la nuit. Rav ramène cette position au seul Rabbi Meir au nom de Rabban Gamliel ; les Sages, eux, exigent le jeûne complet.

Mar Zoutra tranche au nom de Rav Houna comme les Sages. Tossefot circonscrit aussitôt la portée de cette décision : elle ne peut viser que Roch Hodech, puisque 'Hanouka et Pourim sont des jours de festin où le jeûne est exclu.

🖼️ Schéma
Une série de jeûnes rencontre un Roch Hodech : jusqu'où jeûne-t-on ? Rabbi Meir au nom de Rabban Gamliel On ne mène pas le jeûne à son terme : on jeûne une partie du jour seulement, par égard pour le jour. Les Sages On jeûne et l'on mène à son terme, jusqu'à la tombée de la nuit, comme tout autre jour de jeûne. Halakha : Mar Zoutra au nom de Rav Houna On jeûne et l'on mène à son terme. Tossefot : portée de la décision Roch Hodech seulement, pas 'Hanouka ni Pourim.
La décision porte sur Roch Hodech ; les jours de festin restent hors du débat.
13
הֲדַרַן עֲלָךְ סֵדֶר תַּעֲנִיּוֹת כֵּיצַד

Hadran alakh — nous reviendrons vers toi, chapitre « Seder taaniot keitsad » (l'ordre des jeûnes, de quelle manière).

💡 Explication

Formule qui clôt le deuxième chapitre du traité. Le chapitre suivant s'ouvre au segment qui suit.

14
סֵדֶר תַּעֲנִיּוֹת אֵלּוּ , הָאָמוּר בִּרְבִיעָה רִאשׁוֹנָה. אֲבָל צְמָחִים שֶׁשָּׁנוּ — מַתְרִיעִין עֲלֵיהֶן מִיָּד. וְכֵן שֶׁפָּסְקוּ גְּשָׁמִים בֵּין גֶּשֶׁם לְגֶשֶׁם אַרְבָּעִים יוֹם — מַתְרִיעִין עֲלֵיהֶן, מִפְּנֵי שֶׁהִיא מַכַּת בַּצֹּורֶת.

MICHNA. L'ordre de ces jeûnes vaut pour ce qui a été dit de la première pluie.

Mais si les plantes ont changé [d'aspect], on sonne l'alarme à leur sujet immédiatement. De même, si les pluies ont cessé quarante jours entre une pluie et l'autre, on sonne l'alarme à leur sujet, car c'est un fléau de sécheresse.

📜 Rachi (4)
מַתְנִי' סֵדֶר תַּעֲנִיּוֹת אֵלּוּ הָאָמוּר בְּפֶ' רִאשׁוֹן (דַּף י.) שֶׁבַּתְּחִילָּה יְחִידִים מִתְעַנִּין סֵדֶר תַּעֲנִיּוֹת וְאַחַר כָּךְ צִבּוּר הוֹלְכִין וּמִתְעַנִּין עַד י"ג אִם לֹא נַעֲנוּ:
Michna. L'ordre de ces jeûnes — celui qui est énoncé au premier chapitre (10a) : d'abord des particuliers jeûnent selon cet ordre de jeûnes, puis la communauté poursuit et jeûne jusqu'à treize jeûnes si l'on n'a pas été exaucé.
בִּרְבִיעָה רִאשׁוֹנָה אִם עָבַר זְמַן רְבִיעָה רִאשׁוֹנָה שֶׁל יוֹרֶה וְלֹא יָרְדוּ גְּשָׁמִים מִתְעַנִּין וְהוֹלְכִין כַּסֵּדֶר הַזֶּה:
À la première pluie — si le temps de la première pluie, celle du yoré, est passé sans que les pluies soient tombées, on jeûne en suivant cet ordre.
אֲבָל צְמָחִים שֶׁשָּׁנוּ שֶׁנִּשְׁתַּנּוּ מִמִּנְהָגָן תַּחַת חִטָּה יֵצֵא חוֹחַ תַּחַת שְׂעוֹרָה בְּאִשָּׁה שֶׁלֹּא הָיוּ חִטִּים בְּשִׁבֳּולִים אוֹ שִׁינּוּי אַחֵר מַתְרִיעִין עֲלֵיהֶן מִיָּד אֲפִילּוּ בָּרִאשׁוֹנוֹת שֶׁכָּל חֹומֶר הָאַחֲרוֹנוֹת נוֹהֵג בָּהֶן:
Mais si les plantes ont changé — qu'elles se sont écartées de leur cours habituel : « à la place du blé a poussé la ronce, à la place de l'orge l'ivraie », ou que les épis n'aient pas porte de blé, ou tout autre changement, on sonne l'alarme à leur sujet immédiatement, même pendant les premiers jeûnes, car toute la rigueur des derniers s'y applique.
בֵּין גֶּשֶׁם לְגֶשֶׁם בֵּין רְבִיעָה רִאשׁוֹנָה לִשְׁנִיָּה סִימָן בַּצֹּורֶת הִיא:
Entre une pluie et l'autre — entre la première pluie et la seconde ; c'est un signe de sécheresse.
🗂️ Tossefot (1)
מַתְרִיעִין עֲלֵיהֶם מִיָּד וּמִתְעַנִּין כְּמוֹ כֵן. וַאֲפִילּוּ בָּרִאשׁוֹנוֹת שֶׁחֹומֶר הָאַחֲרוֹנוֹת נוֹהֲגִין בּוֹ וְאִם תֹּאמַר הָא דְּמַתְרִיעִין מַשְׁמַע דְּמַתְרִיעִין וּמִתְעַנִּין אַמַּאי צָרִיךְ לְפָרֵשׁ בְּמָתְנֵי' בְּסָמוּךְ אוֹתָהּ הָעִיר מִתְעַנָּה וּמַתְרַעַת כֵּיוָן דִּסְתָם מַתְרִיעוֹת מַשְׁמַע תַּרְוַיְיהוּ וְיֵשׁ לוֹמַר מִשּׁוּם דְּבָעֵי לְאִפְּלוֹגֵי ר' עֲקִיבָא בְּסֵיפָא דְּקָאָמַר מַתְרִיעוֹת וְלֹא מִתְעַנּוֹת:
« On sonne l'alarme à leur sujet immédiatement » — et l'on jeûne de même, et cela même pendant les premiers jeûnes, puisque la rigueur des derniers s'y applique. Et si tu dis : dès lors que « on sonne l'alarme » implique qu'on sonne et qu'on jeûne, pourquoi la michna doit-elle préciser plus loin « cette ville jeûne et sonne l'alarme », puisque « sonner l'alarme » sans autre précision implique déjà les deux ? On peut répondre : parce qu'il fallait marquer la divergence de Rabbi Akiva dans la suite, là où il dit « elles sonnent l'alarme mais ne jeûnent pas ».
⚖️ Rosh (1)
סֵדֶר תַּעֲנִיּוֹת הָאֵלּוּ הָאֲמוּרִים בִּרְבִיעָה רִאשׁוֹנָה אֲבָל צְמָחִים שֶׁשָּׁנוּ מַתְרִיעִין עֲלֵיהֶם מִיָּד. וְכֵן כְּשֶׁפָּסְקוּ גְּשָׁמִים בֵּין גֶּשֶׁם לְגֶשֶׁם אַרְבָּעִים יוֹם מַתְרִיעִין עֲלֵיהֶן מִיָּד מִפְּנֵי שֶׁהִיא מַכַּת בַּצֹּורֶת. יָרְדוּ לַצְּמָחִים אֲבָל לֹא לְאִילָן וּלְאִילָן אֲבָל לֹא לַצְּמָחִים לָזֶה וְלָזֶה וְלֹא לְבוֹרוֹת שִׁיחִין וּמְעָרוֹת מַתְרִיעִין מִיָּד: דַּף יט ע"'א
L'ordre de ces jeûnes est énoncé à propos de la première pluie ; mais si les plantes ont changé [d'aspect], on sonne l'alarme à leur sujet immédiatement. De même, si les pluies ont cessé quarante jours entre une pluie et l'autre, on sonne l'alarme à leur sujet immédiatement, car c'est un fléau de sécheresse. S'il est tombé [de la pluie] pour les plantes mais non pour les arbres, pour les arbres mais non pour les plantes, pour les uns et pour les autres mais non pour les citernes, les fosses et les grottes, on sonne l'alarme immédiatement. Folio 19a.
💡 Explication

Ouverture du troisième chapitre. Le premier chapitre avait établi une progression lente : des jeûnes de particuliers, puis des jeûnes publics de plus en plus lourds, jusqu'à treize, lorsque la première pluie (revia richona) tarde.

La michna écarte cette progression pour une série de situations où le dommage est déjà visible. On y sonne l'alarme (matriin) immédiatement, avec toute la rigueur des derniers jeûnes : plantes atteintes d'une maladie qui change leur aspect, ou interruption de quarante jours entre deux pluies.

15
יָרְדוּ לַצְּמָחִין אֲבָל לֹא יָרְדוּ לָאִילָן, לָאִילָן וְלֹא לַצְּמָחִין, לָזֶה וְלָזֶה אֲבָל לֹא לַבּוֹרוֹת לַשִּׁיחִין וְלַמְּעָרוֹת — מַתְרִיעִין עֲלֵיהֶן מִיָּד. וְכֵן עִיר שֶׁלֹּא יָרְדוּ עָלֶיהָ גְּשָׁמִים, דִּכְתִיב: ״וְהִמְטַרְתִּי עַל עִיר אֶחָת וְעַל עִיר אַחַת לֹא אַמְטִיר חֶלְקָה אַחַת תִּמָּטֵר וְגוֹ׳״.

S'il est tombé [de la pluie] pour les plantes mais non pour les arbres, pour les arbres et non pour les plantes, pour les uns et pour les autres mais non pour les citernes, les fosses et les grottes — on sonne l'alarme à leur sujet immédiatement. De même une ville sur laquelle les pluies ne sont pas tombées, ainsi qu'il est écrit : « Je ferai pleuvoir sur une ville et sur une autre ville je ne ferai pas pleuvoir ; une parcelle recevra la pluie, etc. »

📜 Rachi (3)
יָרְדוּ לַצְּמָחִים אֲבָל לֹא לְאִילָן מְפָרֵשׁ בַּגְּמָ':
Il est tombé pour les plantes mais non pour les arbres — expliqué dans la guemara.
לְבוֹרוֹת שִׁיחִין וּמְעָרוֹת בְּבָבָא בָּתְרָא מְפָרֵשׁ מַאי בּוֹר וּמַאי שִׁיחַ וּמַאי מְעָרָה וְכֻולָּן בֵּית כְּנִיסִּיּוֹת מֵי גְּשָׁמִים לִשְׁתִיָּה:
Pour les citernes, les fosses et les grottes — dans Baba Batra il est expliqué ce qu'est un bor (citerne), ce qu'est un chiah (fosse) et ce qu'est une méara (grotte) ; toutes sont des lieux de collecte des eaux de pluie destinées à la boisson.
שֶׁלֹּא יָרְדוּ עָלֶיהָ גְּשָׁמִים דִּכְתִיב וְהִמְטַרְתִּי עַל עִיר אֶחָת וְעַל עִיר אַחַת לֹא אַמְטִיר וְגוֹ' כְּגוֹן שֶׁהִמְטִיר בְּעִיר זוֹ וּבַחֲבִירְתֵּהּ לֹא הִמְטִיר דִּקְלָלָה הִיא:
Sur laquelle les pluies ne sont pas tombées, ainsi qu'il est écrit « Je ferai pleuvoir sur une ville et sur une autre ville je ne ferai pas pleuvoir » etc. — par exemple lorsqu'il a plu sur cette ville et non sur sa voisine ; c'est une malédiction.
💡 Explication

La michna énumère trois besoins distincts que la pluie doit couvrir : les cultures annuelles, les arbres, et les réserves d'eau pour la boisson. Une pluie qui satisfait les uns sans les autres laisse un manque réel, et l'alarme est immédiate.

Le dernier cas ne tient pas à la quantité d'eau mais à sa répartition : une ville laissée sèche quand ses voisines reçoivent la pluie. Le verset d'Amos sert ici de lecture de l'événement.

🖼️ Schéma
Les cas où l'on sonne l'alarme immédiatement Sans passer par l'ordre progressif des jeûnes du premier chapitre. Plantes qui ont changé Maladie visible sur les cultures : le dommage est déjà là, on n'attend pas. Quarante jours sans pluie Entre la première pluie et la seconde : signe de sécheresse. Une seule ville épargnée Il pleut alentour et non sur elle : Amos 4,7 y lit une malédiction. Pluie partielle : trois besoins à couvrir Les plantes Cultures de l'année Les arbres Racines profondes Citernes, fosses, grottes Eau de boisson pour l'été
Chacun des trois besoins manque séparément : le manque suffit à lui seul à déclencher l'alarme.
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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).