Sougya : Le folio achève la discussion ouverte en 17b sur la Meguilat Taanit et sur la contradiction apparente entre deux paroles de Rabbi Yo'hanan. La michna de Meguila permet l'éloge funèbre et le jeûne le jour où l'on a lu la Meguila avant sa date ; la guemara passe en revue les dates possibles — le onze, le douze, le treize, le quatorze — pour savoir de laquelle il s'agit, et chacune se heurte à une date déjà inscrite.
La réponse tient à l'annulation du jour de Trajan, après que Chemaya et son frère Ahiya y eurent été mis à mort. La baraita raconte alors l'origine des deux dates : Nicanor, le général grec qui menaçait Jérusalem du geste, et Trajan, devant qui Loulianos et Papos furent exécutés à Loud.
Le folio revient ensuite à la michna de notre traité sur le commencement d'une série de jeûnes, tranche que l'on jeûne jusqu'à la tombée de la nuit même lorsque le jeûne rencontre Roch Hodech, puis ouvre le troisième chapitre : les cas où l'on sonne l'alarme immédiatement, sans attendre l'ordre progressif des jeûnes.
« ...sont permis à l'éloge funèbre et au jeûne. » Quand cela ? Si l'on dit qu'il s'agit des gens du quinze qui l'ont lue le quatorze — est-ce donc permis ?
Le folio prolonge sans transition la fin de 18a. La guemara y examinait une contradiction entre deux paroles de Rabbi Yo'hanan : il tranche comme Rabbi Yossi, pour qui la veille d'une date de la Meguilat Taanit est interdite au jeûne, alors qu'il pose par ailleurs que la halakha suit toute michna anonyme (stam michna), et qu'une michna anonyme de Meguila semble dire le contraire.
Cette michna enseigne que les villages qui ont lu la Meguila avant sa date peuvent, ce jour-là, prononcer un éloge funèbre et jeûner. La guemara demande maintenant de quelle date il s'agit exactement : chacune des cinq dates possibles est déjà prise par une interdiction, et il faut trouver celle qui reste disponible.
Or il est écrit dans la Meguilat Taanit : le quatorzième jour de ce mois et le quinzième jour de ce mois sont les jours de Pourim, où l'on ne prononce pas d'éloge funèbre. Et Rava a dit : cela n'était nécessaire que pour interdire la date des uns à ceux-là et la date des autres à ceux-ci.
Première hypothèse écartée. Le quatorze est déjà couvert par la Meguilat Taanit pour tout le monde, y compris les habitants des villes fortifiées qui, eux, lisent normalement le quinze. Rava avait expliqué que l'inscription de ces deux dates dans la Meguilat Taanit ne serait qu'une redite du verset d'Esther si elle ne servait pas à étendre chaque date à l'autre groupe.
La michna ne peut donc pas parler de gens du quinze lisant le quatorze : ce jour-là leur est interdit de toute façon.
Mais alors, [s'il s'agit] des gens du quatorze qui l'ont lue le treize — c'est le jour de Nicanor ! Mais alors, des gens du quatorze qui l'ont lue le douze — c'est le jour de Trajan !
Le jour du rassemblement (yom ha-kenissa) est le lundi ou le jeudi, jours où les villageois montaient au bourg pour le tribunal et la lecture publique. Quand le quatorze Adar ne tombe pas un de ces jours, les villages lisent la Meguila au jour du rassemblement précédent, ce qui donne selon les cas le treize, le douze ou le onze.
Deux hypothèses tombent ici : le treize est le jour de Nicanor et le douze le jour de Trajan, deux dates de la Meguilat Taanit où le jeûne est interdit.
N'est-ce donc pas qu'ils l'ont lue le onze, et pourtant il est enseigné qu'il est permis à l'éloge funèbre et au jeûne !
Par élimination, la michna parlerait du onze Adar. Mais ce jour est la veille du douze, jour de Trajan. Si la michna y permet le jeûne, elle suit Rabbi Meir, pour qui la veille reste permise, et non Rabbi Yossi.
La contradiction chez Rabbi Yo'hanan se reforme alors : cette michna anonyme, qu'il devrait suivre, s'oppose à sa propre décision en faveur de Rabbi Yossi pour la veille.
Non : [il s'agit] des gens du quatorze qui l'ont lue le douze. Et quant à ce que tu disais, que c'est le jour de Trajan — le jour de Trajan lui-même, on l'a annulé, puisque Chemaya et son frère Ahiya y ont été mis à mort.
Comme dans le cas de Rav Nahman, qui décréta un jeûne le douze ; les Sages lui dirent : c'est le jour de Trajan ! Il leur répondit : le jour de Trajan lui-même, on l'a annulé, puisque Chemaya et son frère Ahiya y ont été mis à mort.
La guemara revient sur l'hypothèse du douze. Une date de la Meguilat Taanit peut être annulée lorsqu'un malheur survient le même jour : la délivrance qu'elle commémore ne suffit plus à en faire un jour de joie. Le douze Adar a perdu son statut après l'exécution de Chemaya et de son frère Ahiya.
Le précédent de Rav Nahman, qui décréta un jeûne public le douze et répondit aux Sages en invoquant cette annulation, sert ici de preuve pratique.
Et qu'il le déduise de ce que c'est le jour qui précède celui de Nicanor ! Rav Achi dit : maintenant que ce jour lui-même, on l'a annulé, irions-nous nous lever et décréter [une interdiction] à cause du jour de Nicanor ?
Objection : même annulé comme jour de Trajan, le douze demeure la veille du treize, jour de Nicanor. Selon Rabbi Yossi, la veille est interdite ; le jeûne de Rav Nahman resterait donc impossible.
Rav Achi répond par une mesure de proportion : l'interdiction de la veille est une protection accordée à une date, moins forte que la date elle-même. Du moment que les Sages ont retiré au douze son statut propre, ils n'iront pas le réinterdire au titre secondaire de veille d'une autre date.
Qu'est-ce que le jour de Nicanor et qu'est-ce que le jour de Trajan ? Car il est enseigné : Nicanor était l'un des gouverneurs grecs ; chaque jour il agitait la main en direction de Yehouda et de Jérusalem et disait : quand tombera-t-elle entre mes mains, que je la piétine ?
Et lorsque la royauté de la maison des Hasmonéens prit le dessus et les vainquit, on trancha les pouces de ses mains et de ses pieds et on les suspendit aux portes de Jérusalem, en disant : la bouche qui parlait avec orgueil et les mains qui s'agitaient contre Jérusalem, que vengeance en soit tirée.
La guemara s'arrête pour donner l'origine des deux dates qu'elle vient d'invoquer. Nicanor, général grec de l'époque hasmonéenne, est cité pour un geste répété : la main levée vers Jérusalem, accompagnée d'une parole de mépris.
La sentence prononcée sur ses membres répond terme pour terme à sa faute, la bouche à la parole et la main au geste. Cette correspondance explique le détail du récit : les pouces des mains et des pieds suspendus aux portes de la ville qu'il voulait piétiner.
Qu'est-ce que le jour de Trajan ? On a dit : lorsque Trajan voulut mettre à mort Loulianos et son frère Papos à Laodicée, il leur dit : si vous êtes du peuple de Hanania, Michaël et Azaria, que votre D.ieu vienne vous sauver de ma main, comme Il a sauvé Hanania, Michaël et Azaria de la main de Nabuchodonosor !
Ils lui répondirent : Hanania, Michaël et Azaria étaient des justes accomplis, et ils étaient dignes qu'un miracle fut fait pour eux ; et Nabuchodonosor était un roi digne de ce nom, et il convenait qu'un miracle fut accompli par son entremise.
Le second récit se passe à Loud, sous la domination romaine. Trajan lance un défi théologique : si le D.ieu d'Israël a sauvé les trois compagnons de Daniel dans la fournaise, qu'Il sauve aussi ces deux hommes.
La réponse de Loulianos et Papos porte sur les deux conditions d'un miracle public. Elle tient à la fois au mérite de ceux qui sont sauvés et au rang de celui devant qui le miracle se produit : un roi légitime donne au miracle une portée que n'aurait pas un homme sans autorité réelle.
Et ce racha (mécréant), lui, est un homme du commun, et il ne convient pas qu'un miracle soit accompli par son entremise. Quant à nous, nous avons encouru l'extermination devant l'Omniprésent ; et si tu ne nous tues pas, l'Omniprésent a bien des exécuteurs, et bien des ours et des lions dans Son monde, qui peuvent nous atteindre et nous tuer.
Mais le Saint béni soit-Il ne nous a livrés entre tes mains que parce qu'Il exigera un jour notre sang de ta main.
La réponse se retourne contre celui qui la provoque. Loulianos et Papos refusent d'abord de se compter parmi les justes accomplis : s'ils meurent, c'est que le décret du Ciel les atteint, et le Ciel ne manque pas de moyens pour l'exécuter.
Le rôle de Trajan s'en trouve réduit à celui d'un instrument, et la responsabilité lui reste entière. La dernière phrase annonce le dénouement du récit au segment suivant.
Malgré cela, il les tua sur-le-champ. On a dit : ils n'avaient pas bougé de là que déjà arrivaient de Rome deux dignitaires qui lui fendirent le crâne à coups de gourdins.
Le récit s'achève par la chute de Trajan, présentée comme la réponse immédiate à la parole des deux frères. C'est cette chute que la date du douze Adar commémorait.
Le folio boucle ainsi son propos : la date avait été inscrite pour la délivrance qu'elle marquait, puis annulée à cause de la mort de Chemaya et de son frère Ahiya survenue le même jour.
« On ne décrète pas de jeûne public en commençant un jeudi, etc. » ; « On ne décrète pas de jeûne aux Roch Hodech, etc. » Et combien faut-il pour qu'il y ait commencement ? Rav Aha dit : trois.
Rabbi Assi dit : un seul.
Le folio revient à la michna de notre traité. Elle interdit d'ouvrir une série de jeûnes publics un jeudi, pour ne pas provoquer une montée des prix, et d'en décréter aux Roch Hodech, à 'Hanouka et à Pourim ; mais une série déjà commencée ne s'interrompt pas devant ces jours.
D'où la question : à partir de combien de jeûnes la série est-elle commencée et devient-elle insécable ? Rav Aha exige les trois jeûnes du cycle lundi-jeudi-lundi ; Rabbi Assi se contente d'un seul. Les témoins du texte varient entre Rabbi Assi et Rabbi Yossi : Rachi et le Roch lisent ici Rabbi Yossi, et le Roch tranche comme lui.
Rav Yehouda a dit au nom de Rav : ce sont les paroles de Rabbi Meir, qui les a dites au nom de Rabban Gamliel ; mais les Sages disent : il jeûne et mène le jeûne à son terme. Mar Zoutra a enseigné au nom de Rav Houna : la halakha est qu'il jeûne et mène le jeûne à son terme.
La michna enseignait qu'une série de jeûnes déjà commencée se poursuit ces jours-là, mais sans être menée jusqu'à la nuit. Rav ramène cette position au seul Rabbi Meir au nom de Rabban Gamliel ; les Sages, eux, exigent le jeûne complet.
Mar Zoutra tranche au nom de Rav Houna comme les Sages. Tossefot circonscrit aussitôt la portée de cette décision : elle ne peut viser que Roch Hodech, puisque 'Hanouka et Pourim sont des jours de festin où le jeûne est exclu.
Hadran alakh — nous reviendrons vers toi, chapitre « Seder taaniot keitsad » (l'ordre des jeûnes, de quelle manière).
Formule qui clôt le deuxième chapitre du traité. Le chapitre suivant s'ouvre au segment qui suit.
MICHNA. L'ordre de ces jeûnes vaut pour ce qui a été dit de la première pluie.
Mais si les plantes ont changé [d'aspect], on sonne l'alarme à leur sujet immédiatement. De même, si les pluies ont cessé quarante jours entre une pluie et l'autre, on sonne l'alarme à leur sujet, car c'est un fléau de sécheresse.
Ouverture du troisième chapitre. Le premier chapitre avait établi une progression lente : des jeûnes de particuliers, puis des jeûnes publics de plus en plus lourds, jusqu'à treize, lorsque la première pluie (revia richona) tarde.
La michna écarte cette progression pour une série de situations où le dommage est déjà visible. On y sonne l'alarme (matriin) immédiatement, avec toute la rigueur des derniers jeûnes : plantes atteintes d'une maladie qui change leur aspect, ou interruption de quarante jours entre deux pluies.
S'il est tombé [de la pluie] pour les plantes mais non pour les arbres, pour les arbres et non pour les plantes, pour les uns et pour les autres mais non pour les citernes, les fosses et les grottes — on sonne l'alarme à leur sujet immédiatement. De même une ville sur laquelle les pluies ne sont pas tombées, ainsi qu'il est écrit : « Je ferai pleuvoir sur une ville et sur une autre ville je ne ferai pas pleuvoir ; une parcelle recevra la pluie, etc. »
La michna énumère trois besoins distincts que la pluie doit couvrir : les cultures annuelles, les arbres, et les réserves d'eau pour la boisson. Une pluie qui satisfait les uns sans les autres laisse un manque réel, et l'alarme est immédiate.
Le dernier cas ne tient pas à la quantité d'eau mais à sa répartition : une ville laissée sèche quand ses voisines reçoivent la pluie. Le verset d'Amos sert ici de lecture de l'événement.
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).