Taanit 19a — La plaie qui se déplace, le cercle de Honi, et le jeûne qu'on interrompt

Taanit 19a

Sougya : Le folio achève les michnayot du chapitre trois, puis ouvre la guemara. Les michnayot règlent d'abord la géographie de la détresse : la ville frappée jeûne et fait la hatra'a, ses voisines jeûnent sans hatra'a, et Rabbi Akiva inverse les deux termes.

Vient ensuite la liste des plaies pour lesquelles on sonne partout, parce qu'elles se déplacent, puis celles pour lesquelles on sonne même chabbat. La michna rapporte alors l'épisode de Honi HaMeaguel, qui trace un cercle, s'engage par serment et corrige trois fois la pluie reçue, et la réponse de Chimon ben Chetah.

Les deux dernières michnayot fixent l'heure à partir de laquelle un jeûne commence à lier : avant le lever du soleil pour l'avis anonyme, avant midi pour Rabbi Eliezer, avec le précédent de Rabbi Tarfon à Lod. La guemara s'ouvre sur une contradiction entre la michna et une baraita au sujet des trois revi'ot, résolue par Rav Yehouda, puis distingue la récolte qui a changé de la récolte desséchée, et enfin la batsoret de la famine.

Plan du folio Taanit 19a 1. Michna : où l'on jeûne, où l'on sonne (segments 0-4) La ville frappée et ses voisines. Rabbi Akiva inverse le jeûne et la hatra'a. Définition du dever : cinq cents hommes, trois morts en trois jours de suite. Les plaies itinérantes : on sonne partout. Les cas où l'on sonne même chabbat. 2. Michna : Honi HaMeaguel (segments 5-8) On ne sonne pas pour un excès de pluie. Le cercle, le serment, les trois corrections : gouttes, violence, puis pluie de bienveillance. La ville inondée monte au mont du Temple. Chimon ben Chetah : le nidouy renonce, et le verset des Proverbes. 3. Michna : interrompre le jeûne (segments 9-10) La pluie tombe pendant le jeûne décrété. Avis anonyme : le lever du soleil partage. Rabbi Eliezer : midi partage. Précédent de Lod : Rabbi Tarfon renvoie manger et boire, puis le Hallel HaGadol est lu l'après-midi. Piskei HaRosh discute ici le jeûne individuel. 4. Guemara : revi'a et batsoret (segments 11-14) Contradiction : la michna parle de la première revi'a, la baraita ne fait jeûner qu'à la troisième. Rav Yehouda relit la michna : les trois revi'ot passées sans pluie. Rav Nahman : la récolte qui a changé, oui ; desséchée, non ; montée en tige, non plus. La batsoret commence à être pesée.
Le folio passe de la carte des détresses au récit de Honi, puis à l'heure du jeûne, avant d'ouvrir le travail de la guemara.
Qui jeûne et qui fait la hatra'a La détresse frappe une ville La ville frappée tous les avis Ses voisines avis anonyme Ses voisines Rabbi Akiva Pas de pluie sur elle michna de 18b Jeûne et hatra'a Jeûne, sans hatra'a Hatra'a, sans jeûne Dever, la peste segments 0 et 1 Jeûne et hatra'a Jeûne, sans hatra'a Hatra'a, sans jeûne Mapolet, effondrements segment 0 Jeûne et hatra'a Jeûne, sans hatra'a Hatra'a, sans jeûne Pourquoi les voisines jeûnent (Rachi) : la ville privée de pluie viendra acheter son grain chez elles, et la pénurie s'y installera. Elles jeûnent donc pour une détresse qui va les atteindre. Nafka mina : l'avis anonyme charge les voisines du jeûne et réserve la hatra'a à la ville frappée ; Rabbi Akiva les fait crier avec elle sans les faire jeûner.
Le tableau se lit ligne par ligne : la ville frappée cumule toujours les deux gestes, et le désaccord ne porte que sur ses voisines.
Honi HaMeaguel : le cercle et les trois corrections Première prière Rentrez les fours à Pessa'h, ils vont fondre. Rien ne tombe. Le cercle et le serment Il trace une ouga, s'y tient, et jure de ne pas en bouger. Son titre Comme un familier de la maison. Trois pluies, trois refus 1. Gouttes (menatfin) Trop peu. Ce que je demandais, c'est la pluie qui remplit les citernes, fosses et grottes. 2. Violence (beza'af) Trop brutal. Ce que je demandais, c'est une pluie de bienveillance et de largesse. 3. Comme il faut Puis sans arrêt : la ville est noyée et le peuple monte au mont du Temple. La demande inverse Priez qu'elle cesse. Réponse de Honi : allez voir si la Pierre des Réclamants a fondu. Chimon ben Chetah Un autre que toi, je le mettais au nidouy. Mais tu obtiens comme un fils obtient d'un père. L'enjeu du passage : la michna vient d'exclure l'excès de pluie de la liste des détresses. Le récit montre une pluie devenue pénible, et pourtant personne ne sonne pour elle : on demande seulement une prière.
Le récit est placé juste après la clause qui exclut l'excès de pluie, et il en donne le cas limite.
1
אוֹתָהּ הָעִיר מִתְעַנָּה וּמַתְרַעַת, וְכָל סְבִיבוֹתֶיהָ מִתְעַנּוֹת וְלֹא מַתְרִיעוֹת. רַבִּי עֲקִיבָא אוֹמֵר: מַתְרִיעוֹת וְלֹא מִתְעַנּוֹת. וְכֵן עִיר שֶׁיֵּשׁ בָּהּ דֶּבֶר אוֹ מַפּוֹלֶת — אוֹתָהּ הָעִיר מִתְעַנָּה וּמַתְרַעַת, וְכָל סְבִיבוֹתֶיהָ מִתְעַנּוֹת וְלֹא מַתְרִיעוֹת. רַבִּי עֲקִיבָא אוֹמֵר: מַתְרִיעוֹת וְלֹא מִתְעַנּוֹת.

[La michna poursuit :] cette ville-là jeûne et fait la hatra'a, et toutes ses voisines jeûnent sans faire la hatra'a. Rabbi Akiva dit : elles font la hatra'a sans jeûner.

Et de même, une ville où il y a un dever (peste) ou une mapolet (effondrement de bâtiments) — cette ville-là jeûne et fait la hatra'a, et toutes ses voisines jeûnent sans faire la hatra'a. Rabbi Akiva dit : elles font la hatra'a sans jeûner.

📜 Rachi (2)
ה"ג אוֹתָהּ הָעִיר מִתְעַנָּה וּמַתְרַעַת וְכָל סְבִיבוֹתֶיהָ מִתְעַנּוֹת וְלֹא מַתְרִיעוֹת וּלְפִיכָךְ מִתְעַנּוֹת שֶׁאוֹתָהּ הָעִיר שֶׁלֹּא יָרְדוּ עָלֶיהָ גְּשָׁמִים תֵּלֵךְ לִקְנוֹת הַתְּבוּאָה בְּאוֹתָהּ הָעִיר וְיִהְיֶה בָּהּ רָעָב:
Telle est notre version : « cette ville-là jeûne et fait la hatra'a, et toutes ses voisines jeûnent sans faire la hatra'a » — et elles jeûnent pour la raison suivante : la ville sur laquelle la pluie n'est pas tombée viendra acheter le grain dans cette ville-ci, et la pénurie s'y installera.
אוֹ מַפֹּולֶת שֶׁחוֹמוֹתֶיהָ וְהַבָּתִּים נוֹפְלִין בְּרוּחַ:
Ou une mapolet — que ses murailles et ses maisons tombent sous le vent.
💡 Explication

La michna commencée en 18b se termine ici. Elle répartit deux gestes distincts : le jeûne, qui pèse sur le corps de celui qui le prend, et la hatra'a, le cri public accompagné du chofar et de la prière Anénou. La ville frappée accomplit les deux. Le désaccord porte seulement sur ses voisines.

Rachi explique pourquoi les voisines sont concernées : la ville privée de pluie viendra acheter chez elles, et leurs propres réserves s'épuiseront. Leur jeûne porte donc sur une détresse qui vient vers elles. Rabbi Akiva lit la situation en sens inverse : leur détresse reste éventuelle, ce qui suffit pour crier avec la ville frappée sans aller jusqu'au jeûne.

2
אֵיזֶהוּ דֶּבֶר? עִיר הַמּוֹצִיאָה חֲמֵשׁ מֵאוֹת רַגְלִי, וְיָצְאוּ מִמֶּנָּה שְׁלֹשָׁה מֵתִים בִּשְׁלֹשָׁה יָמִים זֶה אַחַר זֶה — הֲרֵי זֶה דֶּבֶר, פָּחוֹת מִכָּאן — אֵין זֶה דֶּבֶר.

Qu'est-ce qu'un dever ? Une ville qui fournit cinq cents fantassins, et dont trois morts sont sortis en trois jours, l'un après l'autre — c'est un dever ; moins que cela — ce n'est pas un dever.

💡 Explication

La michna donne un seuil mesurable, pour éviter que toute série de décès soit traitée comme une épidémie. La population est comptée en raglé, les hommes valides mobilisables : cinq cents fantassins désignent une ville de cette taille.

Deux conditions se cumulent : trois morts, et trois jours consécutifs. Trois morts le même jour, ou deux morts sur trois jours, restent en dessous du seuil. La guemara reviendra sur ce calcul plus loin dans le traité.

🖼️ Schéma
Le seuil du dever selon la michna Base de comptage : une ville qui fournit 500 fantassins (hommes valides mobilisables). Jour 1 : un mort Jour 2 : un mort Jour 3 : un mort Trois morts, trois jours consécutifs : les deux conditions sont remplies. C'est un dever Jeûne et hatra'a dans la ville. Trois morts le même jour, ou deux morts sur trois jours, ou trois morts sur des jours séparés : le seuil n'est pas atteint. Ce n'est pas un dever Pas de jeûne à ce titre.
Le seuil tient en deux exigences cumulées : le nombre de morts et leur répartition sur trois jours de suite.
3
עַל אֵלּוּ מַתְרִיעִין בְּכָל מָקוֹם: עַל הַשִּׁדָּפוֹן, וְעַל הַיֵּרָקוֹן, וְעַל הָאַרְבֶּה, וְעַל הֶחָסִיל, וְעַל הַחַיָּה רָעָה, וְעַל הַחֶרֶב — מַתְרִיעִין עָלֶיהָ, מִפְּנֵי שֶׁהִיא מַכָּה מְהַלֶּכֶת.

Pour ceux-ci on fait la hatra'a en tout lieu : pour le chidafon (le grain brûlé par le vent), pour le yerakon (le grain jauni), pour l'arbe (la sauterelle), pour le hassil (une autre espèce de sauterelle), pour la bête sauvage et pour l'épée — on fait la hatra'a pour elle, parce que c'est une plaie qui marche.

📜 Rachi (5)
מַתְרִיעִים בכ"מ אִם יִרְאוּ בְּאַסְפַּמְיָא מַתְרִיעִין בְּבָבֶל בְּבָבֶל מַתְרִיעִין בְּאַסְפַּמְיָא כִּדְקָתָנֵי טַעְמָא בְּסֵיפָא מִפְּנֵי שֶׁהִיא מַכָּה מְהַלֶּכֶת אִם בְּמָקוֹם אֶחָד הִיא מַתְרִיעִין עָלֶיהָ כָּל הַשּׁוֹמְעִין כְּדֵי שֶׁלֹּא תָּבֹא עֲלֵיהֶן:
On fait la hatra'a en tout lieu — si on la voit en Aspamia, on fait la hatra'a en Babylonie ; si elle est en Babylonie, on fait la hatra'a en Aspamia, comme la michna en donne elle-même la raison à la fin : parce que c'est une plaie qui marche. Si elle est dans un seul lieu, tous ceux qui l'apprennent font la hatra'a, afin qu'elle ne vienne pas sur eux.
שִׁדָּפוֹן בִּתְבוּאוֹת:
Chidafon — dans les récoltes.
יֵרָקוֹן חֹולִי:
Yerakon — une maladie.
חַיָּה רָעָה מְשַׁכֶּלֶת בְּנֵי אָדָם:
Bête sauvage — qui tue des hommes.
חֶרֶב חֲייָלוֹת הַהוֹלְכִין לַהֲרֹוג וּלְהַשְׁחִית בְּכָל מָקוֹם:
L'épée — des troupes qui vont tuer et détruire en tout lieu.
💡 Explication

La michna passe d'une géographie à une autre. Les détresses du segment précédent restent locales ; celles-ci se déplacent, et la hatra'a devient donc mondiale. Rachi prend volontairement les deux extrémités du monde connu, Aspamia et la Babylonie : on crie à l'une pour ce qui s'est produit à l'autre.

Le motif est donné par la michna elle-même : maka mehalekhet, une plaie qui marche. La hatra'a n'y répond pas à un malheur déjà subi, elle vise le malheur en chemin. Les cinq cas listés ont ce trait commun : nuées d'insectes, bêtes qui sortent de leur territoire, armées en campagne, maladies du grain qui suivent le vent.

🖼️ Schéma
Maka mehalekhet : la plaie qui marche Aspamia La plaie y est vue. On fait la hatra'a là-bas aussi Babylonie Encore intacte. Et l'inverse de même. Les six cas de la liste Chidafon Le grain brûle. Yerakon Le grain jauni. Arbe La sauterelle. Hassil Sauterelle en nuée. Haya ra'a, la bête sauvage Elle sort de son territoire et tue des hommes. Herev, l'épée Des troupes en campagne, qui passent de lieu en lieu. Trait commun : chacune de ces plaies avance. On crie donc avant de l'avoir subie.
La hatra'a devient universelle dès que la détresse est mobile ; la distance ne protège plus.
4
מַעֲשֶׂה שֶׁיָּרְדוּ זְקֵנִים מִירוּשָׁלַיִם לְעָרֵיהֶם, וְגָזְרוּ תַּעֲנִית עַל שֶׁנִּרְאָה כִּמְלֹא פִּי תַנּוּר שִׁדָּפוֹן בְּאַשְׁקְלוֹן. וְעוֹד גָּזְרוּ תַּעֲנִית עַל שֶׁאָכְלוּ זְאֵבִים שְׁנֵי תִינוֹקוֹת בְּעֵבֶר הַיַּרְדֵּן. רַבִּי יוֹסֵי אוֹמֵר: לֹא עַל שֶׁאָכְלוּ, אֶלָּא עַל שֶׁנִּרְאוּ.

Il est arrivé que des anciens descendent de Jérusalem vers leurs villes et décrètent un jeûne parce qu'on avait vu, de quoi remplir la bouche d'un four, du chidafon à Achkelon. Et ils ont encore décrété un jeûne parce que des loups avaient dévoré deux enfants en Transjordanie.

Rabbi Yossi dit : on l'a décrété non pour les avoir dévorés, mais pour avoir été vus.

📜 Rachi (5)
מָלֵא תַּנּוּר מְפָרֵשׁ בַּגְּמָרָא:
De quoi remplir un four — la guemara l'explique.
לְעָרֵיהֶם בא"י:
Vers leurs villes — en Terre d'Israël.
בְּאַשְׁקְלוֹן בְּאֶרֶץ פְּלִשְׁתִּים:
À Achkelon — au pays des Philistins.
וְעַל שֶׁאָכְלוּ זְאֵבִים שֶׁהִיא חַיָּה רָעָה וּמַכָּה מְהַלֶּכֶת הִיא:
Et pour ce que des loups avaient dévoré — car c'est une bête sauvage, et c'est une plaie qui marche.
שֶׁנִּרְאוּ וּבָאוּ בָּעִיר:
Qu'ils ont été vus — et qu'ils étaient entrés dans la ville.
💡 Explication

Deux précédents illustrent la règle précédente. Le premier montre à quel point le seuil est bas quand la plaie se propage : une quantité de grain brûlé tenant dans la bouche d'un four, vue dans une seule ville, suffit à faire décréter un jeûne dans tout le pays. Rachi renvoie à la guemara pour la mesure exacte.

Le second précédent porte sur les loups. Rabbi Yossi déplace le motif du jeûne : le fait déclencheur est l'apparition des bêtes dans une zone habitée, et non le décès des deux enfants. Sa lecture rend le jeûne cohérent avec la clause « plaie qui marche » : l'événement est traité comme un début, et non comme un bilan.

5
עַל אֵלּוּ מַתְרִיעִין בְּשַׁבָּת: עַל עִיר שֶׁהִקִּיפוּהָ נָכְרִים אוֹ נָהָר, וְעַל הַסְּפִינָה הַמִּיטָּרֶפֶת בַּיָּם. רַבִּי יוֹסֵי אוֹמֵר: לַעֲזָרָה וְלֹא לִצְעָקָה. שִׁמְעוֹן הַתֵּימְנִי אוֹמֵר: אַף עַל הַדָּבָר, וְלֹא הוֹדוּ לוֹ חֲכָמִים.

Pour ceux-ci on fait la hatra'a le chabbat : pour une ville encerclée par des non-Juifs ou par un fleuve, et pour le navire balotté en mer. Rabbi Yossi dit : pour le secours, sans aller jusqu'au cri.

Chimon HaTimni dit : même pour le dever ; les Sages ne lui ont pas donné raison.

📜 Rachi (3)
מַתְרִיעִין בַּעֲנָנוֹ:
On fait la hatra'a — par la prière Anenou.
הַמְטֹורֶפֶת מִלְּשׁוֹן טָרַף אַבָּבָא (בְּרָכוֹת דַּף כֹּח.) וּמִלְּשׁוֹן בֵּיצָה טְרוּפָה (עִדִּיּוֹת פ"ב מ"ד) כּוּ' כְּדִמְפָרֵשׁ בַּפֶּרֶק שֶׁלְּמַעְלָה (דַּף יד.):
Balotté — du même mot que taraf abava, frapper à la porte (Berakhot 28a), et que betsa teroufa, un œuf battu (Eduyot 2:4), etc., comme cela est expliqué au chapitre précédent (14a).
שִׁמְעוֹן הַתֵּימְנִי מִתְמַנֶּה הָיָה:
Chimon HaTimni — il était de Timna.
💡 Explication

Le chabbat, le chofar est écarté et la hatra'a se réduit à la prière. Rachi le précise d'un mot : be-Anenou, par la formule Anenou insérée dans la prière. Les trois cas admis ont en commun un danger immédiat pour des vies : un siège, une crue, un naufrage.

Rabbi Yossi distingue deux fonctions d'un même geste. Sonner pour appeler du monde à la rescousse est un acte de secours et reste permis ; sonner comme cri d'imploration publique ne l'est pas le chabbat. Chimon HaTimni voudrait ajouter le dever, qui frappe sans qu'un secours humain puisse intervenir ; les Sages refusent, ce qui confirme que le critère retenu est la possibilité d'agir.

🖼️ Schéma
La hatra'a le chabbat : ce qui est admis, ce qui est refusé Ville encerclée Par des troupes non juives ou par un fleuve en crue. Navire balotté Une embarcation en péril au large. Dever Proposé par Chimon HaTimni, refusé par les Sages. Point commun : une action humaine peut encore changer l'issue. Aucun secours à organiser. La distinction de Rabbi Yossi La-ezra : pour le secours Le son appelle du monde à venir aider. C'est un acte de sauvetage. Permis le chabbat. La-tse'aka : pour le cri Le son est le cri public d'imploration, sans effet matériel sur le danger. Ecarté le chabbat. Rachi : le chabbat, la hatra'a passé par la prière Anenou.
Le critère retenu est la marge d'action : le chabbat, on sonne pour ce qu'un secours peut encore atteindre.
6
עַל כָּל צָרָה שֶׁלֹּא תָּבוֹא עַל הַצִּבּוּר מַתְרִיעִין עֲלֵיהֶן, חוּץ מֵרֹוב גְּשָׁמִים. מַעֲשֶׂה שֶׁאָמְרוּ לוֹ לְחוֹנִי הַמְעַגֵּל, הִתְפַּלֵּל שֶׁיָּרְדוּ גְּשָׁמִים. אָמַר לָהֶם: צְאוּ וְהַכְנִיסוּ תַּנּוּרֵי פְסָחִים בִּשְׁבִיל שֶׁלֹּא יִמּוֹקוּ. הִתְפַּלֵּל וְלֹא יָרְדוּ גְּשָׁמִים.

Pour toute détresse qui ne viendrait pas sur la collectivité, on fait la hatra'a, hormis l'excès de pluie. Il est arrivé qu'on dise à Honi HaMeaguel : prie pour que la pluie tombe.

Il leur dit : sortez et rentrez les fours à agneaux pascaux, pour qu'ils ne se dissolvent pas. Il pria, et la pluie ne tomba pas.

📜 Rachi (3)
שֶׁלֹּא תָּבֹא לִישָּׁנָא מְעַלְּיָא נְקַט:
Qui ne viendrait pas — il a employé une expression de bon augure.
מֵרֹוב גְּשָׁמִים לָאו כְּגוֹן שֶׁיָּרְדָה עַל עִיר אֶחָת וְעַל עִיר אַחַת לֹא יָרְדָה שֶׁשָּׁם וַדַּאי שְׁתֵּיהֶן לִקְלָלָה כִּדְאָמַר רַב יְהוּדָה (לְעֵיל תַּעֲנִית ו:) תִּמָּטֵר מְקוֹם מָטָר שֶׁמְּקַלְקֵל תְּבוּאָה אֶלָּא כְּבָר יָרְדוּ וְטוֹרֵחַ הֵם לִבְנֵי אָדָם אֲבָל אֵינָן מְקַלְקְלִין תְּבוּאוֹת וְטַעְמָא מְפָרֵשׁ בַּגְּמָרָא לָמָּה אֵין מַתְרִיעִין:
De l'excès de pluie — il ne s'agit pas du cas où elle est tombée sur une ville et pas sur une autre, car là, les deux sont assurément sous une malédiction, comme l'a dit Rav Yehouda (plus haut, Taanit 6b) : « il pleuvra sur un endroit », d'une pluie qui abîme la récolte ; il s'agit plutôt du cas où elles sont déjà tombées et pèsent aux hommes, sans pour autant abîmer les récoltes. Et la guemara explique la raison pour laquelle on ne fait pas la hatra'a.
תַּנּוּרֵי פְּסָחִים שֶׁהֵם בַּחֲצֵרוֹת וְשֶׁל חֶרֶס הֵן וּמְטַלְטְלִין אוֹתָן שֶׁלֹּא יִמּוֹקוּ בַּגְּשָׁמִים:
Les fours à agneaux pascaux — ils se trouvent dans les cours, ils sont en terre cuite, et on les déplace pour qu'ils ne se dissolvent pas sous la pluie.
💡 Explication

La michna généralise, puis pose une exception. La formule « qui ne viendrait pas sur la collectivité » est un euphémisme, relevé par Rachi : on évite de nommer directement le malheur. L'exception concerne l'excès de pluie, et Rachi en délimite soigneusement le champ : une pluie mal répartie qui gâte les récoltes reste une malédiction, pour laquelle on crie ; ici il s'agit d'une pluie abondante qui gêne sans détruire.

Le récit de Honi s'enchaîne sur cette clause. Sa première réaction est une consigne pratique : les fours en terre crue installés dans les cours pour rôtir l'agneau pascal fondraient sous une forte pluie. Il annonce ainsi la pluie avant de l'avoir obtenue, et rien ne tombe.

7
מֶה עָשָׂה? עָג עוּגָה וְעָמַד בְּתוֹכָהּ, וְאָמַר לְפָנָיו: רִבּוֹנוֹ שֶׁל עוֹלָם! בָּנֶיךָ שָׂמוּ פְּנֵיהֶם עָלַי, שֶׁאֲנִי כְּבֶן בַּיִת לְפָנֶיךָ. נִשְׁבָּע אֲנִי בְּשִׁמְךָ הַגָּדוֹל שֶׁאֵינִי זָז מִכָּאן עַד שֶׁתְּרַחֵם עַל בָּנֶיךָ. הִתְחִילוּ גְּשָׁמִים מְנַטְּפִין. אָמַר: לֹא כָּךְ שָׁאַלְתִּי, אֶלָּא גִּשְׁמֵי בּוֹרוֹת שִׁיחִין וּמְעָרוֹת. הִתְחִילוּ לֵירֵד בְּזַעַף. אָמַר: לֹא כָּךְ שָׁאַלְתִּי, אֶלָּא גִּשְׁמֵי רָצוֹן בְּרָכָה וּנְדָבָה.

Que fit-il ? Il traça un cercle et se tint à l'intérieur, et dit devant Lui : Maître du monde, Tes enfants ont tourné leur visage vers moi, car je suis comme un familier de Ta maison.

Je jure par Ton grand Nom que je ne bougerai pas d'ici avant que Tu aies pitié de Tes enfants. La pluie commença à tomber en gouttes.

Il dit : ce n'est pas ainsi que j'ai demandé, mais des pluies de citernes, de fosses et de grottes. Elle commença à tomber avec violence.

Il dit : ce n'est pas ainsi que j'ai demandé, mais des pluies de bienveillance, de bénédiction et de largesse.

📜 Rachi (2)
גִּשְׁמֵי בּוֹרוֹת שִׁיפּוּעַ גְּשָׁמִים לְמַלֹּאות בּוֹרוֹת:
Des pluies de citernes — un écoulement de pluie suffisant pour remplir les citernes.
וּנְדָבוֹת רָצוֹן וְעַיִן יָפָה:
Et de largesse — de la bienveillance et un œil généreux.
💡 Explication

Le cercle tracé au sol, l'ouga, donne son surnom à Honi. Il pose un lieu dont il s'interdit de sortir, et son serment lie sa prière à une position physique. Le titre qu'il s'attribue, « comme un familier de la maison » (ke-ven bayit), est la clé du passage et sera reprise par Chimon ben Chetah au segment 8.

Viennent ensuite deux corrections. Les gouttes sont insuffisantes : la demande portait sur des guichmei borot chihin ou-me'arot, des pluies capables de remplir les réserves d'eau pour l'année. La pluie violente est excessive : la demande portait sur une pluie de ratson, berakha ou-nedava, reçue avec bienveillance. Rachi glose nedava par « un œil généreux » : la mesure demandée est celle d'un don, et non d'une décharge.

8
יָרְדוּ כְּתִקְנָן, עַד שֶׁיָּצְאוּ יִשְׂרָאֵל מִירוּשָׁלַיִם לְהַר הַבַּיִת מִפְּנֵי הַגְּשָׁמִים. בָּאוּ וְאָמְרוּ לוֹ: כְּשֵׁם שֶׁהִתְפַּלַּלְתָּ עֲלֵיהֶם שֶׁיֵּרְדוּ — כָּךְ הִתְפַּלֵּל שֶׁיֵּלְכוּ לָהֶן. אָמַר לָהֶם: צְאוּ וּרְאוּ אִם נִמְחֵית אֶבֶן הַטּוֹעִין.

Elles tombèrent comme il faut, jusqu'à ce qu'Israël sorte de Jérusalem vers le mont du Temple à cause des pluies. Ils vinrent et lui dirent : de même que tu as prié pour elles afin qu'elles tombent, prie de même pour qu'elles s'en aillent.

Il leur dit : sortez et voyez si la Pierre des Réclamants s'est dissoute.

📜 Rachi (1)
אֶבֶן הַטּוֹעִין אֶבֶן טוֹעִין הָיְתָה בִּירוּשָׁלַיִם וְכָל מִי שֶׁאָבְדָה לוֹ אֲבֵידָה כו' בְּבָבָא מְצִיעָא (דַּף כֹּח:):
La Pierre des Réclamants — il y avait à Jérusalem une Pierre des Réclamants, et quiconque avait perdu un objet, etc., dans Bava Metsia (28b).
💡 Explication

La pluie ajustée devient à son tour un problème : la ville basse est inondée et la population se replie sur le point haut, le mont du Temple. La demande s'inverse donc, mais la michna n'emploie toujours pas le vocabulaire de la hatra'a : on demande une prière, conformément à la clause qui exclut l'excès de pluie de la liste des détresses.

La réponse de Honi est un critère, non un refus. La even hato'in, la Pierre des Réclamants, est le point de Jérusalem où l'on annonçait les objets perdus et retrouvés (Bava Metsia 28b). Tant qu'une pierre de cette taille tient, l'eau n'a pas atteint le degré où l'on prie pour que la bénédiction cesse.

9
שָׁלַח לוֹ שִׁמְעוֹן בֶּן שָׁטָח: אִלְמָלֵא חוֹנִי אַתָּה — גּוֹזְרַנִי עָלֶיךָ נִידּוּי. אֲבָל מָה אֶעֱשֶׂה לְּךָ, שֶׁאַתָּה מִתְחַטֵּא לִפְנֵי הַמָּקוֹם וְעוֹשֶׂה לְךָ רְצוֹנְךָ כְּבֵן שֶׁהוּא מִתְחַטֵּא עַל אָבִיו וְעוֹשֶׂה לוֹ רְצוֹנוֹ, וְעָלֶיךָ הַכָּתוּב אוֹמֵר: ״יִשְׂמַח אָבִיךָ וְאִמֶּךָ וְתָגֵל יוֹלַדְתֶּךָ״.

Chimon ben Chetah lui fit dire : si tu n'étais pas Honi, je décréterais contre toi le nidouy (mise à l'écart). Mais que puis-je te faire, puisque tu te fais cajoler devant HaMakom et qu'Il accomplit ta volonté, comme un fils qui se fait cajoler par son père et dont le père accomplit la volonté.

Et de toi l'Écriture dit : « Que ton père et ta mère se réjouissent, et que celle qui t'a enfanté soit dans l'allégresse. »

📜 Rachi (2)
לְנַדּוֹת עַל כְּבוֹד הָרַב:
De mettre au nidouy — pour l'honneur du maître.
מִתְחַטֵּא פורפיי"ש בְּלַעַ"ז יִשְׂמַח אָבִיךָ וְאִמֶּךָ וְתָגֵל יוֹלַדְתֶּךָ:
Mithate — porfeies en langue vernaculaire. « Que ton père et ta mère se réjouissent, et que celle qui t'a enfanté soit dans l'allégresse. »
💡 Explication

Chimon ben Chetah, à la tête du Sanhédrin, énonce d'abord la sanction encourue. Rachi en donne le motif : le nidouy serait prononcé « pour l'honneur du maître », c'est-à-dire pour la manière dont Honi a imposé un serment et fixé les conditions de la réponse.

Puis il renonce, et le mot décisif est mithate : se comporter comme l'enfant familier qui obtient ce qu'il réclame. Rachi le glose par un terme de vieux français. Le reproche et la reconnaissance tiennent ensemble : la conduite serait répréhensible chez un autre, et le résultat obtenu atteste la place particulière de Honi. Le verset des Proverbes (23:25) referme le passage sur l'image du père et de l'enfant déjà employée par Honi lui-même.

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הָיוּ מִתְעַנִּין וְיָרְדוּ לָהֶם גְּשָׁמִים, קֹודֶם הָנֵץ הַחַמָּה — לֹא יַשְׁלִימוּ, לְאַחַר הָנֵץ הַחַמָּה — יַשְׁלִימוּ. רַבִּי אֱלִיעֶזֶר אוֹמֵר: קֹודֶם חֲצוֹת — לֹא יַשְׁלִימוּ, לְאַחַר חֲצוֹת — יַשְׁלִימוּ.

S'ils jeûnaient et que la pluie tomba pour eux : avant le lever du soleil — ils n'achèvent pas ; après le lever du soleil — ils achèvent. Rabbi Eliezer dit : avant midi — ils n'achèvent pas ; après midi — ils achèvent.

📜 Rachi (2)
קֹודֶם הָנֵץ הַחַמָּה לֹא יַשְׁלִימוּ דְּאַכַּתִּי לֹא חָל עֲלַייְהוּ תַּעֲנִית כִּי נָחֲתִי גְּשָׁמִים:
Avant le lever du soleil, ils n'achèvent pas — car le jeûne n'avait pas encore pris effet sur eux lorsque les pluies sont tombées.
קֹודֶם חֲצוֹת דַּחֲצוֹת זְמַן אֲכִילָה הִיא מֵחֲצוֹת וְאֵילָךְ חָל הַתַּעֲנִית כֵּיוָן שֶׁלֹּא סָעֲדוּ בִּשְׁעַת סְעוּדָה:
Avant midi — car midi est l'heure du repas : à partir de midi, le jeûne prend effet, puisqu'ils n'ont pas mangé à l'heure du repas.
💡 Explication

La question est celle du moment où un jeûne décrété devient contraignant. Tant qu'il n'a pas pris effet, la pluie reçue le rend sans objet et l'on peut manger ; une fois pris effet, il doit être mené à son terme.

Les deux avis placent la frontière à des heures différentes, et Rachi donne pour chacun sa logique. Pour l'avis anonyme, le jeûne commence avec le jour : le lever du soleil marque son entrée en vigueur. Pour Rabbi Eliezer, ce qui lie n'est pas le début du jour mais la privation effective : midi étant l'heure du repas, le jeûne ne devient réel qu'à partir du moment où ce repas a été manqué.

🖼️ Schéma
À quelle heure le jeûne commence-t-il à lier ? Journée du jeûne décrété pour la pluie. La pluie tombe à un moment de cette journée. Lever du soleil Midi Le soir Avis anonyme Pluie avant le lever : on interrompt. Pluie après le lever : on achève la journée. Rabbi Eliezer Pluie avant midi : on interrompt. Pluie après midi : on achève la journée. Raison de l'avis anonyme (Rachi) Le jeûne prend effet avec le jour lui-même. Raison de Rabbi Eliezer (Rachi) Il prend effet quand le repas de midi a été manqué.
La nafka mina porte sur la matinée : la pluie tombée entre le lever du soleil et midi interrompt le jeûne pour Rabbi Eliezer seulement.
11
מַעֲשֶׂה שֶׁגָּזְרוּ תַּעֲנִית בְּלֹוד, וְיָרְדוּ לָהֶם גְּשָׁמִים קֹודֶם חֲצוֹת. אֲמַר לָהֶם רַבִּי טַרְפוֹן: צְאוּ וְאִכְלוּ וּשְׁתוּ וַעֲשׂוּ יוֹם טוֹב, וְיָצְאוּ וְאָכְלוּ וְשָׁתוּ וְעָשׂוּ יוֹם טוֹב, וּבָאוּ בֵּין הָעַרְבַּיִם וְקָרְאוּ הַלֵּל הַגָּדוֹל.

Il est arrivé qu'on décrète un jeûne à Lod, et que la pluie tombe pour eux avant midi. Rabbi Tarfon leur dit : sortez, mangez, buvez et faites un jour de fête.

Ils sortirent, mangèrent, burent et firent un jour de fête ; puis ils revinrent à l'heure de l'après-midi et lurent le Hallel HaGadol.

📜 Rachi (2)
וְעָשׂוּ יו"ט מִתּוֹךְ שִׂמְחָה:
Et ils firent un jour de fête — du fait de la joie.
הַלֵּל הַגָּדוֹל הוֹדוּ לֵא-לֹהֵי הָאֱ-לֹהִים כִּי לְעוֹלָם חַסְדּוֹ וּמִפְּנֵי שֶׁנֶּאֱמַר בּוֹ נֹותֵן לֶחֶם לְכָל בָּשָׂר כִּדְאָמְרִינַן בְּשִׁילְהֵי פְּסָחִים (דַּף קיח.):
Le Hallel HaGadol — « Rendez grâce au D.ieu des dieux, car Sa bonté est éternelle » ; et parce qu'il y est dit « Il donne du pain à toute chair », comme nous le disons à la fin de Pessahim (118a).
⚖️ Rosh (1)
ת"ר הֲרֵי שֶׁהָיָה מִתְעַנֶּה עַל הַחוֹלֶה וְנִתְרַפֵּא בָּאוּ עַל הַצַּעַר וְעָבְרָה הֲרֵי זֶה מִתְעַנֶּה וּמַשְׁלִים. הִקְשָׁה הָרָאָבָ"ד זַ"ל מַאי שְׁנָא מִתַּעֲנִית גְּשָׁמִים (לְקַמָּן תַּעֲנִית דַּף יט.) שֶׁמַּפְסִיקִין בַּיּוֹם אִם יָרְדוּ לָהֶם גְּשָׁמִים קֹודֶם חֲצוֹת. וְתֵירֵץ דְּשָׁאנֵי תַּעֲנִית גְּשָׁמִים דְּכֵיוָן שֶׁיָּרְדוּ לָהֶם גְּשָׁמִים כָּל צָורְכָן שׁוּב אֵין לָהֶן צֹורֶךְ בָּזֶה הַפַּעַם אֲבָל צָרָה אַחֶרֶת כָּל שָׁעָה צָרִיךְ רַחֲמִים שֶׁלֹּא תַּחֲזֹור. וְאֵינוֹ טַעַם מַסְפִּיק דְּבִגְשָׁמִים נָמֵי אֲפִילּוּ לֹא יָרַד לָהֶן כָּל צָרְכָן אוֹכְלִין וְשׁוֹתִין וּשְׂמֵחִים וְאוֹמְרִים הַלֵּל לְפִי שֶׁנִּתְקַבְּלָה תְּפִלָּתָם וּבוֹטְחִים בְּבוֹרֵא שֶׁיָּרְדוּ לָהֶם כָּל הַצֹּורֶךְ. וְזֶה שַׁייָּךְ לוֹמַר אַף בִּשְׁאָר צָרוֹת אֶלָּא נ"ל לְחַלֵּק בֵּין צִבּוּר לְיָחִיד דְּצִבּוּר צְרִיכִין לְהַלֵּל וּלְהוֹדוֹת מִתּוֹךְ שִׂמְחָה וּבְכֶרֶס מְלֵאָה אֵבֶל יָחִיד מַשְׁלִים תַּעֲנִיתוֹ וְכֵן מַשְׁמַע מִתּוֹךְ הָרַמְבַּ"ם זַ"ל (פ"א מֹהַל' תַּעֲנִית הֵל' טז) שֶׁכָּתַב גַּבֵּי צִבּוּר שֶׁהָיוּ מִתְעַנִּים וְיָרְדוּ גְּשָׁמִים קֹודֶם חֲצוֹת שֶׁמַּפְסִיקִין. וְכֵן אִם מִתְעַנִּין עַל צָרָה וְעָבְרָה וְעַל ד"א וּבָטֵל. אִם קֹודֶם חֲצוֹת לֹא יַשְׁלִימוּ לְאַחַר חֲצוֹת יַשְׁלִימוּ. אַלְמָא לָא מְפַלֵּיג בְּצִבּוּר בֵּין גְּשָׁמִים וּבֵין צָרוֹת א"כ צָרִיךְ לְחַלֵּק בֵּין צִבּוּר וּבֵין יָחִיד הֲרֵי זֶה מְשַׁלֵּים כָּל הַתַּעֲנִיּוֹת שֶׁקִּיבֵּל עָלָיו. וְנִרְאֶה דה"ה נָמֵי אִם מֵת הַחוֹלֶה דְּכֵיוָן שֶׁקִּבֵּל עָלָיו תַּעֲנִיּוֹת סְתָם וְלֹא הִתְנָה דַּעְתּוֹ הָיָה אַקַּבָּלָה זוֹ מִתּוֹךְ שֶׁקִּיבֵּל עָלָיו תַּעֲנִיּוֹת הַלָּלוּ תִּהְיֶה מְקֻובָּל תְּפִלָּתוֹ שֶׁיִּתְפַּלֵּל עַל הַחוֹלֶה וְעַל הַצָּרָה. וְהַאי דִּנְקַט וְנִתְרַפֵּא מִשּׁוּם דִּבְדָבָר זֶה יֵשׁ חִילּוּק בֵּין צִבּוּר לְיָחִיד:
Nos maîtres ont enseigné : si quelqu'un jeûnait pour un malade et que celui-ci a guéri, ou pour une douleur et que celle-ci est passée, il jeûne et achève son jeûne. Le Raavad, de mémoire bénie, a objecté : en quoi cela diffère-t-il du jeûne pour la pluie (plus bas, Taanit 19a), que l'on interrompt en pleine journée si la pluie est tombée avant midi ? Il a répondu que le jeûne pour la pluie est différent : du moment que la pluie est tombée autant qu'il leur fallait, ils n'en ont plus besoin cette fois-ci ; alors que pour une autre détresse, il faut à chaque instant de la miséricorde afin qu'elle ne revienne pas. Cette raison ne suffit pas, car pour la pluie aussi, même si elle n'est pas tombée autant qu'il leur fallait, ils mangent, boivent, se réjouissent et disent le Hallel, parce que leur prière a été reçue, et ils s'appuient sur le Créateur pour qu'il leur en tombe tout ce qu'il faut ; or cela peut se dire aussi des autres détresses. Il me semble plutôt qu'il faut distinguer entre la collectivité (tsibour) et l'individu (yahid) : la collectivité doit louer et rendre grâce dans la joie et le ventre plein, tandis que l'individu achève son jeûne. C'est aussi ce qui ressort du Rambam, de mémoire bénie (Lois des jeûnes, chapitre 1, halakha 16), qui écrit à propos d'une collectivité qui jeûnait et pour qui la pluie est tombée avant midi, qu'ils interrompent ; et de même s'ils jeûnent pour une détresse et qu'elle est passée, ou pour autre chose et qu'elle a cessé : avant midi, ils n'achèvent pas ; après midi, ils achèvent. Il en ressort qu'il ne distingue pas, pour la collectivité, entre la pluie et les autres détresses. Il faut donc distinguer entre la collectivité et l'individu : celui-ci achève tous les jeûnes qu'il a pris sur lui. Et il semble qu'il en aille de même si le malade est mort : puisqu'il a pris sur lui des jeûnes sans précision et n'a posé aucune condition, son intention, en prenant cet engagement, était que du fait même d'avoir pris ces jeûnes sur lui, sa prière soit reçue lorsqu'il prierait pour le malade et pour la détresse. Et si la baraita a retenu le cas où il a guéri, c'est parce que sur ce point précis il y a une différence entre la collectivité et l'individu.
💡 Explication

Le précédent de Lod applique l'avis de Rabbi Eliezer : la pluie est tombée avant midi, et Rabbi Tarfon renvoie l'assemblée manger et boire. Il ajoute un élément que la michna précédente ne demandait pas : la journée devient un jour de fête.

Le Hallel HaGadol est le psaume 136, lu l'après-midi. Rachi en donne la raison : on y lit « Il donne du pain à toute chair », verset qui répond exactement à une détresse de récolte. L'ordre des gestes compte : on mange d'abord, on rend grâce ensuite.

Piskei HaRosh discute ici le cas parallèle du jeûne individuel pris pour un malade ou une douleur. Sa conclusion distingue le tsibour du yahid : la collectivité interrompt pour louer dans la joie, l'individu achève le jeûne qu'il a pris sur lui.

12
גְּמָ׳ סֵדֶר תַּעֲנִיּוֹת הָאֵלּוּ הָאָמוּר בִּרְבִיעָה רִאשׁוֹנָה. וּרְמִינְהִי: רְבִיעָה רִאשׁוֹנָה וּשְׁנִיָּה לִשְׁאֹול, שְׁלִישִׁית לְהִתְעַנּוֹת!

Guemara. [La michna a dit :] l'ordre de ces jeûnes est énoncé pour la première revi'a (période de pluie).

Et l'on objecte : la première et la deuxième revi'a, c'est pour demander ; la troisième, c'est pour jeûner !

📜 Rachi (1)
גמ' רְבִיעָה רִאשׁוֹנָה וּשְׁנִיָּה לִשְׁאֹול שֶׁאַף עַל פִּי שֶׁלֹּא יָרְדוּ גְּשָׁמִים לֹא בָּרִאשׁוֹנָה וְלֹא בַּשְּׁנִיָּה לֹא הָיוּ מִתְעַנִּין אֶלָּא שׁוֹאֲלִין וְקַשְׁיָין מַתְנִי' דְּקָתָנֵי סֵדֶר תַּעֲנִיּוֹת אֵלּוּ הָאָמוּר בִּרְבִיעָה רִאשׁוֹנָה וּבָרַיְיתָא אַהֲדָדֵי:
Guemara. La première et la deuxième revi'a, pour demander — car même si les pluies ne sont tombées ni à la première ni à la deuxième, ils ne jeûnaient pas, mais demandaient ; et la michna, qui enseigne « l'ordre de ces jeûnes est énoncé pour la première revi'a », et la baraita se contredisent l'une l'autre.
💡 Explication

La guemara s'ouvre sur une contradiction de textes. La revi'a est une période attendue de pluie dans la saison des semailles ; le traité en compte trois, échelonnées. La michna rattache tout le dispositif des jeûnes progressifs à la première revi'a.

La baraita citée dit autre chose : les deux premières revi'ot manquées appellent seulement une demande de pluie, et le jeûne ne commence qu'à la troisième. Rachi formule l'opposition dans ses propres termes : d'un côté un jeûne dès la première revi'a, de l'autre un jeûne reporté à la troisième.

13
אָמַר רַב יְהוּדָה, הָכִי קָאָמַר: סֵדֶר תַּעֲנִיּוֹת הָאָמוּר אֵימָתַי — בִּזְמַן שֶׁיָּצְאָה רְבִיעָה רִאשׁוֹנָה וּשְׁנִיָּה וּשְׁלִישִׁית וְלֹא יָרְדוּ גְּשָׁמִים. אֲבָל יָרְדוּ גְּשָׁמִים בִּרְבִיעָה רִאשׁוֹנָה וְזָרְעוּ וְלֹא צָמְחוּ, אִי נָמֵי צָמְחוּ וְחָזְרוּ וְנִשְׁתַּנּוּ — מַתְרִיעִין עֲלֵיהֶן מִיָּד.

Rav Yehouda dit : voici ce que la michna veut dire. L'ordre des jeûnes énoncé, quand s'applique-t-il ?

Lorsque la première, la deuxième et la troisième revi'a sont passées et que les pluies ne sont pas tombées. Mais si les pluies sont tombées à la première revi'a, qu'ils ont semé et que cela n'a pas levé, ou bien que cela a levé puis a changé d'aspect — on fait la hatra'a pour eux immédiatement.

📜 Rachi (1)
הָכִי קָאָמַר כּוּ' וּכְגוֹן רְבִיעָה רִאשׁוֹנָה שְׁנִיָּה וּשְׁלִישִׁית דְּכֻולֵּי יוֹרֶה קָרֵי לֵיהּ רְבִיעָה כָּךְ שָׁמַעְתִּי:
Voici ce qu'elle dit, etc. — à savoir la première, la deuxième et la troisième revi'a, car il appelle revi'a tout le yore (la saison des premières pluies) ; ainsi l'ai-je entendu.
💡 Explication

Rav Yehouda résout la contradiction en relisant la michna. L'expression « la première revi'a » n'indique pas le moment où l'on commence à jeûner, mais le type de situation auquel l'ordre des jeûnes s'applique : une année où la pluie a manqué depuis le début de la saison, les trois revi'ot étant passées sans rien. Rachi ajoute que le mot revi'a peut désigner toute la saison du yore, ce qui autorise cette lecture large.

Un second cas est alors distingué, qui échappe à l'ordre progressif : la pluie est bien tombée, on a semé, et la récolte échoue ensuite. Ici, la détresse est déjà visible, et l'on passe directement à la hatra'a, immédiatement, sans parcourir les paliers de jeûnes.

🖼️ Schéma
La contradiction des revi'ot et la réponse de Rav Yehouda La michna L'ordre de ces jeûnes est énoncé pour la première revi'a. Lu ainsi : on jeûne dès la première. La baraita Première et deuxième revi'a : pour demander. Troisième : pour jeûner. Le jeûne commence à la troisième. Rav Yehouda : la michna ne fixe pas le départ du jeûne, elle décrit le type d'année concerné. Cas 1 : rien n'est tombé Les trois revi'ot passent sans pluie. On suit l'ordre progressif des jeûnes, palier par palier, comme au chapitre. Accord avec la baraita. Cas 2 : la pluie est tombée, puis échec On a semé et rien n'a levé, ou cela a levé puis a changé d'aspect. Hatra'a immédiate, sans paliers. La détresse est déjà sous les yeux.
Deux régimes distincts : l'année sèche se traite par paliers, la récolte perdue après la pluie appelle une réaction immédiate.
14
אָמַר רַב נַחְמָן: דַּוְקָא נִשְׁתַּנּוּ, אֲבָל יָבְשׁוּ — לֹא. פְּשִׁיטָא, נִשְׁתַּנּוּ תְּנַן! לָא צְרִיכָא, דַּאֲקוּן. מַהוּ דְתֵימָא: אֲקַנְתָּא מִילְּתָא הִיא, קָמַשְׁמַע לַן.

Rav Nahman dit : c'est précisément dans le cas où cela a changé d'aspect ; mais si cela a sèche — non. C'est évident, puisque nous avons appris « cela a changé » !

Cela n'est nécessaire que pour le cas où cela est monté en tige (de-akon). Tu aurais pu dire que la montée en tige est quelque chose ; il nous apprend qu'il n'en est rien.

📜 Rachi (6)
דַּוְקָא נִשְׁתַּנּוּ דְּכִי נִשְׁתַּנּוּ וַדַּאי הוּא דְּמַתְרִיעִין מִיָּד דְּצָרִיךְ לְהִתְפַּלֵּל עָלֶיהָ שֶׁיַּחֲזִיר בְּיוֹפִי כְּתִקְנָן:
C'est précisément dans le cas où cela a changé d'aspect — car lorsque cela a changé, on fait assurément la hatra'a immédiatement, puisqu'il faut prier pour que la récolte retrouve son bel aspect, comme il convient.
אֲבָל יָבְשׁוּ לֹא צָרִיךְ דְּמִכָּאן וְאֵילָךְ לֹא יוֹעִיל וְהוּא תְּפִלַּת שָׁוְא אֲפִילּוּ יָבְשׁוּ כְּשֶׁהֵן חִטִּין עֲדַיִין דַּקִּין אֲפִילּוּ הָכֵי לֹא מַתְרִיעִין:
Mais si cela a sèche — non ; car désormais cela ne servirait à rien, et ce serait une prière vaine. Même si cela a sèche alors que les blés étaient encore minces, on ne fait pourtant pas la hatra'a.
הָכִי גָּרְסִינַן פְּשִׁיטָא שָׁנוּ תְּנַן לָא צְרִיכָא דַּאֲקוּן מַהוּ דְּתֵימָא כו':
Telle est notre version : « C'est évident, nous avons appris « cela a changé » ! Cela n'est nécessaire que pour le cas de akon. Tu aurais pu dire, etc. »
דַּאֲקוּן שֶׁעָלוּ בַּקָּנֶה שֶׁנִּתְקְנוּ מְעַט לְאַחַר שֶׁנִּתְיַיבְּשׁוּ:
De-akon — qu'ils sont montés en tige, c'est-à-dire qu'ils se sont un peu redressés après avoir sèche.
מַהוּ דְּתֵימָא אֲקַנְתָּא מִילְּתָא הִיא דְּהוֹאִיל וְנִתַּקְּנוּ מְעַט אִם יִתְפַּלֵּל מוֹעִיל לָהֶם קָא מַשְׁמַע לַן רַב נַחְמָן דְּאָקַנָּא לָאו מִילְּתָא ל"א אֲבָל יָבְשׁוּ לֹא דְּמִמֵּילָא חוֹזְרִין:
Tu aurais pu dire que la montée en tige est quelque chose — puisqu'ils se sont un peu redressés, prier leur serait utile ; Rav Nahman nous apprend que la montée en tige n'est rien. Autre version : « mais s'ils ont sèche — non », car ils reviennent d'eux-mêmes.
לָא צְרִיכָא דַּאֲקוּן שֶׁעָלוּ בַּקָּנֶה מַהוּ דְּתֵימָא אֲקַנְתָּא מִילְּתָא הִיא דְּכֵיוָן שֶׁעָלוּ בַּקָּנֶה וַעֲדַייִן לֹא בָּשְׁלוּ כָּל צָרְכָּן וַדַּאי אִי לֹא מַתְרִיעִין תּוּ לָא גָּדְלִי קָמַשְׁמַע לַן דְּלָאו מִילְּתָא הִיא דְּאַף עַל גַּב דַּאֲקוּן אַכַּתִּי גָּדְלִי טְפֵי:
Cela n'est nécessaire que pour le cas de akon — qu'ils sont montés en tige. « Tu aurais pu dire que la montée en tige est quelque chose » — puisqu'ils sont montés en tige et n'ont pas encore mûri autant qu'il le faut, il est certain que, faute de hatra'a, ils ne pousseront plus ; il nous apprend qu'il n'en est rien, car même montés en tige, ils poussent encore davantage.
🗂️ Tossefot (1)
לָא צְרִיכָא דַּאֲקוּן. פִּי' לְאַחַר שֶׁעָלוּ בַּקָּנֶה נִתְיַיבְּשׁוּ מַהוּ דְּתֵימָא אֲקַנְתָּא מִילְּתָא הִיא פִּי' דְּהוֹאִיל וְעָלוּ בְּקָנֶה וְלֹא נִתְבַּשְּׁלוּ כָּל צָורְכָם לִיבְעֵי הַתְרָעָה קמ"ל דְּלָאו מִילְּתָא הִיא:
« Cela n'est nécessaire que pour le cas de akon. » Explication : après être montés en tige, ils ont sèche. « Tu aurais pu dire que la montée en tige est quelque chose » — explication : puisqu'ils sont montés en tige et n'ont pas mûri autant qu'il le fallait, il faudrait une hatra'a ; il nous apprend qu'il n'en est rien.
💡 Explication

Rav Nahman serre le mot de la michna. Elle dit nichtanou, « cela a changé d'aspect », et c'est exactement ce cas qui autorise la hatra'a immédiate : la récolte est abîmée mais récupérable, donc il y a matière à prier. Une récolte desséchée sort du champ de la prière ; Rachi le dit sans détour, ce serait une prière vaine.

L'objection est de méthode : Rav Nahman semble répéter le mot de la michna. La réponse introduit un cas intermédiaire, de-akon, un début de redressement après le dessèchement : la tige monte. On pourrait y voir un signe encourageant justifiant la hatra'a. Rav Nahman l'écarte.

Rachi propose deux raisons opposées de cet écart, dans ses gloses 5 et 6, et Tossefot suit la seconde formulation : soit la montée en tige est trop faible pour valoir une hatra'a, soit elle indique au contraire que la récolte se refait d'elle-même. Dans les deux lectures, la conclusion pratique est la même.

🖼️ Schéma
Trois états de la récolte, une seule qui ouvre la hatra'a Nichtanou La pousse a changé d'aspect. Abîmée, mais vivante. Hatra'a immédiate. La prière a un objet. Yavchou La pousse a sèche. Rien ne peut plus la reprendre. Pas de hatra'a. Rachi : ce serait une prière vaine. De-akon Après avoir sèche, la tige monte. Cas discuté du passage. Rav Nahman : pas de hatra'a. Akna lav milta hi. Pourquoi écarter le cas de-akon ? Deux explications, même conclusion pratique. Première explication (Rachi 6, Tossefot) La montée en tige est trop faible pour compter : la récolte continue de pousser de toute façon. Seconde explication (Rachi 5, autre version) Puisque la récolte se refait d'elle-même, il n'y a pas lieu de crier pour elle.
La hatra'a suppose une récolte encore récupérable par la prière : ni desséchée, ni déjà en voie de reprise.
15
וְכֵן שֶׁפָּסְקוּ גְּשָׁמִים בֵּין גֶּשֶׁם לְגֶשֶׁם כּוּ׳. מַאי מַכַּת בַּצֹּורֶת? אָמַר רַב יְהוּדָה אָמַר רַב: מַכָּה הַמְּבִיאָה לִידֵי בַּצֹּורֶת. אָמַר רַב נַחְמָן: נַהֲרָא אַנַּהֲרָא —

« Et de même lorsque les pluies ont cessé entre une pluie et l'autre, etc. » Qu'est-ce qu'une plaie de batsoret (disette) ? Rav Yehouda dit au nom de Rav : une plaie qui conduit à la batsoret.

Rav Nahman dit : d'un fleuve à un fleuve —

📜 Rachi (1)
נַהֲרָא אַנַּהֲרָא בְּצֻורְתָּא בְּשֶׁאֵין תְּבוּאָה בְּעִיר אַחַת וְיֵשׁ בַּעֲייָרוֹת אֲחֵרוֹת וְאֶפְשָׁר לְהָבִיא מִזֶּה לָזֶה דֶּרֶךְ נָהָר בִּסְפִינָה:
D'un fleuve à un fleuve : c'est de la batsorta — lorsqu'il n'y a pas de récolte dans une ville et qu'il y en a dans d'autres villes, et qu'il est possible d'en amener de l'une à l'autre par voie de fleuve, en bateau.
🗂️ Tossefot (1)
נַהֲרָא אַנַּהֲרָא בְּצֻורְתָּא. פִּי' (. הָכֵי) בְּשֶׁאֵין תְּבוּאָה בָּעִיר וְיֵשׁ הַרְבֵּה בִּשְׁאָר עֲיָירוֹת וִיכוֹלִין לְהָבִיא מִזּוֹ לְזוֹ הַיְינוּ מִקְּרֵי בַּצֹּורֶת וְלָא מִקְּרֵי רָעָב וּמֵאַחַר שֶׁיְּכוֹלִין לְהָבִיא ע"י הַנָּהָר דְּלֵיכָּא אֶלָּא טִרְחָא זְעֵירָא וּמֵהַאי כְּלוֹמַר מְדַבֵּר מוּעָט כָּזֶה אֵין מַתְרִיעִין מְדִינְתָּא אַמְּדִינְתָּא פֵּירוּשׁ שֶׁצָּרִיךְ לְהוֹצִיא מִמְּדִינָה לִמְדִינָה אַחֶרֶת ע"י חֲמוֹרִים וְסוּסִים וְאָז מַתְרִיעִין דְּאִי אֶפְשָׁר לְהָבִיא בְּשֶׁפַע כ"כ כְּמוֹ בִּסְפִינוֹת ל"א נַהֲרָא אַנַּהֲרָא כְּלוֹמַר אִם יָבַשׁ הַנָּהָר זֶה וְצָרִיךְ לְהָסֵב נָהָר אַחֵר לְכָאן אִי נָמֵי צָרִיךְ לְהַמְתִּין עַד שֶׁיִּגְדַּל הַנָּהָר הָאַחֵר וְיָבֹא בְּכָאן זֶה בַּצֹּורֶת וְלֹא מַתְרִיעִין מְדִינְתָּא אַמְּדִינְתָּא אִם יָבְשׁוּ כָּל הַנְּהָרוֹת שֶׁבְּזוֹ הָעִיר וּצְרִיכִין לְהָבִיא מַיִם מֵעִיר אַחֶרֶת כַּפְנָא וְקָשֶׁה דִּבְמַתְנִי' מַשְׁמַע דְּאַבַּצֹּורֶת מִתְעַנִּין דְּקָתָנֵי מַתְרִיעִין עֲלֵיהֶן מִפְּנֵי שֶׁהִיא מַכַּת בַּצֹּורֶת וְיֵשׁ לוֹמַר דְּמַכַּת בַּצֹּורֶת דְּמַתְנִי' הָוֵי כְּמוֹ דְּכַפְנָא כַּאֲשֶׁר פֵּירַשְׁתִּי שֶׁתַּחַת חִטָּה יָצָא חוֹחַ וּמִשּׁוּם הָכִי מַתְרִיעִין אע"ג דַּעֲדַיִין אֵינוֹ רַק בַּצֹּורֶת הוֹאִיל וְסוֹפוֹ רָעָב מַתְרִיעִין אע"ג דְּאַכַּתִּי לָא הָווּ כַּפְנָא אֲבָל לְעוֹלָם אֵין מַתְרִיעִין עַל מַכַּת בַּצֹּורֶת אִי לָא מָצֵי לָבֹא לִידֵי רָעָב וּלְהָכִי קָאָמַר הָכָא דְּנַהֲרָא אַנַּהֲרָא דְּלָא הָוֵי אֶלָּא כִּי בַּצֻּורְתָּא וְלֹא מַתְרִיעִין:
« D'un fleuve à un fleuve : c'est de la batsorta. » Explication : lorsqu'il n'y a pas de récolte dans une ville et qu'il y en a beaucoup dans les autres villes, et qu'on peut en amener de l'une à l'autre — cela s'appelle batsoret (disette) et non ra'av (famine) ; et du moment qu'on peut en amener par le fleuve, où il n'y a qu'une petite peine, pour une chose aussi légère on ne fait pas la hatra'a. « D'une province à une province » : explication, qu'il faut faire sortir d'une province vers une autre à dos d'ânes et de chevaux, et alors on fait la hatra'a, car il est impossible d'en amener en abondance autant qu'avec des bateaux. Autre version de « d'un fleuve à un fleuve » : si ce fleuve-ci a sèche et qu'il faut dérouter un autre fleuve jusqu'ici, ou bien qu'il faut attendre que l'autre fleuve grossisse et parvienne ici — c'est de la batsoret, et l'on ne fait pas la hatra'a ; « d'une province à une province » : si tous les fleuves de cette ville ont sèche et qu'il faut amener l'eau d'une autre ville — c'est kafna (la famine). Et il y a une difficulté : dans la michna, il ressort que l'on jeûne pour la batsoret, puisqu'elle enseigne « on fait la hatra'a pour elles, parce que c'est une plaie de batsoret ». On peut répondre que la plaie de batsoret de la michna est comme le kafna, ainsi que je l'ai expliqué : qu'à la place du blé sort une ronce ; et c'est pourquoi on fait la hatra'a, bien qu'on ne soit encore qu'à la batsoret, car sa fin est la famine — on fait la hatra'a alors même qu'on n'est pas encore au kafna. Mais jamais on ne fait la hatra'a pour une plaie de batsoret si elle ne peut aboutir à la famine ; et c'est pourquoi il dit ici que « d'un fleuve à un fleuve » n'est que de la batsorta, et l'on ne fait pas la hatra'a.
💡 Explication

Le folio revient à une clause de la michna : quarante jours sans pluie entre deux pluies constituent une plaie de batsoret. La guemara demande ce que cette expression ajoute, puisque l'absence de pluie est déjà la disette. Rav Yehouda au nom de Rav répond en déplaçant le mot : la michna décrit une plaie qui conduit à la batsoret, un état encore en amont.

Rav Nahman commence alors à graduer les situations, et sa phrase est coupée par la fin du folio ; le mot manquant, batsorta, est déjà lu par Rachi et Tossefot. Le critère est le coût du ravitaillement : si le grain circule d'un fleuve à l'autre en bateau, la peine est légère et l'on reste dans la disette, sans hatra'a.

Tossefot développe l'échelle complète, jusqu'au transport à dos d'ânes entre provinces, et pose la règle qui commande tout le passage : on ne crie pour une batsoret que lorsqu'elle peut aboutir à la famine.

🖼️ Schéma
L'échelle de la pénurie : batsoret, puis kafna Critère retenu : la difficulté à faire venir le grain là où il manque. Nahara à-nahara : d'un fleuve à un fleuve Le grain manque ici, il abonde ailleurs, et un bateau suffit à l'amener. Batsoret : disette. Pas de hatra'a. Medinata à-medinata : d'une province à l'autre Il faut convoyer à dos d'ânes et de chevaux. Les volumes transportés s'effondrent. Kafna : famine. On fait la hatra'a. Seconde lecture de Tossefot, sur l'eau et non sur le grain : fleuve dérouté ou attendu, disette ; tous les fleuves secs, famine. La difficulté de Tossefot La michna fait pourtant jeûner pour une plaie de batsoret. Comment l'accorder ? La règle qui résout On crie pour une batsoret seulement quand elle peut aboutir à la famine.
Le partage ne se fait pas sur la quantité de grain disponible, mais sur le coût de son acheminement.
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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).