Sougya : Le folio achève les michnayot du chapitre trois, puis ouvre la guemara. Les michnayot règlent d'abord la géographie de la détresse : la ville frappée jeûne et fait la hatra'a, ses voisines jeûnent sans hatra'a, et Rabbi Akiva inverse les deux termes.
Vient ensuite la liste des plaies pour lesquelles on sonne partout, parce qu'elles se déplacent, puis celles pour lesquelles on sonne même chabbat. La michna rapporte alors l'épisode de Honi HaMeaguel, qui trace un cercle, s'engage par serment et corrige trois fois la pluie reçue, et la réponse de Chimon ben Chetah.
Les deux dernières michnayot fixent l'heure à partir de laquelle un jeûne commence à lier : avant le lever du soleil pour l'avis anonyme, avant midi pour Rabbi Eliezer, avec le précédent de Rabbi Tarfon à Lod. La guemara s'ouvre sur une contradiction entre la michna et une baraita au sujet des trois revi'ot, résolue par Rav Yehouda, puis distingue la récolte qui a changé de la récolte desséchée, et enfin la batsoret de la famine.
[La michna poursuit :] cette ville-là jeûne et fait la hatra'a, et toutes ses voisines jeûnent sans faire la hatra'a. Rabbi Akiva dit : elles font la hatra'a sans jeûner.
Et de même, une ville où il y a un dever (peste) ou une mapolet (effondrement de bâtiments) — cette ville-là jeûne et fait la hatra'a, et toutes ses voisines jeûnent sans faire la hatra'a. Rabbi Akiva dit : elles font la hatra'a sans jeûner.
La michna commencée en 18b se termine ici. Elle répartit deux gestes distincts : le jeûne, qui pèse sur le corps de celui qui le prend, et la hatra'a, le cri public accompagné du chofar et de la prière Anénou. La ville frappée accomplit les deux. Le désaccord porte seulement sur ses voisines.
Rachi explique pourquoi les voisines sont concernées : la ville privée de pluie viendra acheter chez elles, et leurs propres réserves s'épuiseront. Leur jeûne porte donc sur une détresse qui vient vers elles. Rabbi Akiva lit la situation en sens inverse : leur détresse reste éventuelle, ce qui suffit pour crier avec la ville frappée sans aller jusqu'au jeûne.
Qu'est-ce qu'un dever ? Une ville qui fournit cinq cents fantassins, et dont trois morts sont sortis en trois jours, l'un après l'autre — c'est un dever ; moins que cela — ce n'est pas un dever.
La michna donne un seuil mesurable, pour éviter que toute série de décès soit traitée comme une épidémie. La population est comptée en raglé, les hommes valides mobilisables : cinq cents fantassins désignent une ville de cette taille.
Deux conditions se cumulent : trois morts, et trois jours consécutifs. Trois morts le même jour, ou deux morts sur trois jours, restent en dessous du seuil. La guemara reviendra sur ce calcul plus loin dans le traité.
Pour ceux-ci on fait la hatra'a en tout lieu : pour le chidafon (le grain brûlé par le vent), pour le yerakon (le grain jauni), pour l'arbe (la sauterelle), pour le hassil (une autre espèce de sauterelle), pour la bête sauvage et pour l'épée — on fait la hatra'a pour elle, parce que c'est une plaie qui marche.
La michna passe d'une géographie à une autre. Les détresses du segment précédent restent locales ; celles-ci se déplacent, et la hatra'a devient donc mondiale. Rachi prend volontairement les deux extrémités du monde connu, Aspamia et la Babylonie : on crie à l'une pour ce qui s'est produit à l'autre.
Le motif est donné par la michna elle-même : maka mehalekhet, une plaie qui marche. La hatra'a n'y répond pas à un malheur déjà subi, elle vise le malheur en chemin. Les cinq cas listés ont ce trait commun : nuées d'insectes, bêtes qui sortent de leur territoire, armées en campagne, maladies du grain qui suivent le vent.
Il est arrivé que des anciens descendent de Jérusalem vers leurs villes et décrètent un jeûne parce qu'on avait vu, de quoi remplir la bouche d'un four, du chidafon à Achkelon. Et ils ont encore décrété un jeûne parce que des loups avaient dévoré deux enfants en Transjordanie.
Rabbi Yossi dit : on l'a décrété non pour les avoir dévorés, mais pour avoir été vus.
Deux précédents illustrent la règle précédente. Le premier montre à quel point le seuil est bas quand la plaie se propage : une quantité de grain brûlé tenant dans la bouche d'un four, vue dans une seule ville, suffit à faire décréter un jeûne dans tout le pays. Rachi renvoie à la guemara pour la mesure exacte.
Le second précédent porte sur les loups. Rabbi Yossi déplace le motif du jeûne : le fait déclencheur est l'apparition des bêtes dans une zone habitée, et non le décès des deux enfants. Sa lecture rend le jeûne cohérent avec la clause « plaie qui marche » : l'événement est traité comme un début, et non comme un bilan.
Pour ceux-ci on fait la hatra'a le chabbat : pour une ville encerclée par des non-Juifs ou par un fleuve, et pour le navire balotté en mer. Rabbi Yossi dit : pour le secours, sans aller jusqu'au cri.
Chimon HaTimni dit : même pour le dever ; les Sages ne lui ont pas donné raison.
Le chabbat, le chofar est écarté et la hatra'a se réduit à la prière. Rachi le précise d'un mot : be-Anenou, par la formule Anenou insérée dans la prière. Les trois cas admis ont en commun un danger immédiat pour des vies : un siège, une crue, un naufrage.
Rabbi Yossi distingue deux fonctions d'un même geste. Sonner pour appeler du monde à la rescousse est un acte de secours et reste permis ; sonner comme cri d'imploration publique ne l'est pas le chabbat. Chimon HaTimni voudrait ajouter le dever, qui frappe sans qu'un secours humain puisse intervenir ; les Sages refusent, ce qui confirme que le critère retenu est la possibilité d'agir.
Pour toute détresse qui ne viendrait pas sur la collectivité, on fait la hatra'a, hormis l'excès de pluie. Il est arrivé qu'on dise à Honi HaMeaguel : prie pour que la pluie tombe.
Il leur dit : sortez et rentrez les fours à agneaux pascaux, pour qu'ils ne se dissolvent pas. Il pria, et la pluie ne tomba pas.
La michna généralise, puis pose une exception. La formule « qui ne viendrait pas sur la collectivité » est un euphémisme, relevé par Rachi : on évite de nommer directement le malheur. L'exception concerne l'excès de pluie, et Rachi en délimite soigneusement le champ : une pluie mal répartie qui gâte les récoltes reste une malédiction, pour laquelle on crie ; ici il s'agit d'une pluie abondante qui gêne sans détruire.
Le récit de Honi s'enchaîne sur cette clause. Sa première réaction est une consigne pratique : les fours en terre crue installés dans les cours pour rôtir l'agneau pascal fondraient sous une forte pluie. Il annonce ainsi la pluie avant de l'avoir obtenue, et rien ne tombe.
Que fit-il ? Il traça un cercle et se tint à l'intérieur, et dit devant Lui : Maître du monde, Tes enfants ont tourné leur visage vers moi, car je suis comme un familier de Ta maison.
Je jure par Ton grand Nom que je ne bougerai pas d'ici avant que Tu aies pitié de Tes enfants. La pluie commença à tomber en gouttes.
Il dit : ce n'est pas ainsi que j'ai demandé, mais des pluies de citernes, de fosses et de grottes. Elle commença à tomber avec violence.
Il dit : ce n'est pas ainsi que j'ai demandé, mais des pluies de bienveillance, de bénédiction et de largesse.
Le cercle tracé au sol, l'ouga, donne son surnom à Honi. Il pose un lieu dont il s'interdit de sortir, et son serment lie sa prière à une position physique. Le titre qu'il s'attribue, « comme un familier de la maison » (ke-ven bayit), est la clé du passage et sera reprise par Chimon ben Chetah au segment 8.
Viennent ensuite deux corrections. Les gouttes sont insuffisantes : la demande portait sur des guichmei borot chihin ou-me'arot, des pluies capables de remplir les réserves d'eau pour l'année. La pluie violente est excessive : la demande portait sur une pluie de ratson, berakha ou-nedava, reçue avec bienveillance. Rachi glose nedava par « un œil généreux » : la mesure demandée est celle d'un don, et non d'une décharge.
Elles tombèrent comme il faut, jusqu'à ce qu'Israël sorte de Jérusalem vers le mont du Temple à cause des pluies. Ils vinrent et lui dirent : de même que tu as prié pour elles afin qu'elles tombent, prie de même pour qu'elles s'en aillent.
Il leur dit : sortez et voyez si la Pierre des Réclamants s'est dissoute.
La pluie ajustée devient à son tour un problème : la ville basse est inondée et la population se replie sur le point haut, le mont du Temple. La demande s'inverse donc, mais la michna n'emploie toujours pas le vocabulaire de la hatra'a : on demande une prière, conformément à la clause qui exclut l'excès de pluie de la liste des détresses.
La réponse de Honi est un critère, non un refus. La even hato'in, la Pierre des Réclamants, est le point de Jérusalem où l'on annonçait les objets perdus et retrouvés (Bava Metsia 28b). Tant qu'une pierre de cette taille tient, l'eau n'a pas atteint le degré où l'on prie pour que la bénédiction cesse.
Chimon ben Chetah lui fit dire : si tu n'étais pas Honi, je décréterais contre toi le nidouy (mise à l'écart). Mais que puis-je te faire, puisque tu te fais cajoler devant HaMakom et qu'Il accomplit ta volonté, comme un fils qui se fait cajoler par son père et dont le père accomplit la volonté.
Et de toi l'Écriture dit : « Que ton père et ta mère se réjouissent, et que celle qui t'a enfanté soit dans l'allégresse. »
Chimon ben Chetah, à la tête du Sanhédrin, énonce d'abord la sanction encourue. Rachi en donne le motif : le nidouy serait prononcé « pour l'honneur du maître », c'est-à-dire pour la manière dont Honi a imposé un serment et fixé les conditions de la réponse.
Puis il renonce, et le mot décisif est mithate : se comporter comme l'enfant familier qui obtient ce qu'il réclame. Rachi le glose par un terme de vieux français. Le reproche et la reconnaissance tiennent ensemble : la conduite serait répréhensible chez un autre, et le résultat obtenu atteste la place particulière de Honi. Le verset des Proverbes (23:25) referme le passage sur l'image du père et de l'enfant déjà employée par Honi lui-même.
S'ils jeûnaient et que la pluie tomba pour eux : avant le lever du soleil — ils n'achèvent pas ; après le lever du soleil — ils achèvent. Rabbi Eliezer dit : avant midi — ils n'achèvent pas ; après midi — ils achèvent.
La question est celle du moment où un jeûne décrété devient contraignant. Tant qu'il n'a pas pris effet, la pluie reçue le rend sans objet et l'on peut manger ; une fois pris effet, il doit être mené à son terme.
Les deux avis placent la frontière à des heures différentes, et Rachi donne pour chacun sa logique. Pour l'avis anonyme, le jeûne commence avec le jour : le lever du soleil marque son entrée en vigueur. Pour Rabbi Eliezer, ce qui lie n'est pas le début du jour mais la privation effective : midi étant l'heure du repas, le jeûne ne devient réel qu'à partir du moment où ce repas a été manqué.
Il est arrivé qu'on décrète un jeûne à Lod, et que la pluie tombe pour eux avant midi. Rabbi Tarfon leur dit : sortez, mangez, buvez et faites un jour de fête.
Ils sortirent, mangèrent, burent et firent un jour de fête ; puis ils revinrent à l'heure de l'après-midi et lurent le Hallel HaGadol.
Le précédent de Lod applique l'avis de Rabbi Eliezer : la pluie est tombée avant midi, et Rabbi Tarfon renvoie l'assemblée manger et boire. Il ajoute un élément que la michna précédente ne demandait pas : la journée devient un jour de fête.
Le Hallel HaGadol est le psaume 136, lu l'après-midi. Rachi en donne la raison : on y lit « Il donne du pain à toute chair », verset qui répond exactement à une détresse de récolte. L'ordre des gestes compte : on mange d'abord, on rend grâce ensuite.
Piskei HaRosh discute ici le cas parallèle du jeûne individuel pris pour un malade ou une douleur. Sa conclusion distingue le tsibour du yahid : la collectivité interrompt pour louer dans la joie, l'individu achève le jeûne qu'il a pris sur lui.
Guemara. [La michna a dit :] l'ordre de ces jeûnes est énoncé pour la première revi'a (période de pluie).
Et l'on objecte : la première et la deuxième revi'a, c'est pour demander ; la troisième, c'est pour jeûner !
La guemara s'ouvre sur une contradiction de textes. La revi'a est une période attendue de pluie dans la saison des semailles ; le traité en compte trois, échelonnées. La michna rattache tout le dispositif des jeûnes progressifs à la première revi'a.
La baraita citée dit autre chose : les deux premières revi'ot manquées appellent seulement une demande de pluie, et le jeûne ne commence qu'à la troisième. Rachi formule l'opposition dans ses propres termes : d'un côté un jeûne dès la première revi'a, de l'autre un jeûne reporté à la troisième.
Rav Yehouda dit : voici ce que la michna veut dire. L'ordre des jeûnes énoncé, quand s'applique-t-il ?
Lorsque la première, la deuxième et la troisième revi'a sont passées et que les pluies ne sont pas tombées. Mais si les pluies sont tombées à la première revi'a, qu'ils ont semé et que cela n'a pas levé, ou bien que cela a levé puis a changé d'aspect — on fait la hatra'a pour eux immédiatement.
Rav Yehouda résout la contradiction en relisant la michna. L'expression « la première revi'a » n'indique pas le moment où l'on commence à jeûner, mais le type de situation auquel l'ordre des jeûnes s'applique : une année où la pluie a manqué depuis le début de la saison, les trois revi'ot étant passées sans rien. Rachi ajoute que le mot revi'a peut désigner toute la saison du yore, ce qui autorise cette lecture large.
Un second cas est alors distingué, qui échappe à l'ordre progressif : la pluie est bien tombée, on a semé, et la récolte échoue ensuite. Ici, la détresse est déjà visible, et l'on passe directement à la hatra'a, immédiatement, sans parcourir les paliers de jeûnes.
Rav Nahman dit : c'est précisément dans le cas où cela a changé d'aspect ; mais si cela a sèche — non. C'est évident, puisque nous avons appris « cela a changé » !
Cela n'est nécessaire que pour le cas où cela est monté en tige (de-akon). Tu aurais pu dire que la montée en tige est quelque chose ; il nous apprend qu'il n'en est rien.
Rav Nahman serre le mot de la michna. Elle dit nichtanou, « cela a changé d'aspect », et c'est exactement ce cas qui autorise la hatra'a immédiate : la récolte est abîmée mais récupérable, donc il y a matière à prier. Une récolte desséchée sort du champ de la prière ; Rachi le dit sans détour, ce serait une prière vaine.
L'objection est de méthode : Rav Nahman semble répéter le mot de la michna. La réponse introduit un cas intermédiaire, de-akon, un début de redressement après le dessèchement : la tige monte. On pourrait y voir un signe encourageant justifiant la hatra'a. Rav Nahman l'écarte.
Rachi propose deux raisons opposées de cet écart, dans ses gloses 5 et 6, et Tossefot suit la seconde formulation : soit la montée en tige est trop faible pour valoir une hatra'a, soit elle indique au contraire que la récolte se refait d'elle-même. Dans les deux lectures, la conclusion pratique est la même.
« Et de même lorsque les pluies ont cessé entre une pluie et l'autre, etc. » Qu'est-ce qu'une plaie de batsoret (disette) ? Rav Yehouda dit au nom de Rav : une plaie qui conduit à la batsoret.
Rav Nahman dit : d'un fleuve à un fleuve —
Le folio revient à une clause de la michna : quarante jours sans pluie entre deux pluies constituent une plaie de batsoret. La guemara demande ce que cette expression ajoute, puisque l'absence de pluie est déjà la disette. Rav Yehouda au nom de Rav répond en déplaçant le mot : la michna décrit une plaie qui conduit à la batsoret, un état encore en amont.
Rav Nahman commence alors à graduer les situations, et sa phrase est coupée par la fin du folio ; le mot manquant, batsorta, est déjà lu par Rachi et Tossefot. Le critère est le coût du ravitaillement : si le grain circule d'un fleuve à l'autre en bateau, la peine est légère et l'on reste dans la disette, sans hatra'a.
Tossefot développe l'échelle complète, jusqu'au transport à dos d'ânes entre provinces, et pose la règle qui commande tout le passage : on ne crie pour une batsoret que lorsqu'elle peut aboutir à la famine.
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).