Taanit 20a — Le soleil de Nakdimon, les malédictions qui sont des bénédictions, et le roseau plutôt que le cèdre

Taanit 20a

Sougya : Le folio achève le récit de Nakdimon ben Gourion, qui avait emprunté douze sources d'eau pour les pèlerins et s'était engagé à rendre l'eau ou son prix au jour dit. La pluie tombe à sa prière, puis le créancier oppose une seconde prétention : le soleil est couché, l'échéance est passée.

Une deuxième prière fait percer le soleil, et une baraita rattache à cet épisode trois hommes pour qui le soleil a devancé son cours : Moche, Yehochoua et Nakdimon ; trois amoraim proposent trois dérivations pour le cas de Moche. La guemara revient ensuite à la michna sur la ville privée de pluie, et Rav Yehouda au nom de Rav ouvre une série de relectures : cinq versets qui se lisent comme des malédictions et que Rav retourne en bénédictions.

La dernière, sur le roseau agité dans l'eau, conduit à la comparaison du roseau et du cèdre, puis à la règle de conduite qui en découle et à l'ouverture du récit de Rabbi Elazar fils de Rabbi Chimon.

Le litige de Nakdimon : deux prétentions, deux prières L'engagement (rapporté en 19b) : douze sources d'eau empruntées pour les pèlerins ; à la date fixée, rendre l'eau ou douze kikar d'argent. 1. Le jour arrive, pas de pluie Le hégmon réclame son eau ou son argent, et entre au bain tout joyeux (segment 0). 2. Première prière Non pour mon honneur, mais pour le Tien. La pluie remplit les douze sources (segment 1). 3. Seconde prétention Le soleil est couché : le jour est passé, la pluie est tombée chez moi (segment 2). 4. Seconde prière Fais savoir que Tu as des bien-aimés dans Ton monde. Les nuages se dispersent, le soleil brille de nouveau (segment 3). 5. Le créancier s'incline Si le soleil n'avait pas percé, j'aurais eu matière à réclamation. Le nom Nakdimon vient de là : nikdéra, le soleil a percé. Le point de bascule : le premier miracle sauve l'argent, le second sauve la démonstration. Le Ben Ich Haï le souligne : sur le fond, Nakdimon aurait gagné le procès de toute façon, la prétention du hégmon étant douteuse.
Le récit se lit comme un dossier judiciaire : une dette, une échéance, deux exceptions du créancier, deux réponses du Ciel.
Les cinq relectures de Rav Yehouda au nom de Rav Le verset Lecture apparente La relecture de Rav Sur une ville Je ferai pleuvoir, sur une autre non (Amos 4) Une ville punie, l'autre épargnée Les deux sont maudites : l'une manque d'eau, l'autre en reçoit trop Yerouchalayim est devenue comme une nidda (Eikha 1) Impure, mise à l'écart La nidda redevient permise : la ville a donc un remède Elle est devenue comme une veuve (Eikha 1) Le mari perdu Comme une veuve, non veuve : le mari est parti et reviendra Je vous ai rendus méprisés et abaissés (Malakhi 2) L'humiliation publique On ne nous nomme ni percepteurs ni agents de répression Il frappera Israël comme le roseau dans l'eau (Melakhim I 14) Une plante fragile, battue par le vent Le roseau plie et reste en place : meilleure malédiction que la
Quatre relectures ouvrent une bénédiction cachée ; la première va dans l'autre sens et aggrave le verset. La série ne cherche pas la consolation, elle cherche le sens exact du mot employé.
Le roseau et le cèdre : la comparaison terme à terme Le critère Le roseau (Ahiya, malédiction) Le cèdre (Bilam, bénédiction) Où il pousse Dans un lieu d'eau Loin de l'eau Si on le coupe Sa souche repousse Sa souche ne repousse pas Ses racines Nombreuses Peu nombreuses Devant le vent du sud Il plie, puis se redresse Il est déraciné et renversé Ce qu'on en tire Le calame du sofer Rien de tel La règle qui en découle : que l'homme soit toujours souple comme le roseau et jamais dur comme le cèdre.
Chaque trait du roseau répond à un trait du cèdre ; la comparaison se termine sur un usage, le calame, qui décide du classement.
1
וְעַכְשָׁיו יָרְדוּ גְּשָׁמִים?! נִכְנַס לְבֵית הַמֶּרְחָץ בְּשִׂמְחָה. עַד שֶׁהַהֶגְמוֹן נִכְנַס בְּשִׂמְחָתוֹ לְבֵית הַמֶּרְחָץ, נַקְדִּימוֹן נִכְנַס לְבֵית הַמִּקְדָּשׁ כְּשֶׁהוּא עָצוּב. נִתְעַטֵּף, וְעָמַד בִּתְפִלָּה.

Et maintenant la pluie tomberait ?! Il entra au bain, joyeux.

Pendant que le hegmon entrait au bain dans sa joie, Nakdimon entrait au Temple, attristé. Il s'enveloppa et se tint en prière.

📜 Rachi (1)
וְעַכְשָׁיו יָרְדוּ גְּשָׁמִים בִּתְמִיהַּ:
Sur le ton de l'étonnement : la question est rhétorique, le hegmon tient pour acquis qu'il ne pleuvra pas.
💡 Explication

Le segment reprend le récit ouvert au folio précédent. Nakdimon avait emprunté à un notable douze sources d'eau pour les pèlerins montés à Yerouchalayim, en s'engageant à rendre l'eau au jour dit ou à payer douze kikar d'argent. La saison des pluies s'achève, le ciel est sec, et la date est arrivée.

Le mot hegmon désigne un gouverneur ou un haut fonctionnaire romain. Le récit place les deux hommes au même instant dans deux lieux opposés : le bain et le Temple, la joie et la tristesse. Le verbe nitatef, il s'enveloppa, décrit l'attitude de prière prise dans le talith.

2
אָמַר לְפָנָיו: רִבּוֹנוֹ שֶׁל עוֹלָם! גָּלוּי וְיָדוּעַ לְפָנֶיךָ שֶׁלֹּא לִכְבוֹדִי עָשִׂיתִי, וְלֹא לִכְבוֹד בֵּית אַבָּא עָשִׂיתִי, אֶלָּא לִכְבוֹדְךָ עָשִׂיתִי, שֶׁיְּהוּ מַיִם מְצוּיִין לְעוֹלֵי רְגָלִים. מִיָּד נִתְקַשְּׁרוּ שָׁמַיִם בְּעָבִים, וְיָרְדוּ גְּשָׁמִים עַד שֶׁנִּתְמַלְּאוּ שְׁתֵּים עֶשְׂרֵה מַעֲיָנוֹת מַיִם וְהוֹתִירוּ.

Il dit devant Lui : Maître du monde ! Il est révélé et connu devant Toi que je n'ai pas agi pour mon propre honneur, ni pour l'honneur de la maison de mon père, mais pour Ton honneur, afin que l'eau soit disponible pour ceux qui montent en pèlerinage.

Aussitôt le ciel se couvrit de nuages, et la pluie tomba jusqu'à ce que les douze sources se remplissent d'eau, et il y eut du surplus.

💡 Explication

La prière ne demande rien pour celui qui la prononce. Nakdimon écarte successivement deux mobiles possibles, son honneur personnel et celui de sa maison, pour ne retenir que le service des pèlerins. La formule galoui ve-yadoua lefanekha, il est révélé et connu devant Toi, engage le seul témoin capable de vérifier une intention.

Le surplus d'eau, noté ici, sera le point de départ du litige : Nakdimon rend plus que ce qu'il a emprunté et en réclame le prix.

3
עַד שֶׁיָּצָא הֶגְמוֹן מִבֵּית הַמֶּרְחָץ, נַקְדִּימוֹן בֶּן גּוּרְיוֹן יָצָא מִבֵּית הַמִּקְדָּשׁ. כְּשֶׁפָּגְעוּ זֶה בָּזֶה, אָמַר לוֹ: תֵּן לִי דְּמֵי מַיִם יוֹתֵר שֶׁיֵּשׁ לִי בְּיָדְךָ! אָמַר לוֹ: יוֹדֵעַ אֲנִי שֶׁלֹּא הִרְעִישׁ הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא אֶת עוֹלָמוֹ אֶלָּא בִּשְׁבִילְךָ, אֶלָּא עֲדַיִין יֵשׁ לִי פִּתְחוֹן פֶּה עָלֶיךָ, שֶׁאוֹצִיא מִמְּךָ אֶת מְעוֹתַיי, שֶׁכְּבָר שָׁקְעָה חַמָּה, וּגְשָׁמִים — בִּרְשׁוּתִי יָרְדוּ.

Au moment où le hegmon sortit du bain, Nakdimon ben Gourion sortit du Temple. Quand ils se rencontrèrent, il lui dit : donne-moi le prix de l'eau en surplus que tu détiens !

Il lui répondit : je sais que le Saint béni soit-Il n'a ébranlé Son monde que pour toi ; pourtant j'ai encore matière à réclamation contre toi, de quoi te faire rendre mon argent, car le soleil s'est déjà couché, et la pluie est donc tombée dans mon domaine.

💡 Explication

La réponse du hegmon sépare deux plans. Sur le plan des faits, il reconnaît le miracle sans réserve. Sur le plan du droit, il soulève une exception de délai : l'engagement portait sur un jour précis, le soleil est couché, le jour est donc achevé, et la pluie est tombée après l'échéance, dans un bassin qui lui appartenait déjà.

L'expression pithon pe, une ouverture de bouche, désigne en araméen de tribunal la possibilité de formuler une prétention recevable. Le hegmon ne dit pas qu'il a raison, il dit qu'il peut plaider.

🖼️ Schéma
L'exception de délai soulevée par le hegmon L'engagement : rendre l'eau, ou payer douze kikar, au jour fixé. Ce que soutient Nakdimon La pluie est tombée le jour même. Les sources sont pleines, et au-delà : paie-moi le surplus. Ce que répond le hegmon Le soleil était couché : le jour fixé était déjà fini. L'eau est tombée dans mon domaine, tu me dois l'argent. Le point litigieux tient à une heure : la pluie est-elle tombée avant ou après le coucher du soleil ? Le second miracle tranche le point de fait : le soleil reparaît, donc il n'était pas couché.
Le désaccord ne porte plus sur la dette, mais sur l'heure exacte de la pluie.
4
חָזַר וְנִכְנַס לְבֵית הַמִּקְדָּשׁ, נִתְעַטֵּף וְעָמַד בִּתְפִלָּה, וְאָמַר לְפָנָיו: רִבּוֹנוֹ שֶׁל עוֹלָם! הוֹדַע שֶׁיֵּשׁ לְךָ אֲהוּבִים בְּעוֹלָמֶךָ! מִיָּד נִתְפַּזְּרוּ הֶעָבִים וְזָרְחָה הַחַמָּה. בְּאוֹתָהּ שָׁעָה אָמַר לוֹ אוֹתוֹ הֶגְמוֹן: אִילּוּ לֹא נִקְדְּרָה הַחַמָּה, הָיָה לִי פִּתְחוֹן פֶּה עָלֶיךָ שֶׁאוֹצִיא מִמְּךָ מְעוֹתַיי. תַּנָּא: לֹא נַקְדִּימוֹן שְׁמוֹ, אֶלָּא בּוֹנֵי שְׁמוֹ, וְלָמָּה נִקְרָא שְׁמוֹ נַקְדִּימוֹן — שֶׁנִּקְדְּרָה חַמָּה בַּעֲבוּרוֹ.

Il revint et entra au Temple, s'enveloppa et se tint en prière. Il dit devant Lui : Maître du monde !

Fais savoir que Tu as des bien-aimés dans Ton monde ! Aussitôt les nuages se dissipèrent et le soleil brilla.

À cet instant, ce hegmon lui dit : si le soleil n'avait pas percé, j'aurais eu matière à réclamation contre toi, de quoi te faire rendre mon argent. On a enseigné : son nom n'était pas Nakdimon, mais Bouni ; et pourquoi l'a-t-on appelé Nakdimon ?

Parce que le soleil a percé (nikdera) pour lui.

📜 Rachi (2)
בּוֹנֵי שְׁמוֹ:
Bouni était son nom.
נִקְדְּרָה זָרְחָה לְשׁוֹן מַקְדִּיר שֶׁהָיְתָה חַמָּה קוֹדֶרֶת בָּרָקִיעַ וְזוֹרַחַת פירטוצ"ר בְּלַעַ"ז:
Elle a brillé. Le terme relève de makdir : le soleil perforait le firmament et y brillait ; pertoutser en langue vernaculaire.
🗂️ Tossefot (1)
נִקְדְּרָה. כְּמוֹ מְקַדֵּר בֶּהָרִים (עֵירוּבִין נח.) כְּלוֹמַר שֶׁמְּנַקֵּב הָרָקִיעַ:
Comme dans l'expression mekader be-harim (Erouvin 58a), qui désigne une mesure prise en ligne droite à travers les montagnes : le soleil perce le firmament.
🪔 Ben Yehoyada (1)
רִבּוֹנוֹ שֶׁל עוֹלָם, הוֹדַע שֶׁיֵּשׁ לְךָ אֲהוּבִים בְּעוֹלָמֶךָ. קָשֶׁה וַהֲלֹא נוֹדַע זֶה בַּנֵּס הָרִאשׁוֹן שֶׁיָּרְדוּ גְּשָׁמִים? וְנִרְאֶה לִי בס"ד אוֹתוֹ נֵס אֵינוֹ נִיכָּר שֶׁנַּעֲשָׂה בַּעֲבוּר אַהֲבָה כִּי הָיָה מֻוכְרָח לִהְיוֹת שֶׁאִם לֹא הָיוּ גְּשָׁמִים יוֹרְדִין הָיָה מַפְסִיד נַקְדִּימוֹן סַךְ גָּדוֹל בִּשְׁבִיל יִשְׂרָאֵל אֲבָל נֵס הַשֵּׁנִי אִם לֹא הָיָה נַעֲשָׂה לֹא הָיָה נַקְדִּימוֹן מַפְסִיד כְּלוּם בְּדִין יַעַן כִּי טַעֲנַת הַהֶגְמוֹן הִיא טַעֲנַת סָפֵק הַאֵיךְ יוּכַל לְבָרֵר שֶׁיֵּרְדוּ גְּשָׁמִים אַחַר שְׁקִיעַת הַחַמָּה וְשׁוּרַת הַדִּין מְחַיֶּיבֶת בְּכָל מָקוֹם הַמּוֹצִיא מֵחֲבֵירוֹ עָלָיו הָרְאָיָה וְרַק הַנֵּס הוֹעִיל שֶׁלֹּא נִשְׁאַר פִּתְחוֹן פֶּה לְהֶגְמוֹן לְדַבֵּר כְּלוּם וְלֹא עָשָׂה תְּבִיעָה בְּדִינָא וְדַייָּנָא אַךְ וַדַּאי הָיָה זוֹכֶה נַקְדִּימוֹן מִשּׁוּם דְּטַעֲנַת הַהֶגְמוֹן הִיא שֶׁל סָפֵק וְהַמּוֹצִיא מֵחֲבֵרוֹ עָלָיו הָרְאָיָה וְאִם כֵּן בְּנֵס זֶה נִיכָּר שֶׁנַּעֲשָׂה מֵאַהֲבָה.
« Maître du monde, fais savoir que Tu as des bien-aimés dans Ton monde. » Difficulté : cela n'était-il pas déjà connu par le premier miracle, celui de la pluie tombée ? Il me semble, avec l'aide du Ciel, que le premier miracle ne se reconnaissait pas comme fait par amour, car il était en quelque sorte contraint : si la pluie n'était pas tombée, Nakdimon aurait perdu une somme considérable pour le service d'Israël. Le second miracle, en revanche, s'il n'avait pas eu lieu, n'aurait rien fait perdre à Nakdimon selon le droit, car la prétention du hegmon est une prétention douteuse : comment pourrait-il établir que la pluie est tombée après le coucher du soleil ? Et la règle stricte veut partout que celui qui réclame à son prochain apporte la preuve. Le miracle n'a servi qu'à ne laisser au hegmon aucune ouverture pour parler, de sorte qu'il n'a pas porte réclamation devant un tribunal ; mais assurément Nakdimon aurait eu gain de cause, puisque la prétention du hegmon est douteuse et que le demandeur porte la charge de la preuve. Ce second miracle se reconnaît donc comme fait par amour.
💡 Explication

La seconde prière ne demande plus de l'eau ni de l'argent, elle demande une reconnaissance publique. Le miracle porte cette fois sur le temps : le soleil reparaît après son coucher apparent, ce qui établit rétroactivement que la pluie est tombée dans le délai.

La dernière phrase est une baraita qui rattache le surnom à l'événement. La racine kadar signifie percer, perforer ; nikdera hama, le soleil a percé, donne Nakdimon. Le nom reçu remplace le nom de naissance, Bouni.

5
תָּנוּ רַבָּנַן: שְׁלֹשָׁה נִקְדְּמָה לָהֶם חַמָּה בַּעֲבוּרָן: מֹשֶׁה, וִיהוֹשֻׁעַ, וְנַקְדִּימוֹן בֶּן גּוּרְיוֹן. בִּשְׁלָמָא נַקְדִּימוֹן בֶּן גּוּרְיוֹן — גְּמָרָא. יְהוֹשֻׁעַ — נָמֵי קְרָא, דִּכְתִיב: ״וַיִּדֹּם הַשֶּׁמֶשׁ וְיָרֵחַ עָמָד וְגוֹ׳״. אֶלָּא מֹשֶׁה מִנָּלַן?

Nos maîtres ont enseigné : pour trois hommes le soleil a devancé son cours — Moche, Yehochoua et Nakdimon ben Gourion. Soit, pour Nakdimon ben Gourion, c'est une tradition reçue.

Pour Yehochoua aussi, c'est un verset, ainsi qu'il est écrit : « et le soleil s'arrêta, et la lune se tint, etc. » Mais pour Moche, d'où le savons-nous ?

📜 Rachi (1)
הָכִי גָּרְסִינַן נַקְדִּימוֹן בֶּן גּוּרְיוֹן הָא דַּאֲמָרָן:
Telle est notre leçon : « Nakdimon ben Gourion », c'est ce que nous venons de dire.
💡 Explication

La baraita tire de l'épisode une liste de trois. La guemara vérifie ensuite chaque terme : Nakdimon repose sur la tradition orale qui vient d'être rapportée, Yehochoua sur un verset explicite (Yehochoua 10,13). Reste Moche, pour qui aucun verset ne décrit un tel phénomène.

L'expression nikdema lahem hama signifie que le soleil a devancé son cours, en se levant ou en brillant à une heure irrégulière. Le mot guemara employé ici désigne une tradition reçue par transmission orale.

🖼️ Schéma
Trois hommes, et trois manières de le prouver pour Moche Nakdimon ben Gourion Source : la tradition reçue, le récit qui précède. Yehochoua Source : un verset explicite, le soleil s'arrêta (Yehochoua 10). Moche Aucun verset ne le dit. D'où le savons-nous ? Rabbi Elazar Gezera chava ahel - ahel Moche : je commencerai à mettre la crainte de toi (Devarim 2) Yehochoua : je commencerai à te grandir Rabbi Chmouel bar Nahmani Gezera chava têt - têt Moche : à mettre la crainte de toi Yehochoua : le jour où Il livra l'Emori (Yehochoua 10) Rabbi Yo'hanan Pas de gezera chava : le verset seul. Quand les peuples ont-ils tremblé devant toi ? Quand le soleil a devancé son cours. Les deux premières voies rattachent Moche à Yehochoua par un mot commun et lui transfèrent le miracle déjà attesté. La troisième reste dans le verset de Moche et demande ce qui, concrètement, a pu faire trembler les peuples. Nafka mina : pour Rabbi Yo'hanan, le miracle doit avoir été visible au loin ; pour les deux autres, il suffit qu'il ait eu lieu.
Le cas de Moche est le seul à demander une démonstration, et il en reçoit trois.
6
אָמַר רַבִּי אֶלְעָזָר: אָתְיָא ״אָחֵל״ ״אָחֵל״, כְּתִיב הָכָא: ״אָחֵל תֵּת פַּחְדְּךָ״, וּכְתִיב הָתָם: ״אָחֵל גַּדֶּלְךָ״.

Rabbi Elazar dit : cela se dérive par la gezera chava « ahel » — « ahel ». Il est écrit ici : « je commencerai à mettre la crainte de toi », et il est écrit là-bas : « je commencerai à te grandir ».

📜 Rachi (1)
אָתְיָא אָחֵל אָחֵל כְּתִיב בְּמִלְחֶמֶת יְהוֹשֻׁעַ (יְהוֹשֻׁעַ ג׳:ז׳) אָחֵל גַּדֶּלְךָ וּבְמִלְחֶמֶת מֹשֶׁה כְּתִיב (דְּבָרִים ב׳:כ״ה) אָחֵל תֵּת פַּחְדְּךָ מַה יְהוֹשֻׁעַ נִקְדְּמָה לוֹ חַמָּה בְּמִלְחַמְתּוֹ כְּדִכְתִיב בְּהֶדְיָא אַף מֹשֶׁה כֵּן שֶׁכֵּן דֶּרֶךְ הַכְּתוּבִין לָמַד סָתוּם מִן הַמְפֹורָשׁ בְּרֶמֶז בְּדִיבּוּר דּוֹמֶה לַחֲבֵירוֹ וּגְזֵירָה שָׁוָה אַחַת מִן י"ג מִדּוֹת שֶׁנִּיתְּנוּ לוֹ לְמֹשֶׁה מִסִּינַי וּבִתְחִילַּת סִיפְרָא מְפֹורָשׁ:
Il est écrit à propos de la guerre de Yehochoua (Yehochoua 3,7) « je commencerai à te grandir », et à propos de la guerre de Moche (Devarim 2,25) « je commencerai à mettre la crainte de toi ». De même que le soleil a devancé son cours pour Yehochoua dans sa guerre, comme le verset le dit explicitement, de même pour Moche. Telle est en effet la manière des Écritures : on apprend ce qui est laissé dans l'ombre à partir de ce qui est explicite, par l'indice d'un terme semblable à son pareil. La gezera chava est l'une des treize mesures données à Moche au Sinaï, et elle est exposée au début du Sifra.
💡 Explication

La gezera chava est une règle d'exégèse : deux passages qui portent un même mot se transmettent mutuellement leurs détails. Ici le mot est ahel, je commencerai, présent dans le verset de Moche (Devarim 2,25) et dans celui de Yehochoua (Yehochoua 3,7).

Le raisonnement transfère à Moche ce qui est explicite chez Yehochoua. Rachi rappelle la formule qui gouverne ce type d'inférence : lamed satoum min ha-mefourach, apprendre ce qui est obscur à partir de ce qui est clair.

7
רַבִּי שְׁמוּאֵל בַּר נַחְמָנִי אָמַר: אָתְיָא ״תֵּת״ ״תֵּת״, כְּתִיב הָכָא: ״אָחֵל תֵּת פַּחְדְּךָ״, וּכְתִיב הָתָם: ״בְּיוֹם תֵּת ה׳ אֶת הָאֱמֹרִי״.

Rabbi Chmouel bar Nahmani dit : cela se dérive de « têt » — « têt ». Il est écrit ici : « je commencerai à mettre (têt) la crainte de toi », et il est écrit là-bas : « le jour où ה' livra (têt) l'Emori ».

💡 Explication

Même procédé, mot différent. Rabbi Chmouel bar Nahmani rapproche les deux passages par le verbe têt, donner ou livrer, qui figure dans Devarim 2,25 et dans Yehochoua 10,12, le verset même où le soleil s'arrête.

L'avantage de ce choix apparaît à la lecture : le mot têt se trouve dans le verset qui rapporte le miracle, alors que ahel se trouve dans un verset antérieur, plus éloigné de l'événement.

8
רַבִּי יוֹחָנָן אָמַר, אָתְיָא מִגּוּפֵיהּ דִּקְרָא: ״אֲשֶׁר יִשְׁמְעוּן שִׁמְעֲךָ וְרָגְזוּ וְחָלוּ מִפָּנֶיךָ״, אֵימָתַי רָגְזוּ וְחָלוּ מִפָּנֶיךָ — בְּשָׁעָה שֶׁנִּקְדְּמָה לוֹ חַמָּה לְמֹשֶׁה.

Rabbi Yo'hanan dit : cela se dérive du verset lui-même, « ceux qui entendront ta renommée trembleront et seront saisis d'angoisse devant toi ». Quand ont-ils tremblé et ont-ils été saisis d'angoisse devant toi ?

Au moment où le soleil a devancé son cours pour Moche.

💡 Explication

Rabbi Yo'hanan se passe de gezera chava. Il lit la seconde moitié du verset de Devarim 2,25 comme la description d'un effet, et cherche la cause capable de le produire : un tremblement qui saisit des peuples qui n'ont fait qu'entendre.

Un événement céleste visible de partout répond à cette exigence, là où une victoire militaire ne toucherait que les voisins immédiats.

9
וְכֵן עִיר שֶׁלֹּא יָרְדוּ עָלֶיהָ גְּשָׁמִים כּוּ׳. אָמַר רַב יְהוּדָה אָמַר רַב: וּשְׁתֵּיהֶן לִקְלָלָה.

« Et de même, une ville sur laquelle la pluie n'est pas tombée, etc. » Rav Yehouda dit au nom de Rav : les deux sont pour la malédiction.

📜 Rachi (1)
שְׁתֵּיהֶן לִקְלָלָה אַקְּרָא קָאֵי הַאי דִּכְתִיב עַל עִיר אַחַת אַמְטִיר וְעַל עִיר אַחַת לֹא אַמְטִיר שְׁנֵיהֶם לִקְלָלָה אוֹתָהּ שֶׁיַּמְטִיר עָלֶיהָ רֹוב גְּשָׁמִים שֶׁמְּקַלְקְלִין אֶת הַתְּבוּאָה וְאֶת שֶׁלֹּא יַמְטִיר אֵין גְּשָׁמִים וְאֵין תְּבוּאָה גְּדֵילָה אֲשֶׁר לֹא תַמְטִיר עָלֶיהָ מוּסָב הַדָּבָר עַל הָעָב שֶׁהָעָב בִּלְשׁוֹן נְקֵיבָה דִּכְתִיב (מְלָכִים א יח מד) הִנֵּה עָב קְטַנָּה כְּכַף אִישׁ עֹולָה מִיָּם:
Cela porte sur le verset « sur une ville Je ferai pleuvoir, et sur une autre ville Je ne ferai pas pleuvoir » : les deux sont pour la malédiction. Celle sur laquelle Il fait pleuvoir reçoit des pluies excessives, qui abîment la récolte ; celle sur laquelle Il ne fait pas pleuvoir n'a pas de pluie, et la récolte n'y pousse pas. Et l'expression « celle sur laquelle il ne pleuvra pas » se rapporte à la nuée, car le mot nuée est au féminin, ainsi qu'il est écrit (Melakhim I 18,44) : « voici une petite nuée, comme la paume d'un homme, qui monte de la mer ».
💡 Explication

La guemara revient à la michna, qui citait Amos 4,7 pour établir qu'une ville privée de pluie alors que ses voisines en reçoivent est frappée d'une malédiction. Rav durcit la lecture : la ville arrosée ne s'en sort pas mieux, elle reçoit une pluie surabondante qui détruit la récolte.

Rachi ajoute un point de grammaire : le féminin du verbe dans « celle sur laquelle il ne pleuvra pas » ne renvoie pas à la ville mais à la nuée, ce qui soutient la lecture de Rav. C'est la première d'une série de relectures de Rav Yehouda au nom de Rav, et la seule qui aggrave le verset au lieu de l'adoucir.

10
״הָיְתָה יְרוּשָׁלִַים לְנִדָּה בֵּינֵיהֶם״, אָמַר רַב יְהוּדָה אָמַר רַב: לִבְרָכָה, כְּנִדָּה: מַה נִדָּה יֵשׁ לָהּ הֶיתֵּר — אַף יְרוּשָׁלַיִם יֵשׁ לָהּ תַּקָּנָה.

« Yerouchalayim est devenue comme une nidda parmi eux. » Rav Yehouda dit au nom de Rav : c'est pour la bénédiction, comme une nidda — de même que la nidda a une permission, de même Yerouchalayim a un remède.

🪔 Ben Yehoyada (1)
"הָיְתָה יְרוּשָׁלִַים לְנִדָּה בֵּינֵיהֶם" (אֵיכָה א, יז) אָמַר רַב יְהוּדָה, [אָמַר רַב]: לִבְרָכָה, כְּנִדָּה, מַה נִדָּה יֵשׁ לָהּ הֶתֵּר, אַף יְרוּשָׁלַיִם יֵשׁ לָהּ תַּקָּנָה. וְעוֹד נִרְאֶה לִי דִּמְיוֹן הַנִּדָּה לִבְרָכָה, דְּהַנִּדָּה אִם תִּתְעַבֵּר יִפָּסֵק דַּם נִידּוֹת וּכְשֶׁתֵּלֵד יִתְהַפֵּךְ הַדָּם לְחָלָב שֶׁהוּא מַאֲכַל הַוָּלָד וְכֵן יִשְׂרָאֵל כְּשֶׁמִּתְעוֹרְרִין בִּתְשׁוּבָה אֲשֶׁר הִתְעוֹרְרוּת זוֹ הִיא נֶחְשֶׁבֶת דִּמְיוֹן הֵרָיוֹן אָז תִּפָּסֵק הַטֻּומְאָה מֵהֶם וּכְשֶׁעוֹשִׂין מִצְוֹת וּמַעֲשִׂים טוֹבִים יִתְהַפְּכוּ הָעֲוֹנוֹת לִזְכִיּוֹת כְּמוֹ הַדָּם שֶׁנֶּהְפַּךְ לְחָלָב וּלְכָךְ אוֹמְרִים זֶה בַּקִּינָה מִפְּנֵי שֶׁדָּבָר זֶה מָסוּר בְּיָדָם וְאֵין עוֹשִׂין טוֹב לְעַצְמָן.
« Yerouchalayim est devenue comme une nidda parmi eux » (Eikha 1,17). Rav Yehouda dit au nom de Rav : pour la bénédiction, comme une nidda — de même que la nidda a une permission, de même Yerouchalayim a un remède. Il me semble en outre que la comparaison à la nidda vaut bénédiction pour la raison suivante : si la nidda conçoit, le sang de nidda cesse, et lorsqu'elle enfante ce sang se change en lait, qui est la nourriture de l'enfant. De même Israël : lorsqu'ils s'éveillent à la techouva — et cet éveil compte comme l'équivalent d'une conception — l'impureté cesse en eux ; et lorsqu'ils accomplissent les mitsvot et les bonnes actions, les fautes se changent en mérites, comme le sang qui se change en lait. Voilà pourquoi on récite ce verset dans une kina : parce que la chose est remise entre leurs mains, et qu'ils ne se font pas ce bien à eux-mêmes.
💡 Explication

Le verset d'Eikha compare Yerouchalayim à une nidda, une femme en état d'impureté menstruelle, écartée de son mari. Rav retient du terme non l'écart mais sa durée : l'impureté de la nidda est par définition temporaire et s'achève par la tevila.

Le mot takana, remède, indique que la destruction est un état réversible. La comparaison choisie par le prophète contient donc, dans le terme même, la promesse du retour.

11
״הָיְתָה כְּאַלְמָנָה״, אָמַר רַב יְהוּדָה, לִבְרָכָה: כְּאַלְמָנָה — וְלֹא אַלְמָנָה מַמָּשׁ, אֶלָּא כְּאִשָּׁה שֶׁהָלַךְ בַּעְלָהּ לִמְדִינַת הַיָּם, וְדַעְתּוֹ לַחֲזֹור עָלֶיהָ.

« Elle est devenue comme une veuve. » Rav Yehouda dit : c'est pour la bénédiction — comme une veuve, et non veuve réellement, mais comme une femme dont le mari est parti pour un pays d'outre-mer avec l'intention de revenir auprès d'elle.

📜 Rachi (1)
וְלֹא אַלְמָנָה גְּמוּרָה דְּהָא לָא כְּתִיב אַלְמָנָה אֶלָּא הָיְתָה כְּאַלְמָנָה כְּאִשָּׁה הָעוֹמֶדֶת בְּאַלְמְנוּת חַיּוֹת עַל בַּעְלָהּ שֶׁהָלַךְ וְעָתִיד לַחֲזֹור:
Car il n'est pas écrit « veuve », mais « elle est devenue comme une veuve » : comme une femme qui se tient dans un veuvage du vivant de son mari, parti et destiné à revenir.
🪔 Ben Yehoyada (1)
כְּאַלְמָנָה וְלֹא אַלְמָנָה מַמָּשׁ. הִנֵּה בָּזֶה פֵּרַשְׁתִּי בס"ד הַפָּסוּק (יִרְמְיָהוּ ד, לא) 'קוֹל בַּת צִיּוֹן תִּתְיַפֵּחַ תְּפָרֵשׂ כַּפֶּיהָ' רוֹצֶה לוֹמַר כַּאֲשֶׁר תִּקּוּנָן בִּמְגִילַּת אֵיכָה תְּפָרֵשׁ אוֹתִיּוֹת הַכָּפִי"ן כְּאַלְמָנָה וְשֶׁל כְּאוֹיֵב שֶׁלֹּא יְבֻולְּעוּ בִּקְרִיאָתָם. וּבָזֶה פֵּרַשְׁתִּי (יְשַׁעְיָהוּ מט, טז) הֵן עַל כַּפַּיִם חַקֹּתִיךְ , רָמַז בָּזֶה עַל כָּ"ף שֶׁל כְּאַלְמָנָה וְכָ"ף שֶׁל כְּאוֹיֵב שֶׁאָמַרְתִּי תֵּיבוֹת אֵלּוּ בְּתוֹסֶפֶת כָּפִי"ן וְזֶה הוֹכָחָה שֶׁלֹּא אָטוּשׁ אוֹתְךָ לְעוֹלָם, אֶלָּא חֻומְּתִיךְ הֵם נֶגְדִּי תָּמִיד לְהַחֲזִירָם לְיָושְׁנָם, וְאַרְמוֹן עַל מִשְׁפָּטוֹ יֵשֵׁב כְּבָרִאשׁוֹנָה. וּבָזֶה יוּבָן בס"ד מַה שֶׁאָמַר דָּוִד הַמֶּלֶךְ ע"ה, (תְּהִלִּים מז, ב) 'כָּל הָעַמִּים תָּקְעוּ כָּף' שֶׁלֹּא תִּבְלְעוּ אוֹתוֹ בִּקְרִיאָה בִּשְׁתֵּי תֵּיבוֹת הַנִּזְכָּרִים. וּמַה שֶׁאוֹמְרִים בְּקִינָּה (אֵיכָה א, א) 'הָיְתָה כְּאַלְמָנָה' אַף עַל פִּי שֶׁהוּא דָּבָר טוֹב כְּאִשָּׁה שֶׁהָלַךְ בַּעְלָהּ לַמְּדִינוֹת הַיָּם וְלֹא נִתְאַלְמְנָה הַיְינוּ מִפְּנֵי שֶׁיּוֹצֵא מִדָּבָר זֶה חִיּוּב עֲלֵיהֶם כְּשֶׁהֵם מִתְעָרְבִים עִם הָעַכּוּ"ם דְּנִמְצָא בָּזֶה דִּינָם כְּאִשָּׁה שֶׁמְּזַנָּה תַּחַת בַּעְלָהּ.
« Comme une veuve, et non veuve réellement. » J'ai expliqué par là, avec l'aide du Ciel, le verset (Yirmeyahou 4,31) « la voix de la fille de Tsion gémit, elle étend ses paumes (kapeha) » : lorsqu'elle récite les lamentations du rouleau d'Eikha, qu'elle détache bien les lettres kaf de « ke-almana » et de « ke-oyev », afin qu'elles ne soient pas avalées à la lecture. J'ai expliqué de même (Yechayahou 49,16) « voici, Je t'ai gravée sur Mes paumes (kapayim) » : allusion au kaf de « ke-almana » et au kaf de « ke-oyev », car J'ai dit ces mots avec l'ajout du kaf, et c'est la preuve que Je ne t'abandonnerai jamais ; au contraire, tes murailles sont constamment devant Moi, pour les rétablir dans leur état premier, et le palais sera habité selon sa règle comme autrefois. Ainsi se comprend, avec l'aide du Ciel, ce que dit David, roi d'Israël, sur lui la paix (Tehilim 47,2) : « tous les peuples, frappez la paume (kaf) », c'est-à-dire n'avalez pas le kaf à la lecture de ces deux mots. Et si l'on récite dans la kina « elle est devenue comme une veuve » (Eikha 1,1) bien que ce soit une bonne chose — comme une femme dont le mari est parti pour les pays d'outre-mer et qui n'est pas devenue veuve —, c'est parce qu'il en découle une charge contre eux : lorsqu'ils se mêlent aux nations, leur statut devient celui d'une femme qui se livre à l'inconduite sous son mari.
💡 Explication

La relecture repose sur une seule lettre. Le verset ne dit pas almana, veuve, mais ke-almana, comme une veuve : la comparaison indique une ressemblance et non une identité.

Rachi précise la catégorie halakhique visée, almenout hayout, le veuvage du vivant du mari : la femme est seule, mais le lien n'est pas rompu. Le Ben Ich Haï en tire une consigne de lecture pour Ticha be-Av, prononcer distinctement le kaf de comparaison pour ne pas transformer le mot en son contraire.

12
״וְגַם אֲנִי נָתַתִּי אֶתְכֶם נִבְזִים וּשְׁפָלִים״, אָמַר רַב יְהוּדָה: לִבְרָכָה, דְּלָא מוֹקְמִי מִינַּן לָא רֵישֵׁי נַהֲרֵי וְלָא גְּזִירִיפָּטֵי.

« Et Moi aussi, Je vous ai rendus méprisés et abaissés. » Rav Yehouda dit : c'est pour la bénédiction, car on ne prend pas parmi nous de chefs de fleuves ni de gueziripatei.

📜 Rachi (2)
דְּלָא מוֹקְמִי מִינָן רֵישֵׁי נַהֲרֵי מוֹכְסִין:
Des percepteurs de péages.
גְּזִירִיפָּטֵי סַרְדְּיוֹטִין מֵרֹוב בִּזָּיוֹן:
Des sardiotin, c'est-à-dire des agents armés du bâton. On n'en nomme pas parmi nous, tant nous sommes tenus en mépris.
🗂️ Tossefot (1)
גְּזִירִיפָּטֵי. פֵּירוּשׁ סַרְדְּיוֹטִין וְשׁוֹטְרֵי הָעָם בְּמַקֵּל:
Explication : des sardiotin, des agents du peuple qui frappent au bâton.
💡 Explication

Les deux fonctions nommées sont des charges publiques imposées par le pouvoir. Le rech nahara, chef de fleuve, perçoit les taxes sur la navigation et les canaux ; le gueziripata, glosé par Rachi et Tossefot comme sardiot, est un agent de police chargé d'exécuter les coups et les arrestations.

Le mépris dont parle le verset devient ainsi une protection : le pouvoir ne confie pas ces charges à un groupe qu'il méprise, et ce groupe échappe donc à l'obligation d'opprimer ses semblables.

13
״וְהִכָּה ה׳ אֶת יִשְׂרָאֵל כַּאֲשֶׁר יָנוּד הַקָּנֶה בַּמַּיִם״, אָמַר רַב יְהוּדָה אָמַר רַב: לִבְרָכָה. דְּאָמַר רַבִּי שְׁמוּאֵל בַּר נַחְמָנִי אָמַר רַבִּי יוֹנָתָן, מַאי דִכְתִיב: ״נֶאֱמָנִים פִּצְעֵי אוֹהֵב וְנַעְתָּרוֹת נְשִׁיקוֹת שׂוֹנֵא״ — טוֹבָה קְלָלָה שֶׁקִּילֵּל אֲחִיָּה הַשִּׁילֹונִי אֶת יִשְׂרָאֵל יוֹתֵר מִבְּרָכָה שֶׁבֵּרְכָן בִּלְעָם הָרָשָׁע.

« Et ה' frappera Israël comme le roseau est agité dans l'eau. » Rav Yehouda dit au nom de Rav : c'est pour la bénédiction. Car Rabbi Chmouel bar Nahmani a dit au nom de Rabbi Yonatan : que signifie le verset « fidèles sont les blessures de celui qui aime, et trompeurs les baisers de celui qui hait » ?

Meilleure est la malédiction dont Ahiya le Chilonite a maudit Israël que la bénédiction dont Bilam le mécréant les a bénis.

📜 Rachi (1)
וְנַעְתָּרוֹת נְשִׁיקוֹת שׂוֹנֵא נַעְתָּרוֹת לְשׁוֹן הֵפֶךְ כִּדְאָמְרִינַן בְּמַסֶּכֶת סֻוכָּה (דַּף יד.) וְיֵעָתֵר לוֹ מָה עֶתֶר זֶה מְהַפֵּךְ אֶת הַתְּבוּאָה פורקא בְּלַעַ"ז אִי נָמֵי נַעְתָּרוֹת לְשׁוֹן רִבּוּי וְיִיתּוּר אינקרי"ש בְּלַעַ"ז כְּמוֹ הַעְתַּרְתֶּם עָלַי דִּבְרֵיכֶם (יְחֶזְקֵאל ל״ה:י״ג):
Né'tarot exprime le retournement, comme nous le disons au traité Souka (14a) à propos de « et Il se laissa fléchir (va-yeater) par lui » : de même que la fourche (eter) retourne la récolte — forka en langue vernaculaire. Ou bien ne'tarot exprime l'abondance et le surplus — enkreis en langue vernaculaire —, comme dans « vous avez multiplié (hetartem) vos paroles contre Moi » (Ye'hezkel 35,13).
🗂️ Tossefot (1)
וְנַעְתָּרוֹת נְשִׁיקוֹת שׂוֹנֵא. פֵּירוּשׁ כְּלוֹמַר נֶאֱמָנִים פִּצְעֵי אוֹהֵב וְחִילּוּפֵיהֶן בְּשׂוֹנֵא וְנַעְתָּרוֹת לָשׁוֹן הָפוּךְ בְּעֶתֶר פורק"א בְּלַעַ"ז שֶׁמְּהַפְּכִין בָּהּ אֶת הַתְּבוּאָה וְהָכִי פְּשָׁטֵיהּ דִּקְרָא פִּצְעֵי אוֹהֵב נֶאֱמָנִים שֶׁהוּא עוֹשֶׂה לְטוֹבָה אֲפִילּוּ כְּשֶׁמַּכֶּה חֲבֵירוֹ מִתְכַּוֵּין לְטוֹבָה וּנְשִׁיקוֹת שׂוֹנֵא הֵם לְהֵיפֶךְ שֶׁעוֹשֶׂה הַכֹּל לְרָעָה וי"מ פְּשָׁטֵיהּ דִּקְרָא הָכִי נֶאֱמָנִים פִּצְעֵי אוֹהֵב וְנַעְתָּרוֹת נְשִׁיקוֹת שׂוֹנֵא כְּלוֹמַר וְנַעְתָּרוֹת לְשׁוֹן רִיבּוּי כְּלוֹמַר נְשִׁיקוֹת שׂוֹנֵא דּוֹמִים הֵם לְמַשָּׂא כְּלוֹמַר הֵם מְרֻובּוֹת וּלְמַשָּׂא לְעוֹלָם וי"מ הָכִי כְּשֶׁאוֹהֲבִים עוֹשִׂים מְרִיבָה וְשׂוֹנְאִים זֶה אֶת זֶה הַשִּׂנְאָה נֶאֱמָנָה וְהָכֵי פֵּירוּשׁ נֶאֱמָנִים פִּצְעֵי אוֹהֵב הַפְּצָעִים זֶהוּ הַשִּׂנְאָה שֶׁבֵּין אוֹהֲבִים הֵם נֶאֱמָנוֹת וְנַעְתָּרוֹת נְשִׁיקוֹת שׂוֹנֵא פִּי' דִּכְשֶׁשּׂוֹנְאִים עוֹשִׂים שָׁלוֹם זֶה לָזֶה הַשָּׁלוֹם וְהַפְּשָׁרָה שֶׁבֵּינֵיהֶן אֲמָנָה וְקַיֶּימֶת וְהַייְנוּ נַעְתָּרוֹת נְשִׁיקוֹת שׂוֹנֵא כְּלוֹמַר נְשִׁיקוֹת שׂוֹנֵא נַעְתָּרוֹת:
Explication : « fidèles sont les blessures de celui qui aime », et l'inverse vaut pour celui qui hait. Ne'tarot exprime le retournement, du mot éter, la fourche — forka en langue vernaculaire — avec laquelle on retourne la récolte. Et voici le sens simple du verset : les blessures de celui qui aime sont fidèles, car il agit pour le bien, et même lorsqu'il frappe son compagnon son intention est bonne ; les baisers de celui qui hait sont l'inverse, car il fait tout pour le mal. D'autres expliquent ainsi le sens simple : « fidèles sont les blessures de celui qui aime, et ne'tarot les baisers de celui qui hait », ne'tarot au sens d'abondance, c'est-à-dire que les baisers de celui qui hait ressemblent à une charge : ils sont nombreux et pèsent à jamais. D'autres encore expliquent ainsi : lorsque des amis se querellent et se haïssent, cette haine est fiable ; tel est le sens de « fidèles sont les blessures de celui qui aime », les blessures désignant la haine qui survient entre amis, et elles sont fiables. Et « ne'tarot les baisers de celui qui hait » : lorsque des ennemis font la paix entre eux, cette paix et ce compromis sont sûrs et durables, et c'est le sens de ne'tarot nechikot soné, les baisers de celui qui hait sont ne'tarot.
💡 Explication

Rav applique sa méthode à un verset de Melakhim I 14,15, où le prophète Ahiya le Chilonite annonce un châtiment. Le verset de Michle 27,6 fournit le principe général : ce que dit un ami, même blessant, sert le bien, tandis que ce que dit un ennemi, même flatteur, sert le mal.

Le mot difficile est ne'tarot. Rachi propose deux voies : la racine du mot éter, la fourche qui retourne les gerbes, donc un renversement ; ou bien une idée d'abondance excessive. Les deux lectures aboutissent au même résultat, les baisers de l'ennemi se retournent contre celui qui les reçoit.

14
אֲחִיָּה הַשִּׁילֹונִי קִלְּלָן בְּקָנֶה, אָמַר לָהֶם לְיִשְׂרָאֵל: ״וְהִכָּה ה׳ אֶת יִשְׂרָאֵל כַּאֲשֶׁר יָנוּד הַקָּנֶה״, מַה קָנֶה זֶה עוֹמֵד בִּמְקוֹם מַיִם, וְגִזְעוֹ מַחְלִיף וְשָׁרָשָׁיו מְרֻובִּין, וַאֲפִילּוּ כָּל הָרוּחוֹת שֶׁבָּעוֹלָם בָּאוֹת וְנוֹשְׁבוֹת בּוֹ — אֵין מְזִיזוֹת אוֹתוֹ מִמְּקוֹמוֹ, אֶלָּא הוֹלֵךְ וּבָא עִמָּהֶן. דִּמְּמוּ הָרוּחוֹת — עָמַד הַקָּנֶה בִּמְקוֹמוֹ.

Ahiya le Chilonite les a maudits par le roseau : il dit à Israël « et ה' frappera Israël comme le roseau est agité ». De même que ce roseau se tient dans un lieu d'eau, que sa souche se renouvelle et que ses racines sont nombreuses, et que même si tous les vents du monde viennent souffler sur lui ils ne le déplacent pas de sa place, mais il va et vient avec eux ; les vents se calment, et le roseau se retrouve à sa place.

📜 Rachi (1)
וַאֲפִילּוּ כָּל הָרוּחוֹת שֶׁאֵינָן קָשׁוֹת:
Il s'agit des vents qui ne sont pas violents.
🪔 Ben Yehoyada (1)
(מלכים א' יד, טו) "והכה ה' את ישראל כאשר ינוד הקנה [במים]", מה קנה זה עומד במקום מים. נראה לי בס"ד ישראל הם מקום מים שהם זרע אברהם שהוא בחסד בסוד מים וגזעו מחליף שהם זרע יצחק שהוא בגבורה שתתחלף על ידי המיתוק ושרשיו מרובין שהם זרע יעקב אשר שרשיו מרובין למעלה שאחוז בשלשה פרצופין ושמותיו מרובין כמו שאומרים בכל יום בתפלה 'עדת יעקב בנך בכורך שמאהבתך שאהבת אותו ומשמחתך ששמחת־בו קראת אותו ישראל וישרון' ונמצא שרשיו מרובין. וידוע כי אותיות השם של האדם הם צנורות השפע שלו.
« Et ה' frappera Israël comme le roseau est agité [dans l'eau] » (Melakhim I 14,15), « de même que ce roseau se tient dans un lieu d'eau ». Il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'Israël sont eux-mêmes ce lieu d'eau : ils sont la descendance d'Avraham, qui relève du 'hessed, dans le sod de l'eau. « Sa souche se renouvelle » : c'est la descendance de Yitshak, qui relève de la guevoura, laquelle se transforme par l'adoucissement. « Ses racines sont nombreuses » : c'est la descendance de Yaakov, dont les racines en haut sont nombreuses, car il est tenu par trois partsoufim et ses noms sont multiples, comme nous le disons chaque jour dans la prière : « l'assemblée de Yaakov, Ton fils, Ton premier-né, que, par l'amour dont Tu l'as aimé et la joie dont Tu t'es réjoui en lui, Tu as appelé Israël et Yechouroun » — ses racines sont donc nombreuses. Et il est connu que les lettres du nom d'un homme sont les canaux de son influx.
💡 Explication

La lecture procède trait par trait. Le roseau tient dans un lieu d'eau, sa souche repousse après la coupe, ses racines sont nombreuses : trois avantages de survie que la comparaison transfère à Israël.

Le quatrième trait est le plus important : le roseau ne résiste pas au vent, il l'accompagne, et c'est précisément pour cela qu'il n'est pas arraché. Rachi restreint la portée de la phrase aux vents qui ne sont pas violents, car un vent extrême couche aussi le roseau.

15
אֲבָל בִּלְעָם הָרָשָׁע בֵּירְכָן בְּאֶרֶז, שֶׁנֶּאֱמַר: ״כַּאֲרָזִים עֲלֵי מַיִם״, מָה אֶרֶז זֶה אֵינוֹ עוֹמֵד בִּמְקוֹם מַיִם, וְאֵין גִּזְעוֹ מַחְלִיף, וְאֵין שָׁרָשָׁיו מְרֻובִּין. אֲפִילּוּ כָּל הָרוּחוֹת שֶׁבָּעוֹלָם נוֹשְׁבוֹת בּוֹ — אֵין מְזִיזוֹת אוֹתוֹ מִמְּקוֹמוֹ. כֵּיוָן שֶׁנָּשְׁבָה בּוֹ רוּחַ דְּרוֹמִית — עוֹקַרְתּוֹ וְהוֹפַכְתּוֹ עַל פָּנָיו. וְלֹא עוֹד אֶלָּא שֶׁזָּכָה קָנֶה לִיטּוֹל הֵימֶנּוּ קֻולְמוֹס לִכְתֹּוב בּוֹ סֵפֶר תּוֹרָה נְבִיאִים וּכְתוּבִים.

Mais Bilam le mécréant les a bénis par le cèdre, ainsi qu'il est dit : « comme des cèdres près des eaux ». De même que ce cèdre ne se tient pas dans un lieu d'eau, que sa souche ne se renouvelle pas et que ses racines ne sont pas nombreuses ; même si tous les vents du monde soufflent sur lui, ils ne le déplacent pas de sa place, mais dès qu'un vent du sud souffle sur lui, il le déracine et le renverse sur sa face.

Bien plus : le roseau a mérité qu'on en tire un calame pour y écrire un sefer Torah, les Neviim et les Ketouvim.

📜 Rachi (3)
בֵּירְכָן בְּאֶרֶז כַּאֲרָזִים עֲלֵי מַיִם (בַּמִּדְבָּר כ״ד:ו׳):
« Comme des cèdres près des eaux » (Bamidbar 24,6).
אֶרֶז זֶה אֵינוֹ עוֹמֵד בִּמְקוֹם מַיִם כּוּ' וְאע"ג דִּכְתִיב בִּקְרָא כַּאֲרָזִים עֲלֵי מַיִם הַהוּא לָאו בִּלְעָם קָאָמַר לֵיהּ דְּבִלְעָם אָמַר כַּאֲרָזִים וְהַמַּלְאָךְ הֱשִׁיבוֹ עֲלֵי מַיִם וְכֵן כֻּולְּהוּ דְּבִלְעָם אָמַר כִּנְחָלִים דְּזִימְנִין מִתְייַבְּשִׁין וְקָאָמַר לֵיהּ הַמַּלְאָךְ נָטָיוּ דְּאֵין יְבֵישִׁין לְעוֹלָם וְהַייְנוּ דִּכְתִיב וַיַּהֲפֹוךְ ה' אֱ-לֹהֶיךָ לְּךָ אֶת הַקְּלָלָה לִבְרָכָה עַל יְדֵי מַלְאָךְ שֶׁהוֹשִׁיבוֹ עַל יְדֵי מַלְאָךְ:
Bien que le verset porte « comme des cèdres près des eaux », ce membre de phrase n'est pas de Bilam : Bilam a dit « comme des cèdres », et l'ange lui a répondu « près des eaux ». Il en va de même de toutes les expressions du passage : Bilam a dit « comme des torrents », qui parfois s'assèchent, et l'ange lui a répondu « étendus », car ils ne s'assèchent jamais. C'est le sens de « et ה' ton D.ieu a changé pour toi la malédiction en bénédiction » : par l'intermédiaire de l'ange qu'Il a placé auprès de lui.
רוּחַ דְּרוֹמִית הִיא קָשֶׁה כִּדְאָמְרִינַן (ב"ב ד' כה:) אִילְמָלֵא בֶּן נֵץ שֶׁמַּעֲמִידָהּ אֵין כָּל בְּרִיָּה יְכוֹלָה לַעֲמֹוד מִפָּנֶיהָ שֶׁנֶּאֱמַר הֲמִבִּינָתְךָ יַאֲבֶר נֵץ יִפְרֹשׂ כְּנָפָיו לְתֵימָן:
Le vent du sud est violent, comme nous le disons (Bava Batra 25b) : sans le ben netz, l'épervier qui le retient, aucune créature ne pourrait tenir devant lui, ainsi qu'il est dit « est-ce par ton intelligence que l'épervier prend son essor, qu'il déploie ses ailes vers le sud ? »
🗂️ Tossefot (1)
מָה אֶרֶז זֶה. פֵּירוּשׁ דאע"ג דִּכְתִיב בֵּיהּ בִּקְרָא עֲלֵי מַיִם הַהוּא לָאו בִּלְעָם קָאָמַר לֵיהּ אֶלָּא מַלְאָךְ וְכֵן כֻּולְּהוּ בִּלְעָם אָמַר כִּנְחָלִים וּמַלְאָךְ אָמַר נָטָיוּ דְּאֵינָן מִתְיַיבְּשִׁים וְכֵן עֲלֵי נָהָר:
Explication : bien que le verset porte à son sujet « près des eaux », ce membre de phrase n'est pas de Bilam mais de l'ange. Il en va de même de tout le passage : Bilam a dit « comme des torrents », et l'ange a dit « étendus », car ils ne s'assèchent pas ; et de même pour « près du fleuve ».
🪔 Ben Yehoyada (1)
וְלֹא עוֹד, אֶלָּא שֶׁזָּכָה קָנֶה לְטַל הֵימֶנּוּ קוּלְמוֹס, לִכְתֹּב בּוֹ סֵפֶר תּוֹרָה נְבִיאִים וּכְתוּבִים. נִרְאֶה לָכֵן כְּתִיב (מִשְׁלֵי ד, ז) 'קְנֵה חָכְמָה קְנֵה בִּינָה' וְהַייְנוּ קָנָה חָכְמָה הוּא קָנֶה שֶׁכּוֹתְבִים בּוֹ תּוֹרָה וְקָנָה בִּינָה הוּא קָנֶה שֶׁכּוֹתְבִים בּוֹ נְבִיאִים וּכְתוּבִים נִמְצָא זָכָה קָנֶה לְשָׁלֹשׁ שֶׁהֵם תַּנַ"ך לָכֵן נִמְשְׁלוּ בּוֹ יִשְׂרָאֵל שֶׁהֵם עַם תְּלִיתַאי.
« Bien plus : le roseau a mérité qu'on en tire un calame pour y écrire un sefer Torah, les Neviim et les Ketouvim. » Il apparaît que c'est pour cela qu'il est écrit (Michle 4,7) « acquiers (kene) la 'hokhma, acquiers (kene) la bina » : kene 'hokhma désigne le roseau (kane) avec lequel on écrit la Torah, et kene bina le roseau avec lequel on écrit les Neviim et les Ketouvim. Le roseau a donc mérité les trois parties, qui forment le Tanakh ; c'est pourquoi Israël, peuple triple, lui est comparé.
💡 Explication

Le cèdre reçoit les mêmes critères, terme à terme, et échoue sur chacun. La difficulté apparente vient du verset lui-même, qui dit « comme des cèdres près des eaux » alors que la guemara affirme que le cèdre ne pousse pas près de l'eau.

Rachi et Tossefot répondent de la même manière : le passage de Bamidbar 24 mélange deux voix. Bilam prononce les termes secs, et l'ange qui gouverne sa bouche ajoute les correctifs favorables. C'est ainsi que la malédiction s'est changée en bénédiction.

Le dernier argument ne porte plus sur la résistance mais sur l'usage : du roseau on tire le koulmos, le calame du sofer. Le végétal le plus fragile est celui par lequel le texte se transmet.

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תָּנוּ רַבָּנַן: לְעוֹלָם יְהֵא אָדָם רַךְ כְּקָנֶה וְאַל יְהֵא קָשֶׁה כְּאֶרֶז. מַעֲשֶׂה שֶׁבָּא רַבִּי אֶלְעָזָר בְּרַבִּי שִׁמְעוֹן מִמִּגְדַּל גְּדוֹר מִבֵּית רַבּוֹ, וְהָיָה רָכוּב עַל חֲמוֹר וּמְטַיֵּיל עַל שְׂפַת נָהָר, וְשָׂמַח שִׂמְחָה גְּדוֹלָה. וְהָיְתָה דַּעְתּוֹ גַּסָּה עָלָיו מִפְּנֵי שֶׁלָּמַד תּוֹרָה הַרְבֵּה.

Nos maîtres ont enseigné : que l'homme soit toujours souple comme le roseau et qu'il ne soit pas dur comme le cèdre. Il arriva que Rabbi Elazar fils de Rabbi Chimon revenait de Migdal Guedor, de la maison de son maître ; il était monté sur un âne et cheminait au bord d'un fleuve, et il éprouvait une grande joie.

Il avait l'esprit enflé parce qu'il avait étudié beaucoup de Torah.

📜 Rachi (1)
וּמְטַיֵּיל לִשְׂמֹוחַ:
Il cheminait pour se réjouir.
💡 Explication

La comparaison botanique devient une règle de conduite. Le roseau et le cèdre cessent de désigner le destin d'Israël pour désigner un trait de caractère : la souplesse devant autrui contre la raideur.

Le récit qui s'ouvre illustre la règle par son contraire. L'expression daato gassa alav, son esprit était enflé, décrit une satisfaction de soi née de l'étude ; le bord du fleuve rappelle le lieu où pousse le roseau, et la suite du récit, au folio suivant, montrera Rabbi Elazar rencontrer un homme particulièrement laid et lui parler avec dureté.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).