Taanit 21b — Compter les morts avant de sonner l'alarme, et le mérite des gens simples qui protège un quartier

Taanit 21b

Sougya : Le folio achève la définition du dever commencée en 21a : trois morts dans une ville de cinq cents fantassins font une épidémie seulement s'ils tombent sur trois jours consécutifs ; groupés sur un seul jour, ou étalés sur quatre, ils relèvent du hasard. Rav Nahman bar Yitzhak montre à Rav Nahman bar Rav Hisda que son jeûne de Deroukart supposait l'opinion de Rabbi Meir sur le bœuf mou'ad, qui n'est pas la halakha ; suit un échange sur l'honneur du lieu, où Rabbi Yossi tire du mont Sinaï et de la Tente d'assignation que la sainteté tenait à la présence de la Chekhina.

La guemara enchaîne sur deux quartiers épargnés, à Soura par l'épidémie et à Deroukart par l'incendie : le songe y attribue la protection à un homme qui prêtait sa pioche pour ensevelir et à une femme qui prêtait son four chauffé, plutôt qu'aux maîtres du lieu. Viennent ensuite quatre décisions de jeûne, fondées chacune sur une raison propre : sauterelles encore inoffensives, mortalité des porcs, épidémie lointaine de Bei Hozai, épidémie en terre d'Israël.

Le folio se termine par le portrait d'Abba Oumana, le saigneur que la yechiva céleste saluait chaque jour, et par les trois dispositions qui lui valaient ce salut.

Ville de 500 fantassins, trois morts : le compte des jours décide La michna de 21a fixé le seuil ; 21b tranche le cas des trois morts groupés sur un seul jour. 3 morts en 1 jour Pas de dever. Rachi : simple hasard (akrai), aucune progression visible. 3 morts en 3 jours de suite C'est un dever. On jeûne et l'on sonne l'alarme, y compris pour les villes voisines. 3 morts en 4 jours Pas de dever. Le rythme s'espace, le fléau ne se déclare pas. Le jeûne de Deroukart supposait Rabbi Meir Rav Nahman bar Rav Hisda jeûne pour 3 morts en un jour. Rav Nahman bar Yitzhak : cela suppose Rabbi Meir, qui déclare mou'ad le bœuf ayant encorné 3 fois le même jour. La halakha suit Rabbi Yehouda, donc trois jours. Rachi corrige la leçon du texte : il faut lire il en sortit trois morts en trois jours.
Le seuil du dever tient au rythme des décès, et le jeûne de Deroukart reposait sur une opinion écartée.
Cinq décisions de jeûne, cinq raisons différentes Ce qu'on annonce au maître Décision et raison donnée Deroukart : 3 morts en 1 jour Rav Nahman bar Rav Hisda Il jeûne, mais la raison suppose Rabbi Meir sur le bœuf mou'ad : coups rapprochés, à plus forte raison. Opinion écartée. Les sauterelles sont arrivées Rav Yehouda On objecte qu'elles ne détruisent rien encore. Il jeûne : ont-elles apporté des provisions avec elles ? Mortalité parmi les porcs Rav Yehouda Il jeûne. Raison propre à cette espèce : leurs entrailles ressemblent à celles des humains. Aucune règle générale. Épidémie à Bei Hozai (loin) Chemouel, à Nehardea Il jeûne : aucun gué ni cloison n'arrête un fléau, et les caravanes font route de Bei Hozai à Nehardea. Épidémie en terre d'Israël Rav Nahman, à Bavel Il jeûne : si la maîtresse est frappée, la servante l'est à plus forte raison. Rapport de rang entre les deux pays. Règle à retenir : le jeûne ne suit pas un seuil unique ; chaque cas reçoit la raison qui le rattache à la ville qui jeûne.
Les cinq jeûnes décrétés hors seuil, avec le motif précis qui rattache le danger à la ville.
Qui protège le quartier : trois corrections venues d'en haut Soura : l'épidémie épargne le quartier de Rav Ce qu'on suppose : le grand mérite de Rav. Le songe : une telle affaire est trop petite pour lui. La cause réelle : un homme qui prêtait sa pioche et son panier pour ensevelir. Mesure pour mesure : il servait les morts, on écarte la mort. Deroukart : l'incendie épargne celui de Rav Houna Ce qu'on suppose : le grand mérite de Rav Houna. Le songe : une telle affaire est trop petite pour lui. La cause réelle : une femme qui chauffait son four et le prêtait à ses voisines. Mesure pour mesure : elle donnait son feu, le feu l'épargne. Abba Oumana, le saigneur salué chaque jour par la yechiva céleste Abaye reçoit ce salut chaque veille de Chabbat, Rava chaque veille de Yom Kippour. Abaye s'en trouve affecté ; on lui répond qu'il ne peut accomplir ce que celui-là accomplit. Hommes et femmes reçus à part ; vêtement fendu pour ne pas regarder ; paiement déposé à l'écart. Trois dispositions matérielles, toutes tournées vers la pudeur d'autrui et contre la honte du pauvre. Fil commun du folio : la protection tient à des gestes ordinaires, répétés, exercés envers le prochain.
Deux quartiers épargnés et un saigneur salué chaque jour : le mérite attribué aux gestes des gens simples.
1
בְּיוֹם אֶחָד אוֹ בְּאַרְבָּעָה יָמִים — אֵין זֶה דֶּבֶר.

En un seul jour, ou bien en quatre jours : ce n'est pas là un dever (épidémie).

📜 Rachi (1)
בְּיוֹם אֶחָד אֵין זֶה דֶּבֶר דְּאַקְרַאי בְּעָלְמָא הוּא:
En un seul jour, ce n'est pas un dever — car il s'agit là d'un simple hasard (akrai).
💡 Explication

La michna et la baraita de 21a ont fixé le seuil : dans une ville qui met sur pied cinq cents fantassins, trois morts sortis en trois jours font un dever, et l'on jeûne. Notre ligne écarte les deux écarts de rythme : trois morts tombés le même jour, et trois morts étalés sur quatre jours.

Rachi donne la raison du premier cas : akrai, le hasard. Un fléau se reconnaît à sa progression régulière, et trois décès groupés sur une seule journée ne montrent aucune progression.

2
דְּרוֹקְרַת, עִיר הַמּוֹצִיאָה חֲמֵשׁ מֵאוֹת רַגְלִי הֲוַאי, וְיָצְאוּ מִמֶּנָּה שְׁלֹשָׁה מֵתִים בְּיוֹם אֶחָד. גְּזַר רַב נַחְמָן בַּר רַב חִסְדָּא תַּעֲנִיתָא. אָמַר רַב נַחְמָן בַּר יִצְחָק: כְּמַאן — כְּרַבִּי מֵאִיר,

Deroukart était une ville qui mettait sur pied cinq cents fantassins, et il en sortit trois morts en un seul jour. Rav Nahman bar Rav Hisda décréta un jeûne.

Rav Nahman bar Yitzhak dit : selon qui ? Selon Rabbi Meir,

📜 Rachi (2)
כְּפַר עַכּוֹ דְּרוֹקְרַת נ"א דְּיֻוקְרָא עִיר שֶׁשְּׁמָהּ יוּ"ד וְהִיא קְטַנָּה עַל שֵׁם שֶׁיּוֹ"ד קְטַנָּה בָּאוֹתִיּוֹת:
Kfar Ako Deroukart — autre version : Diyoukra, une ville dont le nom est you'd ; elle est petite, appelée ainsi parce que le you'd est la plus petite des lettres.
ה"ג יָצְאוּ הֵימֶנָּה ג' מֵתִים בַּג' יָמִים:
Telle est la leçon à retenir (hakhi garsinan) : il en sortit trois morts en trois jours.
💡 Explication

Le récit illustre la ligne précédente. Rav Nahman bar Rav Hisda jeûne pour trois morts survenus le même jour, alors que la baraita vient d'écarter ce cas.

Rachi signale ici une correction de leçon : il tient que le texte doit porter trois morts en trois jours. La question de Rav Nahman bar Yitzhak, kemane (selon qui ?), demande sur quelle opinion tannaitique repose cette décision.

3
דְּאָמַר: רִיחֵק נְגִיחוֹתָיו — חַיָּיב, קֵירֵב נְגִיחוֹתָיו — לֹא כָל שֶׁכֵּן?!

car il a dit : s'il a espace ses coups de corne, son maître est tenu ; s'il les a rapprochés, à plus forte raison !

📜 Rachi (1)
רִיחֵק נְגִיחוֹתָיו בְּשׁוֹר מוּעָד קָאֵי בְּבָבָא קַמָּא בְּפֶרֶק כֵּיצַד הָרֶגֶל מוּעֶדֶת אֵי זֶהוּ תָּם וְאִי זֶהוּ מוּעָד כֹּל שֶׁהֵעִידוּ בּוֹ ג' יָמִים דִּבְרֵי ר' יְהוּדָה ר' מֵאִיר אוֹמֵר כֹּל שֶׁהֵעִידוּ בּוֹ ג' פְּעָמִים בְּיוֹם אֶחָד ר' יְהוּדָה סָבַר כְּתִיב אוֹ נוֹדַע כִּי שׁוֹר נַגָּח הוּא מִתְּמוֹל שִׁלְשׁוֹם מִתְּמוֹל תְּרֵי שִׁלְשׁוֹם תְּלָת הֲרֵי ג' יָמִים ור"מ סָבַר רִיחֵק נְגִיחוֹתָיו כְּשֶׁנָּגַח בַּג' יָמִים זֶה אַחַר זֶה חַיָּיב קֵירֵב נְגִיחוֹתָיו שֶׁנָּגַח ג' פְּעָמִים בְּיוֹם אֶחָד לֹא כָל שֶׁכֵּן:
S'il a espace ses coups de corne — cela se rapporte au bœuf mou'ad (déjà averti), dans Baba Kama, au chapitre Keitsad ha-reguel mou'edet : quel est le bœuf tam et quel est le mou'ad ? Celui au sujet duquel on a témoigné durant trois jours, paroles de Rabbi Yehouda. Rabbi Meir dit : celui au sujet duquel on a témoigné trois fois en un seul jour. Rabbi Yehouda estime qu'il est écrit « ou s'il était connu que ce bœuf était un encorneur depuis hier et avant-hier » : « hier » compte pour deux, « avant-hier » pour trois, soit trois jours. Et Rabbi Meir estime : s'il a espace ses coups de corne, c'est-à-dire s'il a encorné trois jours de suite, son maître est tenu ; s'il les a rapprochés, c'est-à-dire s'il a encorné trois fois en un seul jour, à plus forte raison.
💡 Explication

Rav Nahman bar Yitzhak rattache le jeûne de Deroukart à la position de Rabbi Meir sur le bœuf mou'ad. Un bœuf devient mou'ad, avec obligation de réparer intégralement, après trois coups de corne attestés. Rabbi Yehouda exige trois jours distincts, tirés du verset ; Rabbi Meir se contente de trois fois dans la même journée, par un kal va-homer : des coups rapprochés révèlent une bête plus dangereuse encore.

La nafka mina pour notre sougya : jeûner pour trois morts groupés sur un jour revient à lire le rythme comme Rabbi Meir lit les coups de corne. La halakha suivant Rabbi Yehouda, ce jeûne n'avait pas lieu d'être.

🖼️ Schéma
Quand un bœuf devient-il mou'ad, et ce que cela décide ici Rabbi Yehouda Trois témoignages sur trois jours. Appui : hier et avant-hier, soit trois. Le danger se mesure à la durée. Position retenue par la halakha. Rabbi Meir Trois coups de corne en un seul jour. Appui : kal va-homer sur les coups rapprochés, plus graves qu'espacés. Position écartée pour la halakha. Nafka mina pour le dever Jeûner pour 3 morts en un jour revient à lire le rythme comme Rabbi Meir lit les coups de corne.
Le désaccord sur le bœuf mou'ad commande la lecture du rythme des décès.
4
אֲמַר לֵיהּ רַב נַחְמָן בַּר רַב חִסְדָּא לְרַב נַחְמָן בַּר יִצְחָק: לֵיקוּם מָר לֵיתֵי לְגַבַּן. אֲמַר לֵיהּ: תְּנֵינָא, רַבִּי יוֹסֵי אוֹמֵר: לֹא מְקוֹמוֹ שֶׁל אָדָם מְכַבְּדוֹ, אֶלָּא אָדָם מְכַבֵּד אֶת מְקוֹמוֹ. שֶׁכֵּן מָצִינוּ בְּהַר סִינַי, שֶׁכָּל זְמַן שֶׁהַשְּׁכִינָה שְׁרוּיָה עָלָיו, אָמְרָה תּוֹרָה: ״גַּם הַצֹּאן וְהַבָּקָר אַל יִרְעוּ אֶל מוּל הָהָר הַהוּא״, נִסְתַּלְּקָה שְׁכִינָה מִמֶּנּוּ, אָמְרָה תּוֹרָה: ״בִּמְשֹׁךְ הַיֹּבֵל הֵמָּה יַעֲלוּ בָהָר״.

Rav Nahman bar Rav Hisda dit à Rav Nahman bar Yitzhak : que le maître se lève et vienne auprès de nous. Il lui répondit : nous avons appris ceci — Rabbi Yossi dit : le lieu d'un homme ne l'honore pas ; c'est l'homme qui honore son lieu.

Car nous trouvons ainsi au mont Sinaï : tout le temps que la Chekhina y résidait, la Torah a dit « que même le petit et le gros bétail ne paissent pas en face de cette montagne-là » ; une fois la Chekhina retirée, la Torah a dit « quand le yovel se prolongera, eux monteront sur la montagne ».

📜 Rachi (6)
לֵיקוּם מַר לְהָכָא דְּרַב נַחְמָן בַּר יִצְחָק הֲוָה יָתֵיב בֵּין גַּבְרֵי דְּלָא חֲשִׁיבֵי כֻּולֵּי הַאי וְקָאָמַר לֵיהּ רַב נַחְמָן בַּר רַב חִסְדָּא לֵיקוּם מַר מֵהָתָם וְלַיְּתֵי לִיתֵּיב גַּבַּאי:
Que le maître se lève et vienne ici — car Rav Nahman bar Yitzhak était assis parmi des hommes qui n'étaient pas si considérés, et Rav Nahman bar Rav Hisda lui dit : que le maître se lève de là, vienne et s'asseye auprès de moi.
תְּנֵינָא תָּנֵי אֲנָא שׁוֹנֶה אֲנִי בָּרַייְתָא זוֹ רַבִּי יוֹסֵי אוֹמֵר כּוּ':
Tenina — j'enseigne, moi : je répète cette baraita, Rabbi Yossi dit, etc.
לֹא מְקוֹמוֹ שֶׁל אָדָם מְכַבְּדוֹ וְאִם אֵלֵךְ וְאֵשֵׁב שָׁם אֵין הַמָּקוֹם מְכַבְּדֵנִי:
Le lieu d'un homme ne l'honore pas — et si je vais m'asseoir là-bas, ce lieu ne m'honorera pas.
גַּם הַצֹּאן וְהַבָּקָר אַל יִרְעוּ דְּמִשּׁוּם שְׁכִינָה הָיָה הַר סִינַי מְכֻובָּד וּמְקֻודָּשׁ:
Que même le petit et le gros bétail ne paissent pas — car c'est à cause de la Chekhina que le mont Sinaï était honoré et sanctifié.
אֶל מוּל הָהָר הַהוּא מִדִּכְתִיב הַהוּא מַשְׁמַע כָּל זְמַן שֶׁהוּא בִּגְדֻולָּתוֹ שֶׁהַשְּׁכִינָה עָלָיו נִסְתַּלְּקָה הַשְּׁכִינָה בִּמְשֹׁוךְ הַיֹּובֵל וְגוֹ' ואע"ג דְּהַאי קְרָא בַּלּוּחוֹת הָרִאשׁוֹנוֹת כְּתִיב לֹא נִסְתַּלְּקָה שְׁכִינָה עַד לוּחוֹת הָאַחֲרוֹנוֹת שֶׁנִּיתְּנוּ בְּיוֹם הַכִּפּוּרִים וְגַם כָּל יְמוֹת הַחֹורֶף שֶׁעָסְקוּ בִּמְלֶאכֶת הַמִּשְׁכָּן שָׁהֲתָה שְׁכִינָה בָּהָר וּמִשָּׁם נִיתְּנוּ כָּל הַמִּצְוֹת בְּקוֹלֵי קוֹלוֹת וְלַפִּידִים בְּיוֹם קַבָּלַת עֲשֶׂרֶת הַדִּבְּרוֹת עַד אֶחָד בְּנִיסָן שֶׁהוּקַם הַמִּשְׁכָּן וְנָסְעָה וְזָזָה שְׁכִינָה מִן הָהָר וְיָשְׁבָה לָהּ עַל הַכַּפֹּורֶת וְשָׁם בְּאֹהֶל מוֹעֵד נִשְׁנֵית הַתּוֹרָה כְּלָלוֹתֶיהָ וּפְרָטוֹתֶיהָ וְעַל אוֹתָהּ שָׁעָה הָיָה מַתִּיר לָהֶם בַּלּוּחוֹת הָרִאשׁוֹנוֹת לַעֲלוֹת כִּדְאָמְרִינַן בְּמַסֶּכֶת בֵּיצָה (דַּף ה.) כָּל דָּבָר שֶׁבְּמִנְיָן צָרִיךְ מִנְיָן אַחֵר לְהַתִּירוֹ וּבְרֹאשׁ קֻונְטְרֵס רוֹמִי אַתָּה מוֹצֵא תְּשׁוּבַת רַבִּים בְּכָךְ:
En face de cette montagne-là — puisqu'il est écrit « celle-là », cela signifie : tout le temps qu'elle est dans sa grandeur, la Chekhina reposant sur elle. La Chekhina s'est retirée « quand le yovel se prolongera », etc. Et bien que ce verset soit écrit à propos des premières Tables, la Chekhina ne s'est pas retirée avant les dernières Tables, qui furent données le jour de Kippour ; durant tous les mois d'hiver où l'on s'occupa de l'ouvrage du Michkan, la Chekhina demeura sur la montagne, et c'est de là que furent donnés tous les commandements, au milieu des voix puissantes et des éclairs, depuis le jour où furent reçues les dix Paroles jusqu'au premier de Nissan, où le Michkan fut dressé : alors la Chekhina se déplaça et s'écarta de la montagne, et se posa sur le kaporet ; c'est là, dans la Tente d'assignation, que la Torah fut répétée dans ses généralités et ses détails. C'est de ce moment-là que le verset leur permettait de monter, selon les premières Tables, comme nous disons dans le traité Beitsa (5a) : toute chose établie par un vote à besoin d'un autre vote pour la permettre. Et au début du cahier de Rome tu trouveras la réponse de nombreux maîtres sur ce point.
בִּמְשֹׁוךְ הַיּוֹבֵל בְּסִיּוּם הַשּׁוֹפָר כְּשֶׁתִּסְתַּלֵּק הַשְּׁכִינָה דֶּרֶךְ הוּא לְהַאֲרִיךְ וְלִמְשֹׁוךְ הַתְּקִיעָה בִּשְׁעַת סִיּוּם:
Quand le yovel se prolongera — à la fin du son du chofar, lorsque la Chekhina se retirera ; l'usage est d'allonger et de prolonger la tekia au moment de conclure.
🪔 Ben Yehoyada (1)
אֲמַר לֵיהּ: תְּנֵינָא, רַבִּי יוֹסֵי אוֹמֵר: לֹא מְקוֹמוֹ שֶׁל אָדָם מְכַבְּדוֹ, אֶלָּא הוּא מְכַבֵּד אֶת מְקוֹמוֹ. יֵשׁ לְהַקְשׁוֹת אַף עַל גַּב דְּהָאֱמֶת כֵּן הוּא שֶׁהָאָדָם מְכַבֵּד מְקוֹמוֹ מָה הֶפְסֵד הָיָה לוֹ אִם הָיָה קָם מִמְּקוֹמוֹ וּבָא אֵצֶל רַב נַחְמָן בַּר רַב חִסְדָּא מֵאַחַר דְּבִיקֵּשׁ מִמֶּנּוּ עַל כָּכָה? וְנִרְאֶה לִי דְּמָקוֹם שֶׁהָיָה יוֹשֵׁב בּוֹ רַב נַחְמָן בַּר יִצְחָק הָיָה פָּחוֹת וְשָׁפָל שֶׁהוּא מְקוֹם הַחֶדֶר שֶׁסָּמוּךְ לַפֶּתַח אַךְ לֹא הָיָה רַב נַחְמָן בַּר יִצְחָק יוֹשֵׁב לְבַדּוֹ שָׁם אֶלָּא הָיוּ יוֹשְׁבִים אֲחֵרִים גַּם כֵּן עִמּוֹ שֶׁהֵם אֵינָם מְכֻובָּדִים כָּל כָּךְ אַךְ כֵּיוָן דְּהָאָדָם מְכַבֵּד מְקוֹמוֹ נִמְצָא נִתְכַּבֵּד אוֹתוֹ מָקוֹם מִכֹּחַ רַב נַחְמָן בַּר יִצְחָק שֶׁהָיָה יוֹשֵׁב בּוֹ וּמִמֵּילָא הִגִּיעַ הַכָּבוֹד הַזֶּה גַּם לַאֲחֵרִים שֶׁהָיוּ יוֹשְׁבִים שָׁם דְּנִמְצָא הֵם יוֹשְׁבִים בְּמָקוֹם מְכֻובָּד וְאִם יָקוּם רַב נַחְמָן בַּר יִצְחָק מִשָּׁם וְיֵלֵךְ אֵצֶל רַב נַחְמָן בַּר רַב חִסְדָּא לִפְנִים יִסְתַּלֵּק הַכָּבוֹד מֵאוֹתוֹ מָקוֹם וְנִמְצָא אוֹתָם אֲחֵרִים הִפְסִידוּ בָּזֶה. וְלִהְיוֹת כִּי רַב נַחְמָן בַּר יִצְחָק חָשַׁב דְּרַב נַחְמָן בַּר רַב חִסְדָּא אֵין לוֹ צֹורֶךְ לְדַבֵּר עִמּוֹ וְרַק קְרָאוֹ בִּשְׁבִיל כְּבוֹדוֹ לְכָךְ לֹא רָצָה לָקוּם שֶׁלֹּא לְסַלֵּק הַכָּבוֹד מֵאוֹתָם אֲחֵרִים אַךְ אַחַר שֶׁאָמַר לוֹ אִי הָכִי דְּאַתָּה חוֹשֵׁשׁ בִּשְׁבִיל אֲחֵרִים אֲנִי אָבֹא אֶצְלְךָ כִּי אֲנִי יֵשׁ לִי צֹורֶךְ לְדַבֵּר עִמְּךָ וְאָז אָמַר לוֹ רַב נַחְמָן בַּר יִצְחָק מוּטָב אֲנִי אָבֹא אֶצְלְךָ וְלֹא תִּטְרַח לָבֹא אֶצְלִי כִּי כְּבוֹדְךָ הוּא יָקָר אֶצְלִי יוֹתֵר מִמַּה שֶׁאֲנִי חוֹשֵׁשׁ בִּשְׁבִיל כְּבוֹד אֲחֵרִים אֲשֶׁר יוֹשְׁבִים עִמִּי. וּבְעִיקַּר הַמַּאֲמָר דְּאָמַר רַבִּי יוֹסֵי לֹא מְקוֹמוֹ שֶׁל אָדָם מְכַבְּדוֹ אֶלָּא הוּא מְכַבֵּד אֶת מְקוֹמוֹ פֵּירֵשׁ עט"ר הָרַב מוֹר אָבִי זלה"ה בְּסִפְרוֹ מִדְרַשׁ אֵלִיָּהוּ, דְּיָדוּעַ זְעֵיר אַנְפִּין נִקְרָא 'אָדָם' וְהַמַּלְכוּת 'מָקוֹם' וְהִיא מַשְׁלִימָתוֹ לְעֶשֶׂר סְפִירוֹת וְזֶהוּ שֶׁאָמַר אֵין מְקוֹמוֹ שֶׁל אָדָם רוֹצֶה לוֹמַר הַמַּלְכוּת שֶׁנִּקְרֵאת מָקוֹם מְכַבְּדוֹ אַף עַל פִּי שֶׁהִיא מַשְׁלִימָתוֹ לְעֶשֶׂר סְפִירוֹת אֶלָּא הָאָדָם שֶׁהוּא זְעֵיר אַנְפִּין מְכַבֵּד אֶת מְקוֹמוֹ הַמַּלְכוּת, עַד כָּאן דְּבָרָיו וְדִבְרֵי פִּי חָכָם חֵן.
« Il lui répondit : nous avons appris — Rabbi Yossi dit : le lieu d'un homme ne l'honore pas, c'est lui qui honore son lieu. » Il y a lieu de demander : même s'il est vrai que l'homme honore son lieu, quelle perte y aurait-il eu à se lever de sa place et à venir auprès de Rav Nahman bar Rav Hisda, puisque celui-ci le lui demandait ? Il me semble que le lieu où Rav Nahman bar Yitzhak se tenait était un lieu inférieur et bas, la partie de la salle proche de l'entrée ; et Rav Nahman bar Yitzhak n'y siégeait pas seul, d'autres y étaient assis avec lui, des hommes peu honorés. Or puisque l'homme honore son lieu, ce lieu recevait de l'honneur par la force de Rav Nahman bar Yitzhak qui y siégeait, et cet honneur atteignait du même coup les autres qui s'y trouvaient, de sorte qu'ils siégeaient dans un lieu honoré. Si Rav Nahman bar Yitzhak se levait de là pour aller vers Rav Nahman bar Rav Hisda, plus avant dans la salle, l'honneur se retirerait de ce lieu, et ces autres y perdraient. Comme Rav Nahman bar Yitzhak pensait que Rav Nahman bar Rav Hisda n'avait pas besoin de lui parler et l'appelait seulement pour lui faire honneur, il ne voulut pas se lever, afin de ne pas retirer l'honneur à ces autres. Mais lorsque celui-ci lui dit : s'il en est ainsi, puisque tu te soucies des autres, je viendrai moi-même auprès de toi, car j'ai besoin de parler avec toi — alors Rav Nahman bar Yitzhak lui répondit : mieux vaut que je vienne auprès de toi et que tu ne prennes pas la peine de venir vers moi, car ton honneur m'est plus précieux que le souci que j'ai de l'honneur des autres qui siègent avec moi. Quant au fond de la parole de Rabbi Yossi, « le lieu d'un homme ne l'honore pas, c'est lui qui honore son lieu », la couronne de ma tête, mon maître et père, de bénie mémoire, l'a expliquée dans son livre Midrach Eliyahou : il est connu que Zeir Anpin est appelé adam et la Malkhout makom, le lieu, et qu'elle le complète pour former les dix sefirot. C'est ce que dit le texte : le makom de l'adam, c'est-à-dire la Malkhout appelée lieu, ne l'honore pas, bien qu'elle le complète pour les dix sefirot ; c'est l'adam, qui est Zeir Anpin, qui honore son lieu, la Malkhout. Jusqu'ici ses paroles, et les paroles de la bouche du sage sont grâce.
💡 Explication

La conversation change de registre. Rav Nahman bar Rav Hisda invite son interlocuteur à venir siéger à ses côtés, à une place plus honorable. Le refus s'appuie sur une baraita de Rabbi Yossi : l'honneur circule de l'homme vers le lieu qu'il occupe.

La preuve vient du mont Sinaï. Pendant que la Chekhina y repose, même les bêtes n'ont pas le droit de paître en face de la montagne ; une fois la Chekhina retirée, la montée redevient permise. La sainteté tenait donc à la présence, et le lieu n'en gardait rien par lui-même. Rachi résout au passage la difficulté chronologique : les deux versets appartiennent à des moments différents du récit du Sinaï.

🖼️ Schéma
Le mont Sinaï selon la présence de la Chekhina Tant que la Chekhina y repose Que même le petit et le gros bétail ne paissent pas en face de cette montagne. Interdiction étendue jusqu'aux animaux. Rachi : la montagne est honorée à cause d'Elle. Une fois la Chekhina retirée Quand le yovel se prolongera, eux monteront sur la montagne. La montée redevient permise aux hommes. Rachi : la tekia s'allonge au moment du départ. Conclusion de Rabbi Yossi : la dignité vient de celui qui occupe le lieu, et se retire avec lui.
Les deux états du Sinaï servent de preuve : la sainteté accompagne la présence.
5
וְכֵן מָצִינוּ בְּאֹהֶל מוֹעֵד שֶׁבַּמִּדְבָּר, שֶׁכָּל זְמַן שֶׁהוּא נָטוּי אָמְרָה תּוֹרָה: ״וִישַׁלְּחוּ מִן הַמַּחֲנֶה כָּל צָרוּעַ״, הֻוגְלְלוּ הַפָּרוֹכוֹת — הֻותְּרוּ זָבִין וּמְצֹורָעִים לִיכָּנֵס שָׁם.

Et de même nous trouvons à propos de la Tente d'assignation qui était au désert : tout le temps qu'elle était dressée, la Torah a dit « qu'ils renvoient du camp tout metsora » ; une fois les tentures enroulées, les zavim et les metsora'im étaient autorisés à y entrer.

📜 Rachi (1)
הֻוגְלְלוּ הַפָּרֹוכֶת שֶׁהָיוּ נִגְלָלִין בִּשְׁעַת נְסִיעָתָן הָיוּ נוֹסְעִין כֻּולָּן וּבָאִין זָבִים וּמְצֹורָעִים וְנִכְנָסִין בַּמַּחֲנֶה:
Les tentures furent enroulées — on les enroulait au moment du départ ; tous se mettaient en route, et les zavim et les metsora'im venaient et entraient dans le camp.
💡 Explication

Seconde preuve, prise cette fois au désert. Tant que la Tente d'assignation est dressée, le camp porte une sainteté qui impose le renvoi des zavim (personnes atteintes d'un écoulement) et des metsora'im. Au moment du départ, les tentures sont enroulées, et le même terrain redevient accessible à ceux qui en étaient exclus.

La démonstration se referme : ni la montagne ni le sol du camp ne conservent de dignité propre. Rav Nahman bar Yitzhak en tire qu'un changement de place ne lui apporterait rien.

6
אֲמַר לֵיהּ: אִי הָכִי, נֵיקוּם אֲנָא לְגַבֵּי מָר. אֲמַר לֵיהּ: מוּטָב יָבֹא מָנֶה בֶּן פְּרָס אֵצֶל מָנֶה בֶּן מָנֶה, וְאַל יָבֹא מָנֶה בֶּן מָנֶה אֵצֶל מָנֶה בֶּן פְּרָס.

Il lui dit : s'il en est ainsi, que je me lève, moi, pour aller auprès du maître. Il lui répondit : mieux vaut qu'un mane fils d'un peras vienne auprès d'un mane fils d'un mane, et qu'un mane fils d'un mane ne vienne pas auprès d'un mane fils d'un peras.

📜 Rachi (1)
פְּרָס חֲצִי מָנֶה וּלְשׁוֹן פְּרוּסָה כְּמוֹ פְּרָס פְּרִיסַת מַלְכוּתָךְ (דָּנִיֵּאל ה) שֶׁאָבִיו שֶׁל רַב נַחְמָן בַּר רַב חִסְדָּא גָּדוֹל מִיִּצְחָק אָבִיו שֶׁל רַב נַחְמָן מִדְּמִיתַּקְרִי בַּר רַב חִסְדָּא וְאִידָךְ רַב נַחְמָן בַּר יִצְחָק מִכְּלָל שֶׁלֹּא נִסְמַךְ:
Peras — la moitié d'un mane ; le mot a le sens de morceau (perousa), comme dans « pères : ton royaume a été divisé » (Daniel 5). Car le père de Rav Nahman bar Rav Hisda était plus grand que Yitzhak, père de Rav Nahman : puisque l'un est appelé fils de Rav Hisda et que l'autre est appelé Rav Nahman bar Yitzhak, on en déduit que celui-ci n'avait pas reçu la semikha.
🗂️ Tossefot (1)
יָבֹא מָנֶה בֶּן פְּרָס. כְּלוֹמַר מוּטָב שֶׁיָּבֹא גָּדוֹל בֶּן הֶדְיוֹט דִּפְרָס לָא הֲוָה אֶלָּא חֲצִי מָנֶה וְאַל יָבֹא מָנֶה בֶּן מָנֶה דְּהַיְינוּ רַב חִסְדָּא דְּהָיָה מָנֶה כְּלוֹמַר שֶׁהָיָה חָשׁוּב וּפְרָס הַיְינוּ יִצְחָק אֲבוּהַּ דְּרַב נַחְמָן דְּלָא מִיקְּרֵי רַב יִצְחָק:
Qu'un mane fils d'un peras vienne — c'est-à-dire : mieux vaut que vienne un homme de valeur fils d'un homme ordinaire, car le peras ne vaut que la moitié d'un mane, et qu'un mane fils d'un mane ne vienne pas, à savoir Rav Hisda, qui était un mane, c'est-à-dire un homme considéré ; et le peras, c'est Yitzhak, père de Rav Nahman, qui n'est pas appelé Rav Yitzhak.
🪔 Ben Yehoyada (1)
מוּטָב שֶׁיָּבוֹא מָנֶה בֶּן פְּרָס. עַייֵּן רַשִׁ"י זַ"ל. וְעוֹד נִרְאֶה לִי בס"ד דְּקָאֵי עַל יִרְאָה וְחָכְמָה דְּאָמְרוּ רַבּוֹתֵינוּ זַ"ל צָרִיךְ שֶׁתַּקְדִּים הַיִּרְאָה לַחָכְמָה אֵצֶל אָדָם כְּמוֹ שֶׁאָמְרוּ (מִשְׁנָה אָבוֹת ג, ט) כֹּל שֶׁיִּרְאָתוֹ קוֹדֶמֶת לְחָכְמָתוֹ חָכְמָתוֹ מִתְקַיֶּימֶת, וְלָכֵן בַּעֲבוּר זֶה הַיִּרְאָה נִקְרֵאת אָב וְהַחָכְמָה בֵּן כִּי כָּל הַמֻּוקְדָּם נֶחְשָׁב אָב לְהַבָּא אַחֲרָיו. וְרַב נַחְמָן בַּר יִצְחָק מֵחֲמַת עֲנָוָה חוֹשֵׁב עַצְמוֹ בְּיִרְאָה חָסֵר דְּהַייְנוּ פְּרָס אֲבָל לְרַב נַחְמָן בַּר רַב חִסְדָּא מְשַׁבְּחוֹ שֶׁהוּא שָׁלֵם בִּשְׁתֵּיהֶם וְלָכֵן לְעַצְמוֹ קָרָא מָנֶה בֶּן פְּרָס וּלְרַב נַחְמָן בַּר רַב חִסְדָּא קְרָאוֹ מָנֶה בֶּן מָנֶה. וּבָזֶה נִיחָא קֻושְׁיַת הָרַב פֶּתַח עֵינַיִם זַ"ל, אֵיךְ יְזַלְזֵל בִּכְבוֹד אָבִיו בְּפֵירוּשׁ לִקְרוֹתוֹ פְּרָס. וְעוֹד נִרְאֶה לִי בס"ד אַף עַל גַּב דִּנְפָרֵשׁ בֶּן פְּרָס כִּפְשׁוּטוֹ דְּקָאֵי עַל אָבִיו אֵין הַכַּוָּנָה שֶׁלֹּא הָיָה אָבִיו חָכָם דִּלְעוֹלָם הָיָה חָכָם גָּדוֹל אַךְ לֹא נִסְמַךְ וְהָיָה נִקְרָא בִּשְׁמוֹ כְּמוֹ שְׁמוּאֵל וְעֻולָּא וּבַעֲבוּר זֶה מְכַנֵּהוּ בְּשֵׁם פְּרָס.
« Mieux vaut qu'un mane fils d'un peras vienne. » Vois Rachi, de bénie mémoire. Il me semble encore, avec l'aide du Ciel, que cela porte sur la crainte (yira) et la sagesse ('hokhma). Nos maîtres, de bénie mémoire, ont dit que la crainte doit précéder la sagesse chez l'homme, comme ils l'ont enseigné (Avot 3, 9) : celui dont la crainte précède la sagesse, sa sagesse se maintient. C'est pourquoi la crainte est appelée père et la sagesse fils, car ce qui précède est compté comme père de ce qui vient après. Rav Nahman bar Yitzhak, par humilité, se tenait pour déficient quant à la crainte, c'est-à-dire un peras, tandis qu'il louait Rav Nahman bar Rav Hisda comme parfait dans les deux ; il s'appela donc lui-même mane fils d'un peras, et appela Rav Nahman bar Rav Hisda mane fils d'un mane. Par là se résout la difficulté du Rav Petah Einayim, de bénie mémoire : comment aurait-il porte atteinte à l'honneur de son père en le nommant expressément peras ? Il me semble encore, avec l'aide du Ciel, que même si l'on explique « fils d'un peras » selon le sens simple, comme portant sur son père, l'intention n'est pas de dire que son père manquait de sagesse : il fut toujours un grand sage, mais il n'avait pas reçu la semikha et on l'appelait par son seul nom, comme Chemouel et Oula ; c'est pour cela qu'il le désigne du nom de peras.
💡 Explication

Le refus étant acquis, Rav Nahman bar Rav Hisda propose l'inverse : venir lui-même. La réponse recourt à une image monétaire. Le mane vaut cent dinars, le peras la moitié. Chacun des deux maîtres est un mane par sa propre valeur ; ils diffèrent par leur père.

Rachi et Tossefot lisent l'indice dans les noms : Rav Nahman bar Rav Hisda porte le titre de son père, tandis que Yitzhak, père de Rav Nahman, n'est pas appelé Rav, signe qu'il n'avait pas reçu la semikha. Le Ben Ich Haï propose une seconde lecture : le père désigne la yira et le fils la 'hokhma, et le maître parle par humilité de sa propre crainte du Ciel.

🖼️ Schéma
Mane et peras : qui se déplace vers qui Mane = 100 dinars ; peras = un demi-mane. Les deux maîtres valent un mane ; leurs pères diffèrent. Rav Nahman bar Yitzhak Lui-même : un mane. Son père Yitzhak : un peras. Indice : il n'est pas appelé Rav Yitzhak. Rav Nahman bar Rav Hisda Lui-même : un mane. Son père Rav Hisda : un mane. Indice : il porte le titre de son père. Le déplacement va du mane fils d'un peras vers le mane fils d'un mane, jamais l'inverse.
La règle de préséance retenue par Rav Nahman bar Yitzhak, fondée sur la maison dont chacun sort.
7
בְּסוּרָא הֲווָת דִּבְרַתָּא, בְּשִׁיבָבוּתֵיהּ דְּרַב לָא הֲווָת דְּבַרְתָּא. סְבוּר מִינָּה, מִשּׁוּם זְכוּתֵיהּ דְּרַב דִּנְפִישׁ. אִיתְחֲזִי לְהוּ בְּחֶילְמָא: רַב דִּנְפִישָׁא זְכוּתֵיהּ טוּבָא — הָא מִילְּתָא זוּטְרָא לֵיהּ לְרַב. אֶלָּא, מִשּׁוּם הָהוּא גַּבְרָא דִּמְשַׁיֵּיל מָרָא וּזְבִילָא לִקְבוּרָה.

À Soura, il y eut une épidémie, et dans le voisinage de Rav il n'y eut pas d'épidémie. Ils en conclurent que c'était grâce au mérite de Rav, qui est grand.

On leur montra en songe : le mérite de Rav est bien trop grand, cette affaire-là est petite pour Rav. C'est plutôt à cause d'un certain homme qui prêtait la pioche et le panier pour l'ensevelissement.

📜 Rachi (7)
דִּבְרַתָּא דָּבָר:
Davarta — une épidémie (dever).
בְּשִׁיבָבוּתֵיהּ בִּשְׁכוּנָתוֹ:
Bechivevoutei — dans son quartier.
אִיתְחֲזִי לְהוּ בְּחֶילְמָא לְהָנָךְ אִינָשֵׁי דְּסָבְרִי מִשּׁוּם זָכוּתֵיהּ דְּרַב הוּא:
On leur montra en songe — à ces gens qui pensaient que c'était grâce au mérite de Rav.
הָא זוּטָר לֵיהּ לְרַב נֵס זֶה קָטָן הוּא לְפִי גְּדֻולַּת רַב:
Cela est petit pour Rav — ce miracle est petit au regard de la grandeur de Rav.
מָרָא פושיי"ר בְּלַעַ"ז:
Mara — pouchiyer en langue vulgaire, la pioche.
זְבִילֵי פלי"א בְּלַעַ"ז:
Zevili — pelia en langue vulgaire, le panier à décombres.
לִקְבוּרָה וּמִשּׁוּם זָכוּתֵיהּ דִּקְבוּרָה מָדְדוּ בּוֹ מִדָּה כְּנֶגֶד מִדָּה:
Pour l'ensevelissement — et à cause de son mérite lié à l'ensevelissement, on lui a mesuré mesure pour mesure.
💡 Explication

Premier des deux récits de quartier épargné. L'explication spontanée attribue la protection au maître du lieu ; le songe la refuse pour une raison inattendue : le mérite de Rav est trop grand pour se dépenser dans une affaire de cette taille.

La cause réelle est un homme dont le nom n'est pas donné, qui prêtait ses outils pour creuser les tombes. Rachi formule le principe : mida keneged mida, mesure pour mesure. Il mettait ses outils au service des morts, et la mort s'écarte de son voisinage.

8
בִּדְרוֹקְרַת הֲווָת דְּלֵיקְתָא, וּבְשִׁיבָבוּתֵיהּ דְּרַב הוּנָא לָא הֲוָות דְּלֵיקְתָּא. סְבוּר מִינָּה, בִּזְכוּתָא דְּרַב הוּנָא דִּנְפִישׁ. אִיתְחֲזִי לְהוּ בְּחֶילְמָא: הַאי זוּטְרָא לֵיהּ לְרַב הוּנָא, אֶלָּא מִשּׁוּם הָהִיא אִיתְּתָא דִּמְחַמְּמָא תַּנּוּרָא וּמְשַׁיְּילָא לְשִׁיבָבוּתַיהּ.

À Deroukart il y eut un incendie, et dans le voisinage de Rav Houna il n'y eut pas d'incendie. Ils en conclurent que c'était grâce au mérite de Rav Houna, qui est grand.

On leur montra en songe : cela est petit pour Rav Houna ; c'est plutôt à cause d'une certaine femme qui chauffait son four et le prêtait à ses voisines.

📜 Rachi (1)
וּמִשֶּׁייַּלָּא לְשִׁיבָבוּתֵיהּ וּמַשְׁאִילָתוֹ לִשְׁכֵנוֹתֶיהָ לְאַחַר שֶׁהִסִּיקַתּוּ מִשֶּׁלָּהּ לְפִיכָךְ נִמְדֶּדֶת הַשָּׂכָר בָּהּ בַּמִּדָּה:
Et elle le prêtait à ses voisines — elle le leur prêtait après l'avoir chauffé à ses frais ; c'est pourquoi la récompense lui fut mesurée selon la même mesure.
💡 Explication

Le second récit reprend la structure du premier, en changeant le fléau et le bienfaiteur. La précision de Rachi porte tout le poids : la femme chauffait le four à ses frais, puis en laissait l'usage à ses voisines une fois la chaleur acquise.

Le rapport entre le geste et la protection est à nouveau une correspondance de nature : elle donnait son feu aux autres, et le feu épargne son quartier.

9
אֲמַרוּ לֵיהּ לְרַב יְהוּדָה: אָתוּ קָמְצֵי. גְּזַר תַּעֲנִיתָא. אָמְרוּ לֵיהּ: לָא קָא מַפְסְדָן. אֲמַר לְהוּ: זַוְּודָא אַייְּתוּ בַּהֲדַיְיהוּ?

On dit à Rav Yehouda : les sauterelles sont arrivées. Il décréta un jeûne.

On lui dit : elles ne causent pas de dégâts. Il leur répondit : ont-elles apporté des provisions avec elles ?

📜 Rachi (3)
קַמְצָא אַרְבֶּה שֶׁמְּכַלֶּה אֶת הַתְּבוּאָה:
Kamtsa — la sauterelle, qui dévore la récolte.
לָא קָא מַפְסְדָא לָא בָּעֵינַן לְמִיגְזַר תַּעֲנִיתָא:
Elles ne causent pas de dégâts — nous n'avons pas besoin de décréter un jeûne.
זַווְּדָא אַייְּתוּ בַּהֲדַיְיהוּ בִּתְמִיהַּ וְכִי צֵידָה הֵבִיאוּ עִמָּם שֶׁלֹּא יַפְסִידוּ אֶת הַתְּבוּאָה:
Ont-elles apporté des provisions avec elles — dit sur le ton de l'étonnement : auraient-elles emporté des vivres, de sorte qu'elles ne détruiront pas la récolte ?
🗂️ Tossefot (1)
אֲמַר לֵיהּ זַוְּודָא אַייְּתִי בַּהֲדַיְיהוּ. פֵּירוּשׁ וְכִי צֵידָה הֵבִיאוּ עִמָּהֶם שֶׁיְּהוּ אוֹכְלוֹת כְּלוֹמַר אִי אֶפְשָׁר שֶׁלֹּא יֹאכְלוּ הַתְּבוּאָה וְהַזְּרָעִים:
Il lui dit : ont-elles apporté des provisions avec elles — explication : auraient-elles emporté des vivres à manger ? C'est-à-dire qu'il est impossible qu'elles ne mangent pas la récolte et les semences.
💡 Explication

Ouverture d'une série de quatre décisions de jeûne prises hors du seuil ordinaire. Ici le danger est déjà présent mais encore sans dommage visible, et les gens en concluent qu'il n'y a pas lieu de jeûner.

La réponse de Rav Yehouda est une question rhétorique : une sauterelle qui ne trouve rien à manger mangera la récolte. Le dommage diffère reste un dommage certain, et l'on jeûne sur la certitude plutôt que sur l'état présent du champ.

10
אֲמַרוּ לֵיהּ לְרַב יְהוּדָה: אִיכָּא מוֹתָנָא בַּחֲזִירֵי. גְּזַר תַּעֲנִיתָא. נֵימָא קָסָבַר רַב יְהוּדָה מַכָּה מְשֻׁולַּחַת מִמִּין אֶחָד מְשֻׁולַּחַת מִכָּל הַמִּינִין? לֹא, שָׁאנֵי חֲזִירֵי — דְּדָמְיָין מְעַייְהוּ לִבְנֵי אִינָשֵׁי.

On dit à Rav Yehouda : il y a une mortalité parmi les porcs. Il décréta un jeûne.

Dirons-nous que Rav Yehouda tient qu'un fléau envoyé sur une espèce est envoyé sur toutes les espèces ? Non : les porcs sont différents, car leurs entrailles ressemblent à celles des humains.

📜 Rachi (1)
מַעְיַיְהוּ בְּנֵי מַעְייָן שֶׁלָּהֶן שֶׁאֵין לָהֶן כֶּרֶס הַפְּנִימִי כִּשְׁאָר בְּהֵמָה וְסִימָן רַע הוּא:
Leurs entrailles — leurs intestins, car ils n'ont pas la panse interne comme les autres animaux ; et c'est là un mauvais signe.
🗂️ Tossefot (1)
אֲמַרוּ לֵיהּ לְרַב יְהוּדָה אִיכָּא מוֹתָנָא בַּחֲזִירֵי גְּזַר תַּעֲנִיתָא וְכוּ' עַד שָׁאנֵי חֲזִירֵי דְּדָמוּ מַעְיַיְהוּ לִבְנֵי אִינָשֵׁי. פֵּירוּשׁ שֶׁבְּנֵי מֵעָיו שֶׁל חֲזִיר דּוֹמִין לַמֵּעַיִם שֶׁל בְּנֵי אָדָם וְיֵשׁ לָחוּשׁ שֶׁיְּהֵא עַל בְּנֵי אָדָם מִכָּאן נִרְאֶה שֶׁאִם יִהְיֶה דֶּבֶר עַל עוֹבְדֵי כּוֹכָבִים שֶׁיֵּשׁ לָחוּשׁ וְיֵשׁ לְהִתְעַנּוֹת דְּהָא הָכָא חָזֵינַן דְּגָזַר תַּעֲנִיתָא מִדָּבָר שֶׁהָיָה בַּחֲזִירִין מִשּׁוּם דְּדָמוּ מַעְיַיְהוּ לִבְנֵי אָדָם וְכָל שֶׁכֵּן דְּנָכְרִים דְּדָמוּ לְיִשְׂרָאֵל:
On dit à Rav Yehouda : il y a une mortalité parmi les porcs, il décréta un jeûne, etc., jusqu'à : les porcs sont différents, car leurs entrailles ressemblent à celles des humains. Explication : les intestins du porc ressemblent aux intestins des humains, et il y a lieu de craindre que le fléau ne passe sur les humains. De là il paraît que si une épidémie frappe les idolâtres, il y a lieu de craindre et de jeûner ; car nous voyons ici qu'il décréta un jeûne pour un fléau qui frappait les porcs, parce que leurs entrailles ressemblent à celles des humains, et à plus forte raison pour des non-Juifs, qui ressemblent aux Juifs.
💡 Explication

La guemara teste une règle générale : un fléau qui frappe une espèce atteindrait-il toutes les espèces ? Elle la rejette et enferme la décision dans une raison étroite, la ressemblance anatomique relevée par Rachi.

Tossefot tire de ce raisonnement une conséquence pratique : si la ressemblance des entrailles suffit à fonder un jeûne, l'épidémie qui frappe les non-Juifs d'une région le fonde à plus forte raison, par kal va-homer.

11
אָמְרוּ לֵיהּ לִשְׁמוּאֵל: אִיכָּא מוֹתָנָא בֵּי חוֹזָאֵי. גְּזַר תַּעֲנִיתָא. אָמְרִי לֵיהּ: וְהָא מְרַחַק! אָמַר: לֵיכָּא מַעְבָּרָא הָכָא דְּפָסֵיק לֵיהּ.

On dit à Chemouel : il y a une mortalité dans le pays de Bei Hozai. Il décréta un jeûne.

Ils lui dirent : mais c'est loin ! Il répondit : y a-t-il ici un passage qui l'arrête ?

📜 Rachi (4)
בֵּי חוֹזָאֵי מָקוֹם בְּמַלְכוּת בָּבֶל:
Bei Hozai — un lieu situé dans le royaume de Bavel.
גְּזַר תַּעֲנִיתָא בְּעִירוֹ:
Il décréta un jeûne — dans sa propre ville.
הָא מֶרְחָק וְאֵין לָחוּשׁ שֶׁמָּא יָבֹא עַד כָּאן:
Mais c'est loin — et il n'y a pas lieu de craindre qu'il vienne jusqu'ici.
אֲמַר לְהוּ וְכִי מְעַבְּרָא פְּסִיק לְהוּ וְכִי מְעֻבָּרוֹת וּשְׁאָר מְחִיצּוֹת מַפְסִיקִין לִפְנֵי הַדָּבָר שֶׁלֹּא יָבֹא:
Il leur dit : un passage l'arrête-t-il donc ? — les gués et les autres cloisons font-ils obstacle devant l'épidémie, au point de l'empêcher de venir ?
💡 Explication

Troisième cas : la distance. Chemouel jeûne à Nehardea pour une épidémie déclarée à Bei Hozai, région éloignée du même royaume. L'objection porte sur l'éloignement.

Sa réponse renverse la question : un obstacle géographique arrêterait-il un fléau ? Rachi élargit le mavra à toute cloison naturelle. L'éloignement ne constitue pas une protection.

12
אֲמַרוּ לֵיהּ לְרַב נַחְמָן: אִיכָּא מוֹתָנָא בְּאַרְעָא דְיִשְׂרָאֵל. גְּזַר תַּעֲנִיתָא אָמַר: אִם גְּבִירָה לוֹקָה, שִׁפְחָה לֹא כָּל שֶׁכֵּן!

On dit à Rav Nahman : il y a une mortalité en terre d'Israël. Il décréta un jeûne.

Il dit : si la maîtresse est frappée, la servante, à plus forte raison !

📜 Rachi (1)
שִׁפְחָה לֹא כָּל שֶׁכֵּן וְיֵשׁ לָחוּשׁ שֶׁמָּא יִשְׁתַּלַּח עַד כָּאן:
La servante, à plus forte raison — et il y a lieu de craindre que le fléau ne soit envoyé jusqu'ici.
🗂️ Tossefot (1)
גְּבִירָה לוֹקָה. פִּי' זוֹ אֶרֶץ יִשְׂרָאֵל:
La maîtresse est frappée — explication : il s'agit de la terre d'Israël.
💡 Explication

Quatrième cas, fondé sur un rapport de rang. La terre d'Israël tient le rang de gvira, la maîtresse de maison ; Bavel celui de chifha, la servante. Le raisonnement est un kal va-homer : un fléau qui atteint le lieu le plus protégé atteindra à plus forte raison celui qui l'est moins.

13
טַעְמָא דִּגְבִירָה וְשִׁפְחָה, הָא שִׁפְחָה וְשִׁפְחָה — לֹא. וְהָא אֲמַרוּ לֵיהּ לִשְׁמוּאֵל: אִיכָּא מוֹתָנָא בֵּי חוֹזָאֵי, גְּזַר תַּעֲנִיתָא! שָׁאנֵי הָתָם, כֵּיוָן דְּאִיכָּא שַׁייָּרָתָא דְּלַווִּי וְאָתְיָא בַּהֲדֵיהּ.

La raison tient donc au rapport de maîtresse à servante ; mais de servante à servante, non. Or on a dit à Chemouel : il y a une mortalité à Bei Hozai, et il décréta un jeûne !

Là-bas, c'est différent : puisqu'il y a des caravanes qui s'y joignent et qui l'amènent avec elles.

📜 Rachi (3)
הָא שִׁפְחָה וְשִׁפְחָה שְׁתֵּי עֲייָרוֹת שֶׁל חוּצָה לָאָרֶץ כְּגוֹן בֵּי חוֹזָאֵי וּנְהַרְדְּעָא דְּאַתְרֵיהּ דִּשְׁמוּאֵל:
De servante à servante — deux villes situées hors de la terre d'Israël, comme Bei Hozai et Nehardea, le lieu de Chemouel.
שַׁייָּרָתָא דְּאָזְלִי מִבֵּי חוֹזָאֵי לִנְהַרְדְּעָא:
Chayarta — les caravanes qui vont de Bei Hozai à Nehardea.
דִּלְוַוי מִתְלַוֶּה וּבָא עִמָּהֶן:
Qui s'y joignent — le fléau se joint à elles et vient avec elles.
💡 Explication

La guemara oppose les deux derniers récits. Si le jeûne de Rav Nahman tient au rapport gvira / chifha, deux villes de même rang ne devraient pas l'appeler ; or Chemouel a jeûné pour Bei Hozai, qui n'a pas rang de maîtresse à l'égard de Nehardea.

La réponse distingue les fondements : le kal va-homer chez Rav Nahman, la circulation réelle chez Chemouel. Les caravanes font route entre les deux villes, et le fléau voyage avec elles. Deux motifs distincts, chacun suffisant pour son cas.

🖼️ Schéma
Deux fondements distincts pour jeûner sur une épidémie lointaine Rav Nahman : rapport de rang Erets Israël = gvira, la maîtresse. Bavel = chifha, la servante. Kal va-homer : si la première est frappée, la seconde l'est à plus forte raison. Ne vaut pas de servante à servante. Chemouel : circulation réelle Bei Hozai et Nehardea sont de même rang. Mais des caravanes font route entre elles. Le fléau se joint à elles et vient avec elles. Aucun gué ni cloison ne l'arrête. Le motif est le passage des hommes. Ce que la distinction préserve Le kal va-homer reste réservé au rapport de rang ; le lien de circulation suffit ailleurs, à lui seul.
La guemara sépare le motif de rang et le motif de circulation, qui répondent à deux cas différents.
14
אַבָּא אֻומָּנָא הֲוָה אָתֵי לֵיהּ שְׁלָמָא מִמְּתִיבְתָּא דִּרְקִיעָא כֹּל יוֹמָא, וּלְאַבָּיֵי כֹּל מַעֲלֵי יוֹמָא דְּשַׁבְּתָא, לְרָבָא כֹּל מַעֲלֵי יוֹמָא דְכִיפּוּרֵי. הֲוָה קָא חָלְשָׁא דַּעְתֵּיהּ דְּאַבָּיֵי מִשּׁוּם דְּאַבָּא אֻומָּנָא. אָמְרוּ לֵיהּ: לָא מָצֵית לְמִיעְבַּד כְּעוֹבָדֵיהּ.

Abba Oumana recevait chaque jour un salut de la yechiva céleste ; Abaye, chaque veille de Chabbat ; Rava, chaque veille de Yom Kippour. Abaye en fut affecté, à cause d'Abba Oumana.

On lui dit : tu ne peux pas accomplir ce qu'il accomplit.

📜 Rachi (2)
אַבָּא אֻומָּנָא מַקִּיז דָּם:
Abba Oumana — un saigneur, celui qui pratique la saignée.
שְׁלָמָא מֵרְקִיעָא בַּת קוֹל אוֹמֶרֶת לוֹ שָׁלוֹם עָלֶיךָ:
Un salut venu du ciel — une bat kol lui disait : chalom sur toi.
🪔 Ben Yehoyada (1)
אַבָּא אֻומָּנָא, הֲוָה אָתֵי לֵיהּ שְׁלָמָא כָּל יוֹמָא מִמְּתִיבְתָּא דִּרְקִיעָא. נִרְאֶה לִי בס"ד הַטַּעַם כִּי הָיָה נִזְהָר לְהִתְגַּבֵּר עַל יֵצֶר הָרַע בְּהַקָּזַת הַנָּשִׁים בְּכָל יוֹם וְיָדוּעַ מַה שֶׁאָמַר רַבּוֹתֵינוּ זַ"ל (קִידּוּשִׁין ל:) יִצְרוֹ שֶׁל אָדָם מִתְחַדֵּשׁ בְּכָל יוֹם, וּפֵרַשְׁנוּ שֶׁהוּא יֵצֶר הָרַע הַבָּא מִן הַקְּלִיפָּה שֶׁיֵּשׁ לְכָל יוֹם קְלִיפָּה בִּפְנֵי עַצְמוֹ נִמְצָא כָּל יוֹם הָיָה הוֹרֵג יֵצֶר הָרַע הַמִּתְחַדֵּשׁ מִן הַקְּלִיפָּה וּלְכָךְ בָּא לוֹ שָׁלוֹם בְּכָל יוֹם. וְנִרְמָז זֶה יֵצֶר [300] גֵּימַטְרְיָא ש' וְאוֹתִיּוֹת שָׁלוֹם הוּא מוֹ"ל ש', כְּלוֹמַר שָׁלוֹם זֶה רָאוּי לְךָ, מוּל ש' הוּא הַיֵּצֶר שֶׁאַתָּה הוֹרֵג בְּכָל יוֹם. וּלְאַבַּיֵּי מֵעֶרֶב שַׁבָּת לְעֶרֶב שַׁבָּת דְּיָדוּעַ הֲלָכָה כְּאַבַּיֵּי ביע"ל קג"ם דַּוְקָא שֶׁהֵם שִׁשָּׁה הֲלָכוֹת וְלָכֵן שָׁלְחוּ לוֹ הַשָּׁלוֹם כָּל יוֹם שִׁשִּׁי לִרְמֹוז לוֹ אַף עַל פִּי שֶׁבַּתּוֹרָה שֶׁלְּךָ לֹא נִבְחַר לַהֲלָכָה אֶלָּא שִׁשָּׁה הֲלָכוֹת, כִּדְאִין אֵלּוּ הַשִּׁשָּׁה הִלְכוֹת יַעַ"ל קַגַ"ם שֶׁנִּשְׁלַח לְךָ שָׁלוֹם בְּכָל יוֹם שִׁישִּׁי. אוֹ יוּבָן בס"ד אַבַּיֵּי עָסַק בַּתּוֹרָה וּגְמִילוּת חֲסָדִים כַּנִּזְכָּר בַּגְּמָרָא (רֹאשׁ הַשָּׁנָה דַּף יח.) , לְכָךְ חָיָה שִׁשִּׁים שָׁנָה שֶׁהֵם שִׁשָּׁה עֲשָׂרוֹת וְלִהְיוֹת כִּי גְּמִילוּת חֲסָדִים עִיקָּרָהּ בְּיוֹם שִׁשִּׁי לִכְבוֹד שַׁבָּת לְכָךְ בָּא לוֹ הַשָּׁלוֹם בַּיּוֹם הַשִּׁשִּׁי דִּכְתִיב (יְשַׁעְיָהוּ לב, יז) וְהָיָה מַעֲשֵׂה הַצְּדָקָה שָׁלוֹם. וּמַה שֶׁאָמַר לְרָבָא מִמַּעֲלֵי יוֹמָא דְּכִפּוּרֵי מִפְּנֵי שֶׁהָיָה עוֹשֶׂה פְּלִילוּת בְּתַעֲנִית שֶׁל כִּיפּוּר שֶׁהָיָה מִתְעַנֶּה שְׁנֵי יָמִים מִסָּפֵק וְאַף עַל פִּי שֶׁבְּיוֹם כִּיפּוּר יֵשׁ טִרְחָא גְּדוֹלָה בְּרִבּוּי הַתְּפִילּוֹת וְהַסְּלִיחוֹת וְעוֹד שֶׁהָיָה בְּבָבֶל שֶׁהָאֲוִיר חַם הַרְבֵּה וְקָשֶׁה הַתַּעֲנִית בְּיוֹתֵר לְכָךְ בַּעֲבוּר זֶה זָכָה לְשָׁלוֹם.
« Abba Oumana recevait chaque jour un salut de la yechiva céleste. » Il me semble, avec l'aide du Ciel, que la raison en est qu'il prenait garde chaque jour de dominer le yetser hara lors de la saignée des femmes. On connaît ce qu'ont dit nos maîtres, de bénie mémoire (Kiddouchin 30b) : le penchant de l'homme se renouvelle chaque jour ; et nous avons expliqué qu'il s'agit du yetser hara venu de la kelipa, chaque jour ayant sa kelipa propre. Il se trouve donc que chaque jour il tuait le yetser hara qui se renouvelait à partir de la kelipa, et c'est pourquoi le salut lui venait chaque jour. Cela est suggéré ainsi : yetser vaut trois cents en guematria, soit la lettre chin, et les lettres de chalom se lisent moul chin, comme pour dire que ce chalom te revient, face au chin, qui est le penchant que tu tues chaque jour. Et pour Abaye, d'une veille de Chabbat à l'autre : on sait que la halakha suit Abaye dans les cas de yaal kegam précisément, qui font six halakhot ; on lui envoyait donc le salut chaque sixième jour, pour lui faire entendre que, même si dans son enseignement six halakhot seulement ont été retenues, ces six halakhot de yaal kegam valent qu'on lui envoie un salut chaque sixième jour. Ou bien on le comprendra ainsi, avec l'aide du Ciel : Abaye s'occupait de Torah et d'actes de bienfaisance, comme il est rapporté dans la guemara (Roch Hachana 18a), et c'est pourquoi il vécut soixante ans, soit six dizaines ; et puisque les actes de bienfaisance ont leur moment principal le sixième jour, en l'honneur du Chabbat, le salut lui venait le sixième jour, selon le verset (Yechayahou 32, 17) : et l'œuvre de la tsedaka sera la paix. Quant à ce qui est dit de Rava, qu'il le recevait la veille de Yom Kippour, c'est parce qu'il rendait jugement (pelilot) sur le jeûne de Kippour, jeûnant deux jours par doute ; et bien que le jour de Kippour comporte déjà une grande peine, avec la multitude des prières et des seli'hot, et qu'il se trouvait de plus à Bavel, où l'air est très chaud et le jeûne bien plus pénible, c'est pour cela qu'il mérita le chalom.
💡 Explication

Le folio poursuit sur le mérite des gens sans titre, avec un troisième cas. Abba Oumana exerce la saignée, métier ordinaire et peu considéré, et reçoit chaque jour le salut de la metivta de-rakia, l'académie céleste. Rachi précise que le salut passait par une bat kol.

Deux maîtres de premier rang reçoivent le même salut, mais une fois par semaine pour Abaye et une fois par an pour Rava. La réponse donnée à Abaye ne compare pas l'étude : elle porte sur des actes qu'il lui serait impossible de tenir, et le segment suivant les énumère.

15
וּמַאי הֲווֹ עוֹבָדֵיהּ דְּאַבָּא אֻומָּנָא — דְּכִי הֲוָה עָבֵיד מִילְּתָא, הֲוָה מַחֵית גַּבְרֵי לְחוֹד וְנָשֵׁי לְחוֹד, וְאִית לֵיהּ לְבוּשָׁא דְּאִית בֵּיהּ קַרְנָא דַּהֲווָת בְּזִיעָא כִּי כוּסִילְתָּא. כִּי הֲוָות אָתְיָא לֵיהּ אִיתְּתָא, הֲוָה מַלְבֵּישׁ לָהּ כִּי הֵיכִי דְּלָא נִיסְתַּכַּל בָּהּ. וְאִית לֵיהּ דֻּוכְתָּא דִּצְנִיעָא דְּשָׁדֵי בֵּיהּ פְּשִׁיטֵי דְּשָׁקֵיל, דְּאִית לֵיהּ — שָׁדֵי בֵּיהּ, דְּלֵית לֵיהּ — לָא מִיכְּסִיף.

Et quelles étaient donc les actions d'Abba Oumana ? Lorsqu'il pratiquait son art, il faisait entrer les hommes à part et les femmes à part.

Il avait un vêtement muni d'une corne, fendu à l'endroit de l'incision (koussilta). Lorsqu'une femme venait à lui, il l'en revêtait afin de ne pas la regarder.

Et il avait un endroit discret où l'on jetait les pièces qu'il prenait : celui qui avait de quoi y jetait sa pièce, celui qui n'avait pas de quoi n'était pas couvert de honte.

📜 Rachi (4)
כִּי הֲוָה עֲבִיד מִילְּתָא כְּשֶׁהָיָה מַקִּיז דָּם לִבְנֵי אָדָם:
Lorsqu'il pratiquait son art — lorsqu'il faisait la saignée aux gens.
וּדְנָשִׁים לְחוּדַיְיהוּ לִצְנִיעוּתָא:
Et les femmes à part — par souci de pudeur (tsniout).
דְּאִית בֵּיהּ קַרְנָא וינטוש"א שֶׁהָיָה תָּקוּעַ בּוֹ הַקֶּרֶן שֶׁהוּא מַקִּיז בּוֹ וְלַנָּשִׁים הָוֵי מַלְבִּישׁ לָהּ:
Qui avait une corne — ventouse en langue vulgaire : la corne avec laquelle il pratiquait la saignée y était fixée, et il en revêtait les femmes.
וְלָא מַכְסִיף דִּלְאַחַר שֶׁהִכָּה לָא הֲוָה יָדַע מַאן רָמֵי (בִּכְסִילְּתֵיהּ) פְּשִׁיטֵי לְהָתָם וּמַאן דְּלָא רָמֵי:
Et il n'était pas couvert de honte — car après avoir pratiqué l'incision, il ne savait pas qui avait jeté sa pièce à cet endroit et qui ne l'avait pas jetée.
💡 Explication

La guemara répond en détaillant trois dispositions matérielles. La première sépare les heures de consultation des hommes et des femmes. La deuxième est un vêtement percé d'une seule fente, à l'endroit exact où la corne à saignée devait s'appliquer, de sorte que la patiente restait couverte.

La troisième touche à l'argent : le paiement se déposait dans un lieu hors de sa vue. Rachi en donne l'effet précis : le saigneur ignorait qui avait payé, de sorte que le pauvre repartait sans humiliation. Les trois mesures visent la même chose, épargner à autrui la gêne et la honte.

🖼️ Schéma
Les trois dispositions d'Abba Oumana 1. Deux entrées séparées Les hommes à part, les femmes à part. Rachi : par souci de tsniout. 2. Le vêtement fendu Une seule ouverture, à l'endroit de l'incision. La patiente reste couverte de bout en bout. 3. Le paiement à l'écart Les pièces déposées dans un lieu discret. Il ignore qui a payé, donc nul n'est humilié. Ce que ces trois mesures ont en commun Chacune est un aménagement matériel du métier, tourné vers la pudeur et l'honneur de celui qui vient.
Les trois aménagements concrets qui valaient à Abba Oumana le salut quotidien.
16
כִּי הֲוָה אִתְרְמֵי לֵיהּ צֻורְבָּא מֵרַבָּנַן, אַגְרָא מִינֵּיהּ לָא שָׁקֵיל. וּבָתַר דְּקָאֵי, יָהֵיב לֵיהּ פְּשִׁיטֵי וַאֲמַר לֵיהּ: זִיל אֶבְרֵי נַפְשְׁךָ. יוֹמָא חַד שַׁדַּר אַבָּיֵי זוּגָא דְרַבָּנַן לְמִיבְדְּקֵיהּ. אוֹתְבִינְהוּ וְאֹכְלִינְהוּ וְאַשְׁקִינְהוּ וּמָךְ לְהוּ בִּיסְתַּרְקִי בְּלֵילְיָא.

Lorsqu'un jeune maître (tsourba merabanan) se présentait à lui, il ne prenait pas de salaire de lui ; et après qu'il se fut relevé, il lui donnait des pièces en lui disant : va et refais-toi des forces. Un jour, Abaye envoya deux maîtres pour l'éprouver.

Il les fit asseoir, leur donna à manger et à boire, et étendit pour eux des tapis de laine pour la nuit.

📜 Rachi (3)
בָּרִיא נַפְשְׁךָ תַּבְרִיא עַצְמְךָ. לְמִיבְדָּקֶיהָ. לְבָדְקוֹ בְּמַעֲשָׂיו:
Refais-toi des forces — remets-toi toi-même. Pour l'éprouver : pour l'examiner dans ses actions.
לְמִיבְדָּקֶיהָ לְבָדְקוֹ בְּמַעֲשָׂיו:
Pour l'éprouver — pour l'examiner dans ses actions.
וּמָךְ לְהוּ בִּסְתַּרְקֵי קִיפֵּל תַּחְתֵּיהֶן תַּכְשִׁיטֵי צֶמֶר טפיד"ו בְּלַעַ"ז לִישֹׁן בָּהֶן:
Il étendit pour eux des bistarkei — il plia sous eux des couvertures de laine, tapid en langue vulgaire, pour qu'ils y dorment.
💡 Explication

Deux traits s'ajoutent au portrait. Envers un tsourba merabanan, Abba Oumana renonce à son salaire, puis lui remet de l'argent pour se nourrir : une saignée affaiblit, et la remise en force demande une nourriture soignée.

Abaye envoie alors deux maîtres lemivdekei, pour l'éprouver, selon la formule de Rachi : l'examiner dans ses actions. L'hospitalité reçue ouvre l'épreuve, dont la suite est rapportée au début de 22à.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).