Taanit 22b — L'épée de paix qui a coûté la vie à Yochiyahou, puis les détresses pour lesquelles on sonne l'alarme le Chabbat

Taanit 22b

Sougya : Le folio achève d'abord le récit ouvert en 22a sur l'épée de paix : le message de Pharaon Nekho à Yochiyahou, la lecture de Rav qui voit dans le dieu qui est avec moi une avoda zara, la pluie de flèches qui fait du corps du roi un crible, et la raison de sa perte donnée par Rabbi Chmouel bar Nahmani — il aurait dû consulter Yirmeyahou. Yochiyahou avait tiré de la bénédiction de Behoukotai que même une épée de paix ne traverserait pas le pays, sans savoir que sa génération ne se présentait pas favorablement.

Mourant, il justifie sur lui-même le jugement, et Yirmeyahou ouvre sur lui l'oraison du souffle de nos narines. La guemara revient ensuite à la michna : mesure de la nielle d'Achkelon (question laissée en teikou), statut des enfants rejetés par les loups, liste des détresses pour lesquelles on sonne l'alarme le Chabbat, droit du particulier de se mortifier et refus de Rabbi Yossi, portée du désaccord des Sages avec Chimon haTimni sur le dever.

Le folio se termine sur la seule détresse exclue de l'alarme, l'excès de pluies : on ne prie pas contre un excès de bien, sauf à Bavel qui se trouve dans une cuvette.

Yochiyahou et l'épée de paix : le raisonnement, l'erreur, la fin La baraita de 22a comptait l'épée de Pharaon Nekho parmi les épées de paix ; 22b explique pourquoi le roi y a trébuché. 1. Ce que Yochiyahou expose Une épée ne passera pas dans votre pays. Le même verset promet déjà la paix : le mot épée vise donc même une épée de paix. 2. Ce qu'il ignore La bénédiction suppose une génération qui la mérite. Rachi : sa génération ne se présentait pas favorablement. 3. La faute retenue Rabbi Chmouel bar Nahmani : il devait consulter Yirmeyahou et ne l'a pas fait. Un prophète était là pour le détromper. Le message de Nekho, relu par Rav Cesse de t'opposer au dieu qui est avec moi. Rav : ce dieu est une avoda zara qu'il emporte. Yochiyahou en conclut qu'il pourra le vaincre. La blessure Les archers tirèrent sur le roi. Rav : de tout son corps ils firent un crible. Rachi tire le nombre des tirs du pluriel employé par le verset. Ce que Yirmeyahou entend au dernier moment Les lèvres du roi remuent ; le prophète craint une parole arrachée par la douleur. Il se penche : le roi justifie le jugement. L'oraison suit aussitôt : le souffle de nos narines, l'oint de Hachem.
La chaîne complète du récit : le verset invoqué, le point ignoré, la faute retenue, et le mot de la fin.
Sonner l'alarme le Chabbat : la liste de la baraita, puis les deux désaccords On sonne, même le Chabbat Ville cernée par des non-Juifs Ville cernée par un fleuve Navire ballotté en mer Particulier poursuivi : non-Juifs, brigands, ou esprit mauvais (roua'h ra'a) Ce que la baraita ajoute à la michna La michna ne citait que des détresses collectives. La baraita y joint le danger d'un seul homme. Rachi sur roua'h ra'a : il court sans s'arrêter, et risque de se noyer ou de tomber. Le péril de mort immédiat justifie l'alarme du Chabbat. Le particulier peut-il jeûner pour cela ? Premier avis : dans tous ces cas, il a le droit de se mortifier par un jeûne. Rabbi Yossi l'interdit : affaibli, il aura besoin des créatures, qui n'auront pas pitié de lui. Le verset de Rabbi Yossi, selon Rav L'homme devint un être vivant : l'âme que J'ai placée en toi, fais-la vivre. Tossefot : le désaccord des Tannaim porte sur celui qui ne supporte pas la peine du jeûne. Le dever : jusqu'où va le refus des Sages ? La baraita tranche : on sonne pour le dever le Chabbat, à plus forte raison en semaine. Rabbi Akiva, par Hanan ben Pitom, l'interdit toujours.
Les cas de la baraita, la question du jeûne individuel, et la portée du désaccord sur le dever.
L'excès de pluies : la seule détresse retirée de la liste Règle : pour toute détresse on sonne l'alarme, sauf l'excès de pluies Motif de Rabbi Yo'hanan : on ne prie pas contre un excès de bien. En terre d'Israël On ne sonne pas. Preuve tirée de Malakhi : une bénédiction jusqu'à plus que suffisance, jusqu'à ce que vos lèvres s'usent à dire assez. À Bavel (la gola) On sonne. Rachi : le pays se trouve dans une cuvette, les maisons s'enfoncent dans les eaux. L'abondance y devient un danger de mort. Le relais de la prière Année de pluies abondantes : les hommes de la garde écrivent à ceux du maamad, portez votre regard sur vos frères de l'exil. La mesure de Rabbi Eliezer Assez d'eau pour qu'un homme debout sur Keren Ofel y trempe les pieds. Rachi : autant dire qu'on ne prie jamais contre la pluie.
Pourquoi la pluie excessive sort de la liste, et ce qui change à Bavel.
1
״וַיִּשְׁלַח אֵלָיו מַלְאָכִים לֵאמֹר מַה לִּי וָלָךְ מֶלֶךְ יְהוּדָה לֹא עָלֶיךָ אַתָּה הַיּוֹם כִּי אֶל בֵּית מִלְחַמְתִּי וֵא-לֹהִים אָמַר לְבַהֲלֵנִי חֲדַל לְךָ מֵאֱ-לֹהִים אֲשֶׁר עִמִּי וְאַל יַשְׁחִיתֶךָ״.

« Il lui envoya des messagers pour dire : qu'y a-t-il entre moi et toi, roi de Yehouda ? Ce n'est pas contre toi que je marche aujourd'hui, mais contre la maison avec laquelle je suis en guerre, et D.ieu m'a dit de me hâter.

Écarte-toi de D.ieu qui est avec moi, pour qu'Il ne te détruise pas. »

📜 Rachi (1)
וַיִּשְׁלַח אֵלָיו מַלְאָכִים לֵאמֹר מַה לִּי וָלָךְ מֶלֶךְ יְהוּדָה לֹא עָלֶיךָ אַתָּה הַיּוֹם כִּי אֶל בֵּית מִלְחַמְתִּי וֵא-לֹהִים אָמַר לְבַהֲלֵנִי חֲדַל לְךָ מֵאֱ-לֹהִים אֲשֶׁר עִמִּי וְגוֹ' לֹא עָלֶיךָ אֲנִי הוֹלֵךְ הַיּוֹם יֹאשִׁיָּה יָצָא לִקְרָאתוֹ לַמִּלְחָמָה וְלֹא נְתָנוֹ לַעֲבֹור בְּאַרְצוֹ וְשָׁלַח לוֹ פַּרְעֹה נְכֹה מַלְאָכִים לֵאמֹר כו':
Il lui envoya des messagers pour dire : qu'y a-t-il entre moi et toi, roi de Yehouda ? Ce n'est pas contre toi que je marche aujourd'hui, mais contre la maison avec laquelle je suis en guerre, et D.ieu m'a dit de me hâter ; écarte-toi de D.ieu qui est avec moi, etc. — Ce n'est pas contre toi que je marche aujourd'hui : Yochiyahou était sorti à sa rencontre pour le combattre et refusait de le laisser traverser son pays ; Pharaon Nékho lui envoya alors des messagers pour dire, etc.
💡 Explication

Le verset (Divrei Hayamim II 35, 21) est cité pour établir un fait précis : l'épée de Pharaon Nékho était bien une épée de paix. Il ne venait pas attaquer Yehouda, et il le dit expressément par ambassade.

Rachi rappelle la situation que le verset suppose : Yochiyahou barrait le passage à l'armée égyptienne qui montait vers l'Euphrate. Le message répond à ce barrage. La baraita de 22a s'en servait pour montrer qu'aucune épée, même pacifique, ne devait traverser le pays.

2
מַאי: ״אֱ-לֹהִים אֲשֶׁר עִמִּי״? אָמַר רַב יְהוּדָה אָמַר רַב: זוֹ עֲבוֹדָה זָרָה. אָמַר: הוֹאִיל וְקָא בָּטַח בַּעֲבוֹדָה זָרָה — יָכֵילְנָא לֵיהּ.

Que vise le mot « le dieu qui est avec moi » ? Rav Yehouda a dit au nom de Rav : il s'agit d'une avoda zara (idolâtrie).

[Yochiyahou] se dit : puisqu'il met sa confiance dans une avoda zara, je pourrai en venir à bout.

📜 Rachi (1)
מַאן אֱ-לֹהִים דְּקָאָמַר לֵיהּ פַּרְעֹה נְכֹה חֲדַל לְךָ מֵאֱ-לֹהִים אֲשֶׁר עִמִּי:
Quel dieu — celui dont Pharaon Nékho lui parle : écarte-toi du dieu qui est avec moi.
💡 Explication

Le message de Nékho pouvait se lire comme un avertissement au nom de Hachem, et Yochiyahou aurait alors dû reculer. Rav écarte cette lecture : le dieu invoqué est l'idole que l'Égyptien emporte avec lui.

Cette lecture explique le calcul du roi. Un adversaire qui s'appuie sur une avoda zara n'a aucune force propre, donc yekhilna leh, je pourrai en venir à bout. Le calcul était juste sur ce point et faux sur l'autre, qui vient plus bas : la génération ne méritait pas la protection promise.

3
״וַיֹּרוּ הַיֹּרִים לַמֶּלֶךְ יֹאשִׁיָּהוּ וַיֹּאמֶר הַמֶּלֶךְ לַעֲבָדָיו הַעֲבִירוּנִי כִּי הָחֳלֵיתִי מְאֹד״, מַאי ״כִּי הֶחֱלִיתִי מְאֹד״? אָמַר רַב יְהוּדָה אָמַר רַב: מְלַמֵּד שֶׁעָשׂוּ כָּל גּוּפוֹ כִּכְבָרָה.

« Les archers tirèrent sur le roi Yochiyahou, et le roi dit à ses serviteurs : emmenez-moi, car je suis grièvement blessé. » Que signifie « car je suis grièvement blessé » ? Rav Yehouda a dit au nom de Rav : cela enseigne qu'ils firent de tout son corps un crible (kevara).

📜 Rachi (2)
מְלַמֵּד מִדִּכְתִיב וְיוֹרוּ הַמּוֹרִים דְּמַשְׁמַע יְרִיּוֹת רַבּוֹת יוֹרוּ הַמּוֹרִים:
Cela enseigne — du fait qu'il est écrit « les archers tirèrent », formule qui implique des tirs nombreux.
אָמַר רַב יְהוּדָה אָמַר רַב מְלַמֵּד שֶׁעָשׂוּ כָּל גּוּפוֹ כִּכְבָרָה:
Rav Yehouda a dit au nom de Rav : cela enseigne qu'ils firent de tout son corps un crible.
💡 Explication

La guemara ne s'arrête pas au sens courant de hahaliti meod, je suis gravement atteint. Rav y lit une indication de nombre : le corps percé de part en part comme un crible.

Rachi donne l'appui textuel : le verset emploie une formule qui redouble le verbe tirer, marque de tirs répétés. Le Midrach Eikha, cité par le Ben Yehoyada sur la ligne précédente, chiffre trois cents flèches.

🖼️ Schéma
Du mot du verset à l'image du crible Le verset : les archers tirèrent sur le roi Rachi : la formule marque des tirs nombreux Rav : tout son corps devint un crible L'expression du roi, je suis grièvement blessé, reçoit ainsi un contenu précis plutôt qu'une plainte générale. Le Ben Yehoyada rattachera cette image au récipient percé des foulons, dans l'épisode d'Ahaz.
Le chemin de la derasha : un pluriel du verset, puis l'image du crible.
4
אָמַר רַבִּי שְׁמוּאֵל בַּר נַחְמָנִי אָמַר רַבִּי יוֹנָתָן: מִפְּנֵי מַה נֶעֱנַשׁ יֹאשִׁיָּהוּ — מִפְּנֵי שֶׁהָיָה לוֹ לִימָּלֵךְ בְּיִרְמְיָהוּ וְלֹא נִמְלַךְ. מַאי דְרַשׁ: ״וְחֶרֶב לֹא תַעֲבֹר בְּאַרְצְכֶם״,

Rabbi Chmouel bar Nahmani a dit au nom de Rabbi Yonatan : pour quelle raison Yochiyahou fut-il puni ? Parce qu'il aurait dû consulter Yirmeyahou et ne l'a pas consulté.

Que tirait-il du texte ? « Et une épée ne passera pas dans votre pays »,

💡 Explication

La question porte sur un roi que l'Écriture loue sans réserve. La réponse ne vise aucune faute de conduite, mais une omission de procédure : un prophète vivait alors à Yerouchalayim, et le roi a agi sur sa propre derasha sans le consulter.

Le verset invoqué est celui des bénédictions de Behoukotaï (Vayikra 26, 6). La guemara va montrer en deux temps comment Yochiyahou le lisait, puis où se trouvait le point qui lui échappait.

5
מַאי ״חֶרֶב״? אִילֵּימָא חֶרֶב שֶׁאֵינָהּ שֶׁל שָׁלוֹם, וְהָכְתִיב: ״וְנָתַתִּי שָׁלוֹם בָּאָרֶץ״! אֶלָּא אֲפִילּוּ שֶׁל שָׁלוֹם. וְהוּא אֵינוֹ יוֹדֵעַ שֶׁאֵין דּוֹרוֹ דּוֹמֶה יָפֶה.

Que vise le mot « épée » ? Si l'on dit une épée qui n'est pas de paix — or il est écrit « Je donnerai la paix dans le pays » !

Il s'agit donc même d'une épée de paix. Et lui ignorait que sa génération ne se présentait pas favorablement.

📜 Rachi (2)
הָא כְתִיב וְנָתַתִּי שָׁלוֹם בָּאָרֶץ וּלְמַאי הִלְכְתָא כַּתְבֵיהּ רַחֲמָנָא לְאִידָךְ קְרָא וְחֶרֶב לֹא תַעֲבֹור בְּאַרְצְכֶם אֶלָּא אֲפִי' חֶרֶב שֶׁל שָׁלוֹם:
Or il est écrit « Je donnerai la paix dans le pays » — à quelle fin la Torah a-t-elle donc écrit l'autre membre, « et une épée ne passera pas dans votre pays » ? Il s'agit donc même d'une épée de paix.
שֶׁאֵין דּוֹרוֹ דּוֹמֶה יָפֶה בְּעֵינֵי הַמָּקוֹם:
Que sa génération ne se présentait pas favorablement — aux yeux de Hachem.
🪔 Ben Yehoyada (1)
וְהוּא אֵינוֹ יוֹדֵעַ שֶׁאֵין דּוֹרוֹ דּוֹמֶה יָפֶה. קַשָּׁא כֵּיוָן דְּהָיוּ עוֹבְדֵי עֲבוֹדָה זָרָה בַּסֵּתֶר לָמָּה לֹא גִּילָּה לוֹ יִרְמְיָהוּ הַנָּבִיא ע"ה אֶת הַדָּבָר הַזֶּה כְּשֶׁאָמַר לוֹ מֹשֶׁה אָמַר וְחֶרֶב לֹא תַעֲבֹר בְּאַרְצְכֶם (וַיִּקְרָא כו, ו) וּבְוַדַּאי הָיָה נִשְׁמַע לוֹ כִּי לֹא יַכְחִישׁ דִּבְרֵי נָבִיא? וְנִרְאֶה לִי דְּאִיתָא בְּסֵפֶר הַדּוֹרוֹת בְּשֵׁם הַמְקֻובָּלִים אָחָז נִתְגַּלְגֵּל בְּיֹאשִׁיָּהוּ וְנֶהֱרַג בַּמִּלְחָמָה לְכַפֵּר עַל עֲוֹנֹותָיו בְּגִלְגּוּל הֶעָבַר וְכָל רְבִיעִית דָּם שֶׁיָּצָא מִמֶּנּוּ נֶחְשָׁב לְמִיתָה בִּפְנֵי עַצְמוֹ וְלָכֵן הַצַּדִּיק דִּין עַל עַצְמוֹ וְאָמַר צַדִּיק הוּא ה' כִּי פִיהוּ מָרִיתִי (אֵיכָה א, יח) עַד כָּאן לְשׁוֹנָם. וְאָמַרְתִּי רֶמֶז בָּזֶה לָכֵן רֹאשׁ וְסוֹף יֹאשִׁיָּהוּ עוֹלֶה כְּמִנְיַן אָחָז. וּבָזֶה נִיחָא דְּיִרְמְיָהוּ הַנָּבִיא ע"ה יָדַע בְּרוּחַ הַקֹּודֶשׁ שֶׁיִּכָּשֵׁל בְּדָבָר זֶה לַחְשֹׁוב דּוֹרוֹ יָפֶה וְיִסְמֹוךְ עַל זֶה וְיֵצֵא בַּמִּלְחָמָה וְיֵהָרֵג כְּדֵי לְתַקֵּן גִּלְגּוּל אָחָז שֶׁנִּתְגַּלְגֵּל בּוֹ וְיָדַע שֶׁזּוֹ הִיא סִיבָּה מֵאֵת ה' וְלָכֵן קָרָא עָלָיו מִקְרָא זֶה רוּחַ אַפֵּינוּ מְשִׁיחַ ה' נִלְכַּד בִּשְׁחִיתוֹתָם (אֵיכָה ד, כ) , קְרִי בֵיהּ 'בִּשְׂחִיָּתוֹ מֵת' כִּי אָחָז הָיָה קָרוּי מֵת וְהוּא נִלְכַּד עַתָּה בָּזֶה לְתַקְּנוֹ. וּבָזֶה יוּבָן בס"ד מַה שֶׁאָמַר רַב יְהוּדָה, אָמַר רַב מְלַמֵּד שֶׁעֲשָׂאוּהוּ כָּל גּוּפוֹ כִּכְבָרָה, וְכֵן אָמְרוּ בְּמִדְרַשׁ אֵיכָה (אֵיכָה רַבָּה א, נג) אָמַר רַבִּי מִנִּי שָׁלֹשׁ מֵאוֹת חִיצִּים הוֹרוּ בּוֹ עַד שֶׁנַּעֲשָׂה גּוּפוֹ כִּכְבָרָה, וְצָרִיךְ לְהָבִין לָמָּה נָקְטִי חֲזַ"ל דִּמְיוֹן זֶה שֶׁל כְּבָרָה גַּבֵּי יֹאשִׁיָּהוּ? אַךְ יָדוּעַ מַה שֶׁאָמְרוּ בְּסַנְהֶדְרִין (סַנְהֶדְרִין קד.) בַּפָּסוּק (יְשַׁעְיָהוּ ז, ג) 'צֵא נָא לִקְרַאת אָחָז וְכוּ' אֶל מִסֹּלֶת שְׂדֵה כּוֹבֵס' מַאי כּוֹבֵס? אֻוכְלָא דְּקַצָּרֵי סְחַף אַרֵישֵׁיהּ וַחֲלַף, פֵּירֵשׁ רַשִׁ"י כְּלִי מְנֻוקָּב שֶׁל כּוֹבְסִין שֶׁמְּזַלְּפִים בּוֹ מַיִם עַל הַבְּגָדִים וְאוֹתוֹ הַכְּלִי הָפַךְ אָחָז עַל רֹאשׁוֹ כְּדֵי שֶׁלֹּא יַכִּירוּ יְשַׁעְיָה דְּהָיָה מִתְבַּיֵּישׁ מִמֶּנּוּ וְאָמְרוּ שָׁם בַּגְּמָרָא מִפְּנֵי שֶׁהָיָה לְאָחָז בֹּושֶׁת פָּנִים זוֹ מִן יְשַׁעְיָה לְכָךְ לֹא נִמְנָה בִּכְלַל אֵין לָהֶם חֵלֶק לָעוֹלָם הַבָּא נִמְצָא זָכָה אָחָז לִהְיוֹת נִתְקַן עַל יְדֵי גִּלְגּוּל בְּיֹאשִׁיָּהוּ מִפְּנֵי שֶׁהָיָה לוֹ בֹּושֶׁת פָּנִים שֶׁהִנִּיחַ כְּלִי מְנֻוקָּב שֶׁל כּוֹבְסִין שֶׁעָשׂוּי כִּכְבָרָה כְּדֵי שֶׁלֹּא יִרְאֵהוּ יְשַׁעְיָהוּ הַנָּבִיא ע"ה וְלָכֵן עַתָּה כְּשֶׁנִּתְקַן בַּהֲרִיגַת יֹאשִׁיָּהוּ נַעֲשָׂה גּוּפוֹ כִּכְבָרָה בַּהֲרִיגָתוֹ לִרְמֹוז זְכוּת הַבּוּשָׁה שֶׁהָיָה לוֹ כְּשֶׁהִנִּיחַ כְּלִי שֶׁל כְּבָרָה עַל רֹאשׁוֹ גָּרַם לוֹ תִּיקּוּן זֶה שֶׁהָיָה לוֹ עַתָּה בַּהֲרִיגָתוֹ. וְדַע כִּי וַדַּאי יֹאשִׁיָּהוּ הָיָה לוֹ עוֹד נְשָׁמוֹת גְּדוֹלוֹת וְרָבוֹת מִלְּבַד נֶפֶשׁ אָחָז וְלֹא הָיָה כֻּולּוֹ אָחָז דְּיָדוּעַ מַה שֶׁאָמְרוּ רַבּוֹתֵינוּ זַ"ל בְּשַׁעַר הַגִּלְגּוּלִים, דְּאֶפְשָׁר שֶׁיִּתְגַּלְגֵּל בְּאָדָם אֶחָד חֲמִשָּׁה וְשִׁשָּׁה נְשָׁמוֹת בְּגוּף אֶחָד. וּלְפִי דִּבְרֵי הַמִּדְרָשׁ שֶׁהוֹרוּ בּוֹ שָׁלֹשׁ מֵאוֹת חִיצִּים נִרְאֶה לִי כְּמִנְיַן 'יָצַר' [300] אֲשֶׁר הָלַךְ אַחֲרָיו בְּגִלְגּוּל אָחָז וְעַל זֶה הַצַּדִּיק עָלָיו הַדִּין כִּי מִסְפַּר 'ה' צַדִּיק יִבְחָן' (תְּהִלִּים יא, ה) עוֹלֶה שָׁלֹשׁ מֵאוֹת, דְּכָל זֶה קִבֵּל יֹאשִׁיָּהוּ הַמֶּלֶךְ ע"ה מֵאַהֲבָה.
« Et lui ignorait que sa génération ne se présentait pas favorablement. » Difficulté : puisqu'ils servaient des idoles en secret, pourquoi le prophète Yirmeyahou ne lui a-t-il pas révélé la chose, lorsque [le roi] lui a dit que Moche a dit « et une épée ne passera pas dans votre pays » (Vayikra 26, 6) ? Il l'aurait certainement écouté, car il n'aurait pas démenti les paroles d'un prophète. Il me semble [répondre] ainsi : il est rapporté dans le Sefer haDorot, au nom des kabbalistes, qu'Ahaz s'est réincarné en Yochiyahou et fut tué à la guerre pour expier ses fautes de l'incarnation précédente (guilgoul), et que chaque revi'it de sang sorti de lui comptait comme une mort à part entière ; c'est pourquoi il justifia sur lui-même le jugement et dit « Hachem est juste, car je me suis révolté contre sa parole » (Eikha 1, 18) — fin de leur propos. Et j'ai dit qu'il y a là une allusion : la première et la dernière lettre du nom Yochiyahou totalisent le même compte que le nom Ahaz. Par là s'explique bien que le prophète Yirmeyahou savait par le roua'h hakodech (esprit de sainteté) qu'il trébucherait sur ce point, tenir sa génération pour digne, s'y fier, sortir en guerre et y être tué, afin de réparer le guilgoul d'Ahaz réincarné en lui ; il savait que cette cause venait de Hachem, et c'est pourquoi il prononça sur lui ce verset : « le souffle de nos narines, l'oint de Hachem, fut pris dans leurs fosses » (Eikha 4, 20) — lis-y « pris dans sa fosse, mort », car Ahaz était appelé mort, et il se trouve maintenant pris la pour être réparé. Par là se comprend, avec l'aide du Ciel, ce que dit Rav Yehouda au nom de Rav : cela enseigne qu'ils firent de tout son corps un crible ; et de même ont-ils dit dans le Midrach Eikha (Eikha Rabba 1, 53), Rabbi Mani a dit : trois cents flèches furent tirées sur lui jusqu'à ce que son corps devint un crible. Il faut comprendre pourquoi nos maîtres ont retenu cette comparaison du crible à propos de Yochiyahou. Or on sait ce qu'ils ont dit dans Sanhédrin (104a) sur le verset « sors donc à la rencontre d'Ahaz... vers la chaussée du champ du foulon » (Yécha'yahou 7, 3) : que signifie foulon ? Il renversa sur sa tête le récipient des foulons et passa. Rachi explique : un ustensile percé dont les foulons se servent pour asperger d'eau les vêtements ; Ahaz retourna cet ustensile sur sa tête pour que Yécha'yahou ne le reconnaisse pas, car il avait honte devant lui. Et la guemara dit là que, parce qu'Ahaz éprouva cette honte devant Yécha'yahou, il ne fut pas compté parmi ceux qui n'ont pas de part au monde à venir. Il se trouve donc qu'Ahaz mérita d'être réparé par le guilgoul en Yochiyahou grâce à cette honte, puisqu'il posa sur sa tête un ustensile percé de foulons, fait comme un crible, pour que le prophète Yécha'yahou ne le voie pas ; aussi, maintenant qu'il est réparé par la mise à mort de Yochiyahou, son corps devint un crible lors de cette mise à mort, pour indiquer que le mérite de la honte qu'il avait eue en posant sur sa tête un ustensile en forme de crible lui a valu la réparation obtenue maintenant par cette mise à mort. Et sache que Yochiyahou possédait assurément encore d'autres âmes, grandes et nombreuses, en dehors du nefech d'Ahaz, et qu'il n'était pas tout entier Ahaz, car on sait ce qu'ont dit nos maîtres dans le Chaar haGuilgoulim : il est possible que cinq ou six âmes se réincarnent chez un seul homme, dans un seul corps. Et selon les termes du Midrach, qui parle de trois cents flèches tirées sur lui, il me semble que c'est le compte du mot yetser [300], derrière lequel il était allé dans l'incarnation d'Ahaz ; et là-dessus il justifia sur lui le jugement, car le compte du verset « Hachem éprouve le juste » (Tehilim 11, 5) s'élève à trois cents. Tout cela, le roi Yochiyahou l'a reçu par amour.
💡 Explication

La guemara reconstitue la derasha du roi en deux temps. Un premier membre du verset promet déjà la paix ; si le second interdisait seulement l'épée ennemie, il n'ajouterait rien. Le mot épée doit donc viser aussi une épée de paix, celle d'une armée qui ne fait que traverser.

Le raisonnement est correct ; sa condition d'application ne l'était pas. Les bénédictions de Behoukotaï valent pour une génération qui les mérite, et Rachi précise le sens de eino dome yafe : aux yeux de Hachem. Les habitants servaient des idoles en secret, et le roi l'ignorait.

🖼️ Schéma
Un verset, deux membres : pourquoi le second vise même une épée de paix Premier membre Je donnerai la paix dans le pays. L'épée ennemie est déjà écartée. Second membre Une épée ne passera pas dans votre pays. Pour ajouter quelque chose, il vise le passage. Conclusion de Yochiyahou : même une armée qui traverse sans intention de combattre doit être arrêtée. Le point ignoré : la bénédiction suppose une génération qui la mérite, et la sienne servait des idoles en secret.
La structure du verset telle que le roi la lisait, et la condition qui lui échappait.
6
כִּי הֲוָה נִיחָא נַפְשֵׁיהּ, חֲזָא יִרְמְיָהוּ שִׂפְוָותֵיהּ דְּקָא מְרַחֲשָׁן, אָמַר: שֶׁמָּא חַס וְשָׁלוֹם מִילְּתָא דְּלָא מְהַגְּנָא אֲמַר אַגַּב צַעֲרֵיהּ. גְּחֵין וְשַׁמְעֵיהּ דְּקָא מַצְדֵּיק עֲלֵיהּ דִּינָא אַנַּפְשֵׁיהּ, אָמַר: ״צַדִּיק הוּא ה׳ כִּי פִיהוּ מָרִיתִי״. פְּתַח עֲלֵיהּ הַהִיא שַׁעְתָּא: ״רוּחַ אַפֵּינוּ מְשִׁיחַ ה׳״.

Au moment où il rendait l'âme, Yirmeyahou vit ses lèvres remuer. Il se dit : peut-être, à D.ieu ne plaise, prononce-t-il sous l'effet de sa souffrance une parole qui ne convient pas.

Il se pencha et l'entendit justifier sur lui-même le jugement : il disait « Hachem est juste, car je me suis révolté contre sa parole ». À cette heure-là, [Yirmeyahou] ouvrit sur lui l'oraison : « le souffle de nos narines, l'oint de Hachem ».

💡 Explication

La scène répond au récit qui précède. Le roi vient d'être puni pour ne pas avoir consulté le prophète, et c'est ce même prophète qui se penche sur ses lèvres.

Ce que Yirmeyahou entend est un tsidouk hadin, la reconnaissance que le jugement est juste, formulée avec le verset d'Eikha. L'oraison qu'il prononce aussitôt, tirée du même livre, accorde à Yochiyahou le titre le plus élevé : le souffle de nos narines, l'oint de Hachem.

7
מַעֲשֶׂה וְיָרְדוּ זְקֵנִים מִירוּשָׁלַיִם לְעָרֵיהֶם כּוּ׳. אִיבַּעְיָא לְהוּ: כִּמְלֹא תַּנּוּר תְּבוּאָה, אוֹ דִּלְמָא כִּמְלֹא תַנּוּר פַּת.

« Il arriva que des anciens descendirent de Yerouchalayim dans leurs villes, etc. » On posa la question : de quoi remplir un four de blé, ou bien de quoi remplir un four de pain ?

📜 Rachi (1)
אִיבַּעְיָא לְהוּ כִּמְלֹא תַנּוּר תְּבוּאָה דְּהַייְנוּ שִׁיעוּר גָּדוֹל יוֹתֵר מִמְּלֹא תַּנּוּר פַּת דְּשִׁיעוּר קָטָן הוּא שֶׁאֵין דֶּרֶךְ לְמַלֹּאות כָּל חֲלַל הַתַּנּוּר פַּת אֶלָּא בַּדְּפָנוֹת מַדְבִּיקִין אוֹתוֹ:
On posa la question : de quoi remplir un four de blé — ce qui fait une mesure plus grande que de quoi remplir un four de pain, qui est une petite mesure, car on n'a pas coutume de remplir de pain tout le volume du four : on le colle aux parois.
🗂️ Tossefot (1)
כִּמְלֹא תַּנּוּר תְּבוּאָה אוֹ דִּלְמָא כִּמְלֹא תַנּוּר פַּת. כִּמְלֹא תַּנּוּר תְּבוּאָה הָוֵי פִּי' כִּמְלֹא חֲלַל הַתַּנּוּר תְּבוּאָה דְּהַיְינוּ יוֹתֵר מִמְּלֹא תַּנּוּר פַּת תָּא שְׁמַע כִּמְלֹא פִי תַנּוּר פַּת וְאִם כֵּן מַיְירֵי בְּפַת:
« De quoi remplir un four de blé, ou bien de quoi remplir un four de pain ? » De quoi remplir un four de blé signifie de quoi remplir le volume du four avec du blé, soit plus que de quoi remplir un four de pain. Viens et écoute : de quoi remplir la bouche d'un four de pain ; il s'agit donc bien de pain.
💡 Explication

Retour à la michna : les anciens ont décrété un jeûne parce qu'on avait vu à Achkelon de la nielle kimlo pi tanour. La question porte sur le seuil exact : quelle quantité de grain atteinte déclenche le jeûne.

Rachi donne le rapport entre les deux mesures. Un four rempli de blé désigne tout son volume ; un four rempli de pain est bien moindre, puisque les pains se collent aux parois et laissent le centre vide.

8
תָּא שְׁמַע: כִּמְלֹא פִּי תַּנּוּר. וַעֲדַיִין תִּיבְּעֵי לְהוּ: כְּכִיסּוּיָא דְּתַנּוּרָא, אוֹ דִּלְמָא כִּי דָּרָא דְּרִיפְתָּא דְּהָדַר לֵיהּ לְפֻומָּא דְתַנּוּרָא? תֵּיקוּ.

Viens et écoute : de quoi remplir la bouche d'un four. Et l'on peut encore poser la question : est-ce l'équivalent du couvercle du four, ou bien une rangée de pains qui fait le tour de la bouche du four ?

La question reste sans réponse (teikou).

📜 Rachi (2)
ת"ש דְּקָתָנֵי חֲדָא כִּי הַאי לִישָּׁנָא כִּמְלֹא פִּי הַתַּנּוּר דְּהַיְינוּ פַּת דְּאִילּוּ תְּבוּאָה לָא מָצֵי קַיְימָא עַל פִּי הַתַּנּוּר:
Viens et écoute — car [la michna] enseigne une formule de ce genre, de quoi remplir la bouche du four, ce qui vise le pain, puisque du blé ne peut tenir sur la bouche du four.
אוֹ דִּלְמָא כִּי דָרָא דְרִיפְתָּא שׁוּרָה שֶׁל לֶחֶם הַדְּבוּקִין זֶה אֵצֶל זֶה בְּפִי הַתַּנּוּר אִי נָמֵי שֶׁמַּדְבִּיקִין זֶה לְמַעְלָה מִזֶּה עַד פִּי הַתַּנּוּר:
Ou bien une rangée de pains — une rangée de pains collés les uns à côté des autres sur la bouche du four ; ou encore qu'on les colle l'un au-dessus de l'autre jusqu'à la bouche du four.
🗂️ Tossefot (1)
וַעֲדַייִן תִּבָּעֵי לָךְ כִּמְלֹא פִּי תַּנּוּר כִּמְלֹא עִגּוּל פִּי תַּנּוּר. דְּהַייְנוּ שׁוּרָה שֶׁל לֶחֶם סְבִיבוֹת פִּי הַתַּנּוּר אוֹ דִּלְמָא כִּי דָרָא דְרִיפְתָּא וְאַהְדַּר לֵיהּ לְפֻומֵּיהּ דְּתַנּוּרָא שׁוּרוֹת שׁוּרוֹת שֶׁל לֶחֶם זוֹ לְמַעְלָה מִזּוֹ עַד פִּי הַתַּנּוּר:
« Et l'on peut encore te poser la question : de quoi remplir la bouche d'un four, soit de quoi remplir le cercle de la bouche du four » — c'est-à-dire une rangée de pains tout autour de la bouche du four ; « ou bien une rangée de pains qui fait le tour de la bouche du four » — des rangées de pains les unes au-dessus des autres jusqu'à la bouche du four.
💡 Explication

La formule même de la michna tranche le premier point : elle dit la bouche du four, et du grain ne tiendrait pas sur cette ouverture. Il s'agit donc d'une mesure de pain.

Une seconde incertitude demeure sur la disposition des pains : une surface pleine, comme un couvercle, ou une simple couronne autour de l'ouverture. Rachi et Tossefot proposent deux figures pour la rangée. La guemara conclut par teikou, la question reste ouverte.

🖼️ Schéma
Quelle quantité de nielle déclenche le jeûne : trois mesures en concurrence Ecartée : le four plein de blé Tout le volume intérieur. Du blé ne tient pas sur la bouche. Lecture 1 : le couvercle Surface pleine posée sur l'ouverture du four. Lecture 2 : la rangée Couronne de pains autour de la bouche, ou pains superposés. La michna dit la bouche du four : la mesure porte donc sur du pain, ce qui écarte la première hypothèse. Entre le couvercle et la rangée, la guemara conclut teikou : la question reste ouverte.
Les trois mesures envisagées et le point précis laissé en suspens.
9
וְעוֹד גָּזְרוּ תַּעֲנִית עַל שֶׁאָכְלוּ זְאֵבִים כּוּ׳. אָמַר עֻולָּא מִשּׁוּם רַבִּי שִׁמְעוֹן בֶּן יְהוֹצָדָק: מַעֲשֶׂה וּבָלְעוּ זְאֵבִים שְׁנֵי תִּינוֹקוֹת וֶהֱקִיאוּם דֶּרֶךְ בֵּית הָרְעִי. וּבָא מַעֲשֶׂה לִפְנֵי חֲכָמִים, וְטִיהֲרוּ אֶת הַבָּשָׂר, וְטִמְּאוּ אֶת הָעֲצָמוֹת.

« Et ils décrétèrent encore un jeûne parce que des loups avaient dévoré [deux enfants], etc. » Oulla a dit au nom de Rabbi Chimon ben Yehotsadak : il arriva que des loups avalèrent deux enfants et les rejetèrent par la voie des excréments. Le cas vint devant les Sages : ils déclarèrent la chair pure et les os impurs.

📜 Rachi (3)
וּבְלָעָן כְּשֶׁהֵן שְׁלֵימִין:
Il les avala — alors qu'ils étaient entiers.
וְטִהֲרוּ אֶת הַבָּשָׂר שֶׁאֵינוֹ מְטַמֵּא טֻומְאַת מֵת דְּנִתְעַכֵּל וְנִתְבַּטֵּל תּוֹךְ מֵעָיו וּכְגוֹן שֶׁשָּׁהוּ יְמֵי עִיכּוּל וּפִירְשָׁא בְּעָלְמָא הוּא:
Ils déclarèrent la chair pure — elle ne transmet pas l'impureté du mort, car elle a été digérée et annulée dans ses entrailles ; il s'agit du cas où le temps de la digestion s'est écoulé, et cela n'a plus que le statut de simple déjection.
וְטִימְּאוּ אֶת הָעֲצָמוֹת דְּלָא מִתְעַכְּלוֹ:
Et ils déclarèrent les os impurs — car ils ne se digèrent pas.
🗂️ Tossefot (1)
וְטִהֲרוּ אֶת הַבָּשָׂר. פֵּירוּשׁ לְפִי שֶׁנִּתְעַכְּלוּ בִּמְעֵי הַזְּאֵבִים וְטִמְּאוּ אֶת הָעֲצָמוֹת דְּלָא מִיעַכְּלוּ:
« Ils déclarèrent la chair pure » — explication : parce qu'elle a été digérée dans les entrailles des loups ; et ils déclarèrent les os impurs, car ils ne se digèrent pas.
💡 Explication

La michna citait ce jeûne comme exemple de haya ra'a mechoula'hat, une bête féroce lâchée. Oulla rapporte la suite de l'affaire, qui soulève une question d'un autre ordre : les restes rejetés transmettent-ils l'impureté du mort ?

La réponse suit la règle du ikoul, la digestion. Ce qui a été assimilé dans les entrailles de l'animal perd son identité et n'a plus que le statut de déjection ; les os, qui résistent à la digestion, gardent leur statut et restent impurs.

🖼️ Schéma
Restes rejetés par les loups : la digestion décide du statut Avalés entiers, puis rejetés par l'animal La chair : pure Digérée, elle n'est plus que déjection. Les os : impurs Ils résistent à la digestion. Règle du ikoul Rachi précise le cas : le temps de la digestion s'est écoulé. Ce qui est assimilé perd son statut antérieur.
Un même corps rejeté, deux statuts, selon que la matière a été digérée.
10
עַל אֵלּוּ מַתְרִיעִין בְּשַׁבָּת כּוּ׳. תָּנוּ רַבָּנַן: עִיר שֶׁהִקִּיפוּהָ נָכְרִים אוֹ נָהָר, וְאֶחָד סְפִינָה הַמִּיטָּרֶפֶת בַּיָּם, וְאֶחָד יָחִיד שֶׁנִּרְדָּף מִפְּנֵי נָכְרִים אוֹ מִפְּנֵי לִסְטִין וּמִפְּנֵי רוּחַ רָעָה — מַתְרִיעִין בְּשַׁבָּת. וְעַל כֻּולָּן יָחִיד רַשַּׁאי לְסַגֵּף אֶת עַצְמוֹ בְּתַעֲנִית.

« Voici les cas pour lesquels on sonne l'alarme le Chabbat, etc. » Nos maîtres ont enseigné : une ville cernée par des non-Juifs ou par un fleuve, de même un navire ballotté en mer, de même un particulier poursuivi par des non-Juifs, par des brigands ou par un esprit mauvais (roua'h ra'a) — on sonne l'alarme le Chabbat. Et dans tous ces cas, un particulier a le droit de se mortifier par un jeûne.

📜 Rachi (2)
מִפְּנֵי רוּחַ רָעָה שֶׁנִּכְנַס בּוֹ רוּחַ שִׁידָּה וְרָץ וְהוֹלֵךְ וְשֶׁמָּא יִטְבַּע בַּנָּהָר אוֹ יִפֹּול וְיָמוּת:
À cause d'un esprit mauvais — un esprit de démone est entré en lui, il court sans s'arrêter, et il risque de se noyer dans le fleuve ou de tomber et de mourir.
לְסַגֵּף לַעֲנוֹת נֶפֶשׁ מְתַרְגְּמִינַן לְסַגָּפָא נָפֶשׁ (בַּמִּדְבָּר ל׳:י״ד):
Se mortifier (lessaguef) — « pour affliger son âme » se traduit en araméen par lessagafa nafch (Bamidbar 30, 14).
🗂️ Tossefot (1)
וְעַל כֻּולָּן רַשַּׁאי לְסַגֵּף עַצְמוֹ בְּתַעֲנִית. פִּי' לַעֲנוֹת נֶפֶשׁ מְתַרְגְּמִינַן לְסַגָּפָא נֶפֶשׁ:
« Et dans tous ces cas il a le droit de se mortifier par un jeûne » — explication : « pour affliger son âme » se traduit lessagafa nafch.
⚖️ Rosh (1)
עַל אֵלּוּ מַתְרִיעִין בְּכָל מָקוֹם עַל הַשִּׁדָּפוֹן וְעַל הַיֵּרָקוֹן וְעַל הָאַרְבֶּה וְעַל הֶחָסִיל וְעַל חַיָּה רָעָה וְעַל הַחֶרֶב מַתְרִיעִין עֲלֵיהֶן מִיָּד מִפְּנֵי שֶׁהִיא מַכָּה מְהַלֶּכֶת ת"ר עַל הַשִּׁדָּפוֹן וְעַל הַיֵּרָקוֹן בְּכָל שֶׁהוּא אַרְבֶּה וְחָסִיל אע"פ שֶׁלֹּא נִרְאָה אֶלָּא כָּנָף אֶחָד בְּכָל אֶרֶץ יִשְׂרָאֵל מַתְרִיעִין עֲלֵיהֶן מִיָּד. ת"ר חַיָּה רָעָה שֶׁאָמְרוּ בִּזְמַן שֶׁהִיא מְשֻׁולַּחַת מַתְרִיעִין עָלֶיהָ אֵינָהּ מְשֻׁולַּחַת אֵין מַתְרִיעִין עָלֶיהָ. כֵּיצַד נִרְאֵית בָּעִיר מְשֻׁולַּחַת בַּשָּׂדֶה אֵינָהּ מְשֻׁולַּחַת. נִרְאַת בַּיּוֹם מְשֻׁולַּחַת בַּלַּיְלָה אֵינָהּ מְשֻׁולַּחַת. רָאֲתָה שְׁנֵי בְּנֵי אָדָם וְרָצְתָה אַחֲרֵיהֶם מְשֻׁולַּחַת בָּרְחָה מִפְּנֵיהֶם אֵינָהּ מְשֻׁולַּחַת. טָרְפָה שְׁנֵי בְּנֵי אָדָם וְאָכְלָה אֶחָד מֵהֶם מְשֻׁולַּחַת שְׁנֵיהֶם אֵינָהּ מְשֻׁולַּחַת. עָלְתָה לַגַּג וְנָטְלָה תִּינוֹק מֵעֲרִיסָה מְשֻׁולַּחַת: וְעַל הַחֶרֶב. תָּנוּ רַבָּנַן אֵין צָרִיךְ לוֹמַר שֶׁאֵינוֹ שֶׁל שָׁלוֹם אֶלָּא אַפֵּי' חֶרֶב שֶׁל שָׁלוֹם שֶׁאֵין לְךָ חֶרֶב שֶׁל שָׁלוֹם יוֹתֵר מִשֶּׁל פַּרְעֹה נְכֹה ואעפ"כ נִכְשַׁל בּוֹ יֹאשִׁיָּהוּ הַמֶּלֶךְ. מַעֲשֶׂה שֶׁיָּרְדוּ זְקֵנִים מִירוּשָׁלַיִם וְגָזְרוּ תַּעֲנִית עַל שֶׁנִּרְאָה כִּמְלֹא פִּי תַּנּוּר שִׁדָּפוֹן בְּאַשְׁקְלוֹן וְעוֹד גָּזְרוּ עַל שֶׁאָכְלוּ זְאֵבִים שְׁנֵי תִינוֹקוֹת בְּעֵבֶר הַיַּרְדֵּן. ר' יוֹסֵי אוֹמֵר לֹא עַל שֶׁאֲכָלוּהָ אֶלָּא שֶׁנִּרְאוּ. וְעַל אֵלּוּ מַתְרִיעִין בְּשַׁבָּת עַל עִיר שֶׁהִקִּיפוּהָ נָכְרִים אוֹ נָהָר אוֹ סְפִינָה הַמְטֹורֶפֶת בַּיָּם רַבִּי יוֹסֵי אוֹמֵר לְעֶזְרָה וְלֹא לִצְעָקָה. שִׁמְעוֹן הַתִּימְנִי אוֹמֵר אַף עַל הַדֶּבֶר וְלֹא הוֹדוּ לוֹ חֲכָמִים תָּנוּ רַבָּנַן עִיר שֶׁהִקִּיפוּהָ נָכְרִים אוֹ נָהָר אוֹ סְפִינָה הַמְטֹורֶפֶת בַּיָּם וְיָחִיד הַנִּרְדָּף מִפְּנֵי נָכְרִים וּמִפְּנֵי רוּחַ רָעָה וּמִפְּנֵי הַלִּיסְטִים מַתְרִיעִין עֲלֵיהֶן מִיָּד בְּשַׁבָּת. וְעַל כֻּולָּן יָחִיד רַשַּׁאי לְסַגֵּף עַצְמוֹ בְּתַעֲנִית. רַבִּי יוֹסֵי אוֹמֵר אֵין הַיָּחִיד רַשַּׁאי לְסַגֵּף עַצְמוֹ בְּתַעֲנִית שֶׁמָּא יִצְטָרֵךְ לַבְּרִיּוֹת וְאֵין הַבְּרִיּוֹת מְרַחֲמִין עָלָיו:
Voici les cas pour lesquels on sonne l'alarme en tout lieu : la nielle (chidafon), la jaunisse des blés (yerakon), le criquet (arbe), la sauterelle (hassil), la bête féroce et l'épée — on sonne l'alarme pour eux immédiatement, parce qu'il s'agit d'un fléau qui se déplace. Nos maîtres ont enseigné : pour la nielle et pour la jaunisse, en quelque quantité que ce soit ; pour le criquet et la sauterelle, même si l'on n'en a vu qu'une seule aile dans toute la terre d'Israël, on sonne l'alarme pour eux immédiatement. Nos maîtres ont enseigné : la bête féroce dont ils ont parlé, lorsqu'elle est lâchée (méchoula'hat) on sonne l'alarme pour elle, lorsqu'elle ne l'est pas on ne sonne pas l'alarme pour elle. Comment cela ? Vue dans la ville, elle est lâchée ; dans les champs, elle ne l'est pas. Vue de jour, elle est lâchée ; de nuit, elle ne l'est pas. Elle a vu deux hommes et a couru après eux, elle est lâchée ; elle s'est enfuie devant eux, elle ne l'est pas. Elle a déchiré deux hommes et en a mangé un, elle est lâchée ; elle les a mangés tous les deux, elle ne l'est pas. Elle est montée sur un toit et a emporté un enfant de son berceau, elle est lâchée. « Et pour l'épée. » Nos maîtres ont enseigné : point besoin de dire qu'il s'agit d'une épée qui n'est pas de paix ; même une épée de paix entre dans la règle, car il n'est pas d'épée plus pacifique que celle de Pharaon Nekho, et pourtant le roi Yochiyahou y a trébuché. Il arriva que des anciens descendirent de Yerouchalayim et décrétèrent un jeûne parce qu'on avait vu à Achkelon de la nielle de quoi remplir la bouche d'un four ; et ils décrétèrent encore un jeûne parce que des loups avaient dévoré deux enfants en Transjordanie. Rabbi Yossi dit : le décret tenait à leur apparition, et non à ce qu'ils les avaient dévorés. Et voici les cas pour lesquels on sonne l'alarme le Chabbat : une ville cernée par des non-Juifs ou par un fleuve, ou un navire ballotté en mer. Rabbi Yossi dit : pour appeler du secours, et non pour crier vers le Ciel. Chimon haTimni dit : même pour le dever ; et les Sages ne lui ont pas donné raison. Nos maîtres ont enseigné : une ville cernée par des non-Juifs ou par un fleuve, un navire ballotté en mer, un particulier poursuivi par des non-Juifs, par un esprit mauvais ou par des brigands — on sonne l'alarme pour eux immédiatement, le Chabbat. Et dans tous ces cas, un particulier a le droit de se mortifier par un jeûne. Rabbi Yossi dit : un particulier n'a pas le droit de se mortifier par un jeûne, de peur qu'il n'ait besoin des créatures et que les créatures n'aient pas pitié de lui.
💡 Explication

La baraita reprend la liste de la michna et l'élargit. La michna citait des détresses collectives ; elle y ajoute le yahid nirdaf, le particulier poursuivi, avec ses trois cas : des non-Juifs, des brigands, un esprit mauvais.

Le dénominateur commun est un péril de mort immédiat, ce qui justifie de crier le Chabbat. Rachi explique le troisième cas de façon concrète : l'homme court sans pouvoir s'arrêter et risque de se noyer ou de tomber. La dernière clause ouvre un autre sujet, le droit du particulier de jeûner, que Rabbi Yossi contestera dans la ligne suivante.

11
רַבִּי יוֹסֵי אוֹמֵר: אֵין הַיָּחִיד רַשַּׁאי לְסַגֵּף אֶת עַצְמוֹ בְּתַעֲנִית, שֶׁמָּא יִצְטָרֵךְ לַבְּרִיּוֹת וְאֵין הַבְּרִיּוֹת מְרַחֲמוֹת עָלָיו. אָמַר רַב יְהוּדָה אָמַר רַב: מַאי טַעְמָא דְּרַבִּי יוֹסֵי — דִּכְתִיב: ״וַיְהִי הָאָדָם לְנֶפֶשׁ חַיָּה״ — נְשָׁמָה שֶׁנָּתַתִּי בְּךָ הַחְיֵיה.

Rabbi Yossi dit : un particulier n'a pas le droit de se mortifier par un jeûne, de peur qu'il n'ait besoin des créatures et que les créatures n'aient pas pitié de lui. Rav Yehouda a dit au nom de Rav : quel est le motif de Rabbi Yossi ?

Il est écrit « et l'homme devint un être vivant » — l'âme (nechama) que J'ai placée en toi, fais-la vivre.

📜 Rachi (2)
יִצְטָרֵךְ לַבְּרִיּוֹת כִּי אֵין בּוֹ כֹּחַ לְהַרְוִיחַ וּלְהִתְפַּרְנֵס מִיְּגִיעוֹ:
Il aura besoin des créatures — car il n'aura plus la force de gagner sa vie et de se nourrir de son travail.
דִּכְתִיב לְנֶפֶשׁ חַיָּה הֶחֱיָיה:
Il est écrit « un être vivant » — fais-la vivre.
🗂️ Tossefot (1)
ר' יוֹסֵי אוֹמֵר אֵין הַיָּחִיד רַשַּׁאי לְסַגֵּף. ונ"ל דְּהָנֵי תַּנָּאֵי ל"פ בְּהָא דְּמַייְרֵי הָנֵי אָמוֹרָאֵי בְּפִרְקִין דִּלְעֵיל (תַּעֲנִית דַּף יא:) אִם נִקְרָא חוֹטֵא אוֹ נִקְרָא קָדוֹשׁ וְכוּ' דְּהָאָמוֹרָאֵי פְּלִיגִי בְּמָצֵי לְצַעוֹרֵי נַפְשֵׁיהּ וְהָנֵי תַּנָּאֵי פְּלִיגִי בִּדְלָא מָצֵי לְצַעוֹרֵי נַפְשֵׁיהּ:
« Rabbi Yossi dit : un particulier n'a pas le droit de se mortifier. » Il me semble que ces Tannaim ne sont pas en désaccord sur le point dont traitent les Amoraim au chapitre précédent (Taanit 11b), à savoir si [celui qui jeûne] est appelé fauteur ou saint, etc. : les Amoraim sont en désaccord au sujet de celui qui peut supporter cette peine, tandis que ces Tannaim sont en désaccord au sujet de celui qui ne peut pas la supporter.
🪔 Ben Yehoyada (1)
רַבִּי יוֹסֵי אוֹמֵר: אֵין הַיָּחִיד רַשַּׁאי לְסַגֵּף עַצְמוֹ בְּתַעֲנִית, שֶׁמָּא יִצְטָרֵךְ לַבְּרִיּוֹת, וְאֵין הַבְּרִיּוֹת מְרַחֲמוֹת עָלָיו. אָמַר רַב יְהוּדָה, אָמַר רַב: מַאי טַעְמָא דְּרַבִּי יוֹסֵי? דִּכְתִיב: (בְּרֵאשִׁית ב, ז) "וַיְהִי הָאָדָם לְנֶפֶשׁ חַיָּה", נְשָׁמָה שֶׁנָּתַתִּי בָּךְ, הַחַיָּה. מַקְשִׁים הָא רַבִּי יוֹסֵי פֵּירֵשׁ טַעְמוֹ לְהֶדְיָא שֶׁאָמַר שֶׁמָּא יִצְטָרֵךְ לַבְּרִיּוֹת? וְנִרְאֶה לִי הָכִי קָאָמַר מַאי טַעְמָא דְּרַבִּי יוֹסֵי דְּחָיֵישׁ שֶׁמָּא יֶחֱלֶה וְיִצְטָרֵךְ לַבְּרִיּוֹת וְאֵין מְרַחֲמִים עָלָיו, וְלָמָּה לֹא יִסְמֹוךְ שֶׁהַבְּרִיּוֹת יִהְיוּ מְרַחֲמִים עָלָיו? לָזֶה אָמַר טַעְמָא דְּקָאָמַר 'נְשָׁמָה שֶׁנָּתַתִּי בְּךָ הַחַיָּה' שְׁמַע מִינָּה קָאָמַר לוֹ הֶחֱייָה אַתָּה בְּעַצְמְךָ וְלֹא תִּסְמֹוךְ עַל הַבְּרִיּוֹת שֶׁיִּחְיוּ אוֹתָהּ.
« Rabbi Yossi dit : un particulier n'a pas le droit de se mortifier par un jeûne, de peur qu'il n'ait besoin des créatures et que les créatures n'aient pas pitié de lui. Rav Yehouda a dit au nom de Rav : quel est le motif de Rabbi Yossi ? Il est écrit (Berechit 2, 7) : et l'homme devint un être vivant — l'âme que J'ai placée en toi, fais-la vivre. » On objecte : Rabbi Yossi a pourtant énoncé son motif expressément, puisqu'il a dit de peur qu'il n'ait besoin des créatures. Il me semble que le sens est celui-ci : quel est le motif de Rabbi Yossi, qui craint qu'il ne tombe malade, n'ait besoin des créatures et qu'elles n'aient pas pitié de lui — et pourquoi ne se fierait-il pas à ce que les créatures aient pitié de lui ? Sur quoi [Rav] a donné le motif tiré de « l'âme que J'ai placée en toi, fais-la vivre » : il en ressort qu'Il lui dit, fais-la vivre toi-même, et ne te repose pas sur les créatures pour qu'elles la fassent vivre.
💡 Explication

Rabbi Yossi refuse au particulier le jeûne volontaire pour un motif tout pratique : affaibli, il ne pourra plus travailler, tombera à la charge d'autrui, et personne ne l'aidera.

Rav cherche l'appui scripturaire de cette position. Il lit le mot nefech haya du récit de la création comme une charge confiée à l'homme : l'âme que Hachem a déposée en lui, il lui revient de l'entretenir. Le Ben Yehoyada explique pourquoi ce verset était nécessaire alors que Rabbi Yossi avait déjà donné sa raison : le verset écarte le recours même à la pitié d'autrui.

12
שִׁמְעוֹן הַתֵּימְנִי אוֹמֵר: אַף עַל הַדֶּבֶר כּוּ׳. אִיבַּעְיָא לְהוּ: לֹא הוֹדוּ לוֹ חֲכָמִים בַּשַּׁבָּת, אֲבָל בְּחוֹל — הוֹדוּ לוֹ, אוֹ דִּלְמָא: לֹא הוֹדוּ לוֹ כְּלָל?

« Chimon haTimni dit : même pour le dever, etc. » On posa la question : les Sages ne lui ont-ils pas donné raison pour le Chabbat, tout en la lui donnant en semaine, ou bien ne lui ont-ils pas donné raison du tout ?

💡 Explication

La michna rapporte que les Sages ont refusé la position de Chimon haTimni sur le dever, l'épidémie, sans préciser l'étendue de ce refus.

Deux lectures se présentent. Le refus peut porter sur le seul Chabbat, ce qui laisserait l'alarme permise en semaine ; ou bien il peut écarter toute alarme pour le dever, quel que soit le jour. La baraita citée ensuite tranche.

13
תָּא שְׁמַע, דְּתַנְיָא: מַתְרִיעִין עַל הַדֶּבֶר בַּשַּׁבָּת, וְאֵין צָרִיךְ לוֹמַר בַּחֹול. רַבִּי חָנָן בֶּן פִּיטוֹם תַּלְמִידוֹ שֶׁל רַבִּי עֲקִיבָא מִשּׁוּם רַבִּי עֲקִיבָא אוֹמֵר: אֵין מַתְרִיעִין עַל הַדֶּבֶר כָּל עִיקָּר.

Viens et écoute, car il a été enseigné : on sonne l'alarme pour le dever le Chabbat, et point besoin de le dire en semaine. Rabbi Hanan ben Pitom, disciple de Rabbi Akiva, dit au nom de Rabbi Akiva : on ne sonne pas du tout l'alarme pour le dever.

📜 Rachi (1)
חָנָן בֶּן פִּטּוּם אוֹמֵר אֵין מַתְרִיעִין עַל הַדֶּבֶר אַפֵּי' בְּחוֹל דִּגְזֵירָה הִיא:
Hanan ben Pitom dit : on ne sonne pas l'alarme pour le dever — même en semaine, car il s'agit d'un décret.
💡 Explication

La baraita met face à face les deux positions. La première, celle de Chimon haTimni, sonne l'alarme le Chabbat et à plus forte raison en semaine. La seconde, transmise par Hanan ben Pitom au nom de Rabbi Akiva, l'exclut absolument ; elle correspond aux Sages de la michna.

Rachi indique le motif du refus : le dever est une guezera, un décret, auquel l'alarme ne répond pas. La question de la ligne précédente se trouve ainsi résolue dans le second sens.

14
עַל כָּל צָרָה שֶׁלֹּא תָּבוֹא עַל הַצִּבּוּר כּוּ׳. תָּנוּ רַבָּנַן: עַל כָּל צָרָה שֶׁלֹּא תָּבוֹא עַל הַצִּבּוּר מַתְרִיעִין עָלֶיהָ, חוּץ מֵרֹוב גְּשָׁמִים. מַאי טַעְמָא? אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: לְפִי שֶׁאֵין מִתְפַּלְּלִין עַל רֹוב הַטּוֹבָה.

« Pour toute détresse qui, puisse-t-elle ne pas venir, s'abat sur la communauté, etc. » Nos maîtres ont enseigné : pour toute détresse qui, puisse-t-elle ne pas venir, s'abat sur la communauté, on sonne l'alarme, à l'exception de l'excès de pluies. Quel en est le motif ?

Rabbi Yo'hanan a dit : parce qu'on ne prie pas contre un excès de bien.

⚖️ Rosh (1)
עַל כָּל צָרָה שֶׁלֹּא תָּבֹא עַל הַצִּבּוּר מַתְרִיעִין עֲלֵיהֶן חוּץ מֵרֹוב גְּשָׁמִים. מַאי טַעְמָא אָמַר ר' אַבָּא אָמַר שְׁמוּאֵל לְפִי שֶׁאֵין מִתְפַּלְּלִין עַל רֹוב טוֹבָה. שְׁנָא' (מַלְאָכִי ג׳:י׳) הָבִיאוּ אֶת כָּל הַמַּעֲשֵׂר אֶל בֵּית הָאוֹצָר וְגוֹ' וַהֲרִיקֹותִי לָכֶם בְּרָכָה עַד בְּלִי דָּי מַאי עַד בְּלִי דָּי עַד שֶׁיִּבְלוּ שִׂפְתוֹתֵיכֶם מִלּוֹמַר דַּי. אָמַר רַב יְהוּדָה אָמַר רַב וּבַגּוֹלָה מַתְרִיעִין עֲלֵיהֶן מִיָּד. תַּנְיָא נָמֵי הָכִי בִּזְמַן שֶׁהַגְּשָׁמִים מְרֻובִּים אַנְשֵׁי מִשְׁמָר שׁוֹלְחִין לְאַנְשֵׁי מַעֲמָד תְּנוּ עֵינֵיכֶם בַּאֲחֵיכֶם שֶׁבַּגּוֹלָה שֶׁלֹּא יְהֵא בָּתֵּיהֶם קִבְרֵיהֶם:
« Pour toute détresse qui, puisse-t-elle ne pas venir, s'abat sur la communauté, on sonne l'alarme, à l'exception de l'excès de pluies. » Quel en est le motif ? Rabbi Abba a dit au nom de Chemouel : parce qu'on ne prie pas contre un excès de bien, ainsi qu'il est dit (Malakhi 3, 10) : « apportez toute la dîme à la maison du trésor, etc., et Je répandrai sur vous une bénédiction jusqu'à plus que suffisance ». Que signifie « jusqu'à plus que suffisance » ? Jusqu'à ce que vos lèvres s'usent à dire assez. Rav Yehouda a dit au nom de Rav : et en exil, on sonne l'alarme pour elles immédiatement. Il a été enseigné de même : lorsque les pluies sont abondantes, les hommes de la garde (michmar) envoient dire aux hommes du maamad, portez votre regard sur vos frères qui sont en exil, afin que leurs maisons ne deviennent pas leurs tombeaux.
💡 Explication

La michna posait une règle générale, l'alarme pour toute détresse publique, avec une seule exception nommée : le rov gechamim, l'excès de pluies. La baraita la reprend et Rabbi Yo'hanan en donne le motif.

Le principe est de forme : la prière se dirige contre un manque, et la pluie reste un bien même au-delà du nécessaire. La suite du folio montrera la limite de ce principe, avec le cas de Bavel.

15
וְאָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: מִנַּייִן שֶׁאֵין מִתְפַּלְּלִין עַל רֹוב הַטּוֹבָה, שֶׁנֶּאֱמַר: ״הָבִיאוּ אֶת כָּל הַמַּעֲשֵׂר אֶל בֵּית הָאוֹצָר וְגוֹ׳״. מַאי ״עַד בְּלִי דַּי״? אָמַר רָמֵי בַּר רַב יוֹד: עַד שֶׁיִּבְלוּ שִׂפְתוֹתֵיכֶם מִלּוֹמַר ״דַּי״.

Et Rabbi Yo'hanan a dit : d'où sait-on qu'on ne prie pas contre un excès de bien ? De ce qui est dit : « apportez toute la dîme à la maison du trésor, etc. » Que signifie « jusqu'à plus que suffisance » (ad beli dai) ?

Rami bar Rav Youd a dit : jusqu'à ce que vos lèvres s'usent (yivlou) à dire « assez » (dai).

📜 Rachi (1)
רָמֵי בַּר רַב יוֹד חָכָם שֶׁשְּׁמוֹ יוֹד:
Rami bar Rav Youd — un sage dont le nom était Youd.
💡 Explication

Le verset de Malakhi promet une bénédiction ad beli dai. Rami bar Rav Youd lit beli au sens d'usure : la bénédiction se prolonge au-delà du point où l'on cesserait de la demander.

La preuve porte sur le principe énoncé plus haut. Puisque l'Écriture présente elle-même le dépassement de la mesure comme une bénédiction, une prière contre cet excès n'a pas d'objet.

16
אָמַר רָמֵי בַּר רַב יוֹד: וּבַגּוֹלָה, מַתְרִיעִין עָלֶיהָ. תַּנְיָא נָמֵי הָכִי: שָׁנָה שֶׁגְּשָׁמֶיהָ מְרֻובִּין, אַנְשֵׁי מִשְׁמָר שׁוֹלְחִין לְאַנְשֵׁי מַעֲמָד: תְּנוּ עֵינֵיכֶם בַּאֲחֵיכֶם שֶׁבַּגּוֹלָה, שֶׁלֹּא יְהֵא בָּתֵּיהֶם קִבְרֵיהֶם.

Rami bar Rav Youd a dit : et en exil, on sonne l'alarme pour elle. Il a été enseigné de même : une année dont les pluies sont abondantes, les hommes de la garde envoient dire aux hommes du maamad : portez votre regard sur vos frères qui sont en exil, afin que leurs maisons ne deviennent pas leurs tombeaux.

📜 Rachi (5)
וּבַגּוֹלָה בָּבֶל שֶׁהִיא בִּמְצוּלָה:
Et en exil — Bavel, qui se trouve dans une cuvette.
מַתְרִיעִין עַל רֹוב גְּשָׁמִים שֶׁלֹּא יֵרְדוּ:
On sonne l'alarme pour l'excès de pluies — afin qu'elles cessent de tomber.
אַנְשֵׁי מִשְׁמָר וְאַנְשֵׁי מַעֲמָד מְפָרֵשׁ בִּשְׁלֹשָׁה פְּרָקִים לְקַמָּן (תַּעֲנִית דַּף כו.):
Les hommes de la garde et les hommes du maamad — cela est expliqué plus loin, au chapitre Bichlocha perakim (Taanit 26a).
תְּנוּ עֵינֵיכֶם הִתְבּוֹנְנוּ בִּתְפִלַּתְכֶם בְּתַעֲנִיּוֹת עֲלֵיהֶם שֶׁלֹּא יָרְדוּ רֹוב גְּשָׁמִים:
Portez votre regard — ayez-les en vue dans votre prière, lors des jeûnes, afin que des pluies excessives ne tombent pas.
שֶׁלֹּא יְהוּ בָּתֵּיהֶם קִבְרֵיהֶן שֶׁעֲמֻוקָּה הִיא וְנִטְבָּעִים בָּתֵּיהֶם בַּמַּיִם:
Afin que leurs maisons ne deviennent pas leurs tombeaux — car cette contrée est basse et leurs maisons s'enfoncent dans les eaux.
🗂️ Tossefot (1)
לְאַנְשֵׁי מִשְׁמָר. פִּי' דְּהַייְנוּ אַנְשֵׁי מַעֲמָד דְּיֵשׁ בְּיִשְׂרָאֵל שֶׁהָיוּ נֶחֱלָקִים לְמַעֲמָדוֹת לְהִתְפַּלֵּל שֶׁיִּתְפַּלְּלוּ עַל אֲחֵיהֶם שֶׁבַּגּוֹלָה פִּי' לְפִי שֶׁגַּגּוֹתֵיהֶם שָׁוִים וְנִימּוֹקִים מֵחֲמַת גְּשָׁמִים:
« Aux hommes de la garde » — explication : il s'agit des hommes du maamad, ceux d'Israël qui étaient répartis en maamadot pour prier, afin qu'ils prient pour leurs frères en exil ; explication : parce que leurs toits sont plats et se délitent à cause des pluies.
💡 Explication

Le principe précédent vaut pour un pays où la pluie abondante reste un bien. Rachi donne la raison de l'exception : Bavel se trouve dans une cuvette, et l'eau qui s'y accumule menace les habitations.

La baraita ajoute un dispositif. Les anchei michmar, les hommes de la garde en service au Temple, alertent les anchei maamad, les délégués du peuple chargés de la prière, pour qu'ils incluent les frères de l'exil dans leurs jeûnes. Tossefot précise le péril : des toits plats, qui se délitent sous les pluies.

17
שָׁאֲלוּ אֶת רַבִּי אֱלִיעֶזֶר: עַד הֵיכָן גְּשָׁמִים יוֹרְדִין וְיִתְפַּלְּלוּ שֶׁלֹּא יֵרְדוּ? אָמַר לָהֶם: כְּדֵי שֶׁיַּעֲמֹוד אָדָם בְּקֶרֶן אָפֵל וִישַׁכְשֵׁךְ רַגְלָיו בַּמַּיִם. וְהָתַנְיָא: ״יָדָיו״! רַגְלָיו כְּיָדָיו קָאָמֵינָא.

On demanda à Rabbi Eliezer : jusqu'où les pluies doivent-elles tomber pour que l'on prie qu'elles cessent ? Il leur répondit : de quoi permettre à un homme de se tenir sur Keren Ofel et d'y tremper les pieds dans l'eau.

Or il a été enseigné « ses mains » ! En disant ses pieds, je voulais dire comme ses mains.

📜 Rachi (4)
קֶרֶן אֹפֶל שֵׁן סֶלַע גָּבוֹהַּ וְכָךְ שְׁמוֹ:
Keren Ofel — une haute pointe de rocher, ainsi nommée.
וִישַׁכְשֵׁךְ רַגְלָיו בְּמַיִם כְּלוֹמַר לְעוֹלָם אֵין מִתְפַּלְּלִין:
Et qu'il y trempe les pieds dans l'eau — autrement dit, on ne prie jamais.
וְהָתַנְיָא יָדוֹ עַד שֶׁיְּשַׁכְשֵׁךְ יָדוֹ:
Or il a été enseigné « sa main » — jusqu'à ce qu'il puisse y tremper la main.
רַגְלוֹ כְּיָדוֹ וְכֵיוָן דְּיָכוֹל לְשַׁכְשֵׁךְ בְּרַגְלוֹ אִי שׁוֹחֶה יָכוֹל לְשַׁכְשֵׁךְ בְּיָדוֹ נָמֵי:
Son pied comme sa main — puisqu'il peut y tremper le pied, s'il se penche il peut y tremper la main aussi.
🗂️ Tossefot (1)
קֶרֶן אֹפֶל. פִּי' שֵׁם מָקוֹם:
« Keren Ofel » — explication : un nom de lieu.
💡 Explication

La question demande un seuil chiffré : à partir de quelle hauteur d'eau la prière contre la pluie devient-elle permise. Rabbi Eliezer répond par une mesure impossible, le sommet de Keren Ofel atteint par les eaux.

Rachi tire la conclusion pratique : kelomar le'olam ein mitpallelin, autrement dit on ne prie jamais contre la pluie. La discussion sur les mains et les pieds ajuste ensuite la formule sans changer le sens de la réponse.

🖼️ Schéma
Le seuil de Rabbi Eliezer : une mesure qui écarte la question Keren Ofel Réponse : assez d'eau pour qu'un homme se tenant là-haut y trempe les pieds. Objection : une baraita dit ses mains. Réponse : en disant les pieds, j'entendais comme les mains, car il suffit de se pencher. Rachi : autant dire qu'on ne prie jamais contre la pluie. Le témoignage de Rabba bar bar Hana, en dessous, donne la mesure de cette hauteur. Un homme monté sur ce sommet a les pieds dans l'eau : le niveau dépasse toute crue concevable.
La réponse de Rabbi Eliezer fixe un seuil hors d'atteinte, donc une règle de fait.
18
אָמַר רַבָּה בַּר בַּר חָנָה: לְדִידִי חַזְיָא לִי קֶרֶן אָפֵל, דְּקָם הַהוּא טַיָּיעָא כִּי רְכִיב גַּמְלָא וְנָקֵיט רֻומְחָא בִּידֵיהּ מִיתְחֲזֵי אִינִיבָא.

Rabba bar bar Hana a dit : moi-même j'ai vu Keren Ofel ; un Arabe (taya) s'y tenait en contrebas, monté sur un chameau et tenant une lance à la main, et il apparaissait comme un ver (iniva).

📜 Rachi (3)
טַיָּיעָא סוֹחֵר יִשְׁמָעֵאל:
Taya — un marchand ismaélite.
וּמִיתְחֲזֵי הַאי טַיָּיעָא וְגַמְלֵיהּ וְרֻומְחָא לְרַבָּה בַּר בַּר חַנָּה דַּהֲוָה עַל קֶרֶן אֹפֶל:
Et il apparaissait — cet Arabe, son chameau et sa lance, aux yeux de Rabba bar bar Hana qui se tenait sur Keren Ofel.
אִינִיבָא תּוֹלַעַת ל"א כִּי אִנְבָּא לינדינ"א בְּלַעַ"ז:
Iniva — un ver. Autre version : comme un anva, lindine en langue vulgaire.
🗂️ Tossefot (1)
אִינְבָּא. פֵּירוּשׁ לנד"א בְּלַעַ"ז מֵחֲמַת גָּובְהוֹ שֶׁל הָר:
« Inva » — explication : landa en langue vulgaire, en raison de la hauteur de la montagne.
💡 Explication

Le témoignage vient à l'appui de la réponse précédente. Rabba bar bar Hana rapporte ce qu'il a vu du sommet : un cavalier armé, avec sa monture, réduit à la taille d'un ver.

La précision sert la démonstration. Si Keren Ofel domine ainsi un chameau monté, le seuil posé par Rabbi Eliezer place la prière contre la pluie hors de portée.

19
תָּנוּ רַבָּנַן: ״וְנָתַתִּי גִּשְׁמֵיכֶם בְּעִתָּם״, לֹא שְׂכוּרָה, וְלֹא צְמֵאָה, אֶלָּא בֵּינוֹנִית. שֶׁכָּל זְמַן שֶׁהַגְּשָׁמִים מְרֻובִּין — מְטַשְׁטְשִׁין אֶת הָאָרֶץ וְאֵינָהּ מוֹצִיאָהּ פֵּירוֹת. דָּבָר אַחֵר:

Nos maîtres ont enseigné : « Je donnerai vos pluies en leur temps » — ni ivre, ni assoiffée, mais moyenne ; car tant que les pluies sont abondantes, elles délayent la terre et elle ne produit plus de fruits. Autre explication :

📜 Rachi (1)
לֹא שְׂכוּרָה לֹא שְׁתוּיָה יוֹתֵר מִדַּאי שֶׁמְּטַשְׁטְשִׁין אֶת הָאָרֶץ:
Ni ivre — pas abreuvée plus que de raison, car [de telles pluies] délayent la terre.
🪔 Ben Yehoyada (1)
(וַיִּקְרָא כו, ד) "וְנָתַתִּי גִּשְׁמֵיכֶם בְּעִתָּם", לֹא שְׂכוּרָה, וְלֹא צְמֵאָה, אֶלָּא בֵּינוֹנִית. נִרְאֶה לִי בס"ד דְּרֵישׁ בְּעִתָּם אוֹתִיּוֹת 'עָב תָּם' רוֹצֶה לוֹמַר עָב שָׁלֵם אֵין בּוֹ גֶּשֶׁם מְרֻובֶּה וְלֹא גֶּשֶׁם מוּעָט אֶלָּא בֵּינוֹנִי וְכָל בֵּינוֹנִי הוּא תָּם וְשָׁלֵם וְסִימָנָיךְ אֶמְצָעִי שָׁלֵם.
« Je donnerai vos pluies en leur temps » (Vayikra 26, 4) — ni ivre, ni assoiffée, mais moyenne. Il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'il tire cela des lettres de be'itam, qui forment av tam : une nuée (av) entière, qui ne porte ni pluie abondante ni pluie faible, mais moyenne ; et tout ce qui est moyen est tam, entier et complet. Ton signe mnémotechnique : l'intermédiaire est complet.
💡 Explication

La derasha tire du mot be'itam, en leur temps, une indication de mesure et non seulement de saison. La bénédiction porte sur une pluie moyenne, entre la terre ivre et la terre assoiffée.

Le motif donné est agricole : une terre trop arrosée se délaye et cesse de produire. Cela prolonge la discussion sur l'excès de pluies, en montrant que l'abondance sans mesure perd son caractère de bénédiction. La formule davar aher ouvre une seconde lecture, poursuivie en 23a.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).