Taanit 23a — 'Honi HaMé'aguel : le cercle, les trois demandes de pluie, et les soixante-dix ans de sommeil

Taanit 23a

Sougya : Le folio commence par achever la baraita du folio précédent sur le verset « je donnerai vos pluies en leur temps » : le bon temps de la pluie est la nuit où personne n'est dehors, la nuit de mercredi et la nuit de Chabbat. Deux précédents l'illustrent, les jours de Chimon ben Chetah où les grains atteignirent des tailles gardées en échantillon pour les générations, et les jours d'Hordos où la pluie tombait la nuit sur le chantier du Temple.

Vient ensuite le grand récit de 'Honi HaMé'aguel : il trace un cercle, jure de ne pas en sortir, et corrige trois fois sa demande jusqu'à obtenir des pluies de faveur, puis doit encore prier pour qu'elles cessent. Chimon ben Chetah lui reproche le serment, qui aurait pu entraîner une profanation du Nom si ces années avaient été celles d'Eliyahou, et reconnaît en même temps qu'il est auprès du Ciel comme un fils cajolé auprès de son père.

Les gens de la Chambre de la pierre taillée lui appliquent cinq versets d'Iyov, lus un à un comme l'éloge de sa prière. La seconde partie du folio raconte les soixante-dix ans : la question de 'Honi sur le verset « nous étions comme des rêveurs », l'homme qui plante un caroubier pour ses fils, le sommeil de soixante-dix ans, le réveil dans un monde qui ne le reconnaît plus, et sa mort — d'où le mot de Rava, « ou la compagnie, ou la mort ».

Le folio s'ouvre enfin sur Abba 'Hilkiya, son petit-fils, que les maîtres vont chercher au champ.

Les trois blocs du folio 1. La pluie en son temps Le bon temps de la pluie : nuit de mercredi, nuit de Chabbat personne n'est sur les routes Chimon ben Chetah grains géants, échantillon garde pour montrer ce que coûte la faute Hordos pluie la nuit, soleil le jour le chantier du Temple agréé 2. 'Honi et le cercle Le cercle et le serment à la manière de 'Habakouk je ne bouge pas d'ici Trois demandes corrigées gouttes, déluge, puis faveur puis la prière pour que cela cesse Chimon ben Chetah le ban mérite, l'éloge accordé et les cinq versets d'Iyov 3. Les soixante-dix ans La question de 'Honi qui dort soixante-dix ans ? Tehilim 126,1 Le caroubier et le sommeil planter pour ceux qui viendront la réponse lui est donnée en acte Le retour et la mort ou la compagnie, ou la mort puis Abba 'Hilkiya, son petit-fils
Le folio tient ensemble par un seul fil : la pluie obtenue par un homme, et le prix que cet homme paie pour ce pouvoir.
Les cinq étapes de la prière de 'Honi à chaque fois : ce qu'il demande, ce qui tombe, ce que disent les disciples La demande Ce qui tombe La réaction Il prie simplement sans cercle, sans serment rien ne tombe il trace le cercle et jure De la pluie, sans plus je ne bouge pas d'ici des gouttes, menatfin juste de quoi délier ton serment cela ne nous sauve pas Pluie de citernes, de fosses et de cavernes avec fureur, chaque goutte comme la bouche d'un tonneau cela va détruire le monde Pluie de faveur, de bénédiction, de largesse elles tombent comme il convient tout le peuple monte au mont du Temple, prie pour que cela cesse Taureau de reconnaissance il pose ses deux mains et demande du répit vent, nuées dispersées, soleil truffes et champignons on ne prie pas sur un excès de bien mais on peut demander du répit Chaque correction porte sur la mesure, jamais sur le principe : la pluie doit être utile et supportable.
'Honi ne redemande jamais autre chose que la pluie. Il en corrige trois fois la quantité, puis doit encore obtenir l'arrêt sans prier contre le bien.
Les soixante-dix ans de 'Honi an 0 an 70 le même jour fin Le planteur il plante un caroubier qui portera dans 70 ans mes pères ont planté pour moi Le réveil le rocher l'avait couvert le petit-fils cueille les fruits l'ânesse a eu des portées La maison, l'étude son fils n'est plus on parle de lui à l'étude mais nul ne le croit La demande son esprit faiblit il demande miséricorde et il meurt Rava : ou la compagnie, ou la mort 'Honi a obtenu sa réponse sur le verset, et perdu ceux qui pouvaient l'entendre
La réponse à sa question lui est donnée en la lui faisant vivre : il traverse les soixante-dix ans, et découvre qu'une vie sans compagnons d'étude ne se supporte pas.
1
״בְּעִתָּם״ — בְּלֵילֵי רְבִיעִיּוֹת וּבְלֵילֵי שַׁבָּתוֹת.

« En leur temps » : dans les nuits de mercredi et dans les nuits de Chabbat.

📜 Rachi (1)
דִּכְתִיב בְּעִתָּם זֶהוּ בְּלֵילֵי רְבִיעִיּוֹת וּבְלֵילֵי שַׁבָּתוֹת דְּאֵין טֹורַח לִבְנֵי אָדָם דְּאֵינָם הוֹלְכִין לַדְּרָכִים בְּלֵילֵי רְבִיעִיּוֹת מִפְּנֵי אִגֶּרֶת בַּת מָחֲלַת בִּפְסָחִים (דַּף קיב:):
« Car il est écrit : en leur temps » : ce sont les nuits de mercredi et les nuits de Chabbat, où les hommes ne sont pas gênés, car ils ne prennent pas la route les nuits de mercredi à cause d'Agrat bat Ma'hlat, comme il est dit dans Pessa'him (112b).
🗂️ Tossefot (1)
בְּלֵילֵי רְבִיעִיּוֹת וּבְלֵילֵי שַׁבָּתוֹת. פִּי' שֶׁלֹּא הָיוּ בְּנֵי אָדָם הוֹלְכִין בַּדְּרָכִים בְּאוֹתָן לֵילוֹת מִפְּנֵי אִגֶּרֶת בַּת מַחֲלַת כְּדִמְפָרֵשׁ בְּמַסֶּכֶת פְּסָחִים (דַּף קיב:):
« Dans les nuits de mercredi et dans les nuits de Chabbat » : l'explication est que les hommes n'allaient pas sur les routes ces nuits-là à cause d'Agrat bat Ma'hlat, comme cela est expliqué dans le traité Pessa'him (112b).
🪔 Ben Yehoyada (1)
(וַיִּקְרָא כו, ד) 'בְּעִתָּם', בְּלֵילֵי רְבִיעִיּוֹת וּבְלֵילֵי שַׁבָּתוֹת. נִרְאֶה לִי בס"ד דְּאָמְרוּ בַּגְּמָרָא (תַּעֲנִית ו:) 'מִטְרָא בַּעְלָהּ דְּאַרְעָא הוּא' וּזְמַן עוֹנָה הַשָּׁוֶה לִבְנֵי אָדָם יוֹשְׁבֵי הָאָרֶץ הוּא בְּלֵיל שַׁבָּת, לָכֵן גַּם הָאָרֶץ זִוּוּג שֶׁלָּהּ עִם בַּעֲלָהּ הַמָּטָר הִיא בְּלֵיל שַׁבָּת וְהוֹאִיל דְּהַתְחָלַת הַהֲכָנָה שֶׁל הַשַּׁבָּת הִיא מִלֵּיל רְבִיעִי לְכָךְ גַּם לֵילֵי רְבִיעִי הוּא רָאוּי לִהְיוֹת בּוֹ עוֹנָה שֶׁל גּוּף הָאָרֶץ וּלְכָךְ הִקְדִּים בְּמַאֲמַר לֵילֵי רְבָעִיּוֹת לְלֵילֵי שַׁבָּתוֹת כִּי הַהַתְחָלָה הוּא מִן לֵילֵי רְבָעִיּוֹת. וְהִנֵּה הַטַּעַם לְלֵילֵי שַׁבָּתוֹת מִפְּנֵי שֶׁאֵין בְּנֵי אָדָם הוֹלְכִין בָּרְחוֹבוֹת. וּבָזֶה יוּבָן ' בִּרְכַּת ה' הִיא תַעֲשִׁיר ' (מִשְׁלֵי י, כב) אֵלּוּ הַגְּשָׁמִים שֶׁהֵם פַּרְנָסָה וְהֵם בִּרְכַּת ה' הִיא 'תַּעֲשִׁיר' קָרֵי בָּהּ 'עֵת שִׁיר' הוּא לֵיל שַׁבָּת שֶׁהוּא עֵת שִׁיר לְכָל אָדָם שֶׁכָּל אֶחָד וְאֶחָד אוֹמֵר שִׁיר וְשִׁבְחָהּ בְּבֵיתוֹ וּכְמוֹ שֶׁנֶּאֱמַר מִזְמוֹר שִׁיר לְיוֹם הַשַּׁבָּת (תְּהִלִּים צב, א) , וְלֹא יוֹסִף עֶצֶב עִמָּהּ , שֶׁהַגְּשָׁמִים יוֹרְדִין בַּלַּיְלָה דַּוְקָא וְלֹא בַּיּוֹם וְאֵין בְּנֵי אָדָם נֶעֱצָבִים בָּהֶם דְּאֵין הוֹלְכִים וְשָׁבִים חוּץ לְבֵיתָם.
« En leur temps » (Vayikra 26,4) : dans les nuits de mercredi et dans les nuits de Chabbat. Il me semble, avec l'aide du Ciel, que l'on a dit dans la guemara (Taanit 6b) « la pluie est l'époux de la terre » ; or le temps de la ona (le devoir conjugal) commun à tous les hommes qui habitent la terre est la nuit de Chabbat, et c'est pourquoi l'union de la terre avec son époux, la pluie, a lieu elle aussi la nuit de Chabbat. Et puisque le commencement de la préparation du Chabbat est la nuit du mercredi, cette nuit-là aussi convient à la ona du corps de la terre ; voilà pourquoi l'énoncé place les nuits de mercredi avant les nuits de Chabbat, car le commencement se fait par les nuits de mercredi. Quant à la raison donnée pour les nuits de Chabbat, c'est que les hommes ne vont pas dans les rues. On comprend ainsi « la bénédiction de ה' enrichit » (Michlei 10,22) : ce sont les pluies, qui sont la subsistance, et elles sont la bénédiction de ה' qui « enrichit » — lis dans ce mot « le temps du chant », c'est-à-dire la nuit de Chabbat, qui est un temps de chant pour tout homme, chacun disant chant et louange dans sa maison, comme il est dit « psaume, chant pour le jour du Chabbat » (Tehilim 92,1). Et « il n'y ajoute pas de peine » : les pluies descendent précisément la nuit et non le jour, et les hommes n'en sont pas peinés, puisqu'ils ne vont ni ne viennent hors de leur maison.
💡 Explication

La baraita achève la lecture du verset « je donnerai vos pluies en leur temps » (Vayikra 26,4). Le temps de la pluie n'est pas seulement une saison : c'est l'heure où elle ne gêne personne. La nuit du mardi au mercredi et la nuit du vendredi au samedi sont les deux nuits où les gens restent chez eux.

Rachi et Tossefot donnent la raison pour la première : on ne prend pas la route la nuit qui précède le mercredi à cause d'Agrat bat Ma'hlat (Pessa'him 112b). Pour la seconde, la raison est l'entrée du Chabbat, où chacun est déjà rentré chez soi.

2
שֶׁכֵּן מָצִינוּ בִּימֵי שִׁמְעוֹן בֶּן שָׁטַח שֶׁיָּרְדוּ לָהֶם גְּשָׁמִים בְּלֵילֵי רְבִיעִיּוֹת וּבְלֵילֵי שַׁבָּתוֹת, עַד שֶׁנַּעֲשׂוּ חִטִּים כִּכְלָיוֹת, וּשְׂעוֹרִים כְּגַרְעִינֵי זֵיתִים, וַעֲדָשִׁים כְּדִינְרֵי זָהָב, וְצָרְרוּ מֵהֶם דֻּוגְמָא לַדּוֹרוֹת, לְהוֹדִיעַ כַּמָּה הַחֵטְא גּוֹרֵם, שֶׁנֶּאֱמַר: ״עֲוֹנֹותֵיכֶם הִטּוּ אֵלֶּה וְחַטֹּאתֵיכֶם מָנְעוּ הַטּוֹב מִכֶּם״.

Car ainsi avons-nous trouvé aux jours de Chimon ben Chetah : les pluies leur tombaient dans les nuits de mercredi et dans les nuits de Chabbat, au point que les blés devinrent comme des rognons, les orges comme des noyaux d'olives et les lentilles comme des dinars d'or ; on en lia un échantillon pour les générations, afin de faire connaître combien la faute cause de dommage, comme il est dit : « Vos fautes ont détourné ces choses, et vos péchés ont retenu loin de vous le bien. »

📜 Rachi (2)
שֶׁכֵּן מָצִינוּ כְּלוֹמַר וְשֶׁמָּא תֹּאמַר אֵין סִיפֵּק בַּגְּשָׁמִים שֶׁל ב' לֵילוֹת בְּשַׁבָּת מָצִינוּ בִּימֵי שִׁמְעוֹן בֶּן שָׁטַח כו':
« Car ainsi avons-nous trouvé » : c'est-à-dire, si tu venais dire que la pluie de deux nuits par semaine ne suffit pas, nous avons trouvé aux jours de Chimon ben Chetah, etc.
וְצָרְרוּ קְשָׁרוֹ וְאָצְרוּ:
« Et ils lièrent » : ils nouèrent et mirent en réserve.
🪔 Ben Yehoyada (1)
חטים ככליות, ושעורים, כגרעיני זיתים, ועדשים כדינרי זהב וצררו מהם (חכמים) דגמא לדורות. נראה לי בס"ד הטעם כי כשאין עושין רצונו של מקום כתיב בפרשת נצבים וראו את מכות הארץ ההוא ואת תחלאיה (דברים כט, כא) , ועתה כשהיו עושין רצונו של מקום נהפכו מכות ל'כליות' כי אות מ' דמכות נעשו למ־ד יו־ד דחשבון שוה ואז אחר שהיו רואין מקודם מכות לרעה עתה יראו נס הטובה החטה ככליות. גם כשהיו עושין רצונו של מקום בא להם זה מעצת הכליות דאמרו רבותינו ז"ל (ברכות סא.) כליות יועצות, לכך נעשה דמיון לטובה שלהם בכליות. והשעורים שהם מאכל בהמה שהיא עומדת לעמלי מלאכה כזית לכך היו כגרעיני זיתים . ומה שהיו עדשים כדינרי זהב נראה לי בס"ד דאיתא במדרש רבא בפרשת תולדות (בראשית רבה סג, יד) 'ויעקב נתן לעשו לחם ונזיד עדשים' (בראשית כה, לד) מה עדשה זו יש בה אבל ויש בה שמחה כי היה מנהגם לאכול עדשים באבלות וגם משתה הנשואין. ופרשתי הטעם דאוכלין בנשואין כי האדם בנשואין יזכור המיתה דאם לא היתה מיתה לא היו נושאין נשים כדי להוליד בנים כיון דהם קימים ולמה צריך להם זכר נמצא עדשים יש בהם אבל ויש בהם שמחה לכך היו כדינרי זהב שהוא דין והוא מעשיר.
« Les blés comme des rognons, les orges comme des noyaux d'olives, les lentilles comme des dinars d'or, et les sages en lièrent un échantillon pour les générations. » Il me semble, avec l'aide du Ciel, que la raison en est celle-ci : lorsqu'on n'accomplit pas la volonté de l'Omniprésent, il est écrit dans la paracha Nitsavim « et ils verront les plaies (makot) de ce pays et ses maladies » (Devarim 29,21) ; et maintenant qu'ils accomplissaient la volonté de l'Omniprésent, les makot se changèrent en kelayot, les rognons, car la lettre mem de makot devint lamed-youd, dont le compte est égal. Ainsi, après avoir vu d'abord les plaies pour le mal, ils voient maintenant le miracle du bien, le blé comme des rognons. De plus, lorsqu'ils accomplissaient la volonté de l'Omniprésent, cela leur venait du conseil des reins, car nos maîtres ont dit (Berakhot 61a) que les reins conseillent ; c'est pourquoi la figure de leur bien fut prise des rognons. Les orges, qui sont la nourriture de la bête, laquelle est destinée aux travaux de peine comme l'olive, furent donc comme des noyaux d'olives. Et quant aux lentilles grosses comme des dinars d'or, il me semble, avec l'aide du Ciel, que le Midrach Rabba dans la paracha Toledot (Berechit Rabba 63,14) dit sur « Yaakov donna à Essav du pain et un plat de lentilles » (Berechit 25,34) : de même que cette lentille comporte du deuil et comporte de la joie, car leur usage était de manger des lentilles dans le deuil et aussi au festin des noces. J'ai expliqué la raison pour laquelle on en mange aux noces : l'homme, à son mariage, se souvient de la mort, car s'il n'y avait pas de mort on n'épouserait pas de femmes pour engendrer des enfants, puisque les vivants subsisteraient et n'auraient nul besoin de descendance. Les lentilles comportent donc du deuil et comportent de la joie ; c'est pourquoi elles furent comme des dinars d'or, qui sont din (rigueur) et qui enrichissent.
💡 Explication

La baraita répond à une objection implicite, que Rachi formule : deux nuits de pluie par semaine suffisent-elles à nourrir un pays ? Le précédent de Chimon ben Chetah montre que oui, et bien au-delà.

Le détail décisif est l'échantillon conservé. On a lié et mis en réserve des grains de cette récolte pour que les générations suivantes, voyant leurs propres grains beaucoup plus petits, mesurent l'écart. Le verset de Yirmiyahou (5,24-25) donne la cause de l'écart : la faute retient le bien.

🖼️ Schéma
L'échantillon garde pour les générations Blé gros comme des rognons Orge gros comme des noyaux d'olives Lentille grosse comme un dinar d'or On les lie et on les conserve : la comparaison enseignera aux générations ce que retient la faute
Les trois tailles sont données par ordre décroissant de grain ordinaire, chacune rapportée à un objet familier de l'auditeur.
3
וְכֵן מָצִינוּ בִּימֵי הוֹרְדוֹס, שֶׁהָיוּ עוֹסְקִין בְּבִנְיַן בֵּית הַמִּקְדָּשׁ, וְהָיוּ יוֹרְדִין גְּשָׁמִים בַּלַּיְלָה, לְמָחָר נָשְׁבָה הָרוּחַ וְנִתְפַּזְּרוּ הֶעָבִים וְזָרְחָה הַחַמָּה, וְיָצְאוּ הָעָם לִמְלַאכְתָּן, וְיָדְעוּ שֶׁמְּלֶאכֶת שָׁמַיִם בִּידֵיהֶם.

Et de même avons-nous trouvé aux jours d'Hordos, alors qu'on s'occupait de la construction du Temple : les pluies tombaient la nuit ; le lendemain le vent soufflait, les nuées se dispersaient, le soleil brillait, le peuple sortait à son ouvrage, et l'on savait que l'ouvrage du Ciel était entre leurs mains.

📜 Rachi (1)
הוֹרְדּוֹס סָתַר בִּנְיָן דְּעֶזְרָא וּבָנָה בִּנְיָן יָפֶה מִמֶּנּוּ בב"ב (דַּף ד.):
« Hordos » : il détruisit l'édifice d'Ezra et en bâtit un plus beau que lui, comme il est dit dans Baba Batra (4a).
🪔 Ben Yehoyada (1)
להודיע, שמלאכת שמים בידיהם. קשא פשיטא דמלאכת שמים בידם מאחר דעוסקים בבנין בית המקדש? ונראה לי בס"ד דאמרו רבותינו ז"ל (תענית ב.) גשמים הם משלשה דברים שהם בידי שמים ולא נמסרו בידי שליח, ואמרתי בס"ד רמז על זה אותיות גשמים הם 'ג' שמים' רוצה לומר הם משלשה שבידי שמים והתם כיון שלא היו יורדים אלא כפי רצונם וחפצם נראה לעיני הכל כאלו הגשמים מסורים בידם ולא בידי שמים ולזה אמר להודיע לעיני הרואין דמלאכת שמים שהיא ירידת הגשמים היא בידיהם. ועוד נראה לי בס"ד בידים יש טו־ב פרקים ואם האדם עושה מלאכת שמים בשביל איזה פניה גשמית נמצא יש באותה מלאכה תערובת טוב ורע וכאן רצה הקב"ה לפרסם בזה שמלאכת שמים שהיא בנין בית המקדש שעוסקים בו הוא בידיהם רוצה לומר בטוב בלבד הרמוז בידיהם שאין בו תערובת פניה זרה וגשמית. ועוד נראה לי בס"ד מה שהוצרך לומר להודיע שמלאכת שמים בידיהם לפי שבנין זה שבנה הורדוס הוא נתכוון בו להצלת עצמו על אשר כבה אורו של עולם בהריגת החכמים וכדי שלא תאמר יהיה העסק נחשב על פי כונתו שלא עשה לשם שמים לכך השי"ת עשה להם נס שלא היו יורדין גשמים אלא בלילות וכו' שזהו סימן שיש רצון להשי"ת במעשיהם ומלאכתם זו היא מלאכת שמים דהעסק הולך על פי כונת העוסקים שהם מכוונים לשם שמים ומלאכת שמים בידם, ואין מגע להורדוס בזה אף על פי שההוצאה יוצאה מכספו.
« Pour faire savoir que l'ouvrage du Ciel était entre leurs mains. » Difficulté : cela va de soi que l'ouvrage du Ciel était entre leurs mains, puisqu'ils s'occupaient de la construction du Temple. Il me semble, avec l'aide du Ciel, que nos maîtres ont dit (Taanit 2a) que les pluies sont l'une des trois choses qui sont entre les mains du Ciel et n'ont pas été remises à un envoyé ; et j'ai dit, avec l'aide du Ciel, que les lettres du mot guechamim (pluies) portent cette allusion, « trois du Ciel », c'est-à-dire qu'elles font partie des trois qui sont entre les mains du Ciel. Or la, puisqu'elles ne descendaient que selon leur volonté et leur convenance, il apparaissait aux yeux de tous comme si les pluies étaient remises entre leurs mains et non entre les mains du Ciel ; c'est pourquoi il est dit : pour faire savoir aux yeux de ceux qui voyaient que l'ouvrage du Ciel, c'est-à-dire la descente des pluies, était entre leurs mains. Il me semble encore, avec l'aide du Ciel, qu'il y a dans les mains dix-sept articulations ; si l'homme accomplit un ouvrage du Ciel en vue de quelque intérêt matériel, il se trouve dans cet ouvrage un mélange de bien et de mal. Ici, le Saint béni soit-Il voulut faire savoir que l'ouvrage du Ciel dont ils s'occupaient, la construction du Temple, était entre leurs mains, c'est-à-dire dans le bien seul, celui qui est désigné par leurs mains, sans mélange d'intention étrangère et matérielle. Il me semble encore, avec l'aide du Ciel, qu'il a fallu dire « pour faire savoir que l'ouvrage du Ciel était entre leurs mains » parce que cette construction, Hordos l'avait entreprise pour se sauver lui-même, après avoir éteint la lumière du monde en tuant les sages. Afin qu'on ne dise pas que l'entreprise serait comptée selon son intention à lui, qui n'agissait pas pour le Ciel, le Saint béni soit-Il leur fit ce miracle que les pluies ne tombaient que la nuit, etc., signe que leurs actes trouvaient faveur devant Lui : l'entreprise se règle sur l'intention de ceux qui y travaillent, lesquels visaient le Ciel, et l'ouvrage du Ciel était bien entre leurs mains ; Hordos n'y avait aucune part, quoique la dépense sortît de son argent.
💡 Explication

Le second précédent ne porte plus sur la quantité, mais sur l'ajustement. La pluie tombe exactement quand le chantier s'arrête, et cesse exactement quand il reprend. Le signe est d'autant plus fort que le Temple était rebâti par Hordos, dont Rachi rappelle (Baba Batra 4a) qu'il avait détruit l'édifice d'Ezra pour en construire un plus beau.

La conclusion tirée par le peuple est « l'ouvrage du Ciel est entre leurs mains » : le travail est agréé, quelle qu'ait été l'intention du commanditaire.

4
מַעֲשֶׂה שֶׁשָּׁלְחוּ לְחוֹנִי הַמְעַגֵּל וְכוּ׳. תָּנוּ רַבָּנַן: פַּעַם אַחַת יָצָא רֹוב אֲדָר וְלֹא יָרְדוּ גְּשָׁמִים, שָׁלְחוּ לְחוֹנִי הַמְעַגֵּל: הִתְפַּלֵּל וְיָרְדוּ גְּשָׁמִים! הִתְפַּלֵּל, וְלֹא יָרְדוּ גְּשָׁמִים. עָג עוּגָה וְעָמַד בְּתוֹכָהּ, כְּדֶרֶךְ שֶׁעָשָׂה חֲבַקּוּק הַנָּבִיא, שֶׁנֶּאֱמַר: ״עַל מִשְׁמַרְתִּי אֶעֱמֹדָה וְאֶתְיַצְּבָה עַל מָצוֹר וְגוֹ׳״.

« Il arriva qu'on envoya dire à 'Honi HaMé'aguel, etc. » Nos maîtres ont enseigné : une fois, la plus grande partie du mois d'Adar s'était écoulée et les pluies n'étaient pas tombées. On envoya dire à 'Honi HaMé'aguel : prie, et les pluies tomberont.

Il pria, et les pluies ne tombèrent pas. Il traça un cercle et se tint à l'intérieur, à la manière de ce qu'avait fait 'Habakouk le prophète, comme il est dit : « Je me tiendrai à mon poste et je me posterai sur le retranchement, etc. »

📜 Rachi (2)
עוּגָה שׁוּרָה עֲגֻולָּה כְּמוֹ עוּגָה שֶׁהִיא עֲגֻולָּה:
« Ouga » : un trait circulaire, comme une ouga (galette), qui est ronde.
כְּדֶרֶךְ שֶׁעָשָׂה חֲבַקּוּק כְּדִמְפָרֵשׁ בְּתַרְגּוּם שֶׁל תְּפִלַּת חֲבַקּוּק עַל מִשְׁמַרְתִּי אֶעֱמֹדָה כְּמִין בֵּית הָאֲסוּרִים עָשָׂה וְיָשַׁב:
« À la manière de ce qu'a fait 'Habakouk » : comme l'explique le Targoum sur la prière de 'Habakouk, « je me tiendrai à mon poste » — il se fit une sorte de prison et s'y assit.
🪔 Ben Yehoyada (1)
עג עגה ועמד בתוכה. יש להקשות מה טעם דקדק לעשות גומא עגולה, יעשה חפירה בעלמא כפי מה שתעלה בידו אם מרובעת או עגולה? ונראה לי בס"ד על פי מה שאמר רבינו האר"י ז"ל, דשם אלקים הוא חמשה גבורות ואותיות מ־י הם גבורות חוטם ופה שהם אור מקיף ואותיות אל־ה הם ג' גבורות שהם סוד אור פנימי וכל אדם שהוא מן גבורות מ־י שהם סוד אור מקיף יש לו כח בפה להיות גוזר ומתפלל ונענה ולכן משה רבינו ע"ה שהיה מבחינת גבורות אלו היה כוחו בפיו וכנזכר בשער הפסוקים בפרשת בלק יעוין שם. ועל כן כל צדיק שתמצא כוחו בפיו כמו חוני המעגל ורבי חנינא בן דוסא וכיוצא הוא מבחינת גבורות אלו שהם סוד אור מקיף ולכן כיון שהתפלל ולא נענה היה דבר זה לפלא בעיניו ולכך עתה שבא לדפוק בשערי תפלה להיות נענה בה: עג עוגה ועמד בתפלה בתוכה, דקדק לעשות חפירה בעגול לרמוז בזה על בחינתו שהיא מבחינת אור מקיף שהוא בעיגול אשר מן הראוי שיהיה לו כח בפיו שהוא סוד הבל שהוא סוד אור מקיף שצריך להיות נענה בתפלתו. ובזה יובן בס"ד אומרו בניך שמו פניהם עלי להיות מתפלל ונענה יען כי אני כבן־בית לפניך, פירוש בן בית הוא משה רבינו ע"ה דכתיב ביה (במדבר יב, ז) 'בכל ביתי נאמן הוא' שהיה כוחו בפיו מפני שהיה מבחינת גבורות מ־י שהם סוד אור מקיף ששם הוא סוד הבל וכן אני מבחינה זו וראוי שאהיה גם אני נענה בתפלתי. ובזה יובן הטעם שהיה נקרא ' חוני המעגל ' על שם העוגה שעשה בעיגול, וקשה מאי רבותא איכא בזה העיגול שעשה שיהיה נקרא הנס של ענייתו בתפילתו על שם העיגול וכי אם לא היה עושה העיגול לעמוד בתוכו לא היה נענה? ובזה ניחא כי בעיגול רמוז כוחו ומעלתו באיזה בחינה הוא עומד שבזה יש טעם להיות נענה בתפילתו ולכן תמצא שגם משה רבינו ע"ה קודם פטירתו כשבא להתפלל על עצמו עג עוגה ועמד בתוכה וכדאיתא במדרש והיינו שבא לרמוז על כוחו שראוי להיות מצידו שיהיה נענה בתפילתו. ובאופן אחר נראה לי בס"ד הטעם דעג עוגה בעיגול, דאמרו רבותינו ז"ל (ברכות ד:) למה לא נאמר נו־ן באשרי בשביל שיש בו נפילה לכנסת ישראל דכתיב (עמוס ה, ב) 'נפלה לא תוסיף קום בתולת ישראל', ואף על פי כן סמכה דוד ברוח הקודש דכתיב (תהלים קמה, יד) 'סומך ה' לכל הנפלים' והכי נמי איתא בזוהר הקדוש בהקדמת בראשית, דעאלת אות סמ־ך ובעי למברי בה עלמא ואמר לו הקב"ה אם את תזוז מאתרך מה תהוי עלייהו דאינון נפילין יעוין שם. ולכן כיון שהיה עצירת גשמים כל כך שיצא רוב אדר ולא ירדו גשמים נעשו ישראל באותו זמן נפולים שצריכין לסמיכה מן אות סמך הסומך לכל הנופלים, לכך עשה עוגה בעיגול בעמדו להתפלל עליהם להמשיך להם סמיכה מן אות סמ־ך אשר צורתו מוקף כעיגול דאות מ־ם סתומה אף על פי שמוקפת מכל רוחות הנה היא מרובעת אך הסמ־ך יש בו עיגול. ועוד נראה לי בס"ד עג עוגה, לרמוז בזה לפני הקב"ה שימחול לעונות ישראל דאמרו לעיל בגמרא אין הגשמים יורדין אלא אם כן נמחלים עונות ישראל ומספר עוגה עולה מספר מחול [84] . או יובן עוגה בעיגול היא דוגמת הגלגל שהוא מתהפך כן תתהפך להם מדת הדין למדת רחמים. או רוצה לומר אם נגזר להם בראש השנה גשמים מועטים גלגל להם גשמים שפסקת בארץ העמים. או יובן חוני [74] מספרו ע"ד, ועמד בתוך עוגה [84] שמספרה פ"ד, הרי כאן מספר מים חיים [158] , לרמוז שהוא מבקש גשמים שהם מים חיים לעולם והכונה שיהיו גשמי רצון וכמו שאמר אחר כך לא כך שאלתי! אלא גשמי רצון ברכה ונדבה.
« Il traça un cercle et se tint à l'intérieur. » On peut demander : pourquoi a-t-il pris soin de creuser un tracé rond ? Qu'il creuse un tracé quelconque, carré ou rond, selon ce qui viendrait sous sa main. Il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'on peut l'expliquer d'après ce qu'a dit notre maître le Ari zal : le Nom Elokim est cinq guevourot (rigueurs) ; les lettres mem-youd sont les guevourot du nez et de la bouche, qui sont lumière environnante, et les lettres aleph-lamed-hé sont les trois guevourot qui sont le sod de la lumière intérieure. Tout homme qui vient des guevourot mem-youd, lesquelles sont le sod de la lumière environnante, a de la force dans sa bouche pour décréter, prier et être exaucé ; c'est pourquoi Moche notre maître, qui était de ces guevourot-là, avait sa force dans sa bouche, comme il est rapporté dans le Chaar HaPessoukim sur la paracha Balak. Ainsi, tout juste dont tu trouves que la force est dans sa bouche, comme 'Honi HaMé'aguel ou Rabbi 'Hanina ben Dossa et leurs semblables, vient de ces guevourot qui sont le sod de la lumière environnante. Dès lors, puisqu'il pria sans être exaucé, la chose fut à ses yeux un étonnement ; c'est pourquoi, venant maintenant frapper aux portes de la prière pour y être exaucé, il traça un cercle et se tint en prière à l'intérieur, prenant soin de creuser en rond pour faire allusion à son rang, qui est de la lumière environnante, laquelle est en cercle, et selon lequel il lui revenait d'avoir force dans sa bouche, qui est le sod du souffle, sod de la lumière environnante, et d'être exaucé dans sa prière. On comprend ainsi, avec l'aide du Ciel, ses paroles « Tes enfants ont tourné leur visage vers moi » pour que je prie et sois exaucé, « car je suis comme un familier de Ta maison » : le familier de la maison, c'est Moche notre maître, dont il est écrit « dans toute Ma maison il est fidèle » (Bamidbar 12,7), et dont la force était dans la bouche parce qu'il était des guevourot mem-youd, sod de la lumière environnante, où se trouve le sod du souffle ; moi de même je suis de ce rang, et il convient que je sois exaucé dans ma prière. On comprend aussi pourquoi il fut appelé « 'Honi HaMé'aguel », du nom du cercle qu'il traça. Et l'on objectera : quelle grandeur y a-t-il dans ce cercle, pour que le miracle de son exaucement porte le nom du cercle ? S'il n'avait pas fait ce cercle pour se tenir dedans, n'aurait-il pas été exaucé ? Cela se résout bien, car le cercle désigne sa force et son rang, et c'est par là qu'il y a une raison pour qu'il soit exaucé dans sa prière. Tu trouveras de même que Moche notre maître, avant sa mort, quand il vint prier pour lui-même, traça un cercle et se tint à l'intérieur, comme il est dit dans le Midrach : il venait faire allusion à sa force, selon laquelle il convenait qu'il fut exaucé dans sa prière. Sous un autre angle, il me semble, avec l'aide du Ciel, que la raison du tracé en cercle est celle-ci : nos maîtres ont dit (Berakhot 4b) que la lettre noun ne figure pas dans le psaume Achrei parce qu'il s'y trouve une chute pour l'assemblée d'Israël, ainsi qu'il est écrit « elle est tombée, elle ne se relèvera plus, la vierge d'Israël » (Amos 5,2) ; David l'a pourtant soutenue par l'esprit saint, en écrivant « ה' soutient tous ceux qui tombent » (Tehilim 145,14). Il y a de même dans le Zohar saint, à l'introduction de Berechit, que la lettre samekh entra et voulut qu'on crée par elle le monde, et le Saint béni soit-Il lui dit : si tu bouges de ta place, qu'adviendra-t-il de ceux qui tombent ? Ainsi, puisque la retenue des pluies était telle que la plus grande partie d'Adar était passée sans pluie, Israël était alors tombé et avait besoin du soutien de la lettre samekh, qui soutient tous ceux qui tombent ; c'est pourquoi il fit un tracé en rond en se tenant pour prier sur eux, afin de leur attirer le soutien de la lettre samekh, dont la forme est fermée en cercle — car la lettre mem finale, bien qu'elle soit fermée de tous côtés, est carrée, tandis que le samekh, lui, est rond. Il me semble encore, avec l'aide du Ciel, qu'il traça un cercle pour faire allusion devant le Saint béni soit-Il qu'Il pardonne les fautes d'Israël, car on a dit plus haut dans la guemara que les pluies ne descendent que si les fautes d'Israël sont pardonnées, et le compte du mot ouga est celui du mot ma'houl, pardonné (84). On peut aussi comprendre que le cercle est à l'image de la roue qui tourne : ainsi que se retourne pour eux la mesure de rigueur en mesure de miséricorde. Ou bien : s'il a été décrété pour eux à Roch Hachana peu de pluies, fais-leur rouler les pluies que Tu as retenues sur la terre des autres nations. Ou encore : 'Honi (74) et ouga (84) font ensemble le compte de mayim ''hayim, eaux vives (158), pour faire allusion à ce qu'il demande, des pluies qui soient des eaux vives pour le monde, c'est-à-dire des pluies de faveur, comme il le dit ensuite : ce n'est pas ainsi que j'ai demandé, mais des pluies de faveur, de bénédiction et de largesse.
💡 Explication

La guemara reprend la michna du folio précédent et la développe en baraita. Le moment est précis : la plus grande partie d'Adar est passée, donc la saison des pluies s'achève et la récolte est perdue si rien ne tombe.

Premier fait décisif : il pria, et rien ne tomba. Le cercle vient après cet échec. L'ouga, explique Rachi, est un trait circulaire, du mot qui désigne une galette ronde. Le modèle invoqué est 'Habakouk (2,1), dont le Targoum comprend « je me tiendrai à mon poste » comme la construction d'une sorte de prison où le prophète s'enferme pour ne pas sortir avant d'avoir reçu réponse.

5
אָמַר לְפָנָיו: רִבּוֹנוֹ שֶׁל עוֹלָם! בָּנֶיךָ שָׂמוּ פְּנֵיהֶם עָלַי, שֶׁאֲנִי כְּבֶן בַּיִת לְפָנֶיךָ. נִשְׁבָּע אֲנִי בְּשִׁמְךָ הַגָּדוֹל שֶׁאֵינִי זָז מִכָּאן עַד שֶׁתְּרַחֵם עַל בָּנֶיךָ. הִתְחִילוּ גְּשָׁמִים מְנַטְּפִין. אָמְרוּ לוֹ תַּלְמִידָיו: רַבִּי! רְאִינוּךָ וְלֹא נָמוּת, כִּמְדֻומִּין אָנוּ שֶׁאֵין גְּשָׁמִים יוֹרְדִין אֶלָּא לְהַתִּיר שְׁבוּעָתְךָ.

Il dit devant Lui : Maître du monde, Tes enfants ont tourné leur visage vers moi, car je suis comme un familier de Ta maison. Je jure par Ton grand Nom que je ne bouge pas d'ici tant que Tu n'auras pas eu pitié de Tes enfants.

Les pluies commencèrent à tomber goutte à goutte. Ses disciples lui dirent : Rabbi, que nous te voyions et que nous ne mourions pas !

Il nous semble que ces pluies ne tombent que pour délier ton serment.

📜 Rachi (1)
רְאִינוּךָ וְלֹא נָמוּת נִרְאֶה אוֹתְךָ וְלֹא נָמוּת בְּנִיחוּתָא הִשְׁתַּדֵּל שֶׁלֹּא נָמוּת בָּרָעָב מִפְּנֵי עֲצִירַת גְּשָׁמִים:
« Nous t'avons vu et nous ne mourrons pas » : que nous te voyions et que nous ne mourions pas, à lire comme une demande apaisée — fais en sorte que nous ne mourions pas de faim à cause de la retenue des pluies.
🪔 Ben Yehoyada (4)
בניך שמו פניהם עלי, שאני כבן־בית לפניך. נראה לי בס"ד על פי מה שכתב הרב ערבי נחל ז"ל, דאם נעצרו הגשמים ימים רבים דאז חיי נפש תלויים בהם נחשבים בכלל הפרנסה וחסרונם נחשב חסרון פרנסה. גם ידוע מה שאמרו בגמרא לעיל (תענית ט.) , אמר רבי יוחנן מטר בשביל יחיד דכתיב (דברים כח, יב) יפתח ה' לך את אוצרו הטוב את השמים לתת מטר ארצך בעתו, ופרנסה בשביל רבים דכתיב (שמות טז, ד) הנני ממטיר לכם לחם מן השמים. ומקשי בגמרא דאמר מר מן ירד בזכות משה? ומתרץ בגמרא שאני משה כיון דלרבים בעי ליה כרבים דמי, ועוד איתא נוסחא אחרינא שאני משה זכותיה כרבים יעוין שם. והנה בודאי אף על גב דלא קם כמשה רבינו ע"ה ומי לנו גדול כמוהו עם כל זה אמרו רבותינו ז"ל (ראש השנה כה:) ירובעל בדורו כמשה בדורו, והנה הכא דעבר רוב אדר ולא ירדו גשמים אז הוי הגשמים פרנסה וכמו שכתב הרב ערבי נחל ז"ל, והשתא קשא איך ירד המטר בשביל חוני המעגל שהוא יחיד? ולזאת הקושיא יש לתרץ שני תירוצים של הש"ס הנזכר, חדא כיון דלרבים בעי ליה כרבים דמי ועוד שאני חוני המעגל דאלים בדורו זכותיה כרבים כי באמת יחיד בדורו היה והן הן שני טענות שטען חוני המעגל ע"ה אחר שראה שלא נענה חשב הטעם מפני שהוא יחיד ואותו זמן הגשמים נחשבים פרנסה ואין פרנסה באה בשביל יחיד לזה אמר בניך שמו פניהם עלי כלומר הן אמת דאנכי יחיד ומבקש על הגשמים שהם פרנסה אך לא בשבילי אני מבקש אלא בשביל רבים כי בניך שהם רבים שמו פניהם עלי ואני שלוחם בדבר זה וכיון דלרבים אנא בעי שפיר דמי. ועוד שאני כבן־בית לפניך שחושבין אותי כמשה בדורו שהיה כבן בית דאלים זכותיה כרבים דירובעל בדורו כמשה בדורו ולכן נשבע אני בשמך הגדול, שאיני זז מכאן עד שתרחם על בניך.
« Tes enfants ont tourné leur visage vers moi, car je suis comme un familier de Ta maison. » Il me semble, avec l'aide du Ciel, d'expliquer d'après ce qu'a écrit le Arvei Na'hal : si les pluies sont retenues de longs jours, au point que la vie des âmes en dépend, elles entrent dans la catégorie de la parnassa (la subsistance), et leur manque est un manque de subsistance. On sait aussi ce qui a été dit plus haut dans la guemara (Taanit 9a) : Rabbi Yo'hanan a dit que la pluie vient pour un individu, comme il est écrit « ה' t'ouvrira son bon trésor, les cieux, pour donner la pluie de ta terre en son temps » (Devarim 28,12), tandis que la subsistance vient pour une collectivité, comme il est écrit « voici que Je fais pleuvoir pour vous du pain depuis les cieux » (Chemot 16,4). La guemara objecte : le maître n'a-t-il pas dit que la manne descendait par le mérite de Moche ? Et elle répond : Moche est différent, puisqu'il la demandait pour la collectivité, il est comme la collectivité ; une autre version porte : Moche est différent, son mérite vaut celui de la collectivité. Or, assurément, nul ne s'est levé comme Moche notre maître et nul ne fut grand comme lui ; avec tout cela, nos maîtres ont dit (Roch Hachana 25b) que Yeroubaal dans sa génération est comme Moche dans la sienne. Ici donc, où la plus grande partie d'Adar était passée sans pluies, les pluies étaient de l'ordre de la subsistance comme l'écrit le Arvei Na'hal ; et l'on demandera comment la pluie descendit pour 'Honi HaMe'aguel, qui est un individu. À cette difficulté s'appliquent les deux réponses de la guemara citée : d'une part, puisqu'il la demande pour la collectivité, il est comme la collectivité ; d'autre part, 'Honi HaMe'aguel est différent, car il était puissant dans sa génération et son mérite valait celui de la collectivité, étant en vérité l'unique de son temps. Ce sont là précisément les deux arguments qu'il a avancés : voyant qu'il n'était pas exaucé, il pensa que la raison en était qu'il est un individu et qu'à ce moment-là les pluies comptaient comme subsistance, laquelle ne vient pas pour un individu. C'est pourquoi il dit « Tes enfants ont tourné leur visage vers moi », c'est-à-dire : il est vrai que je suis un individu et que je demande des pluies qui sont subsistance, mais je ne demande pas pour moi, je demande pour la collectivité, car Tes enfants, qui sont nombreux, ont tourné leur visage vers moi et je suis leur envoyé en cette affaire ; et puisque je demande pour la collectivité, il convient que je sois exaucé. Et de plus « je suis comme un familier de Ta maison », car on me tient pour le Moche de ma génération, lequel était familier de la maison et dont le mérite valait celui de la collectivité, puisque Yeroubaal dans sa génération est comme Moche dans la sienne. C'est pourquoi « je jure par Ton grand Nom que je ne bouge pas d'ici tant que Tu n'auras pas eu pitié de Tes enfants ».
נשבע אני בשמך הגדול. נראה לי בס"ד רמז בזה על שם הוי־ה במלוי יודי־ן וכנזכר בשער הכונות בכונת 'ויהללו ויברכו את שמך הגדול' שצריך לכוין בהוי־ה במלוי יודי־ן עיין שם. והנה שם זה עולה מספר חסד [72] ולכן כיון להשבע בו לעורר מדת החסד וגם ששם זה הוא בחכמה שהוא מקום עליון ששם אין בודקין בסוד הארת יום הפורים שכל הפושט ידו ליטול נותנים לו ואין בודקין. ועיין בשער הכונות בדרוש הפורים יעוין שם.
« Je jure par Ton grand Nom. » Il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'il y a là une allusion au Nom de quatre lettres dans son épellation par des youdin, comme il est rapporté dans le Chaar HaKavanot sur l'intention de « qu'ils louent et bénissent Ton grand Nom », où il faut penser au Nom épelé par des youdin. Or ce Nom-là a le compte de ''hessed (72), et c'est pourquoi il a visé à jurer par lui, pour éveiller la mesure de bonté ; et aussi parce que ce Nom est dans la ''hokhma, qui est un lieu élevé où l'on n'examine pas, selon le sod de l'illumination du jour de Pourim, où quiconque tend la main pour recevoir, on lui donne sans examiner. Vois le Chaar HaKavanot dans le drouch de Pourim.
שֶׁאֵינִי זָז מִכָּאן עַד שֶׁתְּרַחֵם עַל בָּנֶיךָ. נִרְאֶה לִי בס"ד עַל פִּי מַה שֶּׁכָּתַב הָרַב עַרְבֵי נַחַל זַ"ל בְּבֵיאוּר מַאֲמַר רַבּוֹתֵינוּ זַ"ל עַל פָּסוּק וְצַדִּיק יְסוֹד עוֹלָם (מִשְׁלֵי י, כה) , בִּזְכוּת צַדִּיק אֶחָד הָעוֹלָם מִתְקַייֵּם! אַךְ צָרִיךְ שֶׁאוֹתוֹ צַדִּיק יֵשׁ לוֹ רָצוֹן וְתַאֲוָה בָּעוֹלָם הַזֶּה וְלֹא יִסְתַּלֵּק בְּמַחְשַׁבְתּוֹ מִמֶּנָּה דְּאָז עַל יְדֵי כָּךְ יָבֹא לָעוֹלָם הַזֶּה שֶׁפַע עַל יָדוֹ וּבִזְכוּתוֹ אֲבָל אִם הוּא מֵרֹוב קְדֻושָּׁתוֹ וּפְרִישׁוּתוֹ יִסְתַּלֵּק בְּמַחְשַׁבְתּוֹ מֵעוֹלָם הַזֶּה הַתַּחְתּוֹן שֶׁלֹּא יִהְיֶה לוֹ רָצוֹן וְאַהֲבָה בּוֹ אָז לֹא אֶפְשָׁר לְהִמָּשֵׁךְ שֶׁפַע לָעוֹלָם הַזֶּה הַתַּחְתּוֹן עַל יָדוֹ דְּאַף עַל פִּי שֶׁהוּא עוֹדֶנּוּ חַי בָּעוֹלָם הַזֶּה נֶחְשָׁב כְּאִלּוּ נִסְתַּלֵּק וְאֵינוֹ עוֹמֵד כָּאן אֶלָּא עוֹמֵד לְמַעְלָה וְאֵיךְ יָבֹא עַל יָדוֹ שֶׁפַע לָעוֹלָם הַזֶּה הַתַּחְתּוֹן? דְּהַכֹּל הוֹלֵךְ אַחַר הַמַּחֲשָׁבָה! וּבָזֶה פֵּירֵשׁ הָרַב זַ"ל שָׁם מַאֲמַר הַזֹּוהַר (זֹוהַר חֵלֶק ב' פט:) שֶׁהָיוּ הַחֲבֵרִים אוֹמְרִים לְרַשְׁבִּ"י וַוי לְדָרָא כַּד יפּוֹק מַר מֵעָלְמָא דְּאֵין כַּוָּנָתָם עַל פְּטִירָתוֹ, דְּאֵיךְ יֹאמְרוּ כֵּן בְּפָנָיו בְּעוֹדֶנּוּ חַי? אַךְ כַּוָּנָתָם עַל הִסְתַּלְּקוּת הַתַּאֲוָה וְהָרָצוֹן שֶׁיִּהְיֶה לוֹ בְּמַחְשַׁבְתּוֹ, עַד כָּאן דְּבָרָיו זַ"ל יְעֻויַּן שָׁם. וְהִנֵּה כָּאן חוֹנִי הַמְעַגֵּל הָיָה יָחִיד בְּדוֹרוֹ וְצַדִּיק גָּדוֹל וְהָיָה בָּדוּק וּמְנֻוסֶּה שֶׁאֵין תְּפִלָּתוֹ חוֹזֶרֶת רֵיקָם וְלָכֵן שָׁלְחוּ לוֹ בִּפְשִׁיטוּת וּבֵירוּר גָּמוּר הִתְפַּלֵּל וְיָרְדוּ גְּשָׁמִים שֶׁהָיָה אֶצְלָם דָּבָר זֶה בָּרוּר וְאֵיךְ הִתְפַּלֵּל וְלֹא נַעֲנָה? אַךְ הָעִנְיָן הוּא כִּי מֵרֹוב קְדֻושָּׁתוֹ וּפְרִישׁוּתוֹ נִסְתַּלֵּק בְּמַחְשַׁבְתּוֹ מֵעוֹלָם הַזֶּה וְלֹא נִשְׁאַר לוֹ תַּאֲוָה וְרָצוֹן בָּעוֹלָם הַזֶּה וְלָכֵן נֶחְשָׁב כְּאִלּוּ נִפְטַר מִמֶּנּוּ וְאֵין יָכוֹל הָעוֹלָם לְקַבֵּל שֶׁפַע עַל יָדוֹ וְהוּא כַּאֲשֶׁר רָאָה שֶׁהִתְפַּלֵּל וְלֹא נַעֲנָה הִרְגִּישׁ בְּדָבָר זֶה וְהֵבִין הַסִּיבָּה וּלְכָךְ הֻוכְרַח לִפְשֹׁט מַחְשַׁבְתּוֹ בָּעוֹלָם הַתַּחְתּוֹן וּלְקַשֵּׁר בּוֹ תַּאֲוָתוֹ וּרְצוֹנוֹ כְּדֵי שֶׁיּוּכַל עוֹלָם הַזֶּה לִהְיוֹת נִשְׁפָּע עַל יָדוֹ בִּתְפִילָּתוֹ. וּלְכָךְ עָשָׂה פֹּועַל דִּמְיוֹנִי לְהִתְקַשְּׁרוּת שֶׁלּוֹ בָּעוֹלָם הַזֶּה וְעָג עָגָה וְעָמַד בְּתוֹכָהּ וְעָשָׂה הָעוּגָה עֲגֻולָּה דִּמְיוֹן לְכַדּוּר הָאָרֶץ הַתַּחְתּוֹנָה שֶׁהִיא בְּעִיגּוּל וְאָמַר נִשְׁבָּע אֲנִי בְּשִׁמְךָ הַגָּדוֹל שֶׁאֵינִי זָז ' מִכָּאן ' דַּייְקָא כְּלוֹמַר אֵינִי זָז וּמִסְתַּלֵּק מִן עוֹלָם הַזֶּה הַתַּחְתּוֹן שֶׁלֹּא אֲסִיר מַחֲשַׁבְתִּי וְתַאֲוָתִי מִמֶּנּוּ אֶלָּא אֶהְיֶה מְקֻושָּׁר בּוֹ עַד שֶׁתְּרַחֵם עַל בָּנֶיךָ כְּדֵי שֶׁיִּהְיֶה יָכוֹל הָעוֹלָם לְקַבֵּל שֶׁפַע עַל יְדֵי וְאַחַר שֶׁעָשָׂה הִתְקַשְּׁרוּת זוֹ בִּשְׁבוּעָה נִתְחַזְּקָה בְּיוֹתֵר וְאָז הִתְחִילוּ הַגְּשָׁמִים לֵירֵד כִּי עַתָּה יָכוֹל הָעוֹלָם לִהְיוֹת נִשְׁפָּע עַל יָדוֹ וְלֹא הָיָה נִצְרָךְ לִתְפִילּוֹת הַרְבֵּה אֶלָּא בְּדִבּוּר קַל נַעֲנָה כְּשֶׁאָמַר לֹא כָּךְ שָׁאַלְתִּי אֶלָּא כָּךְ שָׁאַלְתִּי הָיָה יוֹרֵד הַמָּטָר כְּפִי דִּבּוּרוֹ בְּנָקֵל! מַה שֶׁאֵין כֵּן קֹודֶם שֶׁעָשָׂה זוֹ הַהִתְקַשְּׁרוּת הִתְפַּלֵּל כַּמָּה תְּפִילּוֹת וְלֹא יָרַד טִיפָּה אַחַת. וְהִנֵּה בָּזֶה מוּבָן בס"ד שַׁפִּיר גַּם דִּבְרֵי בְּנֵי לִשְׁכַּת הַגָּזִית שֶׁשָּׁלְחוּ לוֹ (אִיּוֹב כב, כט) ' כִּי הִשְׁפִּילוּ וַתֹּאמֶר גֵּוָה ' דּוֹר שֶׁהָיָה שָׁפֵל הִגְבַּהְתּוֹ בִּתְפִלָּתֶךָ, כְּלוֹמַר מֵאַחַר שֶׁנִּסְתַּלַּקְתָּ בְּמַחְשַׁבְתְּךָ בַּתְּחִלָּה מִזֶּה הָעוֹלָם וְעָלִיתָ בְּמַחְשַׁבְתְּךָ לְהִתְקַשֵּׁר בָּעוֹלָם הָעֶלְיוֹן נִמְצָא הַדּוֹר הָיָה שָׁפֵל מִמְּךָ דְּאֵינוֹ קָשׁוּר עִמְּךָ וְנִפְרֶדֶת מִמֶּנּוּ וְעַתָּה שֶׁחָזַרְתָּ לְהִתְקַשֵּׁר בָּעוֹלָם הַזֶּה וְלִהְיוֹת לְךָ רָצוֹן וְתַאֲוָה בּוֹ עַל יְדֵי תְּפִילָּתְךָ נִמְצָא הַגְבָּהַת הַדּוֹר שֶׁנִּתְקַשֵּׁר עִמְּךָ. וּמַה שֶׁאָמַר עָלָיו (אִיּוֹב כב, ל) ' יִמָּלֵט אִי נָקִי ' רָמְזוּ עַל י"א סַמָּנֵי הַקְּטֹורֶת שֶׁנַּעֲשָׂה בָּהֶם בֵּירוּר וְנִמְלַט חֵלֶק גָּדוֹל מֵהֶם עַל יְדֵי הַנֵּס הַגָּדוֹל שֶׁנַּעֲשָׂה בִּירִידַת הַגְּשָׁמִים עַל יְדֵי תְּפִילָּתוֹ שֶׁהִתְפַּלֵּל בִּפְרִישַׁת כַּפָּיו הַבְּרוּרִים.
« Que je ne bouge pas d'ici tant que Tu n'auras pas eu pitié de Tes enfants. » Il me semble, avec l'aide du Ciel, d'expliquer d'après ce qu'a écrit le Arvei Na'hal en commentant le mot de nos maîtres sur le verset « le juste est le fondement du monde » (Michlei 10,25) : par le mérite d'un seul juste le monde subsiste. Mais il faut que ce juste garde du désir et de l'attachement pour ce monde-ci et ne s'en détache pas par la pensée ; alors, par lui et par son mérite, l'abondance vient à ce monde. Si au contraire, par l'excès de sa sainteté et de son détachement, il se retire en pensée de ce monde d'en bas, sans plus y avoir ni désir ni attachement, il devient impossible que l'abondance soit tirée vers ce monde d'en bas par lui : bien qu'il vive encore ici-bas, il est compté comme s'il s'était retiré et ne se tenait plus ici, mais en haut ; comment donc l'abondance viendrait-elle par lui à ce monde d'en bas, puisque tout va selon la pensée ? C'est ainsi que ce maître a expliqué le passage du Zohar (II, 89b) où les compagnons disaient à Rabbi Chimon bar Yo'haï « malheur à la génération quand le maître sortira du monde ». Leur propos ne visait pas sa mort, car comment auraient-ils dit cela devant lui de son vivant ? Ils visaient le détachement du désir et de l'attachement qu'il garderait en pensée. Jusqu'ici ses paroles. Or ici, 'Honi HaMe'aguel était l'unique de sa génération, un grand juste, et il était éprouvé et vérifié que sa prière ne revenait pas vide ; c'est pourquoi on lui envoya dire tout simplement et avec une entière assurance « prie, et les pluies tomberont », tant la chose était claire pour eux. Comment donc pria-t-il sans être exaucé ? La raison est que, par l'excès de sa sainteté et de son détachement, il s'était retiré en pensée de ce monde et il ne lui restait plus ni désir ni attachement ici-bas ; il était donc compté comme s'il en était parti, et le monde ne pouvait plus recevoir l'abondance par lui. Voyant qu'il priait sans être exaucé, il le sentit, en comprit la cause, et dut déployer sa pensée vers le monde d'en bas et y rattacher son désir et son attachement, afin que ce monde puisse être abreuvé par sa prière. Il fit donc un acte figuratif de son attachement à ce monde : il traça un cercle et se tint à l'intérieur, faisant ce cercle rond à l'image du globe de la terre d'en bas, qui est rond, et il dit « je jure par Ton grand Nom que je ne bouge pas d'ici » — « d'ici » précisément, c'est-à-dire : je ne bouge ni ne me retire de ce monde d'en bas, je n'en détourne ni ma pensée ni mon désir, mais je lui reste attaché jusqu'à ce que Tu aies pitié de Tes enfants, afin que le monde puisse recevoir l'abondance par moi. Et après qu'il eut fait cet attachement par serment, ce qui le renforça encore, les pluies commencèrent à descendre, car désormais le monde pouvait être abreuvé par lui. Il n'eut plus besoin de prières nombreuses : d'une parole légère il fut exaucé, puisqu'en disant « ce n'est pas ainsi que j'ai demandé, mais ainsi », la pluie descendait aussitôt selon sa parole, alors qu'avant cet attachement il avait récité plusieurs prières sans qu'une seule goutte tombât. On comprend aussi, avec l'aide du Ciel, les paroles des gens de la Chambre de la pierre taillée, qui lui envoyèrent « car ils ont abaissé, et tu diras : redressement » (Iyov 22,29), une génération qui était abaissée, tu l'as relevée par ta prière : puisque tu t'étais d'abord retiré en pensée de ce monde et que tu étais monté en pensée pour t'attacher au monde d'en haut, la génération se trouvait abaissée par rapport à toi, n'étant plus liée à toi et s'en trouvant séparée ; et maintenant que tu es revenu t'attacher à ce monde et y avoir désir et attachement par ta prière, tu as relevé la génération en te liant à elle. Et ce qu'ils disent de lui « il délivrera celui qui n'est pas innocent » (Iyov 22,30) fait allusion aux onze ingrédients de l'encens, dont un tri est fait et dont une grande part fut délivrée par le grand miracle accompli dans la descente des pluies, par la prière qu'il fit les paumes étendues et pures.
רַבִּי, רְאִינוּךָ וְלֹא נָמוּת? כִּמְדַמִּין אָנוּ, שֶׁאֵין הַגְּשָׁמִים יוֹרְדִין אֶלָּא לְהַתִּיר שְׁבוּעָתְךָ. הִקְשָׁה מָהַרְשָׁ"א וַהֲלֹא בִּשְׁבוּעָתוֹ אָמַר 'עַד שֶׁתְּרַחֵם'? עַייֵּן שָׁם. וְנִרְאֶה לִי בס"ד דְּגַם בִּגְשָׁמִים מוּעָטִים אִיכָּא רַחֲמִים לְיִשְׂרָאֵל דְּאַף עַל פִּי שֶׁלֹּא יוֹעִילוּ לִזְרָעִים וְלָאִילָנוֹת יוֹעִילוּ שֶׁתּוֹצִיא הָאָרֶץ עֵשֶׂב מַאֲכַל בְּהֵמָה וְיִרְעוּ הַבְּהֵמוֹת וְלֹא יָמוּתוּ וּבְנֵי אָדָם אוֹכְלִין בְּשַׂר בְּהֵמָה וְאַף עַל פִּי שֶׁהוּא מָזוֹן מְצֻומְצָם אִית בֵּיהּ רַחֲמָנוּת. וּמַה שֶׁאָמַר שֶׁכָּל טִפָּה וְטִפָּה כִּמְלֹא פִּי חָבִית פֵּירוּשׁ הַשֶּׁטַח שֶׁל הַטִּיפָּה הוּא שִׁיעוּר פִּי חָבִית אַךְ שִׁיעוּר מִשְׁקָלָהּ הוּא לֹוג.
« Rabbi, que nous te voyions et que nous ne mourions pas ! Il nous semble que les pluies ne tombent que pour délier ton serment. » Le Maharcha objecte : dans son serment il avait pourtant dit « tant que Tu n'auras pas eu pitié ». Il me semble, avec l'aide du Ciel, que même dans des pluies rares il y a de la pitié pour Israël : bien qu'elles ne profitent ni aux semences ni aux arbres, elles feront que la terre produise l'herbe qui nourrit le bétail, que les bêtes pauront et ne mourront pas, et que les hommes mangeront de la viande de bétail ; c'est une nourriture réduite, mais il y a là de la pitié. Quant à ce qui est dit ensuite, que chaque goutte était comme l'ouverture d'un tonneau, cela veut dire que la surface de la goutte était de la taille de l'ouverture d'un tonneau, tandis que son poids était d'un log.
💡 Explication

Le serment est la pièce centrale du récit et la cause de tout ce qui suivra. 'Honi engage le grand Nom sur un événement qui ne dépend pas de lui, et s'enferme dans le cercle jusqu'à obtention.

La réponse arrive au minimum : menatfin, des gouttes. Les disciples en tirent une lecture sévère, qui est aussi une demande : cette pluie suffit tout juste à rendre le serment accompli, donc à le délier, sans rien changer à la famine. Rachi précise que leur mot « que nous te voyions et que nous ne mourions pas » se lit comme une prière apaisée : fais en sorte que nous ne mourions pas de faim.

6
אָמַר: לֹא כָּךְ שָׁאַלְתִּי, אֶלָּא גִּשְׁמֵי בּוֹרוֹת שִׁיחִין וּמְעָרוֹת. יָרְדוּ בְּזַעַף, עַד שֶׁכָּל טִפָּה וְטִפָּה כִּמְלֹא פִּי חָבִית. וְשִׁיעֲרוּ חֲכָמִים שֶׁאֵין טִפָּה פְּחוּתָה מִלֹּוג. אָמְרוּ לוֹ תַּלְמִידָיו: רַבִּי, רְאִינוּךָ וְלֹא נָמוּת, כִּמְדֻומִּין אָנוּ שֶׁאֵין גְּשָׁמִים יוֹרְדִין אֶלָּא לְאַבֵּד הָעוֹלָם.

Il dit : ce n'est pas ainsi que j'ai demandé, mais des pluies de citernes, de fosses et de cavernes. Elles tombèrent avec fureur, au point que chaque goutte était comme l'ouverture d'un tonneau ; et les sages estimèrent qu'aucune goutte n'était moindre qu'un log.

Ses disciples lui dirent : Rabbi, que nous te voyions et que nous ne mourions pas ! Il nous semble que ces pluies ne tombent que pour détruire le monde.

💡 Explication

'Honi corrige sa demande en précisant l'usage attendu : des pluies assez abondantes pour remplir les réserves d'eau — borot (citernes creusées), chi'hin (fosses) et mearot (cavernes aménagées en réservoirs).

La réponse arrive à nouveau au pied de la lettre, et cette fois par excès : la pluie tombe beza'af, avec fureur. La mesure du log par goutte est l'estimation des sages, rapportée pour donner l'ordre de grandeur. Les disciples répètent exactement leur formule, en renversant la conclusion : la première fois cela ne sauvait pas, cette fois cela détruit.

7
אָמַר לְפָנָיו: לֹא כָּךְ שָׁאַלְתִּי, אֶלָּא גִּשְׁמֵי רָצוֹן בְּרָכָה וּנְדָבָה. יָרְדוּ כְּתִיקְנָן, עַד שֶׁעָלוּ כָּל הָעָם לְהַר הַבַּיִת, מִפְּנֵי הַגְּשָׁמִים. אָמְרוּ לוֹ: רַבִּי, כְּשֵׁם שֶׁהִתְפַּלַּלְתָּ שֶׁיֵּרְדוּ, כָּךְ הִתְפַּלֵּל וְיֵלְכוּ לָהֶם. אָמַר לָהֶם: כָּךְ מְקֻובְּלַנִי שֶׁאֵין מִתְפַּלְּלִין עַל רֹוב הַטּוֹבָה.

Il dit devant Lui : ce n'est pas ainsi que j'ai demandé, mais des pluies de faveur, de bénédiction et de largesse. Elles tombèrent comme il convient, jusqu'à ce que tout le peuple monte au mont du Temple à cause des pluies.

Ils lui dirent : Rabbi, de même que tu as prié pour qu'elles tombent, prie de même pour qu'elles s'en aillent. Il leur dit : j'ai reçu cette tradition qu'on ne prie pas sur un excès de bien.

💡 Explication

La troisième formule est la bonne : guichmei ratson, berakha oundava, des pluies de faveur, de bénédiction et de largesse. Elles tombent ketikanan, selon leur ordre normal. Cette formule est passée dans la liturgie des demandes de pluie.

La difficulté se déplace alors : la quantité reste telle que la population doit gagner les hauteurs du mont du Temple. La réponse de 'Honi est une règle reçue, non un raisonnement : on ne prie pas sur un excès de bien. Prier contre une bénédiction reviendrait à la refuser.

8
אַף עַל פִּי כֵן, הָבִיאוּ לִי פַּר הוֹדָאָה. הֵבִיאוּ לוֹ פַּר הוֹדָאָה, סָמַךְ שְׁתֵּי יָדָיו עָלָיו, וְאָמַר לְפָנָיו: רִבּוֹנוֹ שֶׁל עוֹלָם! עַמְּךָ יִשְׂרָאֵל שֶׁהוֹצֵאתָ מִמִּצְרַיִם אֵינָן יְכוֹלִין לֹא בְּרֹוב טוֹבָה וְלֹא בְּרֹוב פֻּורְעָנוּת. כָּעַסְתָּ עֲלֵיהֶם — אֵינָן יְכוֹלִין לַעֲמֹוד, הִשְׁפַּעְתָּ עֲלֵיהֶם טוֹבָה — אֵינָן יְכוֹלִין לַעֲמֹוד, יְהִי רָצוֹן מִלְּפָנֶיךָ שֶׁיִּפָּסְקוּ הַגְּשָׁמִים, וִיהֵא רִיוַּח בָּעוֹלָם. מִיָּד נִשְׁבָּה הָרוּחַ, וְנִתְפַּזְּרוּ הֶעָבִים, וְזָרְחָה הַחַמָּה, וְיָצְאוּ הָעָם לַשָּׂדֶה וְהֵבִיאוּ לָהֶם כְּמֵהִין וּפִטְרִיּוֹת.

Malgré cela, apportez-moi un taureau de reconnaissance. On lui apporta un taureau de reconnaissance.

Il posa ses deux mains sur lui et dit devant Lui : Maître du monde, Ton peuple Israël, que Tu as fait sortir d'Égypte, ne peut supporter ni un excès de bien ni un excès de châtiment. Tu T'es mis en colère contre eux : ils ne peuvent tenir ; Tu as répandu sur eux le bien : ils ne peuvent tenir.

Que ce soit Ta volonté que les pluies cessent et qu'il y ait du répit dans le monde. Aussitôt le vent souffla, les nuées se dispersèrent, le soleil brilla, le peuple sortit aux champs et l'on rapporta des truffes et des champignons.

📜 Rachi (2)
פַּר הוֹדָאָה לְהִתְוַדּוֹת עָלָיו וְעָשָׂה לוֹ סְמִיכָה וְהֵבִיאוּ שְׁלָמִים חוֹנִי בִּזְמַן הַבַּיִת הָיָה:
« Taureau de reconnaissance » : pour confesser sur lui ; il lui fit la semikha (l'imposition des mains) et on l'offrit en chelamim — 'Honi vivait au temps du Temple.
כְּמֵהִין וּפִטְרִיּוֹת בוליי"ץ בְּלַעַ"ז שֶׁיָּצְאוּ מִלִּחְלוּחַ הַגְּשָׁמִים וְיָדְעוּ כִּי שֶׁל בְּרָכָה הָיוּ:
« Truffes et champignons » : boleits en langue étrangère ; elles sortirent de l'humidité des pluies, et l'on sut ainsi que ces pluies étaient de bénédiction.
💡 Explication

'Honi trouve la voie étroite : il ne prie pas pour que le bien cesse, il apporte un par hodaa, un taureau de reconnaissance, offert en chelamim, et fait la semikha, l'imposition des deux mains. Rachi note au passage que ce détail situe 'Honi au temps du Temple.

La formule de sa prière ne demande pas la fin de la pluie comme un mal, mais du revah, du répit, pour un peuple qui ne tient ni sous la colère ni sous l'abondance. La confirmation vient par les truffes et les champignons : Rachi explique que leur pousse, produite par l'humidité, a fait savoir que ces pluies étaient de bénédiction.

9
שָׁלַח לוֹ שִׁמְעוֹן בֶּן שָׁטָח: אִלְמָלֵא חוֹנִי אַתָּה, גּוֹזְרַנִי עָלֶיךָ נִידּוּי. שֶׁאִילּוּ שָׁנִים כִּשְׁנֵי אֵלִיָּהוּ שֶׁמַּפְתְּחוֹת גְּשָׁמִים בְּיָדוֹ שֶׁל אֵלִיָּהוּ, לֹא נִמְצָא שֵׁם שָׁמַיִם מִתְחַלֵּל עַל יָדְךָ,

Chimon ben Chetah lui envoya dire : si tu n'étais pas 'Honi, je décréterais contre toi la mise au ban. Car si ces années avaient été comme les années d'Eliyahou, où les clefs des pluies sont dans la main d'Eliyahou, le Nom du Ciel ne se serait-il pas trouvé profane par toi ?

📜 Rachi (6)
אִלְמָלֵא חוֹנִי אַתָּה וְאָדָם גָּדוֹל:
« Si tu n'étais pas 'Honi » : et un grand homme.
לְנַדּוֹת שֶׁמְּנַדִּין עַל כְּבוֹד הָרַב שֶׁהֵטִיחַ דְּבָרִים וְאָמַר לֹא כָּךְ שָׁאַלְתִּי:
« Mettre au ban » : car on met au ban pour l'honneur du maître, puisqu'il a lancé des paroles en disant « ce n'est pas ainsi que j'ai demandé ».
שֶׁאִלְמָלֵא הָיוּ שָׁנִים כִּשְׁנֵי אֵלִיָּהוּ גְּזֵירַת עֲצִירַת גְּשָׁמִים:
« Car si les années avaient été comme les années d'Eliyahou » : le décret de retenue des pluies.
וּמַפְתֵּחַ שֶׁל גְּשָׁמִים בְּיָדוֹ שֶׁל אֵלִיָּהוּ גָּרְסִינַן:
« Et la clef des pluies est dans la main d'Eliyahou » : telle est notre leçon.
לֹא נִמְצָא שֵׁם שָׁמַיִם מִתְחַלֵּל בִּתְמִיהַּ שֶׁאֵלִיָּהוּ נִשְׁבַּע חַי ה' אִם יִהְיֶה הַשָּׁנִים הָאֵלֶּה טַל וּמָטָר כִּי אִם לְפִי דְבָרִי (מְלָכִים א י'ז:י') וְאַתָּה נִשְׁבָּע שֶׁאֵין אַתָּה זָז עַד שֶׁיֵּרְדוּ גְּשָׁמִים:
« Le Nom du Ciel ne se serait-il pas trouvé profane » : sur le ton de l'étonnement — car Eliyahou avait juré « par la vie de ה', il n'y aura durant ces années ni rosée ni pluie, sinon sur ma parole » (Melakhim I 17,1), tandis que toi, tu jures que tu ne bouges pas tant que les pluies ne tombent pas.
נִמְצָא שֵׁם שָׁמַיִם מִתְחַלֵּל עַל יָדְךָ דְּזֶה אוֹ זֶה בָּא לִידֵי שְׁבוּעַת שָׁוְא:
« Le Nom du Ciel se trouve profane par toi » : car l'un ou l'autre en viendrait à un serment vain.
🪔 Ben Yehoyada (1)
אִלְמָלֵא חוֹנִי אַתָּה, גּוֹזְרַנִי עָלֶיךָ נִדּוּי, שֶׁאִלּוּ הָיוּ שָׁנִים כִּשְׁנֵי אֵלִיָּהוּ, שֶׁמַּפְתְּחוֹת שֶׁל גְּשָׁמִים בִּידֵי אֵלִיָּהוּ, לֹא נִמְצָא שֵׁם שָׁמַיִם מִתְחַלֵּל עַל יָדֶיךָ? וְכוּ'.. מַקְשִׁים וְאֵלִיָּהוּ זָכוּר לַטּוֹב אֵיךְ אִשְׁתְּבַע, וְדִילְמָא צַדִּיק אַחֵר אִשְׁתְּבַע כְּחוֹנִי? וְנִרְאֶה לִי בס"ד דְּאֵלִיָּהוּ זָכוּר לַטּוֹב הָיָה נָבִיא וְיָדַע בִּנְבוּאָה דְּלָא אִשְׁתְּבַע צַדִּיק אַחֵר וּבִשְׁבִיל שֶׁמָּא יִשְׂתַּבַּע אַחַר כָּךְ גַּם כֵּן יָדַע זֶה בִּנְבוּאָה אַחַר כָּךְ וְאָז יִתֵּן רְשׁוּת שֶׁיֵּרֵד הַמָּטָר כִּי הוּא לֹא נִשְׁבַּע שֶׁלֹּא יֵרֵד מָטָר כְּלָל אֶלָּא נִשְׁבַּע שֶׁיָּרַד בִּרְשׁוּתוֹ וּבְדִבּוּרוֹ.
« Si tu n'étais pas 'Honi, je décréterais contre toi la mise au ban ; car si les années avaient été comme les années d'Eliyahou, où les clefs des pluies sont dans la main d'Eliyahou, le Nom du Ciel ne se serait-il pas trouvé profane par toi ? » On objecte : comment Eliyahou, dont le souvenir est pour le bien, à-t-il pu jurer ainsi ? Peut-être un autre juste jurerait-il comme 'Honi. Il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'Eliyahou, dont le souvenir est pour le bien, était prophète et savait par prophétie qu'aucun autre juste ne jurerait ; et si l'un devait jurer par la suite, il l'aurait su lui aussi par prophétie en son temps, et il aurait alors donné permission que la pluie descende, car il n'avait pas juré que la pluie ne descendrait pas du tout, mais qu'elle ne descendrait qu'avec sa permission et sur sa parole.
💡 Explication

Le reproche de Chimon ben Chetah, chef du Sanhédrin, porte sur deux points. Le premier, selon Rachi, est le ton : 'Honi a lancé des paroles vers le Ciel en répétant « ce n'est pas ainsi que j'ai demandé », ce qui rend passible du nidoui, la mise au ban, pour atteinte à l'honneur du maître.

Le second est plus grave et tient au serment. Eliyahou avait juré qu'il n'y aurait ni rosée ni pluie sinon sur sa parole (Melakhim I 17,1). Si 'Honi avait juré de ne pas bouger avant que la pluie tombe pendant ces années-là, l'un des deux serments aurait été demenati : c'est le risque de 'hiloul Hachem, de profanation du Nom, que désigne Chimon ben Chetah.

🖼️ Schéma
Le risque que dénonce Chimon ben Chetah Serment d'Eliyahou ni rosée ni pluie pendant ces années sinon sur ma parole Melakhim I 17,1 Serment de 'Honi je ne bouge pas de ce cercle tant que la pluie ne tombe pas par le grand Nom Les deux ne peuvent tenir ensemble l'un des deux devient un serment vain : profanation du Nom
Le reproche ne porte pas sur le résultat obtenu, mais sur l'engagement du Nom dans une issue qui pouvait être déjà verrouillée par un autre serment.
10
אֲבָל מָה אֶעֱשֶׂה לְּךָ, שֶׁאַתָּה מִתְחַטֵּא לִפְנֵי הַמָּקוֹם וְעוֹשֶׂה לְךָ רְצוֹנְךָ, כְּבֵן שֶׁמִּתְחַטֵּא עַל אָבִיו וְעוֹשֶׂה לוֹ רְצוֹנוֹ, וְאוֹמֵר לוֹ: אַבָּא, הוֹלִיכַנִי לְרַחֲצֵנִי בְּחַמִּין. שַׁטְפָנֵי בְּצוֹנֵן. תֵּן לִי אֱגוֹזִים, שְׁקֵדִים, אֲפַרְסְקִים וְרִמּוֹנִים — וְנוֹתֵן לוֹ. וְעָלֶיךָ הַכָּתוּב אוֹמֵר: ״יִשְׂמַח אָבִיךָ וְאִמֶּךָ וְתָגֵל יוֹלַדְתֶּךָ״.

Mais que puis-je te faire, toi qui te fais cajoler devant l'Omniprésent et qui obtiens ta volonté, comme un fils qui se fait cajoler auprès de son père et obtient sa volonté, et qui lui dit : papa, mène-moi me laver à l'eau chaude, rince-moi à l'eau froide, donne-moi des noix, des amandes, des pêches et des grenades — et il lui donne. Et sur toi l'Écrit dit : « Que ton père et ta mère se réjouissent, et que celle qui t'a enfanté soit dans l'allégresse. »

📜 Rachi (1)
מִתְחַטֵּא לְשׁוֹן חֵטְא כְּלוֹמַר הָוֵי הוֹלֵךְ וְחוֹטֵא:
« Mit'hâte » : du mot 'het, la faute, c'est-à-dire : tu vas et tu fautes.
🪔 Ben Yehoyada (1)
וְאוֹמֵר לוֹ אַבָּא הוֹלְכֵנִי לַמֶּרְחָץ. נִרְאֶה לִי בס"ד הָא דְּתָפַס הַמָּשָׁל בִּשְׁלֹשָׁה הֲנָאוֹת: רְחִיצַת חַמִּין וּשְׁטִיפַת צוֹנֵן וַהֲנָאַת מַאֲכָל, הַייְנוּ כְּנֶגֶד שְׁלֹשָׁה שְׁאֵלוֹת שֶׁשָּׁאַל דְּבַתְּחִלָּה שָׁאַל ' גְּשָׁמִים ' סְתָם וְהָיוּ יוֹרְדִין מְנַטְּפִין וְזֶה יִדְמֶה לִרְחִיצַת חַמִּין שֶׁהֲנָאָתָן נִכְנֶסֶת וּפוֹעֶלֶת בְּתוֹךְ הַגּוּף וְכֵן אָמְרוּ רַבּוֹתֵינוּ זַ"ל לְעֵיל בְּפֶרֶק קַמָּא עֻורְפִּילָא אֲפִילּוּ לְפַרְצִידָא תּוּתֵי קָלָא מְהַנֵּי לֵיהּ. וּמַה שֶׁשָּׁאַל עוֹד בִּשְׁאֵלָתוֹ ' גִּשְׁמֵי בּוֹרוֹת שִׁיחִין וּמְעָרוֹת ' זֶה יְדַמֶּה לִשְׁטִיפָה בְּצוֹנֵן שֶׁהוּא הֲנָאָה מִבַּחוּץ דַּוְקָא וְאֵינוֹ נִכְנָס בְּלֵב הָאָרֶץ כְּמוֹ שֶׁאָמְרוּ לְעֵיל כָּל זְמַן שֶׁהַגְּשָׁמִים מְרֻובִּין מְטַשְׁטְשִׁין אֶת הָאָרֶץ וְאֵינָהּ עוֹשָׂה פֵּירוֹת, וּמַה שֶׁשָּׁאַל אַחַר כָּךְ וְיָרְדוּ כְּתִקְנָם ' גִּשְׁמֵי רָצוֹן בְּרָכָה וּנְדָבָה ' יִדְמֶה לַאֲכִילַת אֱגוֹזִים וּשְׁקֵדִים וְכוּ', שֶׁהִיא הֲנָאָה חוּשִׁית הַנִּיכֶּרֶת בְּעַיִן כִּי עַל יְדֵי זֶה יָצְאוּ אַחַר כָּךְ לַשָּׂדֶה וְהֵבִיאוּ לָהֶם כְּמֵהִין וּפִטְרִיּוֹת.
« Et il lui dit : papa, mène-moi au bain. » Il me semble, avec l'aide du Ciel, que la parabole a pris trois plaisirs — le bain chaud, le rinçage à l'eau froide et le plaisir de la nourriture — en face des trois demandes qu'il a faites. Au début il demanda des « pluies » sans autre précision, et elles descendaient goutte à goutte ; cela ressemble au bain chaud, dont le profit entre et agit à l'intérieur du corps, comme nos maîtres l'ont dit plus haut au premier chapitre : la bruine profite même au grain qui est sous la motte. Ce qu'il demanda ensuite, « des pluies de citernes, de fosses et de cavernes », ressemble au rinçage à l'eau froide, qui est un profit extérieur seulement et n'entre pas au cœur de la terre, comme il a été dit plus haut : quand les pluies sont trop abondantes, elles délayent la terre et elle ne fait pas de fruits. Et ce qu'il demanda après cela, quand elles tombèrent comme il convient, « des pluies de faveur, de bénédiction et de largesse », ressemble au fait de manger des noix, des amandes et le reste, qui est un plaisir sensible et visible à l'œil ; car c'est par là qu'ils sortirent ensuite aux champs et rapportèrent des truffes et des champignons.
💡 Explication

Chimon ben Chetah renonce au ban et donne la raison : 'Honi occupe auprès du Ciel la place d'un enfant. Le verbe mit'hâte désigne la familiarité insistante d'un fils qui réclame et obtient ; Rachi le rattache à la racine de 'het, la faute, ce qui garde au mot son côté excessif tout en expliquant qu'il soit toléré.

Le Ben Yehoyada lit les trois plaisirs demandés par l'enfant comme les trois demandes successives de 'Honi. Le verset de Michlei 23,25 clôt l'échange par un éloge, qui reste tourné vers les parents : un tel fils fait la joie de ceux qui l'ont mis au monde.

🖼️ Schéma
La lecture du Ben Yehoyada : trois demandes, trois plaisirs Ce que demande l'enfant Ce que demandait 'Honi Mène-moi me laver à l'eau chaude un bienfait qui pénètre le corps De la pluie, sans précision elle pénètre jusqu'au grain sous la motte Rince-moi à l'eau froide un bienfait qui reste au dehors Pluie de citernes et de cavernes elle délaye la terre sans la féconder Noix, amandes, pêches, grenades un bienfait visible et goûté Pluie de faveur et de bénédiction truffes et champignons ramassés aux champs
Le Ben Yehoyada aligne les trois plaisirs de l'enfant sur les trois états de pluie demandés, dans le même ordre.
11
תָּנוּ רַבָּנַן: מַה שָׁלְחוּ בְּנֵי לִשְׁכַּת הַגָּזִית לְחוֹנִי הַמְעַגֵּל — ״וְתִגְזַר אֹמֶר וְיָקָם לָךְ וְעַל דְּרָכֶיךָ נָגַהּ אוֹר״.

Nos maîtres ont enseigné : quel message les gens de la Chambre de la pierre taillée envoyèrent-ils à 'Honi HaMe'aguel ? « Tu décréteras une parole et elle tiendra pour toi, et sur tes chemins brillera la lumière. »

📜 Rachi (1)
לִשְׁכַּת הַגָּזִית סַנְהֶדְרִין:
« La Chambre de la pierre taillée » : le Sanhédrin.
💡 Explication

La baraita rapporte une seconde réaction officielle, distincte de celle de Chimon ben Chetah. La Lichkat haGazit, la Chambre de la pierre taillée, est le siège du Sanhédrin dans l'enceinte du Temple, comme le précise Rachi.

Leur message est un verset d'Iyov (22,28-30), qui sera ensuite découpé en cinq lectures successives. Chaque membre du verset devient un éloge de la prière de 'Honi.

12
״וְתִגְזַר אָמַר״ — אַתָּה גְּזֵרַת מִלְּמַטָּה, וְהַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא מְקַיֵּים מַאֲמָרְךָ מִלְמַעְלָה. ״וְעַל דְּרָכֶיךָ נָגַהּ אוֹר״ — דּוֹר שֶׁהָיָה אָפֵל הֵאַרְתָּ בִּתְפִלָּתֶךָ.

« Tu décréteras une parole » : toi, tu as décrété en bas, et le Saint béni soit-Il accomplit ta parole en haut. « Et sur tes chemins brillera la lumière » : une génération qui était ténébreuse, tu l'as illuminée par ta prière.

📜 Rachi (1)
דּוֹר שֶׁהָיָה אָפֵל מֵרֹוב צַעַר שֶׁלֹּא יֵרְדוּ גְּשָׁמִים:
« Une génération qui était ténébreuse » : par l'excès de peine, puisque les pluies ne tombaient pas.
🪔 Ben Yehoyada (2)
דור שהיה אפל, הארתו בתפלתך. נראה לי בס"ד אות אל־ף רומז ללימוד התורה כמו שנאמר (איוב לג, לג) 'אאלפך חכמה' אך 'אם אין קמח אין תורה' (משנה אבות ג, יז) וכיון שיש רעב בעצירת גשמים חשוכים עיני השכל ולכן האלף שהוא לשון אלוף נהפך לאותיות 'אפל' ואתה שהבאת שבע על ידי גשמים הארת את האפל וחזר להיות אל־ף שהאירו עיני הלומדים שכל אלוף האיר באור תורה. או יובן בס"ד אומרם דור שהיה אפל דאמרו רבותינו ז"ל (ביצה לב:) 'כל המצפה לשלחן אחרים עולם חשך בעדו' ובעצירת גשמים רוב בני אדם מצפים לשלחן אחרים דעולם חשך בעדם וזהו שאמר 'דור שהיה אפל הארתו בתפלתך' שהבאת שבע ואינם מצפים לשלחן אחרים דהא תכף ומיד יצאו העם לשדה והביאו כמהין ופטריות לאכול ולשבוע ואחר כך מיד יצאה התבואה בריוח וברכה והוציאו האילנות פירותיהם ונעשה ריוח גדול בעולם ולא היו צריכין זה לזה. ועוד נראה לי בס"ד מן הרעב נעשה אפלה [116] דמספרה קי"ו ועל ידי תפילתו שעשה בה יחוד קודשא בריך הוא ושכינתא שהוא חיבור הוי ־ ה אדנ ־ י [91] שמספרם צ"א אז נוסף על מספר אפלה מספר צ"א ונעשה מספר אור [207] ולזה אמר 'דור שהיה אפל הארתו בתפלתך' שעשית בה יחוד הוי־ה אדנ־י.
« Une génération qui était ténébreuse, tu l'as illuminée par ta prière. » Il me semble, avec l'aide du Ciel, que la lettre aleph désigne l'étude de la Torah, comme il est dit « je t'enseignerai la sagesse » (Iyov 33,33) ; mais « s'il n'y a pas de farine, il n'y a pas de Torah » (Avot 3,17), et puisqu'il y a famine quand les pluies sont retenues, les yeux de l'intelligence sont obscurcis. Ainsi le aleph, qui est un terme de maîtrise, se renverse dans les lettres du mot ofel, la ténèbre ; et toi, qui as amené l'abondance par les pluies, tu as illuminé cette ténèbre, et elle est redevenue aleph, car les yeux de ceux qui étudient se sont éclairés et tout maître a brillé de la lumière de la Torah. On peut comprendre aussi, avec l'aide du Ciel, leur parole « une génération qui était ténébreuse » d'après ce qu'ont dit nos maîtres (Betsa 32b) : quiconque attend la table d'autrui, le monde est obscur devant lui. Or, quand les pluies sont retenues, la plupart des hommes attendent la table d'autrui et le monde leur est obscur ; c'est ce que dit le texte, « une génération qui était ténébreuse, tu l'as illuminée par ta prière », puisque tu as amené l'abondance et qu'ils n'attendent plus la table d'autrui — aussitôt le peuple sortit aux champs et rapporta des truffes et des champignons pour manger et se rassasier, puis la récolte sortit largement et avec bénédiction, les arbres donnèrent leurs fruits, un grand répit se fit dans le monde et ils n'eurent plus besoin les uns des autres. Il me semble encore, avec l'aide du Ciel, que de la famine se fait aféla, la ténèbre, dont le compte est 116 ; et par sa prière, dans laquelle il fit l'union du Saint béni soit-Il et de la Chekhina, qui est la jonction du Nom de quatre lettres et du Nom Adnout (91), il s'ajouta au compte d'aféla le compte de 91, et il se fit le compte de or, la lumière (207). C'est pourquoi il est dit « une génération qui était ténébreuse, tu l'as illuminée par ta prière », dans laquelle tu as fait cette union.
(איוב כב, כח) "ותגזר אמר ויקם לך". אתה גזרת מלמטה והקדוש ברוך הוא מקים אמריך מלמעלה. קשא אומרו 'מלמטה ומלמעלה' נראה לשון יתר דהוה ליה למימר 'אתה גזרת מלמטה והקדוש ברוך הוא מקים'? ונראה לי בס"ד אחר אותיות חוני יש אותיות ז־ה מ־ט [עם האותיות שעולים 65] דהם מספר שם אדנ־י (עם הכולל) שהוא במלכות שהוא סוד סוד התפלה וכמו שאומרים (תהלים נא, יז) אדנ־י שפתי תפתח קודם תפלה. ולזה אמר אתה גזרת בתפלה שהוא סוד שם אדני הרמוז למטה משמך שזה הוא במלכות והקדוש ברוך הוא מקים אמריך מלמעלה רמז להארת הכתר ששם רצון עליון והיינו כי למעלה מן אותיות חוני יש ז־ה מ־ט שהם מספר אין [61] שהוא כינוי לכתר וקים אמריך בשפע הרצון דלכך היו גשמי רצון וברכה. או יובן אתה גזרת מלמטה בעבור תיקון העולם מלמטה מאותיות עולם שהם אותיות מ־ן פ־ז כלומר בכח התורה שלך שנקראת בשם פז והקדוש ברוך הוא מקים אמריך מלמעלה מן אותיות עולם, שהם אותיות ס־ה כ־ל והיינו חיבור המלכות שהיא סוד שם אדנ־י שעולה מספר ס"ה עם היסוד הנקרא 'כל' שהוריד המטר על ידי זווג יסוד במלכות.
« Tu décréteras une parole et elle tiendra pour toi » (Iyov 22,28) : toi, tu as décrété en bas, et le Saint béni soit-Il accomplit tes paroles en haut. On peut objecter que les mots « en bas » et « en haut » paraissent superflus, puisqu'il aurait suffi de dire « toi, tu as décrété, et le Saint béni soit-Il accomplit ». Il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'après les lettres du nom 'Honi viennent les lettres zayin-hé mem-têt, dont le compte, avec les lettres, fait 65, soit le compte du Nom Adnout avec le kolel, lequel est dans la malkhout, qui est le sod de la prière, comme on dit « ה', ouvre mes lèvres » (Tehilim 51,17) avant la prière. C'est pourquoi il est dit : tu as décrété par la prière, qui est le sod du Nom Adnout, désigné en bas de ton nom, et qui est dans la malkhout ; et le Saint béni soit-Il accomplit tes paroles en haut, allusion à l'illumination du keter, où se trouve la volonté supérieure — car au-dessus des lettres du nom 'Honi se trouvent les lettres zayin-hé mem-têt, qui font le compte de ayin (61), désignation du keter, et Il accomplit tes paroles par l'abondance de la volonté ; c'est pourquoi ce furent des pluies de faveur et de bénédiction. On peut comprendre aussi : tu as décrété d'en bas, pour la réparation du monde, par les lettres qui sont en dessous de celles du mot olam (monde), c'est-à-dire par la force de ta Torah, qui est appelée or fin ; et le Saint béni soit-Il accomplit tes paroles d'en haut des lettres du mot olam, ce qui désigne la jonction de la malkhout, sod du Nom Adnout, dont le compte est 65, avec le yessod, appelé « tout », lequel a fait descendre la pluie par cette union du yessod et de la malkhout.
💡 Explication

La première lecture inverse l'ordre habituel : le décret part d'en bas et l'accomplissement vient d'en haut. C'est exactement ce que Chimon ben Chetah reprochait, retourné ici en éloge.

La seconde joue sur le mot ofel, ténèbre. Rachi précise la nature de cette obscurité : l'excès de peine d'une génération privée de pluie.

13
״כִּי הִשְׁפִּילוּ וַתֹּאמֶר גֵּוָה״ — דּוֹר שֶׁהָיָה שָׁפֵל הִגְבַּהְתּוֹ בִּתְפִלָּתֶךָ. ״וְשָׂח עֵינַיִם יִוָּשֵׁעַ״ — דּוֹר שֶׁשַּׁח בַּעֲוֹנוֹ הוֹשַׁעְתּוֹ בִּתְפִלָּתֶךָ. ״יִמָּלֵט אִי נָקִי״ — דּוֹר שֶׁלֹּא הָיָה נָקִי מִלַּטְתּוֹ בִּתְפִלָּתֶךָ. ״וְנִמְלַט בְּבַר כַּפֶּיךָ״ — מִלַּטְתּוֹ בְּמַעֲשֵׂה יָדֶיךָ הַבְּרוּרִין.

« Car ils ont abaissé, et tu diras : redressement » : une génération qui était abaissée, tu l'as relevée par ta prière. « Et celui qui baisse les yeux, Il le sauvera » : une génération qui était courbée dans sa faute, tu l'as sauvée par ta prière.

« Il délivrera celui qui n'est pas innocent » : une génération qui n'était pas innocente, tu l'as délivrée par ta prière. « Et il sera délivré par la pureté de tes mains » : tu l'as délivrée par l'œuvre de tes mains pures.

📜 Rachi (1)
הוֹשַׁעְתָּ בִּתְפִלָּתְךָ מִן הַמִּיתָה שֶׁהֵבֵאתָ עֲלֵיהֶם שֹׂובַע:
« Tu as sauvé par ta prière » : de la mort, car tu as amené sur eux la satiété.
🪔 Ben Yehoyada (2)
דור שהיה שח בעונו, הושעתו בתפלתך. נראה לי בס"ד התפלה נקראת מזבח ה' שהיא במקום המזבח שמקריבים עליו קרבנות ואם תניח מספר מזבח ה ' [83] שעולה פ"ג על מספר שח [308] יהיה מספר ישועה [391] ולזה אמר הושעתו בתפלתך נקטו לשון ישועה דכתיב (איוב כב, כט) ושח עינים יושע. עוד אמרו דור שלא היה נקי מלטתו בתפלתך נראה לי בס"ד בתפלתו עשה ייחוד שם הוי־ה בארבעה מילואיו כי ארבעה מילואים הוא סוד ארבעה פרצופים אשר נזדווגו בתפלתו כי היתה על ידי זווג חו"ב [חכמה ובינה] וזווג תו"מ [תפארת ומלכות] שהם ארבעה פרצופים שהם ארבעה מילואים דשם הוי־ה כנודע וארבע מילואים הם ט"ל אותיות ובזה הדור נמלט שהוא אותיות מ ־ ן ט ־ ל שנמלט מכח יחוד ט"ל אותיות של ארבע מילואים. לכך אמרו בלשון זה מלטתו בתפלתך ובמה נמלט? במעשה ידיך הברורים, נמצא נקטו ארבעה דברים של שבח מפני שעל ידו בא אכילה לעולם אשר בה נעשה ד' בירורים של דצח"ם [דומם, צומח, חי, מדבר] .
« Une génération qui était courbée dans sa faute, tu l'as sauvée par ta prière. » Il me semble, avec l'aide du Ciel, que la prière est appelée l'autel de ה', puisqu'elle tient la place de l'autel sur lequel on offrait les sacrifices ; et si tu poses le compte de « autel de ה' » (83) sur le compte de cha'h (308), tu obtiens le compte de yéchoua, le salut (391). C'est pourquoi il est dit « tu l'as sauvée par ta prière », en prenant un terme de salut, puisqu'il est écrit « et celui qui baisse les yeux, Il le sauvera » (Iyov 22,29). Ils disent encore « une génération qui n'était pas innocente, tu l'as délivrée par ta prière » : il me semble, avec l'aide du Ciel, que par sa prière il fit l'union du Nom de quatre lettres dans ses quatre épellations, car les quatre épellations sont le sod des quatre partsoufim, lesquels furent unis par sa prière, qui se fit par l'union de la ''hokhma et de la bina et par l'union du tiferet et de la malkhout, soit les quatre partsoufim qui sont les quatre épellations du Nom de quatre lettres, comme on sait ; et les quatre épellations comptent trente-neuf lettres. Par là, cette génération fut délivrée — nimlat, dont les lettres sont celles de « de » et « tal » (39) — c'est-à-dire délivrée par la force de l'union des trente-neuf lettres des quatre épellations. C'est pourquoi ils ont dit en ces termes « tu l'as délivrée par ta prière ». Et par quoi fut-elle délivrée ? « Par l'œuvre de tes mains pures. » Ils ont donc pris quatre termes de louange, parce que par lui vint la nourriture au monde, par laquelle se font les quatre tris du minéral, du végétal, de l'animal et du parlant.
בַּמֶּה נִמְלַט? בְּמַעֲשֵׂה יָדֶיךָ הַבְּרוּרִים. נִרְאֶה לִי בס"ד דָּבָר זֶה אָמְרוּ לוֹ כְּנֶגֶד נֵס הָאַחֲרוֹן שֶׁנִּשְׁבָּה הָרוּחַ וְזָרְחָה חַמָּה שֶׁאִם לֹא הָיָה כֵּן הָיוּ הַגְּשָׁמִים מַשְׁחִיתִים הָעוֹלָם מֵחֲמַת רִבּוּיִים וְנֵס זֶה הָאַחֲרוֹן גָּדוֹל מִן הָרִאשׁוֹן יַעַן שֶׁאֵין מִתְפַּלְּלִים עַל רֹוב טוֹבָה וְכַאֲשֶׁר אָמַר לְתַלְמִידָיו. אַךְ הוּא עָשָׂה בְּחָכְמָה שֶׁאָמַר לְהָבִיא פַּר הוֹדָאָה וְסָמַךְ שְׁתֵּי יָדָיו עָלָיו דְּכֵיוָן בָּזֶה לְמַתֵּק ה׳ גְּבוּרוֹת מנצפ"ך שֶׁהֵם מִסְפַּר פַּר [280] הָרְמוּזִים בְּפַר הַהוֹדָאָה בַּחֲמִשָּׁה חֲסָדִים הָרְמוּזִים בְּיַד יָמִין שֶׁלּוֹ אֲשֶׁר סָמַךְ עַל הַפָּר וְעַל יְדֵי הַכַּוָּנָה שֶׁל הַמִּיתּוּק שֶׁעָשָׂה בְּפֹועַל דִּמְיוֹנִי הַזֶּה שֶׁל סְמִיכַת יָדָיו עַל הַפָּר בָּזֶה נַעֲשֶׂה הֲרִיוַּח הַזֶּה בָּעוֹלָם שֶׁנִּפְסַק הַמָּטָר וְזָרְחָה חַמָּה. וְלָזֶה אָמַר בַּמֶּה נִמְלַט לֹא בִּתְפִלָּה בִּלְבַד אֶלָּא בְּמַעֲשֵׂה יָדֶיךָ הַבְּרוּרִים וְהוּא סְמִיכַת יָדָיו עַל פַּר הוֹדָאָה. אוֹ יוּבָן כַּוָּנַת דִּבְרֵיהֶם לוֹמַר בַּמֶּה נִמְלַט לֹא בִּזְכוּת חָכְמָה שֶׁלְּךָ כִּי הֲלֹא גַּם בָּנוּ דִבֵּר ה' שֶׁכֻּולָּנוּ חֲכָמִים כֻּולָּנוּ נְבוֹנִים כֻּולָּנוּ יוֹדְעִים אֶת הַתּוֹרָה וְלֹא יָכֹולְנוּ לַעֲשׂוֹת כְּלוּם אֶלָּא נִמְלַט בְּמַעֲשֵׂה יָדֶיךָ הַבְּרוּרִים שֶׁאַתָּה צַדִּיק יוֹתֵר מִמֶּנּוּ.
« Par quoi fut-elle délivrée ? Par l'œuvre de tes mains pures. » Il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'ils lui ont dit cela pour le dernier miracle, quand le vent souffla et que le soleil brilla ; sans lui, les pluies auraient détruit le monde par leur abondance, et ce dernier miracle est plus grand que le premier, puisqu'on ne prie pas sur un excès de bien, comme il l'avait dit à ses disciples. Il agit avec sagesse en demandant qu'on apporte un taureau de reconnaissance et en posant ses deux mains sur lui : il visait par là à adoucir les cinq guevourot manatsepakh, dont le compte est celui de par, taureau (280), désignées par le taureau de reconnaissance, au moyen des cinq 'hassadim désignés par sa main droite qu'il posa sur le taureau ; et par l'intention de cet adoucissement, faite dans cet acte figuratif de l'imposition des mains sur le taureau, se fit ce répit dans le monde, la pluie cessant et le soleil brillant. C'est pourquoi il est dit « par quoi fut-elle délivrée ? » — non par la prière seule, mais par l'œuvre de tes mains pures, qui est l'imposition de ses mains sur le taureau de reconnaissance. On peut aussi comprendre leur intention ainsi : par quoi fut-elle délivrée ? Non par le mérite de ta sagesse, car la parole de ה' est aussi en nous, nous sommes tous sages, tous intelligents, tous connaissant la Torah, et nous n'avons rien pu faire ; elle fut délivrée par l'œuvre de tes mains pures, car tu es plus juste que nous.
💡 Explication

Les quatre dernières lectures suivent le même moule : un mot du verset est applique à l'état de la génération, et la prière de 'Honi devient le verbe qui l'en tire. Rachi précise de quoi elle fut sauvée : de la mort, puisqu'il a amené la satiété.

La dernière lecture déplace l'accent de la parole vers l'acte. « La pureté de tes mains » désigne les mains elles-mêmes — ce que le Ben Yehoyada rattache à la semikha des deux mains sur le taureau de reconnaissance, geste par lequel la pluie excessive fut arrêtée.

🖼️ Schéma
Iyov 22,28-30 lu membre par membre Le membre du verset Ce qu'il dit de 'Honi Tu décréteras une parole, elle tiendra tu décrètes en bas, le Ciel accomplit en haut Sur tes chemins brillera la lumière génération ténébreuse, tu l'as illuminée Ils ont abaissé, et tu diras : redressement génération abaissée, tu l'as relevée Il délivrera celui qui n'est pas innocent génération coupable, tu l'as délivrée Par la pureté de tes mains par l'œuvre de tes mains, non par la parole seule
Les quatre premières lectures portent sur la prière ; la cinquième passe à l'acte des mains, et clôt l'éloge.
14
אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: כָּל יָמָיו שֶׁל אוֹתוֹ צַדִּיק, הָיָה מִצְטַעֵר עַל מִקְרָא זֶה: ״שִׁיר הַמַּעֲלוֹת בְּשׁוּב ה׳ אֶת שִׁיבַת צִיּוֹן הָיִינוּ כְּחֹלְמִים״, אָמַר: מִי אִיכָּא דְּנָייֵם שִׁבְעִין שְׁנִין בְּחֶלְמָא?

Rabbi Yo'hanan a dit : tous les jours de ce juste, il s'affligeait sur ce verset : « Cantique des montées. Quand ה' fit revenir ceux qui revenaient à Tsion, nous étions comme des rêveurs. » Il disait : y a-t-il quelqu'un qui dorme soixante-dix ans dans un rêve ?

📜 Rachi (4)
שֶׁל אוֹתוֹ צַדִּיק חוֹנִי הַמְעַגֵּל הָיָה מִצְטַעֵר עַל הַמִּקְרָא הַזֶּה:
« De ce juste » : 'Honi HaMé'aguel s'affligeait sur ce verset.
שִׁיר הַמַּעֲלוֹת לְשׁוֹן עִילּוּי:
« Cantique des montées » : un terme d'élévation.
הָיִינוּ כְּחוֹלְמִים כַּחֲלוֹם נִדְמֶה גָּלוּת בָּבֶל שֶׁהָיָה שִׁבְעִים שָׁנָה:
« Nous étions comme des rêveurs » : l'exil de Babel, qui dura soixante-dix ans, parut comme un rêve.
שֶׁבָּעַיִן שֵׁנִי בְּחֶלְמָא בִּתְמִיהַּ מִי אִיתָא דְּנָייֵם שֶׁבָּעַיִן שְׁנִין בְּחֶלְמֵיהּ וְיֵשׁ אָדָם יָשֵׁן שִׁבְעִים שָׁנָה בְּשֵׁינָה אַחַת:
« Soixante-dix ans dans un rêve » : sur le ton de l'étonnement — y a-t-il quelqu'un qui dorme soixante-dix ans dans son rêve, un homme qui dorme soixante-dix ans d'un seul sommeil ?
🪔 Ben Yehoyada (1)
כָּל יָמָיו שֶׁל אוֹתוֹ צַדִּיק, הָיָה מִצְטַעֵר עַל הַמִּקְרָא הַזֶּה: (תְּהִלִּים קכו, א) "שִׁיר הַמַּעֲלוֹת בְּשׁוּב ה' אֶת שִׁיבַת צִיּוֹן הָיִינוּ כְּחֹלְמִים". נִרְאֶה הַכַּוָּנָה כִּי הָיָה מִסְתַּפֵּק אִם אֶפְשָׁר לִהְיוֹת דָּבָר זֶה בְּטֶבַע שֶׁיָּשֵׁן אָדָם שִׁבְעִים שָׁנָה דְּאָז כַּוָּנַת הַכָּתוּב כִּפְשׁוּטוֹ אוֹ דִּלְמָא לֹא אֶפְשָׁר לִהְיוֹת כָּזֹאת בְּטֶבַע וְיֵשׁ לִפְסֹוק כַּוָּנָה אַחֶרֶת בָּזֶה וְהָיָה מִצְטַעֵר לֵידַע הָאֱמֶת מַה הִיא כַּוָּנַת הַכָּתוּב. בְּרַם קַשְׁיָא לִי לָמָּה הוֹדִיעוּ אוֹתוֹ מִן הַשָּׁמַיִם שֶׁאֶפְשָׁר לִהְיוֹת זֶה בְּטֶבַע לִישֹׁן שִׁבְעִים שָׁנָה עַל יְדֵי אֹופֶן זֶה שֶׁנַּעֲשָׂה בּוֹ כַּמָּה נִסִּים וְהָיָה דַּי שֶׁיִּגְלוּ לוֹ דָּבָר זֶה עַל יְדֵי אֵלִיָּהוּ זָכוּר לַטּוֹב אוֹ בְּמַרְאֵה הַחֲלוֹם? וְנִרְאֶה לִי בֶּאֱמֶת מִן הַשָּׁמַיִם הָיָה רָצוֹן בְּדָבָר זֶה שֶׁיָּשֵׁן שִׁבְעִים שָׁנָה בַּעֲבוּר אֵיזֶה תִּיקּוּן שֶׁהָיָה צָרִיךְ לְפִי אוֹתוֹ הַזְּמַן דְּאִיתָא בְּדִבְרֵי רַבֵּינוּ הָאֲרִ"י זַ"ל בְּשַׁעַר הַכַּוָּנוֹת שֶׁצָּרִיךְ הָאָדָם לְכַוֵּין בְּעֵת הַשֵּׁינָה עוֹבֵד אֶת בּוֹרְאוֹ בְּסוֹד (מִשְׁלֵי ג, ו) בְּכָל דְּרָכֶיךָ דָּעֵהוּ שֶׁיֵּשׁ בְּשֵׁינָה שֶׁל הָאָדָם הַתַּחְתּוֹן צֹורֶךְ וְתִיקּוּן בְּעוֹלָמוֹת לְמַעְלָה וְשָׁם מְפֹורָשׁ סוֹדָן שֶׁל דְּבָרִים יְעֻויַּן שָׁם. וְלָכֵן אֶפְשָׁר לְפִי הַזְּמַן שֶׁל אוֹתָם הַיָּמִים וּלְפִי נִשְׁמַת חוֹנִי הַמְעַגֵּל הֻוצְרַךְ לִהְיוֹת שִׁינָּה לְחוֹנִי הַמְעַגֵּל שִׁבְעִים שָׁנָה בִּשְׁבִיל אֵיזֶה תִּיקּוּן שֶׁהָיָה צָרִיךְ לִהְיוֹת בְּאוֹתוֹ זְמַן וְהוּא הָיָה רָאוּי לְדָבָר זֶה כְּפִי בְּחִינַת נִשְׁמָתוֹ וְשָׁורְשָׁהּ וְלָכֵן מִן הַשָּׁמַיִם נִתְגַּלְגֵּל הַדָּבָר הַזֶּה אֵלָיו וְלֹא בִּשְׁבִיל לְהוֹדִיעוֹ הַסָּפֵק שֶׁלּוֹ בִּלְבַד. וְהִנֵּה בְּוַדַּאי מָשַׁךְ הַשֵּׁינָה שֶׁלּוֹ שֶׁהָיָה שִׁבְעִים שָׁנָה לֹא נַעֲשָׂה כְּפִי טֶבַע הָאֱנוֹשִׁי אֶלָּא רַק בְּנֵס מִן הַשָּׁמַיִם וּבְעֵת שֶׁהַקַּיִץ מִן הַשֵּׁינָה דְּנִשְׁלַם אָז הַתִּיקּוּן אָז אוֹתָהּ שִׁינֵּיתָא דְּהָדְרָא עָלֶיהָ נִסְתַּלְּקָה כְּרֶגַע עַל יְדֵי נֵס כְּשֵׁם שֶׁהָיְתָה מֵעִיקָּרָא עַל יְדֵי נֵס וְנִסְתַּלְּקָה תֵּכֶף כְּשֶׁפָּתַח עֵינָיו מִן הַשֵּׁינָה וְלֹא רָאָה אוֹתָהּ אֶלָּא רָאָה תֵּכֶף אֶת הֶחָרוּב שֶׁהָיָה נָטוּעַ לְצַד פָּנָיו כִּי הוּא הָיָה יָשֵׁן עַל צִידּוֹ וְאַחַר שֶׁדִּבֵּר עִם אוֹתוֹ אָדָם שֶׁהָיָה אוֹכֵל מִמֶּנּוּ אָז יָדַע מִן הַשְׁעָרַת שִׂכְלוֹ שֶׁיָּשֵׁן שִׁבְעִים שָׁנָה וּכְשֶׁהָפַךְ פָּנָיו לַצַּד הַשֵּׁנִי רָאָה אֶת הַחֲמָרְתָא דְּיָלְדָה רַמְכֵי רַמְכֵי כִּי הוּא הָיָה יָשֵׁן עַל צִידּוֹ וְהָיָה הֶחָרוּב מִצַּד אֶחָד וַחֲמָרְתֵיהּ מִצַּד אֶחָד וְחַזְייֵהּ לְהַהוּא גַּבְרָא אֵצֶל הֶחָרוּב וְדִבֵּר עִמּוֹ קֹודֶם שֶׁרָאָה אֶת חֲמָרְתֵיהּ שֶׁהָיְתָה בַּצַּד הַשֵּׁנִי. וְדַע כִּי הַמַּעֲשֶׂה הַזֹּאת וַדַּאי נִגְלֵית לַחֲכָמִים שֶׁבְּדוֹרוֹ עַל יְדֵי אֵלִיָּהוּ זָכוּר לַטּוֹב כִּי הוּא אַף עַל פִּי שֶׁסִּפֵּר לָהֶם בְּחַיָּיו הַדָּבָר לֹא הִמְנוּהוּ כִּי לֹא הִכִּירוּהוּ בְּרַם אֵלִיָּהוּ זָכוּר לַטּוֹב סִיפֵּר לָהֶם כָּל זֶה הַמַּעֲשֶׂה אַחַר שֶׁנִּפְטַר קֹודֶם שֶׁנִּקְבַּר כְּדֵי שֶׁיִּהְיֶה נִקְבָּר בְּכָבוֹד הָרָאוּי לוֹ. וּמְקוֹם קְבוּרָתוֹ יָדוּעַ עַתָּה בְּעִיר הַקֹּודֶשׁ צְפַת תוב"ב [תִּבָּנֶה וְתִכּוֹנֵן בִּמְהֵרָה בְּיָמֵינוּ] רָחוֹק מִן הָעִיר תּוֹךְ מְעָרָה אַחַת וְסִפְּרוֹ לִי כָּל זְמַן שֶׁיִּהְיֶה אֶצְלָם עֲצִירַת גְּשָׁמִים הוֹלְכִים שָׁם וּמִתְפַּלְּלִים עַל קִבְרוֹ וְהוּא רָחוֹק מִן הָעִיר הַרְבֵּה וְלָכֵן אֵין הוֹלְכִים שָׁם אֶלָּא בְּדֹוחַק גָּדוֹל. וּמַה שֶׁלֹּא גִּילָּה אֵלִיָּהוּ זָכוּר לַטּוֹב הַדָּבָר הַזֶּה בִּזְמַן שֶׁהָיָה חַי כְּשֶׁאָמַר לוֹ 'אֲנָא הוּא' וְלָא הֵימַנּוּהוּ כָּל זֶה מִפְלְאוֹת תְּמִים דֵּעִים כִּי הָיָה רְצוֹנוֹ יִתְבָּרֵךְ שֶׁתִּהְיֶה פְּטִירָתוֹ בְּאוֹתוֹ זְמַן בְּאֹופֶן שֶׁהוּא עַצְמוֹ יִתְפַּלֵּל שֶׁיָּמוּת. וְהָא דְּחָלְשָׁא דַּעְתֵּיהּ לָאו מִשּׁוּם גַּאֲוָה חַס וְשָׁלוֹם אֶלָּא בִּשְׁבִיל שֶׁהָיוּ דְּדַיּוֹ מְלֵאִים חָלָב שֶׁל תּוֹרָה הַרְבֵּה וְאֵינָם בָּאִים לִינֹק מִמֶּנּוּ וְגַם בְּוַדַּאי הָיָה אֶצְלוֹ דְּבָרִים שֶׁקִּבֵּל מֵרַבּוֹתָיו הָרִאשׁוֹנִים וְהֵם לֹא יֵדָעוּם עֲדַיִין וּמֵאַחַר שֶׁלֹּא הֶאֱמִינוּ שֶׁהוּא חוֹנִי הַמְעַגֵּל לֹא הָיוּ סוֹמְכִים עָלָיו לִלְמֹוד אוֹתָם מִמֶּנּוּ וְדָבָר זֶה הָיָה קָשֶׁה עָלָיו מְאֹד כְּאִשָּׁה שֶׁדַּדֶּיהָ מְלֵאִים חָלָב וְהַתִּינוֹק שֶׁלָּהּ חוֹלֶה וְאֵינוֹ שׁוֹתֶה כַּמָּה צַעַר יֵשׁ לָהּ בַּעֲבוּר זֶה. וְכַיּוֹצֵא בָּזֶה מָצִינוּ אֵצֶל רַבִּי אֱלִיעֶזֶר הַגָּדוֹל שֶׁקָּשֶׁה עָלָיו דָּבָר זֶה שֶׁלֹּא בָּאוּ הַחֲכָמִים לִלְמֹוד מִמֶּנּוּ תּוֹרָה, וְאָמַר לוֹ תָּמֵהַּ הוּא אִם יָמוּתוּ מִיתַת עַצְמָן, וְעַל רַבִּי עֲקִיבָא דָּבָר קָשֶׁה יוֹתֵר. וְנִרְאֶה לְהַסְבִּיר הָעִנְיָן בְּדֶרֶךְ פָּשׁוּט עַל אֲשֶׁר סִבְּבוּ מִן הַשָּׁמַיִם דָּבָר זֶה שֶׁיִּהְיֶה הוּא בְּעַצְמוֹ מִתְפַּלֵּל עַל פְּטִירָתוֹ כִּרְצוֹנוֹ וְהוּא כִּי הוּא יָשֵׁן שִׁבְעִים שָׁנָה וּבְאֵלּוּ הַשִּׁבְעִים שָׁנָה אִיכָּא סְפֵיקָא דְּדִינָא דְּיֵשׁ צַד סְבָרָא לוֹמַר נֶחְשָׁבִים אֵלּוּ מִשְּׁנוֹת חַיָּיו הַקְּצוּבִים כֵּיוָן דַּעֲדַייִן הוּא חַי וְלֹא נִפְטַר וְאִם כֵּן נִשְׁלְמוּ חַיָּיו הַקְּצוּבִים בְּאֵלֶּה הַשָּׁנִים וְיֵשׁ צַד סְבָרָא לָדוּן לְהֵפֶךְ דְּאֵלּוּ הַשָּׁנִים אֵין נֶחְשָׁבִים לְהַשְׁלִים שָׁנִים הַקְּצוּבִים לוֹ כֵּיוָן דְּיָשֵׁן בְּכָל הַשִּׁבְעִים שָׁנָה וְלָכֵן כֵּיוָן שֶׁהָיוּ בְּבֵית דִּין שֶׁל מַעְלָה מֵימִינִים לוֹמַר יִחְיֶה עוֹד לְהַשְׁלִים שָׁנִים הַקְּצוּבִים לוֹ וְיֵשׁ מַשְׂמִילִים לוֹמַר אֵלּוּ נֶחְשָׁבִים לְהַשְׁלִים לְכָךְ נַעֲשָׂה לוֹ דָּבָר זֶה שֶׁהוּא בְּעַצְמוֹ יִמְחֹול זְכוּתוֹ שֶׁהִתְפַּלֵּל עַל פְּטִירָתוֹ. וְאַף עַל גַּב דְּקַמֵּי קֻודְשָׁא בְּרִיךְ הוּא גָּלוּי הָאֱמֶת אִם הַדִּין כָּךְ אוֹ כָּךְ, לֹא רָצָה הקב"ה לְהַכְרִיעַ לָחוּב לְאוֹתוֹ צַדִּיק אֶלָּא גַּלְגַּל עָלָיו דָּבָר זֶה שֶׁהוּא בְּעַצְמוֹ יִמְחֹול עַל זְכוּתוֹ שֶׁיְּבַקֵּשׁ עַל פְּטִירָתוֹ. כֵּן יֵשׁ לוֹמַר דֶּרֶךְ דְּרָשׁ. וְהָאֱמֶת הוּא דְּכָל זֶה הוּא מֻפְלְאוֹת תְּמִים דֵּעִים וְהוּא הַיּוֹדֵעַ טַעְמוֹ שֶׁל דָּבָר אַךְ דִּבְרֵי תּוֹרָה כְּפַטִּישׁ יְפֹצֵץ סָלַע וְנִיתַּן רְשׁוּת לִדְרוֹשׁ בְּכַמָּה פָּנִים.
« Tous les jours de ce juste, il s'affligeait sur ce verset : Cantique des montées, quand ה' fit revenir ceux qui revenaient à Tsion, nous étions comme des rêveurs » (Tehilim 126,1). L'intention paraît être celle-ci : il doutait qu'une telle chose fut possible par nature, qu'un homme dorme soixante-dix ans — auquel cas le verset se comprendrait selon son sens simple — ou bien que cela fut impossible par nature, auquel cas le verset aurait une autre intention ; et il s'affligeait de vouloir connaître la vérité de ce que le verset veut dire. Mais une difficulté se pose à moi : pourquoi lui a-t-on fait savoir du Ciel qu'une telle chose est possible par nature en usant de ce procédé, où plusieurs miracles furent accomplis pour lui ? Il aurait suffi de le lui révéler par Eliyahou, dont le souvenir est pour le bien, ou dans une vision de rêve. Il me semble qu'en vérité le Ciel voulait qu'il dormît soixante-dix ans, en vue d'une réparation nécessaire en ce temps-là : il est dit dans les paroles de notre maître le Ari zal, dans le Chaar HaKavanot, que l'homme doit avoir en vue, au moment du sommeil, de servir son Créateur, selon le sod de « en toutes tes voies connais-Le » (Michlei 3,6), car il y a dans le sommeil de l'homme d'en bas un besoin et une réparation pour les mondes d'en haut, et le secret en est exposé là. Il est donc possible que, selon le temps de ces jours-là et selon l'âme de 'Honi HaMé'aguel, il ait fallu que 'Honi HaMé'aguel dorme soixante-dix ans pour quelque réparation nécessaire alors, et qu'il fut apte à cela selon le rang de son âme et de sa racine ; c'est pourquoi la chose lui fut amenée du Ciel, et non seulement pour lui faire connaître la réponse à son doute. Assurément, la durée de son sommeil, soixante-dix ans, ne se fit pas selon la nature humaine mais par miracle du Ciel ; et lorsqu'il s'éveilla, la réparation étant achevée, la paroi rocheuse qui l'entourait se retira à l'instant par miracle, comme elle était venue par miracle. Elle se retira dès qu'il ouvrit les yeux, de sorte qu'il ne la vit pas : il vit aussitôt le caroubier planté du côté de son visage, car il dormait sur le côté. Après avoir parlé avec l'homme qui en mangeait, il sut par l'estimation de son esprit qu'il avait dormi soixante-dix ans ; et lorsqu'il tourna le visage de l'autre côté, il vit l'ânesse à qui étaient nées des portées et des portées, car il dormait sur le côté, le caroubier d'un côté et son ânesse de l'autre : il vit cet homme près du caroubier et lui parla avant de voir son ânesse, qui était de l'autre côté. Sache que cette histoire fut certainement révélée aux sages de sa génération par Eliyahou, dont le souvenir est pour le bien. Car bien qu'il la leur eût racontée de son vivant, ils ne l'avaient pas cru, ne le reconnaissant pas ; Eliyahou, dont le souvenir est pour le bien, leur raconta toute cette histoire après sa mort et avant son ensevelissement, afin qu'il fut enseveli avec l'honneur qui lui revenait. Le lieu de sa sépulture est connu aujourd'hui dans la ville sainte de Tsfat — qu'elle soit rebâtie et rétablie promptement de nos jours —, loin de la ville, dans une grotte ; on m'a raconté que chaque fois qu'une retenue des pluies survient chez eux, ils y vont et prient sur sa tombe ; mais elle est très éloignée de la ville, et l'on n'y va donc qu'à grand-peine. Quant à la raison pour laquelle Eliyahou, dont le souvenir est pour le bien, n'a pas révélé la chose de son vivant, lorsqu'il disait « c'est moi » et qu'on ne le croyait pas, tout cela fait partie des merveilles de Celui dont la connaissance est parfaite : Sa volonté était que sa mort survînt en ce temps-là, de telle sorte que ce fut lui-même qui priât pour mourir. Et si son esprit s'affaiblit, ce ne fut pas, à Dieu ne plaise, par orgueil, mais parce que ses mamelles étaient pleines du lait de la Torah en abondance et que nul ne venait y téter ; il avait assurément des enseignements reçus de ses premiers maîtres qu'ils ne connaissaient pas encore, et puisqu'ils ne croyaient pas qu'il fut 'Honi HaMé'aguel, ils ne s'appuyaient pas sur lui pour les apprendre de sa bouche. Cela lui était très pénible, comme à une femme dont les seins sont pleins de lait tandis que son nourrisson est malade et ne boit pas : quelle peine elle en éprouve. Nous trouvons quelque chose de semblable chez Rabbi Eliezer le Grand, à qui il était pénible que les sages ne viennent pas apprendre de lui la Torah, et qui leur dit : je m'étonnerais qu'ils meurent de leur propre mort ; et à propos de Rabbi Akiva la chose fut encore plus dure. On peut expliquer simplement pourquoi le Ciel a amené qu'il priât lui-même pour sa mort, selon sa volonté : il dormit soixante-dix ans, et sur ces soixante-dix ans il y a un doute de din. Il y a un côté à dire qu'elles comptent parmi les années de vie qui lui étaient assignées, puisqu'il était encore vivant et n'était pas mort, de sorte que sa vie assignée s'est achevée dans ces années ; et il y a un côté à juger le contraire, que ces années ne comptent pas pour compléter les années qui lui étaient assignées, puisqu'il a dormi pendant ces soixante-dix ans. Ainsi, au tribunal d'en haut, les uns penchaient à droite pour dire qu'il vivrait encore afin de compléter ses années assignées, et les autres penchaient à gauche pour dire que ces années comptent dans ce total ; c'est pourquoi il lui fut fait qu'il renonçât lui-même à son droit en priant pour sa mort. Et bien que devant le Saint béni soit-Il la vérité soit révélée, si le din est ainsi ou autrement, Il n'a pas voulu trancher au détriment de ce juste, mais Il lui a amené de renoncer lui-même à son droit en demandant sa mort. Ainsi peut-on dire selon le drach. Et la vérité est que tout cela fait partie des merveilles de Celui dont la connaissance est parfaite, lequel seul connaît la raison de la chose ; mais les paroles de Torah sont comme un marteau qui fait éclater le roc, et permission a été donnée d'y chercher plusieurs faces.
💡 Explication

La guemara passe au second récit sur 'Honi, ouvert par une difficulté de lecture. Le verset (Tehilim 126,1) compare les soixante-dix ans de l'exil de Babel à un rêve, et Rachi explique que c'est bien ainsi que le verset se comprend.

L'objection de 'Honi est littérale : un rêve dure une nuit, un exil dure soixante-dix ans ; la comparaison ne tient que si un homme peut dormir soixante-dix ans d'un seul sommeil. Le récit qui suit lui donnera la réponse en la lui faisant vivre.

15
יוֹמָא חַד הֲוָה אָזֵל בְּאוֹרְחָא, חַזְייֵהּ לְהָהוּא גַּבְרָא דַּהֲוָה נָטַע חָרוּבָא, אֲמַר לֵיהּ: הַאי, עַד כַּמָּה שְׁנִין טָעֵין? אֲמַר לֵיהּ: עַד שֶׁבָּעַיִן שְׁנִין. אֲמַר לֵיהּ: פְּשִׁיטָא לָךְ דְּחָיֵית שִׁבְעִין שְׁנִין? אֲמַר לֵיהּ: אֲנָא חָרוּבָא בְּעָלְמָא אַשִּׁכְחֵיהּ. כִּי הֵיכִי דִּשְׁתַלוּ לִי אֲבָהָתִי — שַׁתָּלֵי נָמֵי לְבָרָאֵי.

Un jour, il allait en chemin ; il vit un homme qui plantait un caroubier. Il lui dit : celui-ci, au bout de combien d'années porte-t-il ?

Il lui dit : au bout de soixante-dix ans. Il lui dit : est-il évident pour toi que tu vivras soixante-dix ans ?

Il lui dit : moi, j'ai trouvé un monde plein de caroubiers ; de même que mes pères ont planté pour moi, je plante moi aussi pour mes fils.

📜 Rachi (2)
עַד שֶׁבָּעַיִן שְׁנִין לָא טָעֵין פֵּירָא בִּטְעִינָא קַמַּיְיתָא:
« Au bout de soixante-dix ans » : il ne porte pas de fruit avant ce terme, sa première charge ne vient pas plus tôt.
הָכִי גָּרְסִי' אֲנָא עָלְמָא בְּחָרוּבָא אַשְׁכַּחְתֵּיהּ כִּי הֵיכִי דְּשָׁתְלִי לִי אֲבָהָתַיי אֲנָא נַמֵּי אִישְּׁתִּיל לְבָרָאֵי:
Telle est notre leçon : « moi, j'ai trouvé le monde plein de caroubiers ; de même que mes pères ont planté pour moi, je plante moi aussi pour mes fils ».
💡 Explication

Le nombre soixante-dix réapparaît, cette fois dans la bouche d'un homme ordinaire. La question de 'Honi est celle d'un homme qui mesure une vie à ce qu'elle peut voir aboutir ; la réponse du planteur déplace la mesure vers la chaîne des générations.

Rachi précise le fait agricole : le caroubier ne donne pas de fruit avant ce terme, sa première charge ne vient pas plus tôt. Il donne aussi la leçon exacte du texte : « moi, j'ai trouvé le monde plein de caroubiers ».

16
יָתֵיב, קָא כְּרִיךְ רִיפְתָּא, אֲתַאי לֵיהּ שִׁינְתָּא, נִים. אַהְדְּרָא לֵיהּ מְשׁוּנִּיתָא, אִיכַּסִּי מֵעֵינָא, וְנִים שֶׁבָּעַיִן שְׁנִין. כִּי קָם, חַזְיֵיהּ לְהָהוּא גַּבְרָא דְּהוּא קָא מְלַקֵּט מִינַּייְהוּ, אֲמַר לֵיהּ: אַתְּ הוּא דִּשְׁתַלְתֵּיהּ? אֲמַר לֵיהּ: בַּר בְּרֵיהּ אֲנָא. אֲמַר לֵיהּ: שְׁמַע מִינַּהּ דִּנְייַמִי שִׁבְעִין שְׁנִין. חֲזָא לַחַמָּר[ת]יהּ דְּאִתְייְלִידָא לַיהּ רַמְכֵי רַמְכֵי.

Il s'assit et rompit son pain. Le sommeil le prit, il s'endormit.

Une paroi rocheuse l'entoura, il fut dérobé aux regards et dormit soixante-dix ans. Quand il se leva, il vit un homme qui cueillait des fruits de cet arbre.

Il lui dit : est-ce toi qui l'as planté ? Il lui dit : je suis son petit-fils.

Il lui dit : j'en conclus que j'ai dormi soixante-dix ans. Il vit son ânesse, à qui étaient nées des portées et des portées.

📜 Rachi (4)
יָתֵיב חוֹנִי הַמְעַגֵּל וְקָא כְּרִיךְ רִפְתָּא:
« Il s'assit » : 'Honi HaMé'aguel, et il rompait son pain.
אַהְדְּרָא לֵיהּ מְשׁוּנִּיתָא עָלְתָה סְבִיבוֹתָיו שֵׁן סֶלַע:
« Une paroi rocheuse l'entoura » : une pointe de rocher s'éleva autour de lui.
וְאִיכַּסִּי מֵעֵינָא דְּאִינָשֵׁי וְלָא אַשְׁכְּחוּהוּ הָתָם:
« Et il fut dérobé à l'œil des gens » : on ne le trouva plus là.
רַמְכֵי רַמְכֵי ווְלָדִי ווְלָדוֹת בְּאֵלּוּ הַשָּׁנִים דְּנָיֵים מְעֻובֶּרֶת זָכָר הָיְתָה וְחָזַר וּבָא עָלֶיהָ וְהוֹלִידוּ:
« Des portées et des portées » : des petits et des petits de petits durant ces années où il dormait ; elle était pleine d'un mâle, qui revint ensuite sur elle, et ils engendrèrent.
💡 Explication

La réponse à sa question lui est donnée en acte, et non par un enseignement. Deux miracles l'encadrent : la mechounita, la pointe de rocher qui monte autour de lui et le dérobe aux regards — Rachi précise qu'on ne le retrouva pas là —, et le sommeil lui-même.

Les deux preuves qu'il en tire sont des preuves de temps écoulé : l'arbre a maintenant un petit-fils pour le récolter, et son ânesse a eu des portées successives. Rachi explique ce dernier détail : elle était pleine au moment du sommeil, et la lignée s'est poursuivie durant ces années.

17
אֲזַל לְבֵיתֵיהּ אֲמַר לְהוּ: בְּרֵיהּ דְּחֹונִי הַמְעַגֵּל מִי קַייָּם? אָמְרוּ לֵיהּ: בְּרֵיהּ לֵיתָא, בַּר בְּרֵיהּ אִיתָא. אֲמַר לְהוּ: אֲנָא חוֹנִי הַמְעַגֵּל. לָא הֵימַנּוּהוּ. אָזַל לְבֵית הַמִּדְרָשׁ, שַׁמְעִינְהוּ לְרַבָּנָן דְּקָאָמְרִי: נְהִירָן שְׁמַעְתָּתִין כְּבִשְׁנֵי חוֹנִי הַמְעַגֵּל, דְּכִי הָוֵי עָיֵיל לְבֵית מִדְרְשָׁא — כֹּל קֻושְׁיָא דַּהֲווֹ לְהוּ לְרַבָּנַן הֲוָה מְפָרֵק לְהוּ. אֲמַר לְהוּ: אֲנָא נִיהוּ, וְלָא הֵימַנּוּהוּ, וְלָא עָבְדִי לֵיהּ יְקָרָא כִּדְמִבְּעֵי לֵיהּ. חָלַשׁ דַּעְתֵּיהּ, בְּעָא רַחֲמֵי, וּמִית. אָמַר רָבָא: הַייְנוּ דְּאָמְרִי אִינָשֵׁי: אוֹ חַבְרוּתָא אוֹ מִיתוּתָא.

Il alla à sa maison et leur dit : le fils de 'Honi HaMé'aguel est-il vivant ? Ils lui dirent : son fils n'est plus, son petit-fils est là.

Il leur dit : je suis 'Honi HaMé'aguel. Ils ne le crurent pas.

Il alla à la maison d'étude et entendit les maîtres dire que les enseignements leur étaient clairs comme aux années de 'Honi HaMé'aguel, car lorsqu'il entrait à la maison d'étude, toute difficulté qu'avaient les maîtres, il la résolvait pour eux. Il leur dit : c'est moi.

Ils ne le crurent pas et ne lui firent pas l'honneur qui lui était dû. Son esprit s'affaiblit, il demanda miséricorde, et il mourut.

Rava dit : c'est ce que disent les gens — ou la compagnie, ou la mort.

📜 Rachi (3)
אֲמַר לְהוּ שָׁאַל לְהוֹן בְּנוֹ שֶׁל חוֹנִי הַמְעַגֵּל קַיָּים הוּא:
« Il leur dit » : il leur demanda — le fils de 'Honi HaMé'aguel est-il vivant ?
נְהִירְנָא לָן הָנָךְ שְׁמַעְתָּתָא מֻוגַּהַת לָנוּ שְׁמוּעָה זוֹ כְּאִילּוּ לְמַדְנוּהָ בְּחַיָּיו שֶׁל חוֹנִי הַמְעַגֵּל שֶׁהָיָה מְפָרְקָהּ לָנוּ וּמַגִּיהַּ לָנוּ יָפֶה יָפֶה:
« Ces enseignements nous sont clairs » : cette tradition nous est établie comme si nous l'avions apprise du vivant de 'Honi HaMé'aguel, qui nous la résolvait et nous la corrigeait parfaitement.
אוֹ חַבְרוּתָא אוֹ מִיתוּתָא וְלָא גָּרְסִינַן הָכָא כְּחַבְרֵי דְּאִיּוֹב אֶלָּא בְּבָבָא בָּתְרָא (דַּף טז:) גַּבֵּי מַעֲשֶׂה דְּאִיּוֹב אִם אֵין חֲבֵירָיו שֶׁל אָדָם נוֹהֲגִין בּוֹ כָּבוֹד כְּבַתְּחִילָּה נוֹחַ לוֹ שֶׁיָּמוּת אִי נָמֵי מִשּׁוּם הָנָךְ בִּרְיוֹנֵי לֹא כָּתוּב בְּסִפְרֵינוּ:
« Ou la compagnie, ou la mort » : on ne lit pas ici « comme les compagnons d'Iyov » ; cela figure dans Baba Batra (16b) à propos du récit d'Iyov. Si les compagnons d'un homme ne le traitent plus avec l'honneur d'autrefois, mieux vaut pour lui qu'il meure. Une autre leçon, « à cause de ces briyonei », ne figure pas dans nos livres.
💡 Explication

Le retour se fait en deux temps, la maison puis la maison d'étude, et échoue deux fois. Le détail le plus dur est que la maison d'étude parle de lui au moment même où elle refuse de le reconnaître : sa mémoire y est vivante, sa personne n'y a plus de place. Rachi explique l'expression employée par les maîtres : cette tradition nous est aussi bien établie que si nous l'avions apprise de son vivant, lorsqu'il nous la résolvait parfaitement.

Le mot de Rava, o 'havrouta o mitouta, est un proverbe. Rachi écarte la leçon qui rattacherait ici la formule aux compagnons d'Iyov, laquelle appartient à Baba Batra (16b), et en donne le sens : si les compagnons d'un homme cessent de le traiter avec l'honneur d'autrefois, mieux vaut pour lui qu'il meure.

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אַבָּא חִלְקִיָּה בַּר בְּרֵיהּ דְּחֹונִי הַמְעַגֵּל הֲוָה, וְכִי מִצְטְרִיךְ עָלְמָא לְמִיטְרָא הֲווֹ מְשַׁדְּרִי רַבָּנַן לְגַבֵּיהּ וּבָעֵי רַחֲמֵי, וְאָתֵי מִיטְרָא. זִימְנָא חֲדָא אִיצְטְרִיךְ עָלְמָא לְמִיטְרָא, שַׁדּוּר רַבָּנַן זוּגָא דְּרַבָּנַן לְגַבֵּיהּ לְמִבְעֵי רַחֲמֵי דְּנֵיתֵי מִיטְרָא. אֲזוּל לְבֵיתֵיהּ וְלָא אַשְׁכְּחוּהּו, אֲזוּל בְּדַבְרָא וְאַשְׁכְּחוּהּ דַּהֲוָה קָא רָפֵיק, יְהַבוּ לֵיהּ שְׁלָמָא

Abba 'Hilkiya était le petit-fils de 'Honi HaMé'aguel. Lorsque le monde avait besoin de pluie, les maîtres envoyaient vers lui, il demandait miséricorde et la pluie venait.

Une fois, le monde eut besoin de pluie ; les maîtres envoyèrent vers lui une paire de maîtres pour qu'il demande miséricorde afin que la pluie vienne. Ils allèrent à sa maison et ne le trouvèrent pas ; ils allèrent au champ et le trouvèrent qui binait la terre.

Ils le saluèrent,

📜 Rachi (1)
רָפֵיק בְּדַבְרָא עוֹדֵר בַּשָּׂדֶה:
« Rafik badavra » : il binait au champ.
💡 Explication

La guemara passe à la descendance de 'Honi. Abba 'Hilkiya tient de lui le pouvoir d'obtenir la pluie, mais le récit s'ouvre sur un contraste : les maîtres envoyés ne le trouvent pas chez lui, ils le trouvent aux champs, en train de biner — Rachi rend le terme araméen par le travail de la houe.

Le salut qu'ils lui adressent ouvre la longue série d'étrangetés que le folio suivant détaillera, chacune recevant une explication précise.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).