Taanit 23b — Abba Hilkiya et la discrétion des faiseurs de pluie : dix conduites étranges, la prière de l'épouse, et les puissants d'Erets Israël face aux hassidim de Bavel

Taanit 23b

Sougya : Le folio achève le récit d'Abba Hilkiya ouvert en 23a. Deux maîtres envoyés pour lui demander de prier pour la pluie l'accompagnent depuis le champ jusqu'à sa maison et relèvent une dizaine de conduites incompréhensibles ; il monte sur le toit avec sa femme, les nuées se lèvent du côté de l'épouse, puis il répond une à une à chaque question.

Chaque réponse découvre une raison ordinaire — un engagement de salarié, un talit emprunté, une mise à l'abri du regard, le refus d'une gratitude non méritée. Vient ensuite Hanan haNehba, petit-fils de Honi par sa fille, qui se cache pour ne pas être honoré et fait prier les enfants à sa place.

Rabbi Zerika oppose alors les puissants d'Erets Israël, qui prient seuls et masquent leur intervention jusqu'aux gens de leur maison, aux hassidim de Bavel, Rav Houna et Rav Hisda, qui se rassemblent et rendent la chose publique. Le folio se poursuit par Rabbi Yona et son fils Rabbi Mani, puis par les décrets exaucés de Rabbi Yitzhak ben Elyachiv, et s'ouvre sur le récit de Rabbi Yossi de Yokrat.

Abba Hilkiya : ce que les maîtres ont vu, ce qu'il répond Chaque conduite est d'abord énigmatique ; la réponse la ramène à une règle d'usage courant. Conduite observée Raison donnée 1. Il ne rend pas le salut Loué à la journée : il ne peut pas chômer 2. Bois sur une épaule, manteau sur l'autre Talit emprunté pour se vêtir, non pour porter 3. Pieds nus sur la route Sur la route il voit où il pose le pied 4. Chaussé pour traverser l'eau Dans l'eau il ne voit pas : poisson, serpent 5. Il relève ses vêtements dans les ronces La chair se cicatrise, le vêtement non 6. Sa femme sort parée au-devant de lui Pour qu'il ne regarde pas une autre femme 7. Elle entre la première, lui ensuite Les hôtes ne lui sont pas encore éprouvés 8. Il mange sans les inviter Pain insuffisant : pas de gratitude gratuite 9. Un pain à l'aîné, deux au cadet L'aîné est à la maison, le cadet étudie au loin 10. Les nuées viennent du côté de l'épouse Son bienfait aux pauvres est immédiat Le fil commun Le mérite qui fait tomber la pluie tient à des obligations quotidiennes tenues avec exactitude : le temps du patron, le bien d'autrui, la pudeur du foyer, le refus d'un crédit qu'on n'a pas gagné.
Les dix conduites d'Abba Hilkiya et la raison qu'il donne pour chacune.
Rabbi Zerika : puissants d'Erets Israël et hassidim de Bavel Deux manières de prier pour la pluie ; le point de comparaison est le degré de publicité. Hassidim de Bavel Rav Houna et Rav Hisda Ils se rassemblent l'un avec l'autre Formule : peut-être sera-t-Il apaisé Rachi : chacun tient que son mérite seul ne suffirait pas Conséquence : la démarche est connue de tous Puissants d'Erets Israël Rabbi Yona, père de Rabbi Mani Il sort seul, sous un prétexte d'achat Lieu bas : des profondeurs je T'ai appelé Lieu retiré, couvert d'un sac Il rentre sans grain, avec une explication de marche Conséquence : même sa maison ignore Ce que la comparaison met en valeur Les deux groupes obtiennent la pluie. L'écart porte sur l'effacement : le puissant d'Erets Israël agit seul et construit le dispositif entier pour que personne ne relie la pluie à sa prière.
La comparaison de Rabbi Zerika : rassemblement déclaré à Bavel, action solitaire et masquée en Erets Israël.
La descendance de Honi et la suite des faiseurs de pluie Le daf enchaîne trois générations d'une même famille, puis deux maîtres d'Erets Israël. Honi haMé'aguel le cercle tracé, 23a Abba Hilkiya fils de son fils - ouvrier agricole prié sur le toit avec sa femme Hanan haNehba fils de sa fille - il se cache les enfants le tirent par son manteau Rabbi Yona et Rabbi Mani la prière cachée, puis la tombe du père qui arrête les chevaux du nassi Rabbi Yitzhak ben Elyachiv ses décrets prennent effet aussitôt : richesse, pauvreté, beauté - puis le refus
L'enchaînement des récits : la famille de Honi, puis deux maîtres d'Erets Israël dont la parole est exaucée.
1
וְלָא אַסְבַּר לְהוּ אַפֵּיהּ. בְּפַנְיָא, כִּי הֲוָה מְנַקֵּט צִיבֵי, דְּרָא צִיבֵי וּמָרָא בְּחַד כַּתְפָּא, וּגְלִימָא בְּחַד כַּתְפָּא. כֻּולַּהּ אוֹרְחָא לָא סָייֵם מְסָאנֵי, כִּי מָטֵי לְמַיָּא סָיֵים מְסָאנֵיהּ. כִּי מְטָא לְהִיזְמֵי וְהִיגֵי דַּלִּינְהוּ לְמָנֵיהּ. כִּי מְטָא לְמָתָא, נָפְקָה דְּבֵיתְהוּ לְאַפֵּיהּ כִּי מִיקַּשְּׁטָא. כִּי מְטָא לְבֵיתֵיהּ, עָלָת דִּבְיַתְהוּ בְּרֵישָׁא, וַהֲדַר עָיֵיל אִיהוּ, וַהֲדַר עָיְילִי רַבָּנָן. יְתֵיב וּכְרֵיךְ רִיפְתָּא וְלָא אֲמַר לְהוּ לְרַבָּנַן תּוּ כְּרוּכוּ. פְּלַג רִיפְתָּא לְיָנוֹקֵי, לְקַשִּׁישָׁא — חֲדָא, וּלְזוּטְרָא — תְּרֵי.

... et il ne leur rendit pas son visage. Vers le soir, alors qu'il ramassait du bois, il portait le bois et la houe sur une épaule et son manteau sur l'autre épaule.

Tout le long du chemin il ne chaussa pas ses sandales ; arrivé à l'eau, il chaussa ses sandales. Arrivé aux ronces et aux épines, il releva ses vêtements.

Arrivé à la ville, sa femme sortit à sa rencontre, parée. Arrivé à sa maison, sa femme entra la première, puis il entra lui-même, et les maîtres entrèrent ensuite.

Il s'assit et rompit le pain, et il ne dit pas aux maîtres : venez, rompez avec moi. Il partagea le pain entre ses enfants : à l'aîné — un morceau, au cadet — deux.

📜 Rachi (4)
לָא אַסְבַּר לְהוּ אַפֵּיהּ לֹא הֶחֱזִיר לָהֶם פָּנָיו:
Il ne leur rendit pas son visage — il ne s'est pas retourné vers eux.
בְּפַנְיָא לִפְנוֹת עֶרֶב כְּשֶׁהָלַךְ לְבֵיתוֹ:
Vers le soir — au déclin du jour, quand il rentrait chez lui.
דְּלִינְהוּ לְמָנֵיהּ הִגְבִּיהַּ בְּגָדָיו אַחַר כְּתֵיפָיו כְּדֵי שֶׁלֹּא יִקְרְעוּ:
Il releva ses vêtements — il remonta ses habits derrière ses épaules pour qu'ils ne se déchirent pas.
כִּי מִיקַּשְּׁטָא בְּתַכְשִׁיטִין:
Parée — avec des parures.
🪔 Ben Yehoyada (2)
כִּי מְטָא לְמָתָא, נָפְקָא דְּבֵיתְהוּ לְאַפֵּיהּ כִּי מִקַּשְּׁטָא. דַּרְכָּם בְּאוֹתוֹ זְמַן אַף עַל פִּי שֶׁהַנָּשִׁים לוֹבְשִׁים צָעִיף לֹא הָיוּ מְכַסִּים פְּנֵיהֶם וְלָכֵן נִרְאֵית מְקֻושֶּׁטֶת מִצַּד הַפָּנִים וְהַחֲכָמִים שֶׁיָּדְעוּ בָּהּ לֹא הִסְתַּכְּלוּ בָּהּ חַס וְשָׁלוֹם אֶלָּא כָּךְ נִזְדַּמְּנָה רְאִייָּתָהּ לְנֶגְדָּם בְּעַל כָּרְחָם וְכַאֲשֶׁר אָמְרוּ בַּגְּמָרָא (יְרוּשַׁלְמִי עֲבוֹדָה זָרָה א, ט) עַל רַבָּן גַּמְלִיאֵל כְּשֶׁרָאָה רִיבָּה אַחַת וּבֵירַךְ עַל רְאִייָּתָהּ, וְיִתָּכֵן נָפַל הַצָּעִיף מֵעָלֶיהָ מִכֹּחַ אֵיזֶה סִיבָּה וְרָאוּ אוֹתָהּ.
« Arrivé à la ville, sa femme sortit à sa rencontre, parée. » Leur usage en ce temps-là était que, même si les femmes portaient un voile, elles ne se couvraient pas le visage ; c'est pourquoi elle apparaissait parée du côté du visage. Les Sages, qui la connaissaient, ne l'ont pas regardée, à D.ieu ne plaise ; sa vue s'est simplement trouvée devant eux malgré eux, comme il est rapporté (Yerouchalmi Avoda Zara 1, 9) au sujet de Rabban Gamliel, qui vit une jeune fille et prononça une bénédiction sur ce qu'il voyait. Il se peut aussi que son voile soit tombé pour une raison quelconque et qu'ils l'aient ainsi vue.
יְהַבוּ לֵיהּ שְׁלָמָא וְלָא אַסְבַּר לְהוּ אַפֵּיהּ. נִרְאֶה לִי בס"ד לְעוֹלָם הֶחֱזִיר לָהֶם שָׁלוֹם אֶלָּא שֶׁהֶחֱזִיר בְּעוֹדוֹ עוֹסֵק בִּמְלַאכְתּוֹ וְלֹא נָשָׂא פָּנָיו לָהֶם לְהָשִׁיב וּלְהַבִּיט בָּהֶם בְּפָנִים צְהֻובּוֹת לְהַרְאוֹת לָהֶם אֵיזֶה תְּנוּעָה שֶׁל חִיבָּה וְכָבוֹד כְּדֶרֶךְ הַמֵּשִׁיב שָׁלוֹם לַאֲנָשִׁים חֲשׁוּבִים מִפְּנֵי שֶׁאִם הָיָה עוֹשֶׂה כֵּן הָיָה מֻוכְרָח שֶׁיִּתְבַּטֵּל מִמְּלַאכְתּוֹ רְגָעִים קְטַנִּים. וְהָא דְּאָמַר כָּל אוֹרְחָא לָא סִיֵּם מְסָאנֵיהּ אֵין הַכַּוָּנָה לוֹמַר שֶׁהָיָה הוֹלֵךְ יָחֵף חַס וְשָׁלוֹם אֶלָּא הָיָה כּוֹרֵךְ עַל כַּפּוֹת רַגְלָיו חֲתִיכָה קַלָּה שֶׁל בֶּגֶד יָשָׁן כְּדֵי לְהַפְסִיק בֵּין רַגְלָיו וּבֵין הַקַּרְקַע כְּמוֹ אַנִּפְלָאוֹת וְזוֹ אֵינָהּ מְגִינָּה מִנְּשִׁיכַת נָחָשׁ וְעַקְרָב.
« Ils le saluèrent et il ne leur rendit pas son visage. » Il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'en vérité il leur a bien rendu le salut ; seulement il le leur a rendu tout en restant occupé à son travail, sans lever le visage vers eux pour répondre et les regarder d'un visage rayonnant, en leur marquant un mouvement d'affection et de respect comme fait celui qui rend le salut à des hommes de valeur ; car s'il avait agi ainsi, il aurait nécessairement interrompu son travail quelques instants. Et lorsqu'il est dit que tout le long du chemin il ne chaussait pas ses sandales, l'intention n'est pas qu'il marchait pieds nus, à D.ieu ne plaise : il enroulait autour de la plante de ses pieds un morceau léger de vieux tissu, pour séparer ses pieds du sol, à la manière de chaussons ; et cela ne protège pas de la morsure d'un serpent ou d'un scorpion.
💡 Explication

Les deux maîtres envoyés vers Abba Hilkiya l'ont accompagné depuis le champ. Le narrateur énumère ici, sans les commenter, une série de conduites qui heurtent les usages de la derekh erets : le salut non rendu, l'ordre des entrées, le repas pris sans invitation. Cette accumulation prépare l'interrogatoire des segments suivants.

Deux détails préparent déjà les réponses : la houe et le bois voyagent sur l'épaule nue tandis que le manteau reste indemne sur l'autre, et le partage du pain favorise le cadet. Rien n'est encore expliqué ; l'étudiant est placé dans la position des deux maîtres, qui voient tout et ne comprennent rien.

2
אֲמַר לָהּ לִדְבִיַּתָּהוּ: יָדַעְנָא דְּרַבָּנַן מִשּׁוּם מִיטְרָא קָא אָתוּ, נִיסַּק לְאִיגָּרָא וְנִיבְעֵי רַחֲמֵי, אֶפְשָׁר דְּמִרַצֵּי הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא וְיֵיתֵי מִיטְרָא וְלָא נַחְזֵיק טֵיבוּתָא לְנַפְשִׁין. סַקוּ לְאִיגָּרָא, קָם אִיהוּ בַּחֲדָא זָוִיתָא, וְאִיהִי בַּחֲדָא זָוִיתָא, קְדוּם סְלוּק עֲנָנֵי מֵהָךְ זָוִיתָא דִּדְבֵיתְהוּ. כִּי נָחֵית אֲמַר לְהוּ: אַמַּאי אָתוּ רַבָּנָן? אָמְרוּ לֵיהּ: שַׁדַּרוּ לַן רַבָּנַן לְגַבֵּי דְּמָר לְמִיבְעֵי רַחֲמֵי אַמִּיטְרָא. אֲמַר לְהוּ: בָּרוּךְ הַמָּקוֹם שֶׁלֹּא הִצְרִיךְ אֶתְכֶם לְאַבָּא חִלְקִיָּה.

Il dit à sa femme : je sais que les maîtres sont venus au sujet de la pluie. Montons sur la terrasse et demandons miséricorde ; peut-être le Saint béni soit-Il sera-t-Il apaisé, la pluie viendra, et nous ne nous attribuerons pas le mérite.

Ils montèrent sur la terrasse : lui se tint dans un coin, elle dans un autre coin. Les nuées se levèrent d'abord du coin où se tenait sa femme.

Quand il descendit, il leur dit : pourquoi les maîtres sont-ils venus ? Ils lui dirent : les maîtres nous ont envoyés auprès du maître pour qu'il demande miséricorde au sujet de la pluie.

Il leur dit : béni soit le Lieu, qui ne vous a pas rendus dépendants d'Abba Hilkiya.

📜 Rachi (3)
לְאִיגָּרָא עֲלִיָּיה:
Sur la terrasse — la chambre haute.
זָוִיתָא זָוִית:
Zavita — un coin.
מִזָּוִיתָא דִּדְבִיתְהוּ מֵאוֹתוֹ הָרוּחַ שֶׁאִשְׁתּוֹ שָׁם עָלוּ הֶעָבִים תְּחִלָּה שֶׁהִיא נַעֲנֵית תְּחִלָּה:
Du coin de sa femme — les nuées se levèrent d'abord du côté où elle se tenait, parce qu'elle est exaucée la première.
🪔 Ben Yehoyada (1)
קם איהו בחד זויתא, ודביתהו בחד זויתא, ובעו רחמי. נראה לי בס"ד הטעם שהוצרכו להתפלל שניהם דידוע שהמטר הוא מעורב מזכר ונקבה דהמים העולים מן הארץ באידים הם מיין נוקבין, והמים היורדים מלמעלה בתוך הענן הם מיין דכורין ועל ידי תערובת מיין נוקבין ומיין דכורין אשר בחלקי המטר תוציא הארץ יבולה. ומחלוקת רבי אליעזר ורבי יהושע לעיל היינו חד סבירא ליה הרוב הם ממיין נוקבין וחד סבירא ליה הרוב הם ממיין דכורין ולכן כיון דהתפללו עתה על המטר שהוא כלול מיין דכורין ומיין נוקבין עמדו שניהם להתפלל שהם זכר ונקבה. ובזה יובן בס"ד דקדוק לשונו הטהור דקאמר בגמרא אמר לדביתהו: ידענא דרבנן אמטו למיטרא אתו ניקום ניסק לאיגרא למיבעי רחמי, כלומר אם היו באים לצורך דבר אחר היה די שאתפלל אני לבדי אך כיון דאמטו למטרא אתו שהוא מורכב ממיין דכורין וממיין נוקבין על כן ניקום אני ואת זכר ונקבה למבעי רחמי. ונראה לי להכי קדים סליק עננא מזויתא דדביתהו כי אשה מזרעת תחלה יולדת זכר ואמרו חכמים זכר גימטריא ברכה [227] ולכן היה לסימן טוב כי הגשמים יהיו גשמי ברכה בהא דקדים סליק עננא מזויתא דדביתהו דנמצא היא הזריעה תחלה. ונראה לי בס"ד הטעם שדקדקו לעמוד כל אחד בזוית אחת ולא עמדו סמוכים זה אצל זה או זה אחר זה, כי כיונו לעשות כן לפי שרשם כי ידוע דשם השילוב של הוי־ה אדנ־י שהוא שם י־ה־א־ה־ד־ו־נ־ה־י־ה האיש הזכר שרשו ביו־ד ראשונה של שם זה והנקבה האשה שרשה ביו־ד האחרונה נמצא איש ואשתו כל אחד עומד בזוית אחת של השם וכמ"ש בפיוט רבינו האר"י ז"ל למבצע על רפתא כזיתא וכביעתא תרין יודין נקטא סתימין ופרישין ודו"ק.
« Lui se tint dans un coin, sa femme dans un autre coin, et ils demandèrent miséricorde. » Il me semble, avec l'aide du Ciel, que la raison pour laquelle ils durent prier tous les deux est la suivante. On sait que la pluie est mêlée de masculin et de féminin : les eaux qui montent de la terre en vapeurs sont des mayin noukvin (eaux féminines), et les eaux qui descendent d'en haut à l'intérieur de la nuée sont des mayin dokhrin (eaux masculines) ; c'est par le mélange des mayin noukvin et des mayin dokhrin contenus dans les parties de la pluie que la terre produit sa récolte. Le désaccord de Rabbi Eliezer et de Rabbi Yehochoua, plus haut, porte sur cela : l'un tient que la plus grande part vient des mayin noukvin, l'autre tient que la plus grande part vient des mayin dokhrin. Aussi, puisqu'ils priaient maintenant pour la pluie, qui est composée de mayin dokhrin et de mayin noukvin, ils se levèrent tous deux pour prier, étant masculin et féminin. Par là se comprend, avec l'aide du Ciel, la précision de son langage pur, lorsque la guemara rapporte : il dit à sa femme, je sais que les maîtres sont venus au sujet de la pluie, levons-nous, montons sur la terrasse pour demander miséricorde. Il veut dire : s'ils étaient venus pour autre chose, il aurait suffi que je prie seul ; mais puisqu'ils sont venus au sujet de la pluie, qui est composée de mayin dokhrin et de mayin noukvin, levons-nous, moi et toi, masculin et féminin, pour demander miséricorde. Et il me semble que c'est pour cela que la nuée se leva d'abord du coin de sa femme : car lorsque la femme émet la semence la première elle enfante un mâle, et les Sages ont dit que zakhar (mâle) équivaut en valeur numérique à berakha (bénédiction) [227] ; ce fut donc un bon signe que les pluies seraient des pluies de bénédiction, du fait que la nuée se leva d'abord du coin de sa femme, ce qui revient à dire qu'elle a ensemencé la première. Et il me semble, avec l'aide du Ciel, que la raison pour laquelle ils prirent soin de se tenir chacun dans un coin, sans se placer côte à côte ni l'un derrière l'autre, est qu'ils voulurent agir selon leur racine. On sait que dans le Nom entrelacé de Havaya et d'Ado-ni, qui se lit Y-H-A-H-D-V-N-H-Y-H, l'homme, le mâle, a sa racine dans le premier youd de ce Nom, et la femme a sa racine dans le dernier youd ; l'homme et sa femme se tiennent donc chacun dans un coin du Nom, comme il est dit dans le piyout de notre maître le Ari, de mémoire bénie, pour la coupe du pain : comme une olive et comme un œuf, deux youdin il a saisis, celés et déployés. Examine bien cela.
💡 Explication

Toute la scène est construite pour éviter la reconnaissance publique. Abba Hilkiya devine le motif de la visite, monte prier avant qu'on lui demande quoi que ce soit, puis feint d'ignorer la raison de leur venue. La formule ne pas s'attribuer le mérite donne la clé : obtenir la pluie sans que personne ne la relie à sa prière.

Le détail des deux coins séparés de la terrasse est relevé par Rachi et deviendra la dernière question des maîtres, au segment 6. La formule finale, béni soit le Lieu qui ne vous a pas rendus dépendants d'Abba Hilkiya, présente la pluie comme déjà en route et sans rapport avec lui.

🖼️ Schéma
La terrasse : deux coins, une seule prière, des nuées d'un seul côté terrasse de la maison lui coin ouest elle coin est nuées d'abord ensuite Question des maîtres au segment 6 : pourquoi de son côté à elle ? Deux réponses seront données.
La disposition sur la terrasse et l'ordre d'apparition des nuées.
3
אָמְרוּ לֵיהּ: יָדְעִינַן דְּמִיטְרָא מֵחֲמַת מָר הוּא דַּאֲתָא, אֶלָּא לֵימָא לַן מָר הָנֵי מִילֵּי דִּתְמִיהָא לַן: מַאי טַעְמָא כִּי יָהֵיבְנָא לְמָר שְׁלָמָא לָא אַסְבַּר לַן מָר אַפֵּיהּ? אֲמַר לְהוּ: שְׂכִיר יוֹם הֲוַאי, וְאָמֵינָא: לָא אִיפַּגַּר. וּמַאי טַעְמָא דְּרָא מָר צִיבֵי אַחַד כַּתְפֵּיהּ וּגְלִימָא אַחַד כַּתְפֵּיהּ? אֲמַר לְהוּ: טַלִּית שְׁאוּלָה הָיְתָה. לְהָכִי שָׁאֲלִי, וּלְהָכִי לָא שָׁאֲלִי.

Ils lui dirent : nous savons que la pluie est venue à cause du maître. Mais que le maître nous explique ces choses qui nous étonnent.

Pour quelle raison, lorsque nous avons salué le maître, le maître ne nous a-t-il pas rendu son visage ? Il leur dit : j'étais loué à la journée, et je me suis dit : je ne vais pas chômer.

Et pour quelle raison le maître portait-il le bois sur une épaule et le manteau sur l'autre épaule ? Il leur dit : c'était un talit emprunté.

Je l'ai emprunté pour ceci, et je ne l'ai pas emprunté pour cela.

📜 Rachi (4)
לֹא אֶפַּגַּר לָא אֶתְבַּטֵּל מִמְּלַאכְתִּי כְּמוֹ יוֹמָא דְּמִיפַּגְּרִי רַבָּנָן (שַׁבָּת דַּף קכט:):
Je ne vais pas chômer — je ne vais pas m'interrompre de mon ouvrage ; comme dans l'expression « le jour où les maîtres chômant » (Chabbat 129b).
מ"ט דַּרְתָּ מַדּוּעַ נִשֵּׂאת הַטַּלִּית עַל כָּתֵף אַחַת וְלֹא נָתַתָּ בַּכָּתֵף תַּחַת הַמַּשּׂאוֹי:
Pour quelle raison as-tu porte — pourquoi as-tu porte le talit sur une seule épaule, sans mettre cette épaule sous la charge ?
לְהָכִי שְׁאֵלָה לִי לְהִתְעַטֵּף בָּהּ:
Je l'ai emprunté pour ceci — pour m'en envelopper.
וּלְהָכִי לָא שְׁאֵלָה לִי לְהַטִּיל עָלֶיהָ קוֹצִין לְקָרְעָהּ:
Et je ne l'ai pas emprunté pour cela — pour y poser des épines qui le déchireraient.
💡 Explication

L'interrogatoire commence. Les maîtres reconnaissent d'abord ce qu'il vient de nier, puis posent leurs questions dans l'ordre chronologique de ce qu'ils ont observé.

Les deux premières réponses relèvent du droit des biens d'autrui. Le salarié à la journée doit son temps à celui qui l'emploie et n'en dispose pas pour une civilité ; le talit emprunté a été confié pour un usage précis, et l'emprunteur qui en fait un autre usage sort des termes du prêt. Abba Hilkiya préfère porter le bois à même l'épaule plutôt que d'exposer le vêtement d'autrui.

4
מַאי טַעְמָא כֻּולַּהּ אוֹרְחָא לָא סָיֵים מָר מְסָאנֵיהּ וְכִי מָטֵי לְמַיָּא סָיֵים מְסָאנֵיהּ? אֲמַר לְהוּ: כֻּולָּהּ אוֹרְחָא חָזֵינָא, בְּמַיָּא לָא קָא חָזֵינָא. מַאי טַעְמָא כִּי מְטָא מָר לְהִיזְמֵי וְהִיגֵי דַּלִּינְהוּ לְמָנֵיהּ? אֲמַר לְהוּ: זֶה מַעֲלֶה אֲרוּכָה, וְזֶה אֵינוֹ מַעֲלֶה אֲרוּכָה.

Pour quelle raison, tout le long du chemin, le maître n'a-t-il pas chaussé ses sandales, et arrivé à l'eau il les a chaussées ? Il leur dit : tout le long du chemin je vois, dans l'eau je ne vois pas.

Pour quelle raison, arrivé aux ronces et aux épines, le maître a-t-il relevé ses vêtements ? Il leur dit : celle-ci se cicatrise, et celui-là ne se cicatrise pas.

📜 Rachi (1)
בְּמַיָּא לָא חָזֵינַן מַה דְּאִית בָּהּ וְשֶׁמָּא יִשְּׁכֶנּוּ דָּג אוֹ נָחָשׁ:
Dans l'eau nous ne voyons pas — ce qui s'y trouve ; peut-être un poisson ou un serpent le mordra-t-il.
💡 Explication

Ces deux réponses reposent sur le même calcul : entre le corps et le bien matériel, on ménage ce qui ne se répare pas tout seul. La chair griffée par les épines guérit ; le vêtement déchiré reste déchiré.

La sandale suit la même logique inversée. Sur un chemin visible, Abba Hilkiya épargne sa chaussure et accepte le risque pour son pied, qu'il peut évaluer du regard ; dans l'eau, où il ne voit plus, Rachi précise le danger craint — un poisson ou un serpent — et la chaussure reprend son rôle.

5
מַאי טַעְמָא כִּי מְטָא מָר לְמָתָא נָפְקָא דְּבֵיתְהוּ דְּמָר כִּי מִיקַּשְּׁטָא? אֲמַר לְהוּ: כְּדֵי שֶׁלֹּא אֶתֵּן עֵינַי בְּאִשָּׁה אַחֶרֶת. מַאי טַעְמָא עָיְילָא הִיא בְּרֵישָׁא, וַהֲדַר עָיֵיל מָר אַבָּתְרַהּ, וַהֲדַר עָייְלִינַן אֲנַן? אֲמַר לְהוּ מִשּׁוּם דְּלָא בְּדִיקִיתוּ לִי.

Pour quelle raison, quand le maître est arrivé à la ville, la femme du maître est-elle sortie à sa rencontre parée ? Il leur dit : afin que je ne pose pas les yeux sur une autre femme.

Pour quelle raison est-elle entrée la première, puis le maître est-il entre après elle, et nous seulement ensuite ? Il leur dit : parce que vous n'avez pas été éprouvés par moi.

📜 Rachi (1)
דְּלָא בָּדְקִיתוּ לִי אִם כְּשֵׁרִים אִם פָּרִיצִים דְּאָמַר מַר (בְּמַס' דֶּרֶךְ אֶרֶץ רַבָּה פ"ה) כָּל אָדָם יְהִי בְּעֵינֶיךָ כְּלִסְטִים:
Parce que vous n'avez pas été éprouvés par moi — je ne sais pas si vous êtes intègres ou dévergondés ; car le maître a dit (traité Derekh Erets Rabba, ch. 5) : que tout homme soit à tes yeux comme un brigand.
🪔 Ben Yehoyada (1)
מִשּׁוּם דְּלָא בְּדִיקִיתוּ לִי. נִרְאֶה אַף עַל גַּב דְּהָיָה הוֹלֵךְ אַחֲרֵיהֶם בְּיַחַד וְנִכְנָס תֶּכֶף וּמִיָּד עִמָּהֶם עִם כָּל זֶה חָשַׁשׁ פֶּן עַל מִפְתַּן הַבַּיִת יִזְדַּמֵּן לוֹ אֹונֶס שֶׁאֵינוֹ יָכוֹל לִיכָּנֵס אַחֲרֵיהֶם תֵּכֶף כְּגוֹן שֶׁיָּבֹא אָדָם חָשׁוּב לְדַבֵּר עִמּוֹ אוֹ סִיבָּה אַחֶרֶת וְאַחַר שֶׁנָּתַן לָהֶם רְשׁוּת לְהִכָּנֵס אִי אֶפְשָׁר לַחֲזֹור לוֹמַר לָהֶם שֶׁיַּמְתִּינוּ עַד שֶׁיִּכָּנֵס הוּא עִמָּהֶם דְּאֵין זֶה מִשּׁוּרַת דֶּרֶךְ אֶרֶץ וְאַף עַל גַּב דְּיֵשׁ לוֹ בָּנִים בַּבַּיִת עִם כָּל זֶה חָשׁ פֶּן אוֹתָהּ שָׁעָה אֵינָם בַּבַּיִת. וְאֵין לְהַקְשׁוֹת אֵיךְ הָיָה הוֹלֵךְ אַחֲרֵי אִשְׁתּוֹ? דְּאֶפְשָׁר הָיָה מְצַדֵּד צִידּוּדִי. אִי נָמֵי הָיָה יוֹתֵר מֵאַרְבַּע אַמּוֹת בֵּינֵיהֶם דְּמֻותָּר כַּמְפֹורָשׁ בְּדִבְרֵי רַבֵּינוּ הָאֲרִ"י זַ"ל בְּשַׁעַר הַמִּצְוֹת.
« Parce que vous n'avez pas été éprouvés par moi. » Il semble que, bien qu'il marchât avec eux et qu'il dût entrer aussitôt à leur suite, il craignit malgré tout qu'au seuil de la maison survienne un empêchement qui lui interdise d'entrer immédiatement après eux — par exemple qu'un homme de valeur vienne lui parler, ou quelque autre cause ; et une fois qu'il leur aurait donné l'autorisation d'entrer, il ne pourrait plus revenir en arrière et leur demander d'attendre qu'il entre avec eux, car cela sortirait des usages de la derekh erets. Et bien qu'il ait des enfants à la maison, il craignit malgré tout qu'à cette heure-là ils ne s'y trouvent pas. Il ne faut pas objecter : comment marchait-il derrière sa femme ? Il est possible qu'il se tenait de biais ; ou encore qu'il y avait plus de quatre coudées entre eux, ce qui est permis, comme cela est exposé dans les paroles de notre maître le Ari, de mémoire bénie, dans le Chaar haMitsvot.
💡 Explication

La parure de l'épouse reçoit ici une fonction précise : elle occupe le regard du mari pendant la traversée de la ville. La réponse porte sur ce qu'il faut faire pour se garder, non sur un agrément.

L'ordre des entrées relève du même souci, applique cette fois aux hôtes. La règle que Rachi rappelle depuis Derekh Erets Rabba — que tout homme soit à tes yeux comme un brigand — commande de ne pas laisser des inconnus seuls avec son épouse, quels que soient leur rang et leur mission.

6
מַאי טַעְמָא כִּי כָּרֵיךְ מָר רִיפְתָּא לָא אֲמַר לַן ״אַיְתוֹ כְּרוּכוּ״? מִשּׁוּם דְּלָא נְפִישָׁא רִיפְתָּא, וְאָמֵינָא: לָא אַחְזֵיק בְּהוּ בְּרַבָּנַן טֵיבוּתָא בְּחִנָּם. מַאי טַעְמָא יְהֵיב מָר לְיָנוֹקָא קַשִּׁישָׁא חֲדָא רִיפְתָּא וּלְזוּטְרָא תְּרֵי? אֲמַר לְהוּ: הַאי — קָאֵי בְּבֵיתָא, וְהַאי — יָתֵיב בְּבֵי כְּנִישְׁתָּא.

Pour quelle raison, quand le maître a rompu le pain, ne nous a-t-il pas dit : venez, rompez ? Parce qu'il n'y avait pas assez de pain, et je me suis dit : je ne vais pas me faire créancier d'une reconnaissance gratuite auprès des maîtres.

Pour quelle raison le maître a-t-il donne à l'enfant aîné un morceau de pain et au cadet deux ? Il leur dit : celui-ci se tient à la maison, et celui-là est assis à la maison d'étude.

📜 Rachi (2)
טוֹבַת הֲנָאָה חִנָּם דְּאִינְהוּ לָא הָווּ קָא אָכְלִי דְּלֵיכָּא רִיפְתָּא וְקָא מַחְזְקִינַן בְּהוּ טוֹבָה חִנָּם:
Une reconnaissance gratuite — car ils n'auraient pas mangé, puisqu'il n'y avait pas de pain, et nous recevrions d'eux de la gratitude pour rien.
יַנּוּקָא קָאֵי בְּבֵי כְּנִישְׁתָּא קַמֵּי רַבֵּיהּ וְלָא אָתֵי כֻּולֵּי יוֹמָא:
Le petit se tient à la maison d'étude — devant son maître, et il ne rentre pas de toute la journée.
💡 Explication

L'invitation qu'on sait ne pas pouvoir honorer produirait un crédit imerite : les hôtes remercieraient d'un repas qui n'existe pas. Abba Hilkiya préfère manquer aux usages plutôt que d'encaisser cette tovat hanaa, cette reconnaissance sans contrepartie.

Le partage inégal du pain suit une mesure de besoin réel. Rachi précise que le cadet reste toute la journée devant son maître et ne peut rien prendre entre-temps, tandis que l'aîné, présent à la maison, mange quand il a faim.

7
וּמַאי טַעְמָא קְדֻים סְלוּק עֲנָנֵי מֵהָךְ זָוִיתָא דַּהֲוָות קָייְמָא דְּבֵיתְהוּ דְּמָר לַעֲנָנָא דִידֵיהּ? מִשּׁוּם דְּאִיתְּתָא שְׁכִיחָא בְּבֵיתָא, וְיָהֲבָא רִיפְתָּא לַעֲנִיֵּי, וּמְקָרְבָא הֲנָיָיתָהּ. וַאֲנָא יָהֵיבְנָא זוּזָא, וְלָא מְקָרְבָא הֲנָיָיתֵיהּ. אִי נָמֵי: הָנְהוּ בִּירְיוֹנֵי דְּהָווּ בְּשִׁיבָבוּתַן, אֲנָא בָּעֵי רַחֲמֵי דְּלֵימוּתוּ, וְהִיא בָּעֲיָא רַחֲמֵי דְּלִיהְדְּרוּ בִּתְיוּבְתָּא [וַהֲדָרוֹ].

Et pour quelle raison les nuées se sont-elles levées d'abord du coin où se tenait la femme du maître, avant la nuée du maître lui-même ? Parce que la femme se trouve à la maison, elle donne du pain aux pauvres, et son bienfait est immédiat ; tandis que moi je donne une pièce, et mon bienfait n'est pas immédiat.

Ou encore : il y avait dans notre voisinage des voyous ; moi je demandais miséricorde pour qu'ils meurent, et elle demandait miséricorde pour qu'ils reviennent en techouva — et ils sont revenus.

📜 Rachi (4)
דְּאִיתְּתָא שְׁכִיחָא בְּבֵיתָא כָּל יוֹמָא וְכִי מִיצְטְרִיךְ עַנְיָיא מִידֵּי אָזְלָה וְיָהֲבָה:
La femme se trouve à la maison — tout le jour ; et quand un pauvre a besoin de quelque chose, elle va et le lui donne.
וְעוֹד דִּמְקָרְבָא הֲנָיָיתָהּ שֶׁדְּבַר אֲכִילָה הִיא נוֹתֶנֶת לֶעָנִי וְהוּא בְּלֹא טֹורַח מִמַּה שֶׁהָיְתָה נוֹתֶנֶת מָעוֹת וְיַטְרִיחַ הֶעָנִי עַד שֶׁיִּקְנֶה:
Et de plus son bienfait est immédiat — car c'est de la nourriture qu'elle donne au pauvre, et sans peine pour lui, à la différence de l'argent qu'elle aurait donné et qui obligerait le pauvre à se donner du mal jusqu'à ce qu'il achète.
אִי נָמֵי אַהָכִי קְדֵים עַנְנֵי דִּידָּה:
Ou encore — c'est pour cela que ses nuées à elle se sont levées les premières.
מִשּׁוּם בִּירְיוֹנֵי בּוּרִים עַמֵּי הָאָרֶץ:
À cause des biryonei — des rustres, des gens sans instruction.
🪔 Ben Yehoyada (1)
אִי נָמֵי: בִּרְיוֹנֵי שְׁכִיחִי בִּשְׁבֵיבוֹתָן וְכוּ'.. הִקְשָׁה בְּפֶתַח עֵינַיִם זַ"ל מַאי מִדָּה כְּנֶגֶד מִדָּה הֲוָה בָּזֶה? עַייֵּן שָׁם. וְנִרְאֶה לִי בס"ד דְּאִיתָא בַּפְּסִיקְתָּא שָׁאֲלוּ לַחָכְמָה חוֹטֵא מָה עָנְשׁוֹ? וְהָשִׁיבָה (יְחֶזְקֵאל יח, ד) נֶפֶשׁ הַחַטָּאת הִיא תָּמוּת! וְשָׁאֲלוּ לִנְבוּאָה וְהָשִׁיבָה (מִשְׁלֵי יג, כא) חֲטָאִים תִּרְדֹּף רָעָה! וְשָׁאֲלוּ להקב"ה אָמַר יַעֲשֶׂה תְּשׁוּבָה! נִמְצָא אַבָּא חִלְקִיָּה תָּפַס כְּשִׁיטַת הַשָּׁלִיחַ וְדִבְיַתְהוּ תָּפְסָה כְּמוֹ שֶׁאָמַר הקב"ה וְלָכֵן מִדָּה כְּנֶגֶד מִדָּה הַמָּטָר שֶׁהוּא בְּיַד הקב"ה וְלֹא נִמְסַר מִפִּתְחוֹ לְשָׁלִיחַ קָדִים וְאָתֵי בִּזְכוּתָהּ. וּבְנִי יְדִידִי כְּבוֹד הָרַב יַעֲקֹב נר"ו פֵּירֵשׁ הַייְנוּ מִדָּה כְּנֶגֶד מִדָּה כִּי הִיא הִתְפַּלְּלָה שֶׁיַּחְזְרוּ בִּתְשׁוּבָה וּבָזֶה חִיְּיתָה נַפְשָׁם וְחָיוּ נִיצוֹצֵי קְדֻושָּׁה שֶׁהָיוּ מֵתִים בַּקְּלִיפָּה לְכָךְ הַמָּטָר שֶׁהוּא חַיִּים לְעוֹלָם וְגַם בּוֹ יִהְיֶה בֵּירוּר נִיצוֹצֵי קְדֻושָּׁה מִן הַדּוֹמֵם קָדִים וְאָתֵי בִּזְכוּתָהּ, עַד כָּאן דְּבָרָיו נר"ו. וְהָא דְּאִיהוּ סָבַר מֵעִיקָּרָא לְהִתְפַּלֵּל שֶׁיָּמוּתוּ וְלֹא סָבַר כְּאִשְׁתּוֹ לְהִתְפַּלֵּל שֶׁיַּחְזְרוּ בִּתְשׁוּבָה מִשּׁוּם דִּסְבִירָא לֵיהּ כֵּיוָן דְּאָמְרוּ רַבּוֹתֵינוּ זַ"ל (נִדָּה דַּף טז:) הַכֹּל בִּידֵי שָׁמַיִם חוּץ מִיִּרְאַת שָׁמַיִם וְצַדִּיק וְרָשָׁע לָא קָאָמַר, אֵין נָכוֹן לְהִתְפַּלֵּל לִפְנֵי הקב"ה שֶׁיְּשַׁנֶּה הַמִּדָּה שֶׁעָשָׂה וְיַעֲשֶׂה אוֹתָם צַדִּיקִים. וְאִשְׁתּוֹ סְבָרָה גְּדוֹלָה אַהֲבָה שֶׁמְּקַלְקֶלֶת אֶת הַשּׁוּרָה (בְּרֵאשִׁית רַבָּה נה, ח) , דִּכְתִיב בְּיִשְׂרָאֵל (הוֹשֵׁעַ יא, א) כִּי נַעַר יִשְׂרָאֵל וָאֹהֲבֵהוּ וּמִמִּצְרַיִם קָרָאתִי לִבְנִי, וּכְתִיב (מַלְאָכִי א, ב) אָהַבְתִּי אֶתְכֶם אָמַר ה', לְכָךְ נוּכַל לְהִתְפַּלֵּל לְקַלְקֵל הַשּׁוּרָה וְיַעֲשֶׂה אוֹתָם צַדִּיקִים הֵפֶךְ הַמִּדָּה הַקְּבוּעָה שֶׁקָּבַע הקב"ה בָּעוֹלָם. וּבְנִי יְדִידִי כְּבוֹד הָרַב יַעֲקֹב נר"ו תֵּירֵץ דְּאָמְרוּ רַבּוֹתֵינוּ זַ"ל בַּמִּשְׁנָה (מִשְׁנָה אָבוֹת ה, יח) עַל הַמַּחְטִיא אֶת הָרַבִּים אִין מַסְפִּיקִין בְּיָדוֹ לַעֲשׂוֹת תְּשׁוּבָה, וְאֶפְשָׁר דְּאִלּוּ יָדַע בָּהֶם שֶׁהֶחֱטִיאוּ רַבִּים וּלְכָךְ אָמַר לֹא תּוֹעִיל הַתְּפִלָּה לְהִתְפַּלֵּל עֲלֵיהֶם שֶׁיַּחְזְרוּ בִּתְשׁוּבָה וְדִבְיַתְהוּ סְבָרָא אֵין מְסַפְּקִין בְּיָדוֹ לַעֲשׂוֹת מֵחֲמַת עַצְמוֹ אֲבָל אִם צַדִּיק אַחֵר נִטְפַּל לוֹ לְהִתְפַּלֵּל בַּעֲדוֹ עַל כָּךְ אֶפְשָׁר שֶׁתּוֹעִיל תְּפִלָּתוֹ שֶׁל הַצַּדִּיק בַּעֲבוּרוֹ, עַד כָּאן דְּבָרָיו נר"ו.
« Ou encore : il y avait des voyous dans notre voisinage, etc. » Le Petah Enayim, de mémoire bénie, a demandé : où est ici la mesure pour mesure ? Vois-le. Il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'il est enseigné dans la Pesikta : on demanda à la Sagesse quel est le châtiment du pécheur ; elle répondit (Ye'hezkel 18, 4) : « l'âme qui pèche, c'est elle qui mourra ». On le demanda à la Prophétie ; elle répondit (Michlei 13, 21) : « le mal poursuit les pécheurs ». On le demanda au Saint béni soit-Il ; Il dit : qu'il fasse techouva. Il se trouve donc qu'Abba Hilkiya a suivi la voie de l'envoyé, et que sa femme a suivi ce qu'a dit le Saint béni soit-Il ; c'est donc mesure pour mesure : la pluie, qui est dans la main du Saint béni soit-Il et dont la clef n'a pas été remise à un envoyé, est venue d'abord par son mérite à elle. Et mon cher fils, l'honorable Rav Yaakov, que Dieu le garde, a expliqué ainsi la mesure pour mesure : elle a prié pour qu'ils reviennent en techouva, et par là elle a fait vivre leurs âmes et fait vivre les étincelles de sainteté qui mouraient dans la kelipa ; c'est pourquoi la pluie, qui est vie pour le monde et par laquelle s'accomplit aussi le triage des étincelles de sainteté à partir du règne minéral, est venue d'abord par son mérite à elle. Fin de ses paroles, qu'il soit garde. Quant à la raison pour laquelle lui tenait d'abord de prier pour qu'ils meurent, et ne tenait pas comme sa femme de prier pour qu'ils reviennent en techouva : il tenait que, puisque nos maîtres ont dit (Nidda 16b) que tout est dans la main du Ciel hormis la crainte du Ciel, et qu'ils n'ont pas dit juste ou méchant, il ne convient pas de prier devant le Saint béni soit-Il pour qu'Il change la mesure qu'Il a établie et les rende justes. Sa femme, elle, tenait que l'amour est grand, qui déroge à la règle (Berechit Rabba 55, 8), puisqu'il est écrit d'Israël (Hochea 11, 1) « quand Israël était un enfant je l'ai aimé, et d'Égypte j'ai appelé mon fils », et qu'il est écrit (Malakhi 1, 2) « je vous ai aimés, a dit Hachem » ; on peut donc prier pour que la règle soit dérogée et qu'Il les rende justes, à l'encontre de la mesure fixe que le Saint béni soit-Il a établie dans le monde. Et mon cher fils, l'honorable Rav Yaakov, que Dieu le garde, a répondu : nos maîtres ont dit dans la michna (Avot 5, 18) que celui qui fait pécher la multitude, on ne lui donne pas les moyens de faire techouva ; il se peut qu'il ait su d'eux qu'ils avaient fait pécher la multitude, et c'est pourquoi il a dit qu'il serait inutile de prier pour eux afin qu'ils reviennent en techouva ; sa femme, elle, tenait qu'on ne lui en donne pas les moyens par lui-même, mais que si un autre juste se joint à lui pour prier en sa faveur sur ce point, il est possible que la prière de ce juste lui soit utile. Fin de ses paroles, qu'il soit garde.
💡 Explication

La dernière question porte sur la seule chose que les maîtres ont vue du Ciel. La première réponse compare deux formes de tsedaka : le pain que la femme donne se consomme aussitôt, tandis que la pièce oblige le pauvre à une démarche avant d'être nourri. Le mérite est proportionné à l'immédiateté du secours.

La seconde réponse, introduite par ou encore, porte sur le contenu de leurs prières respectives au sujet des voyous du quartier. La prière de l'épouse a obtenu un résultat que celle du mari n'aurait pas produit : les voyous ont fait techouva.

🖼️ Schéma
Pourquoi les nuées viennent-elles d'abord de son côté à elle ? Deux réponses 1. La nature du don Elle : du pain, à la maison, chaque jour le pauvre mange aussitôt Lui : une pièce, hors de la maison le pauvre doit encore acheter 2. Le contenu de la prière Les voyous du voisinage Lui : qu'ils meurent Elle : qu'ils reviennent en techouva résultat : ils sont revenus Ce que les deux réponses ont en commun Les deux fois, la priorité revient à l'acte dont l'effet atteint son destinataire sans intermédiaire ni délai : le pain plutôt que la pièce, la techouva plutôt que la disparition du pécheur. La question des maîtres portait sur le Ciel ; la réponse porte sur la conduite.
Les deux explications données par Abba Hilkiya sur l'antériorité de la prière de sa femme.
8
חָנָן הַנֶּחְבָּא בַּר בְּרַתֵּיה דְּחֹונִי הַמְעַגֵּל הֲוָה, כִּי מִצְטְרִיךְ עָלְמָא לְמִיטְרָא, הֲווֹ מְשַׁדְּרִי רַבָּנַן יָנוֹקֵי דְּבֵי רַב לְגַבֵּיהּ וְנָקְטִי לֵיהּ בְּשִׁיפּוּלֵי גְלִימֵיהּ, וְאָמְרוּ לֵיהּ: אַבָּא, אַבָּא, הַב לָן מִיטְרָא! אָמַר לִפְנֵי הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא: רִבּוֹנוֹ שֶׁל עוֹלָם! עֲשֵׂה בִּשְׁבִיל אֵלּוּ, שֶׁאֵין מַכִּירִין בֵּין אַבָּא דְּיָהֵיב מִיטְרָא, לְאַבָּא דְּלָא יָהֵיב מִיטְרָא. וְאַמַּאי קָרֵי לֵיהּ ״חָנָן הַנֶּחְבָּא״ — מִפְּנֵי שֶׁהָיָה מַחְבִּיא עַצְמוֹ בְּבֵית הַכִּסֵּא.

Hanan haNehba était le fils de la fille de Honi haMé'aguel. Quand le monde avait besoin de pluie, les maîtres lui envoyaient les enfants de la maison d'étude ; ils le saisissaient par le pan de son manteau et lui disaient : Abba, Abba, donne-nous de la pluie !

Il disait devant le Saint béni soit-Il : Maître du monde, agis pour ceux-là, qui ne savent pas distinguer entre le Père qui donne la pluie et le père qui ne donne pas la pluie. Et pourquoi l'appelait-on Hanan haNehba, le caché ?

Parce qu'il se cachait lui-même dans les lieux d'aisance.

📜 Rachi (5)
יָנוֹקֵי דְּבֵי רַב לְהַמְרִיךְ לִבּוֹ וְיִתְכַּוֵּין בִּתְפִלָּתוֹ:
Les enfants de la maison d'étude — pour attendrir son cœur, afin qu'il se concentre dans sa prière.
בְּשִׁיפּוּלֵי בְּשׁוּלֵי בְּגָדָיו:
Par le pan — par le bas de ses vêtements.
אַבָּא אַבָּא כָּךְ רְגִילִים לִקְרוֹתוֹ כְּיָתוֹם שֶׁאָמַר אֲבִי אָבִי:
Abba, Abba — ils avaient coutume de l'appeler ainsi, comme l'orphelin qui dit : mon père, mon père.
שֶׁאֵין מַכִּירִין בֵּין חוֹנִי לְאַבָּא כְּסִבּוּרִין עָלַי שֶׁאֲנִי אֲבִיהֶן:
Qui ne savent pas distinguer — entre Honi et le père ; ils pensent de moi que je suis leur père.
ה"נ שֶׁהָיָה מְחַבֵּא וְלָא גָּרְסִי' שֶׁהָיָה מְחַבֵּא בְּבֵית הַכִּסֵּא כִּי הֲוָה בָּעֵי רַחֲמֵי אַמַּיָּא הָיָה מְחַבֵּא עַצְמוֹ מֵרֹוב עֲנָוָה וּמַאן דְּגָרַס בֵּית הַכִּסֵּא כְּלוֹמַר מִתְחַבֵּא בִּבְגָדָיו כְּשֶׁהוּא נִכְנָס לְהָסֵךְ אֶת רַגְלָיו מֵרֹוב צְנִיעוּת:
HaNehba, parce qu'il se cachait — nous ne lisons pas « qu'il se cachait dans les lieux d'aisance » ; lorsqu'il demandait miséricorde pour l'eau, il se cachait lui-même par grande humilité. Et selon la leçon qui porte « les lieux d'aisance », cela veut dire qu'il se dissimulait dans ses vêtements lorsqu'il entrait pour se soulager, par grande pudeur.
🪔 Ben Yehoyada (1)
וְאַמַּאי קָרֵי לֵיהּ: 'חָנָן הַנֶּחְבָּא'? שֶׁהָיָה מְחַבֵּא אֶת עַצְמוֹ בְּבֵית הַכִּסֵּא. עַייֵּן רַשִׁ"י וּמָהַרְשָׁ"א. וְנִרְאֶה לִי בס"ד דְּאֶפְשָׁר הָיָה כָּתוּב בַּגְּמָרָא בבה"כ וְהוּא רָאשֵׁי תֵּיבוֹת בְּבֵית הַכְּנֶסֶת רוֹצֶה לוֹמַר כְּשֶׁהָיָה הוֹלֵךְ לְהִתְפַּלֵּל עַל הַמָּטָר הָיָה מַחְבִּיא עַצְמוֹ בְּבֵית הַכְּנֶסֶת בְּמָקוֹם מֻוצְנָע וּמִתְפַּלֵּל שָׁם כְּדֵי שֶׁלֹּא יַרְגִּישׁוּ בּוֹ, וְהַמַּעְתִּיקִים שֶׁל הַשַּׁ"ס שָׁגְגוּ בָּזֶה וְחָשְׁבוּ שֶׁהוּא רָאשֵׁי תֵּיבוֹת בְּבֵית הַכִּסֵּא וְכָתְבוּ כֵּן בְּפֵירוּשׁ, וְזֶה נִרְאֶה לִי דָּבָר אֲמִיתִּי וְנָכוֹן. וְשׁוּב בָּא לְיָדִי סֵפֶר עִיּוּן יַעֲקֹב וְרָאִיתִי שֶׁפֵּירֵשׁ כֵּן.
« Et pourquoi l'appelait-on Hanan haNehba ? Parce qu'il se cachait lui-même dans les lieux d'aisance. » Vois Rachi et le Maharcha. Il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'il se peut que la guemara portait l'abréviation be-bet-hé-khaf, et que ces initiales signifient « dans la maison d'assemblée », c'est-à-dire que, lorsqu'il allait prier pour la pluie, il se cachait dans la synagogue, dans un endroit dissimulé, et priait là afin qu'on ne s'aperçoive pas de lui. Les copistes du Talmud se sont trompés sur ce point, ont pensé qu'il s'agissait des initiales de « la maison d'aisance » et l'ont écrit explicitement ainsi. Cela me paraît vrai et juste. Par la suite m'est parvenu le livre Iyoun Yaakov, et j'ai vu qu'il explique de même.
💡 Explication

Le daf passe à un second descendant de Honi. Le dispositif d'effacement est ici différent : Hanan haNehba fait porter la demande par des enfants, et se présente devant le Ciel comme celui qu'il ne faut surtout pas créditer — les enfants confondent le Abba d'en haut et l'homme qu'ils tirent par la manche.

Rachi discute la leçon du texte sur le surnom haNehba. Selon la version qu'il retient, Hanan se cachait au moment de prier, par humilité ; selon la leçon qui mentionne les lieux d'aisance, le surnom porte sur sa pudeur. Le Ben Yehoyada propose de lire les mêmes initiales comme bet haknesset, la synagogue.

9
אֲמַר לֵיהּ רַבִּי זְרִיקָא לְרַב סָפְרָא: תָּא חֲזִי מַה בֵּין תַּקִּיפֵי דְּאַרְעָא דְיִשְׂרָאֵל לַחֲסִידֵי דְבָבֶל. חֲסִידֵי דְּבָבֶל רַב הוּנָא וְרַב חִסְדָּא, כִּי הֲוָה מִצְטְרִיךְ עָלְמָא לְמִיטְרָא אָמְרִי: נִיכַּנֵּיף הֲדָדֵי וְנִיבְעֵי רַחֲמֵי, אֶפְשָׁר דְּמִירַצֵּי הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא דְּיֵיתֵי מִיטְרָא.

Rabbi Zerika dit à Rav Safra : viens voir la différence entre les puissants de la terre d'Israël et les hommes pieux de Bavel. Les hommes pieux de Bavel, ce sont Rav Houna et Rav Hisda : quand le monde avait besoin de pluie, ils disaient : rassemblons-nous les uns avec les autres et demandons miséricorde ; peut-être le Saint béni soit-Il sera-t-Il apaisé et fera venir la pluie.

📜 Rachi (2)
רַב הוּנָא וְרַב חִסְדָּא חֲסִידֵי דְּבָבֶל מְפַרְסְמִין אֶת הַדָּבָר וְשֶׁל אֶרֶץ יִשְׂרָאֵל צְנוּעִין וְלֹא מוֹדִיעִין שֶׁבָּא הַמָּטָר בִּשְׁבִילָם:
Rav Houna et Rav Hisda — les hommes pieux de Bavel rendent la chose publique, tandis que ceux de la terre d'Israël sont discrets et ne font pas savoir que la pluie est venue grâce à eux.
תָּא לִיכַנֵּיף אַהֲדָדֵי אַלְמָא מִשּׁוּם חַד מִינַּייְהוּ לָא אָתֵי מִיטְרָא:
Rassemblons-nous les uns avec les autres — d'où l'on voit que par le mérite d'un seul d'entre eux la pluie ne viendrait pas.
🪔 Ben Yehoyada (1)
תָּא חֲזֵי, מַה בֵּין תַּקִּיפֵי אַרְעָא דְיִשְׂרָאֵל, לַחֲסִידֵי דְּבָבֶל. נִרְאֶה לִי בס"ד קָרֵי לְרַב הוּנָא וְרַב חִסְדָּא חֲסִידֵי מִפְּנֵי שֶׁלֹּא מַאֲמִינִים עַל עַצְמָן שֶׁתּוֹעִיל תְּפִלַּת כָּל אֶחָד מֵהֶם לְבַדּוֹ וּלְכָךְ כָּל אֶחָד רוֹצֶה לִהְיוֹת נֶעֱזַר בִּתְפִלַּת חֲבֵירוֹ וְכָל זֶה מֵחֲסִידוּתָם אַךְ מִמֵּילָא הָיוּ מֻוכְרָחִים לְפַרְסֵם הַדָּבָר אֲבָל צַדִּיקֵי אֶרֶץ יִשְׂרָאֵל כְּגוֹן רַבִּי יוֹנָה קָרֵי לְהוּ תַּקִּיפֵי שֶׁהָיוּ תַּקִּיפִים בִּזְכוּת עַצְמָן שֶׁבּוֹטְחִים עַל עַצְמָן לְהִתְפַּלֵּל בְּיָחִיד אֲבָל הָיוּ נִזְהָרִים מְאֹד שֶׁלֹּא לְפַרְסֵם כִּי אוֹמְרִים מוּטָב שֶׁאֶתְפַּלֵּל יְחִידִי וְלֹא אֲפַרְסֵם הַדָּבָר אֲפִילּוּ לְאֶחָד! וְרָאִיתִי לְהָרַב גְּבוּרוֹת אֲרִי זַ"ל שֶׁהִקְשָׁה וַהֲלֹא אַבָּא חִלְקִיָּה דַּהֲוָה בְּאֶרֶץ יִשְׂרָאֵל פִּרְסֵם הַדָּבָר לִדְבִיַּתָּהוּ? וְגַם הוּא לֹא שָׁרִי לְהִתְפַּלֵּל בְּיָחִיד עַל הַמָּטָר וְדָמֵי לְגַמְרֵי לְעֻובְדָּא דְּרַב הוּנָא וְרַב חִסְדָּא יְעֻויַּן שָׁם. וְנִרְאֶה לִי בס"ד דְּאֵין כָּאן קֻושְׁיָא כְּלָל דְּאַבָּא חִלְקִיָּה לֹא פִּרְסֵם אֶלָּא לְאִשְׁתּוֹ שֶׁהִיא כְּגוּפוֹ וְרֹוב מַעֲשָׂיו וּקְדֻושָּׁתוֹ גְּלוּייָה אֵלֶיהָ בְּלָאו הָכִי מַה שֶׁאֵין כֵּן רַב הוּנָא וְרַב חִסְדָּא הֲווֹ אָמְרִי חַד לְחַבְרֵיהּ. וְעוֹד לְשׁוֹן לְיִכְנֹוף מַשְׁמַע שֶׁהָיוּ מְבִיאִים עוֹד בְּנֵי אָדָם עִמָּהֶם וְאֶפְשָׁר שֶׁהָיָה רְצוֹנָם לְהִתְפַּלֵּל עַל הַגֶּשֶׁם בַּעֲשָׂרָה דִּשְׁכִינְתָּא שָׁרְייָא בְּמִנְיָן. וְעוֹד אַבָּא חִלְקִיָּה לֹא אָמַר לְאִשְׁתּוֹ שֶׁתִּתְפַּלֵּל עִמּוֹ אֶלָּא רַק אוֹתוֹ הַפַּעַם שֶׁנִּזְדַּמֵּן הַדָּבָר כָּךְ שֶׁבָּאוּ הַחֲכָמִים לְבֵיתוֹ וּבְכָל פַּעַם הָיָה מִתְפַּלֵּל לְבַדּוֹ. וְנִרְאֶה לוֹמַר דְּבַחוּץ לָאָרֶץ צָרִיךְ שְׁנֵי צַדִּיקִים לְהִתְפַּלֵּל עַל הַמָּטָר, לְכָךְ הָווּ רַב הוּנָא וְרַב חִסְדָּא מִתְפַּלְּלִים יַחַד אֲבָל בְּאֶרֶץ יִשְׂרָאֵל יַסְפִּיק צַדִּיק אֶחָד בִּלְבַד כִּי יִצְטָרֵף עִמּוֹ קְדֻושַּׁת אֶרֶץ יִשְׂרָאֵל דְּהָא בְּיוֹם טוֹב בְּאֶרֶץ יִשְׂרָאֵל עוֹשִׂין יוֹם אֶחָד וּבַחוּץ לָאָרֶץ עוֹשִׂין שְׁנֵי יָמִים דְּאֵין כֹּחַ לְתַקֵּן הַפְּנִימִיּוּת וְהַחִיצוֹנִיּוֹת בְּיוֹם אֶחָד. וְלָכֵן אָמְרוּ בַּגְּמָרָא (כְּתֻובּוֹת עה.) עַל חַכְמֵי אֶרֶץ יִשְׂרָאֵל חַד מִנַּיְיהוּ כִּתְרֵי מִינַּן, וְלָכֵן דִּייֵּק רַבִּי זְרִיקָא לִתְלוֹת הַדָּבָר בִּמְקוֹמוֹת בְּאוֹמְרוֹ תָּא חֲזִי מַה בֵּין תַּקִּיפֵי אַרְעָא דְיִשְׂרָאֵל, לַחֲסִידֵי דְּבָבֶל, דְּהַמָּקוֹם גּוֹרֵם גַּם כֵּן בָּזֶה.
« Viens voir la différence entre les puissants de la terre d'Israël et les hommes pieux de Bavel. » Il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'il appelle Rav Houna et Rav Hisda des hassidim parce qu'ils ne se fiaient pas à eux-mêmes quant à l'efficacité de la prière de chacun d'eux pris seul, et que chacun voulait donc être aidé par la prière de son compagnon ; tout cela vient de leur hassidout, mais ils étaient par là même contraints de rendre la chose publique. Les justes de la terre d'Israël, tel Rabbi Yona, il les appelle des puissants, parce qu'ils étaient forts de leur mérite propre et se fiaient à eux-mêmes pour prier seuls ; mais ils prenaient grand soin de ne rien divulguer, disant : mieux vaut que je prie seul et que je ne rende la chose publique même à un seul homme. J'ai vu que le maître du Guevourot Ari, de mémoire bénie, a objecté : Abba Hilkiya, qui se trouvait en terre d'Israël, a bien divulgué la chose à sa femme, et lui non plus n'a pas jugé permis de prier seul pour la pluie, ce qui ressemble tout à fait au cas de Rav Houna et Rav Hisda ; vois-le. Il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'il n'y a là aucune difficulté : Abba Hilkiya n'a divulgué la chose qu'à sa femme, qui est comme son propre corps et devant qui la plupart de ses actes et de sa sainteté sont de toute façon découverts, à la différence de Rav Houna et Rav Hisda, qui se le disaient l'un à l'autre. De plus, le terme « rassemblons-nous » indique qu'ils amenaient encore d'autres personnes avec eux, et il est possible qu'ils aient voulu prier pour la pluie à dix, puisque la Chekhina réside dans un quorum. De plus, Abba Hilkiya n'a demandé à sa femme de prier avec lui que cette fois-là, où les choses se sont trouvées ainsi, les Sages étant venus chez lui ; les autres fois, il priait seul. Et l'on peut dire qu'en dehors de la terre d'Israël il faut deux justes pour prier sur la pluie, et c'est pourquoi Rav Houna et Rav Hisda priaient ensemble, tandis qu'en terre d'Israël un seul juste suffit, parce que la sainteté de la terre d'Israël se joint à lui : ainsi, pour le yom tov, on fait un seul jour en terre d'Israël et deux jours au-dehors, parce qu'il n'y a pas la force de réparer l'intérieur et l'extérieur en un seul jour. C'est pourquoi ils ont dit dans la guemara (Ketoubot 75a) au sujet des sages de la terre d'Israël : un seul d'entre eux vaut deux des nôtres. Et c'est pourquoi Rabbi Zerika a pris soin de rattacher la chose aux lieux en disant : viens voir la différence entre les puissants de la terre d'Israël et les hommes pieux de Bavel — le lieu aussi y est pour quelque chose.
💡 Explication

Rabbi Zerika introduit une comparaison qui donne son cadre à tout ce qui précède. Les deux termes sont choisis : tekifei, les puissants, pour Erets Israël, et hassidei, les hommes pieux, pour Bavel.

Rachi dégage les deux points de l'écart. D'abord la publicité : ceux de Bavel font savoir, ceux d'Erets Israël dissimulent. Ensuite la force propre : le rassemblement de Rav Houna et Rav Hisda montre que chacun estime son mérite insuffisant à lui seul.

10
תַּקִּיפֵי דְּאַרְעָא דְּיִשְׂרָאֵל כְּגוֹן רַבִּי יוֹנָה אֲבוּהּ דְּרַבִּי מָנִי, כִּי הֲוָה מִצְטְרִיךְ עָלְמָא לְמִיטְרָא, הֲוָה עָיֵיל לְבֵיתֵיהּ וַאֲמַר לְהוּ: הַבוּ לִי גְּוָאלְקִי, וְאֵיזִיל וְאַייְתֵי לִי בְּזוּזָא עִיבוּרָא. כִּי הֲוָה נָפֵיק לְבָרָא, אָזֵיל וְקָאֵי בְּדֻוכְתָּא עַמִּיקְתָּא, דִּכְתִיב: ״מִמַּעֲמַקִּים קְרָאתִיךָ ה׳״, וְקָאֵי בְּדֻוכְתָּא צְנִיעָא, וּמִכַּסֵּי בְּשַׂקָּא, וּבָעֵי רַחֲמֵי, וְאָתֵי מִיטְרָא. כִּי הֲוָה אָתֵי לְבֵיתֵיהּ, אָמְרִי לֵיהּ: אַיְּיתִי מַר עִיבּוּרָא? אֲמַר לְהוּ: אָמֵינָא, הוֹאִיל וַאֲתָא מִיטְרָא, הַשְׁתָּא רָוַוח עָלְמָא.

Les puissants de la terre d'Israël, tel Rabbi Yona, le père de Rabbi Mani : quand le monde avait besoin de pluie, il entrait dans sa maison et leur disait : donnez-moi ma besace, et j'irai m'acheter pour un zouz de grain. Quand il sortait dehors, il allait se tenir dans un endroit profond, ainsi qu'il est écrit : « des profondeurs je T'ai appelé, Hachem » (Tehilim 130, 1) ; il se tenait dans un endroit retiré, se couvrait d'un sac, demandait miséricorde, et la pluie venait.

Quand il revenait à la maison, on lui disait : le maître a-t-il rapporté du grain ? Il leur disait : je me suis dit, puisque la pluie est venue, le monde va maintenant respirer.

📜 Rachi (5)
תַּקִּיפֵי דְּאֶרֶץ יִשְׂרָאֵל רַבִּי יוֹנָה וְקָא חָזֵינַן דְּמֵחֲמָתֵיהּ אָתֵי מִיטְרָא:
Les puissants de la terre d'Israël, Rabbi Yona — et nous voyons bien que c'est par lui que venait la pluie.
גְּוָאלְקָא טשק"א בְּלַעַ"ז:
Gevalka — tachka en langue vernaculaire.
וְאַייְּתִי בְּזוּזָא עִיבּוּרָא דָּגָן מִשּׁוּם כַּפְנָא שֶׁאֲפִילּוּ לִבְנֵי בֵּיתוֹ לֹא הָיָה מוֹדִיעַ:
Et j'apporterai pour un zouz du grain — du blé, à cause de la disette ; car même aux gens de sa maison il ne faisait rien savoir.
אַייְּתִי לָן מַר מֵעִיבוּרָא דְּבָעֵית לְמִיזְבַּן:
Le maître nous a-t-il apporte du grain — celui que tu voulais acheter.
רַווְחָא עָלְמָא דְּלֶיהֱוֵי שֹׂובַע וְאַהָכִי לָא זָבְנִי בְּיֻוקְרָא דְּהַשְׁתָּא:
Le monde va respirer — il y aura de l'abondance ; et c'est pourquoi je n'ai pas acheté au prix élevé d'aujourd'hui.
🪔 Ben Yehoyada (1)
אֵיזִיל וְאַיְּתֵי בְּזוּזָא עִיבּוּרָא. נִרְאֶה לִי שֶׁלֹּא הוֹצִיא שֶׁקֶר חַס וְשָׁלוֹם מִפִּיו אֶלָּא כָּךְ הָיָה עוֹשֶׂה בֶּאֱמֶת אִם לֹא הָיָה יוֹרֵד מָטָר אַחַר תְּפִלָּתוֹ וּלְכָךְ אָמַר בְּזוּזָא שֶׁהוּא דָּבָר מוּעָט וּלְבַסּוֹף כֵּיוָן דַּאֲתָא מִטְרָא לֹא קָנָה כִּדְיָהֵיב טַעְמָא. בְּרַם קַשָּׁא לְמַאי הֻוצְרַךְ לַעֲשׂוֹת כֵּן קֹודֶם שֶׁיִּתְפַּלֵּל לוֹמַר שֶׁהוֹלֵךְ לִקְנוֹת חִטִּים? יֵלֵךְ בְּצִינְעָא וְיִתְפַּלֵּל! כִּי מִי יוֹדֵעַ שֶׁהוֹלֵךְ לְהִתְפַּלֵּל וּמִי יִשְׁאַל אוֹתוֹ לְהֵיכָן תֵּלֵךְ? וְנִרְאֶה לִי בס"ד שֶׁהָיָה מִתְחַכֵּם לַעֲשׂוֹת הַמְצָאָה זוֹ כְּדֵי שֶׁלֹּא יַעֲלֶה עַל לֵב מַכִּירָיו אַחַר כָּךְ שֶׁהוּא הִתְפַּלֵּל בַּסֵּתֶר וּבָא הַמָּטָר דַּאֲפִילּוּ בְּנֵי בֵּיתוֹ לֹא יָבוֹאוּ לַחְשֹׁוב כָּךְ יַעַן כִּי שָׁמְעוּ מִמֶּנּוּ שֶׁהוּא הוֹלֵךְ לִקְנוֹת חִיטִּים בְּיֹוקֶר דְּנִמְצָא אַסַּח דַּעְתֵּיהּ מִן הַמָּטָר. וְעוֹד נִרְאֶה לִי בס"ד שֶׁאוֹמֵר כֵּן כְּדֵי לִיקַּח הַגְּוָלְקָא עִמּוֹ דְּזֶה הַגְּוָלְקָא הוּא חֲתִיכַת שַׂק וְנִקְרָא גְּוָלְקָא דְּכֵן מָצָאתִי בֶּעָרוּךְ הֶחָדָשׁ שֶׁפֵּירֵשׁ גְּוָלְקָא הוּא שַׂק עַייֵּן שָׁם, וְהוּא הָיָה רוֹצֶה לִלְבֹּושׁ שַׂק בְּעֵת שֶׁיִּתְפַּלֵּל עַל הַמָּטָר וְאִם יִקַּח הַשַּׂק בְּיָדוֹ יַרְגִּישׁוּ בּוֹ בְּנֵי בֵּיתוֹ לְכָךְ לָקַח הַגְּוָלְקָא מִן הַבַּיִת לְהָבִיא בָּהּ חִיטִּים וְכַאֲשֶׁר יַגִּיעַ לְמָקוֹם עָמֹוק וְצָנוּעַ הָיָה פּוֹשֵׁט בְּגָדָיו וְלוֹבֵשׁ הַגְּוָלְקָא עַל בְּשָׂרוֹ וְחוֹזֵר וְלוֹבֵשׁ בְּגָדָיו הָעֶלְיוֹנִים וּמִתְפַּלֵּל וְהָא דְּקָאֵי בְּדֻוכְתָּא עֲמִיקְתָּא וּצְנִיעָא דְּאֵלּוּ מְסֻוגָּלִים לְקַבָּלַת הַתְּפִלָּה בְּרַחֲמִים, וְסִימָנָיךְ (מִשְׁלֵי ג, יח) 'עֵץ חַיִּים הִיא' עֵץ רָאשֵׁי תֵּיבוֹת ע מוּק צ נוּעַ.
« J'irai m'acheter pour un zouz de grain. » Il me semble qu'il n'a pas fait sortir de sa bouche une parole mensongère, à D.ieu ne plaise : il aurait réellement agi ainsi si la pluie n'était pas tombée après sa prière. C'est pourquoi il a dit « pour un zouz », qui est une petite somme ; et finalement, puisque la pluie est venue, il n'a pas acheté, comme il en a lui-même donné la raison. Reste une difficulté : pourquoi lui fallait-il, avant de prier, annoncer qu'il allait acheter du blé ? Qu'il y aille discrètement et qu'il prie ! Qui sait qu'il va prier, et qui lui demanderait où il va ? Il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'il s'ingéniait à trouver ce stratagème pour qu'il ne vienne pas ensuite à l'esprit de ses connaissances qu'il avait prié en secret et que la pluie était venue ; même les gens de sa maison n'en viendraient pas à le penser, puisqu'ils l'avaient entendu dire qu'il allait acheter du blé à prix élevé, ce qui montre qu'il avait détourné sa pensée de la pluie. Il me semble encore, avec l'aide du Ciel, qu'il parlait ainsi afin de prendre la goulka avec lui : cette goulka est un morceau de sac, et on l'appelle goulka, comme je l'ai trouvé dans le Aroukh haHadach, qui explique que goulka est un sac, vois-le. Or il voulait revêtir un sac au moment de prier sur la pluie ; et s'il avait pris le sac à la main, les gens de sa maison l'auraient remarqué. C'est pourquoi il a pris la goulka de la maison sous prétexte d'y rapporter du blé ; et quand il arrivait à l'endroit profond et retiré, il ôtait ses vêtements, revêtait la goulka à même la chair, remettait par-dessus ses vêtements de dessus et priait. Et s'il se tenait dans un endroit profond et retiré, c'est que de tels lieux sont propres à ce que la prière soit reçue avec miséricorde. Ton signe : « c'est un arbre de vie » (Michlei 3, 18) — les initiales du mot ets donnent amok (profond) et tsanoua (retiré).
💡 Explication

Rabbi Yona illustre le camp des puissants. Toute la mise en scène sert à rendre sa prière invisible, y compris à l'intérieur de sa propre maison : la besace et l'achat de grain fournissent un motif de sortie, et le retour sans grain reçoit une explication de marché.

Le lieu de prière est choisi sur un verset : des profondeurs je T'ai appelé. S'y ajoutent l'endroit retiré et le sac dont il se couvre, marque de jeûne et d'affliction. La dernière réplique achève l'effacement : la pluie sert d'argument commercial plutôt que de résultat de sa démarche.

11
וְתוּ, רַבִּי מָנִי בְּרֵיהּ הֲווֹ קָא מְצַעֲרִי לֵיהּ דְּבֵי נְשִׂיאָה. אִישְׁתַּטַּח עַל קִבְרָא דַאֲבוּהּ, אֲמַר לֵיהּ: אַבָּא אַבָּא! הָנֵי מְצַעֲרוֹ לִי. יוֹמָא חַד הֲווֹ קָא חָלְפִי הָתָם, אִינְּקוּט כַּרְעָא דְּסוּסָוָותַייְהוּ עַד דְּקַבִּילוּ עֲלַייְהוּ דְּלָא קָא מְצַעֲרוּ לֵיהּ.

Et encore : Rabbi Mani, son fils, était persécuté par les gens de la maison du nassi. Il se prosterna sur la tombe de son père et lui dit : Abba, Abba, ceux-là me font souffrir.

Un jour, ils passaient par là ; les pattes de leurs chevaux restèrent prises, jusqu'à ce qu'ils s'engagent à ne plus le faire souffrir.

📜 Rachi (3)
הָווּ קָא חָלְפִי דְּבֵי נְשִׂיאָה:
Ils passaient — les gens de la maison du nassi.
הָתָם עִלָּוֵיהּ מְעָרָתָא דְּרַבִּי יוֹנָה:
Par là — au-dessus du caveau de Rabbi Yona.
אִינְּקוּט נִדְבְּקוּ בַּקַּרְקַע שֶׁעַל גַּבֵּי מְעָרָה וְלֹא הָיוּ יְכוֹלִין לָזוּז מִמְּקוֹמָן:
Restèrent prises — elles adhérèrent au sol qui recouvre le caveau, et ils ne pouvaient plus bouger de leur place.
🪔 Ben Yehoyada (1)
אֶנְקֹוט כְּרָעַיְהוּ דְּסוּסָוָתַיְהוּ, עַד דְּקִבְּלוּ עֲלַיְהוּ דְּלָא קָא מְצַעֲרִי לֵיהּ. נִרְאֶה לִי בס"ד עָשָׂה לָהֶם כֵּן לִרְמֹוז שֶׁהוּא מִתְקַנֵּא בַּעֲבוּר שֶׁהֵם מְצַעֲרִים אֶת בְּנוֹ, וְאָמְרוּ רַבּוֹתֵינוּ זַ"ל בְּרָא כַּרְעָא דַּאֲבוּהִי, וְלָכֵן תָּפַס כְּרָעַיְהוּ. וְעוֹד נִרְאֶה לִי מַה שֶׁתָּפַס כַּרְעֵי הַסּוּסִים דְּאָמְרוּ רַבּוֹתֵינוּ זַ"ל הַסּוּס הוּא גָּאָה בַּבְּהֵמוֹת וְרָמַז לָהֶם עַל שְׂרָרָה וּמָמוֹן אֲשֶׁר רוֹכְבִים עֲלֵיהֶם וּמִתְגָּאִים בָּהֶם הוּא יוּכַל לְהוֹרִידָם מֵאֵלֶּה שֶׁיִּתְרוֹשְׁשׁוּ מֵהֶם.
« Les pattes de leurs chevaux restèrent prises, jusqu'à ce qu'ils s'engagent à ne plus le faire souffrir. » Il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'il leur a fait cela pour leur signifier qu'il prenait à cœur qu'ils fassent souffrir son fils ; et nos maîtres ont dit que le fils est la jambe de son père, c'est pourquoi il a saisi leurs jambes. Il me semble encore, au sujet du fait qu'il ait saisi les pattes des chevaux, que nos maîtres ont dit que le cheval est le plus orgueilleux des animaux : il leur a fait signe par là sur l'autorité et l'argent qu'ils chevauchent et dont ils s'enorgueillissent, et il a montré qu'il pouvait les en faire descendre et les en dépouiller.
💡 Explication

Le récit passe du père au fils et quitte le thème de la pluie pour celui de la prière exaucée. Rabbi Mani se tourne vers la tombe de Rabbi Yona en reprenant le même appel que les enfants adressaient à Hanan haNehba : Abba, Abba.

Rachi situe précisément l'incident : les gens du nassi passaient au-dessus du caveau, et les pattes des chevaux se sont collées au sol qui le recouvre. L'immobilisation cesse au moment de l'engagement, ce qui en fait un moyen de contrainte plutôt qu'un châtiment.

12
וְתוּ: רַבִּי מָנִי הֲוָה שְׁכִיחַ קַמֵּיהּ דְּרַבִּי יִצְחָק בֶּן אֶלְיָשִׁיב, אֲמַר לֵיהּ: עַתִּירֵי דְּבֵי חָמִי קָא מְצַעֲרוּ לִי. אָמַר: לֶיעֱנוֹ, וְאַיַּעֲנוּ. אָמַר: קָא דָּחֲקוּ לִי. אָמַר: לִיעַתְּרוּ, וְאִיעַתַּרוּ.

Et encore : Rabbi Mani se tenait souvent devant Rabbi Yitzhak ben Elyachiv. Il lui dit : les riches de la maison de mon beau-père me font souffrir.

Il dit : qu'ils s'appauvrissent — et ils s'appauvrirent. Il dit : ils me pressent.

Il dit : qu'ils s'enrichissent — et ils s'enrichirent.

📜 Rachi (3)
עַתִּירֵי דְּבֵי חָמִי עֲשִׁירִים שֶׁל בֵּית חָמִי:
Les riches de la maison de mon beau-père — les gens fortunés de la maison de mon beau-père.
לִיעַנּוֹ יִהְיוּ עֲנִיִּים:
Qu'ils s'appauvrissent — qu'ils deviennent pauvres.
קָא דָּחְקִי לִי לִיתֵּן לָהֶן פַּרְנָסָה:
Ils me pressent — pour que je leur donne de quoi vivre.
💡 Explication

Trois mots suffisent à Rabbi Yitzhak ben Elyachiv, et la chose arrive. Le récit enchaîne deux décrets opposés dans le même paragraphe, ce qui déplace le sujet : la question devient l'usage d'un tel pouvoir plutôt que son existence.

Le retournement est instructif. Appauvris, les mêmes parents deviennent une charge pour Rabbi Mani, qui doit les entretenir ; leur richesse rétablie le soulage. Le problème initial se déplace sans se résoudre, ce qui prépare le refus du segment 13.

13
אָמַר: לָא מִיקַּבְּלִי עֲלַי אִינָשֵׁי בֵּיתִי. אֲמַר לֵיהּ: מַה שְׁמָהּ? חַנָּה. תִּתְיַיפִּי חַנָּה. וּנְתִייַּפַּת. אֲמַר לֵיהּ: קָא מִגַּנְדְּרָא עָלַי. אֲמַר לֵיהּ: אִי הָכִי תַּחְזֹור חַנָּה לְשַׁחְרוּרִיתָהּ, וְחָזְרָה חַנָּה לְשַׁחְרוּרִיתֵהּ.

Il dit : les gens de ma maison ne me conviennent pas. Il lui dit : quel est son nom ? — Hanna.

Que Hanna devienne belle. Et elle devint belle.

Il lui dit : elle se rengorge devant moi. Il lui dit : s'il en est ainsi, que Hanna revienne à son aspect premier.

Et Hanna revint à son aspect premier.

📜 Rachi (2)
לָא מִקַּבְּלִי עֲלַי אִינָשֵׁי בֵּיתִי אֵין אִשְׁתִּי מְקֻובֶּלֶת עָלַי שֶׁאֵינָהּ יָפָה:
Les gens de ma maison ne me conviennent pas — ma femme ne me convient pas, car elle n'est pas belle.
מִגַּנְדְּרָא מִתְגַּדֶּלֶת עָלַי מִתּוֹךְ גַּבְהוּת יָופְיָהּ. מִגַּנְדְּרָא מִלְּשׁוֹן מָקוֹם הִנִּיחוּ לִי אֲבוֹתַי לְהִתְגַּדֵּר בּוֹ (חוֹלִין דַּף ז.):
Mighandera — elle se grandit à mes dépens, du fait de la hauteur que lui donne sa beauté. Mighandera est de la même famille que l'expression « mes pères m'ont laissé une place pour m'y distinguer » (Houlin 7a).
🪔 Ben Yehoyada (2)
אֲמַר לֵיהּ: מַה שְׁמָהּ? 'חַנָּה', 'תִּתְיַפֶּה חַנָּה'. קַשָּׁא לָמָּה בְּעַתִּירֵי דְּבֵי חָמִיו לֹא שָׁאַל שְׁמוֹתָם הֵן בִּקְלָלָה הֵן בִּבְרָכָה, וְעַל אִשְׁתּוֹ שָׁאַל שְׁמָהּ? וְיֵשׁ לוֹמַר בִּפְשִׁיטוּת דְּאוֹתָם הָיוּ אֲנָשִׁים וְאֶפְשָׁר דְּיָדַע לְהוּ מֵעִיקָּרָא וְיָדַע שְׁמוֹתָם אֲבָל אִשְׁתּוֹ לֹא יָדַע שְׁמָהּ וְגַם צוּרָתָהּ לֹא יָדַע וְאֵיךְ יְכַוֵּין עָלֶיהָ אִם לֹא יַזְכִּיר שְׁמָהּ. וְעוֹד נִרְאֶה לִי בס"ד דְּעֹושֶׁר וְעֹונִי הוּא חִיצוֹנִי לַגּוּף וַאֲפִילּוּ אִם לֹא יַזְכִּיר שְׁמָם בְּפֵירוּשׁ יְכַוֵּין עֲלֵיהֶם בִּסְתָם לוֹמַר עַל בֵּית חָמִיו שֶׁל רַבִּי מַנִּי אֲבָל בְּשִׁינּוּי הַגּוּף שֶׁיִּתְייַפֶּה צָרִיךְ לְהַזְכִּיר שֵׁם בַּעַל הַגּוּף כִּי זוֹ שְׁאֵלָה חֲזָקָה יוֹתֵר וְצָרִיךְ לְבָרֵר דְּבָרָיו בִּתְפִילָּתוֹ. אִי נָמֵי קָרוֹב לָזֶה עֲנִיּוּת וַעֲשִׁירוּת אֵינוֹ דָּבָר חָדָשׁ בָּעוֹלָם בְּכָל שָׁעָה אֱלֹקִים שֹׁופֵט זֶה יַשְׁפִּיל וְזֶה יָרִים וְגַלְגַּל הוּא שֶׁחוֹזֵר בָּעוֹלָם, וְלָכֵן גַּם אִם יְכַוֵּין בִּסְתָם עַל בֵּית חָמִיו שֶׁל רַבִּי מַנִּי יָחוּל עֲלֵיהֶם מַה שֶׁאֵין כֵּן שִׁינּוּי הַגּוּף הוּא דָּבָר חָדָשׁ וְאֵינוֹ נִמְצָא כָּזֹאת בָּעוֹלָם וּלְכָךְ צָרִיךְ שֶׁיַּזְכִּיר שֵׁם הַגּוּף בִּתְפִילָּתוֹ כְּדֵי שֶׁתָּחוּל עָלָיו גְּזֵרָתוֹ.
« Il lui dit : quel est son nom ? — Hanna. Que Hanna devienne belle. » Il y a une difficulté : pourquoi, pour les riches de la maison de son beau-père, n'a-t-il pas demandé leurs noms, ni pour la malédiction ni pour la bénédiction, alors que pour sa femme il a demandé son nom ? On peut répondre simplement que ceux-là étaient des hommes et qu'il les connaissait peut-être déjà et connaissait leurs noms, tandis que de sa femme il ne connaissait ni le nom ni l'apparence ; comment aurait-il pu diriger son intention sur elle sans mentionner son nom ? Il me semble encore, avec l'aide du Ciel, que la richesse et la pauvreté sont extérieures au corps : même sans mentionner leurs noms explicitement, il pouvait diriger son intention sur eux de manière générale, en disant « la maison du beau-père de Rabbi Mani ». Mais pour un changement du corps, afin qu'elle devienne belle, il faut mentionner le nom de la personne dont il s'agit, car c'est une demande plus forte et il faut préciser ses paroles dans la prière. Ou encore, dans le même sens : la pauvreté et la richesse ne sont pas une nouveauté dans le monde, puisque à chaque instant Dieu juge, abaisse l'un et élève l'autre, et que la roue tourne dans le monde ; aussi, même s'il dirige son intention de façon générale sur la maison du beau-père de Rabbi Mani, cela prendra effet sur eux. Il en va autrement d'un changement du corps, qui est une nouveauté et ne se rencontre pas ainsi dans le monde ; il faut donc mentionner le nom de ce corps dans sa prière, pour que son décret prenne effet sur lui.
'תַּחֲזֹר חַנָּה לִשְׁחֵרִירוּתָה'! וְחָזְרָה חַנָּה לִשְׁחַרְיָרוּתָהּ. הִקְשָׁה הָרַב פֶּתַח עֵינַיִם זַ"ל אַמַּאי לֹא הִתְפַּלֵּל שֶׁלֹּא תַּקְנִיטֵהוּ מֵחֲמַת יָופְיָהּ וְתִשָּׁאֵר הָאִשָּׁה יָפָה גַּם חֲסִידָה? וְאַף עַל גַּב דְּהָאָדָם בְּחִירִי מִכָּל מָקוֹם הַתְּפִלָּה מוֹעֶלֶת לְהַחֲזִיר הָרָשָׁע בִּתְשׁוּבָה וְשֶׁיָּבוֹאוּ לוֹ הִרְהוּרֵי תְּשׁוּבָה וְכוּ' עַיֵּין שָׁם. וְנִרְאֶה לִי בס"ד דְּאִין הָכִי נָמֵי הָיָה מוֹעִיל כֵּן לְפִי שָׁעָה אַךְ לֹא בִּתְמִידוּת דְּאָמְרוּ רַבּוֹתֵינוּ זַ"ל (קִידּוּשִׁין ל:) יִצְרוֹ שֶׁל אָדָם מִתְחַדֵּשׁ עָלָיו בְּכָל יוֹם, וְכֵיוָן דְּהַיֹּופִי אֲשֶׁר הוּא מְסַבֵּב לָהּ הַגַּאֲוָה בְּדֶרֶךְ טֶבַע הוּא עוֹדֶנּוּ בָּהּ לְכָךְ צָרִיךְ לְהִתְפַּלֵּל עָלֶיהָ בְּכָל יוֹם שֶׁלֹּא יִתְגַּבֵּר יִצְרָהּ עָלֶיהָ לְהִתְגָּאוֹת בְּיָופְיָהּ וּלְכָךְ בָּחַר לַעֲקֹור מִמֶּנָּה הַיֹּופִי וְאָז תִּתְבַּטֵּל הֲסִיבָּה. וְדַע דְּאִיתָא בְּשַׁעַר הַגִּלְגּוּלִים (דַּף מד:) דְּרַבִּי ח נֵינֶא בֶּן דּוֹסָא וְרַבִּי מ אִיָּר וְרַבִּי י שְׁבַב הַסּוֹפֵר וְרַבִּי י צָחַק בֶּן אֶלְיָשִׁיב הֵם שֹׁורֶשׁ אֶחָד יְעֻויַּן שָׁם, וּרְאֵה מַה יָקְרוּ דִּבְרֵי אֱמֶת! דַּאֲנָחְנוּ רוֹאִין שְׁלֹשָׁה צַדִּיקִים שְׁלָשְׁתָּם מְלֻומָּדִים בַּנִּיסִּים וְהָיָה לָהֶם כֹּחַ גָּדוֹל בִּתְפִילָּתָם דַּאֲקַייֵּם בְּהוּ (אִיּוֹב כב, כח) וְתִגְזַר אוֹמֶר וְיָקָם לָךְ וְאֶפְשָׁר דְּגַם רַבִּי יְשֵׁבָב הָיָה כֹּחוֹ כְּמוֹתָם אֶלָּא שֶׁלֹּא נִזְכְּרוּ עָלָיו מַעֲשִׂיּוֹת בְּתַלְמוּדָא. וְנִרְאֶה לִי בס"ד לִרְמֹוז רָאשֵׁי תֵּיבוֹת אַרְבָּעָה צַדִּיקִים הַנִּזְכָּר הוּא 'חַיִּים' וּבִזְכוּתָם נִזְכֶּה לְחַיִּים אֲרֻוכִּים טוֹבִים וּמְתֻוקָּנִים אָמֵן כֵּן יְהִי רָצוֹן.
« Que Hanna revienne à son aspect premier ! Et Hanna revint à son aspect premier. » Le maître du Petah Enayim, de mémoire bénie, a objecté : pourquoi n'a-t-il pas prié pour qu'elle cesse de le contrarier à cause de sa beauté, de sorte que la femme demeure belle et devienne aussi pieuse ? Et bien que l'homme dispose du libre arbitre, la prière est malgré tout efficace pour ramener le méchant à la techouva et faire naître en lui des pensées de retour, etc. ; vois-le. Il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'en effet cela aurait été efficace sur le moment, mais non de façon permanente : nos maîtres ont dit (Kidouchin 30b) que le penchant de l'homme se renouvelle sur lui chaque jour, et puisque la beauté, qui lui cause naturellement l'orgueil, demeurait en elle, il aurait fallu prier pour elle chaque jour afin que son penchant ne prenne pas le dessus et ne la porte pas à s'enorgueillir de sa beauté ; il a donc préféré retirer d'elle la beauté, et alors la cause disparaît. Sache qu'il est écrit dans le Chaar haGuilgoulim (44b) que Rabbi Hanina ben Dossa, Rabbi Meir, Rabbi Yechevav le Scribe et Rabbi Yitzhak ben Elyachiv ont une seule et même racine ; vois-le. Et vois combien les paroles de vérité sont précieuses : nous voyons trois justes, tous trois accoutumés aux miracles, et qui avaient une grande force dans leur prière, en qui s'est accompli (Iyov 22, 28) « tu décréteras une chose et elle tiendra pour toi » ; il est possible que Rabbi Yechevav ait eu lui aussi la même force, sans que des récits à son sujet aient été rapportés dans le Talmud. Et il me semble, avec l'aide du Ciel, de relever que les initiales des noms de ces quatre justes forment le mot 'hayim, la vie ; puisse-t-on, par leur mérite, mériter une vie longue, bonne et accomplie. Amen, qu'il en soit ainsi.
💡 Explication

Le troisième décret porte sur une personne et sur son corps. Le récit conserve le même schéma que le précédent : la demande obtient exactement ce qui était demandé, puis le résultat crée une difficulté nouvelle qu'il faut annuler par un second décret.

Rachi explique mighandera par la supériorité que Hanna tire de sa beauté, et rattache le mot à la racine de lehitgader, se distinguer. La série des trois épisodes montre que chaque intervention dans l'ordre des choses appelle la suivante.

14
הָנְהוּ תְּרֵי תַּלְמִידֵי דַּהֲווֹ קַמֵּיהּ דְּרַבִּי יִצְחָק בֶּן אֶלְיָשִׁיב, אָמְרוּ לֵיהּ: נִיבְעֵי מָר רַחֲמֵי עֲלַן דְּנִיחֲכֵים טוּבָא. אֲמַר לְהוּ: עִמִּי הָיְתָה, וְשִׁלַּחְתִּיהָ.

Ces deux élèves qui se tenaient devant Rabbi Yitzhak ben Elyachiv lui dirent : que le maître demande miséricorde pour nous, afin que nous devenions très savants. Il leur dit : elle était avec moi, et je l'ai renvoyée.

📜 Rachi (1)
עִמִּי הָיְתָה וְשִׁלַּחְתִּיהָ דָּבָר זֶה הָיָה בְּיָדִי שֶׁכָּל מַה שֶׁאֲנִי מְבַקֵּשׁ הָיוּ נוֹתְנִין לִי וְעַכְשָׁיו אֵין תְּפִלָּתִי מְקֻובֶּלֶת כָּל כָּךְ:
Elle était avec moi et je l'ai renvoyée — cette chose était en mon pouvoir : tout ce que je demandais, on me l'accordait ; et maintenant ma prière n'est plus reçue au même degré.
🪔 Ben Yehoyada (1)
עִמִּי הָיְתָה וְשִׁלַּחְתִּיהָ. עַיֵּין מָהַרְשָׁ"א זַ"ל שֶׁפֵּירֵשׁ לֹא רָצָה לְשַׁנּוֹת הַטֶּבַע דִּבְקֶשֶׁת הַחָכְמָה הוּא שִׁינּוּי הַטֶּבַע עַייֵּן שָׁם וְהוּא דֹּוחַק מְאֹד, דְּכַמָּה בַּקָּשׁוֹת יֵשׁ בִּתְפִלָּה עַל הַחָכְמָה וְאַנְשֵׁי כְּנֶסֶת הַגְּדוֹלָה קָבְעוּ בִּתְפִלַּת שְׁמוֹנֶה עֶשְׂרֵה בַּקָּשָׁה עַל הַחָכְמָה בְּרֹאשׁ שְׁאֵלַת צְרָכָיו שֶׁל אָדָם וְכַמָּה פְּסוּקִים יֵשׁ בִּתְהִלִּים עַל בַּקָּשַׁת הַחָכְמָה, וְאֵיךְ חֲשִׁיב לָהּ שִׁינּוּי הַטֶּבַע כְּמוֹ הַךְ שֶׁהוֹצִיא פֵּירוֹת מִן הָאִילָן שֶׁלֹּא בִּזְמַנָּם בְּרֶגַע אֶחָד? וְהִנֵּה לוּלֵי דְּמִסְתְּפֵינָא הָיִיתִי מְפָרֵשׁ שֶׁהָיָה יוֹדֵעַ בְּעַצְמוֹ שֶׁהָיָה לוֹ גִּלְגּוּל בַּחַיִּים וְהוּא מַה שֶׁאָמַר רַבֵּינוּ הָאֲרִ"י זַ"ל בְּשַׁעַר הַגִּלְגּוּלִים דְּאֶפְשָׁר לִהְיוֹת לְאָדָם גִּלְגּוּל בַּחַיִּים דְּהַיְינוּ אִם הָיָה לוֹ נֶפֶשׁ וְזָכָה שֶׁהִשְׁלִים הַתִּיקּוּן שֶׁלָּהּ כָּרָאוּי לֹא יִצְטָרֵךְ לָמוּת אֶלָּא בְּעוֹדֶנּוּ בַּחַיִּים תִּסְתַּלֵּק מִמֶּנּוּ אוֹתָהּ הַנֶּפֶשׁ שֶׁנִּתְקְנָה וְתַעֲלֶה לְמַעְלָה וְהוּא בְּעוֹדֶנּוּ חַי יִכָּנֵס בּוֹ הָרוּחַ וְיִהְיֶה הָרוּחַ רוֹכֵב עַל נֶפֶשׁ הַגֵּר בְּקִרְבּוֹ כִּי אִי אֶפְשָׁר שֶׁאוֹתָהּ הַנֶּפֶשׁ שֶׁנִּתְקְנָה תִּהְיֶה מֶרְכָּבָה לָרוּחַ שֶׁעֲדַיִין לֹא נִתְקַן עַל כֵּן מֻוכְרָח דְּהַנֶּפֶשׁ שֶׁכְּבָר נִתְקְנָה תַּעֲלֶה לְמַעְלָה, וְתֵשֵׁב שָׁם עַד שֶׁיֻּושְׁלַם תִּיקּוּן הָרוּחַ וְכָל זֶה יִהְיֶה בְּעוֹדֶנּוּ אוֹתוֹ אָדָם חַי בָּעוֹלָם הַזֶּה וְעַל דֶּרֶךְ זֶה יִהְיֶה אַחַר כָּךְ תִּיקּוּן הָרוּחַ וְיַעֲלֶה גַּם כֵּן לְמַעְלָה וְיִתְחַבֵּר עִם אוֹתָהּ הַנֶּפֶשׁ וְתִכָּנֵס בְּאוֹתוֹ אָדָם הַנְּשָׁמָה עַל דֶּרֶךְ הָאָמוּר וְזֶה נִקְרָא גִּלְגּוּל בַּחַיִּים וְכַנִּזְכָּר שָׁם עַיֵּין שָׁם. לָכֵן לִבִּי אוֹמֵר לִי דְּאֶפְשָׁר רַבִּי יִצְחָק כְּשֶׁהָיְתָה בּוֹ הַנֶּפֶשׁ הָיָה יָכוֹל לְהִתְפַּלֵּל עַל כָּל דָּבָר שֶׁיִּרְצֶה וְנַעֲנָה תֵּיכֶף דְּזֶה הַכֹּחַ הָיָה לוֹ מִכֹּחַ הַנֶּפֶשׁ שֶׁבְּקִרְבּוֹ שֶׁהָיְתָה גְּדוֹלָה וּגְבוֹהָה מְאֹד וּמִצַּד בְּחִינָתָהּ וְשָׁרְשָׁהּ הָיָה רָאוּי לְכָךְ לִהְיוֹת שַׁעֲרֵי תְּפִלָּה פְּתוּחִים לְפָנָיו וּבִפְרָט כִּי הַנֶּפֶשׁ הוּא סוֹד תְּפִלָּה כִּי דָּבָר זֶה יִתְחַיֵּיב לִהְיוֹת כְּפִי הַשָּׁרָשִׁים, אַךְ אַחַר שֶׁזָּכָה לְהַשְׁלִים תִּיקּוּן הַנֶּפֶשׁ לְגַמְרֵי זָכָה שֶׁיִּהְיֶה לוֹ גִּלְגּוּל בַּחַיִּים שֶׁתִּסְתַּלֵּק הַנֶּפֶשׁ וְתַעֲלֶה לְמַעְלָה וְיִכָּנֵס בִּמְקוֹמָהּ הָרוּחַ וְהֵם בִּקְּשׁוּ מִמֶּנּוּ לְהִתְפַּלֵּל בִּזְמַן שֶׁכְּבָר עָלְתָה הַנֶּפֶשׁ וְנִכְנַס בּוֹ הָרוּחַ וּמִצַּד שֹׁורֶשׁ הָרוּחַ וּבְחִינָתוֹ לֹא הָיָה לוֹ כֹּחַ זֶה. וְלָכֵן אָמַר לָהֶם עִמִּי הָיְתָה וְשִׁלַּחְתִּיהָ רֶמֶז עַל הַנֶּפֶשׁ אֲשֶׁר מִכֹּחָהּ הָיָה לוֹ יְכֹולֶת זוֹ וּכְבָר שְׁלַחְתִּיהָ בְּעוֹדִי חַי וְאֵינָהּ עַתָּה בְּקִרְבִּי כְּדֵי שֶׁיִּהְיֶה לִי יְכֹולֶת זוֹ. כֵּן יֵשׁ לְפָרֵשׁ בְּדֶרֶךְ אֶפְשָׁר כִּי לֹא אוּכַל לְהַחֲלִיט דָּבָר זֶה וּבָרוּךְ הַיּוֹדֵעַ.
« Elle était avec moi et je l'ai renvoyée. » Vois le Maharcha, de mémoire bénie, qui explique qu'il n'a pas voulu changer la nature, la demande de sagesse étant un changement de la nature ; vois-le. Cela est très forcé : combien de demandes de sagesse figurent dans la prière, les hommes de la Grande Assemblée ayant fixé dans la tefila des dix-huit bénédictions une demande sur la sagesse en tête des demandes portant sur les besoins de l'homme, et combien de versets des Tehilim portent sur la demande de sagesse. Comment tenir cela pour un changement de la nature au même titre que le fait d'avoir fait sortir des fruits d'un arbre hors de leur saison, en un instant ? Aussi, n'était la crainte, j'expliquerais qu'il savait de lui-même qu'il avait connu un guilgoul de son vivant. C'est ce qu'a dit notre maître le Ari, de mémoire bénie, dans le Chaar haGuilgoulim : il est possible qu'un homme ait un guilgoul de son vivant, c'est-à-dire que, s'il avait une nefech et qu'il ait mérité d'en achever le tikoun comme il convient, il n'aura pas besoin de mourir ; de son vivant même, cette nefech réparée se retirera de lui et montera en haut, et de son vivant entrera en lui le roua'h, lequel chevauchera la nefech du guer qui est en lui, car il est impossible que cette nefech déjà réparée serve de char à un roua'h qui n'est pas encore réparé ; il faut donc nécessairement que la nefech déjà réparée monte en haut et y demeure jusqu'à ce que le tikoun du roua'h soit achevé — tout cela alors que cet homme est encore vivant dans ce monde. De la même manière s'accomplira ensuite le tikoun du roua'h, qui montera lui aussi en haut et s'unira à cette nefech, et entrera dans cet homme la nechama, selon ce qui a été dit ; c'est ce qu'on appelle un guilgoul du vivant, comme il est rapporté là ; vois-le. Aussi mon cœur me dit qu'il est possible que Rabbi Yitzhak, tant que la nefech était en lui, pouvait prier sur toute chose qu'il voulait et être exaucé aussitôt, cette force lui venant de la nefech qui était en lui, laquelle était très grande et très élevée ; par son niveau et par sa racine, il lui revenait que les portes de la prière soient ouvertes devant lui, d'autant que la nefech est le sod de la tefila, car cela découle nécessairement des racines. Mais après qu'il eut mérité d'achever entièrement le tikoun de la nefech, il mérita d'avoir un guilgoul de son vivant : la nefech se retira et monta en haut, et le roua'h entra à sa place. Or ils lui ont demandé de prier au moment où la nefech était déjà montée et où le roua'h était entré en lui ; et du côté de la racine du roua'h et de son niveau, il n'avait pas cette force. C'est pourquoi il leur a dit : elle était avec moi et je l'ai renvoyée — allusion à la nefech, par la force de laquelle il avait ce pouvoir, et qu'il a déjà renvoyée de son vivant, de sorte qu'elle n'est plus en lui pour qu'il ait ce pouvoir. On peut l'expliquer ainsi à titre de possibilité, car je ne puis trancher cette chose ; béni soit Celui qui sait.
💡 Explication

La série des décrets s'arrête ici. Deux élèves demandent pour eux-mêmes ce que Rabbi Mani obtenait pour ses affaires, et reçoivent un refus formulé comme un constat : le pouvoir a été écarté volontairement.

Rachi lit la réponse au sens propre — tout ce qu'il demandait lui était accordé, et sa prière n'a plus la même portée. Le Ben Yehoyada, après avoir écarté l'explication du Maharcha, propose de rapporter le mot elle à la nefech, dans le cadre du guilgoul du vivant exposé par le Ari.

15
רַבִּי יוֹסֵי בַּר אָבִין הֲוָה שְׁכִיחַ קַמֵּיהּ דְּרַבִּי יוֹסֵי דְּמִן יוֹקֶרֶת. שַׁבְקֵיהּ, וַאֲתָא לְקַמֵּיהּ דְּרַב אָשֵׁי.

Rabbi Yossi bar Avin se tenait souvent devant Rabbi Yossi de Yokrat. Il le quitta et vint devant Rav Achi.

📜 Rachi (1)
דְּמִן דְּיֻוקַּרְתְּ מָקוֹם:
De Yokrat — un nom de lieu.
💡 Explication

Le folio s'achève sur l'ouverture d'un nouveau récit, dont la suite est donnée plus loin. Un disciple quitte son maître pour un autre, ce qui appelle une explication et fournira le motif du passage suivant.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).