Sougya : Le folio achève le récit d'Abba Hilkiya ouvert en 23a. Deux maîtres envoyés pour lui demander de prier pour la pluie l'accompagnent depuis le champ jusqu'à sa maison et relèvent une dizaine de conduites incompréhensibles ; il monte sur le toit avec sa femme, les nuées se lèvent du côté de l'épouse, puis il répond une à une à chaque question.
Chaque réponse découvre une raison ordinaire — un engagement de salarié, un talit emprunté, une mise à l'abri du regard, le refus d'une gratitude non méritée. Vient ensuite Hanan haNehba, petit-fils de Honi par sa fille, qui se cache pour ne pas être honoré et fait prier les enfants à sa place.
Rabbi Zerika oppose alors les puissants d'Erets Israël, qui prient seuls et masquent leur intervention jusqu'aux gens de leur maison, aux hassidim de Bavel, Rav Houna et Rav Hisda, qui se rassemblent et rendent la chose publique. Le folio se poursuit par Rabbi Yona et son fils Rabbi Mani, puis par les décrets exaucés de Rabbi Yitzhak ben Elyachiv, et s'ouvre sur le récit de Rabbi Yossi de Yokrat.
... et il ne leur rendit pas son visage. Vers le soir, alors qu'il ramassait du bois, il portait le bois et la houe sur une épaule et son manteau sur l'autre épaule.
Tout le long du chemin il ne chaussa pas ses sandales ; arrivé à l'eau, il chaussa ses sandales. Arrivé aux ronces et aux épines, il releva ses vêtements.
Arrivé à la ville, sa femme sortit à sa rencontre, parée. Arrivé à sa maison, sa femme entra la première, puis il entra lui-même, et les maîtres entrèrent ensuite.
Il s'assit et rompit le pain, et il ne dit pas aux maîtres : venez, rompez avec moi. Il partagea le pain entre ses enfants : à l'aîné — un morceau, au cadet — deux.
Les deux maîtres envoyés vers Abba Hilkiya l'ont accompagné depuis le champ. Le narrateur énumère ici, sans les commenter, une série de conduites qui heurtent les usages de la derekh erets : le salut non rendu, l'ordre des entrées, le repas pris sans invitation. Cette accumulation prépare l'interrogatoire des segments suivants.
Deux détails préparent déjà les réponses : la houe et le bois voyagent sur l'épaule nue tandis que le manteau reste indemne sur l'autre, et le partage du pain favorise le cadet. Rien n'est encore expliqué ; l'étudiant est placé dans la position des deux maîtres, qui voient tout et ne comprennent rien.
Il dit à sa femme : je sais que les maîtres sont venus au sujet de la pluie. Montons sur la terrasse et demandons miséricorde ; peut-être le Saint béni soit-Il sera-t-Il apaisé, la pluie viendra, et nous ne nous attribuerons pas le mérite.
Ils montèrent sur la terrasse : lui se tint dans un coin, elle dans un autre coin. Les nuées se levèrent d'abord du coin où se tenait sa femme.
Quand il descendit, il leur dit : pourquoi les maîtres sont-ils venus ? Ils lui dirent : les maîtres nous ont envoyés auprès du maître pour qu'il demande miséricorde au sujet de la pluie.
Il leur dit : béni soit le Lieu, qui ne vous a pas rendus dépendants d'Abba Hilkiya.
Toute la scène est construite pour éviter la reconnaissance publique. Abba Hilkiya devine le motif de la visite, monte prier avant qu'on lui demande quoi que ce soit, puis feint d'ignorer la raison de leur venue. La formule ne pas s'attribuer le mérite donne la clé : obtenir la pluie sans que personne ne la relie à sa prière.
Le détail des deux coins séparés de la terrasse est relevé par Rachi et deviendra la dernière question des maîtres, au segment 6. La formule finale, béni soit le Lieu qui ne vous a pas rendus dépendants d'Abba Hilkiya, présente la pluie comme déjà en route et sans rapport avec lui.
Ils lui dirent : nous savons que la pluie est venue à cause du maître. Mais que le maître nous explique ces choses qui nous étonnent.
Pour quelle raison, lorsque nous avons salué le maître, le maître ne nous a-t-il pas rendu son visage ? Il leur dit : j'étais loué à la journée, et je me suis dit : je ne vais pas chômer.
Et pour quelle raison le maître portait-il le bois sur une épaule et le manteau sur l'autre épaule ? Il leur dit : c'était un talit emprunté.
Je l'ai emprunté pour ceci, et je ne l'ai pas emprunté pour cela.
L'interrogatoire commence. Les maîtres reconnaissent d'abord ce qu'il vient de nier, puis posent leurs questions dans l'ordre chronologique de ce qu'ils ont observé.
Les deux premières réponses relèvent du droit des biens d'autrui. Le salarié à la journée doit son temps à celui qui l'emploie et n'en dispose pas pour une civilité ; le talit emprunté a été confié pour un usage précis, et l'emprunteur qui en fait un autre usage sort des termes du prêt. Abba Hilkiya préfère porter le bois à même l'épaule plutôt que d'exposer le vêtement d'autrui.
Pour quelle raison, tout le long du chemin, le maître n'a-t-il pas chaussé ses sandales, et arrivé à l'eau il les a chaussées ? Il leur dit : tout le long du chemin je vois, dans l'eau je ne vois pas.
Pour quelle raison, arrivé aux ronces et aux épines, le maître a-t-il relevé ses vêtements ? Il leur dit : celle-ci se cicatrise, et celui-là ne se cicatrise pas.
Ces deux réponses reposent sur le même calcul : entre le corps et le bien matériel, on ménage ce qui ne se répare pas tout seul. La chair griffée par les épines guérit ; le vêtement déchiré reste déchiré.
La sandale suit la même logique inversée. Sur un chemin visible, Abba Hilkiya épargne sa chaussure et accepte le risque pour son pied, qu'il peut évaluer du regard ; dans l'eau, où il ne voit plus, Rachi précise le danger craint — un poisson ou un serpent — et la chaussure reprend son rôle.
Pour quelle raison, quand le maître est arrivé à la ville, la femme du maître est-elle sortie à sa rencontre parée ? Il leur dit : afin que je ne pose pas les yeux sur une autre femme.
Pour quelle raison est-elle entrée la première, puis le maître est-il entre après elle, et nous seulement ensuite ? Il leur dit : parce que vous n'avez pas été éprouvés par moi.
La parure de l'épouse reçoit ici une fonction précise : elle occupe le regard du mari pendant la traversée de la ville. La réponse porte sur ce qu'il faut faire pour se garder, non sur un agrément.
L'ordre des entrées relève du même souci, applique cette fois aux hôtes. La règle que Rachi rappelle depuis Derekh Erets Rabba — que tout homme soit à tes yeux comme un brigand — commande de ne pas laisser des inconnus seuls avec son épouse, quels que soient leur rang et leur mission.
Pour quelle raison, quand le maître a rompu le pain, ne nous a-t-il pas dit : venez, rompez ? Parce qu'il n'y avait pas assez de pain, et je me suis dit : je ne vais pas me faire créancier d'une reconnaissance gratuite auprès des maîtres.
Pour quelle raison le maître a-t-il donne à l'enfant aîné un morceau de pain et au cadet deux ? Il leur dit : celui-ci se tient à la maison, et celui-là est assis à la maison d'étude.
L'invitation qu'on sait ne pas pouvoir honorer produirait un crédit imerite : les hôtes remercieraient d'un repas qui n'existe pas. Abba Hilkiya préfère manquer aux usages plutôt que d'encaisser cette tovat hanaa, cette reconnaissance sans contrepartie.
Le partage inégal du pain suit une mesure de besoin réel. Rachi précise que le cadet reste toute la journée devant son maître et ne peut rien prendre entre-temps, tandis que l'aîné, présent à la maison, mange quand il a faim.
Et pour quelle raison les nuées se sont-elles levées d'abord du coin où se tenait la femme du maître, avant la nuée du maître lui-même ? Parce que la femme se trouve à la maison, elle donne du pain aux pauvres, et son bienfait est immédiat ; tandis que moi je donne une pièce, et mon bienfait n'est pas immédiat.
Ou encore : il y avait dans notre voisinage des voyous ; moi je demandais miséricorde pour qu'ils meurent, et elle demandait miséricorde pour qu'ils reviennent en techouva — et ils sont revenus.
La dernière question porte sur la seule chose que les maîtres ont vue du Ciel. La première réponse compare deux formes de tsedaka : le pain que la femme donne se consomme aussitôt, tandis que la pièce oblige le pauvre à une démarche avant d'être nourri. Le mérite est proportionné à l'immédiateté du secours.
La seconde réponse, introduite par ou encore, porte sur le contenu de leurs prières respectives au sujet des voyous du quartier. La prière de l'épouse a obtenu un résultat que celle du mari n'aurait pas produit : les voyous ont fait techouva.
Hanan haNehba était le fils de la fille de Honi haMé'aguel. Quand le monde avait besoin de pluie, les maîtres lui envoyaient les enfants de la maison d'étude ; ils le saisissaient par le pan de son manteau et lui disaient : Abba, Abba, donne-nous de la pluie !
Il disait devant le Saint béni soit-Il : Maître du monde, agis pour ceux-là, qui ne savent pas distinguer entre le Père qui donne la pluie et le père qui ne donne pas la pluie. Et pourquoi l'appelait-on Hanan haNehba, le caché ?
Parce qu'il se cachait lui-même dans les lieux d'aisance.
Le daf passe à un second descendant de Honi. Le dispositif d'effacement est ici différent : Hanan haNehba fait porter la demande par des enfants, et se présente devant le Ciel comme celui qu'il ne faut surtout pas créditer — les enfants confondent le Abba d'en haut et l'homme qu'ils tirent par la manche.
Rachi discute la leçon du texte sur le surnom haNehba. Selon la version qu'il retient, Hanan se cachait au moment de prier, par humilité ; selon la leçon qui mentionne les lieux d'aisance, le surnom porte sur sa pudeur. Le Ben Yehoyada propose de lire les mêmes initiales comme bet haknesset, la synagogue.
Rabbi Zerika dit à Rav Safra : viens voir la différence entre les puissants de la terre d'Israël et les hommes pieux de Bavel. Les hommes pieux de Bavel, ce sont Rav Houna et Rav Hisda : quand le monde avait besoin de pluie, ils disaient : rassemblons-nous les uns avec les autres et demandons miséricorde ; peut-être le Saint béni soit-Il sera-t-Il apaisé et fera venir la pluie.
Rabbi Zerika introduit une comparaison qui donne son cadre à tout ce qui précède. Les deux termes sont choisis : tekifei, les puissants, pour Erets Israël, et hassidei, les hommes pieux, pour Bavel.
Rachi dégage les deux points de l'écart. D'abord la publicité : ceux de Bavel font savoir, ceux d'Erets Israël dissimulent. Ensuite la force propre : le rassemblement de Rav Houna et Rav Hisda montre que chacun estime son mérite insuffisant à lui seul.
Les puissants de la terre d'Israël, tel Rabbi Yona, le père de Rabbi Mani : quand le monde avait besoin de pluie, il entrait dans sa maison et leur disait : donnez-moi ma besace, et j'irai m'acheter pour un zouz de grain. Quand il sortait dehors, il allait se tenir dans un endroit profond, ainsi qu'il est écrit : « des profondeurs je T'ai appelé, Hachem » (Tehilim 130, 1) ; il se tenait dans un endroit retiré, se couvrait d'un sac, demandait miséricorde, et la pluie venait.
Quand il revenait à la maison, on lui disait : le maître a-t-il rapporté du grain ? Il leur disait : je me suis dit, puisque la pluie est venue, le monde va maintenant respirer.
Rabbi Yona illustre le camp des puissants. Toute la mise en scène sert à rendre sa prière invisible, y compris à l'intérieur de sa propre maison : la besace et l'achat de grain fournissent un motif de sortie, et le retour sans grain reçoit une explication de marché.
Le lieu de prière est choisi sur un verset : des profondeurs je T'ai appelé. S'y ajoutent l'endroit retiré et le sac dont il se couvre, marque de jeûne et d'affliction. La dernière réplique achève l'effacement : la pluie sert d'argument commercial plutôt que de résultat de sa démarche.
Et encore : Rabbi Mani, son fils, était persécuté par les gens de la maison du nassi. Il se prosterna sur la tombe de son père et lui dit : Abba, Abba, ceux-là me font souffrir.
Un jour, ils passaient par là ; les pattes de leurs chevaux restèrent prises, jusqu'à ce qu'ils s'engagent à ne plus le faire souffrir.
Le récit passe du père au fils et quitte le thème de la pluie pour celui de la prière exaucée. Rabbi Mani se tourne vers la tombe de Rabbi Yona en reprenant le même appel que les enfants adressaient à Hanan haNehba : Abba, Abba.
Rachi situe précisément l'incident : les gens du nassi passaient au-dessus du caveau, et les pattes des chevaux se sont collées au sol qui le recouvre. L'immobilisation cesse au moment de l'engagement, ce qui en fait un moyen de contrainte plutôt qu'un châtiment.
Et encore : Rabbi Mani se tenait souvent devant Rabbi Yitzhak ben Elyachiv. Il lui dit : les riches de la maison de mon beau-père me font souffrir.
Il dit : qu'ils s'appauvrissent — et ils s'appauvrirent. Il dit : ils me pressent.
Il dit : qu'ils s'enrichissent — et ils s'enrichirent.
Trois mots suffisent à Rabbi Yitzhak ben Elyachiv, et la chose arrive. Le récit enchaîne deux décrets opposés dans le même paragraphe, ce qui déplace le sujet : la question devient l'usage d'un tel pouvoir plutôt que son existence.
Le retournement est instructif. Appauvris, les mêmes parents deviennent une charge pour Rabbi Mani, qui doit les entretenir ; leur richesse rétablie le soulage. Le problème initial se déplace sans se résoudre, ce qui prépare le refus du segment 13.
Il dit : les gens de ma maison ne me conviennent pas. Il lui dit : quel est son nom ? — Hanna.
Que Hanna devienne belle. Et elle devint belle.
Il lui dit : elle se rengorge devant moi. Il lui dit : s'il en est ainsi, que Hanna revienne à son aspect premier.
Et Hanna revint à son aspect premier.
Le troisième décret porte sur une personne et sur son corps. Le récit conserve le même schéma que le précédent : la demande obtient exactement ce qui était demandé, puis le résultat crée une difficulté nouvelle qu'il faut annuler par un second décret.
Rachi explique mighandera par la supériorité que Hanna tire de sa beauté, et rattache le mot à la racine de lehitgader, se distinguer. La série des trois épisodes montre que chaque intervention dans l'ordre des choses appelle la suivante.
Ces deux élèves qui se tenaient devant Rabbi Yitzhak ben Elyachiv lui dirent : que le maître demande miséricorde pour nous, afin que nous devenions très savants. Il leur dit : elle était avec moi, et je l'ai renvoyée.
La série des décrets s'arrête ici. Deux élèves demandent pour eux-mêmes ce que Rabbi Mani obtenait pour ses affaires, et reçoivent un refus formulé comme un constat : le pouvoir a été écarté volontairement.
Rachi lit la réponse au sens propre — tout ce qu'il demandait lui était accordé, et sa prière n'a plus la même portée. Le Ben Yehoyada, après avoir écarté l'explication du Maharcha, propose de rapporter le mot elle à la nefech, dans le cadre du guilgoul du vivant exposé par le Ari.
Rabbi Yossi bar Avin se tenait souvent devant Rabbi Yossi de Yokrat. Il le quitta et vint devant Rav Achi.
Le folio s'achève sur l'ouverture d'un nouveau récit, dont la suite est donnée plus loin. Un disciple quitte son maître pour un autre, ce qui appelle une explication et fournira le motif du passage suivant.
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).