Taanit 24a — Le mérite qui fait descendre la pluie : la rigueur de Rabbi Yossi de Yokrat, la tsedaka d'Elazar ich Birta, et les jeûnes des maîtres

Taanit 24a

Sougya : Le folio commence par la fin d'un échange entre Rav Achi et Rabbi Yossi bar Avin sur le poisson tiré de la mer le Chabbat, échange qui sert de charnière : la question « pourquoi as-tu quitté Rabbi Yossi de Yokrat ? » ouvre une série de récits sur cet homme, qui n'a eu pitié ni de son fils ni de sa fille. Son fils ordonne à un figuier de donner ses fruits hors saison et meurt hors de son temps ; sa fille, trop belle, est renvoyée à sa poussière ; son ânesse refuse un salaire inexact.

Vient ensuite Elazar ich Birta, qui donne aux collecteurs de la tsedaka jusqu'au trousseau de sa fille et refuse de tirer profit du miracle qui remplit son grenier. La seconde moitié du folio revient au sujet du traité : une série de jeûnes décrétés pour la pluie et restés sans réponse — Rabbi Yehouda Nessia, la maison du Nassi, Rabbi, Rav, Rav Na'hman, Rabba.

Deux fois la pluie tombe quand le maître s'humilie ; deux fois elle tombe par le mérite d'un homme sans titre, celui qui porte le vin du kidouch au bourg démuni et le maître d'école qui enseigne aux fils des pauvres comme aux fils des riches. En passant, la Guemara pose une règle de halakha : le particulier est entraîné par le jeûne de la communauté sans avoir eu à l'accepter la veille.

Plan du folio : trois blocs 1. Rabbi Yossi de Yokrat segments 0 à 5 Charnière : Rav Achi et Rabbi Yossi bar Avin, le poisson du Chabbat. Pourquoi as-tu quitté ce maître ? Il n'a eu pitié ni de son fils ni de sa fille. Le fils et le figuier. La fille et sa beauté. L'ânesse et le salaire exact. Fil commun : une exactitude qui ne cède sur rien, pas même sur les siens. 2. Elazar ich Birta segments 6 à 8 Les collecteurs de la tsedaka se cachent de lui. Il donne le trousseau de sa fille pour marier un orphelin et une orpheline. Un zouz de blé jeté au grenier ; le grenier déborde. Il déclare le blé consacré. Fil commun : on ne tire pas profit d'un miracle. 3. Les jeûnes pour la pluie segments 9 à 17 Rabbi Yehouda Nessia s'humilie, la pluie vient. Halakha : le particulier est entraîné par la communauté. Ochaya : les dirigeants sont les yeux de l'assemblée. Deux hommes sans titre sont exaucés avant les maîtres. Rav Na'hman s'humilie à son tour. Rabba compare sa génération à celle de Rav Yehouda : suite en 24b.
Le folio passe de deux portraits d'hommes exacts jusqu'à la dureté à une série de jeûnes où la pluie ne vient qu'au prix d'un abaissement ou par un mérite modeste.
Les sept jeûnes du folio : ce qui bloque, ce qui débloque Qui décrète Ce qui se passe Ce qui fait venir la pluie Rabbi Yehouda Nessia (seg. 9) Il prie, rien ne vient. Il se compare à Chemouel de Rama et se maudit. Son esprit s'affaisse. La pluie vient à l'instant même de l'abaissement. Maison du Nassi (seg. 10) Rabbi Yo'hanan et Rech Lakich ne sont prévenus qu'au matin. Point de halakha : nous sommes entraînés à la suite de la communauté. Maison du Nassi (seg. 11 à 13) Rien ne vient. Ochaya enseigne le verset des yeux de l'assemblée et l'on le punit. Aucune pluie. Le récit sert de diagnostic : le défaut est chez les dirigeants. Rabbi (seg. 14) Ilfa descend prier Le jeûne de Rabbi reste sans réponse ; Ilfa dit deux mots et le ciel répond. Il porte le vin du kidouch et de la havdala à un bourg qui n'en a pas. Rav (seg. 15) un chalia'h tsibour Même scénario : le maître échoue, l'officiant anonyme est exaucé. Maître d'école : fils de pauvres et fils de riches à égalité, sans frapper. Rav Na'hman (seg. 16) Prenez Na'hman et jetez-le du mur à terre. Son esprit s'affaisse. La pluie vient, comme au segment 9. Rabba (seg. 17) On lui oppose Rav Yehouda. La réponse s'interrompt : suite en 24b.
Deux voies sont ouvertes dans ce folio pour que la pluie descende : l'abaissement du maître qui a décrété le jeûne, ou le mérite d'un homme sans titre qui prie à sa place.
Rabbi Yossi de Yokrat : quatre scènes, une même exigence Le fils (segments 2 et 3) Les ouvriers ont faim. Le fils ordonne au figuier de donner ses fruits hors saison. Verdict du père : tu as imposé une peine à ton Créateur, tu seras recueilli hors du temps. La fille (segment 4) Un homme perce la haie pour la regarder. Verdict du père : tu causes de la peine aux créatures, retourne à ta poussière. Ben Yehoyada : il refuse de défaire sa beauté, L'ânesse (segment 5) Elle rentre seule avec son salaire sur le dos. Un zouz de trop ou de moins : elle n'avance pas. Une paire de sandales oubliée l'arrête aussi. Le cadre (segments 0 et 1) Rabbi Yossi bar Avin quitte sa maison d'étude : un homme sans pitié pour ses enfants n'en aura pas pour son élève. La mesure est la même dans les quatre scènes : rien au-delà du dû, rien en deçà du dû. Le récit sert de contrepoint à la suite du folio.
Les quatre scènes sont rangées par la Guemara pour expliquer une seule phrase : un homme qui n'a eu pitié ni de son fils ni de sa fille.
1
יוֹמָא חַד שַׁמְעֵיהּ דְּקָא גָרֵיס, אָמַר שְׁמוּאֵל: הַשּׁוֹלֶה דָּג מִן הַיָּם בְּשַׁבָּת, כֵּיוָן שֶׁיָּבַשׁ בּוֹ כַּסֶּלַע — חַייָּב. אֲמַר לֵיהּ: וְלֵימָא מָר וּבֵין סְנַפִּירָיו! אֲמַר לֵיהּ: וְלֹא סָבַר לַהּ מָר דְּהָהִיא רַבִּי יוֹסֵי בֶּן רַבִּי אָבִין אַמְרַהּ? אֲמַר לֵיהּ: אֲנָא נִיהוּ.

Un jour, il l'entendit étudier à voix haute : Chemouel a dit — celui qui retire un poisson de la mer le Chabbat, dès lors qu'une surface grande comme un sela s'est desséchée sur lui, est passible. Il lui dit : que le maître dise donc aussi « et entre ses nageoires » !

Il lui répondit : le maître ne tient-il pas que cette précision-là, c'est Rabbi Yossi fils de Rabbi Avin qui l'a dite ? Il lui dit : c'est moi.

📜 Rachi (3)
יוֹמָא חַד שְׁמַעְיָה רַב אַשִּׁי לְרַבִּי יוֹסֵי בַּר אָבִין ל"א יוֹמָא חַד שְׁמַעְיָה רַבִּי יוֹסֵי בַּר אָבִין לְרַב אַשִּׁי דְּקָא גָּרֵיס אָמַר שְׁמוּאֵל הַשּׁוֹלֶה דָּג מִן הַיָּם בְּשַׁבָּת כֵּיוָן דְּיָבֵשׁ בּוֹ כְּסֶלַע אע"פ שֶׁהוּא מְפַרְכֵּס לְאַחַר כֵּן וּבְעוֹד שֶׁהוּא מְפַרְכֵּס הִשְׁלִיכוֹ בַּמַּיִם חַיָּיב מִשּׁוּם נְטִילַת נְשָׁמָה שֶׁהִיא אַב מְלָאכָה דִּתְנַן (שַׁבָּת דַּף עג.) הַשּׁוֹחֲטוֹ כּוּ' אֲמַר לֵיהּ רַבִּי יוֹסֵי וּבֵין סְנַפִּירָיו דְּוַדַּאי לֹא חַי וּכְשֶׁאֵין מְחֻוסַּר צֵידָה עָסְקִינַן כְּגוֹן שֶׁצָּדוֹ בְּתוֹךְ הַסַּל וְהִנִּיחוֹ בַּמַּיִם לִחְיוֹת כְּדֶרֶךְ שֶׁעוֹשִׂין הַדַּיָּיגִין:
Un jour, il l'entendit — c'est Rav Achi qui entendit Rabbi Yossi bar Avin. Autre version : un jour, Rabbi Yossi bar Avin entendit Rav Achi étudier à voix haute. Chemouel a dit : celui qui retire un poisson de la mer le Chabbat, dès lors qu'une surface grande comme un sela s'est desséchée sur lui — même s'il palpite encore après cela, et même si, pendant qu'il palpitait encore, on l'a rejeté dans l'eau — est passible au titre de netilat nechama (l'enlèvement de l'âme), qui est un av melakha (travail principal du Chabbat), car nous avons appris dans la michna (Chabbat 73a) : « celui qui l'abat, etc. ». Rabbi Yossi lui dit : et entre ses nageoires, car là il est certain qu'il ne vivra plus. Et nous traitons d'un cas où la capture n'est plus à faire, par exemple lorsqu'on l'avait déjà pris dans un panier et remis dans l'eau pour qu'il reste en vie, à la manière des pêcheurs.
א"ל רַב אַשִּׁי וְלֹא סָבַר לָהּ מַר דְּהַאי וּבֵין סְנַפִּירָיו רַבִּי יוֹסֵי בַּר אָבִין אֲמָרָהּ כְּלוֹמַר מ"ט לָא אֲמַרְתְּ לֵיהּ מִשְּׁמֵיהּ שֶׁכָּל הָאוֹמֵר דָּבָר בְּשֵׁם אוֹמְרוֹ מֵבִיא גְּאֻולָּה לָעוֹלָם:
Il lui dit — c'est Rav Achi : le maître ne tient-il pas que cette précision « et entre ses nageoires », c'est Rabbi Yossi bar Avin qui l'a dite ? C'est-à-dire : pour quelle raison ne la lui as-tu pas dite en son nom ? Car quiconque rapporte une parole au nom de celui qui l'a dite amène la délivrance au monde.
סְנַפִּירָיו שֶׁפּוֹרֵחַ בָּהֶן:
Ses nageoires — celles avec lesquelles il file dans l'eau.
🗂️ Tossefot (1)
הַשּׁוֹלֶה דָּג מִן הַיָּם. שׁוֹלֶה כְּמוֹ מַגְבִּיהַּ כֵּיוָן שֶׁיָּבַשׁ בּוֹ כַּסֶּלַע שֶׁעֲדַיִין הוּא מְפַרְכֵּס וּבְשָׁעָה שֶׁמְּפַרְכֵּס חָזַר וְהִשְׁלִיכוֹ לַיָּם חַייָּב מִשּׁוּם נְטִילַת נְשָׁמָה שֶׁהִיא אַב מְלָאכָה דִּתְנַן (שַׁבָּת דַּף עג.) הַשּׁוֹחֲטוֹ וְהַמַּפְשִׁיטוֹ גַּבֵּי אֲבוֹת מְלָאכוֹת:
Celui qui retire un poisson de la mer — chole à le sens de « soulever ». Dès lors qu'une surface grande comme un sela s'est desséchée sur lui alors qu'il palpite encore, et qu'au moment où il palpite on l'a rejeté à la mer, il est passible au titre de netilat nechama, qui est un av melakha, car nous avons appris dans la michna (Chabbat 73a) : « celui qui l'abat et celui qui l'écorche », parmi les travaux principaux.
💡 Explication

La sougya vient de Chabbat : sortir un poisson de l'eau et l'y laisser mourir relève de netilat nechama, l'enlèvement de la vie, qui est un av melakha. Le signe de la mort irréversible est une plaque de peau desséchée large comme un sela (une pièce). Rabbi Yossi bar Avin ajoute une précision : cette surface doit se trouver entre les nageoires, l'endroit où le dessèchement signe à coup sur que la bête ne survivra plus.

Le point du récit tient dans la dernière réplique. Celui qui écoute reproche à l'autre de ne pas avoir cité l'auteur de la précision, et s'entend répondre : anna nihou, c'est moi. Rachi rattache le reproche à la règle selon laquelle rapporter une parole au nom de son auteur amène la délivrance au monde.

🖼️ Schéma
Où la peau doit-elle sécher pour que l'on soit passible nageoire dorsale nageoire ventrale Zone critique entre les nageoires surface d'un sela Chemouel : une plaque sèche comme un sela suffit. Rabbi Yossi bar Avin : à condition qu'elle soit entre les nageoires.
La précision ajoutée porte sur l'emplacement de la plaque desséchée, pas sur sa taille.
2
אֲמַר לֵיהּ: וְלָאו קַמֵּיהּ דְּרַבִּי יוֹסֵי דְּמִן יוֹקֶרֶת הֲוָה שְׁכִיחַ מָר? אֲמַר לֵיהּ: הִין. אֲמַר לֵיהּ: וּמַאי טַעְמָא שַׁבְקֵיהּ מָר וַאֲתָא הָכָא? אֲמַר לֵיהּ: גַּבְרָא דְּעַל בְּרֵיהּ וְעַל בְּרַתֵּיה לָא חָס, עֲלַי דִּידִי הֵיכִי חָיֵיס?!

Il lui dit : le maître ne fréquentait-il pas la maison de Rabbi Yossi de Yokrat ? Il lui répondit : si.

Il lui dit : et pour quelle raison le maître l'a-t-il quitté pour venir ici ? Il lui répondit : un homme qui n'a eu pitié ni de son fils ni de sa fille, de moi, comment aurait-il pitié ?

💡 Explication

Cette réplique est la charnière du folio. Elle explique un départ, et la Guemara va la prendre au mot : elle demandera scène par scène en quoi consiste « l'affaire de son fils » et « l'affaire de sa fille ». Les récits qui suivent sont donc la justification d'un jugement porte sur un maître.

3
בְּרֵיהּ מַאי הִיא? יוֹמָא חַד הֲווֹ אֲגִרִי לֵיהּ אֲגִירֵי בְּדַבְרָא, נְגַהּ לְהוּ וְלָא אַיְיתִי לְהוּ רִיפְתָּא, אָמְרוּ לֵיהּ לִבְרֵיהּ: כָּפֵינַן! הֲווֹ יָתְבִי תּוּתֵי תְּאֵינְתָּא, אָמַר: תְּאֵנָה, תְּאֵנָה! הוֹצִיאִי פֵּירוֹתֶיךָ, וְיֹאכְלוּ פּוֹעֲלֵי אַבָּא. אַפִּיקָא וְאָכְלוּ.

En quoi consiste l'affaire de son fils ? Un jour, on avait loué pour lui des ouvriers aux champs.

Il se fit tard et il ne leur apporta pas de pain. Ils dirent à son fils : nous avons faim !

Ils étaient assis sous un figuier. Il dit : figuier, figuier, fais sortir tes fruits, que mangent les ouvriers de mon père.

Il les fit sortir, et ils mangèrent.

🪔 Ben Yehoyada (1)
אָמַר: "תְּאֵנָה תְּאֵנָה, הוֹצִיאִי פֵּרוֹתֶיךָ, וְיֹאכְלוּ פּוֹעֲלֵי אַבָּא". נִרְאֶה לִי בס"ד כֶּפֶל הַלָּשׁוֹן 'תְּאֵנָה תְּאֵנָה' דְּקָאֵי עַל חֵלֶק הַטָּמוּן בַּקַּרְקַע וְעַל חֵלֶק שֶׁלְּמַעְלָה מִן הַקַּרְקַע דְּהַפֵּירוֹת יוֹצְאִין מִכֹּחַ שְׁנֵיהֶם. אוֹ יוּבָן דְּקָאֵי עַל הָאִילָן וְעַל הַמַּזָּל שֶׁלּוֹ, דְּאָמְרוּ רַבּוֹתֵינוּ זַ"ל (בְּרֵאשִׁית רַבָּה י, ו) אֲפִילּוּ עֵשֶׂב אֶחָד יֵשׁ כֹּחַ רוּחָנִי שֶׁאוֹמֵר לוֹ גַּדֵּל. אוֹ יוּבָן ' אַבְרָהָם יִצְחָק ' עוֹלִים מִסְפַּר תְּאֵנָה [456] לְכָךְ אָמַר ב' פְּעָמִים 'תְּאֵנָה תְּאֵנָה' חַד לְעוֹרֵר בָּזֶה זְכוּת אַבְרָהָם וְיִצְחָק וְחַד לְעוֹרֵר בָּזֶה זְכוּת ' יַעֲקֹב לֵאָה רָחֵל ' זְכוּתָם יָגֵן עָלֵינוּ אָמֵן שֶׁהֵם גַּם כֵּן עוֹלֶה מִסְפָּרָם תְּאֵנָה.
« Il dit : figuier, figuier, fais sortir tes fruits, que mangent les ouvriers de mon père. » Il me semble, avec l'aide du Ciel, que le redoublement « figuier, figuier » vise la part enfouie dans le sol et la part qui se tient au-dessus du sol, car les fruits sortent par la force des deux. On peut aussi l'entendre de l'arbre et de son mazal, car nos maîtres, de mémoire bénie, ont dit (Berechit Rabba 10, 6) que même une seule herbe a une force spirituelle qui lui dit : grandis. On peut encore l'entendre ainsi : « Avraham Yits'hak » a la même valeur numérique que te'ena, figuier (456) ; c'est pourquoi il a dit deux fois « figuier, figuier » : une fois pour éveiller par là le mérite d'Avraham et de Yits'hak, et une fois pour éveiller le mérite de « Yaakov Léa Ra'hel » — que leur mérite nous protège, amen — dont la valeur numérique est elle aussi te'ena.
💡 Explication

Le fils a le pouvoir de faire produire un arbre hors de sa saison, et il s'en sert pour nourrir des ouvriers affamés. La scène est donc, prise en elle-même, un acte de compassion. Le folio la retient pourtant comme la première pièce d'un acte d'accusation, et l'on comprendra pourquoi au segment suivant.

4
אַדְּהָכִי וְהָכִי אֲתָא אֲבוּהּ אֲמַר לְהוּ: לָא תִּינַקְּטוּ בְּדַעְתַּייְכוּ, דְּהַאי דְּנַגְהַנָא, אַמִּצְוָה טָרַחְנָא, וְעַד הַשְׁתָּא הוּא דְּסַגַּאי. אָמְרוּ לֵיהּ: רַחֲמָנָא לַישְׂבְּעָךְ כִּי הֵיכִי דְּאַשְׂבְּעַן בְּרָךְ. אֲמַר לְהוּ: מֵהֵיכָא? אָמְרוּ: הָכִי וְהָכִי הֲוָה מַעֲשֶׂה. אָמַר לוֹ: בְּנִי, אַתָּה הִטְרַחְתָּ אֶת קוֹנְךָ לְהוֹצִיא תְּאֵנָה פֵּירוֹתֶיהָ שֶׁלֹּא בִּזְמַנָּהּ — יֵאָסֵף שֶׁלֹּא בִּזְמַנּוֹ.

Sur ces entrefaites, son père arriva. Il leur dit : ne m'en tenez pas grief ; si je suis en retard, c'est que j'étais occupé à une mitsva, et jusqu'à maintenant je n'ai cessé de marcher.

Ils lui dirent : que le Miséricordieux te rassasie comme ton fils nous a rassasiés. Il leur dit : d'où cela ?

Ils dirent : l'affaire s'est passée de telle et telle manière. Il dit à son fils : mon fils, tu as imposé une peine à ton Créateur pour faire sortir au figuier ses fruits hors de leur saison — que tu sois recueilli hors de ton temps.

📜 Rachi (2)
לֹא תִּנְקְטוּ לִי בְּדַעְתַּיְיכוּ אַל תַּחְשְׁדוּנִי שֶׁלֹּא הֵבֵאתִי לָכֶם מְזוֹנוֹת עַד עַכְשָׁיו:
Ne m'en tenez pas grief — ne me soupçonnez pas de ne vous avoir pas apporté de quoi manger jusqu'à maintenant.
דְּסַגַּאי שֶׁטָּרַחְתִּי וְאִיחַרְתִּי:
Que j'ai marché — que j'ai peiné et que j'ai pris du retard.
🪔 Ben Yehoyada (1)
רַחֲמָנָא לְשָׂבְעֶךָ, כִּי הֵיכִי דְּשָׂבְעִינַן בֵּרַךְ. הִקְשָׁה מָהַרְשָׁ"א הֲוָה לֵיהּ לְמֵימַר לְשִׂבְעֵיהּ לְבָרֵךְ? וְנִרְאֶה לִי בס"ד דְּהוּא אָמַר לָהֶם שֶׁהָיָה עוֹסֵק בְּמִצְוָה אַךְ כֻּולֵּי עָלְמָא יָדְעִי שְׂכַר מִצְוֹת בְּהַאי עָלְמָא לֵיכָּא נִמְצָא פֵּירוֹת הַמִּצְוֹת אֵין זְמַנָּם עַתָּה וְלָכֵן מָצְאוּ מָקוֹם לִתְפִילָּתָם עָלָיו לוֹמַר כְּשֵׁם שֶׁבִּנְךָ הִשְׁבִּיעָנוּ פֵּירוֹת קֹודֶם זְמַנָּם כֵּן הקב"ה יַשְׂבִּיעֵךְ שְׂכַר מִצְוֹתֶיךָ שֶׁעָשִׂיתָ בְּיוֹם זֶה קֹודֶם הַזְּמַן דְּהַייְנוּ שֶׁיִּתֵּן לְךָ מִן הַשָּׂכָר בָּעוֹלָם הַזֶּה שֶׁהוּא קֹודֶם הַזְּמַן. וּבְנִי יְדִידִי כְּבוֹד הָרַב יַעֲקֹב נר"ו תֵּירֵץ מֵאַחַר שֶׁשָּׁמַע שֶׁאָמַר בְּנוֹ לִתְאֵנָה הוֹצִיאִי פֵּרוֹתַיִךְ וְיֹאכְלוּ פֹּועֲלֵי אַבָּא מַשְׁמַע שֶׁהוּא בִּקֵּשׁ בִּזְכוּת אָבִיו וְהַתְּאֵנָה הוֹצִיאָהּ פֵּירוֹתֶיהָ בִּזְכוּת אָבִיו עַל כֵּן נִמְצָא הוּא הָעִיקָּר בָּזֶה לְכָךְ אָמְרוּ רַחֲמָנָא לְשָׂבְעֶךָ, עַד כָּאן דְּבָרָיו נר"ו.
« Que le Miséricordieux te rassasie comme ton fils nous a rassasiés. » Le Maharcha objecte : il aurait fallu dire « qu'Il rassasie ton fils » ? Il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'il leur avait dit qu'il était occupé à une mitsva ; or tout le monde sait que la récompense des mitsvot ne se donne pas en ce monde-ci, de sorte que les fruits des mitsvot n'ont pas ici leur saison. Ils ont donc trouvé matière à prier pour lui en disant : de même que ton fils nous a rassasiés de fruits avant leur temps, ainsi le Saint béni soit-Il te rassasiera de la récompense des mitsvot que tu as faites en ce jour avant le temps, c'est-à-dire qu'Il t'en donnera une part en ce monde-ci, qui est avant le temps. Et mon fils bien-aimé, l'honorable Rav Yaakov, qu'il soit garde, a répondu ainsi : puisqu'il avait entendu que son fils avait dit au figuier « fais sortir tes fruits, que mangent les ouvriers de mon père », cela indique qu'il a demandé par le mérite de son père et que le figuier a donné ses fruits par le mérite du père ; c'est donc le père qui est l'essentiel dans cette affaire, et c'est pourquoi ils ont dit « que le Miséricordieux te rassasie ». Jusqu'ici ses paroles.
💡 Explication

Le père formule le grief : le fils a imposé une peine à son Créateur (hitri'ah et kono) en obtenant un changement dans l'ordre de la nature. La sentence est construite mesure pour mesure : des fruits hors de leur saison appellent une vie recueillie hors de son temps.

Le mot yéasef, « qu'il soit recueilli », est le terme habituel de la mort. La Guemara laisse entendre que la sentence s'accomplit.

🖼️ Schéma
La sentence du père, mesure pour mesure Acte du fils Le figuier donne ses fruits hors saison. Sentence Le fils est recueilli hors de son temps. Le principe invoqué Obtenir un changement dans l'ordre de la nature impose une peine au Créateur. Le père ne conteste pas le pouvoir du fils, il conteste son usage. Même principe au segment 4 pour la fille.
La forme de la sentence reprend exactement la forme de l'acte : ce qui est venu avant le temps s'en va avant le temps.
5
בַּרְתֵּיהּ מַאי הִיא? הַוְיָא לֵיהּ בְּרַתָּא בַּעֲלַת יֹופִי, יוֹמָא חַד חַזְיֵאּ לְהָהוּא גַּבְרָא דַּהֲוָה כָּרֵיא בְּהוּצָא וְקָא חָזֵי לַהּ. אָמַר לוֹ: מַאי הַאי? אֲמַר לֵיהּ: רַבִּי, אִם לְלָוקְחָהּ לֹא זָכִיתִי — לִרְאוֹתָהּ לֹא אֶזְכֶּה? אֲמַר לָהּ: בִּתִּי, קָא מְצַעֲרַתְּ לְהוּ לִבְרִיָּיתָא, שׁוּבִי לְעַפְרִיךְ וְאַל יִכָּשְׁלוּ בִּיךְ בְּנֵי אָדָם.

En quoi consiste l'affaire de sa fille ? Il avait une fille d'une grande beauté.

Un jour, il vit un homme qui creusait la haie de branchages pour la regarder. Il lui dit : qu'est-ce que cela ?

Il lui répondit : mon maître, si je n'ai pas mérité de la prendre pour épouse, ne mériterai-je pas au moins de la voir ? Il dit à sa fille : ma fille, tu causes de la peine aux créatures ; retourne à ta poussière, et que les hommes ne trébuchent plus à cause de toi.

📜 Rachi (2)
דַּהֲוָה כַּרְיָא בְּהוּצָא סוֹתֵר גֶּדֶר הָעֵצִים כְּדֵי לְהִסְתַּכֵּל דֶּרֶךְ הַנֶּקֶב:
Qui creusait la haie de branchages — il défaisait la clôture de bois afin de regarder par le trou.
אָמַר לֵיהּ רַבִּי יוֹסֵי מַאי הַאי מָה אַתָּה מְעַיֵּין כָּאן:
Rabbi Yossi lui dit : qu'est-ce que cela — que regardes-tu ici ?
🪔 Ben Yehoyada (1)
אֲמַר לָהּ: בָּתֵּי, קָא מְצַעַרְתָּא לְבָרָיָּתָא? שׁוּבִי לַעֲפָרְךָ, וְאַל יִכָּשְׁלוּ בָּךְ בְּנֵי אָדָם. הָא דְּלָא קְלָלָה שֶׁתְּהֵא שְׁחֹורָה כְּמוֹ שֶׁכָּתַב מָהַרְשָׁ"א זַ"ל, נִרְאֶה לִי בס"ד מִפְּנֵי שֶׁלֹּא רָצָה לְשַׁנּוֹת הַטֶּבַע לְהָסִיר מִמֶּנָּה הַיֹּופִי שֶׁנִּבְרֵאת בּוֹ דְּהָא הוּא עַצְמוֹ כַּעַס עַל בְּנוֹ בַּעֲבוּר שֶׁהִטְרִיחַ לַעֲשׂוֹת שִׁינּוּי הַטֶּבַע וְאֵיךְ הוּא יַעֲשֶׂה כֵּן אֲבָל מַה שֶׁאָמַר שֶׁתַּחֲזֹור לַעֲפָרָהּ אֵין זֶה שִׁינּוּי הַטֶּבַע כִּי סוֹף אָדָם לָמוּת וְזֶה דֶּרֶךְ כָּל אָדָם וּכְמוֹ שֶׁאָמְרוּ (בְּרָכוֹת יז.) וְהַכֹּל לְמִיתָה עוֹמְדִין, וּפָשׁוּט.
« Il lui dit : ma fille, tu causes de la peine aux créatures ? Retourne à ta poussière, et que les hommes ne trébuchent plus à cause de toi. » Pourquoi ne l'a-t-il pas maudite de devenir noire, comme l'écrit le Maharcha, de mémoire bénie ? Il me semble, avec l'aide du Ciel, que c'est parce qu'il n'a pas voulu changer la nature en lui ôtant la beauté avec laquelle elle avait été créée : lui-même s'était irrité contre son fils pour avoir imposé un changement de la nature, comment aurait-il fait de même ? Mais dire qu'elle retourne à sa poussière ne constitue pas un changement de la nature, car l'homme finit par mourir et c'est la voie de tout homme, comme ils ont dit (Berakhot 17a) : et tous sont voués à la mort. Cela est simple.
💡 Explication

La scène répond exactement à la précédente. Le Ben Yehoyada relève la cohérence : ayant reproche à son fils d'avoir forcé la nature, le père ne peut pas ôter à sa fille la beauté qu'elle a reçue ; il ne demande que ce qui appartient déjà à l'ordre commun, la mort.

Le grief porte sur le dommage causé aux autres, mitsaérèt lehou libriyot : la beauté de la fille fait trébucher, et le père traite cela comme un fait dont elle répond.

6
הַוְיָא לֵיהּ הָהוּא חֲמָרָא, כְּדַהֲווֹ אָגְרִי לַהּ כָּל יוֹמָא, לְאוּרְתָּא הֲווֹ מְשַׁדְּרִי לֵהּ אַגְרַהּ אַגַּבַּהּ, וְאָתְיָא לְבֵי מָרָה, וְאִי טָפוּ לַהּ אוֹ בָּצְרִי לַהּ — לָא אָתְיָא. יוֹמָא חַד אִינְּשׁוֹ זוּגָא דְסַנְדָּלֵי עֲלַהּ, וְלָא אֲזַלָה עַד דְּשַׁקְלוּנְהוּ מִינַּהּ, וַהֲדַר אָזְלָה.

Il avait une certaine ânesse. Lorsqu'on la louait pour la journée, le soir on renvoyait son salaire sur son dos, et elle s'en venait à la maison de son maître.

Mais si on lui ajoutait ou si on lui retranchait, elle ne venait pas. Un jour, on oublia sur elle une paire de sandales, et elle n'avança pas tant qu'on ne les lui eut pas ôtées ; alors elle repartit.

📜 Rachi (1)
אִינְּשׁוּ שָׁכְחוּ:
Inchou — ils oublièrent.
🪔 Ben Yehoyada (1)
הַוְיָא לֵיהּ הָהוּא חֲמָרָא, כַּד הֲוָה אָגְרִי לָהּ וְכוּ'.. עַייֵּן בְּדִבְרֵי רַבֵּינוּ הָאֲרִ"י זַ"ל בְּשַׁעַר טַעֲמֵי הַמִּצְוֹת בְּכַוָּנַת הָאֲכִילָה מַה שֶׁאָמַר עַל עִנְיַן חֲמוֹרוֹ שֶׁל רַבִּי פִּנְחָס בֶּן יָאִיר דְּעָלָיו אָמְרוּ בַּגְּמָרָא (שַׁבָּת קיב:) אָמַר רַבִּי זְעֵירָא אָנוּ כַּחֲמוֹרִים וְלֹא כַּחֲמוֹרוֹ שֶׁל רַבִּי פִּנְחָס בֶּן יָאִיר יְעֻויַּן שָׁם. וְהִנֵּה בְּוַדַּאי גַּם חֲמוֹר שֶׁל רַבִּי יוֹסֵי דְּמִן יֻוקְרַת הָיָה מְתֻוקָּן כַּחֲמוֹרוֹ שֶׁל רַבִּי פִּנְחָס בֶּן יָאִיר וְלָכֵן אַל תִּתְמַהּ עַל דְּבָרִים אֵלּוּ דְּהֵם וַדַּאי כִּפְשׁוּטָן.
« Il avait une certaine ânesse ; lorsqu'on la louait, etc. » Vois les paroles de notre maître le Ari, de mémoire bénie, dans le Chaar Taaméi haMitsvot, à propos de l'intention dans l'acte de manger, ce qu'il dit au sujet de l'âne de Rabbi Pin'has ben Yair, dont la Guemara dit (Chabbat 112b) : Rabbi Zera a dit, nous sommes comme des ânes, et pas même comme l'âne de Rabbi Pin'has ben Yair — vois-y. Or il est certain que l'âne de Rabbi Yossi de Yokrat était lui aussi rectifié comme l'âne de Rabbi Pin'has ben Yair ; ne t'étonne donc pas de ces faits, car ils sont assurément à prendre au sens propre.
💡 Explication

Troisième scène, sans jugement ni sentence. La bête elle-même est exacte : ellerefuse un salaire majoré comme un salaire minoré, et refuse aussi la paire de sandales qui n'a pas été confiée à son maître. La maison entière de Rabbi Yossi fonctionne à la mesure juste, y compris l'animal.

7
אֶלְעָזָר אִישׁ בִּירְתָא, כַּד הֲווֹ חָזוּ לֵיהּ גַּבָּאֵי צְדָקָה הֲווֹ טָשׁוּ מִינֵּיהּ, דְּכָל מַאי דַּהֲוָה גַּבֵּיהּ יָהֵיב לְהוּ. יוֹמָא חַד הֲוָה סָלֵיק לְשׁוּקָא לְמִיזְבַּן נְדוּנְיָא לִבְרַתֵּיהּ, חַזְיוּהָ גַּבַּאי צְדָקָה, טָשׁוּ מִינֵּיהּ.

Elazar, homme de Birta : lorsque les collecteurs de la tsedaka le voyaient, ils se cachaient de lui, car tout ce qu'il avait sur lui, il le leur donnait. Un jour, il montait au marché pour acheter le trousseau de sa fille.

Les collecteurs de la tsedaka le virent et se cachèrent de lui.

📜 Rachi (1)
טָשׁוּ מִפָּנָיו הָיוּ מִתְחַבְּאִים:
Ils se cachaient de lui — ils se dissimulaient.
🪔 Ben Yehoyada (1)
אֱלִיעֶזֶר אִישׁ בַּרְתּוֹתָא, כַּד חָזוּ לֵיהּ גַּבָּאֵי צְדָקָה, טָשׁוּ מִינֵּיהּ וְכוּ'.. אַף עַל גַּב דִּבְאָוְשָׁא הִתְקִינוּ אַל יְבַזְבֵּז יוֹתֵר מֵחֹומֶשׁ (כְּתֻובּוֹת נ.) , הוּא הָיָה קֹודֶם תַּקָּנַת אוּשָׁא וְהוּא הַנִּזְכָּר בַּמִּשְׁנָה דְּאָבוֹת. וְרָאִיתִי לְהַגָּאוֹן גְּבוּרוֹת אֲרִי זַ"ל שֶׁכָּתַב מַשְׁמַע וַדַּאי דְּאֶלְעָזָר אִישׁ בַּרְתּוֹתָא הֲוָה בִּימֵי הָאָמוֹרָאִים וּבָתַר תַּקָּנַת אוּשָׁא הֲוָה יְעֻויַּן שָׁם. וְזֶה תֵּימָא מְנָא לֵיהּ הָא וְאַמַּאי לֹא זָכַר שַׂר דִּשְׁמוֹ הַטּוֹב נִזְכַּר בְּאָבוֹת עִם הַתַּנָּאִים.
« Eliezer, homme de Birtota : lorsque les collecteurs de la tsedaka le voyaient, ils se cachaient de lui, etc. » Bien qu'à Oucha on ait institué que l'on ne dissipe pas plus du cinquième de ses biens (Ketoubot 50a), il vivait avant l'institution d'Oucha, et c'est lui qui est mentionné dans la michna des Avot. J'ai vu que le gaon Guevourot Ari, de mémoire bénie, a écrit qu'il ressort à coup sur qu'Elazar ich Birtota était du temps des Amoraim et postérieur à l'institution d'Oucha — vois-y. Cela étonne : d'où le tient-il, et pourquoi n'a-t-il pas rappelé que son nom est cité dans les Avot parmi les Tanaim ?
💡 Explication

Nouveau bloc. Le renversement comique ouvre le récit : d'ordinaire on se cache des collecteurs, ici ce sont eux qui se cachent du donateur. Le Ben Yehoyada soulève la difficulté halakhique que la scène pose — l'institution d'Oucha limite au cinquième ce que l'on peut distribuer — et la résout par la chronologie.

8
אֲזַל וּרְהַט בָּתְרַייְהוּ, אֲמַר לְהוּ: אַשְׁבַּעְתִּיכוּ בְּמַאי עָסְקִיתוּ? אָמְרוּ לֵיהּ: בְּיָתוֹם וִיתוֹמָה. אָמַר לָהֶן: הָעֲבוֹדָה שֶׁהֵן קוֹדְמִין לְבִתִּי. שְׁקַל כֹּל דַּהֲוָה בַּהֲדֵיהּ וִיהַב לְהוּ. פָּשׁ לֵיהּ חַד זוּזָא, זְבַן לֵיהּ חִיטֵּי, וְאַסִּיק שַׁדְיֵיהּ בְּאַכְלְבָא.

Il courut après eux et leur dit : je vous adjure, à quoi êtes-vous occupés ? Ils lui dirent : à un orphelin et à une orpheline.

Il leur dit : par le service du Temple, ils passent avant ma fille ! Il prit tout ce qu'il avait avec lui et le leur donna.

Il lui resta un seul zouz : il acheta du blé, monta et le jeta dans le grenier.

📜 Rachi (3)
בְּיָתוֹם וִיתוֹמָה לְזִוּוּג זֶה לְזוֹ:
À un orphelin et à une orpheline — pour les unir l'un à l'autre.
הָעֲבוֹדָה שְׁבוּעָה:
Par le service du Temple — c'est une formule de serment.
אַכַּלְבָּא אוֹצָר שֶׁל חִטִּים:
Akhlaba — un grenier à blé.
🪔 Ben Yehoyada (1)
פָּשׁ גַּבֵּיהּ חַד זוּזָא, אֲזַל זְבַן בֵּיהּ חִטֵּי וְאַסִּיק. יֵשׁ לְהַקְשׁוֹת וְכִי הָיָה לוֹ צֹורֶךְ לִקְנוֹת חִטִּים לְבֵיתוֹ? הֲלֹא הוּא הָלַךְ לִקְנוֹת נְדוּנְייָא בִּשְׁבִיל הַנִּשּׂוּאִין וְכֵיוָן דְּנָתַן הַמָּעוֹת לְמִצְוָה וְלֹא נִשְׁאַר לוֹ אֶלָּא זוּז אֶחָד יִשָּׁאֵר בְּכִיסוֹ וְיֵלֵךְ לְבֵית מִדְרָשׁוֹ! וְנִרְאֶה לִי בס"ד דְּאֵלּוּ הַחִטִּים קְנָאָם לְצֹורֶךְ הַנִּישּׂוּאִין שֶׁל בִּתּוֹ שֶׁצָּרִיךְ לֶאֱפוֹת לֶחֶם לִסְעוּדַת הָאוֹרְחִין וּקְרוֹבִים וְהֶרְאָה בָּזֶה גֹּודֶל בִּטְחוֹנוֹ בהשי"ת דְּוַדַּאי יַמְצִיא לוֹ מָעוֹת לִנְדוּנְיָיא שֶׁל בֵּיתוֹ עַתָּה בִּמְזֻומָּן וְיַעֲשֶׂה לָהּ הַנִּשּׂוּאִין בְּקֵרוּב דְּאָז הַחִיטִּים הֵם צְרִיכִין לְעֵת עַתָּה לִסְעוּדַת הַנִּשּׂוּאִין.
« Il lui resta un seul zouz ; il alla acheter du blé avec, et monta. » On peut objecter : avait-il besoin d'acheter du blé pour sa maison ? Il était allé acheter un trousseau pour des noces, et puisqu'il avait donné l'argent à la mitsva et qu'il ne lui restait qu'un seul zouz, qu'il le garde dans sa bourse et s'en aille à sa maison d'étude ! Il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'il a acheté ce blé pour les besoins des noces de sa fille, car il faut cuire du pain pour le repas des invités et des proches ; il a montré par là la grandeur de sa confiance en Hachem, certain qu'Il lui procurerait dès à présent, en espèces, l'argent du trousseau de sa fille et qu'il célébrerait ses noces sous peu — le blé était donc bien nécessaire dès maintenant pour le repas de noces.
💡 Explication

Le serment haavoda, « par le service du Temple », donne à la déclaration la force d'un engagement : le mariage de deux orphelins passe avant celui de sa propre fille. Le zouz restant et le blé jeté au grenier préparent le miracle du segment suivant.

9
אֲתַאי דְּבֵיתְהוּ אֲמַרָה לַהּ לִבְרַתֵּיהּ: מַאי אַייְּתִי אֲבוּךְ? אָמְרָה לָהּ: כָּל מַה דְּאַיְּיתִי, בְּאַכְלְבָא שְׁדִיתֵיהּ. אָתְיָא לְמִיפְתַּח בָּבָא דַאֲכַלְבָּא, חֲזָת אֲכַלְבָּא דְּמַלְיָא חִיטֵּי וְקָא נָפְקָא בְּצִינּוֹרָא דְּדַשָּׁא, וְלָא מִיפְּתַח בָּבָא מֵחִיטֵּי. אֲזַלָא בְּרַתֵּיה לְבֵי מִדְרְשָׁא, אֲמַרָה לֵיהּ: בֹּא וּרְאֵה מֶה עָשָׂה לְךָ אוֹהַבְךָ! אֲמַר לָהּ: הָעֲבֹודָה, הֲרֵי הֵן הֶקְדֵּשׁ עָלַיִךְ, וְאֵין לָךְ בָּהֶן אֶלָּא כְּאֶחָד מֵעֲנִיֵּי יִשְׂרָאֵל.

Sa femme arriva et dit à sa fille : qu'a rapporté ton père ? Elle lui dit : tout ce qu'il a rapporté, il l'a jeté dans le grenier.

Elle alla ouvrir la porte du grenier, et vit le grenier plein de blé, au point qu'il sortait par le trou de la porte, et la porte ne s'ouvrait pas à cause du blé. Sa fille alla à la maison d'étude et lui dit : viens voir ce que t'a fait Celui qui t'aime !

Il lui dit : par le service du Temple, ce blé est pour toi comme consacré, et tu n'y as de part que comme l'un des pauvres d'Israël.

📜 Rachi (2)
אוֹהַבְךָ הקב"ה:
Celui qui t'aime — le Saint béni soit-Il.
אֶלָּא כְּאֶחָד מֵעֲנִיֵּי יִשְׂרָאֵל מִשּׁוּם דְּמַעֲשֵׂה נִסִּים הוּא וְאָסוּר לְאָדָם לֵהָנוֹת מִמַּעֲשֵׂה נִסִּים כִּדְאָמַר לְעֵיל (תַּעֲנִית דַּף כ:) וְאִם עוֹשִׂין לוֹ נֵס מְנַכִּין לוֹ מִזְּכִיּוֹתָיו:
Que comme l'un des pauvres d'Israël — parce qu'il s'agit d'un miracle, et qu'il est interdit à l'homme de tirer profit d'un miracle, comme il a été dit plus haut (Taanit 20b) : et si l'on fait pour lui un miracle, on le lui déduit de ses mérites.
🪔 Ben Yehoyada (2)
חַזְיָא אַכַּלְבָּא דְּמַלְיָא חִטֵּי, וְקָא נָפְקָא בְּצִנּוֹרָא דְּדַשָּׁא, וְלָא מִיפְּתַח בָּבָא מֵחִטֵּי. נִרְאֶה לִי בס"ד הַטַּעַם שֶׁנַּעֲשָׂה הַנֵּס גָּדוֹל כָּל כָּךְ שֶׁלֹּא נִשְׁאַר בַּחֲלַל הָאַכְלֵבָא אֲוִיר רֵיקָם אֲפִילּוּ שִׁיעוּר אֶצְבַּע, הַייְנוּ מִדָּה כְּנֶגֶד מִדָּה שֶׁהוּא נָתַן צָרְכֵי נִשּׂוּאִין שֶׁל יָתוֹם וִיתוֹמָה בִּשְׁלֵימוּת שֶׁלֹּא הָיוּ צְרִיכִין לִגְבּוֹת אֲפִילּוּ זוּז אֶחָד דְּהָא לָקְחוּ כָּל הַצָּרִיךְ לָהֶם וְנִשְׁאַר אֶצְלוֹ זוּז שֶׁלֹּא הָיָה צָרִיךְ לָהֶם עַל דֶּרֶךְ שֶׁנֶּאֱמַר (רוּת ב, יד) וַתֹּאכַל וְתִשָּׁבַע וַתֹּתַר, מֵהֵיכָן נוֹדַע וְתִשָּׁבַע? מִשּׁוּם וְתֻותַּר! וְכֵן כָּאן, וְלָכֵן מִדָּה כְּנֶגֶד מִדָּה בָּאָה הַבְּרָכָה שֶׁל הַנֵּס וּמִילְּאָה אֶת הָאַכְלָבָא כֻּולָּהּ שֶׁלֹּא נִשְׁאַר חָלָל רֵיקָן אֲפִילּוּ כְּדֵי אֶצְבַּע.
« Elle vit le grenier plein de blé, qui sortait par le trou de la porte, et la porte ne s'ouvrait pas à cause du blé. » Il me semble, avec l'aide du Ciel, que la raison pour laquelle le miracle fut si grand qu'il ne resta pas dans l'espace du grenier un vide d'air, même de la largeur d'un doigt, tient à la mesure pour mesure : il avait pourvu aux besoins des noces de l'orphelin et de l'orpheline de façon complète, au point qu'ils n'eurent pas à collecter même un seul zouz, puisqu'ils prirent tout ce qu'il leur fallait et qu'il resta chez lui un zouz dont ils n'avaient pas besoin — à la manière de ce qui est dit (Routh 2, 14) : « elle mangea, se rassasia et en laissa » ; d'où sait-on qu'elle se rassasia ? De « et elle en laissa » ! Il en va de même ici ; c'est pourquoi, mesure pour mesure, la bénédiction du miracle vint remplir le grenier tout entier, sans y laisser un vide, fut-ce de la largeur d'un doigt.
הָעֲבוֹדָה, הֲרֵי הֵם הֶקְדֵּשׁ עָלֶיךָ, וְאֵין לְךָ בָּהֶם, אֶלָּא כְּאֶחָד מֵעֲנִיֵּי יִשְׂרָאֵל. פֵּירֵשׁ רַשִׁ"י זַ"ל מִשּׁוּם דְּמַעֲשֵׂה נִסִּים הוּא וְאָסוּר לֵיהָנוֹת מִמַּעֲשֵׂה נִסִּים עַייֵּן שָׁם. הִנֵּה בסה"ק 'בֶּן אִישׁ חָי' בְּפָרָשַׁת כִּי תָּבֹא הִקְשֵׁיתִי לְפִי זֶה אֵיךְ אֵלִיָּהוּ זָכוּר לַטּוֹב נֶהֱנֶה מִמַּעֲשֵׂה נִסִּים אֵצֶל הַצָּרְפָתִית בְּכַד הַקֶּמַח וְצַפַּחַת הַשֶּׁמֶן? וְיֵשׁ בָּזֶה תֵּירוּצִים, וּבִכְלָל תֵּירַצְתִּי בס"ד דְּהָתָם אֵין הַנֵּס נִרְאֶה כָּל כָּךְ בְּחוּשׁ הָרֵיאוֹת דְּאוֹתוֹ הַקֶּמַח שֶׁבַּכַּד וְהַשֶּׁמֶן שֶׁבַּצַּפַּחַת לֹא נוֹסְפוּ עַל שִׁיעוּר שֶׁהָיוּ בַּתְּחִילָּה אֶלָּא רַק כָּל פַּעַם שֶׁתָּבוֹא הַצָּרְפָתִית לִיקַּח קֶמַח מִן הַכַּד וְשֶׁמֶן מֵהַצַּפַּחַת נִשְׁלַם הַחִסָּרוֹן שֶׁל שִׁיעוּר נְטִילָתָהּ תֶּכֶף וּמִיָּד בַּהֲסָרַת יָדָהּ זֶה יוֹצֵא וְזֶה נִכְנָס בִּמְקוֹמוֹ כְּהֶרֶף עַיִן וְלֹא נִיכָּר כָּל כָּךְ הַחִסָּרוֹן וְהַמִּלּוּי לְמַרְאֵה עֵינַיִם מַה שֶׁאֵין כֵּן אֵצֶל רַבִּי אֱלִיעֶזֶר הִנִּיחַ סְאָה וּמָצָא עֲשֶׂרֶת אֲלָפִים סְאִין דְּמַעֲשֵׂה הַנֵּס הֵם בְּעַיִן. וּבָזֶה פֵּרַשְׁתִּי שָׁם בס"ד (דְּבָרִים כח, ח) יְצַו ה' אִתְּךָ אֶת הַבְּרָכָה בַּאֲסָמֶיךָ , פֵּירוּשׁ אַחַר שֶׁתַּנִּיחַ הַחִיטִּים בָּאוֹצָר וְלֹא בְּעוֹדָם מְחֻובָּרִים בַּקַּרְקַע כְּדֵי שֶׁלֹּא תִּטְרַח בְּיִתְרוֹן הַבְּרָכָה בִּקְצִירָה וְדִישָׁה וְתִיקּוּן וַהֲבָאָה וְאִם תֹּאמַר זֶה הֶיתֵּר מַעֲשֵׂה נֵס הוּא וְאֵין נֶהֱנִין מִמַּעֲשֵׂה נִסִּים? לָזֶה אָמַר וּבְכָל מְשַׁלֵּחַ יָדְךָ דְּאֵינוֹ נִיכָּר יִתְרוֹן הַבְּרָכָה בְּחוּשׁ הָרֵיאוֹת אֶלָּא יִהְיֶה יִתְרוֹן הַבְּרָכָה בְּכָל עֵת שֶׁתִּשְׁלַח יָדֶיךָ בָּאוֹצָר אִם תִּטֹּול סְאָה יִתְמַלֵּא בִּמְקוֹמָהּ עַל דֶּרֶךְ שֶׁאָמַרְנוּ אֵצֶל הַצָּרְפָתִית בְּבִרְכַּת אֵלִיָּהוּ זָכוּר לַטּוֹב. וְאֵין לְהַקְשׁוֹת כֵּיוָן דְּלָא רָצָה לֵיהָנוֹת מִמַּעֲשֵׂה נִסִּים אַמַּאי אָמַר לְאִשְׁתּוֹ שֶׁיֵּשׁ לָהּ בָּהֶם שִׁיעוּר קָטָן כְּשִׁיעוּר מַתְּנַת עֲנִיִּים? דְּנִרְאֶה וַדַּאי בֶּאֱמֶת הוּא יֵשׁ לוֹ חֵלֶק מִשֶּׁלּוֹ בְּאֵלּוּ הַחִיטִּים וְהוּא הַחִיטִּים שֶׁקָּנָה בְּזוּז וּבַעֲבוּר חֵלֶק זֶה שֶׁאֵינוֹ בְּנֵס אָמַר לָהּ שֶׁתִּיקַּח שִׁיעוּר קָטָן כְּשִׁיעוּר מַתָּנָה לְאֶחָד מִן הָעֲנִיִּים. וּבְסֵפֶר אַדְמַת קֹודֶשׁ (חֵלֶק ב' בְּחֹושֶׁן מִשְׁפָּט סִימָן ג') נִשְׁאַל בִּרְאוּבֵן וְשִׁמְעוֹן שֶׁהִטִּילוּ לַכִּיס זֶה מָנֶה וְזֶה מָנֶה וְנִשְׁתַּתְּפוּ דְּכָל רִיוַּח שֶׁיַּרְוִיחוּ יִהְיֶה לָאֶמְצַע חוּץ מִמְּצִיאָה שֶׁאִם יִמָּצֵא אֶחָד מֵהֶם מְצִיאָה תִּהְיֶה לְעַצְמוֹ וְאֵין לְשֻׁותָּפוֹ חֵלֶק בָּהּ. וְקָנוּ סְחוֹרוֹת וּבִכְלָל קָנוּ שֶׁמֶן זַיִת הַרְבֵּה שֶׁהָיָה בְּזוֹל וְהִנִּיחוּ הַשֶּׁמֶן בְּבֵיתוֹ שֶׁל רְאוּבֵן וַיְהִי הַיּוֹם נִכְנְסָה אֵשֶׁת רְאוּבֵן לַמַּרְתֵּף שֶׁהָיָה בּוֹ הַשֶּׁמֶן שֶׁל הַשֻּׁותָּפוּת וְרָאֲתָה כַּד אֶחָד מֵהַשֶּׁמֶן שֶׁל הַשִּׁיתּוּף שֶׁהָיָה מְפַעְפֵּעַ וְיוֹצֵא בְּדֻופְנֵי הַכְּלִי וְהִרְגִּישָׁה בַּדָּבָר שֶׁמַּעֲשֵׂה נֵס הֲוָה וְהֵבִיאָה כַּדִּים רֵיקִים וּמִילֵּאתֶם עַד שֶׁלֹּא נִמְצָא אַתָּה עוֹד כֶּלִי וַיַּעֲמֹוד הַשָּׁמֶן! עַל כֵּן בָּא רְאוּבֵן לִשְׁאוֹל אִם יֵשׁ לְשֻׁותָּפוֹ חֵלֶק בַּשֶּׁמֶן הַנּוֹסָף כֵּיוָן שֶׁתּוֹסֶפֶת זֶה בָּא מִגּוּף הַשִּׁיתּוּף אוֹ אִם יִהְיֶה נִידּוֹן שֶׁמֶן זַיִת זֶה כִּמְצִיאָה וַהֲרֵי הוּא שֶׁלּוֹ כְּמוֹ שֶׁהִתְנוּ בִּתְחִילַּת הַשִּׁיתּוּף? וְהֵשִׁיב הָרַב זַ"ל, שֶׁאֲבוֹתֵינוּ סְפָרוֹ לָנוּ בַּדּוֹרוֹת הָרִאשׁוֹנִים שֶׁאֵירַע נֵס כָּזֶה לְאֶחָד מִבְּנֵי יִשְׂרָאֵל קָרוֹב לָנוּ הָאִישׁ בֶּחָצֵר אֲשֶׁר שְׁמוֹ נִקְרָא עָלָיו עַד הַיּוֹם חֲזָקָה שֶׁל ר"א בונג"י נִשְׁמָתוֹ עֵדֶן בַּבַּיִת אֲשֶׁר הוּא תַּחַת סֻולָּם הָעֶלְיוֹן אֲשֶׁר הָיָה דָּר בּוֹ הר"א הַנִּזְכָּר וְאִשְׁתּוֹ שֶׁל הר"א הַנִּזְכָּר נַעֲשָׂה נֵס עַל יָדָהּ וְהִרְגִּישָׁה בַּדָּבָר וְלֹא הוֹדִיעָה לְבַעֲלָהּ וְסִיפְּקָה מֵאוֹתוֹ שֶׁמֶן לְכָל צָרְכֵי בֵּיתָהּ י"ד שָׁנִים! וּלְעִנְיַן דִּינָא שֶׁל סָפֵק הַשְּׁאֵלָה הֶאֱרִיךְ הָרַב שָׁם בִּרְאָיוֹת וּפָסַק הַדִּין שֶׁזֶּה תּוֹסֶפֶת הַשֶּׁמֶן יֵשׁ לוֹ דִּין מְצִיאָה וְאֵין לַשֻּׁותָּף חֵלֶק בּוֹ אַךְ חֲבֵירָיו שֶׁל הָרַב זַ"ל חָלְקוּ עָלָיו וּפָסְקוּ שֶׁיִּהְיֶה לְאֶמְצַע הַשֻּׁותָּפוּת, יְעֻויַּן שָׁם. וְהִנֵּה בַּמַּעֲשֶׂה הַנִּזְכָּר לֹא חָשׁוּ הָרַבָּנִים הַנִּזְכָּר דְּאֵין לֵיהָנוֹת מִמַּעֲשֵׂה נִיסִּים אַךְ כְּפִי הַחִילּוּק אֲשֶׁר עָשִׂיתִי בֵּין עֻובְדָּא דְּצָרְפָתִית וּבֵין עֻובְדָּא דר"א גַּם זוֹ הַמַּעֲשֶׂה אֵין בָּהּ חֲשָׁשׁ דְּדָמֵי לְעֻובְדָּא דְּצָרְפָתִית דְּאֵין הָרִבּוּי הַנַּעֲשֶׂה עַל יְדֵי הַנֵּס נִרְאֶה כָּל כָּךְ בְּגָלוּי בְּחוּשׁ הָרֵיאוֹת אֶלָּא הַבְּרָכָה שׁוּרָה קַמָּא קַמָּא כְּנֶגֶד הַנִּיטָּל מִן הַכַּד. וְעוֹד שָׁמַעְתִּי נֵס כַּיּוֹצֵא בָּזֶה שֶׁנַּעֲשָׂה קֹודֶם מָאתַיִם וְעֶשְׂרִים שָׁנָה בְּעִיר אַחַת שֶׁהָיָה דָּר בָּהּ אָדָם תּוֹפֵר מִנְעָלִים אִישׁ תָּם וְיָשָׁר וּדְחִיקָא לֵיהּ שַׁעְתָּא טוּבָא וּבָא אֶצְלוֹ אֵלִיָּהוּ זָכוּר לַטּוֹב וְנָתַן לוֹ כִּיס זְהוּבִים וְאָמַר לוֹ שֶׁיִּקַּח מִמֶּנּוּ בְּכָל יוֹם עֲשָׂרָה אוֹ עֶשְׂרִים זְהוּבִים וְלֹא יֶחְסַר הַכִּיס כְּלוּם אַךְ בִּתְנַאי שֶׁלֹּא יְמַנֶּה הַזְּהוּבִים שֶׁבַּכִּיס וְכֵן עָשָׂה, הָיָה נוֹטֵל בְּכָל יוֹם עֲשָׂרָה אוֹ עֶשְׂרִים זְהוּבִים מִן הַכִּיס עַד שֶׁמִּילֵּא בָּזֶה חֲמִשָּׁה וְשִׁשָּׁה כֵּלִים גְּדוֹלִים וְאוֹתוֹ הַכִּיס הָיָה נוֹשְׂאוֹ בְּתוֹךְ בִּגְדוֹ יוֹמָם וָלַיְלָה וּבְשַׁבָּת וְיוֹם טוֹב הָיָה מַצְנִיעוֹ בַּתֵּיבָה וְסֻוגְּרָה בְּמַפְתֵּחַ וְאֵינוֹ מוֹסֵר הַמַּפְתֵּחַ לְאִשְׁתּוֹ וְלֹא גִּילָּה לָהּ הַדָּבָר, וְהָעוֹלָם הָיוּ מִתְפַּלְּאִים מְאֹד אֵיךְ נִתְעַשֵּׁר זֶה וּבְמַה נִתְעַשֵּׁר? וְאֵין שׁוּם בִּרְיָה יוֹדַעַת בְּדָבָר זֶה. פַּעַם אַחַת לָקְחָה אִשְׁתּוֹ מִפֶּתַח הַתֵּיבָה בַּסֵּתֶר וּפִתְחָהּ הַתֵּיבָה לִרְאוֹת מַה בְּתוֹכָהּ וְהַכִּיס הָיָה בָּהּ וּפִתְחָהּ הַכִּיס וְתִמְנֶה הַזְּהוּבִים שֶׁבּוֹ וְתִתְפַּלֵּא עַל הַדָּבָר הַזֶּה בְּקִרְבָּהּ לָמָּה הָיָה מַסְתִּיר הַתֵּיבָה מִמֶּנָּה מֵאַחַר שֶׁלֹּא הָיָה בָּהּ רַק כִּיס אֶחָד מָלֵא זְהוּבִים שִׁיעוּר אֶחָד מִמֵּאָה מִן הַזְּהוּבִים הַמְּסוּרִים בְּיָדָהּ וְעַל מַה כָּל הַחֲרָדָה? וַתֹּאמֶר לְאִישָׁהּ: עַל מֶה הָיִיתָ מַעֲלִים הַתֵּיבָה מִמֶּנִּי? וַהֲלֹא לֹא הָיָה בָּהּ אֶלָּא רַק כִּיס שֶׁיֵּשׁ בּוֹ שְׁנֵי מֵאוֹת זְהוּבִים וַאֲנִי בְּיָדִי מָסוּר כַּמָּה אֲלָפִים זְהוּבִים! וְיַכֶּה כַּף עַל כַּף וְיֹאמַר: מֶה עָשִׂיתָ! כָּךְ וְכָךְ הוּא הָעִנְיָן וְעַתָּה נִסְתַּלְּקָה הַבְּרָכָה וְכֵן הָיָה לוֹ שֶׁמֵּאוֹתוֹ הַיּוֹם מַה שֶׁהָיָה נוֹטֵל מִן הַכִּיס לֹא הָיָה מִתְמַלֵּא בִּמְקוֹמוֹ וּבַעֲשָׂרָה נְטִילוֹת נִתְרוֹקֵן הַכִּיס. עַד כָּאן שָׁמַעְתִּי. וְהִנֵּה גַּם בָּזֶה נַעֲשָׂה נֵס הַבְּרָכָה בְּדֶרֶךְ הַנֵּס שֶׁנַּעֲשָׂה אֵצֶל הַצָּרְפָתִית וְכַאֲשֶׁר אָמַרְנוּ.
« Par le service du Temple, ce blé est pour toi comme consacré, et tu n'y as de part que comme l'un des pauvres d'Israël. » Rachi, de mémoire bénie, explique : parce qu'il s'agit d'un miracle, et qu'il est interdit de tirer profit d'un miracle — vois-y. Dans le livre saint Ben Ich Haï, à la paracha Ki Tavo, j'ai objecté à partir de là : comment Eliahou, dont le souvenir est en bien, à-t-il tire profit d'un miracle chez la femme de Tsarfat, avec la cruche de farine et la fiole d'huile ? Il y a à cela plusieurs réponses ; entre autres j'ai répondu, avec l'aide du Ciel, que là-bas le miracle ne se voyait pas autant à l'œil : la farine de la cruche et l'huile de la fiole n'augmentaient pas au-delà de la quantité initiale ; seulement, chaque fois que la femme de Tsarfat venait prendre de la farine de la cruche et de l'huile de la fiole, le manque de la quantité prélevée se comblait aussitôt, dès qu'elle retirait la main : ceci sort et cela entre à sa place en un clin d'œil, de sorte que le manque et le remplissage ne se remarquaient guère à l'œil. Il n'en va pas de même chez Rabbi Eliezer : il déposa une mesure et en trouva dix mille — le miracle était là, visible. Et c'est ainsi que j'ai expliqué là-bas, avec l'aide du Ciel (Devarim 28, 8) : « Hachem ordonnera avec toi la bénédiction dans tes greniers » — c'est-à-dire après que tu auras déposé le blé au grenier, et non pendant qu'il est encore attaché au sol, afin que tu n'aies pas à peiner sur le surplus de bénédiction en le moissonnant, le battant, l'apprêtant et le rentrant. Et si tu dis : ce surplus est un miracle, et l'on ne tire pas profit des miracles ? Pour cela il est dit « et dans tout ce que tu entreprendras de ta main » : le surplus de bénédiction ne se remarque pas à l'œil, mais il se produit chaque fois que tu tendras la main dans le grenier — si tu prends une mesure, elle se remplira à sa place, à la manière de ce que nous avons dit pour la femme de Tsarfat, dans la bénédiction d'Eliahou, dont le souvenir est en bien. Et l'on ne saurait objecter : puisqu'il ne voulait pas tirer profit d'un miracle, pourquoi a-t-il dit à sa femme qu'elle y avait une petite part, à la mesure du don fait aux pauvres ? Car il semble bien qu'en vérité il possédait dans ce blé une part à lui, à savoir le blé qu'il avait acheté pour un zouz ; et c'est en raison de cette part-là, qui ne vient pas du miracle, qu'il lui a dit de prendre une petite quantité, à la mesure du don fait à l'un des pauvres. Dans le livre Admat Kodech (deuxième partie, Hochen Michpat, siman 3), on interroge le cas de Reouven et Chimon qui mirent dans une bourse commune cent zouz chacun et s'associèrent, convenant que tout gain serait partagé, hormis une trouvaille : si l'un d'eux trouvait un objet perdu, il serait à lui seul et son associé n'y aurait pas de part. Ils achetèrent des marchandises, et notamment beaucoup d'huile d'olive qui était à bas prix, et déposèrent l'huile dans la maison de Reouven. Un jour, la femme de Reouven entra dans la cave où se trouvait l'huile de l'association et vit qu'une jarre de l'huile commune débordait et sortait par les parois du récipient ; elle comprit qu'il s'agissait d'un miracle, apporta des jarres vides et les remplit, jusqu'à ce qu'il ne restât plus un seul récipient, et l'huile s'arrêta. Reouven vint donc demander si son associé avait une part dans l'huile surajoutée, puisque ce surplus provenait du corps même de l'association, ou bien si cette huile devait être jugée comme une trouvaille et lui appartenir, ainsi qu'ils l'avaient stipulé au début de l'association. Le rav, de mémoire bénie, répondit que nos pères nous ont raconté qu'aux premières générations pareil miracle était arrivé à un homme d'Israël, un proche à nous, dans la cour qui porte son nom jusqu'à ce jour, la 'hazaka de Rabbi Eliahou Bongi, que son âme soit dans l'Éden, dans la maison située sous l'escalier supérieur où demeurait ledit Rabbi Eliahou : le miracle se produisit par l'intermédiaire de sa femme, qui s'en aperçut et n'en avertit pas son mari, et elle pourvut de cette huile à tous les besoins de sa maison pendant quatorze ans. Quant au din de la question posée, le rav s'est étendu là-bas en preuves et a tranché que ce surplus d'huile a le statut d'une trouvaille et que l'associé n'y a pas de part ; mais ses collègues, de mémoire bénie, l'ont contredit et ont tranché que cela revient en commun à l'association — vois-y. Or, dans l'affaire rapportée, les rabbins mentionnés ne se sont pas souciés de ce que l'on ne tire pas profit d'un miracle ; mais selon la distinction que j'ai faite entre l'affaire de la femme de Tsarfat et celle de Rabbi Eliezer, cette affaire non plus ne soulève pas de difficulté, car elle ressemble à celle de la femme de Tsarfat : l'accroissement produit par le miracle ne se voyait pas si manifestement à l'œil, la bénédiction venant à chaque fois combler ce qui était pris de la jarre. J'ai encore entendu un miracle semblable, survenu il y a deux cent vingt ans dans une ville où demeurait un cordonnier, homme intègre et droit, dont la situation était fort étroite. Eliahou, dont le souvenir est en bien, vint chez lui, lui donna une bourse de pièces d'or et lui dit d'en prendre chaque jour dix ou vingt sans que la bourse diminuât en rien, à la condition qu'il ne compterait pas les pièces qui s'y trouvaient. Ainsi fit-il : il prenait chaque jour dix ou vingt pièces de la bourse, jusqu'à en remplir cinq ou six grands récipients ; et cette bourse, il la portait sous son vêtement jour et nuit, et le Chabbat et les jours de fête il la serrait dans un coffre qu'il fermait à clef, sans confier la clef à sa femme ni lui révéler la chose. Les gens s'étonnaient fort : comment cet homme s'était-il enrichi, et par quoi ? Et personne au monde n'en savait rien. Une fois, sa femme prit en cachette la clef du coffre et l'ouvrit pour voir ce qu'il contenait ; la bourse y était, elle l'ouvrit, compta les pièces qui s'y trouvaient et s'étonna en elle-même : pourquoi lui cachait-il ce coffre, puisqu'il ne s'y trouvait qu'une seule bourse pleine de pièces, de la valeur d'un centième des pièces qui lui étaient confiées à elle, et pourquoi tout cet émoi ? Elle dit à son mari : pourquoi me dissimulais-tu ce coffre ? Il ne s'y trouvait qu'une bourse de deux cents pièces d'or, alors que j'ai entre les mains plusieurs milliers de pièces ! Il frappa la paume contre la paume et dit : qu'as-tu fait ! L'affaire est ainsi et ainsi, et maintenant la bénédiction s'est retirée. Et il en fut ainsi : à partir de ce jour, ce qu'il prenait de la bourse ne se remplissait plus à sa place, et en dix prélèvements la bourse fut vide. Jusqu'ici ce que j'ai entendu. Or la aussi, le miracle de la bénédiction s'est fait à la manière du miracle survenu chez la femme de Tsarfat, comme nous l'avons dit.
💡 Explication

La fille annonce le miracle comme une bonne nouvelle ; le père y voit une dette. Sa réponse à deux temps : il déclare le blé hekdech à son égard, c'est-à-dire hors de son usage, puis il lui laisse la part qui revient à n'importe quel pauvre d'Israël.

Rachi rattache ce refus à un principe déjà posé en 20b : on ne tire pas profit d'un miracle, car ce qui est accordé de cette manière est déduit des mérites. Le Ben Yehoyada consacre à cette règle une longue discussion, en la comparant au miracle d'Eliahou chez la femme de Tsarfat.

🖼️ Schéma
Pourquoi refuser le blé du grenier Le fait Un zouz de blé jeté au grenier, qui déborde. La règle (Rachi, 20b) Le miracle reçu se déduit des mérites de l'homme. La décision Hekdech à ton égard ; ta part est celle d'une pauvre. La distinction du Ben Yehoyada Femme de Tsarfat : la cruche se recomplète à mesure, le miracle reste invisible à l'œil — on peut en profiter. Ici : une mesure devient dix mille, le miracle est visible — il refuse d'en profiter.
Le refus porte sur le blé venu du miracle ; la part achetée avec le zouz lui appartient, et c'est d'elle que sa femme peut prendre.
10
רַבִּי יְהוּדָה נְשִׂיאָה גְּזַר תַּעֲנִיתָא, בְּעָא רַחֲמֵי וְלָא אֲתָא מִיטְרָא. אָמַר: כַּמָּה אִיכָּא מִשְּׁמוּאֵל הָרָמָתִי לִיהוּדָה בֶּן גַּמְלִיאֵל! אוֹי לוֹ לַדּוֹר שֶׁכֵּן נִתְקַע, אוֹי לוֹ לְמִי שֶׁעָלְתָה בְּיָמָיו כָּךְ! חֲלַשׁ דַּעְתֵּיהּ וַאֲתָא מִיטְרָא.

Rabbi Yehouda Nessia décréta un jeûne, il implora miséricorde et la pluie ne vint pas. Il dit : quelle distance de Chemouel de Rama à Yehouda ben Gamliel !

Malheur à la génération qui en est fichée là, malheur à celui aux jours duquel cela est arrivé. Son esprit s'affaissa, et la pluie vint.

📜 Rachi (3)
רַבִּי יְהוּדָה נְשִׂיאָה הָיָה בְּנוֹ שֶׁל רַבָּן גַּמְלִיאֵל בַּר רַבִּי:
Rabbi Yehouda Nessia — il était le fils de Rabban Gamliel, fils de Rabbi.
לִשְׁמוּאֵל הָרָמָתִי שֶׁיּוֹרְדִין גְּשָׁמִים בִּשְׁבִילוֹ דִּכְתִיב הֲלֹא קְצִיר חִטִּים הַיּוֹם וְעַכְשָׁיו בָּאִין כָּל יִשְׂרָאֵל וְהִטִּילוּ עַל ר' יְהוּדָה בֶּן גַּמְלִיאֵל דְּצָוַוח וְלֵיכָּא דְּמַשְׁגַּח בֵּיהּ:
De Chemouel de Rama — pour qui la pluie descendait, ainsi qu'il est écrit : « n'est-ce pas aujourd'hui la moisson des blés ? » (I Chemouel 12, 17). Et maintenant tout Israël vient s'en remettre à Rabbi Yehouda ben Gamliel, qui crie sans que nul y prête attention.
שֶׁנִּתְקַע תָּקוּעַ:
Qui est fichée — plantée là comme un pieu.
🪔 Ben Yehoyada (1)
אוֹי לָדוּר שֶׁנִּתְקַע בְּכָךְ. נִרְאֶה לִי בס"ד תֵּיבַת 'כָּךְ' מוֹרֶה עַל זְמַן בִּיטּוּל מִצְוַת הַצְּדָקָה שֶׁכַּף הֶעָנִי פְּתוּחָה לוֹמַר תְּנוּ לִי! וְכַף הֶעָשִׁיר סְתוּמָה שֶׁאֵינוֹ נוֹתֵן, אֲבָל אִי אֶפְשָׁר לוֹמַר שֶׁאוֹתִיּוֹת כָּךְ מוֹרֶה עַל זְמַן שֶׁהֶעֱשִׁיר כַּפּוֹ פְּתוּחָה וְכַף הַמְקַבֵּל סְתוּמָה שֶׁאֵינוֹ רוֹצֶה לְקַבֵּל כִּי לֹא יֶחְדַּל אֶבְיוֹן מִקֶּרֶב הָאָרֶץ וְתָמִיד תִּמְצָא כַּף פְּתוּחָה לְקַבֵּל וְרַק הֶעָשִׁיר כַּפּוֹ סְתוּמָה לְבִלְתִּי יִתֵּן כְּלוּם. נִמְצָא תֵּיבַת 'כָּךְ' שֶׁהִיא כַּף סְתוּמָה וְכַף פְּתוּחָה מוֹרֶה שֶׁהֶעָנִי פְּתוּחָה יָדוֹ לְקַבֵּל וְהֶעָשִׁיר סְתוּמָה יָדוֹ לְבִלְתִּי יִתֵּן. וְלָכֵן בַּעֲבוּר בִּיטּוּל מִצְוַת הַצְּדָקָה הַגְּשָׁמִים נֶעְצָרִים מִדָּה כְּנֶגֶד מִדָּה הֵם נוֹהֲגִים שֶׁכַּף הֶעָנִי פְּתוּחָה לְקַבֵּל וְכַף הֶעָשִׁיר סְתוּמָה מִלִּיתֵּן כֵּן יִהְיֶה לָהֶם שֶׁפּוֹתְחִים יָדָם לְקַבֵּל שֶׁפַע הַמָּטָר וּמִן הַשָּׁמַיִם הַכַּף סְתוּמָה מִלִּיתֵּן מָטָר וְלָכֵן כְּשֶׁרָאָה שֶׁהִתְפַּלֵּל עַל הַגֶּשֶׁם וְלֹא נַעֲנָה אָמַר אוֹי לָדוּר שֶׁנִּתְקַע ב'כך' דַּיְיקָא דְּהַיְינוּ בְּבִיטּוּל מִצְוַת הַצְּדָקָה הָרָמוּז בְּאוֹתִיּוֹת 'כָּךְ' וְאָמַר שֶׁנִּתְקַע רוֹצֶה לוֹמַר שֶׁהֵם מַתְמִידִים בְּכָךְ וַאֲפִילּוּ בְּדֶרֶךְ מִקְרֶה אֵין נוֹתְנִים צְדָקָה.
« Malheur à la génération qui en est fichée là. » Il me semble, avec l'aide du Ciel, que le mot kakh désigne le temps où la mitsva de la tsedaka est délaissée : la paume du pauvre est ouverte, disant donnez-moi, et la paume du riche est fermée, car il ne donne pas. On ne saurait dire que les lettres kaf-kaf désignent un temps où la paume du riche serait ouverte et celle de celui qui reçoit fermée, parce qu'il ne voudrait pas recevoir, car « le pauvre ne disparaîtra pas du milieu du pays » et l'on trouve toujours une paume ouverte pour recevoir ; seule la paume du riche est fermée pour ne rien donner. Ainsi le mot kakh, qui est un kaf fermé et un kaf ouvert, indique que le pauvre a la main ouverte pour recevoir et que le riche a la main fermée pour ne pas donner. Et c'est pourquoi, du fait que la mitsva de la tsedaka est délaissée, les pluies sont retenues, mesure pour mesure : de même qu'ils agissent avec la paume du pauvre ouverte pour recevoir et la paume du riche fermée pour donner, ainsi en sera-t-il pour eux — ils ouvrent la main pour recevoir l'abondance de la pluie, et du Ciel la paume est fermée pour ne pas donner la pluie. Voyant donc qu'il avait prié pour la pluie sans être exaucé, il dit : malheur à la génération qui est fichée dans kakh — précisément, c'est-à-dire dans le délaissement de la mitsva de la tsedaka, indiqué par les lettres kakh. Et il dit « fichée », voulant dire qu'ils persistent en cela, et que pas même par hasard ils ne donnent la tsedaka.
⚖️ Rosh (1)
אָמַר שְׁמוּאֵל כָּל תַּעֲנִית שֶׁלֹּא קִבְּלוֹ עָלָיו מִבְּעוֹד יוֹם לָא שְׁמֵיהּ תַּעֲנִית. בְּתוֹסְ' עֲבוֹדָה זָרָה (דַּף לד. ) כָּתַב ה"ר יְהוּדָה בְּשֵׁם ר"ת זַ"ל אִם בְּדַעְתּוֹ לְהִתְעַנּוֹת מֵאֶתְמוֹל וְלֹא קִבֵּל עָלָיו בְּמִנְחָה אַךְ בְּלִבּוֹ הָיָה לְהִתְעַנּוֹת מֵאֶתְמוֹל אֶלָּא שֶׁלֹּא הוֹצִיאוֹ מִפִּיו מִיקְּרֵי שַׁפִּיר תַּעֲנִית דְּהָוֵי בִּכְלַל נְדִיב לֵב כִּדְאָמַר בְּפֶ' ג' דִּשְׁבוּעוֹת (דַּף כו:) דְּאִם גָּמַר בְּלִבּוֹ אע"פ שֶׁלֹּא הוֹצִיאוֹ בִּשְׂפָתָיו מוֹעִיל. וְאַף ע"ג דְּקָאָמַר הָתָם דִּלְעִנְיַן שְׁבוּעָה לָא מְהַנֵּי גְּמַר עַד שֶׁמּוֹצִיא בִּשְׂפָתָיו דִּכְתִיב לְבַטֵּא בִּשְׂפָתַיִם מִסְתַּבְּרָא דְּכָל עִנְיְנֵי נֶדֶר יָלְפִינַן מֵהֲדָדֵי דְּהָא גַּבֵּי צְדָקָה דָּרְשִׁינַן מוֹצָא שְׂפָתֶיךָ וְתִשְׁמֹור וּמוֹעִיל גָּמַר בְּלִבּוֹ וה"ה גַּבֵּי תַּעֲנִית וְהָא דְּבָעֲיָא קַבָּלָה בִּתְפִלַּת הַמִּנְחָה לְכַתְּחִלָּה הוּא דְּבָעֲיָא הָכִי וְלִישָּׁנָא דְּהַגְּמָרָא לֹא מַשְׁמַע הָכִי מִדְּקָאָמַר כָּל תַּעֲנִית שֶׁלֹּא קִבְּלוּ עָלָיו מִבְּעוֹד יוֹם לָא שְׁמֵיהּ תַּעֲנִית מַשְׁמַע שֶׁאֵין שֵׁם תַּעֲנִית עָלָיו כְּלָל לְהִתְפַּלֵּל עֲנֵינוּ וְלָצֵאת יְדֵי נִדְרוֹ ונ"ל דִּרְאָייַת ר"ת לֹא הָיְתָה אֶלָּא לְמִי שֶׁהִרְהֵר קַבָּלַת תַּעֲנִית בְּלִבּוֹ בִּתְפִלַּת מִנְחָה וְלֹא הוֹצִיאוֹ. מִדְּהֵבִיא רְאָיָה מִנְּדִיב לֵב וּמִצְּדָקָה דְּמַחֲשֶׁבֶת הַלֵּב הָוֵי כְּאִילּוּ הוֹצִיאוֹ בְּפִיו אֲבָל לֹא עָדִיף הִרְהוּר שֶׁיּוֹצֵא כָּל הַיּוֹם יוֹתֵר מֵהוֹצָאַת פִּיו וְאִם הִרְהֵר בִּשְׁעַת תְּפִלָּה לְעִנְיָן זֶה רְאָיָיתוֹ טוֹבָה וּנְכוּחָה וְקָרֵינָא בֵּיהּ שַׁפִּיר קַבָּלָה עָלָיו. אֵימָתַי מְקַבְּלָהּ אָמַר רַב בְּמִנְחָה כְּשֶׁיַּגִּיעַ זְמַן הַמִּנְחָה יֹאמַר הֲרֵינִי בְּתַעֲנִית יָחִיד לְמָחָר וּשְׁמוּאֵל אָמַר בִּתְפִלַּת הַמִּנְחָה פר"ח יֹאמַר בִּתְפִלַּת הַמִּנְחָה מָחָר אֶהְיֶה בְּתַעֲנִית יְהִי רָצוֹן שֶׁתְּהֵא תְּפִלָּתִי בְּיוֹם תַּעֲנִיתִי מְקֻובֶּלֶת וּבִשְׁאִלְתּוֹת דְּרַב אַחַאי פָּרָשַׁת וַיְחַל מְפָ' שֶׁיִּתְפַּלֵּל עֲנֵנוּ בִּתְפִלַּת הַמִּנְחָה וְלָא מַשְׁמַע הָכִי דְּרַב לָא קָאָמַר שֶׁיִּתְפַּלֵּל עֲנֵנוּ בִּתְפִלָּתוֹ וְכֵן לִשְׁמוּאֵל בִּתְפִלַּת הַמִּנְחָה. וְעוֹד דִּבְפֶ' בַּמֶּה מַדְלִיקִין (שַׁבָּת דַּף כד. ) לָא קָאָמַר דְּמִתְפַּלֵּל עֲנֵנוּ אֶלָּא עַרְבִית שַׁחֲרִית וּמִנְחָה. וְהִלְכְתָא כִּשְׁמוּאֵל מִשּׁוּם דא"ר יוֹסֵף כְּוָותֵיהּ דִּשְׁמוּאֵל מִסְתַּבְּרָא וְהָרָאָבָ"ד זַ"ל כָּתַב הָרַב פּוֹסֵק כִּשְׁמוּאֵל מִשּׁוּם דְּקָאָמַר רַב יוֹסֵף כְּוָותֵיהּ מִסְתַּבְּרָא וְלֹא מְחֻווָּר דְּלָא פְּסִיק הִלְכְתָא אֶלָּא מִסְתַּבְּרָא אָמַר וְדִקְדֵּק מִן הַבָּרַייְתָא מַאי לַָאו יְיַסְּרוּ עַצְמוֹ בְּצִלּוֹ. וְכֵיוָן דְּתַנְיָא בְּהֶדְיָא דְּלָא כְּרַב יוֹסֵף מְדַחֵי סְבָרָא דִּילֵיהּ. וְקַייְמָא שְׁמַעְתָּתָא בֵּין רַב וּשְׁמוּאֵל בְּקַיְימָא לַן הִלְכְתָא כְּרַב בְּאִיסּוּרֵי כֵּן נִרְאֶה לִי וְכֵן עַמָּא דְּבַר ולכ"ע הַסְכָּמַת צִיבּוּר לְהִתְעַנּוֹת א"צ קַבָּלָה לֹא בְּמִנְחָה וְלֹא בִּתְפִלָּה אֶלָּא שְׁלִיחַ צִבּוּר מַכְרִיז וְהַתַּעֲנִית מְקֻובָּל וּמִתְפַּלְּלִין תְּפִלַּת תַּעֲנִית וְאִיתָא לְהָא מִילְּתָא (בִּירֻושַּׁל') לְקַמָּן (תַּעֲנִית דַּף כֹּד) דָּר' יְהוּדָה נְשִׂיאָה גְּזַר תַּעֲנִיתָא א"ל רֵישׁ לָקִישׁ לְר' יוֹחָנָן וְהָא לָא קְבִילְנָא א"ל אַדְּבֵי רֵישׁ גָּלוּתָא סָמְכִינַן ע"כ דִּבְרֵי הָרַאֲבַ"ד זַ"ל:
« Chemouel a dit : tout jeûne que l'on n'a pas accepté sur soi dès la veille, du jour encore, n'a pas le nom de jeûne. » Dans les Tossefot de Avoda Zara (34a), le Rav Yehouda a écrit au nom de Rabbenou Tam, de mémoire bénie : si l'on avait l'intention de jeûner dès la veille et qu'on ne l'a pas accepté sur soi à min'ha, mais qu'on avait dans le cœur de jeûner dès la veille sans l'avoir prononcé de la bouche, cela s'appelle bien un jeûne, car cela entre dans la catégorie du « cœur généreux » (nediv lev), ainsi qu'il est dit au troisième chapitre de Chevouot (26b) : si l'on a décidé dans son cœur, même sans l'avoir prononcé des lèvres, cela est effectif. Et bien qu'il soit dit là-bas qu'en matière de serment la décision du cœur n'est pas effective tant qu'on ne l'a pas prononcée des lèvres, puisqu'il est écrit « pour prononcer des lèvres », il est logique que toutes les affaires de neder (vœu) s'apprennent l'une de l'autre : ainsi, pour la tsedaka, nous dérivons de « ce qui sort de tes lèvres, tu l'observeras » que la décision du cœur est effective, et il en va de même pour le jeûne ; quant à l'exigence d'une acceptation dans la prière de min'ha, c'est à priori qu'on l'exige ainsi. Mais la langue de la Guemara n'indique pas cela, puisqu'elle dit « tout jeûne que l'on n'a pas accepté sur soi dès la veille n'a pas le nom de jeûne », ce qui indique qu'il n'a aucunement le nom de jeûne, ni pour dire anenou dans la prière, ni pour s'acquitter de son vœu. Et il me semble que la preuve de Rabbenou Tam ne portait que sur celui qui a pensé en son cœur à l'acceptation du jeûne pendant la prière de min'ha sans la prononcer : car il tire preuve du « cœur généreux » et de la tsedaka, où la pensée du cœur vaut comme si on l'avait prononcée de la bouche ; mais une pensée éparse au long de la journée n'est pas supérieure à la parole prononcée, tandis que s'il y a pensé au moment de la prière, sur ce point sa preuve est bonne et juste, et l'on peut bien dire qu'il l'a accepté sur lui. « À quel moment l'accepte-t-il ? Rav dit : à min'ha » — lorsque arrive l'heure de min'ha, il dira : me voici en jeûne individuel pour demain. « Et Chemouel dit : dans la prière de min'ha » — Rabbenou 'Hananel explique : il dira dans la prière de min'ha, demain je serai en jeûne, que ce soit Ta volonté que ma prière au jour de mon jeûne soit agréée. Et dans les Chealtot de Rav A'haï, paracha Vaye'hal, il explique qu'il dira anenou dans la prière de min'ha ; mais cela ne ressort pas ainsi, car Rav n'a pas dit qu'il prie anenou dans sa prière, ni Chemouel non plus en disant « dans la prière de min'ha ». En outre, au chapitre Bame madlikin (Chabbat 24a), il n'est pas dit qu'il prie anenou sinon le soir, le matin et à min'ha. Et la halakha est comme Chemouel, parce que Rav Yossef a dit : il est logique de trancher comme Chemouel. Le Raavad, de mémoire bénie, a écrit : le Rav tranche comme Chemouel parce que Rav Yossef a dit qu'il est logique de trancher comme lui ; cela n'est pas clair, car il n'a pas tranché la halakha, il a seulement dit qu'il était logique, et il l'a déduit de la baraita : « n'est-ce pas qu'il s'afflige lui-même dans sa prière ? » ; et puisqu'il est enseigné explicitement dans une baraita autrement que Rav Yossef, sa déduction est écartée. La discussion demeure donc entre Rav et Chemouel, et nous tenons que la halakha est comme Rav en matière d'interdits. Ainsi me semble-t-il, et ainsi fait le peuple. Et de l'avis de tous, lorsque la communauté s'accorde pour jeûner, il n'est pas besoin d'acceptation, ni à min'ha ni dans la prière : le chalia'h tsibour proclame le jeûne, le jeûne est accepté, et l'on dit la prière du jeûne. Cette chose se trouve dans le Yerouchalmi, ci-dessous (Taanit 24a) : Rabbi Yehouda Nessia décréta un jeûne ; Rech Lakich dit à Rabbi Yo'hanan : mais nous ne l'avons pas accepté ! Il lui répondit : nous nous appuyons sur la maison du Rech Galouta. Jusqu'ici les paroles du Raavad, de mémoire bénie.
💡 Explication

Retour au sujet du traité. Le maître compare sa prière à celle de Chemouel de Rama, pour qui la pluie tomba en pleine moisson des blés, et se maudit lui-même ainsi que sa génération. La suite du récit tient en trois mots : 'halach daatei, son esprit s'affaissa, et aussitôt la pluie vient.

Le même enchaînement reviendra au segment 16 avec Rav Na'hman. L'abaissement intérieur du maître fait ce que la prière n'a pas fait.

🖼️ Schéma
Quand accepte-t-on un jeûne sur soi (Roch sur ce passage) Veille, min'ha Nuit Jour du jeûne Rav À l'heure de min'ha il dit : me voici en jeûne individuel pour demain. Chemouel Dans la prière de min'ha elle-même. Le Roch retient finalement Rav, la halakha suivant Rav dans les interdits. Jeûne décrété par la communauté Aucune acceptation préalable n'est requise : le chalia'h tsibour proclame, et le jeûne est accepté. C'est le point applique au segment 10 : nous sommes entraînés à la suite de la communauté.
Le Roch distingue l'acceptation du jeûne individuel, qui demande un acte la veille, et le jeûne public, qui entraîne sans acceptation.
11
דְּבֵי נְשִׂיאָה גְּזַר תַּעֲנִיתָא, וְלָא אוֹדְעִינְהוּ לְרַבִּי יוֹחָנָן וּלְרֵישׁ לָקִישׁ. לְצַפְרָא אוֹדְעִינְהוּ. אֲמַר לֵיהּ רֵישׁ לָקִישׁ לְרַבִּי יוֹחָנָן: הָא לָא קַבֵּילְנָא עֲלַן מֵאוּרְתָּא! אֲמַר לֵיהּ: אֲנַן בָּתְרַיְיהוּ גָּרְרִינַן.

La maison du Nassi décréta un jeûne sans en informer Rabbi Yo'hanan ni Rech Lakich. Au matin, on les en informa.

Rech Lakich dit à Rabbi Yo'hanan : mais nous ne l'avons pas accepté sur nous dès le soir ! Il lui répondit : nous sommes entraînés à leur suite.

📜 Rachi (2)
וְהָא לָא קַבְּלִינַן מֵאֶתְמוֹל בַּהֲדַיְיהוּ:
Mais nous ne l'avons pas accepté dès hier — avec eux.
גְּרִירִין (גְּרִירִינַן) גְּרוּרִין וּמִשּׂוֹכִין אָנוּ אַחֲרֵיהֶן וּכְמִי שֶׁקִּבַּלְנוּ עָלֵינוּ:
Entraînés — nous sommes traînés et tirés à leur suite, et c'est comme si nous l'avions accepté sur nous.
💡 Explication

Point de halakha au milieu des récits. La règle rappelée par le Roch au segment précédent veut qu'un jeûne individuel soit accepté la veille. Rech Lakich en tire l'objection ; Rabbi Yo'hanan répond que le jeûne public n'obéit pas à cette condition : anan batraihou garrinan, le particulier est entraîné à la suite de la communauté, comme s'il avait lui-même accepté.

12
דְּבֵי נְשִׂיאָה גְּזַר תַּעֲנִיתָא וְלָא אֲתָא מִיטְרָא. תְּנָא לְהוּ אוֹשַׁעְיָא זְעֵירָא דְּמִן חַבְרַיָּיא: ״וְהָיָה אִם מֵעֵינֵי הָעֵדָה נֶעֶשְׂתָה לִשְׁגָגָה״.

La maison du Nassi décréta un jeûne, et la pluie ne vint pas. Ochaya, le cadet de la compagnie, leur enseigna : « et s'il arrive que, aux yeux de l'assemblée, cela ait été fait par erreur » (Bamidbar 15, 24).

📜 Rachi (2)
זְעֵירָא דְמִן חַבְרַיָּא צָעִיר שֶׁבִּישִׁיבָה וְהַאי דְּקָרֵי לֵיהּ הָכִי מִשּׁוּם דְּאוֹשַׁעְיָא אַחֲרִינָא הֲוָה הָתָם:
Le cadet de la compagnie — le plus jeune de la yechiva. S'il est appelé ainsi, c'est parce qu'il y avait là un autre Ochaya.
מֵעֵינֵי הָעֵדָה זְקֵנִים מְאִירִי עֵינֵי הָעָם:
Aux yeux de l'assemblée — les anciens, qui éclairent les yeux du peuple.
💡 Explication

Ochaya lit le verset des fautes commises par erreur de manière littérale : meeinei haeda, « des yeux de l'assemblée », désigne les dirigeants. Le diagnostic est donc porte vers le haut, et le fait qu'il soit énoncé par le plus jeune de la maison d'étude, devant la maison du Nassi, en fait un acte grave, dont le segment 13 donnera la suite.

13
מָשָׁל לְכַלָּה שֶׁהִיא בְּבֵית אָבִיהָ. כָּל זְמַן שֶׁעֵינֶיהָ יָפוֹת — אֵין כָּל גּוּפָהּ צְרִיכָה בְּדִיקָה. עֵינֶיהָ טְרוּטוֹת — כָּל גּוּפָהּ צְרִיכָה בְּדִיקָה.

Une parabole : celle d'une fiancée qui se trouve dans la maison de son père. Tant que ses yeux sont beaux, son corps entier n'a pas besoin d'examen.

Si ses yeux sont chassieux, son corps entier demande un examen.

📜 Rachi (2)
בִּזְמַן שֶׁעֵינֶיהָ יָפוֹת אֵין כָּל גּוּפָהּ וְכוּ' דְּוַדַּאי כָּל גּוּפָהּ יָפֶה:
Tant que ses yeux sont beaux, son corps entier, etc. — car il est certain que tout son corps est beau.
אֵין עֵינֶיהָ יָפוֹת כּוּ' הוֹאִיל וְהָנְהוּ דְּבֵי נְשִׂיאָה דְּהָווּ עֵינֵי הָעֵדָה רְשָׁעִים דַּלַּת הָעָם אֵין צְרִיכִין לִבְדֹּוק מַה מַעֲשֵׂיהֶם לְכָךְ לָא מִשֶּׁגָּחוּ בְּהוּ מִן שָׁמַיִם:
Si ses yeux ne sont pas beaux, etc. — puisque ceux de la maison du Nassi, qui étaient les yeux de l'assemblée, sont mauvais, il n'y a pas lieu d'examiner les actes des petites gens ; c'est pour cela que du Ciel on ne leur a pas prêté attention.
🪔 Ben Yehoyada (1)
(בִּמְדַבֵּר טו, כד) "וְהָיָה אִם מֵעֵינֵי הָעֵדָה נֶעֶשְׂתָה לִשְׁגָגָה", מָשָׁל לְכַלָּה, בִּזְמַן שֶׁעֵינֶיהָ יָפוֹת, אֵין כָּל גּוּפָהּ צָרִיךְ בְּדִיקָה. קָשֶׁה וְכִי לֹא יֵשׁ עֵינֶיהָ יָפוֹת וּמְלֵאָה מוּמִין? וְנִרְאֶה לִי בס"ד קָאֵי עַל עֵין הַשֵּׂכֶל רוֹצֶה לוֹמַר עֵינַי שֶׁכָּלֶה פְּתוּחוֹת לְהַשְׁגִּיחַ עַל אֵיבָרִים שֶׁבְּגוּפָה שֶׁיִּהְיוּ מְנֻוקִּים וּמְקֻושָּׁטִים בְּכָל מִינֵי קִישּׁוּט דְּאָז אֲפִילּוּ אִם יֵשׁ בָּהֶם אֵיזֶה חִסָּרוֹן יְכַסֶּה עֲלֵיהֶם הַפִּרְכּוּס וְקִישּׁוּט שֶׁבָּהֶם. וְכֵן הַנִּמְשָׁל אִם הַנְּשִׂיאִים עֵינֵי הָעֵדָה פִּקְּחִים לְהַשְׁגִּיחַ עַל אַנְשֵׁי דּוֹרָם אֵין הֲמוֹן הָעָם צְרִיכִין בְּדִיקָה בְּיוֹם צָרָה וְתַחֲנוּנִים כַּנָּהוּג בְּתַעֲנִית צִיבּוּר דְּוַדַּאי טוֹבִים הֵם.
« Et s'il arrive que, aux yeux de l'assemblée, cela ait été fait par erreur » (Bamidbar 15, 24) — parabole d'une fiancée : tant que ses yeux sont beaux, son corps entier n'a pas besoin d'examen. » Difficulté : n'existe-t-il pas de femme aux beaux yeux et pleine de défauts ? Il me semble, avec l'aide du Ciel, que cela vise l'œil de l'intelligence, c'est-à-dire que les yeux de son intelligence sont ouverts pour veiller sur les membres de son corps, afin qu'ils soient nets et parés de toutes sortes de parures ; alors, même s'il s'y trouve quelque manque, l'apprêt et la parure le couvriront. De même pour ce à quoi la parabole renvoie : si les nessiim, qui sont les yeux de l'assemblée, sont clairvoyants pour veiller sur les gens de leur génération, le commun du peuple n'a pas besoin d'examen au jour de détresse et de supplications, comme il est d'usage lors d'un jeûne public, car ils sont assurément bons.
💡 Explication

La parabole donne la logique du verset. L'examen de la fiancée avant les noces commence par les yeux ; ce qu'ils montrent dispense du reste, dans un sens comme dans l'autre. Appliqué à la génération : lorsque les dirigeants sont en défaut, l'enquête sur le peuple devient inutile, et c'est ce qui explique que la prière reste sans réponse.

🖼️ Schéma
La parabole de la fiancée : les yeux dispensent de l'examen Yeux beaux Le corps entier n'a pas besoin d'examen. Nimchal : les dirigeants veillent, le peuple n'est pas mis en cause. Yeux chassieux Le corps entier demande un examen. Nimchal : la maison du Nassi est en cause, et du Ciel on ne répond pas. Le verset qui porte la parabole Et s'il arrive que, aux yeux de l'assemblée, cela ait été fait par erreur (Bamidbar 15, 24). Rachi : les yeux de l'assemblée sont les anciens, qui éclairent les yeux du peuple.
Le verset et la parabole se soutiennent : l'état des yeux vaut verdict sur l'ensemble.
14
אֲתוֹ עַבְדֵּיהּ וּרְמוֹ לֵיהּ סוּדָרָא בְּצַוְּארֵיהּ, וְקָא מְצַעֲרוֹ לֵיהּ. אֲמַרוּ לְהוּ בְּנֵי מָאתֵיהּ: שַׁבְקֵיהּ, דְּהָא נָמֵי מְצַעַר לַן. כֵּיוָן דַּחֲזֵינַן דְּכָל מִילֵּיהּ לְשׁוּם שָׁמַיִם, לָא אָמְרִינַן לֵיהּ מִידֵּי וְשָׁבְקִינַן לֵיהּ, אַתּוּן נָמֵי שִׁבְקוּהָ.

Les serviteurs vinrent, lui mirent un foulard au cou et le tourmentèrent. Les gens de sa ville leur dirent : laissez-le, car il nous cause de la peine à nous aussi ; mais puisque nous voyons que tout ce qu'il fait est pour le Ciel, nous ne lui disons rien et nous le laissons.

Vous aussi, laissez-le.

📜 Rachi (3)
אָתוּ עַבְדֵי דְּרֵישׁ גָּלוּתָא וְקָא מְצַעֲרוֹ לֵיהּ לְאוֹשַׁעְיָא:
Les serviteurs du Rech Galouta vinrent et le tourmentèrent — c'est-à-dire Ochaya.
אָמְרוּ לֵיהּ בְּנֵי מָתָא לְעַבְדֵי דְּבֵי נְשִׂיאָה:
Les gens de la ville leur dirent — aux serviteurs de la maison du Nassi.
מְצַעַר לָן מְחָרֵף וּמְגַדֵּף אוֹתָנוּ:
Il nous cause de la peine — il nous fait des reproches et nous invective.
💡 Explication

La défense des gens de la ville porte sur l'intention et non sur le contenu du reproche : ils confirment qu'Ochaya les blesse eux aussi, et ils demandent qu'on le laisse parce que tout ce qu'il fait est lechem chamayim, pour le Ciel. La sougya ferme ici le bloc de la maison du Nassi, sans que la pluie soit tombée.

15
רַבִּי גְּזַר תַּעֲנִיתָא וְלָא אֲתָא מִיטְרָא. נְחִית קַמֵּיהּ אִילְפָא (וְאָמְרִי לַהּ רַבִּי אִילְפֵי), אָמַר ״מַשִּׁיב הָרוּחַ״ וְנֵשֵׁב זִיקָא, ״מוֹרִיד הַגֶּשֶׁם״ וַאֲתָא מִיטְרָא. אֲמַר לֵיהּ: מַאי עוֹבְדָךְ? אֲמַר לֵיהּ: דָּיַירְנָא בְּקֻוסְטָא דְּחִיקָא דְּלֵית בֵּיהּ חַמְרָא לְקִידּוּשָׁא וְאַבְדַּלְתָּא. טָרַחְנָא (וְאָתֵינָא) [וּמַיְיתֵינָא] חַמְרָא לְקִידּוּשָׁא וְאַבְדָּלְתָּא, וּמַפֵּיקְנָא לְהוּ יְדֵי חוֹבְתַיְיהוּ.

Rabbi décréta un jeûne, et la pluie ne vint pas. Ilfa descendit devant lui — d'autres disent Rabbi Ilfi.

Il dit « Il fait souffler le vent », et le vent souffla ; « Il fait descendre la pluie », et la pluie vint. Il lui dit : quelles sont tes actions ?

Il lui répondit : j'habite dans un bourg démuni où il n'y a pas de vin pour le kidouch ni pour la havdala. Je me donne la peine d'apporter du vin pour le kidouch et la havdala, et je les acquitte ainsi de leur obligation.

📜 Rachi (3)
נְחִית קַמֵּיהּ לִפְנֵי הַתֵּיבָה:
Descendit devant lui — devant le pupitre, pour conduire la prière.
נִשָּׂא כְּמוֹ נֵשֵׁב:
Nacha — comme nachav, il souffla.
בְּקֻוסְטָא דְּחִיקָא בִּכְפָר דָּחוּק שֶׁיֵּשׁ בּוֹ עֲנִיּוּת בְּיוֹתֵר:
Dans un bourg démuni — dans un village à l'étroit, où la pauvreté est extrême.
🪔 Ben Yehoyada (1)
טָרַחְנָא וּמַיְתֵינָא חַמְרָא לְקִדּוּשָׁא וְאַבְדַּלְתָּא. נִרְאֶה לִי בס"ד מִדָּה כְּנֶגֶד מִדָּה הוּא עָשָׂה מִצְוָה בְּיַיִן שֶׁהוּא בְּסוֹד הַגְּבוּרָה כַּנּוֹדָע לָכֵן הַגְּשָׁמִים שֶׁהֵם בְּסוֹד הַגְּבוּרָה יָרְדוּ בִּזְכוּתוֹ דְּיָדוּעַ מַה שֶׁאָמַר לְעֵיל לָמָּה נִקְרְאוּ גְּבוּרוֹת גְּשָׁמִים? מִפְּנֵי שֶׁיּוֹרְדִים בִּגְבוּרָה! וּבְוַדַּאי זְכוּת רַבֵּינוּ הַקָּדוֹשׁ נְפִישׁ טוּבָא טְפֵי מֵאוֹתוֹ הָאִישׁ אֶלֶף פְּעָמִים וּבִכְלַל מָאתַיִם מָנֶה אַךְ רָצוּ מִן הַשָּׁמַיִם לְהוֹדִיעַ לִבְנֵי אָדָם כֹּחַ הַמִּצְוָה שֶׁל זְכוּת הָרַבִּים.
« Je me donne la peine d'apporter du vin pour le kidouch et la havdala. » Il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'il s'agit de mesure pour mesure : il a accompli une mitsva par le vin, qui relève du sod de la guevoura (la rigueur), comme on le sait ; c'est pourquoi les pluies, qui relèvent elles aussi du sod de la guevoura, sont descendues par son mérite, car on sait ce qui a été dit plus haut : pourquoi les pluies sont-elles appelées guevourot ? Parce qu'elles descendent avec force ! Assurément, le mérite de notre saint maître était mille fois plus grand que celui de cet homme, et deux cents contiennent cent ; mais du Ciel on a voulu faire connaître aux hommes la force de la mitsva qui procure un mérite au grand nombre.
💡 Explication

Le schéma du récit est fixe : le maître décrète, rien ne vient, un homme sans titre descend devant le pupitre et le ciel répond mot à mot — machiv harouah puis morid haguechem. La question de Rabbi, maï ovadakh, « quelles sont tes actions ? », est la formule qui ouvre ces récits.

Le mérite invoqué est un mérite du grand nombre : porter le vin permet à tout un bourg d'accomplir kidouch et havdala.

16
רַב אִיקְּלַע לְהָהוּא אַתְרָא, גְּזַר תַּעֲנִיתָא וְלָא אֲתָא מִיטְרָא. נְחֵית קַמֵּיהּ שְׁלִיחָא דְצִבּוּרָא, אָמַר ״מַשִּׁיב הָרוּחַ״ וְנֵשֵׁב זִיקָא, אָמַר ״מוֹרִיד הַגֶּשֶׁם״ וַאֲתָא מִיטְרָא. אֲמַר לֵיהּ: מַאי עוֹבְדָךְ? אֲמַר לֵיהּ: מִיקְּרֵי דַּרְדְּקֵי אֲנָא, וּמַקְרֵינָא לִבְנֵי עַנְיֵי כִּבְנֵי עַתִּירֵי. וְכֹל דְּלָא אֶפְשָׁר לֵיהּ — לָא שָׁקֵלְינָא מִינֵּיהּ מִידֵּי. וְאִית לִי פִּירָא דִכְווָרֵי, וְכָל מַאן דְּפָשַׁע מְשַׁחֵידְנָא לֵיהּ מִינַּייְהוּ, וּמְסַדְּרִינַן לֵיהּ וּמְפַייְּסִינַן לֵיהּ עַד דְּאָתֵי וְקָרֵי.

Rav arriva dans un certain lieu ; il décréta un jeûne, et la pluie ne vint pas. Le chalia'h tsibour descendit devant lui, il dit « Il fait souffler le vent », et le vent souffla ; il dit « Il fait descendre la pluie », et la pluie vint.

Il lui dit : quelles sont tes actions ? Il lui répondit : je suis maître d'école pour les jeunes enfants, et j'enseigne aux fils des pauvres comme aux fils des riches ; de celui qui ne peut pas payer, je ne prends rien.

J'ai un vivier de poissons, et tout enfant qui néglige ses études, je le gagne par un de ces poissons, je le remets dans l'ordre et je l'apaise, jusqu'à ce qu'il vienne et qu'il lise.

📜 Rachi (3)
פֵּירָא דִּכְוָורֵי מְחִילּוֹת שֶׁל דָּגִים:
Un vivier de poissons — des réservoirs à poissons.
כָּל מַאן דְּפָשַׁע דְּלָא בָּעֵי מִיקְּרֵי מְשַׁחֲדִינָא לֵיהּ כו':
Tout enfant qui néglige — qui ne veut pas lire : je le gagne par un présent, etc.
וּמְסַדְּרִינָא לֵיהּ וּמְפַיְּיסִינָא לֵיהּ מְתַקְּנָן כַּסֵּדֶר:
Je le remets dans l'ordre et je l'apaise — je le remets en ordre.
🪔 Ben Yehoyada (1)
מִיקְּרֵי דַּרְדְּקֵי אֲנָא, וּמַקְרֵינָא לִבְנֵי עַנְיֵי כִּבְנֵי עַתִּירֵי. נִרְאֶה לִי בס"ד מִדָּה כְּנֶגֶד מִדָּה הוּא הִשְׁוָה עֲנִיִּים וַעֲשִׁירִים בְּיַחַד יָבֹא הַמָּטָר בִּזְכוּתוֹ שֶׁהַמָּטָר מַשְׁקֶה הָעֲנִיִּים וְהָעֲשִׁירִים בְּהַשְׁוָואָה אַחַת. גַּם עוֹד בַּעֲבוּר שֶׁהוּא מְשַׁחֵד הַתִּינוֹקוֹת בְּדָגִים כְּדֵי שֶׁלֹּא יִצְטָרֵךְ לְהַכּוֹתָם יָבֹא הַמָּטָר בִּזְכוּתוֹ שֶׁהוּא שָׁלוֹם בָּעוֹלָם כִּי בַּעֲלֵי שָׂדוֹת וּכְרָמִים שֶׁמַּשְׁקִין מִן הַנָּהָר הֵם תָּמִיד בִּפְלֻוגְתָּא זֶה מַכֶּה אֶת זֶה בַּעֲבוּר הַמַּיִם שֶׁכָּל אֶחָד יִרְצֶה לְעַצְמוֹ אַךְ הַמָּטָר יוֹרֵד מִלְמַעְלָה עַל כָּל הַשָּׂדוֹת בְּהַשְׁוָואָה אַחַת וְאֵין אוֹמֵר וְאֵין דְּבָרִים. גַּם עוֹד הוּא שֶׁיִּחֵד הַתִּנּוֹקוֹת לִלְמֹוד תּוֹרָה בְּדָגִים שֶׁהֵם גְּדֵלִים בְּמַיִם וּמְכֻוסִּים מִן הָעַיִן כֵּן יָבֹא בִּזְכוּתוֹ הַגֶּשֶׁם שֶׁיּוֹצֵא מִן הָאֵידִים שֶׁבַּיָּם וּפְעֻולָּתוֹ מְכֻוסֶּה מֵעֵין הָאָדָם וְקַמָּא קַמָּא נִבְלָע בַּקַּרְקַע וְאֵינוֹ נִרְאֶה.
« Je suis maître d'école pour les jeunes enfants, et j'enseigne aux fils des pauvres comme aux fils des riches. » Il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'il s'agit de mesure pour mesure : il a mis pauvres et riches sur un pied d'égalité, aussi la pluie vient-elle par son mérite, elle qui abreuve pauvres et riches d'une seule et même mesure. De plus, parce qu'il gagne les enfants par des poissons pour n'avoir pas à les frapper, la pluie vient par son mérite, elle qui est paix dans le monde : les propriétaires de champs et de vignes qui arrosent depuis le fleuve sont toujours en dispute, l'un frappant l'autre à cause de l'eau, chacun la voulant pour soi ; la pluie, elle, descend d'en haut sur tous les champs d'une seule mesure, sans un mot et sans une querelle. De plus encore, il a gagné les enfants à l'étude de la Torah par des poissons, qui grandissent dans l'eau et sont dérobés à l'œil ; ainsi vient par son mérite la pluie, qui procède des vapeurs de la mer, dont l'action est dérobée à l'œil de l'homme, et qui est absorbée dans le sol à mesure, sans se voir.
💡 Explication

Même scénario qu'au segment précédent, avec un mérite différent. Le maître d'école énonce trois pratiques : l'égalité entre fils de pauvres et fils de riches, la gratuité pour qui ne peut pas payer, et l'usage d'un présent au lieu du coup pour ramener à l'étude l'enfant qui néglige.

Le Ben Yehoyada fait correspondre chacune de ces pratiques à un trait de la pluie elle-même.

🖼️ Schéma
Les trois correspondances du Ben Yehoyada Pratique du maître d'école Trait de la pluie Fils de pauvres et fils de riches reçoivent le même enseignement. Elle abreuve les champs des pauvres et ceux des riches d'une seule mesure. Un poisson offert plutôt qu'un coup, pour ramener l'enfant à l'étude. Elle est paix : l'eau du fleuve se dispute, la pluie tombe sur tous sans querelle. Il gagne les enfants par des poissons, qui grandissent cachés dans l'eau. Elle vient des vapeurs de la mer et se boit dans le sol, hors de la vue.
Chaque trait de la conduite du maître d'école trouve son répondant dans la manière dont la pluie tombe.
17
רַב נַחְמָן גְּזַר תַּעֲנִיתָא, בְּעָא רַחֲמֵי וְלָא אֲתָא מִיטְרָא, אֲמַר: שַׁקְלוּהָ לְנַחֲמָן, חֲבוּטוּ מִן גֻּודָּא לְאַרְעָא. חֲלַשׁ דַּעְתֵּיהּ וַאֲתָא מִיטְרָא.

Rav Na'hman décréta un jeûne, il implora miséricorde et la pluie ne vint pas. Il dit : prenez Na'hman et jetez-le du mur à terre.

Son esprit s'affaissa, et la pluie vint.

🪔 Ben Yehoyada (1)
שַׁקְלוּהָ לְנַחֲמָן וְשַׁדְיוּהָ מִגֻּודָּא לְאַרְעָא. יֵשׁ לְהַקְשׁוֹת לָמָּה אָמַר 'מִגֻּודָּא' דְּוַדַּאי לָא הֲוָה יָתֵיב אַגֻּודָּא! וַהֲוָה לֵיהּ לְמֵימַר שַׁדְיוּהָ מֵאִיגָּרָא לְאַרְעָא? וְנִרְאֶה לִי בס"ד דַּעֲצִירַת גְּשָׁמִים מִסִּיבַּת הָעֲוֹנוֹת שֶׁנַּעֲשׂוּ כְּכֹותֶל מַבְדִּיל בֵּין יִשְׂרָאֵל לַאֲבִיהֶם שֶׁבַּשָּׁמַיִם וּלְכָךְ צוֹעֲקִין וְאֵינָם נַעֲנִים כְּמוֹ שֶׁנֶּאֱמַר (יְשַׁעְיָהוּ נט, ב) כִּי אִם עֲוֹ‍נֹתֵיכֶם הָיוּ מַבְדִּלִים בֵּינֵכֶם לְבֵין אֱלֹקֵיכֶם, וְרַב נַחְמָן גָּזַר תַּעֲנִית וְאָמַר סְלִיחוֹת וּוִדּוּיִים כְּדֵי לִסְתּוֹר הַכֹּותֶל הַזֶּה שֶׁל הָעֲוֹנוֹת וְכֵיוָן דְּלָא נַעֲנָה בִּירִידַת גְּשָׁמִים, שְׁמַע מִינָּה דְּהַכֹּותֶל עוֹדֶנּוּ קַייָּם וּמַפְסִיק עַל כֵּן אָמַר ' שַׁדְיוּהָ לְנַחֲמָן מִגֻּודָּא לְאַרְעָא ' רוֹצֶה לוֹמַר מִן כֹּותֶל שֶׁל הָעֲוֹנוֹת שֶׁבָּא לְסָתְרוֹ וּלְהַפִּילוֹ וְלֹא נִסְתָּר אֶלָּא נִשְׁאַר עוֹמֵד בִּמְקוֹמוֹ. אוֹ יוּבָן הַחֲכָמִים נִקְרָאִים חוֹמָה, שֶׁהֵם כְּחוֹמָה לְיִשְׂרָאֵל לְהָגֵין עֲלֵיהֶם וְלָכֵן כֵּיוָן שֶׁלֹּא הָיָה כֹּחַ לְהָגֵין עֲלֵיהֶם בְּצָרָה זוֹ אָמַר שַׁדְיוּהָ מִגֻּודָּא רוֹצֶה לוֹמַר תַּשְׁלִיכוֹ אוֹתוֹ מִתֹּואַר הַגֻּודָּא שֶׁהָיָה לוֹ כִּי עַתָּה נִרְאֶה שֶׁאֵינוֹ חוֹמָה לְיִשְׂרָאֵל. אוֹ גֻּודָּא בְּהִפּוּךְ אַתָּווָן דּוֹאֵג שֶׁהָיָה לִבּוֹ דּוֹאֵג עַל צָרַת יִשְׂרָאֵל וְעַתָּה שֶׁלֹּא הוֹעִיל בִּתְפִלָּתוֹ כְּדֵי לָצֵאת מִדַּאֲגָתוֹ אָמַר 'שַׁדְיוּהָ מִגֻּודָּא' רוֹצֶה לוֹמַר תַּשְׁלִיכוֹ אוֹתוֹ מִדַּאֲגָתוֹ שֶׁעוֹמֵד בָּהּ עַד 'אַרְעָא' שֶׁלֹּא הוֹעִיל בְּדַאֲגָתוֹ כְּלוּם וְלֹא עָשָׂה תּוֹעֶלֶת בָּזֶה.
« Prenez Na'hman et jetez-le du mur à terre. » On peut objecter : pourquoi a-t-il dit « du mur », alors qu'assurément il n'était pas assis sur un mur ? Il aurait fallu dire : jetez-le du toit à terre. Il me semble, avec l'aide du Ciel, que la retenue des pluies vient des fautes, devenues comme une cloison qui sépare Israël de leur Père qui est au ciel ; c'est pourquoi ils crient sans être exaucés, comme il est dit (Yechaya 59, 2) : « ce sont vos fautes qui font séparation entre vous et votre D.ieu ». Rav Na'hman décréta un jeûne, dit des seli'hot et des confessions afin d'abattre cette cloison des fautes ; et puisqu'il ne fut pas exaucé par la descente des pluies, il en tira que la cloison subsistait encore et faisait écran. Il dit donc : jetez Na'hman du mur à terre, c'est-à-dire du mur des fautes qu'il était venu abattre et renverser, et qui est resté debout à sa place. On peut aussi l'entendre ainsi : les sages sont appelés muraille, car ils sont comme une muraille pour Israël, pour les protéger ; puisqu'il n'avait pas la force de les protéger dans cette détresse, il dit : jetez-le du mur, c'est-à-dire ôtez-lui le titre de muraille qu'il avait, car il apparaît maintenant qu'il n'est pas une muraille pour Israël. Ou encore : gouda, par interversion des lettres, donne doeg, l'inquiet, car son cœur s'inquiétait de la détresse d'Israël ; et maintenant que sa prière n'avait servi à rien, pour sortir de son inquiétude il dit « jetez-le du gouda », c'est-à-dire ôtez-le de l'inquiétude où il se tient, jusqu'à terre, puisque son inquiétude n'a servi à rien et qu'il n'en a tiré aucun profit.
💡 Explication

Le récit reprend exactement la forme du segment 9 : une parole d'auto-condamnation, puis 'halach daatei, son esprit s'affaissa, et la pluie vient. La formule « jetez-le du mur à terre » est la manière de Rav Na'hman de dire son inutilité.

Le Ben Yehoyada s'arrête sur le mot gouda, mur, et propose trois lectures : le mur des fautes qui fait séparation, le titre de muraille protectrice que le sage perd, et l'anagramme doeg, l'inquiet.

18
רַבָּה גְּזַר תַּעֲנִיתָא, בְּעָא רַחֲמֵי וְלָא אֲתָא מִיטְרָא. אָמְרוּ לֵיהּ: וְהָא רַב יְהוּדָה כִּי הֲוָה גָּזַר תַּעֲנִיתָא אֲתָא מִיטְרָא. אֲמַר לְהוּ: מַאי אַעֲבִיד? אִי מִשּׁוּם תַּנּוֹיֵי — אֲנַן עֲדִיפִינַן מִינַּייְהוּ, דְּבִשְׁנֵי דְּרַב יְהוּדָה כָּל תַּנּוֹיֵי

Rabba décréta un jeûne, il implora miséricorde et la pluie ne vint pas. On lui dit : pourtant, lorsque Rav Yehouda décrétait un jeûne, la pluie venait !

Il leur répondit : que puis-je faire ? Si c'est en raison de l'étude, nous leur sommes supérieurs, car dans les années de Rav Yehouda toute leur étude

💡 Explication

Dernier cas de la série, et le seul où le maître entreprend de rendre compte de l'écart. Rabba envisage d'abord l'explication par l'étude et l'écarte : sa génération étudie davantage. Le folio s'interrompt sur le premier membre de cette comparaison ; la suite, avec l'autre explication, se lit en 24b.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).