Taanit 24b — Quand la pluie répond : le soulier de Rav Yehouda, l'épreuve d'Ifra Hormiz en plein Tamouz, et le kav de caroubes de Rabbi Hanina ben Dossa

Taanit 24b

Sougya : Le folio achève la lamentation de Rabba ouverte en 24a : les anciens n'avaient d'étude étendue que dans un seul ordre de la Michna et la pluie tombait dès que Rav Yehouda retirait un soulier, tandis que la génération présente apprend les six ordres, crie tout le jour et n'est pas entendue. Suit une série de récits où la pluie vient pour des motifs qui ne relèvent d'aucune technique : un regard posé sur deux hommes qui se lancent du pain et qui déclenche la famine, un rêve rapporté au matin d'un jeûne à Hagronia, la honte de Rav Papa devant une remarque moqueuse.

Au centre se tient l'épreuve imposée par le roi Chapour à la demande de sa mère Ifra Hormiz : faire tomber la pluie en plein Tamouz, hors de sa saison ; Rava obtient une pluie si forte que les gouttières de Mehoza se déversent dans le Tigre, et son père lui reproche en rêve d'avoir importuné le Ciel à ce point. Le folio se termine sur Rabbi Hanina ben Dossa, dont une parole privée arrête la pluie puis la ramène, ce qui place Rav Yossef devant une question : que devient alors la prière du Cohen Gadol à Yom Kippour, qui demande justement que la prière des voyageurs n'entre pas devant Hachem ?

Taanit 24b : six récits de pluie, six ressorts différents à gauche le protagoniste, à droite ce qui fait effectivement tomber ou cesser la pluie Rav Yehouda seg. 2 à 3 Il retire UN soulier en signe d'affliction : la pluie vient aussitôt. Le second soulier aurait détruit le monde - Eliyahou l'arrête. Rav Mari b. fille de Chemouel seg. 4 Des anges déguisés en bateliers changent le sable en semoule. Consigne : ne pas acheter, on s'écarte du miracle quand on le peut. Rava a Hagronia seg. 5 Le jeûne seul ne suffit pas. Un rêve rapporté au matin signale un et ratson (temps de faveur) : on redemande, la pluie vient. Rava et Ifra Hormiz seg. 6 à 8 Pluie demandée hors saison, comme preuve devant la cour perse. Argument : nos pères ont raconté, nos yeux n'ont pas vu. Puis réprimande. Rav Papa seg. 9 Le jeûne et la prière ne donnent rien. Une remarque moqueuse le couvre de honte : le cœur se brise, et la pluie vient. R. Hanina ben Dossa seg. 10 à 13 Aucun jeûne, aucune assemblée : une phrase dite en chemin arrête la pluie, une phrase dite à la maison la ramène.
Les six épisodes du folio et le déclencheur réel de la pluie dans chacun.
L'enchaînement Rav Yehouda : du pain gaspillé au soulier retiré Deux hommes se lancent du pain Déduction : il y a de l'abondance dans le monde Il pose son regard : la famine Les Sages le font sortir par la porte du marché Un attroupement autour d'un panier de dattes Déduction : il y a famine dans le monde Premier soulier retiré : la pluie vient Second soulier : Eliyahou l'arrête - si tu retires l'autre, Je détruis le monde Ce qui agit ici n'est ni un jeûne décrété ni une assemblée de prière : c'est l'affliction personnelle du maître, et elle porte assez loin pour qu'un second geste devienne dangereux pour le monde entier.
Le circuit complet du récit de Rav Yehouda : le regard qui affame, le marché qui informe, le soulier qui fait pleuvoir.
Deux prières qui s'opposent : le Cohen Gadol contre le voyageur la question de Rav Yossef, segments 10 à 12 Le Cohen Gadol Yom Kippour, chambre extérieure, prière courte Demande : que l'année soit pluvieuse ; si elle est chaude, qu'elle soit aussi pluvieuse et couverte de rosée. Et que n'entre pas devant Toi la prière des voyageurs. Rabbi Hanina ben Dossa seul, en chemin, sans jeûne ni assemblée Le monde entier est à l'aise et Hanina est dans la peine. La pluie cesse. Arrive chez lui, il inverse : la pluie revient. vs Question de Rav Yossef : quelle efficacité a eue la prière du Cohen Gadol face à Rabbi Hanina ben Dossa ? Le Cohen Gadol a demandé que la prière du voyageur reste sans effet - et elle a pourtant été exaucée. Nafka mina La prière du grand prêtre porte sur l'intérêt général ; celle d'un juste isolé peut la traverser. Rachi le dit explicitement : Rabbi Hanina annule la prière du Cohen Gadol.
Le conflit reconnu par Rav Yossef entre la prière institutionnelle du Cohen Gadol et la prière privée du juste.
1
בִּנְזִיקִין הֲוָה, וַאֲנַן קָא מַתְנֵינַן בְּשִׁיתָּא סִדְרִין. וְכִי הֲוָה מָטֵי רַב יְהוּדָה בְּעֻוקְצִין ״הָאִשָּׁה שֶׁכּוֹבֶשֶׁת יָרָק בִּקְדֵירָה״, וְאָמְרִי לָהּ: ״זֵיתִים שֶׁכְּבָשָׁן בְּטַרְפֵיהֶן טְהוֹרִין״, אָמַר: הֲוָייוֹת דְּרַב וּשְׁמוּאֵל קָא חָזֵינָא הָכָא,

... portait sur Nezikin, tandis que nous, nous enseignons les six ordres. Et lorsque Rav Yehouda parvenait, dans Ouktsin, à « La femme qui met des légumes en saumure dans une marmite » — et certains rapportent : « Les olives que l'on a mises en saumure avec leurs feuilles sont pures » —, il disait : ce sont des difficultés de Rav et de Chemouel que je vois ici.

📜 Rachi (7)
ה"ג בִּנְזִיקִין הֲוָה לִמּוּדָם לֹא הָיָה גָּדוֹל אֶלָּא בְּסֵדֶר נְזִיקִין:
Telle est notre version. Leur étude n'avait d'étendue que dans l'ordre de Nezikin.
שֶׁכּוֹבֶשֶׁת יָרָק בִּקְדֵירָה בְּמַסֶּכֶת [טְהָרוֹת] הִיא בְּפֶ' שֵׁנִי (מ"א) גַּבֵּי יָדוֹת מַיְירֵי דקיי"ל (עֻוקְצִין פ"א מִשְׁנָה א) כָּל יְדוֹת הָאֳוכָלִין אִם נָגְעָה טֻומְאָה בָּהֶן נִטְמָא גַּם הָאֹוכֶל הַצָּרִיךְ לְיָדוֹת דְּיָד מַכְנִיס וּמוֹצִיא כִּדְאָמְרִינַן בְּהָעוֹר וְהָרֹוטֶב (חֻולִּין דַּף קיח.) מִכָּל הָאֹוכֶל לְרַבּוֹת הַיָּדוֹת וְקָתָנֵי הָתָם אִשָּׁה שֶׁהִיא כּוֹבֶשֶׁת יָרָק דְּיָדוֹת שֶׁלָּהֶן טְהוֹרִין דִּכְשֶׁהִיא עוֹצֶרֶת אוֹתָם הַיָּדוֹת מִשְׁתַּבְּרוֹת וא"א לִיטֹּול הַיְּרָקוֹת בַּיָּדוֹת שֶׁלָּהֶן שֶׁנִּשְׁמַט וְנִפְסַק הָאֹוכֶל מִן הַיָּד מֵחֲמַת כְּבִישָׁה:
Cette michna se trouve dans le traité Teharot, au chapitre deux (michna 1) ; elle traite des yadot, les prises non comestibles par lesquelles on saisit l'aliment. Car nous tenons pour règle (Ouktsin 1, 1) que, pour toutes les yadot des aliments, si une impureté les touche, l'aliment lui-même devient impur dès lors qu'il a besoin de ces prises ; car la yad fait entrer et fait sortir l'impureté, comme nous le disons au chapitre HaOr vehaRotev (Houlin 118a) : « de tout aliment » vient inclure les yadot. Et l'on enseigne là-bas : la femme qui met des légumes en saumure — leurs yadot sont pures, car lorsqu'elle les presse les prises se brisent et il devient impossible de saisir les légumes par elles, l'aliment se détachant et se séparant de la prise du fait de la saumure.
כּוֹבֶשֶׁת שול"ץ בְּלַעַ"ז עוֹצֶרֶת שֶׁיָּצָא הַמַּשְׁקֶה שֶׁלָּהֶן וְיָבְשׁוּ דֶּרֶךְ אִשָּׁה בְּכָךְ כּוֹבֶשֶׁת יָרָק מִמַּיִם שֶׁיִּשְׁתַּמְּרוּ לִזְמַן מְרֻובֶּה:
Elle met en saumure — chouls en langue vulgaire : elle presse pour que leur liquide sorte et qu'ils sèchent ; telle est la manière des femmes, elles conservent les légumes dans l'eau pour qu'ils se gardent longtemps.
וְאָמְרִי לָהּ כִּי מְטָא לְאִידָךְ בְּפֶרֶק שֵׁנִי (דְּעֻוקְצִין מִשְׁנָה א) זֵיתִים שֶׁכְּבָשָׁן בְּטַרְפֵיהֶן כְּתַרְגּוּמוֹ עָלֶה טָרְפָא (בְּרֵאשִׁית ח) עָלִין שֶׁלָּהֶן דְּהַיְינוּ יָדוֹת:
Et certains rapportent — lorsqu'il parvenait à l'autre michna, au chapitre deux d'Ouktsin (michna 1) : des olives que l'on a mises en saumure betarpehen, c'est-à-dire avec leurs feuilles, selon le Targoum qui rend ale, feuille, par tarfa (Berechit 8) ; et ces feuilles sont les yadot.
טְהוֹרִין הֶעָלִין וְהַקְּלָחִין:
Pures — les feuilles et les tiges.
טְהוֹרִין הַיָּדוֹת לְהָבִיא טֻומְאָה לָאֹוכֶל דְּתוּ לָא חֲזִי לְמֶהֱוֵי בֵּית יָד:
Pures — les yadot, au sens qu'elles ne transmettent plus l'impureté à l'aliment, puisqu'elles ne sont plus aptes à servir de prise.
הַווָּיוֹת דְּרַב וּשְׁמוּאֵל עֹומֶק גָּדוֹל וְלָא הֲוָה נְהִירָא לֵיהּ:
Les havayot de Rav et de Chemouel — une grande profondeur ; cela ne lui était pas clair.
💡 Explication

Rabba poursuit la comparaison ouverte au folio précédent entre les anciens et sa propre génération. L'argument est paradoxal : les anciens savaient moins et obtenaient plus. Leur compétence se limitait à l'ordre de Nezikin ; Rav Yehouda lui-même, arrivé au traité Ouktsin — le plus technique de la Michna, consacré aux yadot, ces parties non comestibles par lesquelles on tient un aliment et qui transmettent l'impureté — déclarait y trouver une profondeur comparable aux discussions les plus ardues de Rav et de Chemouel.

La michna citée enseigne que la femme qui met des légumes en saumure rend leurs prises pures : la pression et le sel brisent la tige, elle ne sert plus à saisir, donc elle cesse d'être une yad et ne véhicule plus l'impureté vers l'aliment.

🖼️ Schéma
La yad (prise) d'un aliment, et ce que la saumure lui fait Avant la mise en saumure okhel l'aliment yad : la tige ou la feuille par où l'on saisit tum la yad fait entrer l'impureté jusqu'à l'aliment Après la mise en saumure okhel la tige se brise, on ne peut plus saisir par elle elle n'est plus une yad : tehora, pure Ouktsin 2, 1 et Teharot 2, 1 - le traité où Rav Yehouda voyait des havayot de Rav et Chemouel
Pourquoi la saumure rend pures les feuilles des olives : la prise brisée cesse d'être une yad.
2
וַאֲנַן קָא מַתְנֵינַן בְּעֻוקְצִין תְּלֵיסַר מְתִיבָתָא. וְאִילּוּ רַב יְהוּדָה, כִּי הֲוָה שָׁלֵיף חַד מְסָאנָא — אָתֵי מִיטְרָא, וַאֲנַן קָא צָוְוחִינַן כֻּולֵּי יוֹמָא וְלֵיכָּא דְּאַשְׁגַּח בַּן. אִי מִשּׁוּם עֻובְדָּא, אִי אִיכָּא דַּחֲזָא מִידֵּי — לֵימָא, אֲבָל מַה יַעֲשׂוּ גְּדוֹלֵי הַדּוֹר שֶׁאֵין דּוֹרָן דּוֹמֶה יָפֶה.

Et nous, nous enseignons Ouktsin dans treize maisons d'étude. Et pourtant Rav Yehouda, lorsqu'il retirait un seul soulier, la pluie venait ; et nous, nous crions tout le jour et personne ne prête attention à nous.

Si c'est à cause d'une conduite fautive : s'il est quelqu'un qui a vu quoi que ce soit, qu'il le dise. Mais que peuvent faire les grands de la génération, lorsque leur génération n'est pas digne ?

📜 Rachi (3)
תְּלֵיסַר מְתִיבְתָּא שְׁלֹשׁ עֶשְׂרֵה יְשִׁיבוֹת אִיכָּא בְּהַךְ מָתָא דְּגָמְרִי מַסֶּכֶת עֻוקְצִין:
Treize maisons d'étude — il y a treize yechivot dans cette ville qui apprennent le traité Ouktsin.
כִּי הֲוָה שָׁלֵיף חַד מְסָאנָא מִשּׁוּם עִינּוּי:
Lorsqu'il retirait un seul soulier — en signe d'inouy, d'affliction.
דַּחֲזָא מִידִי חַס וְשָׁלוֹם בְּעוֹבְדֵי בִּישֵׁי:
Qui a vu quoi que ce soit — à D.ieu ne plaise, en fait de mauvaises actions.
💡 Explication

Rabba boucle son raisonnement : la génération présente a plus d'étude et moins de résultat. Il écarte ensuite l'explication la plus immédiate, celle d'une faute personnelle du chef, en s'offrant publiquement à la contradiction. Ce qui reste tient en une formule : le chef d'une génération ne peut pas obtenir à la place de sa génération ce que celle-ci ne mérite pas.

Le retrait du soulier est le signe rituel de l'inouy, l'affliction du jeûne public décrété pour la pluie (michna Taanit 1, 6). Le folio va maintenant raconter l'épisode auquel Rabba fait allusion.

3
רַב יְהוּדָה חֲזָא הָנְהוּ בֵּי תְרֵי דַּהֲווֹ קָא פָּרְצִי בְּרִיפְתָּא, אֲמַר: שְׁמַע מִינַּהּ אִיכָּא שִׂבְעָא בְּעָלְמָא, יָהֵיב עֵינֶיהָ — הֲוָה כַּפְנָא. אֲמַרוּ לֵיהּ רַבָּנַן לְרַב כָּהֲנָא בְּרֵיהּ דְּרַב נְחוּנְיָא שַׁמָּעֵיהּ: מַר דִּשְׁכִיחַ קַמֵּיהּ, נִיעַשְּׂייֵהּ דְּלִיפּוֹק בְּפִתְחָא דְּסָמוּךְ לְשׁוּקָא. עֲשִׂיָּיה וּנְפַק לְשׁוּקָא, חֲזָא כִּנּוּפְיָא,

Rav Yehouda vit deux hommes qui faisaient un usage débridé du pain. Il dit : j'en déduis qu'il y a de l'abondance dans le monde.

Il posa son regard — et ce fut la famine. Les maîtres dirent à Rav Kahana, fils de Rav Nehounia, son serviteur : le maître, qui se trouve d'ordinaire devant lui, qu'il l'amène à sortir par la porte proche du marché.

Il l'y amena, il sortit vers le marché, et il vit un attroupement.

📜 Rachi (2)
פָּרְצִי בְּרִיפְתָּא זוֹרְקִים אוֹתָם זֶה לָזֶה:
Ils faisaient un usage débridé du pain — ils se le lançaient l'un à l'autre.
נִיעַשְּׁיֵיהּ יַעֲשֶׂנּוּ שֶׁיֵּצֵא לַחוּץ:
Qu'il l'amène — qu'il fasse en sorte qu'il sorte au-dehors.
🪔 Ben Yehoyada (1)
יְהַב עֵינֶיהָ וַהֲוָה כַּפְנָא. נִרְאֶה לִי בס"ד הָעִנְיָן הָיָה כָּךְ כֵּיוָן שֶׁרָאָה שֶׁהֵם מְשַׂחֲקִים בְּלֶחֶם שֶׁמְּבַזִּים הַשֶּׁפַע שֶׁנָּתַן הקב"ה לִבְרִיּוֹתָיו רָצָה לְהַעֲנִישָׁם לְאֵלּוּ דַּוְקָא לְמַעֵט פַּרְנָסָתָם וְלִמְנֹועַ שֶׁפַע הַפַּרְנָסָה מֵהֶם וִיהַב עֵינֶיהָ רוֹצֶה לוֹמַר עֵין הַשֵּׂכֶל שֶׁלּוֹ שֶׁעָשָׂה כַּוָּנָה הַיְּדוּעָה לוֹ בְּדָבָר זֶה לִמְנֹועַ שֶׁפַע הַפַּרְנָסָה מֵאֵלּוּ הַמְבַזִּים אֶת הַשֶּׁפַע. וְאַף עַל פִּי שֶׁהוּא כִּיוֵּן רַק לְאֵלּוּ, עִם כָּל זֶה מֵחֲמַת שֶׁהָיָה אוֹתוֹ זְמַן קִטְרוּג לְמַעְלָה עַל אַנְשֵׁי הָעִיר הַהִיא וַאֲגַפֶּיהָ נִתְפַּשְּׁטָה כַּוָּנָתוֹ בִּמְנִיעַת הַשֶּׁפַע עַל כָּל אַנְשֵׁי הָעִיר וַאֲגַפֶּיהָ וּלְכָךְ הֲוָה כַּפְנָא בְּרֶגַע תֶּכֶף וּמִיָּד שֶׁלֹּא יֵרֵד מָטָר בָּעִיר הַהִיא וַאֲגַפֶּיהָ וְעָלָה הַשַּׁעַר פִּי שְׁלֹשָׁה! וְהַחֲכָמִים הִרְגִּישׁוּ בְּדָבָר זֶה וְהָיוּ יְרֵאִים לוֹמַר לוֹ כָּךְ וְכָךְ גָּרַמְתָּ בְּכַוָּנָה שֶׁלְּךָ! וְרָצוּ שֶׁתַּלְמִידוֹ יוֹצִיאוּ לַשּׁוּק וְיִרְאֶה בְּעֵינָיו הַכַּפְנָא דַּהֲוָה לְכָל הָעִיר וְאָז הוּא מֵאֵלָיו יַרְגִּישׁ בְּדָבָר זֶה שֶׁגָּרַם בְּכַוָּנָתוֹ הַהִיא כְּדֵי שֶׁיְּתַקֵּן הַדָּבָר, וְכֵן עָשָׂה דְּכַאֲשֶׁר רָאָה נֶאֱסָפִים עַל פְּסֹולֶת תְּמָרִים וְיָדַע דְּאִיכָּא כַּפְנָא הִרְגִּישׁ דְּכַוָּנָתוֹ שֶׁכֵּיוָן לִמְנֹועַ הַפַּרְנָסָה מֵאוֹתָם הַמְזַלְזְלִים בַּפַּת הָיְתָה גְּרָמָא לִמְנֹועַ שֶׁפַע הַפַּרְנָסָה לְכָל הָעִיר, אָז נִצְטַעֵר עַל זֹאת שֶׁגָּרַם צַעַר וְנֶזֶק לְאַנְשֵׁי הָעִיר כֻּולָּם וּלְכָךְ אָמַר לְשַׁמָּעֵיהּ שֶׁיַּחֲלֹוץ מִנְעָלָיו לֵילֵךְ יָחֵף כְּדֵי לְקַבֵּל צַעַר עַל עַצְמוֹ וְלָאו בִּשְׁבִיל יְרִידַת הַגֶּשֶׁם עָשָׂה כֵּן דְּאֵין חוֹלְצִין מִנְעָל אֶלָּא בִּגְזֵירַת תַּעֲנִית וְכָאן עֲדַייִן לֹא גָּזְרוּ תַּעֲנִית וְגַם לֹא עָמְדוּ בִּתְפִלָּה לְבַקֵּשׁ רַחֲמִים וּמִשּׁוּם דַּהֲוָה חָבִיב קַמֵּי קֻודְשָׁא בְּרִיךְ הוּא לֹא רָצָה השי"ת שֶׁיִּצְטַעֵר אֲפִילּוּ צַעַר מוּעָט וְתֵכֶף שְׁלַח אֶת אֵלִיָּהוּ זָכוּר לַטּוֹב אֵלָיו וּמְנָעוֹ וְאָמַר לוֹ אִם יַחֲלֹוץ הַשֵּׁנִי אָז תִּתְהַפֵּךְ יְרִידַת הַמָּטָר לִקְלָלָה שֶׁיַּחֲרִיב הָעִיר! וּבְזוֹ הַהַצָּעָה שֶׁכָּתַבְתִּי יִתְיַשְּׁבוּ כַּמָּה דִּקְדּוּקִים בְּמַאֲמַר וְיִתְיַשֵּׁב הַמַּאֲמָר לְנָכוֹן בְּעֶזְרַת הַשֵּׁם יִתְבָּרַךְ.
« Il posa son regard et ce fut la famine. » Il me semble, avec l'aide du Ciel, que la chose s'est passée ainsi. Dès lors qu'il vit qu'ils jouaient avec du pain, méprisant l'abondance que le Saint béni soit-Il donne à Ses créatures, il voulut punir ceux-là précisément, en réduisant leur subsistance et en retenant sur eux le flux de la parnassa. « Il posa son regard » veut dire l'œil de son intellect : il forma la kavana qu'il connaissait pour cette affaire, afin de retenir le flux de la subsistance à ceux qui méprisaient l'abondance. Et bien qu'il n'eût visé qu'eux, comme il y avait en ce temps-là une accusation en haut contre les habitants de cette ville et de ses environs, son intention s'étendit, dans la rétention du flux, à tous les habitants de la ville et de ses environs ; c'est pourquoi ce fut la famine à l'instant même, aussitôt : la pluie ne tomba pas dans cette ville et ses environs, et les prix triplèrent. Les Sages sentirent la chose et craignaient de lui dire : voilà ce que tu as causé par ton intention ! Ils voulurent que son disciple le fasse sortir au marché afin qu'il voie de ses yeux la famine qui frappait toute la ville, et qu'il sente alors de lui-même ce que sa kavana avait causé, pour qu'il y porte remède. Ainsi fut fait : lorsqu'il vit des gens attroupés autour de résidus de dattes et qu'il sut qu'il y avait famine, il comprit que l'intention formée contre ceux qui méprisaient le pain avait entraîné la rétention du flux de la subsistance pour toute la ville. Il s'affligea alors d'avoir causé peine et dommage à tous les habitants de la ville, et c'est pourquoi il dit à son serviteur de lui ôter ses souliers, pour marcher pieds nus et prendre sur lui de la souffrance. Il ne fit pas cela pour faire tomber la pluie, car on ne retire ses souliers que lors d'un jeûne décrété, et ici l'on n'avait pas encore décrété de jeûne ni ne s'était tenu en prière pour demander miséricorde. Et parce qu'il était cher devant le Saint béni soit-Il, Hachem ne voulut pas qu'il souffre même une peine légère : aussitôt Il envoya vers lui Eliyahou, de mémoire bénie, qui l'en empêcha et lui dit que s'il retirait le second soulier, la venue de la pluie se changerait en malédiction qui détruirait la ville. Par la mise en place que je viens d'écrire, plusieurs difficultés de ce passage se résolvent et le passage s'établit correctement, avec l'aide de D.ieu béni soit-Il.
💡 Explication

Le folio explique maintenant la référence au soulier de Rav Yehouda. Le point de départ est un raisonnement du maître : un usage débridé du pain prouve qu'il y a assez pour tous. Le regard posé sur le monde — expression que le Talmud emploie ailleurs pour une sanction produite par la seule attention d'un juste — provoque la famine.

La suite est un petit trait de sagesse pratique : les Sages n'osent pas dire au maître ce qu'il a déclenché, et choisissent de le lui faire constater. Ils passent par son serviteur habituel, seul à pouvoir orienter sa sortie sans que le procédé soit visible.

4
אֲמַר לְהוּ: מַאי הַאי? אָמְרוּ לֵיהּ: אַכֻּוסְפָּא דְּתַמְרֵי קָייְמִי דְּקָא מִזְדַּבַּן. אָמַר: שְׁמַע מִינַּהּ כַּפְנָא בְּעָלְמָא, אֲמַר לֵיהּ לְשַׁמָּעֵיהּ: שְׁלוֹף לִי מִסָּאנְיִי. שְׁלַף לֵיהּ חַד מְסָאנָא וַאֲתָא מִיטְרָא. כִּי מְטָא לְמִישְׁלַף אַחֲרִינָא, אֲתָא אֵלִיָּהוּ וַאֲמַר לֵיהּ: אָמַר הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא: אִי שֶׁלְּפַת אַחַרְיַנָא — מְחָרֵיבְנָא לְעָלְמָא.

Il leur dit : qu'est-ce que ceci ? Ils lui dirent : nous nous tenons auprès d'un panier de dattes qui est à vendre.

Il dit : j'en déduis qu'il y a famine dans le monde. Il dit à son serviteur : retire-moi mes souliers.

Il lui retira un soulier et la pluie vint. Comme il venait à retirer l'autre, Eliyahou vint et lui dit : le Saint béni soit-Il a dit — si tu retires l'autre, Je détruis le monde.

📜 Rachi (1)
אַכֻּוסְפָּא דְּתַמְרֵי עַל כְּלִי מָלֵא תְּמָרִים אוֹ פְּסֹולֶת שֶׁל תְּמָרִים:
Auprès d'un kouspa de dattes — auprès d'un récipient plein de dattes, ou bien des résidus de dattes.
💡 Explication

L'indice est économique : une foule se presse autour d'un seul panier de dattes, denrée ordinaire et de peu de valeur. Rav Yehouda en tire la conclusion inverse de la précédente et agit aussitôt.

Le geste du soulier retiré est ici personnel et non liturgique — aucun jeûne n'a été décrété, le Ben Yehoyada y insiste. La réponse du Ciel est immédiate, et le second geste est arrêté avant d'être accompli : la mesure d'affliction d'un seul homme suffirait à ruiner le monde par excès de pluie.

🖼️ Schéma
Un soulier, deux souliers : l'échelle de l'affliction Premier soulier retiré La pluie vient aussitôt un seul homme, hors de tout jeûne décrété et de toute assemblée mesure : suffisante Second soulier : arrêté Eliyahou intervient Si tu retires l'autre, Je détruis le monde mesure : destructrice
L'affliction d'un juste est une grandeur graduée : le premier geste fait pleuvoir, le second noierait le monde.
5
אֲמַר רַב מָרִי בְּרָהּ דְּבַת שְׁמוּאֵל: אֲנָא הֲוָה קָאֵימְנָא אַגֻּודָּא דִּנְהַר פָּפָּא, חֲזַאי לְמַלְאֲכֵי דְּאִידְּמוֹ לְמַלָּחֵי דְּקָא מַייְתִי חָלָא וּמְלוֹנְהוּ לְאַרְבֵּי, וַהֲוָה קִמְחָא דִּסְמִידָא. אֲתוֹ כֻּולֵּי עָלְמָא לְמִיזְבַּן, אָמֵינָא לְהוּ: מֵהָא לָא תִּיזְבְּנוּן דְּמַעֲשֵׂה נִסִּים הוּא, לִמְחַר אָתְיָין אַרְבֵי דְּחִיטֵּי דְּפַרְזִינָא.

Rav Mari, fils de la fille de Chemouel, dit : je me tenais sur la rive du fleuve Papa. Je vis des anges qui avaient pris l'apparence de bateliers : ils apportaient du sable et en remplissaient les bateaux, et cela devenait de la fleur de farine.

Tout le monde vint en acheter. Je leur dis : n'achetez pas de celle-ci, car c'est une œuvre de miracles ; demain viendront des bateaux de blé de Parzina.

📜 Rachi (5)
קָאֵימְנָא אַנְּהַר פָּפָּא הַהוּא יוֹמָא דַּעֲבַד רַב יְהוּדָה הָכִי:
Je me tenais au bord du fleuve Papa — ce jour-là même où Rav Yehouda agit ainsi.
חַלָּא חוֹל:
Hala — du sable.
דִּסְמִידָא סֹולֶת וְהֵן עַצְמָן מוֹכְרִין אוֹתוֹ:
De semida — de la fleur de farine, la solet ; et ce sont eux-mêmes qui la vendaient.
אֲמַר לְהוּ מַעֲשֵׂה נִסִּים כו' וּבְמַה דְּאֶפְשָׁר לְהִתְרַחֵק מִמַּעֲשֵׂה נִסִּים יוֹתֵר טוֹב וְנָכוֹן:
Il leur dit : c'est une œuvre de miracles, etc. — et dans la mesure du possible, s'écarter de ce qui procède du miracle est meilleur et plus juste.
דְּפַרְזִינָא מָקוֹם:
De Parzina — un nom de lieu.
🪔 Ben Yehoyada (1)
דְּקָא מִיתוּ חַלָּא וּמִלְּיִוְּנָהוּ לְאָרְבִי, וַהֲוָה קִימְחָא דִּסְמִידָא. הָא דְּהֵבִיא חוֹל וְהִפְּכוּהוּ לְקֶמַח וְלֹא הֵבִיאוּ עָפָר, לִרְמֹוז עַל זְכוּת רַב יְהוּדָה כִּי הַצַּדִּיק הוּא מֵגֵין עַל הָעוֹלָם כְּחוֹל אֲשֶׁר הוּא מֵגֵין לְעוֹלָם מִן הַיָּם כְּמוֹ שֶׁנֶּאֱמַר (יִרְמְיָהוּ ה, כב) 'אֲשֶׁר שַׂמְתִּי חוֹל גְּבוּל לַיָּם חָק עוֹלָם וְלֹא יַעַבְרֶנְהוּ' וְרָמַז בָּזֶה שֶׁבִּזְכוּת רַב יְהוּדָה נֶהְפַּךְ הָרָעָב לְשֶׁבַע. וְעוֹד נִרְאֶה לִי בס"ד רֶמֶז עַל זְכוּת תּוֹרָה שֶׁבְּעַל פֶּה שֶׁהִיא שְׁמוֹנָה דַּרְגִין שֶׁהֵם: כָּשֵׁר וּפָסוּל וְאָסוּר וּמֻותָּר וְחַייָּב וְזַכַּאי וְטָמֵא וְטָהוֹר, שֶׁהָיָה עוֹסֵק בָּהּ רַב יְהוּדָה בְּאַהֲבָה וְחִיבָּה וּכְמוֹ שֶׁנֶּאֱמַר (תְּהִלִּים קיט, צז) מֶה אָהַבְתִּי תּוֹרָתֶךָ, (תְּהִלִּים קיט, קסה) שָׁלוֹם רָב לְאֹהֲבֵי תוֹרָתֶךָ, וְלָכֵן שְׁמוֹנָה פְּעָמִים אַהֲבָה כְּנֶגֶד שְׁמוֹנָה דַּרְגִין הוּא עוֹלֶה מִסְפַּר ק"ד [13×8=104] וְאִם תּוֹסִיף מִסְפַּר ק"ד עַל מִסְפַּר חוֹל [44] יַעֲלֶה מִסְפַּר קֶמַח [148] לָכֵן בִּזְכוּת רַב יְהוּדָה נֶהְפַּךְ הַחוֹל לְקֶמַח וְהֻונַּח בִּסְפִינָה כִּי עוֹלָם הַזֶּה נִמְשָׁל לִסְפִינָה וּכְמוֹ שֶׁאָמְרוּ הַמְפָרְשִׁים בְּמַאֲמַר רַבָּה בַּר רַב חַנָּה.
« Ils apportaient du sable et en remplissaient les bateaux, et cela devenait de la fleur de farine. » S'ils apportèrent du sable pour le changer en farine, plutôt que de la terre, c'est pour faire allusion au mérite de Rav Yehouda : le juste protège le monde comme le sable le protège de la mer, ainsi qu'il est dit (Yirmiya 5, 22) : « Moi qui ai posé le sable comme limite à la mer, loi éternelle qu'elle ne franchira pas. » Il est ainsi fait allusion à ce que, par le mérite de Rav Yehouda, la famine se changea en abondance. Il me semble encore, avec l'aide du Ciel, qu'il y a là une allusion au mérite de la Torah orale, laquelle comporte huit degrés : cachere et passoul, interdit et permis, coupable et acquitté, impur et pur. Rav Yehouda s'y adonnait avec amour et attachement, selon ce qui est dit (Tehilim 119, 97) « Combien j'aime Ta Torah », et (Tehilim 119, 165) « Paix abondante pour ceux qui aiment Ta Torah ». C'est pourquoi huit fois ahava, amour, dont la valeur est treize, en correspondance des huit degrés, donne le nombre cent quatre ; et si tu ajoutes cent quatre au nombre de hol, le sable, qui est quarante-quatre, tu obtiens le nombre de kemah, la farine, qui est cent quarante-huit. C'est pourquoi, par le mérite de Rav Yehouda, le sable se changea en farine et fut déposé dans un bateau, car ce monde-ci est comparé à un bateau, comme l'ont dit les commentateurs à propos des récits de Rabba bar bar Hana.
💡 Explication

Le témoignage de Rav Mari date l'épisode et le prolonge : le jour même, un secours miraculeux apparaît sur le fleuve. La consigne qu'il donne est la règle d'enseignement du passage : quand une voie naturelle existe, on s'abstient de vivre du miracle.

Deux raisons sont données ailleurs dans le Talmud pour cette retenue : le miracle consomme le mérite de celui qui en bénéficie, et ce qui est produit par miracle n'a pas de statut assuré dans l'ordre ordinaire des biens. Rachi retient ici la formule la plus simple : s'en écarter est meilleur et plus juste.

6
רָבָא אִיקְּלַע לְהַגְרוּנְיָא, גְּזַר תַּעֲנִיתָא וְלָא אֲתָא מִיטְרָא. אֲמַר לְהוּ: בִּיתוּ כֻּולֵּי עָלְמָא בְּתַעֲנִיתַייְכוּ. לְמָחָר אֲמַר לְהוּ: מִי אִיכָּא דַּחֲזָא חֶילְמָא — לֵימָא. אֲמַר לְהוּ רַבִּי אֶלְעָזָר מֵהַגְרוֹנְיָא, לְדִידִי אַקְרְיוּן בְּחֶלְמֵי: שְׁלָם טָב לְרַב טָב מֵרִיבּוֹן טָב, דְּמִטּוֹבִיָּה מֵטִיב לְעִמֵּיהּ. אָמַר: שְׁמַע מִינַּהּ עֵת רָצוֹן הִיא (מִבָּעֵי רַחֲמֵי). בְּעוֹ רַחֲמֵי וְאָתֵי מִיטְרָא.

Rava se trouva à Hagronia. Il décréta un jeûne et la pluie ne vint pas.

Il leur dit : passez tous la nuit dans votre jeûne. Le lendemain il leur dit : s'il en est un qui a vu un rêve, qu'il le dise.

Rabbi Elazar de Hagronia leur dit : à moi il a été récité en rêve : « Bon salut au bon maître, de la part du bon Maître, qui par Sa bonté fait du bien à Son peuple. » Il dit : j'en déduis que c'est un temps de faveur (et qu'il faut demander miséricorde). Ils demandèrent miséricorde et la pluie vint.

📜 Rachi (1)
אַקְרוּן הִקְרוּנִי הָיִיתִי קוֹרֵא בַּחֲלוֹמִי:
Akrion — on m'a fait lire : je lisais dans mon rêve.
🪔 Ben Yehoyada (1)
שְׁלָם טָב לְרַב טָב מֵרִבּוֹן טָב דְּמִטּוּבֵהּ מֵטֵיב לְעַמֵּיהּ. נִרְאֶה לִי בס"ד עַל פִּי מַה שֶׁאָמַר בַּזֹּוהַר הַקָּדוֹשׁ בְּהַךְ עֻובְדָּא דְּבָאוּ הַחֲכָמִים אֵצֶל רַשְׁבִּ"י בִּשְׁבִיל עֲצִירַת גְּשָׁמִים דְּאֵין הַגְּשָׁמִים יוֹרְדִין אֶלָּא אִם כֵּן נַעֲשָׂה זִוּוּג עֶלְיוֹן בַּמִּידּוֹת לְמַעְלָה עַייֵּן שָׁם, וְלָזֶה אָמַר דְּמִטּוֹבִיָּה אוֹטִיב לְעִמֵּיהּ.
« Bon salut au bon maître, de la part du bon Maître, qui par Sa bonté fait du bien à Son peuple. » Il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'il faut l'expliquer d'après ce que dit le saint Zohar dans ce récit où les Sages vinrent auprès de Rabbi Chimon bar Yohai au sujet de la rétention des pluies : les pluies ne descendent que si s'accomplit en haut le zivoug, l'union dans les midot, les mesures supérieures — vois-y. C'est pourquoi il est dit : « qui par Sa bonté fait du bien à Son peuple ».
💡 Explication

Le jeûne décrété n'a rien donné. Rava prolonge alors l'abstention pendant la nuit et interroge la communauté au matin sur les rêves — procédé reconnu pour lire l'état du jugement d'en haut.

La phrase reçue en rêve est un salut araméen dont chaque terme répète le mot tov, bon. Rava y lit un signe de et ratson, un moment de faveur, et fait reprendre la demande au moment où elle peut passer.

7
הָהוּא גַּבְרָא דְּאִיחַייַּב נְגָדָא בְּבֵי דִינָא דְּרָבָא מִשּׁוּם דִּבְעַל נָכְרִית. נַגְּדֵיהּ רָבָא וּמִית. אִשְׁתְּמַע מִילְּתָא בֵּי שַׁבּוּר מַלְכָּא, בְּעָא לְצַעוֹרֵי לְרָבָא. אֲמַרָה לֵיהּ אִיפְרָא הוֹרְמִיז אִימֵּיהּ דְּשַׁבּוּר מַלְכָּא לִבְרַהּ: לָא לֶיהֱוֵי לָךְ עֵסֶק דְּבָרִים בַּהֲדֵי יְהוּדָאֵי, דְּכֹל מָאן דְּבָעַיִין מִמָּרַיְיהוּ יָהֵיב לְהוּ.

Un homme fut condamné à la flagellation par le tribunal de Rava pour avoir eu commerce avec une non-juive. Rava le fit flageller et il mourut.

La chose fut entendue à la maison du roi Chapour, qui voulut faire du mal à Rava. Ifra Hormiz, mère du roi Chapour, dit à son fils : n'aie pas d'affaire avec les Juifs, car tout ce qu'ils demandent à leur Maître, Il le leur donne.

📜 Rachi (2)
נִגְדָּא מַלְקוּת:
Nigda — la flagellation.
אִיפְרָא הוּרְמִיז כָּךְ שְׁמָהּ אִיפְרָא חֵן יֹופִי שֵׁדִים הָיָה לָהּ:
Ifra Hormiz — tel était son nom ; ifra veut dire grâce et beauté ; elle avait des chedim, des démons, à son service.
💡 Explication

Le récit change de registre et devient politique. Un tribunal juif a infligé une peine corporelle qui a entraîné la mort : la couronne perse y voit l'exercice d'un pouvoir capital sans autorisation royale.

L'intervention d'Ifra Hormiz, la reine mère, repose sur un argument d'intérêt : nuire aux Juifs expose à une puissance dont elle a constaté les effets. C'est cette affirmation que le roi va précisément mettre à l'épreuve.

8
אֲמַר לָהּ: מַאי הִיא? בָּעַיִן רַחֲמֵי וְאָתֵי מִיטְרָא. אֲמַר לָהּ: הַהוּא מִשּׁוּם דְּזִימְנָא דְּמִיטְרָא הוּא. אֶלָּא לִבְעוֹ רַחֲמֵי הָאִידָּנָא בִּתְקוּפַת תַּמּוּז, וְלַיְּתֵי מִיטְרָא. שִׁלְּחָהּ לֵיהּ לְרָבָא: כַּוֵּין דַּעְתָּךְ וּבְעִי רַחֲמֵי דְּלֵיתֵי מִיטְרָא. בָּעֵי רַחֲמֵי וְלָא אָתֵי מִיטְרָא.

Il lui dit : qu'est-ce donc ? — Ils demandent miséricorde et la pluie vient. Il lui dit : cela n'est que parce que c'est la saison des pluies.

Mais qu'ils demandent donc miséricorde maintenant, à la période de Tamouz, et que la pluie vienne. Elle envoya dire à Rava : dirige ton intention et demande miséricorde pour que la pluie vienne.

Il demanda miséricorde et la pluie ne vint pas.

📜 Rachi (4)
מַאי הִיא מַאי עֲבִיד לְהוּ:
Qu'est-ce donc — que fait-Il pour eux ?
אָמְרָה לֵיהּ דְּכָל אֵימַת דְּבָעֵי מִיטְרָא:
Elle lui dit — que chaque fois qu'ils demandent la pluie, elle vient.
זִימְנָא דְּמִיטְרָא הוּא וַאֲפִילּוּ לָא בָּעוּ נָמֵי אָתֵי מִיטְרָא:
C'est la saison des pluies — et même s'ils ne demandaient pas, la pluie viendrait.
שִׁלְּחָהּ לֵיהּ לְרָבָא דְּרָחֲמָא לֵיהּ לְרָבָא:
Elle envoya dire à Rava — car elle avait de l'affection pour Rava.
💡 Explication

L'objection du roi est une objection de méthode, et elle est bonne : une corrélation entre la prière et la pluie ne prouve rien quand la pluie est de saison. Il exige donc une expérience discriminante — la pluie au cœur de l'été, quand aucune cause naturelle ne l'explique.

La demande adressée à Rava porte sur la kavana, la concentration de l'intention. Le premier essai échoue, ce qui laisse la preuve en suspens et rend le verset du segment suivant décisif.

9
אָמַר לְפָנָיו: רִבּוֹנוֹ שֶׁל עוֹלָם! ״אֱ-לֹהִים בְּאָזְנֵינוּ שָׁמַעְנוּ אֲבוֹתֵינוּ סִפְּרוּ לָנוּ פֹּעַל פָּעַלְתָּ בִימֵיהֶם בִּימֵי קֶדֶם״, וְאָנוּ בְּעֵינֵינוּ לֹא רָאִינוּ! אֲתָא מִיטְרָא עַד דִּשְׁפוּךְ מַרְזְבֵי דְמָחוֹזָא לְדִיגְלַת. אֲתָא אֲבוּהּ אִיתְחֲזִי לֵיהּ בְּחֶלְמֵיהּ וַאֲמַר לֵיהּ: מִי אִיכָּא דְּמַיטְרַח קַמֵּי שְׁמַיָּא כֻּולֵּי הַאי? אֲמַר לֵיהּ: שְׁנֵי דֻּוכְתִּיךְ. שְׁנֵי דֻּוכְתֵּיהּ, לִמְחַר אַשְׁכְּחֵיהּ דְּמִרְשַׁם פֻּורְייֵהּ בְּסַכִּינֵי.

Il dit devant Lui : Maître du monde ! « D.ieu, de nos oreilles nous avons entendu, nos pères nous ont raconté l'œuvre que Tu as accomplie en leurs jours, aux jours d'autrefois » — et nous, de nos yeux, nous n'avons pas vu !

La pluie vint jusqu'à ce que les gouttières de Mehoza se déversent dans le Tigre. Son père vint lui apparaître en rêve et lui dit : est-il quelqu'un qui importune le Ciel à ce point ?

Il lui dit : change de place. Il changea de place ; le lendemain, il trouva son lit entaillé par des couteaux.

📜 Rachi (5)
אֲבוֹתֵינוּ סִפְּרוּ לָנוּ פֹּועַל פָּעַלְתָּ בִימֵיהֶם בִּימֵי קֶדֶם שֶׁהָיִיתָ מַפְלִיא לָהֶם נִסִּים:
« Nos pères nous ont raconté l'œuvre que Tu as accomplie en leurs jours, aux jours d'autrefois » — que Tu accomplissais pour eux des miracles extraordinaires.
עַד דְּשָׁפֵיךְ מַרְזְבֵי דְּצִיפּוֹרִי שֶׁקִּילְּחוּ מַיִם מִן הַמַּרְזְיבוֹת עַד שֶׁשּׁוֹטְפִין בַּחוּצוֹת וְיוֹרְדִין וְשׁוֹפְכִין:
Jusqu'à ce que les gouttières de Tsipori se déversent — car l'eau jaillissait des gouttières au point d'inonder les rues, de descendre et de se répandre.
לְדִיגְלַת לִנְהַר חִדֶּקֶל:
Ledigla — dans le fleuve Hidekel, le Tigre.
אַשְּׁנֵי מִטָּתְךָ אַל תִּשְׁכַּב בְּמִטָּתְךָ הַלַּיְלָה:
Change ta couche — ne dors pas dans ton lit cette nuit.
בְּסַכִּינֵי שֶׁרָצוּ שֵׁדִים לְהָורְגוֹ וְחָתְכוּ אֶת מִטָּתוֹ וְהַיְינוּ דְּאָמְרִי' בִּשְׁחִיטַת חֻולִּין בְּפֶרֶק הַזְּרוֹעַ (חֻולִּין דַּף קלג.) וְלִיקְרְיוּהּ לְרָבָא רָבָא נָזוּף הָיָה לֹא מָצִינוּ לוֹ נְזִיפָה בְּכָל הַשַּׁ"ס אֶלָּא בְּזֶה הַמַּעֲשֶׂה כְּשֶׁבִּיקֵּשׁ הַגְּשָׁמִים בְּתַמּוּז שֶׁלֹּא לְצֹורֶךְ:
Par des couteaux — car des chedim avaient voulu le tuer et ont taillé son lit. Et c'est à cela que se rapporte ce que nous disons dans Houlin, au chapitre HaZeroa (Houlin 133a) : « qu'on le fasse donc lire devant Rava ! » — Rava était sous le coup d'une nezifa, d'une réprimande. On ne trouve nulle part ailleurs dans tout le Talmud qu'il ait été repris, sinon dans ce récit, lorsqu'il demanda les pluies au mois de Tamouz sans nécessité.
🪔 Ben Yehoyada (1)
מִי אִיכָּא דְּמַטְרַח קַמֵּי שְׁמַיָּא כֻּולֵּי הַאי. קָשֶׁה וְכִי רָבָא עָשָׂה לִכְבוֹד עַצְמוֹ דָּבָר זֶה? וַהֲלֹא אִם הַמֶּלֶךְ דִּבְּרָה טוֹב בַּעֲבוּר כָּל הַיְּהוּדִים שֶׁאָמְרָה לַמֶּלֶךְ לָא לֶהֱוֵי לָךְ עֵסֶק בַּהֲדֵי יְהוּדָאֵי דְּכֹל מָאן דְּבָעַיִין מִמָּרַיְיהוּ עֲבִיד לְהוּ! וְהַמֶּלֶךְ הִכְחִישׁ בָּזֶה וְהִסְכִּים לַעֲשׂוֹת נִסָּיוֹן בִּירִידַת הַמָּטָר שֶׁלֹּא בִּזְמַנּוֹ וְזֶה הַנִּסָּיוֹן יִהְיֶה בִּנְיַן אָב וִיסוֹד מְיֻוסָּד שֶׁלֹּא לְהָרַע לַיְּהוּדִים כְּלָל וְעִיקָּר מִכָּאן וּלְהַבָּא וְאֵינוֹ בִּשְׁבִיל רָבָא לְבַדּוֹ, וְאִם לֹא יַעֲלֶה הַנִּסָּיוֹן וַדַּאי יִצְמַח רָעָה חַס וְשָׁלוֹם לְיִשְׂרָאֵל מִכָּאן וּלְהַבָּא שֶׁלֹּא יִהְיֶה חוֹשֵׁשׁ מִגְּזֵירוֹת רָעוֹת אֲשֶׁר יִגְזֹור עֲלֵיהֶם, וְלָמָּה הֲוָה רִתְחָא עַל רָבָא? וְנִרְאֶה לִי בס"ד דְּרָבָא בִּקֵּשׁ גְּשָׁמִים מְרֻובִּין כַּאֲשֶׁר יָרְדוּ בִּימֵי שְׁמוּאֵל כְּדֵי לְפַרְסֵם הַנֵּס בְּיוֹתֵר וּבִשְׁבִיל קִיּוּם הַנִּסָּיוֹן הָיָה דַּי לֵירֵד מָטָר מְעַט וְלָכֵן הוֹכִיחוֹ אָבִיו מִי אִיכָּא דְּמַטְרַח קַמֵּי שְׁמַיָּא כֻּולֵּי הַאי? רוֹצֶה לוֹמַר לְבַקֵּשׁ גְּשָׁמִים מְרֻובִּים מְאֹד שֶׁלֹּא לְצֹורֶךְ כִּי אִם רַק לְיַפּוֹת הַנֵּס לַעֲשׂוֹתוֹ כַּאֲשֶׁר הָיָה בִּזְמַן שְׁמוּאֵל הַנָּבִיא ע"ה בְּאוֹמְרוֹ (תְּהִלִּים מד, ב) בְּאָזְנֵינוּ שָׁמַעְנוּ וּבְעֵינֵינוּ לֹא רָאִינוּ, דִּלְכָךְ אֲתָא מִטְרָא עַד דִּשְׁפוּךְ מַרְזְבֵי דְמָחוֹזָא לְדִגְלַת.
« Est-il quelqu'un qui importune le Ciel à ce point ? » Il y a une difficulté : Rava aurait-il agi ainsi pour son propre honneur ? La reine avait parlé en faveur de tous les Juifs en disant au roi : n'aie pas d'affaire avec les Juifs, car tout ce qu'ils demandent à leur Maître, Il le fait pour eux. Le roi le contesta et consentit à une épreuve : une chute de pluie hors de sa saison. Cette épreuve devait servir de principe et de fondement pour qu'on ne fasse plus jamais de mal aux Juifs à l'avenir ; elle n'était donc pas pour Rava seul. Et si l'épreuve échouait, il en serait sorti à coup sur du mal, à D.ieu ne plaise, pour Israël désormais, car le roi n'aurait plus craint d'édicter contre eux de mauvais décrets. Pourquoi donc y eut-il de la colère contre Rava ? Il me semble, avec l'aide du Ciel, que Rava demanda des pluies abondantes, comme celles qui tombèrent aux jours de Chemouel, afin de rendre le miracle plus manifeste encore ; or, pour la validité de l'épreuve, un peu de pluie aurait suffi. C'est pourquoi son père le reprit : est-il quelqu'un qui importune le Ciel à ce point ? — c'est-à-dire demander des pluies très abondantes sans nécessité, seulement pour embellir le miracle et le faire tel qu'il fut au temps de Chemouel le prophète, la paix soit sur lui, en disant (Tehilim 44, 2) « de nos oreilles nous avons entendu, et de nos yeux nous n'avons pas vu ». C'est pour cela que la pluie vint jusqu'à ce que les gouttières de Mehoza se déversent dans le Tigre.
💡 Explication

Rava ne demande pas une faveur pour lui-même : il place devant le Ciel le verset des Tehilim qui oppose ce que les pères ont entendu à ce que la génération présente n'a pas vu. C'est l'argument même de Rabba au début du folio, retourné en requête.

La réponse dépasse la demande : les gouttières de Mehoza se vident dans le Tigre. Le père de Rava vient lui reprocher en rêve d'avoir importuné le Ciel, et Rachi note que c'est le seul endroit du Talmud où Rava soit dit nazouf, sous le coup d'une réprimande. L'avertissement donné en rêve lui sauve la vie : le lit où il aurait dû dormir est retrouvé tailladé.

🖼️ Schéma
L'épreuve imposée par la cour perse, et son coût Ifra Hormiz : tout ce qu'ils demandent, Il le leur donne Objection du roi : la pluie tombe parce que c'est la saison Test discriminant : de la pluie en Tamouz Première demande de Rava : rien la kavana seule ne suffit pas Le verset de Tehilim 44, 2 : nos yeux n'ont pas vu Pluie surabondante : les gouttières de Mehoza se déversent dans le Tigre Réprimande du père en rêve, et le lit tailladé au matin Lecture du Ben Yehoyada : l'épreuve était légitime, la démesure de la pluie ne l'était pas - un peu aurait suffi.
De l'argument d'Ifra Hormiz à la nezifa de Rava : une preuve obtenue, mais payée.
10
רַב פָּפָּא גְּזַר תַּעֲנִיתָא וְלָא אֲתָא מִיטְרָא. חַלָּשׁ לִיבֵּיהּ, שְׂרַף פִּינְכָּא דְּדַייְסָא וּבָעֵי רַחֲמֵי וְלָא אֲתָא מִיטְרָא. אֲמַר לֵיהּ רַב נַחְמָן בַּר אֻושְׁפַּזְתִּי: אִי שָׂרֵיף מָר פִּינְכָּא אַחֲרִיתִי דְּדַיְיסָא אָתֵי מִיטְרָא. אִיכְּסִיף, וְחַלָּשׁ דַּעְתֵּיהּ, וַאֲתָא מִיטְרָא.

Rav Papa décréta un jeûne et la pluie ne vint pas. Son cœur défaillit : il avala une écuelle de bouillie, puis demanda miséricorde, et la pluie ne vint pas.

Rav Nahman bar Ouchpazti lui dit : si le maître avalé une autre écuelle de bouillie, la pluie viendra. Il fut couvert de honte, son esprit s'affligea — et la pluie vint.

📜 Rachi (2)
הָכִי גָּרְסִינַן ר"פ גְּזַר תַּעֲנִיתָא חָלַשׁ לִבֵּיהּ טְעִים מִידִי בְּעָא רַחֲמֵי וְלָא אֲתָא מִיטְרָא:
Telle est notre version : Rav Papa décréta un jeûne, son cœur défaillit, il goûta quelque chose, il demanda miséricorde et la pluie ne vint pas.
אִי שְׂרִיף מַר חֲדָא פִּינְכָּא דְּדַיְיסָא מִלְּשׁוֹן שׂוֹרְפָהּ חַיָּה (ע"ז דַּף כט:) פִּינְכָּא מָלֵא כַּף כְּמוֹ מְלַחֵיךְ פִּינְכֵי (פְּסָחִים דַּף מט.) דַּייְסָא טריי"ס בְּלַעַ"ז וּלְחוֹכָא קָאָמַר לֵיהּ הָכִי מִשּׁוּם דִּטְעֵים בְּרֵישָׁא וַהֲדַר בְּעָא רַחֲמֵי:
Si le maître avalé une écuelle de bouillie — du même terme que « il l'avalé crue » (Avoda Zara 29b) ; pinka, le contenu d'une cuillère, comme dans « il lèche les écuelles » (Pessahim 49a) ; daissa, treies en langue vulgaire, de la bouillie. Et c'est par moquerie qu'il lui parla ainsi, puisqu'il avait d'abord goûté et n'avait demandé miséricorde qu'ensuite.
💡 Explication

Le trait est une pointe ironique : Rav Papa a interrompu son jeûne avant de prier, et son collègue le lui fait sentir en feignant de lui conseiller un second plat. La remarque est une moquerie, Rachi le dit sans détour.

Ce qui fait tomber la pluie est ce qui suit la moquerie : la honte publique et l'abattement de l'esprit. La séquence prolonge la logique du folio — ce sont les états du cœur, non les procédures, qui sont entendus.

11
רַבִּי חֲנִינָא בֶּן דּוֹסָא הֲוָה קָא אָזֵיל בְּאוֹרְחָא, אֲתָא מִיטְרָא. אָמַר לְפָנָיו: רִבּוֹנוֹ שֶׁל עוֹלָם, כָּל הָעוֹלָם כֻּולּוֹ בְּנַחַת, וַחֲנִינָא בְּצַעַר! פָּסַק מִיטְרָא. כִּי מְטָא לְבֵיתֵיהּ, אָמַר לְפָנָיו: רִבּוֹנוֹ שֶׁל עוֹלָם, כָּל הָעוֹלָם כֻּולּוֹ בְּצַעַר וַחֲנִינָא בְּנַחַת? אֲתָא מִיטְרָא.

Rabbi Hanina ben Dossa allait en chemin ; la pluie vint. Il dit devant Lui : Maître du monde, le monde entier est à l'aise et Hanina est dans la peine !

La pluie cessa. Lorsqu'il arriva chez lui, il dit devant Lui : Maître du monde, le monde entier est dans la peine et Hanina est à l'aise ?

La pluie vint.

📜 Rachi (3)
רַבִּי חֲנִינָא בֶּן דּוֹסָא תַּנָּא הוּא:
Rabbi Hanina ben Dossa — il est un Tana.
כָּל הָעוֹלָם כֻּולּוֹ בְּצַעַר שֶׁמְּבַקְּשִׁין מַיִם לִשְׂדוֹתֵיהֶן:
Le monde entier est dans la peine — car ils réclament de l'eau pour leurs champs.
בְּנַחַת שֶׁאֲנִי יוֹשֵׁב בְּבֵיתִי וְאֵינִי צָרִיךְ לִגְשָׁמִים לְפִי שֶׁאֵין לִי שָׂדוֹת:
À l'aise — car je suis assis dans ma maison et je n'ai pas besoin des pluies, n'ayant pas de champs.
🪔 Ben Yehoyada (1)
כָּל הָעוֹלָם כֻּלּוֹ בְּנַחַת וַחֲנִינָא בְּצַעַר. נִרְאֶה לִי אָמַר כֵּן לָאו דְּהִקְפִּיד עַל צַעֲרוֹ, אֶלָּא רָצָה שֶׁיִּפָּסֵק הַמָּטָר בִּדְבָרוֹ וְיַחֲזֹור וִיבִיאֶנּוּ עַל יְדֵי תְּפִלָּתוֹ וְכֵיוָן שֶׁבָּא עַל יְדֵי תְּפִלָּתוֹ יָבֹא בְּרָצוֹן וּבְרָכָה. וּמַה שֶׁחָזַר וְאָמַר וַחֲנִינָא בְּצַעַר נִרְאֶה לִי הַכַּוָּנָה דִּשְׁאָר עֲנִיִּים אַף עַל פִּי שֶׁאֵין לָהֶם שָׂדוֹת וּזְרָעִים עֲצֵבִים בִּפְסִיקַת הַגְּשָׁמִים מִפְּנֵי יֹוקֶר הַלֶּחֶם אַךְ הוּא דַּי לוֹ בְּקַב חָרוּבִין מֵעֶרֶב שַׁבָּת לְעֶרֶב שַׁבָּת וְאֵינוֹ אוֹכֵל לֶחֶם וְלָא אִכְפַּת לוֹ בְּיֹוקֶר.
« Le monde entier est à l'aise et Hanina est dans la peine. » Il me semble qu'il parla ainsi non parce qu'il tenait à sa propre gêne, mais parce qu'il voulait que la pluie s'arrête par sa parole, puis qu'il la ramène par sa prière : venant par sa prière, elle viendrait avec faveur et bénédiction. Quant à ce qu'il dit ensuite, « et Hanina est dans la peine », il me semble que l'intention est celle-ci : les autres pauvres, bien qu'ils n'aient ni champs ni semailles, s'attristent de l'arrêt des pluies à cause de la cherté du pain ; mais lui, un kav de caroubes lui suffisait d'une veille de Chabbat à l'autre, il ne mangeait pas de pain et la cherté ne le touchait pas.
💡 Explication

Deux phrases symétriques, aucune formule de prière, aucun jeûne : Rabbi Hanina parle et le régime des pluies suit. Rachi précise la raison pour laquelle il est hors du besoin général — il ne possède pas de champs.

La seconde phrase corrige la première et la rend acceptable : il refuse un privilège obtenu au détriment de tous. Le Ben Yehoyada va plus loin et lit la première phrase comme un moyen — arrêter la pluie pour la faire revenir par la prière, donc avec faveur.

12
אָמַר רַב יוֹסֵף: מַאי אַהְנְיָא לֵיהּ צְלוֹתָא דְּכֹהֵן גָּדוֹל לְגַבֵּי רַבִּי חֲנִינָא בֶּן דּוֹסָא. דִּתְנַן: הָיָה מִתְפַּלֵּל תְּפִלָּה קְצָרָה בַּבַּיִת הַחִיצוֹן. מַאי מְצַלֵּי? רָבִין בַּר אַדָּא וְרָבָא בַּר אַדָּא דְּאָמְרִי תַּרְוַיְיהוּ מִשְּׁמֵיהּ דְּרַב יְהוּדָה: יְהִי רָצוֹן מִלְּפָנֶיךָ ה׳ אֱ-לֹהֵינוּ שֶׁתְּהֵא הַשָּׁנָה הַזּוֹ גְּשׁוּמָה וּשְׁחוּנָה. שְׁחוּנָה מְעַלַּיְיתָא הִיא? אַדְּרַבָּה, גְּרִיעוּתָא הִיא!

Rav Yossef dit : quelle efficacité a eue la prière du Cohen Gadol face à Rabbi Hanina ben Dossa ? Car nous avons appris : il récitait une courte prière dans la chambre extérieure.

Que priait-il ? Ravin bar Ada et Rava bar Ada disent tous deux au nom de Rav Yehouda : que ce soit Ta volonté, Hachem notre D.ieu, que cette année soit pluvieuse et chaude. — « Chaude » serait-il une bonne chose ?

Au contraire, c'est un défaut !

📜 Rachi (2)
מַאי אַהְנְיָא לֵיהּ צְלוֹתֵיהּ דְּכֹהֵן גָּדוֹל כְּשֶׁהָיָה מִתְפַּלֵּל תְּפִלָּה קְצָרָה בְּיוֹם הַכִּפּוּרִים שֶׁהָיָה אוֹמֵר אַל יִכָּנֵס לְפָנֶיךָ תְּפִלַּת עוֹבְרֵי דְּרָכִים דְּר' חֲנִינָא מְבַטֵּל לֵיהּ לִצְלוֹתֵיהּ דְּכֹהֵן גָּדוֹל שאעפ"כ שָׁמַע הקב"ה תְּפִלָּתוֹ וּפְסִיק מִיטְרָא:
Quelle efficacité a eue la prière du Cohen Gadol — lorsqu'il récitait la courte prière à Yom Kippour, où il disait : que n'entre pas devant Toi la prière des voyageurs. Car Rabbi Hanina annule cette prière du Cohen Gadol : malgré elle, le Saint béni soit-Il écouta sa prière et la pluie cessa.
שְׁחוּנָה חַמָּה כְּמוֹ חֲמוֹתִי רָאִיתִי אוֹר (יְשַׁעְיָהוּ מ״ד:ט״ז) תִּירְגֵּם יוֹנָתָן בֶּן עֻוזִּיאֵל שַׁחֵינְתְּ:
Chehouna — chaude, comme dans « je me suis chauffé, j'ai vu le feu » (Yechayahou 44, 16), que Yonatan ben Ouziel traduit par chahinat.
💡 Explication

Rav Yossef tire du récit précédent une conséquence institutionnelle. La michna de Yoma (5, 1) enseigne que le Cohen Gadol, sorti du Saint des saints à Yom Kippour, récite une prière courte dans le heikhal ; l'une de ses demandes est que la prière des voyageurs — ceux qui souhaitent que la pluie s'arrête pour leur route — ne soit pas reçue.

Or Rabbi Hanina, exactement dans cette situation, a été exaucé. Rachi formule le résultat sans atténuation : Rabbi Hanina annule la prière du Cohen Gadol. Le folio s'arrête d'abord sur un détail du texte de cette prière — le mot chéhouna, chaude, qui paraît être une demande défavorable.

13
אֶלָּא: אִם שְׁחוּנָה — תְּהֵא גְּשׁוּמָה וּטְלוּלָה. וְאַל יִכָּנֵס לְפָנֶיךָ תְּפִילַּת עוֹבְרֵי דְּרָכִים. רַב אַחָא בְּרֵיהּ דְּרָבָא מְסַיֵּים מִשְּׁמֵיהּ דְּרַב יְהוּדָה: לָא יִעְדֵּי עָבֵיד שֻׁולְטָן מִדְּבֵית יְהוּדָה, וְאַל יְהוּ עַמְּךָ יִשְׂרָאֵל צְרִיכִין לְהִתְפַּרְנֵס זֶה מִזֶּה, וְלֹא לְעָם אַחֵר.

Plutôt : si elle est chaude, qu'elle soit pluvieuse et couverte de rosée. Et que n'entre pas devant Toi la prière des voyageurs.

Rav Aha, fils de Rava, conclut au nom de Rav Yehouda : que ne cesse pas de la maison de Yehouda celui qui exerce l'autorité, et que Ton peuple Israël n'ait pas besoin de se faire subsister l'un par l'autre, ni par un autre peuple.

📜 Rachi (1)
אִם שְׁחוּנָה תְּהֵא גְּשׁוּמָה כְּשֶׁהִיא חַמָּה צְרִיכָה הָאָרֶץ לִגְשָׁמִים מְאֹד וְתָדִיר:
Si elle est chaude, qu'elle soit pluvieuse — car lorsque l'année est chaude, la terre a un besoin grand et constant de pluies.
🪔 Ben Yehoyada (1)
וְלָא יִעְדֵּי עָבֵיד שֻׁולְטָן מִדְּבֵית יְהוּדָה, וְאַל יִהְיוּ עַמְּךָ יִשְׂרָאֵל צְרִיכִין לְהִתְפַּרְנֵס זֶה מִזֶּה. נִרְאֶה לִי בס"ד קִישּׁוּר שְׁנֵי בַּקָּשׁוֹת אֵלּוּ בְּיַחַד, דְּאִיתָא בַּגְּמָרָא דִּבְרָכוֹת (בְּרָכוֹת ג.) שֶׁהָיוּ חַכְמֵי יִשְׂרָאֵל בָּאִין אֵצֶל דָּוִד הַמֶּלֶךְ ע"ה וְאוֹמְרִים לוֹ: אֲדוֹנֵינוּ הַמֶּלֶךְ עַמְּךָ יִשְׂרָאֵל צְרִיכִין פַּרְנָסָה! אָמַר לָהֶם לְכוּ וְהִתְפַּרְנְסוּ זֶה מִזֶּה. וְאָמְרוּ לוֹ: אֵין הַקֹּומֶץ מַשְׂבִּיעַ אֶת הָאֲרִי וְכוּ' וְאָמַר לָהֶם: לְכוּ וּפִשְׁטוּ יְדֵיכֶם בִּגְדוּד עַייֵּן שָׁם. וְהִנֵּה זֶה תִּינַח אִם יֵשׁ לָהֶם מֶלֶךְ דְּאָז יִפְשְׁטוּ יְדֵיהֶם בִּגְדוּד וְלֹא יִתְפַּרְנְסוּ זֶה מִזֶּה מַה שֶׁאֵין כֵּן אִם הֵם בַּגָּלוּת שֶׁאֵין לָהֶם מְלָכִים מֻוכְרָחִים לְהִתְפַּרְנֵס זֶה מִזֶּה בְּמַה שֶׁאֶפְשָׁר? וְלָזֶה אָמַר וְלָא יַעֵדִי עֲבִיד שֻׁולְטָן וְאָז מִמֵּילָא לֹא יִצְטָרְכוּ עַמְּךָ יִשְׂרָאֵל לְהִתְפַּרְנֵס זֶה מִזֶּה!
« Que ne cesse pas de la maison de Yehouda celui qui exerce l'autorité, et que Ton peuple Israël n'ait pas besoin de se faire subsister l'un par l'autre. » Il me semble, avec l'aide du Ciel, que le lien entre ces deux demandes est le suivant. Il est enseigné dans la guemara de Berakhot (3a) que les Sages d'Israël venaient auprès du roi David, la paix soit sur lui, et lui disaient : notre maître le roi, Ton peuple Israël a besoin de subsistance ! Il leur disait : allez et faites-vous subsister l'un par l'autre. Ils lui disaient : une poignée ne rassasie pas le lion, etc. Il leur disait : allez et étendez vos mains sur une troupe — vois-y. Or cela ne vaut que s'ils ont un roi : alors ils étendent leurs mains sur une troupe et ne se font pas subsister l'un par l'autre. Mais lorsqu'ils sont en exil et n'ont pas de rois, ils sont contraints de se faire subsister l'un par l'autre comme ils le peuvent. C'est pourquoi il dit : que ne cesse pas celui qui exerce l'autorité — et alors, d'eux-mêmes, Ton peuple Israël n'aura pas besoin de se faire subsister l'un par l'autre.
💡 Explication

La difficulté du mot chéhouna se résout par une lecture conditionnelle : la demande ne porte pas sur la chaleur, elle prévoit le cas où l'année serait chaude et demande alors pluie et rosée en proportion.

Le reste de la prière courte est rapporté : l'écart de la prière des voyageurs, le maintien de l'autorité issue de la maison de Yehouda, et l'indépendance économique d'Israël. Ces demandes ont un point commun — elles portent toutes sur le collectif, ce qui rend d'autant plus remarquable qu'une parole individuelle ait pu les traverser.

🖼️ Schéma
La prière courte du Cohen Gadol : quatre demandes récitée dans la chambre extérieure à la sortie du Saint des saints, Yom Kippour 1. Une année pluvieuse si elle est chaude, qu'elle soit aussi pluvieuse et couverte de rosée 2. La prière des voyageurs qu'elle n'entre pas devant Toi - le confort de la route contre le besoin de tous 3. L'autorité de la maison de Yehouda que ne cesse pas celui qui exerce le pouvoir issu de Yehouda 4. L'indépendance économique ni se faire subsister l'un par l'autre, ni dépendre d'un autre peuple Les quatre demandes portent sur le collectif. Le Ben Yehoyada rattache la quatrième à la troisième : tant qu'Israël a une autorité propre, il n'est pas réduit à se faire subsister l'un par l'autre (Berakhot 3a).
Le contenu de la prière courte de Yom Kippour, et le lien entre ses deux dernières demandes.
14
אָמַר רַב יְהוּדָה אָמַר רַב: בְּכָל יוֹם וָיוֹם בַּת קוֹל יוֹצֵאת וְאוֹמֶרֶת: כָּל הָעוֹלָם כֻּולּוֹ נִיזּוֹן בִּשְׁבִיל חֲנִינָא בְּנִי, וַחֲנִינָא בְּנִי דַּיּוֹ בְּקַב חָרוּבִים מֵעֶרֶב שַׁבָּת לְעֶרֶב שַׁבָּת. הֲוָה רְגִילָא דְּבֵיתְהוּ לְמֵיחֲמָא תַּנּוּרָא כָּל מַעֲלֵי דְשַׁבְּתָא וְשָׁדְיָיא אַקְטַרְתָּא

Rav Yehouda dit au nom de Rav : chaque jour, une bat kol sort et proclame : le monde entier tout entier est nourri en faveur de Hanina Mon fils ; et à Hanina Mon fils, un kav de caroubes suffit d'une veille de Chabbat à l'autre. Sa femme avait coutume de chauffer le four chaque veille de Chabbat et d'y jeter de quoi faire de la fumée...

📜 Rachi (3)
בַּת קוֹל יוֹצֵאת וְאוֹמֶרֶת כָּל הָעוֹלָם כֻּולּוֹ וְלָא גָּרְסִי' מֵהַר חוֹרֵב:
Une bat kol sort et proclame : le monde entier — et nous ne lisons pas « depuis le mont Horev ».
קַב חָרוּבִים מֵעֶרֶב שַׁבָּת לְעֶרֶב שַׁבָּת כָּל הַשַּׁבָּת הָיָה נִיזּוֹן בְּכָךְ חֲסַר לֶחֶם הָיָה וּמִתְגַּלְגֵּל הָיָה בֶּחָרוּבִין:
Un kav de caroubes d'une veille de Chabbat à l'autre — toute la semaine il se nourrissait de cela ; il manquait de pain et se contentait de caroubes.
אַקְטָרְתָּא דָּבָר שֶׁמַּעֲלֶה עָשָׁן כְּקִיטוֹר הַכִּבְשָׁן:
Aktarta — une matière qui dégage de la fumée, comme la fumée d'une fournaise.
🪔 Ben Yehoyada (1)
כָּל הָעוֹלָם כֻּלּוֹ אֵינוֹ נִזּוֹן אֶלָּא בִּשְׁבִיל חֲנִינָא בְּנִי, וַחֲנִינָא בְּנִי, דַּיּוֹ בְּקַב חָרוּבִין מֵעֶרֶב שַׁבָּת לְעֶרֶב שַׁבָּת. יֵשׁ לְהַקְשׁוֹת חֲלֻוקָּה זוֹ דְּדַי לוֹ בְּקַב חָרוּבִין לְמַאי צְרִיכָא לְמֵימַר כִּי דָּבָר זֶה יָדוּעַ לִבְנֵי אָדָם הַתַּחְתּוֹנִים? וְנִרְאֶה לִי בס"ד דְּמָצִינוּ לְהָרִאשׁוֹנִים זַ"ל שֶׁפֵּרְשׁוּ 'בִּשְׁבִיל חֲנִינָא בָּנַי' כְּלוֹמַר בְּהַשְּׁבִיל וְהַצִּינּוֹר שֶׁלּוֹ וְצָרִיךְ לְהָבִין מַה טַעַם יֵשׁ בָּזֶה וּמַה צֹורֶךְ בּוֹ? וְנִרְאֶה לִי בס"ד דְּלִפְעָמִים הַרְבֵּה יִזְדַּמֵּן שֶׁיִּהְיֶה קִטְרוּגִים רַבִּים עַל הַדּוֹר וְעַל כֵּן כַּאֲשֶׁר הקב"ה נוֹתֵן שֶׁפַע פַּרְנָסָה לָדוּר כְּשֶׁמִּתְפַּלְּלִין אֵלָיו כִּי חַנּוּן וְרַחוּם הוּא (יוֹאֵל ב, יג) , יְעַכְּבוּ הַמְקַטְרְגִים אֶת הַשֶּׁפַע שֶׁלֹּא יֵרֵד לַתַּחְתּוֹנִים מֵחֲמַת קִטְרוּגָם בַּעֲוֹנֹותֵינוּ הָרַבִּים וְלָכֵן השי"ת כְּשֶׁיִּרְצֶה לְהַסְתִּיר הַשֶּׁפַע מִן הַמְקַטְרְגִים מְשַׁלְשְׁלוֹ לַתַּחְתּוֹנִים בְּתוֹךְ הַשְּׁבִיל שֶׁל רַבִּי חֲנִינָא בֶּן דּוֹסָא כִּי לְכָל אֶחָד וְאֶחָד יֵשׁ לוֹ שְׁבִיל וְצִינּוֹר לְמַעְלָה וְכַאֲשֶׁר עוֹשֶׂה חֶסֶד עִם בַּעַל תְּשׁוּבָה לְקַבְּלוֹ בְּהֶסְתֵּר שֶׁלֹּא יַרְגִּישׁוּ בּוֹ הַמְקַטְרְגִים כֵּן יַעֲשֶׂה חֶסֶד כָּזֶה עִם הָעוֹלָם בְּהִשְׁתַּלְשְׁלוּת הַשֶּׁפַע. וְהַטַּעַם שֶׁלֹּא יְקַטְרְגוּ בִּרְאוֹתָם הַשֶּׁפַע יוֹרֵד בְּרִבּוּי בְּתוֹךְ הַשְּׁבִיל שֶׁל רַבִּי חֲנִינָא בֶּן דּוֹסָא הַייְנוּ מִפְּנֵי דְּרַבִּי חֲנִינָא בֶּן דּוֹסָא הָיָה מִסְתַּפֵּק בְּמוּעָט בַּקָּצֶה הָאַחֲרוֹן שֶׁהָיָה דַּי לוֹ בְּקַב חָרוּבִין מֵעֶרֶב שַׁבָּת לְעֶרֶב שַׁבָּת וְאִם כֵּן לֹא אִכְפַּת לָהֶם בְּרִבּוּי הַשֶּׁפַע שֶׁיִּהְיֶה תּוֹךְ הַשְּׁבִיל שֶׁלּוֹ מֵאַחַר שֶׁאֵין נֶהֱנֶה מִמֶּנּוּ כְּלוּם! וְעוֹד לֹא יָשִׂימוּ לֵב עַל כָּל מַה שֶׁיּוֹרֵד תּוֹךְ שְׁבִיל שֶׁלּוֹ הַמְעַט הוּא אִם רָב. וְאִם לֹא הָיָה מִסְתַּפֵּק בְּמוּעָט הָיוּ מְקַטְרְגִים וְשָׁמַיִם לִבָּם עַל הַשֶּׁפַע הַיּוֹרֵד תּוֹךְ שְׁבִיל שֶׁלּוֹ דְּאַף עַל פִּי שֶׁהוּא הָיָה צַדִּיק גָּמוּר הָיוּ מְקַטְרְגִים עָלָיו מִכֹּחַ עוֹנוֹת הַדּוֹר כַּנּוֹדָע. וְזֶהוּ כַּוָּנַת בַּת קוֹל כָּל הָעוֹלָם נִיזּוֹן בְּתוֹךְ הַשְּׁבִיל שֶׁל חֲנִינָא בְּנִי מִטַּעַם דַּחֲנִינָא בְּנִי דַּי לוֹ בְּקַב חָרוּבִין וְלָכֵן יִהְיֶה הַבְרָחָה לַשֶּׁפַע הַיּוֹרֵד תּוֹךְ שְׁבִילוֹ מִקִּטְרוּג הַמְקַטְרְגִים וְהֵם וַדַּאי אֵין שׁוֹמְעִים דְּבָרִים אֵלּוּ.
« Le monde entier n'est nourri qu'en faveur de Hanina Mon fils, et à Hanina Mon fils un kav de caroubes suffit d'une veille de Chabbat à l'autre. » On peut demander : cette seconde partie, qu'un kav de caroubes lui suffit, pourquoi fallait-il la dire, puisque la chose est connue des hommes d'ici-bas ? Il me semble, avec l'aide du Ciel, que nous trouvons chez les Richonim, de mémoire bénie, qui expliquent « bichvil Hanina béni » au sens de « par le chemin et le canal qui sont les siens » ; il faut comprendre quelle raison il y a à cela et à quoi cela sert. Il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'il arrive souvent qu'il y ait de nombreuses accusations contre la génération ; aussi, lorsque le Saint béni soit-Il donne le flux de la subsistance à la génération qui prie devant Lui, car Il est clément et miséricordieux (Yoël 2, 13), les accusateurs retiennent le flux pour qu'il ne descende pas vers ceux d'en bas, à cause de leur accusation, en raison de nos nombreuses fautes. C'est pourquoi Hachem, lorsqu'Il veut dissimuler le flux aux accusateurs, le fait descendre vers ceux d'en bas par le chemin de Rabbi Hanina ben Dossa, car chacun a son chemin et son canal en haut ; et de même qu'Il fait bonté avec le baal techouva en le recevant en secret, sans que les accusateurs le sentent, ainsi fait-Il cette bonté avec le monde dans la descente du flux. Et la raison pour laquelle ils n'accusent pas en voyant le flux descendre en abondance par le chemin de Rabbi Hanina ben Dossa, c'est que Rabbi Hanina ben Dossa se contentait de peu, à l'extrême limite, puisqu'un kav de caroubes lui suffisait d'une veille de Chabbat à l'autre ; dès lors, l'abondance du flux passant par son chemin ne leur importe pas, puisqu'il n'en tire aucune jouissance. Bien plus, ils ne prêtent aucune attention à ce qui descend par son chemin, que ce soit peu ou beaucoup. S'il ne s'était pas contenté de peu, ils auraient accusé et auraient porte leur attention sur le flux descendant par son chemin ; car, bien qu'il fut un juste accompli, ils auraient accusé contre lui à cause des fautes de la génération, comme on sait. Telle est l'intention de la bat kol : le monde entier est nourri par le chemin de Hanina Mon fils, pour la raison qu'à Hanina Mon fils un kav de caroubes suffit ; c'est ce qui met à l'abri le flux descendant par son chemin de l'accusation des accusateurs — lesquels, à coup sur, n'entendent pas ces paroles.
💡 Explication

La formule renverse le rapport ordinaire entre mérite et jouissance : le monde entier vit du mérite d'un homme qui n'en tire rien. Rachi écarte au passage une variante du texte qui situait la bat kol au mont Horev.

Le Ben Yehoyada s'appuie sur une lecture du mot bichvil — qui signifie à la fois « en faveur de » et « par le chemin de » — pour expliquer pourquoi la frugalité est mentionnée : un canal par lequel rien n'est consommé n'attire pas l'attention des accusateurs.

La dernière phrase ouvre le récit de la femme de Rabbi Hanina, qui fumait son four vide chaque veille de Chabbat pour que les voisines la croient en train de cuire ; la suite est donnée au folio suivant.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).