Taanit 25b — Le palmier et le cèdre, les jeûnes de Rabbi Eliezer, la mesure de la pluie et l'heure où l'on cesse de jeûner

Taanit 25b

Sougya : Le folio s'ouvre sur la fin d'un derach commencé en 25a sur le verset « Le juste fleurira comme le palmier, il grandira comme un cèdre du Liban » : chacun des deux arbres corrige ce que l'autre, seul, laisserait croire. Une baraita sur l'achat d'un arbre à couper objecte que le cèdre ne repousse pas, et la réponse distingue dix espèces de cèdres.

Viennent ensuite deux récits sur Rabbi Eliezer : treize jeûnes sans pluie, puis vingt-quatre bénédictions restées sans réponse là où Rabbi Akiva est exaucé en deux phrases, avec l'explication donnée par une bat kol. La sougya passe alors à la mesure : quelle quantité de pluie fait cesser le jeûne, comment le tehom répond à la pluie d'en haut, et à partir de quelle heure de la journée la communauté doit achever son jeûne.

Elle se conclut sur les trois réponses de Chmouel HaKatan aux gens qui voulaient lire une faveur dans l'heure de la pluie.

Plan du folio Taanit 25b 1. Palmier et cèdre (segments 0-2) Le juste est comparé à deux arbres à la fois. Chacun corrige ce que l'autre, seul, ferait croire : le cèdre pour la repousse, le palmier pour les fruits. Objection : une baraita dit que le cèdre ne repousse pas. Réponse : elle vise les autres espèces de cèdres, car Rabba bar Houna en compte dix. 2. Deux jeûnes de Rabbi Eliezer (segments 3-4) Treize jeûnes sans pluie ; la foule commence à sortir ; sa question sur les tombes fait pleurer le peuple, et la pluie tombe. Puis vingt-quatre bénédictions sans réponse, là où Rabbi Akiva est exaucé en deux phrases. La bat kol donne la raison : passer sur ses mesures. 3. Combien de pluie, et le tehom (segments 5-8) Rabbi Meir mesure par le sillon de la charrue. Les Sages mesurent par la nature du sol : un tefah, deux, trois selon qu'il est sec ou travaillé. À un tefah venu d'en haut, le tehom répond d'en bas. Au nissoukh hamayim, un abîme appelle l'autre. Rabba dit avoir vu Ridya entre les deux abîmes. 4. Quand achève-t-on le jeûne (segments 9-15) Rabbi Meir place la limite au lever du soleil, Rabbi Yehouda à midi, Rabbi Yossi à la neuvième heure, d'après le jeûne d'Ahav. Rabbi Ami tranche comme Rabbi Yehouda. Chmouel HaKatan répond deux fois par une parabole de serviteur, et dit où se trouve le vrai signe. Le folio s'arrête sur le Hallel de Lod.
Le folio va du derach sur les deux arbres à la halakha du jeûne, en passant par les récits sur Rabbi Eliezer et par la mesure de la pluie.
Quelle quantité de pluie fait cesser le jeûne État du sol Rabbi Meir : une seule mesure Les Sages : selon le sol Terre sèche (harava) Le plein du berekh de la charrue : l'eau doit se voir dans le sillon, à la profondeur où mord le soc. La mesure ne dépend pas de la nature du terrain : c'est l'outil de labour qui donne l'étalon. Un tefah suffit : la terre étant sèche, un tefah prouve une forte pluie. Terre moyenne Deux tefahim. Terre travaillée (labourée, avoda) Trois tefahim : l'eau y pénètre vite, donc un tefah ne prouverait rien. Le principe qui sous-tend les trois chiffres La profondeur exigée n'est pas une quantité d'eau en soi : elle est un indice. Plus le sol absorbe facilement, plus il faut de profondeur pour conclure que la pluie a vraiment été abondante.
Rabbi Meir mesure par l'outil, les Sages par la résistance du sol. Les trois chiffres des Sages suivent une même logique de preuve.
À partir de quelle heure la communauté doit-elle achever son jeûne Rabbi Meir achever le jeûne dès le lever du soleil Rabbi Yehouda ne pas achever achever Rabbi Yossi ne pas achever achever avant le lever du soleil midi (hatsot) 9e heure coucher Rabbi Ami tranche pour Rabbi Yehouda. Rabbi Yossi appuie sa limite sur Ahav, qui jeûna à partir de la neuvième heure.
Trois seuils pour la même question : si la pluie tombe avant le seuil, le jeûne tombe ; après, on le mène à son terme.
1
אֵין גִּזְעוֹ מַחְלִיף, אַף צַדִּיק חַס וְשָׁלוֹם אֵין גִּזְעוֹ מַחְלִיף — לְכָךְ נֶאֱמַר אֶרֶז. אִילּוּ נֶאֱמַר אֶרֶז וְלֹא נֶאֱמַר תָּמָר, הָיִיתִי אוֹמֵר: מָה אֶרֶז אֵין עוֹשֶׂה פֵּירוֹת אַף צַדִּיק חַס וְשָׁלוֹם אֵין עוֹשֶׂה פֵּירוֹת — לְכָךְ נֶאֱמַר תָּמָר וְנֶאֱמַר אֶרֶז.

… son tronc ne repousse pas, de même le juste, à D.ieu ne plaise, son tronc ne repousse pas — c'est pourquoi il est dit « cèdre ». Et s'il avait été dit « cèdre » sans qu'il soit dit « palmier », j'aurais dit : de même que le cèdre ne produit pas de fruits, de même le juste, à D.ieu ne plaise, ne produit pas de fruits — c'est pourquoi il est dit « palmier » et il est dit « cèdre ».

📜 Rachi (3)
וְאֵין גִּזְעוֹ מַחְלִיף אִם נִפְסַק:
Et son tronc ne repousse pas — s'il a été coupé.
אַף צַדִּיק אֵין לוֹ זֵכֶר צַדִּיק אֵין גִּזְעוֹ מַחְלִיף אֵינוֹ בִּתְחִיַּית הַמֵּתִים:
De même le juste — il ne laisse pas de trace. « Le juste dont le tronc ne repousse pas » : il n'a pas part à la résurrection des morts.
צַדִּיק אֵינוֹ עוֹשֶׂה פֵּירוֹת אֵין לוֹ שָׂכָר לֶעָתִיד:
Le juste ne produit pas de fruits — il n'a pas de récompense pour le monde à venir.
🪔 Ben Yehoyada (1)
לְכָךְ נֶאֱמַר תָּמָר וְאֶרֶז. קָשֶׁה אַמַּאי לָא נְקַט אִילָן אֶחָד דְּאִית בֵּיהּ תַּרְוַייְהוּ? וְנִרְאֶה לִי בס"ד רָצָה לַעֲשׂוֹת דִּמְיוֹן שֶׁל עוֹשִׂים פֵּירוֹת כַּתָּמָר דַּוְקָא כְּדֵי לִרְמֹוז לְפִי דַּרְכּוֹ עַל עִנְיַן תָּמָר אֵשֶׁת יְהוּדָה שֶׁעָשְׂתָה לְמַרְאֵה עֵינַיִם מַעֲשֶׂה שֶׁל קַלּוּת וּפְרִיצוּת וַיַּחְשְׁבֶהָ לְזוּנָהּ (בְּרֵאשִׁית לח, טו) , אַךְ מֵאַחַר שֶׁהָיָה תּוֹכִיּוּת לִבָּהּ לְשֵׁם שָׁמַיִם עָשְׂתָה מִן מַעֲשֵׂה הַפְּרִיצוּת הַזֹּאת פֵּירוֹת גְּדוֹלִים שֶׁיָּצְאוּ מִמֶּנָּה כָּל שֵׁבֶט יְהוּדָה וּמַלְכֵי בֵּית דָּוִד וּמֶלֶךְ הַמָּשִׁיחַ, וּלְכָךְ אָמַר הַכָּתוּב (שִׁיר הַשִּׁירִים ז, ח) זֹאת קוֹמָתֵךְ דָּמְתָה לְתָמָר, הִיא תָּמָר אֵשֶׁת יְהוּדָה שֶׁיֵּשׁ כַּמָּה צַדִּיקִים שֶׁעוֹשִׂים מַעֲשֶׂה שֶׁיֵּשׁ בָּהּ גְּרִיעוּת וּפְרִיצוּת אַךְ מֵחֲמַת שֶׁלִּבָּם לְשֵׁם שָׁמַיִם עוֹשִׂים פְּרִי טוֹב וּמְקַבְּלִים שָׂכָר גָּדוֹל וּכְמוֹ שֶׁאָמְרוּ בְּאַהֲרֹן וּבְיָעֵל וְכַיּוֹצֵא, וּלְכָךְ דִּימָּה עוֹשֵׂי פֵּירוֹת לְאִילָן הַתָּמָר לִרְמֹוז לְפִי דַּרְכּוֹ אֲפִילּוּ אִי עָבְדִי כְּמַעֲשֵׂה תָּמָר מְקַבְּלִים שָׂכָר גָּדוֹל וְעוֹשִׂים פֵּירוֹת טוֹבִים. וּלְעִנְיַן גִּזְעוֹ מַחְלִיף דְּיִמָּהוּ לְאֶרֶז שֶׁיֵּשׁ בּוֹ רְבוּתָא אַחֶרֶת דְּמַחְלִיף בִּמְהֵרָה וְלָכֵן אָמַר יִשְׁגֶּה (תְּהִלִּים צב, יג) רוֹצֶה לוֹמַר בִּמְהֵרָה. גַּם ב אֶרֶז [208] יֵשׁ בְּמִסְפָּרוֹ מִסְפַּר ד' פְּעָמִים בֵּן [52] שֶׁגִּזְעוֹ מַחְלִיף לְהוֹלִיד בֶּן חָכָם בַּתּוֹרָה בְּחֵלֶק הַנִּגְלֶה וּבֶן חָכָם בַּתּוֹרָה בְּחֵלֶק הַנִּסְתָּר וּבֶן צַדִּיק בְּמִצְוֹת וּמַעֲשִׂים טוֹבִים וּבֵן שָׁלֵם בְּדֶרֶךְ אֶרֶץ. וְכֵן נָמֵי ב תָּמָר [640] יֵשׁ בְּמִסְפָּרוֹ מִסְפַּר שֶׁמֶשׁ [640] , שֶׁהוּא נוֹתֵן אוֹרָה לַלְּבָנָה כֵּן זֶה עוֹשֶׂה פֵּירוֹת לְהָאִיר גַּם לַאֲחֵרִים וּלְהֵטִיב לָהֶם דֻּוגְמַת הַשֶּׁמֶשׁ הָרְמוּזָה בְּמִסְפַּר תָּמָר.
« C'est pourquoi il est dit palmier, et il est dit cèdre. » Difficulté : pourquoi ne pas avoir pris un seul arbre qui réunisse les deux qualités ? Il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'il a voulu faire la comparaison de ceux qui produisent des fruits avec le palmier précisément, pour faire allusion, chemin faisant, à Tamar la belle-fille de Yehouda, dont l'acte parut à l'œil une légèreté et une inconduite, au point qu'il la prit pour une prostituée (Berechit 38, 15) ; mais du moment que le fond de son cœur était tourné vers le Ciel, elle tira de cet acte même de grands fruits, puisque d'elle sortirent toute la tribu de Yehouda, les rois de la maison de David et le roi machiah. C'est pourquoi le verset dit « Ta taille ressemble au palmier » (Chir Hachirim 7, 8) : il s'agit de Tamar, la belle-fille de Yehouda. Car il est plusieurs justes qui accomplissent un acte où il entre de la bassesse et de l'inconduite, et qui, parce que leur cœur est tourné vers le Ciel, produisent un bon fruit et reçoivent une grande récompense, comme on l'a dit d'Aharon, de Yael et d'autres. C'est pourquoi il a comparé ceux qui produisent des fruits à l'arbre du palmier, pour faire allusion, chemin faisant, à ceci : même s'ils agissent comme Tamar, ils reçoivent une grande récompense et produisent de bons fruits. Quant à la repousse du tronc, il l'a comparé au cèdre, qui a un avantage particulier : il repousse vite ; c'est pourquoi il est dit « yisgué », « il grandira » (Tehilim 92, 13), c'est-à-dire rapidement. De plus, erez, cèdre [208], contient dans son nombre quatre fois ben, fils [52] : son tronc repousse pour engendrer un fils sage dans la Torah selon la partie révélée, un fils sage dans la Torah selon la partie cachée, un fils juste dans les mitsvot et les bonnes actions, et un fils accompli dans la derekh erets. De même tamar, palmier [640], contient dans son nombre le nombre de chemech, soleil [640] : de même que le soleil donne sa lumière à la lune, celui-là produit des fruits pour éclairer aussi les autres et leur faire du bien, à l'image du soleil auquel renvoie le nombre de tamar.
💡 Explication

Fin d'un derach ouvert en 25a sur le verset « Le juste fleurira comme le palmier, il grandira comme un cèdre du Liban » (Tehilim 92, 13). La question est : pourquoi deux arbres ? La réponse procède par élimination. Si le verset n'avait nommé que le palmier, on en aurait déduit que le juste, une fois abattu, ne se relève pas, car le palmier coupé ne redonne pas de rejet — Rachi y lit la résurrection des morts. Si le verset n'avait nommé que le cèdre, on en aurait déduit que le juste ne porte pas de fruit, c'est-à-dire qu'il n'a pas de récompense pour le monde à venir.

Le terme technique est guiza mahalif : la souche qui redonne une pousse après la coupe. Le verset nomme donc deux arbres pour que chacun fournisse la qualité que l'autre n'a pas.

2
וְאֶרֶז גִּזְעוֹ מַחְלִיף? וְהָתַנְיָא: הַלּוֹקֵחַ אִילָן מֵחֲבֵירוֹ לָקֹוץ, מַגְבִּיהוֹ מִן הַקַּרְקַע טֶפַח וְקוֹצֵץ. בְּסַדַּן הַשִּׁקְמָה — שְׁנֵי טְפָחִים. בִּבְתוּלַת הַשִּׁקְמָה — שְׁלֹשָׁה טְפָחִים. בְּקָנִים וּבַגְּפָנִים — מִן הַפְּקָק וּלְמַעְלָה. בִּדְקָלִים וּבָאֲרָזִים — חוֹפֵר לְמַטָּה וּמַשְׁרִישׁ, לְפִי שֶׁאֵין גִּזְעוֹ מַחְלִיף.

Et le cèdre, son tronc repousse ? N'a-t-on pas enseigné : celui qui achète à son compagnon un arbre pour l'abattre, il élève sa hache d'un tefah (largeur de main) au-dessus du sol et coupe.

Pour un sadan de sycomore — deux tefahim. Pour une betoulat hachikma — trois tefahim.

Pour les roseaux et les vignes — à partir du pekek et au-dessus. Pour les palmiers et les cèdres — il creuse en dessous et déracine, car leur tronc ne repousse pas.

📜 Rachi (4)
בְּתוּלַת הַשִּׁקְמָה נְטִיעָה שֶׁלֹּא נִקְצְצָה מֵעוֹלָם:
Betoulat hachikma — un plant de sycomore qui n'a jamais été coupé.
סַדָּן שֶׁכְּבָר הִזְקִין טרונ"ק בְּלַעַ"ז שֶׁנִּקְצַץ וְחוֹזֵר וּמִתְעַבֶּה וְהוּא מִלְּשׁוֹן סַדָּנָא בְּסַדָּנֵיהּ יָתֵיב (פְּסָחִים דַּף כֹּח.):
Sadan — un arbre déjà vieux, tronc en langue vulgaire, qui a été coupé puis s'est épaissi de nouveau ; le mot est de la même famille que sadna, dans « le charpentier est assis à son établi » (Pessahim 28a).
שְׁנֵי טְפָחִים שֶׁכְּבָר גִּזְעוֹ מַחְלִיף:
Deux tefahim — car son tronc repousse déjà.
מִן הַפְּקָק קֶשֶׁר הַתַּחְתּוֹן:
À partir du pekek — le nœud inférieur.
💡 Explication

La baraita règle un cas d'achat partiel : l'acheteur a payé le bois, non l'arbre. Il doit donc laisser une souche capable de repousser, qui reste au vendeur. La hauteur laissée varie selon la vitesse de repousse de l'espèce : un tefah pour un arbre ordinaire, deux pour un sadan de sycomore, souche déjà épaissie, trois pour une betoulat hachikma, un sycomore encore vierge de toute coupe.

La dernière clause fait l'objection : pour le palmier et le cèdre, l'acheteur peut creuser et déraciner, précisément parce que rien ne repoussera. La baraita contredit donc directement le derach du segment précédent, qui tenait le cèdre pour l'arbre dont le tronc repousse.

🖼️ Schéma
Ce que l'acheteur doit laisser sur pied 1 tefah arbre ordinaire 2 tefahim sadan de sycomore 3 tefahim betoulat hachikma pekek roseaux et vignes creuser et déraciner palmiers et cèdres La hauteur laissée suit la capacité de repousse. Palmier et cèdre en sont dépourvus : rien n'est réservé au vendeur.
La baraita du bûcheron : la souche laissée est proportionnée à la repousse attendue, et disparaît là où il n'y a pas de repousse.
3
הָכָא בְּמַאי עָסְקִינַן בִּשְׁאָר מִינֵי אֲרָזִים, כִּדְרַבָּה בַּר הוּנָא. דְּאָמַר רַבָּה בַּר הוּנָא: עֲשָׂרָה מִינֵי אֲרָזִים הֵן, שֶׁנֶּאֱמַר: ״אֶתֵּן בַּמִּדְבָּר אֶרֶז שִׁטָּה וַהֲדַס וְגוֹ׳״.

De quoi traitons-nous ici ? Des autres espèces de cèdres, conformément à Rabba bar Houna.

Car Rabba bar Houna a dit : il y a dix espèces de cèdres, ainsi qu'il est dit : « Je mettrai dans le désert le cèdre, l'acacia, le myrte, etc. » (Yechayahou 41, 19).

📜 Rachi (1)
מִינֵי אֲרָזִים שֶׁנֶּאֱמַר אֶתֵּן בַּמִּדְבָּר אֶרֶז שִׁטָּה וַהֲדַס וְגוֹ'. וּבְצִיר לְהוּ תְּלָת וּבְרֹאשׁ הַשָּׁנָה (דַּף כג.) מְפָרֵשׁ הוֹסִיפוּ עֲלֵיהֶם אַלּוֹנִים אַלְמוֹנִים אַלְמֻוגִּים:
Espèces de cèdres — ainsi qu'il est dit « Je mettrai dans le désert le cèdre, l'acacia et le myrte, etc. ». Il en manque trois, et dans Roch Hachana (23a) on explique qu'on leur a ajouté les alonim, les almonim et les almogim.
💡 Explication

La réponse dissocie deux emplois du mot erez. Le verset de Yechayahou énumère des essences que la tradition range toutes sous ce nom : sept y sont nommées, et Roch Hachana 23a en ajoute trois pour arriver à dix. Le mot couvre donc une famille, non une seule essence.

La baraita du bûcheron parlait des espèces qui ne repoussent pas ; le derach du verset des Tehilim parle de celle qui repousse. La contradiction se dissout sans que l'une des deux sources soit écartée.

4
תָּנוּ רַבָּנַן: מַעֲשֶׂה בְּרַבִּי אֱלִיעֶזֶר שֶׁגָּזַר שְׁלֹשׁ עֶשְׂרֵה תַּעֲנִיּוֹת עַל הַצִּבּוּר וְלֹא יָרְדוּ גְּשָׁמִים, בָּאַחֲרוֹנָה הִתְחִילוּ הַצִּבּוּר לָצֵאת. אָמַר לָהֶם: תִּקַּנְתֶּם קְבָרִים לְעַצְמְכֶם?! גָּעוּ כָּל הָעָם בִּבְכִיָּה, וְיָרְדוּ גְּשָׁמִים.

Nos maîtres ont enseigné : il arriva que Rabbi Eliezer décréta treize jeûnes sur la communauté et la pluie ne tomba pas. Au dernier, la communauté commença à sortir.

Il leur dit : avez-vous préparé des tombes pour vous-mêmes ? Tout le peuple éclata en sanglots, et la pluie tomba.

📜 Rachi (4)
מַעֲשֶׂה בְּרַבִּי אֱלִיעֶזֶר בֶּן הוֹרְקָנוֹס י"ג תַּעֲנִיּוֹת שֶׁהִתְעַנּוּ וְהָלְכוּ עַד שֶׁגָּמְרוּ י"ג כְּדִתְנַן (לְעֵיל תַּעֲנִית דַּף יב:) עָבְרוּ אֵלּוּ וְלֹא נַעֲנוּ כו':
Il arriva à Rabbi Eliezer ben Hyrcanos — treize jeûnes qu'ils jeûnèrent, et ils allèrent jusqu'à achever les treize, comme nous l'avons appris (plus haut, Taanit 12b) : « ceux-là sont passés et ils n'ont pas été exaucés, etc. »
הִתְחִילוּ הַצִּבּוּר לָצֵאת מִבֵּית הַכְּנֶסֶת:
La communauté commença à sortir — de la synagogue.
קְבָרִים תַּקָּנָתָם בִּתְמִיהַּ אֵין לָכֶם אֶלָּא לְכוּ קִבְרוֹ עַצְמְכֶם מִפְּנֵי הָרָעָב:
Avez-vous préparé des tombes — sur le ton de l'étonnement : il ne vous reste plus qu'à aller vous enterrer vous-mêmes à cause de la famine.
גָּעוּ צָעֲקוּ כְּמוֹ אִם יִגְעֶה שּׁוֹר עַל בְּלִילוֹ (אִיּוֹב ו׳:ה׳) הָלוֹךְ וְגָעוּ (שְׁמוּאֵל א ו):
Gaou — ils crièrent, comme dans « le bœuf mugit-il sur son fourrage » (Iyov 6, 5), et « elles allaient en mugissant » (Chmouel I, 6).
💡 Explication

Les treize jeûnes sont la série complète décrite dans les premiers chapitres du traité : trois, puis trois, puis sept, après quoi la mishna prévoit qu'on restreint le commerce et la construction. La communauté qui commence à sortir tient la série pour close et le décret pour épuisé.

La parole de Rabbi Eliezer porte sur ce point : le cycle des jeûnes est terminé, la famine ne l'est pas. Rachi lit la phrase comme une interrogation d'étonnement. Ce qui obtient la pluie est le sanglot qui suit, pas le treizième jeûne.

5
שׁוּב מַעֲשֶׂה בְּרַבִּי אֱלִיעֶזֶר שֶׁיָּרַד לִפְנֵי הַתֵּיבָה, וְאָמַר עֶשְׂרִים וְאַרְבַּע בְּרָכוֹת וְלֹא נַעֲנָה. יָרַד רַבִּי עֲקִיבָא אַחֲרָיו וְאָמַר: ״אָבִינוּ מַלְכֵּנוּ אֵין לָנוּ מֶלֶךְ אֶלָּא אָתָּה. אָבִינוּ מַלְכֵּנוּ, לְמַעֲנָךְ רַחֵם עָלֵינוּ״, וְיָרְדוּ גְּשָׁמִים. הָווּ מְרַנְּנִי רַבָּנָן, יָצְתָה בַּת קוֹל וְאָמְרָה: לֹא מִפְּנֵי שֶׁזֶּה גָּדוֹל מִזֶּה, אֶלָּא שֶׁזֶּה מַעֲבִיר עַל מִידּוֹתָיו, וְזֶה אֵינוֹ מַעֲבִיר עַל מִדּוֹתָיו.

Il arriva encore à Rabbi Eliezer qu'il descendit devant la teva (le pupitre de l'officiant) et dit les vingt-quatre bénédictions, sans être exaucé. Rabbi Akiva descendit après lui et dit : « Notre Père, notre Roi, nous n'avons de roi que Toi.

Notre Père, notre Roi, pour Toi aie pitié de nous », et la pluie tomba. Les maîtres murmuraient.

Une bat kol (voix venue du Ciel) sortit et dit : ce n'est pas que celui-ci soit plus grand que celui-là, mais celui-ci passe sur ses mesures et celui-là ne passe pas sur ses mesures.

🪔 Ben Yehoyada (1)
אבינו מלכנו, אין לנו מלך אלא אתה. נראה לי בס"ד נקיט שנים תואר אב ותואר מלך כנגד שני מיני השפעות שיש בגשמים השפעה מן מים העליונים וכנגד זה נקיט תואר אב והשפעה מן מים התחתונים וכנגד זה נקיט מלכינו. ועוד נראה לי אב מלך בגימטריא מגן [93] בסוד מגן אברהם שהוא ג' פעמים א־ל [31] .
« Notre Père, notre Roi, nous n'avons de roi que Toi. » Il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'il a pris deux titres, celui de père et celui de roi, face aux deux sortes d'influx que comportent les pluies : l'influx qui vient des eaux supérieures, et c'est en regard de lui qu'il prend le titre de père ; l'influx qui vient des eaux inférieures, et c'est en regard de lui qu'il prend « notre Roi ». Il me semble encore que av melekh, père-roi, a pour guematria maguen, bouclier [93], selon le sod (sens caché) de maguen Avraham, qui vaut trois fois E-l [31].
💡 Explication

Les vingt-quatre bénédictions sont l'amida allongée du jeûne public : les dix-huit habituelles augmentées de six bénédictions propres, décrites au deuxième chapitre du traité. Rabbi Eliezer dit l'office complet ; Rabbi Akiva dit deux phrases, et la pluie tombe. Le murmure des maîtres porte sur ce que la scène semble établir entre le maître et l'élève.

La bat kol déplace le critère. Maavir al midotav désigne celui qui renonce à exiger son dû quand on lui a fait tort. Ce trait de caractère, et non le rang en Torah, explique la réponse. Le principe est celui que formule Roch Hachana 17a : celui qui passe sur ses mesures, on passe sur toutes ses fautes.

🖼️ Schéma
Pourquoi l'un est exaucé et l'autre non Point comparé Rabbi Eliezer Rabbi Akiva Ce qui est dit Les vingt-quatre bénédictions. Deux phrases : Avinou Malkénou, nous n'avons de roi que Toi. Résultat Pas de réponse. La pluie tombe aussitôt. Raison donnée par la bat kol Le rang en Torah reste hors de cause. Le critère retenu est maavir al midotav : renoncer à exiger son dû quand on nous a fait tort. Le même principe est énoncé en Roch Hachana 17a : à celui qui passe sur ses mesures, on passe sur ses fautes. La scène mesure un trait de caractère, là où l'assistance croyait mesurer un niveau d'étude.
La comparaison porte sur le résultat, la bat kol la déplace vers le caractère.
6
תָּנוּ רַבָּנַן: עַד מָתַי יְהוּ הַגְּשָׁמִים יוֹרְדִין וְהַצִּבּוּר פּוֹסְקִין מִתַּעֲנִיתָם? כִּמְלֹא בֶּרֶךְ הַמַּחֲרִישָׁה, דִּבְרֵי רַבִּי מֵאִיר. וַחֲכָמִים אוֹמְרִים: בְּחֻרְבָּה טֶפַח, בְּבֵינוֹנִית טִפְחַיִים, בַּעֲבוֹדָה שְׁלֹשָׁה טְפָחִים.

Nos maîtres ont enseigné : jusqu'à quel point les pluies doivent-elles tomber pour que la communauté cesse son jeûne ? Le plein du berekh de la charrue, paroles de Rabbi Meir.

Et les Sages disent : en terre sèche, un tefah ; en terre moyenne, deux tefahim ; en terre travaillée, trois tefahim.

📜 Rachi (5)
וְיִהְיוּ הַצִּבּוּר פּוֹסְקִין מִתַּעֲנִיתָם דִּתְנַן (שָׁם) עָבְרוּ אֵלּוּ וְלֹא נַעֲנוּ ב"ד גּוֹזְרִין עוֹד כו' אֲבָל נַעֲנוּ שׁוּב אֵין צְרִיכִין לְהִתְעַנּוֹת וְהָנֵי מִילֵּי צִבּוּר אֲבָל יָחִיד שֶׁהָיָה מִתְעַנֶּה עַל הַחוֹלֶה וְנִתְרַפֵּא אוֹ עַל צָרָה וְעָבְרָה הֲרֵי מִתְעַנֶּה וּמַשְׁלִים כְּדַאֲמָרָן לְעֵיל (תַּעֲנִית דַּף י:) כָּךְ שָׁמַעְתִּי:
Et que la communauté cesse son jeûne — car nous avons appris (là-bas) : « ceux-là sont passés et ils n'ont pas été exaucés, le beit din en décrète encore, etc. » ; mais s'ils ont été exaucés, ils n'ont plus à jeûner. Cela vaut pour la communauté ; mais un particulier qui jeûnait pour un malade et que celui-ci a guéri, ou pour une détresse et qu'elle est passée, celui-là jeûne et achève son jeûne, comme nous l'avons dit plus haut (Taanit 10b). Ainsi l'ai-je entendu.
כִּמְלֹא בֵּרַךְ הַמַּחֲרִישָׁה אִם טִשְׁטְשׁוּ הַגְּשָׁמִים בְּעֹומֶק הַקַּרְקַע כְּשִׁיעוּר שׁוּרַת מַעֲנִית הַמַּחֲרִישָׁה:
Le plein du berekh de la charrue — si les pluies ont détrempé le sol en profondeur, à la mesure du sillon tracé par la charrue.
בָּרֵךְ הוּא הַכְּלִי שֶׁחוֹרְשִׁין בּוֹ וּמַבְרִיכִין אוֹתוֹ סָמוּךְ לַקַּרְקַע כְּשֶׁחוֹרְשִׁין בּוֹ כְּלוֹמַר מִילֵּא הַתֶּלֶם שֶׁיִּרְאוּ הַמַּיִם בְּתֶלֶם מַחֲרֵישָׁתוֹ שֶׁקּוֹרִין קולטר"א:
Berekh — c'est la pièce avec laquelle on laboure, qu'on abaisse contre le sol pendant le labour ; c'est-à-dire le plein du sillon, en sorte que l'eau se voie dans le sillon de son labour, ce qu'on appelle coultre.
בְּחֻרְבָּה קַרְקַע יְבֵישָׁה טֶפַח כֵּיוָן דַּחֲרֵיבָה הִיא וְנִכְנְסוּ בָּהּ הַגְּשָׁמִים טֶפַח וַדַּאי רֹוב גְּשָׁמִים יָרְדוּ:
En terre sèche — un sol dessseche : un tefah, car du moment qu'elle est sèche et que les pluies y ont pénétré d'un tefah, il est certain que des pluies abondantes sont tombées.
בַּעֲבוֹדָה חֲרוּשָׁה כְּגוֹן שְׂדֵה נִיר הַנִּכְנָסִים בָּהּ גְּשָׁמִים הַרְבֵּה ג' טְפָחִים דְּאַפֵּי' בִּגְשָׁמִים מוּעָטִין נִכְנָסִין בָּהּ בְּטֶפַח אוֹ בְּטִפְחַיִים:
En terre travaillée — labourée, comme un champ en jachère retournée, où les pluies pénètrent beaucoup : trois tefahim, car même de faibles pluies y pénètrent d'un tefah ou de deux.
💡 Explication

La question porte sur le terme du jeûne public. Rachi rappelle la différence de régime : la communauté exaucée cesse de jeûner, alors que le particulier qui jeûnait pour un malade achève son jeûne même si le malade a guéri.

Rabbi Meir mesure par l'outil : le berekh, la pièce de la charrue qui mord le sol, donne l'étalon de profondeur. Les Sages mesurent par le sol. La logique de leurs trois chiffres est une logique de preuve : plus la terre absorbe facilement, plus il faut de profondeur pour conclure que la pluie a été abondante. Un tefah dans une terre sèche prouve beaucoup ; un tefah dans une terre labourée ne prouve rien.

7
תַּנְיָא, רַבִּי שִׁמְעוֹן בֶּן אֶלְעָזָר אוֹמֵר: אֵין לְךָ טֶפַח מִלְּמַעְלָה, שֶׁאֵין תְּהוֹם יוֹצֵא לִקְרָאתוֹ שְׁלֹשָׁה טְפָחִים. וְהָא תַּנְיָא טִפְחַיִים! לָא קַשְׁיָא: כָּאן בַּעֲבוֹדָה, כָּאן בְּשֶׁאֵינָהּ עֲבוֹדָה.

Il a été enseigné : Rabbi Chimon ben Elazar dit : tu n'as pas un tefah d'en haut sans que le tehom ne sorte à sa rencontre de trois tefahim. Mais n'a-t-on pas enseigné deux tefahim ?

Ce n'est pas une difficulté : ici en terre travaillée, là en terre non travaillée.

📜 Rachi (4)
אֵין לְךָ כָּל טֶפַח כְּשֶׁנִּכְנְסוּ הַגְּשָׁמִים בְּעֹומֶק הַקַּרְקַע טֶפַח תְּהוֹם עוֹלֶה וּמִתְגַּבֵּר ג' טְפָחִים ואע"ג דְּסֻומְכָּא דְּאַרְעָא אַלְפָא גַּרְמִידֵי בְּפֶרֶק הֶחָלִיל (סֻוכָּה דַּף נג:) אַפֵּ"ה רְטִיבוּתָא מְהַנְּיָיא:
Tu n'as pas un seul tefah — lorsque les pluies ont pénétré le sol d'un tefah en profondeur, le tehom monte et s'élève de trois tefahim. Et bien que l'épaisseur de la terre soit de mille coudées, comme au chapitre HeHalil (Souka 53b), l'humidité y opère tout de même.
וְהַתַּנְיָא תְּהוֹם יוֹצֵא לִקְרָאתוֹ ב' טְפָחִים:
Mais n'a-t-on pas enseigné — que le tehom sort à sa rencontre de deux tefahim.
הָא דְּקָתָנֵי טִפְחַייִם וְתוּ לָא בַּעֲבוֹדָה דאע"ג דְּנִכְנְסוּ טֶפַח בַּקַּרְקַע פֻּורְתָּא הוּא דְּנָחִית וְאַהָכִי לָא נָפֵיק בְּהוּ לְקִבְלֵיהּ שְׁלֹשָׁה טְפָחִים אֶלָּא פּוּרְתָּא טִפְחַיִים:
Celle qui enseigne deux tefahim et pas davantage, c'est en terre travaillée — car bien qu'ils aient pénétré d'un tefah dans le sol, peu de pluie est tombée ; c'est pourquoi le tehom ne sort pas à leur rencontre de trois tefahim, mais d'un peu, deux tefahim.
בְּשֶׁאֵינָהּ עֲבוֹדָה דְּכִי נִכְנְסוּ בָּהּ טֶפַח טְפֵי הוּא דְּנָחִית וְנָפֵיק תְּהוֹם לְקִיבְלֵיהּ ג' טְפָחִים:
En terre non travaillée — car s'ils y ont pénétré d'un tefah, c'est que davantage est tombé, et le tehom sort à leur rencontre de trois tefahim.
💡 Explication

Le tehom désigne la nappe des eaux souterraines. Rabbi Chimon ben Elazar énonce une correspondance : la pluie qui descend appelle une montée des eaux d'en bas, dans un rapport de un à trois.

La contradiction avec une baraita qui dit deux tefahim se résout par la distinction du segment précédent. En terre travaillée, un tefah de pénétration signale une pluie faible, et la réponse d'en bas est de deux tefahim seulement. En terre non travaillée, le même tefah signale une pluie forte, et la réponse est de trois. La mesure d'en bas suit donc la pluie réelle, pas la profondeur observée.

🖼️ Schéma
Un tefah d'en haut, ce que le tehom fait monter Terre non travaillée un tefah qui pénètre = pluie abondante 1 tefah de pluie le tehom monte de 3 tefahim Rapport de un à trois. C'est la baraita de Rabbi Chimon ben Elazar. Terre travaillée un tefah qui pénètre = pluie faible 1 tefah de pluie le tehom monte de 2 tefahim La terre labourée absorbe vite : la même profondeur révèle moins de pluie. La réponse d'en bas se règle sur la pluie réellement tombée, non sur la profondeur mesurée dans le sol.
Les deux baraitot donnent des chiffres différents parce qu'elles parlent de sols différents.
8
אָמַר רַבִּי אֶלְעָזָר: כְּשֶׁמְּנַסְּכִין אֶת הַמַּיִם בֶּחָג, תְּהוֹם אוֹמֵר לַחֲבֵירוֹ: אַבַּע מִיָּמֶיךָ, קוֹל שְׁנֵי רֵיעִים אֲנִי שׁוֹמֵעַ. שֶׁנֶּאֱמַר: ״תְּהוֹם אֶל תְּהוֹם קוֹרֵא לְקוֹל צִנּוֹרֶיךָ וְגוֹ׳״.

Rabbi Elazar a dit : quand on verse les eaux à la fête, un tehom dit à son compagnon : fais jaillir tes eaux, j'entends la voix de deux amis. Ainsi qu'il est dit : « L'abîme appelle l'abîme au bruit de Tes cataractes, etc. » (Tehilim 42, 8).

📜 Rachi (4)
אַבַּע לְשׁוֹן נַחַל נוֹבֵעַ:
Aba — au sens d'un torrent qui jaillit.
קוֹל שֵׁנִי רֵיעִים נִיסּוּךְ הַמַּיִם וְנִיסּוּךְ הַיַּיִן:
La voix de deux amis — le versement de l'eau et le versement du vin.
תְּהוֹם אֶל תְּהוֹם קוֹרֵא מַיִם עֶלְיוֹנִים וּמַיִם תַּחְתּוֹנִים:
L'abîme appelle l'abîme — les eaux supérieures et les eaux inférieures.
צִנּוֹרֶיךָ אוֹתָן שְׁנֵי סְפָלִים:
Tes cataractes — ces deux bassins de l'autel.
💡 Explication

Le nissoukh hamayim est le versement d'eau sur l'autel propre à Souccot, accompli en même temps que le versement de vin quotidien. Les deux liquides descendent par deux sefalim, les deux bassins percés au sommet de l'autel, que Rachi identifie aux tsinorot, les cataractes du verset.

Les « deux amis » sont ces deux versements. Le verset des Tehilim est lu comme une description : au bruit de l'eau et du vin qui descendent, l'abîme d'en haut appelle l'abîme d'en bas. Cette lecture prolonge la correspondance du segment précédent entre l'eau qui vient d'en haut et celle qui monte d'en bas.

9
אָמַר רַבָּה: לְדִידִי חֲזֵי לִי הַאי רִידְיָא, דָּמֵי לְעִיגְלָא וּפְרִיטָא שִׂפְוָותֵיהּ וְקָייְמָא בֵּין תְּהוֹמָא תַּתָּאָה לִתְהוֹמָא עִילָּאָה. לִתְהוֹמָא עִילָּאָה אָמַר לֵיהּ: חֲשׁוֹר מֵימֶיךָ. לִתְהוֹמָא תַּתָּאָה אָמַר לֵיהּ: אַבַּע מִיָּמֶיךָ, שֶׁנֶּאֱמַר: ״הַנִּצָּנִים נִרְאוּ בָּאָרֶץ וְגוֹ׳״.

Rabba a dit : moi-même j'ai vu ce Ridya. Il ressemble à un veau, ses lèvres sont fendues, et il se tient entre le tehom d'en bas et le tehom d'en haut.

Au tehom d'en haut il dit : distille tes eaux. Au tehom d'en bas il dit : fais jaillir tes eaux, ainsi qu'il est dit : « Les fleurs paraissent sur la terre, etc. » (Chir Hachirim 2, 12).

📜 Rachi (7)
הַאי רִידְיָא מַלְאָךְ הַמְמֻונֶּה עַל הַגְּשָׁמִים כָּךְ שְׁמוֹ:
Ce Ridya — l'ange préposé aux pluies ; tel est son nom.
דָּמֵי לְעִיגְלָא ול"ג תְּלָתָא:
Il ressemble à un veau — et on ne lit pas ici « de trois ans ».
בֵּין תְּהוֹמָא עִילָּאָה לְתַתָּאָה בֵּין הָרָקִיעַ לָאוֹקְיָינוֹס הֵיכָא דְּנָשְׁקִי אַרְעָא וְרָקִיעַ:
Entre le tehom d'en haut et celui d'en bas — entre le firmament et l'océan, la où la terre et le firmament se touchent.
תְּהוֹמָא עִלָּאָה מַיִם הָעֶלְיוֹנִים:
Le tehom d'en haut — les eaux supérieures.
חֲשׁוֹר מֵימֶיךָ בָּרָקִיעַ:
Distille tes eaux — dans le firmament.
אַבַּע מִיָּמֶיךָ לְמַטָּה בַּקַּרְקַע:
Fais jaillir tes eaux — en bas, dans le sol.
הַנִּצָּנִים נִרְאוּ בָּאָרֶץ כְּלוֹמַר כְּשֶׁמְּנַסְּכִין מַיִם בֶּחָג שֶׁהַנִּיסּוּכִין נִרְאוּ בָּאָרֶץ שֶׁאֵין בָּאִין אֶלָּא מִשָּׁנָה לַחֲבִירְתֵּהּ כְּנֵץ זֶה שֶׁאֵינוֹ יוֹצֵא אֶלָּא מִשָּׁנָה לְשָׁנָה וְעֵת הַזָּמִיר הִגִּיעַ זְמִירוֹת הֶחָג אָז קוֹל הַתּוֹר מַלְאָךְ דּוֹמֶה לְשׁוֹר תַּרְגּוּם שׁוֹר תּוֹר שֶׁבְּשָׁעָה שֶׁמְּנַסְּכִין מַיִם בֶּחָג הוּא אוֹמֵר כֵּן לָשׁוֹן אַחֵר כְּמַשְׁמָעוֹ הַנִּצָּנִים נִרְאוּ וְהַזָּמִיר הִגִּיעַ בְּשָׁעָה שֶׁקּוֹל הַתּוֹר נִשְׁמָע:
Les fleurs paraissent sur la terre — c'est-à-dire lorsqu'on verse l'eau à la fête : les versements paraissent sur la terre, car ils ne reviennent que d'une année à l'autre, comme cette fleur qui ne sort que d'une année à l'autre. « Le temps du chant est arrivé » : les chants de la fête. Alors « la voix du tor » : l'ange qui ressemble à un bœuf, car le Targoum de chor, bœuf, est tor ; car à l'heure où l'on verse l'eau à la fête, il parle ainsi. Autre explication, selon le sens simple : les fleurs paraissent et le temps du chant est arrivé à l'heure où la voix de la tourterelle se fait entendre.
🪔 Ben Yehoyada (2)
לְדִידִי חֲזֵי לִי הַאי רִידְיָא, דָּמְיָא לְעִיגְלָא תְּלָתָא, וּפְרִיטָא שְׂפוֹתֶיהָ. נִרְאֶה לִי בס"ד הַטַּעַם שֶׁדּוֹמֶה הַמַּלְאָךְ הַזֶּה לְעִיגְלָא לִרְמֹוז כִּי עֲוֹן הָעֵגֶל גָּרַם שֶׁיִּהְיֶה דָּבָר זֶה עַל יְדֵי מַלְאָךְ שֶׁאִם לֹא הָיוּ עוֹשִׂין הָעֵגֶל הָיָה הקב"ה בְּעַצְמוֹ אוֹמֵר דְּבָרִים אֵלּוּ. וּלְפֵירוּשׁ אַחֵר שֶׁפֵּירֵשׁ בִּפְסָחִים עִיגְלָא תְּלָתָא שְׁלִישִׁי לַבֶּטֶן, לָא גָּרְסִינַן כָּאן תִּילְתָּא. וְדַע דְּמַה שֶׁכָּתַב רַשִׁ"י זַ"ל כָּאן שֶׁזֶּה הוּא מַלְאָךְ הַמְמֻונֶּה עַל הַגְּשָׁמִים, הַיְינוּ מְמֻונֶּה עַל דְּבָרִים אֵלּוּ שֶׁאוֹמֵר חָשַׁר וְאַבַּע אֲבָל מַפְתֵּחַ שֶׁל גְּשָׁמִים וַדַּאי לֹא נִמְסַר לַשָּׁלִיחַ. וּמַה שֶׁהָיָה פְּרִיטָא שְׂפוֹתֶיהָ נִרְאֶה לִי בס"ד מִפְּנֵי שֶׁאוֹמֵר דְּבָרִים הַפְכִּיִּים לִתְהוֹמָא עִלָּאָה אָמַר 'חַשֵּׁר מִיָּמֶיךָ' וְלִתְהוֹמָא תַּתָּאָה אָמַר 'אַבַּע' וְלָכֵן שְׂפָתָיו חֲלוּקוֹת לְהוֹרוֹת עַל הַדְּבָרִים שֶׁמְּדַבֵּר בִּשְׂפָתָיו שֶׁהֵם חֲלוּקִים וְהַפְכִּיִּים.
« Moi-même j'ai vu ce Ridya, il ressemble à un veau de trois ans, et ses lèvres sont fendues. » Il me semble, avec l'aide du Ciel, que la raison pour laquelle cet ange ressemble à un veau est d'indiquer que la faute du veau a fait que cette chose se passe par un ange : si l'on n'avait pas fait le veau, le Saint béni soit-Il aurait dit ces paroles Lui-même. Et selon l'autre explication donnée dans Pessahim, où « egla tilta » désigne le troisième d'une portée, on ne lit pas ici « tilta ». Sache que ce qu'écrit Rachi ici, que c'est l'ange préposé aux pluies, veut dire préposé à ces paroles seulement, celles de « distille » et de « fais jaillir » ; car la clé des pluies, assurément, n'a pas été remise à un envoyé. Et si ses lèvres sont fendues, il me semble, avec l'aide du Ciel, que c'est parce qu'il dit des choses opposées : au tehom d'en haut il dit « distille tes eaux » et au tehom d'en bas « fais jaillir » ; ses lèvres sont donc divisées pour marquer que les paroles qu'il prononce sont divisées et opposées.
שֶׁנֶּאֱמַר: (שִׁיר הַשִּׁירִים ב, יב) "הַנִּצָּנִים נִרְאוּ בָּאָרֶץ, עֵת הַזָּמִיר הִגִּיעַ, וְקוֹל הַתּוֹר נִשְׁמַע בְּאַרְצֵנוּ". נִרְאֶה לִי בס"ד נֵץ רֶמֶז לִשְׁנֵי רֵיעִים הַנִּזְכָּרִים שֶׁהֵם נִיסּוּךְ הַמַּיִם וְנִיסּוּךְ הַיַּיִן שֶׁמְּסֻוגָּלִים לְמָטָר בִּהְיוֹתָם בָּאִים בְּיַחַד שֶׁעֲלֵיהֶם נִשְׁמַע קוֹל הַתּוֹר אַף הָעִיקָּר הַפּוֹעֵל בְּדָבָר זֶה שֶׁל יְרִידַת הַמָּטָר הוּא נִסּוּךְ הַמַּיִם לְכָךְ הַמַּיִם נִרְמְזוּ כֻּולָּם בָּאוֹת צָדִ"י שֶׁל נ ץ שֶׁהוּא מִסְפַּר מַיִם [90] אֲבָל הַיַּיִן נִרְמַז מִמֶּנּוּ אוֹת נוּ"ן דַּוְקָא בְּנוּ"ן שֶׁל נ ץ לָכֵן נֵץ הוּא רֶמֶז לִשְׁנֵי רֵיעִים הַנִּזְכָּרִים שֶׁהֵם נִסּוּךְ הַמַּיִם וְהַיַּיִן שֶׁעֲלֵיהֶם אָמַר הַנִּצָּנִים נִרְאוּ בָּאָרֶץ.
« Ainsi qu'il est dit : les fleurs paraissent sur la terre, le temps du chant est arrivé, et la voix de la tourterelle se fait entendre dans notre pays » (Chir Hachirim 2, 12). Il me semble, avec l'aide du Ciel, que nets, la fleur, renvoie aux deux amis mentionnés plus haut, le versement de l'eau et le versement du vin, qui sont propres à faire venir la pluie lorsqu'ils viennent ensemble, et c'est à leur sujet que se fait entendre la voix du tor. Comme l'essentiel de l'action, dans cette descente de la pluie, revient au versement de l'eau, les eaux sont toutes désignées par la lettre tsadi de nets, dont la valeur est celle de mayim, eau [90], tandis que le vin est désigné par la seule lettre noun de nets. Ainsi nets renvoie aux deux amis dont il a été question, le versement de l'eau et celui du vin, et c'est d'eux qu'il est dit : les fleurs paraissent sur la terre.
💡 Explication

Rabba rapporte une vision. Ridya est le nom de l'ange chargé de ces deux ordres, entre les eaux d'en haut et les eaux d'en bas. Rachi précise la position : la ligne d'horizon où la terre et le firmament paraissent se toucher.

Les deux ordres sont opposés en direction : hachor, distiller, s'adresse aux eaux d'en haut qui doivent descendre ; aba, faire jaillir, aux eaux d'en bas qui doivent monter. C'est le même verbe qu'au segment précédent, où un abîme le disait à l'autre. Le verset de Chir Hachirim est lu par Rachi mot à mot sur la scène du nissoukh hamayim, avec tor comme traduction araméenne de chor, le bœuf.

🖼️ Schéma
Ridya entre les deux abîmes Tehoma ilaa — les eaux supérieures au-dessus du firmament Ridya l'ange aux lèvres fendues hachor mimekha : distille tes eaux aba mimekha : fais jaillir tes eaux Tehoma tataa — les eaux inférieures l'océan et la nappe souterraine Deux ordres de sens contraire, prononcés par une même bouche : c'est ce que le Ben Ich Haï lit dans les lèvres fendues.
La vision de Rabba met en scène la même correspondance haut-bas que les baraitot précédentes.
10
הָיוּ מִתְעַנִּין וְיָרְדוּ גְּשָׁמִים קֹודֶם הָנֵץ הַחַמָּה כּוּ׳. תָּנוּ רַבָּנַן: הָיוּ מִתְעַנִּין וְיָרְדוּ לָהֶם גְּשָׁמִים, קֹודֶם הָנֵץ הַחַמָּה — לֹא יַשְׁלִימוּ. לְאַחַר הָנֵץ הַחַמָּה — יַשְׁלִימוּ, דִּבְרֵי רַבִּי מֵאִיר. רַבִּי יְהוּדָה אוֹמֵר: קֹודֶם חֲצוֹת — לֹא יַשְׁלִימוּ. לְאַחַר חֲצוֹת — יַשְׁלִימוּ.

« S'ils jeûnaient et que la pluie tomba avant le lever du soleil, etc. » Nos maîtres ont enseigné : s'ils jeûnaient et que la pluie tomba pour eux avant le lever du soleil, ils n'achèvent pas ; après le lever du soleil, ils achèvent : paroles de Rabbi Meir. Rabbi Yehouda dit : avant midi, ils n'achèvent pas ; après midi, ils achèvent.

💡 Explication

La gemara revient à la mishna. La question porte sur le jeûne déjà commencé : la pluie tombe dans la journée, faut-il mener le jeûne jusqu'au soir ?

Rabbi Meir prend le lever du soleil comme charnière, puisque l'obligation de jeûner y prend effet. Rabbi Yehouda prend midi. Le raisonnement commun est celui-ci : tant que la part accomplie du jeûne est faible, la pluie l'annule ; passé le seuil, le jeûne entamé est mené à son terme.

11
רַבִּי יוֹסֵי אוֹמֵר: קֹודֶם תֵּשַׁע שָׁעוֹת — לֹא יַשְׁלִימוּ, לְאַחַר תֵּשַׁע שָׁעוֹת — יַשְׁלִימוּ, שֶׁכֵּן מָצִינוּ בְּאַחְאָב מֶלֶךְ יִשְׂרָאֵל שֶׁהִתְעַנָּה מִתֵּשַׁע שָׁעוֹת וּלְמַעְלָה, שֶׁנֶּאֱמַר: ״הֲרָאִיתָ כִּי נִכְנַע אַחְאָב וְגוֹ׳״.

Rabbi Yossi dit : avant la neuvième heure, ils n'achèvent pas ; après la neuvième heure, ils achèvent. Car nous avons trouvé, chez Ahav roi d'Israël, qu'il jeûna à partir de la neuvième heure et au-delà, ainsi qu'il est dit : « As-tu vu comme Ahav s'est humilié, etc. » (Melakhim I 21, 29).

📜 Rachi (1)
שֶׁכֵּן מָצִינוּ כו' כְּלוֹמַר שֶׁאֵין לְךָ אָדָם בָּעוֹלָם שֶׁאֵין תַּעֲנִית חָל עָלָיו מט' שָׁעוֹת וְאֵילָךְ אַפֵּי' בְּנֵי מְלָכִים שֶׁדַּרְכָּן לֶאֱכֹול בְּט' שָׁעוֹת שֶׁעַד ג' שָׁעוֹת הֵן יְשֵׁנִים בְּמִטּוֹתֵיהֶן וְשׁוֹהִין שִׁשָּׁה שָׁעוֹת וְאוֹכְלִין וְכִדְאָמְרִינַן בִּפְסָחִים (דַּף קז:) אַפֵּי' אַגְרִיפַּס הַמֶּלֶךְ שֶׁרָגִיל לֶאֱכֹול בְּט' שָׁעוֹת בַּיּוֹם לֹא יֹאכַל עַד שֶׁתֶּחְשַׁךְ שֶׁנֶּאֱמַר הֲרָאִיתָ כִּי נִכְנַע אַחְאָב מִפְּנֵי וְאַחְאָב לֹא חָלָה תַּעֲנִיתוֹ עָלָיו אֶלָּא מט' שָׁעוֹת וְאֵילָךְ וְעַד ט' שָׁעוֹת הָיָה יָכוֹל לֶאֱכֹול שֶׁלֹּא גָּמַר בְּדַעְתּוֹ לְהִתְעַנּוֹת אֶלָּא שֶׁבָּא אֵלִיָּהוּ אוֹתוֹ הַיּוֹם שֶׁנִּכְנַס בְּכֶרֶם נָבוֹת הַיִּזְרְעֵאלִי וְאָמַר לֵיהּ הֲרָצַחְתָּ וְגַם יָרַשְׁתָּ וְגוֹ' (מְלָכִים א כ״א:י״ט) יִלְקוּ הַכְּלָבִים וְגוֹ' (שָׁם) וּכְתִיב וַיְצַוֵּם שֶׁהִתְעַנָּה אוֹתוֹ הַיּוֹם:
Car nous avons trouvé, etc. — c'est-à-dire qu'il n'y a personne au monde sur qui le jeûne ne prenne effet à partir de la neuvième heure, même les fils de rois, dont l'habitude est de manger à la neuvième heure : jusqu'à la troisième heure ils dorment dans leur lit, ils attendent six heures et mangent. Ainsi que nous disons dans Pessahim (107b) : même le roi Agrippas, qui a coutume de manger à la neuvième heure du jour, ne mangera pas avant la tombée de la nuit. Il est dit « As-tu vu comme Ahav s'est humilié devant Moi » : le jeûne d'Ahav ne prit effet sur lui qu'à partir de la neuvième heure et au-delà, et jusqu'à la neuvième heure il pouvait manger, puisqu'il n'avait pas résolu de jeûner ; mais Eliyahou vint ce jour-là, quand il entra dans la vigne de Navot le Yizréélite, et lui dit « As-tu tué et de plus hérité ? etc. », « les chiens lècheront, etc. » ; et il est écrit « il jeûna », qu'il jeûna ce jour-là.
💡 Explication

Rabbi Yossi place le seuil à la neuvième heure du jour, soit trois heures temporaires après midi. Sa preuve vient d'un cas où le jeûne a valu comme jeûne : celui d'Ahav, qui commença ce jour-là à la neuvième heure.

Rachi explique la force de la preuve. La neuvième heure est l'heure la plus tardive à laquelle quiconque mange, y compris les rois. À partir de là, s'abstenir compte comme jeûne pour tout le monde. Le calcul suppose que le jeûne d'Ahav commença lors de la rencontre avec Eliyahou dans la vigne de Navot.

12
רַבִּי יְהוּדָה נְשִׂיאָה גְּזַר תַּעֲנִיתָא וְיָרְדוּ לָהֶם גְּשָׁמִים לְאַחַר הָנֵץ הַחַמָּה. סָבַר לְאַשְׁלוֹמִינְהוּ, אֲמַר לֵיהּ רַבִּי אַמֵּי: קֹודֶם חֲצוֹת וְאַחַר חֲצוֹת שָׁנִינוּ. שְׁמוּאֵל הַקָּטָן גְּזַר תַּעֲנִיתָא וְיָרְדוּ לָהֶם גְּשָׁמִים קֹודֶם הָנֵץ הַחַמָּה. כְּסִבּוּרִין הָעָם לוֹמַר: שִׁבְחוֹ שֶׁל צִבּוּר הוּא.

Rabbi Yehouda Nessia décréta un jeûne, et la pluie tomba pour eux après le lever du soleil. Il pensa leur faire achever le jeûne.

Rabbi Ami lui dit : « avant midi et après midi », voilà ce que nous avons appris. Chmouel HaKatan décréta un jeûne, et la pluie tomba pour eux avant le lever du soleil.

Le peuple pensa dire : c'est la louange de la communauté.

📜 Rachi (2)
הָכִי גָּרְסִינַן שְׁמוּאֵל הַקָּטָן גְּזַר תַּעֲנִיתָא וְיָרְדוּ גְּשָׁמִים קֹודֶם הָנֵץ הַחַמָּה:
Voici la leçon que nous tenons : « Chmouel HaKatan décréta un jeûne et la pluie tomba avant le lever du soleil ».
שֶׁבַח צִבּוּר הוּא שֶׁעֲדַייִן לֹא קָרְאוּ וְנַעֲנוּ:
C'est la louange de la communauté — car ils n'avaient pas encore appelé et ils ont été exaucés.
💡 Explication

Première partie : Rabbi Ami tranche en faveur de Rabbi Yehouda contre Rabbi Meir. La formule « avant midi et après midi, voilà ce que nous avons appris » désigne la version de la mishna que l'on retient comme halakha.

Seconde partie : la pluie tombe avant même l'entrée en vigueur du jeûne. Le peuple y voit un mérite, selon la lecture de Rachi : ils n'avaient pas encore appelé et ils furent exaucés. Chmouel HaKatan répond au segment suivant.

13
אָמַר לָהֶם: אֶמְשֹׁול לָכֶם מָשָׁל, לְמָה הַדָּבָר דוֹמֶה — לְעֶבֶד שֶׁמְבַקֵּשׁ פְּרָס מֵרַבּוֹ, אָמַר לָהֶם: תְּנוּ לוֹ וְאַל אֶשְׁמַע קוֹלוֹ.

Il leur dit : je vais vous proposer une parabole. À quoi cela ressemble-t-il ?

À un serviteur qui demande une gratification à son maître ; celui-ci dit : donnez-la lui, et que je n'entende pas sa voix.

📜 Rachi (1)
לְמָה הַדָּבָר דוֹמֶה וְכוּ':
À quoi cela ressemble-t-il, etc.
💡 Explication

Chmouel HaKatan retourne le signe. Une réponse donnée avant la demande peut marquer l'empressement, ou le désir de ne pas entendre le demandeur. Dans la parabole, le maître accorde la peras, la gratification, pour se dispenser d'écouter.

La leçon porte sur la lecture des signes : l'heure de la pluie, prise seule, n'établit pas la faveur.

14
שׁוּב, שְׁמוּאֵל הַקָּטָן גְּזַר תַּעֲנִיתָא וְיָרְדוּ לָהֶם גְּשָׁמִים לְאַחַר שְׁקִיעַת הַחַמָּה. כִּסְבוּרִים הָעָם לוֹמַר שִׁבְחוֹ שֶׁל צִבּוּר הוּא, אָמַר לָהֶם שְׁמוּאֵל: לֹא שֶׁבַח שֶׁל צִבּוּר הוּא, אֶלָּא אֶמְשֹׁול לָכֶם מָשָׁל, לְמָה הַדָּבָר דוֹמֶה — לְעֶבֶד שֶׁמְבַקֵּשׁ פְּרָס מֵרַבּוֹ, וְאָמַר לָהֶם: הַמְתִּינוּ לוֹ עַד שֶׁיִּתְמַקְמֵק וְיִצְטַעֵר, וְאַחַר כָּךְ תְּנוּ לוֹ.

De nouveau, Chmouel HaKatan décréta un jeûne, et la pluie tomba pour eux après le coucher du soleil. Le peuple pensa dire : c'est la louange de la communauté.

Chmouel leur dit : ce n'est pas la louange de la communauté ; je vais plutôt vous proposer une parabole. À quoi cela ressemble-t-il ?

À un serviteur qui demande une gratification à son maître, et celui-ci dit : faites-le attendre jusqu'à ce qu'il se consume et souffre, et donnez-la lui ensuite.

💡 Explication

Le cas est inverse : la pluie tombe une fois le jeûne entièrement accompli. Le peuple y lit de nouveau un mérite, cette fois parce que le jeûne aurait été agréé du début à la fin.

Chmouel HaKatan répond par la même parabole, avec l'autre issue : le maître fait attendre le serviteur jusqu'à ce qu'il souffre. Les deux réponses encadrent la journée et laissent ouverte la question du segment suivant : où se trouve alors le vrai signe ?

🖼️ Schéma
Chmouel HaKatan : trois moments, une seule question La pluie tombe trop tôt avant le lever du soleil, le jeûne n'a pas commencé Parabole : donnez-la lui, et que je n'entende pas sa voix. Segment 12 La pluie tombe trop tard après le coucher du soleil, le jeûne est déjà accompli Parabole : qu'il attende jusqu'à souffrir, puis donnez. Segment 13 Le vrai signe pendant la prière elle-même Il dit machiv harouah et le vent souffle. Il dit morid haguechem et la pluie vient. Le critère retenu Ce qui fait signe est la coïncidence entre la parole et l'événement, pas la précocité ni la durée de l'attente. Les deux paraboles du serviteur montrent qu'une pluie hors de ce moment reste ambiguë.
Deux moments récusés et un seul retenu : la réponse qui accompagne les mots de la prière.
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וְלִשְׁמוּאֵל הַקָּטָן שִׁבְחוֹ שֶׁל צִבּוּר הֵיכִי דָּמֵי? אָמַר ״מַשִּׁיב הָרוּחַ״ וְנֵשֵׁב זִיקָא, אָמַר ״מוֹרִיד הַגֶּשֶׁם״ וַאֲתָא מִיטְרָא.

Et selon Chmouel HaKatan, quelle est donc la louange de la communauté ? Il dit « Il fait souffler le vent » et le vent souffle ; il dit « Il fait descendre la pluie » et la pluie vient.

🪔 Ben Yehoyada (1)
שִׁבְחוֹ שֶׁל צִבּוּר הֵיכִי דָּמֵי. הָרַב פֶּתַח עֵינַיִם זַ"ל בְּשׁוֹמֵר הַפֶּתַח הֵבִיא קֻושְׁיָא מֵהָא דְּאָמְרוּ רַבּוֹתֵינוּ זַ"ל (עֵירוּבִין נד.) זָכָה 'תַּאֲוַת לִבּוֹ נָתַתָּה לוֹ' לֹא זָכָה 'וַאֲרֶשֶׁת שְׂפָתָיו בַּל מָנַעְתָּ סֶלָה' (תְּהִלִּים כא, ג) עַיֵּין שָׁם. וְנִרְאֶה לִי בס"ד דְּהָתָם לֹא הִתְחִיל לַעֲשׂוֹת מַעֲשֶׂה כְּלָל אֲפִילּוּ בְּדִיבּוּר אַךְ כָּאן הִתְחִילוּ שֶׁקִּבְּלוּ תַּעֲנִית מִבְּעוֹד יוֹם וְאִם הֵם מִסּוּג תַּאֲוַת לִבּוֹ נָתַתָּה לּוֹ הָיוּ יוֹרְדִים הַגְּשָׁמִים קֹודֶם שֶׁעָשׂוּ קַבָּלַת תַּעֲנִית, וְהִנֵּה נִמְצָא אִם בָּא קֹודֶם גְּנַאי וְכֵן אִם בָּא אַחַר גְּמַר הַתַּעֲנִית גַּם כֵּן גְּנַאי אַךְ וַדַּאי אִם בָּא קֹודֶם שֶׁהִתְעַנּוּ הוּא עָדִיף מֵאִם בָּא אַחַר גְּמַר הַתַּעֲנִית דְּבָזֶה לֹא נִצְטַעֲרוּ בְּתַעֲנִית. וּבָזֶה יוּבָן מַהֵר יְקַדְּמוּנוּ רַחֲמֶיךָ (תְּהִלִּים עט, ח) , וְאַף עַל גַּב דְּגַם זֶה גְּנַאי הוּא, טוֹב לָנוּ מֵאִם יִתְאַחֲרוּ עַד גְּמַר הַתַּעֲנִית יַעַן כִּי דַּלּוֹנוּ מְאֹד וְאֵין בָּנוּ כֹּחַ לִסְבֹּול הַתַּעֲנִית. מִיהוּ דָּוִד הַמֶּלֶךְ ע"ה שָׁאַל בְּמָקוֹם אַחֵר כְּפִי שִׁבְחוֹ שֶׁל צִיבּוּר שֶׁהוּא עֲנִייָּה בְּעֵת תְּפִלָּה וְלָזֶה אָמַר (תְּהִלִּים סט, יד) וַאֲנִי תְפִלָּתִי לְךָ ה' אֶרְצֶה שֶׁתִּהְיֶה אוֹתוֹ הָעֵת עֵת רָצוֹן לַעֲנוֹת אוֹתִי שֶׁאֱ-לֹהִים בְּרָב חַסְדֶּךָ עֲנֵנִי בֶּאֱמֶת יִשְׁעֶךָ . וְזֶהוּ שֶׁנֶּאֱמַר (תְּהִלִּים מ, יח) עֶזְרָתִי וּמְפַלְטִי אַתָּה אֱלֹקַי אַל תְּאַחַר , כְּלוֹמַר בָּטוּחַ אֲנִי שֶׁתְּעַנֵּנִי, אַךְ אֲבַקְשָׁה 'אַל תְּאַחֵר'!
« Quelle est la louange de la communauté ? » Le Rav Petah Enayim, dans Chômer HaPétah, soulève une difficulté à partir de ce qu'ont dit nos maîtres (Erouvin 54a) : s'il en est digne, « Tu lui as donné le désir de son cœur » ; s'il n'en est pas digne, « Tu n'as pas refusé ce qu'ont proféré ses lèvres » (Tehilim 21, 3) ; vois-y. Il me semble, avec l'aide du Ciel, que là-bas il n'avait rien commencé à faire, pas même en paroles, tandis qu'ici ils avaient commencé, puisqu'ils avaient accepté le jeûne dès la veille ; et s'ils avaient relevé de la catégorie de « Tu lui as donné le désir de son cœur », les pluies seraient tombées avant même qu'ils n'acceptent le jeûne. Il se trouve donc que la pluie venue avant est un discrédit, et que la pluie venue après l'achèvement du jeûne en est un aussi ; mais assurément, si elle vient avant qu'ils n'aient jeûné, cela vaut mieux que si elle vient après l'achèvement du jeûne, puisqu'alors ils n'ont pas souffert du jeûne. Par là se comprend « que Tes miséricordes viennent vite au-devant de nous » (Tehilim 79, 8) : bien que ce soit encore un discrédit, cela vaut mieux pour nous qu'un retard jusqu'à l'achèvement du jeûne, car nous sommes très affaiblis et sans force pour supporter le jeûne. Toutefois le roi David, la paix sur lui, a demandé ailleurs ce qui correspond à la louange de la communauté, c'est-à-dire la réponse au moment même de la prière ; et c'est ce qu'il dit : « Pour moi, que ma prière Te parvienne, Hachem, en un temps de faveur » (Tehilim 69, 14), que ce temps-là même soit un temps de faveur pour me répondre, « Elokim, dans Ta grande bonté, réponds-moi par la vérité de Ton salut ». Et c'est ce qui est dit : « Tu es mon secours et mon libérateur, mon D.ieu, ne tarde pas » (Tehilim 40, 18), c'est-à-dire : je suis sur que Tu me répondras, mais je demande « ne tarde pas ».
💡 Explication

La question est logique : si la pluie trop tôt et la pluie trop tard sont l'une et l'autre récusées, quel cas reste-t-il ? La réponse désigne un moment précis, celui de la hazarat hachats, la répétition de l'amida par l'officiant.

Les deux formules citées sont celles de la deuxième bénédiction pendant la saison des pluies : machiv harouah et morid haguechem. Le signe tient à la simultanéité entre la parole prononcée et l'événement, ce qu'aucune des deux situations précédentes ne comportait.

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מַעֲשֶׂה וְגָזְרוּ תַּעֲנִית בְּלֹוד כּוּ׳. וְנֵימָא הִלֵּל מֵעִיקָּרָא? אַבָּיֵי וְרָבָא דְּאָמְרִי תַּרְוַוייְהוּ: לְפִי שֶׁאֵין אוֹמְרִים הַלֵּל

« Il arriva qu'on décréta un jeûne à Lod, etc. » Et qu'on dise le Hallel dès le début ? Abaye et Rava disent tous deux : parce qu'on ne dit le Hallel

💡 Explication

Retour à la mishna. À Lod, un jeûne fut décrété, la pluie tomba, les gens mangèrent et burent, puis dirent le Hallel. La gemara demande pourquoi avoir attendu le repas.

Abaye et Rava commencent la réponse par une règle sur le moment où l'on dit le Hallel. La phrase s'interrompt ici : la suite se lit en 26a.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).