Sougya : Le folio s'ouvre sur la fin d'un derach commencé en 25a sur le verset « Le juste fleurira comme le palmier, il grandira comme un cèdre du Liban » : chacun des deux arbres corrige ce que l'autre, seul, laisserait croire. Une baraita sur l'achat d'un arbre à couper objecte que le cèdre ne repousse pas, et la réponse distingue dix espèces de cèdres.
Viennent ensuite deux récits sur Rabbi Eliezer : treize jeûnes sans pluie, puis vingt-quatre bénédictions restées sans réponse là où Rabbi Akiva est exaucé en deux phrases, avec l'explication donnée par une bat kol. La sougya passe alors à la mesure : quelle quantité de pluie fait cesser le jeûne, comment le tehom répond à la pluie d'en haut, et à partir de quelle heure de la journée la communauté doit achever son jeûne.
Elle se conclut sur les trois réponses de Chmouel HaKatan aux gens qui voulaient lire une faveur dans l'heure de la pluie.
… son tronc ne repousse pas, de même le juste, à D.ieu ne plaise, son tronc ne repousse pas — c'est pourquoi il est dit « cèdre ». Et s'il avait été dit « cèdre » sans qu'il soit dit « palmier », j'aurais dit : de même que le cèdre ne produit pas de fruits, de même le juste, à D.ieu ne plaise, ne produit pas de fruits — c'est pourquoi il est dit « palmier » et il est dit « cèdre ».
Fin d'un derach ouvert en 25a sur le verset « Le juste fleurira comme le palmier, il grandira comme un cèdre du Liban » (Tehilim 92, 13). La question est : pourquoi deux arbres ? La réponse procède par élimination. Si le verset n'avait nommé que le palmier, on en aurait déduit que le juste, une fois abattu, ne se relève pas, car le palmier coupé ne redonne pas de rejet — Rachi y lit la résurrection des morts. Si le verset n'avait nommé que le cèdre, on en aurait déduit que le juste ne porte pas de fruit, c'est-à-dire qu'il n'a pas de récompense pour le monde à venir.
Le terme technique est guiza mahalif : la souche qui redonne une pousse après la coupe. Le verset nomme donc deux arbres pour que chacun fournisse la qualité que l'autre n'a pas.
Et le cèdre, son tronc repousse ? N'a-t-on pas enseigné : celui qui achète à son compagnon un arbre pour l'abattre, il élève sa hache d'un tefah (largeur de main) au-dessus du sol et coupe.
Pour un sadan de sycomore — deux tefahim. Pour une betoulat hachikma — trois tefahim.
Pour les roseaux et les vignes — à partir du pekek et au-dessus. Pour les palmiers et les cèdres — il creuse en dessous et déracine, car leur tronc ne repousse pas.
La baraita règle un cas d'achat partiel : l'acheteur a payé le bois, non l'arbre. Il doit donc laisser une souche capable de repousser, qui reste au vendeur. La hauteur laissée varie selon la vitesse de repousse de l'espèce : un tefah pour un arbre ordinaire, deux pour un sadan de sycomore, souche déjà épaissie, trois pour une betoulat hachikma, un sycomore encore vierge de toute coupe.
La dernière clause fait l'objection : pour le palmier et le cèdre, l'acheteur peut creuser et déraciner, précisément parce que rien ne repoussera. La baraita contredit donc directement le derach du segment précédent, qui tenait le cèdre pour l'arbre dont le tronc repousse.
De quoi traitons-nous ici ? Des autres espèces de cèdres, conformément à Rabba bar Houna.
Car Rabba bar Houna a dit : il y a dix espèces de cèdres, ainsi qu'il est dit : « Je mettrai dans le désert le cèdre, l'acacia, le myrte, etc. » (Yechayahou 41, 19).
La réponse dissocie deux emplois du mot erez. Le verset de Yechayahou énumère des essences que la tradition range toutes sous ce nom : sept y sont nommées, et Roch Hachana 23a en ajoute trois pour arriver à dix. Le mot couvre donc une famille, non une seule essence.
La baraita du bûcheron parlait des espèces qui ne repoussent pas ; le derach du verset des Tehilim parle de celle qui repousse. La contradiction se dissout sans que l'une des deux sources soit écartée.
Nos maîtres ont enseigné : il arriva que Rabbi Eliezer décréta treize jeûnes sur la communauté et la pluie ne tomba pas. Au dernier, la communauté commença à sortir.
Il leur dit : avez-vous préparé des tombes pour vous-mêmes ? Tout le peuple éclata en sanglots, et la pluie tomba.
Les treize jeûnes sont la série complète décrite dans les premiers chapitres du traité : trois, puis trois, puis sept, après quoi la mishna prévoit qu'on restreint le commerce et la construction. La communauté qui commence à sortir tient la série pour close et le décret pour épuisé.
La parole de Rabbi Eliezer porte sur ce point : le cycle des jeûnes est terminé, la famine ne l'est pas. Rachi lit la phrase comme une interrogation d'étonnement. Ce qui obtient la pluie est le sanglot qui suit, pas le treizième jeûne.
Il arriva encore à Rabbi Eliezer qu'il descendit devant la teva (le pupitre de l'officiant) et dit les vingt-quatre bénédictions, sans être exaucé. Rabbi Akiva descendit après lui et dit : « Notre Père, notre Roi, nous n'avons de roi que Toi.
Notre Père, notre Roi, pour Toi aie pitié de nous », et la pluie tomba. Les maîtres murmuraient.
Une bat kol (voix venue du Ciel) sortit et dit : ce n'est pas que celui-ci soit plus grand que celui-là, mais celui-ci passe sur ses mesures et celui-là ne passe pas sur ses mesures.
Les vingt-quatre bénédictions sont l'amida allongée du jeûne public : les dix-huit habituelles augmentées de six bénédictions propres, décrites au deuxième chapitre du traité. Rabbi Eliezer dit l'office complet ; Rabbi Akiva dit deux phrases, et la pluie tombe. Le murmure des maîtres porte sur ce que la scène semble établir entre le maître et l'élève.
La bat kol déplace le critère. Maavir al midotav désigne celui qui renonce à exiger son dû quand on lui a fait tort. Ce trait de caractère, et non le rang en Torah, explique la réponse. Le principe est celui que formule Roch Hachana 17a : celui qui passe sur ses mesures, on passe sur toutes ses fautes.
Nos maîtres ont enseigné : jusqu'à quel point les pluies doivent-elles tomber pour que la communauté cesse son jeûne ? Le plein du berekh de la charrue, paroles de Rabbi Meir.
Et les Sages disent : en terre sèche, un tefah ; en terre moyenne, deux tefahim ; en terre travaillée, trois tefahim.
La question porte sur le terme du jeûne public. Rachi rappelle la différence de régime : la communauté exaucée cesse de jeûner, alors que le particulier qui jeûnait pour un malade achève son jeûne même si le malade a guéri.
Rabbi Meir mesure par l'outil : le berekh, la pièce de la charrue qui mord le sol, donne l'étalon de profondeur. Les Sages mesurent par le sol. La logique de leurs trois chiffres est une logique de preuve : plus la terre absorbe facilement, plus il faut de profondeur pour conclure que la pluie a été abondante. Un tefah dans une terre sèche prouve beaucoup ; un tefah dans une terre labourée ne prouve rien.
Il a été enseigné : Rabbi Chimon ben Elazar dit : tu n'as pas un tefah d'en haut sans que le tehom ne sorte à sa rencontre de trois tefahim. Mais n'a-t-on pas enseigné deux tefahim ?
Ce n'est pas une difficulté : ici en terre travaillée, là en terre non travaillée.
Le tehom désigne la nappe des eaux souterraines. Rabbi Chimon ben Elazar énonce une correspondance : la pluie qui descend appelle une montée des eaux d'en bas, dans un rapport de un à trois.
La contradiction avec une baraita qui dit deux tefahim se résout par la distinction du segment précédent. En terre travaillée, un tefah de pénétration signale une pluie faible, et la réponse d'en bas est de deux tefahim seulement. En terre non travaillée, le même tefah signale une pluie forte, et la réponse est de trois. La mesure d'en bas suit donc la pluie réelle, pas la profondeur observée.
Rabbi Elazar a dit : quand on verse les eaux à la fête, un tehom dit à son compagnon : fais jaillir tes eaux, j'entends la voix de deux amis. Ainsi qu'il est dit : « L'abîme appelle l'abîme au bruit de Tes cataractes, etc. » (Tehilim 42, 8).
Le nissoukh hamayim est le versement d'eau sur l'autel propre à Souccot, accompli en même temps que le versement de vin quotidien. Les deux liquides descendent par deux sefalim, les deux bassins percés au sommet de l'autel, que Rachi identifie aux tsinorot, les cataractes du verset.
Les « deux amis » sont ces deux versements. Le verset des Tehilim est lu comme une description : au bruit de l'eau et du vin qui descendent, l'abîme d'en haut appelle l'abîme d'en bas. Cette lecture prolonge la correspondance du segment précédent entre l'eau qui vient d'en haut et celle qui monte d'en bas.
Rabba a dit : moi-même j'ai vu ce Ridya. Il ressemble à un veau, ses lèvres sont fendues, et il se tient entre le tehom d'en bas et le tehom d'en haut.
Au tehom d'en haut il dit : distille tes eaux. Au tehom d'en bas il dit : fais jaillir tes eaux, ainsi qu'il est dit : « Les fleurs paraissent sur la terre, etc. » (Chir Hachirim 2, 12).
Rabba rapporte une vision. Ridya est le nom de l'ange chargé de ces deux ordres, entre les eaux d'en haut et les eaux d'en bas. Rachi précise la position : la ligne d'horizon où la terre et le firmament paraissent se toucher.
Les deux ordres sont opposés en direction : hachor, distiller, s'adresse aux eaux d'en haut qui doivent descendre ; aba, faire jaillir, aux eaux d'en bas qui doivent monter. C'est le même verbe qu'au segment précédent, où un abîme le disait à l'autre. Le verset de Chir Hachirim est lu par Rachi mot à mot sur la scène du nissoukh hamayim, avec tor comme traduction araméenne de chor, le bœuf.
« S'ils jeûnaient et que la pluie tomba avant le lever du soleil, etc. » Nos maîtres ont enseigné : s'ils jeûnaient et que la pluie tomba pour eux avant le lever du soleil, ils n'achèvent pas ; après le lever du soleil, ils achèvent : paroles de Rabbi Meir. Rabbi Yehouda dit : avant midi, ils n'achèvent pas ; après midi, ils achèvent.
La gemara revient à la mishna. La question porte sur le jeûne déjà commencé : la pluie tombe dans la journée, faut-il mener le jeûne jusqu'au soir ?
Rabbi Meir prend le lever du soleil comme charnière, puisque l'obligation de jeûner y prend effet. Rabbi Yehouda prend midi. Le raisonnement commun est celui-ci : tant que la part accomplie du jeûne est faible, la pluie l'annule ; passé le seuil, le jeûne entamé est mené à son terme.
Rabbi Yossi dit : avant la neuvième heure, ils n'achèvent pas ; après la neuvième heure, ils achèvent. Car nous avons trouvé, chez Ahav roi d'Israël, qu'il jeûna à partir de la neuvième heure et au-delà, ainsi qu'il est dit : « As-tu vu comme Ahav s'est humilié, etc. » (Melakhim I 21, 29).
Rabbi Yossi place le seuil à la neuvième heure du jour, soit trois heures temporaires après midi. Sa preuve vient d'un cas où le jeûne a valu comme jeûne : celui d'Ahav, qui commença ce jour-là à la neuvième heure.
Rachi explique la force de la preuve. La neuvième heure est l'heure la plus tardive à laquelle quiconque mange, y compris les rois. À partir de là, s'abstenir compte comme jeûne pour tout le monde. Le calcul suppose que le jeûne d'Ahav commença lors de la rencontre avec Eliyahou dans la vigne de Navot.
Rabbi Yehouda Nessia décréta un jeûne, et la pluie tomba pour eux après le lever du soleil. Il pensa leur faire achever le jeûne.
Rabbi Ami lui dit : « avant midi et après midi », voilà ce que nous avons appris. Chmouel HaKatan décréta un jeûne, et la pluie tomba pour eux avant le lever du soleil.
Le peuple pensa dire : c'est la louange de la communauté.
Première partie : Rabbi Ami tranche en faveur de Rabbi Yehouda contre Rabbi Meir. La formule « avant midi et après midi, voilà ce que nous avons appris » désigne la version de la mishna que l'on retient comme halakha.
Seconde partie : la pluie tombe avant même l'entrée en vigueur du jeûne. Le peuple y voit un mérite, selon la lecture de Rachi : ils n'avaient pas encore appelé et ils furent exaucés. Chmouel HaKatan répond au segment suivant.
Il leur dit : je vais vous proposer une parabole. À quoi cela ressemble-t-il ?
À un serviteur qui demande une gratification à son maître ; celui-ci dit : donnez-la lui, et que je n'entende pas sa voix.
Chmouel HaKatan retourne le signe. Une réponse donnée avant la demande peut marquer l'empressement, ou le désir de ne pas entendre le demandeur. Dans la parabole, le maître accorde la peras, la gratification, pour se dispenser d'écouter.
La leçon porte sur la lecture des signes : l'heure de la pluie, prise seule, n'établit pas la faveur.
De nouveau, Chmouel HaKatan décréta un jeûne, et la pluie tomba pour eux après le coucher du soleil. Le peuple pensa dire : c'est la louange de la communauté.
Chmouel leur dit : ce n'est pas la louange de la communauté ; je vais plutôt vous proposer une parabole. À quoi cela ressemble-t-il ?
À un serviteur qui demande une gratification à son maître, et celui-ci dit : faites-le attendre jusqu'à ce qu'il se consume et souffre, et donnez-la lui ensuite.
Le cas est inverse : la pluie tombe une fois le jeûne entièrement accompli. Le peuple y lit de nouveau un mérite, cette fois parce que le jeûne aurait été agréé du début à la fin.
Chmouel HaKatan répond par la même parabole, avec l'autre issue : le maître fait attendre le serviteur jusqu'à ce qu'il souffre. Les deux réponses encadrent la journée et laissent ouverte la question du segment suivant : où se trouve alors le vrai signe ?
Et selon Chmouel HaKatan, quelle est donc la louange de la communauté ? Il dit « Il fait souffler le vent » et le vent souffle ; il dit « Il fait descendre la pluie » et la pluie vient.
La question est logique : si la pluie trop tôt et la pluie trop tard sont l'une et l'autre récusées, quel cas reste-t-il ? La réponse désigne un moment précis, celui de la hazarat hachats, la répétition de l'amida par l'officiant.
Les deux formules citées sont celles de la deuxième bénédiction pendant la saison des pluies : machiv harouah et morid haguechem. Le signe tient à la simultanéité entre la parole prononcée et l'événement, ce qu'aucune des deux situations précédentes ne comportait.
« Il arriva qu'on décréta un jeûne à Lod, etc. » Et qu'on dise le Hallel dès le début ? Abaye et Rava disent tous deux : parce qu'on ne dit le Hallel
Retour à la mishna. À Lod, un jeûne fut décrété, la pluie tomba, les gens mangèrent et burent, puis dirent le Hallel. La gemara demande pourquoi avoir attendu le repas.
Abaye et Rava commencent la réponse par une règle sur le moment où l'on dit le Hallel. La phrase s'interrompt ici : la suite se lit en 26a.
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).